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Full text of "Revue et gazette musicale de Paris"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 

in  2010  with  funding  from 

University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/revueetgazettemu1860pari 


REVUE 


ET 


GAZETTE    MUSICALE 


DE  PARIS 

RÉDIGÉE     PAR     MESSIEURS 

G.  BÉNÉDICT, 

LÉON  DUROCHER, 

E.  M.  DE  MONTER 

HECTOR  BERLIOZ, 

ELWART, 

TH.  PARMENTIER, 

ED.  BERTRAND, 

FÉTIS  père, 

ARTHUR  POUGIN, 

ADOLPHE  BOTTE, 

ADRIEN  DE  LA  FAGE, 

SAINT-YVES, 

MAURICE  BOURGES, 

GUSTAVE  HÉQUET, 

PAUL  SMITH, 

DAMCKE , 

GEORGES  KASTNER, 

SCHWAB, 

DUESBERG, 

ED.  MONNAIS, 

WARTEL. 

J%  /  7Û 


VINGT-SEPTIÈME  ANNÉE         l       2  ^ 

1860 


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PALUS 


AU  BUREAU   DU  JOURNAL,    1,  BOULEVARD  DES  ITALIENS 

l&GO 


TABLE  DU  VINGT-SEPTIEME  VOLUME 


REVUE 

ET 

ETTE   MUSICALE 


mm  paru 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  MATIÈRES. 


Académie  îles  beauï-arts. 

(institut  de  feance.) 

Renouvellement  du  bureau  pour  1860,  22. 

Concours  annuel  ouvert  pour  les  paroles  d'une  cantate, 
102.  .  .     i 

Approbation  donnée  à  la  méthode  d  enseignement  musi- 
cal de  M.  Duchemin-Boisjousse,  185. 

Concours  préparatoire  de  composai''"  musicale,  190. 

Examen  des  cantates  destinées  au  concours,  198. 

Jugement  du  concours,  245. 

Approbation  accordée  à  un  travail  de  M.  Stephen  de  la 
Madelaine ,  intitulé  :  Leçon  écrite  sur  l'air  cl' An- 
nette,  du  Freischutz,  318. 

Séance  annuelle;  distribution  des  prix;  ouverture  et 
cantate,  art.  signé  P.  S.,  358. 

Nomination  de  M.  Pelletier  comme  académicien  libre,  en 
remplacement  de  M.  de  Mercey,  377. 

Associations. 

Banquet   annuel  offert   à   M.  le  baron  Taylor,  par  les 
quatre  associations  d'artistes  dont  il  est  le  fondateur, 
190. 
AUTEURS  ET  COMPOSITEURS  DRAMATIQUES. 

Séance  annuelle;  rapport  de  M.  Théodore  Aune,  182. 
Réception  de  la  commission  par  le  nouveau   ministre 
d'Etat,  433. 

AUTEURS,  COMPOSITEURS  ET  ÉDITEURS 
DE  MUSIQUE. 

Assemblée  générale  annuelle;  rapport  de  M.  Grus,  205. 
Fixation  d'une  assemblée  générale  extraordinaire,  345. 

ARTISTES  MUSICIENS. 

Messe  de  Mozart  exécutée  par  cette  Société  dans  l'église 
Notre-Dame,  120. 

Messe  de  M.  Ch.  Manry,  exécutée  par  cette  Société  à 
Saint-Roch,  165. 

Assemblée  générale  annuelle,-  art.  de  P.  Smith,  203. 

Messe  de  Sainte-Cécile  à  Saint-Eustache  au  profit  de  l'as- 
sociation, art.  d'A.  Botte,  405. 

Collecte  au  profit  de  l'association  par  les  membres  du 
Congrès  pour  la  restauration  du  plain-chant  et  de  la 
musique  religieuse,  434. 

ORPHÉONS. 

Concours  de  composition  chorale  ouvert  par  la  commis- 
sion de  surveillance  de  l'enseignement  du  chant  dans 
les  écoles  communales  de  Paris,  31. 

Formation  d'un  comité  pour  la  propagation  des  orphéons 
et  des  sociétés  chorales  en  France,  81. 

L'Orphéon  français  à  Londres,  art.  d'E.  Mathieu  de 
Monter,  160. 

Médailles  d'or  décernées  par  les  juges  du  concours  de 
composition  chorale,  198. 

Organisation  du  festival  des  orphéonistes  de  France  4 
Londres,  par  M.  Delaporte,  198. 

Démission  de  M.  Delaporte  comme  président  des  Sociétés 
chorales  de  Paris,  262. 

Première  séance  solennelle  des  orphéons  au  Cirque  Na- 
poléon, art.  signé  P.  S.,  276. 

Deuxième  séance,  285. 


Auditions  musicales  de  Paris. 

(Voyez  aussi  Concerts.) 

Séances  de  musique  de  chambre  d'Alard  et  Franchomme: 
lrc  séance,  art.  d'A.  Botte,  28. 
2°  séance,  id.  44. 

3e  séance,  id.  70. 

Dernière  séance,  art.  signé  P.  S.,  77. 
Séances  de  quatuors  d'Armingaurl,  E.  Jacquard,  Lalo  et 

Làprét,  art.  d'A.  Butte,  28,  70    126. 
Se. mees  de  musique  de  Muurin  et  Clioïillard,  ar:.  d'A. 

Botte,  35   153. 
Soirées   de   musique   classique   de   Lcbouc ,    art.    d'A. 

Botte,  70, 126. 
Séances  de  musique  de  chambre  de  la   Société  Lamou- 
reux,  art.  d'A.  Botte,  70. 

MATINÉES,  SOIRÉES,  CONCERTS,  etc. 


Adlcr  (V.),  art.  d'A.  Botte, 

98. 
André  (Mlle  J.),  id.,  166. 
liatta  (A.),  id.,  09,  106. 
Batta  (Mme  C),  id.   79. 
Baumetz(Mlle  M.),id.,58. 
Baur  (J.),  id.,  79,  160. 
Beaulieu    (Mme    C),    id., 

150. 
Becker  (J.),  id.,  52. 
Bertrand  (Mlle  J.),  id.,  149. 
Bessems  (A.),  id.,  117. 
Binfield  frères,  id.,  44. 
Bochkoltz-Falconi  (  Mlle  ) , 

id.,  81,  160. 
Brassin  (L.  ),  id.,  69,  98, 

150. 
Bulow  (H.  de),  id.,  44,  58. 
Casella  (de),  id.,  106. 
Croisez  (A.),  id.,  126. 
Cuvillon  (  P.  de),  id.,  52, 

98. 
Delsarte  (F.),  id.,  126. 
Devençay  (  Mlle  M.  ),  154. 
Dien,  art.  d'A.  Botte,  69. 
Dombrowski,  id.,  116. 
Dufils  (L.),  id„  52. 
Durand  (A.),  id.,  98. 
Fétis  (A.),  id..  142. 
Forgues  (E.),id.,  126,  178. 
Franck  (J.),  id.,  99. 
Franco-Mendès,  id.,  16C. 
Fumagalli  (L.),  id.,  69. 
Gavaux  -  Sabatier  (  Mme  ), 

art.  slgnéS.  D.,  143. 
Goulfé  (A.),  art.  d'A.  Botte, 

149. 
Greive,  id.,  99. 
Hammer  (R.),  id.,  100. 
Hermau  (A.),  153. 
Hcrwyn  (M.  et  Mme),  6. 
Hocuiclle   (E.  ),  art.  d'A. 

Botte,  78. 
Huct  (Mlle  V.),  6. 
Humbert  (Mlle  L.),  101. 
Ingeborg-Starck  (Mlle),  art. 

d'A.    Botte,   125,    150, 

166. 
Jacobi  (G.),  id.,  88,  178. 


Jacoby  (H.),  450. 

Jaèll  (A.),  art.  d'A.  Botte, 

87. 
Jung-Guibert  (  Mme),  id., 

159. 
Katow   (Mlle  H.   de),  id., 

126. 
Ketten  (H.),  id..  28,  150. 
Ketterer  (E.),  id.,  35,  79. 
Kœmpel  (A.),  id.,  106. 
Krafzoff,  id.,  125,  178. 
Kreutzer  (L.),  id.,  178. 
Kruger  (W.j,  id.,  58. 
Kull  (Mlle  A.),  id.,  88. 
Lacombe  (L.  ),    id.,    105, 

142. 
Laguesse  (Mlle  J.),id.,  117. 
Lauton  (L.!,  id.,  106. 
Leclercq  (Mlle  F.),  id.,  98. 
Levasseur,  181. 
Lotto  (J.),  art.  d'A.  Botte, 

141. 
Lyon  (M.  et  Mme  E.),  id., 

88. 
Magnus  (D.),  id.,35. 
Mansour  (A.),  id.,  177. 
Marchand  (Mlle  M.),  id., 

99. 
Martin  (E.),  id.,  99. 
Martin  (Mlle  J.),  id.,  16G. 
Mira  (Mlle  M.),  id.,  58. 
Molidoff  (Mlle),  162. 
Momigny  (G.  de),  art.  d'A. 

Botte,  1,2. 
Moritz-lleuchsel  (Mlle),  id., 

150. 
Murer  (Mlle  L.),  id.,  106. 
Mutel  (A.),  id.,  35. 
Nathan  (E.),  id.,  117. 
Paladilhe  (E.),  id.,  79. 
Pfeilfer(G.),  id.,  52,  98. 
Pfeiffer  (Mme  C),  418,  441. 
Pleyel  (Mme  M.),  art.  d'A. 

Botte,  86,  105. 
Potier  (M.  et  Mme  II.),  id., 

150. 
Prudent  (E.),  id.,  87. 
Rabaud,  id.,  150. 
Ravisy,  id.,  141. 


Reynier  (L.),  id.,  125. 
Rie(B.),  id.,  110. 
Ruf  (K.),  222. 
Sainton-Dolby  (Mme),  art. 

d'A.  Botte,  79. 
Saint-Saéns  (C),  id.,  142. 
Seeling  (H.),  id.,  143. 
Ségisser  (Mlle  A.),  id.,  142. 
Sievers  (Mme),  art.  signé 

S.  D.,  143. 
Siïhicelli,  154. 
Sowinski    (A.),    art.   d'A. 

Botte,  98. 
Stamaty  (C!,  id.,  149,  325. 
Stanzieri,  154. 
Szarvadv-Clauss  (Mme), 

art.  d'A.  Botte,  58,  78, 

105. 
Telesiuski  (J.),  id.,  142. 


Van-der-Beck  (Mlles),  id., 

52. 
Vaucorbeil  (A.  E.  de),  id., 

44. 
Viard-Louis    (Mme),   id., 

116. 
Viening  (Mlle),  270. 
Viguier  (M.  et  Mme),  art. 

d'A.  Botte,  105. 
Vrabélv  (Mlle  S.\  id.,  99. 
Wi<  niawski  (J.  ,  159,  440. 
Wiest  (L.),  id.,  219. 
Wocher  (Mlle  J.  de),  id., 

178. 
Zadrobilek  (Mlle  A.),  id., 

89,  125. 
Zani  di  Ferranti,  id.,  44. 
Zarzycki,  id.,  126. 
Zompi  (D.).,  id.,  116. 


Bibliographie. 

PUBLICATIONS   MUSICALES. 

Ida  et  Uathilde,  caprices-valses  d'E.  Wolff,  14. 

Allegro  rapido,  dédié  à  C.  Stamaty,  par  D.  Zompi,  14. 

Clairette,  polka  de  M.  V.  Boullard,  14. 

Partition  pour  piano,  à  quatre  mains,  du  Pardon  de 
Ploërmel,  22 

Chants  rie  l'Italie,  pour  piano,  et  Faites  l'aumône  à 
l'orphelin,  stances,  par  A.  Kalkbrenner,  31. 

Première  série  des  Echus  des  opéras,  par  J.  Rummel,  38. 

La  Danse  des  fées  (nouvelle  édition),  d'E.  Prudent,  46. 

Fantaisie  pour  le  piano  sur  des  motifs  de  Diane  de  So- 
lange, par  E.  Ketterrer,  54. 

La  Plaine  dts  vertus,  ronde,  par  S.  Mangeant,  54. 

La  Consolation,  nocturne,  de  Bergson  ;  la  Aostalgie, 
fantaisie  facile,  et  Polonia,  mazurka  de  salon,  par 
M.  Lee  ;  la  Folle,  do  Grisar,  par  A.  Croisez,  54. 

L'Orphéon  français,  par  A.  Vialon,  54. 

Grand  duo  brillant  pour  le  piano,  sur  les  motifs  de  Slra- 
della,  par  E.  Wolfl',  62. 

Réminiscences  de  Y  A  me  en  peine,  par  \V.  Kruger,  62. 

Juanita,  polka  d'E.  Lee,  62. 

Recueil  des  Mélodies  de  A.-E.  de  Vaucorbeil,  62. 

Tome  II  des  Œuvres  de  Hacndel,  73. 

Hymnes  pour  la  fête  des  Rameaux,  par  G.  d'Albano,  73. 

OEuvres  nouvelles  do  Cli.-B.  Lysberg.  110. 

L' Enfant  dangereux,  mélodie  de  Ch.  Manry,  120. 

SchiUer-Marscfi  (2e  édition),  137. 

Deux  quadrilles  sur  le  Roman  d'Elvire,  par  Arban  et  par 
Marx,  137. 

Fantaisie  pour  piano  sur  des  thèmes  de  Stradella,  par 
Longueville,  154. 

Partition  de  Fanchelte,  pour  piano  et  chant',  154. 

Le  Bouquet,  lo  Jasmin  titane,  la  Pervenche,  Il  pleut,  il 
pleut,  bergère,  compositions  nouvelles  pour  le  piano, 
par  Mme  J.  Caye,  101. 

Polka  sur  le  Roman  d'Elvire,  par  Ettling,  162. 

Huit  magnificat,  pour  l'orgue,  par  J.  Ganuza,  162. 

t  liants  evangéliques,  par  M.  Bourgc,  162. 

Partition,  pour  chant  et  piano,  du  Roman  d'Elvire,  169. 

La  Triangulation  de  Paris,  chansonnette,  par  F.  Gau- 
tier, 170. 
La  Prière  d'une  Vierge,   morceau  a  quatre  mains,  pa 

Mme  Badarzcwska,  170,  278. 
Le  Chat  et  la  Souris,  fable  de  la  Fontaine,  par  Th.  ïm- 
uert,  182. 


Œuvres  de  musique  de  danse,  par  A.  Rosselloty,  182. 

Transcription,  pour  le  piano,  delà  berceuse  du  Pardon, 

par  Dolmelsch,  190. 
Adieu,  bonjour  Suzon  et  la  Vision,  romances,  par  V.  Jon- 

cières,  190. 
Valse-boléro  de  Pianella,  parMusard,  198,  205. 

Partition,  pour  piano  et  chant,  de  Pianella,  205. 
Bymneàla  Vierge  de  l'opéra  de  Stradella,  205. 
Les  Refrains  baroques,  ronde  de  M.  Mangeant,  chantée 

dans  les  Jours  gras  dcmadame,  205. 
Mon  Etoile  et  mon  guide,  mélodie,  par  Mme  L.  Auffant, 
213. 

Trois  ballades,  romances  sans  paroles,  danse  bretonne, 

parDolmetsch,  213. 
Transcription,  pour  violoncelle,  de  la  Marche  funèbre  de 

Chopin,  par  Lebouc,  214. 
Arrangement,  pour  ténor  et  chœur  de  la  mélodie  irlandaise 

de  Maria,  par  L.  Manotte,  230,  278. 
Œuvre  4,  pour  orgue,  de  M.  E.  Batiste,  230. 
Tableau  de  genre,  par  St.  Heller,  238. 
Transcription  pour  piano  du  2e  Morceau  de  salon  de 

Vieuxtemps,  parL.  Brassin,  238. 
O  belle  étoile,  6  doux  regard,  romance  d'A.  Reichardt, 

246. 
Fantaisie  sur  des  thèmes  delà  Part  du  Diable,  par  A. 
Frelon  ;  souvenir  de  Guillaume  Tell,  par  Durand,  246. 
Bouquet  de  mélodies  sur  le  Roman  d'Elvire,  par  J.-Ch. 

Hess,  246. 
L'Etoile  du  pécheur,  mélodie  de  M.  E.  Cottin,  254. 
Partition,  pour  piano  et  chant,  de  Bit  a,  262. 
Flocons  de  neige,  suite  de  valses  pour  le  piano,  par  A. 

Rosselloty,  262. 
Ouverture  à  grand  orchestre  du  Roman  d'Elvire,  277. 
Cinquante  numéros  nouveaux  de  la  Lyre  française,  278. 
Valse  de  Montebello,  par  M.  Henrion  de  Solènes,  278. 
Anita  Garibaldi,  légende,  par  A.  Elwart,  285. 
Parties  d'orchestre  de  l'ouverture  de  Pianella,  285. 
Le  Deuil  de  Syrie,  élégie  par  l'abbé  Touzé,  285. 
Divers  morceaux  de  la  Sémirumis,  de  Rossini,  294,  326. 
Lieu  le  veut  !  cantate  par  A.  Kalkbrenner,  310. 
Partition  des  Rosières,  d'Hérold,  310. 
Œuvres  nouvelles  d'A.  Kunc  ;  Refrain  militaire,  de  F. 

Dolmetsch,  326. 
Répertoire  des  .Sociétés  chorales  et  des  Orphéons,  346, 

362,402,  434. 
Bonne  chance,  polka-mazurka,  par  Z.-B.  Katto,  346. 
Tome  VII  des  Œuvres  de  Haendel,  354. 
Agnus  Dei  et  Kyrie  à  trois  voix  avec  accompagnement 

d'orgue  ou  harmonium  et  piano,  par  L.  Lacombe,  354. 
Douce  rêverie,  morceau  pour  piano,  par  Mme  Badar- 

zewska,  354. 
Caliban,     grande    valse     de     salon  ;     l'Escarpolette, 

fantaisie   sur  des  thèmes  du  comte  Orij,  pour  piano, 

par  R.  Favarger,  362. 
Mon  paradis.  Vivacité,  et  constance,  morceaux  de  piano, 

par  A.  Cunio,  362. 
L'Ecole  primaire,  solfège  par  A.  Panseron,  370. 
Le  Roi  des  Aulnes  de  Schubert,  orchestré  par  H.  Berlioz, 

.377. 
Te  Deum  impérial  et  militaire,   par  M.  Sain-d'Arod, 

378. 
Souvenirs  du  Tyrol,  romance  sentimentale  pour  le  pia- 
no, parD.  Krug,  378. 
Le  Pot  de  terre  et  le  Pot  de  fer,  et  les  Médecins,  fables 

de  la   Fontaine,  mises  en  musique  par  Th.   Ymbert, 

378. 
La  Mulle  de  Metz,  mélodie  imitative,  par  Mlle   José- 
phine Caye,  378. 
Lu  Mer  et  Puisqu'ici  bas  tout  aime,  mélodies  par  Nié- 

dermeyer,  378. 
Bouquet  de  la  fiancée,  par  Ch.  Jeltsch,  386. 
Si  tu  l'avais  voulu,  mélodie  par  Audran,  386. 
Fantaisie  de  salon,  pour  orgue,  sur  l' Etoile  du  Nord,  par 

F.  Alday,  394. 
Variations  sur  le  Carnaval  de    Venise,  transcrites  pour 

le  violoncelle,  par  M.  Ganz,  394. 
Douce  rêverie,  Souvenir  a  ma  chaumière,  mazurka, 

pour  le  piano,  par  T.  Badarzcwska,  394. 
Première  série  de  la  Collection  des  chefs-d'œuvre  des 

grands  maîtres  publiée  par  A.  Catelin,  403. 
Le  Satyre  et  le  Passant,  la  Mort  et  le  Bûcheron,  fables 

de  la  Fontaine  mises  en  musique  par  Th.  Ymbert,  410. 
Album  posthume  d'Ahuàic,  410,442. 
Pëkinette,  polka  chinoise  par  Rebsamen,  418. 
La  Schiller-Marsch  de  Meyerbeer,  arrangée  par  Liszt  en 

morceau  de  concert,  425. 
Bibi-Bamban,  quadrille  d'Arban;  les  Valets  de.  Gascogne, 

quadrille  de  Strauss,  426. 
Solfège  artistique,  par  H.  Duvcrnoy,  434. 
Les  six  Prières,  pour  chant  et  piano,  par  Armingaud, 

434. 
JBalladc,  valse  élégante,  polka  caractéristique,  souve- 
nance, clair  de  lune,  impromptu,  morceaux  pour  le 

piano,  par  H.  Litolff,  441. 
L'Abeille  et  Première  fleur,  mélodies;  l' Enfant,  duo, 

par  L.  Marnet,  442. 
Le  Bouquet  de  la  fiancée  de  C.  Jeltsch,  trarscrit  pour 

musique  militaire,  par  Bonnet,  et  pour  musique  de  cava- 
lerie, par  Cressonnois,  442. 
Astre  des  nuits  et  Echos  du  bal,  morceaux  pour  piano, 

par  Mlle  L.  Tonel,  442. 
Nouvelles  romances  bouffes,  par  M.  A.  Vialon,  442,450. 
Fantaisie  militaire  sur  les  Dragons  de  Villars,  par  Vali- 

quet,  442. 
Gi  and  air  du  Crocialo  do  Mcycrbcr,  pour  orchestre,  440. 
Villanellc  d'E.  Albert,  449. 

PUBLICATIONS  DIVERSES. 

Biographie,  universelle  des  musiciens,  par   M.   Fétis 
(lor  volume),  6. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Histoire  d'un  inventeur  au  dix-neuvième  siècle,  par 
0.  Comettant,  32. 

Observations  de.  quelques  musiciens  et  de  quelques 
amateurs  sur  la  méthode  de  musique  de  M.  le  doc- 
teur E.  Chevé,  54,  81. 

Histoire  générale  et  chronologique  de  1830  à  1860,  par 
G.  Oppelt,  110. 

Simple  réponse,  par  M.  Chevé,  161. 

Histoire  de  la  Société  des  Concerts,  par  A.  Elwart,  162. 

Les  anciennes  maisons  de  Paris,  par  M.  Lefeuve,  182. 

Mises  en  scène  du  Pardon  de  Ploërmel,  du  Roman 
d'Elvire  et  du  Diable  au  moulin,  par  L.  Palianti,  190. 

Elude  artistique  sur  le  diapason  normal,  par  G.  Béné- 
dit,  190. 

La  Maîtrise  (3=  année),  198. 

Les  concerts  de  Paris,  par  M.  Fillonneau,  198. 

Biographie  de  Mozart,  par  Otto  John,  205. 

Autobiographie  de  Spohr  (2e  volume),  222. 

Paris  neuf,  parCh.  Soullier,  238. 

Histoire  de  la  musique  espagnole  depuis  l'arrivée  des 
Phéniciens  jusqu'à  l'année  1859,  par  S.  Nuertes,  254. 

Le  Voyage  comique  et  orphéonique.  de  3,000  Français  à 
Londres,  par  B.  Gastineau;  le  Festival  de  Londres 
etVOrjihéon  dunkerquois,  285. 

L'Honnête  homme,  comédie,  par  un  musicien,  378. 

Almanach  illustré  des  Deux-Mondes  et  Almanach  mu- 
sical, par  0.  Comettant,  386. 

L'Art  musical,  nouveau  journal  de  M.  L.  Escudier,  426. 

Lettre  sur  la  musique,  suivie  de  quatre  poèmes  d'opéras, 
par  R.  Wagner,  433. 

L'Art  de  la  prononciation,  par  M.  Dorval-Valentino,  450. 

Biographies. 

Mouret  (suite),  par  M  A.  Pougin,  18,  127. 

Brassin  (F.),  art.  d'A.  Botte,  43. 

Spohr  (L.),  autobiographie,  art.  de  Th.  Parmentier,  60. 

Balfe  (M.  G.),  extrait  de  la  Biographie  universelle  des 

musiciens,  par  F.-J.  Fétis,  330. 
Barroilhet  (P.),  extrait  du  même  ouvrage,  344. 
Bocquillon-Wilhem  (G.-L.),  extrait  du  même  ouvrage,  350. 
Bcaulieu  jM.-D.  Martin),  extrait  du  même  ouvrage,  391. 
Alard  (Delphin),  extrait  du  même  ouvrage,  408. 


Concerts  à  Paris. 

(Voyez  aussi  Auditions  musicales.) 

Concert  donné  par  les  chanteurs  lilliputiens,  14. 

Inauguration  des  soirées  musicales  de  M.  Benson,  14. 

Soirée  musicale  chez  M.  Jules  Béer,  21. 

Audition  d'un  trio  de  M.   J.  Bellon,  chez  M.  Gouffé,  21 . 

Audition  de  Mlle  Balby,  au  cercle  des  Sociétés  savantes, 
31. 

Célébration  du  deuxième  anniversaire  de  la  fondation  de 
la  Société  chorale  allemande,  38. 

Audition  de  J.  Becker  dans  une  soirée  intime,  3S. 

Soirée  donnée  par  M.  et  Mme  Herwyn,  38. 

Fête  annuelle  donnée  par  la  Société    de   secours    mu- 
tuels du  quartier  Saint-Thomas-d'Aquin,  46. 

Soirée  donnée  par  E.  Nathan,  54. 

Audition  d'Angelo  et  Teresa  Ferai  chez  S.  A.  I.  la  prin- 
cesse Mathilde,  54. 

Audition  de  Mlle  Singer  dans  une  soirée  intime,  54. 

Concert  a   l'Institution  impériale  des  Jeunes  Aveugles 
art.  d'A.  Botte,  78. 

Audition  des  dernières  compositions  de  W.  Krùger,  dans 
une  soirée  intime,  81. 

Soirée  donnée  par  M.  B. ..,  amateur,  81. 

Premier  concert  des  Tuileries,  92. 

Audition  d'A.  Duvernoy  cans  les  salons  de  M.  Marmon- 
tel,  92 

Audition  de  Léter  aux  concerts  du  Palais  de  l'Industrie 
101. 

Concert  au  profit   de    l'Œuvre  Saint-Joseph    des  Alle- 
mands, art.  d'A.  Botte,  106. 

Audition  de  Hans  de  Bulow  et  d'E.  Prudent  i  la  cour 
110. 

Concert  donné  par  l'Association  des  fabricants  et  arti- 
sans, art.  d'A.  Botte,  117. 

Concert  donné  an  profit  de  l'Œuvre  des  faubourgs,  art. 
d'A.  Botte,  117. 

Audition  de  F.  de  Croze  chez  Mme  la  maréchale  Randon, 
120. 

Concert  donné  à  l'aristocratie  russe  par  Mlle  Ida  Ber- 
trand, 120. 

Concert  à  l'Hôtel  de  ville,  1 45. 

Réunion  particulière  au  boulevard  Italien,  n°  1,  152. 

Concert  donné  par  les  élèves  de  Mme  C.  Pfeiffer,  154. 

Séance  musicale  de   l'Académie  universelle  des  arts  et 
manufactures  do  Paris,  154. 

Concert  de  la  Société  allemande  de  bienfaisance,  art. 
d'A.  Botte,  160. 

Concert  de  la  fondation  Beaulieu,  art.  signé  P.  S.,  177. 

Audition  de  Mlle  Hilliard,  chez  Duprez,  dans  la  Favorite 
et  dans  Desdemona,  à'Otello,  190. 

Audition  de  M.  Mohr   au  concert  annuel  de   la  Société 
des  enfants  d'Apollon,  198. 

Exécution  d'un  trio  d'Ad.  Blanc  chez  Rossini,  205. 

Audition  des  élèves  de  M.  Herrensclmeidcr  dans  la  salle 
Beethoven,  205. 

Audition  de  l'ode-symphonic  de  la  Mer,  par  Wekerlin, 
et  de  la  pastorale  bouffe,  Loin  du  bruit,  par  P.  Ber- 
nard, chez  Rossini,  213. 
Audition  des  élèves  d'A.  Goria   en  présence  d'un  jury 

chargé  de  leur  distribuer  des  récompenses,  213. 
Matinée  de  quatuor  par  MM.  le  marquis  de  Cesoles,  de 
Lwoff,  Franchomme  et  G.  Pfeiffer,  chez  Mme  la  mar- 
quise de  B***,  262. 


Matinée  musicale  organisée  par  M.  Forrenc  en  l'honneur 

de  Moschelès,  294. 
Audition  de  J.  Wieniawski  dans  une  des  réunions  du 

Liederkranz  de  Paris,  378. 
Concert  donné  en  l'honneur  de  l'anniversaire  de  la  nais- 
sance de  Schiller  par  la  Société  chorale  la  Teutonia. 

402.  ' 

Audition  de   Mlle  L.  Tonel  dans  une  matinée  intime. 

410.  ' 

Concert  donné  à  l'Hôtel  de  ville,  au  bénéfice  des  crèches, 

410. 
Concert  donné  dans  la  salle  Saint-Jean  de  l'Hôtel  de  ville 

par  la  Société  des  sciences  industrielles  de  Paris,  418. 
Séance  musicale  chez  Mme  Zaccone,  434. 
Audition  de  Reichardt  dans  une  réunion  particulière,  434. 
Concert  annuel  de  la  Société  philanthropique  savoisienne, 

art.  de  P.  Smith,  440. 
Audition  de  J.  Vieniawski  dans  un  concert  donné   au 

lycée  Louis-le-Grand,  449. 
Séance  musicale  à  l'amphithéâtre  de  l'École  de  médecine, 

au  profit  de  la  Société  de  secours  mutuels  du  quartier 

de  la  Monnaie,  449. 
Société  des  concerts  du  Conservatoire,  22,  136,  169. 
Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  : 
1er  concert,  art.  signé  P.  S.,  28. 
2'  concert,  46. 
3e  concert,   Struensée ,  de   Meyerbeer ,   art.   signé 

P.  S.,  57. 
4e  concert,  art.  signé  P.  S.,  97. 
Dernier  concert,  120, 129. 

OPÉRAS  DE  SALON. 

La  Perruque  du  bailli,  opérette  de  Mlle  Tbys,  dans  un 
concert  de  Mme  Gavaux-Sabatier,  art.  signé  S.  D.,  143. 

Jeanne  d'Arc,  opéra  en  trois  actes  et  six  tableaux,  par 
G.  Duprez,  exécuté  à  l'Ecole  spéciale  de  chant,  art.  de 
P.  Smith,  151. 

Conservatoire  impérial  de  musique  et  de 
déclamation. 

Retraite  de  M.  Guérin,  remplacé  par  M.  Ch.  Dancla,  6. 
Nomination  de  M.  Sauzay  comme  professeur  dejviolon, 

en  remplacement  de  M.  Girard,  61. 
Nomination  de  M.  Paulin  comme  professeur  de  chant,  en 

remplacement  de  Faure,  136. 
Nomination  de  Mocker   comme  professeur  de  la  classe 

d'opéra-comique  de  Moreau-Sainti,  décédé,  145. 
Souscription  ouverte  au  profit  de  Mme  Couvé-Rameau', 

petite-nièce  du  compositeur,  230. 
Exercice  des  élèves,  250. 
Concours  à  huis  clos,  25S. 
Concours  publics,  266. 
Concours  publics,  art.  signé  P.  S.,  275. 
Distribution  des  prix,  art.  signé  P.  S. ,  282. 
Concours  d'harmonie  et  de  composition  pour  les  classes 

d'élèves  militaires  ;  concours  de  solfège  .pour  les  mêmes 

élèves,  402. 
Exercice  lyrique  ;  le  Barbier  de  Sécille,  art.  signé  P.  S., 

414. 
Souscription  pour  l'érection  d'un  monument  à  Cherubini 

dans  la  ville  de  Florence,  416. 


Départements  - 

THÉÂTRES,  CONCERTS,  NOUVELLES  MUSICALES, etc. 

Algeh.  Mme  Piquct-Wild  dans  Robert  le  Diable;  reprise 
des  Dragons  de  Villars,  63.  —  Débuts  de  Périé  et  de 
Raynal,  386. 
Allevard.  Concert  donné   par  F.  de  Croze  et   Gozora, 

294. 
Amiens.  Premier  concert  de  la  Société   philharmonique, 
23.  —  Représentation    du  Prophète ,  39,   47,  93.  — 
Audition  de  Roger,  Graziani  et  .Mlle  Vestvali  dans  un 
concert,  120.  —  Audition  de  Mlle  M.  Battu  à  la  Société 
philharmonique,  concert   de   M.  J.   Deneux,  182,  — 
Représentations    de   la   troupe  des  Bouffes-Parisiens, 
197. 
Angers.  Etudes  du  Pardon  de  Ploërmel,  82;  représen- 
tation de  cet  opéra.  —  Représentations  de  Bataclan  et 
de  la   Rose  de  Saint-Flour,  121.  —  Débuts  de  Mme 
L.  Reine,  387. 
Anr.AS.  Deuxième  concert  de  la  Société  philharmonique, 
102.  —  Concert  annuel  de  cette  Société,  326.  —  Con- 
cert donné  par  cette  Société  au  bénéfice  des  pauvres  ; 
Mlle  Rey  et  M.  Tagliafico,  41S. 
Avignon.  Représentation  de  Martha,  23,  S2.  —  Reprise 
de  Robert  le  Diable,  82.  —  Représentations  de  Roger 
dans  la  Favorite  et  la  Dame  blanche,  190. 
Bailleul.  Inauguration,  dans  l'église  de   Saint-Amand, 

d'un  orgue  construit  par  M.  A.  Cavaillé-Coll,  238. 
Baïonne.  Concerts  de  D.  Magnus,  318. 
Beaicaire.  Concours  d'orphéons  dans  les  Arènes,  2S5. 
Beauvais.  Messe  de  S.  Neuckomm,  exécutée  par  les  élèves 

du  grand  séminaire,  419. 
Belleï.  Inauguration  du  grand  orgue  de  la  cathédrale, 

169. 
Besançon.  Concerts  de  Bazzini  et  de  Mme  Sanchioli, 
222.  —  Programme  d'un  concours  musical  pour  l'expo- 
sition bizontine,  2S6.  —  Correspondance  de  M.  E. 
Mathieu  de  Monter  :  détails  sur  la  célébration  de  cette 
fête  chorale,  351.  —  Représentations  de  Mme  Cabel, 
394. 
Blois.  Concert  donné  par  Mme  Gavaux-Sabatier  et 
MM.  J.  Lefort  et  Castel,  22.  —  Soirée  organisée  par 
la  direction  du  Figaro ,  au  bénéfice  des  pauvres, 
318. 


Bone.  Représentation  de  l'Etoile  du  Nord,  7. 
Bordeaux.  Lauréat  du  dernier  concours  de  la  société  Sain- 
te-Cécile, 22.  —  Reprise  de  Robert  le  Diable,  47.  — 
Représentation  de  Martha;  concert  de  H.  Wieniawski, 
55.  —  Débuts  de  Mlle  Micheau,  102.  —  Concert  de 
M.  L.  Duflls,  198.  —  Représentations  de  Roger  ;  repré- 
sentation des  Dragons  de  Villars,  213.  —  Prix  décer- 
né à  un  opéra-comique  par  la  société  Sainte-Cécile, 
270.  —  Débuts  de  Renard  dans  Guillaume  Tell,  277. 
—  Expériences  de  M.  Sudre  dans  les  salons  de  l'Aca- 
démie impériale,  286.  —  Programme  du  concours  de 
composition  musicale,  proposé  par  la  société  de  Sain- 
te-Cécile, 338.  —  Débuts  de  la  troupe  d'opéra,  338.  — 
Admission  de  Clienest;  débuts  de  Mme  Borghèse-Du- 
four,  394.  —  Audition  de  cette  cantatrice  dans  les 
Dragons  de  Villars,  419.  —  Puis  dans  le  Prophète, 
426  —  Reprise  des  concerts  de  la  Société  philharmoni- 
que, 434.  —  Audition  de  Sivori ,  de  Magnus  et  de 
Mme  Viardot  aux  concerts  de  cette  Société,  441.  — 
Mme  Borghèse  dans  le  Prophète,  450. 
Boulogne-sur-Mer.  Concert  deReichardt;  visiteurs  de  dis- 
tinction, 286.  —  Premier  concert  organisé  par  l'admi- 
nistration des  bains,  295.  —  Solennité  de  musique 
religieuse,  pour  l'inauguration  du  grand  orgue  de  l 'é- 
glise  Saint-Nicolas,  302.  —  Concert  de  la  Société  phil- 
harmonique, 310.  —  Soirée  musicale  donnée  par 
Bazzini  et  Mme  Sanchioli,  338.  —  Concert  religieux, 
historique  et  classique  donné  dans  la  cathédrale  par 
C.  Vervoitte,  354.  —  Premier  concert  d'hiver  de  la 
Société  philharmonique,  419. 
Bourbonne-les-Bains.  Concerts  de  Géraldy,  302. 
Bourges.  Inauguration  du  grand  orgue  de  la  cathédrale 

370,  394. 
Brest.  Représentation  du   Pardon  de  Ploërmel ,  154. 
—  Représentation  de  Joconde,  170.  —  Représentation 
de  Martha,  191. 
Caen.  Festival  organisé  par  Lair  de  Beauvais,  7.  —  Re- 
présentations de  Mlle  A.  Cordier,  39.  —  Représentation 
du  Cheval  de  Bronze;  représentations   de  Mme  Bor- 
ghi-Mamo,  82.  —  Audition  de    M.  et  Mme  Léonard 
dans   un  concert,   278.  —  Concert  de  Bazzini  et   de 
Mlle  M.  Talvo,  419.  — Acquisition  des  instruments  en 
cuivre  de  Sax  pour   la  musique  municipale  (extr.  du 
Moniteur  du  Calvados),  432. 
Cambrai.  Mise  au   concours  du   projet  de   construction 

d'un  théâtre,  302. 
Carcassonne.    Souscription  locale  pour  la  représentation 

d'un  opéra  inédit,  326. 
Chalon-sur-Saône.  Mise  à  l'étude    des  Malices  de  Ni- 

cai.se,  opéra-comique  nouveau,  32. 
Chambbry.  Préparatifs  des  fêtes  offertes  à  LL.  MM.   Im- 
périales, 278.—  Te  Deum  impérial  de  M.  Sain-d'Arod, 
chanté  a  l'église  métropolitaine,  318. 
Chartres.  Solennité  religieuse  pour  le  600*  anniversaire 

de  la  dédicace  de  la  cathédrale,  362. 
Château-Thierry.  Fête    annuelle  en  l'honneur  de  Jean 

la  Fontaine,  246. 
Cherbourg.  Séance  d'inauguration  du  congres  scientifi- 
que ;  cantate  de  M.  J.  Barrière,  319. 
Constantine.   Clôture  du  théâtre  par  l'Etoile  du  Nord, 

214- 
Dieppe.  Inauguration  des  concerts  du  Pavillon,  246. 
Dijon.  Audition  de  Roger  dans  une  fête  musicale  organi- 
sée au    profit  des  pauvres,   38.   —  Représentation  de 
Guillaume  Tell,  39.  —  Reprise  du  Prophète,  121.  — 
Concerts  de  Bazzini,  262.—  Représentations  de  Martha, 
434. 
Dunkeiique.  Grand  concert  donné  par  l'Orphéon,  326.  — 
Audition  de  Bazzini  et  de  Mme  Sanchioli,  346.  —  Re- 
présentation du  Pardon  de  Ploërmel;  9e  concert  de 
l'Orphéon  ;  messe  de  L.  de  Rillé,  426. 
Eaux-Bonnes.  Concert  de  E.  Nathan  et  de  Mme  Fournier, 

262. 
Epinal.  Concert  donné  par  Mlle  Marie  Boulay,  371. 
Grenoble.  Représentation  de  Martha,  7.  — ■  Reprise  des 

Dragons  de  Villars  ;  bénéfice  de  M.  Goudboz,  162. 
Havre  (le)  Représentations  de  Roger,  21.  — Clôture  du 
Grand-Opéra  par  le  Prophète,  19S.  — Concerts  de  Baz- 
zini et  de  Mme  Sanchioli,  294.  —  Reprise  de  Giralda, 
394.  —Reprises  des  Dragons  de  Villars  et  du  Postil- 
Ioji  de  Longjumeau,  410. 
Lille.  Acte  de  bonne  confraternité  artistique  envers  un 
"artiste  lillois,  31.  —  Répétitions  du  Pardon  de  Ploër- 
mel, 32.  —  Première  représentation  de  cet  opéra,  47, 
55,  93.— Reprise  de  Martha,  93.  —  Reprise  de  Robert 
le  Diable  ;  audition  d'Alard  au  Cercle  du  Nord  ; 
solennité  musicale  à  l'église  cathédrale  de  Saint-Mau- 
rice, 146.  —  Fête  musicale  donnée  par  le  Conservatoire 
eu  l'honneur  du  maréchal  de  Mac-Mahon,  162.  Au- 
dition de  Mlle  M.  Battu  à  la  Société  philharmonique, 
182.  —  Audition  de  Mme  Arnold  dans  un  concert  don- 
né au  bénéfice  d'un  artiste,  254.  —  Distribution  des 
prix  du  Conservatoire,  302. 
Livrï.  —  Concours  des  orphéons  et  des  sociétés  chora- 
les, 354. 
Lyon.  Matinée  musicale  de  M.  Pontet,  32.  —  Reprise  de 
l'Etoile  du  Nord.  47.  —  Reprise  de  Robert,  le  Dia- 
ble ;  concert  de  F.  de  Croze,  63.  —  Mise  â  l'étude  du 
Roman  d'Elvire,  74.  —  Rentrée  de  Mme  Vandenheu- 
vel  par  le  Barbier  de  Sëville  ;  concert  annuel  de 
G.  Hainl,  110.  —  Représentations  de  Pradeau  aux 
Célestins,  162 .  —  Représentations  de  Roger,  Tamber- 
lick  et  Merly  au  grand  Théâtre  ;  concert  de  H.  Herz, 
206.  —  Audition  de  divers  morceaux  de  musique  de 
chambre,  par  E.  Albert,  dans  les  salons  de  M.  Prost, 
270.  —  Représentations  de  la  troupe  des  Bouffes- 
Parisiens,  277.  —  Rentrée  de  Mathieu,  de  Bovier-La- 
pierre  et  représentations  de  Mlle  Costan ,  326.  — 
Rentrée  de  Mme  Rey-Balla  dans  Robert  le  Diable,  386. 
—  Répétitions  du  Pardon,  419. —  Concert  de  A.  So- 
«inski,  449. 


DES  MATIERES. 

Mans  (le).  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel, 
198.  —  Représentations  données  par  la  troupe  lyrique 
de  M.  Rousseau,  214.  —  Festival  à  l'occasion  des 
courses,  302. 
Marmande.  Bénédiction  du  nouvel  orgue  de  l'église  pa- 
roissiale par  le  cardinal-archevêque  de  Bordeaux, 
410. 
Marseille.  Début  de  Mme  Elmire  dans  le  Prophète  ; 
études  du  Jugement  de  Dieu,  opéra  de  M.  A.  Morel, 
15.  —  Audition  de  Th.  Ritter,  31.  —  Concert  de 
Mlle  O.  Caussemille,  32.  —  Reprise  des  répétitions  du 
Jugement  de  Dieu,  63.  —  Rentrée  d'Armandi  dans 
les  Bugueno's  et  dans  Robert  le  Diable,  74.  —  Pre- 
mière représentation  du  Jugement  de  Dieu,  musique 
de  M.  A.  Morel.  92,  102.  —  Concert  de  H.  Herz  ;  en- 
gagements de  Renard,  de  Merly  et  de  Mlle  Sannier, 
102. ^  —  Représentation  des  Deux  avares,  remis  en 
musique  par  M.  Agnelli,  122.  —  Nouveaux  engagements 
de  M.  Montelli,  154.  —  Concert  de  Seligmann,  162.— 
Souscription  pour  faire  graver  la  partition  du  Juge- 
ment de  Dieu,  169.  —  Tableau  de  la  troupe  de 
M.  Montelli,  310.  —  Réouverture  du  grand  Théâtre 
par  Guillaume  Tell,  319.  —  Concerts de  M.  E.  Albert, 
325.  _ —  Représentations  de  Roger,  402.  —  Débuts  de 
Bussine,  et  de  Mmes  Riquier-Delaunay  et  Lafranque, 
403.  —  Roger  dans  le  Prophète  ;  concert  de  Sivori, 
410. 
Metz.  Représentations  du  Pardon  de  Ploërmel,  15,  39. 
—  Représentation  de  Martha,  55.  —  Représentation 
de  cet  opéra  au  bénéfice  de  Warnots,  122. —  Représen- 
tations de  Bordas  et  de  Mme  Laget-Planterre,  145.  — 
Représentations  de  Cazaux ,  162.  —  Bordas  dans 
Othello,  190. 
Montbéliard.  Concerts  de.  Bazzini  et  de  Mme  Sanchiou, 

222. 
Montmorency.  Solennité  musicale  et  religieuse,  célébrée 
dans  l'église  de  cette  commune,  au  bénéfice  de  l'asso- 
ciation des  artistes  musiciens,  262. 
Montpellier.    Représentation  des  Dragons  du  Villars, 
91.  —  Représentation   de    cet   opéra  au    bénéfice   de 
M.  Granier,  162. 
Mulhouse.   Concerts  de  Bazzini   et   de  Mme  Sanchioli, 
222. —  Correspondance:  festival  de  Mulhouse,  cinquiè- 
me réunion  des  chanteurs  alsaciens,  art.  d'A.  Couvert, 
261.  —  Représentation  de  Fanchelte,  3"0.  —  Inaugu- 
ration de  l'orgue  de  l'église  catholique,  394. 
Nancy.  Reprise  des  Dragons  de.  Vilturs,  47.   —  Repré- 
sentation de  Martha  au  bénéfice  de  M.  Litté,  82.  — 
Représentations  de  Bordas  et  de  Mme  Laget-Planterre, 
145. —  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel,  181. — 
Bordas  dans  Robert  le  Diable  Jérusalem,  Norma  et 
la  Favorite,  190.  —  Succès  du  Pardon,  198. 
Nantes.  Etudes  du  Pardon  de  Ploërmel  ,  74.  —  Repré- 
sentation de  cet  opéra,  82.  — ■  Correspondance  signée 
X...:  Détails  sur  cette  représentation,  91.  — Audition 
de  Servais  et  de  Mme  Vestvali  à  la  Société  des  beaux- 
arts,  92.  —  Concert  de  Mlle  François,  121.   —  Repré- 
sentation des  Dragons  de  Villars,  214-  —  Débuts  de 
la  troupe  d'opéra  dans  Robert  le  Diable,  338.  —  Dé- 
buts   de   Mme    Raynaud  ,    346.  —  Représentation  du 
Pardon  de  Ploërmel,  410,  426.   -  Concert  du  Cercle 
des  beaux-arts,  426. 
Néris.  Audition  de  Mlle  E.  Guérette  au  salon  de  conver- 
sation, 262. 
Nice.  Mme  Sanchioli  dans  le  Trovalore  et  dans  Maria  di 
Rohan,  7. —  Succès  de  Mmes  Sanchioli  et  Boccobadati; 
concert  de  Bazzini  ;  compositions  nouvelles  de  M.  Per- 
ny,    23.  — Fêtes   du  carnaval,    39.   —  Audition    de 
Mlle  O.  Caussemille  chez  la  reine  douairière  de  Dane- 
mark ;    concert    de     Seligmann  ;    l'opéra    italien    et 
Mme  Sanchioli,  S3.  —  Représentation  de  Marie  Tudor, 
opéra  nouveau  d'un  compositeur  russe,  109.  —  Audi- 
tion de  Seligmann,  chez  S.  M.  l'impératrice  douairière 
de  Russie,  138.  —  Concert  de  Mlle  d'Arboville,  147.  — 
Concert  de  Mlle  O.  Caussemille,  155.  —  Cantate  niçoi- 
se, composée  par  M.  J.  Cohen.  169.  —  Chanl  patrio- 
tique, composé  par  M.  Perny,  191.  —  Audition    de  ce 
chant,  270    —  Les  jeunes    chanteurs    de    la   chapelle 
russe,  295.  —  Publication  d'une  valse  de  concert  inti- 
tulée Nice,  par  M.  Perny,  354.  — Début  de  Mme  San- 
chioli  dans  le  Prophète,  371.  —  Représentations  du 
théâtre  italien,  426. 
Nîmes.  Représentation  du  Toréador,  82.  —  Mise  à  l'étu- 
de du  Pardon  de  Ploërmel  ;  représentation  de  Giral- 
da, 363.  —  Représentation   du  Pardon  ,   426,  434.  — 
Représentation  des  Pantins  de  Violette,  435. 
Orléans.   —  Représentation  des  Dragons  de    Villars  , 
74.  —Audition  de  Mohr  à  l'Institut  musical,  101.  — 
Mise  à  l'étude  des  Valets  de  Gascogne,  371. 
Perpignan.  Répétitions  de  l'Etoile  du  Nord,  32.  —  Re- 
présentation des  Dragons  de  Villars,  450. 
Poitiers.  Préparatifs  du    grand  festival    de   cette  ville, 
162.  —  Congrès  annuel  de  la  grande  association  mu- 
sicale de  l'Ouest.  191. 
Provins.  Correspondance  de  M.  E.  Mathieu  de  Monter 
à  propos  du  dixième  concours  d'orphéons  du  départe- 
ment de  Seine-et-Marne,  268. 
Reims.  Deuxième  séance  delà  Société  des  concerts,  32. 

—  Audition  deBerthelior  dans  un  concert  organisé  par 
les  musiciens  de  la  ville,  277. 

Rennes.  Représentations  du  Pardon  de  Ploërmel,  6,  7, 
15.  —  Premier  concert  de  la  Société  musicale,  22.  — 
Grand  succès  du  Pardon,  55.  —  Représentation  d'a- 
dieux de  Mme  Laurence,  avec  Robert  le  Diable,  110. 

—  Début  de  Jouard  dans  ce  même  opéra,  154. 
Rocheeort.  S'abat  Mater  exécuté  à  la  chapelle  des  or- 
phelines d-î  la  marine,  147. 

Rochelle  (la).  Représentation  du  Dîner  de  Madelon, 
opérette,  147. —  Lettre  de  M.  Meneau  â  propos  d'un 
passage  de  M.  Fétis  dans  son  article  biographique  sur 
M.  Beaulieu,  de  Niort,  410.  —  Représentation  de  Qui 


compte  sans  son  hâte,  proverbe  de  MM.  G.  Mareschal 
et  L.  Meneau,  434. 

Rouen.  Reprise  de  Joconde,  32.  —  Représentation 
du  Pardon  de  Ploërmel,  63,  73.  —  Correspondance  : 
inauguration  du  grand  orgue  de  la  cathédrale,  9u.  — 
Exécution  de  la  Marche  aux  'lambeaux,  110.  —  Re- 
prise du  Prophète,  121.  —  Représentation  du  Faust, 
de  Gounod,  145.  —  Solennité  de  Pâques  célébrée  à  la 
cathédrale,  146.  —  Représentation  au  bénéfice  des 
choristes  du  théâtre  des  Arts,  205.  —  Début  de  la  sai- 
son nouvelle  dans  l'opéra  et  l'opéra-comique,  346.  — 
Annonce  de  la  représentaiion  de  Pianella,  362.  — 
Reprise  des  Dragons  de  Villars;  débuts  de  M.  Har- 
vin,  378.  —  Correspondance  d'A.  Méreaux  :  reprise  du 
Pardon,  384,  403.  —  Concerts  de  Bazzini,  441. 

Saint-Dizier.  Correspondance  d'E.  Mathieu  de  Monter  : 
concours  des  Sociétés  musicales  de  cinq  départements, 

Saint-Etienne.  Etudes  de  la  Charmeuse  de  Saint-Val- 
lier,  opéra  nouveau  de  M.  A.  Dard,  93.  —  Représen- 
tation de  cet  opéra,  121.  —  Représentations  de 
Jlme  Cabel  ;  reprise  des  Dragons  de  Villars,  386. 

Saint-Germain-en-Laye.  Audition  de  M.  H.  Herwyn  dans 
un  concert  donné  au  bénéfice  d'un  artiste  malheureux, 
230. 

Saint-Malo.  Audition  de  Bessems  dans  un  concert  de  la 
Société  philharmonique,  121.  —  Premier  concert  du 
Casino,  278. 

Saint-Omer.  Concert  donné  par  H.  Herwyn,  63. 

Saint-Servan.  Concert  donné  par  A.  Bessems  au  profit 
des  pauvres,  354. 

Saujiur.  Concert  donné  par  Mme  Gavaux-Sabatier  et 
MM.  J.  Lefort  et  Castel,  22. 

Strasbourg.  Représentation  des  Dragons  de  Villars,  15. 

—  Messe  de  M.  Schwab,  exécutée  dans  l'église  de  Saint- 
Pierre  le  Jeune,  21.  —  Séances  de  musique  de  chambre 
de  M.  Schwcederlé,  32.  —  Représentation  de  Stradella, 
47. — Concert  annuel  au  profit  du  Conservatoire  mu- 
nicipal, 55.  —  Musique  de  chambre,  93.  —  Dernière 
séance  de  musique  de  chamDre  ;  concert  de  M.  Wald- 
teufel,  12t.  —  Représentation  du  Faust,  de  Gounod, 
145.  —  Concert  de  MM.  Wnille  et  Stenebruggen,  163. 

—  Représentations  de  Bordas  dans  Othello,  190.  — 
Représentation  de  Czar  et  Charpentier,  opéra  de 
Lortzing,  191.  —  Concert  de  Mlle  M.  Boulay,  319.  — 
Concert  d'harmonie  militaire  donné  par  la  musique 
du  3=  régiment  d'artillerie,  346.  —  Concert  de  Mile  M. 
Trautmann,  387.  —  Reprise  de  l'Etoile  du  Nord,  419. 

—  Seconde  séance  de  la  Société  de  musique  de  cham- 
bre, 426. 

Toulon.  Représentation  du  Prophète,  162.  —  Inaugura- 
tion du  grand  orgue  de  l'église  Saint-Louis,  302.  — 
Représentation  de  la  Fée  aux  Roses,  419.  —  Repré- 
sentation prochaine  du  Pardon  de  Ploërmel,  450. 

Toulouse.  Reprise  des  Dragons  de  Villars,  39.  — 
Etudes  de  l'Etoile  du  Nord,  55.  —  Accident  ar- 
rivé à  Puget,  73.  —  Représentation  de  l'Etoile  du 
Nord  au  grand  Opéra,  82,  92.  —  Représentation  du 
Prophète,  162.  —  Roger  dans  cet  opéra,  198.  —Inau- 
guration des  nouveaux  salons  du  maréchal  Niel,  246. 

—  Représentation  des  Pantins  de  Violette,  362. 
Tours.  —  Concert  donné  par  Mme  Gavaux-Sabatier  et 

MM.  J.  Lefort  et  Castel,  22.  —  Représentation  de  la 
Sérénade,  opérette  nouvelle  de  M.  Labit,  170.  —  Con- 
cert donné  par  la  Société  de  Sainte-Cécile  au  profit 
des  pauvres,  205.  —  Débuts  de  Mme  L.  Reine, 
394. 

Trouville.  Concerts  de  D.  Zompi  au  Casino  et  au  théâ- 
tre, 338. 

Troyf.s.  Audition  de  J.  Massenet  dans  un  concert  de  la 
Société  philharmonique,  41.8. 

Uriage.  Concert  donné  par  F.  de  Croze  et  Gozora, 
294. 

Valenciennes.  Concours  ouvert  à  la  Société  impériale 
pour  chœur  d'hommes,  101.  —  Grand  concert  donné 
par  la  Société  philharmonique  pour  la  fête  de  la  ville, 
346. 

Valmondois.  Matinée  annuelle  organisée  par  Duprez  au 
profit  des  pauvres  de  la  commune,  310. 

Versailles.  Concert  au  bénéfice  de  l'Asile  maternel,  213. 

—  Concerts  au  parc,  sous  la  direction  de  M.  Klosé, 
par  la  musique  de  l'artillerie  de  la  garde,  222. 

Vichy.  Concerts  :  audition  de  Romeo  Accursi,  262.  — 
Soirée  donnée  par  Mme  E.  Doche,  310.  —  Correspon- 
dance d'A.  Botte  :  représentations  théâtrales  et  con- 
certs, 330. 

Viroflay.  Messe  à  deux  voix,  de  M.  E.  Hocmelle, 
chantée  dans  l'église  de  cette  commune  pour  la  fête, 
346. 

Viviers.  Inauguration  d'un  grand  orgue  à  la  cathédrale, 
46. 

Wazemmes.  Inauguration  du  nouvel  orgue.  (Extr.  du 
Mémorial  de  Lille),  12. 


Engagements. 

Achard,  à  l'Opéra,  61. 

Barbot  (M,  et  Mme),  au  théâtre  de  Bologne,  253. 
Barbot  (Mme  C),  â  Turin,  386. 
Barrielle,  renouvellement  à  l'Opéra-Comique,  100. 
Berthelier,  renouvellement  â  l'Opéra-Comique,  237. 
Bcttini  (A.),  au  théâtre  Italien  de  Barcelone,  120. 
Borghi-Manio  (Mme),  au  théâtre  de   Sa  Majesté,  à  Lon- 
dres, 130. 
Id.,  au  théâtre  de  la  Scalà,  à   Milan. 

213. 
Id.,  au  théâtre  de  Bologne,  245. 

Bruuet  (Mlle  M.),  résiliation  â  l'Opéra,  109. 

Id.,  engagement  â  Berlin,  402. 


Carman,  au  grand  Théâtre  de  Bordeaux,  3&7. 
Carvalho  (Mme  Miolan-),  au  théâtre   de  Covent-Garden, 
à  Londres  130. 
Id.,  à  Berlin,  254-311. 

Charton-Demeur  (Mme),  au  théâtre  de  l'Oriente,   à  Ma- 
drid, 253. 
Crosti,  renouvellement  à  l'Opéra-Comique,  245. 
Czillag  (Mme),  a  l'Opéra  de  New-York,  302. 
Damoreau  (Mme  Wekerlin-),  au  théâtre  Lyrique,  213. 
Depoitier,  au  grand  Théâtre  de  Bordeaux,  347. 
Faure,  résiliation  à  l'Opéra-Comique,    100. 

Id.,   engagement    au  théâtre    de    Covent-Garden,   à 
Londres,  109,  285. 

Id.,  à  Berlin,  301. 
Ferraris  (Mme),  à  Berlin,  370. 
Fraschini,  au  théâtre  de  l'Oriente,  à  Madrid,  213. 
Gilliess  (Mlle),  au  théâtre  Lyrique,  294. 
Giuglini,  au  théâtre  de  la  Scala,  à  Milan,  30. 
Graziani  (F.),   au  théâtre  Italien   de  Saint-Pétersbourg, 

246. 
Jourdan,  au  théâtre  de  la  Monnaie,  à  Bruxelles,  80. 
Lahéda  (Mlle  C),  à  Bade,  pour  la  saison,  190. 
Lagramanti  (Mlle),  aux  théâtres  de  Saint-Pétersbourg  et 

de  Moscou,  285. 
Lagrua  (Mlle  E.  de),   a  l'Opéra  de  Saint-Pétersbourg, 

253. 
Lefebvre  (Mme  Faure-) ,  résiliation  à  l'Opéra-Comique, 

100. 
Mariinou  (Mlle),  à  l'Opéra-Comique,  145. 
Mario,  au  théâtre  Italien  de  Paris,  230. 
Masson  (Mlle),  â  l'Opéra,  14. 

Id.,    au  théâtre  de  la  Pergola,  à  Florence,  338. 
Morelli,  â  l'Opéra,  345. 
Niemann,  à  l'Opéra,  245. 
Obin,  renouvellement  à  l'Opéra,  309. 
Pancani,  au  théâtre  Italien  de  Paris,  245- 
Roger,  au  théâtre  Italien,  14,  21. 

Id.,    à  Bade,  pour  chanter  un  opéra  inédit,  213. 

Id.,    à  Berlin,  311. 
Ronconi,  au  théâtre  Italien  de  Paris,  361. 
Saint-Urbain  (Mlle),  â  l'Opéra-Comique,  393. 
Sanchioli  'Mme  G.),  à  Nice,  338. 
Sax  (Mlle  M.),  à  l'Opéra,  153. 
Stoltz  (Mme  R.),  au  grand  théâtre  de  Lyon,  326. 
Szarvady-Clauss   (Mme),    à  Cologne,  par   la  Société  des 

concerts,  386. 
Tedesco  (Mme),  à  l'Opéra,  153,  212. 
Ugalde  (Mme),  â  l'Opéi  a-Comique,  237. 
Vandenheuvel  (MmeC.  Duprez-),  à  l'Opéra,  61. 
Viardot  (Mme  P.),  â  Berlin,  311. 
Wicart,  â  l'Opéra,  212. 

Id.,    au  grand  théâtre  de  Bordeaux,  347. 


Étranger. 

THÉÂTRES,  CONCERTS,  NOUVELLES  MUSICALES,  etc. 

Aix-la-Chapelle.  Exécution  du  Paulus  de  Mendelssohn,  7. 

Amsterdam.  Audition  de  Guglielmi  à  la  Société  Félix 
Mentis,  15.  —  Audition  d'A.  Jaëll  à  la  même  Société, 
111.  —  Concert  d'adieux  de  cet  artiste,  121.  —  Nomi- 
nations et  récompenses  décernées  par  la  Société  néer- 
landaise, pour  L'encouragement  de  fart  musical, 
394. 

Andernach.  Festival  et  concours  de  chant,  254. 

Anvers.  Miseâ  l'étude  du  Pardon  de  Ploërmel,  74.  — 
Audition  de  Litolff  à  la  Société  royale  d'harmonie,  110. 

—  Représentation  du  Pardon,  au  bénéfice  de  Scott, 
122.  —  Mise  à  l'étude  de  l'Amour,  drame  de  MM  P. 
Niboyet  et  L.  Lacombe,  302.—  Reprise  de  Martha, 
378.  —  Représentation  de  gala,  403.  —  Séances  de  mu- 
sique classique,  par  M.  Bcssems  et  exécution  d'une 
messe  de  sa  composition,  425.  —  Représentations  de 
Mme  Cabel,  433. 

Arkheim.  Festival  organisé  par  la  Société  pour  l'encou- 
ragement de  la  musique,  271. 

Bade.  Audition  du  ténor  Niemann,  devant  les  souve- 
rains réunis  dans  cette  ville,  230.  —  Correspondances 
signées  J.  R.  et  M.  S.:  Ouverture  de  la  saison,  par 
trois  concerts;  audition  de  Laub,  Gleichauf,  MmesSan- 
chioli,  Caussemijle,  Litschner,  etc.,  243,  244. — Audi- 
tion de  Mlle  M.  Bsttu  ;  concerts  du  corps  de  musique 
de  la  garnison  prussienne  de  Rastadt,  271. —  Audition 
de  A.  Bettlni,  277.  —  Correspondance:  représentation 
de  la  Colombe,  nouvel  opéra  deGounod,  284. — 'Pro- 
gramme du  grand  concert  annuel  de  M.  Bénazet,  285. 

—  Exécution  de  ce  concert,  310.  —  Concert  dans  le 
salon  Louis  XIII,  311.  — Audition  de  l'orgue  Alexan- 
dre, par  L.  Engel,  devant  S.  A.  R.  la  princesse  de 
Prusse,  318.  —  Représentation  de  la  comédie  de 
Mlle  Aug.  Brohan  et  de  M.  H.  de  Pêne,  319.  —  Cor- 
respondance signée  R.  :  les  concerts,  324.  —  Comé- 
die nouvelle  de  Méry  ;  fête  de  bienfaisance  ;  Sivori  et 
Mme  R.  Kastncr-Escudicr,  338.  —  Un  opéra  de  Vivier, 
art.  signé  R.,  350.  -  Cancers  dans  le  salon  Louis  XIV, 
et  lête  à  l'orangerie  de  la  villa  Bénazet,  371. 

Bale.  Vingt-neuvième  réunion  de  la  Société  helvétique 
de  musique,  109.  —  Découverte  d'un  portrait  de  Schil- 
ler chez  un  marchand  de  bric-à-brac,  230 . 

Barcelone.  Représentation  de  Maria,  103.  —  Début  de 
A.  Bettini  dans  le  Barbier  de  Sèville,  147.  —  Con- 
certs de  Sarasate,  394 . 

Berlin.  Représentations  de  la  troupe  italienne;  produit 
de  trois  concerts  versé  par  M.  Hans  de  Bulow  à  la  caisse 
de  la  fondation  Schiller,  7.  —  Mlle  Artot  dans  le  Bar- 
bier de  Séville  ;  concerts  de  Vieuxtemps  et  de  Tabo- 
rowski,  23.  —  Représentation  de  Un  vieux  compagnon 
ouvrier,  opérette  de  Kaiser,  32.  —  Audition  de  Carrion 
et  de  Mlle  Artot  à  la  cour;  représentations  de  la  Société 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

italienne  ;  représentation  de  Christine  de  Suède,  opéra 
de  M.  de  Redern,  39.  —  Concert  à  la  cour  du  prince 
régent,  47  —  Représentation  de  Higoletto,  55.  — 
H.  de  Bulow  nommé  pianiste  de  la  cour;  concert  de 
M.  Dumont,  63.  —  Représentations  diverses  du  théâtre 
de  l'Opéra  ;  représentation  d'une  comédie  latine  de 
Plaute  ;  troisième  anniversaire  de  la  fondation  de  la 
Société  Bach,  74-  — Concert  à  la  cour,  sous  la  direction 
de  Meyerbeer  ;  Mlle  de  Anna  dans  le  Prophète  ;  repré- 
sentation de  Don  Pasqualc,  82. — F.eprise  de  l&Flûte 
enchantée;  concerts  à  la  cour,  del'Académie  de  chant  et 
de  A.  Dreyschock  ;  mort  deMmeHoelck;  représentation 
du  Trovatore;  fête  commémorative  pour  Mme  Schœder- 
Devrient,  102.  —  Représentation  à'Oberon  et  de  deux 
vaudevilles  français,  122.  —  Fin  des  représentations 
de  l'Opéra  italien,  138.  —  Musique  d'église  pendant  la 
semaine  sainte  ;  fête  commémorative  â  l'occasion  de  la 
mort  de  Mme  Schrœder-Devrient  ;  décoration  de  l'aigle 
rouge  donnée  à  Dreyschock;  cadeaux  faits  aux  artistes 
de  l'opéra  italien,  155.  Représentation  de  Maria 
au  théâtre  Kroll,  191.  —  Engagement  de  Mme  Hucca 
au  théâtre  de  l'Opéra;  représentation  A'Oberon  et  du 
Fourbisscur,  de  Lortzing,  207.—  Reprise  du  Médecin 
et  l'Apothicaire,  deDittersdorf  ;  fête  offerte  au  conseil- 
ler Hellwig  par  l'Académie  de  chant,  214.  —  Reprise  du 
Templier  et  la  Juive,  de  Marschner;  représentations 
d'Une  nuit  à  Grenade,  de  Kreutzer,  et  de  Stradella, 
de  Flotow,  223.  —  Représentation  de  Marta,  231. — 
Clôture  des  représentations  de  l'opéra;  représentations 
de  l'opéra-comique  ;  concerts  organisés  par  G.  Bock  ; 
3,000e  concert  de  Ch.  Eichelberg,  239.  —  Représenta- 
tion d'Orphée  aux  enfers ,  d'Offenbach,  247.  —  Cata- 
logue de  la  succession  du  professeur  Dehn  ,  254.  — 
Débuts  de  l'opéra,  dirigé  par  M.  Mcswadba,  271.  — 
Solennité  funèbre  en  l'honneur  de  la  reine  Louise  de 
Prusse  ;  Orphée  aux  enfers  ;  reprise  des  représenta- 
tions de  l'Opéra,  287.  —  Fêtes  pour  l'anniversaire  de 
la  naissance  de  Goethe,  295.  —  Programme  de  la  sai- 
son prochaine,  311.  —  Représentation  pour  l'anniver- 
saire de  la  naissance  de  Goethe,  319.  —  Succès  à'Or- 
phée  aux  enfers,  326.  —  Débuts  de  Mme  Miolan- 
Carvalho,  dans  le  Barbier  de  Sêville,  et  de  Mme  Cash, 
dans  les  Huguenots,  339. — MmeMiolan-Carvalho,  dans 
la  Intcia,  345.  — Tableau  de  la  troupe  italienne, 
347.  —  Débuts  de  cette  troupe  par  la  ïiorma,  353. — 
Anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller  ;  rentrée  de 
Mme  Kœster  ;  fin  des  représentations  de  Mmes  Miolan- 
Carvalho  et  Cash  ;  clôture  de  la  salle  Kroll  ;  cadeau  fait 
par  le  régent  à  M.  Taglioni,  355.  —  Représentations 
de  la  troupe  italienne  ;  annonce  d'une  seconde  troupe, 
363.  —  Ouverture  du  théâtre  Victoria  ;  cinquantième 
anniversaire  de  la  fondation  de  l'Université  ;  Mme  Tre- 
belli,  dans  II  malrimonio  segreto,  371.— Représenta- 
tion d'Armide  ;  soirée  du  ministre  des  cultes  ;  soirée  de 
la  Société  Bach  :  succès  de  Mlle  Trebelli  ;  rentrée  de 
Mlle  Artot,  378.  —  Représentations  de  l'Opéra  natio- 
nal et  des  deux  théâtres  italiens  ;  engagement  de 
Mme  de  Lagrange  ;  prolongation  du  traité  Merelli, 
387.  — Débuts  de  Faure,  394.—  Fermeture  des  théâtres 
royaux  par  suite  du  décès  de  l'impératrice  mère  de  Rus- 
sie ;  engagement  de  Mmes  Trebelli  et  de  Lagrange  ; 
exécution  du  Requiem  de  Mozart;  élection  de  M.  J. 
Rietz,  comme  membre  de  l'Académie  des  beaux-arts, 
395.  —  Note  de  la  Patrie  relative  aux  débuts  de 
Faure,  402.  —  Représentation  de  la  Traviata;  exécu- 
tion de  la  Schiller-Marsch,  par  la  Société  le  Schiller- 
bund,  403. —  Vogue  de  l'opéra  italien  ;  représentations 
du  théâtre  de  la  cour,  concerts  de  Mme  C.  Schumann, 
411.  —  Représentation  des  Dragons  de  Villars  sous 
le  titre  de  la  Clochette  de  l'Ermite,  425.  —  Repré- 
sentations du  théâtre  de  la  cour  et  concerts,  426.  — 
Grand  succès  de  Mlle  Brunet,  433.—  Comité  formé  pour 
l'érection  d'un  monument  4L.  Rellstab,|434. —  Repré- 
sentations diverses  ;  second  concert  d'abonnement  de 
Radecke,  435. — Représentations  théâtrales  et  concerts 
divers,  442.  —  Représentations  d'Armide  et  d'Orphée 
au  théâtre  de  la  cour,  450. 

Berne.  Célébration  du  festival  annuel,  287. 

Bielfeld.  Préparatifs  du  festival  de  l'Allemagne  du  Nord, 
263. 

Bologne.  Triomphe  de  Mme  Borghi-Mamo  dans  la  Favo- 
rite ;  études  du  Prophète,  387 .  —  Exécution  de  l'ou- 
verture du  Pardon  de  Ploërmel  dans  uu  concert  don- 
né au  bénéfice  de  l'institution  Rossini,  395.  —  Mme  Bor- 
ghi-Mamo dans  le  Prophète,  4u9,  411,  41".  —  Adieux 
de  Mme  Borghi-Mamo,  449. 

Boston.  Cinquième  et  dernier  concert  philharmonique, 
223. 

BnÈME.  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel,  387.  — 
Succès  du  violoniste  J.  Becker,  418. 

Brescia.  Ouverture  du  théâtre  par  Vittore  Pisani, 
311. 

Breslad.  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel,  163. 
—  Mise  au  concours  d'un  prix  pour  une  messe  à  quatre 
voix  ;  représentation  du  n°  CC,  d'Offenbach  ;  adieux  de 
Mme  Lasslo-Doria  ,  223.  —  250e  représentation  du 
Frcijschûlz,  239.  —  Adieux  de  Mme  Jauner-Krall, 
dans  Maria,  247.  —  Représentation  des  Deux  jour- 
nées, pour  l'anniversaire  de  la  mort  de  Cherubini  ;  en- 
gagement de  Mme  M.  Zirndorfer,  339. 

Bruges.  Reprise  de  la  Muette  de  Portici,  403.  — Début 
de  Pages,  baryton  ;  audition  de  Mlle  M.  d'Orban  dans 
un  intermède  musical,  442.  —  Représentation  du  Par- 
don de  Ploërmel,  450. 

Brunswick.  Concert  d'A.  JaSll  ;  exécution  de  l'ouverture 
du  Roi  Bear,  de  Berlioz,  170. —  Troisième  concert 
d'A.  Jaëll,  183. —  Reprise  de  Lestocq  au  théâtre  de  la 
cour,  191.—  Représentation  de  Dinora/t,  303,  326, 
355,  303. 

Bruxelles.  Représentations  du  Pardon  de  Ploërmel,  6, 
7,  14. —  Représentation  de  Veuve  Crapin  au   théâtre 


du  Parc,  15. —  Nouvelles  des  concerts  et  des  théâtres, 
23.  —  Accident  arrivé  pendant  la  représentation  du 
Pardon,  39. —  Représentation  de  Phcedé,  opéra-co- 
mique de  M.  Stoumon  ;  deuxième  concert  du  Conserva- 
toire ;  concert  de  la  Société  philharmonique  ;  rapport 
de  M.  Fétis,  lu  à  l'Académie  royale,  47. —  Audition 
d'H.  Litolff  à  la  Société  philharmonique,  54- — Inaugu- 
ration des  concerts  annuels  pour  l'exécution  des  maîtres 
belges,  63.  —  Accident  arrivé  à  Mlle  Dupuy,  73. — 
Etudes  de  Gustave  III,  82. —  Représentation  de  Roger 
au  théâtre  du  Cirque,  91. —  Reprise  de  Gustave  III; 
tournée  artistique  de  M.  et  Mme  Léonard;  concert  de 
l'Association  des  artistes  musiciens,  93 . —  Seconde  re- 
présentation de  Gustave,  102.  —  Représentation  du 
Violoneux  au  théâtre  du  Parc,  122. —  Troisième  con- 
cert du  Conservatoire,  138. —  Représentations  du 
théâtre  de  la  Monnaie  ;  reprise  de  Guillaume  Tell, 
147. —  Succès  du  Pardon,  155. — Reprise  des  Dragons 
de  Villars  ;  représentations  de  la  troupe  italienne  de 
M.  Merelli,  163.' —  Succès  des  Dragons;  représenta- 
tions du  théâtre  Italien ,  170.  —  Représentation  de 
Norma  ;  concert  du  Conservatoire,  182. —  Correspon- 
dance de  Fétis  père  :  résumé  de  la  saison  musicale, 
188. —  Représentation  de  Buda  au  théâtre  du  Cirque, 
199. —  Reprise  de  Giralda;  représentation  de  VEllsir 
d'amore  par  la  Compagnie  italienne,  206. —  Clôture  du 
théâtre  de  la  Monnaie  et  des  représentations  de  la 
troupe  italienne  ;  arrivée  d'Offenbach  avec  sa  troupe  ; 
lecture  d'une  partie  de  l'introduction  de  VBistoire 
générale  de  la  musique  faite  par  M.  Fétis  à  l'Acadé- 
mie royale  de  Belgique,  214. —  Succès  du  Pardon 
apprécié  par  les  journaux,  222.—  Extrait  de  l'Année 
musicale  ;  représentations  des  Bouffes-Parisiens,  223. 
—  Les  Bouffes-Parisiens,  231.  —  Représentation  des 
Dames  de  la  Halle  et  des  Petits  prodiges,  239. — 
Départ  des  Bouffes,  247. —  Audition  dans  une  soirée 
intime  de  fragments  d'un  opéra-comique  de  Bériot, 
254. —  Concours  du  Conservatoire,  278. —  Nouvelles 
compositions  de  M.  Bordèse,  286. —  Engagement  de 
Mlle  Litschner  au  théâtre  de  la  Monnaie,  303.—  Réou- 
verture de  ce  théâtre  par  le  Pardon,  310. —  Réouver- 
ture du  Grand-Théâtre  par  le  Pardon  et  par  la  Favo- 
rite ;  réouverture  du  nouveau  théâtre  du  Parc,  S19. — 
Début  de  Mlle  Litschner  dans  Guillaume  Tell,  326, 
338. —  Début  de  Jourdan  ;  reprise  du  Domino  noir, 
338.  —  Séance  publique  annuelle  de  la  classe  des  beaux- 
arts  de  l'Académie  ;  rapport  de  M.  Fétis  père,  344. — 
Exécution  de  l'ouverture  et  de  la  polonaise  de  Slruen- 
sëe  dans  cette  séance,  346. —  Représentations  du  théâtre 
de  la  Monnaie  ;  reprise  de  stradella  ;  mise  â  l'étude 
de  la  Vieille,  de  M.  Fétis,  au  Paie,  347. —  Reprises  du 
Pardon  et  des  Dragons  de  Villais,  354.—  Début  de 
Mlle  Gay  dans  le  Pré  aux  clercs  ;  reprise  du  Farfa- 
det, 363.—  Nomination  de  M.  Letellier  pour  la  saison 
prochaine  ;  reprise  de  Giralda  ;  concert  de  Mlle  de 
Katow  ;  représentation  de  Tromb-al-ca-zar  au  Parc, 
371.—  Reprise  de  l'Etoile  du  Nord,  378,  387.— Arrêté 
royal  portant  publication  des  œuvres  les  plus  remar- 
quables des  anciens  compositeurs  belges,  402 . —  Début 
de  Mlle  Hiller-Mitchell,  403.—  Rapport  lu  par  M.  Fétis 
à  l'Académie  royale  sur  la  question  du  diapason  normal  ; 
messe  de  Ch.  Gounod  exécutée  à  l'église  de  Saint- 
Michel  et  Sainte-Gudule,  à  l'occasion  de  la  Sainte-Cé- 
cile, 411.—  Première  représentation  d'Herculanum, 
419. —  Rapport  de  M.  E.  Fétis  sur  la  situation  de  la 
Caisse  centrale  des  artistes,  434. —  Premier  concert 
de  l'Association  des  artistes  musiciens,  435. —  Corres- 
pondance :  rapport  lu  â  l'Académie  royale  par  M.  Van- 
Hasselt  sur  le  projet  de  publication  des  œuvres  de 
Tinctoris,  440. —  Reprise  de  Masaniello  ;  bénéfice  de 
Mme  Vandenhaute  ;  reprise  de  la  Vieille  ;  concerts  de 
Mme  Cabel,  450. 

Bucharest.  Succès  de  la  troupe  hongroise  d'opéra,  255. 

Caire  (le).  Messe  d'A.  Doin  pour  l'inauguration  d'une 
chapelle  dans  l'égise  catholique  de  cette  ville,  394. 

Carlsruhe.  Reprise  du  Prophète,  171. —  Représentation 
au  théâtre  de  la  cour  de  la  Première  nuit  de  Wal- 
purgis,  de  Mencelssolm,  206.  —  Représentations  de 
Roger  au  théâtre  de  la  cour,  303,  318. —  Représenta- 
tion d'Orphée,  de  Gluck,  442. 

Cassel.  Concert  de  J.  Becker,  101. 

Catane.  Représentations  de  Mlle  Poinsot  au  théâtre 
communal,  111. 

Chijiay.  Sérénade  donnée  à  W.  Kriiger  par  la  musique 
d'harmonie  de  cette  localité,  386. 

Coeourg.  Publication  du  programme  du  festival  de 
chant,   214,  247. 

Cologne.  Exécution  û'Esther,  oratorio  de  Haendel,  7. — 
Représentation  de  la  Compagnie  italienne  de  Merelli, 
287. —  Adieux  de  cette  troupe  parla  Norma,  339.  — 
Audition  de  Mme  Szarvady-Clauss  au  deuxième  concert 
d'abonnement,  411.— Adoption  du  nouveau  diapason 
normal,  433. 

Constantinople.  Célébration  de  l'anniversaire  de  la 
naissance  de  Schiller  par  la  Société  Tcutonia,  47. — 
Les  musiciens  bohèmes  ;  fête  artistique  de  l'association 
allemande  Tcutonia  et  la  Biedertafel,  207. —  Concert 
de  Miska  Hauser,  222. 

Copenhague.  Exécution  des  Noces  de  la  Dryade,  de 
P.-E.  Hartmann,  au  concert  du  Musik-Verreiu,  74. — 
Représentations  de  Roméo  et  Julie/te  et  du  Malri- 
monio segreto  ;  audition  des  frères  Holmes  au  Musik- 
Yerrcin,  171. —  Concerts  des  frères  Muller,  215. — 
Représentation  de  Maria,  295.  —  Mise  â  l'étude  du 
Pardon  de  Ploërmel,  327.—  Audition  d'Ole-Bull  au 
théâtre  du  Peuple;  représentation  de  l'Epreuve  de 
cour,  opéra  de  M.  Bérendt  ;  Compagnie  française 
d'opéra,  419. —  Reprise  des  Deux  journées,  435. 

Creuznach.  Concerts  de  Mmes  Clara  Schumann  et 
Bochkollz-Falconi  et  de  MM.  J.  Stockhausen  et  Rey, 
347. 


Dantzig.  Annonce  d'une  troupe  italienne  sous  la  direc- 
tion de  M.  Carlos  de  Paez,  311. 

Darmstadt.  Exécution  d'une  symphonie  nouvelle  de 
M.  Abert,  7. —  Représentation  de  l'Etoile  du  Nord, 
55. —  Représentation  de  Dinorah  au  théâtre  Grand- 
Ducal,  155.—  Représentation  de  la  Cendrillon,  de  Ni- 
colo,  183- — Représentation  du  Titus,  de  Mozart,  206. 
Résumé  des  représentations  de  l'opéra,  263. 

Dresde.  Célébration  des  anniversaires  de  Beethoven  et 
de  Weber.  15. —  Concert  annuel  pour  les  pauvres  au 
Schauspielhaus,  23.—  Représentation  du  Pardon  de 
Ploérmel,  30 . —  Rentrée  de  Tichatscheck  dans  Rienzi, 
254. —  Inauguration  de  la  statue  de  Weber,  363,  378. 

—  Reprise  du  Pardon,  387. —  Mort  de  F.  Braun,  cé- 
lèbre dilettante,  419. — ■  Représentation  du  Faust,  de 
Spohr,  427. 

Dublin.  Représentation  de  Dinorah  par  la  compagnie 
Harrison,  199. 

Dusseldokf.  Préparatifs  du  37e  festival  du  Bas-Rhin,  74, 
171.—  Programme  de  cette  fête,  191. —  Célébration  du 
festival,  206. 

Edimbourg.    Excursion  artistique  d'Engel,  74. 

Ems.  Concert  donné  par  H.  Herz  ,  Mlle  de  la  Morlière  et 
Mlle  M.  Cruvelli  :  séjour  d'Offenbach,  287.—  Concert 
de  Géraldy  ;  concerts  de  Mme  L.  Jung,  302.—  Dernier 
concert  de  la  saison,  354. 

Eschenbach.  Inauguration  du  monument  élevé  au  célèbre 
Minnesaenger,  370. 

Florence.  Concert  de  la  Société  philharmonique,  47. — 
Engagement  du  ténor  Tombesi  au  théâtre  de  ïrieste, 
93. —  Commission  pour  l'érection  d'un  monument  à  la 
mémoire  de  Cherubini,  278.—  Entreprise  de  la  Pergola 
confiée  à  M.  Lanari,  339.  —  Début  prochain  de 
Mlle  Masson  dans  le  Prophète,  371.— Succès  de  cet 
opéra,  379,  387,  402. —  Exécution  de  la  Schiller-Marsch 
à  la  Filarmonica,  411. —  L'Ilalia  artistiea,  nouveau 
journal  musical,  426. —  Représentation  du  Prophète 
au  bénéfice  de  V.  Sarti,  427. 

Francfort-sor-le-Mein.  Etudes  du  Pardon  de  Ploérmel; 
concert  d'A.  Dreyschock,  39.  —  Représentation  du 
Pardon,  74,  81.—  Début  de  Mlle  Frassini  dans  cet 
opéra,  122. —  Mort  de  Fr.  Messer,  147.  — Son  service 
à  la  cathédrale,  155. —  Médaille  pour  les  arts  et  les 
lettres  donnée  à  G.  Schmidt  par  le  duc  de  Saxe- 
Cnbourg-Gotha,  190.—  Création  d'une  école  de  musique, 
206. —  Représentations  de  Niemann,  231. —  Représen- 
tations de  la  troupe  italienne  de  Merelli  ;  nomination 
de  M.  Muller  comme  directeur  de  la  Société  Sainte- 
Cécile,  254.—  Représentation  de  Sémiramis  par  la 
troupe  italienne,  263 .  —  Mise  à  l'étude  de  Fanïska, 
opéra  de  Cherubini  ;  représentation  de  la  Cour  du  granit 
duc,  opéra  nouveau  de  M.  Gollmick,  311. —  Représenta- 
tion du  Vampire,  en  l'honneur  de  Marschner,  319. — 
Projet  de  retraite  prêté  à  Vieuxtemps,  347. — -Fonda- 
tion d'une  Société  de  musique  de  chambre  par  M.  Tu- 
ger.holt,  371. 

Fribourg.  Préparatifs  d'un  grand  festival  de  chant,  183. 

—  Célébration  de  cette  fête    239. 

Cand.  Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel,  21,  23, 
47,  55,  82. —  Reprise  de  Martha,  82. —  Succès  du 
Pardon,  93. —  Clôture  de  la  saison  théâtrale,  147. — 
Réouverture  par  les  Diamants  de  la  couronne  ;  début 
de  Mermant  dans  Robert  le  Viable,  371. —  Reprise 
des  Dragons  de  Villars  ;  représentation  des  Pantins 
de  Violette,  403. 

Gènes.  Concert  au  profit  de  la  cause  nationale,  donné 
par  la  Société  de  secours  mutuels  des  artistes  musi- 
ciens, 247.  —  Exécution  de  la  Chasse,  symphonie  du 
comte  Graziani,  dans  uu  concert,  271.  —  Restauration 
du  théâtre  Carlo  Felice,  295.  —  Débuts  malheureux  au 
théâtre  Paganini,  379. 

Genève.  Représentation 'du  Pardon  de  Ploérmel,  39,  83. 

—  Mise  à  l'étude  du  Roman  d'Elvire,  403. 
Giessen.    Apprêts   d'une    solennité   commémorative   en 

l'honneur  de  Spohr,  263. 

Goettingen.  Sociétés  de  chant  et  d'orchestre  dans  l'uni- 
versité, 214. 

Gotha.  Représentation  Au  Pardon  de  Ploérmel,  55,  102. 

—  Représentation  prochaine  de  Frédéric  à  la  poche 
vide,  opéra  de  iNargiller,  111. 

Graz.  Croi::  d'officier  du  Medschidié  envoyée  par  le  sul- 
tan au  compositeur  Cari  Evers,  287. 
Hambourg.  Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel,  30. 

—  Concert  donné  pour  l'anniversaire  de  la  naissance 
de  Mozart,  47.  —  Audition  de  Joachim  au  concert 
philharmonique,  63.—  Dix-huitième  concert  de  la  So- 
ciété musicale,  83.  —  Succès  du  Pardon,  93.  —  Re- 
présentation d'il  Barbiere  par  l'opéra  Italien,  155.  — 
Mlle  G.  Schubert  dans  le  Pardon,  163. —  Concert 
annuel  donné  par  l'orchestre  du  théâtre,  199.  —  Mme 
Frassini  dans   Maria    et  dans  la  Sonnàmlmla,  214. 

—  Reprise  du  Pardon,  263.—  Ouvrage  sur  Beethoven, 
publié  par  M.  de  Lenz,  279.  Représentation  de 
Mlle  Schmidt,  de  Darmstadt,  dans  les  Huguenots.  287. 

—  Représentations  de  Mlle  Lita,  de  Dresde,  303. — 
Représentation  de  K.  Formés  ;  reprise  du  Pardon,  326. 

—  Anniversaire  de  la  naissance  de  Goethe,  355.  — 
Roger  dans  le  Prophète,  363,  370,  387.  —  Fin  des  re- 
présentations de  cet  artiste,  395.  —  Mort  par  accident 
de  Mlle  Spannugel,  403.  —  Mise  à  l'étude  de  t'Exile, 
opéra  de  Munchheimer,  435. 

Haxovre.  Concert  donné  par  Mme  C.  S'iiumann  et  Joa- 
chim, 15.  —  Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel, 
81,  102.  —  Nomination  de  J.  Stockhausen  comme 
chanteur  de  la  chambre,  102.  —  Audition  a  la  cour 
d'A.  Jaëll  et  de  Joachim,  183.  —  Adieux  au  public  de 
Mme  Noltès,  231.  —  Augmentation  des  appointements 
de  Joachim,  255.  —  Remplacement  de  Niemann  par 
Stéger  au  théâtre  de  la  cour,  295,  327.  —  Troupe  ita- 
lienne, 395.  —  Débuts  de  cette  troupe  par  Lucia,  411. 


DES  MATIERES. 

—  Audition  de  Mme  Castella    et   de  J.   Joachim   au 
premier  concert  de  la  saison,  419. 

Havane  (la).  Départ  des  artistes  engagés  pour  le  théâtre 
Tacon,  346. 

Haïe  (la).  Représentation  de  Slradella;  Mme  de  Vriès 
dans  Â'orma ,  32.  —  Représentations  très-suivies  du 
théâtre  Italien,  63.  —  Audition  de  M.  et  Mme  Léonard 
à  la  Société  Diligentia,  74.  —  Audition  d'A.  Jaëll  à  la 
même  Société,  101.  —  Engagement  de  Mlle  E.  Dan- 
hauser,  354.  —  Réouverture  par  la  Juive;  débuts  de 
Mlle  Pradal,  355.  —  Reprise  du  Prophète,  426.  — 
Début  de  Mlle  E.  Danhauser,  435. 

Kaiseuslautern.  Préparatifs  du  premier  festival  du  Pala- 
tinat,  263. 

Koenigsberg.  Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel, 
81,  207,  223. 

Leipzig.  Audition  de  M.  Davidoff  au  Gewandhaus  ;  concert 
donné  au  Conservatoire,  15.  —  Reprises  de  la  Flûle 
enchantée,  du  Prophète  et  de  Santa  Chiara,  55.  — 
Quinzième  concert  du  Gewandhaus,  74.  —  Concert  de 
bienfaisance;  concert  annuel  de  la  Société  de  chant 
des  étudiants  de  l'Université,  93.  —  Concert  de  J. 
Becker,  101.  —  Chaire  de  musique  créée  à  l'université 
de  cette  ville,  101.  —  Concert  au  profit  du  fonds  des 
pensions,  102.  —  Dix-huitième  concert  du  Gewand- 
haus, 138.  — Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel, 
163,  170.  —  Représentation  de  Maison  à  vendre, 
opéra-comique  de  Peutenrieder,  183.  —  Dernier  con- 
cert du  Gewandhaus  ;  deuxième  concert  de  la  Société 
Richard  Muller  et  quatrième  concert  de  la  Société  des 
amateurs,  206.  —  Représentations  du  théâtre  de  la 
ville,  214.  —  Publication  du  9e  volume  des  œuvres  de 
S.  Bach,  222.  —  Concert  en  l'honneur  de  Zœllner:  re- 
présentations de  Niemann,  311.  —  Représentations  du 
théâtre  de  la  ville,  326.  —  Reprise  de  Robert  le  Diable, 
339.  —  Ouverture  prochaine  du  Gewandhaus,  347, 
355.  —  Représentations  du  théâtre  de  la  ville,  371. — 
Représentation  de  Diane  de  Solange;  audition  de  C. 
Glogguer,  dans  un  concert  du  Gewandhaus,  378.  — 
Souscription  en  faveur  de  la  famille  de  C.  Zoellher, 
387.  —  Représentation  du  théâtre  de  la  ville;  concerts 
du  Gewandhaus  et  soirées  de  musique  de  chambre, 
375.  —  Audition  de  Mme  Szaryady-Çlauss  au  Gewand- 
haus, 411,  419-  —  Compositions  inédites  exécutées  au 
Gewandhaus,  427.  —  Représentations  théâtrales  et 
concerts,  435.  —  Concert  de  Mme  C.  Schumann,  442. 

—  Concerts  du  Gewandhaus  et  de  la  société  Euterpe, 
450. 

Lemberg.  Représentation  de  Flis ,  opéra  nouveau  de 
Boguslawski,  147. 

Liège.  Mme  Stranski  dans  le  Prophète,  39.  —  Concert 
annuel  du  Conservatoire,  47.  —  Représentation  du 
Pardon  de  Ploérmel;  préparatifs  du  119e  anniver- 
saire de  la  naissance  de  Grétry,  55.  —  Distribution  des 
prix  du  Conservatoire,  63.  —  Concerts  de  H.  Litolff; 
93.  —  Grand  succès  du  Pardon,  122,  138.  —  Henri 
Litolff  à  Liège,  art.  de  J.-B.  Rongé,  189.  —  Audition 
d'Arban  au  concert  du  Casino,  214.  —  Préparatifs  d'un 
festival  à  l'occasion  de  la  présence  du  roi  dans  cette 
ville,  338.  —  Concours  international  de  chant  d'en- 
semble, 303.  —  Statue  de  Grétry  transférée  sur  la 
place  du  théâtre,  371.  —  Correspondance  de  J.-B. 
Rongé  sur  le  concours  international,  384. 

Linz.  Représentation  prochaine  du  Pardon  de  Ploérmel, 
279.  —  Succès  de  cet  opéra,  387. 

Lisbonne.  Mme  Tedesco  dans  la  Favorite,  15.  —  Re- 
présentation du  Prophète,  81.  —  Mme  Tedesco  dans 
le  Barbier  de  Séville,  M.  —  Reprise  de  Robert  le 
Diable,  103. —  Représentation  des  Vêpres  siciliennes 
au  bénéfice  de  Mme  Tedesco,  147,  197.  —  Cession  du 
théàtrede  San-Carlos  à  une  administration  particulière, 
246.  —  Engagements  du  maestro  Fabricca,  277.  — 
Tableau  de  la  troupe  de  San-Carlos,  318. 

Liverpool.  Représentation  de  Maria  au  théâtre  royal 
italien,  371. 

LoNnr.ES.  Représentation,  à  Covent-Garden,  de  Victorine, 
opéra  nouveau  de  M.  A.  Mellon  ;  second  concert  de  la 
Société  des  amateurs;  matinée  musicale  de  M.  Cata- 
laire,  7.  —  Concert  donné  à  Saint-James  Hall  par  M. 
Brinley-Richard  ;  concert  de  la  Société  littéraire  et 
scientifique,  23.  — Représentation  de  Lurline ,  opéra 
de  W.  Wallace,  82.  —  Concert  au  palais  de  Cristal  ; 
concert  annuel  de  M.  Ransford,  93.  —  Audition  de 
J.  Becker  à  Saiut-James  Hall,  101.  —  Représentation 
extraordinaire  du  Pardon,  pour  la  reine,  102. — 
Programme  de  la  saison  du  théâtre  italien  de  M.  Smith, 
et  de  celui  de  Covent-Garden;  souscription  Jullien; 
clôture  du  Royal-English-Opéra,  122.  —  Personnel  et 
programme  du  théâtre  de  Covent-Garden,  136.  —  Ou- 
verture  des  deux  théâtres  italiens  par  Maria  et  le 
Pardon  de  Ploérmel,  144.  —  Succès  de  Becker  dans 
les  concerts,  145.  —  Au  théâtre  de  Sa  Majesté  la 
Traviata;i.  Covent-Garden,  Fidelio,  155. —  Repré- 
sentation de  Mme  Czillag;  les  théâtres  italiens,  163. — 
Nouvelle  troupe  française  de  M.  Laurent,  169. —  Re- 
présentations d'adieux  de  Mlle  l'iccolomini;  Almina, 
opéra  nouveau  de  M.  F.  Campana;  représentation  de 
Lucrezia  Borgia;  rentrée  de  Mario  et  de  Mme  Grisi 
dans  la  Favorite,  170.  —  Représentations  des  deux 
théâtres  italiens;  commencement  des  représentations 
de  l'opéra-comique  français  par  la  Part  du  diable, 
182.  —  Matinée  musicale  de  Th.  Ritter  ;  concert  de 
D.  Magnus;  début  de  Mlle  M.  Brunet  dans  Rigolelto  ; 
rentrée  de  Mme  Peuco  dans  Don  Giovanni:  concert  a 
la  cour,  189.  —  Succès  de  Mme  Alboni  dans  le  brin- 
disi  de  Lucrezia  Borgia,  198.  —  Représentation  de 
Serniramide;  rentrée  de  Mme  Nantier-Didiéc;  concert 
du  harpiste  Oberthùr,  206.  —  Représentation  simul- 
tanée des  Huguenots  aux  deux  théâtres  italiens  ;  Mme 
Alboni  au  concert  du  palais  de  Cristal,  214.—  Festival 
des  orphéonistes  français  au  palais  de  Sydenham,  219. 


—  A  propos  de  la  lutte  soutenue  par  les  deux  direc- 
tions du  théâtre  italien  (extr.  de  la  Revue  et  Gazette 
des  théâtres),  220.  —  Représentations  extraordinaires 
du  lundi  aux  deux  théâtres  italiens;  représentation  de 
Fra  Diavolo  ;  rengagement  de  Graziani  par  M.  Gye, 
■223.  —  Début  triomphal  des  orphéonistes  français, 
236.  —  Représentations  des  d<ux  troupes  italiennes; 
concert  annuel  de  Bénédict  ;  concerts  de  diverses  So- 
ciétés; concert  du  prince  G.  Galitzin,  238.  —  Les  or- 
phéonistes, 242.  —  Audition  de  L.  de  Meyer.  246.  — 
Représentation  d'Orphée  à  Covent-Garden,  247.  — Au- 
dition d'H.  Ketten  devant  la  reine,  254.  —  Représen- 
tation du  Prophète  à  Covent-Garden  ;  Oberon  au  théâ- 
tre de  Sa  Majesté;  représentation  de  clôture;  Mme 
Ferraris  et  Mme  Cabel  ;  concerts  populaires  du  lundi, 
254.  —  Représentations  des  deux  théâtres  italiens; 
matinée  annuelle  de  L.  Engel,  263.  —  Représentations 
des  deux  théâtres  italiens  ;  grand  concert,  270.  — 
Succès  de  Mme  Cabel;  engagements  pour  la  saison 
prochaine  au  théâtre  de  Sa  Majesté,  277.  —  Vogue 
à'Obcron;  bénéfice  de  Giuglini;  reprise  de  Rigoli'tto ; 
programme  du  Jullien-Festiral,  279.  —  Clôture  des 
représentations  de  Covent-Garden  par  le  Prophète, 
286.  —  Concert  à  Surrey-Gardens  au  bénéfice  de  Mme 
veuve  Jullien,  294.  -  Engagement  de  M.  Willert  Beale, 
302.  —  Concerts  de  A.  Mellon  dans  la  salle  florale  de 
Covent-Garden;  organisation  de  plusieurs  Sociétés  d'or- 
phéonistes, 303.  —  Concerts  de  la  salle  florale,  326. 

—  Représentations  de  comédie  française  données  par 
Talexy,  339.  —  Annonce  d'opéras  anglais  devant  al- 
terner avec  des  opéras  italiens  au  théâtre  de  Sa  Ma- 
jesté, 355.  —  Réouverture  de  Covent-Garden  par  Lur- 
line; adieux  de  Mme  C.  Ndvello,  363.  —  Ouverture 
du  théâtre  de  Sa  Majesté  par  le  Trovalore;  représen- 
tation de  Robin  Hood,  opéra  de  Macfarren  ;  reprise  de 
Dinorah  à  Covent-Garden,  371.  —  Représentations  du 
théâtre  de  Sa  Majesté  et  de  Covent-Garden  ;  souscrip- 
tion en  faveur  de  Mme  Jullien,  387.  —  Reprise  de  la 
Rose,  de  Castille,  de  Balfe,  395.  —  Représentations  d  i 
ihëâtre  de  Sa  Majesté  et  de  Covent-Garden;  incendie 
de  la  manufacture  de  pianos  de  la  maison  Chappel, 
403.  —  Annonce  d'un  grand  festival  international  pour 
l'année  1861,  410.  —  Reprise  des  Night  dancers,  bal- 
let, à  l'opéra  anglais  de  Covent-Garden;  inauguration 
de  la  troisième  saison  des  concerts  populaires  du  lundi, 
411.  —  Représentations  de  Marta  au  théâtre  de  la 
reine  et  des  Noces  de  Jeannette  â  l'opéra  anglais  de 
Covent-Garden,  419.  —  Concert  de  Mme  T.  Wartel , 
425. —  Représentation  deBianca,  la  fiancée  du  bravo, 
opéra  de  Balfe,  â  l'opéra  royal  anglais;  exécution  de 
l'oratorio  Salomon,  435.  —  Représentation  de  la  Reine 
Topaze  au  théâtre  de  Sa  Majesté,  450. 

Lcbeck.  Représentation  du  Pardon  de  Ploérmel,  155. 
Lucerne.  Concert  donné  par  F.  de  Croze  et  Gozora,  294- 
Madrid.   Succès  de  Mlle  Trebelli  dans  Lucrezia  Borgia, 
32.  —  Représentation  de  la  Cenercnlola,  93.  —  Discus- 
sion entre  Mario  et  le  chef  d'orchestre  du  théâtre,  169. 

—  Débat  de  Tamberlick  par  le  rôle  d'Otetlo,  204.  — 
Engagements  de  Giraldoni,  de  Marra  et  de  Mme  Sa- 
rolta  au  théâtre  de  l'Oriente,  230.  —  Début  de 
Mme  Charton-Demeur  dans  la  Sonnambula  ,  371.  — 
Début  de  Mme  de  Méric-Lablache  au  théâtre  de  l'O- 
riente, 386.  —  Succès  de  Morini  et  de  Mmes  Charton- 
Demeur  et  J.  Dejean,  387. —  Représentation  de  Lucia, 
395.  —  Réception  de  Sarasate  par  la  reine  ;  son  pre- 
mier concert,  402.  —  Mme  Charton-Demeur  et  Fras- 
chini  dans  la  Lucia,  419.  —  Morini  dans  la  Lucrezia, 
442. 

Manchester.  Représentations  de  la  troupe  italienne  de 
M.  Beale,  339. 

Manheim.  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel ,  15, 
32.  —  Concours  proposé  par  la  Tonhalle,  S3.  —  Con- 
cours pour  un  prix  à  décerner  au  meilleur  quatuor,  206. 

—  Prix  décerné  par  la  Tonhalle  à  une  partition  pour 
opérette,  254.  —  Représentations  de  Mme  J.  AVagner, 
378.  —  Premier  prix  de  la  Tonhalle  obtenu  par  l'orga- 
niste Stiel,  386. 

Maïence.  Concert  de  la  Liedertafel,  63.  —  Programme 
du  quatrième  festival  du  Mittel-Rhein ,  239.  —  Célé- 
bration de  cette  fête,  287. 

Meiningen.  Théâtre  de  la  ville  transformé  en  théâtre  de 
la  cour,  239. 

Milan.  Représentation  de  Marie  Tudor,  opéra  nouveau 
de  Kachpéroff,  32.— Rentrée  des  sœurs  Marchisio,  102. 

—  Représentation  de  Corrado  ,  console  di  Milano , 
opéra  nouveau  de  P.  Gioza  ,  111.  —  Exécution  de 
l'ouverture  du  Pardon  de  Ploérmel,  à  la  Scala;  dé- 
buts de  Mongini ,  122.  —  Première  représentation  de 
Giudiita,  op"éra  de  Péri,  138.  —  Rectification  à  pro- 
pos de  l'ouverture  du  Pardon  exécutée  à  la  Pergola , 
145.  — Concert  de  C.  Sivori;  représentation  des  Pre- 
cauzioni,  opéra  nouveau  de  Petrella,  155.  —  Adoption 
de  la  métliode  de  Bonoldi  par  le  Conservatoire,  162.  — ■ 
Concert  d'adieu  de  Sivori,  222.  — Concert  donné  au 
profit  de  la  cause  nationale  par  Sivori  et  Bottesini,  247. 

—  Représentation  de  i  Parenli  apparenti ,  opéra  de 
Gibelli,  263.  —  Concours  instrumental  et  vocal  des 
élèves  du  Conservatoire,  270.  —  Débuts  de  Mme  Lumley 
au  théâtre  Re,  278.  —Les  concerts  de  Sivori,  294.  — 
Préparation  de  deux  opéras  nouveaux  pour  la  saison 
d'automne  ;  concert  des  sœurs  Ferni,  295.  —  Réou- 
verture de  la  Scala  avec  VAssedio  di  Fuenze,  319, 
326.  —  Représentation  de  il  Vecchio  délia  Montagiui, 
opéra  nouveau  de  Cagnoni  ;  nomination  de  M.  J.  Ter- 
zaghi  comme  directeur  des  théâtres  royaux,  327. — 
Premier  concert  de  L.  Fumagalli,  435. 

Modi'ne.   Catalogue   musical  des  trois   derniers  siècles , 

dressé  par  ordre  du  gouvernement,  278. 
Mon<.  Audition  de  Litolfl  à  la  Société  philharmonique  , 

55.  —  Incident  curieux  pendant  une  représentation  de 


la  Favorite,  136.  —  Succès  du  Pardon  de  Ploërmel, 
138. 

Moscou.  Préparatifs  d'un  grand  festival  pour  lasecoDde 
semaine  du  carême,  81.  —  Engagement  du  ténor  Kraft- 
zow,  206. 

Munich.  Concert  donné  par  M.  Moralt,  15.  —  Premier 
concert  de  l'Odéon ,  93.  —  Cinquantaine  de  Catarina 
Cornaro,  opéra  de  Lachner,  111.  —  Représentation  du 
Pardon  de  Ploërmel,  163, 18J,  223.  —  Audition  d'ar- 
tistes de  la  première  chapelle  nationale  musicale  de 
Pesth,  326.  —  Représentation  des  Huguenots  à  l'oc- 
casion de  la  fêle  de.  la  reine,  347.  —  Reprises  de  l'E- 
toile du  Nord,  des  Deux  journées  et  de  Fidelio,  371. 
Concert  extraordinaire  pour  le  cinquantième  anni- 
versaire de  la  fondation  de  l'Académie  de  musique, 
403.  . 

Namue.   Préparatifs  d'un  grand  festival  musical,  246. 

Nah.es.  Exécution  de  deux  ouvertures  et  d'une  messe 
de  Major  Tedesco;  représentation  de  Morosina,  opéra 
nouveau  de  Petrella;  chute  du  ballet  de  Rila ,  32.  — 
Représentation  de  i  due  Ciabatlini,  opéra  bouffe  de 
Ruggi,  165.  —  Représentation  de  la  Favorite  sous  le 
titre  de  Leonore  de  Guzman;  succès  de  Salvini  au 
théâtre  (les  Florentins;  représentation  d'une  comédie 
du  chevalier  de  Durci,  207.  —  Représentation  de 
Monzu  Gnazio,  nouvel  opéra  de  N.  d'Arienzo,  231. 

—  Effets  du  régime  constitutionnel  octroyé  par  le  roi, 
270. —  Augmentation  de  la  subvention  du  théâtre  San- 
Carlo,  295.  —  Représentation  de  il  Folelto  di  Gresy, 
opéra  nouveau  de  Petrella,  319.  —  Ordre  de  réouver- 
ture des  théâtres;  engagement  de  Mme  Steffenone,  347. 

Ouverture  du  théâtre  San-Carlo  par  Semiramide, 

371. —  La  Muette  de  Portiei  défendue  par  la  censure, 
377.  —  Représentation  de  Vno  episodio  delta  guerra 
d'Italia  del  1859,  ballet  nouveau,  musiqne  de  Gia- 
quinto,  387.  —  Scènes  déplorables  au  théâtre  Sau- 
Carlo  et  fermeture,  442. 

New-York.  Adieux  ae  la  Compagnie  italienne  Clmann 
et  Strakosch,  47.  —  Représentation  de  Fidelio,  183. 

—  Mme  Frezzolini  dans  Lucrezia  Borgia  ,  190. — 
Représentation  de  Mose  in  Ecjitio ,  205,  222.  —  Ou- 
verture de  la  saison  de  Maretzek  par  la  représentation 
de  Nabuco,  231.  —  Acquisition  du  Musical  World 
par  les  éditeurs  Massen  frères,  311.  —Réouverture  de 
l'Académie  de  musique  par  la  Sqnnambula;  nouvelle 
troupe,  347.  — Représentations  de  l'Académie,  371.  — 
Représentations  de  l'opéra  italien,  395.  —  Départ  de 
la  troupe  italienne;  création  difficile  d'un  Conserva- 
toire de  musique,  419,  442. 

Nonvicn.  Grand  festival  annuel  sous  la  direction  de  Bé- 
nédict,  347. 

Nouvelle-Orléans.  Débuts  de  la  Société  lyrique  par 
Robert  le  Diable,  55.  —  Ouverture  de  la  saison  du 
théâtre  Italien,  par  le  Barbier  de  Séville,  170.  —  Ta- 
bleau de  la  troupe  du  nouveau  directeur  D.  Ronzani, 
346. 

Omii-Amiiiergau.  Représentation  de  la  Passion  le  lundi 
de  la  Pentecôte,  222.  —  Nouvelles  représentations  et 
leur  clôture,  370. 

Pbsth.  Dépôt  de  la  faux  en  argent  massif  de  Mme  Scho- 
del  au  musée  national,  63.  —  Nouvelle  partition  de 
F.  Erkel,  74.  — Reprise  de  Benvcmilo  Cellini,  opéra 
deKerne,  122. —  Représentations  données  par  la  troupe 
italienne  de  M.  Salvi,  230.  —  Mlle  Lagrua  dans  Norma 
et,  le  Trovalore,  253.  —  Clôture  des  représentations 
italiennes,  255.  —  Poignard  offert  à  Mlle  Lagrua  par 
les  jeunes  gens  de  la  ville,  277.  —  Mise  à  l'étude  de 
Joseph,  de  Méhul;  concert  du  pianiste  Boskowitz,  295. 

—  Représentation  du   Pardon  de  Ploërmel,  435.  — 
Philadelphie.  Représentation  de  Maria,  395. 
Pon-r-Louis  [île  Maurice).  Débuts  de  la  compagnie  d'o- 
péra par  Robert  le  Diable  et  le  Barbier,  403. 

Prague.  Annonce  de  la  mise  en  vente  d'un  violoncelle  de 
Guarncrius,  22.  —  Audition  de  Mlle  de  Tiéfensée  â  la 
cour,  39.  —  Représentation  de  Joseph,  de  Méhul, 
au  bénéfice  de  M.  Emminger,  74.  —  Représentation 
du  Pardon  de  Ploërmel,  81,  93.  —  Départ  du  direc- 
teur de  musique  Skraup,  263.  —  Reprise  du  Prophète, 
387.  —  Reprise  du  Pardon,  419. 

Ratisbonne.  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel, 
214.  —  Société  d'oratorios,  263. 

Rio  de  Janeiro.  Accident  arrivé  à  Mme  de  Lagrange,  80. 

—  Mme  Tosi  dans  la  Linda  ;  adieu  de  Mme  Medori, 
395. 

Rome.  Représentation  à'Amleto,  opéra  nouveau,  de 
L.  Moroni,  231.  —  Représentation  de.  Gianni  di  Ni- 
Silda,  opéra  nouveau,  de  Pacini,  403.  —  Représenta- 
tion de  Slejanias,  opéra  nouveau  de  R.  Gentili,  et  de 
il  genio  Ànarack,  ballet  de  Rota,  427. 

Rostock.  —  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel,  39. 

Rotterdam.  Audition  de  A.  Jaëll  au  concert  Erudilio  mu- 
sica,  101.  —  Fondation  d'une  Société  pour  la  repré- 
sentation des  opéras  allemands,  214.  —  Direction  de 
cet  opéra  confiée  à  M.  Vriès,  295.  —  Formation  de 
la  troupe,  339.  —  Mise  en  action  de  cette  entreprise, 
410. 

Saint-Pétersbourg.  Etudes  du  Pardon  de  Ploërmel,  7. 

—  Représentation  de  Don  Giovanni,  au  bénéfice  de 
Marin),  15.  —  14.,  au  bénéfice  de  Dcbassini;  diner 
et  concert  donnés  par  M.  de  Sabourolf;  concert  de 
Mme  lngeborg-Starck,  23.  —  Concours  ouvert  pour 
une  cantate  par  la  Société  musicale,  38.  —  Bénéfice 
de  Mcngiui  ;  représentation  entraordinaire  au  Théâ- 
tre Français,  39.  —  Début  de  Mlle  Balfe  dans  la  Tra- 
viata,  47.  —  Correspondance  signée  X  :  belle  repré- 
sentation du  Prophète;  nouvelles  diverses,  53.  — 
Correspondance  signé  D  :  représentations  de  Pâque- 
rette, ballet  de  Saint-Léon,  et  du  Pardon  de  Ploërmel, 
chanté  par  la  troupe  italienne  ;  représentation  de  Gus- 
tave III;  premier  concert  des  sœurs  Ferai,  71.  — 
Représentation  du  Pardon  (il  Pcllegrinaggio)  ;  béné- 


TABLE  ALPHABETIQUE 

fice  de  Mlle  Lagrua:  Mlle  Balfe,  Tamberlick;  concert 
des  Allemands,  correspondance  signée  D.,  80.  — Dé- 
part des  artistes  italiens  ;  réengagement  de  Mme  Ro- 
sati  ;  programme  de  la  saison  des  concerts,  93.  —  Aug- 
mentation du  capital  de  la  Société  musicale  ;  représen- 
tations du  théâtre  Italien  ;  débuts  de  Mme  Maïkoff,  103. 
—  Départ  de  Vieuxtemps  ;  dernier  concert  des  sœurs 
Ferai;  111.— Concerts  de  Dreyschock;  personnel  du  théâ- 
tre Italien  pour  la  prochaine  saison,  138. — Concerts  de 
la  saison  ;  départ  des  sœurs  Ferni  ;  factum  d'un  ama- 
teur de  musique  ;  arrivée  d'H.  Wieniawski  et  des  demoi- 
selles Pallini,  147. — Concert  d'H.  Wieniawski  au  Grand- 
Théâtre,  163.  —  Service  du  bout  de  l'an  en  l'honneur 
de  Mme  Bosio  ;  empressement  du  public  pour  la  pro- 
chaine saison  italienne  ;  arrivée  de  l'opéra  de  Moscou  ; 
fondation  d'un  concert  public  dans  l'île  du  Village 
neuf,  171.  —  Nomination  d'H.  Wieniawski  comme 
violon  solo  de  l'empereur  et  des  théâtres  impériaux, 
183.  —  Début  de  Mlle  Séménow  dans  Marta  ;  succès 
de  Mlle  Bagdanoff;  reconstruction  du  théâtre  du 
Cirque,  191.  —  Décoration  du  cordon  de  Saint-Alexan- 
dre Newski  donnée  à  M.  de  Sabouroff,  205.  —  Fonda- 
tion d'un  fonds  de  secours  pour  les  gens  de  lettres  et 
les  savants;  décoration  de  Saint-Wladimir  accordée 
au  pb.niste  Henselt,  213.  —  Travaux  de  la  Société 
symphonique,  215.  —  Engagement  de  Mme  Ristori  et 
de  sa  troupe,  par  M.  de  Sabouroff,  230.  —  Examen  des 
élèves  de  la  classe  instrumentale  à  la  chapelle  des 
chantres  de  la  cour,  231.  —  Décision  impériale  qui 
met  les  théâtres  lyriques  au  diapason  adopté  par  la 
commission  française,  238.  —  Achèvement  du  théâtre 
de  la  grande-duchesse  Marie,  247.  —  Diapason  nor- 
mal; préparation  d'un  opéra  nouveau  de  M.  Villebois 
pour  la  saison  d'automne  ;  retour  du  jeune  Taborowski  ; 
les  diamants  de  Mlle  Friedberg,  271.  —  Concert  au 
profit  de  l'hospice  Nicolas,  303.  —  Ouverture  pro- 
chaine du  théâtre  Marie,  339.  -  Ouverture  de  ce  théâ- 
tre et  débuts  au  théâtre  Français,  353.  —  Débuts  de 
Mlle  Lagrua,  371.  —  Inauguration  du  théâtre  Marie, 
par  la  Vie  pour  le  tzar,  de  Glinka,  379.  —  Reprises 
du  Freiischùlz  et  des  Puritains;  débuts  de  Mlle  Fio- 
retti,  387.  —  Correspondance  :  série  de  concerts  dans 
le  nouveau  théâtre  Marie,  425.  —  Correspondance  : 
derniers  concerts  donnés  dans  cette  salle,  432.  —  Dé- 
buts de  Mme  Ristori  pour  la  réouverture  des  théâtres, 
442.  —  Reprise  du  Prophète,  450. 

Salzburg.  —  Premier  concert  de  la  Société  de  musique 
delà  cathédrale  et  du  Mozarteum,  138.  —  Deuxième 
concert,  199.  — Musique  religieuse  exécutée  par  le 
Mozarteum,  287. 

Schwerin.  Représentation  du  Conte  d'hiver ,  nouvel 
opéra  de  M.  de  Flotow,  101.— Sérénade  donnée  à  M.  de 
Flotow;  reprise  d'Indra,  183.  —  Clôture  des  repré- 
sentations du  théâtre  de  la  Cour,  par  Robert  le  Diable, 
191.  — Premier  festival  du  Mecklenbourg;  clôture  du 
théâtre  de  la  Cour,  23J. 

Sondersiiaosen.  Représentation  de  Dinorah,  138. 

Spa.  Audition  de  M.  Laub,  violoniste,  271.  —  Concert  de 
Mme  Miolan-Carvalho  et  de  J.  Prume  ;  concert  de  Vi- 
vier, pour  l'inauguration  de  la  promenade  Meyerbeer, 
286.  —  Grand  concert  auquel  prennent  part  Vivier, 
Mlle  H.  François  et  Franco-Mendès,  295,  310.  —  Con- 
cert donné  par  l'harmonie  de  la  Redoute  et  la  So- 
ciété musicale  de  Sainte-Marie  d'Ognics,  311.  —  Con- 
cert de  L.  Brassin,  319.  — Audition  de  Mlle  de  Guin- 
gand  et  de  MM.  Duhem  et  Gitz,  â  la  Redoute,  325.  — 
Fête  musicale  brillante,  347. 

Stettin.  Inauguration  de  la  saison  théâtrale  par  les  Hu- 
guenots, 387. 

Stockholm.  Représentation  de  Lullg  et  Quinault,  opéra 
de  Berens,  15,  31.  —  Concerts  d'Ole-Bull  et  de  Vieux- 
temps,  239.  —  Arrivée  de  Mme  J.  Lind-Goldschmidt, 
247.  —  Vieuxtemps  nommé  membre  d'honneur  de 
l'Académie  de  musique  et  décoré  de  l'ordre  de  Wasa, 
255.  —  Réformes  introduites  dans  l'Académie  de  mu- 
sique, 295.  —  Concerts  de  Willmann,  Lachner, 
Mmes  H.  Tegerstrom  et  C.  Magnus,  311.  —  Nomination 
d'H.  Berens  comme  chef  d'orchestre  du  second  théâ- 
tre, 427. 

Stuttgard.  Interruption  des  représentations  do.  Dinorah; 
cinquantième  anniversaire  du  service  de  G.  Krùger 
comme  membre  de  la  chapelle  royale  ,  82.  —  Mise  à 
l'étude  du  Soir  de  la  Saint-Jean  ,  opéra  de  Pressel, 
111.  —  Représentation  de  cet  opéra,  247.  -  Récapitu- 
lation des  représentations  de  l'opéra,  311.  — ■  Réou- 
verture du  théâtre  de  la  Cour  par  la  Nuit  de  la  Saint- 
Jean,  de  Presse!,  355.  —  Inauguration  de  la  nouvelle 
salle  des  concerts,  363.  — Concert  de  W.  Krùger, 
3S7.  —  Représentation  du  Nid  de  Cigogne,  opéra  de 
Vogel,  403. 

Swinemunde.  Concert  donné  par  W.  Kriiger  au  profit 
des  pauvres ,  310. 

Toepl-.tz.  Célébration  du  premier  festival  de  la  Bohême, 
303. 

Tournai.  Incident  curieux  pendant  la  représentation  de 
la  Muette  de  Portiei,  137.  —  Concert  de  Wicart,  338. 

Trieste.  Début  de  Mlle  A.  Jackson  dans  Robert  le 
Diable,  223.  —  Préparation  de  Dinorah,  295. 
—  Réouverture  du  grand  théâtre  par  les  Puritains, 
355. 

Turin.  Représentation  de  Guillaume  Tell  ,  83.  —  Re- 
présentation du  Barbier  ;  Mlle  Fioli ,  277.  —  Exécu- 
tion d'une  symphonie  de  M.  Caliste  Borelli,  403.  — 
Représentation  de  Bianca  Capello,  de  Dell'Ongara,  et 
i'Esmératda,  ballet  de  Perrot,  411. 

Dpsal.  Sérénade  donnée  par  les  étudiants  à  Jeuny  Lind, 
339. 

Varsovie.  Concerts  de  J.  Wieniawski,  23.—  Solennités 
musicales  pour  réunir  les  fonds  destinés  au  nouveau 
Conservatoire,  111.  —  Ouverture  de  cet  établissement 


sous  la  direction  de  M.  Ap.  Kontski,  303.  —  Opéras 
composés  par  Mouiuszko  ,  311. 
Venise.  Fermeture  de  tous  les  théâtres,  23. 
Vergnies.  Inscription  â  la  mémoire  de  Gossec,  54- 
Vienne.   Théâtres  impériaux   abandonnés  à   l'industrie 
privée ,  7 .  —  Réouverture  prochaine  de  l'Opéra  ita- 
lien ;  anniversaire  de  Beethoven;  théâtres  nouveaux,  15. 

—  Concert  de  l'Académie  de  chant  :  le  Mari  à  la 
porte  ,  au  Carl-Theater  ,  23.  — Avis  singulier  d'un 
facteur  de  pianos,  31.  —  Rentrée  d'Ander  dans  Stra- 
della,  32.  ■ — Premier  concert  philharmonique  ;  reprise 
d'Iphigenieen  Tauride,  39. —  Reprise  des  Huguenots, 
63.  —  Centième  soirée  du  quatuor  Hellmesberger,  74. 

—  Grimminger  dans  le  Prophète  ;  saisie  du  journal 
Recensionen,  83.  —  Reprise  du  Moulin  du  Diable,  de 
W.  Muller  ,  102.  —  Programme  de  la  saison  du 
théâtre  Italien,  111.  —  Représentations  du  théâtre  de 
la  cour,  138.  —  Concert  chez  le  prince  Paul  Es- 
terhazy  ;  cinquantième  anniversaire  des  débuts  de 
Mme  Haitzinger  ;  soirée  Muzart  à  la  Suciété  philhar- 
monique, 147.  —  Début  de  Mlle  Lagrua  dans  Norma; 
reprise  des  Huguenots  ;  succès  d'Orphée  aux  enfers; 
départ  de  Mme  C.  Schumann  ;  exécution  du  Mise- 
rere d'AUegri  à  l'église  des  Augustins  ,  155.  —  Re- 
présentations de  Mlle  Lagrua  ;  représentation  d'un 
ballet  intitulé  la  Nymphe  ;  concert  de  J.  Stockhau- 
sen,  163.  —  Représentation  de  Rigoletto  ;  bénéfice 
de  l'orchestre  de  l'Opéra  de  la  cour,  170.  —  Repré- 
sentation de  Domingo,  opéra-comique  de  Dessauer  ; 
concert  de  Poznanski  ;  représentations  de  l'opéra  alle- 
mand ,  183.  —  Troisième  concert  de  J.  Stockhausen  ; 
engagement  de  Mlle  Frassini  au  théâtre  de  la  cour , 
191.  —  Représentations  de  Lucrezia  Borgia  et  de  la 
Traviala  par  la  troupe  italienne,  199.  — Succès  de 
MlleLagruadanslMssetfio  di  Corinto  et  de  Mme  Char- 
ton -Demeur  dans  VElisir  d'amore,  206.  —  Envoi 
d'une  bague  enrichie  de  diamants  à  Herbeck ,  de  la 
part  de  l'empereur,  213.  —  Sérénade  donnée  au  roi 
Louis  de  Bavière  par  la  société  académique  de  chant; 
représentations  de  Mme  Ellinger,  215.  —  Clôture  du 
théâtre  italien  ,  223.  —  Représentation  au  bénéfice 
de  Mlle  Lagrua;  travaux  du  théâtre  de  la  cour,  231. 

—  Concert  donné  par  la  troupe  italienne  au  profit  de 
l'Association  académique  de  chant,  239.  —  Ouverture 
de  la  saison  allemande  ,  255.  —  Construction  d'une 
nouvelle  salle  d'opéra,  263.  —  Opéras  en  projet  pour 
la  saison  prochaine,  271.  —  Distribution  des  prix  aux 
élèves  du  Conservatoire,  287.  —  Nouvelle  partition  de 
Rubinstein  ;  direction  du  théâtre  italien  confiée  â  Salvi, 
295.  —  Mise  en  répétition  de  la  Fiancée,  d'Auber, 
303.  —  Rentrée  d'Ander  dans  le  Prophète  ,311.  — 
Représentations  de  l'opéra  de  la  cour,  319.  —  Démis- 
sion d'Eckert,  directeur  de  ce  théâtre  ;  projet  de  mo- 
nument en  l'honneur  de  Beethoven,  326.  — ■  Reprise 
de  l'Etoile  du  Nord,  339. —  Conditions  de  l'entreprise 
particulière  du  théâtre  de  la  cour,  347.  —  Reprise  de 
la  Juive;  projet  d'un  nouveau  théâtre,  355.  —  Asso- 
ciation de  charité  entre  les  chefs  des  corps  de  musique 
militaire,  363.  —  Morceaux  portés  aux  programmes 
des  concerts  philharmoniques  et  de  l'association  des 
étudiants,  371.  —  Départie  Liszt;  ouverture  prochaine 
du  théâtre  Treumanu  ,  379.  —  Mise  â  l'étude  de  la 
Médée,  de  Cberubiui ,  387.  —  Rapport  du  secrétaire 
du  Maenner-Gcsang-Verein,  395.  —  Solennité  musi- 
cale à  l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  naissance  de 
Schiller,  403.  —  Nouvelles  diverses  ,  419.  —  Annonce 
d'un  concert  de  la  Concordia  ;  soirées  de  quatuors 
d'Hellmesberger,  427.  —  Concession  de  l'opéra  à  une 
entreprise  particulière,  435.  — Difficulté  de  trouver  un 
imprésario  pour  l'opéra  de  la  cour  ;  représentation  de 
la  Poupée  de  Nuremberg  ,  au  Karl-Theater  ,  442.  — 
Compétiteurs  nombreux  pour  la  direction  de  l'opéra  de 
la  cour,  450. 

Weimar.  Exécution  de  l'ouverture  de  Dinorah  à  la 
cour,  111.  —  Représentation,  au  théâtre  de  la  cour, 
de  Frauenlob,  opéra  nouveau  de  E.  Lassen,  170.  — 
Représentations  de  Mme  Burde-Ney,  au  théâtre  grand- 
ducal ,  214.  —  Mise  en  répétition  de  Macbeth,  de 
Chelard,  295,  386.  —  Représentation  de  cet  opéra; 
l'intendant  général  Dingelstedt  nommé  commandeur  de 
l'ordre  du  Faucon,  411 

Wiesbade.  Représentation  de  Dinorah,  122. —  Mme  Zirn- 
dorfer,  dans  Robert  te  Diable,  183.  —Début  de  Ti- 
chatscheck  dans  Lohe.ngrin,ilh.  — Fin  des  représen- 
tations de  cet  artiste ,  239.  —  Représentation  du 
Barbier  par  la  troupe  italienne  de  Merelli  ;  concert  du 
Kursaal,  263.  — Programme  d'une  solennité  musicale, 
285.  —  Concert  de  L.  Brassin,  294.  —  Concert  de 
H.  Litolff,  311.  —  Inauguration  de  la  saison  par  le 
Duc  de  Tijrol,  opéra  nouveau  de  Nargiller,  37S.  — 
Concert  de  bienfaisance,  450. 

Wittemberg.  Concert  spirituel  â  l'occasion  de  l'anniver- 
saire de  la  mort  de  Mélanchton,  171. 

Wurtzbourg.  Représentation  du  Pardon  de  Ploërmel, 
122.  —  Hymne  â  quatre  voix,  composée  par  le  duc  de 
Saxe-Cobourg  -Gotha,  171. 

Zofingen.  Célébration  du  festival  d'Argovie,  254- 

Zurich.  Fête  commémorative  en  l'honneur  de  Spohr , 
13S.  —  Sérénade  donnée  à  A.  Jacll ,  par  la  Société 
chorale,  41S. 

Zwickad.  Célébration  du  cinquantième  anniversaise  de 
la  naissance  de  R.  Schumann,  199,  239. 

H 


(Voyez  aussi  Nominations.) 
Alard  (D),  nommé  officier  de  l'ordre  de  Charles  III,  par 
S.  M.  la  reine  d'Espagne,  2S5. 


Alary,  décoration  de  l'ordre  de  Charles  III  d'Espagne, 

370. 
Alexandre  (E.),  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  31. 
Alexandre   père  et   fils,  diplôme   d'honneur  décerné  par 

le  jury  de  l'exposition  universelle  de  Besançon,  409. 
Amat  (L.),  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  338. 
Artus  (Al.),  médaille  d'argent,  grand  module,  de  la  part 

de  S.  M.  l'Empereur,  346. 
Aucher,   médaille  de  première  classe   décernée   par  le 

jury  de  Besançon,  409. 
Barbier  (F.),  médaille  de  la  part  de  S.   M.  l'Empereur, 

294. 
Batta  (A.),  nommé  officier  de  l'ordre  de  la  Couronne  de 

chêne,  par  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas,  238. 
Id.    grande  médaille  d'or  du  Mérite,  de  la  part  de  S.  M. 

le  roi  de  Sardaigne,  346.  « 

Battu  (Mlle  M.),  magnifique  bracelet  de  la  part  de  M. 

Calzado,  61. 
Bonnifas,  médaille  d'argent  de  première  classe,  décernée 

par  le  jury  d'exposition  de  Montpellier,  278. 
Bourdon,  médaille  d'argent  de  la  part  de  S.  M.  l'Empe- 
reur, 370. 
Brandus  (G.),  médaille  en  or  du  Mérite  civil,  de  la  part 

de  S.  M.  le  roi  de  Wurtemberg,  31. 
Cohen  (J.),  belle  médaille  delà  part  de  S.  M.  l'Empe- 
reur, 31. 
Cormon  (E.),  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294. 
Dalloz  (P.),  décoration  du  même  ordre,  294. 
Danel  (L.),  décoration  du  même  ordre,  294. 
David  (F.),  pension  de  2,400  fr.  accordée  par  S.  M.  l'Em- 
pereur, 394. 
Debain,  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  73. 
Delteil,  médaille  d'argent  de  la  part  de  S.  M.  l'Empe- 
reur, 370. 
Empis,  nommé  commandeur    de    l'ordre   de   la  Légion 

d'honneur,  21. 
Ferraris  (Mme),  bracelet  enrichi  de  diamants  de  la  part 

de  S.  M.  l'Empereur,  109. 
Florentino,  décoration  de  l'ordre  d'Ernest,  par  S.  A.  R . 

le  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha,  22. 
Foulon,  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  38. 
Franco-Mendès  (J.),  décoration  de  l'ordre  du  Mérite,  par 

S.  A.  R.  le  duc  de  Saxe-Meiningen,  38. 
Id.,    décoration  (quatrième  classe)  de  l'ordre  Adolphe  de 

Nassau,  62. 
Gevaért,  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294. 
Groot  (de),  médaille  d'argent  de  la  part  de  S.  M.  l'Em- 
pereur, 294. 
Hammer  (R.),  décoration  du  Lion  et  du   Soleil,  par  le 

shah  de  Perse,  394. 
Haslinger  (C),  croix  eu  or  pour  le  mérite,  décernée  par 

S.  M.,  l'empereur  d'Autriche,  22. 
Herz  (H.),  diplôme  d'honneur   décerné   par  le  jury  de 

Besançon,  402. 
Kapry  (G.),  belle  bague  en  or  surmontée  d'un  saphir, 
de  la  part  de  S.  M.  l'Impératrice  douairière  de  Russie, 
213. 
Kastner  (G.),  décoration  de  l'ordre  d'Ernest,  par  S.  A.  R. 

le  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha,  14. 
Kiicken,  décoration  de  l'ordre  de  Danebrog,  par  S.  M. 

le  roi  de  Danemarck,  370. 
Lacaussade,  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294. 
Laya  (L.),  décoration  du  même  ordre,  294. 
Lefèbvre  (H.),  décoration    de   l'ordre  d'Ernest ,  par  S. 

A.  R.  le  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha,  22. 
Maillart  (A.),  médaille  en  argent,  de  la  part  de  S.  M. 

l'Empereur,  61. 
Id.,    décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294- 
Id.,    médaille  en  or,  de  la  part  de  S.  M.  l'Empereur,  362. 
Marpurg,  médaille  en  or  pour  les  arts  et  les  lettres,  de 

la  part  de  S.  A.  le  grand-duc  de  Hesse,  278. 
Martin  (P.),  médaille  d'argent  de  première   classe,  dé- 
cernée par  le  jury  de  l'exposition  de  la  Société  philhar- 
monique de  Bordeaux,  22. 
Id.,    médaille  d'or  décernée  par  le  jury  de  l'exposition 

de  Montpellier,  262. 
Mérimée,  nommé  commandeur  de  l'ordre  de  la  Légion 

d'honneur, 294. 
Méry  (L.),  épingle  ornée  d'une  perle  fine,  de  la  part  de 

S.  M.  l'Empereur,  346. 
Moitessier,  médaille  d'argent  décernée   par  le  jury    de 

l'exposition  de  Montpellier,  262. 
Morel  (A.),  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  338. 
Id.,    épingle  ornée  d'une  perle  fine,  de  la  part  de  S.  M. 

l'Empereur,  346. 
Perrot  de  Renneville,  médaille  d'argent,  de   la  part  de 

S.  M.  l'Empereur,  370. 
Pfeiffer  (G.),  bague  enrichie  de   diamants  de  la  part  de 

S.  M.  l'impératrice  douairière  de  Russie,  238. 
Provost  (E.),  décoration  de  l'ordre   de  Charles  III  d'Es- 
pagne, 402. 
Révial,  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294. 
Saint-Victor,  décoration  du  même  ordre,  294. 
Sarasate,   décoration  de  l'ordre  de  Charles  III   d'Espa- 
gne. 441. 
Schwab  (F.),  décoration  du  même  ordre,  377. 
Séjour  (V.),  décoration  de  la  Légion  d'honneur,  294. 
Sighicelli,  décoration  de  l'ordre  de  Charles  III,  d'Espa- 
gne, 378. 
Tichatscheck,  médaille  d'or  pour  les  sciences  et  les  arts, 

de  la  part  de  S.  A.  le  grand-duc  de  Hesse,  197. 
Viardot  (Mme  P.),  riche  bracelet  de  la  part  de  la  grande- 
duchesse  Hélène  de  Russie.  311. 
Vieuxtemps  (H.),  décoration  de  l'ordre  de  Gustave  Wasa, 

par  S.  M.  le  roi  de  Suède,  239. 
Wagner  (R.),  décret  d'amnistie  rendu  en  sa  faveur  par 

S.  M.  le  roi  de  Saxe,  278. 
Wey  (F.),  nomme  officier  de  l'ordre  de  la  Légion  d'hon- 
neur, 294. 


DES  MATIERES. 


Jurisprudence   artistique,  scientifique 
et  théâtrale. 

Demande  en  réhabilitation  de  M.  Sax,  38. 

Jugement  de  la  sixième  chambre  du  tribunal  de  la  Seine, 
en  faveur  de  M.  Ad.  Sax  contre  ses  contrefacteurs  , 
130. 

Action  intentée,  sous  prétexte  de  diffamation,  par  M. 
Kretzschmann  contre  M.  A.  Sax,  246. 

Procès  de  M.  Calzado  contre  M.  de  Saint-Salvi,  pour  la 
location  du  théâtre  Italien,  285. 

Rejet  du  pourvoi  de  M.  G.  Bessou  dans  le  procès  des 
contrefacteurs  d'A.  Sax,  294. 

Arrangement  à  l'amiable  d'un  différend  survenu  entre 
MM.  Réty  et  E.  Reyer,  345. 

Arrêt  de  la  Cour  impériale  de  Douai  donnant  gain  de 
cause  à  la  Société  des  auteurs,  compositeurs  et  édi- 
teurs de  musique,  contre  le  directeur  du  Pré-Catelan 
de  Lille,  346. 

Arrêt  de  la  Cour  impériale  confirmant  le  jugement  de 
première  instance  dans  le  procès  de  M.  J.  Barbier 
contre  la  commission  des  auteurs,  à  propos  des  Noces 
de  Figaro,  410. 

Jugement  de  la  sixième  chambre  du  tribunal  de  pre- 
mière instance  dans  une  affaire  relative  au  droit  de 
réponse,  contre  MM.  Paris  et  Chevé,  431. 


JLettres. 

M.  Eug.  Déjazet  aux  principaux  organes  de  la  presse 
théâtrale,  au  sujet  de  son  privilège,  190. 

Les  vingt-trois  signataires  d'une  brochure  intitulée  :  Ob- 
servations de  quelques  musiciens  et  de  quelques 
amateurs  sur  la  méthode  Chevé ,  aux  membres  du 
comité  de  patronage  de  cette  méthode,  174. 

MM.  Aimé  Paris  et  Emile  Chevé  â  M.  le  directeur  de  la 
Revue  cl  Gazette  musicale,  220. 

M.  Oppelt  au  directeur  du  journal,  à  propos  de  la  tra- 
duction du  Meunier  de  Mérân,  230. 

M.  L.  F.  Vaudin  au  directeur  du  journal,  à  propos  de 
la  démission  de  M.  Eug.  Delaporte,  277. 

Rossini  à  M.  H.  Schlesinger,  pour  le  remercier  de  l'en- 
voi d'un  portrait  de  Mozart,  294. 

Meyerbeer  à  MM.  les  membres  du  conseil  communal  de 
Spa  à  propos  de  la  promenade  à  laquelle  on  a  donné 
son  nom,  301. 

M.  W.  Cronthal  à  M.  le  comte  de  Sollohub,  sur  le  passé, 
le  présent  et  l'avenir  du  chiffre  appliqué  à  la  nota- 
tion musicale  en  Allemagne,  366,  374. 

S.  A.  R.  le  duc  de  Saxe-Cobourg  à  la  Société  chorale 
pour  voix  d'homme  de  Vienne,  450. 

Littérature  musicale. 

Prospectus  de  la  Biographie  universelle  des  musiciens, 

par  M.  F.-J.  Fétis  père,  19. 
Mondonville   et  la  guerre  des  coins,  art.  d'A.  Pougin, 

193,  201,  217,  225,  241, 
Chants  de  l'armée  française,  par  G.  Kastner  (V.  l'année 

précédente),  227. 
Fragments  de  l'introduction  d'Une  histoire  générale  de 

la  musique,  par  Fétis  père,  233,  289,  305,  321,   358, 

381. 
Conclusion  d'un  article  de  la  Revue  contemporaine,  par 

M.  A.  Lefaivre,  sur  la  critique  musicale  en  Allemagne, 

De  la  musique  en  Espagne,  art.  d'A.  de  La  Fage,  397, 
415,  423. 


Mariages. 

Mlle  V.  Balfe,  avec  sir  John  Crampton,  145. 

Mlle  Piccolomini  avec  le  marquis  Gaétani,  181. 

Mme  la  princesse  de  Wittgenstein  avec  F.  Liszt,  197. 

Mlle  Mirés  avec  M.  le  prince  de  Polignac,  213. 

Mlle  Pauline  Thys  avec  M.  Charles  Sébault,  222. 

Mlle  Isabelle  Bessie-Hampton  avec  H.  Wieniawski,  285. 

Mlle  Natalie  Eschborn-Frassini  avec  le  prince  Ernest  de 

Wurtemberg,  302. 
Mlle  Hedwigc-Brezowska  avec  M.  le  comte  Méjan,  302. 
Mlle  E.  Guérete  avec  M.  C.  Aland,  346. 
Mlle  A.  Heugel  avec  M.  H.  Chevalier,  362. 
Mlle  Wilfrid  de  la  Rochefoucauld  avec  H.  Litolff,    370. 
Mlle  Marie  Pion  avec  M.  Robert  Nourrit,  434. 

Musique  militaire. 

Modifications  introduites  dans  la  musique  des  régiments 
par  un  décret  en  date  du  26  mars,  137. 

Autorisation  accordée  à  la  musique  des  guides  d'accom- 
pagner les  orphéonistes  à  Londres,  230. 

Musique   religieuse. 

MESSES.   -  ORATORIOS.   —  SOLENNITÉS   RELI- 
GIEUSES. -  ORGUE. 

Inauguration  de  l'orgue  de  Sainte-Clotildo,  art.  d'A.  de  La 
Fage,  4. 

Messe  nouvelle  de  M.  Benoist,  exécutée  â  Saint-Eus- 
tache,  6. 

Exécution  de  plusieurs  morceaux  de  MM.  Ed.  Hocmelleet 
A.  Elwart  à  la  chapelle  du  Sénat,  6. 

Messe  de  M.  L.  Gastinel,  exécutée  dans  l'église  de  Saint- 
Vincent-de-Paul,  46. 


Inauguration  d'un  harmonium  De.bain  à  Notre-Dame  de 
Lorette,  62. 

Messe  de  M.  Benoist,  exécutée  à  Saint-Eustache  au  pro- 
fit de  la  caisse  des  écoles,  art.  d'A.  Botte,  117. 

Solennité  à  Saint-Eustache  pour  l'inauguration  des  gran- 
des peintures  de  cette  église,  146. 

Exécution  d'une  messe  à  grand  orchestre  de  M.  Peny, 
dans  l'église  Sainte-Marguerite,  146. 

Exécution  de  la  messe  en  fa  mineur,  de  Mozart,  dans 
l'église  dé  Neuilly,  146. 

Exécution  d'une  messe  de  M.  Leprévôt,  dans  l'église  de 
Sainte-Marguerite,  205. 

Séance  préparatoire  du  congrès  pour  l'amélioration  du 
plain-chant  et  de  la  musique  d'église,  205. 

Messe  de  M.  le  prince  de  Polignac,  exécutée  à  la  Made- 
leine pour  le  mariage  de  Mlle  Mirés  avec  l'un  des  frères 
du  compositeur,  213. 

Ave  Maria,  de  Gounod,  chanté  par  Mlle  E.  Guérette  dans 
une  messe  de  mariage  à  Saint-Mandé,  238. 

Concours  de  l'école  de  musique  religieuse  de  Paris,  577. 

Messe  chantée  dans  l'église  de  Passy  pour  le  mariage  de 
Mlle  A.  Heugel  avec  AI.  H.  Chevalier,  362. 

Messe  impériale  d'Haydn,  exécutée  le  jour  de  la  Tous- 
saint par  la  maîtrise  de  Saint-Roch,  386. 

Fête  patronale  de  Saint-Eustache;  messe  en  musique  de 
M.  Castégnier,  art.  d'A.  Pougin,  391. 

Messe  de  Cherubini  à  la  Madeleine,  au  profit  de  l'Asso- 
ciation philanthropique  des  artistes  de  l'Opéra,  art. 
d'A.  Botte,  406. 

Inauguration  d'un  orgue  de  chœur  à  Saint-Germain  des 
Prés,  409. 

Séance  d'ouverture  du  congrès  pour  la  restauration  du 
plain-chant  et  de  la  musique  d'église,  426. 

Messe  de  M.  Charles Manry,  à  Saint-Eustache,  art.  d'A. 
Botte,  447. 

N 

Nécrologie  et  articles  nécrologiques. 


Alexandre  (Mme),  182. 
Autor,  326. 
Barrit  (G.-H.),  370. 
Béraud  (A.),  54. 
Bianchi  (Mme  L.),  319. 
Binder  (C),  419- 
Boehner  (L.),  146. 
Breitig(H.),442. 
Buhl  (J.-D.),  146. 
Cornet  (J.),  362. 
Couplet  (J.),  146. 
Czartoryski  (le  prince  C), 

191. 
Devaux,  14. 
Dotzauer  (J.-F.),  110. 
Echeverria,  230. 
Ely,  362. 
Enke  (H.),  22. 

Félix-Mélotte  (Mme),  230. 

Hexmore  (R.),  310. 

Galiotti  (G.),  403. 

Girard  (N.),   art.   nécrolo- 
gique signé  P.  S.,  29. 

Gliérîiann  (G.),  22. 

Gordigiani  (L.),  182. 

Goria  (A.),  246. 

Gosselin,  54. 

Haminerstein,  102. 

Hausmann,  302. 

Heiu.Tg  (J.-L.),  326. 

Hérold  (Mme  veuve),  102. 

Horzalka,  346. 

Jullien.  102. 

Id.,  art.  nécrolog.,  109. 

Kastner  père,  410. 

Kramer  (C),  73. 

Luchini  (Mme  R.),  230. 

Lurine  (L.),  418. 

Mathieu  (N.-J.),  286. 

Mayer(J.),  403. 

Méreaux  (Mme  A.),  263. 

Miolau  (Mme  veuve),  92. 


Montés  (Mme  Lola-),  278. 
Moreau-Sainti.  art.  nécro- 
logique, 130. 
Moritz-Reuchsel  (Mlle),  410. 
Moscheck  (C),  82. 
I\":elsen  (N.-P.),  137. 
Paér  (A.),  222. 
Panseron,  service  du  bout 

de  l'an,  270,  278. 
Pillet-Will  (le  comte),  54, 62. 
Raby  (Mme),  386. 
Rée  (E.),  73. 
Rellstab  IL.),  426. 
Robberechts  (A.),  198. 

Id. ,  art,   nécrolog.,  205. 
Rollandini  (MlleL.),  146. 
Sauvageot  (C),  121. 
Schedemeyer,  162. 
Schrœder-Devrient   (Mme), 

46,  92. 
Schubert  (Mme  A.),  62. 
Segarelli,  146. 
Silcher,  310. 
Sobiéry,  7. 

Solomé,  354. 

Spannagel  (Mlle),  403. 

Stahremberg  (le  prince  G. 
A.),  154. 

Stilcher,  47. 

Teichmanu,  278. 

Thys  (Mme),  102. 

Tinney  (F. -G.),  119. 

Trœg  (A.),  286. 

Turbri  (H.l,  22. 

Vohs-Werdy  (Mme),  246. 

Waagen-Schechner     (Mme 
N.),  190. 

Weigl  (Mme  E.),  92. 

Wild  (F.),  -12. 

Wœlffle  (A.),  295. 

Zœllner  (C),  354. 

Zumsteeg  (G.-A.),  22. 


rVoininations. 

Bacciocchi  (S.  Exe.  M.  le  comte)  comme  surintendant  des 
théâtres  impériaux,  433. 

Beaumont  (A.),  comme  directeur  privilégié  de  l'Opéra- 
Comique,  229. 

Calzado,  comme  directeur  du  théâtre  Italien  (prolonga- 
tion de  privilège),  362. 

Candia  père  (le  major  général  de),  comme  commandant 
général  de  la  division  militaire  de  Sardaigne,  425. 

Caumont,  comme  directeur  des  beaux-arts  au  ministère 
d'Etat,  377. 

Coenen  (F.),  comme  membre  de  mérite  de  la  Société 
néerlandaise  pour  l'encouragement  de  l'art  musi- 
cal, 394. 

Deldevez,  comme  second  chef  de  la  Société  des  con- 
certs, 169. 

Dormeuil  père,  comme  directeur  privilégié  du  théâtre 
du  Vaudeville,  433. 

Gounod  (C),  comme  membre  correspondant  de  la  Société 
néerlandaise,  394.  r 

Jahn  (O.),  id.,  394. 

Kastner  (G.),  comme  membre  démérite  de  la  même  So- 
ciété, 394. 

Léonard  (M.  et  Mme),  comme  membres  associés  de  la 
Société  philharmonique  du  Calvados, 346. 

Leroy,  comme  régisseur  de  l'Opéra-Comique,  402. 

Marchand  (E.),  comme  secrétaire  général  du  ministère 
d'Etat,  418. 


10 

Massé  (V.),  comme  chef  de  chant  à  l'Opéra,  37. 

Petipa,  comme  professeur  de  la  classe  de  perfectionne- 
ment de  la  danse  à  l'Opéra,  92. 

Réty  (C),  comme  directeur  du  théâtre  Lyrique,  129, 
145. 

Rubinstein  (A.),  comme  membre  honoraire  de  la  Société 
philharmonique  de  Londres,  190. 

Saxe-Cobnurg-Goiha  (S.  A.  R.  le  duc  de),  comme  membre 
de  la  Société  d'Euterpe  à  Vienne,  230. 

Stockhausen  (J.i,  comme  membre  honoraire  de  la  Lieder- 
tafel  de  Mayence,  285. 

Tilmant,  comme  chef  d'orchestre  de  la  Société  des  con- 
certs, 169. 

Van-Eyken,  comme  membre  de  mérite  de  la  Société  néer- 
landaise, 394. 

Volkmann,  id.,  394. 

Walewski  (S.  Exe.  M.  le  comte),  comme  ministre  d  Etat, 
409. 


Questions    artistiques,    musicales    et 
théâtrales. 

Sur  l'enseignement  populaire  de  la  musique,  art.  de  Fé- 
tis  père,  9,  25,  41,  65. 

Subventions  aux  théâtres  impériaux  et  au  Conservatoire 
de  musique,  21. 

Examen  de  la  situation  nouvellement  faite  aux  théâtres 
des  communes  annexées,  21. 

Lecture  à  l'Académie  des  sciences  d'un  mémoire  de 
M.  Cavaillé-Coll  sur  la.  Détermination  des  dimensions 
des  tuyaux  d'orgues  par  rapport  à  leur  intona- 
tion, 46. 

Observations  de  quelques  musiciens  et  de  quelques  ama- 
teurs sur  là  méthode  de  musique  de  M.  le  docteur 
Chevé,  107,118. 

Traité  passé  entre  la  ville  de  Paris  et  l'entrepreneur  des 
deux  théâtres  de  la  place  du  Châtelët,  145. 

Ouverture  de  l'enquête  pour  la  construction  d'une  nou- 
velle salle  d'Opéra,  153,  181,  204,  386. 

Fondation  du  Cercle,  de  l'union  artistique,  154, 198. 

Enseignement  populaire  de  la  musique  (extrait  de  la 
Revue  contemporaine),  166. 

Polémique  avec  MM.  Emile  Chevé  et  Aimé  Paris,  art. 
signé  S.  D.,  220,  236. 

Commission  nommée  pour  l'examen  de  l'emplacement  de 
l'Opéra,  221,  237,  245. 

Constructions  projetées  des  théâtres  du  Prince  impérial, 
du  Cirque  et  du  théâtre  Lyrique,  222. 

Loi  votée  par  le  Corps  législatif  pour  la  prolongation  des 
breveis  d'A.  Sax,  262. 

Texte  de  cette  loi,  332. 

Circulaire  du  préfet  de  police  relative  au  diapason  nor- 
mal, 410. 

Le  théâtre  de  l'Opéra  replacé  dans  les  attributions  du 
ministre  d'Etat,  418. 

V annexe-piano  de  MM.  Alexandre  père  et  fils  et  le  litho- 
phone  de  M.  Bordas,  418. 

Sur  l'utilité  de  la  création  d'un  institut  spécialement 
destiné  â  l'enseignement  de  la  musique  (extr.  du  Fils 
de  lu  patrie,  journal  russe),  424. 

Augmentation  des  droits  d'auteurs  à  l'Opéra,  433. 


SSeccttes   «les   théâtres,   concerts,    hais  et 
spectacles  de   curiosités. 


Album  des  contemporains,  art.  d'A.  Botte,  3. 

Six  proverbes,  de  Gevaërt,  art.  d'A.  Botte,  4. 

Douleur,  mélodie  ;  le  Vent  d'automne,  mélodie,  par  H. 
Litolff,  art.  signé  Y.,  61, 

O  belle  étoile.  !  ô  doux  regard!  mélodie  par  A.  Reichardt, 
art.  d'A.  Botte,  300. 

Deux  Chœurs  religieux;  deux  morceaux  de  l'Amour, 
par  L.  Lacombe  ;  Répertoire  des  Orphéons  et  des  So- 
ciétés chorales,  art.  d'A.  Botte,  376. 

PIANO. 

Album  de  H.  Litolff,  art.  d'A.  Botte,  4- 

Confidence,  Rimenibranza,  par  A.  L'Hôte,  art.  signé  Y., 
29. 

Publications  nouvelles  de  J.  Blumenthal,  art.  de  G. 
Héquet,  59. 

Deuxième  édition  de  la  Danse  des  Fées,  par  E.  Prudent, 
art.  d'A.  Botte,  70. 

Mosaïque  brillante  sur  le  Pardon  de  Ploérmel,  par  A. 
Kalkbrenner  ;  trois  fantaisies  sur  Maria,  par  F.  Hun- 
ten;  Orphée,  de  Gluck,  par  A.  Vincent;  souvenir  du 
Prophète,  par  P.  Perny,  Echos  des  opéras,  par 
Rummel  ;  Ida,  valse-caprice,  et  Mathilde,  valse-ca- 
price, par  E.  Wolff,  art.  d'A.  Botte,  108. 

le  Trésor  des  pianistes,  par  A.  Farrenc,  art.  de  Fétis 
père,  179. 

Mélodie  irlandaise  de  Marta,  transcrite  pour  piano,  par 
Ponce  de  Léon,  art.  signé  Y.,  252. 

Grand  caprice  sur  les  Huguenots,  par  Magnus,  art.  signé 
S.  D..  253. 


Décembre 

1859, 

30 

Juin 

Janvier 

1860, 

53 

Juillet 

Février 

— 

91 

Août 

Mars 

— 

153 

Septembre 

Avril 

— 

190 

Octobre 

Mai 

— 

222 

Novembre 

ES 

suie  critique. 

CHA 

NT. 

TABLE  ALPHABETIQUE 

Tableau  de  genre  àe  Siép.  Heller,  art.  d'A.  Botte,  283. 
Caprice-valse  sur  le  Pardon  de  ploérmel  ;  transcription 
du  Prophète;l&  Carillon,  par  A.  Jaell.  —Transcrip- 
tion de  l'Air  varié,  de  Vieuxtemps,  par  L.  Brassin.  — 
Fantaisie  dramatique  sur  Stradella,  par  A.  Longue- 
yjlle.  —  Bouquet  de  mélodies  ur  le  Roman  d'Elvire, 
par  J.-C.  Hess.  —  Souvenirs  de  Guillaume  Tell,  par 
A.  Durand.  —  Fantaisie  de  concert  sur  la  Part  du 
Diable,  par  L.-F.-A.  Frelon.  —  Valse-boléro  sur 
Pianella,  par  Musard,  art.  d'A.  Botte,  300. 

Schlller-Marsch,  deMeyerbeer,  arrangée  â  quatre  mains; 
deux  Chansons  polonaises,  par  Éd.  Wolff;  caprice 
brillant  sur  le  Carnaval  de  Venise,  de  Ch.  Voss,  ar- 
rangé à  quatre  mains,  art.  d'A.  Botte,  323. 

Fantaisie  sur  le- Comte  Ory  ;  Caliban,  grande  valse  de 
salon  ;  l'Escarpolette,  morceau  de  salon,  par  R.  Fa- 
varger  ;  la  Prière  d'une  vierge,  arrangée  à  quatre 
mains  ;  Douce  rêverie,  par  T.  Badarzewska  ;  Vivacité, 
galop  de  concert;  Constance,  allegretto;  mon  Para- 
dis, andante,  par  A.  Cunio,  art.  d'A.  Botte,  368. 

Sonate  ;  six  grandes  études,  par  G.  Péronnet,  art.  d'A. 
Botte,  400. 

Fantaisie-caprice  sur  le  Pardon  de  Ploérmel,  par  D. 
Magnus  ;  transcription  variée  du  Pardon  de  Ploérmel, 
par  Ch.  Neustedt;  fantaisie  sur  les  Huguenots  et  sur 
Maria,  par  R.  Favarger,  art.  d'A.  Botte,  424. 

Romance-étude;  Inquiétude;  les  Travestissements; 
une  Chanson  d'autrefois;  au  Bord  de  la  mer,  par 
A.  Méreaux  ;  transcription  du  Souvenir  d'Amérique, 
d'H.  Vieuxtemps,  par  A.  Vincent;  le  Bouquet  de  la 
Fiancée,  par  C.  Jeltsch,  art.  d'A.  Botte,  431. 

Romances  sans  paroles,  de  Mendelssohn,  premier  vo- 
lume du  Répertoire  de  musique  classique  du  piano. 
—  Six  nouvelles  mélodies,  deL.  Lacombe,  art.  d'A. 
Botte,  447. 

COMPOSITIONS  INSTRUMENTALES  DIVERSES. 

Concerto  pour  violoncelle,  par  P.  Seligmann,  art.  d'A. 
Botte,  19. 

Marta,  trio  pour  piano,  violon  et  orgue  ;  Robert  le  Dia- 
ble, grand  duo  caractéristique  pour  piano  et  orgue  ; 
trio  de  Guillaume  Tell,  arrangé  pour  piano,  violon  et 
orgue,  par  F.  Brisson,  art.  signé  Y.,  29. 

Quinzième  grand  solo  pour  la  flûte,  par  Tulou,  art. 
signé  Y.,  253. 

Sixième  petit  air  varié  pour  violon,  par  Ch.  Dancla, 
art.  signé  Y.,  253. 

Fantaisie  de  concert  sur  la  Muette,  par  D.  Alard.  — 
Fantaisie  de  concert  sur  la  Muette;  morceau  de 
salon  sur  le  Pardon  de  Ploérmel  ;  divertissement  sur 
Marta,  par  Ad.  Herman.  —  Six  mélodies  pour  violon 
ou  violoncelle  et  piano,  par  A.  Bessems,  art.  d'A. 
Botte,  342. 

Souvenirs  de  la  Société  des  concerts  du  Conservatoire, 
six  duos  pour  violon  et  piano,  par  Ch.  Dancla,  art. 
d'A.  Botte,  376. 

Le  Roi,  des  Aulnes,  ballade  de  F.  Schubert,  orchestrée 
par  H.  Berlioz,  art.  d'A.  Botte,  400. 

MÉTHODES  ET  OUVRAGES  DE  THÉORIE. 

Méthode  simple  et  facile  pour  apprendre  à  accompa- 
gner le  plain-chant  avec  orgue  à  clavier  transposa 
leur,  par  A.  Bruneau,  art.  d'A.  de  La  Fage,  20. 

Ouvrages  divers  relatifs  à  V accompagnement  du 
plain-chant,  art.  d'A.  de  La  Fage,  211,  252. 

L'Art  de  chanter,  par  H.  Panofka.  (Extr.  de  la  Revue 
contemporaine),  222. 

OUVRAGES  DIVERS. 

Biographie  universelle  des  musiciens,  2e  édition,  par 
F.-J.  Fétis,  art.  de  P.  Smith,  80,186,  259. 

Méhul,  sa  vie  et  ses  œuvres,  par  P.-A.  Vieillard,  art. 
d'A.   de  la  Fage,  128. 

Histoire  du  Conservatoire  impérial  de.  musique  et  de 
déclamation,   par  Lassabathie,  art.   de   Paul   Smith, 

Découverte  des  anciens  vernis  italiens  employés  pour 

les  instruments  à  cordes  et  à  archets,  par  M.-E. 

Maillard,  art.  d'A.  de  La  Fage,  298. 
Sul  nuovo  R.  instituto  dominicale,  di  Firenze,  cenno 

di  A.  Basevi,  art.  d'A.  de  La  Fage,  308. 
Histoire  de  la  Société  des  concerts  du  Conservatoire 

impérial  de  musique,   par  A.    Ebvart,   art.   de  P. 

Smith,  341. 
Paiis    en    lSB0;les    théâtres  de    Paris  depuis   IS06 

jusqu'en  1860,  par  M.  L.  Véron,  art.  de  Paul  Smith, 

389. 


Suppléments. 

(Voyez  à  la  fin  de  la  table.) 

T 

Théâtres  de  BDaris. 

(Pour  les  théâtres   des  départements  et  de  l'étranger, 
voir  à  ces  mots.) 

THÉÂTRES   LÏH1QUES. 

OPÉRA. 

Début  de  Mlle  M.  Brunet  dans  les  Huguenots,  30. 

Mme  C.  Barbot  dans  la  Favorite,  45. 

Début  de  Michot   dans  la  Favorite,  art.  signé  P.  S., 


Première  représentation  de  Pierre  de  Médicis,  opéra  en 
quatre  actes,  musique  du  prince  J.  Poniatowski,  art. 
de  P.  Smith.  85. 
Michot,  dans  Lucie,  de  Lammermoor,  169. 
Accident  arrivé  à  Mme  Ferraris  dans  Pierre  de  Médicis, 

204. 
Représentations  de  Wicart  dans  Guillaume  Tell,  321. 
Strophes  de  M.  Méry,  mises  en  musique  par  M.  J.  Cohen 
à  l'occasion  de  l'annexion  de  Nice  et  de  la  Savoie  à 
la  France,  222. 
Premier  emploi  du  diapason  normal,  229. 
Wicart  dans  les  Huguenots,  245. 
Photographie  des  costumes  de  Pierre  de  Médicis,  245. 
Première  représentation  de  Sémiramis,  opéra  en  quatre 

actes,  musique  de  Rossini,  art.  de  P.  Smith,  249. 
Robert  le  Diable  ;   débuts  de  Mme   Vandenheuvel-Du- 

prez  et  de  Mlle  Marie  Sax,  art.  signé  R.,  273,  284. 
Représentation  gratuite  à  l'occasion  delà  fête  de  S.  M. 
l'Empereur  ;    chant   d'allégresse   de  M.    A.   Maillait, 
293. 
Représentation  extraordinaire  au  bénéfice  des  chrétiens 

d'Orient,  203,  301. 
Mme  Vandenheuvel   dans  les  Huguenots,  301. 
Le  Trouvère,  avec  Michot  et  Mlle  B.  Marchisio,  324. 
Adoption  du  procédé  Carteron,  324. 
Rentrée  de  Mlle  Emma  Livry  dans  la  Sylphide,  345. 
Reprise  du  Prophète  ;  rentrée  de  Mme  Tedesco  dans  le 

rôledeFidès,  art.  signé  P.  S.,  357. 
Rentrée  de  Gueymard  dans  le  Prophète,  401. 
Accident  arrivé  à  Mlle  Baratte,  choryphée  de  la  danse, 

409. 
Première  représentation  du  Papillon,  ballet-pantomime, 

musique  de  J.  Offenbach,  art.  de  P.  smith,  413. 
Exécution  à' Ivan  IV,  cantate  de  M.  Paladilhe,  425. 
Reprise    de  Guillaume   Tell;  Morelli   et  Mlle  Carlotta 
Marchisio,  449. 

OPÉRA-COMIQUE. 

Reprise  aVHaydée,  6. 

Troy  dans  le  Pardon  de  Ploérmel,  art.  signé  P.  S.,  17. 
Rentrée  de  Faure  et  de  Mme  Faure-Lefebvre,  45. 
Première  représentation  du  Roman  d'Elvire,  opéra-co- 
mique en  trois  actes,  musique  d'Amb.  Thomas,  art.  de 
D.  A.  D.  Saint-Yves,  49. 

Reprise  de  Galathée,  avec  Mme  Cabel,  61. 

Début  de  Mlle  Tuai  dans  Fra  Diavolo,  91. 

Renirée  de  Mlle  Monrose  dans  le  Roman  d'Elvire,  après 
une  longue  indisposition,  136. 

Début  de  Mlle  Breschon  dans  le  Chalet,  136. 

Première  représentation  du  Château-Trompette,  opéra- 
comique  en  trois  actes,  musique  de  Gevaert,  art.  de 
D.  A.  D.  Saint- Yves,  157. 

Première  représentation  de  Rita  ou  le  Mari  battu,  opéra- 
comique  en  un  acte,  musique  posthume  de  Donizetti, 
art.  de  D.  A.  D.  Saint-Yves,  173. 

Première  représentation  de  l'Habit  de  Milord,  opéra- 
comique  en  un  acte,  musique  de  M.  P.  Lagarde,  art. 
de  D.  A.  D.  Saint-Yves,  185. 

France  et  Savoie,  cantate  de  M.  Matton,  chantée  â  l'oc- 
casion de  l'annexion,  222. 

Changement  de  direction,  229. 

Représentation  extraordinaire  ayant  pour  but  de  délivrer 
du  service  le  fils  d'un  artiste,  237. 

Changements  dans  le  personnel  de  l'administration,  238. 

Représentations  de  Roger,  245. 

Rentrée  de  Mlle  Dupuy  dans  le  Chercheur  d  esprit, 
245. 

Début  de  Laget  dans  le  Toréador,  253. 

Rentrée  de  Carré  dans  le  Songe  d'une  nuit  d'été;  rentrée 
de  Couderc  dans  l'Avocat  Pathelin;  Roger  et  Mme 
Ugalde  dans  le  Domino  noir,  262. 

Adieux  de  Roger  dans  la  Dame  blanche,  270. 

Reprise  du  Petit  Chaperon-Rouge,  opéra-comique  en 
trois  actes,  musique  de  Boieldieu,  art.  de  D.  A.  D. 
Saint-Yves,  273. 

Représentation  gratuite  à  l'occasion  de.  la  fête  de  b.  ni. 
l'Empereur;  Vive  l'Empereur!  cantate  de  M.  J. 
Cohen,  293. 

Mlle  Monrose  dans  la  Part  du  Diable,  301. 

Première  représentation  du  Docteur  Mirobolan,  opéra- 
comique  en  un  acte,  musique  de  M.  E.  Gautier,  art. 
de  D.  A.  D.  Saint- Yves,  307. 

Reprise  du  Caid,  avec  Mme  Ugalde,  310. 

Rentrée  de  Moutaubry  dans  Fra  Diavolo,  318. 

Reprise  du  Roman  d'Elvire,  324.  . 

Représentation  au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie  ; 
Ma  Tante,  dort;  Mlle  Monrose  dans  le  rôle  de  Dino- 
rah  ;  le  Petit  Chaperon-Rouge,  art.  signé  A.  B., 
329. 

Rentrée  de  Mlle  Marimon  dans  les  Diamants  de  la  Cou- 
ronne, 370.  , 

Reprise  du  Pardon  de  Ploérmel,  art.  signé  P.  b.,  373. 

Représentations  de  Mme  M.  Cabel,  402. 

Première  représentation  de  l'Eventail,  opéra-comique 
en  un  acte,  musique  de  M.  L.  Boulanger  ;  reprise  de 
la  Perruche,  de  M.  Clapisson,  art.  de  D.  A.  D.  Saint- 
Yves,  421. 

Début  de  Mme  Numa  dans  le  Caid,  433,  441. 

Mise  en  pratique  du  diapason  normal,  441. 

Première  représentation  de  Barkouf,  opéra-comique  en 
trois  actes,  musique  de  J.  Offenbach,  art.  de  D.  A.  D. 
Saint-Yves,  445. 

Rentrée  de  Mme  Ugalde  dans  Galathée,  449. 

THÉÂTRE  ITALIEN. 

Reprise  de  I  Purilani,  6.  j,„„„t. 

Première  représentation  de  Marghenta  la  mendicante, 

opéra  en  trois  actes,  musique  de  G.   Braga,  art.  signé 

P,  S.,  11, 


Mlle  Marie  Battu  dans  la  Sonnambula,  art.  signé  P.  S., 
17. 

Premier  concert  de  R.  Wagner  ;  reprise  de  il  Matrimo- 
nio  segreto,  art.  de  P.  Smith,  33. 

Deuxième  concert  de  R.  Wagner,  46. 

Roger  et  Mlle  Marie  Battu  dans  Lucia  di  Lanvmermoor, 
art.  signé  P.  S.,  51. 

Reprise  de  Don  Giovanni,  61. 

Début  de  Roger  dans  la  Traviata,  art.  signé  P.  S.,  77. 

Rentrée  de  Tamberlick  dans  Otello,  art.  signé  P.  S.,  97. 

Reprise  de  il  Crociato  in  Egitto,  musique  de  G.  Meyer- 
beer,  art.  de  P.  S.iiitb,  113. 

Reprise  de  Rigoletto,  136. 

Reprise  de  Poliuto,  153. 

Clôture  de  la  saison,  169. 

Programme  de  la  saison  prochaine,  293. 

Introduction  du  nouveau  diapason,  301. 

Réouverture;  lu.  Sonnambula,  art.  signé  P.  S.,  349. 

Début  de  Pancani  dans  le  Trovatore,  361. 

Début  de  Mlle  Edenska  dans  le  même  opéra  ;  reprise 
à'Emani,  377. 

Reprise  de  il  Malrimonio  segreto,  art.  signé  P.  S.,  384. 

Rentrée  de  Mario  et  de  Ronconi  dans  il  Barbiere,  393. 

Reprise  de  la  Traviala,  402. 

Reprise  de  Marta,  de  Flotow,  art.  signé  R.,  422. 

Reprise  de  Semiramide,  433. 

Concert  de  M.  Wekerlin  ;  les  Poèmes  de  la  mer,  ode- 
symphonie,  art.  de  P.  Smith,  439. 

Reprise  de  IPuritani,  449. 

THÉÂTRE  LYRIQUE. 

Reprise  de  la  Reine  Topaze,  21. 

Première  représentation  de  Ma  tante  dort,  musique  de 
M.  H.  Caspers,  art.  de  L.  Durocher,  34. 

Première  représentation  de  Philémon  et  Baucis,  opéra 
en  trois  actes,  musique  de  Ch.  Gounod,  art.  de  L.  Du- 
rocher, 67 . 

Première  représentation  de  Gil  Blas,  opéra-comique  en 
cinq  actes,  musique  de  T.  Semet,  art.  de  Léon  Du- 
rocher, 114. 

Changement  de  direction,  129. 

Première  représentation  de  Fidelio,  opéra  en  trois  actes, 
musique  de  Beethoven,  art.  de  L.  Durocher,  174. 

Reprise  des  Rosières,  opéra-comique  en  trois  actes,  mu 
sique  d'Hérold;  première  représentation  des  Valets  de 
Gascogne,  opéra-comique  en  un  acte,  musique  d'A 
Dufresne,  art.  de  L.  Durocher,  209. 

France  et  Savoie,  cantate  chantée  à  l'occasion  de  1  an 
nexion,  222. 

Première  représentation  de  Maître  l'aima,  opéra-co 
mique  en  un  acte,  musique  de  Mlle  Rivay,  art.  de  L 
Durocher,  226. 

Clôture,  245.  . 

Représentation  extraordinaire  au  bénéfice  de  M.  Qumchez, 
régisseur,  245. 

Programme  du  théâtre  pour  la  saison  prochaine,  301. 

Réouverture,  310. 

Premières  représentations  de  Crispin  rival  de  son  maî- 
tre, mis  en  musique  par  M.  Sellenick.  et  de  l'Auberge 
des  Ârdennes,  opéra-bouffon  en  un  acte,  musique  de 
M.  A.  Hignard;  reprise  des  Dragons  de  Villars,  art. 
de  L.  Durocher,  315. 

Différend  survenu  entre  MM.  Réty  et  Reyer,  337. 

Début  de  Mlle  Gilliess  dans  les  Dragons  de  Villars,  362. 

Première  représentation  (a  ce  théâtre)  du  Val  d'Andorre, 
opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de  M.  F.  Ha- 
lévy,  art.  de  L.  Durocher,  365. 

Reprise  d'Orphée,  393. 

Représentation  extraordinaire  au  bénéfice  d'Emile  Taigny, 
393. 

Première  représentation  des  Pêcheurs  de  Cutané,  opéra- 
comique  en  trois  actes,  musique  de  M.  A.  Maillart, 
art.  de  L.  Durocher,  437. 

REVUE  DES  THEATRES. 

Par  D.  A.  D.  Saint-Yves. 

Bilan  dramatique  de  l'année  1859,  12. 

Les  a-propos  et  les  cantates  du  14  juin,  228. 

La  semaine  des  revues,  448. 

THÉÂTRE-FRANÇAIS. 

Le  Quinze  janvier,  à-propos  en  un  acte,  par  M.  H.  de 
Bornier  ;  le  Malade  imaginaire  et  ses  trois  intermèdes, 
36. 

Le  Feu  au  couvent,  comédie  en  un  acte,  de  M.  T.  Bar- 
rière, 119. 

Reprise  de  l'Aventurière,  comédie  de  M.  E.  Augier,  152. 

Représentation  au  bénéfice  d'une  petite-fille  de  Racine  ; 
Mme  Ristori  et  la  Fedra;  stances  de  M.  Legouvé  ; 
Hommage  à  Racine,  par  M.  A.  Rolland,  180. 

Les  deux  Veuves,  comédie  en  un  acte,  par  M.  Mallefille, 
196. 

Début  d'Ariste  dans  VEcole  des  Maris  ;  reprise  du  Cœur 
et  la  Dot,  de  M.  Mallefille,  244. 

L'Africain,  comédie  en  quatre  actes,  par  M.  Charles  Ed- 
mond, 292. 

Débuts  de  Guicbard  clans  Britannicus  et  dans  Horace  et 
Lydie  ;  débuts  de  Mlle  Ponsin  dans  l'Ecole  des  Vieil- 
lards, 317. 

Continuation  des  débuts  de  Guichard  et  de  Mlle  Ponsin, 
336. 

Reprise  des  Jeunes  Gens,  de  M.  L.  Laya,  352. 

Reprise  de  l'Ecole  des  Vieillards,   369. 

La  Considération,  comédie  en  quatre  actes  et  en  vers, 
par  M.  C.  Doucet,  401. 


DES  MATIERES. 

ODÉON'. 

Les  Equipées  de  Stenio,  comédie  en  trois  actes,  de  M.  P . 

Juillerat,  12. 
La  Fête  de  Molière,   à  -propos    en    un  acte,  par  M.  A. 

Martin,  36. 
Le  Parvenu,  comédie    en  cinq   actes   et  en    vers,    par 

M.  A.  Rolland,  99. 
Daniel  Lambert,  drame  en    cinq  actes,  par  M.   C.  de 

Courcy,  152. 
Débuts  de  Mlle  Olga  dans    Cinna;    les  Profits  du  ja- 
loux, comédie  en  un  acte,  par  M.  de  Léris,  180. 
Une  Veuve  inconsolable,  comédie  en  trois  actes  et  en 

vers,  par  M.  0.  Perrucbot,  166. 
Fermeture,  211. 
Réouverture,  le  Parasite,  comédie  en  un  acte  et  en  vers, 

par  M.  E.  Pailleron  ;  les  Mariages  d'amour,  comédie 

en  cinq  actes  et  en  prose,  par  M.  E.  Dubreuil,  317. 
Débuts  de  Mlle  Karoly  et  de  M.  Dubarry,  336. 
Les  Vertueux  de  province,  comédie  en  trois  actes  et  en 

vers,  par  M.  Galoppe  d'Onq'uaire,  352. 
Continuation  des  débuts  de  Mlle  Karoly  dans  Androma- 

que,  369. 
La  Vengeance  du  mari,  drame  en  trois  actes,  de  M.  A. 

Bélot,  392. 
L'Epreuve  après    la  lettre,  comédie    en  un  acte,    par 

MM.  Delaunay  et  Rasetti,  416. 
L'Oncle  million,  comédie  en  cinq  actes  et  en   vers,  par 

M.  L.  Bouilhet,  432. 

GYMNASE. 

Reprise  du  Bal  d'enfants,  72. 

Le  Cheveu  blanc,  proverbe  de  M.  0.  Feuillet  ;  une  Voix 
du  ciel,  comédie  de  MM.  Fournier  et  Meyer;  le  Para- 
tonnerre, comédie-vaudeville  en  deux  actes,  par 
MM.  Dupeuty  et  Gabriel;  les  Deux  timides,  vaude- 
ville de  MM.  Marc  Michel  et  Labiche,  119. 

Jeanne  qui  pleure  et  Jeanne  qui  rit,  comédie  en  quatre 
actes,  de  MM.  Dumanoir  et  de  Kéraniou,  144. 

Rentrée  de  Lafontaine  dans  une  Femme  qui  trompe  son 
mari,  et  dans  Je  dîne  chez  ma  mère,  180. 

Les  Pattes  de  mouche,  comédie  en  trois  actes,  par  M.  V . 
Sardou,  196. 

Reprise  des  F aux  Bons-hommes,  269. 

La  Folle  du  logis,  comédie  en  quatre  actes,  par  M.  La- 
tour  Saint-Ybars  ;  reprise  de  Sijeunesse  savait,  vaude- 
ville de  M.  Mélesville,  317. 

Le  Voyage  de  M.  Perrichon,  comédie  en  quatre  actes, 
par  MM.  E.  Labiche  et  E.  Martin,  336. 

Représentation  extraordinaire,  dans  laquelle  s'est  fait  en- 
tendre D.  Magnus,  378. 

Le  capitaine  Bitterlin,  comédie  en  un  acte,  de  MM.  E. 
About  et  deNajac;  un  Tyran  en  sabots,  comédie  en 
un  acte,  de  Mil.  Dumanoir  et  Lafargue,  392. 

Reprise  delà  Dame  aux  camélias,  416. 

VAUDEVILLE. 

La  Pénélope  normande,  pièce  en  cinq  actes,  par  M.  A. 

Karr,  36. 
Reprises  des  Mémoires  du   Diable,  et  de   On  demande 

un  gouverneur,  72. 
Reprises  de  la  Mardtre  et  de  la  Dame  aux  camélias,  99. 
La  Tentation,  pièce  en  cinq  actes  et  six  tableaux,  par 

M.  0.  Feuillet,  119. 
L'Envers  d'une  conspiration,  comédie  en  cinq  actes,  par 

Alexandre  Dumas,  211. 
La  Femme  doit  suivre  son  mari,  comédie  de  M.  Dela- 

cour;  Toute  seule,  vaudeville   de  MM.  E.  Plouvier  et 

J.  Adenis;  le  Trésor  de  Biaise,  comédie  de  M.  ***, 

244. 
Reprise  de  la  Vie  de  Bohême  et  de  la  Tentation,  269. 
Ce  qui  pla.lt  aux  femmes,  pièce  en  trois  actes,  par  Pon- 

sard. 
Reprise  des  Mères  repenties,  drame  de  M.   Mallefille, 

317. 
Une  tasse  de  thé,  comédie  en  un  acte,  par  MM.  Nuitter 

et  Derley  ;  reprise  de  Dalila,  352. 
Rédemption,  pièce  en  cinq  actes,  par  M.  O.  Feuillet,  385. 
Les  Mitaines  de  l'ami   Poulet,  comédie  en  deux  actes, 

de  MM.  Cormon  et  Carré,  416. 

VARIÉTÉS. 

Une  femme  aux  cornichons,  vaudeville  de  MM.  Sirau- 
din  et  Delacour;  Quel  drôle  de  monde,  vaudeville  de 
MM.  Clairville  etE.  Moreau;  les  Portiers,  vaudeville 
deMM.Brisebarre  et  E.  Nus;  la  Grande  marée,  vau- 
deville'en  deux  actes,  de  MM.  Th.  Cogniard  et  Clair- 
ville,  119. 

Les  Amours  de  Cléopdtre,  vaudeville  en  trois  actes, 
par  MM.  Marc  Michel  et  Delacour,  144. 

Sourd  comme  un  pat,  vaudeville  de  MM.  Dupin  et 
H.  Leroux,  166. 

La  Fille  du  Diable,  vaudeville  fantastique  en  huit  ta- 
bleaux, par  MM.  Clairville,  Siraudin  et  L.  Thiboust, 
228. 

Une  Chasse  à  Saint-Germain,  vaudeville  en  deux  ac- 
tes, par  MM.  R.  Deslandes  et  Moreau;  Joseph  Prud- 
homme,  chef  de  brigands,  vaudeville  en  trois  actes, 
par  H.  Monnier;  reprises  de  Madame  et  Monsieur 
Pinchon  et  d'une  Fille  terrible,  336.   • 

Ce  qui  plaît  aux  hommes,  pièce  en  un  acte  de  M.  H. 
Meilhac;  Un  troupier  qui  suit  les  bonnes,  vaudeville 
en  trois  actes,  par  MM.  Clairville,  P.  Mercier  et 
Morand,  369. 

Le  Guide  de  l'étranger  dans  Paris,  vaudeville  en  trois 
actes,  de  MM.  E.  Grange  etL.  Thiboust,  392. 

Oh!  là,  là,  que  c'est  bête  tout  çà  1  revue  de  1860,  en 
vingt-deux  tableaux,  par  MM.  Th.  Cogniard  et  Clair- 
ville,  448. 


PALAIS-ROYAL. 

VOmeletledu  Niagara,  revue-vaudeville  en  trois  actes, 
par  MM.  Dormeuil  père  et  L.  Thiboust,  12. 

Jeune  de  cœur,  vaudeville  de  MM.  E.  Martinet  deNajac; 
J'invite  (e  colonel,  vaudeville  de  MM.  Marc  Michel  et 
E,,  Labiche,  36. 

Je  suis  mon  fils,  vaudeville  de  MM.  Varin  et  Roche- 
fort;  la  Pénélope  à  la  mode  de  Caen,  parodie  de 
MM.  Siraudin  et  L.  Thiboust,  72. 

Si  Pontoise  le  savait,  vaudeville  de  MM.  Adenis  et 
Tourte,  99. 

La  Sensitive,  vaudeville  en  trois  actes,  par  MM.  Labi- 
che et  Delacour,  119. 

Un  Bal  sur  la  tête,  vaudeville  de  MM.  Siraudin  et  V. 
Bernard,  144 . 

Les  Jours  gras  de  Madame,  vaudeville  de  MM.  Nuit- 
ter et  Derley,  180. 

Le  Pantalon  de  Xessus,  vaudeville  de  MM.  A.  Mon- 
nier et  E.  Martin,  196. 

Les  trois  fils  de  Cadet-Roussel,  vaudeville  en  trois 
actes,  par  MM.  Varin,  Laurencin  et  Kichel  Dela- 
porte,  211. 

Le  Capitaine  Georgetle,  vaudeville  de  MM.  Siraudin, 
Delacour  et  J.  Harmant,  244. 

Les  Mémoires  de  Mimi  Bamboche,  vaudeville  en  cinq 
actes,parMM.  E.  GrangeretL.  Thiboust ;Fou-yo-po, 
vaudeville  de  MM.  Delacour  et  A.  Choler,  269. 

Un  Jeune  homme  en  location,  vaudeville  de  MM.  H. 
Lefebvre  et  Dubruel,  336. 

La  Famille  de  l'horloger,  vaudeville  de  MM.  Labiche 
et  R.  Deslandes  ;  un  Gros  mot,  vaudeville  de  MM.  La- 
biche et  Dumoustier,  352. 

Réduction  de  rédemption,  parodie  de  MM.  E.  Grange 
et  L.  Thiboust,  392. 

J'ai  perdu  mon  Eurydice,  vaudeville  de  MM.  Marc  Mi- 
chel et  A.  Choler;  le  Passage  Radzivill,  vaudeville  en 
trois  actes,  de  MM.  E.  Grange,  Siraudin  et  L.  Thi- 
boust; le  Serment  d'Horace,  comédie  de  M.  H. 
Murger;  le  Passé  de  SSichette,  vaudeville  de  M.  L. 
Thiboust,  416. 

PORTE-SAINT-  MARTIN . 

Le  Roi  des  lies,  drame  en  cinq  actes  et  huit  tableaux, 
par  MM.  E.  Rollin  et  Wœstyn,  152. 

Reprise  de  la  Closcrie  des  Genêts,  180. 

Le  Gentilhomme  de  la  montagne,  drame  en  cinq  actes  et 
huit  tableaux,  par  Alexandre  Dumas,  228. 

Reprise  des  Étudiants,  269. 

Le  Pied  de  Mouton,  féerie-ballet  en  vingt  et  un  ta- 
bleaux, par  MM.  H.  Cogniard  et  H.  Crémieux,  336. 

La  70*  représentation  du  Pied  de  mouton,  416. 

AMBIGU. 

Le  Marchand  de  coco,  drame  en  cinq  actes,  par 
MM.Dennery  et  F.  Dugué,  12. 

Le  Compère  Guillery,  drame  en  neuf  tableaux,  par 
M.  V.  Séjour,  99. 

La  Sirène  de  Paris,  drame  en  cinq  actes,  par  MM.  E. 
Grange  et  X.   de  Montépin,lSO. 

Reprise  de  l'Ecole  des  jeunes  filles,  drame  de  Mme  Mé- 
lanie-Waldor,  196. 

Reprise  du  Juif  Errant,  228. 

La  Maison  du  pont  Notre-Dame,  drame  en  six  ta- 
bleaux, par  MM    Barrière  et  H.  de  Kock,  352. 

La  Dame  de  Monsoreau,  drame  en  dix  tableaux,  par 
MM.  A.  Dumas  et  A.  Maquet,  416. 

GAITÉ. 

Le  Prêteur  sur  gages,  drame  en  cinq  actes  et  huit  ta- 
bleaux, par  MM-  Anicet  Bourgeois  et  Michel  Mas- 
son,  72. 

Les  Aventuriers,  drame  en  cinq  actes,  avec  prologue,  par 
M.  V.  Séjour,  152. 

Une  Pécheresse,  drame  en  cinq  actes,  par  Mme  Ré- 
gnault  de  Prébois  et  M.  Th.  Barrière,  211. 

La  Petite  Pologne,  drame  en  cinq  actes,  par  MM.  L. 
Thibouêt  etE.  Blum,  244. 

Reprise  du  Fils  du  Diable,  drame  de  MM.  P.  Féval  et 
Saint-Yves,  317. 

L'Escamoteur,  drame  en  cinq  actes,  par  MM.  Dcnnery  et 
Brésil,  369. 

CIRQUE  IMPÉRIAL. 

L'Histoire  d'un  drapeau,  drame  en  douze  tableaux,  par 

M.  Dennery,  36. 
Le  Cheval  fantôme,  drame  en  dix  tableaux,  par  MM.  A. 

Bourgeois  et  F.  Dugué,  ISO. 
Reprise  d'Héloiseet  Alieilard,  211. 
Le  Bataillon  de  la  Moselle,  drame  en  treize  tableaux, 

par  MM.  Monnier  et  Martin,  244. 
Reprise  de  la  Poule  aux  œufs  d'or,  292. 

THÉÂTRES,  CONCERTS  ET  BALS  DIVERS. 

THÉÂTRE  VENTADOUR. 

(Troupe  italienne). 

Mme  Ristori  dans  Elisabetta,   regina  d'Inghilterra,  et 

dans  Maria  Stuarda,  196. 
Les  adieux  de  Mme  Ristori,  211 . 

BOUFFES-PARISIENS. 

Le  Carnaval  des  Revues,  opérette  en  deux  actes  et  neuf 
tableaux,  musique  d'Offenbach,  art.  signé   P.  S>.  SI. 


12 

Daphnis  et  Chloé,  opérette  en  un  acte,  musique   d'Of- 

fenback  ;  C'était  moi!  opérette  en  un  acte,  musique  de 

M.  Debillemont,  art.  signé  D.,  116. 
Le  petit  Cousin,  opérette  en  un  acte,  musique  du  comte 

Gabrielli,  art.  signé  R.,  151. 
Le  sou  de  Lise,    opérette  en  un  acte,  musique  de  Mme 

C.   Blangy,  art  signé  R.,  176. 
Titus  et  Bérénice,  opérette  en  un  acte,  musique  de  L. 

Gastinel,  art.  signé  A.  B.,  186. 
Adjudication  du  théâtre  à  l'audience  des  criées,  238. 
Réouverture  par  Orphée  aux  en/ers,  318. 
Reprise  du  Sou  de  Lise,  370. 
L'Hôtel  de  la  Poste,  opérette  en  un  acte,  musique  de 

M.  A.  Dufresne,  399. 

THEATRE  DÉJAZET. 

Fanchelte,  opéra-comique  en  un  acte,  musique  et  paroles 

d'Eug.  Déjazet,  art.  signé  D.,  59. 
P'tit  fi,  p'tit  mignon,  vaudeville  de  MM.  Gabriel  et  Du- 

peuty;  le  Carnaval  de  Gavarni,  vaudeville   en  trois 

actes  et  cinq  tableaux,  de  MM.  Guénée  et  Previllé,  72. 
L'Ile  de    Sol-si-ré,  opérette,    musique  de  M.  Ruitter, 

100. 
Vne  bonne  pour  tout  faire,  vaudeville    de  MM.  Adenis 

et    Rostaiug  ;    ta   Marée  démontante,    à-propos    de 

M.  Guénée,  119. 
Reprise,  à  ce  théâtre,  du  Marquis  de  Lauzun,  136. 
Pianella,  opérette  en  un  acte,  musique  de  M.  deFlotow, 

art.  d'A.  Botte,  176. 
L' Enlèvement  des  Sobins,  vaudeville  en  deux  actes  par 

M.    H.    Lefebvre;   la  Famille  Robinet,  vaudeville  de 

MM.  Latouche  et  Peupin;  Monsieur  Garât,  vaudeville 

en  deux  actes  par  M.  V.  Sardou,  180. 
Interruption  de  Pianella  par  suite  d'un   accident  arrivé 

à  Halbleid,  190. 
Racine  vit  encore,  vaudeville  de  M.  Carmouche  ;  Mlle  C. 

Mendez  et  les  danses  espagnoles,  196. 
Le  jeune  homme  au  riflard,  vaudeville  de  MM.  Varin 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

et  Cadot;  la  Traite  d'un  nègre  blanc,  pochade  en 
deux  tableaux,  par  M.  Guénée;  reprise  de  Pianella. 
211. 

France  et  Savoie,  cantate  de  M.  F.  Barbier,  chantée  à 
l'occasion  de  l'annexion,  222. 

Réouverture  :  Matelot  et  Fantassin,  vaudeville,  325. 

As-tu  déjeuné,  Jacquot  1  opérette  en  un  acte,  musique 
de  M.  Debillemont,  402. 

Reprise  des  Premières  armesde  Richelieu,  416. 

Le  Doigt  dans  l'œil,  revue  en  20  tableaux,  par  MM.  C.  Po- 
tier et  Dunan-Mousseux,  448. 

THÉÂTRES  DIVERS. 

Revues  des  Folies-Dramatiques,  des  Délassements-Comi- 
ques, du  Théâtre  Déjazet  et  du  Théâtre  dd  Luxem- 
bourg, 12. 

Ouverture  du  Cirque  de  I'Impératrice  et  de  I'Hippodro- 
me;  Léotard  et  Leone  Stare,  196. 

Réouverture  du  Cirque  Napoléon,  369. 

Intermède  musical  par  M.  Krathy-Baschick,  sur  l'harino- 
nicor  ,  au  Cirque  Napoléon,  418. 

Folies-Dramatiques.  —  //  pleut ,  il  pleut ,  bergère,Tevue 
en  vingt  tableaux,  par  M.  H.  Thiéry.— Réouverture  et 
revue  des  Délassements-Comiques,  418. 

BALS,  CONCERTS  ET  SPECTACLES. 

Bals  masqués  de  l'Opéra,  54,  450. 

Bal  annuel  de  l'Opéra  au  bénéfice  delà  caisse  des  pensions 
de  retraite  des  artistes  et  des  employés,  433. 

Casino  de  la  rue  Cadet,  7,22,146.  —  Clôture,  \170.  — 
Réouverture,  326.  —  Soirée  d'inauguration,  362.  — 
378,  450. 

Concerts  de  Paris,  aux  Champs-Elysées,  170.  —  Réouver- 
ture, art.  signé  S.  D.,  178. —  Exécution  de  la  Polonaise 
de  Struensée,  198.  —  H.  Wuille,  210,230,246,262, 
— Ouverture  d'Olgmpie,  de  Spontini,  270.  —  278,  286, 
295.  —  Ouverture  du  Roman  d'Elvire,  302,  —  310.— 


Soirée  au  bénéfice   des    chrétiens   de  Syrie,    318.    — 

319. 
Emploi  de  l'harmoniflûte  dans  un  concert  du  Chalet  des 

Iles,  au  bois  de  Boulogne,  394. 
Ouverture  du  panorama  de  la  Prise   de  Malakoff,  aux 

Champs-Elysées,  286,  402. 


Variétés. 

Revue  de  l'année  1859,  art.  de  P.  Smith,  1. 

La  maison  où  est  né  Grétry,  art.  deJ.-B.  Rongé,  5. 

Le  Calliope,  nouvel  instrument  de  musique  (extr.  de 
l'Indicateur  populaire),  6. 

Nouveau  pédalier  de  A.  Wolff,  62. 

Généreuse  action  de  Mme  veuve  Brochant  de  Villiers,  62 . 

Quelques  mots  à  M.  Scudo,  152. 

A  propos  des  Dragons  de  Villars,  d'A.  Maillart.  (Extr. 
du  Figaro),  188. 

Beethoven  chef  d'orchestre,  par  L.  Spohr,  250. 

Des  carillons  et  cloches  {nouvelles  recherches),  art.  d'A. 
de  La  Fage,  257,  265,  281. 

Un  virtuose  de  Melbourne,  art.  de  J.  Duesberg,  260. 

Piron  et  Rameau,  art.  d'A.  de  La  Fage,  292. 

Découverte  d'un  instrument  naturel  nommé  lilhophone, 
par  M.  Bordas,  294. 

Un  opéra  inédit  de  Gluck,  art.  de  O.  Lindner,  30S. 

A  propos  d'un  opéra  deBortniansky  (extr.  de  l'Indépen- 
dance belge),  325. 

Un  opéra  inédit  de  Mozart,  art.  de  K.  Gollmick,  360. 

Le  premier  éditeur  de  musique  en  France,  400. 

Premier  voyage  artistique  de  Spohr  (extr.  de  son  auto- 
biographie), art.  de  J.  Duesberg,  406,  429. 

Paganini  et  Paer,  408. 

A  propos  de  la  collection  de  musique,  de  livres  et  d'ins- 
truments de  J.  Terby,  de  Louvain,  409. 

Découverte  d'un  nouvel  instrument  nommé  le  clavier 
déliateur,tik2. 


MORCEAUX  DE  MUSIQUE  DONNES  COMME  SUPPLÉMENTS  DANS  LE  COURANT  DE  L'ANNÉE  1860. 


Avec  le  n°  1  (en  primes),  scène  et  canzonetta  du  Pardon 
de  Ploérmel,  par  G.  Meyerbeer. 
Album  Litolff. 

La  partition  de  Maria,  de  F.  de  Flotow, 
arrangée  pour  piano  seul. 


Avec  le  n°  9,  le  Rouet,  lied  de  F.  de  Hartog. 
Avec  le  n°  16,  le  Caril'on,  morceau  de  salon,  par  A.  Jaëll. 
Avec  le  n°  27,  la  valse-boléro  de  Pianella,  par  Musard. 
Avec  le  n°  33,  O  belle  étoile!  6  doux  regard!  romance 
d'A.  Reicliardt. 


Avec  le  n°  39,  la  Fileuse,  romance  saDS  paroles  de  Men- 

delssohn-Bartholdy. 
Avec  le  n°  46,  l'Abeille,  nouvelle  mélodie  de  Léo  Marnet. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  NOMS. 


Abadie  (L.),  3.  «0,  434,  442. 

Abbadia  (Mme),  102. 

Abdul-Medjid  (S. M.  leSultan),  207. 

Abert,  7. 

About  (E.),  393. 

Abraham,  203. 

Abrit  (Mme),  7, 162. 

Accursi,  154,  310,  331. 

Achard,  61,  74,  450. 

Achenbach,  325. 

Ackens,  385. 

Acs  (Mlle),  38. 

Adam  (A.),  46,  120,  126, 160,  206, 

219,  236,  237,  259,  331,  333,  334, 

363,  371,  376,  414,  418,  442,  447. 
Adam  (instrument),  70, 120. 
Adam  (du  Conservatoire),  276. 
Adami.  319. 
Ader  (J.),  3. 
Adler  (V.l,  81,  98, 137. 
Agen  (S.  G.  l'éveque  d'),  410. 
Agnelli,  15,  122. 
Agresti  (A.),  277. 
Agricola  (A.),  345. 
Agrone  (Mlle),  247. 
Aguado  (les  comtes  01.  et  On.),  167. 
Ahna  (Mlle  de),  82. 
Aiblinger,  93. 
Alard  (D.),  21,  28,  44,  59,  61,  70, 

87,  93,  116,  117,  120,  126,  142, 

145, 146, 166,  262,  278,  285,  319, 

343,  408,  449. 
Alary  (G.),  142,  370. 
Albano  (G.  d'),  73. 
Albéric  (le  moine),  22S. 
Albert  (  S.  A.  R.  le  prince  ),  238, 

254,  325. 
Albert  (E.),  270,  325,  410.  418,  449, 
Albertini  (Mme),  47. 
Albiga  (J.),  435. 
Alboni  (Mme),  32,  61,   109,  114, 

117, 136, 154, 169, 198,  20b,  214, 

238,  254,  263,  270,  277,  295,  310, 

353,  361,  370,  384,  386,  406,  409, 

422,425,433,441,449. 
Albrech  (Mlle),  119. 
Alday,  162,  394. 
Aldighieri,  170,  206. 
Alenis,  299. 
Alessandrini  (L.),  319. 
Alexandre  père  et  fils,  31, 182,  41S, 
Alexandre  (de  la  Gaité),  120. 
Alexandrine  (Mlle),  362. 
Alkan  (C.-V.),  150. 
Allard(C),  101,346. 
Allegri,  23,155. 
Allouard,  258. 

Alphonsine  (Mlle),  145,  393,  448. 
Altès(E.),  58,  160. 
Altès  (Mme  Ribault-),  36,  205,331. 
Alwens,  302. 
Amat  (L.),  39,  228. 
Amberger,  230. 
Ambroise,  2,  386,  393,  422. 
Amodio,  170,  347. 
Amossova  (Mme),  72. 
Ampère,  228. 
Anatole  (Mme),  198. 
Ancessy  aîné,  203. 
Anda,  299. 

Ander,  15,  32,  S3,  295,  311,  450. 
André  (A.  et  J.),  331,  361. 
André  (MlleJ.),  166,  178. 
Angelbert,  228. 
Angelini,  6,  109,  270,  345,  349, 

353,  370,  449. 
Angles  (d'),  338 
Angles  de  Fortuni  (Mme),  3. 
Angri  (Mme  d'),  147. 
Anschùtz,  47,310. 
Anspacher  (Mlle),  258. 
Anthiome,  154, 
Antonucci,  103,  277. 
Antor,  326. 
Apollinaire  (S.),  227. 
Apte,  402. 
Arban,  2,    7,  22,    109,    121,  137, 

146, 170,  214,  239,  276,  324,  320. 

346,362,  378,403,426,450. 
Arboville  (Mlle  d'),  147. 
Archaimbaud,  29,  310,  441. 
Ardavani,  47. 
Arienzo  (N.  d'),  231. 
Ariste,  244. 
Armand  (Mlle),  3. 
Armandi,  63,  74,  92,  102. 
Armingaud  (J.),  6,  22,  29,  38,  54. 

58,  70,  73,  89,  92,  99,  126,  142. 
150,  310,  434,  440. 
Arnal,  37,  393. 
Arnaud  (E.),  46,  191. 
Arnaut,  154. 
Arnold,  394. 
Arnold  (Mme),  254- 


Arnould,  258. 

Arnstein,  63,230,  318. 

Artaria,  371. 

Artot  (Mlle),  23,  39,  55,  102,  138, 

155,  183,  286,  371,  378,  387,  411, 

442. 
Artus  (Al.  et  Am.),  120,  270,346. 
Ascher  (J.),  117,  294. 
Atella,  202. 

Aubel  (d'),  117,  150,166. 
Auber,  30,32,  72,  74,  81,  93,  99. 

103,  108,150,152,153,167,179, 

191,214,231,254,271,  276,293. 

303,  315,318,319,325,  333,343, 

355,  387,  393,  402,  409,  416,  417, 

424,  441,  449. 
Auberlen,  367. 
Aubéry,  267. 
Aubry,  121. 
Aucher,  410. 
Audibert  (Mlle),  110. 
Audinot  (Mlle),  313. 
Audran,  47,  371,  380,  403. 
Audran  (E.),  277. 
Auer,  311. 

Auffant(Mme  L.),  213. 
Augier  (E.),  47,152,  154,  317. 
Auguin  (Mlle),  147. 
Aususta  (Mlle),  121. 
Aujac,  7,  15,  93,  222,    319,    346, 

354,363,450. 
Aulnaye  (de  F),  26. 
Aumont  (le  duc  d'),  194. 
Auriac  (E.  d'),  243. 
Auroux,  160. 
Autran  (J.),  409,  43'). 
Autriche   (S.    M.   l'empereur   d'), 

435. 
Auvray,  409. 
Avette,  426. 

Aynssa  (Mlle  de),  93,  378. 
Azzolino  (le marquis  P.),  278,  308. 


Babaud,  267. 

Bacciochi  (le  comte),  109,  433. 

Bach  (J.-S.),  4,  23,  44,  58,  70,  79, 

89,  91,  107,  118,  125,  138,  146, 

150,155,206,214,  222,223,311, 

387,442. 
Bach  (E.)   171. 
Bâche,  101. 
Bachmann,  387. 
Badarzewska  (T.),  170,  278,  354, 

368,  394. 
Bade  (LL.  AA.  le  grand-duc  et  la 

grande-duchesse  de),  239. 
Badia  (Mme),  31. 
Badiali.  34,61,  78,  117,  169,  270, 

384,  406,  455,  433. 
Badnelly  (J.-B.j,  3. 
Bagdanoff  (Mlle),  53, 171, 191. 
Baillot,  62,  93,  259,  40S. 
Bailly,  21,  160,166. 
Bailly-Labat  (Mme),  198. 
Balanqué,   15,  46,    69,  141,    151, 

166,245,  284,  316,  439. 
Balbàtre,  194. 
Balbi  (Mlle),  31,46,  77,  266,  267, 

283,  414,  440. 
Balfe  (M.-G.),  260,  330,   363,  395, 

419,435. 
Balfe  (Mlle  V.),  23,  39,  47,  53,  80, 

138,  145. 
Baltard,  146. 
Banderali,  344. 
Baneux,  358. 
Baragli,  395,  411. 
Baratte  (Mlle),  409. 
Barbier  (J.),  45,  67,  80,  114,  174, 

175,  284,  204,315,324,337,410, 

417,  421,  422,  441. 
Barbier  (A.),  120. 
Barbier  (F.),  222,  294.  325. 
Barbot  (P.),  46,  106,  120,  125,  253, 

285,  295,411. 
Barbot  (Mme  C.),  45,  73,  77,  106, 

145,  178,  181,204,245,253,  284, 

285,301,309,386,395. 
Barbot  (M.  et  Mme  A.),  32,  63,  356, 

384,  403. 
Baretty  (Mlle),  52,  125,  141,  143, 

178,  250,  266,  207,  275,  283,  310, 

353,  362, 393, 425, 437, 439. 
Barnard  (Mlle),  267. 
Barnbeck,  82. 
Baroche,  120. 
Barrault  (Mlle),  410. 
Barré,  32,  47,  93. 
Barriellc,  100,  100,  145,  161,174, 

189,  274,  310,  324, 329, 374, 393. 
Barrière  (A.),  319. 
Barrière  (J.),  23,  319. 
Barrière  (T.),  119,  212,  209,  337. 
Barrit  (G. -II.),  370. 


Barroilhet(P.),  344- 

Barthe,  98. 

Barthel  (Mlle),  21. 

Barthélémy,  160,  318. 
Bartholoméus.  63. 

Bartholoni,  204. 

Bartholini  (O.),  15. 

Basevi  (A.),  308. 

Basile,  434. 

Bassano  (Mme  la  duchesse  de),  286. 

Basset  (A.),  173. 

Basseux,  150. 

Bataille,  99,  338,  363,  387,  450. 

Batiste  (E.),  46,  86,  118,  145,166. 
219,  230,  236,  302,  318,  346,  354, 
3*0,394,  402,406,  410,434,440. 

Batta  (A.),  70,  79,  88,  101,  106, 
143,238,346,  371. 

Batta  (Mme  C),  62,  79,  106,  143, 
166. 

Battaille,  45,  69,  74,  78,  98,  120, 
175,  100,  191,  26i,  337,  366. 

Battmann  (J.),  294. 

Battu,  293,  358. 

BattujMlle  M.),  14, 17, 21,45, 51, 61, 
97,  117,  120,  136,  151,  152,  169, 
182,  246,  270, 271,  318,  325,  345, 
349,  351,  370,  384,  3S6,  393,  409. 
417,  422,425,441. 

Baucardé,  47. 

Baudriller  (Mlle),  101. 

Baumann  fils,  449. 

Baumetz  (Mlle  M.),  53,  370. 

Baumgartner  (W.),  418. 

Baur  (J.),  22,31,  73,79,110,160. 

Bautain,  6,  258. 

Baute,  258. 

Baveri,  S0,  432. 

Bavière  (LL.  MM.  le  roi  et  la  reine 
de),  21,  163,  215,  287. 

Baze  lies  sœurs),  63. 

Bazin  (F.),  81,  167,  195,  198,  270, 
276. 

Bazzini,  23,  38,  39,  222,  230,  244, 
262,  263,  294,  326,  338,  346,  441, 

Bazzoli,  231. 

Beale  (W.),  31,  81,  302,  339,  418, 
449. 

Beaslas,  276. 

Beau  (Ml)eJ.),  109,  116,136. 

Beaubœuf,  109,  132,  133, 134, 135 
136. 

Beaudoin  (Mlle),  399. 

Beaulieu  (M.),  145,  161,  166,  177, 
190,  191,  391,392,  410. 

Beaulieu  (Mme  C.),  146,  150. 

Beaumont  (A.),  229,  237,  238  262. 
270,  273,  277,235,293,324,329, 
337,345,377,  393,  441,  447. 

Beaumont  (E.  de),  6. 

Beautran,  191. 

Beauvallet,  152,  244. 

Bêcher,  160. 

Beck  (C.),  206;  255,  339,  387,  450. 

Becker  (J.),  3,  31.  32,  38,  46,  52, 
101,145  219,261,262,287,347, 
418,426. 

Beckers  (M.  et  Mme),  74, 170. 

Becquié  rie  Peyreville    182. 

Béer  (J.),  21. 

Béer  (M.),  57. 

Beethoven,  15,  28,  29,  30,  35,  39, 
44,  58.  69,  70,  74  78,  79,  88,  89, 
90,  93,  97,  105,  106,  116,  120, 
121.  125, 142, 145, 149, 150, 151, 
159,  160, 161, 163, 174,  175,  187, 
199, 206, 214,  223,  231,  244, 250, 
251,  252,  254,  262,  263,  287,  310, 
311,  324,  341,  342,  355,  376,  434, 
435,442,448. 

Bégé  (J.),  154. 

Behr  (H.),  206. 

Bélart,  155,  206,  238,  254,  271.  277, 

Bélia  (Mlle  Z.),  161,  186,  213,274, 
301,  374,  447. 

Bélin,  326. 

Bellecour,  101. 

Bellet  (Mme),  32. 

Belletti,  238,  239. 

Bellini,  17,  106, 152,  214,  345,  349, 

Bellini  (Mme  E.),  277. 

Bellon  (J.),  21. 

Belmontet,  81. 

Bélot  (A.),  392. 

Belotti  (L.),  430. 

Beltramelli  (Mme),  15. 

Bélu,  92. 

Belval,  120, 145, 262,  273,  301,  324, 

353,  357,  440. 
Bénard,47,  55. 
Benardaki,  111. 
Bénazet,  230,  271,  285,  294,  311, 

324. 
Bender,  210,  311,  425. 
Benedetti,  147,  155. 


Bénédict,  93.  238,  246,  254,  279, 

347,  387,  411- 
Bénédit  (G  ),  190. 
Beneventano,    83,  147,   206,   230, 

Bengraff  (Mlle),  250. 

Benincori,  391. 

Bennett,  347. 

Benoist  (F.),  6,  22,110,117,205. 

Benson,  14. 

Béranger,  350. 

Béraud  (A.),  54. 

Bérendt  (A.),  419. 

Berens  (IL),  15,  31,  427. 

Berger  (A.),  371. 

Bergson,  54,  126. 

Berini  (Mme),  426. 

Bériot  (de),  125,  178,  206,  254. 

Berlioz  (H.),  2,  30,  39,  55,  61,  81, 

131,    150,  167,   170,    230,    259, 

284,   310,  311,  324,    334,    346, 

377,  400,   416,    433. 
Berna,  93. 

Bernard  (P.),  59,  213,  294. 
Bernard  (l'abbé),  282. 
Bernard  (de'  Rouen),  110. 
Bernard  (du  Conservatoire),  258, 

267. 
Bernardi  (Mlle),  23,  71,  138,353, 

371,  387. 
Bernardin,  72,  310. 
Bernier,  82,  01. 
Berry,  47. 
Berteu,  276,  402. 
Berthélemy,  354. 
Berthelier,  142,  152,  154,  158, 190, 

237,  277,   301,    308,    318,  353, 

394,  447. 
Berthoud  (H.),  294. 
Bertillot,  352. 

Bertini  (Mme  A.),  54,  79, 106,  302. 
Berton,  409. 
Berton  (P.),  78,  318. 
Bertrand,  63,  74,  338. 
Bertrand  (J.),  277. 
Bertrand   (Mlle  L),  70,  120,  149, 

166,  418. 
Besnier  (de),  170,  198. 
Besozzi,    81,    160,   198,    219,   236, 

268,  276,  294,  351. 
Besselièvre  (de),  230,  263,  27S,  286, 

324. 
Bessems    (A.),  81,   117,  121,  343, 

354,  425. 
Bessie-Hampton  (Mlle  L),  285. 
Besson  (G.),   109,   131,   132,  133, 

134,  135,  136,    137,    294,   333, 

334,  335. 
Bethmann-Hollweg  (de),  378. 
Bettini  (A.),  91,  120,  148,  245,  277, 

310,  403. 
Bettini  (G.),  53,  71,  72. 
Bianchi  (Mlle  L.),  319. 
Bibès,  25S. 
Bido  (Mlle  A.),  239. 
Biétry,  166. 
Biéval,  143. 
Biéville  (Mme  de),  89. 
Bignon  (L.),  211. 
Billet  (A.),  244. 
Billing  (de),  395. 
Binchois  (E.),  344,  383. 
Binda  (Mlle),  266. 
Binder  (C.),  419. 
Bineau,  15,  47. 
Binfield,  38,  45. 
Binzeghi.  426. 

Biron  (le  maréchal  de),  218. 
Bizet,  258. 

Blanc  (A.),  70,  117,  149,  205. 
Blanc  (Mlle),  267. 
Blangy  (Mme  C.),  176,  370. 
Blanvalet,  142. 
Bléau  (Mlle),  15,  47,  55. 
Bléger,  275. 
Blein  (le  général),  26. 
Bleuse  (C.),  146,  198,205. 
Blève,  295. 
Blevmann  (Jllle),  33. 
Blondeau,  391. 
Blondelet,  170. 
Bluat  (l'abbé),  S0. 
Blumenthal  (J.),  59,  60,  137,  263. 
Blummer,  102. 
Boadois,  23. 
Bocage,  13. 

Boccabadati  (Mme),  23. 
Boccherini,  426. 
Boccherini  (Mme),  231. 
Boccolini,  379. 
Bochkoltz-Falconi    pime),   6,   45, 

52,  63,   81,  106,  107,  146,  154, 

160,  177,  347,  402. 
Bock  (G.),  239,  434. 
Bock,  (de),  47. 
Bock-Héintzcn  (Mme),  155. 


Bocquillon-Wilhem,   25,   43,  196, 

350,  351. 
Bodovillée  (L.),  277. 
Boehner  [L),  146,  182,  326. 
Boerkh,  305,  434. 
Boesendorfer  (J.).  3. 
Bogulawski,  147,  394. 
Bohm,  276. 
Bohrer  (L.),  146. 
Boïtldieu,  12u,  141,  161,  213,  273, 

274,  326,  331. 
Boisgelin  (le  vicomte  A.  de),  154. 
Boisgontnier  (Mlle),  119. 
Boi--seaux  (H.),  287,  294,  324,  409, 

417,  445,446. 
Roisselot  (X.),  3,  14,  150. 
Boissier-Durand,  394. 
Boissy  (de),  217. 
Bollaërd,  126. 
Bombes  (de),  6. 
Bounani,  299. 
Bonnetti,  146,  169,  377,  394,  402, 

405,  406. 
Bonfichi,  430. 
Boni-Bartel  (Mme),  171. 
Bonjour,  150 
Bonnefoy,  63,  419. 
Bonnehée,  45,  86,  237. 
Bonnesseur,  63,  121,  346,  384. 
Bonnet,  442. 
Bonnifas,  278. 
Bonno,  309. 

Bonoldi  (F.  ,  32,  151,  162,  386. 
Bootsey,  26. 

Bordas,  145,  190,  294,  418. 
Bordeaux  (S.  Gr.  l'archevêque  de), 

410. 
Bordèse  (L.),  286. 
Bordogni,  315. 
Borelli  (C.),  403. 
Borghèse-Dufour  (Mme  J.),  82,  214, 

394,  419,  426   450. 
Borghi-Mamo  (Mme),  11,  12,  15, 

32,  82,  87,  91,  97, 109,  114, 136, 

144,  155, 163, 170, 182,  206,  213, 

214,  220,  222,  23S,  239,  245,  253, 

277,  2S5,  310,  339,  387,  395,  409, 

411,  417,  449. 
Bornier  (H.  de),  36. 
Borri  (P.),  433. 
Borinianski,  118,  239,  325. 
Borzaga  (Mlle),  387. 
Boschetti  (Mlle),  32,  270. 
Bosio  (Mme),  3,  171. 
Boskewitz,  295. 
Bosret  (N.),  431. 
Bosselet,  47. 
Bossi,  231. 

Bott  (J.  F.),  239,  263. 
Botte  (A.),  188. 
Bottesini,    23,    31,   247,  263,  295, 

319,  325,  327. 
Boucan  (de),  201. 
Bouché,  7,  162. 
Boucher  (A.),  3S,  394. 
Boucher-Desnoyers  (le  baron),  35S. 
Boucherie  (le  docteur),  335. 
Boucherse,  332. 
Bondousquié,  170. 
Bouffé,  13. 

Boufflers  (le  duc  de),  194. 
Bouilhet  (L.),  331,  432,  433. 
Bouilly,  175. 

Boulangeot  (Mme),  154,191. 
Boulanger  (E.),  58,  324,   393,  417, 

421,  422. 
Boulanger  (de  Lille),  162. 
Boulard,  259. 
Boulart  (Mlle),  7,  14,  39,  S2,  102, 

155,  103, 188,  206,  222,  319,  338, 

354,  363,371,378,387,450. 
Boulay  (Mlle  M.),  267,  275,  2S3, 

319,  371. 
Bonlèse,  74. 
Boullard  (V.),  14. 
Boulokhow  plme),  191. 
Bounet,  331. 
Bourdeau,  276. 
Bourdon,  370. 
Bourgeois  (A.),  11. 
Bourgeois  (L.),  39,82. 
Bourges  (M.),  162. 
Bourget(E.),170,  190. 
Bourgoing  (de),  268. 
Bournonville,  295, 
Bousquet,  331. 
Bousquet  pille),  303. 
Boulines,  162,  275. 
Boutoille  (Mlle),  258,  259. 
Bouttier,  162. 
Bouvard,  32, 121. 
Bovier-Lapierre,  162,  326. 
Box  (Mlle  M.),  53. 
Boyer  (P.),  121. 
Boyer  (l'abbé),  146. 
Boymont,  55. 


14 

Brabant  (LL.  AA.  RU.  le  duc  et  la 
duchesse  de),  14,  47, 110,  170, 
319,  434. 

Braga  (G.),  6,  11,  12,  32,  154,222, 
310,  378. 

Brahms,  427. 

Brambilla  (Mme),  53,  138. 

Brandt,  126. 

Brandus(G-),  31,205,449. 

Brasseur,  13,  212,  417. 

Brassin  (L.),23,  31,  37.  43,  46,  57, 

62,  69.    92.    08,  137,   146,  151, 
238,294,  300,  319. 

Braun  (F.),  419. 

Breiting  (H.),  442. 

Brémond,  155. 

Brenner  (Mlle),  93,  419  427. 

Breschon  (Mlle),  136. 

Brésil  (J.),  3,  153,  369. 

Bressant,  79,   98,   119,   237.   319, 

338.  401. 
Breteuil  (le  baron  de),  297. 
Breuillé  (Mlle),  2,  3. 
Brezowska  (Mlle  H.),  302. 
Briani  (F.),  371,  419. 
Briard,  52. 
Bricard,  258. 
Brice,  302. 
Bridault,  222. 
Bright,  243. 

Brignoli,  1"0,    205,  222,  347,  395. 
Brindeau,  136,  269. 
Brinley-Richards,  23,  31,  74. 
Brisson    (F.),   29,   116,   178,    213, 

442. 
Brochant  de  Villiers,  62. 
Brohan  (Mlle  A.,,  79,  98,  169,  196, 

230,  237,  244,  319,  338. 
Brohan  (Mlle  M.),  196,  262,  319. 
Brosig,  223. 
Brou  de    Lavessière    (Mlle),   266, 

267,  275,  283. 
Brouckère  (C.  de),  163. 
Bruge(  de),  27(1,  33S. 
Brunaud,    ,70. 
Bruneau    (M.   et  Mme),   20,  394, 

450. 
Brunet,  162. 
Brunet  (Mlle  M.),  14,  21,  30,  61, 

109, 144,  151, 182, 189,  198, 206, 

222,  23S,  310,  338,  402,  411,  433, 

434,442,  449,  450. 
Brunswick,  3,  49. 
Bruyant.  177. 
Bruyssère,  82. 
Bryon  d'Orgeval,  373. 
Buchet,  214. 
Buffet  jeune,  132,  133,  134,   135, 

136. 
BuhKJ.  D.),  146. 
Bulow  (H.  de),  2,  7,  31,  44,  53,  62, 

63,  88,  110,  426. 
Buloz,  152. 
Bunet.  275. 
Burchardt  (Mme),  74. 
Burde-Ney    (Mme),  31,  102,  155, 

163. 170,  214,  254,  287,  378,  427. 
Bureau  (A.),  3. 
Buret  aîné  (Mlle),  313. 
Burgmuller,  147. 
Burnand  (Mme),  199. 
Burnouf,  306. 
Burrus.  276. 
Bury  (Mlle),  230. 
Busnois  (A.),  344. 
Bussi-Masset,  23,  S2. 
Bussine,  23,  93,  318,  350,  354,  371, 

403. 
Biitti,    387. 


Cabel  (Mme  M.),  14,  17,  61, 
92,  100,  109,  144,  145,  158, 
205,  213,  223,  229,  237, 
254,  263,  270,  277,  338, 
386,  394,  402,  40!),  417, 
450. 

Cabrol  (E.),  154. 

Caccini  (J.),  415. 

Cagniard  de  la  Tour  (le  baron 

Cagnoni,  327. 

Caillât,  331. 

Calabresi,  302. 

Calonne  (E.  de),  431. 

Calzado,  61,  91, 169,  245,  270, 
301,  302. 

Calzolari,  7,  39,  47,  53,  71,  93, 
432,  442. 

Camargo  (la),  218. 

Catnauer,  385. 

Cambardi  (Mme),  01,  99, 102, 
278,  287,  302,  354. 

Cambon,  85,  414,   441. 

Cambridge  (le  duc  de),  122. 

Campana  (F.),  163,  170. 

Candia  père  (de),  425. 

Canis  (C),  345. 

Canisius  (Mlle),  63. 

Cantoni  (V.),  277. 

Canus,  275. 


Capendu,  269. 

Capitain  (R.),  47. 

Caponl,  58,  142,  178,  250,  206,  267, 

414,  440. 
Cappa(A.  J.),  14- 
Cappa  (Mme  Munoz-),  14. 
Cappello,  103. 
Carafa,  6t,   74,    81,  83,  167,  189, 

250,  333,  393,  416,  450. 
Carcassonne  (A.),  92, 102. 
Carignan  (le  prince  de),  18,  416. 
Caristie,  221. 
Carman,  7, 147, 163,  222,  319,  347, 

354,  371,  385,435,  450. 
Carmouche,  197,  238. 
Caroli,  430. 

Carré  (M.),  21,  45, 67,  80, 114, 157, 
158,  174,175,230,284,  294,315, 
324,325,337,345,302,  410,417, 
421,  422,425,437.438,441. 

Carré  {ténor),  91,  214,  262,  270, 
324. 

Carrion,  23,  39,  55,  102,  138,  155, 
214. 

Carteron,  238,  324. 

Carvalho,  129,  145,  222,  237. 

Carvalho  (Mme  Miolan-),  14,  21, 
45,  09,109,  120,  122,  129,136, 
144,  163,  171,  182,  18!),  213, 
214,  223,  230,  238,  247,  254, 
270,  271,  278,  284,  286,  303, 
310,    311,    320,    339,   345,   354, 

355,  362,  370,   394     420. 
Casella  (A.  de),  92,  116,  154,  160, 

449. 
Cash  (Mme),  339,  347,  355. 
Casimir  (Mme),  274,447. 
Caspers(H.',   14,   21,  30,  34,   45, 

54,  284,  329,  395. 
Cassamovata,  308. 
Castegnier,  386,  391. 
Castel,  22,  78,  143. 
Castellan   (Mme),    393,    395,    411, 

419. 
Castellan  (Mlle),  207,  275,  440. 
Castellano,  197. 
Castelli,  208. 
Castelmary,  39. 
Castiglioni  (Mme),  430. 
Castil-Blaze,  334,  394. 
Catelani  (A.),  278. 
Catelin  (A.),  386,  403. 
Catherine  de  Russie  (S.  A.  I.  la 

grande-duchesse),  80 
Cachet,  121. 
Caumont,  377. 
Caussade,  213. 
Caussemille  (Mlle  O.),  32,  83, 155, 

244,311,  324,  371,410. 
Cavailhès  (.Mlle1,  258. 
Cavaillé-Coll  (A.),  4,  46,  169,  237, 

238,  395,  410. 
Cavalier,  258. 
Cavallini,  263,  425. 
Cayallo  (P;),  46,  376. 
Cave,  39. 
Cavos,  353,  379. 
Caye  (Mlle  J.),  161,  378. 
Cazat  (Mlle),  78. 
Cazaux,   45,   145,   162,    204,   230, 

275,  301,  309,  318,  354,  425. 
Cazot,  386. 
Cazotte,  217. 

Celano  (le  comte  de),  281. 
Cellier  (Mlle  F.),  119,  258. 
Cerami,  270,  402. 
Céret  (M.  et  Mme),    55,  122,   138, 

1S9. 
Cerfbeer  (A.),  3. 
Ceronetti  (Mlle),  250,  434. 
Cesare,  319. 

Cesoles(le  comte  de),  262. 
Chabert  (Mlle),  110, 136,  176,  370. 
Chall'et,  258. 
Chaine  (G.),  54,  81,  9S,  142,  150, 

160,  162,  191. 
Chaix-d'Est-Ange,  221,431. 
Chambon,  102,  449. 
Chamhord  (le  comte  de),  294. 
Champon  (Mlle  D.),  22,  54,  119. 
Chapell,  122. 
Chaple,  371. 
Chaptal  (le  baron),  259. 
Chapuis,  74. 

Chardard,  318,  354,  419. 
Chardin,  259. 
Chardini,  314. 

Charles  d'Autriche  (S.  A.  I.  l'ar- 
chiduc), 239. 
Charles,  82,  91,  214,  410. 
Charles  (Mlle),  19S. 
Charlet,  425. 
Chariot,  323. 
Charpentier,  36,  258. 
Charreire  (P.),  434. 
Charry  (Mlle),  338. 
Chart  (Mlle),  258. 
Charton-Demeur  (Mme),  7,  23,  39, 

53,    71,  80,    93,  111,  138,   183, 

199,    206,   238,   239,    253,   277, 

318,  371,  387,  395,  419,  440. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Chartrain  (H.),  434. 

Chaunier  (Mme),  395. 

Chauvet,  258. 

Chelard,  93,  295,  386. 

Chenest,  69,  93,  146,  394,  426. 

Chéri  (V.),  46,  141,  159. 

Chéri  (Mme  R.),  119,  144,  416. 

Chéron,  313. 

Chéron  (L.),  27. 

Cherouvrier,  302. 

Cherreau  (Mlle),  14. 

Cherubini,  39,  70,  117,  129,  155, 

178,    206,    278,    311,   315,  339, 

342,    371,  382,  394,    406,   411, 

426,  435. 
Chevalier  (H.),  362. 
Chevé  (E.),  42,  43,  54,  65,  66,  81, 

107,  108,    118,    161,    166,   168, 

190,  194,    195,    196,    220,    221, 

230,  236,  237,  431. 
Chevillard,  6,   14,  22,  35,  38,  54, 

92,  101.  120,  150,  158. 
Chevillard  (Mme  A.),  418. 
Chiaramonte,  402,  406. 
Chilly  (de),  229. 
Chimay  (le  prince  de),  386. 
Chœl  (Mlle),  258. 
Cholet,  422. 
Chopin,  29,  44,    58,    79,    81,    89, 

98,  99,  105,  106,  117,  122,  125, 

126,    138,    142,    150,    159,  160, 

347,  411,  426,  442. 
Choquet  (G.),  36. 
Choron,  25,  41,  196,  441. 
Christian,  229,  369,  448. 
Christiani  (Mlle  G  ),  346. 
Ciampi  (G.),  163,  188,    202,  206, 

238,   271,  277,  347,  371 
Cianchi,  295. 
Ciardi,  432. 

Cico  (Mlle),  116,  136,  266,  440. 
Cimarosa,  34,  171,  183,  384. 
Clairville,     100,    109,    116,    228, 

293. 
Clapisson,  81,  167,  293,  393,  416, 

417,  421,  422,  434. 
Clauss  (Mlle),  267. 
Clément  (F.),  370. 
Clément  (J.),  345. 
Clerc  de  Laudresse,  352. 
Clerck,  131. 
Clotilde   (S.    A.    I.   la  princesse), 

190. 
Cocchi,  202. 
Coche,  166. 
Coche  (Mme),  88. 
Coche  (Mlle),  267. 
Codelaghi,  93,  146. 
Cœilte,  163,  317,  378. 
Coenen  (F.),  394. 
Cogniard  frères,  337. 
Cohen  (J.),  31,  97,  130,  169,  193, 

222,  240,  293,  318,  329. 
Cohen  (L.),  254. 
Cokken,  268,  331,  351. 
Colas  (Mlle  S.),  143,  353. 
Colasanti,  23,  94. 138. 
Colbrand  (Mme  E  ),  249. 
Coletti,  231,  270,  346. 
Colin,  358. 
Collet,  27,  201. 
Collongues  frères,  150 . 
Colmet  d'Aage,  203. 
Colomer,  267. 
Colomyès,  213,  426. 
Colonne,  70,  207. 
Colson  (Mme),  170,  371 . 
Comettant  (O.),  32,  294,  386. 
Commerson,  120. 
Comte,  3. 
Comte  (C),  238. 
Comte-Borchardt,  410. 
Concetti,  254. 
Conestabile,  408. 
Connerose  (Mlle),  258. 
Constantin,    de   Russie   (LL.    AA. 

H.   le  grand-duc  et  la  grande- 
duchesse),  23. 
Conte,  358. 
Cooper(W.),303. 
Coqueliu,  266. 
Corbari  (Mme),  31,  81,  254. 
Cordier  (A.),  213. 
Cordier  (Mlle  A.),  2,   39,   82,  91, 

222,  285,  422. 
Corilla  (Mlle  O.),  262. 
Cormon   (E.),    S0,    100,  157,  15S, 

230,    284,    293,    294,    307,    33S, 

350,  425,  437,  438. 
Cornago,  311. 
Cornéiis,  3S5,  411. 
Cornet  (J.),  302. 
Cornu  (Mlle),  258. 
Cornudet,  221 . 
Coronelli,  299. 
Corradini,  318. 
Corri  (H.),  82,  411. 
Corselli,  423. 
Corsi,  138,  442. 
Corsi  (J.),  415. 
Cortesi  (Mme  A.),  231,  347. 


Cossmann,  244. 

Costa,  163,  330. 

Costan  (Mlle),  326. 

Cotagni  (A.),  109,  147,  319. 

Cottier  (M.),  154. 

Cottin  (E.),  254. 

Couder,  203,  268,  331,  351. 

Couderc,  100,  120, 145,  158, 

237,  262,    270,    277,   307, 
361,  393. 

Coulon,  221,  250,  357. 
Couperin,  127,  146. 
Couplet  (J.),  146. 
Couqui  (Mlle),  163,  214. 
Courcy  (C.  de),  153. 
Courtigis  (le  général  de),  167. 
Courtois  (Mlle),  214. 
Couvé-Rameau  (Mme),  230. 
Coypel,  194. 
Crambade,  162. 
Crampton  (S.  J.),  145, 
Crémieux  (H.),  14,  21,  30,  34, 

337. 
Créquillon  (T.),  345. 
Cressonnois,  442. 
Creutznach  (Mlle),  203. 
Cristiani,  15. 

Croisez  (A.),  54,  110,  126. 
Croisilles,  02. 
Crongny,  258. 
Crosnier  30,  173. 
Crosset,  7. 
Crosti,  50,  57,  117,  136,  159, 

245,    262,    274,    293,  301, 

371,  386,  394,  422. 
Croze  (F.  de),  63,   120,  230, 

318. 
Cruise  fmiss  F.),  82. 
Cruvelli  (Mme  la  baronne  Vij 

174. 
Cruvelli  (Mlle  M.),  287,  435, 
Cunio  (A.),  325,  362,  368. 
Cuvier,  81. 
Cuvillon  (P.  de),  38,   52,   82 

101,  116,  106,  178. 
Cyriali  (L.),  198,  214. 
Czartoryski   (le  prince   G.), 

391. 
Czillag  (Mme),  2,  63,  93,  144, 

161,    163,    1S2,   189,  198, 

238,  247,  254,    263,    277, 
286,  302,319,  371. 


D 

Dall'Ongaro,  180,  411. 
Dalloz  (P.),  294. 
Dambricourt  (Mlle),  266. 
Damcke,  125,  394 . 
Damoreau  (Mme\  273. 
Damoreau  (Mme  AVekerlin-),  105, 

150,  213. 
Dancla  (C),  6,  54,  253,  377. 
Dancla  (L.),  198. 
Danel  (L.),  66,  67,  294. 
Danemark  (S.  M.  la  reine  douai- 
rière de),  83,  138. 
Danglas  (L.),  55,  82,  92. 
Danhauser,  190. 
Danhauser   (Mlle    E.),    170,    191, 

213,  354,  435. 
Danielli,  403. 
Dantan,  324. 
Darder,  245. 

Darder  (Mlle),  345,  301,  370. 
Dard  (A.),  93,  121. 
Dargomitzki,  103,  215. 
Darjou(MlleM.),  6,  8S. 
Danois  (A),  324. 
Daudoird  (Mlle),  337. 
Daussoigne-Méhul,    55,     63,    117. 

166,  385. 
Dauvergne,  226. 
Dauverné,  268,  331,  351. 
David    (F.),  3,   36,  77,   106,   136. 

161,  162,  107,  319,  394,  419. 
David  (G.),  82. 
David    (de   Leipzig),     355,    3S7 

395,  442. 
David  [de  Bordeaux),  47. 
David  [de  Rome),  35S. 
David  (du  Cotiser v.),  267. 
David  (Mme),  138. 
Davidoff,  15,  395,  442. 
Davin,  261. 
Davioud,  92,  161. 
Debain,  62,  73. 
Debassini,  7,  23,  39,   53,   71,    SO 

13S,  353,  442. 
Debillemont,  116,  294,  402,  418. 
Decaroli,  231. 
Deffès  (L.),  2,  20S,  351. 
Defontaine,  154. 
Defournaux(MUe),  89. 
Defrance.  70. 
Dehn,  255. 
Deichmanu,  247. 
Dejaure,129. 
Déjazct   (Mlle),    13,    49,  72,    136 

101,  131,417. 


Déjazet  (E.),    46,    59,    136,    154, 

190,  285,  370,  449. 
Dejean,  278. 
Dejean  (Mme  J.),  387. 
Delachapelle,  319, 
Delacour,  182. 
Delafield  (Mme),  207. 
Delafontaine,  386,  410,  449. 
Delafosse  (Mlle),  89. 
Delage  (Mlle),  258. 
Delahaye  (J.),  245,  325,  353. 
Delaistre  (Mlle),  197. 
Delamarre  :H.),  154- 
Delamarre  (de  Nancy),  198. 
Delannoy,  212. 
Delannoy  (du  Conserv  ),  267. 
Delaporte  (E.),  2,  61,  81,  160,  198, 

219,    236,    243.    262,  268,    269, 

277,303,  331,  351,  352,  410. 
llelarroqua,  402. 
Delaunay,  119,  244,  401. 
Delaunay-Ricquier,  88,   205,  210, 

221.  337,  353. 
Delavigne  (C),  369. 
Delcaïup  (Mme),  43. 
Deldevez,  30,  62, 16J. 
Deléchaux  (Mme),  93,  319,  347. 
Delestre-Poirson,  3. 
Delibes    (L.),    46,    63,    262,    301, 

337,  441. 
Delille,  150. 
Delille  (Mlle),  145. 
Délia  Costa,  319. 
Délie  Sedie,  102,138,  155,  403. 
Deloffre  (M.  et  Mme),  40,  150,  363. 
Delpeuch,  419. 

Delsarte  (F.),  81,  126,  268,  351. 
Delteil,  370. 
Delvil  (Mme),  15. 
Demersmann,    28,    38,    102,   179, 

270,  319,  362. 
Demotz  de.  la  Salle  (l'abbé) ,  25. 
Deneux  (J.),  23,  182. 
Denière,  221 
Denis  (A.),  220,  238. 
Denue-Baron,  278. 
Dennery,    13,   37,    72,    161,    229, 

293,  294,  369. 
Depassio,  15,  32,  74,  92-,  403. 
Depoitier,    82,  93,  147,  319,   346, 

347,  419,  450. 
Deprès  (J.),  344, 
Depret,  254. 
Dérivis,  82. 

Derval-Dobigny,  203,  318. 
Derval  (d'Angers),  121. 
Derval  (Mllei,  120. 
Dervieux,  267. 
Desarbres  (N.),  310. 
Deschamps  (E.),  45. 
Deschamps  (T.),  262. 
Desgranges  (E,),  205,  301. 
Deshaves  (Mlle),  S9. 
Deshays-Meifred   (Mlle),  259,  267. 
Désiré,  51,  116,  136. 
Deslandes  (P.),  369. 
Deslandes  (R.),  61,  182. 
Deslandres  (A.),  190,  245. 
Desmaisons  (Mlle  E.),  38. 
Desmonts,  186. 
Desmonts  (Mme),  72. 
Desm.ittes,  47. 
Desplaces  (H.),  39,  147. 
Desplécbin,  S5,  414. 
Desquenes,  319. 
Desrieux,  144. 
Dessauer,  183. 
Dessof  (A.),  7,  271. 
Dessoir,  319. 

Desterbecq  (Mlle),  39,  3i8. 
Destribaud.  3. 
Desveaux,  371. 
Deswert  (J.),  101,  106. 
Deulin,  116,  145,  151. 
Devaux,  14,  203. 
Devaux  (Mlle),  162,  302. 
Devençay  (Mlle  M.),  154- 
Devisme,  313. 
Devoyod  (Mlle),  330. 
Devrient  (E.),  325. 
Diaz,  190. 
Didio,  244.' 
Didot  (F.).  278. 
Didron,  2S2. 
Diémer,  258,  440. 
Dieu  (A  ),  69,  70,  142. 
Diet-ich  (A.),   277. 
Dieisch,  30,  37,  SI,  167,  173,  213, 

406. 
Dimier,  276. 
Dinaux,  229. 

Dingelstedt,   101,  325,  3S6,  411. 
Diogelstedt  (Mlle  J.-L.),  370. 
Dittersdorf,  214,  309. 
Dobré  (Mlle).  55. 
Doche  (Mine),  37,  100,  310. 
Doehler,  99. 
Doerschel,  244. 
Dolbv  (Mme  Saiuton-),  02,  73,  79, 

182   1S9,  239,  425. 
Dolmeuch  (F.),  190,  213,  326. 


Dombrowski,  101,  116. 
Domergue  (Mlle),  198,  214. 
Doni  (B.),  415. 
Donizetti,  2,    59,    125,    136,  153, 

163,    169,    173,    188,    206,  214, 

231,  262,    330,    344,   354,    355, 

395,  403. 
Donjon,  150. 
Donon,  170. 
Donval,  74. 
Doppler,  3,  255. 
Dorette,  430. 
Dorgeval,  82. 
Dormeuil  père,  433. 
Dorn  (A.),  326,  371,  394. 
Dorus,  70,  142,  191,  276. 
Dorus  (Mme),  273. 
Dorval-Valentino,  450. 
Dorville  (Mlle),  32. 
Dottini  (Mme),   2,  34,   106,    353, 

384,  450. 
Dotzauer  (J.-F.),  110. 
Douai    (R.),   116,    117,  142,  144, 

177. 
Doucet  (C),  393,  401. 
Douglas  (Mlle),  353. 
Douhard  (Mlle),  47,  63. 
Doyen,  81. 
Dragoni,  37. 
Drake,  295. 
Dreyer  (A.),  277. 
Dreyfus  (Mlle  C),  46,  302. 
Dreyschock    (A.),  39,  55,  63,  89, 

94,  102,  111,  125,  138,  155,  434. 
Drouelle,  132. 
Droysen,  46. 
Duban,  361. 
Dubarry,  336. 
Dubois,  190. 

Dubois  (le  comte),  132,  167,  332. 
Dubois  (Mlle  E.),  117. 
Dubois-Desoër  (Mme),  5. 
Dubouchet  (Mlle),  212. 
Duboys  (J.),  99. 
Dubreuil  (E.),  317. 
Dubruel,  337. 
Du  Camp  (M.),  441. 
Duchaumont  (M.  et  Mme),  426. 
Uuchaurnont  fils,  138. 
Duchemin  Boisjousse,  182. 
Ducrest  (Mlle  M.),  M6. 
Dufay  (G.),  344,  383. 
Dutils  (L.),  31,  46,  52,  198. 
Dufossez  (Mlle),  162,  302. 
Dufour,  205,  432,  449. 
Dufrêne,  268,  351. 
Dufresne,   61,  81,   102,    120,   222, 

250,  324. 
Dufresne  (A.!,  197,  209,  221,  325, 

337,  362,  371,  399,450. 
Dufresnoy  (Mlle),  363. 
Dugué  (F.),  13. 
Dugnet  (J.),  214. 
Duhem,  326. 
Duhot,  258. 
Dulaurens,  230,  338. 
Duluc,  63. 

Dumaine,   72,  153,  245,  294,  318. 
Dutnanoir,  72,  144,   294,  324,  421, 

422. 
Dumanoir  (le  vicomte  K.),  154. 
Dumas  (A.).   37,  45,   49,    73,  80, 

204,  212,  229,  417. 
Dumas  fils  (A.),  416. 
Dumas  (Mlle  F..),  74,  170,  363. 
Dumestre,  45,  221,  222,  293,  345. 
Dumont,  63,  263. 
Dumont-Fier,  3. 
Dunstaple,  383. 
Dupart,  169. 

Dupin  (le  baron  C),  110. 
Dupin  (H.),  421,  422. 
Dupin  (Mlle),  266,  267. 
Dupire  (Mlle),  258,  302. 
Duplan,  266. 
Duponchel  (H.),  153. 
Dupont  (E.),  61. 
Dupont  (P.),  101,  269. 
Dupont  (de  Bruxelles),  278. 
Duport,  318. 
Duprat,  39. 

Duprato,  3,  126,  277,  324,  441. 
Duprez    (G  ),  137,  145,  151,  173, 

310,  393,  434. 
Duprez  (E.),  137,  434. 
Duprez  (L.),  310. 
Dupuch  (P.),  136,  213. 
Dupuis  (J.),  31,  46,  69,  166. 
Dupuis  (dit    Gymnase),  119,  180, 

353. 
Dupuis  (du  théâtre  Véjazet),  59, 

181. 
Dupuis  (de  Lille),  162,  302. 
Dupuy    (Mlle),    73,    82,    93,   163, 

245,  354,  363,  387,  435,  450. 
Durand  (A.),  58,  81,  98,  300,  370. 
Durand  (Mlle  L.),337. 
Durand-Fordel  (le  docteur),  331. 
Durand-Eperclic  (Mme),  162. 
Durant  (Mlle),  267,  316. 
Durci  (le  chevalier  de),  207. 


Durrner  (J.),  3. 

Dussargues,  426. 

Dussy  (Mlle  M.),  120. 

Dustmann-Meyer  (Mme),  39,287. 

Dutertre,  .'28,  238. 

Dutsch,  303. 

Duval  (Mlle  A.),  13. 

Duverger  (Mlle),  72,136. 

Duvernois  (A.),  61. 

Duvernoy  (A.),  92,  266,  311. 

Duvernoy  (E.;,  267,  440. 

Duvernoy  (H.),  434. 

Duvernoy    (de  l'Opéra-Comique), 

308. 
Duvernoy  (des  Bouffes-Parisiens), 


Eberhoffer,  311. 

Eberius,  311. 

Ecbeverria,  230. 

Eck  (F.),  408. 

Eckert,  3J6,  339,  347. 

Edelestand  du  Méril,  228. 

Edenska  (Mlle),  325,  370. 

Edmond  (C),  285,  292. 

Edmond  (le  docteur),  270. 

Egerton  (S.),  7. 

Eggeling  (Mlle),  263,  303,  355. 

Kicliflberg  (C),  239. 

Eichoff,  290. 

Elfrique,  276,402. 

Ellinwr  (Mme),  215. 

Elmire   (Mme),    15,    92.  102,  319, 

419. 
Elwart   (A.),  6,   54,  81,  162,  170, 

268,    285,    319,   338,   341,  342, 

351,  376,  418. 
Ely,  362. 
Emant,  38. 
Emminger,  74. 
Emon  (Mlle),  39,  83. 
Empis,  21. 

Enequiste  (Mlle),  266,  267. 
Engel    (L.),   23,  31,  74,   81,  239, 

263,  271,  295,  311,  318. 
EngsMd,  11. 
Enke  (H.).  22. 
Eperche  (Mlle),  403. 
Erambert  (Mlle),    23,   39,  82,  93, 

363,  426,  435. 
Erard,  131. 
Erber,  263. 

Erdœdy  (la  comtesse  d'),  187. 
Erk  (L.),  11. 
Erkel  (F.),  74. 
Erlanger,  301,  441. 
Ermel,  81,  167,  198. 
Ernst,  244,  394,  418. 
Escudier  (L.),  426,  449. 
Eslava  (don  H.),  397. 
Espagne  (S.  M.   la  reine  d'),  387, 

402,  441. 
Espaignet,  100,  318,  354. 
Espin  y  Perez,  259. 
Espinosa,  229. 
Essler  (Mlle  J.),  100. 
Ett  (G.),  93. 
Ettling  (E.),  162. 
Eugénie  (S.  M.  l'Impératrice),  86. 

92,  110,  169,  278,  318. 
Everardi,    23,   71,    80,    138,  144, 

155,   !63,    206,    214,    238,    254, 

277. 
Evers  (C.],  2S7. 


Fabian,  121. 

Fabre,  121. 

Fabri  (Mme),  419,  430. 

Fabricca,  277. 

Fa£el  (Mlle),  198. 

Fagotti,  147. 

Faivre  (Mlle),  175,  221,  245,  284, 
316,  324,  353,  439. 

Falcon  (Mlle),  210. 

Fantacchiotti  (E.),  278. 

Fargueil  (Mlle),  100,  385 . 

Farrenc  (A.),  179,  1S0,  294. 

Farrenc  (Mme  V.),  3. 

Fasch,  214. 

Fauconnier,  2,  99,  386. 

Faure,  5,  17,  45,  70,  92,  97,  100, 
109,  120,  122,  144,  163,  170, 
198,  214,  220,  223,  238,  271, 
277,  285,  301,  309,  311,  318, 
324,  373,  386,  394,  402. 

Fauré  (G.),  277. 

Fauré  (Mme  Brière-),  85,  169,  182. 

Faux,  287. 

Favarger  (R.),  285,  362,  368,  386, 
424. 

Favart  (Mlle),  180,  262,  319,  401. 

Febvre,  353,  433. 

Fechter,  72,  100. 

Fel  (Mlle),  218,  225. 

Félix,  72. 

Félix-Mélotte  (Mme),  230. 

Fenelli,  3. 


DES  NOMS. 

Féré  (O.),  176. 

Féret,  354. 

Ferket,  47,  63. 

Ferlendis,  430. 

Ferai  frère  et  sœurs,  23,  53,  54, 
72,  94,  111,  138,  147,  295,  340. 

Fernkorn,  326. 

Ferrand  (Mlle),  89,  121 . 

Ferranti  (Z.  de),  6,  44. 

Ferraris  (Mme),  2,  86,  109,  204, 
212,  229,  237,  254,  277,  284, 
293,  361,  370,    386,  433. 

Ferreyra  (Mlle  J.),  229,  369,  393, 
448. 

Ferri,  47,  170,  205,  222,  347,  385. 

Fesca,  142. 

Fétis  père,  6,  19,  47,  53,  54,  57, 
63,  78,  89,  90,  91,  101,  131,  138, 
143,  158,  159,  167,  186,  187, 
214,  223,  233,  242,  259,  342, 
344,  346,  347,  391,  408,  409, 
410,  411,  435,  441,  450. 

Fétis  (A.),  110,  121,  137,  142. 

Fétis  (E.),  434. 

Feuillet  (0.),  100,  119,  182,  209, 
385,  393,  416. 

Féval  (P.),  294,  318. 

Fichel  (Mme  E.),  354. 

Fichu,  275. 

Field,  159. 

Figeac  (Mlle),  244. 

Filey  (Mlle),  147. 

l'illutte-Loraux,  129. 

Filliette  (Mme  H.),  419. 

Filliol,  91. 

Fillon  (Mlle  M.),  72,  181. 

Fillonneau,  198. 

Finoli  (Mlle),  154. 

Fioli  (Mme  G.),  277. 

Fioravanti,  147,206,  231,  299,  347. 

Fiorentini  (Mme),  31,  74,  319. 

Fiorentino,  22. 

Fioretti  (Mme),  53,  13S,  353,  379, 
387,  411,425,  432,  442,  450. 

Fischoff,  285,  370. 

Fissot,  258. 

Fix  (Mlle),  79,  98,  136,  180,  244. 

Fizelicr,  244. 

Flahaut,  276. 

Flamand,  246. 

Flan  (A.),  286. 

Flandin,  204. 

Flandre  (S.  A.  R.  le  comte  de), 
110,  170,  238. 

Flaubert  (G),  431. 

Fleury  (Mlle  E.),  119,  262. 

Flexmore  (R.),  310. 

Fliege,  239. 

Florenza,  254,  354. 

Flotow  (de),  7, 15,  29,  32,  47,  54, 
62,  74,  81,  82,  83,  92,  93,  101, 
103,  108,  120,  122,  136,  144, 
153,  154  ,  169,  170,  170,  178, 
179,183,  190,  191,205,214,  223, 
230,  231,  246,  247,  278,  285, 
286  ,  295,  300,  301,  303,  311, 
325,  343,  353,  362,  370,  371, 
378,  386,  403,  419,  424,  434. 

Flynn  (Mlle),  254. 

Folz,  263,  302. 

Forest,  19S. 

Forey  (le  général),  278. 

Forgues  (E.),  105,  126,  142,  162, 
178,442. 

Formés  (K.),  311,  326,  339,  371, 
419. 

Forst,  255. 

Forti  (A),  3. 

Fortuna,  45,  69, 137,  I69. 

Fossey,  294. 

Foucher  (V.),  81,  167,  198. 

Foulon,  3S,  203. 

Fourcade,  275,  440, 

Fournier  (E.),  186. 

Fournier  (M.),  337. 

Fournier  (Mme),  262. 

Frackmann  (W.),  434. 

Framery,  27. 

Franchomme,  21,  28,  44,  70,  110, 
126,  150,  262,  434,  449. 

Franck  aîné,  4. 

Franck  (J.),  46,  81,  99,  169,    346, 

Franco-Mendés  (J.),  38,  62,  120, 
137,  150,  154,  160,  166,  178, 
286,  293,  310,  354,  450. 

François,  222. 

François  (Mlle  H.),  121,  141,  191, 
286,  295,  310. 

Francon,  383. 

Frankenberg  (Mlle),  147. 

Frantz,  10. 

Frantzen,  267. 

Fraschini,  15,  103,  213,  395,  419, 

Frassini  (Mlle),  122,  155, 1G3,  191, 
214,  223,  255,  302. 

Frédérick-Wilhelm,  de  Prusse  (S. 
A.  R.  le  prince),  171. 

Frelon  (A.),  246,  300. 

Frémeaux,  302. 

Fréret,  250. 


Frescobaldi,  146. 

Frezzolini  (Mme),  47,  190. 

Fricdbei'g  (Mlle),  271. 

Frison  (Mlle),  21 . 

Fritsche,  261. 

Fritze,  23. 

Frizzi,  155, 

Fromant,  45,  210,  221,  337,  305. 

Frondoni,  246. 

Fuertés   idon    M.    S.),  362,  398, 

399,  415,  423. 
Fumagalli  (A.),  69,  435. 
Fumagalli  (L.),    14,   32,  38,   54, 

69,  155,  435. 
Fumagalli  (Mme),  386. 
Furpille,  213,  226,  402,  418. 
Furstenow,  47. 
Fuzelier,  201. 


Gabriel,  210,  221. 

Gabrielli    (le    comte  N.) ,  2,  145, 

151. 
Gade,55,  199,  393. 
Gaëtani  (le  marquis),  181. 
Gaillard  (Mlle),  331. 
Galetti-Gianoli  (Mme),  311. 
Galilée  (V.),  415. 
Galin,    41,    42,  43,  65,  167,  194, 

195,  221. 
Galiotti  (G.),  403. 
Galitzin  (le  prince  G.),  239,  303. 
Galles  (S.  A.  R.  le  prince  de),  395. 
Galli  (F.).  249. 
Galli  (Mme),  146. 
Galli-Marié  (Mme),  39, 162,  198. 
Gallino  (Mlle),  267,  275. 
Gallois,  267. 
Galois,  23. 
Galoppe   d'Onquaire  ,    59,    213  , 

352 
Galvani,  163,  18S,  206,  347,  363. 
Gambale,  26. 
Ganesco  (G.),  254. 
Ganuzza(J.),  162. 
Ganz(M.),  394. 
Garcia,  146. 
Gardoni,  12,  17,  34,  61,  144,  169. 

189,    223,  238,    270,    325,    330. 

345,    349,   384,  402,    406,  425, 

449. 
Garibokli,  346. 
Garimond,  150,  166, 177. 
Garique,  275. 
Carreau,  81. 
Gasc  (M.  et  Mme),  162. 
Gasse(H.),  342. 
Gasser,  258. 
Gassier  (M.  et  Mme)  144, 190,  206. 

214,  220,  23S,  254,277. 
Gastineau  (B.),285. 
Gastinel   (L.),   31,    46,    186,    203, 

325. 
Gautier  (T.),  71. 
Gautier  (E.),  237,  277,  307,  434- 
Gautier  (F.),  170. 
Gautrot,  131,246. 
Gavaudan  ainée  et  cadette  (Mmes), 

313. 
Gavaux,  175. 
Gay  (Mlle),  363,  371. 
Gazzaniga-Malespina  (Mme),  277. 
Geffroy,  153,  293,  401. 
Geibel,  403. 

Geismar  (Mlle),  346,  378. 
Génat  (Mlle),  345. 
Gênée,  261. 
Genest  (Mme),  46. 
Génin,  275,  426. 
Gentili  (R.),  427. 
Geoffroy  (du  Gymnase),  336. 
Geoffroy  (  du  théâtre   Dcjazet  ) , 

325,  402. 
Geoffroy  (Mme  C),  189,  293. 
Geraizer,  267,  414- 
Géraldine  (Mlle),  59,  177,  285. 
Géraldy,  31,  120,   141.  142,  1S2, 

198,  2S7,  302,  302,  370. 
Gérard  (E),   14. 
Gérardy-Saintine,  291 . 
Gerbert,  382. 
Germain,  326. 

Geiminy  (le  comte  de),  62. 
Gérôme,  154. 

Gerpré,  63,  346,  378,  3S4,  403. 
Gervais  (C.  H.),  194. 
Geslin  (de),  42. 
Gevaërt,  2,  3,  4,80,  100,  120,  136, 

157,  158,  167,  223,   254,  294, 

434. 
Ghilain,  275. 
Giacometti  (P),  197. 
Giannini,  277. 
Giaquinto,  68'. 
Gibclli,  263. 
Gide  (C),  81. 
Gigout  (E.),  277. 
Gil-Perez,  13,  145,  202,  417. 
Gilbert,  22. 


15 

Gille  (P.),  38,  51,  209,  213,    226, 

362,  371,  399. 
Gillette,  53. 

Gilliess  (Mlle  L),  150,  294,  362. 
Gio  (C.),  319. 
Giovanni  (de),  147 . 
Giozza,  103,  111. 
Giraldoni,  15,  47,  53,  91,  93,  138, 

230. 
Girard,  259. 
Girard  (N.),  29,  30. 
Girard  (Mme  veuve),  100,    136. 
Girard  (Mlle),  115,  210,  221,  317, 

324,  325,  393. 
Girardin,  258. 

Girardin  (Mme  E.  de),  142,  144 

Girardot,  210,  316,  317,  325,  353, 
439. 

Girardot  (Mlle),  258. 

Gits,  326. 

Giuglini,  2,  6,  21,  30,  144,  163, 
170,  206,  214,  2J8,  277,  278, 
339,  371,  3S7,  403,419,  435. 

Gleichauff,  38,  78,  434. 

Gliémann  (G.),  22. 

Glinka  ,  80  ,  *03  ,  109  ,  239  ,  379, 
435. 

Glogguer  (C),  81,  8S,  378. 

Gluck,  2,  32,  39,  44,  78,  90,  108, 
113  ,  127  ,  152  ,  199  ,  202,  200, 
217,  223,  231,  245,  246,  254, 
259,  271,  309,  313,  325,  377, 
378,387,  411,  417. 

Gobelin,  258. 

Godard  (B.),  106. 

Goddard  (miss  A.),  93,  206,  223, 
239,  449. 

Godefroid  (F.),  88,  419. 

Godefroy,  259. 

Godfrend  (Mlle),  310,  434. 

Godfrin,  260,  283. 

Goethe,  113,  239,  295,  355,  400, 
447. 

Goldner,  450. 

Golle,  425, 

Gollmick,  311. 

Gombert  (N.),  345. 

Goossens,  183. 

Gordigiani  (L.),  182. 

Goria  (A.),  213,  246,  434. 

Goria  (Mme),  434. 

Gossec,  54  ,  297,  298,  313  ,  314, 
315,  441. 

Gosselin,  54, 

Got,  36,  120,136,  204,  244,  352. 

Gottschalk,  32. 

Goubaux,  3. 

Goudboz,  162. 

Gouffé  (A.),  21,  62,  70,  146,  149, 
203. 

Goumas,  109,  132,  133,  134,  133, 
136. 

Gounod  (C.),  2,  3,  38,  45,  53,  55, 
61,  67,  68,  69,  81,  97,  117,  136, 
145,  150,  152,  154,  167,  196, 
198,  213,  230,  261,  262,  276, 
284,  302,  310,  362,  394,  410, 
411- 

Gourdin,  250,  266,  267,   2S3,  414- 

Gourdon,  101,  103. 

Geurdon'E.),281. 

Gozio  de  Solence,  430. 

Gozlau  (L.),  144,  371. 

Gozora,  230,  294. 

Graat,  154,  191. 

Graff,  263. 

Grandval  (Mme  la  comtesse  de), 
169. 

Grange  (E.),  38,  51,  182,  269, 
277. 

Grange  (MlleC.),  46. 

Granier,  162. 

Granler  (Mlle  I.),120. 

Grassau  (Mme),  47,  198,  450. 

Graun,  155. 

Graziani  (le  comte  M.),  39,  271. 

Graziani  (F.),  6,  12,  21,  32,  51 
54,87,91,  106,117,  120,  136, 
147,  150,  154,  169,  170,  198, 
206,  223,  230,    238,  246,  270, 

325,  326,  353,  361  ,  370,  377, 
3S6,  402,  409,  422,  425,  441, 
449. 

Graziani  (L.),  15,  103,  3S7. 

Grazzini  (Mlle),  47. 

Grédelu,  93. 

Grégoir  (F.),  442. 

Greive,  82,  99,  159,  311,  324. 

Grell,  214. 

Grétry,  5,  55,    99,  122,  261,  276, 

371,  403. 
Ori|let,  346. 
Grillon,  317. 
Grillparzer,  346. 
Grimminger,  83. 
Grinswell.  347. 
Grisar  (A.),  2,161,294,393. 
Grisi  (Mme  G.),  17,  170,  19S,  214, 

222,  238,  277,  371. 
Grodvolle,  244,  2S4,  311. 
Groot  (de),  181,  245,  293,  294. 


1G 

Gros  (A.),  409. 

Grossmann  (C),  295. 

Grus,  205. 

Guardi,  175. 

Gudin,  333. 

Guédron,  70. 

Guérette  (Mlle  E.),  238,  202,  346, 

Guérin,  6. 

Guérin  (de  Cille'),  47. 

Gueymard,  53,  73,86,  145,  204, 
253,  2G2,  273,  301,  353,  357, 
386,  393,  401,  417,  433,  441, 
449. 

Gueymard  ;MmeLauters-),  53,  80, 
86,  100  ,  120,  136,  145,  153, 
223,  293,  309,  324,  345,  377, 
425,  449. 

Guglielmi,  15,  61,  73,  79. 

Gui  d'Arezzo,   382. 

Guiaud  (Mlle),  311. 

Guicciardi,  15,  319,  347. 

Guicciardi  (Mlle  J.   de),  187. 

Guichard,  317,  336. 

Guidon  frères,  154. 

Guillard  (L.),  403. 

Guillaume.  295,  347. 

Guillemot,  154. 

Guilmant  (  A.  et  Mlle  L.  )  ,   302 , 

Guing'and  (Mlle  de),  326. 
Gutmann  (A.),  178. 
Guttierez  (E.),  246. 
Guyon  (E.),  125. 

Guyon(Mme),  180,  293,  317,  401. 
Cuyot,  53,  116,  391. 
Gye,  93,  109,  122,  136,    144,  222, 
223,  303. 

H 

Habeneck,  341,  408. 

Haendel,    23,   36,    73,79,80,89, 

90,  91,  14C,  155,  189,  199,  206, 

214,  233,  239,   354,  377,  378, 

a03,  411,  435. 
Haeser,  S2. 
Hainl  (G  ),  110. 
Haitzinger,  174. 
Haitzinger  (Mme),  138,  147. 
Halanzier,  63, 147,  346,  384. 
Halarypere,  109,   132,  133,  134, 

135',  136. 
Halary,  191. 

Halbleid,  59,  190,  212,  402. 
Halévy  (F.),  30,  81, 109,  131,  160, 

167,   177,  198,   214,  219,  231, 

276,  325  ,   326,    333,    358,  365  , 

374,  416. 
Halévy  (L.),  285. 
Hall  (le  baron  de),  82. 
Halle,  182. 
Hamackers  (Mlle),  88,  120,  145, 

221,245,353,  357,  370. 
Hamilton  (la  duchesse),  271. 
Hammer(R.),  106,  126,  142,  160, 

394,  441.     . 
Hammerstein,  102. 
Hanf,  206. 

Hanslick  (le  docteur),  310. 
Hanssens  (C.),155,  163,  170,  246, 

319,  411. 
Hardouin  (Mlle),  267. 
Harriès-Wippei'n  (Mme),  102,  271. 
Harrison  ,  82  ,  310,  363,  371,  395, 

435. 
Hartmann  (P.  E.),  74,  244. 
Hartog  (E.  de),  21,  101,  138,188. 
Hartung,  407. 
Harvin,  39,  121,  346,  378. 
Haslinger  (K.;,  22. 
Hasse,  160. 

Hasselmans,  55,  261,  426. 
Haszler  (L.),  219. 
Hatton,  31. 
Hausmann,  302. 
Haussmann  (S.  E.  le   préfet  de  la 

Seine),  145,  153,  276,  285. 
Hauteroohe,  307. 
Haydn,  29,  32,  35,  58,  70,  74,  77, 

80,  81,  90,  101,  120,  126,  146, 

214,    246,    276,    325,    341,    362, 

377,  386,  430. 
Hayet,  110,  318,  354,  386. 
Hébert,  130. 
Héblot,  258. 
Heiberg  (J.-L.),  326. 
Heid,  270,  402. 
Heinisch  (Mme),  309. 
Heinroth,  11,  43. 
Heintz  (J.),  54,  107. 
Hélène  de  Russie    (S.  A.  I.  la  gr.- 

dii'  liesse),  15,  215,  311. 
Hell'éricli  (Mlle),  214. 
Heller  (S.),  78,  105,  142,  160,190, 

238,  270,  271,  283. 
Hellmesberger,  74,  131,  427. 
Henkel,  206. 
Henri,  205. 
Henrichs,  346. 

Henri™  (Mlle),  6,  262,  441,  449. 
Henrion  de  Solènes,  278. 


Henrotay,  63. 

Henselt,  213. 

Hensler  (MmeE.),  81,  103,  277. 

Hantschel   (E.),    3,   11,    67,    374, 

375. 
Héquet(G.),  52,  81,160,167,402. 
Herbeck,  213,  419. 
Herluison  (Mlle),  266,  267. 
Herman  (A.),  6,  16,  36.  46,  70,  78, 

79,  81,  98,  117,    126,  152,  153, 

177,  302,  343,  362,  426. 
Hermann,  276,  395. 
Hernandez,  275. 
Hernoud, 267. 
Hérold,  197,   204,  209,  221,    310, 

326. 
Hérold  (Mme   veuve),  102. 
Herrenschneider,  205. 
Hersant  (Mlle  O.),  110,  378. 
Hervé  (F.),  170,  205. 
Herwyn  (M.   et    Mme    H.),  6,  38, 

63,  230. 
Herz  (H.),    43,  52,   98,   102,   161, 

206,  213,  267,   287,  310,  402. 
Herz  (J.),  213. 
Hess,  259,  267. 
Hess  (J.-C),  146,  246,   300,   303, 

409. 
Hesse  (LL.  A  A.  RR.   le  grand-duc 

et  la  grande-duchesse  de),  287. 
Iletsch,  254. 
Heugel,  5. 

Heugel  (Mlle  A.),  302. 
Heurard,  258. 
Heyberger,  261. 
Heyligenstadt  (Mlle  de),  163. 
Heymann,  425. 
Hicntzsch,  il. 
Higli,  411- 
Hignard  (A.),   54,  294,  301,    315, 

316,  441. 
Hilger,  206. 
Hille,  214. 

Hiller  (F.),  74,  163,  200,  254,  411. 
Hiller-Mitchcll  (Mme),  403. 
Hilliard  (Mlle),  190. 
Himy  (Mlle),  448. 
Hitzmanu,  275. 
Hochstettcr  (F.),  277. 
Hocmelle  (E.),  6,  22,  62,   78,  346. 
Hoelck  (Mlle),  102. 
Hoffer-Kohler  (Mlle),  259. 
Hognet,  287. 

Hollande  (S.  M.  la  reine    douai- 
rière de),  93. 
Kollassy  (Mlle),  435. 
Holm  (Mlle),  207. 
Holmes  frères,  171. 
Holtzem,  186. 
Homps,  122. 
Hooghe  (d'),  32. 
Hopdé  (Mrnrl,  102. 
Horschelt  (A.),  278. 
Horstig,  366. 
Horzalka,  346. 
Hostein,  37,  181,  222. 
Hubert  (J.),  196,  351. 
Hucbald,  228,  382. 
Hucca  (Mlle),  206. 
Huerta,  318. 

Huet  (Mlle  V.),  6,  45,  73. 
Hugo  (V.),  3,  45,  88, 143,  281,  378, 

448. 
Hulsen  (de) ,  102.  402,  426,  434. 
Humbert  (Mlle  L.),  101. 
Humblot,  63. 
Humboldt  (de),  286. 
Hummel,  70,  93,  122,    142,    166, 

244,  270. 
Hiiuten,  108. 

Hurand,  118,  391,  402,  400,  410. 
Hnry-Haigh,  7. 
Hutschenruyter  (Mlle.  H.),  3. 
Hyacinthe,  13. 

I 

Ikelmer  (A.),  205. 
Imbault  (Mlle),  259. 
Ingelwrg-Starck  (Mme),  23. 
Inkli  (Mlle  I.),  199,  363. 
Isbert,  135,  136. 
Isidore  de  Séville,  359. 
Ismaël   32,  386. 
Ismaël  (Mme),  39. 
Isnard  (Mme),  23,  93. 


Jachmann-Wagner  (Mme),  287. 

Jackson  (Mme  A.),  223. 

Jacob  (V.),    110,   132,    133,    134, 

135,  136. 
Jacobi  (G.),  52,   54,    73,  88,  140, 

161,  166,  178,  402. 
Jacoby  (H.),  450. 
Jacquard   (L.),    6,  22,  29,  38,  54, 

58,  70,   73.  79,    92,    126,  142, 

271,  310,  311. 
Jacqueminot  (le  général),  277. 
Jacques  (Mlle),  38. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 

Jadassohn,  419- 

Jaëll  (A.),  46,  54,  62,  73,  81,  87, 

88,  101,  106,  111,  121,137,  141, 

170,  183,  263,  287,300,  347,  418. 
Jahn  (O.),  74,  205,  394. 
Jaillet,  252. 
Jalheau,  63. 
Jallais  (A.  de),  22,  285. 
Jancourt,  191. 
Jandeau.  276. 
Jansenne  (Mlle),  449. 
Jaspar,  63. 

Jauner-Krall  (Mme),  163,  247. 
Javal,  81. 

Jean  (d'Amiens),  258. 
Jean-Paul,  116,  186,  399. 
Jeliotte,  218,  225,  242. 
Jeltsch  (C),  386,431,  442. 
Jenneval,  37. 
Jérôme,  47,  63. 
Jessel  (A.),  277. 
Joachim   (J.),   15,    63,   147,  183, 

206,  255,  419,  427. 
Johannsen,  183. 
John  (C),  246. 
Joiuville  (Mlle),  313. 
JolietfH.),  292. 
Jolly  (Mme  de),  47,  55,  338. 
Joly,   258. 
Joly  (A.),  277. 
Jomard,  81,  167,  350,  351. 
Jomelli,  202,  214. 
Jonas  (E.),  268,  351. 
Joncières  (V.),  190. 
Jones  (W.),  290. 
Jorris,  426. 

Jouard  (M.  et  Mme),  82,  154. 
Jouassin  (Mlle),  244. 
Jourdan,  6,  36,  80,   99,  166,  189, 

191,  237,  270,  319,  338,  354,  363, 

371,378,387,435,450. 
Jouvin  (B.),  188. 
Juclier,  198. 
Jue,  42. 

Juillerat  (P.),  13. 
Julian  (T.),  100. 
Jullien,  22,  38,  62,  81,    92,    102, 

109,  122. 
Jullien  (Mme  veuve),  121,  271,  294. 
Jullien  (Mlle),  101. 
Jung(L.),  287. 
Jung-Guibert  (Mme  L.),  137,  159, 

302. 

K 

KadefO.),  394. 

Kaiser,  32. 

Kalergis  (Mme  de),  81. 

Kalkbrenner  (A.),  31,  108,  310. 

Kalliwoda,  81,160. 

Kanschine  (D.),  205. 

Kap.y  (G.),  213. 

Karoly  (Mlle),  336,  309,  440. 

Karr  (A.),  37,  72. 

Kaschpéroff,  32,  161. 

Ka*tner  (G.),  14,  81, 163, 167,  203, 

227,  333,  370,  394,  410,  416. 
Kastner  (Mme  Escudier-),  324, 338, 

371. 
Katow  (Mlle  de),  126,  347,  371. 
Katto  (Z.-B.),  346. 
Kéerkëmëty,  3. 

Kenneth.  (miss),  103,  204,  230. 
Kéraniou  (de),  144. 
Kerle  (J.  de),  93,  345. 
Kerne,  122. 
Ketten  (H.),  6,   22,  29,  106,  137, 

146,  150,  254,  449. 
Ketterer  (E.),  6,   14,   22,   36,  46, 

54,  62,  79,  88,   152,    246,   302, 

3S6,  419. 
Riesling,  223. 
Kime,  433. 

Kindermann,  285,  287. 
Kiss-.loszi,  14. 
Klaproth,  290,  291. 
Klein,  90.  146,  203,  442. 
Klett,  367. 
Klosé,  222,  351. 
Koch  (J.-F.-G.),  11,  367. 
Kock  (H.  de),  353. 
Koehler,  263. 
Koempel  (A.),  38,  46,  61,  77,  81, 

101,  105,  106,   107,    136,    142, 

412. 
Kœnig,  6,  357.  378. 
Kœnnemann,  284,  324,  371. 
Kœster,  442. 
Kœster  (Mme),  102,  223,  355,  3S7, 

442,  450. 
Kœtlitz,  47. 
Kologrivoff  (V.),  215. 
Kontski  (A.  de),  111,  271,  303,  432. 
Kontski  (C.  de),  117,  303,  432. 
Kopp,  369. 
Kortzer,  286. 

Kotschoubey  (la princesse),  39,100. 
Kraeshner  (E.),  254. 
Kral'zotr  (J.),  125,  178,  204,  213. 
Krall  (Mlle),  386. 


Kramer  (C),  73. 
Kraty-Baschik,  418. 
Krausnick,  434. 
Krebs-Michalesi  (Mme),  239. 
Krestowsky,  271. 
Kretzschmann,  131,  246. 
Kreutzer,  128,  129,  160,  219,  223, 

236. 
Kreutzer  (L.),  21,  166,  178,  354. 
Krug  (D.),  378,  450. 
Kruger  (G. I,  82. 
Kruger  (W.),  38,   46,  58,  62,  73, 

81,    106,    142,    146,    152,    160, 

213,  278,  310,  386,  387. 
Kruger  (le  docteur),  214. 
Kûcken,   82,   160,  219,    236,  247, 

363,  370,  376,  387,  449. 
Kuhl  (Mlle  A.),  38,  88,  106. 
Kuhne,  363. 
Kul,  247. 

Kune  (A.),  326,  370. 
Kuniscli,  407. 


Labarre,  52,  376. 

Labat,  402. 

Labat  (Mme  V.),  47. 

Labaye,  132. 

Labbé  (Mlle),  266. 

Labéda  (Mlle  C),  190. 

Labiche  (E.),  330,  353. 

Labit  (H.),  170,  206. 

Lablache  fils,  286. 

Laborde  (Mme),  15. 

La  Bruère,  201. 

Laçassagne  (l'abbé),  27. 

Lacaussade,  294. 

Lachner  (V.  et  F.),  93,  111,  254, 

311,  362,  371,  386,  411. 
Lack  (L.),  277. 
Lacombe  (L.),  46,  81,  92,  101, 105, 

117,  120,  137,    142,    160,    197, 

213,    219,   238,    302,   354,   376, 

419,  448. 
Lacombe  (Mlle),  213,  261. 
Locourt  (Mme),  82. 
Lacressonnière,  353. 
Lacressonnière  (Mme),  11. 
I.a  Fage  (A.  de),  42,81,  205,351. 
Laferrière,  37,  153. 
La  Ferté<  (de),  297. 
Lafeuillade,  55. 
Lafon  (Mme),  15,  111,  147. 
La  Fons-Melicocq  (de),  257. 
Lafont,  49, 119. 
Lafont  (C),  182. 
La  Fontaine,  68,  182. 
Lafontaine,  37,  180,197,203,416., 
Lafranque  (Mlle),  403. 
I.agai'de  (P.),  136,  1S5. 
Lag^t,    39,    253,    275,    393,    422, 

449. 
Laaet-Planterre  (Mme),  145. 
Lagier  (Mlle  S.),  153. 
Lagnier  (Mlle),  213. 
Lagramanti  (Mlle),  285,  450. 
Lagrange   (Mme  A.  de),    80,    362, 

387,  395,  403,  411,  442. 
Lagrange  (Mme),  353. 
Lagrua  (Mlle  E.   de),   15  ,  23,  39, 

47,    53,  80,  93,  111,   138,  147, 

155,   163,  183,  199,  206,  230. 

221,  239,  253, 277,  310,  353,  371, 

387,  425,  432. 
Laguesse  (Mlle),  117. 
Lainez,  314. 
Laîr  de  Reauvais,  7. 
Lajarte  (T.  de),  2. 
Lalanne  (Mlle),  89. 
Lalliet,  275. 
Lalo    (E),  6,  22  ,  28,    38,  54,  5S, 

70,  73,  92,  99,  126,  142. 
Laloue,  449. 

La  Msdelaine  (S.  de),  318. 
Lamakiel,  295. 
Lamare  (de),  259. 
La  Marre  (l'abbé   de),  218. 
Lamartine  (de),  392,  437. 
Lamber  (F.),  326. 
Lambert  (L.),  434. 
Lambert  (Mme  M.),  78. 
Lambertini  (l'abbé),  260. 
Lambotte  (Mlle),  63. 
Lamorlière  (Mlle  de),  45,  143,  287. 
La  Motte,  218. 

Lamoureux(Cl,  6,  14,  31,70,  116. 
Lamoury  (P.),  117,  166,331. 
L'nmpillas,  415. 
Lanari,  339. 
Lang,  263. 
Langer  (H.),  101. 
Laughaus,  355. 
Langlé  (F.),   182. 
Langlois  (le  colonel),  2S6. 
Lapchina  (Mme),  72. 
Lapommeraye  (Mlle  de),  22,54, 

81,  S9,  142,278,  302,440,441. 
Laprade  (V.  de),  389. 
Lapret    (E.),  6  ,  22,  29  ,  38,    54, 

58,   70,  73,  92,  99,  126,  142. 


Lapret  (L.),  434. 

Larabit,  81. 

Larina  (L.),  411. 

Laroche,  266,  283. 

La    Rochefoucault   (Mlle    L.    de), 

311,  370. 
La  Rounat  (de),  99. 
Larrivée  (Mme),  225. 
Lascelles  (Mlle),  93. 
Lassabathie,   22,  297,   313,   315, 

341. 
Lassen  (E.),  170. 
Lasserre   (J.),  98,  178. 
Lasslo-Doria  (Mme),  223. 
Lasso  (Orlando),  93,  345. 
I.assouche,  434. 
La  Tanaye  (l'abbé  de),  217. 
Laterza,  15. 
Latila,  202. 

Latouche  (Mme),  93,  378. 
Latour,  225. 

Latour  Saint-Ybars,  317. 
La  Trémouille  (le  duc  de),  194. 
Laub,  147,  244,  271,  287,  302. 
Lauch  (C).  3. 

Laudoux  aînée  (Mlle),  258,  259. 
Laurence-Cyriali(Mme),7,  55,110, 

154,  198,  214. 
Laurent,   169,  182,  337. 
Laurent  (T.),  277. 
Laurent  (Mme),  100,  121,   318. 
Laurentie,  205. 
Laussel  (A.),  277,  318. 
Lauterbach,  74. 
Lautier,  276. 
Lauton  (L.),  92, 106. 
Laval  (Mlle  C),  53. 
Lavenu  (L.-H.),  3. 
Lavoye  (Mlle),  82,  91,  371. 
Lawroff  (Mme  M.),  402. 
Laya  (L.l,  182,  294,  352. 
Lays,  313. 
Lazareff,  147. 
Lebeau  (A.),  54,  81. 
Leblanc  (Mlle),  337. 
Leborne,  173. 
Lebnuc,  21,  30,  38,  54,  70,  73,  92, 

105,117,  126,  160,  205,  214. 
Lebreton,  39. 
Lebrun   (A.j,   46,  126,    158,   178, 

269,  410,  450. 
Lechesne  (Mlle),  267. 
Lecieux(L.),  99,120,143,150. 
Leclère,  119,  393. 
Leclercq  (Mlle),  82,  98,  259,   440. 
Lecomte  (Mlle),  258. 
Ledent,  63. 

Lee,    54,   62,   t)9,  199,  410,  440. 
Lefébure-Wély  (M.  et  Mme),  4,  5, 

22,    62,  79,  106,  146,   167,  169, 

198,  213,  285,362. 
Lefebvre(H.),  22,337. 
Lefebvre  (J.),  146. 
Lefebvre  (de  Lille),  47. 
Lefebre  (de  Rouen,  90. 
Lefebvre  (Mme  Faure-),  100,  109, 

120,  161,  174,  237,  274,  293,  31S, 

324,  330,  393,  422. 
Lefeuve,  182. 
Lefort  (J.),   7,  21,  22,  46,  58,  78, 

105,    117,   143,  166,   243,   263, 

271,277. 
Lefort  (d'Angers)  ,  121. 
Lefranc,  151. 
Legendre,  179,  270,  319. 
Legouix  (E.),  190,  245. 
Legouvé  (E.),  180. 
Legrain  (Mlle),  247. 
Legrand  (E.),  277. 
Legrand  (du  th.   lyrique),  227, 

441. 
Legrand  (P.),    13,  92,    120,    153, 

176,  205,  212. 
Legros,  53,  225. 
Leîimann  (E.),  277. 
Leibnilz,  290. 
Leins,  363,  403. 
Lelong,  267. 

Lemaire,  158,  274,  308,  447. 
Lemaire  (de.  Strasbourg),  47. 
Lemaire  (Mlle),  206,  254,  338,  371, 

419. 
Lemaitre  (F.),  13. 
Lemercier  (Mlle),  50, 136, 15S,  189. 

237,  307,  329,  361,  3S6,  393. 
Lemmé  (C),  26. 
Lemmens,  12,  90,  91,  278,  302. 
Lemmens-Sberrington    (Mme),    7, 

182,  263  ,  371. 
Lemoine  lA.)  ,  42. 
Lemonnier,  7. 
Lenormant,  227. 
Lenz  (de),  1S7,  279. 
Lenzi  (P.),  379. 
Léo,  202. 
Léonard    M.  et  Mme),  47,  74,  93, 

141,  27S,  346,  347,  370. 
Léonce,  239. 
Léonova  (Mlle),  303. 
Léopold,  47,  198. 


Léopold   (S.  M.  le  roi  des  Belges), 

110,  1-69. 
Léotard,  197,  369. 
Lepercq,  162,  302. 
Lépine  (E.),  167. 
Le  Play,  332. 
Lepot-Delahaye,  259. 
Leprévôt,  30,  198,  205,  262. 
Léris(de).  136,180,185. 
Lerouge,  222. 
Le  Roux  (J),  257. 
Leroux,  293,  401. 
Leroy  (instr.),  142,  191. 
Leroy  (de  l'Op.-Com.),  238,  402, 

409. 
Le  Sage,  114. 
Lesage,  221,  227,  337. 
Lesie  (H.),  198. 
Lespérut  (le  baron  de),  331. 
Lessing,  434. 
Lesueur,  68,  342,  409. 
Le  Tanneur,  432. 
Letellier,  63,  102,  303,  371. 
LétGr   101. 
Leuvèn  (de),  37,    45  ,  49,  73,  80, 

204,  402,  434. 
Levasseur,  169, 181,  318,  393. 
Lévèque,  169. 
Lévy  (F.),  440. 
Lévy  (M.),  203. 
Lévy  (S.),  267,  346. 
Lévy  (Mlle  C),  159. 
Leybach,  155. 
Lhéritier  (Mme  Ricquier-),  88,  99, 

117,  205,  403. 
Lhomet,  449. 
L'Hôte  (A.),  29,  116. 
Lhuillier,  362. 
Liadova  (Mme),  72. 
Lichtenstein,  360. 
Liébé,  261. 
Liebig,  239. 

Liesniewska  (Mme),  263. 
Limbach  (Mme) ,  247. 
Limnander,  2,  81,  223,  361. 
Lincelle,  81,  434. 
Lind-Goldschmidt  (Mme  J.),  6,  239, 

247,  339. 
Lindau  (R.),  440. 
Lindpaintner,  261,  319,  403. 
Lionnet  frères,  150,  237,  287. 
Lipp,  363. 
Lippe  (Mlle),  160. 
Liszt  (F.),  23,  29,  44,  70,  88, 142, 

197,    223,  346,    370,    379,  395, 

419,425,  426. 
Lita  (Mlle),  303,  326. 
Litolff  (H.),  3,  4,  22,  29,  32,   47, 

54,  55,  61,  63,  81,  86,  93,  105, 

110,    142,  155,    189,    190,  254, 

285,  311,  370,  386,  441- 
Litschner    (Mlle),   32,  74,  92,  244, 

303,  326,  338,  346. 
Litté,  47,  82. 
Livry(Mlle  E.),  100,109,136,  229, 

277,  284,    337,  345,   386,    413, 

414. 
Lobkowitz  (le  prince),  251. 
Lobstein,  169. 
Lockroy,  310, 
Loder  (E.),  410. 
Lodi,  103. 

Loëwe  (T.),  255,  271. 
Lola-Montès  (Mme),  278. 
Longueville  (A.),  154,  300. 
Loret,  238. 
Lorini  ,  39  ,  138,   155,  363,    395, 

435. 
Lorini-Mariani   (Mme)  ,  163,  1S2, 

188,  206,  347. 
Lorini- Vera  (Mme),  138,  207,  270, 

319,  347,  353. 
Lortzing,  39,  191,  207,  231. 
Losse,  275. 
Lotsky  (J.),  346. 
Lotti  délia  Santa  (Mme),  103,  238, 

277,  346. 
Lotto  (J.),  121,  137,  141. 
Louault,  47,  403. 
Lovely  (Mlle),  331. 
Loys,  267,449. 
Lubeck  père,  74. 
Lubeck  (E.),  32,  46, 1R6, 142,  182, 

310. 
Lubert,  3. 
Lucca  (F.),  3. 
Lucca  (Ville),  387. 
Lucche6i,  52, 117. 
Luchini  (Mlle  R.),  230. 
Lueder,  442. 
Luguet  (H.),  153. 
Luguet  (IL),  212,  417,  434. 
Lully,  100,  182,  225,  400. 
Lumley  (M.   et  Mme),  278,   319, 

330. 
Lund  (Mlle),  171. 
Lurine  (L.),  418,  433. 
Lutz,   440. 
Lux,  261. 
LwolIT  (A. -F.   de),    147,  231,  238, 

262,  271. 


Lyon  (M.  et  Mme  E.),  6,  73,  88, 

177. 
Lysberg  (C.-B.),  110. 

M 

Macaferri,  47. 

Mac-Farren  ,  182,    326,355,  371, 

387. 
Mac-Mahon  (le  maréchal  de),  162. 
Maesen  (Mlle  de),  63, 162. 
Magin  -Marrens,  167. 
Magne,  82,   91,  214. 
Magnien  (F.),  44,  275. 
Magnien  (V.),  162,  302. 
Magnus  (D.),  21,  36, 18  »,  189,  253, 

318,  362,  37S,  424,  434,  441. 
Magnus  (Mlle  C),  311. 
Magny  (Mlle),  337. 
Mabler,  130. 
Mahuet,  331. 
Maïkoff  (Mme),  103. 
Mailand  (E.),  298,  299. 
Maillard  (Mlle),  313. 
Maillard  (Mlle  E.),    81,  160,  250, 

267. 
Maillart  (A.),  15,  47,  Gl,  81, 147, 

162  ,  163,  170,  181  ,   188,    213, 

284  ,   293,    294  ,   317,   319,  324, 

325,    337,    345,    353,    354,  362, 

378,393,410,417,  425,437,438, 

439. 
Maillot,  418. 

Maine  (la  duchesse  du),  18. 
Malagola,  347. 
Malard,  266. 
Malézieux,  347. 
Mallefille  (F.),  196,  244,  318. 
Malpass  (Mlle),  258. 
Mancel  (Mme).  318,  450. 
Manchicourt  (P.  de),  345. 
Manelli,  201. 
Mangeant  (S.),  54,  205,  212,  234, 

269,  434- 
Mangin,  198. 
Mangot  (Mlle),  258. 
Manotte  (L.),  230,  278,  426. 
Manry  (C),  31,  88,  101,  120,  105 

198,  222,  411,  447. 
Mansour,  146,  177. 
Manvoy  (Mlle),  266. 
Maquet  (A.),  417. 
Mara  (Mme),  263. 
Marcello  (M.),  138, 160,  219,  263. 
Marchand  (E.j,  418. 
Marchand  (Mlle  M.),  99. 
Marchant,  176,  370. 
Marchisio  sœurs  (MIJes),  100,  102. 

109,  145,  169,  204,  245,   249. 

250,  270,  277,  284,  309,  324,  337. 

345,   353,   361,  370,    386,  400. 

409,  425,  433,  441,  449. 
Marchot,  93. 
Marcoliui  (Mine),  430. 
Mareschal  (G.),  434. 
Maretzeck,  170,  231. 
Margucrie  (L.),  111. 
Mariani   (A.),   80,  247,  347,  395. 

411. 
Marie-Antoinette  (la  reine),  282. 
Marié,  177. 
Marimon    (Mlle),  21,  145,  161. 

229,  245,  274,  318,  324,  350, 

370,  371,  433,  446,  447. 
Marini,  15,23,  53,138,  147,171. 
Mario,  161,  169,  170,  189,  198. 

214,  230,  238,  270,  277,  273. 

325,  349,  370,  371,  386,  393, 

409,  422,  441. 
Mariotti,  308. 
Markevitsch,  103. 
Markowski,  278. 
Marlow  (Mme),  387,  403. 
Marloye,  131. 
Marmontel,  45,  213,  410. 
Marnet  (L.),  389,  442. 
Marochetti,  14,  54,  106,  12Ô,  178. 
Marot  (C),  45. 
Marpurg,  278,  287. 
Marquet  (Mlle  D.),  119. 
Marra,  230,  395. 
Marra-Volmer  (Mme),  279. 
Mars  (Mlle),  60. 
Marschner,  38,  207,  223,  319,  411, 

419,  449. 
Marseille    (S.  Gr.  l'évêquc    de). 

213. 
Marsollier,  250. 
Martainville,  337. 
Martin  (A.l,  36,  205. 
Martin  (E.),  99,  284,  336. 
Martin  (P.),  22,  262,  278. 
Martin  (de  I." Opéra-Comique),  274. 

314. 
Martin  (décorateur),  85,  414. 
Martin  (organiste),  140. 
Martin  (d'Amiens),  173. 
Martin  (de  Lille) j  146. 
Martin  (de  Kimes),  426. 
Martin  (Mlle  J.),  78, 120, 143,  150, 


DES  NOMS. 

Martinet  (Mlle),  121. 

Martinez  (Mme),   46. 

Martini  d'Ormoy  (Mme),  47. 

Marty  (Mlle),  197. 

Marval,  83. 

Marx  (A.),  58,  137,  187. 

Marx  (de  Berlin),  326,  371. 

Marzi  frères,  213. 

Mas,  98,  117. 

Massart,  03,  189. 

Massart    (Mme  A.),   6  ,    29  ,   70, 

141,  440. 
Massât,  276,  402. 
Massé  (V.),  2,  3,  37,  100,  169, 

318,  324,  387,  419,  450. 
Massé  (Mlle),  47. 
Massen  frères,  311. 
Massenet  (J.),  259,  394,  418. 
Massimino,  25,  43. 
Massini  (F.),  411. 
Masson  (M.),  11,  182. 
Masson  (Mlle  E.) ,  14,  108,  324, 

338,  371,  379,  387,  402. 
Massot  (M.  et  Mme),  144,  450. 
Massy  (Mlle  L),  121,  435. 
Mathias  (G.),  2. 

Mathieu,  63,  326. 

Mathieu  (E.),  449. 

Mathieu  (J.-N.),  286. 

Mathilde  (S.  A.  I.  la  princesse) , 

54. 
Mattmann  (Mme),  70,  149. 
Matton,  106,  222. 
Maucourt,  407. 
Maugard,  23,  47,  93. 
Mauraisin   (Mlle),  198,  214. 
Maurin,    6,  14,22,  35,  38,  54, 

92,  105,  126,  150,  158. 
Mauro,  347. 
Maury,  203. 
Mayer  (J.),  403. 
Mayer  (Mlle  L.),  53. 
Mayerhofer  (M.  et  Mlle),  32,  93, 

121,  426. 
Mayeur,  222,  275. 
Mayseder,  155. 
Mazzoleni,  32. 
Méa   (Mlle),  369. 
Mechelaëre,  357. 
Medori  (Mme),  395. 
Megnot,  7. 
Méhul,    74,  128,  129,  250,  295. 

355,  391,  392,  441. 
Meilhac  (H.),  369. 
Meillet,  14,  35,  115,  366. 
Meillet  (Mme),  32,  74,  213,  337, 

365,  449. 
Méjan  (le  comte),  302. 
Mélcsville,  182,  318. 
Mélingue,  100,  417. 
Mellinet    (le  général),    81,    154 

167,  198,  205,  275. 
Mellon  (A.),  7,  82,  303,  326,  371, 
Melvil  (Mme),  82. 
Membrée   (E.),  79,  120,  136,  143, 

154,  167,  204. 
Meudelssohn-Bartholdy  ,    23,    28, 

29,  44,  46,  52,  57,  63,  70,  81, 

86,  93,  98,  99,  102,  105,  106. 

121,  125,   138,    141,  150,  159, 

160,  169,  178,  189,  191,  199. 

206,    219,   236,    239,  263,  287, 

321,  329,  331,  338,  371,  377  . 

392,  395,  418,  419,  435,  441 , 

447. 
Mendès  (la  segnora  C.),  197. 
Mendioroz,  250,  266,  267. 
Meneau  (L.),  147,  410,  434. 
Mcngand,  7. 
Menier  (P.),  120,  365. 
Menjaud   (Mgr),   370. 
Mérante,  337. 
Mercadante,  78,  231,  425. 
Mercey  (de),  377. 
Mercier,  39. 

Mercklin,  12,  46,  73,  90,  302. 
Mercuriali,  206. 
Mercurier,  394. 
Méreaux  (A  ),  263,  302,  431. 
Merelli  (F.),   3,  163,  182,  188, 

199,  214,  254,  263,  2S7,  311, 

339,  353,  363,  387. 
Mérian  (le  baron  de),  291. 
Méric,    32,    63,    121,  346,  378, 

384,  403. 
Méric-Lablache  (Mme  de),  386. 
Mérimée,  294. 
Merly,  2,  39,  102,  109,  114,  153, 

182,  206. 
Mermant,  318,  371. 
Méry,    36,  100  ,  143  ,   222  ,    228  , 

230,  249,  250,  254,  294,  326, 

338,  350. 
Méry  (L.),  346. 
Mcsser  (F.),  147,  155,  3S0. 
Messon  (Mlle),  7. 
Mestépès,  310. 
Mélastaso,  226,  309. 
Mctgé'f    .),  326. 
Metiifessel  (E.),  254. 
Metternich  (le  prince  de),  154. 


Mey  (A.),  69,  402. 

Meyer,  21. 

Meyer  (L.  de),  147,  223,  239,  246, 
254,  380. 

Meyerbeer  (G.),  6,  7,  14,  23,  29, 
30,  30,  39,  47,  53,  55,  57,  59, 
71,  74,  79,  80,  81,  82,  91,  92, 
93,  98,  101,  102,  108,  100,  110, 
113,  114,  120,  121,  122,  137, 
138,  141,  144,  145,  146,  152, 
153,  154,  155,  160,  167,  170, 
177,  179,  101,  198,  199,  205, 
206,  207,  214,  222,  223,  231, 
236,  238,  239,  247,  253,  254, 
262,  263,  270,  271,  286,  287, 
293,  295,  301,  310,  311,  318, 
319,  323  ,  325,  356,  329  ,  330  , 

334,  337,  339,  343,  345,  346, 
347,  352,  353,  354,  355,  357  , 
362,  363,  370,  371,  374,  377, 
378,  384,  386,  387,  394,  395, 
402,  403,  411,  416,  41",  419, 
424,  425,  426,  427,  432,  434  , 
442,  449,  '(50. 

Meynne,  183,  189. 

Michaëlis  (G.),  239. 

Michal  (Mlle  L.),  206. 

Micheau  (Mlle),  102. 

Michel  (A.),  448. 

Michel  (Mlle),  378. 

Michot,   77,  120,  153,  169,  181, 

253,  309,  324,  345,  353,  301, 

380,  400,  425. 
Mick   (Mlle),  387. 
Migriant,  275. 
Milesi,  206. 
Millont,  162. 
Minnesaenger,  370. 
Miolan  IMme  veuve),  92. 
Mira  (Mlle  M.),  46,  58,  59,   213. 
Mîraglia,  15. 
Mirai,  250,  266. 
Mirapelli,  82,  338. 
Mirés  (Mlle],  213. 
Miroy  (Mme  C.),  37. 
Miska-Hauser,  222,  295. 
Mocker,  145,  158,  318,  329,  386, 

422. 
Mocker   (M.),  418. 
Moderati,  311. 
Moësner  (Mlle  M.),  15,  63. 
Mohenot  (J.),  265. 
Mohr,  101,  149,  198,  236,  353. 
Mohr-Dietsch  (Mme),  47. 
Moisson  (Mlle),  3. 
Moitessier,  262,  27S. 
Moléri,  386. 
MolidofT  (Mlle)  ,  162. 
Moline  Saint-Yon  (le  général),  205 
Molique,  347. 
Momas,  32. 
Momigny  (G.  de),  53. 
Moncouteau,  409. 
Mondonville,  193,  194,  201,   202, 

218,  225,  226,  241,  242. 
Monestier,  268. 
Mongiardini,  379. 
Mongini,   23,   39,    53,    122,    138, 

155,  170,  189,  206,  214,   23S 

239,  254,  263,  271,  277. 
Moniot,  205. 
Moniuszko,  311. 
Monjauze,  32,  337,  365. 
Monnais  (E.),  81,  167,  237,  416, 
Monnier  (A.),  228. 
Monnier  (H.),  237,  337. 
Monplaisir  (Mlle),  229. 
Monrose,  196,  401. 
Monrose  (Mlle),  2,  5,  50,  91,  100, 

109,  120,  136,  151,  204,  229, 

262,  293,  301,  324,  329,  337, 

353,  361,  370  ,  373,  336,  393, 

418. 
Montagne  (Mlle),  40. 
Montaland  (Mlle  C),  153,  337. 
Montanello   (B.),  25. 
Montaubry,  5,  23,  50,  53,  61,  73, 

80,  92,  136,  145,  152,  161,  204 

229,  237,  245,  293,  318,    324, 

329,  353,  361,  393. 
Montauriol,  391. 
Montaut  (Mme),  162. 
Montcavrel,  270,  33S. 
Montéclair,  27. 
Monteil,  282. 

Montelli,  120,  154,  310,  403. 
Montigny,  94,  138. 
Montigny-Lemoine,  119. 
Montmant,  450. 
Moralt,  15. 

Morcau,  270,  295,  319. 
Moreau  (E.),  154. 
Morcau  (Mlle),  14,  227,  441. 
Morcau-Sainti   (M.  et  Mme),  130. 
Morcl  (A.),   15,  63,  92,   102,  169, 

335,  340. 

Morclli,  345,  353,  425,  433,  441, 

449. 
Morère,  266,  275. 
Moretti,  27. 
Morin-Nilo  (M.  et  Mme),  449. 


17 

Morini  (F.),  2,  117,  278,  38.%  442. 

Morino,  47. 

Moritz-Reuchsel  (Mlle),  137,  150, 

410. 
Morley  (C.),    299. 
Morny  (le   comte  de),  120,    167, 

354. 
Moroni  (L.),  231. 
Morris,  419. 
Morrison,  32. 
Mosata,  416. 
Moscheck  (C.),    82. 
Moschelès,  98,  254,  267,  286,  386, 

440. 
Moskowa  (le  prince  de  la),  154. 
Motto,  430. 
Moulin,    198. 

Moulins  (S.  Gr.  l'évêque  de),  262. 
Mouravieva  (Mme),  53. 
Mouret,  18,  127,  126. 
Mouron  (Mlle),  145. 
Mozart,  2,  14,  21,  23,  29,  32,  33, 
34,  35,  38,  44,  52,  58,  70,  74, 
87,  90,  98,  101,  105,  110,  116, 
120,  126,  138,  146,  149,  150, 
160,  175,  189,  191,  199,  206, 
219,  231,  236,  254,  259,  261, 
263,  287,  311,  325,  341,  360, 
361,  363,  371,  377,  395,  403, 
426,  430,  434,  442,  448. 
Muhldorfer,  32. 
Muhlendorf,  284. 
Muir-Wood,  74. 
Mulder  (R.),  419. 
Mulder  (Mlle  L.),  37(1,  386. 
Muller,  38,  52,  69,  78,  9S ,  160, 

254,  435. 
Muller  (E.),  244. 
Muller  frères,  217,  239. 
Muller  (Mlle),  387. 
Munchheimer,  435. 
Murât  (le  comte  J  ),  167. 
Murât,  161. 
Muratet,  267,  275. 
Murer  (Aille  L.),  92,  101,  106. 
Murger  (H.),   269,  417. 
Musard  père,  3. 

Musard,    2,  154,  179  ,  198,  205, 
225,  233,  238,  246,  U70,  286, 

294,  295,  301,  319. 
Musset  (A.  de),    45,  190,  416. 
Mutel   (A.),  36,  46,  99,  246,  331. 

N 

Nadaud  (G.),   6,  150,  347. 

Nœgeli  (H.),  10. 

Nagenzaun,  287. 

Naglia  (Mme),  147. 

Najac  (de),  182. 

Nantier-Didiée  (Mme),  23,  39,  47, 

53,  71,  80,  138,  144,  198,  200, 

214,  220,  238,  247,  326,  345, 

353,  374,  425,  432,  450. 
Napoléon   III  (S.  M.  l'Empereur), 

31,  61,    86,  92,   109,  161,    181, 

230,  278,  286,425,  433. 
Napoléon  (S.  A.  I.  le  prince),  190. 
Nargeot,  342. 
Nargiller,  111,  378. 
Nassau  (  LL.  AA.    RR.     le    grand 

duc  et  la  grande-duchesse  de), 

311,  319,  370,  450. 
Nathan  (E.),  14,  32,   54,  81,  110, 

117,  142,  169,  262,  378,  449. 
Nathan  (deVÙjiéra-Comique),  186, 

213. 
Nathorp,ll,  367. 
Navarre  (Mlle),  347. 
Nefl  (A.),  263. 
Negrini,  231,  270. 
Nelly  (Mlle),  337. 
Neri  (Saint-Philippe),  415. 
Neri-Baraldi,  277,  286. 
Ncswadba,  138,  271. 
Neuberth,  222,  276. 
Neukomm   (S.   et  A.),  131 ,   167, 

287,  291,  419. 
Neulat  (M.  et  Mme),  23. 
Neumans,  1S3. 
Neustedt  (C.),   294,  3S6,  424. 
Ney  (C.),  21,  44,  52,  62,  70,  117, 

126. 
Ney  (Mlle),  20G. 
Niboyet  (P.),  105,  302. 
Niboyet  (Mme),  351. 
Nichetti  (l'abbé  A.-M.),  41. 
Nicolaî,  82,  371. 
Nicolo,  1S3,  274. 
Nicou-Choron,  331. 
Niedermeyer,  81,  167,  198,  238, 

2liS,  277,  331,  334,  378. 
Niel  (le  maréchal],  246. 
Nielscn(N.-P.),  137. 
Nielsson  (Mlle  C.),  311. 
Niemann,  222,  230,  231,  245,  263, 

295,  310,  311,  326,  339. 
Nieuwerkerke  (le  comte  de),  92. 
Nissen-Saloman  (Mme),  94, 103. 
Noël,  276. 

Nolau,  85,  414,  441. 


18 

Kollet,  78. 
Noltës  (Mlle),  231. 
Norbliri,  52,  92. 
Norrowine  (I.),  325. 
Nourrit  (A.),  344,  390. 
Nourrit  (R.),  434. 
Novello  (.lime  C),  3C3,  387. 
Nuertès  (S.),  254. 
Nuitter,  310. 
Numa-Blanc  (Mme),  433,  441. 

0 

Oberthur,  206. 

Obiu,  86, 145,  204,  250,  309,  324, 
370,  449. 

Obrecht  (J.),  344. 

Ockeghem  (J.),  344. 

Odesenne,  47. 

Oehlcnschlaeger,  394. 

Oiïenbach  (J.),  2,  5,  14,  23,  38, 
51,  100,  109,  116,  121 ,  122, 
136,  138,  167,  169,  170,  107, 
214,  231,  238,  247,  271,  277, 
284,  287.  301,  303,  318,  319, 
324,  337,  355,  362,  393,  395, 
402,  409,  413,  414,  435,  441, 
445,  446,  447. 

Offenbach  (Jules),   106,  160,  354. 

O'kelly,  441. 

Olbacli  (le  baron  d'),  217. 

Ole-Bull,  239,  255,  311,  394,  419. 

Olivier  (Mlle).  162. 

Onslow,  93,  149,  333. 

Oppel,  206. 

Oppelt  (G),  15,  110,  205,  230. 

Oprawil  (Mlle),  377,  386. 

Orange  (S.  A.  R.  le  prince  d'), 
55. 

Orban  (Mlle  M.  d'),  442. 

Orfila,  107. 

Orlandini,  201. 

Orléans  (C.  d'),  45. 

Orléany,  138. 

Orray  (Mme  G.    d'),  346. 

Orsini,  163,  188,  347,395. 

Ortigiie  (J.  d'),  81,  167,  198,  205. 

Ortolani  (Mme),  83,  355. 

Orwil  (Mlle),  393. 

Osmond  (le  comte  d'),  154,  338. 

Oubilicheff,  187. 

Oudshoorn ,  32,  93  ,  121  284  , 
426. 

Ouseley  (S.),   290. 

Oxenstiern  (le  comte),  295. 

Oxtoby  (Mlle),  162. 


Pacini,  254,  394,  403,  427. 

Pacini  (E.),  85,  394. 

Paër,  408,  409,  430. 

Paër  (A.),  222; 

Paër  (Mme),  331. 

PaËz  (C.  de),  311. 

Paganini,  408,  409. 

Pagans  (L.j,  120,  144,  433. 

Page  (Mlle),  136,  181. 

Pages,  442,  450. 

Pagez  (Mlle),   331. 

Pagngelï,  125,  347. 

Pailleron  (E.),  317. 

Pain  (Mme),  3. 

Paisiello,  70,  176,  222. 

Paladilhe  (A.),  62,  79,99,245,258, 

358,  393,  425,  441. 
Palestrina,  345. 
Palfy  (le  comte),  250,  251. 
Palianti  (L.),    190,   i29. 
Pallini  sœurs    (Mlles),  147. 
Palmieri  (Mme),  411. 
Pancani,   138,  245,  270,  346,  353, 

361,  377. 
Panis,  431. 
Pannard,  18. 
Pannetrat  (Mlle) ,   189,   222  ,  230, 

S85,  393,   422. 
Panofka  (II.),  222,  310. 
Panseron  (A.),  3,  270,  278,  370. 
Papin,  276. 
Paque,  189, 
Paquis,  166. 
Parade,  337. 
Parepa  (Mme),  7,   03,  263,  303, 

419,  450. 
Paris  (A.J,  42,  167,  194,  195,  220, 

221,  230,  236,  237. 
Paris  (U.),  426. 
Paris  (S.  E.  l'archevêque,  de),  117. 

145. 
Parizot  (V.),  205. 
Parme  (S.  A.  It.  la  duchesse  de), 

294. 
Parmentier  (M.   et  Mme),  246, 

261. 
Pascal,  270. 
Pasdeloup,  28,   77,    81,    87,    97, 

120,  129,    145,    167  ,  195,    198, 

250,  270,  276,441. 
Pasi,  109. 
Pasqualati  (le  baron),  419. 


Pasqué,    170,  394. 

Pasta  (Mme),  114,  349. 

Pastou  (de),  42. 

Patriossi  (M.  et  Mme),   6,   271, 

419. 
Patry,  7. 
Pati   (Mme   A.),    170,   205,    222, 

347,  395. 
Paulin  (M.    et  Mme),  6 ,  70.  136. 
Paulin  (Saint-),  228. 
Paulus,  102. 
Paur,  442. 
Paurelle  (Mlle),  449. 
Pavani,  199. 
Paxton  (J.),  243, 
Pazzi  (E.),   325 
Pélissier  (le  maréchal),  280. 
Pellegriu  (Mme),    81,  151,  153. 
Pelletier  (J.),  270,  282,283,  377. 
Pelletier  (l'abbé),  205,  410. 
Pellini  (Mlle  R.),  163. 
Pemmark,  197. 
Penco  (Mme),  6,  21,  34,  61 ,  109, 

114,    117,    153,    169 ,  189,  198, 

222,    238,    247,  270,  353,  361, 

370,    377,    384,  402,    1,00,    425, 

433,  441,  449. 
Pêne  (H.  de),  230,  319. 
Pentenrieder  (X.),  183. 
iJény,  146. 
Pépin,  39,  403. 
Péreuil,  258. 
Pérey  (C.),  245. 
Perez(don  V,),  423. 
Perfall  (de),  15. 
Pergolése,  176,  201. 
Péri  (J.),  103,  138,  415. 
Périé,  275,  386,  391. 
Périga  (Mlle),  119. 
Périllé,  82. 

l'erman  (J.),  238,  277. 
cerne,  323. 
Perny   (P.),  23,    108,   191,    270, 

354- 
Péronnet  (G.),  400, 
Péront,  258,  266,  318,  414. 
Perrault,  274. 
Pcrrin  (E.),  120,  173. 
Perron,  55. 
Perrot,  94,  136,  411- 
Perrot  [du  Conservatoire),  259. 
Perrot  de  Renneville,  370. 
Perruggi,  55,  122, 13*. 
Persigny  (le  comte  de),  230,  243, 
Peschard,  77,  267,275,  283,  393. 

425,  437,  4Î9. 
Peschel  (Mlle),  267. 
Pestalozzi,  10. 
Petipa,  85,  92. 
Petipa(Mme),  72. 
Petit    (P.),  146,  250,  266,    267, 

283. 
Petit  (ban/Ion),   302. 
Petit  (Mlles  M.  et  L.)  ,  267. 
Petitet  (Mlle) ,  266. 
Petiton,  203. 

Petrella,  32,  155,247,  319. 
Petrolï,  303. 
Pfau,  355. 
Pfeiffer  (G.),  31,  38,   52,  82,  98, 

238,  262,  294,  418,  441. 
Pfeiffer  (T.),  10. 
Pfeiffer  (Mme  C.),  154,  370,  418, 

441. 
Pfotzer  (Mlle),  198,  250,  266,  283. 
Piatti,  287,  311,  425. 
Piavo  (F.-M.),  Il ,  12,  254. 
Picard  (Mlle  A.),  150,  258. 
Piccini,  202,  217. 
Piccioli,  103. 
Piccolo,  14. 
Piccolomini  (Mlle),   91,  155,  163, 

170,  181,  271. 
Pickaërt,  259. 
Piedbœuf,  63. 
Piermarini,  293. 
Pierson,  355. 
Pierson  (Mlle),  244. 
Pignant,  275. 
Pilati,  120. 
Pilet  (L),  70. 
Pilinski  (S.),  277. 
Pillet-Will  (le  comte),  54,  02. 
Pilling  (miss),  82. 
Piquet- Wild  (Mme),  63. 
Piron,  292. 
Pinon,  331. 
Pisari,  442. 
Pischeck,  303,  387. 
Pistilli  (A.),   387. 
Pithou-Chéret  (Mme),  54. 
Pizzigali,  32. 
Placet,  246. 
Platitude  (C.),  190,262. 
Planté   (F.),   28,  44,  70,  116. 
Plessy(Mme  Arnould-),  153,369. 
Pleyel  (Mme  M.),  53,  61 ,  73,  81, 

86,  101,  105,  142,  278. 
Plock    de    Bcrthier   (  Mme    M.  ) , 

40. 
Plou  (Mlle  M.),  434. 


TABLE  ALPHABETIQUE 

Poé  (E.),  197. 

Pohl  (E.J,  353. 

Poincet,  125. 

Poinsot  (Mlle),  111. 

Pointaux  (Mlle),  258. 

Poisot(C),  54,  205,  434. 

Poize  (F.),  47,  99,  402,  434. 

Pokorny,  15. 

Polignac  (le   prince  A.   de),  15!i, 

213. 
Polonini,  271. 
Pomey,  299, 
Pompadour  (la  marquise  de),  201, 

202,  218,  226, 
Ponce  de  Léon  (S.),  154,  252.  319. 
Ponchard  (C.),  61,  158,  186,  318, 

324,  394,  422. 
Poniatowski  (le  prince  J.),  5,  37,  45, 

73,  81.  85,    120,  154,  167,  169, 

277,  319,  377,  410. 
Ponsard  (F.),  182,  293,  317,  369. 
Ponsin  (Mlle),  206,  283,  317,  306. 
Pontet,  82,  449. 
Ponti  (Mme),  403. 
Poorten  (A.),  94. 
Porst,  21. 
Portehaut,  213. 
Potel,  210,  227,  399. 
Potesini,  261. 
Potier  (C.),  119,  150,  337. 
Potier  (M.   et  Mme    H.),  2,  130, 

137,  150,  354. 
Pouillet,  131. 
Pouilley,  154,  198,  214. 
Pourcelle,  23. 
Pourchez,  276. 

Pouschkine,  38,  171,  215,  325. 
Poussèze  (Mlle),  15,55, 394,  410. 
Poznianski,  183. 
Pozzi  (Mlle),  379. 
Pozzo,  426. 
Pradal  (Mlle  A.),    266,  267.  355, 

426. 
Pradeau,  102,  434. 
Prechtler  (O.),  191. 
Pressel  (G.),  111,247,  355. 
Prévost,  26. 

Prikhounova  (Mme),  72. 
Prilleux,    4,    50,   100,    136,    158. 

180,  308,  386,  434- 
Prohaska,  207. 
Prost,  270. 
Prost  (Mlle),  109,   308,  310,   374, 

386,  393. 
Protat  (l'abbé),  394- 
Provini,  6,  46. 
Provost,  403. 
Provost  (E.),  402. 
Prudent  (E.),    2,  22,31,   46,    52, 

54,  61,  70,    71,  73,  81,  87,  92, 

100,  110,121,  122,  150,310. 
Prume  (E.),  3. 
Prume  (J.),  271,  286. 
Prumier  père,  203. 
Prumier  (C.),  262. 
Prusse  (LL.   AA.    RR.   le  prince 

régent  et  la  princesse  de),  122, 

171,  223,311,  318,  319. 
Puget,  73,  338. 
Pugni,  94. 

Puliga  (le  comte  de),  154. 
Pyne    (miss    L.),    199,  310,    363, 

371,  395,  419,  435. 


Quclus,  231,  303. 
(Juesne,  318. 
Quew,  171,  191. 
Quinchez,  245. 


Itabaud  (H.),  137,150. 

Haby  (Mme),  386. 

Radecke,  435. 

Radccke(Mme  R.),  13S. 

Radziwill  (le  prince  de),  319. 

Raine,  275. 

Rambures  (de),  26,  43. 

Rameau,  68,  12 7,  218,  221,   292. 

Ramelli  (Mme),  433. 

Randhartiger,  326. 

Ransdorf,  93. 

Raoux,   109,  132,  133,    134,  135, 

136. 
Rathail  (J.  de),  227. 
Rauïs  (Mme),  82,  419. 
Raupach,  346. 
Raux  (Mlle),  258. 
Ravaisson,  167. 
Ravel,  37,  181,  353,  393,  417. 
Ravina,  46,  8S,  101. 
Ravisy,  141. 
lîayual,  151,  3S6,  448. 
Raynard,  229. 
Baynaud   (Mme),  32,  47,   55,  93, 

146,346,  410,  420. 
Raynouard,  113. 
Rebel,  18. 
Reber,  22,  70,  261,  416. 


Reboul,  276. 

Rebsamen  (J.-J.J,  418. 

Redern  (le  comte  de),  7,    39,    47, 

155,  422. 
Rée  (E.),  73. 

Regnault  de  Prébois  (Mme),  212. 
Régnier,  153,  244,  319,  401,  403. 
Régny  (Mlle),  266,  283. 
Régondi,  7. 
Reichardt  (A.),  31,  246,  277,  281, 

286,  295,301,  418,  434. 
Reine  (Mlle  L.),  387,394. 
Reinecke  (C.),  347,  395. 
Reissiger  (G. -T.),  3. 
Reiter,  199. 
Reizet  (J.  de),  154- 
Uellstab  (L.j,  426,434,  442. 
Rémaury  (Mlle),  270. 
Reuvy  d'Auxerre,  382. 
iîémusat,  442. 
Renard,  45,  61,  98,  102,  120,  277, 

386,  393. 
Renaud,  31. 
Renouleau  (Mlle),  250. 
Réty  (C.),  129,  145,  161,  294,  325, 

337,  345,  416. 
Reuss  (le  prince  de),  154. 
Rèverand,  276,  402. 
Révial,  294. 

Révilly  (Mlle),  109,  308,  386. 
R-y,  347. 
Rey  (Mlle  A.),  222,  325,  357,  401, 

402,  418,  425. 
Rey-Balla  (Mme),  63,  326,  386. 
Rey-Saimon  (Mme),  162. 
Reyer(E.),  3,  337,345,  362,  41S, 

441. 
Reynaud,275. 

Reynier  (M.  et  Mlle  L.),  125. 
Riban,  333. 
Ribes,  15,245,  353. 
Ricci  (L.),3. 
Richard  (Mlle  Z.),  189,  254,  262, 

273. 
Riohter,  354. 
Ricordi(T.),354. 
Rie   (B.),  70,    92,  101,    110,  116, 

117,  205. 
liiebesthal,  26. 
Riedle(C),  122. 
Riehl,  267,  268. 
Ries  (F.),  187. 
Riester  (Mlle),  258. 
Rietschel,  338. 

ietz(J.),138,  206,  363,  395. 
Rifaut  (Aille),  258. 
Riga,  385. 
Rignault  (Fr.),  62,  106,  142,  203, 

441. 
Rillé  (L.     de),    54,    81,  160,   198, 

219,   236,    268,   346,    351,    385, 

426,  449. 
Rinaldo  (de  Capoue),  202. 
Rinuccini  (O.),  415. 
Riquer(Mlle  E.),  237. 
Ristori  (Mme),  180,  197, 2 '2,  230, 

432,  442. 
Ritter  (T.),  2,. 6,   29,  31,    78,  79 

106, 1S2,189,  219. 
Rivay  (Mlle),  197,  213,  226. 
Hobberechts  (A.),    198,   205,    434. 
Robert,  162. 
Rotertaux,  205. 
Robilanski,  206. 
Robin,  173. 
Rocco,  47. 
Roche  (E.),  434. 
Rochefort,  145, 151. 
Rocke,  32. 
Rode,  259. 

Rodrigues  (E.),  SI,  167,  19S. 
Rœber  (F.),  395. 
Roehn,  132. 
Roentgen,  395. 
Roever  (L.),  286. 
Roger,  2,  7,  14,  21,  38,  45,  51,  61, 

77,  91,  106,  120,  146,  190,  198, 

205,    206,    213,  230,    237,   245, 

253,  262,  270,  2S4,  303,  310,  311, 

318,  325,326,  303,370,387,  395, 

402,  410,  449. 
Roger  [baryton],  222. 
Roger  (du  Conservatoire],  276. 
Roger-le-Fëron,  258. 
Rogier  (C.),  402. 
Rogier  (de Lille],  265. 
Rohault  de  Fleury,  361 . 
Rohleder  (J.),  26. 
Roissy  (Mme  de),  170,  206,  230. 
Rokytanski,15. 
Rolin  (Mlle),  267,  275,414. 
Rolla,  430. 
Rolland  (A.),  99,180. 
Rollandini  (Mlle  L.),  146. 
Roller,  71,131. 
Rolliu,  153. 
Romagucsi,  163. 
Roraberg  (H.),  3, 160. 
Rouconi,  144,  189,  198,  238,  361, 

370,  3S0,  393,    402,    409,    417, 

449. 


I  Rondeau,  39. 

Rongé,  383. 

Ronzani  !D.),  346. 

Ronzé  (MmeC.),  362. 

Roqueplan  (N.),  158,  229,  273, 
284,  293. 

Roques,  258- 

Rore  (C.  de),  345. 

Rosa,  379. 

Rosati  (Mme),  2,  53,  71,  72,  9a, 
136,271. 

Rosenhain  (J.),  55,  88,  418. 

Rosselloty  (A.),  182,  262. 

Rossi,  138,  426. 

Rossini,  34,  59,  62,  82,  83,  103, 
109,  113,  138,  150,  153,  154, 
161,  162,  178,  182,  190,  199, 
204,  205,  231,  238,  249,  254, 
263,  294,  311,  319,  325,  330, 
339,  346,  353,  355,  368,  371, 
393,  403,  411,  414,  416,  441, 
442.  . 

Rota,  427. 

Roubin  (A.  de),  22. 

Rouen  (S.  E.  l'archev.  de),  90. 

Rouff,  121. 

Rouget  de  Lisle  (Mlle) ,  259. 

Roulle  (Mlle),  259. 

Rousseau,  214,  313: 

Rousseau  (J.  J.),  187,  176,  194, 
202,  217,    221,  366,  367. 

Rousseil  (Mlle),  266. 

Roussel,  78. 

Rousselot,  70. 

RoyerfA.),  30,  161,  212,  250. 

Roze,  318,  354. 

Rozier,  361. 

Roziès  (Mlle),  250,  267,  317,  324, 
325,  337,  365. 

Rubé,  85  ,  414,  441. 

Rubi,  347. 

Rubini,  349. 

Rubinstein  (A.),  74,  94,  147,  170, 
190,  206, 215,  255,  295,  319,  326, 
419,  442. 

Rucquoy,  55,  244,  261,  371. 

Ruda  (MmeR.  de),  32,39,  55,13S, 

Ruf  (K.),  222. 

Ruggi,  155, 

Ruiner,  100. 

Ruitz,  395. 

Rumigny  (le  général  de),  333. 

Rumrael  (J.),  38,  103,  394. 

Russie  (LL.  MM.  l'Empereur  et 
l'Impératrice  de),  39,  215,  238. 

Russie  ;S.  M.  l'Impératrice  douai- 
rière de),  109,  138,  161. 

Rust,  294. 


Sabatier,  6,   14,    22,    35,  38,  54, 

158. 
Sabatier  (Mme  Gavaux-),  21,  22, 

78,  79,  143,  166,  449. 
Sabatier  (Mlle  J.),  22,  78. 
Sabatier-Blot  (Mlle),  267. 
SabourofT  (de),  23,  190,  205,  230, 

246,  271,  285,  294,  425. 
Sacchero  (M.),  238. 
Saëmann-Paëz  (Mme),  102,  311. 
Saenser  (E.;,  69,  92. 
Sain  d'Arod,  63,  230,  27S,  318. 
Sdnt-Aguet  (Mlle),  267,  275. 
Saint-Amant,  45. 
Saint-Brice,  7,  198,  214. 
Saint-Elia  (la  princesse  de),  207. 
Sainte-Foy,  17,   23,   59,  61,  100, 

106, 109,  145, 152,  158,213,  237, 

318  ,  338,  345,  350  ,    353,  361, 

373,  447. 
Saint-Georges  (de),  2,  5,  S5,  284, 

31S,  365,  377,  386,  409,  413. 
Saint-Huberti  (Mme),  313. 
Sainti  (T.),  130. 
Saiutis,  426. 
Saint-LéOD,  53,  71,  72. 
Saint-Marc  (Mlle),  100. 
Saint-Martin,  121. 
Sainton,  62,  73,  80,  189,  425. 
Saint-Saeus,   120,    129,    142,  213, 

406. 
Saint-Salvi,  285. 
Saint-Urbain  (Mlle),  2S7,  393,  417, 

425,  441,  445. 
Saint- Victor,  294. 
Saint-Yves,  176,  294,  31S. 
Salazar  y  Luua  (B.  de),   415. 
Salle  (Mlle),  18. 
Sallis,  276. 
Salmon,  26. 
Salomon  (H.),  353. 
Salvator-Luis  (D.),  415. 
Salvi,  111,230,253,255,  295. 
Salvini,  207. 
Sampayo  (O.),  154. 
Sampieri  (le  marquis  de),  167. 
Samson,  78,  237,  369. 
Sanchioli  (Mme),  7,   23,   83,  109, 

147,    161,    162,    204,  222,    230, 


244,   262,  294,    326,    338,   346, 

371,  426,  441. 
San-Clementi  (le  duc  de),  278. 
San  nier  (Mlle),  23,  302. 
Sapm,  121. 
Sarasate,  59,  78,   149,    310,   394, 

402,  441. 
Sardou   (V.),  161,  197,  284,  293. 
Saretie,  314,  315. 
Sari,  319. 
Sarolta  (Mlle),  230. 
Sarti  (V.),  379,  387,  42?. 
Sasonofï,  213. 
Satow,  394. 

Satriano  (le  duc  de),  32. 
Saunière  (P.),  31. 
Sauvage,  136,  185,  386. 
Sauvageot  (C),  121. 
Sauveur,  25. 
Sauzay,  61. 
Savart,  333. 
Savary,  198,  403. 
Sax  (A.),  27,  32,  38,  110,  130,  132, 

133,  134,    135,     136,    246,   262, 

276,    294,    331,  332,    333,   334, 

335,  336,  432. 
Sax   (Mlle  M.),  2,  14,  45,  46,  145, 

153,    166,    230,    263,   270,    273, 

284,   293,   310,   324,    353,  386, 

Saxe  (S.  M.  le  roi  de),  31. 
Saxe-liobourg   (S.  A.  R.    le    duc 

de),  23,  71,  230,  247,  311,  326, 

378,  450. 
Saxe-Weimar  (S.  A.  le  grand-duc 

de),  230. 
Sbriglia,  346. 
Scalese,  319. 
Scannapieca,  231. 
Schachner,  387. 
Schafhault,  131. 
Scharnke  (Mlle),  347,  450. 
Schedeaieyer  père,  162. 
Scheidemann  (H.),  219. 
Schenck.  187. 
Scheremberg  (Mme),  310. 
Schey,  13. 
Schiller,    47,    53,    230,  355,   370, 

386,  403. 
Schimon,  150. 
Schindelraeister,  263. 
Schindler,  187. 
Schlesinger  (H.),  294. 
Schlosser  fières,  243. 
Schlottmann,  222. 
Schmidt  (G.),  155,  190,  252,  360, 

378. 
Schmidt  [Mlle  E.),  206,  287,  303, 

311. 
Schneider,  199,  311. 
Schneider  (Mlle),  269,  434. 
Schneitzhoeffer,  414. 
Schnorr,  206,  287. 
Schober,  326. 
Schoberlechner  (Mme),  94. 
Schodel  (Mme),  63. 
Schœn  (F.),  402,  425. 
Schott  (Mine  B.),  63,  450. 
Schrader,  11. 
Schreck  (Mlle),  204,  287. 
Schrceder-Devrient  (Mme),  46,  50, 

92.  102,  310,  155,  174. 
Schubert   (Fr.),    79,   80,  83,   100, 

160,    162,    163,    183,    239,  377, 

400,  448. 
Schubert  (Ferd.),  3. 
Schubert  (C),  170. 
Schubert  (Mme  A.),  30,  62,  379. 
Schubert  (Mlle  G.),  122,  163,  387. 
Schuloff  (J.),  410.  442. 
Schûltz  (H.),  378. 
Schulze,  366. 
Schumann   (R.),  32,    58,   70,  74, 

77,  81,   83,   93,   102,   105,  199, 

206,  239,  355,  395,  426. 
Schumann  (Mme  C.),  15, 155,  347, 

395,  411,  435,   442. 
Schumpff,  106. 
Schunké,  426. 
Schûtsky,  363,  403. 
Schùtze,  12,  40,  73,  90,  302,  442. 
Schutzenberger,  21,  121. 
Schwab    (F.),   21,   55,  163,    261, 

294,  377. 
Schwab  (Mlle),  259. 
Schwarzbach  (Mlle),  223. 
Schwœderlé  (M.,  Mme  et  Mlle), 32, 

93,  121,  426. 
Scot-Erigène  (J.),  382. 
Scott,  322,  278. 

Scribe  (E.),  2,  47,  49,  182,  221, 
263,  287,  293,  301,  324,  337, 
303,  409,  417,  441,  445,  440, 
449. 

Scribot,  450. 

Scudo  (P.),  152,  203.  204,  223, 

Sébault  (C),  222. 

Seelig  (H.),  6,  143. 

Segarelli,  146. 

Seghcrs,  177. 


Ségisser  (Mlle  A.),  101,  110,  137, 

142,  152. 
Séguier  (A.),  131,  333. 
Seiffert,  286,  303. 
Séjour  (V.),  37,  100,  153,  294. 
Séligmann  (P.),   19,  39,   83,   138, 

162,  169,  278,287,  410. 
Sellenick,  294,  315,  316. 
Sellette,  202. 
Séméladis,  39. 
Séménoff  (Mme),  373,  191. 
Semet  (T.),  114,  115,  310. 
Sendré,  198,  214. 
Senfl  (L.),  93. 
Sérene,  175. 

Sergent,  90,  302,  318,  354. 
Servais,  61,  88,  92,  117,  173,  182, 

223,  278,  286,  324,  326,  331. 
Sétoff,  72. 

Seyfried  (de),  187,  251. 
Shane,  394. 
Sieg,  254. 
Siévers  (Mme),  120,  143, 144,  150, 

311. 
Sighicel'.i  (H.),  105,  154,  366,  246, 

371,  378. 
Silas  (E.),  23. 
Silcher,  310. 
Simart,  18. 
Simon  (l'abbé),  145. 
Sims-Reewes,  371. 
Singer,  199. 
Singer  (Mlle),  54. 
Siraudin  (P.),  228. 
Sivori  (C.),  2,  6,   23,  31,    81,   88, 

136,    155,    198,  222,    247,    294, 

311,    324,   338,  362,    403,    410, 

434,  441. 
Skraup,  263. 
Smith,    122,   144,    103,   206,  214, 

237.  254,  271,  277,  419. 
Smith  (E.-T.),  82,263. 
Snel,  385,  441. 
Sobiéry,  7. 
Solié,  82,  91,  426. 
Solieri,  263. 
Solliva,  429,  430. 
Sollohub  (le  comte  de),  42,  118 

366. 
Solomé,  354. 
Sontheim,  387. 

Sophie  d'Autriche  (S.  A.  I.  l'archi- 
duchesse), 23a. 
Soubiran,  6. 
Soubre,  385. 
Souhaitty  (le  père),  167. 
Soulié  (F.),  181,  269. 
Soullier  (C),  238. 
Sowinski    (A.),    22,   92,   98,    111, 

121,  449. 
Spannagel  (Mlle),  403. 
Spezzia  (Mlle),  32. 
Spira  (E.),  31,  46. 
Spohr   (L.),   2,  23,  38,  60,  74.  77, 

107,    138,    222,    250,    251,   362, 

378,   406,    408,    418,   427,    429, 

430,  435,  450. 
Spontini,  82,   122,   240,  270,   278, 

333,  371,  379,  418. 
Squarcia  (D.),  163,  1L8,  399,  206. 
Stadt  (Mlle),  387. 
Stahl,  374. 
Stahn,  426. 
Stahremberg    (le     prince  G. -A.!, 

354. 
Stamaty  (C.),  349,  325. 
Stanley,   7. 

Stanzieri,  137,  154,  326. 
Stappers  (A.),  55. 
Starck   (Mlle   I  ),    125,   150,  166, 

178. 
Stare  (L.),  197. 
Stargardt,  254. 
Starzer  (Mme),  309. 
Stefani  (J.),  111. 
Steffani,  93. 

Steffenone  (Mme  B.),  270,  347. 
Stéger,  238,  295,  327. 
Stein  (le  baron  de),  239. 
Steiner,  450. 
Stendhal,  249. 
Stennebruggen,  55,  12),  163,  244, 

261. 
Sténosse,  275. 
Stévons  (Mme),  39. 
Stiel,  386. 
Stipaneck,  394. 
Stigelli,  346,  419. 
Stilcher,  47. 
Stokhausen  (J.),  55,   74,   83,  102, 

111,   121,    163,  191,    206,    285, 

287,  347. 
Stoeger  (Mlle),  223,  347. 
Stoll,  47. 
Stoltz,  302,  409. 
Stoltz   (Mme  R.),  109,    277,    326, 

330. 
Stoltz  (Mme),  122. 
Stoumon,  47. 
Stradella,  278. 
Strakoscb  (M.  et  Mme),  47, 170, 347. 


DES  NOMS. 

Stranski  (Mme),  39. 
Strassmann-Dambock  (Mme),  403. 
Strauss,  54,  205,  426,433. 
Stroecken,  46. 
Studemand,  11. 
Stumz  (J.-H.),  3,  93. 
Stutz  (P.),  294. 
Sudre  (M.  et  Mme),  28G. 
Sue  (E.),  229. 
Suiste,  258. 
Sujol,  263,  435. 
Sulzer  (J.),  191. 
Suppé,  111. 
Surdun,  150. 
Survie,  120,  131,  334. 
Susini,  170,  205,  222,  347. 
Szarvady-Clauss(Mme),31,  40,  58, 
78,  105,  142,  386,  411,   439. 


Taborowski,  23,  94,  29i,  303. 

Tacchinàrdi  (N.),  3. 

Taffanel  (M.  et  Mlle),  275,  399. 

Tagliafico,  31,  81,  105,  144,  238, 
271,  346,   418. 

Taglioni,  7,355.  370. 

Taglioni  (MmeM.),  2,  300,  318,  337, 
377,  386,  413,  414. 

Taigny  (E.),  386,  393. 

Talexy(A-),  136,339. 

Talexy  (Mlle),  246. 

Talma,  60. 

Talon,  82. 

ïalvo(MlleM.),394,  419. 

Tamara,  183. 

Tamberlick,  2,  23,  39,  47,  53,  80, 
91,  97,  100,  109,  120,  136,  138, 
146, 153, 101,  169, 204, 200,  230, 
238,245,  254,263,270,  271,279, 
286,310,318,353,  371,387,425, 
432,  450. 

Tamburini,  247. 

Tapi  au,  32. 

Tardieu  deMalleville  (Mme),  33. 

Tartini,  347. 

Taste,  182. 

Tasti,  347. 

Tati  (Mme),  170,  230. 

TaubrTt,  133,  371,  4-14- 

Tautin,  176. 

Tautin  (Mlle  L  ),  51. 

Tayau, 186,  387. 

Taylor  (le  baron),  2,  46,  154,  102, 
190,  203,  262,  405,  434. 

Tedesco  (Mm-),  15,  32,81,91,147, 
153,  161,197,204,212.253,  284, 
301,  318,  324,  337,  345,  357,  370, 
377,  385,  401, 417,  433,  441, 449. 

Tegerstrom  (MmeH.),311. 

Tcgner,  394. 

Teichmann.  278. 

Telesynski  (J.),  142,  154. 

Terby  (J.),  409. 

Terranova,  147. 

Terry,  03,  189. 

Terzagi  (le  main,,  is),  327. 

Tesi-Traiiiontani  (Mme),  309. 

Texier  (E  ),  278. 

Thalberg,  29,131,  151,178,  346. 

Tuêaulori,  209,  273,  274. 

Thélen,  122. 

Therlwals  (miss),  7,  435. 

Thiboust  (L.),  228,  269. 

Thierret  (Mme),  393. 

Thierry,  85,414,  441. 

Thierry,  (E.),  150,  403. 

Thomas  (A.),  5,  37,  45,  40,  49,50, 
61,  73,  74,  80,  81,  88,  99,  145, 
146, 160, 167, 169, 189, 108, 204, 
219,236,  243,302,324,  331,334, 
386,  416. 

Thomas  (J.),  286. 

Thomascik,  374. 

Thuillier  (Mlle),  393,  433. 

Thurner,  303,  394. 

Thys  (Mme),  102. 

Thys  (Mlle  P.),  89,  143,  222. 

Tiberini,  83,  355. 

Tichatscheck,  183,  397,  214,  239, 
254,  427. 

Tiéfensée  (MlleF.de),  39,325. 

Tilmant,  30,  46,  50,  87,  158,  166, 
169,  386. 

Tinctoris  (J.),  344,  440,441. 

Tinney  (F.-G.),  419. 

Tirabosclii,  415. 

Tisserant,  393,  433. 

lissier,  230,  285,  325. 

Tissot  (Mlle),  258. 

Tiljens  (Mlle),  103,  144,  170,  182, 
189,198,  200,214,  223,238,204, 
203,277,339,  371,387,403,419, 
435. 

Todor,  81. 

Tolbecque,  169. 

Tombcsi  (G.),  93. 

Tonel  (Mlle  L.),  410,  442. 
Tonelli  (la),  201 . 
Tordeus  (Mlle),  266,  283. 
Tosi  (Mme),  230,  395. 


Tostée  (Mlle),  152,  186. 
Tournier,  109, 132,  133,  134,  3  35, 

136. 
Tourte  (F.),  254. 
Touzé  (l'abbé),  285. 
Trautmann  (Mlle  M.),  387. 
Trebelli  (Mme),  32,  93,  3  53,  237. 

254,    325,    339,    347,    363,    373, 

378,    387,    395,    403,    413,  435, 

442,  450. 
Trefftz  (Mlle  J.),  449. 
Treitt,  431. 

Treumann  (K.),  15,  303. 
Trianon  (H.),  30,  307. 
l'riberth,  309. 
Tridémy  (J.),  277. 
Triébert,   70,  177,  191,  202,  208. 

331. 
Trinquart,  146. 

Trochu  (Mlle  N.),  180,  190,  197. 
Trœg  (A.),  286. 
Troplong,  120. 

Troy,  17,  45,  120,  145,  213,373. 
Tuai  (Mlle),  91,   386,  393,  422. 
Tugeniiolt,  371. 
Tulou,  30,  253. 
Turbri  (H.),  22. 
Turnbout  (G.  de),  345. 

U 

l'chard  (M.),  154. 

Ugalde   (Mme),   14,    35,    52,   109. 

115,    110,    129,    161,    389,  230, 

237,    245,    253,   262,   270,  277. 

284,    293,    301,    310,   318,  32U. 

445,  449. 
Uhland,  142. 

Ulmann,    47,  170,   302,  318,  347. 
Uschmann,  121,  261. 


Vadé  (Mme),  162,  439. 

Vadé  (Mlle),  353. 

Vaéz(G.),  100,  109,  173. 

Valentini  (Mme),  319. 

Valiquet  (H.),  294,  442. 

Vallée  (O.  de),  335. 

Valsovain,  339. 

Van-Ahsen,  302. 

Vandenhaute  (Mme),  93,  346,  419, 

450. 
Vandenheuvel  (Mme  C.  Duprez-), 
47,  61,  74,  100,  110,  129,  262, 
270,    273,    284,    293,    301,    309, 
310,    324,    353,   361,   380,   393, 
434. 
Vanderbeck  sœurs  (Mlles),  38,  52. 
Vandervelpen,  344,  345. 
Vaneri  (Mme),  69,  206,  238,  254. 
Van-Eycken,  394. 
Van-Hasstlt,  440,  441. 
Van-Haute,  160,  318. 
Van-Hoye,  344,  345. 
Vantrappe,  83. 
Varcollier,  81,  367,  193. 
Varesco  (l'abbé),  360. 
Varesi,   15,    120,    147,   170,    206, 

230. 
Varin,  221. 
Varney,  214, 
Vasseur  (L.),  275,  277. 
Vaucanson,  193. 

Vaucorbeil  (A.  E.  de),  45,  62,106. 
Vaudin  (J.-F.),  81,  160,219,243. 
Vaulhrot,  406 
Vautrin,  276. 
Vecchi  (Mme  C.  de),  337. 
Vény,  351. 
Venzano,  117. 
Vercken,  385. 

Verdi,  55,  74,  82,  103,  118,  138, 
147,    163,    167,   231,   311,  370, 
411,  441. 
Vei-din  (Mlle  B.),  154. 
Verhulst  (J,),32,  214,  385. 
Verne,  294. 
Verninck  (Mlle),  63. 
Véron  (le  docteur  L.),  389,  390. 
Véron  (P.),  36,  221. 
Verrimst  (V.-F.),  39. 
Verroust,  4)9,  440. 
Verstowski,  81. 
Vert,  420. 
Vervoite  (C.),  166,  310,  318,  354, 

386,  394,  410. 
Vestri  (Mlle),  349. 
Vestvali  (Mme),  1,  5,  53,  92,120, 

346,  353,  301,  377. 
Vialctti,  144,   200,  238,277,  339, 

419,  435. 
Vialon  (A.),  54,442,  450. 
Viard  (Mme  L.),  301,  116. 
Viardot.  (Mme  P.),  2,  14,  61,  S0, 
87,  120,161,1,75,190,  204,230, 
245,    293,   310,    311,   371,    377, 
386,  393,  394,  434,  441. 
Victor-Emmanuel  (S.  M.  le  roi  de 

Sardaigne),  416. 
Victoria  (S.  M.  la  reine  d'Angle- 


19 

terre),  102,  122,  170,  238,  239, 

325. 
Victoria  (Mlle),  144. 
V.eillard  (A  ),  128,  129. 
Viening  (Aille),   270. 
Vierling,  435. 
Vietinhoff,  103. 
Vietti  (Mme),  182. 
Vieuxtemp'i  (H.),    15,  23,  52,  53, 

72,  94,  103,  107,  111,  HO,  138, 

147,  223,    239,    254,    255,   271, 

310,   311,  347,  431. 
Vigourel,  63. 
Viguier   (M.   et  Mme),  6,   14,  22, 

35,  33,  54,  101,  105,  158,  166, 

178. 
Vila,  121. 

Vilbac  (R.  de),  90,  358,  370,  394. 
Villalobos,  415. 
Villanfret,  150. 
Villani,  81. 
Villebichot,  276. 
Villebois,  247,  271. 
Villemessant  (de1,  318. 
Villeneuve  (Mlle  O.  oe),  )S0. 
Villette  (Mme),  7,  214. 
Villiers  (Mlle),  212. 
Vincent  (A.),  39,  108,  410,  431. 
Viotti,  403. 
Vitaux,  362. 
Vivier,   230,    286,    2S7,  295,  319, 

338,  350,  370,  371,  »77. 
Viviers  (Mgr  l'évéque  de),  4G. 
Vizentini,  426. 
Vogcl  (A.),  378,  403. 
Vogler  (A.),  113. 
Vogler  (l'abbé)    206. 
Vogué  (le  comte  M.  de),  154. 
Voisenon    (l'abbé    de),    217,    225, 

226,  242. 
Voituret,  276. 
Voizel  (Mlle  C),  426. 
Volkmann,  394. 
Volpini  (M.  et  Mme),  346. 
Voltaire,  293. 
Von-Milde  (Mme),  171. 
Voss  fC.),  81,  198,  219,   268,  302, 

323,  351,  385,  426. 
Vounderlich,  14. 
Vrabély  (Mlle),  99. 
Vriès  (de),  2^5. 
Vriès  (Mme  de),  32,  63,  371,  387, 

435. 
Vrcye  (A.   de),  88,  142. 
Vrydagh,  32. 
Vulpian,  228. 

W 

Waagen  (Mme),  190. 
Wachtel,  303,  326,  355,  442. 
Wackenthaler  (M.  et  Mlle),   211, 

252,  426. 
Wadislavleff,  171. 
Wadmann,  367. 
Wagner  (R.  i,  21,  31,   33,  46,  58, 

68,  100,188,  231,255,  278,310, 

326,  433. 
Wagner  (décorateur)^  71. 
Wagner  (Mme  J.),  39,  37S. 
Walckiers,  349. 
Waldor  (Mmo  M.),  397. 
Waldteul'el  (M.  et  Mlle),  121,  122, 

125. 
Walew.~ki  (le  comte  dej    409,418, 

433. 
Wallace  (W.),  82,355,  363,  395. 
Wallenstein,  450. 
Wallon  (le  comte),  00. 
Walter,  199,  255. 
Warnotz   (M.   et  Mme),   55,  122, 

162,  338,  426. 
Warot,    91,    109,    101,    174,    178, 

237,    262,   274,    308,    330,  374, 

447. 
Wartel  fils,  210,  316,  353. 
Wartel  (Mme  T.),  302,  425. 
Watier,  47,  146. 
Weber  (C.  M,  de),  2,15,  32,  55,  70, 

89,  106,  113,117,  159,189,214, 

231,  239,  244,  254,  335,  363,  377, 

378,  3S5,  394,  426. 
Weber  (E.),  32,  93,  121. 
Wegeler,  187. 
Weiile  (C),  271. 
Weigand,  267. 
Weigl  (Mme  E.),  92. 
Weilich,  47. 
Weingacrtner,  267,  275 . 
Weismann  (Mlle),  270. 
Weith  (Mlle),  74. 
Wekerlin    (J.    B.),    59,   213,  409, 

433,  439,  440. 
Wellington  (lo  duc  de)    238. 
Wenner,  258. 
Wenzel-Muller,  102. 
Werdy  (Mme),  246. 
Werthcimber  (Mlle),  61,  121,159, 

205,  237,    245,    31S,   337,    303, 

361,    370,    373,    386,    393,  402, 

409. 


20 

Westmoreland  (le  comte  de),  3. 

Wetzenstein  (Mlle),  263. 

Wey  (F.),  294. 

Wicart,  82,  93, 147,  212,  221,229, 

237,    245,    319,   338,   346,  347, 

419,  450. 
Wicart  (décorateur),  32. 
Widor,  169. 
Wielheorsky  (le  comte),  109,  118, 

Wieniawski  (H.),  23,  54,  55,  147, 
163,  183,  262,  285,425,  432. 

Wieniawski  (J.),  23,  72,  81,  101, 
110,  137,  152,  154,  159,  170, 
183,  190,  262,  325,  378,  402, 
425,  433,  440,  449. 

Wieprecht,  271. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  RÉDACTEUBS. 


Wiesen  (M.  et  Mme],  81,  160. 
Wiest  (L.),  219. 
Wigand  (G.-H.),  60. 
Wignon  (J.),  265. 
Wilbrant,  55. 
Wild  (F.),  22,  38. 
Wildauer  (Mlle),  339. 
Wilden  (Mlle),  267. 
Wilhelmy,  450. 
Wilhem,  154,  363. 
Wilhéme  (Mlle),  63. 
Wilhorst  (Mme),  83. 
Wilke,  367. 
Willaërt  (A.),  345. 
Willems,  228. 
Willmann,  311. 
Wilson  (Mme),  6. 


Winkler  (L.),  367,  375,  376. 

Winter,  93,  419. 

Wittgenstein  (la  princesse),  197. 

Wocher  (MUe  de),  178. 

Woëlffle  (A.),  295. 

Wœstyn,  153. 

Woldemar,  26. 

Wolff(A.),62. 

Woltf  (E.),  14,  62,  108,  150,  152, 

159,  323. 
Wolff(J.-L.),  3. 
Wuerst  (R.),  435. 
Wuillaume,  267. 
Wuille  (H.),  163,   205,   210,  261, 

284,  324. 
WiUIner,  7,  385. 
Wurin,  303. 


Wurtemberg  (le  prince  E.  de),  302. 
Y 


Ymbert  (T.),   182,  378,  402,  410, 
418. 


Zacchi(M.),  311. 

Zaccone  (M.  et  Mme),  176,  434. 

Zacconi  (Mme),  231. 

Zadrobilek  (Mlle  A.),    22,   52,  82. 

89,  110,  125. 
Zahm,  299. 
Zara,  449. 
Zarzycki,  126. 


Zelger,  82,  144,  238. 

Zeller  (C.-A.-F.),  10. 

Zelter,  447. 

Zevaco  (Mme),  337. 

Zichy  (le  comte),  39. 

Zinck,  171. 

Zirndorfer  (MUe  M.),  183,  339. 

Zoboli,  231. 

Zœllner  (famille),  435. 

Zœlner  (C),  311,  354,  387. 

Zompi  (D.;,  14,  101,  116,  338. 

Zucchini,    12,    34,  61,    117,    169, 

270,  384,  425. 
Zumsteeg  (G.  A.),  22. 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  BÉDACTEUBS. 


Botte  (A.),  3,  19,  28,  35,  43,  44,  52,  58,  69,  78,  86,  87, 
98,  105,  108,  116,  125,  141,  149,  159,  166,  176,  177, 
219,  283,  300,  323,  330,  342,  368,  376,  400,  405,  424, 
431,  440,  447. 

Convert  (Aug.),  261. 

Duesberg  (J.),  260,  406,  429. 

Durocher  (L.),  34,  67,  114,  174,  209,  226,  315,  365,  437. 

Fétis  père,  9,19,  25,  41,  65,  179,  188,  233,  289,  305,  321, 
330,  344,  350,  358,  381,  391,  408. 

Gollmick  (K.),  360. 

Héquet  (G.),  59. 

Kastner  (G.),  227. 

Kronthal  (W.),  366,  374. 


LaFage  (A.  de),  4,20,  128.  211,  252,257,265,  281,  292, 

298,308,  397,  415,  423. 
Lindner  (O.),  308. 

Mathieu  de    Monter  (E.),  160,  268,  331,  351. 
Méreaux  (A.),  384. 
Parmentier  (T.),  60. 

Pougin  (A.),  18,  127,  193,  201,  217,  225,  241,  391. 
Rongé  (J.-B.),  5,  189,  384. 
Saint-Yves    (D.-A.-D.),    12,    36,   49,    72,    99,    119,    144, 

152,  157,  173,  180,  185,  196,  211,  228,  244,  269,  273, 

292,  307,  317,  336,  352,  369,  385,  392,  401,  416,  421, 

432,  445,  448. 


Smith  (P.),  1,  33,  85,  89,  113,  151,  186,  203,  249,259, 

J97,  313,  341.-389,  413,  439. 
Articles  signés  A.  B.,  186,  329. 
Articles  signés  D.,  59,  116. 
Article  signé  I.  R.,  243. 
Article  Bigné  M.  S.,  244, 
Articles  signés   P.   S.,    11,  17,  28,   29,  51,    57,  77,  97, 

177,  250.  275,  276,  282,  349,  357,  358,  373,  384,  414. 
Articles  signés  R.,  151,  176,  273,  324,  350,  422. 
Articles  signés  S.  D.,  71,  80,  143,  178,  220,  236,  253. 
Articles  signés  X.,  53,  91. 
Articles  signés  Y,  29,  61,  252. 


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BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,    1. 


27e  Année. 


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1er  Janvier  186 


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Dans  les  Déportements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  libraires,  et  aux 
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REVUE 


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Paris. 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse 30  >»       id- 

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Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 

DE   PARIS 

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DONT   VOICI    LES    TITRES   : 

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Une  nouvelle  composition  de 


SCÈNE  ET  CANZONETTA 

Chantées  par  Madame   Nanticr-  Didiée,  aux  représentations,  à  Londres,  du 

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PAROLES    ITALIENNES   ET   FRANÇAISES. 


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Trois  nouveaux  morceaux  de  D'ian»  : 

ROSÉE  DE  MAI.    —    V  CHANT  DE  LA  FILEDSE.  -  LES  OCTAVES,  ÉTUDE. 
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ARRANGÉE     POUR   LE    PIANO   SEUL,   DE 

Opéra  semi-seria  en  quatre  actes,  musique  de 


1I1U.  les  Abonnés  de  Paris  sont  priés  de  vouloir  bien  faire  re- 
tirer les  prîmes,  en  renouvelant  leur  abonnement,  dans  nos 
bureaux,  1,  boulevard  des  Italiens.  Nous  les  enverrons  franco 
aux  Abonnés  de  province. 


SOMMAIRE.  —  Revue  de  l'année  1859,  par  Paul  Smith;  —  Album  des  con- 
temporains, Album  de  Henry  Litolff,  six  proverbes  de  Gevaert,  par  Adolphe 
Botte.  —  Inauguration  de  l'orgue  de  Sainte-Clotilde ,  par  Adrien  de  Iia- 
Fagc.  —  La  maison  où  est  né  Grétry,  par  «Î.-B.  Kong-é.  —  Nouvelles  et  an- 
nonces. 


BEVUE  DE  L'AMEE  1859. 

Depuis  longtemps  nous  n'avons  eu  à  dresser  le  bilan  d'une  année 
aussi  riche  que  celle  qui  vient  de  finir  en  productions  théâtrales  d'un 
mérite  supérieur,  parmi  lesquelles  même  nous  comptons  un  chef- 
d'œuvre.  C'est  donc  par  la  qualité  exceptionnelle  de  quelques-uns 
des  ouvrages  qu'elle  a  enfantés,  et  non  par  leur  quantité,  en  général, 
que  la  défunte  année  se  distinguera  de  ses  sœurs  aînées.  Une  autre 
particularité  qui  la  caractérise,  c'est  la  lenteur  qu'elle  a  mise  à  débu- 
ter dans  la  carrière  ;  c'est  l'abstinence  complète  de  nouveautés  qu'elle 
a  observée  pendant  deux  grands  mois.  Chaque  théâtre  était  en  tra- 
vail, et  il  semblait  que  l'un  attendît  l'autre,  en  disant  comme  les  offi- 
ciers français  à  Fontenoy  :  «  Nous  ne  tirons  jamais  les  premiers.  » 
L'Opéra  préparait  Herculanum;  le  théâtre  Lyrique,  la  Fée  Cara- 
bosse  et  Faust,  dont  les  destinées  devaient  être  si  diverses;  et  l'Opéra- 
Comique,  le  Pardon  de  Ploërmel.  Rien  n'apparaissait  encore  ;  mais 
les  observateurs  tenaient  leurs  lorgnettes  incessamment  braquées  du 
côté  de  l'Orient,  pour  être  à  portée  de  signaler  la  naissance  de  l'un 
des  nouveaux  astres.  Enfin  Herculanum  se  montra,  mais  pas  avant 
le  mois  de  mars  ;  la  Fée  Carabosse  et  Faust  le  suivirent  à  quelques 
jours  d'intervalle,  et  le  k  avril  le  Pardon  de  Ploërmel  brillait  à  l'ho- 
rizon. Après  un  tel  effort,  le  repos  était  nécessaire,  et  les  théâtres  ne 
se  le  refusèrent  pas.  11  en  résulta  un  second  chômage  que  les  extrêmes 
chaleurs  de  l'été  prolongèrent  jusqu'à  l'automne.  Les  théâtres  repri- 
rent alors  un  peu  de  cette  activité  dont  le  succès  les  avait  dispensés  ; 
les  nouveautés  devinrent  moins  rares  et  atteignirent  à  peu  près  leur 
chiffre  habituel. 

Voici  du  reste  le  bulletin  détaillé  des  travaux  dont  nous  venons 
d'exposer  l'ensemble. 

Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Herculanum  à  l'avantage  d'ouvrir 
et  de  fermer  la  liste  des  œuvres  vraiment  inédites.  Roméo  et  Juliette, 
qui  vint  longtemps  après,  n'était  que  la  traduction  d'une  œuvre  ita- 
lienne, une  seconde  édition  revue  et  arrangée  des  Capuleti  c  i  Mon- 
tecchi,  que  nous  avions  déjà  vus  et  entendus  en  France.  Ce  qu'il  y  eut 
de  plus  remarquable  dans  la  pièce,  c'est  le  début  de  Mme  Vestvali , 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


qui  tenait  à  se  montrer  d'abord  en  costume  masculin.  Avant  elle,  une 
cantatrice  célèbre  en  Allemagne,  Mme  Csillag,  s'e'tait  essayée  avec  un 
certain  succès  dans  le  Prophète  et  dans  la  Favorite  ;  néanmoins  elle 
ne  s'établit  pas  chez  nous  :  Mme  Vestvali  fut  plus  heureuse.  11  n'y  a 
plus  à  noter  que  deux  reprises  :  celle  de  Y  Ame  en  peine,  et  celle  du 
ballet  des  Elfes.  Chose  singulière!  l'année  entière  s'est  passée  sans 
un  ballet  nouveau.  Mme  Rosati  s'en  est  allée,  Mme  Ferraris  est  reve- 
nue ;  Mlle  Taglioni  compose,  en  société  avec  MM.  de  Saint-Georges  et 
Offenbach  :  c'est  tout  ce  que  nous  avons  à  dire  pour  l'avenir,  comme 
pour  le  passé. 

Le  théâtre  de  l'Opéra-Comique  ne  pouvait  consacrer  trop  de  zèle, 
de  soins,  d'études  à  l'œuvre  d'un  compositeur  illustre,  qui,  pour  la 
seconde  fois,  lui  confiait  son  génie  et  sa  gloire.  Le  Pardon  de  Ploër- 
mel iut  monté  comme  il  devait  l'être,  et  produisit  tout  ce  qu'il  devait 
produire.  Les  trente-deux  premières  représentations  versèrent  plus 
de  195,000  fr.  dans  la  caisse  du  théâtre  :  c'était  environ  6,100  fr. 
par  soirée.  Depuis  sa  reprise,  le  chef-d'œuvre  a  prouvé  qu'il  n'avait 
rien  perdu  de  sa  force  attractive,  comme  un  digne  frère  de  cette 
Etoile  du  Nord,  de  ce  Prophète,  de  ces  Huguenots  et  de  ce  Robert 
le  Diable,  qui,  soit  d'un  côté  du  boulevard,  soit  de  l'autre,  occupent 
toujours  le  poste  d'honneur.  Les  autres  ouvrages  donnés  après  le 
Pardon  de.  Ploërmel  sont  :  le  Diable  au  moulin,  de  Gevaërt,  le  Ro- 
sier, de  Henri  Potier,  le  Voyage  autour  de  ma  chambre,  de  Grisar,  la 
Pagode,  de  Fauconnier,  Yvonne,  de  Limnander,  Don  Gregorio,  du 
comte  Gabrielli  ;  total,  7  pièces  et  U  actes.  En  fait  de  débuts,  il  y 
a  eu  d'abord  celui  d'une  charmante  jeune  fille,  qui  n'a  paru  que  pour 
être  applaudie  et  mourir,  la  pauvre  Mlle  Breuillé  ;  ensuite,  celui  de 
Mlle  Cordier,  celui  de  Mlle  Monrose,  celui  d'Ambroise,  qui  chantait 
aux  Variétés,  et  qui  maintenant  joue  à  l'Opéra-Comique. 

Au  théâtre  Italien,  dans  la  saison  du  printemps,  nous  avons  eu  le 
Polhtto,  de  Donizetti,  chanté  par  Tamberlick,  qui  nous  revient  tou- 
jours avec  les  hirondelles  :  dans  la  saison  d'automne,  Il  Cui  ioso 
accidente,  dont  le  titre  est  devenu  l'histoire  ;  car  c'est  un  accident 
curieux  que  celui  d'une  représentation  seule  el  unique,  dans  la  salle 
Ventadour  surtout.  Plusieurs  débuts  heureux  ont  compensé  l'échec  de 
cette  soirée  malencontreuse.  Morini,  Merly,  Giuglini  ont  été  reçus  à 
bras  ouverts,  et  n'ont  recueilli  que  des  bravos.  On  a  fait  à  Mme  Dottini 
un  accueil  moins  chaleureux,  et  pourtant  c'est  une  jeune  et  jolie 
femme. 

Le  théâtre  Lyrique  a  marché  d'un  pas  plus  ferme  que  jamais  dans 
la  double  voie  de  la  musique  moderne  et  de  la  musique  ancienne. 
Après  la  Fée  Carabosse,  de  Victor  Massé,  le  Faust,  de  Gounod,  il  a 
offert  à  son  public,  ['Enlèvement  au  sérail,  de  Mozart,  V Abou-Hassan, 
de  Weber  ;  après  les  Violons  du  Roi,  de  Deffès,  et  Mamzell'  Pénélope, 
de  Lajarte,  il  a  remonté  YOrphëe,  de  Gluck,  avec  un  succès  qui  a 
dépassé  toutes  les  espérances.  Son  contingent  de  l'année  est,  au  ré- 
sumé, de  7  pièces  et  de  17  actes  ;  mais,  en  outre,  il  a  découvert  une 
cantatrice  dans  un  café  du  voisinage,  Mlle  Marie  Sax,  et  il  a  conquis 
Mme  Viardot,  la  seule  artiste  capable  de  triompher  du  rôle  d'Or- 
phée, et  peut-être  aussi  de  celui  de  Leonore,  dans  le  Fidelio  de  Beetho  - 
ven,  dont  elle  doit  bientôt  s'occuper. 

Au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens,  la  vogue  interminable  d'un  Orphée, 
de  tout  autre  genre  que  celui  de  Gluck,  a  longtemps  et  richement 
défrayé  le  répertoire  :  à  peine  quelque  opérette  bien  modeste  parve- 
nait à  s'y  glisser,  dans  le  plus  strict  incognito.  Ce  fut  seulement  à 
l'époque- de  la  villégiature,  lorsque  la  troupe  joyeuse  reprit  le  chemin 
des  Champs-Elysées,  son  pays  natal,  que  les  nouveautés  se  montrèrent 
publiquement,  à  visage  découvert,  et  qu'on  nous  donna  successivement 
Y'Omelelte  à  la  Follembuche,  Y  Ile  d'amour,  Un  mari  à  la  porte,  les 
Vivandières  de  la  grande  armée,  le  Fauteuil  de  mon  oncle.  Dans  la 
rue.  Le  retour  au  passage  Choiseul  fut  signalé  par  Veuve  Gropin,  le 
Major  Schlagmann,  la  Polka  des  sabots,  et  enfin  par  cette  Geneviève 
de  Brabant,  destinée  à  ressusciter  le  fabuleux  succès  d'Orphée.  Tout 


cela  forme  un  total  de  10  pièces  et  de  11  actes,  dans  lesquels  Offen- 
bach entre  pour  sa  bonne  part  de  travail  et  aussi  de  talent.  Sa 
fécondité  est  telle,  qu'elle  lui  permet  d'écrire  en  même  temps  la  mu- 
sique d'un  ballet  avec  Mlle  Taglioni,  la  musique  d'un  ou  deux  opéras- 
comiques  avec  M.  Scribe.  On  lui  reproche  quelquefois  (singulier 
reproche!)  d'avoir  un  genre  à  lui,  un  théâtre  à  lui,  théâtre  qui  n'est  pas 
plus  grand  que  la  maison  de  Socrate  ;  mais,  qu'importe  !  si,  malgré 
l'étroitesse  du  local,  il  peut  encore  y  recevoir  quelques  jeunes  gens, 
que  Gluck,  Mozart,  Beethoven  et  Weber  empêchent  d'arriver  ailleurs  ? 
Ne  faut-il  pas  que  tout  le  monde  vive  un  peu,  même  les  vivants  ? 

Avant  de  franchir  le  cercle  théâtral,  enregistrons  cette  magnifique 
soirée,  dans  laquelle  un  de  nos  artistes  les  plus  aimés,  les  plus  juste- 
ment célèbres,  nous  revenait  après  un  terrible  accident,  et  recueillait 
en  bravos  sans  fin  le  prix  d'un  courage  héroïque.  Oui,  le  courage  a 
sauvé  Roger,  en  l'élevant  plus  haut  que  tous  ses  succès  ne  l'avaient 
placé  encore.  Le  courage  lui  a  donné  plus  de  voix,  plus  d'accent,  plus 
de  puissance  dramatique.  Et  pourtant  il  nous  quitte,  il  s'éloigne,  mais 
non  pour  longtemps,  il  faut  l'espérer.  Ce  qui  n'est  pas  remplacé, 
n'est  pas  détruit,  disait  une  femme  célèbre,  à  propos  de  quelque  chose 
de  plus  sérieux  que  l'art.  Roger  a-t-il  un  remplaçant  ?  Nous  aimerions 
à  connaître  son  nom  et  son  adresse. 

Toujours  dans  la  région  dramatique,  notons  le  joyeux  avènement 
des  Huguenots  à  Boston,  de  Robert  le  Diable  à  Barcelone,  du  Pardon 
de  Ploërmel  à  Londres,  à  Stuttgard,  à  la  Haye,  à  Bruxelles,  sans 
parler  des  villes  de  France  où  le  chef  d'œuvre  a  été  reçu  comme  à 
Paris. 

Le  festival  de  Bade  toujours  dirigé  par  Berlioz  lui  a  permis  de  sou- 
lever un  coin  du  rideau  qui  couvre  encore  l'opéra  dont  il  est 
doublement  l'auteur  pour  les  vers  et  la  musique.  «  Comment  voulez- 
»  vous,  disait  un  touriste  naïf,  que  les  Troyens  réussissent  à  Bade, 
»  n'est-ce  pas  le  pays  des  Grecs?  »  Cependant,  en  dépit  des  Grecs, 
les  Troyens  ont  réussi  !  Berlioz  pourra  bien  loger  l'auteur  de  ce  mot 
dans  sa  galerie  des  Grotesques  de  la  musique. 

La  grande  réunion  des  orphéonistes  de  France  au  palais  de  l'In- 
dustrie, organisée  et  dirigée  par  M.  Delaporte,  a  couronné  dignement 
les  efforts  inouïs  d'un  homme  qui  n'a  pas  son  égal  en  dévouement 
à  la  propagande  du  chant  populaire. 

La  fête  de  Schiller  célébrée  à  Paris  et  dans  le  monde  entier  n'avait 
pas  de  modèle  et  restera  peut-être  à  jamais  sans  copie.  On  ne  doit 
pas  moins  la  considérer  comme  un  témoignage  glorieux  de  la  sympa- 
thie universelle  que  rencontre  de  nos  jours  le  souvenir  d'un  grand 
poète  qui  eut  les  sentiments,  les  idées  d'un  grand  citoyen. 

N'oublions  pas  qu'un  double  festival  de  musique  militaire  s'est  tenu 
au  palais  de  l'Industrie,  sous  l'impulsion  toujours  active  et  féconde 
de  M.  le  baron  Taylor.  Ajoutons  que  l'association  des  artistes  musi- 
ciens, dont  il  est  fondateur  et  président,  nous  a  fait  connaître  cette 
année,  le  jour  de  sainte  Cécile,  une  messe  de  Mozart,  comme  l'année 
dernière  elle  nous  en  avait  révélé  une  de  Weber. 

Parmi  les  concerts  qui  méritent  une  mention,  hâtons-nous  d'inscrire 
ceux  d'Emile  Prudent,  de  Georges  Mathias,  de  Hans  de  Bulow,  de 
Sivori  et  de  Théodore  Ritter. 

Rappelons  l'ouverture  du  Casino,  dont  l'excellent  orchestre  recon- 
naît Arban  pour  chef,  et  celle  des  concerts  aériens  dirigés  par  Musard 
aux  Champs-Elysées. 

Enfin  le  diapason  normal,  dont  le  principe  était  déjà  résolu,  a  reçu 
d'un  arrêté  ministériel  sa  sanction  définitive,  que  l'exécution  doit 
bientôt  suivre,  malgré  les  obstacles  ridicules  maladroitement  jetés 
sur  son  chemin.  Tant  d'opiniâtreté  sied-elle  aux  bassons  et  aux  cla- 
rinettes ? 

Maintenant,  passons  à  ce  que  notre  tâche  annuelle  nous  impose  de 
plus  douloureux.  Pendant  les  douze  mois  qui  viennent  de  s'écouler,  que 
de  fois  la  mort  n'a-t-elle  pas  frappé  de  ces  coups  imprévus  qui  attei- 
gnent indistinctement  tous  les  âges  !  La  France  a  perdu  des  composi- 


DE  PARIS. 


teurs,  des  auteurs,  tels  que  Panseron,  Philippe  Musard,  Brunswick, 
Goubaux,  Ader;  d'anciens  directeurs,  comme  Lubbert,  Comte,  Deles- 
tre-Poirson,  Alphonse  Cerf-Beer  (qui  fut  l'associé  de  M.  Crosnier  à 
l'Opéra-Comique  et  non  celui  de  Delestre-Poirson  au  Gymnase); 
Mlle  Armand,  une  ancienne  cantatrice  ;  Mlle  Breuillé,  qui  débutait  à 
peine;  Mlle  Victorine  Farrenc,  Mlle  Moisson,  toutes  les  deux  jeunes  ; 
Mme  Joseph  Pain,  la  doyenne  des  violoncellistes  féminins;  un  physicien 
célèbre,  le  baron  Cagniard  de  la  Tour,  inventeur  de  la  sirène,  instru- 
ment fait  pour  mesurer  la  fréquence  des  vibrations  ;  Allyre  Bureau, 
qui,  sortant  de  l'École  polytechnique,  entra  dans  l'artillerie  pour  deve- 
nir musicien,  journaliste,  et  mourir  sur  la  terre  d'exil  au  moment  de 
revoir  sa  patrie. 

A  l'étranger,  il  faut  porter  sur  la  liste  funèbre  Louis  Spohr,  le  comte 
de  Westmorland,  Luigi  Ricci,  Reissiger,  Doppler,  J.-L.  Wolff,  Tac- 
chinardi ,  l'ancien  chanteur,  père  de  Mme  Persiani  ;  Mme  Bosio  , 
Mme  Anglès-Fortuni ,  Mlle  Hélène  Hutschenruyter,  Henri  Romberg , 
fils  du  célèbre  André;  Ferdinand  Schubert,  frère  de  Franz;  Franz 
Mérelly,  J.  Beckert,  Cari  Lauch,  Ernest  Prume,  Jean  Durrner,  Henri 
Lavenu,  Keerkémety ,  le  violoniste  bohémien;  Badnelly,  violoniste 
belge;  Lucca,  l'éditeur  de  Milan;  Fenelli,  poète  de  la  cour  de  Saxe- 
Gotha  ;  Boesendorfer,  facteur  de  pianos,  à  Vienne  ;  Stuntz,  maître  de 
chapelle,  à  Munich  ;  Antoine  Forti,  ancien  chanteur  à  Vienne  ;  Michel 
Dumontfier,  chanteur  amateur  à  Cologne,  et  bien  d'autres  encore  dont 
le  temps  a  déjà  dispersé  les  noms  :  ludibria  ventis. 

Mais,  tandis  qu'une  génération  s'éteint,  une  autre  se  lève  :  chaque 
année  produit  des  noms  nouveaux  qui  demandent  leur  place  au  soleil. 
Faisons  des  vœux  pour  que  l'année  qui  commence  nous  indemnise 
largement  de  ce  que  nous  regrettons  avee  amertume.  Espérons  qu'elle 
nous  donnera  de  beaux  talents,  d'éminents  artistes  ;  mais,  hélas  !  nous 
n'en  sommes  que  trop  sûrs,  elle  ne  nous  rendra  pas  nos  amis. 

Paul  SMITH. 


AIBU1  DES  CONTEMPORAINS. 

ALBUM    DE    HENRY    LITOLFF,  SIX    PROVERBES    DE    GEVAERT. 

II  ne  nous  faut  pas  une  bien  grande  dose  de  pénétration  pour  devi- 
ner qu'en  voyant  le  seul  mot  d'album,  plus  d'un  musicien  sérieux  va 
sourire  et  dire  :  «  Passons.  A  quoi  bon,  quand  tant  d'oeuvres  impor- 
tantes réclament  mon  attention,  s'occuper  de  ces  œuvres  légères  que 
chaque  jour  de  l'an  voit  éclore  et  qui  le  plus  souvent  sont  oubliées  à 
la  fin  de  la  saison  ?  » 

Cette  fois,  notre  lecteur  est  en  défaut.  Nous  n'en  sommes  pas  fâché  ; 
car  il  ne  nous  ménage  guère  sans  doute,  quand  nous  avançons  quelque 
chose  qui  n'est  pas  de  son  goût.  Afin  de  le  rassurer,  nous  commen- 
çons par  déclarer  que  nous  n'entendons  parler  ni  de  la  richesse  de  la 
reliure,  ni  de  la  beauté  des  dessins,  et  nous  ajoutons  que  nous  lui 
faisons  grâce  des  mille  et  un  albums  qui  s'étalent  dans  la  montre  des 
marchands  et  presque  dans  les  baraques  en  plein  vent.  Nous  sommes 
plus  délicat.  Mais  malgré  l'approche  du  jour  de  l'an,  nous  croyons 
encore  nous  occuper  de  critique  musicale  plutôt  que  de  réclame  indus- 
trielle en  rendant  compte  de  l'album  de  Litolff  et  de  l'album  des  Con- 
temporains qu'ont  signé  Félicien  David,  Gounod,  Ernest  Reyer,  Victor 
Massé,  Xavier  Boisselot,  Abadie,  Duprato,  Destribaud,  Gevaert.  Voilà 
certes  des  noms  entourés  d'estime,  de  sympathie,  quelques-uns  même 
d'admiration.  Ils  méritent  bien  qu'on  leur  consacre  quelques  instants, 
et  l'on  conviendra  qu'un  moment  d'examen  donné  à  chacun  d'eux 
n'est  pas  un  moment  perdu. 

Commençons  par  Gounod.  L'excellent  maître  a  chanté  la  neige  des 
pommiers  et  les  bruissements  harmonieux  de  la  nature.  La  Chanson 
du  printemps  est  une  délicieuse  mélodie.  Son  talent  n'a  rien  perdu  en 
descendant  ainsi  dans  la   vallée.   La  pureté,   l'élégance  du  style  et 


certaines  coquetteries  harmoniques  trahissent  la  main  qui  a  écrit  tant 
de  belles  pages. 

Nos  lectrices,  si  bons  juges  en  matière  de  délicate  et  rêveuse  poésie, 
remarqueront,  sans  nul  doute,  une  pièce  des  Contemplations  : 

Moi,  seize  ans  et  l'air  morose  ; 

Elle,  vingt  :  ses  yeux  brillaient; 

Les  rossignols  chantaient  Rose 

Et  les  merles  me  sifflaient. 

Reyer  a  noté  cette  vieille  chanson  du  jeune  temps  en  musicien  ca- 
pable de  traduire,  d'agrandir  même,  par  les  développements  exquis 
de  sa  mélodie,  les  couplets  si  naïfs,  si  jeunes,  si  parfumés  de  Victor 
Hugo. 

L'histoire  de  quatre  orphelins,  courageux  enfants  qui  comprennent 
trop  tôt  les  douleurs  et  les  devoirs  de  l'homme  a  inspiré  à  Gevaert 
un  chant  dont  la  simplicité  égale  le  charme.  C'est  de  la  pure  romance, 
mais  rehaussée  par  le  tact  sûr  et  le  goût  exercé  du  compositeur. 

Victor  Massé,  avant  ses  succès  au  théâtre,  avait  mis  en  musique 
plusieurs  pièces  de  nos  vieux  poètes;  il  y  avait  fait  remarquer  son 
goût  pour  les  grandes  pensées,  son  talent  fin  et  chercheur.  Aujour- 
d'hui, par  une  filiation  toute  naturelle,  il  passe  de  Ronsard  à  Victor 
Hugo  :  sa  muse  toujours  amie  des  beaux  vers  choisit  dans  les  Rayons 
et  les  Ombres  la  délicieuse  guitare  que  tout  le  monde  connaît  :  Ramez, 
dormes,  aimez  !  La  musique  est  tout  à  fait  distinguée  de  rhythme. 
On  y  retrouve  le  même  soin,  les  mêmes  détails  ravissants  que 
dans  tout  ce  qui  est  sorti  de  la  plume  délicate  et  féconde  du  jeune 
maître. 

Une  courte  et  spirituelle  chanson  de  J.  Duprato  :  la  Petite  Madelon, 
nous  paraît  destinée  à  cette  chose  rare  et  précieuse  qu'on  appelle  le 
succès  populaire.  Dégagée  de  toute  prétention,  cette  petite  page  sera 
écoutée  avec  plaisir  et  par  les  simples  et  par  les  doctes. 

Pour  notre  part,  et  quoique  la  question  soit  très-controversée,  nous 
croyons  que  les  compositeurs  n'ont  qu'à  gagner  au  contact  de  la  vraie 
poésie.  Boisselot  en  est  encore  un  exemple.  La  villanelle  : 

Quand  viendra  la  saison  nouvelle, 
Quand  auront  disparu  les  froids, 
Tous  les  deux  nous  irons,  ma  belle, 
Pour  cueillir  les  muguets  aux  bois, 

est  une  des  plus  suaves  fantaisies  vocales  de  cet  album.  Le  piano 
chargé  de  rendre  la  fraîcheur  du  printemps,  le  chant  des  merles  et 
des  rossignols,  s'en  acquitte  de  façon  à  ravir  Théophile  Gautier  lui- 
même,  si  peu  dilettante,  du  moins  s'il  faut  en  croire  l'aveu  qu'en  a 
fait  le  charmant  poëte  dans  les  Grotesques. 

On  devine  Félicien  David  à  je  ne  sais  quel  parfum  antique  que  l'on 
respire  dans  ses  mélodies,  où  le  mode  mineur  intervient  souvent  avec 
ses  accents  plaintifs  et  caressants.  Nul  mieux  que  lui  peut-être  ne  sait 
exprimer  la  rêveuse  mélancolie  et  son  cortège  de  regrets  et  de  larmes. 
Témoin  le  Vieillard  et  les  Eoses,  douce  et  gracieuse  élégie,  comme 
les  soupire  dans  ses  heures  de  loisir  l'auteur  du  Désert. 

11  ne  faut  pas  que  les  talents  élevés  nous  fassent  oublier  les  talents 
naïfs  et  plus  exclusivement  prime-sauliers.  A  côté  des  ouvrages  plus 
habilement  ciselés,  Louis  Abadie  a  écrit,  avec  un  sentiment  drama- 
tique, une  sincérité  d'émotion  que  plus  d'un  musicien,  mieux  accou- 
tumé à  toutes  les  ressources  de  l'art,  pourrait  lui  envier  :  le  Miracle 
des  roses,  la  Conversion  de  saint  Paul,  le  Centenier  et  les  Etoiles. 

M.  Destribaud  a  fort  bien  dramatisé  une  jolie  petite  scène  de  Jules 
Brésil,  l'Ondine. 

Au  lieu  de  l'uniformité  d'inspiration,  de  la  monotonie  d'un  genre, 
de  la  seule  note  émue  ou  gracieuse  que  possèdent  quelques-uns  de 
nos  compositeurs  de  romances,  et  qu'ils  répètent  chaque  année  sans 
toujours  la  varier  suffisamment,  on  sera  heureux  de  trouver  dans 
l'Album  des  contemporains  la  variété  charmante  qui  devait  naître 
nécessairement  de  cette  réunion  de  talents  si  divers.  C'est  un  ravis- 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


sant  tournoi  musical.  A  qui  le  public  décernera-t-il  le  prix?  Nous  l'igno- 
rons. Mais  nous  pouvons  affirmer  que  toutes  ces  chansons  de  prin- 
temps, si  fraîches  et  si  souriantes,  réchauffent  l'imagination  et  qu'elles 
nous  ont  fait  oublier  celte  semaine  les  rigueurs  du  froid  et  les  tris- 
tesses du  dégel. 

Il  suffit  de  lire  les  six  Proverbes  de  Gevaert  pour  se  convaincre 
qu'il  a  parfois  l'esprit  badin.  Les  si  et  les  mais  entre  autres  nous 
montrent  la  chansonnette  élevée  à  une  hauteur  inconnue  du  goût  tri- 
vial qui  a  compromis  ce  genre  charmant  après  tout  quand  on  sait  le 
rendre  tel.  La  critique  est  souvent  obligée  d'avoir  recours  à  ces  deux 
terribles  monosyllabe.?  pleins  de  réticences,  les  si  et  les  mais.  Cette 
fois  encore  el  e  aurait  pu  les  employer  en  analysant  ces  bluettes,  mais 
ces  choses-là  ne  s'analysent  pas.  Contentons-nous  de  dire  que  les 
accompagnements  de  Gevaert  sont  frappés  au  coin  de  la  science  et 
qu'il  a  su  conserver  de  la  distinction  au  milieu  de  la  franche  et  par- 
fois folle  gaieté  qui  éclate  dans  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,- 
Faute  d'un  point;  Bonjour  lunettes,  adieu  ftllett's;  Une  aiguille  dans 
une  botte  de  pjin  ;  Un  œuf  pour  un  bœuf. 

Les  paroles  sont  de  Prilleux,  le  spirituel  artiste  de  l' Opéra-Co- 
mique. Poète  et  comédien  sont  deux  beaux  titres;  ils  vont  bien  en 
semble,  et,  sans  évoquer  les  grandes  ombres  qui  n'ont  que  faire  ici, 
les  annales  de  Favart  offrent  plus  d'une  fois  cet  heureux  assemblage 
du  double  talent  de  créateur  et  d'interprète. 

Les  trois  morceaux  de  piano  qui  composent  l'album  de  Henry  Li- 
tolff  sont  de  moyenne  difficulté  et  cependant  très-brillants.  On  sait 
quel  légitime  succès  obtint  et  obtient  encore  son  Premier  chant  de 
la  fileuse.  La  matière  n'était  pas  plus  épuisée,  il  paraît,  que  le  talent 
pour  la  mettre  en  œuvre,  car  c'est  un  Deuxième  chant  de  la  fileuse 
qui  ouvre  ce  joli  recueil.  Obtiendra-t-il  la  même  vogue  que  l'aînée? 
Nous  n'en  serions  nullement  surpris.  Il  est  aussi  imitatif,  aussi  chan- 
tant, aussi  distingué  de  forme.  Plusieurs  thèmes  ornés  d'arpèges 
gracieux,  de  trilles  légers  et  scintillants  se  succèdent,  se  développent 
et  reviennent  avec  beaucoup  de  charme.  A  la  page  5  une  modulation 
enharmonique  produit  une  délicieuse  sensation.  Le  motif  più  moderato 
confié  à  la  basse,  et  sur  lequel  se  dévide  et  bruit  une  espèce  de  trille 
en  tierces,  est  d'un  beau  caractère  plein  de  trouble  et  d'expression. 

La  fougue  de  la  pensée  est  remarquable  dans  les  Octaves.  Cette 
élude  de  concert  produit  assurément  beaucoup  d'effet.  Le  majeur  con 
bravura  ne  manque  certes  ni  d'élévation  ni  de  puissance,  ni  de  feu; 
néanmoins,  malgré  son  talent,  malgré  les  élégantes  marches  d'har- 
monie qu'il  a  employées  et  qu'il  a  su  rajeunir  par  d'ingénieuses  va- 
riantes, l'auteur  n'a  pu  entièrement  dissimuler  ce  que  ces  sortes 
d'études  comportent  d'uniformité.  Aussi  préférons-nous  de  beaucoup 
Rosée  de  mai.  Dans  ce  chant  sans  paroles,  comme  dans  ta  Fileuse, 
point  de  singularité,  point  de  bizarrerie,  point  de  sensibilité  inquiète 
et  fébrile,  ni  de  modulations  inattendues  et  étranglées  ;  au  contraire 
une  simplicité,  une  clarté  mélodique  et  harmonique  qui  devient  de 
plus  en  plus  rare.  C'est  poétique  et  vrai.  La  signification  de  chaque 
phrase,  bien  née  du  sentiment,  n'emprunte  rien  au  nombre  des 
noies. 

Le  plus  beau  mécanisme  du  monde  ne  peut  donner  que  ce  qu'il  a 
et  ne  saurait  suppléer  à  ce  que  les  véritables  amateurs  demandent 
avec  raison  à  la  musique.  Litolff  l'a  parfaitement  compris  ;  sa  Rosée 
de  mai  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  rapport  instrumental,  elle  est 
bien  l'œuvre  d'un  compositeur  connaissant  tous  les  secrets  du  piano, 
mais  en  même  temps  elle  est  le  fruit  d'une  heureuse  et  fertile  imagi- 
nation qui  veut  toucher  le  cœur  et  intéresser  l'esprit. 

Adolphe  BOTTE. 


INAUGURATION  DE  L'ORGUE  DE  SAINTE- CLOTILDE. 

L'inauguration  du  grand  instrument  construit  pour  la  nouvelle  église 
de  Sainte-Clotilde  par  M.  Aristide  Cavaillé-Coll  a  eu  lieu  le  19  dé- 
cembre. Une  très-nombreuse  réunion  avait  bravé  le  froid  excessif  et 
l'épais  brouillard  qui,  alors,  ont  pu  faire  croire  aux  Parisiens  et 
aux  étrangers  qu'ils  étaient  dans  un  tout  autre  pays  que  la  France. 
Cette  assemblée,  dans  laquelle  on  voyait  de  nombreuses  célébrités  ar- 
tistiques, n'a  pas  eu  à  se  repentir  de  s'être  rendue  à  l'appel  de  M.  Ca- 
vaillé.  Je  parlerai  de  l'orgue  dans  un  autre  article  où  certaines  ques- 
tions, assez  graves,  seront  traitées  par  occasion  ;  aujourd'hui,  je  me 
borne  à  rendre  compte  de  la  séance  d'inauguration. 

M.  Franck  aîné,  organiste  de  la  paroisse,  a  commencé  par  un  mor- 
ceau largement  taillé  et  dont  le  style  plein  de  force  a  été  remarqué  de 
tout  l'auditoire,  qui  n'a  pas  moins  apprécié  M.  Franck  lorsque,  cessant 
de  se  montrer  lui-même  comme  compositeur,  il  s'est  hardiment  ap- 
puyé du  génie  de  Sébastien  Bach.  C'est  toujours  se  risquer  fort  que 
d'exécuter  en  public  des  pièces  de  ce  compositeur,  et  en  certains  sens, 
les  organistes  ont  bien  raison  de  jouer  plutôt  leur  propre  musique  que 
j  celle-là.  La  difficulté  n'est  pas  tant,  à  mon  avis,  de  représenter  ma- 
tériellement les  idées  de  Bach  sans  faire  une  faute;  c'est  de  savoir 
exploiter  tout  cet  immense  capital  harmonique  de  manière  à  lui  faire 
rendre  tout  ce  qu'il  peut  produire.  Quand  on  veut  exécuter  en  public 
de  la  musique  de  Bach,  il  faut  avant  tout  se  persuader  à  soi-même  qu'il 
y  a  dans  celle  harmonie  si  compliquée  autre  chose  que  des  notes, 
autre  chose  que  des  difficultés  de  doigté,  autre  chose  que  des  traits 
incommodes,  et  autres  embarras  dont  on  se  rend  maître  par  l'exer- 
cice :  il  faut,  outre  cette  précision,  cette  régularité  qu'il  est  déjà  si  dif- 
ficile d'atteindre,  trouver  moyen  de  donner  à  tout  cela  une  couleur, 
un  caractère;  faire  sentir,  en  un  mot,  Vâme  de  cette  grande  musique  ; 
c'est  seulement  ainsi  qu'elle  peut  intéresser,  émouvoir  même.  Com- 
ment, dira-t-on,  deviner  cette  couleur,  comment  l'exprimer  par 
l'orgue,  instrument  inexpressif?  Comment  ?  C'est  là  le  secret  des  grands 
organistes,  et  ils  ne  sont  pas  plus  capables  que  moi  de  vous  le  dévoi- 
ler ;  car  c'est  alors  chez  eux  une  sorte  d'intuition.  Ils  peuvent  bien  la 
reconnaître,  mais  ils  ne  sauraient  se  l'expliquer,  ni,  à  plus  forte 
raison,  l'expliquer  aux  autres.  C'est  à  ce  but  que  paraît  tendre 
M.  Franck,  et  la  manière  dont  il  s'est  tiré  de  la  fugue  en  mi  mineur  a 
prouvé  que  ce  n'était  pas  chez  lui  une  vaine  tentative.  Des  études  aussi 
sérieuses  que  celles  qu'il  a  dû  faire  annoncent  chez  lui  une  persévé- 
rance et  lui  donnent,  dès  à  présent,  une  place  parmi  les  organistes  de 
premier  ordre.  Il  s'est  encore  montré  sous  le  jour  le  plus  heureux 
lorsque,  reprenant  le  clavier  pour  son  propre  compte,  il  a  joué  son 
morceau  final  sur  le  grand  chœur.  Dans  ce  finale,  on  a  reconnu  les  idées 
et  l'exécution  d'un  véritable  maître. 

Que  dire  maintenant  de  Lefébure-Wely  ?  Que  dire  des  charmantes 
improvisations  du  plus  aimable  des  organistes,  de  ce  véritable  repré- 
sentant de  notre  école  française.  En  l'enlendant,  celle-ci  ne  devrait- 
elle  pas  songer  à  se  renouveler,  à  se  régénérer,  à  retrouver,  comme 
i!  a  su  le  faire,  ces  formes  élégantes,  ces  idées  gracieuses,  ces  heu- 
reuses combinaisons,  cet  emploi  piquant  de  certains  effets,  cette  con- 
naissance parfaite  de  l'instrument  qui  lui  fait  sentir  sur-le-champ  quel 
jeu  convient  à  telle  idée,  quelle  idée  convient  à  tel  jeu,  et  comment 
avec  celte  multitude  de  détails  on  arrive  à  faire  un  merveilleux  en- 
semble. 

On  a  bien  reconnu  les  qualités  de  son  admirable  talent  dans  les 
deux  premières  improvisations,  où  il  a  fait  valoir  toutes  les  ressources 
de  l'instrument,  le  présentant  tour  à  tour  sous  différents  aspects,  on 
y  a  entendu  séparément  les  jeux  les  plus  intéressants,  dont  les  tim- 
bres ont  paru  séduisants  à  toutes  les  oreilles. 

Mais  le  morceau  où  il  a  été  le  plus  complet  et  dans  lequel  il  a  vrai- 
ment ravi  son  auditoire,  est  l'improvisation  symphonique  dans  laquelle, 


DE  PARIS. 


se  rappelant  l'époque  de  l'année  à  laquelle  nous  touchions,  il  a  sem- 
blé chercher  ses  idées  dans  l'évangile  de  Noël,  s'efforçant  de  faire  un 
tableau  scénique  des  circonstances  qui  ont  accompagné  la  naissance 
de  Jésus.  Il  a  introduit  dans  ce  grand  morceau  le  chant  assez  mo- 
derne, mais  fort  intéressant,  de  l'hymne  Adeste  fidèles,  qui,  joué  sur 
les  voix  humaines  et  avec  tous  les  moyens  d'expression  imaginés  pas 
la  facture  moderne,  a  produit  la  plus  douce  sensation.  Enfin  il  a  ter- 
miné par  un  grand  chœur  travaillé,  sur  l'air  d'un  cantique  assez  connu, 
Il  est  né  ce  divin  enfant.  On  ne  se  lasse  pas  d'entendre  ces  vieux 
airs  français,  justement  admirés  pour  leur  caractère  franc  et  naïf.  Sous 
les  habiles  et  savantes  mains  de  notre  excellent  Lefébure,  celui  dont 
je  parle  acquérait  à  chaque  moment  un  charme  nouveau. 

l'ai  dit  sous  ses  habiles  et  savantes  mains  ;  c'est  qu'il  s'est  trouvé 
des  gens  assez  sots  pour  lui  reprocher  précisément  ce  qui  donne  le 
plus  de  prix  à  son  talent  et  en  fait  le  principal  caractère,  savoir  :  la 
tournure  gracieuse  de  ses  idées,  l'harmonie  quelquefois  légère  dont  il 
préfère  l'usage,  enfin  son  habitude  d'improviser  presque  toujours  et 
de  ne  jouer  jamais  de  morceaux  écrits. 

Sous  ce  dernier  rapport,  et  malgré  le  peu  de  cas  à  faire  de  sem- 
blables critiques,  on  n'en  peut  croire  les  auteurs  assez  simples  pour 
penser  que  si  M.  Lefébui'3  ne  joue  pas  de  musique  écrite,  ce  soit  chez 
lui  manque  de  capacité,  et  qu'il  ne  se  trouve  pas  assez  bon  lecteur  pour 
exécuter  correctement  la  musique  des  grands  maîtres^qui  l'ont  pré- 
cédé. Au  reste,  notre  improvisateur  a  répondu  dernièrement  et  de  la 
meilleure  manière  à  ces  partisans  d'une  musique  savante  qui  a  pour 
preneurs  des  hommes  qui  sont  si  peu  savants.  M.  Lefébure  a  donné  dans 
la  Maîtrise,  que  publie  M.  Heugel,  de  trop  peu  nombreuses  pièces 
d'orgue  dans  le  style  lié  ;  là  se  montre  la  vraie  science  sous  son  aspect 
le  plus  élégant  ;  là  les  idées  parfaitement  ordonnées  et  sobrement  dé- 
veloppées se  déroulent  avec  l'emploi  convenable  de  la  richesse  harmo- 
nique exempte  de  toute  pesanteur,  et  renfermée  dans  les  limites  que 
prescrivent  et  le  bon  goût  et  cette  saine  raison  à  laquelle  les  plus 
belles  imaginations  se  soumettent  sans  effort,  sachant  combien  ces 
faciles  concessions  augmentent  leur  force  et  leur  procurent  d'inap- 
préciable avantages. 

Adrien  de  LA  FAGE. 


LA  MAISON  OU  EST  NE  GRÉTRY. 

Le  touriste  français  qui  pénètre  en  Belgique  par  le  chemin  de  fer 
du  Nord  arrive  bientôt  aux  rives  fleuries  de  la  Meuse  qui  ont  vu 
naître  l'illustre  auteur  de  Richard.  Ce  beau  fleuve  décrit  de  capricieux 
méandres  entre  des  rochers  et  des  montagnes  boisées  dont  le  carac- 
tère est  plus  pittoresque  que  grandiose.  A  mesure  que  l'on  avance 
dans  cette  belle  partie  du  pays  wallon,  le  tableau  se  déroule,  la  val- 
lée s'élargit,  la  nature  est  plus  riche  et  plus  verdoyante.  Le  garde  du 
convoi  ne  tarde  pas  à  crier  :  Liège  !  Si  notre  voyageur  est  artiste  et 
musicien,  ce  mot  lui  rappellera  un  nom  bien  cher  aux  arts,  le  nom 
de  Grélry  !  et  il  ne  voudra  pas  passer  par  cette  ville  sans  visiter  la 
modeste  habitation  qui  donna  le  jour  à  ce  grand  compositeur.  S'il  in- 
terroge quelque  cicérone  pour  savoir  ce  que  la  reconnaissance  des 
Liégeois  a  fait  pour  la  mémoire  de  leur  illustre  compatriote,  on  lui 
répondra  :  «  Une  belle  et  large  rue,  une  place  publique,  et  plusieurs 
Sociétés  de  chant  et  d'harmonie  portent  son  nom.  Une  statue  en 
bronze  du  chantre  liégeois,  érigée  sur  un  piédestal  en  marbre  blanc 
où  est  renfermé  son  cœur,  s'élève,  non  en  face  du  théâtre,  sa  véri- 
table place,  mais  vis-à-vis  de  l'Université  ;  cette  situation  ne  peut 
être  justifiée  que  par  le  voisinage  du  Conservatoire  de  musique,  qui 
a  déjà  produit  tant  d'artistes  distingués,  et  de  la  salle  d'Emulation,  qui 
a  ouvert  ses  portes  à  tous  les  grands  virtuoses  de  l'Europe.  Le  Cercle 
artistique  a  pris  depuis  quelque  temps  une  initiative  qui  lui  fait  hon- 


neur en  célébrant  chaque  année  l'anniversaire  de  Grétry  par  l'exécu- 
tion d'un  de  ses  ouvrages.  Mais  ce  n'est  pas  seulement  dans  une 
salle  de  concert  qu'on  doit  exécuter  les  œuvres  dramatiques,  c'est  sur 
la  scène,  au  milieu  des  applaudissements  de  la  foule  ;  aussi  chacun 
attend  avec  impatience  le  jour  où  la  ville  donnera  une  fête  musicale 
populaire,  le  1 1  février  de  chaque  année,  pour  célébrer  l'anniversaire 
de  la  naissance  du  inaitre  liégeois,  et  où  l'on  exécutera  un  de  ses  opéras 
avec  tout  le  soin  et  le  respect  que  les  villes  d'Allemagne  donnent 
aux  œuvres  des  Beethoven  et  des  Mozart.  Enfin  la  maison  où  est  né 
Grétry  est  aujourd'hui  la  propriété  de  la  ville  et  son  produit,  affecté 
à  une  fondation  artistique,  grâce  à  la  libéralité  de  Mme  veuve  Dubois- 
Desoer  dont  l'action  généreuse  ne  saurait  obtenir  trop  de  publicité  (1).» 

Notre  touriste,  à  qui  l'on  a  indiqué  la  direction  à  suivre,  franchit 
le  pont  des  Arches,  en  reconstruction,  que  notre  compositeur  a  par- 
couru tant  de  fois  pour  se  rendre  à  la  collégiale  de  Saint-Denis,  où, 
par  parenthèse,  on  lui  donnait  plus  de  coups  que  "de  principes  de 
musique  ;  il  traverse  un  quartier  fort  populeux,  vaste  ruche  indus- 
trielle de  la  ville,  et,  dans  une  rue  adjacente,  il  trouve  une  petite  ma- 
sure de  chétive  apparence,  habitée  par  plusieurs  ménages  d'artisans, 
sur  laquelle  on  lit  ces  mots  : 

Ici  est  ni  André- Modeste  Grétry,   le  11  février  1741  - 

Quoi  !  dira  notre  voyageur,  c'est  dans  cette  humble  demeure  que 
reçut  le  jour  le  père  de  l'opéra-comique  français,  celui  qui  a  fait  les 
délices  de  plusieurs  générations  et  dont  les  chants  heureux  sont  im- 
primés clans  toutes  les  mémoires  !  Cet  homme  qui  a  posé  les  premiers 
jalons  d'une  route  si  brillamment  parcourue  par  Méhul,  Dalayrac,  Hé- 
rold,  Auber,  ces  illustrations  musicales  qui  jettent  tant  d'éclat  sur  la 
France  artistique  du  xixe  siècle  !  Et  après  avoir  visité,  non  sans  une 
certaine  émotion,  la  chambre  de  quelques  pieds  carrés  où  l'auteur  de 
Richard  et  du  Tableau  parlant  vit  la  lumière  pour  la  première  fois, 
il  s'éloigne  en  réfléchissant  aux  singuliers  caprices  de  la  destinée 
qui  fait  naître  si  petit  celui  que  la  postérité  doit  faire  si  grand  un 
jour  ! 

J.-B.  RONGÉ. 


NOUVELLES. 


-/,  Aujourd'hui,  dimanche,  à  l'Opéra,  par  extraordinaire,  Robert  le  diable, 
(423°  représentation). 

***  Guillaume  Tell,  le  Trouvère,  et  la  Sylphide,  ont  défrayé  le  réper- 
toire de  la  semaine.  Mme  Vestvali  répète  activement  le  rôle  de  Fidès, 
dans  lequel  elle  s'est  déjà  montrée  fort  remarquable  en  pays  étranger. 
Les  répétitions  de  l'ouvrage  en  cinq  actes  du  prince  Poniatowski  et  du 
ballet  de  MM.  de  Saint-Georges  et  Offenbach  se  poursuivent  en  même 
temps. 

**„  La  santé  de  Faure  n'étant  pas  encore  rétablie,  les  représenta- 
tions du  Pardon  de  Ploërmel  sont  toujours  interrompues.  Suivant  toutes 
les  probabilités  l'ouvrage  pourra  être  repris  dans  le  courant  de  la  se- 
maine. 

***  Les  principaux  rôles  du  nouvel  ouvrage  d'Ambroise  Thomas,  en 
répétition  à  l'Opéra-Comique,  sont  confiés  à  Mlle  llonrose  et  i  Montau- 
bry.  On  répète  également  Zêmire  et  Âzor,  de  Grétry. 

(1)  Mentionnons  un  acte  de  libéralité  et  de  patriotisme  qui  sera  vivement  loué 
par  tous  ceux  qui  professent  le  culte  de  nos  grands  hommes,  et  qui  s'intéressent 
au  progrès  de  l'art  musical.  Mme  veuve  Dubois-Desœr  a  fait  don  à  la  ville  de  la 
maison  où  est  né  notre  illustre  compatriote  Grétry.  La  donatrice,  à  laquelle  l'ad- 
ministration communale  de  Liège  s'est  empressée  d'exprimer  sa  reconnaissance,  n'a 
mis  à  sa  libéralité  que  deux  conditions  :  la  première,  d'entretenir  la  mais  on  à  perpé- 
tuité et  avec  soin,  ainsi  que  l'inscription  qui  se  trouve  placée  sur  la  façade  ;  la 
seconde,  d'affecter  les  revenus,  déduction  faite  des  frais  d'entretien,  a  des  subsides 
pour  l'encouragement  des  études  musicales.  Le  collège  pourra  cumuler  les  reve- 
nus pendant  plusieurs  années,  pour  rendre  les  subventions  plus  effioaces.  Cette 
donation  est  approuvée  par  arrêté  royal  du  20  juin  1859. 

[Extrait  du  rapport  de  la  ville.) 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


„%  Dimanche  dernier  on  a  repris  Haydée.  Mlle  Henrion,  qui  chantait 
pour  la  première  fois  le  rôle  principal ,  s'est  tirée  à  son  honneur  de 
cette  épreuve.  Jourdan  a  obtenu  son  succès  habituel. 

„*„  Les  Puritains  ont  reparu  jeudi  dernier  au  Théâtre-Italien;  Giuglini, 
Graziani,  Angelini  et  Mme  Penco  chantaient  les  quatre  rôles  de  cet  ou- 
vrage si  longtemps  populaire.  Tous  ces  artistes  ne  méritent  que  des  éloges. 
Pour  son  second  début  Giuglini  s'est  surpassé  :  il  a  dit  surtout  dé- 
licieusement la  charmante  canzone  :  Cerca  il  somio,  que  Mme  Penco 
fait  d'abord  entendre  dans  le  lointain,  Giuglini  n'est  engagé  que  pour 
douze  représentations  ;  il  a  chanté  sept  fois  dans  le  Trovatore  :  il  ne 
chantera  plus  que  cinq  fois  dans  les  puritains. 

.%  C'est  décidément  demain  lundi  que  l'opéra  nouveau  de  Braga, 
Margherita  la  mendicante,  doit  être  représenté.  En  présence  de  nom- 
breuses demandes  de  places  qui  lui  ont  été  adressées  et  auxquelles  il  lui 
était  impossible  de  répondre  favorablement  un  jour  d'abonnement,  la 
direction  du  théâtre  Italien  s'est  trouvée  en  quelque  sorte  dans  l'obliga- 
tion de  donner,  par  extraordinaire  et  abonnement  suspendu,  cette  pre- 
mière représentation.  Afin  de  n'apporter  aucun  changement  dans  le 
cours  régulier  des  représentations  d'i  Puritani,  la  troisième  représenta- 
tion de  cet  opéra  sera  donnée  mardi  prochain,  et  la  deuxième  de  Mar- 
gherita la  mendicante  le  jeudi  suivant 

„*t  Au  théâtre  Lyrique,  la  Reine  Topaze,  chantée  par  Mme  Carvalho, 
doit  êtrereprise  dans  la  semaine.  Philérnonet  Baw.is,  ouvrage  en  trois  actes 
de  Gounod,  dans  lequel  Mme  Carvalho  doit  également  remplir  le  princi  • 
pal  rôle,  et  Gil  Dlas,  en  quatre  actes,  musique  de  Sémet,  avec  Mme  Ugalde. 
seront  représentés  ensuite  dans  le  courant  du  mois. 

»%  Le  Pardon  de  Plnarmel  vient  d'obtenir  le  succès  le  plus  éclatant  à 
Bruxelles.  A  Hennés,  où  le  dernier  ouvrage  de  Meyerbeer  vient  aussi 
d'être  représenté ,  il  a  également  excité  l'enthousiasme.  On  le  donnera 
prochainement  à  Nantes,  Rouen,  Lide.  Bordeaux,  Toulon,  Clermont,  Brest, 
Gand,  Anvers  et  Mons. 

„,%  M.  Fétis  père,  notre  savant  et  illustre  collaborateur,  se  propose 
de  publier  incessamment  dans  ce  journal  une  suite  d'articles  sur  l'en- 
seignement populaire  de  la  musique  et  certains  systèmes  de  notation. 

***  Une  messe  nouvelle  de  M.  Benoist  a  été  exécutée  dimanche  der- 
nier, 25  décembre,  à  Saint-Eustache.  Cette  œuvre  d'un  compositeur  qui 
a  pris  rang  parmi  les  plus  dignes,  se  recommande  aux  amateurs  de  mu- 
sique d'église  par  un  style  toujours  grave  et  par  des  mélodies  toujours 
élevées.  Le  Kyrie  est  formé  d'une  seule  phrase,  qui,  par  l'heureux  emploi 
d'ingénieux  développements,  passe,  sans  fatiguer  l'auditeur,  dans  toutes 
les  parties  vocales  et  instrumentales.  Le  Gloria  in  excelsis,  qui  débute  par 
un  allegro  brillant,  renferme  plusieurs  solos  d'un  caractère  différent,  se- 
lon l'exigence  des  paroles  du  texte  sacré.  Le  Qui  tollis,  surtout,  nous  a 
semblé  empreint  d'accents  d'une  douleur  touchante,  et  la  facture  en  est 
éminemment  religieuse.  La  mélodie  de  VO  salularis,  douce  et  suave,  a 
bien  le  caractère  mystique  et  élevé  qui  convient  au  mystère  du  saint 
sacrifice  Les  harpes  ajoutent  encore  à  cet  effet  par  des  arpèges  d'une 
harmonie  sévère.  VAgnus  Dei,  qui  doit  se  dire  trois  fois,  ainsi  que  le  pres- 
crit la  liturgie,  est  chanté  d'abord  par  le  baryton,  ensuite  dans  un  mode 
mineur  par  un  enfant  de  chœur,  et  enfin  par  tout  le  chœur  dans  le  ton 
principal.  Ce  morceau  se  termine  par  quelques  imitations  qui  rappellent 
un  peu  le  faire  de  Cherubini.  Cet  éloge  n'est  pas  le  seul  que  mérite 
M.  Benoist,  de  même  que  ce  n'est  pas  seulement  dans  le  genre  sacré  que 
sa  plume  s'est  exercée  avec  les  qualités  qui  constituent  le  maître. 

t%  M.  Guérin,  l'excellent  professeur  de  violon,  vient  de  prendre  sa 
retraite  au  Conservatoire.  Il  est  remplacé  par  M.  Dancla,  qui  n'était  que 
professeur  adjoint.  Cette  dernière  place  est  supprimée. 

»%,  Le  duo  brillant  pour  piano  et  violon  que  MM.  Herman  et  Ketterer 
ont  composé  sur  des  thèmes  du  Pardon  de  Ploërmel,  et  qui  obtient  un  si 
grand  succès  dans  les  soirées  où  ces  artistes  le  font  entendre,  paraîtra 
très-prochainement. 

*%  Théodore  Hitter  et  C.  Sivori  ont  été  forcés  de  suspendre  le  cours 
de  leurs  succès  à  la  salle  Beethoven.  Sivori  est  appelé  à  Londres,  et 
Th.  Pùtter  est  parti  pour  Marseille.  Nous  sommes  certains  d'être  agréa- 
bles à  leurs  nombreux  admirateurs  en  annonçant  pour  le  1er  février 
la  continuation  de  leurs  intéressantes  séances. 

*%  Le  premier  volume  de  la  nouvelle  édition  de  la  Biographie  uni- 
verselle des  musiciens,  de  M.  Fétis,  entièrement  refondue,  et  augmentée  de 
plus  de  moitié,  vient  de  paraître  chez  MM.  Firmin  Didot  frères,  fils  et  Ce. 
Nous  nous  empresserons  de  rendre  compte  de  cette  publication  si  impor- 
tante pour  l'histoire  de  l'art  et  des  artistes,  et  si  impatiemment  attendue. 

***  La  grande  quantité  d'oeuvres  de  toute  nature  publiée  depuis  un 
an  par  la  maison  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  a  rendu  indispensable  la  pu- 
blication de  suppléments  à  son  catalogue.  Ces  suppléments  paraîtront 
dans  le  cours  de  la  semaine;  mais  nous  donnerons  dès  aujourd'hui  la 
liste  des  ouvrages  pour  le  piano  publiés  pendant  l'année  1S5D. 

„*,  On  annonce  que  Mme  Jenny  Lind-Goldschmidt  se  propose  de  fonder 


une  caisse  de  secours  au  profit  des  chanteurs  nécessiteux  et  de  leurs 
familles. 

*%  M.  Seling,  excellent  pianiste  compositeur,  vient  d'arriver  à  Paris, 
où  il  se  fera  entendre  cet  hiver. 

t%  Mlle  Virginie  Huet  a  donné,  lundi  26  décembre,  une  soirée  dans 
laquelle  la  charmante  pianiste-organiste  s'est  fait  vivement  applaudir  en 
exécutant  le  prélude  de  Bach  avec  M.  Hervvyn,  puis  l'air  du  Barbier,  une 
fantaisie  sur  les  Puritains,  et  la  marche  des  Veilleurs  de  nuit  qu'on  lui 
a  redemandée.  Sivori  a  joué  la  prière  de  Moïse,  de  Paganini,  qui  lui  a 
valu  des  bravos  unanimes.  Ferranti ,  le  guitariste,  a  fait  entendre  un 
délicieux  morceau.  Gustave  Nadaud  a  terminé  cette  brillante  soirée  en 
chantant  plusieurs  de  ses  plus  jolies  chansons. 

„%  Le  jeune  Henri  Ketten  donnera  cette  année  son  second  grand  con- 
cert à  orchestre  le  18  janvier  dans  la  salle  Herz.  Ce  virtuose  de  onze  ans 
et  demi  fera  entendre  entre  autres  morceaux  le  cinquième  concerto  de 
Beethoven  et  la  grande  polonaise  de  Chopin,  sans  aucun  doute,  devant 
un  très-nombreux  public. 

***  Il  y  a  quelques  jours  M.  et  Mme  Herwyn  ont  donné  une  brillante 
soirée  musicale.  Pour  la  première  fois  de  l'hiver,  ils  ouvraient  leurs 
salons  du  quai  de  la  Tournelle,  et,  malgré  la  rigueur  du  froid,  il  s'y 
trouvait  une  assemblée  nombreuse,  d'excellents  artistes, des  noms  connus 
et  aimés.  On  y  a  fait  de  belle  et  bonne  musique.  Mmes  Bockholtz-Fal- 
coni  et  Wilson,  Virginie  Huet,  Marie  Darjou,  MM.  Lyon,  Paulin  et 
Hervvyn  figuraient  au  programme,  et  chacun,  à  leur  tour,  ont  charmé 
l'auditoire. 

,*»  Jeudi  dernier,  à  la  chapelle  du  Sénat,  MM.  Ed.  Hocmelle  et  A.  Ehvart 
ont  fait  exécuter  plusieurs  morceaux  de  leur  composition  pendant  la 
célébration  du  mariage  de  M.  Elie  de  Beaumont,  sénateur,  avec  Mme  la 
marquise  Dubouchet,  née  de  Quelen.  M.  Patriossi,  baryton  du  théâtre  des 
Italiens,  a  chanté  avec  goût  un  Ave  Maria  et  un  Domine  salvum  de 
M.  Ed.  Hocmelle,  et  M.  Kœnig,  de  la  chapelle  de  l'Empereur,  a  inter- 
prété un  Pater  nosler  de  M.  A.  Ehvart,  avec  le  style  excellent  qu'on  lui 
connaît.  Les  jeunes  Soubiran  et  Bautin  ont  également  chanté  un  Veni 
crealor  du  même  compositeur.  M.  Ed.  Hocmelle,  malgré  la  défectuosité 
de  l'orgue,  a  su  se  faire  écouter  avec  satisfaction  par  l'auditoire  d'élite 
qui  se  pressait  dans  la  charmante  chapelle  du  palais  de  Marie  de 
Médicis. 

i*i,  La  société  des  quatuors  Armingaud,  Jacquard,  Lalo  et  Lapret,  à 
laquelle  Mme  Massart,  l'éminente  pianiste,  prêtera  sou  concours,  aura 
sa  première  séance  le  18  janvier  dans  les  salons  de  Pleyel,  YVolff  et  Ce. 

„*„  La  société  des  quatuors  de  Beethoven,  interprétée  par  MM.  Maurin, 
Chevillard,  Viguier  et  Sabatier,  inaugurera  ses  séances  le  5  janvier,  dans 
la  même  salle. 

„*,,  La  première  des  quatre  séances  de  musique  de  chambre  annoncées 
par  M.  Charles  Lamoureux  aura  lieu  le  i2  janvier  dans  les  salons  de 
Pleyel.  En  voici  le  programme  :  1"  quatuor  en  si  bémol  (op.  18),  Mozart; 
—  2°  quatuor  en  ut  mineur  (op.  18),  Beethoven  ;  —  3°  sonate  en  sol  ma- 
jeur pour  piano  et  violon  (op.  30),  Beethoven;  —  4°  canzonnetta  du  qua- 
tuor en  mi  bémol  (op.  12),  Mendelssohn  ;  —  5° 67e  quatuor  en  ré  majeur, 
Haydn.  MM.  Colonne,  Adam,  Louis  Pillet  et  Bernhard  Rie  seconderont 
M.  Charles  Lamoureux. 

t*4  Nous  croyons  rendre  service  à  certains  de  nos  lecteurs  en  leur 
annonçant  que  la  réouverture  des  cours  d'harmonie  mutuels  et  gratuits, 
professés  par  M.  de  Bombes,  aura  lieu  dans  la  première  quinzaine  du 
mois  de  janvier  1860.  On  s'inscrit  chez  le  professeur,  rue  Montmartre, 
n°  159,  de  neuf  heures  à  midi. 

t\  M.  Provint",  ancien  directeur  du  théâtre  Français -Italien  de  Mar- 
seille, vient  de  fonder  une  agence  dramatique  dont  le  siège  est  rue  de  la 
Victoire,  n°  46,  à  Paris. 

„*„  Un  nouvel  instrument  de  musique,  nommé  calliope,  vient  d'être 
apporté  d'Amérique  en  Angleterre,  où  on  le  voit  pour  la  première  fois. 
Il  est  dans  le  transept  central  du  palais  de  cristal  de  Sydenham.  On  peut 
le  considérer  comme  un  orgue  à  vapeur;  il  consiste  en  une  charpente  en 
fer  soutenant  deux  cylindres  sur  lesquels  sont  placés  une  série  de  tubes 
en  airain,  répondant  assez  bien  aux  diapasons  ouverts  des  orgues,  mais 
ayant  une  grande  ressemblance  avec  le. sifflet  d'une  machine  à  vapeur 
ordinaire.  La  vapeur  est  amenée,  d'une  chaudière  située  dans  le  plan- 
cher, dans  les  cylindres,  et  de  là  dans  les  tuyaux  qui  produisent  les 
notes,  au  moyen  de  soupapes  à  double  effet;  celles-ci  sont  ouvertes  par 
des  leviers  en  communication  avec  des  fils  de  fer  sur  lesquels  on  peut 
agir  au  moyen  de  touches  de  piano,  ou  par  des  tiges  d'acier  fixées  sur 
uncylindresemblable  àceluid'un  orgue  de  Barbarie.  L'instrument  du  palais 
de  Cristal  est  le  plus  faible,  le  plus  doux  qui  ait  jamais  été  construit.  Il  fonc- 
tionne à  ja  pression  de  o  livres  poids  ou  uu  peu  moins  de  2  kil.  1/2  par  pouce 
carré;  le  maximum  de  la  pression  dans  les  orgues  d'église  est  de  5  onces 
pour  la  même  surface.  Le  caractère  de  cette  invention  consiste  en  ce  que 
l'on  peut  construire  des  instruments  dans  lesquels  on  portera  la  force 
de  vapeur  jusqu'à  150  livres  par  pouce  carré,  produisant  des  sonsmusi- 


DE  PARIS. 


eaux  trente  fois  aussi  forts  que  ceux  du  calliope  existant  aujourd'hui. 
Telle  est  la  force  des  sons  à  cette  haute  pression,  que  l'on  affirme  qu'il  a 
été  entendu  à  12  milles,  c'est-à-dire  5  lieues  ou  20  kilomètres.  L'étendue 
du  son  est  presque  illimitée,  depuis  les  sons  les  plus  bas  d'une  boîte  à 
musique  jusqu'à  une  force  telle  qu'elle  peut  être  entendue  de  toute  une 
ville.  A  cause  de  la  quantité  de  vapeur  nécessaire  pour  faire  marcher 
l'instrument,  on  n'a  jamais  pu  le  faire  entendre  dans  une  maison;  mais 
si  au  lieu  de  vapeur  on  se  sert  d'air  condensé,  on  a  une  meilleure  mu- 
sique et  une  pression  plus  considérable.  Les  usages  auxquels  on  peut  ap- 
pliquer le  calliope  sont  nombreux.  Un  général  s'en  servira  pour  donner 
des  ordres  à  toute  une  armée.  A  Saint-Louis  et  à  la  Nouvelle-Orléans,  on 
s'en  est  servi  en  guise  de  cloches.  Un  phare  anglais  situé  sur  les  côtes 
de  la  Nouvelle-Ecosse  est  pourvu  du  calliope  pour  donner  des  signaux. 
Le  pacha  d'Egypte  en  a  un  dans  son  bateau  à  vapeur  comme  instru- 
ment de  musique.  A  ce  titre,  il  est  souvent  employé  aux  Etats-Unis. 
Quoique  l'harmonie,  par  suite  de  l'emploi  de  la  vapeur,  ne  soit  pas  tou- 
jours parfaite,  cependant  sa  mélodie  plaît  à  l'oreille  ;  et  comme  nou- 
veauté musicale,  le  calliope  a  des  droits  à  l'attention  du  public. 
(indicateur  populaire,  cité  par  le  Moniteur.) 

„*„  Les  concerts  du  Casino  sont  toujours  très-suivis  ;  Arban  vient  de 
faire  exécuter  une  grande  fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel,  qui  a 
produit  beaucoup  d'effet;  on  a  surtout  applaudi  l'air  du  Chasseur  et 
la  romance  Reviens  à  toi,  très-heureusement  transcrite  pour  le  violon- 
celle. La  pullca  des  Oiseaux  et  Iffetzheim-galop,  souvenir  des  courses  de 
Bade,  sont  toujours  accueillis  par  les  applaudissements  de  la  salle  tout 
entière. 

*%  Le  17  décembre  est  mort  à  Cassel  le  chef  d'orchestre  du  théâtre  de 
la  cour,  M.  Sobiéry;  il  a  été  immédiatement  remplacé  par  le  maître  de 
chapelle,  M.  A.  Dessof,  qui  s'est  fait  avantageusement  connaître  comme 
chef  d'orchestre  à  Dusseldorf,  Aix-la-Chapelle  et  Magdebourg. 

CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

t%  Bennes.  —  La  troupe  lyrique  marche  de  succès  en  succès ,  le 
grand  événement  de  la  fin  de  l'année  a  été  la  première  représentation 
du  Pardon  de  Ploërmel  qui  a  eu  lieu  devant  une  salle  comble  ;  le  succès 
de  la  partition  et  des  exécutants  a  été  colossal.  Dans  le  premier  acte  on 
a  surtout  applaudi  la  Berceuse,  le  duo  Sonne,  sonne,  gai  sonneur,  et  l'air 
d'Hoël  :  0  puissante  magie;  au  second  acte,  l'air  de  l'ombre  a  soulevé  de 
toute  part  les  applaudissements  les  plus  enthousiastes  ;  les  couplets  de 
Corentin  et  la  légende  ont  aussi  été  accueillis  très-chaleureusement. 
L'air  du  Chasseur,  le  Pater  noster  à  quatre  voix,  la  romance  d'Hoël  et  le 
duo  final  ont  vivement  impressionné  le  public.  Mme  Laurence,  MM.  Saint- 
Brice  et  Mengaud  ont  été  au-dessus  de  toute  critique.  Les  chœurs  et 
l'orchestre  méritent  aussi  des  éloges  sans  restriction,  mais  les  plus  sin- 
cères félicitations  sont  dues  au  remarquable  quatuor  de  cors  qui  a  ac- 
compagné le  chant  du  Chasseur,  de  la  façon  la  plus  complète. 

t*t  Caen.  —  Le  festival  organisé  par  M.  Lair  de  Beauvais  a  été  splen- 
dide.  La  partie  vocale  réunissait  MM.  Roger,  Lefort  et  Mlle  Messon.  Roger 
a  chanté  le  duo  de  la  Reine  de  Chypre  et  le  premier  acte  de  la  Dame 
Blanche  avec  un  succès  pyramidal.  Le  lendemain  le  théâtre  se  trouvait 
de  moitié  trop  étroit,  car  Roger  avait  consenti  à  chanter  le  deuxième  acte 
de  la  Dame  Blanche  et  le  quatrième  acte  de  la  Favorite. 

„,*$;  Grenoble.  —  Martha  de  Flotow,  vient  de  réussir  complètement. 
Parmi  les  morceaux  qui  ont  produit  le  plus  d'effet,  il  faut  citer  le 
duo  d'ouverture  admirablement  chanté  par  Mme  Abrit,  le  duo  chanté 
par  MM.  Bouché  et  Lemonnier,  Des  ma  plus  tendre  enfance,  le  quatuor  des 
Rouets,  la  chanson  du  Porter,  et  enfin  le  duo  du  quatrième  acte  :  Le  prin- 
temps va  renaître.  Les  chœurs  et  l'orchestre  out  droit  aussi  aux  plus  grands 
éloges. 

„%  Bone.  —  Les  deux  dernières  représentations  delà  troupe  lyrique  ont 
eu  lieu  le  8  et  le  11  décembre;  on  jouait  l'Eloile  du  Nord,  et  l'empresse- 
ment était  tel  que  toutes  les  places  étaient  retenues  huit  jours  à  l'avance. 
Le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  a  été  salué  par  des  applaudissements  en- 
thousiastes. MM.  Crosset,  Megnot  et  Mme  Vilette  ont  obtenu  beaucoup  de 
succès. 

CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 

t*t  Londres.  —  Au  théâtre  de  Covent-Garden  on  vient  de  représenter 
un  nouvel  opéra  de  M.  Alfred  Mellon.  Le  libretto  est  tiré  entièrement  du 
drame-vaudeville  français  Victorine  ou  la  Nuit  porte  conseil.  La  partition 
a'  obtenu  un  succès  très-légitime.  L'ouverture  a  été  très-applaudie. 
Miss  Parepa  (Victorine),  miss  Therlwals  (Louise),  M.  Stanley  (Julien)  et 
M.  llury  Ilaigh  (Michel)  ont  joué  et  chanté  l'opéra  de  M.  Mellon  avec 
beaucoup  de  talent.  —  Le  second  concert  de  la  Société  musicale  des 
amateurs  a  été  donné  le  12  décembre  et  a  attiré  une  foule  très-nom- 
breuse On  a  beaucoup  applaudi  dans  la  partie  instrumentale  M.  Seymour 
Egerton,  qui  a  joué  un  solo  de  lirnst  avec  beaucoup  de  talent,  et  dans 
la  partie  vocale  Mme  Lemmens  Sherrington,  qui  a  chanté,  avec  son 
succès  habituel,  l'air  de  V Ombre,  du  Pardon  de  ploërmel.— A  la  matinée 
musicale  donnée  par  M.  Catalaire,  on  a  surtout  remarqué  M.  Patry,  qui 


a  chanté  avec  autant  de  goût  que  de  méthode  la  romance  de  l'Etoile  du 
Nord  :  0  jours  heureux,  etc.,  et  M.  Regondi.qui  a  exécuté  sur  le  concer- 
tina  une  fantaisie  sur  le  même  opéra. 

**  Bruxelles.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel  a 
eu"lieu  vendredi,  23  décembre,  devant  un  des  plus  nombreux  et  des 
plus  brillants  auditoires  qui  se  soient  trouvés  réunis  pour  assistera  une 
solennité  lyrique.  Hâtons-nous  de  le  proclamer,  c'est  un  succès,  un 
succès  véritable  auquel  n'ont  manqué  ni  les  acclamations  ni  les  rappels. 
Mlle  Boulard  a  déployé  dans  le  rôle  de  Dinorah  un  charme  et  une  puis- 
sance qui  lui  ont  valu  plusieurs  ovations  aussi  unanimes  que  spontanées. 
M.  Aujac  a  fait  de  Corentin  un  de  ses  meilleurs  rôles,  et  M.  Carman  a 
courageusement  soutenu  un  rôle  écrit  pour  la  voix  étendue  et  vibrante 
de  Faure.  Les  deux  artistes  ont  été  rappelés  avec  Mlle  Boulard  après  le 
deuxième  acte  et  à  la  chute  du  rideau.  La  mise  en  scène  a  été  en  tout 
point  digne  de  l'œuvre  et  du  théâtre.  L'orchestre  et  les  chœurs  ont  fait 
vaillamment  leur  devoir.  Quatre  représentations  ont  parfaitement  établi 
le  succès  de  l'ouvrage. 

»**  Aix-la-Chapelle.  —  Au  troisième  concert  d'abonnement,  l'oratorio 
Paulus,  de  Mendelssohn,  a  été  exécuté  sous  la  direction  de  M.  Wùllner. 
Notre  société  instrumentale  a  consacré  une  séance  à  la  mémoire  de 
Spohr  ;  on  y  a  exécuté  l'ouverture  de  Faust  et  diverses  autres  composi- 
tions du  maître. 

**»  Cologne.  —  Au  cinquième  concert  de  la  société  a  été  exécuté  Èsthfr, 
oratorio  de  Haeridél.  C'est  la  première  fois  qu'on  a  entendu  à  Cologne, 
et  même  en  Allemagne,  cette  œuvre  qui  mérite  d'être  connue  et  que  le 
public  a  écoutée  avec  le  plus  vif  intérêt  ;  on  y  trouve  les  premières  révé- 
lations du  génie  qui  dans  des  créations  postérieures  a  déployé  toute  sa 
puissance. 

„*$  Berlin.  —  Les  représentations  de  la  troupe  italienne  ont  commencé 
le  22  décembre  par  le  Barbier  de  Séville.  On  annonce  à  l'Opéra  royal, 
pour  le  mois  de  janvier,  la  première  représentation  de  l'opéra  :  Christine, 
reine  de  Suède,  du  comte  de  Redern,  qui  sera  suivi  d'un  nouveau  ballet 
intitulé  :  Voir  Naples  et  puis  mourir.  Cette  œuvre  chorégraphique  est  de 
l'infatigable  Taglioni.  Le  célèbre  pianiste  M.  Hans  de  Bulow  vient  de 
verser  à  la  caisse  de  la  fondation  Schiller  la  somme  de  seize  cents  francs, 
produit  de  trois  concerts  qu'il  a  donnés  au  profit  de  cette  œuvre.  M.  Ilans 
de  Bulow  doit  se  faire  entendre  à  Bàle  le  15  janvier  et  se  rendre  ensuite 
à  Paris,  où  il  compte  donner  une  série  de  soirées  musicales  dans  les  sa- 
lons Pleyel. 

ç*i  Vïenne.— L'administration  des  théâtres  impériaux  va  être  abandonnée 
à  l'exploitation  privée,  et  une  subvention  annuelle  sera  allouée  aux 
nouveaux  directeurs  comme  prix  de  la  location  des  loges  impériales  et 
des  places  réservées  pour  le  service  de  la  cour.  Il  a  été  décidé  que 
l'opéra  impérial  connu  ici  sous  le  nom  de  Porte  de  Carinthie,  cessera  à  par- 
tir du  le-- avril  prochain  d'être  administré  par  l'Intendance  impériale. 
Toutes  les  économies  rêvées  par  le  budget  ont  déjà  reçu  un  commence- 
ment d'exécution  cet  hiver  ;  l'opéra  italien  a  été  supprimé  pendant  toute 
la  saison. 

t*t  Darmsladl.—  Au  troisième  concert  de  la  chapelle  ducale  de  Darms- 
tadt  a  été  exécutée  une  symphonie  nouvelle  de  M.  Abert,  artiste  de  la 
chapelle  royale  de  Stuttgard,  auteur  de  Anna  de  Landskron,  opéra  qu'on  a 
donné  avec  succès  au  théâtre  de  cette  capitale. 

„,*„  Saint-Pétersbourg.  —  Les  études  du  Pardon  de  Ploërmel  avancent 
vers  leur  terme.  Décidément,  c'est  Debassini,  et  non  Giraldoni,  qui  joue 
le  rôle  d'Hoël.  Calzolari  et  Mme  Charton-Demeur  sont  toujours  chargés 
des  deux  autres. 

„**  Nice.  —  Mme  Sanchioli  obtient  de  beaux  succès  au  Théâtre-Royal 
dans  le  Trovatore  et  Maria  di  Rohan.  La  célèbre  cantatrice  doit  se  faire 
entendre  ensuite  dans  un  de  ses  rôles  de  prédilection,  celui  de  Fidès,  du 
Prophète,  qu'elle  a  chanté  sur  les  principales  scènes,  en  Italie,  avec  un 
immense  succès. 


le  Directeur  :  S-   Dl'lOVR. 


En  vente  chez  J.  M.  GUERRIER,  19,  rue  Vivienne : 

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Collet-tloii  «le  «aio«s*es  im-oKressïves   en  «rois   séries. 

La  première  série  [très-facile)  est  terminée. 

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ftieorses  et  fcéon,  polka  et  redovva *  s0 

Ariniir  et  Alphonse,  schottisch  et  valse *  50 

«tarif  et  FlaVï'e,  mazurka  et  polka 

jleiiiij-i.éoiiiie,  redovva  et  valse 

JL.es  Mignons,  quadrille 


BEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


MUSIQUE  DE   PIAN® 

PUBLIÉE  PENDANT  L'ANNÉE  1859 
Par  G.  BRiXDtii  et  S.  DUFOIJB,  éditeurs,   ÎO.'B,  rue  de  Richelieu,  au   ï''. 


FANTAISIES,   TRANSCRIPTIONS,    ETC. 

Ascner.  Illustration  du  Pardon  de  Ploërmel 

—  Op.  84.  Ici.  de  Hubert  le  Diable 

Badarzevt&lka    La  Prière  d'une  vierge 

Kernard  (Paul).  Op.  52.  Le  Pardon  de  Ploërmel,  transcription.    . 

—  Op.  55.  La  Charité,  cliœur  de  Rossini,  transcription.   .    .    . 
Beyer  (F.).  Op.  36.  Petite  fant.  facile  sur  le  Pardon  de  Ploërmel.. 

—  Op.        Bouquet  de  mélodies                Id. 
Blumiemtual  (J.).  Op.  Â5.  La  Solitude,  rêverie 

—  Op.  46.  Deux  mazurkas 

— ■    Op.  47.  Chanson  napolitaine  populaire,  transcription.    .   . 

—  Op.  Z|8.  Le  Départ  du  vaisseau,  fantaisie 

—  Op.  49.  Chanson  populaire  de  Capri ,  transcription .... 

—  Op.  50.  Une  Nuit  sur  le  lac  Majeur,  rêverie 

—  Op.  51.  N°  1.  Le  Chant  du  cygne,  mélodie  plaintive  .   .   . 

—  N«  2.  Une  Fleur  des  Alpes,  mélodie 

—  Op.  52.  L'Étoile  du  soir,  3e  valse 

—  Op.  53.  Marche  du  vainqueur.   .   .   .. 

Burginuller.  Grande  valse  de  salon  sur  le  Pardon  de  Ploërmel. 
Ch»[>în  (F.).  Op.  18.  Grande  valse  brillante 

—  Op.  A2.  Grande  valse 

—  Op.  57.  Berceuse 

Cometiaait.  Transcription-fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel.    . 

Cramer  (IL).  Petite  fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel 

Cramer  (J.).  Fantaisie-valse   sur  l'air  de  l'Ombre 

Croisez  (A.).  Morceau  de  salon  sur  le  Pardon  de  Ploërmel.  .   .  . 
Corïu  (A.).  Op.  95.  Fantaisie  dramatique        Id.  .... 

—  Op.  00.  Fantaisie  de  salon  sur  les  Dragons  de   Villars   .    .    . 

—  Les  Regrets,  impromptu,  étude 

ne»s.  Op.  54.  Rêverie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel 

KalkBureaiBier  (A.).  Mosaïque  brillante        Id 

Ketterer  (Eugène).  Op.  67.  L'Espérance,  suite  de  valses  .    .   . 

—  Op.  68.  Fantaisie-transcription  sur  le  Pardon  de  Ploërmel  . 
Knerlit.  Op.  8.  La  Chanson  du  moulin,  étude  de  concert.    .    . 

—  Op.  9.  La  Ronde  des  lutins  Id.  ... 

—  Op.  10.  .Etude-fantaisie  de  concert,  pour  la  main  gauche 

sur  Norma 

—  Op.  11.  La  Nuit  est  belle,  mélodie  de  Perrucchini  variée. 
Krugcr.  Op.  69.  Mélodie  pastorale 

—  Op.  88.  Berceuse  du  Pardon  de  Ploërmel,  transcrite 

Kudk.  (Aloys).  Op.  12.  Fantaisie  sur  le  Pardon  de  ploërmel  .   .   . 
Lecai-nentler  (Ad.).   185  et  186e  bagatelles  sur  le  Pardon  de 

Ploërmel,  chaque 

—  187°  bagatelle  sur  Maria 

—  1 88e  bagatelle  sur  les  Dragons  de  Villars 

Leduc  (Alph.).  Op.  182.  Fantaisie  élégante  et  facile  sur  le  Par- 
don de  Ploërmel 

Eieyltacb.  Op.  31.  Deuxième  mazurka,  caprice  brillant.    .   .   . 

—  Op.  19.  Ballade : 

—  Op.  20.  Deuxième  grande  valse  brillante 

—  Op.  21.  Caprice-étude,  marche  funèbre 

—  Op.  24.  Aux  bords  du  Gange,  caprice  brillant  sur  une  raé- 

mélodie  de  Mendelssohn-Bartholdy       

Lftolir  (II.).  Chant  du  rouet 

—  Les  Octaves,  morceau  de  concert 

—  Rosée  de  mai 

liUSKim  (J.).  Op.  12.  Fantaisie  de  concert  sur  Robert  le  Diable. 
Masiius  Op.  60.  Grand  caprice  sur  les  Huguenots 


5  » 
7  50 
7  50 
9  » 
9  » 
9  » 
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7  50 
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6  » 

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6  » 

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5     » 

5     » 

7  50 
7  50 
7  50 

7  50 


r,o 


llatkiaa  (G.).  Op.  31.  Les  Regrets,  ballade 

Mcurielssuuii-Bnrtiiold.v.  Op.  14.  Rondo  capricio 

SSeyerneer.  Quatrième  marche  aux  (lambeaux 

Moulins  (Amélie).  Fantaisie  sur  Maria 

Perny  (P.).  Op.  21.  Souvenirs  du  prophète,  caprice 

Pi«ani.  Dans  les  bois,  polka-mazurka  de  salon 

—  Désolation,  mélodie, 

—  La  Nuit,  méditation 

Ponce  de  Léon.  Mélodie  irlandaise,   intercalée    dans   Marta, 

transcription 

Prudent  (E.).  Op.  53.  Adieu  printemps,  étude-caprice  .... 

—  Op.  54.  Chant  du  ruisseau,    caprice 

—  Andante  de  Mozart,  transcription 

KoKcElen.  Op.  167.  Fantaisie  brillante  sur  le  Pardon  de  Ploërmel 
Rummel.  Fra  Diavolo,  échos  des  opéras,  n°  1.  (Sous  presse). 

—  Guillaume  Tell,  Id.  n»  2.  Id 

—  Le  Comte  Ory,  Id.  n°  3.  Id 

—  Le  Domino  noir,  Id.  n°  4.  Id 

—  Les  Diamants  de  la  couronne,  Id.  n°  5.  Id 

—  La  Muette  de  Portici,  Id.  n°  6.  Id 
Talexy  (Ad.).  Une  Fille  d'Eve,  polka-mazurka  de  salon 

—  Polka-mazurka  de  salon  sur  le  Pardon  de  Ploërmel. 
Tedcsco.  Poëme  d'amour,  rêverie  nocturne      .... 
Véiii  (A.).  Op.  10.  Danse  des  sylphes,  caprice  fantastique.   .   . 
Vincent  (A.).  Op.  7.  Dolorès ,  polka-mazurka. 

—  Op.  8.  Die  Tlirane  (la  Larme),  mélodie  de  Kucken,  transcrite 

—  Op.  9.  Je  suis  Lindor,  de  Paësiello,   transcription 

—  Op.  10.  Le  Pardon  de  Ploërmel,  transcription 

—  Op.  11.  Orphée,  de  Gluck,  deux  transcriptions 

WeliBe  (Ch.).  Op.  51.  Brindisi,  chant  des  buveurs 

Wolffl.  Op.  234.  Mathilde,  valse-caprice 

—  Op.  235.  Ida,  valse-caprice 


50 


9 
7 
5 
3 
3 
3 

4 

9 
9 

6 

7 

6 

6 

6 

6 

6 

6 

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6 

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6 

5 

5 

5 

7 

5     » 

5    » 

7  50 

7  50 


50 


50 


OUVERTURES,   PIANO  SOLO  ET  A  QUATRE  MAINS. 

Ernest  II.  Diane  de  Solanges 6     » 

Flotow.  Martha 7  50 

—  La  même  à  quatre  mains  . 9     » 

Uaillart  (A.).  Les  Dragons  de   Villars 7  50 

—  La  même  à  quatre  mains 9     » 

Meyertoecr  (G.).  Le  Pardon  de  Ploërmel .  9     » 

—  La  même  à  quatre  mains 12    » 

PARTITIONS,  PIANO  SOLO  ET  A  QUATRE  MAINS. 

SDaillart  (A.).  Les  Dragons  de  Villars,  format  in-S°  ....  net.   10     » 
lleycrbecr  (G.).  Le  Pardon  de  Ploërmel,  format  in-8°  .   .  net.  10    » 

—  La  même  a  quatre  mains,  format  in-A" net.  25    » 

MUSIQUE  DE  PIANO  A  QUATRE  MAINS. 

Beyer.  Op.  112.  Petite  fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel    ...     750 
Burgmuller.  Grande  valse  Id.  ....     9     • 

Croisiez  (A.).  Souvenirs  du  Pardon  de  Ploërmel 7  50 

doria.  Op.  91 .  Marche  triomphale  pour  deux  pianos  concertants.  12     • 
Hunten  (F.).  Op.  166.  Fantaisies  sur  Marta,  en  trois  suites,  chaq.    6    » 

Meyerueer.  Quatrième  Marche  aux  flambeaux 10     » 

Wolff  (L.).  Op.  233.   Grand  duo  dramatique   sur  le  Pardon  de 

Ploërmel 10     » 


MUSIQUE    DE   DANSE 

QUADRILLES 

Aërts.   La  Veuve  Grapin 4  50 

Arliaii.   Dans  la  rue 4  60 

—  Le  Pardon  de  Ploërmel k  50 

—  Le  même  à  quatre  mains  .       .  U  50 
ArtiiN  (Alex.).  Fanfan  la  Tulipe  ...  4  50 

—  Le  même  à  quatre  mains.   .    .  A  50 

—  Les  Fugitifs 4  50 

—  Le  Maître  d'école 4  50 

Bouhu.uet.  Le  quart  d'heure  de  Ra- 
belais   A  50 

Uarx  (Ad.) .  Le  Pardon  de  Ploërmel  .  U  50 

MrniifiN.   2e  quadrille  sur  Marta.   .   .  U  50 

—  Le  même  à  quatre  mains.    ...  A  50 


VALSES 

Burgniuller    (F.).    Le   Pardon   de 

Ploërmel 6  » 

—  La  même  à  quatre  mains ....  9  » 

Elbel.  Corinne 6  » 

Ettllng  (Emile).  Op.  91.  Le  Pardon  de 

Ploërmel 5  » 

Cirazlanl.  Les  Cyclopes 6  » 

Ketterer.  Op.  67.  L'Espérance  ...  6  » 

Strauss».  Le  Pardon  de  Ploërmel  .   .  6  » 

—  La  même  à  quatre  mains  ...  7  50 

—  Dans  la  rue 6  » 


DANSES   DIVERSES 

Arltan.  Polka  des  Oiseaux A  » 

—  Iffetzheim,  galop .  4  • 

Arfus  (Alex.).  Fanfan  la  Tulipe,  polka  3  » 
Bousquet.    Polka  sur   le  Pardon    de 

Ploërmel 4  » 

Desgrnugcs.  Schottisch  sur  le  Pardon 

de  Ploërmel 4  » 

iïriii liant.  Redowa  styrienne  ....  2  50 

—  La  Comète  de  185S,  galop  ...  4  » 
Blusard .  Redowa  du  pardon  de  Ploërmel  i  » 
Talesy.  Une  fille  d'Eve,  polka-mazurka  6  » 

—  Polka  mazurka  sur  le  Pardon  de 
Ploërmel 6  » 


PARI3.  —  IMI'EINERIE   CENTRALE    DE 


CnAIX  ET  C",  EUE 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  ©ES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


i\°  2. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  â  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


8  Janvier  1S0O. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24ir.paran 

Départements,  Belgique  et  Suisse. ...    30»       id. 

Étranger M  "       id- 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


Nous  rappelons  à  nos  Abonnés  de  Paris  que  les  prî- 
mes que  nous  leur  offrons  à  titre  d'étrennes  sont  n 
leur  disposition,  et  nous  les  prions  de  vouloir  bien 
les  faire  prendre  dans  nos  bureaux.  Nous  les  envoyons 
franco  aux  Abonnés  de  province. 


SOMMAIRE.  —  Sur  l'enseignement  populaire  de  la  musique  (1er  article),  par 
Fétis  père.  —  Théâtre  impérial  Italien  :  MargherUa  la  mendicante,  opéra 
en  trois  actes,  libretto  de  F.  M.  Piave,  musique  de  Gaetano  Braga.  —  Inaugura- 
tion du  nouvel  orgue  de  Wazemmes.  —  Revue  des  théâtres,  par  D.  A.  B. 
Saint-l'-ves.  —  Nouvelles  et  annonces. 


SDR  L'ENSEIGNEMENT  POPULAIRE  DE  LA  MUSIQUE. 

(Premier  article.) 

La  musique,  ou,  pour  parler  plus  exactement,  le  chant,  est  con- 
sidéré à  juste  titre  aujourd'hui  comme  une  nécessité  de  l'éducation 
du  peuple.  A  vrai  dire,  le  chant  populaire  a  existé  chez  toutes  les 
nations,  à  quelque  race  qu'elles  appartinssent,  depuis  les  premiers 
âges  du  monde,  et  ses  monuments  précèdent  partout  ceux  de  la  mu- 
sique à  l'état  d'art.  Originairement  ce  chant  n'eut  pas  d'autre  auteur 
que  le  peuple  lui-même.  Il  y  déposait  ses  idées,  ses  croyances,  ses 
sentiments,  ses  légendes  et  ses  souvenirs  historiques.  On  les  trans- 
mettait par  tradition,  comme  cela  se  pratique  encore  en  Orient,  chez 
les  peuples  slaves,  et  en  général  chez  ceux  que  la  civilisation  mo- 
derne n'a  poinî.  encore  dépouillés  de  leur  caractère  primitif;  cir  ces 
populations  ont  ignoré  et  même  ignorent  encore  l'existence  d'une 
musique  notée. 

Il  n'en  est  plus  de  même  dans  les  centres  de  civilisation,  car  le 
véritable  chant  populaire  en  a  disparu.  S'effaçant  par  degrés  sous 
l'influence  incessante  de  la  musique  proprement  dite,  il  a  cessé  d'être 
l'expression  naïve  des  sentiments  des  masses  ;  il  s'est  formulé  selon 
les  règles  de  l'art;  et  dans  le  moment  même  où  l'unisson  populaire 
fait  irruption  dans  l'opéra,  l'harmonie  du  chœur  dramatique  pénètre 
jusque  dans  les  hameaux.  Une  semblable  transformation  ne  doit  pas 
plus  nous  étonner  que  toutes  celles  qui  se  sont  accomplies  depuis  un 
demi-siècle  ;  mais  il  devient  évident  que  la  tradition  ne  suffit  plus 
pour  transmettre  dans  le  peuple  des  chants  qui  appartiennent  au  do- 


maine de  l'art,  et  qu'un  enseignement  est  devenu  nécessaire  pour  cet 
objet. 

Toutefois  n'oublions  pas  que  la  partie  du  domaine  de  la  musique  à 
laquelle  appartient  le  chant  populaire  est  fort  bornée  en  comparaison 
de  l'art  dans  tous  ses  développements,  d'où  il  suit  que  l'enseignement 
des  éléments  du  chant,  dans  les  écoles  primaires,  doit  être  renfermé 
dans  les  limites  de  ce  qui  est  exactement  nécessaire  pour  atteindre  le 
but  proposé.  Que  si,  par  l'effet  de  celte  première  éducation,  le  goût 
de  l'art  se  développe  chez  certains  individus,  si  des  organisations  pré  - 
destinées  se  font  apercevoir,  il  faudra  les  confier  non  plus  à  l'enseigne- 
ment collectif  des  écoles  communes,  mais  à  l'enseignement  individuel 
qui  seul  peut  faire  les  artistes.  Il  est  de  la  plus  haute  importance  que 
les  gouvernements  et  les  autorités  placées  à  la  tète  de  l'enseignement 
comprennent  bien  cette  différence  des  deux  genres  de  destination, 
car  on  arriverait  aux  résultats  les  plus  déplorables  s'ils  étaient  con- 
fondus. 

Les  conservatoires  dans  les  capitales,  et  leurs  succursales  dans 
les  provinces,  sont  des  écoles  d'artistes  :  les  leçons  s'y  donnent  in- 
dividuellement, bien  qu'un  certain  nombre  d'élèves  soit  réuni  dans 
chaque  classe.  Là  les  organisations  d'élite  se  font  immédiatement  re- 
connaître ;  elles  ne  sont  point  astreintes,  comme  dans  les  collèges,  à 
suivre  les  cours  avec  la  même  lenteur  que  les  organisations  médio- 
cres ;  car,  dans  la  même  année,  elles  peuvent  passer  de  l'enseigne- 
ment préparatoire  du  répétiteur  au  degré  plus  avancé  du  professeur 
adjoint,  ou  de  celui-ci  à  l'enseignement  supérieur.  D'autre  part,  pen- 
dant que  l'élève  artiste  cultive,  avec  les  soins  nécessaires,  son  or- 
gane vocal,  s'il  est  destiné  à  l'art  du  chant,  en  égalise  les  sons  et  les 
registres,  l'assouplit  par  des  exercices  de  vocalisation,  règle  sa 
respiration  et  corrige  les  défauts  de  sa  prononciation  ;  ou,  si  sa  voca- 
tion l'a  porté  vers  l'étude  d'un  instrument,  pendant  que  les  leçons  du 
professeur  lui  enseignent  pa"  les  principes  et  par  l'exemple  tout  ce  qui 
constitue  un  mécanisme  parfait  d'exécution,  il  augmente  l'ensemble  de 
ses  connaissances  par  la  fréquentation  des  cours  d'harmonie,  d'ac- 
compagnement et  de  composition.  Compositeur,  il  doit  étudier  les 
modèles,  lire  les  partitions  des  grands  maîtres,  et  pour  le  faire  avec 
fruit,  il  faut  que  toutes  les  clefs  lui  soient  également  familières,  et 
qu'il  ait  l'habileté  de  faire  concurremment  plusieurs  genres  de  trans- 
position avec  la  même  rapidité  que"  l'action  de  lire  dans  un  livre 
d'une  langue  connue.  Une  pareille  éducation  complète  a  exigé  de  tout 
temps  une  belle  organisation  et  huit  ou  dix  années  d'études. 

11  est  donc  de  toute  évidence  que  l'enseignement  populaire  du 
chant  dans  les  écoles  communales  ou  autres  ne  peut  avoir  qu'un  seul 
point  de  contact  avec  celui  des  conservatoires,   où  l'art  véritable  est 


10 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'objet  des  études,  à  savoir  :  les  éléments  communs  aux  deux  genres 
d'éducations,  c'est-à-dire  les  mêmes  gammes,  les  mêmes  divisions  du 
temps  et  le  même  système  de  mesure  de  la  durée  des  sons,  enfin  la 
même  notation.  On  comprend  que  l'identité  des  éléments  est  une  né- 
cessité absolue  dans  l'enseignement  populaire  du  chant  comme  dans 
l'éducation  musicale  des  artistes,  car,  s'il  en  était  autrement,  l'ensei- 
gnement populaire  contenu  dans  ses  limites  naturelles  ne  serait  pas 
une  introduction  à  la  connaissance  de  l'art  véritable.  On  a  vu  en  Al- 
lemagne, dans  la  première  moitié  de  ce  siècle,  une  démonstration  évi- 
dente de  cette  vérité  :  il  me  parait  nécessaire  d'entrer  dans  quelques 
détails  à  ce  sujet. 

On  sait  que  l'Allemagne,  au  point  de  vue  religieux,  est  divisée  en 
deux  grandes  parties,  l'une  catholique,  l'autre  protestante.  Les  pro- 
vinces rhénanes,  la  Bavière,  la  Bohême,  une  partie  de  la  Silésie  et 
l'Autriche  composent  la  première  ;  le  royaume  de  Hanovre,  les  an- 
ciennes villes  libres  de  Francfort,  Brème,  Hambourg,  Lubeck,  le  du- 
ché de  Brunswick,  la  Thuringe,  la  Prusse,  la  Saxe  appartiennent  à  la 
seconde.  L'éducation  musicale  du  peuple  dans  l'Allemagne  catholique 
fut  florissante  pendant  toute  la  durée  du  dix-huilième  siècle,  parce 
que  le  nombre  considérable  d'églises,  de  grandes  abbayes  et  de  mo- 
nastères qui  s'y  trouvaient  étaient  autant  d'écoles  gratuites  de  musi- 
que, où  se  formaient  dans  la  connaissance  de  l'art  une  multitude  d'en- 
fants de  chœur.  Devenus  plus  tard  chanteurs,  instrumentistes  ou 
organistes,  tous  étaient  employés  dans  les  églises  ;  car  il  n'y  avait  point 
de  paroisse  de  village,  d'abbaye,  de  couvent  où  il  n'y  eût  tous  les 
jours  messe  et  salut  en  musique  ;  point  de  petite  localité  où  il  n'y  eût 
un  orgue  et  un  organiste,  lequel  cumulait  les  fonctions  de  maître  d'é- 
cole et  avait  chez  lui  un  clavecin  ou  une  épinette,  ou  un  clavicorde 
dont  il  enseignait  à  jouer  aux  enfants  soumis  à  sa  férule.  Il  n'était  point 
alors  de  cité  ni  de  bourg  qui  n'eût  ce  qu'on  appelait  le  musicien  de 
ville  à  gages.  Cet  homme  devait  savoir  jouer  de  tous  les  instruments 
et  en  donner  des  leçons  gratuites  aux  habitants  de  l'endroit  qui  lui  en 
demandaient.  Bien  que  son  traitement  fût  assez  minime,  sa  position 
n'était  pas  mauvaise,  parce  qu'il  envoyait  ses  élèves  dans  les  orchestres 
d'églises  de  village  ou  dans  les  guinguettes,  et  prélevait  un  droit  sur 
leurs  salaires.  11  serait  difficile  aujourd'hui  de  comprendre  quelle  était 
alors  l'existence  toute  musicale  de  l'Allemand  catholique.  Les  presses 
d'Augsbourg,  de  Nuremberg,  de  Salzbourg  et  de  Ratisbonne  suffisaient 
à  peine  à  l'impression  des  messes,  motets,  vêpres  et  saluts  destinés 
aux  plus  petites  localités,  et  qu'on  appelait,  à  cause  de  cette  destina- 
tion, messes  et  vêpres  rurales.  Biïhler,  Demonler,  Dreyer,  Drcesig, 
Emmerig,  Gleissner,  Hacker,  Hahns,  Hirschberger,  Kobrich,  Kcenigs- 
perger,  Lasser  et  Ohnewald  furent  les  grands  fournisseurs  de  cette 
musique  champêtre  d'église  avec  petit  orchestre.  Chacune  de  leurs  œu- 
vres éLaient  composées  d'au  moins  six  messes,  et  le  reste  en  propor- 
tion. Pour  les  grandes  villes  et  les  riches  abbayes,  on  avait  les  œu- 
vres de  Fux,  de.  Tag,  de  Zeleuka,  de  Joseph  et  de  Michei  Haydn,  de 
Mozart  et  des  maîtres  italiens. 

La  connaissance  de  la  musique  était  si  populaire  dans  toutes  ces 
contrées,  qu'il  n'y  avait  pas  de  paysan  chez  qui  l'on  n'entendit  ou  des 
chants  à  plusieurs  voix,  ou  quelqu'instrument.  Chez  les  grands  sei- 
gneurs, tous  les  domestiques  étaient  musiciens.  Après  le  diner,  les  uns 
prenaient  des  violons,  les  autres  des  altos,  des  basses;  celui-ci  une 
flûte,  cet  autre  un  hautbois,  un  basson  :  les  gardes-chasse  étaient  ap- 
pelés avec  leurs  trompes  pour  jouer  dans  les  symphonies  les  parties 
qu'on  appelait  alors  par  cette  cause  cors  de  chasse.  Le  Herr  Kapell- 
meisler  prenait  la  direction  de  cet  orchestre  en  livrée,  et  le  seigneur 
châtelain  régalait  ses  hôtes  de  symphonies  et  de  concertos  où  l'on 
pouvait  désirer  plus  de  perfection,  mais  où  le  sentiment  intime  de  l'art 
se  faisait  apercevoir.  En  Bohême,  il  n'y  avait  pas  de  village  où  l'on 
n'entendît  exécuter  d'une  manière  satisfaisante  des  quatuors,  des 
trios,  des  sonates,  par  des  mains  qui  venaient  de  quitter  la  charrue  ou 
la  hache  du  bûcheron. 


Tout  ce  monde  avait  appris  la  musique  comme  on  l'apprend  encore 
dans  les  conservatoires  et  dans  leurs  succursales,  c'est-à-dire  dans 
l'enfance  et  par  des  exercices  fréquents.  On  n'imaginait  point  alors 
qu'il  y  eût  d'autre  méthode,  et  l'on  n'en  sentait  pas  la  nécessité,  parce 
qu'on  n'était  pas  encore  arrivé  à  notre  temps  de  hâte  en  toute  chose. 
Les  guerres  qui  ont  dévasté  l'Allemagne  depuis  les  dernières  amiées 
du  dix-huitième  siècle,  les  spoliations  des  églises,  les  suppressions 
des  abbayes  et  des  couvents,  enfin  les  changements  politiques  et  la 
ruine  de  beaucoup  de  familles  nobles,  ont  anéanti  dans  ces  contrées  la 
prospérité  populaire  de  la  musique.  Vienne  et  Munich  sont  les  seules 
villes  de  l'Allemagne  catholique  où  j'aie  entendu  dans  les  églises  de 
bonne  musique  bien  exécutée,  avec  des  auditoires  compacts. 

L'éducation  populaire,  au  point  de  vue  de  la  musique,  a  toujours 
été  moins  avancée  dans  l'Allemagne  protestante  que  dans  les  pays 
catholiques,  parce  que  cette  éducation  se  borne,  dans  les  écoles  pri- 
maires, à  ce  qui  est  nécessaire  pour  le  chant  des  psaumes  et  des  can- 
tiques, lequel  est  fort  simple,  ne  module  pas,  et  n'admet  dans  son 
rhythme  que  les  valeurs  de  temps  les  plus  élémentaires.  Jusqu'au 
commencement  du  siècle  présent,  le  cantor,  chargé  de  l'enseignement 
de  ce  chant  aux  élèves  des  écoles  primaires,  avait  suivi  la  méthode 
ancienne  exposée  dans  les  traités  de  musique  à  l'usage  de  ces  écoles  ; 
mais  les  réformes  entreprises  par  Pestalozzi  dans  toutes  les  branches 
de  l'enseignement  élémentaire  ne  tardèrent  pas  à  exercer  leur  influence 
sur  celui  du  chant.  On  sait  que  la  base  de  ces  réformes  consiste  dans 
la  division  des  parties  d'une  science  qui  n'ont  pas  une  connexion  in- 
time, afin  d'éviter  la  confusion  dans  l'esprit  des  enfants.  Dès  1804, 
Traugott  Pfeiffer  avait  tracé  le  plan  d'un  cours  de  chant  d'après  cette 
donnée  fondamentale,  et  l'avait  réalisé  dans  l'école  modèle  d'Vverdun, 
fondée  par  le  célèbre  réformateur. 

Pfeiffer  avait  basé  son  cours  sur  cinq  divisions.  La  première,  sous 
le  nom  de  rhythmique,  renfermait  tout  ce  qui  est  relatif  à  la  mesure 
du  temps  dans  la  durée  des  sons  et  du  silence,  avec  les  combinaisons 
de  cette  durée.  La  deuxième,  qui  avait  pour  objet  la  détermination  des 
.intonations,  et  leurs  combinaisons  en  certaines  formes  de  chant,  était 
appelé?,  mélodique.  La  troisième,  désignée  d'une  manière  assez  impro- 
pre par  le  nom  de  dynamique,  était  destinée  à  la  connaissance  des 
divers  degrés  d'intensité  des  sons  et  de  leurs  modifications.  Dans  la 
quatrième,  les  trois  premières  se  réunissaient  sous  le  nom  de  science 
de  la  notation  :  les  élèves  y  étaient  exercés  à  la  conception  simul- 
tanée de  la  représentation  des  sons  dans  leur  durée,  leur  intonation  et 
leurs  modifications  d'intensité.  Là  se  trouvaient  les  exercices  géné- 
raux de  la  lecture  et  du  solfège.  Une  cinquième  division  était  destinée 
à  exercer  les  élèves  à  la  réunion  des  paroles  au  chant. 

Frappé  des  avantages  qu'il  remarquait  dans  celte  méthode,  Naegeli, 
esprit  original  accompagné  de  beaucoup  d'instruction,  en  donna  un 
aperçu  dans  le  petit  écrit  en  langue  allemande,  intitulé  :  la  Méthode 
de  chant  pestalozsienne,  d'après  l'invention  de  Pfeiffer  (1).  Déjà 
cette  méthode  avait  fixé  l'attention  de  Charles-Auguste-Frédéric  Zeller, 
conseiller  de  l'enseignement  supérieur  de  Prusse  qui,  après  avoir  visité 
l'établissement  d'Yverdun,  dirigeai  Tubinge  une  école  de  pauvres, 
depuis  le  mois  de  juillet  1804  jusqu'à  la  fin  de  Tannée  suivante.  Il 
avait  adopté  les  trois  premières  divisions  de  Pfeiffer  ;  mais,  voulant 
borner  dans  les  écoles  primaires  de  l'Allemagne  protestante  l'enseigne- 
ment à  ce  qui  était  nécessaire  au  chant  choral,  il  imagina  de  simplifier 
le  travail  des  élèves,  en  substituant  à  la  notation  ordinaire  les  chiffres 
dont  les  signes  et  la  classification  ordinale  est  connue  des  enfants  dés 
leurs  premières  années  scolaires.  Zeller  fit  de  nouvelles  applications  de 
sa  méthode  au  Gymnase  (collège)  de  Saint-Gai),  dans  les  années  1806 
à  1808,  sans  toutefois  la  rendre  publique.  Après  avoir  obtenu,  en  1809, 
sa  nomination  de  conseiller  des  études  du  royaume  de  Prusse,  il  alla 

(1)  Die  Pestalozzisvlie  Gesangbildungslehrc  nach  Pfeiffers  Erfindung.  Zurich, 
1809,  in-8"  de  76  pages. 


DE  PARIS. 


11 


se  fixer  à  Kœnigsberg,  et  là  il  publia,  l'année  suivante,  ssn  Essai  pour 
V avancement  de  V éducation  nationale  en  Prusse  (1),  dont  le  premier 
volume  concerna  le  chant  choral  et  populaire . 

La  notation  en  chiffres  ne  trouva  d'abord  que  peu  de  partisans  en 
Allemagne  :  mais  elle  fut  reprise  en  1815  par  Natorp,  conseiller  du 
consistoire  à  Potsdam,  puis  à  Munster,  qui  lui  fit  subir  des  modifica- 
tions assez  considérables.  Comme  Pfeiffer,  Naegeli  et  Zeller,  Natorp 
divisa  l'enseignement  en  Irois  branches  principales  qu'il  désigna  aussi 
parles  noms  de  rhythmique,  mélodique  et  dynamique;  mais  dégageant 
ces  divisions  de  tous  les  détails  d'une  Lhéorie  trop  développée,  il  ré- 
duisit l'enseignement  aux  éléments  les  plus  simples  et  les  plus  indis- 
pensables pour  la  pratique  du  chant  dans  les  écoles  primaires.  A 
l'égard  de  la  notation,  il  la  réduisit  à  l'emploi  de  chiffres  pour  la  dé- 
signation des  degrés  de  la  gamme  en  les  disposant  sur  une  ligne  au- 
dessus  et  au-dessous,  et  les  diversifiant  d'une  certaine  manière  par 
des  grandeurs  proportionnelles.  Quant  aux  va'eurs  de  temps,  il  les 
représenta  par  des  signes  empruntés  à  la  notation  ordinaire  et  com- 
bina ceux-ci  avec  les  chiffres.  L'exposé  du  système  fut  publié  par 
Natorp  (en  allemand)  sous  ce  titre  :  Introduction  à  l'enseignement 
du  chant,  à  l'usage  des  professeurs  des  écoles  populaires  (2).  Natorp 
ne  borna  pas  ses  instructions  à  ce  qu'il  avait  écrit  pour  les  maîtres, 
il  voulut  aussi  venir  directement  au  secours  de  l'intelligence  des 
élèves,  et  publia  pour  chaque  cours  (inférieur  et  supérieur)  des  ma- 
nuels de  deux  feuilles  d'impression  qui  sont  des  modèles  de  simpli- 
cité et  d'enseignement  pratique,  et  dont  les  titres  sont,  Petit  manuel 
de  V art  du  chant  publié  pour  la  jeunesse  des  écoles  populaires  (3). 
Enfin  cet  homme  dévoué  voulut  compléter  son  œuvre  de  réforme  en 
écrivant  un  livre  de  mélodie  chorale  en  notation  chiffrée  pour  l'usage 
des  jeunes  gens  qui  avaient  suivi  les  cours  des  écoles  qui  avaient 
adopté  son  système  d'enseignement  (k). 

Ces  écoles  s'étaient  multipliées  avec  rapidité,  ainsi  que  le  prouve  le 
grand  nombre  d'éditions  de  ces  instructions  et  manuels  en  peu  d'an- 
nées. Quelques  provinces  de  la  Prusse,  presque  tout  le  royaume  de 
Wurtemberg,  une  partie  de  la  Westphalie,  et  diverses  localités  parti- 
culières adoptèrent  avec  une  sorte  d'enlhousiasme  la  réforme  de  la 
notation  pour  le  chant  choral.  Des  hommes  ardents  dans  leurs  con- 
victions, tels  que  Studemand,  Jean-Frédéric-Guillaume  Koch,  con- 
seiller du  consistoire  de  Magdebourg,  Frantz,  Engsfeld,  professeur  à 
Duisbourg,  et  beaucoup  d'autres  publièrent  des  manuels,  des  pam- 
phlets, des  livres  chorals  et  des  recueils  de  chants  populaires  en  chif- 
fres pour  le  triomphe  de  la  cause.  Mais  une  circonstance  qui  n'avait 
pas  été  prévue  vint  tout  à  coup  ébranler  la  confiance  du  public  et  pré- 
parer la  chute  du  système  d'enseignement  populaire  du  chant  par  la 
notation  chiffrée  :  ce  furent  précisément  les  élèves  des  écoles  où  ce 
système  était  en  vigueur  qui  lui  portèrent  un  coup  mortel.  L'âge  étant 
venu  pour  eux  d'entrer  dans  les  collèges,  puis  d'aller  suivre  les  cours 
des  universités,  ils  virent  que  ce  qui  leur  avait  é:é  enseigné  de  la 
musique  n'avait  aucun  rapport  avec  la  musique  notée.  Les  uns  vou- 
laient se  livrer  à  l'étude  d'un  instrument,  d'autres  entrer  dans  les 
associations  chorales  qui  se  trouvent  presque  partout  en  Allemagne  ; 
mais,  pour  atteindre  leur  but,  il  leur  fallait  recommencer  les  études 
les  plus  élémentaires,  et  de  plus,  ils  éprouvaient  de  grandes  difficultés 
à  s'affranchir  des  habitudes  qu'ils  avaient  contractées  dans  les  écoles 
primaires.  Leur  correspondance  avec  leur  famille  fixa  l'attention  des 

(1)  Jleilrœge  zur  Befœrderung  der  Preuss.  Naliunal-Erziehung.  Kœnigsberg, 
1810, 1  vol.  in-8°,  en  quatre  parties. 

(2)  Anleilung  zur  Vntenoeisicng  im  Singen  fur  Lehrer  in  Volksschulen. 
Potsdam,  1815  ;   Essen,  1816  ;  Duisbourg,  1818  ;  id.  1821  ;  id.  1825. 

(3)  Lehrbiichlein  der  Singkunst,  fur  die  Jugend  in  Volksschulen  herausge- 
geben.  Duisbourg,  1816,  in-8°  de  32  pages. 

(4)  Melodknbuch  fur  dm  Gemeindcpcsang  in  den  evangelischen  Kirchcn. 
Essen,  1822,  in-8". 


parents  sur  ce  sujet.  Les  journaux  de  musique  ne  tardèrent  pas  à 
s'occuper  de  celte  question  ;  des  professeurs  dont  le  nom  inspirait 
confiance  démontrèrent  l'inutilité  de  la  notation  chiffrée  et  les  graves 
inconvénients  de  son  usage  :  de  ce  nombre  furent  Heinroth,  directeur 
de  musique  de  l'université  de  Goettingue,  Schrader  ,  le  savant 
Hientzsch,  professeur  supérieur  du  séminaire  des  instituteurs  de 
Breslau,  Louis  Erk,  l'un  des  hommes  les  plus  éminents  de  l'Al- 
lemagne en  tout  ce  qui  concerne  la  pédagogie  musicale,  et  professeur 
du  séminaire  des  instituteurs  de  Berlin,  enfin  Ernest  Heutschel,  di- 
recteur de  musique' du  séminaire  des  instituteurs  de  WeissenfeU,  et 
rédacteur  de  YEuterpe,  revue  musicale  des  professeurs  des  écoles  po- 
pulaires de  l'Allemagne,  en  collaboration  avec  Erk  et  Jacob.  De  proche 
en  proche  la  désapprobation  de  la  notation  chiffrée  s'étendit  partout 
et  en  amena  la  suppression,  il  n'existe  plus  aujourd'hui  en  Allemagne 
une  seule  école  où  cette  notation  soit  encore  en  usage. 


{La  suite  prochainement.) 


FÉÏIS  père. 


THÉÂTRE  MPËRIÂl  ITALIE?!. 

OTAB£93MlEB5aTA  Miâ.  BÏESI9ÏCASTE, 

Opéra  en  trois  actes,  libretto  de  F.  M.  Piave,  musique  de 

Gaetano  Braga. 

(Première  représentation  le  2  janvier  1860.) 

Gluck  jouait  du  violoncelle,  Olfenbach  en  joue  encore  ;  M.  Gaetano 
Braga,  qui  ne  ressemble  pas  plus  à  l'un  qu'à  l'autre  de  ces  deux  composi- 
teurs, s'est  d'abord  présenté  à  nous  comme  un  habile  violoncelliste  ; 
mais  à  Vienne  et  à  Naples  il  a  fait  d'heureux  débuts  dans  la  carrière 
lyrique  en  donnant  trois  ouvrages  intitulés,  Y  Aima,  la  Stella  di  San 
Germano  et  //  Ritratto.  Le  voilà  maintenant  arrivé  jusqu'au  théâtre 
Italien  deParis,  où  l'on  n'a  guère  l'habitude  d'applaudir  que  les  ouvrages 
consacrés  par  de  grands  noms  et  de  grands  succès.  Cependant  il  n'a 
qu'à  se  féliciter  du  résultat  de  sa  tentative.  Il  a  été  applaudi,  bissé, 
rappelé  en  la  personne  de  ses  artistes  et  aussi  en  la  sienne.  Sans  être 
une  production  di  prima  sfera,  sa  Margherita  réunit  assez  de  quali- 
tés pour  justifier  cet  accueil  flatteur  autrement  que  par  des  sentiments 
d'amicale  bienveillance.  Quel  sera  son  avenir  sur  notre  scène  pari- 
sienne? Nous  ne  saurions  le  dire,  et,  en  tout  cas,  si  elle  ne  s'y  établit 
pas  à  perpétuité,  l'auteur  pourra  s'en  consoler  par  d'illustres  exem- 
ples, car  de  tous  les  ouvrages  italiens  composés  pour  nous,  et  nous 
en  comptons  un  bon  nombre,  il  n'en  est  qu'un  seul,  les  Puritains,  de 
Bellini,  qui  aient  conquis  au  répertoire  une  place  inamovible. 

La  partition  de  M.  Braga  est  écrite  sur  un  texte  français  d'origine, 
un  mélodrame  qui  a  pour  auteurs  MM.  Anicet  Bourgeois  et  Michel 
Masson,  et  qui  fut  joué,  en  1852,  au  théâtre  de  la  Gaité.  Mme  La- 
cressonnière,  qu'une  mort  si  précoce  a  frappée,  était  chargée  du 
rôle  principal  de  la  Mendiante,  aujourd'hui  confié  au  talent  de 
Mme  Borghi-Mamo.  Ce  ne  serait  pas  une  petite  affaire  que  d'expliquer 
par  le  menu  comment  et  pourquoi  Marguerite  en  est  venue  à  ce  point 
de  mendier  son  pain  sur  sa  route.  Marguerite  avait  pour  époux  un  hon- 
nête artisan,  un  riche  armurier,  Rodolphe  Berghen  ;  mais  elle  s'est 
éprise  d'un  grand  seigneur,  le  comte  de  Rendorf  :  elle  a  quitté  sa  mai- 
son, sa  famille  ;  quel  châtiment  trop  dur  pour  une  telle  faute  !  Un  jour 
qu'elle  se  met  à  la  fenêtre  pour  regarder  seulement  passer  son  enfant, 
la  petite  Marie,  elle  est  atteinte  en  plein  visage  par  la  foudre  qui  lui 
ôte  la  vue  à  jamais.  Des  bohémiens  enlèvent  Marie  à  son  malheureux 
père  et  la  transforment  en  petit  prodige,  en  petit  sauteur-équilibriste 
sous  le  nom  de  Colibri.  A  la  foire  de  Leipsick,  Colibri  comparait  en 
place  publique  :  un  saltimbanque  devenu  son  maître  va  le  contrain- 
dre à  y  faire  preuve  d'une  agilité,  d'une  adresse  qu'il  lui  enseigne  à 


12 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


sa  façon.  0  merveille  des  merveilles  !  Marguerite  qui  n'y  voit  plus 
n'en  reconnaît  pas  moins  bien  sa  fille  dans  ce  garçon  dont  elle  en- 
tend raconter  la  triste  destinée.  Plus  tard,  lorsqu'elle  retrouve  son 
mari  qui  s'est  vengé  du  comte  les  armes  à  la  main,  elle  lui  rend  sa 
fille  qu'il  croyait  perdue,  et  l'honnête  Rodolphe  oublie  son  ressenti- 
ment, son  injure  :  il  pardonne  à  Marguerite,  nui  cesse  par  conséquent 
d'être  mendiante,  mais  qui  reste  aveugle  comme  devant. 

Ce  mélodrame  était  sans  doute  excellent  dans  son  genre,  mais 
fournissait-il  le  sujet  et  la  matière  d'un  bon  libretto?  Nous  n'y  aper- 
cevons qu'un  rôle,  et  ce  rôle  est  plus  affligeant  que  sympathique. 
Ajoutez  à  cela  que  l'incurable  situation  de  Marguerite  s'oppose  à  ce 
que  le  dénoùment  nous  apporte  son  tribut  nécessaire  de  consolation 
et  de  joie.  Néanmoins  il  faut  convenir  que  dans  quelques  parties  le 
libretto  taillé  par  M.  Piave  est  musical,  et  c'est  probablement  tout  ce 
que  lui  demandait  le  compositeur.  M.  Braga  est  jeune,  il  doit  avoir 
h  confiance  qui  manque  rarement  à  son  âge,  et  il  aura  compté  sur 
sa  verve  féconde  et  facile  pour  faire  excuser  les  défauts  de  son  ca- 
nevas. 

En  effet,  M.  Braga  écrit  facilement,  trop  facilement  peut-être.  II 
est  encore  dans  la  période  d'imitation  involontaire,  à  laquelle  peu  de 
jeunes  musiciens  savent  échapper.  Par  exemple,  dans  l'air  chanté  par 
Marguerite  au  premier  acte,  il  a  reproduit  exactement  tous  les  dessins 
de  la  cavatine  du  Trooalore  ;  dans  la  scène  finale  du  troisième  acte, 
il  s'est  rappelé,  du  moins  pour  la  disposition  et  la  coupe,  les  deux 
couplels  ou  strophes  du  ténor  et  du  contralto  dans  la  Favorite.  En 
général,  il  y  a  clans  ses  phrases  trop  de  notes  qui  se  suivent  sans 
rien  dire  de  neuf,  et  que  la  facture  ne  relève  pas  assez.  Ses  canli- 
lènes  n'ont  pas  un  caractère  assez  net,  mais  ses  choeurs  sont 
vifs  et  brillants,  d'un  rhythme  varié  :  le  grand  morceau  d'ensemble 
du  deuxième  acte  est  conduit  avec  art,  et  le  crescendo  vocal  y  mar- 
che franchement  jusqu'à  l'explosion  prévue,  mais  qui  n'en  impres- 
sionne pas  moins  fortement  l'auditoire.  Ce  grand  morceau  a  été  rede- 
mandé, répété,  ainsi  que  le  quatuor  du  dernier  acte,  et  plusieurs  au- 
tres morceaux,  notamment  la  romance  ou  complainte  de  Marguerite, 
ont  soulevé  des  bravos  chaleureux. 

C'est  à  Mme  Borghi-Mamo  que  revient  le  principal  honneur  de 
l'exécution  :  jamais  nous  ne  lui  avions  trouvé  autant  d'expression 
pathétique  :  elle  joue  aussi  bien  qu'elle  chante,  et  c'est  beaucoup  dire. 
Dans  les  rôles  secondaires,  Gardoni,  Graziani  et  Zucchini  ont  mis 
beaucoup  de  talent  et  de  dévouement,  ce  dont  le  public  leur  a  tenu 
compte,  en  les  associant  par  ses  suffrages  intelligents  à  la  double 
ovation  de  la  cantatrice  et  du  compositeur. 

P.  S. 


INAUGURATION  DU  NOUVEL  ORGUE  DE  WAZEMES1". 

L'église  de  Wazemmes  suffisait  à.  peine  à  contenir  la  foule  venue 
pour  entendre  le  nouvel  orgue  construit  par  MM.  Merklin,  Schutze  et  C, 
et  touché  par  le  célèbre  organiste  M.  Lemmens,  reconnu  aujourd'hui 
pour  le  premier  des  maîtres  en  son  art.  Dans  les  solennités  de  ce  genre, 
le  plaisir  éprouvé  par  l'auditoire  ne  se  traduit  pas  en  applaudissements, 
mais  ici  il  s'est  manifesté  sur  toutes  les  physionomies  d'une  manière 
qui  ne  laissait  pas  de  doute  sur  les  impressions  produites  et  par  les  ri- 
chesses de  l'instrument  et  par  le  talent  incomparable  de  l'artiste.  Pui- 
sons d'abord,  dans  le  compte  rendu  de  cette  mémorable  séance  la  part 
d'honneur  qui  revient  aux  excellents  facteurs  du  nouvel  orgue,  nous 
réservant  de  dire  ensuite  les  merveilles  d'effets  qu'en  a  su  tirer  le  génie 
de  M.  Lemmens. 

L'orgue  de,  la  nouvelle  église  de  Wazemmes  n'est  pas  entièrement 
neuf:  des  considérations  d'économie  ont  obligé  MM.  Merklin  et  Schutze 
à  faire  entrer  une  partie  de  l'ancien  orgue  dans  l'instrument  nouveau; 
et,  par  une  condition  plus  défavorable  encore,  il  a  fallu  loger  dans  la 
cage  de  l'ancien  buffet  une  quantité  de  jeux  plus  considérable  et  de 
plus  grande   importance   que  ceux   qui    y  étaient  autrefois  contenus; 

(1)  Mémorial  de  Lille. 


mais  l'habileté  des  artistes  constructeurs  a  triomphé  de  ces  difficultés 
avec  un  rare  bonheur.  Ampleur  de  sonorité,  puissante  énergie  sans  du- 
reté, sympathie  et  variété  des  timbres;  coloris  des  nuances;  passage 
progressif  et  bien  ménagé  du  piano  le  plus  délicat  au  forte  le  plus  puis- 
sant et  réciproquement;  enfin  combinaison  presque  inépuisable  d'ac- 
cents dont  l'âme  est  émue:  voilà  ce  que  le  nouvel  instrument  construit 
dans  les  ateliers  de  MM.  Merklin,  Schutze  et  Ce,  a  fait  entendre  à  l'au- 
ditoire d'élite  réuni  mardi  dernier  dans  l'église  de  Wazemmes. 

Nous  exprimerons  seulement  le  regret  que  ce  vaste  vaisseau  soit  si 
peu  favorable  à  la  propagation  libre  et  pure  des  sons  d'un  si  bel  ins- 
trument, et  que  l'architecte  n'ait  pas  prévu  que  l'immense  quantité  de 
niches  dont  il  a  parsemé  la  voûte  et  les  grands  arceaux  qui  coupent 
celle-ci  était  ce  qui  pouvait  être  imaginé  de  pire  au  point  de  vue  de 
l'acoustique.  Dans  la  plupart  des  églises  ,  l'excellent  instrument  de 
MM.  Merklin  et  Schutze  ne  serait  pas  contrarié  par  la  multitude  d'échos 
dont  les  oreilles  sont  choquées  dans  l'église  de  Wazemmes.  Une  chose 
nous  a  frappé  dans  la  séance  d'inauguration,  c'est  que,  nonobstant 
l'humidité  occasionnée  par  les  pluies  torrentielles  de  ces  huit  derniers 
jours,  et  malgré  les  gonflements  inévitables  des  bois,  pas  une  note  n'a 
failli,  pas  un  cornement  ne  s'est  fait  entendre  pendant  une  épreuve  dont 
la  durée  n'a  pas  été  moindre  de  deux  heures.  On  peut  comprendre  ce 
qu'il  faut  de  précision  et  de  fini  dans  une  machine  aussi  compliquée 
que  l'orgue  pour  atteindre  à  de  pareils  résultats. 

C'est  une  bonne  fortune  inestimable  pour  l'auteur  d'un  bel  instrument 
de  rencontrer,  pour  en  faire  connaître  toutes  les  ressources,  un  artiste 
tel  que  M.  Lemmens  ;  c'est-à-dire  celui  que  tous  les  organistes  de  l'épo- 
que actuelle  considèrent  comme  leur  maître  et  leur  modèle.  Dans  une 
large  et  savante  improvisation  qui  a  été  le  premier  morceau  du  pro- 
gramme de  la  séance,  ce  grand  artiste  a  tout  à  coup  saisi  l'auditoire 
par  le  caractère  de  grandeur  magistrale  qui  caractérise  son  talent. 
Cette  main  puissante  pour  laquelle  il  n'existe  pas  de  difficulté,  y  a 
montré  tout  d'abord  son  exécution  ferme  et  hardie,  jetant  dans  les  mo- 
dulations inattendues,  quoique  toujours  correctes,  des  flots  d'admirable 
harmonie. 

A  cette  entréeen  matière,  M.  Lemmens  a  fait  succéder  une  douce  can- 
tilène  exécutée  avec  un  charme  inexprimable  sur  les  jeux  de  solos.  Puis, 
se  rattachant  à  la  tonalité  du  chant  de  l'église,  dans  une  improvisation 
sur  le  sixième  ton,  le  célèbre  artiste  a  fait  voir  comment,  eu  conservant 
le  caractère  austère  de  cette  tonalité,  on  peut  y  associer  l'harmonie 
moderne,  devenue  une  nécessité  pour  nos  instincts  actuels. 

A  qui  n'a  pas  entendu  M.  Lemmens  dans  le  prélude  et  la  fugue  de  Bach, 
il  serait  bien  difficile  de  donner  une  idée  approximative  de  la  prodi- 
gieuse supériorité  du  célèbre  professeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles 
dans  les  pièces  les  plus  difficiles  qu'ait  produites  le  génie  du  géant  de 
l'harmonie  allemande.  Là,  les  deux  mains  et  les  pieds,  montrant  une 
égale  aptitude,  ont  paru  se  jouer  des  plus  inextricables  difficultés, 
comme  s'il  ne  se  fût  agi  que  de  jeux  d'enfants,  et  nonobstant  la  fatigue 
qui  semblait  devoir  être  le  résultat  d'un  si  violent  exercice,  M.  Lem- 
mens n'a  pas  moins  conservé  jusqu'au  bout  la  magie  de  son  exécution 
foudroyante. 

Que  dire  de  la  prière  en  fa  pour  les  voix  humaines,  où  tous  les  genres 
de  charme  sont  été  réunis,  soit  par  les  plu«  heureux  choix  dans  les  associa- 
tions de  sonorité,  soit  par  la  grâce  de  la  mélodie,  soit  enfin  par  les  riches- 
ses de  l'harmonie  et  de  la  modulation  ?  Il  faut  avoir  entendu  ce  morceau 
délicieux  pour  comprendre  jusqu'où  peuvent  aller  les  impressions  que 
l'orgue  peut  produire  sous  la  main  d'un  grand  artiste. 

Après  ce  morceau  est  venue  une  splendide  harmonie  sous  le  nom  d'tfo- 
sanna,  dans  lequel  était  encadré  un  charmant  morceau  à  la  fois  chantant 
et  brodé  avec  élégance.  Enfin,  une  magnifique  improvisation  finale  a 
terminé  cette  séance,  qui  laissera  d'impérissables  souvenirs  dans  la  mé- 
moire des  amateurs  de  notre  ville. 


BEVUE  DES  THEATRES. 

Bilan  dramatique  de  l'année  1859.  —  Odéon  :  les  Equipées  de 
Stenio,  comédie  en  trois  actes  et  en  vers,  par  M.  Paul  Juillerat. — 
Paiais-Royal  :  l'Omelette  du  Niagara,  revue-vaudeville  en  trois 
actes,  par  MM.  Dormeuil  père  et  Lambert  Thiboust.  —  Ambigu  : 
le  Marchand  de  coco,  drame  en  cinq  actes,  par  MM.  Dennery 
et  F.  Dugué.  —  Revues  des  Folies-Dramatiques,  des  Délasse- 
ments-Comiques, du  Théâtre- Déjazet  et  du  Théâtre  du  Luxem- 
bourg. 

Si  l'année  qui  vient  de  finir  a  été  bonne  pour  les  théâtres  lyriques, 
si  elle  a  enfanté  des  oeuvres  destinées  à  une  longue  et  glorieuse 
existence,  nous  n'en  pouvons  dire  autant  des  autres  scènes  parisiennes. 
Dans  le  grand  nombre  de  comédies,  de  drames  et  de  vaudevilles  qui 


DE  PARIS. 


13 


ont  défilé  devant  nous  sans  laisser  de  traces,  il  en  est  à  peine  deux 
pour  lesquels  il  nous  faudrait  faire  une  exception  non  exempte  de 
réticences  :  le  Duc  Job,  aux  Français  ;  Un  père  prodigue,  au 
Gymnase.  En  dehors  de  ces  deux  ouvrages  et  de  la  Tireuse  de 
cartes,  dont  le  sort  n'est  pas  encore  nettement  déterminé,  quand 
nous  aurons  constaté  le  demi-succès  du  Testament  de  César  Girodot, 
à  l'Odéon,  et  celui  des  Pirates  de  la  Savane,  à  la  Gaîté,  le  bilan 
dramatique  de  l'année  1859  sera  complet,  et  nous  chercherons  vaine- 
ment un  seul  titre  à  ajouter  à  cette  liste  plus  que  modeste.  Quelques 
célébrités  nouvelles  ont-elles  du  moins  surgi  parmi  les  artistes?  Hélas! 
non,  les  vieux  s'en  vont  et  ne  sont  pas  remplacés.  Bouffé  a  renoncé 
au  théâtre;  Frederick  Lemaitre  n'est  plus  que  l'ombre  de  lui-même; 
Bocage  et  Mlle  Déjazet,  oubliés  par  les  directeurs,  essaient  de  se  survivre 
en  exploitant  leurs  propres  privilèges.  Tout  cela  est  fort  triste  et  le 
serait  encore  bien  davantage  si  le  public  prenait  la  chose  au  sérieux 
et  ne  savait  pas  se  contenter  d'un  à  peu  près.  Heureusement  il  est 
bon  prince  et  la  situation  des  théâtres  ne  se  ressent  pas  trop  de 
son  indifférence.  Viennent  les  chefs-d'œuvre  si  patiemment  attendus, 
et  les  prospérités  de  1860  auront  bien  vite  effacé  les  souvenirs  né- 
gatifs de  l'année  précédente. 

—  Parmi  ceux-ci  il  faut  ranger,  à  notre  très-grand  regret ,  une 
comédie  en  trois  actes  et  en  vers,  les  Équipées  de  Stenio,  que  M.  Paul 
Juillerat  a  fait  jouer  à  l'Odéon,  et  qu'il  a  eu  le  courage  de  retirer  à 
la  suite  d'une  première  et  unique  épreuve.  Celte  œuvre,  du  genre 
fantaisiste,  n'était  pourtant  pas  dépourvue  de  mérite  ;  dans  un  jour 
de  bonne  humeur,  le  public  eût  ri  franchement  aux  aventures  de  ce 
Stenio  qui  se  donne  beaucoup  de  mal  pour  enlever  une  jeune  fille 
qu'un  ami  lui  souffle  au  dénouaient.  Mais  il  est  de  ces  heures  néfas- 
tes où  les  plus  louables  intentions  sont  prises  à  contre-sens,  où  un 
incident  futile  et  le  plus  souvent  étranger  à  la  pièce  fait  dévier  les 
sympathies  et  les  rend  impuissantes,  où  enfin  un  malentendu  de  quel- 
ques minutes  enlève  au  poëte  le  fruit  de  plusieurs  mois  de  labeur,  et 
ne  lui  laisse  pas  même  la  consolation  d'avoir  été  loyalement  et  saine- 
ment discuté.  M.  Juillerat  s'est  peut-être  montré  un  peu  trop  prompt 
à  accepter  un  arrêt  qui  eût  été  bien  certainement  cassé  le  lendemain; 
mais  nous  respectons  d'autant  mieux  sa  susceptibilité,  que  le  théâtre 
contemporain  n'en  fournit  pas  beaucoup  d'exemples ,  et  qu'une  pa- 
reille décision  est  ordinairement  l'indice  d'un  talent  sûr  de  sa  force 
et  qui  a  devant  lui  l'avenir. 

Il  y  a  un  an  qu'à  cette  même  place  nous  tirions  l'horoscope  des  re- 
vues qui  selon  nous  avaient  fait  leur  temps  et  n'exerçaient  plus 
l'attraction  d'autrefois.  Malgré  l'apparent  démenti  que  nous  donnent 
en  ce  moment  plusieurs  théâtres,  notre  opinion  ne  s'est  pas  modifiée, 
et  nous  croyons  que  ce  genre  détourné  de  son  origine  par  l'extension 
déraisonnable  qu'on  lui  a  fait  subir,  doit  bientôt  mourir  de  pléthore. 
Peut-être  pourrait-on  le  sauver  en  le  ramenant  à  des  proportions  plus 
humaines  et  en  sacrifiant  moins  le  trait  satirique  à  ces  exhibitions  fas- 
tidieuses de  costumes  et  de  décors  qui  lui  tiennent  lieu  d'esprit  et  de 
malice.  Mais  on  ne  s'avisera  de  cette  réforme  qu'à  la  dernière  extré- 
mité ;  la  spéculation  est  entrée  trop  avant  dans  les  habitudes  de  MM.  les 
auteurs  à  commandes  dont  l'ambition  consiste  à  occuper  l'affiche  au 
détriment  de  leurs  confrères.  Là  est  tout  le  secret  de  ces  pièces  inter- 
minables qui  pourraient  sans  inconvénient  supporter  l'amputation  de 
deux  ou  trois  de  leurs  membres.  Le  pouvoir  s'est  ému  récemment  de 
la  situation  de  notre  première  scène  littéraire  désertée  par  nos  meil- 
leurs écrivains  dramatiques,  et  il  leur  a  offert  l'appât  d'une  rémunéra- 
tion plus  forte  mais  inférieure  encore  à  celle  qu'ils  tirent  des  théâtres 
de  genre.  Il  existait  pourtant  un  remède  bien  plus  simple  et  bien  plus 
profitable  à  la  grande  majorité  des  auteurs,  c'était  de  rappeler  à  ces 
théâtres  les  termes  de  leurs  privilèges  dont  la  stricte  exécution  suppri- 
merait les  avantages  exceptionnels  faits  en  faveur  d'un  petit  nombre 
d'hommes  de  talents  qui  n'auraient  plus  alors  aucun  motif  pour  res- 


ter éloignés  de  la    scène  française  et   pour  obstruer  les  abords  des 
scènes  secondaires. 

Tout  le  monde  y  gagnerait,  à  commencer  par  le  public  qui  ne  se 
plaindrait  pas  assurément  de  voir  finir  avant  minuit  une  revue  sur 
laquelle  la  toile  se  lève  à  sept  heures  du  soir.  De  tous  les  théâtres 
qui  ont  exploité  cette  année  ce  genre  d'actualité,  le  Palais-Royal  est 
le  seul  qui  ait  su  se  renfermer  dans  des  limites  à  peu  près  convena- 
bles. Nous  ne  reprocherons  à  son  Omelette  du  Niagara,  que  deux 
choses  :  l'abus  du  dialogue  dans  la  salle,  et  celui  des  équivoques  gros- 
sières sur  la  scène.  En  revanche,  nous  signalerons  comme  détails 
amusants  la  pantomime  d'Hyacinthe  sur  la  poutre  qui  remplace  la 
corde  du  fameux  Blondin,  l'ingénieuse  application  du  procédé  Carte- 
ron  contre  l'inflammabilité  du  cœur  des  femmes,  et  en  première  ligne 
les  imitations  de  Brasseur,  de  Gil-Pérez  et  de  Mlle  Aline  Duval. 

—  L'Ambigu  vient  d'obtenir  quelque  succès  avec  le  Marchand  de 
coco,  de  MM.  Dennery  et  F.  Dugué.  C'est,  dit-on,  la  dernière  création 
de  Fédérick  Lemaitre  ;  par  malheur,  ce  n'est  pas  la  meilleure.  Ce 
drame,  dont  la  donnée  repose  sur  un  homme  du  peuple  qui  couvre  de 
sa  protection  une  jeune  fille  dont  l'amant  est  compromis  dans  une 
affaire  politique,  se  passait  d'abord  en  pleine  Terreur  ;  mais  le  comité 
de  censure  a  vu  du  danger  dans  la  reproduction  des  scènes  sangui- 
naires de  cette  époque  de  notre  histoire,  et  il  en  est  résulté  une  cer- 
taine confusion,  une  certaine  gêne  dans  les  incidents  de  la  pièce  ajus- 
tés tant  bien  que  mal  au  régime  de  la  Restauration.  Le  rôle  de 
Frederick  Lemaitre  a  un  peu  souffert  de  ces  transformations  fâcheu- 
ses .  Cependant  le  grand  comédien  que  le  boulevard  est  à  la  veille  de 
perdre,  a  fait  jaillir  quelques  éclairs  de  la  situation  du  deuxième  acte 
et  de  celle  du  quatrième.  C'est,  à  tout  prendre,  un  honorable  adieu 
qu'il  fait  au  théâtre  de  ses  anciens  triomphes.  Le  jeu  de  Schey,  que 
nous  avons  vu  naguère  au  Vaudeville,  égayé  ce  tableau  de  proscrip- 
tion, dont  les  teintes  sont  généralement  trop  noires  et  trop  lugubres. 

—  Nous  ne  nous  arrêtons  pas  souvent  aux  petits  théâtres,  mais,  par 
ce  temps  de  revues  universelles,  nous  ne  pouvons  nous  dispenser  de 
leur  rendre  visite,  quand  ce  ne  serait  que  pour  constater  qu'il  y  a  là 
parfois  plus  d'entrain,  de  joie  et  surtout  de  jeunesse  qu'aux  Variétés 
ou  au  Palais-Royal.  Les  pièces  de  fin  d'année  sont  pour  les  Folies- 
Dramatiques  et  pour  les  Délassements-Comiques  l'occasion  d'un  suc- 
cès traditionnel  qui  ne  leur  fait  jamais  défaut.  Leurs  procédés 
sont  invariables  et  leur  cadre  ne  change  pas  ;  c'est  un  passe-partout 
dans  lequel  on  amalgame  tous  les  événements  de  la  ville  et  du 
théâtre  en  les  saupoudrant  de  couplets,  de  trucs  et  de  ronds  de 
jambe.  Cette  fois  la  rentrée  des  troupes  et  l'agrandissement  de  Paris 
ont  eu  les  honneurs  du  défilé.  Viv'  la  joie  et  les  pommes  de  terre, 
disent  les  Folies,  on  ne  sait  trop  pourquoi,  mais  qu'importe,  pourvu 
que  le  titre  soit  populaire  Aux  ?  Délassements,  le  principal  attrait  de 
La  ioile  ou  mes  quaf  sous,  c'est  la  danse  excentrique  de  Marguerite 
la  huguenote  que  l'on  nomme  vulgairement  Rigolboche.  Au  théâtre 
Déjazet  les  épigrammes  de  Gare  là-d'ssous  sont  un  peu  arriérées  ; 
on  y  parodie  la  Juive  et  la  Sylphide  qui  ne  sont  pas  précisément  des 
nouveautés,  mais  qui  sont  rajeunies  par  la  mimique  grotesque  de 
Paul  Legrand.  Enfin  au  Luxembourg  on  joue  la  Foire  aux  bêtises, 
et  les  éclats  de  rire  qu'elle  provoque  dans  ces  parages  lointains  re- 
tentissent au  delà  de  la  rive  droite  de  la  Seine. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


NOUVELLES. 

„**  Aujourd'hui  dimanche  à  l'Opéra,  par  extraordinaire,  les  Huguenots, 
(336°  représentation). 

,•„  A  ce  théâtre,  l'année  a  commencé  par  une  belle  représentation  de 
Robert  le  Diable ,  qui ,  suivant  son  usage,  avait  attiré  une  nombreuse 
assemblée. 


H 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


„*,  Les  Huguenots,  donnés  le  lendemain  lundi,  ont  produit  une  recette 
de  plus  de  9,000  francs. 

„%  Mlle  Masson,  qui  tout  récemment  a  obtenu  de  très-beaux  succès  à 
PJaples  et  a  Madrid,  est,  dit-on,  engagée  à  ce  théâtre,  où  elle  a  été  long- 
temps applaudie. 

„*„  Le  début  de  Mlle  Brunet  dans  le  rôle  de  Valentine,  des  Huguenots, 
est  toujours  retardé  pour  cause  d'indisposition. 

„*.,  Les  indispositions  continuent  de  sévir  au  théâtre  de  l'Opéra-Comi- 
que  et  d'entraver  le  répertoire.  Faure  n'étant  pas  encore  remis,  et 
Mme  Cabel  se  trouvant  aussi  hors  d'état  de  chanter,  le  Pardon  de  Plër- 
mel  n'a  pu  encore  reprendre  le  cours  de  ses  brillantes  représentations. 

„%  On  annonce  l'engagement  de  Roger  au  théâtre  Italien.  Le  célèbre 
artiste  doit  s'y  faire  entendre  dans  le  rôle  de  Bon  Juan. 

t*„  Mlle  Marie  Battu  débutera  la  semaine  prochaine  dans  la  Sonnam- 
bula.  Les  autres  rôles  seront  chantés  par  Mme  Cambardi,  MM.  Gardoni 
et  Angelini. 

„**  Le  premier  ouvrage  que  jouera  le  théâtre  Lyrique,  après  les  deux 
opéras-comiques  de  MM.  Gounod  et  Semet,  ce  sera  le  Cosi  fan  tutte,  de 
Mozart,  dont  Mmes  Viardot  et  Carvalho  chanteront  les  principaux  rôles. 

„,%,  On  vient  de  mettre  à  l'étude  une  pièce  en  un  acte,  intitulée  :  Ma 
Tante,  dont  les  paroles  sont  de  M.  H.  Crémieux  et  la  musique  de  M.  Cas- 
pers.  Mme  Ugalde  et  Meillet  doivent  y  jouer. 

,*»  Mlle  Moreau  a  remplacé  pendant  quelques  soirées  Mlle  Marie 
Sax,  qu'une  indisposition  éloignait  de  la  scène,  dans  le  rôle  d'Eurydice, 
d'Orphée,  qui  attire  toujours  la  foule. 

„,%  Jeudi  prochain  auront  lieu  au  ^héâtre  des  Bouffes-Parisiens  troi 
premières  représentations  :  Forteboule,  opérette  bouffe,  paroles  de  MM.  De- 
forges  et  Gasiineau,  musique  de  M.  de  l'Epine,  jouée  par  M.  Désiré,  Bou- 
net,  Mmes  Tostée  etCico;  le  Nouveau  pourceauynai: ,  l'ancienne  pièce  du 
Gymnase  arrangée  pour  les  Bouffes,  par  M.  Scribe,  musique  de  M.  A.  Ba- 
gnard, jouée  parMM.  Duvernoy,  Caillât,  Marchand,  Mmes  Chabert,  Tostée 
et  Baudouin  ;  Bonne  étoile,  opérette,  paroles  de  M.  Pn.  Gille,  musique  de 
M.  L.  Delibes,  jouée  par  M.  Tayau,  Caillât,  Trillet  (  un  débutant),  et 
Mlle  Cxo.  En  même  temps  les  Bouffes  montent  une  revue  comique  et 
musicale,  qui  prendra  pour  titre  le  Carnaval  des  Revues,  revue  de  carna- 
val, enrichie  des  airs  les  plus  populaires  d'Offenbach,  dont  tous  les  théâ- 
tres de  vaudeville  se  sont  depuis  longtemps  emparés,  en  les  défigurant 
trop  souvent.  Cette  fois  au  moins  on  pourra  les  entendre  tels  qu'ds  ont 
été  compris  par  le  maestro  et  accompagnés,  dit-on,  de  musique  nouvelle 
qui  ne  le  cédera  en  rien  à  l'ancienne. 

„*„  Le  Pardon  de  Ploërmel  poursuit  à  Bruxelles  le  cours  de  son  bril- 
lant succès,  Aux  détails  que  nous  avons  donnés  sur  la  première  repré- 
sentation, nous  devons  ajouter  que  Mlle  Boulart  (Dinorah)  a  été  l'objet 
d'une  distinction  des  plus  flatteuses.  LU.  AA.  RR.  le  duc  et  la  duchesse 
de  Brabant  assistaient  au  spectacle.  Après  le  second  acte  de  l'opéra  de 
Meyerbeer,  la  jeune  cantatrice  a  été  appelée  dans  la  loge  royale,  où 
elle  a  passé  tout  l'entr'acte.  Le  duc  l'a  vivement  félicitée  sur  le  brillant 
talent  dont  elle  faisait  preuve  dans  sa  nouvelle  création,  et  lui  a  offert 
un  splendide  bracelet  comme  gage  de  son  admiration. 

„,%  On  assure  qu'une  troupe  lyrique  allemande  doit  venir  à  Paris, 
et  donner  des  représentations  au  théâtre  Italien  pendant  les  mois  d'avril 
et  de  mai  prochains. 

„*■„  Notre  savant  collaborateur  Georges  Kastner,  membre  de  l'Institut, 
vient  d'être  nommé  chevalier  de  l'ordre  d'Ernest  par  S.  A.  R.  le  grand- 
duc  régnant  de  Saxe-Cobourg  et  Gotha. 

***  Aujourd'hui  dimanche,  première  matinée  de  la  Société  des  concerts 
dans  la  grande  salle  du  Conservatoire. 

„'%  La  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  donnera  son  pre- 
mier concert  dimanche  prochain,  15  janvier,  à  deux  heures,  salle  Herz. 
En  voici  le  programme  :  1°  symphonie  inédite  de  M.  Demersmann  ; 
2°  chœur  de  Méndelssolm ;  3°ouverturo  d'Oberon,  de  Weber;  4"  fragments 
du  Comte  Orij,  de  Rossini,  soli  chantés  par  M.  Peschard  ;  5°  symphonie 
en  ut  mineur,  de  Beethoven.  L'orches're  sera  dirigé  par  M.  I.  Pasdeloup. 

»*»  Jeudi  dernier  avait  lieu  dans  la  salle  Ilerz,  devant  un  cercle  d'in- 
vités, un  concert  véritablement  extraordinaire,  donné  par  trois  artistes, 
dont  le  plus  grand,  âgé  de  vingt-cinq  ans,  possède  une  taille  de  3i  pou- 
ces. Le  succès  le  plus  complet  a  accueilli  les  chanteurs  lilliputiens  qu'on 
a  applaudi  à  tout  rompre  après  le  prologue,  et  surtout  après  le  trio 
pot-pourri  tiré  de  divers  opéras  allemands,  joués  et  chantés  par 
MM.  l'iccolo,  Vounderlich  et  Kiss  Jozsi  ;  ce  dernier  a,  en  outre,  chanté 
avec  une  verve  splendide  le  Cri  du  cœur,  de  Lhuillier  et  Bourget:  C'est 
ma  [Me  ;  et  les  Deux  gendarmes,  de  Nadaud.  A  côté  des  petites  mer- 
veilles qu'on  applaudissait  pour  la  première  fois  à  Paris,  nous  avons 
remarqué  Mlle  Cherrean,  qui  a  exécuté  de  la  façon  la  plus  brillante  di- 


vers morceaux  sur  l'orgue  Alexandre.  M.  Marochetti  a  bien  dit  le  Pa- 
radis perdu,  de  Ritter.  —  Mardi  prochain,  dans  la  même  salle,  les 
trois  artistes  en  miniature  donneront  leur  première  soirée  dramatique 
et  lyrique,  avec  le  concours  de  virtuoses  distingués.  Jeudi  12  aura  lieu 
la  deuxième  séance. 

t%  Les  soirées  si  bril'antes  et  si  recherchées  que  M.  Benson  a  l'habi- 
tude de  donner  tous  les  ans  à  ses  amis  ont  été  inaugurées  vendredi  de 
la  manière  la  plus  charmante  par  un  concert,  dans  lequel  de  grands 
artistes  et  des  amateurs  très-distingués  ont  rivalisé  de  talent.  Herman, 
le  violoniste  au  jeu  sympathique  et  brillant,  s'y  est  fait  entendre  dans  un 
nouveau  morceau  de  sa  composition,  une  fantaisie  sur  Norma  d'une 
grande  difficulté,  très-réussie  et  semée  d'effets  nouveaux.  L'auteur  l'a 
jouée,  comme  toujours,  avec  une  perfection  rare,  et,  comme  toujours 
encore,  il  a  réuni  tous  les  suffrages.  On  connaît  la  délicieuse  transcrip- 
tion de  la  berceuse  du  Pardon  de  Ploërmel,  de  Kruger,  ainsi  que  celle  du 
chœur  de  Faust.  L'auteur  les  a  rendues  supérieurement,  et  l'on  a  pu  admi- 
rer .1e  nouveau  son  beau  talent  de  pianiste  et  de  compositeur.  Nathan, 
l'excellent  violoncelliste,  dans  ses  Canzonette  napoiitane,  morceau  carac- 
téristique très-remarquable,  a  déployé  tout  à  la  fois  la  délicatesse  et  l'é- 
nergie de  son  archet. 

,%  Nous  apprenons  que  M.  Xavier  Boisselot,  l'auteur  de  Ne  touchez  pas 
à  la  reine  et  de  Mosquita,  qui,  depuis  trois  ans  seulement,  avait  pris  la 
gérance  de  la  Compagnie  musicale  (ancienne  maison  d'édition  J.  Meis- 
sonier,  18,  rue  Dauphine),  va  se  consacrer  exclusivement  à  l'exploitation 
de  ses  fabriques  de  pianos  de  Marseille  et  de  Barcelone  (Espagne),  dont 
les  produits  jouissent  d'une  vogue  méritée.  Il  vient  de  céder  à  M.  E. 
Gérard,  son  ancien  représentant  â  Marseille,  la  gérance  de  la  maison 
d'édition  de  musique  de  Paris.  Espérons  que  les  soins  importants 
d'une  grande  exploitation  industrielle  laisseront  cependant  à  l'auteur  si 
bien  inspiré  de  Ne  touchez  pas  à  la  reine  le  loisir  d'écrire  des  œuvres 
musicales  dignes  de  leurs  sœurs  aînées. 

„,%  Deux  charmantes  valses-caprices  d'Ed.  Wolff  viennent  de  paraître 
cette  semaine:  ces  deux  œuvres  se  recommandent  par  les  qualités  qui 
ont  assuré  à  M.  Ed.  Wolff  un  des  premiers  rangs  parmi  les  pianistes 
compositeurs.  Ida  et  Mathilde  obtiendront  cet  hiver  un  succès  de  vogue. 

t*t  Luca  Fumagalli,  frère  du  célèbre  pianiste  de  ce  nom,  se  fera  en- 
tendre le  14  de  ce  mois,  au  Cercle  des  sociétés  savantes.  Il  jouera  deux 
morceaux  de  sa  composition,  et  la  Danse  des  sylphes,  morceau  composé 
par  son  frère,  Adolphe  Fumagalli. 

„*,  M.  Antonio-José  Cappa,  l'auteur  de  l'oratorio  //  Diluvio,  et  de  plu- 
sieurs opéras,  parmi  lesquels  on  cite  Giovanna  di  Castiglia,  ainsi  que 
Mme  Munoz  Cappa,  cantatrice  italienne  d'un  grand  mérite,  se  trouvent 
en  ce  moment  à  Paris. 

„/%  L'audition  annuelle  des  œuvres  nouvelles  de  Ketterer  aura  lieu  le 
dimanche  22  courant  dans  la  salle  Herz.  On  y  entendra  entre  autres  le 
duo  sur  le  Pardon  de  Ploërmel  composé  par  le  bénéficiaire  et  Herman  qui 
lui  prêtera  son  concours. 

*t  Nous  recommandons  à  nos  lecteurs  pianistes  Yallegro  rapido,  mor- 
ceau de  concert  aussi  brillant  que  mélodique,  composé  par  M.  D.  Zompi, 
dédié  à  M.  C.  Stamaty,  et  que  l'auteur  exécute  dans  les  salons  les  plus 
distingués  avec  le  plus  grand  succès. 

.%  La  Société  de  quatuors,  consacrée  par  MM.  Maurin,  Chevillard  , 
Viguier  et  Sabattier  aux  dernières  œuvres  de  Beethoven,  a  tenu  jeudi 
sa  première  séance  de  l'année,  Nous  en  joindrons  le  compte  rendu  à 
celui  de  la  seconde 

***  Un  jeune  pianiste,  M.  Victor  Boullard,  accompagnateur  à  l'Opéra- 
Comique,  vient  de  publier  Clairette,  véritable  polka  de  pianiste,  sortant 
des  lieux  communs  ordinaires.  C'est  un  morceau  élégant,  bien  fait,  dans 
lequel  on  trouve  à  la  fois  de  la  distinction,  de  la  grâce  et  de  l'origina- 
lité. Le  même  éloge  peut  être  adressé  à  Léona,  polka-mazurka  du  même 
auteur. 

„*»  La  première  des  quatre  séances  de  musique  de  chambre  annon- 
cées par  M.  Charles  Lamoureux  reste  fixée  â  jeudi  prochain,  dans  les 
salons  l'ieyel.  L'heureux  choix  des  œuvres  qui  figurent  au  programme, 
et  le  mérite  des  exécutants  promettent  une  brillante  et  agréable  soirée. 

„,%  L'un  des  vice -présidents  du  comité  de  l'Association  des  artistes 
musiciens,  M.  Devaux,  qui  était  en  outre  administrateur  de  la  Société 
municipale  de  secours  mutuels  de  Saint-Martin-des-Champs,  administra- 
teur de  la  caisse  d'épargne  et  membre  de  la  Société  des  enfants  d'Apollon 
et  du  Cercle  musical,  vient  de  mourir  dans  sa  soixante-neuvième  année. 
Ses  obsèques  ont  eu  lieu  vendredi  dernier. 


DE  PARIS. 


15 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


t*t  Marseille.  —  Mme  Elmire  a  fait  son  troisième  début  dans  le  Pro- 
phète ;  elle  a  déployé  dans  le  rôle  de  Fidès  une  fort  belle  voix  servie  par 
une  excellente  méthode.  M.  Depassio  s'est  fait  aussi  beaucoup  applaudir 
dans  le  rôle  de  Zacharie,  qu'il  a  chanté  de  la  façon  la  plus  remarquable. 
Parmi  les  ouvrages  à  l'étude,  on  cite  particulièrement  le  Jugement  île 
Dieu,  grand  opéra  inédit  en  cinq  actes,  dont  le  libretto  est  d'un  auteur 
marseillais  déjà  connu  par  de  charmantes  poésies  et  sur  lequel  M.  Aug. 
Morel,  directeur  du  conservatoire  de  musique  de  cette  ville,  a  écrit  une 
partition  dont  on  dit  à  l'avance  beaucoup  de  bien.  On  parle  aussi  d'un 
opéra  également  inédit  de  M.  Agnelli,  compositeur  italien,  depuis  long- 
temps fixé  à  Marseille  ,  lequel  a  écrit  sur  les  Deux  Avares  une  musi- 
que de  son  crû. 

,%  Metz  —  Les  représentations  du  Pardon  de  ploërmel  sont  toujours 
très  suivies. 

t\  Strasbourg.  —  Les  Dragons  de  Villars  viennent  de  remporter  une 
véritable  victoire.  Peu  d'ouvrages  ont  eu  jusqu'ici  le  don  de  plaire  autant 
dans  cette  ville  que  la  partition  d'Aimé  Maillart.  Mlle  I'oussèze  a  joué 
et  chanté  à  ravir  le  rôle  de  Rose  Friquet;  Mlle  Bléau,  MM.  Ribes  et 
Bineau  ont  parfaitement  secondé  la  charmante  cantatrice.  — A  l'étude 
StraJella,  paroles  françaises  de  M.  Gustave  Oppelt,  musique  de  F.  de 
Flotow. 

»%  Rennes.  —  La  seconde  et  la  troisième  représentation  du  Pardon  de 
Ploërmel  ont  surpassé  la  première.  Les  chœurs  avaient  plus  d'ensemble  ; 
les  artistes,  débarrassés  de  l'émotion  inséparable  d'un  premier  début,  étaient 
plus  sûrs  d'eux-mêmes  ;  enfin  l'orchestre  a  mérité  les  plus  grands 
éloges  Le  public  a  fait  au  Pardon  de  Ploërmel  l'accueil  le  plus  enthou- 
siaste. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„,%  Bruxelles,  5  janvier.  —  Une  indisposition  de  M.  Aujac  a  suspendu 
pendant  quelques  jours  les  représentations  du  Pardon  de  Ploërmel  qui 
sera  joué  demain  pour  la  cinquième  fois. — Veuve  Grapin  ,  opéra-comique 
de  M.  de  Flotow,  joué  au  théâtre  du  Parc,  est  un  petit  acte  rempli  de 
fraîches  mélodies  auxquelles  on  reconnaît  tout  de  suite  la  muse  facile 
et  élégante  de  l'auteur  de  Martha.  11  n'y  a  que  trois  personnages  dans 
cette  pièce,  et  le  plus  intéressant  des  trois,  à  coup  sûr,  est  la  sémillante 
Mme  Delvil,  dont  la  voix  est  charmante. 

„*„  Manheim.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  représenté  et  a 
obtenu  un  succès  d'enthousiasme. 

„,*„,  Hanovre.— Mme  Clara  Schuman  a  donné  un  magnifique  concert  sous 
la  direction  et  avec  le  concours  du  célèbre  violoniste  Joachim,  qui  vient 
de  recevoir  le  titre  de  directeur  de  concerts.  Le  maître  de  chapelle 
Scholz  vient  d'être  appelé  à  la  direction  de  l'académie  de  chant. 

a**  Dresde.  —  Le  17  décembre  on  a  célébré  au  théâtre  de  la  cour  l'an- 
niversaire de  la  naissance  de  Beethoven,  et  le  lendemain,  celui  de  la 
naissance  de  Weber. 


***  Leipzig.  — Un  jeune  violoncelliste  russe,  M.  Davidofl',  de  Moscou,  a 
débuté  avec  un  succès  des  plus  honorables  au  neuvième  concert  du 
Gewindhaus;  après  l'exécution  d'un  concerto  de  sa  composition, 
M.  Davidoff  a  été  rappelé  au  milieu  des  plus  chaleureuses  acclamations. 
Dans  une  soirée  du  Conservatoire  de  musique  on  a  beaucoup  applaudi 
une  transcription  par  Stephen  Heller,  de  la  mélodie  de  Mendelssohn,  la 
Vallée  d'amour,  pour  piano.  Un  trio  de  Beethoven,  des  airs  de  Rossini  et 
de  C.  M.  de  Weber,  ainsi  qu'une  polonaise  de  Chopin,  ont  rempli  le  reste 
de  la  soirée. 

^  Munich.  —  Une  soirée  donnée  par  le  musicien  de  la  cour,  M.  Mo- 
ralt,  a  clos  la  première  partie  de  la  saison  des  concerts,  pendant  laquelle 
nous  avons  entendu  entre  autres  virtuoses,  Mlle  Moesner,  l'éminente 
harpiste.  Parmi  les  autres  concerts,  nous  signalerons  le  quatrième  con- 
cert d'abonnement  dans  la  salle  de  l'Odéon,  —  le  morceau  capital  était 
un  adagio  funèbre  de  Mozart,  qui  est  peu  connu  et  qui  passe  pour  une 
des  meilleures  compositions  du  maitre  ;  —  et  les  soirées  de  la  Société 
des  oratorios,  qui,  sous  la  direction  de  M.  de  Perfall,  a  fait  entendre  des 
œuvres  de  P.  Bach,  Ilaendel  et  Gluck. 

t*4  Vienne. —  L'opéra  italien  doit  rouvrir  au  théâtre  An  der  Wien  et  y 
donner  des  représentations  depuis  la  mi-mars  jusqu'en  juin.  On  annonce  les 
engagements  suivants:  prime-done,  Mmes  Lagrua,  Borghi-.Mamo,  Lafon, 
Laborde  et  Beltramelli;  ténors,  Graziani ,  Miraglia  et  Cristiani  ; 
barytons,  Giraldoni,  Guicciardi  et  Varese  ;  basses,  P.okytanski  et  la  Terza. 
On  jouera  :  Parisina,  l'oliuto,  Fausta,  la  Favorita ,  PAjo  nell'embarazzo, 
Cosi  fan  tutte,  la  Cantatrice  villane,  etc.  —  Dans  les  premiers  jours  de  l'an- 
née qui  vient  de  commencer,  Ander  doit  faire  sa  rentrée  par  le  rôle  de 
Stradella,  dans  l'opéra  de  M  de  Flotow.  Vieuxtemps,  qui  a  eu  l'honneur 
de  se  faire  entendre  à  la  cour,  a  eu,  dans  son  troisième  concert,  un 
succès  d'enthousiasme.  Le  célèbre  violoniste  est  parti  pour  Gratz.— Pour 
l'anniversaire  de  la  naissance  de  Beethoven,  le  théâtre  de  la  cour  a  donné 
Fidelio.  Cette  partition  a  été  jouée  pour  la  première  fois  à  ce  théâtre,le 
23  mars  481Zu— Notre  capitale  va  être  dotée  de  deux  théâtres  nouveaux  : 
l'un,  dont  M.  Treumann  a  obtenu  le  privilège,  aura  sa  face  sur  le  quai 
François-Joseph.  De  plus,  M.  Pokorny  se  propose  de  bâtir  le  huitième 
théâtre  de  Vienne,  avec  le  concours  d'un  riche  capitaliste. 

„*„  Amsterdam,  4"  janvier.  —  Au  troisième  concert  de  la  Société 
Félix  Merilis,  l'excellent  chanteur  Guglielmi  a  dit  la  romance  d'Hoël, 
du  Pardon  de  Ploërmel,  avec  le  succès  que  lui  assure  partout  cette  inspi- 
ration magnifique. 

t*t  Stockholm.  —  Un  opéra-comique  en  deux  actes,  Lully  et  Quinault, 
musique  de  Berens,  a  beaucoup  de  succès.  On  a,  du  même  compositeur, 
Violelta,  grand  opéra,  qui  n'obtint  dans  le  temps  qu'un  succès  d'estime, 
elle  Songe  d'une  nuit  a'été,  qui  fut  plus  favorablement  accueilli. 

*%  Saint-Pétersbourg.  —  Don  Giovanni  a  été  représenté  au  bénéfice  de 
Marini.  Le  bénéficiaire  et  surtout  Mlle  Lagrua  y  ont  obtenu  un  grand 
succès.  Cette  célèbre  cantatrice  a  été  invitée  par  la  grande-duchesse  Hé- 
lène à  se  faire  entendre  dans  un  concert  chez  elle. 

***  Lisbonne,  27  décembre.  —  Après  neuf  représentations  très-suivies 
de  Lucrezia  Borgia,  Mme  Tedesco  a  repris  la  Favorite,  avec  Fraschini  et 
Bartolini.  Le  succès  a  été  prodigieux  ;  déjà  la  salle  est  louée  pour  la 
huitième  représentation,  et  trois  seulement  ont  été  données  jusqu'ici. 
L'enthousiasme  et  l'admiration  pour  la  grande  cantatrice  s'accroissent 
d'année  en  année,  quoique  le  public  soit  toujours  le  même.  On  répète 
le  Prophète,  et  bientôt  Mme  Tedesco  chantera  le  rôle  de  Fidès.  Le  chef- 
d'œuvre  sera  parfaitement  monté,  avec  des  artistes  engagés  tout  exprès 
et  des  décors  neufs. 


le  Directeur  :  S.  DUFODR. 


PRIX    ACCORDÉ   A   L'UNANIMITÉ   A   l'EXPOSITION 
UNIVERSELLE    DE   LONDRES   1851. 

l'oui-iiEsscur  tics  Ministères  de  In 
Guerre  cl.  île  lu  ^Bai'iue  île  IPrnucc. 

Agent    à    Londres 

JDLLIEN  ET  Cc, 

21d  ,   Régent   Street. 


MAISON  FONDÉE  EN  1803. 

INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVRE 


GQUETOI 


SS,   rue  tien  Marais  -  Saint  -  Martin  ,   8S 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MEDAILLE    D  ARGENT    DE   1"   CLASSE 
A    L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur   du    Conservatoire   et   de 
l'Académie  impériale  de  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

A.  BDTTNER, 

Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE   COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  étr 
adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


16 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


EN    VENTE    CHEZ  G.    BRANDUS   ET   S.   DUFOUR,   EDITEURS,    103,    RUE   DE  RICHELIEU,   AU    I 

La  Partition  pour  Chant  et  Piano  en  grand  format  (in-4°) 

DU 

PARDON  DE  PLOERMEL 


Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 


Prix  net  :   30  francs, 

POUR  PARAITRE  LE  15  JANVIER  :  La  Partition  du  Pardon  de  Ploêrmel,  arrangée  pour  le  Piano  à  quatre  mains,  net  :  25  francs. 


ALi  JrlUriût    à      brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement . 

Instruments  Saxomiiïtoniques.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

o  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  cite  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


Grande  manufacture  d'Orgues  et 
d'Harmoniums 

de  la  Société  anonyme. 
Etablissement   Merklin    Schutze  , 
suce,  de  M.  Ducroquet,  facteur  de 

S.  M.  l'Empereur, 
Boulevard  Montparnasse,  49,  a  Paris. 
On  y  trouve  aussi  des  Orgues  à 
tuyaux   pour  chapelles   et  églises, 
toutes  prêtes  à  Être  posées. 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
1],  rue  Hougemont. 

MUSIQUE  DE      H&NT 

Geraert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe. 2 

Hangeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6 

MUSIQUE  DE  PI&NO 

Favareer  (R.).   Op.  11.  Vanda,  varsovienne. .  7 

—  Op.  12.  Tarentelle 7 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7 

—  Op.  14.  En  Chasse,  fantaisie 7 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau   de 

salon 0 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 0 

—  Deuxième  grande  valse 7 

—  Deuxième  mazurka G 

—  Op.  18.   Le  Mouvement    perpétuel,   étude  . 

de  concert 9 

—  Op.   20.  Rondo-polka 7 

—  Op.  21.  Sicilienne....' 9 

—  Op.  22.  Elégie 7  50 

SIX  FAXTAISIES  i:\   TRIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 

D.  Ravina  et  Ei.  Clnpissou. 

QUADRILLES 

,!<■  ri».  La  Chanson  du  Cloutier 4  50 

Blaucheteau  .  Les  Belles  de  nuit 4  50 

—  -Laissez  les  roses  aux  rosiers 4  50 


Çfllîrï  FTA  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
oUUlLIllU  position  I8.'i9;  Médaille  de  \"  classe 
Exposition  universelle  1S55.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
os  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
xtra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap- 
port de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  Magasin, 
rue  Montmartre,  161. 


L'HARIOMFLUTE 


MAYERHARIX, 

dont   le  succès   grandit  chaque   jour ,  se    trouve  chez 
Mayermarix,  40,  passage  des  Panoramas,  à  Paris. 


MAISON  H.  HERZ  vSSÏÏiïïtâ 

toii  e,  à  Paris. 

A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 

. alité  des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et4u  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
el  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

h  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
•ang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
lualité  du  son.  > 
(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


i"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DECORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849- 

t"  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 

-o-SkS-o- 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 

abowbs  bm:, 

Facteur  de  lu  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

BUE   SAINT -GEORGES,    50 


I      médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LJ    COURONNE     DE    CHÊNE 

de  Hollande  (1845). 

Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1S40). 

■°^©°? 

—  Seule  sritntle    médaille 


Seule  grande  médaille  d'honneur   à  l'Exposition  universelle  «le   Pari»  (1S55) 

(Votmcil  Jftetltil)  à  l'Exposition  universelle  «le   Louilpes  (.1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES    FAMILLES   DES 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 


SAX-TTJBAS. 

SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TROMBONES-SAX. 


SAXO-TROMISAS. 
SAXHORNS. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  ■  S5!>. 
Tous  les  instruments  à  pistons   avec   addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1S50. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  iuv.  brev.  en  1S5«. 


ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saso-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales ,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


BERGÈRE,   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


N°  3. 


15  Janvier  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT*. 

Paris. 24ir.paraû 

Départements,  Belgique  et  Suisse —     30  »       id* 
Étranger 34  -        id- 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  HUSIC 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  et  théâtre  impérial  Ita- 
lien :  M.  Troy  dans  le  Pardon  de  Plocrmel,  et  Mlle  Marie  Battu  dans  la  Son- 
nambula. —  Mouret  (2e  article),  par  Arthur  I»o«gin.  —  Biographie  uni- 
verselle des  musiciens  et  bibliographie  générale  de  la  musique,  par  F.  J.  Fétis 
père.  —  Revue  critique  :  Concerto  pour  violoncelle,  par  P.  Séligmann,  par 
Adolphe  ffiotte.  —  Ouvrage  divers  relatifs  à  l'accompagnement  du  plain- 
chant  (2e  article),  par  Adrien  de  ILa  Fage.  —  Correspondance,  Stras- 
bourg. —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA-COMIQUE. 

ET 

THEATRE   IMPÉRIAL   ITALIEN. 

-    II.  Troy  dans  le  JPttrtlote  Ue  Ploëtrmel,  et 
Mlle  Marie  Battu  dans  la  Sonnatnbulft . 

Ce  sont  en  quelque  sorte  deux  débuts  que  nous  plaçons  sous  la 
même  rubrique.  Nous  savons  bien  .que  Troy,  qui  a  déjà  fait  ses  preu- 
ves dans  des  ouvrages  anciens  et  nouveaux,  n'est  plus  ce  qu'on  ap- 
pelle en  langage  de  théâtre  un  débutant,  mais  à  nos  yeux  il  en  repre- 
nait la  condition  et  le  caractère,  en  se  présentant  tout  à  coup,  sans 
être  attendu,  à  la  place  d'un  chanteur  aussi  renommé  que  Faure, 
en  succédant  à  son  maître  dans  un  rôle  que  celui-ci  venait  de  créer  et 
qui  est  certainement  le  plus  beau  fleuron  de  sa  couronne.  Que  vou- 
lez-vous ?  Faure  était  souffrant  depuis  plus  d'un  mois,  et  avec  lui,  le 
Pardon  de  Plocrmel  restait  éloigné  de  la  scène.  Or,  en  ce  moment, 
plus  de  Pardon,  plus  de  recettes.  Il  a  bien  fallu  que  le  jeune  artiste 
se  dévouât,  et,  comme  il  arrive  presque  toujours,  le  dévouement  n'a 
pas  tardé  à  recevoir  sa  récompense. 

A  en  juger  par  son  émotion  extrême,  Troy  ne  se  dissimulait  pas  le 
péril  de  sa  tentative,  et  pourtant  il  en  a  glorieusement  triomphé.  Ses 
terreurs  ne  l'ont  pas  empêché  de  chanter  le  rôle  d'Hoél  avec  une  voix 
pleine,  timbrée,  agile,  en  digne  élève  de  Ponchard,  qui  avait  commencé 
son  éducation  au  Conservatoire,  et  de  Faure  qui  l'y  a  terminée.  Le 
premier  jour,  il  avait  laissé  quelque  chose  à  désirer  dans  l'expres- 
sion passionnée  que  demandent  la  romance  et  le  duo  du  troisième  acte, 
mais  le  surlendemain,  la  confiance  lui  a  rendu  ses  forces,  et  bientôt 
il  sera  dans  celte  partie  du  chef-d'œuvre  aussi  complet  que  dans  tout 
le  reste.  Les  espérances  de  la  direction  ont  donc  été  justifiées  :  le  pu- 
blic est  revenu  en  foule,  et  le  Pardon  de  Plocrmel,  qui  en  est  à  sa  cin- 
quante-neuvième représentation,   n'a  pas  moins  rempli  la  salle  et  la 


caisse  que  dans  les  premiers  temps.  Il  est  vrai  que  Mme  Cabel  y 
chante  toujours  le  rôle  de  Dinorah  d'une  façon  prodigieuse,  et  que 
Sainte-Foy  élève  celui  du  cornemusier  au  niveau  des  créations  les 
plus  originales  et  les  plus  comiques  du  répertoire. 

Au  théâtre  Italien,  c'est  d'une  vraie  débutante  qu'il  s'agit.  Fille  du 
second  chef  d'orchestre  de  l'Opéra,  élève  de  Duprez,  Mlle  Marie  Battu 
n'avait  encore  paru  que  dans  les  concerts  et  sur  le  petit  théâtre 
construit  par  son  maître  daus  la  rue  Turgot.  Ces  modestes  essais 
avaient  suffi  pour  la  faire  connaître  et  désirer  :  on  attendait  beaucoup 
d'elle  et,  hâtons-nous  de  le  dire,  on  a  trouvé  beaucoup  plus  encore  que 
l'on  n'attendait  ;  nous  ne  nous  rappelons  pas  de  début  plus  heureux, 
sans  excepter  même  celui  de  Julie  Grisi,  et  Julie  Grisi  était  Ita- 
lienne ;  elle  avait  déjà  brillé  au  théâtre  ;  elle  nous  arrivait  précédée 
d'une  certaine  réputation. 

Mlle  Marie  Battu  est  grande  et  svelte  ;  elle  a  une  physionomie 
expressive,  comme  sa  voix  ;  elle  est  actrice  de  la  tête  aux  pieds,  et 
son  talent  de  cantatrice,  elle  ne  le  tient  pas  moins  de  la  nature  que 
de  l'art.  Nous  n'ôterons  rien  au  mérite  si  éminent  de  son  maître,  en 
disant  qu'il  y  a  dans  la  jeune  artiste  ce  sentiment  qui  devance 
les  leçons,  et  les  fait  fructifier  au  centuple.  Elevée  dans  une  atmos- 
phère musicale,  elle  a  chanté  comme  on  respire,  et  elle  a  eu  cela  de 
commun  avec  les  Malibran,  les  Viardot,  les  Caroline  Duprez  et  quel- 
ques autres  privilégiées.  De  là,  ce  style  parfait,  ce  bon  goût,  cette 
hardiesse  toujours  contenue,  et  cette  admirable  faculté  de  colorer  la 
mélodie,  de  la  nuancer  avec  la  plus  exquise  délicatesse.  Le  rôled'Amina 
convenait  parfaitement  à  la  manifestation  d'un  talent  de  cette  espèce 
rare.  Jamais  la  tendresse  virginale  des  inspirations  si  pures  et  si  fines 
que  Bellini  a  répandues  dans  la  Sonnambula,  n'avait  été  mieux  rendue  ; 
jamais  il  n'y  avait  eu  d'accord  plus  intime  entre  l'ouvrage  et  l'in- 
terprète. Aussi  le  succès  a-t-il  été  grand,  unanime.  Toute  la  salle 
applaudissait,  rappelait,  et,  après  la  chute  du  rideau,  voulait  encore 
revoir  deux  fois  la  jeune  artiste. 

Gardoni  a  bien  légitimement  partagé  ce  triomphe.  Le  meilleur  des 
encouragements  c'est  l'exemple,  et  il  a  chanté  lui-même  avec  une  ex- 
pression charmante  ce  rôle  d'Elvino,  qui  semble  fait  à  sa  taille.  La 
soirée  a  été  belle  pour  lui  comme  pour  Mlle  Battu,  belle  aussi  pour 
le  théâtre,  où,  nous  n'en  doutons  pas,  les  vrais  amateurs  seront  ravis 
de  retrouver  un  ouvrage  tout  simple,  tout  musical,  et  des  chanteurs 
qui  chantent,  sans  autre  intention  que  celle  de  plaire  et  de  toucher. 

P.  S. 


18 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


(2e  article.)  (1) 

Le  H  août  1714,  Mouret  fit  représenter  à  l'Opéra  les  Fêtes  de 
Thalie,  ballet  en  quatre  entrées,  de  Lafont.  Voici  ce  que  nous  trou- 
vons au  sujet  de  cette  pièce  dans  un  recueil  concernant  les  théâtres 
de  Paris  :  «  C'est  le  premier  opéra  où  l'on  ait  vu  des  femmes  habillées 
»  à  la  françoise,  et  des  confidentes  du  ton  des  soubrettes  de  la  co- 
»  médie.  Le  public  en  fut  d'abord  allarmé  ;  cependant  il  y  vint  en 
»  foule,  mais  presque  à  contre-cœur.  L'auteur  dit  qu'il  se  fit  cons- 
i)  cience  de  divertir  ainsi  les  gens  malgré  eux,  c'est  pourquoi  il  se 
»  dépêcha  de  faire  lui-même  la  critique  de  son  ouvrage,  où  il  donna 
»  le  mérite  du  succès  à  la  musique  et  à  la  danse.  Cet  opéra  eut 
»  quatre-vingts  représentations  (1).   » 

Le  9  octobre,  en  effet,  la  pièce  reparut,  divisée  ainsi  : 

1er  acte  :  La  Fille. 

2e  acte  :  La  Veuve. 

3e  acte  :  La  Femme. 

4e  acte  :  La  Critique  des  Fêtes  de  Thalie. 
Elle  fut  reprise  ensuite  à  différentes  époques  et  avec  de  nouveaux 
changements:  d'abord,  le  12  mars  1715;  on  remplaça  alors  l'acte 
intitulé  la  Veuve  par  un  autre  qui  portait  le  titre  de  ta  Veuve  co- 
quette; puis,  le  25  juin  1722  ;  à  la  troisième  reprise,  qui  eut  lieu  le 
17  septembre  de  la  même  année,  les  auteurs  y  ajoutèrent  un  cinquième 
acte  qu'ils  nommèrent  la  Provençale.  Enfin,  elle  fut  remise  encore 
quatre  fois  au  répertoire  sans  nouvelles  transformations,  les  2  juin 
1735,  29  juin  1745,  13  janvier  1746  et  24  septembre  1754.  Le  9 
janvier  1755,  le  troisième  acte  en  fut  représenté  à  Versailles,  devant 
le  roi,  sur  le  théâtre  du  château. 

Au  mois  de  mars  1716,  Mouret  donna  à  l'Académie  royale  les  Fêtes 
de  l'été,  opéra- ballet,  paroles  de  La  Grange  et  Roy.  Le  6  avril  1717, 
il  y  faisait  paraître,  avec  les  mêmes  collaborateurs,  Ariane,  tragédie- 
opéra  en  cinq  actes  et  un  prologue;  Mlle  Salle,  la  célèbre  dan- 
seuse, obtint  dans  cette  pièce  un  éclatant  succès.  Le  26  janvier  1723, 
il  faisait  représenter  Piri/hous,  roi  des  Lapithes,  opéra  aussi  en  cinq 
actes  et  un  prologue,  dont  La  Serre  avait  fait  les  paroles.  Les  Amours 
des  dieux,  ballet  héroïque  en  quatre  actes  et  un  prologue,  de  Fuze- 
lier,  fut  donné  le  14  septembre  1727.  Cet  ouvrage,  dont  le  succès  fut 
considérable,  fut  repris  le  18  juin  1737,  le  12  mai  1746,  le  16  août  et 
le  8  novembre  1757,  et  le  6  avril  1768. 

En  1728,  Mouret  acheta  à  Philidor  (Anne),  son  privilège  du  con- 
cert spirituel  et  s'associa  avec  Simart  pour  l'exploitation  de  cette  en- 
treprise, qu'il  conserva  six  années.  C'est  pendant  le  temps  de  sa  di- 
rection qu'il  y  fit  exécuter  les  motets  Benedictus  Domine,  Cantate, 
cantemus  Domino,  Quemadmodum  ,  Regina  Cœli  lœtare  et  Ils- 
quequà. 

Le  5  juin  1732,  il  reparaissait  à  l'Opéra  avec  le  Triomphe  des  sens, 
ballet-opéra  en  cinq  actes,  paroles  de  Roy.  Cet  ouvrage  était  divisé 
ainsi  : 

l"acte  :  Leucothoé,  ou  l'Odorat. 

2"  acte  :  Protésilas,  ou  le  Toucher. 

3°  acte  :  L'Amour,  ou  la  Vue. 

4°  acte  :  Les  Sirènes,  ou  l'Ouïe. 

5e  acte  :  Trigonc,  ou  le  Goût. 
Il  fut  remis  au  théâtre  le  17  mai  1740  et  le  27  août  1751.  Le  28 
mars  1748,  le  troisième  acte  en  fut  représenté  sur  le  théâtre  des 
petits  appartements. 

Enfin,  le  5  mai  17:î5,  Mouret  donnait  à  l'Académie  royale  son  der- 
nier ouvrage,  du  moins  le  dernier  qui  y  fut  représenté  de  son  vivant, 

(1)  Voir  le  n°  51  de  l'année  1859. 

(2)  Maupin:  Bibliothèque  des  rMMm.'Paris,  1783,  in-8°. 


puisque  nous  avons  dit  que  Bagonde  ne  fut  jouée  qu'en  1742.  Cet 
ouvrage  était  un  ballet  héroïque  en  trois  actes,  de  Roy,  intitulé  les 
Grâces;  le  premier  acte  avait  pour  titre  l'Ingénue  ;  le  deuxième,  la 
Mélancolique  ;  le  troisième,  l'Enjouée.  Il  fut  repris  le  7  juillet  1744, 
avec  quelques  modifications. 

Outre  les  pièces  que  nous  venons  de  mentionner,  Mouret  fit  pour 
la  Comédie  italienne,  dont  il  était  compositeur,  un  nombre  considé- 
rable de  vaudevilles  et  divertissements.  Plusieurs  des  airs  qu'il  com- 
posa à  cette  époque  pour  le  théâtre  Italien,  et  qui  ont  donné  nais- 
sance à  ce  genre  de  morceaux  très-courts  ,  qu'on  a  baptisés  du 
nom  de  ponts-neufs,  ont  eu  un  grand  succès,  et  ont  joui  longtemps 
d'une  renommée  véritablement  populaire  ;  nous  citerons,  entre  autres, 
les  deux  petits  airs  connus  sous  les  noms  de  Cahin-caha  et  Dans  ma 
jeunesse.  Un  bon  nombre  de  pièces  de  Pannard  et  de  quelques-uns  de 
ses  contemporains  n'ont  été  soutenues  que  par  les  vaudevilles  de 
Mouret,  qui  fut  réellement  le  créateur  de  ce  genre  de  musique,  où  il 
réussissait  parfaitement.  Parmi  les  pièces  pour  lesquelles  il  travaillait 
à  la  Comédie  italienne,  on  peut  citer  particulièrement  l'Amante 
capricieuse,  de  Joly  (trois  actes,  1726),  YAmour  maître  de  langue 
(trois  actes,  1718),  le  May  (1)  (un  acte,  1719),  M 'élu sine  (trois  actes, 
1719)  et  la  Rupture  du  Carnaval  et  de  la  Folie  (un  acte,  1719),  toutes 
quatre  de  Fuzelier;  Arlequin  Pluton,  de  Gueulette  (trois  actes,  1719), 
Diane  et  Endymion,  de  Dominique  et  Riccoboni  père  (trois  actes, 1721). 
11  fit  ainsi  la  musique  d'environ  cinquante  pièces  pour  la  Comédie. 
Tous  ces  airs  furent  publiés  et  forment  six  cahiers  assez  volumineux, 
portant  ce  titre  -.Recueils  des  divertissements  du  nouveau  théâtre  Ita- 
lien, dédiés  à  S.  A.  R.  Monseigneur  le  duc  d'Orléans,  régent  du 
royaume,  par  Mouret,  musicien  de  la  chambre  du  roy. 

Mouret  fit  aussi  plusieurs  divertissements  pour  la  Comédie-Fran- 
çaise ;  il  écrivit  même  pour  ce  théâtre  une  œuvre  assez  importante, 
Pan  et  Doris,  pastorale  héroïque,  en  un  acte,  qui  fut  représentée  le 
6  juillet  1729,  dans  une  pièce  de  Daiguebert,  intitulée  les  Trois  spec- 
tacles. Entre  autres  divertissements  qu'il  composa  pour  le  même 
théâtre,  nous  mentionnerons  ceux  de  la  Pupille,  comédie  en  un  acte, 
de  Fagan,  représentée  en  1734. 

En  cette  année  1734,  Mouret  perdit  la  direction  du  Concert  spiri- 
tuel, qui  relevait  de  l'Opéra,  et  que  l'administration  confia  aux  soins 
de  Rebel,  voulant  désormais  le  régir  par  elle-même.  Précédemment,  il 
avait  perdu  l'intendance  de  la  musique  de  Mme  la  duchesse  du 
Maine  (2),  et,  en  1736,  il  se  vit  enlever  aussi  son  emploi  de  composi- 
teur à  la  Comédie  italienne.  Touché  de  la  détresse  dans  laquelle  le 
plongeaient  ces  revers  successifs,  —  il  ne  lui  restait  plus  alors  que  sa 
place  de  musicien  de  la  chambre  du  roi, —  le  prince  de  Carignan 
assura  au  pauvre  Mouret  une  pension  de  1,000  livres  ;  mais  la  raison 
du  malheureux  artiste  ne  put  résister  au  chagrin  de  se  voir  privé  de 
lapresque  totalité  de  ses  ressources,  et  aussi  à  la  douleur  qu'il  éprouvait 
de  ne  pouvoir,  vu  la  position  précaire  dans  laquelle  il  était  tombé, 
trouver  à  marier  convenablement  sa  fille,  son  unique  enfant,  qu'il 
chérissait  plus  que  tout  au  monde.  Il  devint  fou,  et  le  dérangement 
de  son  esprit  se  manifesta  un  soir,  à  une  représentation  de  l'Opéra, 
où  il  entendit  chanter  le  fameux  chœur  Brisons  ?ws  fers,  de  Rameau. 
On  fut  obligé  de  le  transporter  chez  lui,  où  il  ne  cessa  plus  de  chanter 

(1)  Qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  un  ballet- pantomime  de  Marcouville,  musi- 
que de  Desbrosscs,  qui  fut  représente'  au  même  théâtre  le  18  mai  1751. 

(2)  Tous  les  biographes  de  Mouret  s'accordent  a  dire  qu'il  perdit  cet  emploi  seule- 
ment à  la  mort  du  duc  du  Maine,  laquelle  arriva  le  19  mai  1736.  C'est  la  encore 
une  de  ces  erreurs  de  date  que  nous  nous  faisons  un  devoir  de  rectifier.  Mouret 
fut  privé  de  cette  place  quatre  ans  au  moins  avant  l'époque  que  fixent  ses  bio- 
graphes. La  preuve  s'en  trouve  dans  l'ouvrage  de  Titou  du  Tillet  intitulé  le 
Pâmasse  français,  livre  publié  en  1732,  et  dans  lequel  on  lit  un  quatrain,  signé 
Marchand,  lecteur  de  S.  A.  S.  Madame  la  duchesse  du  Maine  et  intendant  de  sa 
musique. 


DE  PARIS. 


19 


ce  morceau.  Peu  de  jours  après,  on  dut  le  conduire  à  Charenton,  chez 
les  pères  de  la  Charité,  et  il  mourut  dans  leur  établissement  le  22  dé- 
cembre 1738,  dans  la  cinquante-septième  année  de  son  âge. 

Mouret  fut  un  compositeur,  sinon  d'une  habileté  extrême ,  du 
moins  d'une  fécondité  assez  rare  de  son  temps.  A  celles  de  ses  œu- 
vres que  nous  avons  déjà  mentionnées,  il  faut  ajouter  encore  des 
cantates,  des  cantatilles,  plusieurs  sonates  pour  deux  flûtes  ou  vio- 
lons, trois  livres  d'airs  sérieux  et  à  boire  et  des  fanfares.  Mouret  ne 
fut  certainement  point  un  musicien  de  premier  ordre,  mais  ce  fut  du 
moins  un  compositeur  fort  agréable  et  dont  on  pourrait,  de  nos  jours 
encore,  entendre  certains  morceaux  avec  quelque  plaisir.  L'oreille  et 
le  cœur  n'ont  pas  toujours  besoin  des  fortes  sensations  que  procurent 
la  lecture  ou  l'audition  des  grands  chefs-d'œuvre.  Il  faut  d'ailleurs  me- 
surer le  terrain  où  l'on  se  place  et  savoir  établir  la  différence  entre 
les  œuvres  qui  se  sont  fait  jour  dans  l'enfance  de  l'art,  et  celles 
qui  sont  écloses  lorsque  cet  art  en  était  arrivé  à  la  plus  grande  ma- 
nifestation de  sa  puissance  et  de  son  éclat.  Si  notre  cœur  se  sent 
profondément  remuer  à  l'impression  produite  par  ces  œuvres  gi- 
gantesques et  magistrales  sorties  dans  toute  leur  splendeur  du  cerveau 
de  nos  grands  génies,  ainsi  que  Minerve  sortit  tout  armée  de  la  tête 
de  Jupiter,  il  nous  semble  que  l'imagination  peut  se  reposer  avec 
une  douce  sérénité  par  la  contemplation  d'un  de  ces  petits  tableaux 
naïfs  et  touchants,  tels  qu'en  enfantent  les  talents  simples  et  gracieux 
qui,  —  sans  le  chercher  et  sans  même  s'en  douter,  —  ouvrent  la  voie 
aux  grands  maîtres  de  l'esprit  humain.  Or,  pour  exprimer  nettement 
notre  pensée,  il  nous  semble  qu'après  la  lecture  d'un  des  chefs-d'œu- 
vre tragiques  de  Racine  ou  l'audition  d'une  des  admirables  partitions 
de  Mozart,  on  pourrait  sans  ennui  jeter  les  yeux  sur  une  des  naïves 
petites  pièces  de  Joachim  du  Bellay  ou  écouter  une  des  romances  si 
simples  et  si  gracieuses  de  Mouret. 

Arthur  POL'GIN. 
(La  suite  prochainement.) 


BIOGRAPHIE   UNIVERSELLE    DES    MUSICIENS 

ET 

BIBLIOGRAPHIE    «ÉXÉKA1,E     DE     E.A     MUSIQUE. 

Par  F.  J.  FÉTIS  père. 

En  attendant  que  nous  puissions  rendre  un  compte  détaillé  du 
premier  volume  de  cet  important  ouvrage,  dont  l'étude  est  si  atta- 
chante pour  nous,  nous  croyons  devoir  en  mettre  le  prospectus  sous 
les  yeux  de  nos  lecteurs. 

Le  succès  universel  du  livre  dont  nous  publions  aujourd'hui  la 
deuxième  édition  pourrait  nous  dispenser  de  le  recommander  à  l'atten- 
tion du  public  et  de  faire  son  éloge;  car  il  n'est  pas  d'artiste,  pas  d'a- 
mateur, qui  n'en  connaisse  la  valeur,  au  moins  par  sa  renommée.  Mais 
nous  avons  à  rendre  compte  de  ce  qui  distingue  cette  nouvelle  édition 
de  la  première,  et  à  mentionner  sommairement  les  additions  immenses 
ainsi  que  les  améliorations  importantes  que  l'auteur  a  faites  ù  son  ou- 
vrage, par  des  travaux  persévérants  de  vingt-cinq  années. 

Pendant  un  quart  de  siècle  qui  s'est  écoulé  depuis  la  publication  du 
premier  volume  de  la  première  édition  de  la  Biographie  universelle  des 
Musiciens,  une  multitude  de  compositeurs,  d'instrumentistes,  de  chan- 
teurs, de  théoriciens,  d'historiens  de  la  musique,  de  critiques,  d'inven- 
teurs de  méthodes  pour  l'enseignement,  et  de  fabricants  d'instruments 
de  tous  genres,  sont  apparus  dans  le  monde  musical  avec  plus  ou  moins 
d'éclat,  et  y  ont  exercé  des  influences  très-diverses.  Quel  que  soit  l'in- 
térêt qui  s'attache  à  leur  nom,  cet  intérêt  rejaillira  sans  aucun  doute 
sur  notre  livre,  dans  lequel  pour  la  première  fois  les  faits  relatifs  à 
leur  existence  sont  signalés,  et  dans  lequel  en  outre  le  lecteur  sera  cer- 
tain de  trouver  cette  juste  et  impartiale  appréciation  du  mérite  des  ar- 
tistes, en  môme  temps  que  de  la  valeur  des  œuvres,  appréciation  qui  a 
mis  depuis  longtemps  M.  Fétis  hors  de  toute  comparaison  dans  sa  spé- 
cialité. Dire  ce  qu'il  a  fallu  de  patience,  de  persévérance  et  de  soins 
pour  recueillir  des  renseignements  exacts  sur  une  si  grande  quantité  de 
personnes   nées  dans  toute  l'étendue  du   monde  civilisé,  ne  serait  pas 


possible;  cependant  ce  grand  travail  n'est  rien,  si  on  le  compare  à  la 
nécessité  de  lire  tant  d'œuvres  de  musique,  tant  de  livres,  de  brochures, 
d'en  pénétrer  la  signification,  de  sonder  la  portée  des  théories  nouvel- 
les, de  vérifier  les  aperçus  ainsi  que  les  assertions  de  l'histoire  de  l'art 
et  de  la  science.  Il  suffit  de  parcourir,  même  rapidement,  la  Biographie 
universelle  des  Musiciens,  pour  acquérir  la  conviction  que  son  auteur  s'est 
acquitté  de  cette  tâche  avec  une  conscience  qui  n'est  presque  plus  de 
notre  temps. 

Il  n'a  pas  mis  moins  de  zèle,  de  dévouement,  d'exactitude,  à  perfec- 
tionner la  partie  de  son  travail  qui  appartient  à  la  première  édition  de 
la  Biographie  des  Musiciens.  La  nomenclature  des  articles  qui  ont  précédé 
l'époque  actuelle  s'est  immédiatement  accrue  ;  d'anciens  articles  de  peu 
d'étendue  ont  pris  des  proportions  considérables  par  l'importance  des  dé- 
couvertes. Toutes  les  grandes  bibliothèques  de  l'Europe  ont  été  explorées 
par  l'auteur  dans  ses  voyages.  Lui-même  possède  la  collection  d'ouvra- 
ges de  musique  la  plus  considérable  qui  ait  jamais  été  rassemblée:  ces 
ressources  ont  fourni  les  moyens  de  rectifier  une  multitude  de  faits  et 
de  dates.  Les  améliorations  de  cette  espèce  sont  innombrables  dans 
notre  édition. 

Il  est  une  partie  du  livre  qui  mérite  une  attention  particulière  de  la 
part  des  artistes  et  des  amateurs  d'élite  :  elle  concerne  les  créateurs  de 
l'harmonie  et  les  premiers  siècles  où  l'art  moderne  s'est  formé  et  déve- 
loppé. On  sait  comme  le  goût  des  produits  de  la  musique  de  ces  temps 
reculés  s'est  répandu  depuis  que  M.  Fétis  a  fixé  sur  eux  l'attention  pu- 
blique, par  les  succès  d'enthousiasme  de  ses  Concerts  historiques.  Au- 
jourd'hui, les  moindres  débris  de  cet  art  primitif  et  naïf  sont  recherchés 
avec  passion  et  se  paient  des  prix  fabuleux.  Des  hommes  qui  en  ont  été 
les  auteurs,  il  ne  restait  guère  que  les  noms  :  M.  Fétis  a  pensé,  qu'a- 
près avoir  sauvé  leurs  œuvres  de  l'oubli,  il  devait  s'occuper  de  leur 
personne  ;  il  n'a  pas  reculé  devant  l'entreprise  difficile  de  retrouver  leur 
histoire  dans  la  poussière  des  archives  et  dans  la  discussion  approfondie 
des  moindres  circonstances  mentionnées  par  les  écrivains  contempo- 
rains. Nous  ne  craignons  pas  d'affirmer  que  les  résultats  de  cette  partie 
de  son  immense  travail  renferment  un  trésor  d'érudition  et  de  sagacité. 

Nous  croyons  devoir  terminer  ces  considérations  par  une  remarque 
qui  nous  paraît  avoir  beaucoup  d'importance  :  elle  concerne  le  mérite 
de  la  forme. 

La  Biographie  universelle  des  Musiciens  a  été  précédée  par  des  publica- 
tions d'ouvrages  du  même  genre,  en  Allemagne,  en  Italie,  en  Angleterre 
et  même  en  France  ;  mais,  laissant  à  part  les  immenses  lacunes  qui  s'y 
trouvent,  les  inexactitudes  multipliées  et  l'absence  du  savoir  nécessaire 
chez  leurs  auteurs,  si  l'on  ne  s'attache  qu'à  la  forme  et  au  style,  on  recon- 
naît au  premier  coup  d'oeil  qu'aucun  de  ces  ouvrages  n'est  lisible.  Il 
n'en  est  point  ainsi  du  livre  de  M.  Fétis,  car  le  mérite  de  l'écrivain  y 
égale  celui  du  savant  et  de  l'artiste.  Des  notices  telles  que  celles  de 
J.  S.  Bach,  Boïeldieu,  Boccherini,  Beethoven,  Cherubini,  Dussek,  Grétry, 
Gluck,  Haendel,  Haydn ,  Lully,  Meyerbeer,  Mozart,  Rameau,  Rossini, 
Viotti  et  cent  autres,  offrent  à  la  fois  l'intérêt  du  sujet  et  le  charme  d'un 
style  élégant  et  facile.  Certes,  ce  n'est  pas  un  médiocre  sujet  d'étonne- 
ment  que  de  trouver  cet  agrément  de  la  forme  dans  un  travail  colossal, 
entrepris  et  conduit  jusqu'à  la  fin  par  un  seul  homme,  nonobstant  les 
difficultés  qui  auraient  pu  jeter  plusieurs  érudits  dans  le  décourage- 
ment. 

En  considérant  la  Biographie  universelle  des  Musiciens  dans  la  nouvelle 
édition  que  nous  publions,  M.  Fétis  peut  se  dire,  sans  être  accusé  d'or- 
gueil :  Exegi  monumentum. 


REVUE  CRITIQUE. 

Concerto  pour  violoncelle,  par   P.  Seligmanu. 

Pour  écrire  un  beau  concerto,  que  faut-il  ?  Bien  des  choses  assu- 
rément. Pour  n'en  citer  que  quelques-unes,  il  faut,  ce  nous  semble, 
s'efforcer  d'oublier  les  formes  grêles  de  la  fantaisie,  les  ornements 
superflus  dont  on  a  pris  malheureusement  l'habitude  de  la  charger  ; 
mais  il  faut  aussi  prendre  garde  à  la  froideur  et  à  la  monotonie  dont 
s'empreint  d'ordinaire  une  pensée  jetée  dans  un  moule  convenu. 

Les  grands  solistes  qui  écrivirent  des  concertos  pour  leur  instrument 
tentèrent  plus  d'une  fois  de  modifier  ce  moule  ;  Seligmann  a  trouvé 
le  moyen  de  satisfaire,  à  la  fois,  les  esprits  sérieux  qui  exigent  de 
l'unité,  de  la  correction,  et  les  virtuoses  qui  recherchent  l'occasion 
de  faire  admirer  l'habileté  matérielle  de  leur  exécution. 

Le  tutti  du  premier  allegro  moderato  a  beaucoup  d'éclat  et  de  fran- 
chise. Le  solo  débute  par  de  vigoureux  arpèges  soutenus  de  riches 


20 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


accords  qui  préparent,  non  sans  une  certaine  solennité,  le  premier 
motif. 

Ce  chant,  en  doubles  cordes,  accompagné  par  des  pizzicati,  exprime 
une  douce  mélancolie.  Le  genre  chromatique  y  domine.  Le  violoncelle 
fait  entendre  là  cette  voix  élégiaque,  gémissante  qu'on  aime  tant  en 
lui  et  que  l'auteur  sait  si  bien  faire  vibrer.  Ce  premier  morceau  n'est 
pas  coupé,  selon  l'usage,  par  des  tutti;  il  se  compose  d'un  unique  solo. 
Les  mélodies  modulent  de  la  tonique  à  la  dominante  ;  elles  sont  sépa- 
rées par  des  traits  d'un  grand  effet,  d'une  grande  distinction  et  se 
terminent  par  une  péroraison  chaleureuse,  où  le  staccato,  la  gamme 
chromatique,  l'octave  brillante,  si  difficile  sur  les  instruments  à  cordes 
par  la  justesse  qu'elle  demande,  sont  rassemblés  en  foule  pour  mettre 
en  relief  le  mérite  de  l'exécutant. 

On  retrouve  habituellement  dans  les  ouvrages  des  solistes  les 
formes  qu'ils  affectionnent  le  plus  particulièrement,  les  traits  qu'ils 
exécutent  le  mieux.  Si  l'un  a  plus  d'agilité  de  doigts  que  de  force  et 
d'émotion,  si  son  talent  est  plus  papillonnant,  plus  léger  qu'expressif 
et  chaleureux,  on  est  sûr  de  trouver  dans  sa  musique  de  jolis  petits 
motifs  musqués,  de  petits  allegretto  pleins  de  gammes,  d'arpèges,  de 
trilles,  etc.  ;  si  l'autre,  au  contraire,  brille  par  la  sensibilité,  s'il  a  de 
l'âme,  s'il  est  émouvant,  pathétique,  passionné,  on  est  assuré  que  le 
largo,\'agitato,\'appassionato  domineront  dans  ses  compositions.  Aussi 
nous  rappelant  avec  quelle  supériorité,  avec  quelle  éloquence  l'auteur 
disait  les  canlabile,  les  andante,  avons-nous  été  surpris  de  ne  trouver 
qu'une  romance,  délicieuse  il  est  vrai,  mais  nullement  développée,  où 
nous  attendions  un  bel  adagio,  une  de  ces  larges  mélodies  qui  vont  si 
bien  au  violoncelle.  Toutefois,  malgré  sa  concision,  trop  grande  peut- 
être  dans  un  concerto,  elle  n'en  est  pas  moins  remarquable  par  la  ten- 
dresse, par  la  douceur  de  ses  accents  et  par  la  jolie  harmonie,  les 
élégants  dessins  des  parties  accompagnantes  qui  en  rehaussent  singu- 
lièrement l'incontestable  valeur.  Le  rondo  est  très-original  ;  les  idées 
y  sont  abondantes  ;  mais  nous  louerons  bien  plutôt  ici  l'imagination 
du  compositeur  que  l'art  qu'il  a  montré  dans  la  disposition  de  ce  iinalc. 
La  fougue,  le  caprice  éclatent  dans  ces  dernières  pages  ;  les  beaux 
chants  succèdent  aux  beaux  traits,  l'énergie  à  la  coquette  légèreté. 
L'orchestre  n'abdique  plus  son  importance,  comme  dans  le  premier 
morceau  ;  il  a  des  tutti  d'un  travail  excellent  qui  laissent  respirer  le 
soliste,  des  modulations  charmantes. 

En  résumé,  malgré  quelques  taches  légères,  malgré  une  harmonie 
parfois  un  peu  cherchée,  ce  nouveau  concerto  atteste  que  Seligmann, 
violoncelliste  des  plus  sympathiques  et  des  plus  aimés,  est  aussi  un 
véritable  musicien, un  artiste  sérieux  qui,  non  content  des  beaux  succès 
que  lui  valurent  toujours  son  beau  talent  d'instrumentiste,  a  su  cons- 
ciencieusement demander  à  l'étude  les  moyens  d'écrire  purement  et 
de  donner  à  ses  inspirations  le  mérite  indispensable  et  inappréciable 
d'un  bon  style. 

Adolphe  BOTTE. 


OUVRAGES  DIVERS  RELATIFS  A  L'ACCOMPAGNEMENT  DD  PLAIN-CHANT. 

(28  article)  (1). 

llclliotle  simple  et  facile  pour  apprendre  a  accom- 
pagner le  plalii-cliant  avec  orgue  à  clavier  traiis- 
positcuir, 

Écrite  eu  musique  et  en  plain-chant , 

Pai>  ALEXANDRE  BRUNEATJ, 

Organiste  de  la  métropole  de  Bourges. 

Voici  un   livre  qui  semble  s'adresser  à  des   élèves  peu  avancés 
encore,  et  qui  même  pourraient  faire  usage  de  l'ouvrage  sans  savoir 

(1)  Voir  le  n"  50  do  l'année  1S59. 


la  musique  ;  il  leur  suffirait  à  la  rigueur  de  connaître  le  plain-chant. 

L'auteur  applique ,  comme  on  le  voit ,  son  enseignement  à  l'orgue 
transpositeur,  qui  est  en  effet  plus  commode  pour  les  commençants, 
car  ils  trouvent  plus  facile  dé  jouer  dans  des  tons  simples  auxquels 
ils  sont  habitués,  et  se  plaisent  à  laisser  les  modes  du  plain-chant 
dans  leur  position  accoutumée  sur  l'échelle  générale. 

Après  quelques  avis  préliminaires  sur  la  connaissance  du  clavier , 
sur  le  doigter,  la  soufflerie,  les  jeux,  et  sur  la  manière  de  gouverner 
le  mécanisme  transpositeur,  M.  Bruneau  donne  des  exercices  élémen- 
taires pour  la  position  des  doigts,  pour  exercer  les  mains  d'abord  sé- 
parément, puis  ensemble,  pour  plaquer  ses  accords.  Il  entre  ensuite 
plus  directement  dans  l'objet  spécial  qu'il  se  propose  d'enseigner. 

Voici  en  quoi  consiste  le  système  d'accompagnement  de  M.  Bruneau  : 

Il  place  le  plain-chant  à  la  basse,  joué  et  doublé  au  besoin  par  la 
main  gauche  ;  puis  supposant  qu'il  peut  être  toujours  rapporté  à  nos 
deux  gammes  majeure  et  mineure,  il  donne  pour  l'une  et  l'autre  la 
formule  d'accompagnement  connue  sous  le  nom  de  règle  de  l'octave. 
Et  je  me  permettrai  de  lui  faire  à  cet  égard  un  reproche  assez  grave  - 
c'est  de  n'avoir  pas  choisi  la  formule  la  plus  pure,  la  plus  correcte  et 
la  plus  ancienne  dans  laquelle  on  ne  dièse  jamais  le  fa  en  montant 
du  la  au  si,  ce  qui  évite  un  passage  chromatique  tout  à  fait  déplacé 
dans  l'application  de  cette  formule  aux  modes  du  plain-chant.  Il  est 
aussi  fort  étonnant  que  M.  Bruneau  n'ait  donné  la  formule  que  dans 
sa  première  position  ;  les  deux  autres  étaient  tout  aussi  susceptibles 
d'être  employées. 

La  règle  de  l'octave  étant  donnée  d'abord  dans  notre  mode  ma- 
jeur, l'auteur  en  fait  l'application  aux  troisième,  cinquième,  sixième, 
septième  et  huitième  modes  du  plain-chant.  Tous  ceux  qui  ont  l'ha- 
bitude de  l'ancien  style  ne  pourront  approuver  complètement  une 
telle  application  qui  peut  en  plusieurs  occasions  dénaturer  la  cons- 
titution du  mode.  A  la  vérité  M.  Bruneau  cherche  à  y  remédier  en 
marquant  des  exceptions,  notamment  pour  la  conclusion  ou  les  repos 
du  troisième  mode  en  mi  qu'il  accompagne,  comme  on  le  fait  d'or- 
dinaire, par  l'accord  parfait  majeur  ;  mais  je  crois  qu'il  a  tort  de  dire 
que  cet  accord  doit  toujours  être  employé  non  seulement  dans  ce 
mode,  mais  dans  les  cinquième,  septième  et  huitième,  quand  il  se 
présente  un  repos  sur  le  mi.  La  manière  dont  il  amène  cet  accord 
est  également  blâmable;  pour  qu'il  produise  bon  effet  et  qu'il  s'iden- 
tifie avec  la  tonalité  du  plain-chant,  il  faut,  si  la  note  qui  précède 
le  mi  est  un  fa,  que  celle-ci  porte  l'accord  de  sixte,  et  si  c'est  un 
ré,  qu'elle  ait  l'accord  parfait. 

M.  Bruneau  donne  ensuite  la  règle  de  l'octave  de  notre  mode  mi- 
neur pour  en  faire  l'application  aux  premier,  deuxième  et  quatrième 
modes  du  plain-chant.  A  mon  avis,  il  tombe  ici  dans  une  erreur  plus 
grave  encore  que  celle  que  je  lui  reprochais  à  propos  du  mode  ma- 
jeur, puisqu'il  donne  une  échelle  dont  le  second  tétracorde  ne  sau- 
rait en  aucun  cas  être  applicable  au  plain-chant,  celle  où  la  sixte  est 
mineure  et  suivie  de  la  septième  majeure,  tant  en  montant  qu'en 
descendant,  formule  que  répudie  de  la  manière  la  plus  absolue 
l'ancienne  tonalité,  dans  laquelle  les  intervalles  diminués  ou  augmen- 
tés n'ont  jamais  été  admis.  On  comprend  d'après  cela  que  les  incon- 
vénients que  je  signalais  pour  l'application  au  plain-chant  de  l'har- 
monie de  notre  mode  majeur  sont  encore  plus  sensibles  pour  celle  de 
notre  mode  mineur. 

L'auteur  continue  par  des  règles  générales  qu'il  eût  peut-être  été 
bon  d'étendre  davantage,  et  il  termine  par  des  exemples  de  la  psal- 
modie des  huit  modes  harmonisée.  Je  m'étonne  qu'il  ait  ici  placé  le 
chant  à  la  basse,  ce  qui  est  peu  avantageux  dans  ce  genre,  et  amène 
même  de  mauvais  effets. 

D'après  ce  qui  vient  d'être  dit,  on  peut  reconnaître  que  le  système 
d'accompagnement  adopté  par  M.  Bruneau  n'est  au  fond  autre  chose 
que  l'application  de  notre  harmonie  plaquée  aux  modes  du  plain-chant  ; 
or,  ceux-ci  ne  se  modifiant  pas,  il  faut  que  l'harmonie  plie,  et  quel- 


DE  PARIS. 


quefois  se  compromette  pour  aider  et  soutenir  cet  allié  exigeant 
qu'elle  réchauffe  cependant,  et  qu'elle  ravive  en  le  couvrant  de  son 
riche  manteau  ;  mais  parfois,  il  s'agite  sous  cette  généreuse  protection, 
et  il  montre  maladroitement  des  membres  décrépits  et  décharnés 
que  l'on  aurait  voulu  ne  point  apercevoir. 

Ceux  qui  trouvent  de  grands  inconvénients  à  cette  union  des  deux 
styles  adresseront  à  M.  Bruneau  des  reproches,  sur  lesquels  force  lui 
sera  de  passer  condamnation.  Toutefois,  les  hommes  sans  préjugés 
trouveront  que  pour  ceux  qui  doivent  faire  usage  de  son  livre,  et  pour 
ceux  qui  doivent  entendre  le  plain-chant  accompagné  d'après  ses 
principes,  le  parti  par  lui  pris  est  cent  fois  préférable  à  certains  sys- 
tèmes extravagants  proposés  en  ces  dernières  années,  et  qui,  s'ils 
eussent  été  adoptés,  auraient  définitivement  abouti  à  dégoûter  les  mu- 
siciens du  plain-chant  et  les  plains-chantisles  de  la  musique. 

Adrien  de  LA  FAGE. 
(La  suite  prochainement.) 


CORRESPONDANCE. 

Strasbourg,  22  décembre. 

Dimanche  dernier,  la  jolie  petite  église  de  Saint-Pierre-le-Jeune  s'est 
trouvée  réellement  trop  petite  pour  donner  accès  à  tous  les  fidèles  qui 
assiégeaient  son  enceinte.  On  s'entretenait  beaucoup  depuis  quelque 
temps,  et  dans  les  termes  les  plus  élogieux,  d'une  messe  à  laquelle 
M.  Schwab  avait  donné  tous  les  soins  que  l'importance  du  sujet  récla- 
mait; on  savait  aussi  que  c'était  pour  Noël  et  à  Saint  -  Pierre -le- 
Jeune  que  cette  messe  devait  être  exécutée  par  l'élite  de  nos  solistes,  et 
avec  le  concours  de  la  société  de  chant  l'Union  musicale. 

Pour  tous  ceux  qui  ont  écouté  avec  attention  l'œuvre  de  M.  Schwab, 
il  y  a  eu  succès  complet.  Il  est  difficile  de  posséder  mieux  que  lui  la 
facture  chorale,  de  mieux  grouper  et  fondre  les  jvoix,  d'en  mieux  assor- 
tir les  timbres  en  conservant  à,  la  mélodie  un  caractère  religieux,  tou- 
jours calme  sans  pesanteur  et  majestueux  sans  emphase.  Ne  pouvant 
citer  tous  les  morceaux  de  cette  messe  nouvelle ,  nous  dirons  qu'il  se 
trouve  dansle  Gloria  sur  ces  paroles  :  Qui  tollis  peccata  mundi,  un  quatuor 
marqué  au  cachet  d'une  inspiration  pleine  de  charme.  Une  fugue  très- 
bien  faite  amène  la  conclusion  de  ce  morceau,  et  ensuite  l'une  des  plus 
belles  pages  de  la  partition,  c'est  le  Credo.  Pour  le  quatuor  :  Et  incarna- 
lus  est,  l'auteur  a  trouvé  des  effets  ravissants,  et  il  y  a  déployé  une  re- 
marquable richesse  d'harmonie.  Sous  ce  dernier  rapport,  ;le  morceau  le 
mieux  fait,  c'est  le  Sanctus.  Le  Benedictus  et  VAgnus  Dei  font  aussi  beau- 
coup d'honneur  à  M.  Schwab,  qui  d'ailleurs  ne  pouvait  rencontrer  de 
meilleurs  interprètes  que  Mlles  Barthel  et  Frison,  MM.  Schutzenber 
ger  et  Porst.  L'orgue  d'accompagnement  était  tenu  par  l'excellent  orga- 
niste de  Saint-Pierre,  M.  Meyer,  qui  cultive  son  art  avec  amour,  mais 
sans  faste  et  sans  ambition. 


NOUVELLES. 


„,*„  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  représentation  des  Huguenots 
donnée  dimanche  dernier  a  été  belle  et  brillante. 

,%  Demain  lundi,  Mlle  Brunet,  qui  a  fait  ses  premiers  pas  au  théâtre 
Lyrique  et  qui  chantait  dernièrement  à  Marseille,  débutera  dans  le 
même  ouvrage. 

*%  Le  Pardon  de  Ploërmel  n'obtient  pas  moins  de  succès  à  l'étranger 
et  en  province  qu'à  Paris.  Cette  semaine  encore,  pendant  que  les 
brillantes  représentations  du  chef-d'œuvre  continuaient  à  Bruxelles, 
Metz,  Rennes,  Stuttgard,  Manheim,  etc.,  on  le  jouait  pour  la  première 
fois  à  Gand,  aux  applaudissements  unanimes  d'un  nombreux  public. 

***  Dimanche  dernier,  une  très-brillante  représentation  des  Puritains 
a  été  donnée.  Giuglini,  qui  fait  aujourd'hui  ses  adieux  au  public  parisien 
dans  le  Trovalore,  a  reçu  un  accueil  dans  lequel  les  félicitations  se 
mêlaient  aux  regrets.  Rarement  la  voix  du  célèbre  ténor  avait  été  plus 
sympathique.  Graziani  et  Mme  Penco  ne  méritaient  pas  moins  les  ap- 
plaudissements qu'on  leur  a  prodigués. 

***  Roger  vient  de  donner  au  Havre  deux  représentations,  dans  les- 
quelles il  a  joué  les  rôles  d'Edgar,  de  Lucie,  et  de  Georges,  de  la  Dame, 
blanche.  A  la  suite  de  la  seconde,  les  artistes  du  théâtre  lui  ont  fait  hom- 


mage d'une  couronn'e  composée  de  feuilles  de  chêne  entremêlées  d'épis 
d'or.  Sur  un  ruban  se  déroulait,  en  lettres  d'or,  l'inscription  suivante  : 
«  A  M.  Boger,  les  artistes  du  théâtre  du  Havre,  9  janvier  1 860.  » 

*%  A  son  retour  du  Havre,  le  célèbre  artiste  a  définitivement  con- 
clu son  engagement  avec  le  théâtre  Italien.  C'est  le  2  février  prochain 
qu'il  y  doit  paraître  dans  Lucie,  et  Mlle  Marie  Battu  ferait  son  second 
début  dans  cet  ouvrage. 

»%  C'est  samedi  prochain  que  l'ouvrage  de  MM.  Crémieux  et  Caspers, 
Ma  tante  dort,  doit  être  représenté  au  théâtre  Lyrique.  Voici  quelle  est 
la  distribution  de  cet  opéra,  sur  lequel  l'administration  fonde  de  grandes 
espérances  :  Mme  Tjgalde,  Mlle  Durand  (un  début)  et  Mlle  Vadé;  MM. 
Meillet  et  Legrand. 

*%  La  Heine  Topaze  a  reparu  avec  Mme  Carvalho  dans  le  rôle  prin- 
cipal ;  l'ouvrage  et  la  cantatrice  ont  retrouvé  leur  ancien  succès. 

»%  Dimanche  dernier,  Mlle  Marimon  a  rempli  dans  les  Noces  de  Figaro 
le  rôle  de  Chérubin,  créé  d'une  manière  si  brillante  par  Mme  Carvalho, 
que  la  jeune  artiste  a  eu  le  bon  esprit  de  prendre  en  tout  pour  mo- 
dèle. 

***  Dans  le  budget  de  1860,  le  chapitre  des  subventions  aux  théâtres 
impériaux  et  au  Conservatoire  de  musique  figure  pour  1 ,705,000  fr.  ;  celui 
des  indemnités  ou  secours  à  des  artistes,  auteurs  dramatiques,  composi- 
teurs et  à  leurs  veuves,  pour  437,700  fr.  ;  celui  des  encouragements  et 
souscriptions  dépasse  200,000  fr. 

»%  L'annexion  de  la  banlieue  vient  de  créer  aux  directeurs  des 
théâtres  des  communes  annexées  une  situation  nouvelle.  Cette  situa- 
tion a  été  examinée  par  la  commission  créée  au  ministère  d'Etat  pour 
l'examen  des  questions  concernant  les  théâtres.  La  commission  a  décidé 
que  les  choses  resteraient  en  l'état  jusqu'à  l'expiration  des  privilèges, 
qui  ont  encore  quatre  ans  de  durée.  A  cette  époque,  on  prendra  pro- 
hablement  des  mesures  administratives  propres  à  sauvegarder  tous  les 
intérêts.  En  attendant  les  théâtres  de  la  banlieue  bénéficieront  des  pri- 
vilèges qu'ils  ont  en  ce  moment  d'emprunter  les  pièces  de  leur  réper- 
toire aux  théâtres  de  Paris  et  de  faire  jouer  sur  leur  scène  des  pièces 
inédites. 

*%  Richard  Wagner  donnera,  le  mercredi  25  janvier,  au  théâtre  Ita- 
lien, un  grand  concert,  dans  lequel  il  fera  entendre  divers  fragments  de 
ses  ouvrages,  entreautres  de  Tannhauser  et  Lohengrin. 

,%  M.  Empis,  ex-directeur  du  Théâtre-Français  et  membre  de  l'Aca- 
démie française,  vient  d'être  promu  au  grade  de  commandeur  dans  l'ordre 
de  la  Légion  d'honneur. 

***  S.  M.  le  roi  de  Bavière  a  chargé  les  autorités  compétentes  de 
rechercher,  parmi  les  jeunes  musiciens  du  pays,  ceux  qui  offriraient 
de  sérieuses  espérances  d'avenir,  et  de  les  signaler  à  la  protection  spé- 
ciale du  gouvernement. 

»*„  Nous  avons  assisté  dernièrement,  chez  M.  Jules  Béer,  neveu  de 
l'illustre  Meyerbeer,  à  une  charmante  soirée  musicale,  où  des  œuvres 
de  Mozart  et  Léon  Kreutzer  ont  été  fort  bien  exécutées.  On  sait  que 
M.  Jules  Béer  est  compositeur  lui-même  et  s'est  fait  connaître  par  un 
opéra  de  salon,  qui  avait  M.  Lefort  et  Mme  Sabatier  pour  interprètes  ; 
mais  il  ne  s'en  tiendra  pas  là,  et  sans  aucun  doute  il  abordera  bientôt 
nos  scènes  lyriques.  On  assure  que  M.  Michel  Carré  travaille  pour  lui. 

*%  Mercredi  dernier,  dans  l'une  des  séances  qui  ont  lieu  chez  M.  Gouffé, 
M.  J.  Bellon  a  fait  entendre  un  trio  de  sa  composition,  spécialement  écrit 
pour  alto,  violoncelle  et  contre-basse,et  exécuté  d'une  manière  supérieure 
par  MM.  Casimir  Ney,  Lebouc  et  de  Bailly ,  jeune  élève  de  M.  Gouffé. 
M.  Bellon,  qui  n'a  pas  épargné  les  difficultés  dans  son  œuvre,  en  avait 
fait  une  large  part  à  l'alto  et  au  violoncelle,  qui  sous  les  doigts  et  l'ar- 
chet d'artistes  d'élite,  les  ont  surmontées  sans  peine.  Mais  ce  qui  a  le 
plus  étonné,  c'est  l'exécution  tout  à  fait  remarquable  du  jeune  Bailly, 
qui  a  prouvé  que  la  contre-basse  pouvait  tenir  honorablement  sa  place 
à  côté  des  deux  autres  instruments.  Comme  professeur,  M.  Gouffé  a  reçu 
la  plus  digne  récompense  de  ses  soins  dans  le  succès  de  son  élève  et 
dans  les  félicitations  qui  lui  arrivaient  de  toutes  parts. 

„%  M.  Edouard  de  Hartog  est  de  retour  à  Paris  ;  l'écrin  musical  du 
jeune  compositeur  s'est  enrichi  de  plusieurs  ouvrages  importants,  qu'il 
compte  nous  faire  entendre  prochainement  :  il  doit  se  rendre  à  Bruxel- 
les où  l'on  exécutera  son  ouverture  de  Macbeth,  au  troisième  concert 
du  Conservatoire,  et  à  son  retour  il  donnera'  une  audition  de  ses  der- 
nières œuvres. 

***  Mardi  24  janvier,  aura  lieu,  dans  les  salons  de  Pleyel-Wolff  et  Ce, 
l'audition  des  nouvelles  œuvres  de  M.  Magnus.  Outre  les  compositions 
du  bénéficiaire,  parmi  lesquelles  on  a  remarqué  un  grand  caprice  sur  les 
Huguenots,  on  entendra  dans  cette  soirée  M.  Marochetti,  qui  chantera 
l'air  du  Chasseur,  du  Pardon  de  Ploërmel. 

„*„  MM.  Alard  et  Franchomme  commenceront  leurs  séances  de  musique 


22 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


de  chambre  aujourd'hui  dimanche  dans  la  salle  Pleyel-Wolff  et  Ce,  et 
continueront  de  quinzaine  en  quinzaine. 

„,*,  Mlle  Albertine  Zadrobilek,  jeune  pianiste  de  Prague,  d'un  très- 
grand  talent,  vient  d'arriver  â  Paris,  où  elle  se  fera  probablement  en- 
tendre en  public. 

»**  M.  Fiorentino  et  M.  Hippolyte  Lefebvre,  qui  a  traduit  en  français 
Diane  de  Solange,  et  écrit  l'opéra  en  cinq  actes  Rodrigue  de  Tolède,  dont 
Litolff  a  composé  la  musique,  viennent  de  recevoir  la  décoration  de  l'or- 
dre de  la  Maison  Ernestine  de  S.  A.  R.  le  grand-duc  de  Saxe-Cobourg  et 
Gotha. 

**„.  Dimanche  prochain  22,  à  l'occasion  de  la  fête  de  sainte  Agnès, 
une  seconde  exécution  de  la  nouvelle  messe  de  M.  Benoist  aura  lieu  à 
Saint-Eustache,  a  dix  heures  précises,  sous  la  direction  de  M.  Hurand, 
maître  de  chapelle  de  cette  église;  les  soli  seront  chantés  par  MM.  Périé 
et  Guyot. 

„*»  La  seconde  séance  de  la  Société  Maurin,  Chevillard,  Viguier  et 
Sabattier  aura  lieu  jeudi,  19  janvier,  à  deux  heures  dans  les  salons 
Pleyel.  On  y  entendra  le  quatuor  en  si  bémol,  n°  130,  et  le  quatuor  en 
mi  mineur,  n"  3,  de  Beethoven,  un  andante  en  si  bémol  de  Haydn,  et 
un  air  varié  de  Haendel,  exécuté  par  Mme  Tardieu  de  Malleville. 

t%  Litolff,  à  peine  revenu  d'Allemagne,  est  reparti  pour  la  Belgique 
où  il  fera  entendre  ses  nouvelles  compositions  pour  piano. 

„*»  Le  célèbre  chef  d'orchestre  et  compositeur  Jullien  se  propose  de 
donner  au  cirque  des  Champs-Elysées  une  série  de  grands  concerts  qui 
commenceront  au  mois  de  mars  et  dans  lesquels  il  fera  entendre  des 
fragments  de  plusieurs  oratorios, Elie,  le  Messie,  la  Création,  Paulus,  etc. 

„%  Emile  Prudent  vient  de  quitter  Paris  pour  donner  une  série  de 
concerts  dans  les  départements.  Il  se  fera  entendre  sur  l'un  des  magni- 
fiques pianos  de  la  maison  Herz. 

„,*,  Albert  Sowinski  est  de  retour  à  Paris.  Les  journaux  de  Bor- 
deaux et  d'Angoulème,  où  l'excellent  pianiste  s'est  fait  entendre,  font 
grand  éloge  de  son  beau  talent  et  de  ses  nouvelles  compositions  pour  cet 
instrument. 

„,*,,  Dans  sa  séance  de  samedi  dernier  7  janvier,  l'Académie  des  beaux- 
arts  a  procédé  au  renouvellement  de  son  bureau  pour  1860.  M.  Gilbert 
a  passé  à  la  présidence,  M.  Reber  a  été  élu  vice-président. 

»%  La  première  des  soirées  de  musique  de  chambre  de  MM.  Armin- 
gaud,  Jacquard,  Lalo  et  Lapret  aura  lieu  mercredi  prochain  dans  les  sa- 
lons Pleyel,  avec  le  concours  de  madame  Massart.  En  voici  le  programme  : 
1°  quatuor  (en  mi  bémol)  pour  piano,  violon,  alto  et  vi'oloncelle,  de 
Mozart;  2°  35e  quatuor  (en  fa  mineur)  pour  instruments  à  cordes,  de 
Haydn;  3°  sonate  (en  soi  majeur),  op.  30,  pour  piano  et  violon,  exécutée 
par  Mme  Massart  et  M.  Armingaud,  de  Beethoven;  6°  quintette  (en  si 
bémol),  op.  87,  pour  deux  violons,  deux  altos  et  violoncelle,  de  F.  Men- 
delssohn. 

***  Le  Dalibor ,  journal  de  musique  paraissant  à  Prague,  annonce 
qu'une  dame  habitant  cette  capitale  possède  un  violoncelle  de  Guarnérius 
dont  l'authenticité  aurait  été  reconnue  par  Spohr,  Romberg  et  Servais. 
D'après  des  évaluations  tant  soit  peu  exagérées,  ce  nous  semble,  cet 
instrument  est  estimé  à  20,000  florins. 

,,*»  Le  programme  de  la  première  séance  donnée  dimanche  par  la 
Société  des  concerts  était  ainsi  composé  :  1°  symphonie  en  la  mineur,  de 
Mendelssohn  ;  2" motet,  de  S.  Bach  (double  chœur)  ;  3°  concerto  d'Haydn, 
exécuté  par  Norblin;  à"  Près  du  fleuve  étranger,  par  Gounod,  traduction 
du  psaume  Super  /lamina;  5°  Lauda  Sion,  duo,  de  Cherubini,  chanté  par 
Mme  Ribaultet  MlleRey;  6°  symphonie  en  ut  majeur,  de  Beethoven.  Le 
morceau  composé  par  Gounod,  et  qu'on  avait  déjà  entendu  dans  les 
séances  solennelles  de  l'Orphéon,  a  produit  une  vive  sensation  sur  l'au- 
ditoire. 

»**  C'est  le  '18  de  ce  mois  que  le  concert  du  jeune  et  déjà  célèbre  pia- 
niste Henri  Ketten  aura  lieu  dans  la  salle  Herz.  Le  5e  concerto  de  Bee- 
thoven, la  Fileuse,  de  Litolff,  et  les  Mélodies  hongroises,  de  Liszt,  y  seront 
exécutés  par  cet  artiste  de  onze  ans. 

„*,  Jacques  Baur,  l'excellent  pianiste,  donnera  son  premier  concert  le 
25  courant.  Il  y  fera  entendre,  entre  autres  morceaux  remarquables, 
l'Illustration  du  Prophète,  de  Liszt  (hymne,  prière,  marche  du  sacre). 

t*t  M.  Lefèbure-Wély,  le  célèbre  organiste,  s'occupe  activement  d'un 
opéra  en  trois  actes  dont  le  poëme  est  de  M.  Amédée  de  Jallais,  et  qui  à 
pour  titre,  tes  Paysans  de  Nivelle.  Les  fragments  que  nous  avons  enten- 
dus nous  font  espérer  que  nous  pourrons  bientôt  applaudir  le  talent  mul- 
tiple de  M.  Lefèbure-Wély. 

;*,  La  partition  du  Pardon  de  Ploërmel,  arrangée  pour  le  piano  à  quatre 
mains,  vient  de  paraître. 

**»  M.  P.  Martin,  de  Toulouse,  rivalise  depuis  longtemps  avec  les 


principaux  facteurs  de  pianos  de  Paris.  Les  soins  qu'il  apporte  constam- 
ment à  la  fabrication  viennent  de  recevoir  une  juste  récompense.  Le 
jury  de  l'exposition  de  la  Société  philharmonique  de  Bordeaux  a 
décerné  à  M.  P.  Martin  une  médaille  d'argent  de  première  classe, 
pour  les  innovations  qu'il  a  apportées  dans  la  fabrication  de  ses  instru- 
ments. 

t*s  En  rendant  compte  dans  notre  dernier  numéro  du  concert  donné 
par  les  trois  artistes  lilliputiens,  c'est  à  tort  que  nous  avons  nommé 
Mlle  Chéreau;  c'est  Mlle  Delphine  Champon  qui  a  tenu  l'orgue-Alexandre 
dans  cette  soirée.  —  Mardi  dernier  la  jeune  organiste  faisait  entendre, 
dans  la  salle  Herz,  une  délicieuse  fantaisie  de  Lefèbure  Wely  sur  YElisire 
d'amore,  applaudie,  de  la  façon  la  plus  sympathique,  à  trois  reprises 
différentes.  Mlle  Champon  a  été  rappelée  par  la  salle  tout  entière. 

***  Dimanche,  22  janvier,  à  deux  heures,  aura  lieu,  dans  les  salons  de 
Pleyel.  l'audition  des  compositions  nouvelles  pour  le  piano  de  M.E.  Kette- 
rer.  —  Le  programme  se  compose  du  grand  duo  de  concert  sur  le  Par- 
don de  Ploërmel,  composé  par  le  bénéficiaire  et  Ad.  Herman,  et  exécuté 
par  les  auteurs  ;  puis  M.^Ketterer  fera  entendre,  pour  la  première  fois, 
le  Réveil  des  sylphes,  Aubade  espagnole,  Chanson  de  etiasse',  un  grand  ca- 
price de  concert,  et  plusieurs  autres  morceaux.  —  Dans  la  même  séance, 
Mme  Altès  Ribault,  M.  Jourdan  et  plusieurs  autres  artistes  chanteront  les 
nouvelles  productions  de  M.  Alfred  Mutel. 

t%  Les  morceaux  séparés  de  l'album  Litolff  paraîtront  dans  le  courant 
de  cette  semaine  ;  nous  prédisons  un  succès  immense  à  ces  trois  nou- 
velles productions  du  célèbre  pianiste  -  compositeur  :  la  Chanson  du 
Rouet,  Rosée  de  mai  et  les  Octaves  seront  dans  quelques  jours  dans  tous 
les  salons  où  l'on  aime  la  bonne  musique. 

„%  Mme  Gaveaux-Sabatier,  MM.  Jules  Lefort  et  Castel  viennent  de 
donner  à  Tours,  Blois  ^t  Saumur  une  série  de  concerts  très-brillants. 
Au  nombre  des  morceaux  exécutés  par  ces  artistes,  nous  devons  signa- 
ler un  opéra  de  salon  parfaitement  interprété,  dont  les  paroles  sont  de 
Mlle  Jenny  Sabatier  et  la  musique  de  M.  Edmond  Hocmelle,  qui  accom- 
pagnait lui-même  son  ouvrage  et  qui  s'est  fait  entendre  avec  beaucoup 
de  succès  sur  l'orgue-mélodium-Alexandre. 

„**  L'éditeur  de  musique  de  Vienne,  M.  Cari  Haslinger,  a  reçu  la  croix 
en  or  pour  le  mérite. 

»%  S.  Exe.  le  ministre  d'État  vient  d'honorer  de  sa  souscription  l'His- 
toire du  Conservatoire  impérial  de  musique,  dont  l'auteur  est  M.  Lassa - 
bathie. 

t%  Les  concerts  du  Casino  continuent  à  attirer  la  foule.  Jeudi  dernier 
l'excellent  orchestre  sous  la  direction  d'Arban,  a  exécuté  un  grand  di- 
vertissement de  M.  Amédée  de  Roubin.  L'effet  produit  a  été  très- bon  et 
nous  a  fait  bien  augurer  du  succès  qui  attend  cette  composition  origi- 
nale, destinée  par  son  auteur  au  théâtre  des  Arts,  de  Rouen.  La  grande 
fantaisie  d'Arban  sur  les  motifs  du  Pardon  de  Ploërmel  est  écoutée  tous 
les  soirs  avec  l'attention  la  plus  profonde,  et  soulève  à  chaque  nouvelle 
audition  des  applaudissements  plus  enthousiastes. 

x*t  Un  violoniste  et  compositeur  d'un  caractère  un  peu  excentrique, 
II.  Turhri,  est  mort  le  28  décembre  dernier,  à  l'âge  de  soixante-quatre 
ans.  Il  avait  été  attaché  à  la  chapelle  de  Charles  X,  répétiteur  d'une 
classe  d'harmonie  au  Conservatoire,  violon-solo  au  théâtre  de  la  Porte- 
Saint-Martin.  Il  avait  aussi  fait  exécuter  plusieurs  symphonies  et  il  laisse 
un  opéra,  la  Jérusalem  délivrée,  qui  n'a  jamais  été  représenté. 

»%  On  annonce  la  mort  récente  du  ténor  jadis  célèbre  Franz  Wild, 
décédé  le  1°r  janvier  à  Vienne;  de  Henri  Enke,  compositeur,  mort  à 
Leipzig;  de  l'éditeur  de  musique  G.  A.  Zumsteeg,  fils  du  célèbre  com- 
positeur, et  de  l'acteur  George  Gliémann,  attaché  depuis  1836  au  théâtre 
grand-ducal  de  Schvverin ,  en  dernier  lieu,  régisseur  de  l'opéra  à  ce 
théâtre. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


*t  Rennes.—  Le  premier  concert  de  la  Société  musicale  vient  d'avoir 
lieu  avec  beaucoup  d'éclat.  Nous  citerons  parmi  les  morceaux  qui  ont 
produit  le  plus  grand  effet,  l'admirable  ouverture  do.  Pardon  de  Ploërmel, 
exécutée  d'une  manière  remarquable,  et  la  grande  scène  d'Orphée,  dans 
laquelle  Mlle  de  Lapommeraye,  de  l'Opéra,  a  été  l'objet  d'une  véritable 
ovation,  qui  s'est  renouvelée  avec  éclat  pour  la  jeune  cantatrice  à  Laval 
et  au  Mans,  où  elle  avait  été  appelée  par  les  sociétés  philharmoniques. 
—  Au  théâtre,  le  Pardon  de  Ploërmel  attire  constamment  la  foule. 

„*.»  Bordeaux,  11  janvier.  —  L'auteur  de  la  partition  du  Stabat  mater 
portant  l'épigraphe  Pange  lingua  gloriosi ,  etc.,  etc.,  qui  a  obtenu  une 
mention  honorable  dans  le  dernier  concours  de  la  Société  Sainte-Cécile, 


DE  PARIS. 


23 


et  dont  le  nom  était  resté  inconnu,  vient  de  se  faire  connaître  au  comité 
d'administration  de  la  Société.  Le  lauréat  est  M.  J.  Barrière,  organiste 
et  directeur  de  la  Société  de  Sainte- Cécile  de  Cherbourg. 

*%  Avignon.  —  Martha  vient  d'obtenir  le  succès  qu'elle  a  rencontré 
dans  toutes  les  villes  de  la  province.  MAI.  Bussi,  Masset,  Neulat,  Galois  ; 
Mmes  Erambert  et  Neulat  ont  été  à  la  hauteur  de  la  tâche  qu'ils  avaient 
acceptée.  M.  Bussi-Masset  a  été  rappelé  avec  Mme  Erambert. 

*t  Amiens.  —La  société  philharmonique  a  donné  son  premier  concert 
devant  une  salle  comble.  Les  artistes  engagés  étaient  Montaubry,  Sainte 
Foy,  le  frère  et  la  sœur  Ferni.  Montaubry  a  obtenu  un  succès  d'en- 
thousiasme. L'orchestre  a  exécuté  d'une  manière  très-remarquable  l'ou- 
verture de  l'Ame  en  peine  de  Flotow.  Le  même  mérite  s'est  reproduit 
dans  la  belle  fantaisie  sur  les  principaux  motifs  de  la  Juive,  composée 
par  M.  Jules  Deneux,  président  de  la  Société.  L'introduction  de  cette 
fantaisie,  les  transitions  d'un  motif  à  un  autre,  l'orchestration  des  par- 
ties du  chant,  ont  fourni  une  nouvelle  preuve  du  goût  parfait  et  du  talent 
très-distingué  de  M.  J.  Deneux  dont  la  flûte  s'est  fait  applaudir  dans  un 
court  solo  auprès  du  hautbois  de  M.  Pourcell^et  de  la  clarinette  de 
M.  Boadois. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


»%  Londres.  —  Le  2  janvier  a  eu  lieu,  à  faint-Jair.es's-Ball.le  co- 
cert  donné  par  M.  Brinley-Richard,  et  qui  a  marqué  le  retour  de 
MM.  Sivori  etBottesini.  Le  bénéficiaire,  M.  Brinley-Richard,  y  a  obtenu 
un  très-beau  succès.  On  a  aussi  beaucoup  applaudi  un  quatuor  de 
M.  E.  Silas,  pour  piano,  violon,  harmonium  et  contre-basse,  ainsi  que 
deux  morceaux  pour  harmonium  qui  ont  été  supérieurement  exécutés 
par  M.  L.  Engel.  Sivori  et  Bottesini  ont  ensuite  provoqué  d'unanimes 
applaudissements,  le  premier,  avec  la  Clochette,  de  Paganini  ;  le  second, 
avec  son  andante  et  variations  sur  Béatrice  di  Tenda.  —  Le  programme 
du  concert  donné  par  la  Société  littéraire  et  scientifique  contenait  vingt- 
quatre  morceaux  de  chant,  parmi  lesquels  nous  citerons  l'air  de  l'Om- 
6re^et  la  canzonetta  composée  pour  Mme  Nantier  dans  le  Pardon  de 
Ploërmel, 

t\  Bruxelles.  —  Le  succès  de  Brassin  à  la  soirée  donnée  au  Cercle 
artistique  et  littéraire  a  dépassé  toutes  les  espérances.  Perfection  de 
mécanisme,  puissance  de  son,  pureté  de  style,  sentiment  exquis,  Brassin 
possède  tout  au  suprême  degré.  Cette  soirée,  où  l'artiste  a  soutenu  à  lui 
seul  tout  l'intérêt,  a  été  une  longue  suite  de  triomphes.  Le  troisième  con- 
cert de  l'association  des  artistes  musiciens  a  eu  lieu  avec  le  concours 
de  H.  Wieniawski  ;  le  public  a  fait  un  excellent  accueil  au  violoniste 
polonais  et  lui  a  décerné  une  véritable  ovation  après  l'air  varié  de 
Paganini,  le  Carnaval  de  Venise.  Le  Pardon  de  Ploërmel  continue  à  faire 
salle  comble.  Mlle  Sannier  a  paru  dans  le  Prophète  et  a  déployé  dans  le 
rôle  de  Fidès  de  véritables  qualités  qui  lui  ont  valu  de  nombreuses  mar- 
ques de  la  plus  vive  sympathie. 

«,%  Gand.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  n'a  pas  obtenu  moins  de  succès 
ici  qu'à  Bruxelles.  Mine  Isnard  a  chanté  le  rôle  de  Dinorah  de  la  façon 
la  plus  remarquable  et  a  été  rappelée  à  plusieurs  reprises.  Mil.  Bussine 
et  Maugard  secondent  dignement  la  prima  dona.  Presque  toute  la  salle 
est  retenue  pour  plusieurs  représentations. 

*%  BeHin.  —  Au  nouveau  théâtre  Victoria,  Mlle  Artot  vient  d'obtenir 
un  très-grand  succès  dans  le  rôle  de  Rosine,  du  Barbier  de  Séville.  Toute 
la  cour  assistait  à  cette  représentation  brillante.  Dès  son  premier  air, 
Mlle  Artot  a  été  accueillie  par  une  triple  salve  d'applaudissements, 
et  dans  le  cours  de  la  représentation,  l'éminente  cantatrice  a  obtenu 
fréquemment  les  honneurs  du  rappel.  Carrion  (Almaviva)  a  partagé  avec 
Mlle  Artot  les  honneurs  de  cette  belle  soirée,  qui  est  du  plus  heureux 
augure  pour  la  nouvelle  entreprise.— Vieuxtemps  en  estdéjààson  troi- 
sième concert,  et  à  chaque  soirée  la  foule  augmente  et  le  succès  va 
croissant.  — On  donnera  prochainement  à  l'Opéra  royal  Santa  Chiara,  du 
duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha. —  Le  violoniste -compositeur  Taborovrski, 
après  avoir  donné  une  série  de  six  concerts  dans  la  salle  Kroll,  est 
reparti  pour  Saint-Pétersbourg.  —  Un  corps  de  musiciens  de  marine, 
sous  la  direction  de  M.  Fritze,  doit  accompagner  l'expédition  prussienne 
au  Japon. 

„%  Vienne.  —  L'Académie  de  chant  a  donné  hier,  dans  la  salle  des 
redoutes,  un  concert  auquel  assistait  une  assemblée  aussi  brillante  que 
nombreuse.  On  a  écouté  avec  un  intérêt  soutenu  des  morceaux  de  chant 
choisis  dans  les  œuvres  des  meilleurs  maîtres  anciens  :  les  chœurs  de 
Dèborah.  par  Haendel  ;  des  fragments  de  la  Passion,  de  Bach,  et  le  Mi- 
serere, d'Allegri,  ont  été  redemandés. —  Au  Carls-Theater,  l'opérette 
d'Offenbach,  le  Mari  à  la  porte,  fait  plaisir,  quoique  la  traduction  n'ait 
pas  été  favorable  au  texte.—  C'est  le  9  avril  que  commenceront  les  re- 


présentations de  la  troupe  italienne,  sous  la  direction  de  Salvi,  par  le 
Siège  de  Corinthe. 

„%  Dresde.  —  Au  Schauspielhaus  a  eu  lieu  le  concert  annuel  pour  les 
pauvres.  La  chapelle  royale  y  a  exécuté  Fesl-Klaenge,  poésie-symphonie 
par  Franz  Liszt;  duo  du  Faust,  de  Spohr  ;  concertino  pour  quatre  cors 
de  chasse,  et  Loreley,  de  Mendelssohn.  Les  répétitions  de  Dinorah  se  pour- 
suivent activement. 

***  Nice.  —  Au  théâtre  Royal,  toujours  même  enthousiasme  pour 
Mmes  Sanchioli  et  Boccobadati.  Maria  di  Itohan  et  le  Barbier  ont  été 
revus  avec  plaisir.  — Bazzini  adonné  un  très-beau  concert  ;  il  a  obtenu 
un  brillant  succès  à  côté  de  Mme  Sanchioli,  qui  a  chanté  une  des  com- 
positions du  célèbre  violoniste.  Bazzini  a  joué  le  Souvenir  de  Naples, 
la  fantaisie  sur  Béatrice  di  Tenda,  les  Abeilles  et  la  Danse  des  lutins.  La 
transcription  de  la  belle  marche  funèbre  de  Chopin  a  produit  un  grand 
effet. —  Parmi  les  nouveautés  les  plus  à  la  mode  dans  les  réunions  musi- 
cales, nous  signalerons  plusieurs  compositions  de  M.  Perny,  qui  jouissent 
en  ce  moment  de  la  faveur  la  plus  méritée;  ces  productions  ont  pour 
titre:  Premières  impressions,  grande  valse  brillante  pour  le  piano;  Soute- 
nir, et  enfin,  un  caprice  sur  les  motifs  du  Prophète,  de  G.  Meyerbeer. 

„%  Venise.  —  Une  démonstration  faite  au  théâtre  San-Benedetio,  où 
l'on  représentait  le  Barbier  de  Séville,  a  fait  décréter  par  le  comman- 
dant militaire  la  fermeture  immédiate  de  tous  les  théâtres. 

„.%,  Varsovie,  4  janvier.  —  A  son  retour  des  provinces  de  Volhynie  et 
de  Lithuanie,  Joseph  Wieniawski  vient  de  se  faire  entendre  de  nouveau 
ici  dans  trois  matinées  musicales,  auxquelles  n'assistaient  pas  moins  de 
deux  mille  personnes,  et  qui  ont  produit  la  somme  assez  ronde  de 
18,000  fr.  Selon  toute  apparence,  le  célèbre  pianiste  se  rendra  à  Paris 
cet  hiver. 

x*çSt-Pétersbourg,  3  janvier.—  Samedi  31  décembre  a  eu  lieu,  devant  une 
salle  comble,  la  représentation  de  Don  Giovanni,  au  bénéfice  de  Debassini. 
Une  grande  partie  de  la  famille  impériale  honorait  cette  solennité  de 
sa  présence,  et  plusieurs  fois  elle  a  donné  le  signal  des  applaudisse- 
j  raents.  11  est  vrai  de  dire  que  l'élite  de  la  troupe  italienne  interprétait 
le  chef-d'œuvre  de  Mozart,  et  le  théâtre  Italien  de  Saint-Pétersbourg  est 
peut-être  aujourd'hui  le  seul  en  Europe  qui  offre  une  pareille  réunion 
de  talents.  Mme  Lagrua,  dans  le  rôle  de  dona  Anna,  n'a  pas  démérité 
de  la  haute  opinion  qu'elle  a  su  conquérir  dès  son  début  ;  son  entrée 
a  été  superbe,  et  dans  l'air  qui  le  suit,  dans  son  duo  avec  Ottavio,  dans 
le  trio  des  masques,  rendu  avec  un  ensemble  parfait  par  elle,  Tamberlick  et 
Mme  Bernardi,  et  bissé  avec  acclamation,  elle  s'est  maintenue  avec  une 
supériorité  qui  lui  a  valu  de  nombrenx  rappels.  Mme  Charton-Demeur, 
dans  le  personnage  de  Zerline,  s'est  montrée  fort  gracieuse  et  a  chanté 
délicieusement;  aussi  a-t-on  voulu  entendre  deux  fois  le  fameux  duo 
avec  don  Juan  :  La  ci  darem  la  mono,  de  même  que  le  duo  qui  suit,  avec 
Mazetto  (Everardi).  Mme  Charton  a  donné  à  ces  deux  admirables  mor- 
ceaux leur  véritable  caractère,  et  des  applaudissements,  suivis  de  rappels 
réitérés,  lui  ont  témoigné  toute  la  satisfaction  qu'elle  avait  fait  éprouver. 
Le  rôle  de  Tamberlick  est  un  peu  effacé  dans  cet  opéra;  mais  il  contient 
cette  sublime  cantilène  d'il  mio  tesoro  qui  suffit  pour  l'élever  au  niveau 
des  autres,  et  Tamberlick  l'a  dite  dans  le  plus  grand  style,  avec  un 
charme  et  une  pureté  irréprochables.  Debassini,  le  bénéficiaire,  a  été 
très-beau  dans  le  rôle  de  don  Juan,  qui  convient  également  à  son  phy- 
sique et  à  son  talent.  11  a  très-bien  chanté  sa  romance  :  Deh;  vieni  alla 
finestra,  et  nous  citons  ce  morceau  sans  préjudice  de  tous  les  autres, 
dans  lesquels  il  s'est  montré  avec  non  moins  d'avantage  et  de  succès. 
Quand  on  a  entendu  Lablache  dans  Leporello,  on  est  difficile  ;  disons  ce- 
pendant que  si  Warini  est  bien  loin  de  ce  modèle  inimitable,  il  a  con- 
couru convenablement  à  l'ensemble  de  la  représentation.  Le  rôle  de  dona 
Elvira  occupe  une  grande  place  dans  l'œuvre  de  Mozart  ;  il  a  été  bien  tenu 
par  Mme  Bernardi,  à  laquelle  il  faut  reprocher  une  froideur  comparable 
seulement  à  sa  beauté.  — M.  de  Sabouroff,  directeur  des  théâtres  impé- 
riaux, a  donné,  la  semaine  dernière,  dans  son  magnifique  hùtel  du  quai 
de  la  Moïka,  un  grand  dîner  aux  artistes  du  théâtre  Italien;  on  a  fait 
ensuite  de  la  musique,  et  Mlle  V.  Balfe,  qui  y  avait  été  invitée  avec  son 
père,  a  chanté;  elle  a  obtenu  séance  tenante  la  promesse  d'un  début  qui 
aurait  lieu  incessamment  dans  la  Traviata.  La  semaine  prochaine,  le 
Freischûtz  sera  donné  pour  le  bénéfice  de  Mongini,  et  c'est  le  9  ou 
le  16  janvier  que  passera  le  Pardon  de  Ploërmel,  dont  les  répétitions 
marchent  très-activement.  —  Olosanti,  qui  possède  sur  l'ophicléide  un 
talent  analogue  à  celui  de  Bottesini  sur  la  contre-basse,  et  que  vous  avez 
entendu  à  Paris,  vient  d'arriver  â  Saint-Pétersbourg,  où  il  se  propose  de 
se  faire  entendre.—  Dimanche,  Mlle  Ingeborg-Starck,  qu'on  a  applaudie 
également  à  Paris  l'hiver  dernier,  a  donné,  dans  la  salle  de  la  No- 
blesse, un  concert  qui  avait  réuni  beaucoup  de  monde,  et  auquel  assis- 
taient Mgr  le  grand-duc  et  Mme  la  grande-duchesse  Constantin.  La 
jeune   artiste  a  obtenu  beaucoup  de  succès. 


2u 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


MM.  G.  BRAMllUS  et  S.  DVFOUli,  éditeurs,    103,  rue  de  Richelieu,  au   I", 

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Jadis  et  aujourd'hui 4    »       Le  tic-tac  du  moulin  (2e  édit.)    4  50       La  Fanfare  du  Charlatan 5    »       Le  quadrille  pour  tous  (2e  édit.)    4  50 

Mélancolie  et  gaieté 4  50    '   Hommage  a  Galin 4    »    '   Marche  des  Mandarins 5    »       La  fin  du  concert 5  a 

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Op.  23.  Perles  de  l'Aurore,  l,c  valse 0 

Op.  25.  Parfums  de  jeunesse,  redowa 5 

Op.  26.  Brises  vénitiennes,  mélodie 5 

Op.  27.  L'Entraînante,  1"  polka 4 

Op.  28.  La  Sémillante,  2e  valse 4 

Op.  29.  L'Electrique,  2e  polka 4 

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Op.  33.  Père  Sabremioche,  4e  polka 3  » 

Op.  34.  Mirobolanpouff,  schottich 3  75 

Op .  35 .  Morto  insecto  !  5e  polka 3  75 

Op.  36.  Enivrement  du  cœur,  lrc  rêverie. .. .  4  » 

Op.   37.  Fauvette  du  moulin,  6°  polka 3  75 

Op.  30.  Jeune  Vivandière,  2"  schottisch 4  » 

Op.  40.  Nymphe  de  l'Océan,  2e  redowa 5  » 


Op.  41.  Fleur  des  champs,  3e  valse 

Op.  42.  Ardeurs  de  la  mi-Août,  7e  polka. 

Op.  43.  Casilda,  1er  boléro 

Op.  44-  To  a  flower!  souvenir 

Op.  45.  Supplication,  mélodie-mazurka  . 

Op.  40.  Remembrance,  2e  rêverie 

Op.  47.  Punch,  galop  de  concert 

Op.  48.  La  Fille  de  l'air,  1"  nocturne  .. 


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Lacout,  Le  Carpentier,  W.  Levey,  Longueville,  Magnus,  Marmontel,  Massas,  Léo  Maresse,  Messemaeckers,  Missler,  Mocker,  Moniot,  Mortier,  Parizot,  Philipot, 

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27e  Année. 


N°  4. 


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les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aus 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


22  Janvier  1860. 

PRIX  DE  L'ABONNEMENT  : 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse....    30  n       id. 

Étranger 34  >•       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


ICAL 


il  garnis, 


SOMMAIRE.  —  Sur  l'enseignement  populaire  de  la  musique  (2e  article),  par 
Fétis  père.  —  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  impérial  de  musi- 
que (1er  concert).  — Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  Bibliogra- 
phie musicale.  —  Nécrologie  :  N.  Girard.  —  Nouvelles. 


SUB  L'ENSEIGNEMENT  POPULAIRE  DE  Là  MUSIQUE. 

(2e  article.)  (1) 

J'écrivais  en  1847,  dans  la  troisième  édition  de  mon  livre  intitulé  : 
La  Musique  mise  à  la  portée  de  tout  le  monde  (2)  :  «  Les  méthodes 
»  d'enseignement  de  la  musique  ne  peuvent  avoir  pour  but  que  deux 
»  résultats,  à  savoir,  de  former  des  artistes,  et  de  donner  aux  masses 
»  populaires  des  notions  de  chant.  Pour  atteindre  le  premier  de  ces 
»  buts,  c'est-à-dire,  pour  conduire  un  jeune  musicien  à  la  plus  grande 
»  habileté  pratique  qu'il  puisse  acquérir,  l'expérience  a  démontré 
»  que  l'exercice  lent,  progressif  et  souvent  répété,  est  le  seul  moyen 
»  efficace.  C'est  dans  l'exposition  des  principes  et  dans  la  gradation 
»  de  l'exercice  que  consiste  l'ancienne  méthode  par  laquelle  on  ar- 
»  rive  au  terme  de  l'éducation  de  l'artiste.  Cette  méthode  n'a  pas 
»  besoin  d'être  justifiée ,  car  ses  résultats  sont  trop  évidents.  Si  les 
»  auteurs  des  premiers  ouvrages  élémentaires  et  des  anciens  solfèges 
»  ont  fait  désirer  plus  d'ordre  et  de  philosophie  dans  l'exposition  des 
»  principes,  les  défauts  de  leurs  ouvrages  ont  progressivement  dis- 

»  paru  dans  ceux  de  leurs  successeurs la  division  de  l'enseigne- 

»  ment  en  trois  objets  principaux  et  distincts  qui  sont  l'intonation 
»  des  sons,  leurs  durées  et  la  notalion,  n'a  plus  rien  laissé  d'impar- 
»  fait.  Quoi  qu'on  dise,  quoi  qu'on  fasse,  il  n'y  aura  jamais  d'artiste 
»  véritable  formé  que  par  celte  méthode,  et  les  hautaines  déclama- 
»  lions  de  ses  adversaires  seront  toujours  impuissantes  à  lui  porter 
»  atteinte. 

»  A  l'égard  de  l'enseignement  élémentaire  et  populaire  de  la  mu- 
»  sique,  on  l'a  vu  se  produire  sous  des  formes  variées  à  différentes 
»  époques,  particulièrement  depuis  le  commencement  de  ce  siècle  ; 
»  mais  toutes  ces  formes  se  classent  en  deux  systèmes  principaux, 
«  dont  l'un  est  conforme  à  l'art  tel  qu'il  est,  et  dont  l'autre  s'est  posé 
»  en  réformateur.  » 

Au  premier  système  appartiennent  les  méthodes  d'enseigne 
ment  collectif  et  mutuel  de  Massimino,  et  Bocquillon  Wilhem,  qui 
furent  mises  en  pratique  sur  une  grande  échelle  depuis  1815,  et 
auxquelles  on  peut  ajouter  la  méthode  concertante  qui,  dans  l'instilu- 


(1)  Voir  le  n"  2. 

(2)  Paris,  Brandus  et  C°, 


vol.  in-8°  (pag.  82  et  suiv.). 


tion  dirigée  avec  éclat  par  Choron,  a  produit  de  beaux  résultats.  On 
peut  enfin  y  joindre  les  méthodes  mixtes  par  lesquelles  les  éléments 
du  chant  et  de  la  musique  sont  enseignés  dans  les  écoles  communales 
de  Bruxelles,  et  dans  la  multitude  de  sociétés  chorales  d'ouvriers  et 
de  paysans  qui  couvrent  aujourd'hui  le  sol  de  la  Belgique. 

Dans  le  second  système  se  rangent  les  méthodes  basées  sur  des 
idées  de  réforme  qui,  toutes,  attaquent  la  notation  usuelle  comme 
trop  difficile,  irrationnelle,  obscure,  insuffisante  en  certain  cas,  sura- 
bondante en  d'autres.  On  a  vu,  dans  mon  premier  article,  ce  qui  a 
été  fait  en  Allemagne  pour  un  usage  très-élémentaire  et  restreint  du 
chant.  La  pensée  des  auteurs  de  cette  réforme  était  qu'en  n'obligeant 
pas  les  enfants  à  s'instruire  de  la  valeur  des  signes  qui  n'ont  d'emploi 
que  dans  la  musique,  et  en  ne  leur  présentant  que  ceux  qui  leur  sont 
déjà  familiers,  c'est-à-dire  les  chiffres,  dent  ils  faisaient  application 
pour  la  représentation  des  degrés  de  la  gamme,  ils  feraient  une  chose 
utile  et  bonne  en  soi.  Cependant,  si  modeste  que  fût  le  but  où  ils 
voulaient  atteindre,  le  résultat,  comme  je  l'ai  dit,  fut  très-différent  de 
celui  qu'ils  avaient  espéré,  et  l'on  dut  renoncer  à  un  mode  d'ensei- 
gnement qui,  pour  rendre  plus  faciles  les  commencements,  créait  des 
obstacles  sérieux  à  la  réelle  connaissance  de  l'art.  Certes,  un  pro- 
blème très-digne  d'attention  est  celui  où  l'on  se  proposerait  de  ne  pré- 
senter aux  enfants  et  aux  adultes  de  la  classe  ouvrière  que  des  élé- 
ments dont  ils  eussent  connaissance  pour  les  initier  aux  principes  de 
la  musique,  pourvu  que  ces  éléments  ne  fussent  pas  un  obstacle  à  la 
pratique  avancée  de  cet  art,  et  que  par  des  transformations  succes- 
sives et  logiques  on  arrivât  à  la  notation  usuelle.  Je  dirai  dans  la  suite 
de  ce  travail  comment  ce  problème  a  été  posé,  et,  selon  moi,  résolu. 

C'est  une  curieuse  histoire  que  celle  de  tous  les  systèmes  de  nota- 
tion qu'on  a  essayé  de  substituer  à  celle  qui  est  en  usage  pour  la 
musique,  et  de  toutes  les  mésaventures,  sans  exception,  des  auteurs 
de  ces  systèmes.  Ces  tentatives  ont  été  de  deux  espèces  ;  car  les  unes 
ont  eu  pour  objet  de  remplacer  la  notation  usuelle  par  des  systèmes 
de  signes  d'invention  de  toutes  sortes,  dont  les  auteurs  ont  montré 
plus  ou  moins  de  sagacité,  mais  où  tous  ont  également  échoué  par 
l'application.  Les  uns,  comme  Sauveur,  de  l'Académie  des  sciences  de 
Paris,  et  l'abbé  Demotz  de  la  Salle,  tous  deux  au  commencement  du 
xvme   siècle   (1),  et  récemment  M.    Bartholomé  Montanello  (2),  ont 

(1)  Principes  d'acoustique  et  de  musique,  ou  système  général  des  intervalles  des 
sons,  et  son  application  à  tous  les  systèmes  et  instruments  de  musique,  par  Sauveur 
(dans  les  Mémoires  de  l'Académie  royale  de  musique  de  Paris,  année  1701). — 
Méthode  de  musique,  selon  un  nouveau  système  très-court,  très-facile  et  tres-sùr, 
par  l'abbé  Demotz  do  la  Salle.  Paris,  1728,  in-8°. 

(Dlnlorno  allô  scrivere  la  musica,  leltcra  di Bartholomeo  Montanello  à  Marco 


2G 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


imaginé  des  notations  composées  d'un  ou  deux  signes  diversement 
tournés,  et  destinés  à  représenter  l'échelle  des  sons.  C'était  la  repro- 
duction d'un  essai  tenté  au  ixe  siècle  par  Hucbalde,  moine  de  l'abbaye 
de  Saint-Amand  (1).  Toutes  les  modifications  d'un  même  signe  sont 
insaisissables  dans  la  rapidité  de  la  lecture. 

D'autres,  au  nombre  desquels  on  remarque  de  l'Aulnaye  (2),  Rie- 
besthal  (3),  Bootsey  (4),  M.  de  Rambures  (5),  Woldemar  (6)  et  M.  Pré- 
vost (7),  composent  le  système  complet  de  signes  arbitraires,  dont 
les  derniers  sont  plutôt  des  sténographies  musicales  que  des  notations 
véritables  ;  car  les  signes  ont  pour  but  de  représenter  non  des  sons 
isolés,  mais  des  phrases.  Quant  aux  autres,  sous  prétexte  d'éviter  les 
difficultés  de  la  notation  ordinaire,  dont  ils  n'ont  pas  les  avantages, 
ils  en  ont  accumulé  d'insurmontables,  en  ce  que  leurs  systèmes  ne 
peignent  point  aux  yeux  par  masses,  et  obligent  à  distinguer  tous  les 
détails  dans  la  rapidité  de  la  lecture. 

Il  est  des  systèmes  de  notation  dans  lesquels  on  a  essayé  de  con- 
server une  portion  plus  ou  moins  considérable  de  la  notation  usuelle, 
en  la  modifiant  dans  certaines  parties  suivant  les  préjugés  de  leurs 
auteurs  contre  telle  ou  telle  imperfection  supposée.  Ainsi,  M.  le  gé- 
néral Blein  (8)  et  M.  Gambale,  de  Milan  (9),  proposent  des  portées  de 
six  lignes  pour  représenter  les  douze  demi-tons  de  l'échelle  chroma- 
tique d'une  octave,  alin  de  faire  disparaître  les  dièses,  bémols  et 
bécarres.  Ce  n'est  pas  à  dire  toutefois  que  les  systèmes  de  Blein  et 
de  Gambale  soient  identiques  ;  car  leur  application  est  précisément  en 
contradiction,  M.  Blein  employant  toutes  les  lignes  et  les  espaces  de 
la  portée  pour  une  seule  octave,  et  réformant  aussi  le  clavier  de 
l'orgue  et  du  piano,  de  telle  sorte  que  les  touches  blanches  et  noires 
se  suivent  alternativement,  et  que  chaque  touche  blanche  répond  à 
une  note  placée  sur  une  ligne,  et  chaque  touche  noire  à  un  espace  ; 
tandis  que  M.  Gambale  représente  par  des  notes  blanches  une  suite 
de  sons  placés  à  l'intervalle  d'un  ton,  et  par  des  notes  noires,  de 
m  ême  forme  et  position  qne  les  blanches,  les  demi-tons  intermédiaires, 
ce  qui  implique  aussi  la  réforme  du  clavier.  Au- surplus,  cette  réforme 
du  clavier  par  laquelle  les  touches  blanches  et  noires  auraient  été  pla- 
cées alternativement,  et  qui  aurait  rendu  nécessaire  une  modification 
de  la  notation ,  cette  réforme,  dis-je,  n'est  pas  nouvelle,  et  n'appar- 
tient ni  à  Blein,  ni  à  Gambale  ;  car  elle  avait  été  proposée,  dès  1792, 
par  Jean  Rohleder (10),  prédicateur  à  Friedland,  dans  la  Poméranie. 

Bucafichi,  Milano,  1843,  in-80.—  Si  un  modo  facile  ed  economico  per  stampare 
la  musica.  Lettera  di  Barl.  Montancllo  a  Giovanni  Ricordi,  Milano,  1844. 

(l)  Musica  enchiriadis  (dans  les  Scriptores  ecclesinsiici  de  musica,  publiés  par 
l'abbé  Gerbert,  tome  I",  pages  152  etsuiv.). 

(2}  Mémoire  sur  un  nouveau  système  de  notation  musicale,  par  lequel,  sans  le 
secours  des  portées  ni  d'aucune  espèce  de  clef,  on  peut  exprimer  tous  les  sons  appré- 
ciables renfermés  dans  l'étendue  du  clavier,  en  représentant  chacun  de  ces  sons 
par  un  signe  particulier.  (Dans  les  Mémoires  du  Musée  de  Paris,  1785,  n°  1 .  ) 

(3)  Nouvelle  méthode'pouT  noter  la  musique  et  pour  l'imprimer  avec  des  carac- 
tères mobiles.  Strasbourg,  Levrault,  1810,  in-4°. 

(4)  An  Altempt  tosymplify  Ihe  Notation  of  music.  Londres,  Baldwin,  1811,  l  vol. 
in-4". 

(5)  Notation  musicale  rendue  facile  par  la  sténographie.  Abbeville,1844,  in-12. — 
Signes  de  la  sténographie  musicale  servant  aux  cours  populaires  de  musique,  établis 
d'après  la  méthode  de  Rambures.  Paris,  Périsse  frères,  in-18. 

(0)   Tableau  mélo-lachy  graphique.  Paris,  Cousineau,  1799. 

(7)  Sténographie  musicale,  ou  art  de  suivre  l'exécution  musicale  en  écrivant. 
Paris,  1833,  in-8°. 

(8)  Principes  de  mélodie  et  d'harmonie  déduits  de  la  théorie  des  vibrations. 
Paris,  Bachelier,  1832,  1  vol.  in-8°,  p.  10-12. 

(9)  la  Riforma  musicale  riguardanie  tin  nuovo  slabilmento  di  signi  c  di  rigole 
per  appremlerela  musica.  Milano,  1840,  in-8°. 

(10)  Erleichterung  des  Klavierspiclens  vcrmœge  einer  neuen  Einrichtung  der 
Klaviatur  und  eincs  ncuen  /Votoisj/stoiis  (Moyenplus  facile  de  jouer  du  clavecin,  par 
le  procédé  d'un  nouveau  clavier  et  d'un  nouveau  système  de  notation).  Kœuigsberg, 
1792,  in-4". 


Comme  M.  Gambale,  Rohleder  plaçait  les  touches  blanches  à  la  dis- 
tance d'un  ton,  et  les  représentait  par  des  notes  blanches,  et  les  tou- 
ches noires,  intermédiaires  des  blanches,  étaient  représentées  par  des 
notes  noires  sur  les  mêmes  degrés.  Dans  ce  système,  les  dièses,  bémols 
et  bécarres  étaient  aussi  supprimés.  Plus  tard,  et  avant  M.  Gambale, 
le  facteur  de  pianos  Charles  Lemmé  avait  reproduit  le  système  de 
Rohleder,  avec  quelques  modifications  (1),  sans  nommer  son  prédé- 
cesseur, et  avait  construit  des  instruments  dont  le  clavier  présentait 
dans  toute  son  étendue  des  touches  blanches  et  noires  dans  un  ordre 
alternatif. 

Ainsi  pour  faire  disparaître  la  prétendue  difficulté  des  dièses  et  des 
bémols,  et  sous  prétexte  qu'il  n'y  a  point  de  note  élevée  ni  baissée, 
mais  douze  sons  à  la  distance  d'un  demi-ton  dans  l'intervalle  d'oc- 
tave, voilà  quatre  personnes  qui  imaginent  de  bouleverser  d'abord 
toute  la  notation  et  de  la  rendre  en  réalité,  d'une  part,  beaucoup 
plus  difficile  par  l'addition  d'une  sixième  ligne  à  la  portée,  laquelle 
trouble  la  vue,  puis  en  mettant  les  signes  de  sons  différents  sur  des 
positions  identiques,  et  qui,  dans  l'obligation  de  les  distinguer  d'une 
manière  quelconque,  emploient  des  figures  de  notes  destinées  à  expri- 
mer des  différences  de  durée  pour  représenter  des  intonations  diffé- 
rentes. Ce  n'est  pas  tout,  car  cette  notation  faite  pour  un  instrument 
à  clavier,  n'a  plus  aucune  signification  pour  un  violon,  une  basse,  une 
flûte,  etc.;  déplus,  la  régularité  qu'ils  établissent  dans  la  succession 
des  touches  du  clavier  est  cause  qu'il  est  impossible  d'y  distinguer 
une  note,  car  c'est  précisément  par  la  différence  d'aspect  des  groupes 
de  deux  et  de  trois  touches  noires  que  les  notes  se  reconnaissent  sans 
peine  sur  les  claviers  ;  enfin,  il  faut  brûler  toute  la  musique  d'orgue 
et  de  piano  pour  la  remplacer  par  d'autre,  car  toutes  les  règles  du 
doigter  sont  renversées.  Par  exemple,  si  l'on  veut  faire  une  gamme 
en  ut,  en  sol,  en  ré,  en  la,  en  mi,  en  si,  le  passage  du  pouce  se 
fera  sur  des  touches  noires,  et  le  reste  à  l'avenant. 

Voilà  les  réformateurs  de  la  notation  :  voulant  obvier  à  des  préten- 
dues difficultés  ou  à  des  imperfections  supposées,  ils  imaginent  des 
combinaisons  dont  les  difficultés  et  les  imperfections  sont  beaucoup 
plus  réelles.  Au  fait,  qu'y  a-t-il  de  difficile  dans  l'usage  des  dièses  et 
des  bémols'  La  multitude  innombrable  de  musiciens  qui  peuplent  les 
chœurs  des  églises,  des  théâtres,  des  sociétés  chorales,  les  orchestres 
de  théâtres,  de  concerts,  de  musique  militaire,  de  bals  ;  le  nombre 
immense  d'amateurs  répandus  sur  toute  la  terre,  lesquels  chantent, 
jouent  du  piano  ou  de  tout  autre  instrument,  songent-ils  à  la  diffi- 
culté attribuée  à  c  es  signes  par  quelques  rêveurs  ?  Qu'y  a-t-il  d'ail- 
leurs de  contraire  à  la  raison  dans  leur  principe  inhérent  à  la  concep- 
tion générale  de  la  notation  universellement  en  usage  ?  Le  dièse  hausse 
la  note  d'un  demi-ton,  le  bémol  la  baisse  également  d'un  demi-ton, 
le  bécarre  la  remet  dans  sa  situation  primitive  ;  qui  y  a-t-il  là  qui  ne 
soit  exactement  vrai?  On  a  dit  :  on.  ne  peut  ni  hausser  ni  baisser  un 
son  ;  il  est  ce  qu'il  est.  Cela  est,  sans  doute  ;  mais  une  note  n'est  pas 
un  son;  c'est  un  signe.  Ce  signe,  modifié  par  un  autre,  a  une  signi- 
fication d'intonation  ou  plus  haute  ou  plus  basse.  Voilà  le  vrai  :  toutes 
les  déclamations  par  lesquelles  on  a  prétendu  l'attaquer  sont  autant 
de  non-sens. 

Beaucoup  d'autres  modifications  de  la  notation  usuelle  ont  été  pro- 
posées à  diverses  époques  ;  et  d'abord  la  réduction  du  nombre  des 
clefs  a  été  considérée  par  plusieurs  réformateurs  comme  une  nécessité 
absolue.  Le  premier  qui  posa  comme  un  principe  la  nécessité  de  cette 
réduction  à  une  seule  clef  fut  un  Anglais  nommé  Salmon,  qui  vécut 
dans  le  xvne  siècle  (2)  ;    son  opinion  fut  reproduite  un  peu  plus  tard 

(1)  Nouvelle  méthode  de  musique  et  gamme  chromatique  qui  abrège  le  travail  et 
l'étude  de  la  musique,  etc.  Paris,  1829,  in-4°,  avec  10  lplancb.es  in-4°  obi.  et  un 
tableau . 

(2)  An  Essag  lo  thé  advancement  of  Music,  by  casting  away  the  perplexity  of 
différents  cli/fs,  etc.  Londres,  1072,  in-S". 


DE  PARIS. 


21 


par  Monteclair  (1),  par  l'abbé  Lacassagne  (2),  par  Framery  (3),  l'espa- 
gnol Moretti  (4),.  Colet  (5)  et  d'autres.  Remarquez  à  ce  propos  que 
sous  le  prétexte  de  rendre  l'art  plus  facile,  les  réformateurs  tendent 
toujours  à  restreindre  les  connaissants  et  à  mettre  les  nouvelles  gé- 
nérations dans  l'incapacité  de  connaître  les  belles  œuvres  de  l'art  des 
temps  antérieurs  et  d'en  jouir.  Voyez  quel  est  le  résultat  de  toutes 
ces  petites  partitions  d'opéras  réduites  pour  le  piano,  avec  toutes  les 
voix  notées  à  la  clef  de  sol  sur  la  seconde  ligne  !  Déjà  il  n'y  a  plus 
de  chanteur  de  théâtre  ou  de  concert  qui  soit  en  état  de  lire  sa  partie 
dans  une  partition  écrite  il  y  a  vingt-cinq  ans  seulement  La  plupart 
des  pianistes  ne  connaissent  plus  autre  chose  que  les  deux  clefs  de 
la  main  droite  et  de  la  main  gauche.  Que  serait-ce  si  on  leur  propo- 
sait de  transposer  uu  morceau?  Ne  sachant  lire  que  les  clefs  dont  ils 
ont  l'habitude,  ils  seraient  hors  d'état  de  faire  cette  opération  de  la 
transposition  par  la  supposition  des  autres  clefs.  Si  l'on  n'y  prend 
garde,  toutes  ces  idées  de  réforme  et  de  simplification  auront  pour 
résultat  la  disparution  de  tout  bon  musicien  avant  trente  ans.  Ce  que 
les  partisans  de  réformes  appellent  rendre  plvs  facile  consiste  à 
enseigner  moins  de  choses. 

Que  parle-t-on  d'ailleurs  de  difficultés  à  propos  de  la  lecture  des 
clefs  ?  C'est  une  étude  à  faire  comme  on  fait  des  gammes  sur  le  piano 
pour  assouplir  et  égaliser  les  doigts  sur  le  piano,  comme  on  fait  sur 
d'autres  instruments  pour  acquérir  de  la  justesse  et  un  beau  son. 
C'est  un  objet  d'étude  :  on  ne  peut  le  supprimer  sans  porter  préju- 
dice à  l'art.  Tout  consiste  à  commencer  dans  l'enfance  les  exercices 
qui  s'y  rapportent.  J'écris  chaque  année  pour  les  concours  du  Con- 
servatoire de  Bruxelles  des  leçons  où  de  grandes  difficultés  d'intona- 
tions et  de  combinaisons  de  valeurs  de  temps  sont  réunies;  de  plus, 
toutes  les  clefs  y  sont  employées  et  changent  presque  de  mesure  en 
mesure.  Pour  obtenir  le  premier  prix  au  concours,  il  faut  chanter  à 
première  vue  cette  leçon  et  ne  pas  faire  de  faute.  Eh  bien,  chaque 
année  le  prix  est  partagé  entre  cinq,  six,  huit  élèves.  Au  dernier 
concours  une  jeune  fille,  enfant  de  dix  ans,  a  eu  ce  prix  en  partage. 
Qu'on  ne  me  parle  donc  plus  de  difficultés  de  ce  genre  dans  l'éducation 
d'un  élève  destiné  à  être  artiste.  Dans  l'enseignement  populaire  seu- 
lement on  peut  restreindre  cette  étude. 

On  peut,  je  le  sais,  objecter  que  certains  instruments,  par  leur 
propre  nature,  opèrent  la  transposition  d'octave  qui  représente  la 
différence  des  clefs  :  ainsi  la  guitare  joue  une  octave  plus  bas  que 
la  clef  de  sol  à  laquelle  on  écrit  sa  musique.  Si  la  trompette  est  à 
l'unisson  de  la  clef  de  sol  (en  ut),  le  cor,  écrit  à  la  même  clef,  joue 
une  octave  plus  bas.  La  vérité  est  que  la  notation,  pour  les  instru- 
ments qui  transposent  à  raison  des  dimensions  de  leur  tube,  n'est 
qu'une  sorte  de  tablature,  et  je  ne  vois  nul  inconvénient  à  l'emploi 
d'une  -seul  clef  de  sol  pour  tous  les  instruments  qui  transposent  par 
eux-mêmes  d'un  ton,  d'une  tierce,  d'une  quarte,  d'une  quinte,  d'une 
ou  deux  octaves.  En  pareil  cas,  que  représente  la  note  ?  Un  piston, 
un  trou,  un  doigter.  Ainsi  Adolphe  Sax  ayant  construit  ses  familles 
des  saxhorns  et  des  saxotrombas  sur  le  même  modèle,  depuis  l'ins- 
trument le  plus  aigu  jusqu'au  plus  grave  et  leur  ayant  donné  le  même 
doigter,  il  est  évident  que  celui  qui  jouera  à  l'unisson  de  la  clef  de 
sol  les  notes  do,  mi,  sol,  do,  exécutera  sur  son  instrument  les  mêmes 

(1)  Nouvelle  méthode  pour  apprendre  la  musique.  Paris,  1709,  in-4°. 

(2)  Traité  général  des   éléments  du  chant.   Paris,  1760,  1  vol.  in-8". 

(3)  Dictionnaire  de  musique  de  Y  Encyclopédie  méthodique,  article  clef. 

(4)  Sislema  uniclave  o  ensayo  sobre  uniformar  las  claves  de  la  musica 
sujelandolos  a  una  sola  escala.  Madrid,  1824,  in-8°. 

(5|  La  Panharmonie  musicale,  ou  Cours  complet  de  composition  théorique  et 
pratique,  etc.,  avec  un  nouveau  système  de  clefs  réduites  à  une  seule  clef  de  sol, 
etc.  Paris,  Meissonnier  et  Heugel,  1840,  gr.  in-4°. 


notes  que  celui  qui,  par  les  dimensions  différentes  du  tube,  fera  en- 
tendre fa,  la,  do,  fa,  et  un  autre,  à  une  ou  deux  octaves  plus  bas, 
do,  mi,  sol,  do.  La  notation  de  ces  instruments  n'est  en  réalité  qu'une 
tablature  spéciale  ,  elle  n'indique  qu'un  doigter. 

Au  nombre  des  novateurs  qui  ont  essayé  de  combiner  certaines 
parties  de  la  notation  usuelle  de  la  musique  avec  des  nouveaux  si- 
gnes, on  remarque  un  professeur  de  mathématiques  attaché  à  l'école 
de  la  marine  de  Cherbourg  qui,  par  le  moyen  de  signes  de  son  inven- 
tion appliqués  à  la  portée,  a  fait  disparaître  les  rondes,  blanches, 
croches,  doubles  et  triples  croches,  ainsi  qu'une  partie  des  autres 
signes  de  la  notation  habituelle,  et  qui,  par  les  dimensions  propor- 
tionnelles de  ses  nouveaux  signes,  indiquait  à  la  fois  l'intonation  et 
la  durée  des  sons  (1).  C'est  une  notation  qu'il  aurait  fallu  lire  le  com- 
pas à  la  main.  Un  autre,  séparant  les  cinq  lignes  de  la  portée,  de  la 
même  manière  que  les  touches  noires  du  clavier,  c'est-à-dire  deux 
lignes,  un  intervalle,  puis  trois  lignes,  un  intervalle,  et  continuant 
ainsi,  d'octave  en  octave,  suivant  les  besoins,  plaçait  les  notes  cor- 
respondantes aux  touches  blanehes  du  piano  au-dessus,  au-dessous 
ou  dans  les  intervalles  des  lignes,  et  les  notes  correspondantes  aux 
touches  noires  sur  les  lignes.  De  cette  manière,  il  n'y  avait  plus  ni 
clefs,  ni  dièses,  ni  bémols,  ni  bécarres  dans  la  notation  (2),  mais  les 
yeux  se  perdaient  dans  ce  dédale.  Un  troisième  a  eu  la  bizarre  idée 
de  distinguer  chaque  note  par  une  modification  de  forme  (3),  comme 
si  les  degrés  de  la  portée  n'étaient  pas  suffisants  pour  faire  ceLte  dis- 
tinction. 

S'il  s'est  trouvé  des  réformateurs  qui  ont  ajouté  des  signes,  il  s'en 
est  rencontré  d'autres  qui  ont  voulu  en  diminuer  le  nombre  :  tel  est 
M.  Louis  Chéron,  qui  a  réduit  la  portée  à  quatre  lignes  pour  la  musi- 
que instrumentale  et  à  trois  pour  la  vocale  (h),  et  qui  complète  son 
système  par  une  clef  de  sol  placée  sur  la  note  la  plus  haute  de  la 
portée,  et  la  clef  de  /«  sur  la  deuxième  ligne.  Mais  le  plus  radical 
de  tous  les  réformateurs,  à  ce  point  de  vue,  est  M.  Miquel  jeune,  de 
Montpellier,  qui,  réduisant  la  portée  à  une  seule  ligne,  y  applique  des 
chiffres  pour  indiquer  les  notes  de  chaque  octave  distinguées  au  moyen 
de  certains  signes  accessoires,  et  combine  ces  chiffres  avec  les  signes 
de  durée  de  la  notation  usuelle  (5). 

Le  public  a  vu  passer  devant  lui,  avec  la  plus  complète  indiffé- 
rence, tous  ces  essais  d'innovation  sans  but  réfléchi,  sans  connaissance 
suffisante  de  la  nature  des  choses.  Tous  ces  systèmes  sont  morts  dès 
leur  naissance;  mais  la  triste  expérience  qui  en  a  été  faite  n'a  pas  dé- 
couragé les  réformateurs  de  la  notation  usuelle  de  la  musique  ;  de  loin 
en  loin  il  s'en  trouve  un  nouveau  qui  veut  tenter  l'aventure.. 

Dans  un  prochain  numéro,  pour  achever  ce  qui  concerne  la  guerre 
faite  à  la  notation  universelle  de  la  musique,  j'examinerai  les  systèmes 
qui  ont  rompu  radicalement  avec  elle. 

FÉTIS  père. 
(La  suite  prochainement.) 

(1)  Nouveau  système  de  notation  musicale,  suivi  d'un  essai  sur  la  nomenclature 
des  sons  musicaux.  Paris,  1837,  gr.  in-8"  avec  planches. 

(2)  Traité  de  l'art  graphique  et  la  mécanique  appliquée  à  la  musique,  par  Michel 
Eisenmenger.  Paris,  183S,  in-8". 

(3)  Monogammie,  par  M.  Juce.  Paris,  1843,  in-8». 

(4)  Eléments  de  la  musique,  d'après  une  nouvelle  manière  de  l'écrire.  Paris, 
Demartray,  1834,  iu-4". 

(5)  Arilhmographic  musicale,  méthode  de  musique  simplifiée  par  l'emploi  des 
chiffres.  Paris,  Catelin,  1842,  gr.  in-8". 


28 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


SOCIÉTÉ  DES  JEDNES  ARTISTES 

DU     CONSERVATOIRE     ISIPÉKIAL     DE    MUSIQUE. 
Unitivme  année.  —  3ct  cnncert. 

Huitième  année  !  Cela  répond  à  bien  des  critiques  et  constate  une 
certaine  valeur,  un  certain  mérite,  auprès  des  gens  sensés  du  moins, 
car  auprès  des  autres,  plus  on  avance  et  plus  on  a  tort.  Les  ennemis 
de  M.  Pasdeloup — ,  on  en  a  toujours  dès  qu'on  fait  quelque  chose, — 
lui  en  veulent  d'avoir  voulu  faire  ce  quelque  chose,  et  surtout  d'y  avoir 
réussi.  Ils  lui  en  veulent  de  ce  qu'il  n'est  pas  resté  les  bras  croisés 
pour  prouver  qu'il  était  capable  de  conduire  un  orchestre,  et  non- 
seulement  de  le  conduire,  mais  de  l'organiser,  de  le  reconstituer  tous 
les  ans.  Peut-être  aussi  ne  lui  pardonnent-ils  pas  d'avoir  ouvert  la  lice 
à  des  artistes  français  et  étrangers,  qui,  sans  lui,  n'auraient  guère 
trouvé  moyen  de  se  produire.  Voilà  qui  est  grave  en  effet  :  pourquoi 
nous  encombrer  de  symphonies  nouvelles,  quand  la  Société  des  con- 
certs a  le  bon  esprit  de  n'en  jouer  jamais  ?  Pourquoi  encourager  des 
musiciens  vivants,  quand  il  existe  dans  nos  théâtres  et  dans  le  public 
une  tendance  manifeste  à  préférer  les  morts  ?  M.  Pasdeloup  est  bien 
coupable,  et  s'il  persiste,  ce  n'est  pas  que  les  avis  charitables  lui  aient 
manqué. 

Il  persiste  néanmoins,  et,  pour  inaugurer  la  'saison,  il  nous  a  fait 
entendre  une  symphonie  inédite  de  M.  Demersseman,  jeune  composi- 
teur, que  tout  le  monde  connaît  déjà  comme  l'un  de  nos  premiers 
flûtistes.  Je  voudrais  le  moins  possible  attirer  l'anathème  sur  la  tête  de 
l'un  et  de  l'autre.  Ma  conscience  m'oblige  pourtant  à  déclarer  que  la 
symphonie  de  M.  Demersseman  est  une  œuvre  excellente,  et  que 
l'orchestre  dirigé  par  M.  Pasdeloup  l'a  exécutée  avec  une  incontestable 
perfection.  Transportez  la  symphonie  et  les  exécutants,  y  compris  le 
chef,  dans  la  grande  salle  du  Conservatoire;  n'y  gardez  que  tout  juste 
le  petit  nombre  d'auditeurs  en  état  de  comprendre  et  d'admirer  autre- 
ment que  sur  la  foi  du  programme,  et  vous  aurez  un  de  ces  succès 
qui  ouvrent  avec  éclat  la  carrière  d'un  artiste.  Je  ne  désespère  pas 
qu'il  n'en  soit  de  même,  quoique  le  succès  n'ait  été  obtenu  que  dans 
la  salle  de  M.  Herz  ;  mais  je  ne  me  suis  jamais  dissimulé  l'influence 
du  local  sur  certains  effets  et  sur  leurs  conséquences.  Elargissez  la 
salle  de  la  rue  Bergère,  donnez-lui  les  proportions  de  celle  de  l'Opéra, 
et  vous  verrez  ce  que  deviendra  Beethoven,  même  avec  la  symphonie 
en  ut  mineur.  L'épreuve  d'ailleurs  a  été  faite,  et  le  doute  n'est  plus 
permis. 

M.  Demersseman,  dans  sa  symphonie,  procède  plutôt  de  Haydn  que 
de  Beethoven  ;  il  y  a  des  hommes  dont  il  ne  faut  pas  trop  s'appro- 
cher de  peur  de  brûler  ses  ailes.  Son  style  est  toujours  clair,  élégant, 
riche  d'imagination  et  de  ce  qu'on  appelle  si  improprement  science, 
mot  malheureux  qui  fait  plus  de  tort  que  de  bien,  et  dont  les  igno- 
rants se  servent  comme  d'une  injure.  Dans  le  premier  mouvement  de 
son  œuvre,  l'auteur  s'est  souvenu  de  l'instrument  dont  il  joue  si  bien, 
en  lui  confiant  un  thème  extrêmement  gracieux,  qui  revient  plusieurs 
fois.  Peut-être  cet  allegro  a-t-il  un  peu  trop  la  forme  d'une  ouverture, 
mais  ce  n'est  là  qu'un  léger  défaut,  et  les  qualités  l'emportent  de 
beaucoup  dans  la  balance.  Le  second  mouvement,  l'andante,  est  ce- 
lui qui  indique  le  mieux  le  modèle  choisi  par  l'auteur  :  l'inspiration 
calme,  heureuse  et  souriante  du  père  de  la  symphonie,  s'y  reproduit 
avec  le  charme  rajeuni  de  ses  ingénieux  caprices.  Le  scherzo  a  plus 
d'élan,  de  verve  et  d'imprévu;  les  cors  y  sont  employés  avec  une 
habileté  remarquable.  Dans  le  quatrième  morceau,  l'œuvre  s'agran- 
dit :  un  cantabile  majestueux  s'y  fait  d'abord  entendre  ;  un  thème 
rapide  et  léger  lui  succède,  et  le  morceau  continue  ainsi  jusqu'à 
ce  que  les  deux  thèmes  se  réunissent,  s'entrelacent,  et  que  le 
cantabile  proposé  par  le  violoncelle  soit  repris  et  entonné  par  l'or- 
chestre tout  entier..  Cette  péroraison  termine  dignement  la  composi 


tion  du  jeune  musicien,  qui,  dès  son  coup  d'essai,  se  place  au  premier 
rang  des  symphonistes  de  son  époque. 

J'en  dirais  plus  si  l'éloge  avait  ses  coudées  aussi  franches  que  la 
critique,  et  si,  par  intérêt  pour  ceux  qu'on  loue,  il  ne  fallait  craindre 
de  trop  louer.  C'est  pourquoi  je  passerai  rapidement  sur  l'ouverture 
d'Oberon,  non  moins  bien  exécutée  que  la  symphonie  de  M.  Demers- 
seman, et  je  glisserai  plus  vite  encore  sur  la  symphonie  en  ut 
mineur  de  Beethoven,  qui  n'a  pas  de  difficultés  pour  M.  Pasdeloup  ni 
pour  son  orchestre.  Le  Départ  des  chasseurs,  de  Mendelssohn,  l'in- 
troduction du  Comte  Ory  formaient  le  contingent  vocal  du  concert,  et 
sans  être  tout  à  fait  au  même  niveau  que  la  partie  instrumentale,  y 
apportaient  du  moins  une  agréable  diversion. 

P.  S. 


ADDITIONS  MUSICALES. 

Première  séance  de  musique  de  chambre  d'Aluni  et  Franchomme. 
—  Première  soirée  de  quatuors  d'Armingaud.  —  Concert  de 
Hini'i  E&etten. 

Les  Sociétés  de  quatuors  que  nous  possédons  ne  charment  pas 
seulement  les  dilettantes  ;  elles  font  plus.  Au  milieu  de  toutes  les 
choses  vagues,  dissemblables,  parfois  incohérentes  que  l'on  entend 
chaque  jour,  elles  dirigent  et  fixent  l'admiration  de  la  foule  incer- 
taine; elles  entretiennent  ou  font  naître  le  goût  du  pur,  du  grand, 
du  beau  égaré  par  tant  de  sollicitations  ardentes,  ambitieuses  et 
inquiètes;  enfin  par  l'éloquence  de  l'exemple  et  par  la  grandeur 
des  résultats  excitent  l'émulation  et  entraînent  les  artistes  plus  jeunes 
dans  cette  voie  sûre,  dans  ce  culte  du  génie  où  se  recueillent  les  suc- 
cès durables  et  les  applaudissements  des  esprits  cultivés. 

L'autre  soir,  un  de  nos  amis  nous  plaignait  d'être  obligé  d'entendre 
à  peu  près  tous  les  concerts  qui  se  donnent  à  Paris.  Assurément  il  y  a 
bien  des  auditions  peu  intéressantes,  mais,  en  revanche,  il  y  en  a  de 
très-belles  ;  nous  avons  des  semaines  heureuses,  et  celle-ci  était  du 
nombre.  Si  elle  a  offert  peu  de  variété,  car,  sauf  le  jeune  Ketten,  elle 
était  consacrée  à  la  rentrée  des  sociétés  de  musique  de  chambre,  elle 
n'en  a  pas  moins  été  magnifique  par  la  beauté  des  œuvres  et  le  talent 
de  l'exécution.    . 

Dimanche,  dans  les  salons  de  Pleyel-Wolff,  Alard,  Franchomme  et 
Planté  reprenaient  le  cours  de  leurs  sérieux  et  beaux  succès.  Ils  ont 
fait  goûter  au  public  les  immortelles,  mais  diversement  belles  inspira- 
tions de  Haydn,  de  Mozart  et  de  Beethoven.  L'exécution  étant  l'âme 
de  la  musique  et  n'étant  jamais  semblable,  elle  fait  quelquefois  du 
même  compositeur  un  compositeur  nouveau,  de  la  même  œuvre,  bien 
connue  cependant,  une  œuvre  nouvelle.  En  écoutant  un  quintette  et 
une  sonate  de  Mozart,  dont  la  partie  de  piano  a  été  délicieusement 
dite  par  Planté,  un  trio  de  Beethoven  et  un  quatuor  d'Haydn  joués 
avec  un  admirable  ensemble,  en  retrouvant,  comme  les  années  pré- 
cédentes, cette  haute  intelligence  de  la  pensée  des  maîtres,  ce  style 
élevé  et  pur,  ces  intonations  si  fines,  si  délicatement  justes,  on  ne  re- 
connaissait plus  tout  à  fait  ces  mêmes  compositions  entendues  ailleurs. 
Alard  et  Franchomme  sont  parvenus  à  faire  de  leur  société  de  musique 
classique  comme  un  fidèle  écho  des  merveilles  instrumentales  dont 
jouissent  les  auditeurs  des  concerts  du  Conservatoire.  En  effet,  c'est 
en  miniature  la  même  âme,  le  même  fini,  la  même  perfection  ;  c'est 
aussi  cette  qualité  de  son  toute  française  qui  a  bien  son  prix.  Nous  ne 
savons  comment  sont  rendus  eu  Allemagne  tous  ces  chefs-d'œuvre  que 
nous  lui  devons  et  que  nous  nous  sommes  appropriés  par  une  étude 
assidue  et  par  une  interprétation  souvent  irréprochable.  Quoi  qu'il  en 
soit,  nous  doutons  qu'ils  puissent  être  mieux  compris  et  mieux  exé- 
cutés qu'ils  ne  le  sont  par  Alard  et  par  Franchomme.  Nous  doutons 
aussi  qu'ils  soient  écoutés  plus  religieusement. 


DE  PARIS. 


29 


Par  une  attention  soutenue,  par  une  constante  sympathie,  par  des 
applaudissements  souvent  contenus,  tellement  il  craignait  d'amoindrir 
son  plaisir  en  perdant  quelques  notes,  le  public  ravi  et  charmé  a  prouvé, 
l'autre  jour  encore,  aux  exécutants,  combien  il  apprécie  leur  talent, 
combien  il  l'aime,  et  combien  il  le  trouve  au-dessus  de  certaines  ova- 
tions prodigués  trop  souvent. 

—  Il  faut  encore  que  nous  parlions  de  Haydn,  de  Mozart,  de  Bee- 
thoven et  de  Mendelssohn,  leur  héritier  le  plus  direct;  mais  la  mo- 
notonie du  beau  est  trop  peu  commune  pour  qu'on  puisse  s'en  plain- 
dre. Assez  d'autres  se  chargent  du  soin  de  la  détruire  et  de  la  remplacer 
par  une  diversité  de  leur  façon  qu'il  est  permis  de  ne  pas  toujours 
goûter.  D'ailleurs,  quoi  de  plus  varié  que  le  répertoire  de  chacun  de 
ces  maîtres  illustres  et  féconds  qui  écrivent  avec  une  abondance  à 
confondre  la  pensée?  Nous  les  avons  retrouvés  tous  à  la  première 
séance  de  MM.  Armingaud,  Léon  Jacquard,  Lalo  et  Lapret  ;  l'un  avec 
son  quatuor,  l'autre  avec  sa  sonate,  un  autre  avec  son  quintette.  Tou- 
jours ce  qu'ils  disent  est  intéressant,  distingué,  noble,  souvent  exquis, 
grandiose  et  sublime.  Faut-il  s'étonner  si  le  public  accourt  en  foule 
pour  les  entendre,  et  s'il  leur  prodigue  ses  plus  enthousiastes  accla- 
mations ? 

11  y  aurait  un  travail  intéressant  à  faire  sur  les  nuances,  sur  les  dif- 
férences qui  séparent  nos  sociétés  de  musique  de  chambre.  Nous  n'en- 
treprendrons pas  aujourd'hui  ce  parallèle  de  talents  si  divers.  Toute- 
fois nous  pouvons  dire  qu'elles  ont  chacune  une  physionomie  propre, 
un  cachet  distinctif  bien  fait  pour  captiver  les  dilettantes  délicats.  Le 
succès  des  interprètes  a  été  très-grand.  Armingaud  a  beaucoup  de 
chaleur  ;  il  est  nerveux,  inégal.  Son  archet  mord  parfois  la  corde 
d'une  façon  quelque  peu  éloignée  de  la  pureté  ;  mais  il  est  souvent 
éloquent.  Son  jeu  plein  d'expansion  attache  constamment  Les  autres 
artistes  qui  composent  cet  excellent  quatuor  sont  de  très-remarqua- 
bles instrumentistes,  des  musiciens  pleins  de  goût  ;  c'est  dire  qu'ils 
contribuent  brillamment  à  une  complète  exécution  :  ce  qui  n'est  pas 
un  aussi  mince  éloge  qu'on  pourrait  le  croire. 

En  jouant  plusieurs  morceaux  avec  la  sûreté,  la  vigueur,  la  délica- 
tesse de  doigts  et  aussi  avec  le  sentiment  musical  jamais  exagéré,  mais 
jamais  froid,  qui  lui  ont  fait  une  belle  place  parmi  nos  pianistes, 
Mme  Massart  a  jeté  un  vif  éclat  sur  cette  soirée  fort  applaudie  par 
un  auditoire  nombreux  et  des  plus  sympathiques. 

—  Entendre  un  virtuose  de  onze  ans  et  demi  n'est  pas  chose  très- 
rare.  La  nature  se  plaît  à  en  créer  de  temps  en  temps  ;  puis  à  défaut 
d'elle,  il  y  a  des  serres  chaudes  pour  ces  éclosions  prématurées.  On 
a  recours  alors  à  des  études  opiniâtres  après  lesquelles  l'intelligence 
de  l'enfant  sort  quelquefois  anéantie  ou  tout  au  moins  privée  de  sève 
et  de  fraîcheur.  11  n'en  a  pas  été  ainsi  pour  Henry  Ketten,  et  il  y  a 
chez  lui  l'étoffe  d'un  artiste  exceptionnel.  Depuis  l'année  dernière,  il 
a  fait  de  notables  progrès. 

L'autre  soir  le  public  réuni  chez  Herz-  applaudissait  non  pas  un  de 
ces  talents  relatifs  auxquels  on  tient  compte  de  tout,  de  la  longueur 
des  cheveux,  de  la  petitesse  de  la  taille,  des  mains  inhabiles  aux  traits 
en  octaves,  à  l'extension  des  dixièmes  qui  désespèrent  tant  de  pia- 
nistes, mais  un  talent  réel,  naturel  et  acquis.  Henri  Ketten  a  exécuté 
avec  beaucoup  d'aplomb  un  concerto  de  Beethoven,  et  avec  beaucoup 
d'élégance  et  de  clarté  le  chant  de  la  Fileuse,  de  Henri  Litolff,  et 
plusieurs  morceaux  de  J.  Liszt,  de  Thalberg  et  de  Chopin.  Nous  pou- 
vons déjà  donner  de  grands  éloges  à  ce  petit  prodige.  Nous  espérons 
pouvoir  un  jour  les  continuer  à  l'artiste,  et  retrouver  développées  et 
agrandies  les  précieuses  facultés  dont  il  est  si  richement  doué  et  qui 
promettent  un  pianiste,  un  musicien  sérieux  et  peut-être  célèbre. 

M.  Archainbaud  possède  une  fort  jolie  voix  de  baryton.  Il  s'est 
montré  vocaliste  habile  en  disant  l'air  de  Zaïre,  de  Mercadante,  et 
chanteur  expressif  en  phrasant  avec  ampleur  le  Paradis  perdu,  de 
Th.  Ritter. 

Adolphe  BOTTE. 


BIBLIOGRAPHIE  MUSICALE. 

Frédéric  Brîsson.  —  Marta,  trio  pour  piano,  violon  et  orgue.  —  Ro- 
bert le  Diable,  grand  duo  caractéristique  pour  piano  et  orgue.  —  Trio 
de  Guillaume  Tell,  arrangé  pour  piano,  violon  et  orgue. 

Nous  venons  un  peu  tard  pour  exprimer  une  opinion  quelconque  sur 
des  œuvres  qui  ont  déjà  traversé  deux  saisons,  et  qui  sont  aujour- 
d'hui généralement  connues  et  appréciées.  Depuis  que  Frédéric  Bris- 
son  les  a  fait  eutendre  dans  son  concert  de  l'hiver  dernier,  leur 
succès  ne  s'est  pas  démenti,  et  elles  ont  conquis  leurs  grandes  en- 
trées dans  la  plupart  des  salons  où  l'orgue  partage  les  honneurs  dé- 
cernés au  piano.  C'est  donc  pour  les  retardataires  que  nous  prenons 
la  plume  et  que  nous  écrivons  ces  lignes  à  la  louange  du  jeune  et 
gracieux  pianiste-compositeur  dont  les  inspirations  se  sont  en  quel- 
que sorte  spécialisées  au  profit  du  nouvel  instrument  d'Alexandre. 
Son  trio  pour  piano,  violon  et  orgue,  sur  les  principales  mélodies  de 
Marta,  est  un  morceau  des  plus  remarquables,  et  ne  le  cède  en  rien 
à  celui  dont  il  a  emprunté  les  éléments  à  la  Norma.  Après  une  in- 
troduction concertante  entre  les  trois  instruments,  l'orgue  pose  le 
joli  motif  de  la  romance  de  la  Rose,  qui  fournit  le  prétexte  de 
deux  très-brillantes  variations,  l'une  pour  le  violon  et  l'autre  pour 
le  piano  ;  puis  la  deuxième  partie,  plus  vive  et  plus  animée,  re- 
produit tantôt  sur  l'orgue,  tantôt  sur  le  piano  ou  le  violon,  le  motif 
du  chœur  des  servantes.  L'effet  de  ce  trio,  habilement  combiné,  est 
des  plus  heureux .  Les  chants  gracieux  et  spirituels  de  M .  de  Flotow 
y  brillent  d'un  éclat  qui  n'a  rien  à  envier  à  celui  de  la  scène. 

Le  Grand  duo  caractéristique,  pour  piano  et  orgue,  sur  Robert  le  Diable, 
affecte  des  proportions  plus  vastes  et  plus  sérieuses.  On  sent  que 
l'influence  du  génie  de  Meyerbeer  n'est  pas  restée  étrangère  aux 
développements  ingénieux,  aux  traits  élégants,  aux  harmonies  ex- 
pressives qui  font  de  ce  morceau  une  œuvre  réellement  belle.  Le 
piano  et  l'orgue  s'y  donnent  mutuellement  la  réplique  avec  un  art 
et  un  goût  qui  éloignent  l'idée  du  travail  et  ne  laissent  subsister  que 
celle  de  l'inspiration  la  plus  pure  et  la  plus  distinguée.  Par  un 
enchaînement  dont  les  rouages  sont  adroitement  dissimulés,  le 
chant  imposant  et  sublime  :  Nonnes  qui  reposes,  côtoie  un  air  de 
danse,  sans  que  l'on  soit  le  moins  du  monde  choqué  de  ce  contraste. 
Ce  duo  restera  comme  un  des  meilleurs  titres  de  Brisson  à  la  gloire 
que  lui  a  valu  dans  ces  derniers  temps  son  double  talent  de  com- 
positeur au  point  de  vue  du  piano  et  de  l'orgue. 

Nous  craindrions  de  nous  répéter  en  analysant  les  riches  et  brillants 
effets  répandus  à  pleines  mains  dans  l'arrangement,  par  le  même 
auteur,  du  trio  de  Guillaume  Tell,  pour  piano,  violon  et  orgue.  Qu'il 
nous  suffise  de  constater  qu'il  peut  marcher  de  pair  avec  les  deux 
morceaux  d'élite  que  nous  venons  de  mentionner,  et  que  son  succès, 
pas  plus  que  celui  du  trio  de  Marta  et  du  duo  de  Robert  le  Diable,  ne 
saurait  maintenant  être  mis  en  question. 


Allsert  1/Hôte. 


■  Confidence,  pour  piano, 
facile  pour  le  piano. 


■  Rimembrspiza,  fantaisie 


M.  Albert  L'Hôte  vient  de  publier  deux  nouveaux  morceaux,  le  premier, 
intitulé  Confidence,  est  une  mélodie  pour  violon,  élégante,  sagement 
écrite,  d'une  expression  douce  et  tendre,  d'un  charme  pénétrant, 
et  oui  laisse  regretter  qu'elle  soit  aussi  courte  ;  ce  n'est  malheureu- 
sement pas  là  un  défaut  commun  à  tous  les  compositeurs,  et  l'on 
doit  louer  l'auteur  de  Confidence  de  la  sobriété  avec  laquelle  il  a 
écrit  cette  page  charmante,  qui,  comme  toutes  les  productions  de 
ce  genre,  n'exige  de  l'exécutant  qu'une  grande  simplicité  de  style 
unie  à  beaucoup  d'expression.  Le  deuxième  morceau,  qui  a  pour 
titre  Rimembranza,  est  une  fantaisie  facile  pour  le  piano.  Après  une 
introduction  courte,  d'un  mouvement  lent  et  d'un  tour  mélanco- 
lique, vient  un  allegro  moderato  d'une  grâce  exquise  et  d'une  extrême 
délicatesse.  Le  motif  principal,  plusieurs  fois  varié  dans  le  courant 
de  cet  allegro,  est  toujours  ramené  avec  beaucoup  de  bonheur,'  et 
nous  citerons  en  outre  un  passage  en  trémolo  qui  est  d'un  effet 
délicieux  ;  le  morceau  se  termine  par  une  péroraison  mouvementée 
et  vigoureuse  qui  n'exclut  pas  la  distinction.  En  somme  cette  fan- 
taisie est  une  œuvre  très-heureuse  et  réunit  toutes  les  qualités  qui 
constituent  un  excellent  morceau  de  salon. 

Y. 


NÉCROLOGIE. 

]\\     «ÏB€AK». 


Chef  d'orchestre  habile  et  honorable,  Girard  est  mort  au  champ 
d'honneur.  Lundi  dernier,  pendant  la  représentation  des  Huguenots, 


30 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


entre  le  second  et  le  troisième  acte,  il  avait  dit  à  l'un  des  artistes  : 
«  Mettez  la  main  sur  mon  cœur  et  voyez  comme  il  bat  :  je  me 
sens  bien  mal.  »  Et  comme  cet  artiste  l'engageait  à  se  retirer  : 
«  Non,  dit-il,  je  resterai  jusqu'au  bout  ;  je  ne  veux  pas  abandonner  la 
débutante  qui  compte  sur  moi.  »  (C'était  Mlle  Brunet  qui  chantait  pour 
la  première  fois  à  l'Opéra  le  rôle  de  Valentine.)  Girard  resta  donc; 
mais  vers  la  fin  du  troisième  acte  il  chancela  et  sortit  de  l'orchestre, 
soutenu  par  deux  musiciens.  Après  lui  avoir  donné  les  soins  nécessai- 
res, on  le  reporta  mourant  chez  lui,  à  quelques  pas  du  théâtre  ;  un  peu 
plus  tard  il  avait  cessé  de  vivre.  Des  accidents  survenus  déjà  dans 
les  mêmes  circonstances  soit  à  l'Opéra,  soit  à  la  Société  des  concerts, 
auraient  pu  servir  d'avertisssements  ;  mais  le  courageux  artiste  n'o- 
béissait qu'à  la  loi  du  devoir,  et  il  voulut  l'accomplir  jusqu'au  dernier 
moment. 

Girard  (Narcisse)  était  né  à  Mantes  le  28  janvier  1797.  Elève  du 
Conservatoire,  il  remporta  le  premier  prix  de  violon  dans  la  classe  de 
Baillot.  Il  étudia  aussi  la  composition  et  s'y  forma  par  de  sévères  études. 
Après  avoir  visité  l'Italie  et  s'y  être  essayé  comme  chef  d'orchestre, 
il  revint  en  France  où,  vers  les  derniers  temps  de  la  Restauration, 
Rossini  lui  confia  la  direction  de  l'orchestre  du  théâtre  Italien.  Après 
1830,  il  fut  appelé  à  celle  de.l'orchestre  du  théâtre  Nautique.  Au  mois 
de  novembre  1835,  un  concert  fut  donné  par  M.  Hector  Berlioz  et  par 
lui  dans  la  grande  salle  du  Conservatoire.  Girard  s'y  produisit  comme 
compositeur  en  faisant  exécuter  une  ouverture  d'Antigone,  et  une  So- 
nata fantasia  de  Beethoven,  mise  en  symphonie.  Bientôt  le  directeur 
de  l'Opéra-Comique,  M.  Crosnier,  le  chargea  de  diriger  l'orchestre  de 
son  théâtre,  et  il  remplit  ces  fonctions  pendant  onze  années  avec  un 
talent  rare.  Non-seulement  il  perfectionna  singulièrement  l'exécution 
instrumentale,  mais  il  rendit  des  services  réels  aux  jeunes  composi- 
teurs, auxquels  il  donna  souvent  d'utiles  conseils.  Lui-même,  il  écrivit 
la  partition  des  Deux  voleurs  et  celle  du  Conseil  des  Dix,  deux  ou- 
vrages en  un  acte.  Il  avait  aussi  arrangé  et  complété  une  partition 
italienne  du  maestro  Coppola,  la  Pazzaper  amore,  pour  les  débuts 
de  Mme  Eugénie  Garcia. 

L'illustre  Habeneck  ayant  été  mis  à  la  retraite,  Girard  lui  succéda, 
comme  chef  d'orchestre  de  l'Opéra  et  de  la  Société  des  concerts.  A  sa 
mort  il  lui  succéda  encore  comme  professeur  de  violon  au  Conserva- 
toire, et  quand  la  chapelle  impériale  fut  organisée,  il  reçut  de 
M.  Auber  un  titre  de  plus. 

Les  obsèques  de  cet  artiste  éminent  ont  été  célébrées  jeudi  der- 
nier dans  l'église  Saint-Roch.  Dès  neuf  heures  du  matin,  la  vaste  en- 
ceinte était  remplie.  La  nef  réservée  aux  personnes  qui  suivaient  le 
convoi  ne  suffisait  pas  à  contenir  tous  les  amis  du  défunt,  les  profes- 
seurs du  Conservatoire,  artistes  et  notabilités  de  tout  genre.  A  l'entrée 
du  cortège  funèbre,  l'orchestre,  dirigé  par  M.  Tilmant,  a  exécuté  la 
marche  funèbre  de  Beethoven.  Les  cordons  du  char  étaient  tenus 
par  MM.  Auber,  directeur  du  Conservatoire  et  président  de  la  So- 
ciété des  concerts  ;  Halévy,  membre  de  l'Institut  ;  Alphonse  Royer, 
directeur  de  l'Opéra,  etTulou,  ancien  professeur  au  Conservatoire.  Le 
Kequiem  de  Mozart,  exécuté  par  les  artistes  de  la  Société  des  concerts 
et  de  l'Opéra,  écouté  dans  un  religieux  silence,  a  produit  une  pro- 
fonde sensation.  L'offertoire  et  la  marche  de  sortie  ont  été  improvisés 
sur  l'orgue  par  M.  Leprévot.  A  l'arrivée  du  cortège  au  cimetière  Mont- 
martre, les  chœurs  de  la  Société  ont  encore  chanté  le  De  profanais 
avec  un  ensemble  admirable. 

Plusieurs  discours  ont  été  prononcés,  le  premier  par  M.  Lebouc,  se- 
crétaire de  la  Société,  qui  a  caractérisé  Girard  en  ces  termes: 

«  Il  sut,  dans  l'accomplissement  de  ses  fonctions,  mériter  le  respect 

»  et  l'estime  de  ses  subordonnés  par  son  esprit  juste  et  impartial,  en 

»  même  temps  qu'il  obtenait  l'entière  confiance  des  directeurs  de  ces 

»  grandes  entreprises  artistiques. 

»  Une  des  qualités  les  plus  saillantes  du  caractère  de  Girard  fut  la 


»  dignité  d'artiste  qu'il  sut  garder  dans  les  différentes  positions  qu'il 
»  a  occupées. 

»  D'autres  que  moi  vous  diront  sans  doute,  Messieurs,  avec  quelle 
»  énergie  et  quelle  persistance  il  travailla  à  améliorer  la  position  des 
»  artistes  de  l'Opéra;  quant  à  moi,  parlant  spécialement  au  nom  delà 
»  Société  des  concerts,  je  me  plais  à  vous  rappeler  le  zèle  et  l'amour 
»  avec  lesquels  il  s'occupait  de  notre  belle  institution.  Grâce  à  son 
»  goût  exquis,  à  la  justesse  de  ses  observations,  notre  Société  a  conti- 
»  nué  à  suivre  la  voie  de  perfectionnement  dans  laquelle  son  illustre 
»  fondateur  l'avait  fait  entrer.  » 

MM.  Alphonse  Royer  et  Deldevez  ont  ensuite  parlé  au  nom  de 
l'administration  et  des  artistes  de  l'Opéra;  nous  regrettons  de  ne 
pouvoir  reproduire  ici  leurs  paroles  ainsi  que  celles  de  M.  Trianon, 
qui,  à  titre  d'ami,  s'est  particulièrement  attaché  à  retracer  les  qua- 
lités personnelles  de  Girard. 

Le  comité  de  la  Société  des  concerts  a  décidé  qu'en  signe  de  deuil 
sa  seconde  séance  qui  devait  avoir  lieu  aujourd'hui  serait,,  remise  au 
dimanche,  5  février.  C'est  M.  Tilmant  qu'elle  a  choisi  pour  chef,  et 
cet  honneur  est  un  juste  hommage  rendu  au  talent  non  moins  qu'à  la 
modestie  avec  laquelle,  lors  de  l'avènement  de  Girard,  l'ancien  lieu- 
tenant s'était  effacé  devant  le  nouveau  général. 

L'orchestre  de  l'Opéra  passe  sous  la  direction  de  M.  Dietsch,  l'un 
des  chefs  du  chant  de  ce  théâtre. 

Le  règlement  du  Conservatoire  n'admettant  que  trois  classes  de  vio- 
lon, celle  que  tenait  Girard  semble  devoir  être  supprimée  ;  mais  dans 
cette  espèce  de  succession  d'Alexandre  ,  il  reste  encore  un  titre  à 
conférer,  celui  de  chef  d'orchestre  des  concerts  de  la  cour.  Un  nom 
se  présente  tout  d'abord ,  celui  d'Hector  Berlioz ,  qui  déjà  célèbre  , 
consentit  à  s'associer  Girard  dans  le  concert  que  nous  rappelions  tout 
à  l'heure,  lorsque  celui-ci  avait  encore  ses  preuves  à  faire,  et  qu'il 
lui  fallait  un  ferme  appui  pour  l'y  aider. 

P.    S. 


NOUVELLES. 

»*,,.  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra  Mlle  Marie  Brunet  a  fait  lundi 
son  premier  début  dans  le  rôle  de  Valentine,  des  Huguenots.  On  sait 
qu'elle  arrive  de  Marseille,  et  qu'elle  avait  fait  ses  premiers  pas  au 
théâtre  Lyrique  dans  un  petit  rôle  de  la  Fanchonnette;  Alors  elle  sortait  du 
Conservatoire  où  elle  prenait  des  leçons  de  Mme  Damoreau.  Depuis  elle 
a  étudié  avec  Duprez  et  elle  a  voulu  changer  de  genre.  A-t-elle  eu  tort 
ou  raison?  c'est  une  question  que  nous  jugerons  un  autre  jour. 
Mlle  Brunet  doit,  dit-on,  faire  son  second  début  dans  la  Juive. 

***  Le  Pardon  de  Plaërmel  a  été  joué  mardi  et  jeudi.  Maintenant  que  le 
chef-d'œuvre  a  dépassé  sa  soixantième  représentation,  le  moment  est 
venu  d'en  faire  jouir  cette  portion  du  public  auquel  le  théâtre  est  in- 
terdit pendant  la  semaine;  on  le  donnera  donc,  par  extraordinaire, 
aujourd'hui  dimanche,  et  la  salle  ne  suffira  pas  à  contenir  la  foule  qui 
voudra  profiter  de  l'occasion. 

t%  Le  théâtre  Italien  annonce  pour  mardi  prochain  la  reprise  d'il 
Malrimonio  segreto,  de  Cimarosa,  qui  n'a  pas  été  chanté  à  Paris  depuis 
la  saison  1846-47. 

»*»  Giuglini  est  engagé  à  la  Scala  de  Milan  pour  douze  représentations 
et  à  raison  de  2,000  fr.  par  soirée.  Les  débuts  du  célèbre  ténor  auront 
lieu  dans  la  Favorite. 

„*„  Le  théâtre  Lyrique  a  donné  hier  la  première  représentation  de  J/« 
tante  dort,  opéra-comique  en  un  acte,  de  MM.  Hector  Crémieux  et  Cas- 
pers. 

t%  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout 
genre,  pendant  le  mois  de  décembre,  se  sont  élevées  à  la  somme  de 
1,389,619  fr.  85  c. 

a*.  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  joué  avec  le  succès  le  plus 
éclatant  à  Hambourg  et  à  Dresde.  Dans  la  première  ville  ,  c'est 
Mlle  Schubert  qui  a  rempli  le  rôle  de  Dinorah  :  elle  s'est  montrée  charmante 
comme  comédienne  et  comme  cantatrice  ;  elle  a  été  rappelée  à  diffé- 
rentes reprises.  A  Dresde,  où  Meyerbeer  se  trouvait  de  passage,  le  maître 


DE  PARIS. 


31 


a  été  rappelé  après  chaque  acte,  et  S.  M.  le  roi  de  Saxe  l'a  fait  venir 
dans  sa  loge  pour  lui  exprimer  son  admiration.  Tous  les  artistes  ont  dû 
reparaître  après  chaque  acte,  et  Mme  Burde-Ney,  qui  jouait  le  rôle  de 
Dinorah,  a  été  rappelée  trois  fois  après  l'air  de  l'Ombre. 

***  A  la  liste  des  villes  où  le  Pardon  de  Ploërmel  doit  être  prochaine- 
ment représenté,  on  doit  ajouter  Angers  et  Strasbourg. 

*%  Voici  le  programme  du  concert  que  Richard  Wagner  donnera  mer- 
credi prochain,  25  janvier,  au  théâtre  Italien  :  1°  ouverture  du  Vaisseau- 
Fantôme  ;  2°  marche  et  chœur  ;  3°  introduction  du  troisième  acte  (pèle- 
rinage); h°  chant  des  pèlerins;  5°  ouverture  du  Tannhaustr;  6°  prélude 
de  Tristan  et  Iseult;  7°introduction  :  8"  marche  des  fiançailles  (avec  chœur); 
9"  fête  nuptiale  (introduction  du  troisième  acte)  et  épithalame  du  Lohen- 
grin.  L'orchestre  et  les  chœurs  seront  dirigés  par  Richard  Wagner. 

***  Emile  Prudent  est  de  retour  de  son  voyage  à  Metz  et  à  Nancy,  où 
il  vient  d'obtenir  un  véritable  succès  d'enthousiasme.  Le  célèbre  ar- 
tiste passera  tout  l'hiver  à  Paris. 

**,  La  troupe  organisée  par  les  soins  de  M.  Willert  Beale  pour  entre- 
prendre une  grande  tournée  artistique  dans  le  Royaume-Uni,  est  main- 
tenant au  grand  complet  et  a  commencé  ses  excursions  depuis 
quelques  jours.  Les  premières  séances  ont  obtenu  beaucoup  de  succès , 
et  les  rappels  n'ont  manqué  ni  à  M.  Bottesini  ni  à  MM.  Sivori,  Engel  et  Rei- 
chardt  ;  en  somme  l'effet  produit  est  très-bon,  et  tout  annonce  que  ce 
voyage  musical  sera  couronné  du  plus  beau  succès.  Voici  les  noms  des 
artistes  engagés  par  le  célèbre  imprésario  anglais  :  Partie  vocale,  Mlle  Cor- 
bari,  Mmes  Badia  et  Fiorentini;  MM.  Reichardt,  Tagliafico  et  Hatton. — 
Partie  instrumeniale  :  piano,  M.  Brinley  Richards  ;  violon,  M.  Sivori;  har- 
monium, M.  Engel;  contre-basse,  M.  Bottesini;  chef  d'orchestre,  M.  Hat- 
ton. Mlle  Corbari  a  été  engagée  en  remplacement  de  Mlle  Balfe,  qui  a 
rompu  son  engagement  au  dernier  moment. 

**„  Sur   !a  proposition  de  S.  Exe.  le  ministre  de  l'agriculture,  du 

commerce  et  des    travaux  publics,  M.   Alexandre   (Edouard),   facteur 

d'instruments  de  musique,  a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur. 

t%  S.  M.  le  roi  de  Wurtemberg  vient  de  faire  remettre  à  l'éditeur 
M.  G.  Brandus  la  médaille  en  or  de  l'ordre  du  Mérite  civil. 

„%  S.  M.  l'Empereur  a  envoyé  à  M.  Jules  Cohen  une  belle  médaille, 
à  l'occasion  de  la  cantate  composée  par  lui  et  exécutée  au  théâtre 
Lyrique,  après  la  victoire  de  Solferino. 

„**  La  préfecture  de  la  Seine  publie  l'avis  suivant  :  n  Un  concours  de 
composition  chorale,  sans  accompagnement,  est  ouvert  par  la  commission 
de  surveillance  de  l'enseignement  du  chant  dans  les  écoles  communales 
de  Paris.  Deux  médailles  d'or,  de  la  valeur  de  430  fr.  chacune,  seront 
décernées,  l'une  à  l'auteur  d'un  chant  pour  voix  d'hommes,  et  l'autre  à 
l'auteur  d'un  chant  pour  1er  et  2°  dessus,  ténors  et  basses.  Les  composi- 
teurs ont  la  liberté  de  choisir  les  paroles  qu'ils  mettront  en  musique; 
mais  ils  rejetteront  rigoureusement  toute  poésie  qui,  par  le  sujet  ou  par 
le  style,  ne  répondrait  pas  à  la  destination  de  leurs  morceaux  :  les  éta- 
blissements primaires  de  la  ville.  Les  morceaux  couronnés  seront  exé- 
cutés dans  une  des  grandes  séances  publiques  de  l'Orphéon.  Us  resteront 
la  propriété  des  auteurs.  Les  manuscrits  devront  être  envoyés  à  l'Hôtel 
de  Ville,  au  bureau  de  l'instruction  primaire,  avant  le  15  mars  1860.  Ils 
ne  devront  pas  porter  de  nom  d'auteur,  mais  ils  seront  accompagnés 
chacun  d'une  épigraphe  ou  devise  qui  sera  reproduite  sur  un  billet  ca- 
cheté dans  lequel  le  nom  de  l'auteur  sera  inscrit.  » 

„.**  Les  examens  pour  l'obtention  du  certificat  d'aptitude  à  l'emploi  de 
professeur  de  chant,  dans  les  écoles  communales  de  Paris,  auront  lieu 
vers  la  fin  du  mois  de  janvier. 

,%  Théodore  Ritter  est  de  retour  de  son  excursion  à  Marseille,  où  il 
s'est  fait  entendre  avec  un  immense  succès. 

„.*„,  On  annonce  que  Mme  Szarvady  (Wilhelmine  Clauss)  doit  donner, 
pendant  la  saison,  trois  concerts,  dont  le  premier  est  fixé  au  28  janvier. 
Pour  une  artiste  d'un  talent  si  rare  et  de  nature  tout  à  fait  exception- 
nelle, il  n'est  besoin  que  de  citer  son  nom  et  d'y  ajouter  une  date  pour 
que  le  succès  du  concert  soit  assuré. 

***  F.  Brassin,  l'éminent  pianiste,  dont  les  grands  succès  en  Belgique, 
en  Hollande  et  en  Allemagne  sont  connus,  vient  d'arriver.  Il  passera 
l'hiver  à  Paris  et  se  fera  entendre  en  public. 

„,**  A  peine  de  retour  de  Bâle,  où  il  vient  de  se  faire  entendre  dans 
un  brillant  concert  avec  Stockhauson,  M.  Hans  de  Bulovv  se  dispose  à 
donner  une  soirée  musicale  dans  les  salons  Pleyel  vendredi  prochain 
27  janvier.  Entre  autres  œuvres  classiques,  M.  de  Bulow  exécutera  la 
sonate  op.  106  de  Beethoven,  et  divers  morceaux  de  Chopin,  Liszt 
et  Mendelssohn. 

„**  M.  A.  Kalkbrenner  qui  depuis  longtemps  avait  privé  le  public  de 
ses  productions  musicales,  vient  de  se  décider,  après  le  succès  de  sa 
mosaïque  sur  le  Pardon  de  Ploërmel,  à  faire  paraître  une  série  de  com- 


positions nouvelles  et  de  genres  différents,  chez  l'éditeur  Saint-Hilaire. 
Outre  une  collection  de  musique  de  danse,  il  nous  promet  un  grand  trio 
pour  piano,  violon  et  violoncelle ,  et  plusieurs  morceaux  de  chant 
M.  Kalkbrenner  inaugure  cette  publication  par  les  Chants  de  l'Italie, 
trois  nocturnes  dé  caractère  pour  piano,  et  Faites  l'aumône  à  l'orphelin, 
stances  de  M.  Paul  Saunière. 

***  Un  violoniste  belge  dont  on  dit  beaucoup  de  bien,  M.Jacques  Dupuis, 
va  se  faire  entendre  pour  la  première  fois  à  Paris  au  prochain  concert  de 
la  Société  des  jeunes  artistes,  dirigés  par  M.  Pasdeloup.  M.  Jacques  Du- 
puis exécutera  le  concerto  de  Beethoven. 

„,*,,,  C'est  jeudi  prochain  que  doit  avoir  lieu  la  seconde  des  quatre 
séances  de  musique  de  chambre  données  par  M.  Charles  Lamoureux. 
Outre  le  quatuor  en  ré  mineur  de  Mozart  et  différents  autres  morceaux 
classiques,  M.  Lamoureux  fera  entendre  une  nouvelle  sonate  d'Adolphe 
Blanc  pour  piano  et  violon. 

***  L'un  des  plus  brillants  disciples  de  Prudent,  M.  Léon  Dufils, 
dont  nous  avons  fait  connaître  les  succès  dans  nos  principales  villes  de 
France,  va  se  faire  entendre  pour  la  première  fois  à  Paris.  Il  donnera,  le 
mercredi  8  février,  dans  la  salle  Herz,  un  concert  à  grand  orchestre,  sous 
l'habile  direction  de  M.  Tilmant  et  avec  le  concours  de  nos  plus  grandes 
célébrités  musicales. 

t*t  L'excellent  violoniste  Jean  Becker,  virtuose  de  S.  A.  I.  la  grande 
duchesse  de  Bade,  vient  d'arriver  de  Londres  où  il  a  obtenu  les  plus  lé- 
gitimes et  les  plus  brillants  succès  à  Saint-Jame's-Hall.  Paris  va  être  ap- 
pelé à  l'applaudir  de  nouveau,  car  on  annonce  son  premier  concert,  dans 
les  magnifiques  salons  Erard,  pour  le  mardi  soir,  7  février,  avec  le  con- 
cours d'artistes  les  plus  distingués. 

„/%,  Géraldy  a  fait  entendre  dimanche  dernier,  dans  la  brillante  mati- 
née donnée  par  le  jeune  pianiste ,  M.  G.  Pfeiffer,  deux  nouvelles  com- 
positions de  M.  Charles  Manry,  l'Enfant  dangereux  et  Fleur  d'Italie.  Ces 
charmantes  mélodies  pleines  de  grâce  et  de  sentiment  ont  valu  à  Gé- 
raldy, qui  les  a  chantées  avec  le  goût  et  la  méthode  parfaite  qu'on  lui 
connaît,  les  plus  chauds  applaudissements. 

„.**  M.  Spira  qui,  il  y  a  une  dizaine  d'années,  obtenait  de  très-curieux 
résultats  au  moyen  d'un  instrument  fabriqué  avec  de  petits  morceaux 
de  bois,  vient  d'arriver  à  Paris  où  il  compte  se  faire  entendre. 

»%  On  annonce  la  prochaine  inauguration  des  nouveaux  salons  d'Erard. 
Ils  sont  parfaits,  dit-on,  sous  le  rapport  de  l'acoustique  et  peuvent, 
contenir  environ  trois  cents  personnes.' 

***  Samedi  dernier,  Mlle  Balby,  élève  du  Conservatoire ,  s'est  fait  en- 
tendre au  Cercle  des  sociétés  savantes  ;  la  jeune  artiste  a  dit  avec  beau- 
coup de  goût  l'air  du  Concert  à  la  cour  ;  elle  a  été  très-bien  accueillie. 

»*t  Le  jeudi,  2  février  1860,  l'association  des  artistes  musiciens  de 
France  célébrera  la  Fête  de  la  Purification,  en  faisant  entendre  en  l'église 
de  Saint-Vincent  de  Paul  une  nouvelle  messe  solennelle  avec  soli,  chœur 
et  grand  orchestre,  de  M.  Léon  Gastinel,  spécialement  composée  pour 
cette  circonstance.  Les  artistes  au  nombre  de  deux  cents,  seront  di- 
rigés par  M.  Deloffre.  Le  grand  orgue  sera  tenu  par  M.  Cavallo. 

**„.  Le  concert  de  Jacques  Baur,  qui  devait  avoir  lieu  le  25  de  ce 
mois,  est  remis  au  1k  février  prochain. 

***  M.  de  Berens,  compositeur'  suédois,  vient  de  faire  représenter  à 
Stockholm  une  partition  en  deux  actes  sur  le  poème  de  Lulli  et  Quinault, 
On  a  déjà  du  même  compositeur  le  Songe  d'une  nuit  d'été,  ainsi  qu'un 
opéra  intitulé  \ioletta. 

+%  Voici  un  de  ces  actes  de  bonne  confraternité  artistique  que  l'on. 
est  heureux  de  citer.  Pendant  un  des  jours  de  verglas  qui  ont  signalé 
le  mois  de  décembre,  un  artiste  lillois,  M.  Renaud,  gagnait  modestement 
à  pied  le  village  d'Annapes,  où  l'appelait  son  travail.  M.  Renaud  est  le 
chef  de  la  musique  d'Annapes  et  de  celle  du  tissage  de  Marquette,  et, 
comme  tel  se  rend  chaque  semaine  dans  les  localités  pour  y  donner 
ses  leçons  et  diriger  les  répétitions.  M.  Renaud,  en  chemin,  glissé  tout  à 
coup,  tombe  et  se  brise  la  cheville  du  pied  droit.  Quelques  instants  après, 
on  ramassait  l'artiste  sur  la  route  et  on  le  transportait  chez  lui.  Depuis  ce 
jour,  le  chef  de  musique  est  cloué  dans  son  lit;  la  guérison  d'une  bles- 
sure du  genre  de  celle  qu'il  a  reçue  est  longue;  il  faut  de  l'argent,  beau- 
coup d'argent,  et  les  musiciens  modestes  ne  font  jamais  fortune,  loin  de 
là.  Pour  comble  de  malheur,  les  leçons  n'allaient  pas,  ejt  on  pouvait 
craindre  que  l'absence  du  chef  n'entraînât  la  désorganisation  des  mu- 
siques qu'il  dirigeait  si  son  remplacement  n'était  pas  effectué.  Le  chef  de 
musique  du  S61'  de  ligne  s'entendit  alors  avec  son  sous-chef  pour  faire 
le  service  de  l'artiste  blessé  pendant  son  traitement  ;  la  proposition 
qu'ils  en  firent  au  corps  de  musique  fut  accueillie  avec  empressement,  et, 
depuis,  le  chef  du  86"  se  rend  à  Marquette  toutes  les  semaines,  le  sous- 
chef  à  Anapes,  et  tous  deux  gardent  intacte  la  position  qui  était  la  plus 
belle  partie  des  ressources  du  blessé. 

„%  Un  facteur  de  pianos  à  Vienne  annonce  qu'il  donnera  à  chaque 
acheteur  de  piano  une  prime  consistant  en  un  professeur  de  piano,  d'une 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


valeur  relative  à  celle  de  l'instrument.  Des  leçons  seraient  ainsi  données 
à  l'acheteur  gratis,  ou  plutôt  en  prime,  pendant  six  mois,  qui  suffisent, 
d'après  la  même  annonce,  pour  apprendre  parfaitement  à  jouer  sur  les 
magnifiques  pianos  sortant  de  cette  fabrique. 

„,*„  Histoire  d'un  inventeur  au  dix-neuvième  siècle,  tel  est  le  titre  de 
la  publication  infiniment  curieuse  et  instructive  que  M.  Oscar  Comet- 
tant  a  consacrée  aux  ouvrages  et  aux  luttes  d'Adolphe  Sax.  Nous  nous 
occuperons  de  ce  livre  qui  vient  de  paraître  et  ne  manquera  pas  de 
lecteurs. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


**„  Strasbourg,  14  janvier.  —  Les  séances  de  musique  de  chambre  de 
MM.  Schwaederlé,  Mayerhofer,  Weber  et  Oudshoorn  sont  arrivées  à  leur 
apogée.  Depuis  cinq  ans  MM.  les  artistes-sociétaires  ont  à  se  réjouir  d'une 
sympathie  toujours  croissante  de  la  part  du  public,  et,  dimanche  dernier, 
la  salle  de  la  mairie  s'est  trouvée  littéralement  trop  petite  pour  contenir  la 
société  d'élite  qui  s'y  était  donné  rendez-vous.  Outre  un  charmant  quatuor 
d'Haydn  et  la  grande  fugue  du  neuvième  quatuor  de  Beethoven,  le  pro- 
gramme portait  encore  le  concerto  pour  violon  d'Auber,  l'illustre  chef  de 
l'école  française.  M.  Schwaederlé  a  su  mettre  en  relief  avec  l'admirable 
talent  qu'on  lui  connaît  toutes  les  beautés  de  la  composition  d'Auber 
qui  a  été  acclamée  par  la  salle  entière.  Une  toute  jeune  pianiste, 
Mlle  Fanny  Schwaederlé,  a  interprété  avec  grâce  et  beaucoup  d'entente 
musicale  le  trio  en  mi  majeur  de  Mozart,  dans  lequel  elle  a  été  parfai- 
tement secondée  par  MM.  Schwaederlé  et  Oudshoorn. 

,*,  Reims.  —  La  Société  des  concerts  vient  de  donner  avec  succès  son 
deuxième  concert  de  la  saison.  Les  artistes  engagés  étaient  :  Mme  Borghi- 
Mamo,  MM.  Graziani  et  Ernest  Nathan,  l'excellent  violoncelliste.  M"  Borghi 
a  fait  fureur,  principalement  avec  la  Chanson  Napolitaine,  de  Braga,  et 
dans  le  duo  du  Barbiere  avec  Graziani,  qui,  lui  aussi,  a  récolté  de  nom- 
breux bravos.  Ernest  Nathan  a  délicieusement  accompagné  sur  son  vio- 
loncelle Am.or  funesto,  mélodie  de  Bonoldi;  le  Souvenir  de  Bellini  et  sur- 
tout le  Caprice,  sur  des  airs  napolitains,  deux  charmants  morceaux  de  sa 
composition,  ont  valu  à  Ernest  Nathan  un  succès  d'enthousiasme. 

»*„,  Lille.  —  Les  répétitions  du  Pardon  de  Ploërmel  se  font  avec 
beaucoup  de  soin.  Ce  bel  ouvrage  sera  joué  mardi  ou  jeudi  prochain,  et 
aura  pour  interprètes  Mm*  Jienaud,  première  chanteuse,  Barré,  baryton, 
et  un  trial  du  théâtre  de  Gand  engagé  pour  cet  important  ouvrage.  Trois 
beaux  décors  sont  peints  par  Wicart,  décorateur  lillois. 

■m\  Lyon.  —  La  matinée  de  M.  Pontet  a  emprunté  un  attrait  tout 
nouveau  à  la  présence  de  Mlle  Dorville,  jeune  pianiste  que  Paris  a 
applaudie  et  qui  est  venue  depuis  peu  se  fixer  à  Lyon.  Cette  char- 
mante artiste  a  tenu  la  partie  de  piano  dans  le  quatuor  de  Weber  avec 
une  netteté  et  un  sentiment  musical  qui  lui  ont  valu  l'accueil  le  plus 
brillant. 

j,**  Rouen.  —  La  reprise  de  Joconde  a  été  accueillie  avec  un  véritable 
plaisir;  la  charmante  partition  de  Nicolo  a  été  très-bien  interprétée  par 
MM.  Méric,  Bouvart  et  M™8  Barbot.  A  l'étude  le  Pardon  de  Ploërmel  dont 
la  première  représentation  est  attendue  avec  la  plus  vive  impatience. 

x*t,  Chalons-sur-Saône,  9  janvier.  —  Les  Malices  de  Nicaise  ,  tel  est  le 
titre  d'un  opéra-comique,  œuvre  de  deux  Chalonnais,  et  dont  notre  scène 
doit  avoir  la  primeur.  La  représentation  est  fixée  au  19  courant.  Si  nous 
en  croyons  les  indiscrétions  de  quelques  amateurs,  ce  début  serait  des 
plus  remarquables  et  de  nature  à  faire  concevoir  les  plus  belles  espé- 
rances. Les  rôles  principaux  sont  confiés  a  Mme  Bellet  et  à  M.  Morrisson, 
baryton  de  Paris. 

**„  Perpignan  —  On  répète  VÈtoile  du  Nord  dont  la  reprise  aura  lieu 
au  premier  jour.  On  parle  aussi  d'un  opéra  inédit,  œuvre  de  deux  com- 
patriotes, et  dont  on  dit  d'avance  beaucoup  de  bien.  . 

***  Marseille.  —  Mlle  Octavie  Caussemille  vient  de  donner  au  Grand- 
Théâtre  un  concert  qui  laissera  le  souvenir  d'une  véritable  solennité  ar- 
tistique. La  jeune  virtuose  avait  choisi  le  quatrième  concerto  syinpho- 
nique  de  Henri  Litolu"  pour  piano  et  orchestre,  vaste  composition  qui 
réunit  tous  les  caprices,  toutes  les  combinaisons  les  plus  difficiles  dont 
l'habile  et  savante  pianiste  a  su  triompher  en  artiste  supérieure.  A 
chaque  période,  enlevée  avec  la  plus  merveilleuse  précision,  il  y  a  eu 
des  applaudissements  sans  fin,  puis,  après  le  scherzo,  plusieurs  bouquets 
sont  tombés  sur  l'estrade,  et  Mlle  Caussemille,  rappelée  par  toute  la 
salle,  a  reparu  au  milieu  de  l'enthousiasme  universel.  Le  concerto  de 
Litolff  terminait  la  première  partie  du  concert.  Dans  la  seconde,  Mlle  Caus- 
semille a  joué  avec  un  talent  hors  ligne  la  fantaisie  de  Leybach  sur  la 
Sonnambula,  la  Jota  aragoness,  de  Gottschalk,  et  Un  carnaval  de  plus,  de 
Fumagalli.  La  partie  vocale  a  obtenu  aussi  un  succès  de  bon  aloi,  ce  qui 


n'est  pas  surprenant,  puisqu'elle  se  composait  de  Mme  Meillet,  de 
Mlle  Lischtner,  de  MM.  Monjauze,  Ismaël  et  Depassio.  Un  air  de  la  Flûte 
enchantée,  un  duo  de  Martha,  le  boléro  des  Vêpres  siciliennes,  la  canzon- 
nette  de  Marco  Spaia,  etc.,  en  ont  fait  les  frais.  L'orchestre,  vaillam- 
ment conduit  par  M.  Momas,  a  supérieurement  rendu  les  deux  ouver- 
tures du  Freischiitz  et  de  Zampa,  et  jamais  Mlle  Caussemille  ne  sera 
mieux  secondée  qu'elle  ne  l'a  été  dans  la  merveilleuse  exécution  du 
quatrième  concerto  de  Litolff. 


CHRONIQUI    ÉTRANGÈRE. 


**,,,  La  Haye,  1 8  janvier.  —  Stradella,  l'opéra  de  M.  de  Flotow,  a 
parfaitement  réussi,  et  la  seconde  représentation  avait  attiré  une  foule 
immense.  L'effet  du  quatrième  acte  a  été  surtout  des  plus  brillants. 
M.  Tapiau  a  chanté  avec  beaucoup  de  goût  le  rôle  de  Stradella.  Les 
personnages  des  deux  bravi  ont  été  parfaitement  rendus  par  MM.  d'Hooghe 
et  Vrydagh.  —  Après  avoir  paru  en  décembre  dans  II  Trova- 
lore,  Ernani  et  Lucrèce,  c'est  dans  Norma  que  se  produisait  sa- 
medi dernier  Mme  de  Vriès  (ancienne  choriste  du  théâtre  de  la 
Haye,  sa  ville  natale).  Le  succès  de  cette  éminente  cantatrice,  qui  a 
créé  et  joué  presque  consécutivement  vingt-huit  fois  le  rôle  de  Fidès,  du 
Prophète,  à  la  Nouvelle-Orléans,  rappelle  les  ovations  qu'a  obtenues  ici 
Jenny  Lind,  il  y  a  quatre  ou  cinq  ans,  dans  ses  fameux  concerts.  Quel- 
ques jours  avant  la  représentation  de  Norma,  Mme  de  Vriès  avait  géné- 
reusement prêté  le  concours  de  son  talent  au  neuvième  concert  donné 
au  profit  de  la  caisse  de  pensions  et  secours  aux  artistes.  L'or- 
chestre a  ouvert  le  concert  par  une  belle  symphonie  de  Joh.  Ver- 
hulst,  admirablement  exécutée  sous  la  direction  de  l'auteur.  Tous  les 
autres  morceaux,  pour  lesquels  M.  Lubeck  a  repris  le  bâton  de  chef  d'or- 
chestre, ont  également  été  enlevés  avec  une  précision  et  une  verve  d'exécu- 
tion toujours  dignes  des  plus  grands  éloges. 

^^Manheim.  —  Le  succès  du  Pardon  de  Ploërmel  se  consolide  de  plus 
en  plus.  Mlle  Mayerhofer  est  une  excellente  Dinorah,  M.  Becker,  un  Hoël 
très-remarquable,  et  M.  Rocke  se  montre  charmant  dans  le  rôle  deCoren- 
tin.  Les  décors  peints  par  MM.  Muhldorfer,  attaché  au  théâtre  de  notre 
ville,  sont  admirables. 

„*„  Vienne.  —  Ander,  qui  faisait  sa  rentrée  par  le  rôle  de  Stradella,  a 
reçu  le  plus  chaleureux  accueil.  La  représentation  du  charmant  opéra  de 
Flotow  a  été  pour  Ander  "l'occasion  d'un  véritable  triomphe.  Manfred, 
musique  de  Robert  Schumann,  a  disparu  de  l'affiche  après  la  première 
représentation.  On  répète  très-activement  Iphigénie  en  Tauride,  opéra  de 
Gluck.  Pendant  la  dernière  saison  il  y  a  eu  au  théâtre  de  la  Cour  trois 
cent  quinze  représentations,  dont  deux  cent  quarante-trois  pour  l'opéra 
allemand,  et  soixante-  douze  pour  l'opéra  italien. 

*%  Berlin.  —  Au  théâtre  F.  Wilhelmstadt  a  eu  lieu  la  représentation 
de  Un  vieux  compagnon  ouvrier,  pièce  à  ariettes  par  M.  Kaiser.  Après  11 
Barbiere,  les  Italiens  donneront  Cenerentola,  Lucia,  il  Trovatore.  Dans 
Lucia  doit  débuter  la  signora  Rose  de  Ruda. 

»%  Milan.  —  On  a  donné  il  y  a  quelques  jours  au  théâtre  Carcano,  la 
première  représentation  d'un  opéra  en  quatre  actes,  intitulé  Marie  Tudor, 
et  tiré  du  drame  de  Victor  Hugo.  La  partition  est  du  maestro  Kachpéroff, 
compositeur  russe.  Le  succès  a  été  complet. 

t\  Naples.  —  M.  Major  Tedesco,  frère  de  la  célèbre  cantatrice,  vient 
de  faire  exécuter  par  les  élèves  du  Conservatoire  deux  ouvertures  qui 
ont  obtenu  un  très-grand  succès.  Il  a,  de  plus,  composé  une  messe  qui, 
par  faveur  spéciale,  a  été  aussi  exécutée  au  Conservatoire  et  lui  a 
valu  les  félicitations  de  tous  les  maîtres  attachés  à  cet  établissement. — 
M.  le  duc  de  Satriano,  surintendant  des  théâtres  royaux,  vient  de  donner 
sa  démission  qui  a  été  acceptée  :  son  successeur  n'est  pas  encore  désigné 
officiellement.  —  Morosina,  nouvel  opéra  de  M.  Petrella,  a  été  repré- 
senté le  6  janvier  au  théâtre  Saint-Charles.  L"ouvrage  n'a  eu  qu'un 
succès  d'estime,  et  a  été  assez  froidement  accueilli.  —  On  répète  au 
même  théâtre,  Gemma,  qui  sera  chanté  par  Mlle  Spezza.  MM.  Mazzoleni 
et  Pizzigali.  —  Le  ballet  de  Rita  est  décidément  tombé,  eu  dépit  des 
efforts   et  du  talent   de  Mlle  Boschetti. 

t*t  Madrid,  8  janvier.  —  Mlle  Trebelli ,  la  brillante  élève  de  Wartel , 
a  obtenu  un  nouveau  triomphe  dans  Lucrc-ia  Borgia:  elle  y  a  chanté  le 
Brindisi  avec  tant  de  hardiesse  et  d'éclat,  que  le  public  l'a  obligée  d'en 
répéter  le  dernier  couplet. 


s.  OCFOCR. 


l.ÉON  CI1A1X   ET  c,  nui; 


BUREAUX  A'  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


IV°  o. 


29  Janvier  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dana  les  Pépnrtrments  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Murcrmnds  de  Musique,  Us  Libraires,  et  aux 
Fui-eaux  des  RKs^igiTirs  et  des  Postes. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse...      30  «       id. 

Étranger 34  »       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICAL 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  Italien  :  Premier  concert  de  Richard  Wagner; 
reprise  de  II  Matrimonio  segrelo,  par  Paul  Smith .  —  Théâtre  Lyrique  : 
Ma  tante  dort,  opéra  comique  en  un  acte,  paroles  de  M.  Hector  Crémicux, 
musique  de  M.  Henri  Caspers,  par  Léon  Bnrocher.  —  F.  Brassin,  par 
Adolphe  Botte.  —  Auditions  musicales,  par  le  même.  —  Revue  des  théâ- 
tres, par  D.   A.  B.  Saint-Yves.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  ITALIEN. 

Premier  concert  «le  Richard  Wagner. 

(Mercredi  25  janvier.) 

C'est  quelque  chose  sans  doute  que  de  se  croire  et  de  s'intituler 
fièrement  :  Musique  de  l'avenir;  il  paraît  néanmoins  que  cette  musique 
ne  serait  pas  fâchée  de  devenir  aussi  un  peu  celle  du  présent,  et  la 
voilà  qui,  franchissant  le  Rhin,  nous  arrive  en  la  personne  de  son  plus 
célèbre  représentant,  Richard  Wagner.  Et  pourtant  n'avait-il  pas  dé- 
claré quelque  part  dans  ses  écrits  qu'après  avoir  tenté  vainement  de 
se  faire  comprendre  du  public  et  des  critiques,  il  n'avait  plus  rien  à 
attendre  de  la  génération  actuelle  et  ne  travaillait  que  pour  l'autre  ? 
mais  fallait-il  s'en  fier  à  sa  parole?  Mozart  lui-même  était-il  bien  sin- 
cère lorsqu'il  disait  que  la  musique  de  Don  Juan  n'avait  été  faite  que 
pour  lui  et  pour  ses  amis  ? 

Quoi  qu'il  en  soit,  au  seul  nom  de  Hichard  Wagner  tout  le  monde 
musical  s'est  ému  ;  à  la  seule  annonce  de  son  concert,  tous  les  ar- 
tistes et  amateurs  se  sont  mis  en  mesure  d'y  assister,  et  mercredi,  la 
salle  Ventadour  s'est  trouvée  complètement  remplie.  Le  programme  ne 
se  composait  que  de  huit  morceaux,  et  dans  ces  huit  morceaux  il  n'y 
avait  pas  un  solo  ;  rien  que  des  ouvertures,  des  introductions,  des 
marches  et  des  chœurs.  La  curiosité  générale  n'avait  pas  eu  besoin 
d'autre  excitant  que  le  nom  de  l'auteur  et  le  titre  des  ouvrages  dont 
tous  ces  fragments  étaient  tirés  :  Vaisseau- Fantôme ,  Tannhœuser, 
Tristan  et  Iseult,  Lohcngrin. 

Richard  Wagner  n'est  pas  seulement  un  compositeur,  c'est  tout  un 
système.  Pour  lui  l'opéra  n'est  plus  l'opéra  tel  que  nous  l'avons  connu, 
aimé,  applaudi  jusqu'à  nos  jours;  ses  formes,  consacrées  par  le  temps, 
ne  sont  que  des  conventions  dont  il  faut  se  hâter  de  faire  justice. 
L'opéra  et  le  drame  doivent  se  fondre  en  un  seul  corps,  de  même  que 
la  poésie  et  la  musique  en  un  seul  langage.  Donc,  il  n'est  plus  ques- 
tion d'airs,  de  duos,  trios,  quatuors,  etc.,  etc.,  la  ballade  et  la  chan- 
son obtiennent  seules  merci  comme  produit  spontané  de  la  nature.  La 


mélodie  n'est  plus  admise  que  dans  des  cas  exceptionnels  et  à  con- 
dition de  se  dépouiller  de  toutes  les  vieilles  combinaisons,  retours  pé- 
riodiques de  motifs  principaux,  répétitions  de  paroles  et  autres  moyens 
que  les  musiciens  d'autrefois  jugeaient  propres  à  en  augmenter  le 
charme  et  la  puissance  expressive.  Comment  et  par  quels  degrés  l'au- 
teur de  ce  système  en  est-il]venu  à  le  concevoir,  à  le  formuler,  à  le  mettre 
en  pratique  ?  Quelle  est  au  fond  sa  valeur,  et  quelle  sera  probablement  sa 
destinée?'  Nous  n'avons  pas  à  nous  en  occuper  :  toutes  ces  choses  ont 
été  racontées,  exposées,  discutées  avec  une  telle  autorité  de  science 
et  de  raison  par  notre  illustre  collaborateur,  M.  Fétis,  que  notre  tâche 
est  plus  que  remplie  d'avance.  Quel  autre  que  lui  pourrait  ajouter 
quelque  chose  aux  belles  et  profondes  études  qu'il  a  publiées  dans  ce 
journal  même  (1)?  Là  est  notre  profession  de  foi  ;  là  sont  nos  doctri- 
nes, et  nous  ne  saurions  en  avoir  d'autres. 

Cependant  Richard  Wagner  se  décide  à  tenter  chez  nous  une  épreuve 
qui  ne  manque  ni  d'intérêt  ni  d'importance.  Il  vient  en  quelque  sorte 
nous  consulter  pour  savoir  ce  que  nous  pensons,  non  plus  seulement 
de  ses  théories,  mais  de  ses  œuvres.  Or,  pour  que  l'épreuve  soit 
sérieuse  ,  la  consultation  utile  et  décisive,  il  faut  d'abord  lui  accorder 
l'audience  qu'il  sollicite,  l'attention  à  laquelle  il  a  droit.  Pour  notre 
part,  quand  même  nous  aurions  oublié  que  nous  avons  eu  l'honneur 
de  le  compter  parmi  nos  collaborateurs,  quand  nous  ne  tiendrions  nul 
compte  de  sa  situation  politique,  nous  n'en  serions  pas  moins  dispo- 
sés à  l'accueillir,  à  l'écouter,  à  ne  le  juger  enfin  qu'en  parfaite  con- 
naissance de  cause. 

Le  premier  concert,  donné  mercredi  dernier,  sera  suivi  de  plusieurs 
autres,  et  le  second,  qui  aura  lieu  mercredi  prochain,  en  reproduira 
exactement  le  programme.  Ce  que  nous  avons  à  constater  dès  à  présent, 
c'est  que  Richard  Wagner  a  été  salué  à  son  entrée  par  des  bravos 
chaleureux,  qui  se  sont  renouvelés  après  chaque  morceau  et  à  la  fin  de 
la  soirée.  Cce  que  nous  constaterons  encore,  c'est  que,  toute  opinion 
réservée  sur  le  système,  le  compositeur  a  porté  dans  sa  réalisation 
une  grande  énergie  de  volonté,  de  patience  et  même  de  capacité  mu- 
sicale. Nous  verrons  plus  tard  si  le  public  français  est  ou  n'est  pas 
d'avis  que  ces  rares  qualités  auraient  pu  être  employées  au  service 
d'une  meilleure  cause. 


Reprise  il'JW  iriali'ÎHtomio    segrelo. 

C'était  précisément  la  veille  de  ce  concert  dédié  à  l'avenir  que  l'on 

(1)  Revue  el  Gazette  musicale,  1852.  Richard  Wagner,  sa  vie,  son  système  de 
rénovation  de  l'opéra,  ses  œuvres  comme  poète  et  comme  musicien,  son  parti  en 
Allemagne,  appréciation  de  la  valeur  de  ses  idées,  n°  23  à  32. 


34 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


reprenait  sur  le  même  théâtre  ce  vieux  petit  chef-d'œuvre  âgé  de 
soixante-neuf  ans  et  qui  nous  parait  si  jeune  encore.  Cimarosa  reve- 
nait de  Russie,  lorsque  l'empereur  Léopold  lui  ayant  donné  la  place 
de  Salieri  à  Vienne,  il  composa  le  Matrimonio  segreto  dans  une 
atmosphère  tout  imprégnée  du  souffle  harmonieux  de  Mozart.  Cela  ex- 
plique pourquoi  le  Matrimonio  segreto  offre  tant  d'analogie  avec  le 
Nozze  di  Figaro,  que  l'on  croirait  presque  les  deux  ouvrages  sortis 
de  la  même  plume.  Mozart  allait  mourir  et  Rossini  allait  naître,  lors- 
que Cimarosa  écrivit  cette  partition  ravissante,  dans  laquelle  on  peut 
dire  que  les  trois  maîtres  se  donnent  la  main,  car  si  Cimarosa  s'ins- 
pirait de  Mozart,  combien  Rossini  à  son  tour  ne  s'est-il  pas  inspiré  de 
Cimarosa  ?  Nous  n'en  voulons  pour  preuve  que  ce  finale,  dont  l'effet 
le  plus  comique  se  retrouve  dans  celui  du  Barbier.  Mais  qu'importe  ! 
imitation  n'est  pas  copie  ;  les  hommes  de  génie  rendent  toujours 
beaucoup  plus  qu'ils  n'ont  emprunté. 

Depuis  plus  de  quinze  ans,  le  Matrimonio  segreto  n'avait  pas  été 
joué  à  Paris.  Lablache,  le  plus  prodigieux  des  Geronimo,  semblait 
l'avoir  emporté  dans  la  tombe.  Zucc.hini  a  osé  l'en  tirer,  et  il  n'a  pas 
à  se  repentir  de  son  courage.  C'est  un  des  meilleurs  bouffons  que 
nous  ayons  vu  dans  ce  rôle  de  sourd,  qui  est  à  lui  seul  l'âme  et  la  vie 
de  toute  la  pièce.  Badiali  chante  et  joue  fort  bien  celui  du  comte  Ro- 
binson,  et,  quant  à  la  physionomie,  à  l'âge,  à  la  tournure,  Gardoni 
est  l'idéal  du  jeune  Paolino  :  seulement  l'air  Pria  che  spunti  exige 
un  peu  trop  de  largeur  et  de  puissance,  il  ne  s'en  tire  qu'à  force 
d'habileté.  Les  deux  sœurs  et  la  tante,  Carolina,  Lisetta,  Fidalma  ont 
pour  interprètes  Mmes  Penco,  Dottini  et  Alboni  ;  sur  les  trois  on 
compte  au  moins  deux  cantatrices  et  deux  voix  admirables.  On  leur  a 
redemandé  le  charmant  trio  du  premier  acte,  et  il  faut  dire  qu'à  la 
seconde  fois  Mme  Dottini  a  beaucoup  mieux  dit  sa  partie  qu'à  la  pre- 
mière. Somme  toute,  la  reprise  a  fait  grand  plaisir  et  prouve  de  plus 
qu'il  y  a  encore  beaucoup  d'avenir  dans  le  passé. 

Paul  SMITH. 


THÉÂTRE  LYB1QUE. 

MA    I.4SIB    »'Ô»'T, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  M.  Hector  Cré.mieux, 
musique  de   M.  Henri  Caspers. 

(Première  représentation  le  2Î  janvier  1860.) 

Voici  une  petite  pièce  fort  gaie,  et  dont  le  dialogue  ne  manque  pas 
d'esprit.  Il  faut  noter  le  fait,  qui  est  devenu  assez  rare. 

Mlle  Gabrielle,  nièce  de  Mme  la  marquise  d'Ambert,  est  mandée 
en  toute  hâte,  dans  je  ne  sais  quelle  petite  ville  de  la  Guyenne  ou  du 
Languedoc,  par  madame  sa  tante  qui  veut  la  marier.  —  A  qui  ?  Ga- 
brielle n'en  sait  rien,  et  la  terrible  tante  lui  assure  qu'elle  n'a  pas  à 
s'inquiéter  de  ce  détail.  Gabrielle  s'est  donc  mise  en  route,  escortée 
de  Mlle  Martine,  rusée  soubrette,  digne  de  l'ancienne  comédie.  Mais  le 
moyen  de  voyager  sans  aventures  ?  Tous  les  voyageurs  en  ont  eu, 
depuis  Ulysse  jusqu'à  Robinson  Crusoé.  L'aventure  de  Gabrielle  et  de 
Martine  a  été  la  rencontre  de  M.  le  chevalier  de...  —  je  vous  dirais 
son  nom  si  je  le  savais, —  cheminant,  de  son  côté  en  compagnie  de 
son  valet Scapin.  Le  chevalier  a  trouvé  Gabrielle  charmante;  il  a  eu 
pour  elle  mille  attentions  délicates,  et  n'a  pas  montré  moins  de  respect 
que  d'empressement.  Scapin,  quoique  moins  jeune  et  moins  tendre, 
était  trop  fin  connaisseur  pour  ne  pas  apprécier  le  piquant  minois  et 
l'œil  fripon  de  Mlle  Martine.  Martine,  fille  expérimentée,  a  jugé  que 
Scapin  avait  beaucoup  d'esprit,  et  Gabrielle  a  été  si  vivement  touchée 
des  agréments  de  M.  le  chevalier,  qu'elle  n'a  pu  lui  refuser  la  pro- 
messe de  le  présenter  à  sa  tante. 

Or,  à  leur  arrivée  dans  la  petite  ville  en  question,  Mme  d'Ambert 
n'y  était  plus.  Que  faire  en  attendant  son  retour  ?  Comment  se  pré- 


server des  séductions  de  M.  le  chevalier,  et  des  entreprises  du  trop 
dangereux  Scapin  ?  Martine,  prudente  et  avisée,  imagine  un  strata- 
gème assez  original.  Elle  se  procure  un  mannequin,  l'habille  de  la  robe 
à  falbalas  et  de  la  mante  de  la  marquise,  le  chausse  de  ses  souliers, 
le  coiffe  d'une  grande  perruque  en  pyramide,  poudrée  à  frimas,  l'ins- 
talle au  milieu  du  salon  dans  un  fauteuil  à  la  Voltaire,  lui  donne  l'atti- 
tude d'une  femme  endormie,  et  lui  voile  convenablement  le  visage. — 
Maintenant,  monsieur  le  chevalier,  venez  quand  il  vous  plaira,  je  ne 
vous  crains  plus.  —  11  paraît  en  effet,  et  peint  sa  passion  avec  toute 
l'ardeur  de  son  âge  ;  mais  à  chaque  parole  un  peu  trop  vive,  à  chaque 
note  un  peu  trop  accentuée  :  —  Chut  !  la  tante  dort  :  respectez  son 
sommeil  !  Je  vous  préviens  qu'elle  est  toujours  de  mauvaise  humeur 
en  s'éveillant»;  elle  vous  mettrait  infailliblement  à  la  porte.  Partez  donc, 
c'est  le  phis  sûr  ;  vous  reviendrez  un  peu  plus  tard. 

Scapin  découvre  la  supercherie.  Il  en  conclut  assez  légèrement  que 
Gabrielle  et  Martine  sont  deux  intrigantes,  et  court  prévenir  son 
maître.  Mais  pendant  ce  temps  la  marqnise  arrive.  Grand  embarras 
de  Scapin  !  Le  chevalier  est  vif  :  il  commettra  quelque  impertinence, 
et  tout  retombera  sur  le  maladroit  valet,  qui  sera  battu  pour  son 
excès  de  zèle.  Comment  détourner  cette  catastrophe  ?  Présenté  à  la 
marquise  en  qualité  de  coiffeur,  il  lui  débite,  en  la  frisant,  un  conte  si 
ennuyeux  qu'il  réussit  à  l'endormir,  et,  lorsque  le  chevalier  vient 
exprimer  son  indignation,  on  lui  chante  de  nouveau  :  Ma  tante  dort  ! 
Mais  Scapin  n'y  gagne  rien.  11  a  beau  répéter  vingt  fois  à  son  maître  : 
—  Allons,  monsieur,  sortons  d'ici,  le  chevalier  a  mauvaise  tête.  Il  tient 
à  confondre  Gabrielle. —  Ah  !  votre  tante  dort  F  Voilà  bien  longtemps 
qu'elle  dort!  11  faut  enfin  la  réveiller  !...  Et  il  secoue  rudement  la 
dormeuse  qui  s'éveille  en  sursaut,  et  l'écrase  du  poids  de  son  cour- 
roux ! 

—  Ah  !  Scapin,  tu  me  le  paieras  !  —  Mais  Scapin  a  disparu.  Où 
s'est-il  caché?  Il  se  montre  bientôt  par  un  œil-de-bœuf  et  parlemente. 
Mais  le  chevalier  est  intraitable. —  Je  te  tuerai,  maraud  !  — Eh!  bien, 
j'aime  mieux  vous  en  éviter  la  peine.  Passez-moi  votre  épée.  —  La 
voilà.  —  Merci,  mon  bon  maître.  Recevez  mon  éternel  adieu.  Après 
un  moment,  un  gémissement  se  fait  entendre,  puis  un  bruit  sourd, 
puis  la  porte  s'ouvre  et  l'on  voit  Scapin  qui  tombe  transpercé  sur  le 
plancher.  —  Scapin  est  mort!  Pleurons  son  triste  sort!  Et  l'on 
chante  l'oraison  funèbre  de  Scapin  sur  un  ton  qui  n'est  rien  moins 
que  pathétique.  Lorsqu'on  a  suffisamment  chanté  et  qu'il  est  temps  de 
finir,  il  se  trouve,  —  ce  que  vous  avez  certainement  deviné  dès  le 
commencement,  —  que  le  futur  choisi  par  la  marquise  et  le  chevalier 
préféré  par  Gabrielle  ne  font  qu'un.  Alors  Scapin  ressuscite.  C"est  le 
mannequin  qu'il  avait  tué,  après  l'avoir  revêtu  de  son  pourpoint,  de 
son  haut-de-chausses  et  de  son  bonnet  de  Scapin. 

Les  détails  seuls  donnent  du  prix  à  ces  folies.  Le  dialogue  de  Ma 
tante  dort  est  spirituel  et  plaisant.  On  rit  depuis  l'exposition  jusqu'au 
dénoûment.  Que  peut-on  demander  de  plus  ?  Se  plaindre,  argumen- 
ter, critiquer  après  avoir  ri  serait  la  marque  d'un  trop  mauvais  ca- 
ractère . 

M.  Caspers  a  placé  au  début  de  son  ouverture  un  des  meilleurs 
morceaux  de  sa  partition  :  c'est  le  quatuor  où  Martine  et  Gabrielle 
mettent  des  sourdines  à  la  passion  du  chevalier,  quand  elle  devient 
un  peu  trop  expansive,  par  ces  mots  vingt  fois  répétés  :  Chut!  ma 
tante  dort  !  C'est  le  titre  de  la  pièce  qui  sert  ainsi  de  prologue  à  la 
partition.  Il  était  impossible  de  penser  plus  juste  et  plus  ingénieuse- 
ment. Ce  que  les  voix  chanteront  plus  tard  est  arrangé  pour  les  instru- 
ments à  vent  de  la  manière  la  plus  heureuse,  et  les  trombones,  dont 
la  sonorité  est  habilement  retenue  et  voilée,  y  font  un  accompagne- 
ment singulièrement  agréable.  Une  mélodie  exécutée  par  le  hautbois 
et  variée  par  la  flûte  complètent  l'effet  de  cette  jolie  introduction. 
Puis  la  mesure  change,  ainsi  que  le  mouvement.  Les  violons  prenant 
la  parole  à  leur  tour  entament  l'allégro,  dont  le  motif  est  piquant  et 
dont  les  développements,  adroitement  et  lestement  conduits,  ont  pour 


DE  PARIS. 


35 


conclusion  une  petile  valse  sur  laquelle  la  pièce  doit  •finir.  De  vifs 
applaudissements  ont  salué  cette  jolie  symphonie,  applaudissements 
qui  ne  partaient  pas  seulement  du  fond  du  parterre,  comme  il  arrive 
trop  souvent  aujourd'hui  dans  les  théâtres. 

L'air  syllabique  de  Martine  :  Madame  la  marquise,  est  facilement 
écrit  et  ne  manque  pas  de  gaieté  ;  mais  le  thème  n'offre  rien  de 
saillant.  La  romance  en  duo  chantée  par  Martine  et  Gabrielle  est  gra- 
cieuse et  accompagnée  avec  élégance,  surtout  au  second  couplet  ;  seu- 
lement on  est  tenté,  en  l'écoulant,  de  se  demander  si  l'on  n'a  pas  déjà 
entendu,  dans  son  jeune  temps,  quelque  chose  de  semblable. 

Le  quatuor  :  Ma  tante  dort,  est  beaucoup  plus  neuf,  les  voix  y  sont 
fort  bien  disposées,  l'effet  en  est  parfaitement  agréable;  nous  nous 
étendrions  davantage  sur  ce  morceau,  si  nous  n'en  avions  déjà  parlé 
à  propos  de  l'ouverture. 

L'air  bouffe  de  Scapin  :  Chez  les  valets,  il  faut  le  reconnaître,  a 
été  vigoureusement  applaudi.  L'idée  en  est  plaisante.  Scapin  assure 
que  les  valets  ont  beaucoup  plus  d'esprit  que  les  maîtres,  qu'ils  veil- 
lent sur  eux,  qu'ils  pensent  pour  eux,  qu'ils  inspirent  leurs  résolu- 
tions et  dirigent  leur  conduite,  qu'enfin  le  maître  serait  fort  embar- 
rassé et  ferait  mille  sottises,  si  son  valet  l'abandonnait  à  lui-même. 
Cela  est  plus  vrai  au  théâtre  que  dans  la  vie  réelle.  Mais  qu'importe! 
le  paradoxe  est  amusant.  Le  compositeur  ne  nous  a  point  paru  là  au 
niveau  du  poëte,  et  doit,  ce  nous  semble,  à  la  verve  du  chanteur  une 
bonne  part  de  son  succès. 

Ce  morceau  est  suivi  d'un  second  air  de  Martine,  bien  supérieur  au 
premier,  gai,  spirituel  et  d'une  vivacité  charmante.  Le  duo  de  la 
marquise  avec  Scapin  qui  la  coiffe  est  mieux  réussi  encore,  surtout  à 
l'endroit  où  Scapin  assoupit  sa  pratique  par  ses  contes  à  dormir  de- 
bout. Le  chant  y  est  vague  et  lourd,  l'accompagnement  monotone, 
des  bâillements  très-expressifs  se  mêlent  à  la  mélodie  sans  en  déchi- 
rer le  tissu.  Tout  enfin  y  est  spirituellement  conçu  et  touché  avec 
finesse. 

L'auteur  n'a  pas  été  moins  bien  inspiré  dans  le  finale,  et  surtout 
dans  le  trio  consacré  à  l'oraison  funèbre  de  Scapin  :  Scapin  est 
mort  ! 

Meillet  et  Mme  Ugalde  jouent  les  deux  rôles  principaux,  ceux  de 
Scapin  et  de  Martine,  avec  beaucoup  d'esprit  et  de  verve.  On  regrette 
seulement  que  Mme  Ugalde  gâte  parfois  ses  rares  qualités  par  de 
l'exagération  et  des  excès  de  hardiesse.  Quel  service  on  lui  rendrait 
si  l'on  pouvait  lui  donner  plus  de  tact  et  de  mesure.  Sa  voix  est  un 
peu  fatiguée,  mais  on  s'en  aperçoit  à  peine,  tant  elle  donne  d'accent 
et  de  relief  à  tout  ce  qu'elle  chante.  Après  tout,  c'est  une  artiste  re- 
marquable, et  ses  défauts  même  donnent  peut-être  à  son  talent  une 
physionomie  plus  originale. 

Léon  DUROCHER. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Deuxième    séance   «le   musique    «le    chambre    «le  SEnnrïn  et  Che- 
villard. —  Kctlcrer   et  Alfred  SSutcl.  —  D.  ïBasvmi-, . 

La  seconde  séance  de  la  Société  Maurin ,  Chevillard ,  Viguier  et 
Sabattier  avait  attiré  chez  Pleyel  l'auditoire  choisi,  le  public  tout  ex- 
ceptionnel qui,  chaque  année,  vient  étudier  ce  que  Beethoven  a  mis 
de  profonde  rêverie,  de  science  hardie  et  de  génie  clans  ses  dernières 
œuvres.  On  a  beaucoup  applaudi  et  sans  doute  beaucoup  compris. 

Nous  parlons  d'un  maître  illustre,  et  nous  n'ignorons  pas  que  nous 
avons  contre  nous  bien  des  opinions  faciles  et  commodes ,  bien  des 
admirations  toutes  faites,  fondées  non  pas  toujours  sur  l'analyse,  sur 


le  plaisir,  sur  les  sensations  éprouvées,  mais  quelquefois  sur  l'autorité 
colossale  d'une  gloire  immense  ;  cependant  nous  aurons  le  courage  de 
dire  qu'il  nous  reste  encore  quelques  doutes  sur  la  sublimité  de  cer- 
taines parties  de  plusieurs  de  ces  ouvrages.  L'archet  expressif  et  en- 
traînant de  Maurin,  le  jeu  si  pur  et  si  touchant  de  Chevillard,  leur 
admirable  interprétation  ne  peuvent  parvenir  à  nous  en  délivrer  entiè- 
rement. 

Mozart,  le  divin  Mozart,  est  aussi  un  grand  nom,  aimé  et  vénéré  de 
tous.  Pourtant  ceux  qui  lui  préfèrent  Beethoven  ne  se  gênent  guère 
pour  dire  que  sa  musique  de  piano,  que  sa  musique  de  chambre  toute 
charmante,  toute  suave,  toute  mélodique,  contenant  à  chaque  instant 
de  ravissantes  finesses  harmoniques  jetées  profusément,  mais  toujours 
avec  le  goût  le  plus  pur,  est  toutefois  dépourvue  en  général  de  vigueur 
et  d'élan.  Nous  ne  sommes  nullement  de  cet  avis  que  nous  entendons 
émettre  tous  les  jours  par  des  musiciens  et  surtout  par  des  hommes 
distingués  étrangers  à  l'art  musical,  par  des  savants,  par  des  peintres, 
par  des  poètes.  Qu'y  a-t-il  au  fond  de  tout  cela  ?  Une  injustice,  ce 
nous  semble,  comme  dans  la  plupart  des  comparaisons.  Mozart,  ré- 
pète-t-on,  c'est  l'esprit,  l'enjouement,  la  tendresse,  la  grâce,  le  charme  ; 
Beethoven,  c'est  la  passion,  la  force,  la  couleur,  l'impétuosité.  Mon 
Dieu,  non  !  c'est  cela  et  c'est  autre  chose  encore  ;  car  Mozart  est  singu- 
lièrement vigoureux  et  pathétique,  Beethoven  est  singulièrement  ten- 
dre et  insinuant  :  leurs  moyens  diffèrent  comme  leur  nature ,  voilà 
tout;  mais  ils  sont  complets  l'un  et  l'autre  dans  leurs  chefs-d'œuvre. 

Prenez  leurs  belles  pages,  et  dites  si  elles  ne  sont  pas  parfaites  et 
si  le  génie  humain  a  jamais  été  plus  loin. 

Dans  le  quatuor  en  si  bémol  que  nous  avons  entendu  jeudi  dernier, 
parmi  d'incontestables  beautés,  à  côté  du  presto-scherzo,  à  côté  de 
l'admirable  andante  qui  précède  la  dansa  tcdesca  et  la  cavatine  ada- 
gio molto  espressivo  dont  il  est  superflu  de  vanter  ici  le  charme 
incomparable,  les  vifs  accents  de  sensibilité,  on  pourrait  blâmer  l'abus 
de  surprises  provenant  d'un  trop  grand  luxe  de  modulations  quel- 
quefois brusques.  Le  premier  morceau  surtout  laisse  un  peu  trop  voir 
le  procédé  :  en  quatre  pages,  on  y  compte  six  passages  subits  de 
l'adagio  à  Y  allegro.  Ces  soubresauts  de  la  passion,  de  l'amour,  de  la 
douleur  s'exprimant  par  un  trait  rapide  d'une  seule  mesure  et  par  une 
autre  unique  mesure  d'un  mouvement  très-lent,  dans  un  rhythme  dif- 
férent, peuvent  paraître  un  moyen  aussi  court  que  violent.  Ils  saisis- 
sent fortement  et  frappent  l'imagination  des  auditeurs  ;  cela  est  vrai  ; 
mais  que  nous  aimons  bien  mieux  les  développements  unis,  majes- 
tueux que  Beethoven,  plus  que  tout  autre  peut-être,  savait  si  bien 
trouver,  notamment  dans  ses  merveilleux  adagio  I  Combien  nous 
préférons  leur  ampleur  et  leur  beau  naturel  à  ces  successions  de  pe- 
tites phrases  qui,  si  elles  peignent  le  désordre  et  la  fougue,  annoncent 
le  parti  pris  d'étonner  par  des  transitions  toujours  uniformes  ! 

Les  exécutants  se  sont  surpassés  en  jouant  le  quatuor  en  mi  mi- 
neur, op.  59.  Il  nous  serait  difficile  de  dire  tout  le  plaisir  qu'ils  ont 
causé;  ils  ont  montré  une  grande  supériorité,  une  grande  puissance 
de  style  dans  ces  pages  qui,  comme  toutes  celles  de  Beethoven,  de- 
mandent, pour  être  ainsi  rendues,  autant  d'habileté  matérielle  que  de 
souffle  poétique. 

Chose  qui  paraîtra  singulière  à  certains  esprits,  un  andante  de 
Haydn  a  peut-être  produit  une  plus  vive  impression  encore.  Le  con- 
traste était  grand  en  effet.  On  se  délectait  à  cette  simplicité,  à  cette 
limpidité  tonale  qui  laisse  voir  tout  d'un  coup  ce  que  l'œuvre  recèle 
de  mélodie  et  d'harmonie.  Certes,  le  vol  est  moins  hardi  ;  on  touche 
quelquefois  la  terre,  nous  le  voulons  bien  ;  mais  l'auteur  y  trouve  de 
si  jolies  fleurs,  de  si  fraîches  pensées  ,  il  y  chante  des  amours  si  naïfs, 
si  gracieux,  qu'on  oubliait  presque  avec  plaisir  en  l'écoutant  les  aspi- 
rations plus  hautes,  les  sentiments  plus  exaltés  qui  tout  à  l'heure 
ébranlaient  l'esprit, 

Mme  Tardieu  de  Malleville  a  ravi  l'auditoire  en  jouant  encore  avec 


36 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


la  netteté,  la  grâce,  la  manière  correcte  et  contenue  qui  la  distinguent, 
un  air  varié  de  Haendel. 

Dans  ces  derniers  temps,  on  a  bien  voulu  dire  à  nos  compositeurs 
qu'ils  avaient  perfectionné  et  agrandi  la  variation.  En  vérité,  il  eût  été 
permis  d'en  douter  en  entendant  celles  de  Haendel.  Assurément  il  ne 
disposait  pas  d'un  instrument  aussi  suave,  aussi  brillant,  aussi  so- 
nore que  ceux  de  Pleyel-Wolf,  et  nous  n'avons  rien  à  regretter  de  ce 
côté  ;  mais,  au  point  de  vue  de  la  composition  musicale,  nous  pouvons 
regretter  plus  d'une  fois  les  adorables  broderies,  les  coquetteries  har- 
moniques que  les  vieux  maîtres  trouvaient  aussi  bien  sur  leurs  clave- 
cins que  dans  l'orchestre. 

—  MM.  Eugène  Ketterer  et  Alfred  Mutel  faisaient  entendre  diman- 
che, dans  les  salons  de  Pleyel-Wolff,  leurs  dernières  productions.  On 
adopte  assez  difficilement  les  nouveautés,  mais  on  veut  en  entendre  à 
tout  prix,  ne  serait-ce  que  pour  en  médire  un  peu.  Quoi  qu'il  en  soit, 
nous  ne  profiterons  pas  de  l'occasion,  et  nous  ne  vanterons  pas  les 
anciennes  compositions  de  Ketterer  au  détrimeut  de  celles  qui  viennent 
d'éclore.  Nous  avons  retrouvé  dans  Y  Aubade  espagnole,  dans  le  Réveil 
des  sylphes,  aussi  bien  que  dans  Chanson  de  chasse  et  dans  Darmstadl, 
les  qualités  élégantes  qui  firent  le  succès  de  la  Marche  hongroise,  de  la 
jolie  mélodie  intitulée  Souvenir,  et  de  mille  autres  choses  légères  et 
gracieuses.  Nous  y  avons  même  remarqué,  de  plus,  une  certaine 
variété  de  ton  et  d'accent,  qualité  rare  et  précieuse  que  Ketterer  laissa 
désirer  plus  d'une  fois.  11  n'a  pas  enfermé  sa  pensée  dans  ces  petits 
rhythmes  sautillants,  dans  ces  traits  rapides  et  brillants,  toujours  les 
mêmes,  qui  plaisent  d'abord  à  l'oreille,  mais  qui  bientôt  lassent  l'es- 
prit, cherchant  quelque  chose  et  se  dépitant  de  ne  rien  trouver  de 
franc,  de  senti  et  de  coloré.  11  n'a  pas  refait  toujours  le  même  mor- 
ceau, et  ne  s'est  pas  contenté  de  la  seule  nouveauté  des  thèmes.  Nous 
l'en  félicitons  ;  car  on  peut  rester  très-orné,  très-fécond  en  effets  de 
virtuosité,  et  néanmoins  ne  pas  s'en  tenir  à  cet  unique  intérêt  qui 
s'épuise  vite;  on  doit  demander  à  la  mélodie,  à  l'harmonie,  leurs  sé- 
ductions et  leurs  charmes  bien  plus  puissants  que  les  agréables  grou- 
pes, les  éclatantes  fusées  de  notes  dont  se  contentent  souvent  tant  de 
jeunes  compositeurs. 

Le  succès  du  pianiste  n'a  rien  eu  à  envier  à  celui  de  l'auteur.  On  a 
vivement  applaudi  cette  grâce  de  style,  cette  netteté  scintillante  qui  se 
joue  des  difficultés  et  qui  leur  enlève  ce  qu'en  d'autres  mains  elles 
laissent  paraître  d'études  laborieuses  et  de  gène  peu  aimable. 

La  partie  vocale  tout  entière  était  consacrée  à  l'exécution  des  mé- 
lodies d'Alfred  Mutel.  Elle  était  confiée  à  Mme  Altès,  de  l'Opéra,  et  à 
Jourdan,  de  l'Opéra-Comique  ;  c'est  dire  que  le  chant  dramatique  et 
varié  y  a  recueilli  bon  nombre  de  bravos.  M.  Mutel  avait  choisi  plu- 
sieurs pièces  remarquables  de  Pierre  Véron  et  de  G.  Choquet  ;  mais 
c'est  au  poète  que  nous  aimons,  que  nous  admirons  tous,  à  Méry,  qu'il 
demande  le  plus  souvent  ses  inspirations.  Dimanche  encore,  l'auditoire 
était  ravi  par  ce  délicieux  fabliau  ,  l'Eventail,  dont  nous  détachons 
quelques  vers  : 

Quand  les  pauvres  dieux  du  Pinde 

Furent  vendus  en  détail, 

Zéphire  partit  pour  l'Inde, 

Le  dieu  se  fit  éventail. 

Puis  il  fit  le  tour  du  globe, 

Toujours  donnant  la  fraîcheur 

Au  corsage  d'uue  robe, 

Au  calice  d'une  fleur. 

Ce  petit  conte  a  porté  bonheur  au  musicien  qui,  hardi,  mais  non 
téméraire,  puisque  cela  lui  a  réussi,  n'a  pas  craint  de  s'attaquer  à 
Voltaire.  Il  a  fait  entendre  les  belles  stances  que  l'auteur  de  Candide 
écrivit  dans  une  heure  de  mélancolie  :  Si  vous  voulez  que  j'aime 
encore,  etc. 

Les  œuvres  de  Mutel  ont  un  cachet  de  distinction  que  l'on  ne  sau- 
rait méconnaître.  Chanteur  plein  de  goût,  il  écrit  bien  pour  les  voix; 


harmoniste  correct,  il  accompagne  ses  chants  d'une  façon  peu  com- 
mune; mélodiste  souvent  heureux,  il  connaît  déjà  le  succès,  le  Credo 
des  quatre  saisons  lui  a  ouvert  le  chemin  de  la  popularité.  Ses  nou- 
velles romances  suivront-elle  l'exemple  du  Credo'!  Pas  toutes  peut- 
être  ;  mais  nous  ne  serions  nullement  surpris  que  plus  d'une  atteignît 
à  un  débit  aussi  prompt  et  arrivât  à  la  cime  de  ce  mât  de  cocagne 
de  la  vogue  où  ne  s'élèvent  pas  toujours  les  choses  les  mieux  pen- 
sées et  les  mieux  écrites. 

Herman  a  délicieusement  joué  sa  dramatique  fantaisie  sur  la  Norma. 
Le  grand  duo  qu'il  a  composé  avec  Kettere^  sur  le  Pardon  de 
Ploërmel  a  causé  un  indicible  plaisir.  Les  mélodies  de  Meyerbeer 
qui,  belles  et  rayonnantes  de  fraîcheur,  ne  perdent  rien  de  leur  éclat  à 
être  ainsi  transplantées  et  à  passer  du  théâtre  aux  salles  de  concert, 
ont  valu  aux  deux  virtuoses  un  rappel  enthousiaste. 

—  A  l'audition  des  dernières  productions  de  M.  Magnus,  pianiste- 
compositeur,  on  a  applaudi  d'abord  lin  fort  joli  trio  de  Félicien  Da- 
vid ;  puis  des  morceaux  originaux  très-dissemblables  et  d'un  charme 
inégal,  parmi  lesquels  nous  avons  surtout  remarqué  une  berceuse, 
une  mazurka  et  un  morceau  de  bravoure.  L'espace  nous  manque 
pour  les  apprécier  comme  ils  le  méritent  ;  mais  les  jeunes  pianistes 
sauront  bien,  sans  nous,  choisir  celui  qui  répondra  le  mieux  aux  be- 
soins de  leur  intelligence  musicale.  Peut-être  les  adopteront-elles  tous 
les  trois,  comme  elles  ont  déjà  adopté,  du  même  auteur,  les  réminis- 
cences de  l' Eclair  et  le  caprice  sur  les  Huguenots.  ' 

Adolphe  BOTTE. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Théâtre-Français  :  Le  Quinze  janvier,  à-propos  en  un  acte  et  en 
vers,  par  M.  Henri  de  Bornier;  le  Malade  imaginaire  et  ses  trois 
intermèdes.  —  OdéON  :  La  Fête  de  Molière,  à-propos  en  un  acte  et 
en  vers,  par  M.  Alexis  Martin.  —  Vaudeville  :  La  Pénélope  nor- 
mande, pièce  en  cinq  actes,  par  M.  Alphonse  Karr.  —  Palais- 
Royal  :  Jeune  de  cœur,  vaudeville  de  MM.  E.  Martin  et  de  Najac; 
J'invite  le  colonel,  vaudeville  de  MM.  Marc-Michel  et  Eug.  La- 
biche. —  Ancien  Cirque  :  l'Histoire  d'un  drapeau,  drame  en 
douze  tableaux,  par  M.  Dennery. 

La  Comédie-Française  ainsi  que  l'Odéon'  ont  conservé  la  louable 
habitude  de  fêter,  le  15  janvier,  l'anniversaire  de  la  naissance  de 
Molière.  Cette  année  le  retour  de  cette  solennité  a  donné  naissance 
à  deux  à-propos  en  vers  qui  ont  été  également  bien  accueillis  sur 
l'une  et  sur  l'autre  rive  de  la  Seine.  Quelques  vers  heureux,  quel- 
ques allusions  ingénieuses  recommandent  le  Quinze  janvier  que 
M.  Henri  de  Bornier  a  fait  représenter  au  théâtre  de  la  rue  Richelieu, 
moins  comme  une  comédie  véritable  que  comme  un  prologue  sans 
prétention  destiné  à  servir  de  lever  de  rideau  au  Malade  imaginaire. 
Le  côté  piquant  de  cette  soirée  résidait  surtout  dans  les  intermèdes 
ajoutés  à  la  pièce  de  Molière.  Nous  savions  que  Got  est  un  excellent 
comédien,  mais  nous  ignorions  qu'il  fût  aussi  chanteur,  et,  à  ce  titre, 
nous  lui  devons  des  compliments  pour  la  manière  dont  il  s'est  ac- 
quitté de  la  scène  de  Polichinelle  et  des  archers.  11  est  vraiment  à 
souhaiter  que  le  rétablissement  de  ce  joyeux  intermède  ne  reste  pas 
un  fait  isolé,  et  que  l'on  restitue  en  même  temps  au  Médecin  malgré 
lui  la  scène  qui  formait  le  second  intermède.  Quant  au  troisième, 
c'était,  comme  de  coutume,  la  cérémonie  de  la  réception  avec  le 
défilé  traditionnel-;  mais  ce  qui  en  faisait  l'attrait  le  plus  curieux, 
c'était  la  résurrection  de  la  risible  musique  de  Charpentier  remplacée 
depuis  longtemps  par  des  airs  plus  modernes.  Le  grand  succès  de  cette 
représentation  devrait  engager  la  Comédie-Française  à  la  renouveler 
souvent  dans  les  mêmes  conditions  d'intérêt  rétrospectif. 

L'à-propos  de  l'Odéon,  intitulé  la  Fcte  de  Molière,  est  le  début  d'un 
jeune  poëte,  M.  Alexis  Martin,  dont  les  vers  ont  été  si  chaleureuse- 


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ment  applaudis  qu'ils  pourraient  bien  survivre  longtemps  à  la  cir- 
constance. 

—  Le  pêcheur  de  Sainte-Adresse,  le  jardinier  de  Nice,  l'auteur  des 
Guêpes,  Alphonse  Karr  en  un  mot,  vient  tout  à  coup  de  se  révéler 
comme  écrivain  dramatique,  dernière  incarnation  que  la  nature  de 
son  talent  ne  laissait  guère  prévoir.  Il  est  vrai  que  les  bruits  de  cou- 
lisse lui  attribuent  deux  collaborateurs  qui  ont  fait  tout  exprès  le 
voyage  de  Nice  pour  l'arracher  à  ses  fleurs  et  pour  le  forcer  de  ve- 
nir affronter,  malgré  lui,  les  caprices  du  public  parisien.  La  partie 
était  chanceuse,  car,  de  tous  les  ouvrages  d'Alphonse  Karr,  la  Péné- 
lope normande  était  assurément  celui  qui  présentait  le  plus  de  diffi- 
cultés à  sa  transformation  en  pièce  de  théâtre,  notamment  pour  la  scène 
du  Vaudeville.  Rien  de  plus  sombre  en  effet,  de  plus  répulsif,  même  en 
dépit  de  ses  charmes  de  pensée  et  de  style,  que  le  sujet  de  ce  livre. 
D'Apreville,  un  capitaine  au  long  cours,  a  épousé  une  jeune  fille, 
Noémi,  pour  laquelle  il  rêve  toutes  les  joies,  toutes  les  splendeurs 
de  la  terre.  Dans  le  but  de  les  lui  procurer  il  se  condamne  à  un  long 
exil  et  s'embarque  en  laissant  sa  femme  à  la  garde  d'un  rustre  qu'on 
nomme  Anthime  Ferrouillat.  Bien  différente  de  son  modèle  antique, 
cette  autre  Pénélope,  au  lieu  de  filer  de  la  laine,  se  jette  par  désœuvre- 
ment dans  les  bras  de  son  ignoble  gardien.  Puis  elle  est  prise  de 
dégoût  et  elle  cherche  à  effacer  sa  première  faute  par  une  intrigue 
un  peu  plus  éthérée  avec  un  homme  du  monde,  René  de  Sorbières. 
Le  mari  revient  inopinément,  apprend  ce  qui  s'est  passé  en  son  ab- 
sence, fait  tuer  René  de  Sorbières  par  Ferrouillat,  tue  à  son  tour 
celui-ci  et  se  rembarque  après  avoir  défiguré  sa  femme  à  l'aide  d'une 
fiole  do  vitriol.  L'aimable  et  gracieuse  donnée  pour  un  théâtre  au 
fronton  duquel  on  lit  le  mot  Vaudeville  !  Nous  ne  nions  pas  son  es- 
sence dramatique,  au  contraire  c'était  pour  nous  un  motif  de  frayeur 
et  de  doute  avant  de  la  voir  approprier  à  la  scène,  et  Alphonse  Karr, 
ou  plutôt  ses  collaborateurs  anonymes,  qui  sont  gens  du  métier,  en  ont 
si  bien  senti  les  dangers  qu'ils  se  sont  efforcés  par  tous  les  moyens 
possibles  d'atténuer  les  conséquences.  Qu'en  est-il  résulté  ?  C'est  que 
presque  tous  les  événements  principaux  de  la  pièce  se  passent  dans 
les  entractes  et  sont  réduits  à  l'état  de  récits.  Grâce  à  ces  précau- 
tions timides  ils  ont  pu  être  conservés.  Le  dénoûment  seul  a  dû  subir 
une  réforme  complète,  et  par  suite  le  but  moral  s'est  trouvé  annulé. 
Le  roman  du  moins  punit  la  femme  coupable  dans  sa  beauté  qui  a 
été  la  cause  et  non  l'excuse  de  sa  trahison.  Le  d'Apreville  de  la  pièce 
se  montre  plus  généreux,  mais  moins  vrai;  et  lorsqu'il  s'est  vengé 
des  amants  de  Noémi,  il  lui  pardonne,  à  elle,  en  la  quittant.  Est-ce 
donc  pour  se  donner  authentiquement  ce  démenti  qu'Alphonse  Karr  a 
consenti  à  patronner  la  Pénélope  normande  du  Vaudeville  ?  C'est  là 
une  défaillance  dont  nous  n'aurions  pas  cru  capable  l'esprit  le  plus 
droit  et  le  plus  ferme  de  la  littérature  moderne.  Constatons  toutefois 
sous  cette  réserve  que  la  pièce  a  brillamment  réussi  et  qu'elle  de- 
viendra peut-être  cenlenaire.  Mais  elle  devra  en  grande  partie  ce  ré- 
sultat au  jeu  des  artistes,  en  tête  desquels  nous  citerons  Lafontaine  et 
Mme  Doche. 

—  Deux  petites  pièces  sont  venues  prêter  main-forte  à  la  revue  du 
Palais-Royal  qui  commençait  à  en  éprouver  le  besoin.  La  première, 
Jeune  de  cœur,  a  été  faite  en  vue  d'Arnal;  c'est  l'odyssée  d'un  no- 
taire de  province  qui,  après  avoir  vendu  son  étude,  veut  faire  enfin 
connaissance  avec  les  plaisirs,  avec  les  enivrements  de  Paris.  Il  tombe 
chez  un  neveu  qui  est  justement  à  la  veille  de  se  marier  et  de  dire 
adieu  à  cette  vie  dont  le  bonhomme  Gélinet  caresse  la  douce  perspec- 
tive. Privé  de  la  boussole  sur  laquelle  il  comptait,  Gélinet  fait  fausse 
route  et  se  trouve  lancé  dans  une  foule  de  complications  périlleuses 
qui  le  guérissent  bien  vite  de  ses  idées  folâtres  et  le  ramènent  au  gîte 
natal.  Dans  la  seconde,  J'invite  le  colonel,  c'est  Ravel  qui  est  chargé 
d'égayer  la  scène,  et,  les  auteurs  aidant,  la  tâche  lui  est  facile.  Sa 
situation  est  celle  d'un  mari  qui,  surpris  par  sa  femme  en  flagrant 
délit  d'infidélité,  est  forcé  de  lui  abandonner  le  gouvernement  du  mé- 


nage et  qui,  à  chaque  symptôme  de  révolte,  se  voit  menacé  de  la 
peine  du  talion  sous  la  forme  d'un  colonel  imaginaire.  Le  mari  dé- 
couvre la  ruse  et  lève  aussitôt  l'étendard  de  l'insurrection  ;  mais  voilà 
que  le  colonel  devient  une  belle  et  bonne  réalité  qui  force  Ravel  d'ab- 
diquer définitivement  entre  les  mains  de  sa  moitié,  trop  généreuse 
pour  abuser  outre  mesure  de'  ses  terreurs  et  pour  persister  dans  ses 
invitations  au  colonel.  Tout  cela  n'est  ni  très-neuf  ni  très-piquant, 
mais  c'est  rondement  joué  par  Arnal  et  par  Ravel,  ces  deux  vétérans 
de  la  pointe  et  du  couplet. 

—  Le  théâtre  Impérial  de  l'ancien  Cirque,  restauré  avec  autant  de 
goût  que  de  luxe  par  M.  Holstein,  son  nouveau  directeur,  a  convié  ces 
jours  derniers  le  public  du  boulevard  du  Temple  h  une  réouverture 
des  plus  intéressantes  et  en  même  temps  des  plus  splendides.  La  répu- 
tation d'habile  metteur  en  scène  que  M.  Holstein  s'est  acquise  dans 
son  double  passage  au  théâtre  Historique  et  à  celui  de  la  Gaîté  n'a 
pas  été  sans  influence  sur  le  succès  de  l'Histoire  d'un  drapeau,  drame 
militaire  dont  M.  Dennery  a  seul  accepté  la  paternité,  mais  pour  le- 
quel on  lui  prête  un  éminent  collaborateur,  le  même,  dit-on,  qui 
partage  secrètement  les  honneurs  de  la  Tireuse  de  cartes  avec  M.  Vic- 
tor Séjour.  Quoi  qu'il  en  soit,  en  retrouvant  ses  vieux  uniformes  de 
la  république  et  de  l'empire,  ses  évolutions  équestres  et  ses  batailles 
tapageuses,  le  Cirque  va  retrouver  ses  beaux  jours  d'autrefois.  La 
fable  du  drame  de  M.  Dennery  est  d'ailleurs  assez  bien  agencée  pour 
servir  de  lien  suffisant  à  ces  tableaux  patriotiques  qui  nous  trans- 
portent du  pont  d'Arcole  à  la  révolte  du  Caire,  des  neiges  de  la  Russie 
au  retour  de  l'île  d'Elbe,  et  qui  nous  montrent  en  rêve  les  futurs 
triomphes  de  Malakoff  et  de  Solférino.  Le  drapeau  national  brille  d'un 
vif  éclat  à  travers  ces  héroïques  péripéties,  et  il  est  bravement  dé- 
fendu par  Laferrière,  un  comédien  éprouvé  que  nous  avons  vu  souvent 
à  l'œuvre.  Deux  nouveaux  venus,  M.  Jenneval  et  Mlle  Clarisse  Miroy, 
se  distinguent  également  dans  la  mêlée  ainsi  que  deux  anciennes  con- 
naissances, Colbrun  et  Volet.  Le  ballet  est  charmant,  les  décors  sont 
pittoresques. . . .  enfin  tout  est  pour  le  mieux  dans  ce  théâtre  rajeuni 
dont  l'audacieuse  métamorphose  semble  vouloir  protester  contre  la 
démolition  prochaine  dont  on  le  menace. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


Le  défaut  d'espace  nous  oblige  à  remettre  au  prochain  numéro  le 
compte  rendu  d'une  audition  intime  dans  laquelle  M.  Brassin  a  fait 
admirer  son  beau  talent  de  pianiste. 


IOUVELLES. 

**„  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  les  répétitions  de  Pierre  de  Médicis, 
dont  M.  le  prince  Poniatowski  a  écrit  la  musique,  n'ont  pas  subi  d'in- 
terruption par  suite  de  la  mort  si  regrettable  du  chef  d'orchestre,  et 
rien  ne  fait  pressentir  que  l'ouvrage  soit  donné  plus  lard  qu'on  ne  l'avait 
annoncé. 

***  M.  Victor  Massé,  l'auteur  des  partitions  de  Galathée,  des  Noces  de 
Jeannette  et  de  la  Reine  Topaze,  a  été  nommé  chef  du  chant,  en  rempla- 
cement de  M.  Dietsch,  appelé  à  diriger  l'orchestre. 

**„  La  représentation  extraordinaire  du  Pardon  de  Ploërmel,  donnée 
dimanche  dernier  au  théâtre  del'Opéra-Comique,  a  produit  tout  ce  qu'on 
pouvait  en  attendre  :  salle  comble,  recette  énorme  et  succès  de  même 
proportion.  Il  est  donc  tout  simple  que  la  direction  se  serve  aujour- 
d'hui du  même  moyen  pour  obtenir  un  résultat  semblable.  Le  Pardon 
de  Ploërmel,  qui  a  été  joué  jeudi,  sera  donc  encore  représenté  aujour- 
d'hui dimanche,  sans  préjudice  des  représentations  de  la  semaine. 

x*n,  L'Opéra-Comique  annonce  pour  samedi  prochain  la  première  re- 
présentation du  Roman  d'Elcire ,  opéra-comique  eu  trois  actes ,  de 
MM.  Alexandre  Dumas  et  de  Leuven,  musique  d'Ambroise  Thomas,  et 
qui  portait  d'abord  le  titre  provisoire  de  Fantaisie  de  marquise. 


38 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


***  Orphée,  la  Rrine  Topaze,  les  Noces  de  Figaro  et  Ma  tante  dort  dé- 
frayent le  répertoire  du  théâtre  Lyrique. 

„**  La  semaine  prochaine  aura  lieu,  au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens, 
la  première  représentation  du  Carnaval  des  Revues,  revue  de  carnaval  en 
neuf  tableaux  et  un  prologue,  de  MM.  Orangé  et  Gilles;  la  musique  est 
d'Offenbach  qui,  aux  mélodies  les  plus  populaires  de  son  répertoire,  a 
ajouté  des  airs  nouveaux  et  des  arrangements  sur  différents  opérasqu'on 
dit  pleins  de  piquant  et  d'originalité.  La  pièce  sera  jouée  parMmes  Tau- 
tin,  Chabert,  Maréchal,  Tostée,  Cico,  Rose  Deschamps,  Fréval,  Eeaudoin, 
Lasserre,  et  par  MM.  Léonce,  Désiré,  Tayau,  Guyot,  Duvernoy,  Marchand, 
Caillât,  Desmont,  Bonnet,  Jean-Paul,  Tautin  père,  etc.  Les  décors  sont 
de  MM.  Cambon  et  Thierry.  On  compte  sur  un  grand  succès. 

„*„,  Roger,  appelé  à  Dijon  pour  concourir  à  une  grande  fête  musicale 
organisée  au  profit  des  pauvres,  a  reçu  du  public  l'accueil  le  plus  cha- 
leureux. La  veille  du  concert,  il  assistait  dans  la  loge  municipale  à  une 
représentation  des  Huguenots  ;  mais  bientôt  reconnu  par  quelques  spec- 
tateurs, le  célèbre  artiste  ne  tarda  pas  à  être  l'objet  d'une  véritable 
ovation.  Roger  dut  s'avancer  sur  le  bord  de  la  loge  pour  remercier  le 
public  qui  lui  donnait  cette  marque  spontanée  de  sympathie  et  d'intérêt. 
Pendant  son  court  séjour  à  Dijon,  Roger  a  donné  deux  représentations. 
Il  a  joué  le  rôle  de  Georges  Brown,  de  la  Dame  blanche,  et  celui  de  Raoul 
de  Nangis,  des  Huguenots.  Dans  ces  deux  ouvrages,  il  a  excité  un  vif 
enthousiasme,  et  s'est  retiré  couvert  de  bravos,  de  couronnes  et  de 
fleurs . 

„*»  Par  décret  du  21  janvier,  M.  Foulon,  directeur  des  cours  de  chant 
aux  Associations  philotechnique  et  polytechnique,  a  été  nommé  chevalier 
de  la  Légion  d'honneur. 

**,  On  annonce  que  les  chefs  d'orchestre  des  théâtres  de  Paris  se 
disposent  à  publier  le  violon  répétiteur  des  airs  intercalés  dans  les 
principaux  vaudevilles  du  répertoire  de  chacun  de  leurs  théâtres.  Il  est 
inutile  de  signaler  les  avantages  d'une  publication  qui  intéresse  égale- 
ment les  directeurs,  les  artistes  et  les  auteurs. 

t\  Voici  le  programme  du  deuxième  concert  de  la  Société  des  jeunes 
artistes,  qui  aura  lieu  aujourd'hui  dimanche ,  29  janvier,  dans  la  salle 
Herz  :  \  "  ouverture,  de  M.  Lacombe  ;  2°  chœur  des  chasseurs  d'Euryanthe, 
de  Weber  ;  3° concerto  pour  violon,  de  Beethoven,  exécuté  par  M.  Dupuis; 
h°  air  du  Concert  à  la  cour,  d'Auber,  chanté  par  Mlle  Balby  ;  5"  pastorale 
sur  un  Noël  du  xvme  siècle  (chœur),  de  Gounod  ;  symphonie  en  la  ma- 
jeur, de  Mendelssohn  (allegro  vivace,  andante,  scherzo,  saltarelle.)  —  L'or- 
chestre sera  dirigé  par  M.  J.  Pasdeloup  ;  les  chœurs,  par  M.  E.  Batiste. 
/„,  La  Société  chorale  allemande,  le  Liederkranz,  a  célébré,  le  21  jan- 
vier, dans  les  salons  de  l'hôtel  du  Louvre  le  deuxième  anniversaire 
de  s'a  fondation.  Cette  fête  de  famille  était  précédée  d'un  concert  dans 
lequel  la  Société  et  des  artistes  invités  se  sont  fait  entendre  d'une 
façon  très-remarquable.  On  a  beaucoup  applaudi  un  chœur  de  Mozart, 
Stœndchen,  et  un  autre  de  Marschner,  Liedesfreihcit.  M.  Krûger  a  ob- 
tenu un  très-grand  succès  en  exécutant  Loreley,  fantaisie  très-brillante 
pour  le  piano.  MM.  Gleichauf  et  Muller  ont  fait  valoir  leur  beau  talent 
sur  le  violon  et  le  violoncelle,  et  le  concert  s'est  terminé  par  le  prélude 
de  Bach,  arrangé  pour  chœur,  piano,  orgue,  violon  et  violoncelle,  par 
Gounod  et  admirablement  exécuté.  La  marche  de  Schiller,  exécutée  en 
"•rande  partie  par  un  orchestre  d'amateurs,  membres  de  la  Société  cho- 
rale le  Liederkranz,  et  dirigé  par  son  excellent  chef,  M.  Emant,  a  été 
également  exécutée  dans  le  courant  de  la  soirée,  et  après  avoir  été 
bruyamment  applaudie,  a  dû  être  répétée. 

„*„  Le  premier  festival  qui  doit  être  donné  à  Paris  au  cirque  de  l'Impé- 
ratrice par  la  Société  philharmonique  universelle,  sous  la  direction  de 
H  Jullien,  de  Londres,  est  définitivement  fixé  au  dimanche,  M  mars 
prochain.  On  fait  de  grands  préparatifs  pour  cefistival  d'inauguration, 
d'ans  lequel  doivent  figurer  six  cents  exécutants. 

„*,  En  attendant  le  concert  qu'il  va  donner  dans  les  nouveaux  salons 
d'Erard,  J.  Becker  s'est  fait  entendre  dans  une  soirée  musicale  intime. 
Il  y  a  exécuté  les  variations  /  tanti  palpili,  de  Paganini,  et  la  grande  fantai- 
sie sur  le  thème  de  Nel  cor  plu  non  mi  sento,  du  même  auteur.  Son  jeu 
est  large  et  brillant  et  les  difficultés  du  célèbre  maître  ont  été  rendues 
avec  un  talent  hors  ligne.  On  lui  a  redemandé  la  Ronde  des  lutins,  de 
Bazzini,  et  il  l'a  jouée  avec  un  brio  et  un  esprit  qui  ont  électrisé  l'audi- 
toire. Mlle  E.  Desmaisons  l'accompagnait,  et  elle  s'est  montrée  également 
dans  .iivers  morceaux  une  pianiste,  comme  toujours,  gracieuse  et  dis- 
tinguée. 

,,*,  Samedi  dernier  une  brillante  soirée  réunissait,  dans  les  salons  de 
M.  et  MmeHerwyn,  Mlle  Acs,  cantatrice  du  théâtre  Italien,  Mlle  Jacques 
et  M.  Il.-J.  Binfield.  Le  morceau  capital  était  la  belle  fantaisie  sur  Faust 
que  M.  Herwyn  vient  de  composer  et  qu'il  exécute  avec  un  charme 
tout  a  fait  remarquable.  Mlle  Blcymann  a  interprété  avec  beaucoup  de 
goût  et  de  distinction  différents  morceaux  de  Weber,  Bach  et  de  Men- 
delssohn. 

t*t  La  troisième  séance  de  la  Société  Maurin,  Chevillard,  Viguier  et 
Sabattier  aura  lieu  jeudi,  2   février,  à  deux  heures,  dans  la  salle  de 
MM.  Pleyel-Wolff  et  (>\ 
»%  Les  deux  soirées  musicales  qui  seront  données  par  MM.  Th.  de 


Cuvillon  et  G.  Pfeifferdans  les  salons  de  Pleyel,  Wolff  et  Cc,  rue  Roche- 
chouart,  22,  auront  lieu  les  mardis  7  février  et  6  mars,  à  huit  heures 
du  soir,  avec  le  concours  de  MM.  Muller,  Casimir  Ney,  etc.  La  partie 
vocale  qui  doit  varier  le  programme  composé  de  l'exécution  des  œu- 
vres de  Beethoven  ,  Mendelssohn,  etc.,  sera  confiée  pour  la  première 
soirée  à  Mlle  Baretti,  destinée  cet  hiver  à  faire  uue  véritable  sensation 
dans  le  monde  musical. 

„■%,  M.  Lebouc  annonce  trois  soirées  de  musique  classique,  pour  les 
mercredis  115,  29  février  et  14  mars.  Ces  soirées  auront  lieu  dans  les 
nouveaux  salons  d'Erard. 

***  La  Cour  de  Paris,  chambres  réunies,  était  saisie  lundi  de  la  de- 
mande eu  réhabilitation  formée  par  M.  Sax,  fabricant  d'instruments,  qui, 
à  la  suite  de  nombreux  procès  qu'il  a  eu  à  soutenir  contre  ses  contre- 
facteurs, s'était  vu  dans  la  nécessité  de  se  déclarer  en  faillite.  M.  Sax 
ayant  justifié  du  paiement  intégral  de  ses  créanciers  et  aucune  opposi- 
tion ne  s'étant  produite,  la  Cour  a  prononcé  la  réhabilitation. 

***  L'autobiographie  de  L.  Spohr  paraîtra  en  trois  volumes,  chez 
l'éditeur  G.  H.  Wigand,  à  Goettingue. 

***  M.  Alexandre  Boucher,  le  doyen  des  violonistes  extraordinaires, 
nous  écrit  pour  nous  dire  que  malgré  sa  reconnaissance  pour  l'accueil 
qu'on  lui  a  fait  à  son  concert  de  l'année  dernière,  il  revient  à  Paris, 
non  pour  en  donner  un  autre,  mais  pour  mettre  au  service  de  ses  jeunes 
successeurs,  ses  bravos,  sa  renommée  et  son  talent. 

***  Une  audition  musicale  fort  intéressante  aura  lieu  le  6  février  pro- 
chain, salle  Beethoven,  passage  de  l'Opéra  :  elle  sera  défrayée  par  les 
quatre  sœurs  Van  der  Beek  ;  Mlles  Sidonie  et  Virginie,  soprano  et  con- 
tralto, élèves  de  Duprez,  Mlles  Stéphanie  et  Célestine,  harpiste  et  pianiste. 
Voici  le  programme  de  cette  soirée  :  l'air  de  Robert  et  la  sicilienne  des 
Vêpres,  chantés  par  Mlle  Sidonie  ;  duos  de  Mendelssohn  et  du  Prophète. 
chantés  par  Mlles  Sidonie  et  Virginie  ;  la  Danse  des  Sylphes  et  la  Mélan- 
colie, de  Félix  Godefroid,  exécutées  par  Mlle  Stéphanie  ;  le  grand  duo  de 
Labarre,  pour  harpe  et  piano,  exécuté  par  Mlles  Stéphanie  et  Virginie,  et 
le  trio  en  ut  majeur  de  Beethoven,  exécuté  par  Mlle  Ernestine  et  MM.  Nor- 
blin  et  Briard. 

*"%,  La  Société  musicale  de  Saint-Pétersbourg  vient  d'ouvrir  un  con- 
cours pour  une  cantate,  avec  chœurs  et  orchestre,  sur  une  pièce  de 
vers  de  Pouchkine  :  Un  festin  de  Pierre  le  Grand.  Le  compositeur  de  la 
meilleure  partition  recevra  une  médaille  d'or  et  un  prix  de  200  roubles 
argent  (800  fr.).  La  partition  qui  viendra  en  secon  le  ligne  recevra  une 
médaille  d'argent  et  125  roubles  argent  (500  fr.)  Les  compositeurs  natio- 
naux sont  seuls  admis  à  concourir. 

***  Le  célèbre  ténor  Wild,  dont  nous  avons  annoncé  la  mort,  a  laissé 
une  autobiographie  qui  doit  être  publiée  incessamment. 

„,**  La  première  série  des  Echos  des  opéras  de  Rummel  vient  de  pa- 
raître; elle  contient  six  fantaisies  de  moyenne  force  sur  les  thè- 
mes favoris  de  Fra-Diavolo,  Guillaume  Tell,  le  Comte  On/,  le  Domino 
noir,  les  Diamants  de  la  Couronne  et  la  Muette  de  Portici.  Cette  collection 
sera  prochainement  continuée  et  comprendra  tous  les  chefs-d'œuvre 
modernes.  Nous  prédisons  dès  aujourd'hui  un  succès  de  vogue  à  ces 
gracieuses  transcriptions,  écrites  de  la  façon  la  plus  brillante,  et  qui 
s'adressent  particulièrement  aux  élèves  qui  ont  franchi  les  premiers 
degrés  de  l'école  du  piano . 

„*„  M.  Kimpel,  violoniste  très-distingué,  élève  de  Spohr  et  virtuose  de 
la  chambre  du  roi  de  Hanovre,  est  arrivé  à  Paris,  où  il  compte  passer 
quelques  mois  et  se  faire  entendre  en  public. 

*%  MM.  Armingaud,  Jacquard,  Lalo  et  Lapret  donneront,  mercredi 
prochain,  dans  la  salle  Pleyel,  leur  deuxième  soirée  de  musique  de  cham- 
bre. En  voici  le  programme  :  1°  quatuor,  en  la  mineur,  de  Schubert, 
exécuté  pour  la  première  fois  ;  2°  sonate  de  Beethoven,  pour  piano  et 
violoncelle,  par  MM.  Lubeck  et  Jacquard;  3"  adagio  du  75e  quatuor  de 
Haydn  ;  4°  quatuor  de  Mendelssohn.  en  mi  bémol  (op.  4i,  n"  3). 

**»M.  Franco-Mendès,  le  célèbre  violoncelliste  et  compositeur,  vient 
de  recevoir  la  décoration  de  la  croix  de  mérite  de  l'ordre  ducal  de  la 
branche  Ernestine  de  Saxe,  de  la  part  de  S.  A.  R.  le  duc  Bernard  de  Saxe- 
Meiningen,  avec  une  lettre  des  plus  flatteuses,  à  propos  de  la  dédicace 
d'un  nouveau  quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle. 

»**  Le  jeune  pianiste  Luca  Fumagalli  donnera  son  I  er  concert  le  1 6  février 
dans  la  salle  Erard,  avec  le  concours  des  artistes  suivants  :  MlleVaneri; 
MM.  Solicri,  Fortuna,  Ney  et  Saenger.  11  fera  entendre  trois  de  ses  com- 
positions inédites  encore  en  France  :  1"  duo  pour  deux  pianos  sur  le  Tro- 
vatore  ;  2°  Nuitamment,  rêverie,  et  3°  Caprice  de  danse  ;  la  sonate  de  Bee- 
thoven, op.  30,  avec  violon;  romance  sans  paroles,  de  Mendelssohn; 
fantaisie  de  bravoure  sur  le  Prophète,  et  sérénade  espagnole,  de  sou  frère 
Adolphe  Fumagalli. 

***  Mlle  Anna  Kûhl ,  l'excellente  violoncelliste,  donnera  un  concert 
vendredi  prochain  dans  les  salons  de  MM.  Pleyel,  Wolff  et  f>.  MM.  Gleich- 
auf et  Ketterer  lui  pvèteront  leur  concours  en  exécutant  le  duo  pour 
piano  et  violon  sur  le  Pardon  de  Plocrme! ,  composé  par  Herman  et 
Ketterer. 
**„  Aujourd'hui  29  janvier,  à  l'occasion  de  la  fête  de  saint  François 


DE  PARIS. 


39 


de  Sales ,  patron  du  clergé  ,  on  exécutera  dans  l'église  Saint-Thomas- 
d'Aquin,  à  dix  heures  précises,  une  messe  en  musique  de  la  composition 
de  M.  V.-F.  Verrimst,  maître  de  chapelle  de  ladite  église.  L'orchestre  et 
les  chœurs  seront  dirigés  par  l'auteur.  .Mgr  le  cardinal-archevêque  offi- 
ciera pontiflcalement. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


**»  Amiens,  23  janvier.—  Le  Prophète  vient  enfin  de  nous  être  donné 
avec  une  magnificence  vraiment  extraordinaire.  Le  poëme  et  la  parti- 
tion ont  produit  une  sensation  profonde  et  générale.  Les  rôles,  très-bien 
distribués,  sont  joués  et  chantés  avec  beaucoup  de  talent  par  M.  Duprat, 
premier  ténor  des  théâtres  de  Marseille  et  de  Lyon  ;  par  Aime  Ismaël, 
qui  déploie,  dans  le  rôle  de  Berthe,  les  qualités  brillantes  de  sa  voix,  et 
par  Mlle  Erambert,  qui,  dans  celui  de  Fidès,  a  fait  preuve,  comme  actrice 
et  comme  cantatrice,  d'une  énergie,  d'une  sensibilité  dont,  à  plusieurs 
reprises,  l'expression  a  provoqué  les  plus  vifs  applaudissements.  MM.  Cas- 
telmary,  Rondeau  et  Lebreton  interprètent  très-convenablement  les  rôles 
des  trois  anabaptistes.  L'orchestre  et  les  chœurs,  fort  bien  conduits  par 
M.  Séméladis,  méritent  aussi  beaucoup  d'éloges.— La  beauté  des  décors, 
dont  la  plupart  sont  nouveaux,  la  variété,  la  richesse  et  la  fraîcheur  des 
costumes,  la  -partie  pyrotechnique,  dont  les  effets  se  manifestent  par 
l'embrasement  et  l'écroulement  du  palais  de  Munster,  tout  cela  a  été  fort 
admiré  et  a  provoqué  d'unanimes  bravos. 

**„  Met:.  —  Le  Pardon  de  Plo'èrmel  poursuit  sa  marche  triomphale,  et 
les  beautés  que  renferme  cette  partition  excitent  chaque  soir  l'enthou- 
siasme. 

,,*„  Toulouse.  —  La  reprise  des  Dragons  de  Villars  attire  la  foule. 
Mme  Galli-Marié  a  chanté  admirablement  le  rôle  de  Rose  Friquet  et  a 
obtenu  un  magnifique  succès.  M.  Laget  a  très-bien  joué  le  rôle  de 
Sylvain,  et  le  sergent  Belamy  a  trouvé  un  très  -  bon  interprète  en 
M.  Vincent.  —  Mlle  Desterbecq  est  de  plus  en  plus  en  faveur;  les  Hugue- 
nots ont  valu  à  la  cantatrice  deux  chaleureux  rappels  ;  c'est  du  reste  un 
des  opéras  qui  ont  valu  à  Mlle  Desterbecq  ses  plus  beaux  succès. 

%**  Dijon,  25  janvier.  —  Guillaume  Tell,  ce  chef  d'oeuvre  de  Rossini, 
a  eu  hier  sa  troisième  représentation.  M.  Merly,  de  passage  en  notre 
ville,  remplissait  le  rôle  du  libérateur  de  la  Suisse,  et  M.  Harvin  celui 
d'Arnold.  Grâce  à  sa  voix  magnifique,  a  la  netteté  de  sa  prononciation  et 
à  la  manière  supérieure  avec  laquelle  il  dit  le  récitatif,  M.  Harvin  s'est 
tiré  avec  honneur  de  cette  périlleuse  épreuve.  M.  Merly  a  été  couvert  d'ap- 
plaudissements après  sa  phrase  d'entrée,  Il  chante  et  l'Helvclie  ;  le  duo  entre 
Guillaume  et  Arnold  a  été  très-bien  rendu  ;  l'andante  du  duo  avec  Ma- 
thilde,  Doux  aveu,  très-bien  dit  par  Harvin  ;  quant  au  trio  du  deuxième 
acte,  il  a  produit  un  immense  effet.  Merly  doit  jouer  encore  la  Favorite 
et  la  Muette  avant  de  nous  quitter. 

„,*„  Caen.  —  Mlle  Angèle  Cordier  vient  de  donner  deux  brillantes  re- 
présentations dans  sa  ville  natale.  La  jeune  et  intelligente  artiste  a 
chanté  la  Fanchonnette  et  V Ambassadrice  de  façon  à  mériter  de  véritables 
ovations.  La  partition  d'Auber  a  surtout  valu  à  Mlle  Cordier  un  très-beau 
succès.  Rappelée  a  la  chute  du  rideau  de  la  manière  la  plus  unanime 
et  la  plus  spontanée,  elle  a  dû  reparaître  pour  recevoir  une  dernière  fois 
les  marques  de  sympathie  de  ses  compatriotes.  A  côtô'de  Mlle  Angèle 
Cordier  se  sont  fait  remarquer  M  Lucien  Bourgeois  (Benedict),  M.  Cave, 
M.  Mercier  et  Mme  Stevens.  —  On  répète  activement  les  Dragons  de 
Villars. 


CHRONiQUI    ÉTRANGÈRE. 


„*„  Bruxelles.  —  Jeudi  dernier  a  eu  lieu  la  douzième  représenta- 
tion du  Pardon  de  Pluërmel  qui  continue  à  faire  des  recettes  splen- 
dides.  Un  accident,  heureusement  sans  gravité,  a  failli  interrompre 
les  représentations  du  nouveau  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer.  Mlle  Boulart 
s'est  blessée  dans  la  chute  du  pont  au  deuxième  acte  et  on  a  craint  un 
moment  qu'elle  ne  pût  achever  la  pièce.  Après  un  avis  du  régisseur, 
Mlle  Roulart  a  cependant  chanté  jusqu'à  la  fin.  Le  nouveau  ballet  de 
M .  Henri  Desplaces,  le  Bijou  du  roi,  a  obtenu  un  très  grand  succès. 

„.%  Liège.  —  Mme  Stranski  s'est  surpassée  dans  le  rôle  de  Fidès,  du 
Prophète;  son  air  :  Comme  un  éclair,  a  été  dit  de  la  façon  la  plus  drama- 
tique. On  répète  activement  le  Pardon  de  Ploermel  dont  la  première  re- 
présentation aura  lieu  dans  le  courant  de  la  semaine. 

**„,  Genève.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploermel  vient 
d'avoir  lieu  devant  une  salle  comble.  Le  public  genevois  a  chaleureu- 
sement applaudi  la  partition  nouvelle  qui  a  obtenu  un  succès  des  plus 
éclatants.  Les  artistes  ont  fait  vaillamment  leur  devoir ,  mais  on  a 
surtout  remarqué  Mlle  Emon  qui  a  saisi  avec  le  plus  grand  bonheur 
toutes  les  nuances  du  rôle  de  Dinorah.  La  Berceuse  du  premier  acte, 
l'air  de  l'Ombre,  la  légende  et  le  sublime  duo  du    troisième  acte  ont 


valu  à  la  cantatrice  de  véritables  ovations.  Les  chœurs  et  l'orchestre, 
dirigé  par  son  habile  chef  M.  Pépin,  se  sont  aussi  fait  remarquer  par 
le  mérite  hors  ligne  qu'ils  ont  déployé  dans  cette  circonstance.  Le 
Pardon  de  Ploermel  est  pour  longtemps  stéréotypé  sur  l'affiche  de  notre 
théâtre. 

*%  Berlin.  —  Mlle  Ar'tot  et  M.  Garrion  se  sont  fait  entendre  dans  un 
concert  à  la  cour,  où  la  Schiller-Marche,  de  Meyerbeer,  a  été.  exécutée. 
Cette  magnifique  composition  a  excité  1p  plus  grand  enthousiasme. —  La 
Société  italienne,  sous  la  direction  de  Lorini,  a  donné  sa  huitième  repré- 
sentation, et  la  première  de  la  Lucia,  de  Donizetti.  Dans  le  rôle  principal 
débutait  Mme  de  Ruda,  dont  la  voix  n'a  plus  toute  fa  fraîcheur  de  la  pre- 
mière jeunesse,  mais  qui,  grâce  à  une  excellente  méthode  et  à  une  grande 
puissance  dramatique,  n'en  a  pas  moins  complètement  réussi.  Carrion  a  (té 
magnifique  dans  le  rôle  d'Edgardo,  et  le  finale  du  troisième  acte  a  été 
pour  l'éminent  chanteur  l'occasion  d'un  véritable  triomphe.— Au  théâtre 
royal  de  l'Opéra  vient  d'être  joué  pour  la  première  fois  Christine  de 
Suède,  opéra  en  trois  actes,  musique  de  M.  de  Redern,  ballet  de  M.  Ta- 
glioni.  Une  brillante  assemblée  assistait  à  cette  représentation.  La  parti- 
tion de  M.  de  Redern  a  eu  le  plus  honorable  succès.  Dès  le  premier 
acte,  Mme  Wagner  (Christine)  a  eu  les  honneurs  du  rappel. 

***  Prague.  —  Mlle  F.  de  l'iefensée  a  eu  l'honneur  de  se  faire  enten- 
dre dans  un  concert  à  la  cour  de  l'empereur  Ferdinand.  Au  théâtre  de 
la  ville  on  a  mis  à  l'étude  le  Pardon  de  Ploermel,  de  Meyerbeer. 

***  Rostock  (Meklembourg).  —  Le  Pardon  de  Ploermel  vient  d'être  repré- 
senté avec  le  plus  éclatant  succès.  L'exécution  a  été  irréprochable  et  le 
nombreux  public  qui  assiste  aux  représentations  du  chef-d'œuvre  témoi- 
gne, par  ses  applaudissements  et  des  rappels,  sa  satisfaction  aux  ar- 
tistes. 

„*„  Vienne.  —  Le  premier  concert  philharmonique  a  eu  lieu  dans  la 
salle  de  l'opéra  de  la  Cour  :  on  y  a  exécuté  entre  autres  l'ouverture 
çTAnacréon,  de  Chérubini,  la  septième  symphonie  de  Beethoven  et  la  Fée 
Mab,  scherzo  de  la  symphonie  Bornéo  et  Juliette,  de  Berlioz.  Ce  morceau 
a  été  exécuté  avec  une  rare  perfection  et  accueilli  avec  enthousiasme. — 
La  reprise  CCIphigénie  en  Tauride.  opéra  de  Gluck,  avait  attiré  beaucoup 
de  monde,  et  le  succès  a  été  complet.  Mme  Dustmann  a  interprété  le 
rôle  principal  avec  un  immense  talent.  Au  même  théâtre  a  eu  lieu  avec 
succès  la  première  représentation  de  le  Braconnier,  opéra-comique  de 
Lortzing. 

t**  Francfort.  —  Le  Pardon  de  Ploermel  sera  représenté  incessamment 
à  notre  théâtre;  les  répétitions  sont  terminées;  on  n'attend  plus  que 
l'achèvement  des  décors.— Le  célèbre  pianiste  A.  Dreyschock  a  donné,  le 
23  janvier,  un  concert  auquel  assistait  un  brillant  et  nombreux  auditoire. 
Le  succès  a  été  tel,  que  Dreyschock  s'est  décidé  à  donner  incessamment 
un  deuxième  concert. 

*  jVice.  —  Avec  le  carnaval  vont  commencer  les  fêtes,  les  bals  et 
les  concerts.  Parmi  les  nouveaux  venus;  on  cite  Bazzini.  Seligman  et 
Lôopold  Amat,  qui  nous  arrive  cette  fois  de  l'Italie.  Gênes,  Milan  et 
Turin  ont  applaudi,  dans  quelques  salons,  les  gracieuses  compositions 
de  ce  compositeur-chanteur  ;  à  Gênes,  entre  autres,  dans  le  salon  artis- 
tique du  comte  Maximilien  Craziani,  Léopold  Amat  a  fait  entendre  quel- 
ques-unes de  ses  mélodies. 

„%  Saint-Pétersbourg.  —  Décidément  le  Pardon  de  Ploermel  ne  sera 
pas  joué  avant  le  23  janvier  (4  février).  Ce  sont  les  décors  qui  occa- 
sionnent ce  retard  :  on  assure  qu'ils  seront  admirables.  Mme  Charton , 
Calzolari  et  Debassini  rempliront  parfaitement  les  trois  rôles.  L'ouvrage 
sera  donné  pour  le  bénéfice  de  Mme  Charton,  et  déjà  toute  la  salle  est 
louée  :  impossible  de  se  procurer  une  place.  — En  attendant,  la  Traviata, 
chantée  par  Mlle  Balfe,  va  être  donnée  pour  le  bénéfice  de  Calzolari,  et 
le  Prophète  pour  celui  de  Tamberlick.  —  Avant-hier,  le  Frcischutz  avec 
mise  en  scène,  costumes  et  décors  nouveaux,  a  été  joué  pour  le  bénéfice 
de  Mongini.  La  salle  était  pleine,  et  le  succès  obtenu  par  Mlle  Lagrua  a 
été  très-brillant.  —  Le  même  soir,  au  théâtre  Français,  une  représenta- 
tion extraordinaire  offrait  l'occasion  rare  et  curieuse  d'entendre  Tam- 
berlick chanter  une  romance  française  et  une  romance  russe,  et 
Mme  Nantier-Didiée  des  chansonnettes  napolitaines.  Chacun  des  deux 
éminents  artistes  a  dû  les  répéter  aux  acclamations  de  toute  la  salle  ; 
mais  elle  a  failli  crouler  sous  les  applaudissements  lorsque  Tamberlick 
a  dit  et  répété  la  fameuse  romance  de  la  princesse  Kotschoubey 
Skajité'ieï  avec  une  expression  et  un  style  qui  n'appartiennent  qu'à 
lui.  A  minuit  le  spectacle  s'est  terminé  par  une  exhibition  de  tous  les 
artistes  français,  groupés  admirablement  par  le  célèbre  peintre  Zichy 
dans  un  immense  tableau  vivant,  occupant  toute  la  scène  et  de  l'effet  le 
plus  pittoresque.  LL.  MM.  l'empereur  et  l'impératrice  et  plusieurs  mem- 
bres de  la  famille  impériale,  une  foule  de  hauts  dignitaires  et  la  majeure 
partie  de  l'aristocratie  assistaient  à  cette  brillante  représentation ,  orga- 
nisée au  profit  d'un  artiste  par  ses  camarades, 


to 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


PRIX    ACCOUDÉ   A    L' UNANIMITÉ    A    L'EXPOSITION 
UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1851. 


Fonrnlssenr  tics  HiniKtères  tle  la 
Guerre  et  de  la  narine  de  France. 


Agent    à    Londres 

JDLLIEN  ET  C\ 

214  ,   Régent    Street. 


MAISON  FONDÉE  EN  1803. 

INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVR 

ANTOINE  COURTOIS 

88,   rue  des  jftarais  -  Saint '.-  Martin,   S 8 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MÉDAILLE   D'ARGENT    DE   1"   CLASSE 
A   l'exposition    UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur    du    Conservatoire    et  de 
l'Académie  Impériale  de  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

À.  BUTTNER, 

Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


Publié  par  G.  BRAXDVS  et  S.  DUFOUR, 
103,  rue  de  Richelieu,  au  Ie'. 

2°  ÉDITION. 

LA  DANSE  DES  FÉES 

PAR 

EMSUE    PRUDE VT 

Prix  :  9  fr. 

Cette  édition  a  été  soigneusement  revue  par  Fauteur, 


AIVÏÏflïïICF  vAY  (««WMOR).  —Neuf 
R.LiU\Ji\ùli  Oi&A  brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  ^axomiiitoiiâques.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

><  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  a  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  petit  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Rougemont. 

MUSIQUE  DE  CHANT 

CJevaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2 
•   —    Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2 

Mangeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6 

MUSIQUE  DE  PIANO 

Favarser  (R.).  Op.  11.  Vanda,  varsovienne . .  7 

—  Op.  12.  Tarentelle 7 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7 

—  Op.  14.  En  Chasse,  fantaisie 7 

Ravina    (H.).  Op.   10.  La  Danse,  morceau   de 

salon 6 

—  Op.  11.   Première  grande  valse 6 

—  Deuxième  grande  valse 7 

—  Deuxième  mazurka 6 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,  étude 

de  concert 9 

—  Op.   20.  Rondo-polka 7 

—  Op.  21.  Sicilienne 9 

—  Op.  22.   Elégie 7 

SIX  FANTAISIES  BX  TRIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 

H.  Ravina  et  L.   Clnpissou. 


CAÏTFÏ  VT(\  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
ÛUlUîliJJlU  position  1849;  Médaille,  de  1"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
L'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus 
tement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap> 
port  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  Magasin 
rue  Montmartre,  161. 


MAISON  H.  HERZ  P. 

Victoire,  à  Paris. 


Manufacture    de 

in  os,  iS,  rue  de  la 


A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  II  portait  le  n°  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  aoât,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
■ang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  » 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


L'HARIOMFLUTE 


MAYERMARIX  , 

dont  le  succès   grandit  chaque   jour,  se    trouve   chez 
Mayermarix,  46,  passage  des  Panoramas,  à  Paris. 


LA  LYRE  FRANÇAISE 

Choix  d'airs  d'opéras,  duos,  romances  sans  accom- 
pagnement des  meilleurs  auteurs  anciens 
et  modernes. 
100  n".  Edition  populaire.  Ch.,  25  c. 


■  "  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1840. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

i"  médallIcTd'argcnt 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  ROIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAU 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


i"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DÉ    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
<&  Hollande  (1S45). 

Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1S46). 


Seule  grande  médaille  d'honneur   à  l'Exposition  universelle  île  Paris  (8S55).  —  Seule  grande   médaille 

[fntmcif  Meriat)  à  l'Exposition  universelle  de  Londres  (1S5I). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR   OES    FAMILLES   des 

CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 
BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulautes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


SAXO-TROMBAS 

SAXHORNS. 


SAX-TCBAS. 

SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TROMBONES-SAX. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  ■  S.ïî». 
Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une  ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  in.»». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants  ;  inv.  brev.  en  1 85«. 


CORNETS-SAX  (compensateurs). 
CLAIÎINETTES  BASSKS-SAX. 


PAHIS.  —  IHFliniEniE  CEXTU.VLE   DE  NAPOLÉON  CUAIX   ET  Cc,  HUE  UEP.GËRE,  20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


5  Février  181 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  a  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 

Sureau*  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT*. 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  lklgique  et  Suisse....     30  h        id. 
Étranger 34  »       id. 


Le  Journal  paraît  le  Dimanche, 


GAZETTE 


Avec  lie  prochain  numéro,  Bios  altouiaés  retcuront 
le  titre  et  la  table  analytique  des  imasiâères  poair  l'an- 
née  1859. 


SOMMAIRE.  —  Sur  l'enseignement  populaire  de  la  musique  (3ù  article),  par 
Fctis  père.  —  F.  Brassin,  par  Atloipbe  Botte.  —  Auditions  musicales, 
par  le  même.  —  Nouvelles  et  annonces. 


SUR  L'ENSEIGNEMENT  POPULAIRE  DE  LÀ  MUSIQUE. 

(3e  article.)  (1) 

Parmi  les  systèmes  particuliers  de  notation  musicale  qui  sont  en 
opposition  absolue  avec  la  notation  universelle  et  ne  sont  pas  sténo- 
graphiques,  on  remarque  les  notations  alphabétiques  et  les  notations 
chiffrées. 

L'idée  de  faire  représenter  les  sons  par  des  caractères  d'un  alphabet 
connu  de  tout  le  monde  est  la  plus  ancienne  qui  ait  été  mise  en  pra- 
tique. L'Inde  nous  en  offre  un  exemple  dans  la  plus  haute  antiquité,  et 
chez  les  Chinois  l'usage  s'en  est  perpétué  depuis  les  temps  les  plus  an- 
ciens jusqu'à  l'époque  actuelle  à  l'aide  de  certaines  modifications  des  types 
primitifs.  Plus  de  cinq  cents  ans  avant  l'ère  chrétienne  nous  trouvons 
chez  les  Grecs  une  notation  musicale  dont  les  caractères  alphabétiques 
de  la  langue  ont  fourni  les  premiers  éléments.  Il  en  est  de  même  chez 
les  Etrusques  et  chez  les  Romains.  Les  lettres  latines  se  retrouvent 
encore  çà  et  là,  dans  le  moyen  âge,  pour  la  représentation  des  sons, 
et,  de  nos  jours,  les  Allemands  désignent  encore  par  les  premières 
lettres  de  l'alphabet  les  notes  que  nous  appelons  ut  ou  do,  ré,  mi,  fa, 
sol,  la,  distinguant  le  si  bémol  par  b,  et  le  si  bécarre  par  h.  Les  tabla- 
tures d'orgue  et  de  clavecin  aux  xve  et  xvie  siècles  étaient  composées 
des  mêmes  lettres  combinées  avec  les  signes  d'intonation  accidentelle 
et  de  durée  empruntés  à  la  notation  ordinaire. 

En  1833,  M.  l'abbé  Antoine-Marie  Nichetti,  de  Padoue,  proposa, 
comme  une  nouveauté  qui  rendait  beaucoup  plus  facile  la  lecture  de 
la  musique,  le  retour  aux  tablatures  de  cette  espèce  dans  un  écrit 
intitulé  :  Prospectus  d'un  nouveau  mode  plus  aisé  d'écriture  musi- 
cale (1).  Il  y  donna  à  la  fin  de  sa  brochure  un  exemple  de  son  sys- 

(1)  Voir  le  n°  4. 

(l)  Prospetto  di  un  nuovo  modo  più  agevole  di  serittura  musicale'.  Padoue, 
1833,  in-8°  de  72  pages,  avec  huit  tableaux  de  notation. 


tème  dans  l'air  final  de  Cenerentola  avec  les  variations  et  un  accom- 
pagnement de  piano.  Le  point  de  départ  de  M.  l'abbé  Nichetti  est  que 
les  lettres  sont  connues  de  tout  le  monde  et  que  leur  application  dans 
la  musique  est  la  seule  chose  qu'on  ait  à  apprendre,  tandis  que  la 
portée,  les  lignes,  les  formes  des  notes  de  toutes  les  valeurs,  les  clefs, 
les  dièses,  bémols,  bécarres  sont  autant  de  choses  inconnues  du  com- 
mençant, et  que  leurs  combinaisons  lui  fatiguent  l'intelligence.  Il  ne 
s'est  pas  aperçu  de  l'avantage  qui  résulte  précisément  de  la  variété 
des  formes  de  cette  notation  pour  la  lecture,  et  que  c'est  par  là  qu'elle 
peint  aux  yeux,  dès  le  premier  aspect,  tout  ce  qui  doit  être  exécuté. 
Dans  son  système  de  notation,  au  contraire,  l'obligation  de  voir  une 
à  une  toutes  ces  lettres  de  caractères  différents  qui  indiquent  la  di- 
versité de  leurs  petits  signes  modificateurs  de  durées  et  d'intonations, 
exige  un  travail  constant  d'analyse  qui  rend  la  lecture  rapide  impos- 
sible. M.  l'abbé  Nichetti  fait  remarquer  que  sa  notation  a  un  très- 
grand  avantage  sur  celle  des  chiffres  en  ce  qu'elle  ne  laisse  jamais 
la  modulation  incertaine  et  donne  toujours  immédiatement  la  note 
quel  que  soit  le  ton  :  cela  est  vrai;  mais  ces  deux  systèmes  périssent 
par  la  nécessité  d'analyse  dont  l'intelligence  la  plus  prompte  ne  pour- 
rait résoudre  les  difficultés  dans  les  combinaisons  compliquées  de  la 
musique  moderne.  Les  tablatures  anciennes  avaient  été  imaginées  dans 
un  temps  où  la  gravure  de  la  musique  par  les  procédés  actuels  n'exis- 
tait pas,  et  lorsque  la  typographie  n'offrait  que  des  moyens  trop  im- 
parfaits pour  la  notation  ordinaire.  Ces  tablatures,  si  embarrassantes 
qu'elles  fussent,  étaient  la  seule  ressource  dont  on  pouvait  disposer  : 
il  fallait  bien  qu'on  s'en  contentât.  Mais  aujourd'hui,  quelle  peut  être 
leur  utilité,  et  pourquoi  ce  retour  aux  choses  de  l'enfance  de  l'art? 
Ce  que  je  dis  ici,  le  public  l'a  compris  tout  d'abord,  car  le  système  de 
M.  l'abbé  Nichetti  est  allé  s'ensevelir  dans  un  profond  oubli  comme 
tous  ceux  du  même  genre. 

Me  voici  arrivé  à  la  notation  chiffrée  dont  on  fait  grand  bruit  en 
France  depuis  plus  de  quarante  ans.  J'ai  dit  ce  qui  en  est  advenu  en 
Allemagne  dans  un  but  plus  modeste  ;  mais  les  auteurs  allemands  de 
la  réforme  n'avaient  ni  la  ténacité  ni  l'habileté  que  nous  avons  vu 
déployer  pour  atteindre  des  résultats  plus  importants.  Lorsque  Galin 
arriva  à  Paris  avec  sa  méthode  du  méloplaste,  il  chercha  d'abord  à 
la  mettre  en  pratique  dans  un  établissement  public  où  l'essai  serait 
fait  sur  une  grande  échelle.  Il  ne  fallait  pas  songer  au  Conservatoire  : 
Galin  se  tourna  du  côté  de  l'école  de  musique  religieuse  dirigée  par 
Choron.  Aux  premiers  mots  qu'il  dit  à  celui-ci  des  difficultés  par 
lesquelles  la  notation  ordinaire  de  la  musique  et  les  méthodes  usitées 
pour  l'enseignement   du  solfège   portaient   le   découragement  dans 


h-2 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE; 


l'âme  des  commençants  :  Mais,  mon  cher  monsieur,  d'où  sortez- 
vous  ?  lui  dit  Choron  avec  sa  verve  habituelle  ;  descendes  au  rez-  de- 
chaussée;  entrez  dans  m' s  clauses  de  gamins,  et  voyez  s'ils  'sont  dé- 
couragés et  s'ils  ne  vous  chanteront  pas  tout  ce  que  vous  voudrez  ! 
Galin  comprit  par  cette  réponse  qu'il  n'avait  pas  trouvé  ce  qu'il  cher- 
chait, et  n'insista  pas.  A  quelque  temps  de  là  il  ouvrit  des  cours  qui 
eurent  du  retentissement:  des  jeunes  gens  qui  venaient  de  terminer 
leurs  études  de  collège  et  d'université,  et  qui  n'avaient  pu  s'occuper 
de  musique  jusqu'alors,  mais  à  qui  la  fréquentation  des  théâtres  avait 
donné  le  goût  de  cet  art,  furent  séduits  par  les  promesses  d'un  ensei- 
gnement lumineux,  et  fréquentèrent  ces  cours  avec  une  foi  robuste. 
Bientôt  il  ne  fut  bruit  que  du  méloplaste.  Des  musiciens  qui  avaient 
suivi  les  cours  de  Galin  et.  s'étaient  initiés  à  sa  méthode,  y  virent  un 
moyen  de  succès  pour  leurs  affaires.  Des  affiches;  annonçant  des 
cours  de  méloplaste,  couvrirent  les  murs  de  Paris.  MM.  Aimé  Le- 
moine,  Jue  et  de  Geslin  en  ouvrirent  dans  plusieurs  quartiers  de  Paris. 
Les  deux  premiers,  il  faut  bien  le  dire,  finirent  par  renier  les  idées 
de  leur  patron,  après  avoir  tiré  beaucoup  d'argent  de  leur  exploi- 
tation. Le  moment  était  venu  où  l'on  reconnaissait  que  les  promesses 
failes  par  la  méLhode  ne  se  réalisaient  pas  :  l'engouement  avait  dis- 
paru ;  on  essaya  de  le  ranimer.  M.  Lemoine  modifia  le  méloplaste 
jusqu'à  le  rendre  méconnaissable,  et  M.  Jue  en  arriva  jusqu'à  sa  mo- 
nogamie, l'une  des  plus  grandes  absurdités  qu'on  ait  tenté  d'intro- 
duire dans  la  musique.  Quant  à  M.  de  Geslin,  c'était  un  pauvre  esprit 
incapable  de  soutenir  un  apostolat.  Après  avoir  été  houspillé  par 
M.  Adrien  de  la  Fage  dans  une  polémique,  et  avoir  reçu  un  coup  d'épée 
dePastou,  ancien  officier,  grand  ferrailleur  et  auteur  d'une  méthode 
de  musique  appelée  la  Lijre  harmonique,  laquelle  avait  aussi  ses  par- 
tisans, M.  de  Geslin  ouvrit  un  magasin  de  calicot  avec  l'argent  gagné 
dans  sa  mission  méloplastique  ;  depuis  oncques  il  n'en  fut  plus  ques- 
tion . 

Le  méloplaste  était  mort,  du  moins  on  le  croyait  ;  mais  il  restait  un 
homme,  ancien  élève  de  Galin,  plein  d'ardeur,  de  conviction,  de  vo- 
lonté et  d'une  rare  intelligence.  Cet  homme  était  M.  Aimé  Paris.  Il 
se  dévoua  à  la  doctrine  de  Galin  et  parcourut  pendant  trente  ans 
toute  la  France  pour  la  propager.  11  ne  s'agissait  plus  pour  lui  d'un 
enseignement  élémentaire  de  la  musique  à  l'usage  des  masses  popu- 
laires; c'était  aux  musiciens  mêmes  qu'il  s'attaquait,  les  défiant  à  la 
lutte  et  les  pressant  corps  à  corps.  Ce  qu'il  demandait  à  haute  voix, 
c'était  la  substitution  des  chiffres  à  la  notation  dont  l'usage  est  univer- 
sel, l'abandon  de  la  méthode  du  solfège,  qu'il  traitait  de  misérable 
routine,  et  la  glorification  de  la  doctrine  méloplastique.  Arrivé  dans 
une  ville  pour  la  première  fois,  il  n'y  parlait  pas  d'abord  de  musique, 
mais  il  ouvrait  des  cours  gratuits  de  mnémonique,  et,  doué  d'une  élo- 
cution  facile,  il  captivait  son  auditoire.  Alors  seulement  et  lorsqu'il 
pouvait  compter  sur  un  certain  nombre  d'adhérents,  il  lançait  son 
manifeste,  couvrait  les  murs  de  la  ville  de  l'annonce  de  son  cours  et 
provoquait  au  concours  les  professeurs  de  la  cité  et  leurs  élèves.  Si 
quelque  imprudent,  n'ayant  pas  la  parole  facile  ni  le  talent  de  polé- 
mique de  M.  Aimé  Paris,  se  hasardait  dans  ce  traquenard,  il  était  iné- 
vitablement pourfendu  par  les  brochures  et  les  correspondances  de 
journaux. 

Après  un  temps  plus  ou  moins  long  de  séjour  dans  une  ville, 
M.  Aimé  Paris  allait  s'établir  dans  une  autre,  où  les  mêmes  faits  se 
reproduisaient  de  la  même  manière  et  à  peu  près  dans  le  même  ordre. 
Son  départ  était  le  signal  du  retour  du  calme  :  on  ne  parlait  plus  du 
méloplaste,  et  les  illusions  de  ceux  qui  avaient  cru  apprendre  la  mu- 
sique par  la  notation  chiffrée  se  dissipaient  en  acquérant  bientôt  la 
conviction  qu'ils  n'en  savaient  rien.  Si  quelques-uns  d'entre  eux  vou- 
laient essayer  ensuite  des  méthodes  ordinaires,  comme  j'en  ai  vu  dans 
le  Conservatoire  de  Bruxelles,  les  habitudes  qu'ils  avaient  contractées 
y  étaient  un  obstacle  qui  les  décourageait.  Au  résumé,  l'énergique 
activité  de  M.  Aimé  Paris  n'aboutissait  à  aucun  résultat  durable. 


Telle  était  la  situation  des  choses  quand  le  continuateur  de  Galin 
rencontra  dans  son  beau-frère,  M.  Chevé,  un  auxiliaire  puissant  et 
dévoué.  Même  tempérament,  même  ardeur,  même  énergie  de  vo- 
lonté, même  audace,  les  avaient  faits  dignes  de  se  seconder  mutuel- 
lement. Médecin  distingué  et  auteur  d'un  mémoire  estimé,  relatif  à 
sa  profession,  M.  Chevé  s'éprit  tout  à  coup  d'une  admiration  sans 
bornes  pour  la  réforme  entreprise  par  Galin  et  continuée  par  M.  Paris, 
et  renonçant  à  la  pratique  de  la  médecine,  il  compléta  la  trinité 
Calin-Paris  Chevé.  Ayant  compris  les  inconvénients  de  l'apo>tolat 
nomade  de  son  beau-frère,  il  reconnut  la  nécessité  d'un  centre  perma- 
nent qui  devînt  une  base  d'opérations  stratégiques  pour  la  propaga- 
tion de  la  doctrine  des  chiffres,  et  Paris  lui  parut  le  lieu  naturellement 
désigné  pour  ce  centre  d'activité. 

M.  Paris  n'avait  fait  la  guerre  qu'aux  musiciens  des  départements: 
M.  Chevé  ne  crut  pas  entreprendre  une  tâche  au-dessus  de  ses  forces 
en  s'attaquant  au  Conservatoire  royal,  puis  impérial  de  musique,  au 
Comité  central  d'instruction  primaire  de  la  ville  de  Paris,  à  l'Institut 
de  France,  aux  noms  les  plus  illustres,  aux  plus  grandes  capacités.  Il 
les  accabla  de  demandes  de  concours,  de  défis,  et  les  frappa  de  sa 
colère  dans  des  brochures  qui  ne  se  font  pas  remarquer  par  l'urbanité 
du  langage  (1).  Le  courage  de  M.  Chevé  n'a  pas  failli  pendant  plus 
de  quinze  ans  :  repoussé  dans  ses  prétentions  par  des  jugements  qui 
paraissaient  sans  appel,  il  est  revenu  à  la  charge  avec  la  même  réso- 
lution, suffisant  à  tout  par  son  activité,  écrivant  sans  cesse,  publiant 
des  méthodes,  des  pamphlets,  multipliant  ses  cours,  gagnant  du  ter- 
rain dans  l'opinion  de  la  multitude,  et,  à  fin  de  compte,  parvenant  à 
ébranler  les  résolutions  d'abord  contraires  de  l'autorité.  Tels  sont  au- 
jourd'hui les  succès  de  MM.  Paris  et  Chevé,  qu'un  noble  étranger, 
M.  le  comte  Sollohub,  chambellan  de  S.  M.  l'empereur  de  toutes  les 
Russies,  reprochait  à  la  France,  dans  une  brochure  récemment  pu- 
bliée, de  ne  leur  avoir  point  encore  élevé  de  statues.  Elle  n'y  avait 
peut-être  pas  songé;  mais  la  voilà  mise  en  demeure,  et,  sans  doute, 
elle  s'exécutera  de  bonne  grâce.  A  Dieu  ne  plaise  que  j'écrive  contre 
l'érection  de  ces  statues  ;  j'ai  à  instruire  le  procès  de  la  notation  chif- 
frée, mais  sans  toucher  en  rien  aux  personnes  qui  l'enseignent  et 
l'exploitent. 

Les  propagateurs  de  la  méthode  d'enseignement  par  la  notation 
chiffrée  ont  élevé  depuis  longtemps  leurs  prétentions  jusqu'à  défier 
les  écoles  d'art  qui  n'ont  point  de  rapports  avec  la  destination  popu- 
laire de  ce  genre  d'enseignement.  Peut-être  les  chefs  de  ces  écoles  d'art 
ont  ils  eu  tort  d'opposer  simplement  le  mépris  à  de  telles  prétentions, 
au  lieu  de  poser  la  question  sur  son  véritable  terrain.  La  question  n'est 
pas  de  constater  qu'on  peut  arriver  à  de  certains  résultats  (toujours 
bornés  si-on  les  compare  au  but  de  l'art  véritable),  par  une  méthode 
ou  par  une  autre,  par  un  système,  ou  par  un  système  opposé  ;  car 
lorsqu'il  ne  s'agit  que  du  chant  simple,  tel  qu'on  le  rencontre  dans  les 

(1)  Appelait  bon  sens  .de  toutes  les  nations  qui  désirent  voir  se  généraliser 
chez  elles  l'enseignement  musical;  enseignement  élémentaire:  lecture,  écriture, 
théorie;  haut  enseignement  .  harmonie,  fugue,  contre-point,  etc.  Paris,  1S45, 
gr.  in-8".  —  Protestation  adressée  au  Comité  central  d'instruction  primaire 
de  la  ville  de  Paris,  contre  un  rapport  de  sa  commission  de  chant.  Paris, 
18d7,  in-S°  de  6a  pages.  —  Coup  de  grâce  à  la  routine  musicale  par  Emile 
Chevé,  à  l'occasion  d'un  nouveau  rapport  de  la  Commission  spéciale  de  sur- 
veillance de  l'enseignement  du  chant  dans  les  écoles  communales  de  la  ville 
de  Paris,  commission  composée  de  MM.  Victor  Faucher,  président;  Adolphe 
Adam,  de  l'Institut;  Auber,  de  l'Institut;  Barbereati;  Poulet;  Carafa,  de 
l'Institut;  L.  Clapisson;  Ermcl;  Edouard  Podrigucs,  vice-président;  F.  Ha- 
lévy,  de  l'Institut;  G.  Héquet,  rapporteur  ;  Jomard,  de  l'Institut;  Gide,  Zim- 
merman,  Demoyencourt,  secrétaire,  contre  la  méthode  Galin-Paris-Cheré,  re- 
poussée à  l'unanimité  par  la  commission.  Paris,  1851,  in-8»  de  79  pages.  —  La 
Poutine  et  le  Bon  sens,  ou  les  Conservatoires  et  la  méthode  Gal'm-Paris-Chevê  ; 
lettres  sur  la  musique.  Paris,  1S52,  in-S°  de  192  pages.  —  Historique  et  procès- 
verbal  du  concours  musical  ouvert  à  Paris  le  12  juin  1S53,  sous  la  présidence 
de  M.  Henri  Reber,  suivi  des  comptes  rendus  des  journaux  et  accompagné  de 
notes,  par  Emile  Chevé.  Paris,  1853,  in-S°  de  S2  pages. 


DE  PARIS. 


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mélodies,  dans  les  chœurs  de  musique  des  sociétés  chaînantes,  des 
églises  et  des  théâtres  ;  ces  résultats,  je  les  ai  vu  obtenir  de  vingt 
manières  différentes  ;  d'abord,  par  la  méthode  usuelle  dans  toute 
l'Europe,  particulièrement  dans  l'immense  quantité  de  sociétés  cho- 
rales de  l'Allemagne  et  de  la  Belgique  ;  par  la  méthode  de  Massimino, 
en  1816  et  années  suivantes;  parles  procédés  de  Bocquillon-Wilhem 
qui  ont  créé  ['Orphéon;  par  les  procédés  de  Heinroth,  à  Gcettingue  ; 
par  le  système  de  M.  de  Rambure,  dans  le  département  de  la  Somme. 
Je  vois  même  dans  un  ouvrage,  publié  par  M.  Maurice  Delcamp,  sur 
une  notation  de  son  invention  fort  originale,  laquelle  se  compose  de 
lunes  dans  leur  plein,  de  lunes  à  moitié  éclipsées,  de  lunes  com- 
plètement éclipsées,  de  carrés  et  de  triangles,  je  vois,  dis-je,  dans  ce 
livre  des  certificats  des  maîtres  de  pension,  chez  qui  M.  Delcamp  en- 
seigne par  ces  systèmes,  voire  même  des  certificats  de  curés  de  pa- 
roisses, lesquels  constatent  les  heureux  résultats  obtenus  par  le  rival 
de  la  notation  chiffrée. 

Avant  de  faire  des  défis  de  méthodes,  avant  de  proposer  des  con- 
cours, il  .faut  faire  vider  la  question  du  choix  delà  notation,  pour  que 
le  concours  se  fasse  dans  des  conditions  égales  et  ait  quelque  chose 
de  réel.  Or,  ces  questions  de  choix  du  système  de  notation  ne  peuvent 
être  résolues  par  la  France  seule,  car  la  musique  est  la  seule  langue 
universelle.  En  tout  pays,  le  musicien  placé  devant  sa  partie  l'exécute 
et  est  compris  de  tous.  Que  si  l'on  adoptait  dans  un  pays  une  notation 
qui  ne  serait  pas  celle  d'un  autre,  le  musicien  français  qui  se  rendrait 
en  Allemagne,  par  exemple,  serait  dans  la  même  situation  que  le 
brave  négociant  de  Paris  qui,  arrivé  aux  frontières  des  provinces 
rhénanes,  n'entend  plus  un  mot  de  ce  qu'on  lui  dit,  et  ne  peut,  sans 
un  embarras  extrême,  demander  un  potage  et  des  côtelettes. 

Un  congrès  de  toutes  les  nations  serait  donc  nécessaire  si  l'on  vou- 
lait décider  ces  questions  :  si  l'on  abandonnera  la  notation  dont  l'usage 
est  universel  pour  en  adopter  une  autre,  et  quelle  sera  celle  qui  aura  la 
préférence?  Chacune  alors  devra  être  examinée,  produire  ses  titres  et 
faire  constater  ses  avantages,  si  elle  en  a.  11  se  pourrait  bien  faire 
alors  que  la  notation  dont  l'usage  est  exclusif  sur  toute  la  terre,  de- 
meurât spectatrice  du  combat,  et  qu'elle  eût  à  se  divertir  de  toutes 
celles  qui  passeraient  en  revue  devant  elle  et  qui  se  disputeraient  le 
terrain  sans  s'entendre.  Ce  serait  la  tour  de  Babel. 

La  notation  chiffrée,  qui  a  l'habitude  de  parler  plus  haut  que  les 
autres  et  qui  aime  le  bruit,  prendrait  tout  d'abord  la  parole.  Elle  di- 
rait, par  l'organe  de  M.  Chevé  : 

«  En  résumé,  l'écriture  de  Galin  est  parfaite,  puisqu'elle  rend  clai- 
»  rement  et  nettement  toutes  les  idées  d'intonation  et  de  durée  ;  que 
»  chaque  idée  est  représentée  toujours  et  partout  par  un  signe  unique, 
»  et  qu'un  signe  donné  représente  toujours  et  partout  la  même  idée. 
»  La  méthode  de  Galin  n'eût-elle,  sur  toutes  les  autres  méthodes,  que 
»  l'avantage  d'une  écriture  irréprochable,  qu'elle  serait  déjà,  par  cela 
»  seul,  infiniment  supérieure,  puisqu'elle  rend  toutes  les  idées  musi- 
»  cales  accessibles  à  toutes  les  intelligences  ;  ce  qui  est  exactement  le 
»  contraire  des  méthodes  écrites  en  musique  ordinaire.  »  (Méthode 
élémentaire  de  musique  vocale,  par  M.  et  Mme  Chevé,  page  19, 
7e  édition,  k°  tirage.) 

»  Cette  écriture  est  si  simple,  si  claire,  si  commode,  qu'elle 

»  finira  nécessairement  par  remplacer  l'autre,  du  moins  pour  ce  qui 
»  regarde  la  musique  vocale  et  la  théorie.  »  (P.  273.) 

«  Ces  caractères  (ceux  de  la  notation  usuelle)  masquent  si  sou- 

»  vent  les  idées  qu'ils  sont  appelés  à  représenter,  que  toute  la  force 
»  intellectuelle  est  dépensée  à  les  déchiffrer,  et  qu'il  n'en  reste  plus 
»  pour  trouver  l'intonation  et  la  durée.  »  (P.  15,  note.)  Il  suit  évi- 
demment de  cette  dernière  assertion  que  tous  les  musiciens,  occupés 
qu'ils  sont  par  les  difficultés  de  la  lecture,  chantent  faux  et  ne  peuvent 
jouer  en  mesure. 

«  Quand  on  compare  cet  horrible  galimatias  de  mesures  ,  galima- 
»  tias  rendu  cent  fois  plus  horrible  encore  par  l'habitude  des  auteurs 


»  de  mêler  perpétuellement  entre  elles  les  fractions  qui  appartiennent 
»  à  des  unités  différentes  ;  quand  on  compare,  dis-je,  ces  débris  in- 
»  formes  d'un  système  marqué  au  coin  de  l'enfance  de  l'art,  à  l'écri- 
»  ture  si  simple,  si  précise,  si  admirablement  lisible  de  Galin,  on  ne 
»  peut  s'empêcher  de  gémir  profondément  de  voir  l'esprit  humain  s'a- 
»  muser  à  embrouiller  les  questions  les  plus  simples,  au  point  que  lui- 
»  même  ne  sait  plus  comment  s'en  tirer.  »  (P.  304.) 

Et  après  ce  pompeux  éloge  d'elle-même  et  le  mépris  dont  elle  a 
accablé  la  notation  en  usage,  la  notation  chiffrée  déclare,  toujours  par 
l'organe  de  M.  Chevé,  que  son  usage  est  absolument  impraticable  dans 
la  musique  instrumentale  !  Il  y  en  aura  donc  deux?  et  cette  vieille  no- 
tation si  vicieuse,  qui  masque  les  idées;  cet  horrible  galimatias,  enfin, 
sera  réservé  pour  la  musique  la  plus  compliquée,  dont  les  idées  sont 
bien  plus  complexes  que  celles  de  la  musique  vocale  ,  et  dont  les 
mouvements,  souvent  rapides  jusqu'à  l'excès,  exigent  une  prompti- 
tude de  lecture  incomparablement  plus  grande? 

Nous  voici  dans  l'absurde. 

FÉTIS  père. 
(La  suite  prochainement.) 


En  dépit  de  toutes  les  tentatives  de  décentralisation  artistique, 
c'est  toujours  à  Pans  que  les  musiciens  viennent  demander  de  consa- 
crer leur  célébrité.  Notre  monde  musical,  avec  ietact  et  la  sûreté  de 
jugement  qui  le  distinguent,  même  au  milieu  de  singuliers  engoue- 
ments, ne  se  trompe  pas  et  classe  chacun  selon  son  mérite. 

Pour  quelques-uns  qui  ont  reçu  le  baptême  de  la  gloire,  combien 
en  avons-nous  vu  qui,  proclamés  ailleurs  grands,  forts  et  incompara- 
bles, ont  perdu  leur  prestige  et  n'ont  pu  conserver,  après  cette 
épreuve  difficile,  les  qualifications  flatteuses  qui  accompagnaient  leur 
talent  ! 

Brassin,  que  le  bruit  de  ses  succès  en  Belgique,  en  Hollande  et  en 
Allemagne  avait  précédé  parmi  nous,  vient],  à  son  tour,  faire  sanc- 
tionner sa  jeune  renommée  par  le  public  parisien.  Nous  l'avons  en- 
tendu dans  une  charmante  soirée  intime  où  nous  avons  remarqué  un 
maître  bien  compétent,  M.  Henri  Herz,  qui  paraissait  enchanté  du 
nouveau  venu.  Si  l'heureux  cadre  où  nous  l'avons  vu  n'est  pour  rien 
dans  le  vif  plaisir  qu'il  a  fait  éprouver,  Brassin  n'aura  qu'à  s'applau- 
dir de  l'expérience  décisive  qu'il  va  bientôt  tenter. 

A  quelle  école  appartient-il  ?  A  quelles  traditions  se  rattache-t-il  ? 
A-t-il  de  l'originalité?  Les  dilettantes  répondront  prochainement  à 
toutes  ces  questions;  car  l'éminent  pianiste  se  fera  entendre  à  la  So- 
ciété des  jeunes  artistes  du  Conservatoire. 

Quoique  ayant  reçu  les  précieux  conseils  du  célèbre  Moschelès, 
dont  on  connaît  les  belles  et  pures  compositions ,  le  jeu  irréprocha- 
blement classique,  Brassin,  qui  semble  plein  de  feu,  de  vivacité  et 
d'imagination,  se  rapproche  plutôt  de  la  manière  large,  fougueuse  et 
passionnée  de  Liszt  et  de  Rubinstein.  Pour  notre  part,  nous  aimons 
assez  qu'on  garde  ainsi  une  certaine  indépendance,  en  restant  un  peu 
l'élève  de  la  nature. 

Nous  avons  bien  remarqué  quelques  aspérités  dans  son  exécution  ; 
mais  ces  rudesses  du  son  disparaîtront  sans  doute  dans  une  salle  de 
concert  où,  grâce  à  la  perspective,  les  traits,  un  peu  durs  ailleurs, 
deviennent  d'une  sonorité  mieux  ménagée.  Après  avoir  montré  une 
puissance  rare  en  jouant  une  fantaisie  pleine  de  caprice  et  hérissée  de 
difficultés  qu'il  a  enlevées  avec  une  clarté  remarquable,  Brassin  a 
prouvé  la  souplesse  et  la  flexibilité  de  son  talent  dans  divers  mor- 
ceaux de  Beelhoven  et  de  Chopin.  La  grâce  succédant  au  bruit,  l'ac- 
cent ému  faisant  place  aux  prestigieux  arpèges,  aux  véritables  vagues 
d'octaves  et  d'accords  plaqués,  ont  dissipé  les  doutes  qu'on  avait 
pu  concevoir  sur  la  variété  de  son  style  qui  avait  paru  d'abord  plus 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


brillant  qu'expressif.  En  somme,  c'est  un  artiste  à  peu  près  complet  : 
s'il  fait  vibrer  fortement  et  même  tonner  la  corde,  il  sait  aussi,  de 
dégradations  en  dégradations,  en  tirer  ces  demi-teintes,  ces  inflexions 
douces,  louchantes,  vaporeuses  que  Chopin  aimait  tant,  et  qu'il  mit 
dans  sa  musique  comme  les  meilleurs  interprètes  de  la  poésie  vague, 
religieuse  et  inexprimable  qu'il  avait  dans  le  cœur. 

Nous  sommes,  comme  le  public,  quelque  peu  blasé  sur  les  prodi- 
gieux mécanismes,  et  nous  ne  parlerons  pas  de  celui  de  Brassin, 
quoiqu'il  soit  très-beau.  Nous  dirons  seulement  que  l'artiste  nous  a 
semblé  posséder  l'âme  et  le  souffle  nécessaires  pour  que  le  musicien 
pût  dominer  le  virtuose.  C'est  bien  heureux  pour  lui  ;  car  aujourd'hui 
il  ne  faut  pas  moins  que  ces  exquises  qualités  pour  faire  vraiment 
sensation  et  pour  s'élever  au-dessus  des  habiles  instrumentistes,  dont 
le  nombre  n'est  que  trop  supérieur  à  celui  des  pianistes  ayant  du 
style,  de  la  sensibilité,  se  distinguant  par  quelque  marque  d'indivi- 
dualité. 

Adolphe  BOTTE. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Haiis  île  Bulow.  —  Alard  et  Franchomme.    —    H;ini  ili  Ferrantï. 
lies  frères  DEô n lioltl .  —  A.-E.    de   Yaucorbeil. 

Ce  n'était  pas  un  début,  on  le  sait,  que  faisait  la  semaine  dernière 
M.  Hans  de  Bulow,  c'était  une  rentrée;  et  l'auditoire  distingué  réuni 
dans  les  salons  Pleyel-Wolff  l'a  faite  très-brillante.  Quiconque  l'avait 
entendu  l'an  passé  n'avait  pu  l'oublier,  et  avait  conservé  dans  ce 
coin  de  la  mémoire  réservé  aux  artistes  d'élite,  aux  natures  privilé- 
giées, le  souvenir  de  l'un  de  ces  pianistes  rares  .en  tout  pays.  Grâce  à 
l'àme,  à  la  sensibilité  profonde  dont  il  est  doué,  et  que  domine  et 
règle  un  goût  élevé  et  sûr,  M.  de  Bulow  se  préoccupe  bien  plus  de 
rendre  la  pensée  des  maîtres  dans  toute  leur  originalité,  leur  vérité, 
leur  physionomie  saisissante  et  accusée,  que  de  faire  admirer  les 
ressources  infinies,  et  même  la  perfection  de  son  mécanisme.  Il  fuit 
le  maniérisme  avec  autant  de  soin  que  d'autres  en  mettent  à  le  pour- 
suivre. Esprit  élevé,  cultivé  et  réfléchi,  il  semble  avoir  fait  une  étude 
toute  particulière  des  dernières  œuvres  de  Beethoven.  Cn  sent  qu'il 
en  connaît  les  secrets,  qu'il  y  a  trouvé  des  beautés  que  plus  d'un 
exécutant  avant  lui  n'avait  pas  su  y  découvrir,  qu'il  les  aime  enfin,  et 
qu'il  a'  besoin,  comme  tous  les  interprètes  convaincus,  de  faire  par- 
tager l'admiration  qu'elles  lui  inspirent. 

C'est  par  la  très-difficile,  la  très-longue  sonate,  op.  106,  par  cette 
imposante  et  vaste  symphonie,  d'un  genre  inconnu  des  pianistes  avant 
Beethoven,  que  M.  de  Bulow  a  ouvert  son  concert.  On  l'a  suivi  avec  le 
plus  vif  intérêt  dans  toutes  les  parties  de  ce  grand  poërae  instru- 
mental plein  de  traits  de  génie,  plein  de  flamme,  d'amour  et  aussi  de 
ténèbres.  Ce  n'est  certes  pas  la  faute  de  M.  de  Bulow,  qui  constam- 
ment s'est  montré  à  la  hauteur  de  la  sublimité  répandue  dans  plus 
d'une  page,  si,  pour  bon  nombre  d'auditeurs,  bien  des  obscurités  sont 
venues  voiler  le  sens  donné  par  l'auteur  à  quelques  parties  de  sou 
œuvre.  De  l'avis  des  hommes  spéciaux,  si  difficiles  parfois  à  contenter, 
l'exécution  du  virtuose  n'a  pas  faibli  un  seul  instant:  toujours,  avec  la 
même  puissance  et  le  même  élan,  elle  a  su  gravir  les  cimes  les  plus 
escarpées;  puis,  ensuivant  fidèlement  le  texte,  redescendre  brusquement 
pour  exprimer  les  angoisses,  les  misères,  les  accablements,  les  déchi- 
rements profonds  que  l'imagination  de  Beethoven  trouva  sur  la  terre, 
et  qui  lui  inspirèrent  des  accents  si  navrants  et  si  pathétiques. 

La  discussion  est  et  restera  encore  longtemps  ouverte  sur  les  der- 
niers ouvrages  de  Beethoven.  Quelquefois  on  en  applaudit  certaines 
pages  uniquement  parce  qu'elles  ont  été  écrites  par  cet  esprit  immor- 
tel. INous  aussi  nous  admirons  ;  mais  là  où  nous  cessons  de  compren- 
dre, nous  croyons   pouvoir   cesser    d'admirer.    Nous  aimons,  par 


exemple,  à  savoir  en  quel  ton  est  le  passage  que  nous  entendons,  où 
nous  conduit  une  modulation  ;  nous  aimons  à  suivre  une  idée,  à  con- 
templer la  belle  et  savante  ordonnance  d'une  fugue.  Cette  dernière 
jouissance  nous  a  été  refusée  dans  le  finale  de  la  sonate.  Beethoven 
n'affectionnait  pas  la  fugue  :  aussi  y  semble-t-il  mal  à  l'aise.  On  dirait 
qu'il  a  des  dédains  pour  cette  forme  scolastique  ;  tantôt  il  la  rudoie, 
tantôt  il  la  brise.  Préoccupé  d'idées  plus  indépendantes,  plus  élevées, 
si  l'on  veut,  il  lui  demanda,  sans  doute,  plus  qu'elle  ne  pouvait  lui 
donner,  et  se  priva  parfois  de  ce  que  l'intelligence  plus  calme  de  Che- 
rubini  y  trouvait  si  facilement  de  parfait,  d'éloquent  et  d'incompara- 
blement pur. 

M.  de  Bulow  a  joué  encore,  avec  beaucoup  de  charme  et  de  dis- 
tinction, deux  morceaux  de  Chopin  et  un  autre  de  Schubert.  Mais  c'est 
surtout  la  musique  de  Liszt  qu'il  exécute  d'une  manière  qui  atteint  à 
la  perfection.  Les  plus  vifs  applaudissements  l'ont  obligé  de  redire  la 
Marche  nationale  hongroise.  Après  avoir  ainsi  montré  que  le  piano 
moderne,  enrichi  par  Liszt  de  si  beaux  et  si  riches  effets,  n'avait  pas 
de  difficultés  dont  il  ne  pût  triompher  avec  une  aisance  parfaite, 
M.  de  Bulow  est  remonté  à  l'enfance  de  l'instrument  qui,  on  le  sait, 
n'empêcha  pas  la  maturité  d'inspiration  des  compositeurs.  Les  extrêmes 
se  touchent  ;  et  les  mêmes  acclamations  qui  avaient  éckté  pendant 
la  marche  hongroise,  ont  accueilli  une  gavotte  de  Bach.  A  qui  s'adres- 
saient-elles ?  Au  virtuose  d'abord,  aux  œuvres  ensuite,  aux  merveilles 
de  mécanisme  prodiguées  dans  l'une  et  aux  merveilles  de  science  pro- 
fonde, mais  aimable,  prodiguées  dans  l'autre. 

—  Le  trio  en  ut  mineur,  de  Mendelssohn,  par  lequel  commençait 
la  deuxième  séance  d'Alard  et  de  Franchomme,  est  une  des  plus  jolies 
choses  que  l'on  puisse  entendre  et  qu'ait  écrites  l'auteur  d'Elie  et  de 
Paulus.  L'andante  et  le  scherzo  de  ce  trio,  exécutés  par  Alard, 
Franchomme  et  Planté,  avec  ce  talent  achevé  qui  a  le  privilège  de 
redonner  à  Lout  ce  qu'il  interprète  tant  de  fraîcheur,  d'éclat  et  de 
jeunesse,  ont  été  très- vivement  applaudis.  Le  finale,  où  une  espèce  de 
choral  se  mêle  d'abord  au  premier  motif,  passionné  et  d'un  tout  autre 
caractère,  et  bientôt  l'interrompt  ;  où  l'art  développe  si  savamment  et 
avec  les  libres  allures  de  la  véritable  science  ce  que  la  mélodie  cachait 
de  surprises,  de  métamorphoses,  d'harmonies  riches,  et  de  traits 
exquis  ;  où  enfin  le  piano  est  traité  d'une  façon  qui  annonce  amant  le 
grand  pianiste  que  le  grand  compositeur,  et  rivalise  d'expression,  de 
force  et  de  variété  avec  le  violon  et  le  violoncelle  ;  le  finale,  disons- 
nous,  a  fait  éclater  d'unanimes  témoignages  de  sympathie.  Puis  est  venu 
le  quatuor  en  sol,  de  Mozart*.  Bien  de  plus  curieux,  de  plus  instructif, 
de  plus  attachant  que  ces  contrastes  de  sentiments  et  de  styles,  ren- 
fermés dans  le  même  programme  ;  rien  qui  saisisse  plus  fortement  les 
auditeurs  les  moins  initiés  aux  transformations  successives  de  l'art. 
Entre  chaque  morceau,  on  sent  une  autre  société,  une  autre  civilisa- 
tion :  tout  à  l'heure  on  était  ému  et  charmé  par  une  musique  ardente, 
inquiète,  pleine  de  recherches  harmoniques,  de  préoccupations  de 
forme  et  de  nouveauté  ;  maintenant  on  s'aperçoit,  dès  les  premières 
notes  du  quatuor  de  Mozart,  qu'on  est  transporté  à  l'une  de  ces 
heureuses  et  fertiles  époques  d'épanouissement,  de  libre  et  encore 
naïve  expansion  où  le  génie  cueillait  simplement  et  naturellement  ce 
qu'il  y  a  de  meilleur  dans  un  art,  et  enlevait,  comme  disait  Mme  de 
Sévigné,  le  dessus,  c'est-à-dire  la  fleur  de  tous  les  panière.  Nous 
n'essaierons  pas  de  dire  la  somme  d'habileté,  de  finesse,  la  quantité 
de  sons  ravissants  de  pureté  et  saisissants  d'expression  dépensées  par 
l'archet  d'Alard  dans  toutes  les  parties  de  ce  quatuor,  entre  autres, 
puisque  nous  sommes  obligé  de  nous  limiter,  dans  le  ravissant 
andante.  Il  faut  entendre  le  célèbre  violoniste,  et,  tout  en  l'admirant, 
il  faut  aussi  ne  pas  oublier  qne  de  talents  l'entourent  et  l'aident  à 
déployer  librement  sa  magistrale  exécution,  que  d'art  MM.  Franchomme, 
Casimir  Ney,  Magnien,  apportent  dans  un  ensemble  qu'ils  contribuent 
à  rendre  vraiment  irréprochable. 

—  Zani  di  Ferranti  est  un  talent  aimable  et  sympathique  :  c'est  le 


DE  PARIS. 


45 


dernier  des  troubadours  et  le  plus  étonnant  guitariste  du  monde.  C'est 
aussi  un  musicien  dans  la  belle  et  bonne  acception  du  mot.  Nous 
l'avons  entendu  au  concert  qu'il  donnait  la  semaine  dernière  dans  la 
salle  Beethoven  ;  nous  l'avons  vu  lutter  contre  les  ressources  exiguës 
de  son  instrument  auquel  cependant  il  fait  dire  tant  de  choses.  L'ins- 
trument ne  vaut  pas  l'artiste,  et,  contrairement  à  ce  qu'on  voit  tous  les 
jours,  ce  sont  les  moyens  d'expression  qui  manquent  au  talent. 

Ce  qu'il  écrit  est  distingué  et  franc.  Le  feu,  la  jeunesse  brillent  dans 
ces  petites  pages  sans  prétention,  où  le  goût  veille  scrupuleusement 
sur  les  plus  audacieuses  fantaisies  d'un  esprit  bouillant  et  tout  italien. 
Dans  une  fantaisie  sur  un  thème  original,  varié  par  des  oppositions  et 
des  nuances  que  nous  ne  soupçonnions  pas  à  la  guitare,  il  a  intercalé 
avec  beaucoup  d'art,  le  joli  chant,  maintenant  national  :  Parlant  pour 
la  Syrie.  Le  compositeur  et  le  virtuose  ont  été  également  applaudis. 

Mlle  Virginie  Huet  a  un  talent  distingué  comme  sa  personne.  Son 
jeu  est  léger,  gracieux  et  suffisamment  brillant.  La  jeune  et  élégante 
pianiste  a  fait  plaisir  et  a  été  fort  bien  accueillie  à  cette  soirée,  où  se 
sont  fait  entendre  avec  elle  Mlle  de  la  Morlière  et  M.  Fortuna. 

Les  nouveaux  salons  Erard,  ou  plutôt  un  grand  et  élégant  salon,  dé- 
coré simplement  et  avec  goût,  ouvrait  mardi  ses  portes  pour  la  pre- 
mière fois.  Il  nous  a  paru  favorable  au  développement  du  son,  et, 
par  conséquent,  avantageux  pour  le  succès  des  artistes. 

Les  frères  Binfield  inauguraient  ce  temple  qui,  nous  l'espérons,  sera 
consacré  aux  belles  harmonies.  Henri  Binfield  est  un  émule  de  Félix 
Godefroid  ;  mais  nous  ne  pouvons  pas  dire  qu'il  possède  toutes  les 
charmantes  qualités  du  célèbre  harpiste  ;  néanmoins  il  a  obtenu  beau- 
coup de  succès  en  exécutant  brillamment  et  avec  pureté  plusieurs 
fantaisies  de  sa  composition. 

Deux  morceaux  religieux  de  lui  ont  fait  grand  plaisir.  V Agnus  Dei 
surtout,  avec  quatuor  vocal  et  accompagnement  instrumental,  a  paru 
distingué  et  très-convenablement  écrit.  Le  style  est  correct  et  les 
voix  sont  habilement  groupées.  Le  solo  était  dit  par  Mme  Bochkoltz- 
Falconi.  L'interprétation  large  et  magistrale  de  la  cantatrice  était  bien 
capable  de  faire  ressortir  le  mérite  de  l'œuvre. 

Si  cette  inspiration  nous  a  semblé  digne  d'être  applaudie,  nous  ne 
pouvons  en  dire,  autant  de  certain  trio  pour  piano,  harpe  et  orgue. 
Dans  cette  espèce  de  mélange,  il  y  a  peut-être  de  fort  gracieuses 
choses,  mais  assurément  il  n'y  a  aucune  trace  de  composition.  Cela 
ne  saurait  intéresser  un  public  de  concert  accoutumé  à  des  œuvres 
mieux  conçues,  sinon  mieux  exécutées.  Un  solo  de  concertina,  fort 
joliment  joué  par  Auguste  Binfield,  et  plus  encore  peut-être  des  mé- 
lodies composées  et  chantées  par  Mme  Bochkoltz-Falconi,  ont  suffi- 
samment pourvu  cette  soirée  de  talent  et  d'œuvres  remarquables. 

—  Les  salons  ont  aussi  leurs  auditions  musicales,  et  ce  ne  sont  pas 
toujours  les  moins  intéressantes.  L'autre  soir  on  chantait,  chez 
M.  Marmontel,  tout  un  recueil  de  méiodies  signées  d'un  nom  qui  va 
loin  ;  car  de  Vaucorbeil  a  autant  de  science  que  d'inspiration,  autant  de 
goût  que  d'originalité.  Les  œuvres  que  nous  avons  entendues  deman- 
deraient un  long  article.  Contentons-nous  de  dire  pour  aujourd'hui  qu'un 
madrigal  de  Clément  Marot,  entre  autres,  nous  a  paru  une  chose  ex- 
quise. Le  savoir  du  jeune  maître  ne  sert  ici  que  d'assaisonnement 
à  la  mélodie.  Le  chant  prend,  avec  une  réelle  simplicité,  le  ton  de 
cette  petite  composition,  dans  laquelle  on  retrouve  la  grâce,  la  naïveté 
de  l'esprit  gaulois  épuré  par  les  élégances,  par  les  délicatesses  que 
Marot  puisait  à  la  cour  de  François  Ier.  Le  Géant,  de  Victor  Hugo  ; 
un  Psaume,  d'Alfred  de  Musset  ;  un  llondel,  de  Charles  d'Orléans, 
une  Ode  d'Horace,  imitée  par  Emile  Deschamps  ;  Plainte  sur  la  mort 
de  Sylvie,  de  Saint-Amant,  et  bien  d'autres  pages  empruntées  à  la 
littérature  de  siècles  si  différents,  ont  tour  â  tour  inspiré  au  composi- 
teur des  mélodies  dont  la  variété  égale  le  charme.  On  reproche  à  de 
Vaucorbeil  de  pécher  par  excès  d'élégance.  Il  demande  à  l'art,  dit-on, 
de  faire  oublier  le  peu  d'originalité  de  l'invention  première.  Ce  re- 
proche n'est  pas  fondé.  Sa  musique,  il  est  vrai,  ne  se  compose  pas  de 


petites  phrases  plus  ou  moins  heureuses,  cousues  les  unes  aux  autres 
avec  habileté,  de  certaines  harmonies  qui  dépaysent  l'auditeur,  tout 
prêt  à  reconnaître,  malgré  cette  précaution,  ce  qu'il  a  entendu  ail- 
leurs ;  elle  brille,  au  contraire,  par  l'ensemble  de  la  conception,  par 
la  justesse  des  proportions,  par  une  sévérité  de  style  et  de  pensée  qui 
se  refuse  les  enjolivements  parasites.  11  ne  veut  pas,  pour  charmer 
certains  esprits,  enlever  à  ses  œuvres  leur  caractère  et  leur  homo- 
généité ;  il  veut  que  toutes  les  notes  portent.  Toutes,  en  effet,  ont  leur 
signification  et  concourent  à  l'harmonie  générale.  I!  hait  le  placage,  et 
ce  n'est  pas  nous  qui  lui  en  voudrons  de  cette  haine.  Tantôt  il  accom- 
pagne la  mélodie,  comme  dans  le  Madrigal,  par  une  ou  deux  parties 
seulement;  tantôt,  comme  dans  le  Psaume,  il  se  contente  encore  à 
moins  ;  il  choisit  l'unisson  que  complique  bientôt,  il  est  vrai,  une 
charmante  et  ingénieuse  imitation  à  l'octave,  allant  se  perdre  dans 
de  beaux  et  larges  accords.  Tout  cela  peut  sembler  bien  sobre  à  des 
oreilles  blasées  par  les  orgies  de  la  sonorité,  mais  délectera  assuré- 
ment les  délicats.  Dans  cette  prétendue  maigreur,  ils  découvriront 
plus  de  véritables  beautés  que  dans  la  seule  puissance  du  rhytbme, 
dans  l'abus  des  notes,  souvent  ennemi,  nous  le  voyons  tous  les  jours, 
de  la  pensée,  de  l'inspiration,  et  même  de  la  couleur. 

En  somme,  ce  recueil  contient  bien  des  pages  irréprochables  ;  et, 
malgré  l'exiguïté  de  certaines  formes,  la  recherche  du  fini,  qu'on 
sent  à  chaque  instant,  n'entraîne  jamais  l'auteur  jusqu'au  précieux,  et 
n'altère  ni  la  netteté,  ni  la  franchise,  ni  la  vigueur  de  la  mélodie.  Ces 
dernières  productions  de  Vaucorbeil  sont  dédiées  à  Roger,  qui  les 
chante  avec  le  sentiment  d'un  grand  artiste  et  le  dévouement  d'un  am1 
convaincu  de  l'excellence  de  ce  qu'il  interprète.  L'an  dernier,  il  ob- 
tint partout  beaucoup  de  succès  en  disant  plusieurs  pièces  de  ce  joli  petit 
volume,  notamment  la  Ballade  serbe,  une  de  ces  précieuses  trouvailles 
qui  fondent  la  réputation  d'un  compositeur. 

Adolphe  BOTTE. 


NOUVELLES. 

**»  Au  théâtre  de  l'Opéra,  Mme  Earbot  s'est  essayée  lundi  dans  le  rôle 
de  Léonor,  de  la  Favorite,  qu'elle  a  chanté  vendredi  pour  la  seconde  fois. 
Elle  y  a  trouvé  l'occasio„n  de  montrer  sous  un  nouveau  jour  son  rare  talent 
d'actrice  et  de  cantatrice.  Au  troisième  acte  et  au  quatrième  surtout,  son 
succès  a  été  aussi  brillant  que  possible,  et  Renard,  qui  chantait  le  rôle 
de  Fernand,  l'a  partagé.  Dumestre,  dont  les  progrès  sont  remarquables, 
remplissait  lundi  le  rôle  d'Alphonse,  que  Bonnehée  a  repris  vendredi. 
Cazaux  s'est  fort  bien  acquitté  du  personnage  de  Balthazar. 

„,%,  On  annonce  pour  le  1 8  de  ce  mois  la  première  représentation  de 
Pierre  de  Uédicis,  l'opéra  eii  cinq  actes  du  prince  Poniatowski. 

»%  Hier,  samedi,  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  a  donné  la 
première  représentation  du  Roman  d'Elvire,  ouvrage  en  trois  actes  de 
MM.  Alexandre  Dumas  et  de  Leuven,  musique  de  M.  Ambroise  Thomas. 

*%  Quelques  jours  auparavant,  c'était  doublement  fête  à  ce  théâtre. 
Faure  y  faisait  sa  rentrée  mercredi  dans  le  Pardon  de  Ploérmel,  et  sa 
charmante  femme  reparaissait  aussi  le  lendemain  dans  le  Chien  du  Jar- 
dinier et  l'Epreuve  villageoise.  Les  deux  artistes  n'ont  eu  qu'à  se  féliciter 
de  l'accueil  d'un  public  heureux  de  les  revoir  après  une  absence  de 
six  semaines,  et  plus  encore  de  les  retrouver  dans  la  plénitude  de  leur 
talent. 

„.*„  Le  Pardon  de  Ploérmel,  représenté  dimanche  devant  une  salle 
comble,  a  été  joué  encore  mercredi  et  vendredi.  Le  retour  de  Faure  ne 
doit  pas  faire  oublier  le  service  éminent  rendu  par  Troy,  qui,  pendant 
l'indisposition  de  son  chef  d'emploi,  a  si  bien  tenu  le  rôle  d'Hoel.  L'ou- 
vrage sera  joué  aujourd'hui  dimanche  pour  la  66e  fois. 

„**  Aujourd'hui  dimanche,  au  théâtre  Italien,  début  de  Roger  dans 
Lucia  di  Lammermoor  :  Mlle  Marie  Battu  chantera  le  rôle  de  Lucia. 

***  Au  théâtre  Lyrique,  Philémon  et  Baucis,  le  nouvel  opéra  en  trois 
actes,  dont  les  paroles  sont  de  MM.  J.  Barbier  et  M.  Carré,  la  musique  de 
Ch.  Gounod,  sera  représenté  dans  le  courant  de  la  semaine.  En  voici 
la  distribution  :  Mme  Miolan-Carvalho  jouera  le  rôle  de  Baucis,  M.  Fro- 
mant,  celui  de  Philémon,  M.  Battaille,  celui  de  Jupiter,  M.  Balanqué, 
celui  de  Vulcain,  et  Mlle  Marie  Sas,  celui  d'une  bacchante. 

„*.,  Le  nouvel  opéra-comique  de  Caspers,  Ma  tante  dort,  obtient 
beaucoup  de  succès.    L'air  de  Martine,  Madame  la  marquise,  le  quatuor 


46 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Ma  tante  dort,  l'air  bouffe  do  Soapin  et  le  trio  Scapin  est  mort  sont  tou- 
jours vivement  applaudis. 

»%  Le  théâtre  des  Bouffes-Parisiens  a  dû  donner  hier  soir  la  première 
représentation  de  Monsieur  de  Bonne  Etoile,  musique  de  M.  Delibes. 

*%  Au  théâtre  Déjazet  on  a  donné  hier  la  première  représentation  de 
Fanchette,  opéra-comique  en  un  acte,  musique  de  M.  Déjazet. 

#%  La  société  des  concerts  du  Conservatoire  a  chargé  M.  Tilmant, 
deuxième  chef  d'orchestre  de  la  société,  de  diriger  les  concerts  de  la 
session  de  1860.  La  seconde  séance  aura  lieu  aujourd'hui  5  février.  En 
voici  le  programme  :  1°  Symphonie  avec  chœurs,  de  Beethoven  ;  sali 
chantés  parMmes  Grignon  et  Printemps,  MM.  Dufresne  et  Archaimbaud; 
2"  fragment  d'un  quatuor  d'Haydn,  pour  tous  les  instruments  à  cordes  ; 
3°  air  de  Joseph,  de  Méhul,  chanté  par  M.  Jourdan  ;  4°  chœur  du  Rossi- 
gnol, de  l'oratorio  de  Salomon,  de  Haendel;  5»  ouverture  d'Euryanthe,  de 
Weber. 

„**  Aujourd'hui  dimanche,  5  février,  à  dix  heures  précises,  une  messe 
en  musique,  de  la  composition  de  MM.  Adolphe  Adam  et  Ambroise  Tho- 
mas, sera  chantée,  à  Notre-Dame,  par  la  société  chorale  du  Conservatoire, 
dirigée  par  M.  Edouard  Batiste,  la  société  chorale  de  l'Odéon ,  di- 
rigée par  M.  Delafontaine  ;  les  Enfants  de  Lutèce,  dirigée  par  M.  Gau- 
bert;  l'Ensemble,  dirigée  par  M.  Vaquette,  et  l'Union  chorale,  dirigée 
par  M.  Chéret.  La  messe  sera  accompagnée  par  des  harpes  et  l'orgue  du 
chœur.  M.  Edouard  Batiste,  professeur  au  Conservatoire,  organiste  de 
Saint-Eustache,  dirigera  l'exécution.  —  Une  quête  sera  faite  au  profit  de 
l'Association  des  artistes  musiciens. 

„.%,  Le  second  concert  de  la  Société  des  jeunes  artistes  du  Conserva- 
toire commençait  par  une  ouverture  de  M.  Lacombe,  morceau  fort  bien 
fait  et  offrant  d'ingénieuses  combinaisons,  dont  le  principal  effet  est  dû 
à  l'emploi  des  cors.  M.  Dupuis,  jeune  violoniste  belge,  n'a  pas  encore 
acquis  toute  la  force  nécessaire  pour  dominer  l'orchestre  dans  le  grand 
concerto  de  Beethoven;  mais  une  seconde  épreuve  lui  donnera  sans 
coûte  plus  de  vigueur  et  d'aplomb.  Mlle  Balbi,  jeune  élève  du  Conser- 
vatoire, a  fort  joliment  chanté  l'air  du  Concert  à  la  Cour.  La  sym- 
phonie en  la,  de  iMendelssohu,  que  l'orchestre  a  supérieurement  exécu- 
tée, terminait  la  séance. 

***  Le  second  concert,  donné  par  Ricl.ard  Wagner,  a  eu  lieu  mercredi. 
Le  programme  était  le  même  que  celui  du  premier,  sauf  une  romance 
de  Tannhauser,  chantée  par  Lefort,  et  qu'on  y  avait  ajoutée.  Le  troi- 
sième et  dernier  concert  est  annoncé  pour  mercredi  prochain. 

**„  Une  nouvelle  édition  de  la  Danse  des  fées,  l'un  des  morceaux  les 
plus  populaires  d'Emile  Prudent,  vient  de  paraître  la  semaine  dernière; 
cette  édition,  revue  avec  le  plus  grand  soin  par  l'auteur,  sera  prompte- 
ment  épuisée. 

***  Alfred  Jaeil,  l'excellent  pianiste-compositeur,  est  arrivé  à  Paris. 

»*,  Les  journaux  que  nous  recevons  des  départements  de  l'Ardèche  et 
de  la  Drôme  donnent  un  compte  rendu  très-intéressant  d'une  magni- 
fique cérémonie  qui  a  eu  lieu  à  Viviers,  le  10  janvier,  à  l'occasion  de 
l'inauguration  d'un  grand  orgue  construit  pour  la  cathédrale  par  les 
habiles  facteurs  Merklin,  Schultze  et  Ce.  C'est  M.  Edouard  Batiste,  pro- 
fesseur au  Conservatoire,  organiste  de  Saint-Eustache,  qui  avait  été 
choisi  par  Monseigneur  Delcusy,  évêque  de  Viviers,  pour  faire  entendre 
l'instrument,  et  pendant  plus  de  deux  heures  le  talent  si  religieux,  si 
mélodique  et  si  varié  de  M.  Edouard  Batiste  a  captivé  l'immense  audi- 
toire qui  remplissait  la  vaste  nef  de  cette   basilique. 

***  C'est  Auguste  Koempel  (et  non  Kimpel),  virtuose  de  la  chambre 
du  roi  de  Hanovre,  dont  nous  annoncions  l'arrivée  dimanche  dernier, 
et  qui  doit  bientôt  se  faire  entendre  en  public. 

t%  M.  Stroecken  est  de  retour  à  Paris. 

„*„  11.  Enrique;Spira,  le  virtuose  qui  produit  de  si  beaux  effets  sur 
son  instrument  de  bois  et  de  paille,  annonce  son  concert  pour  le  14 
février  dans  la  salle  de  M.  Montai. 

»%  Une  jolie  barcarolle  à  deux  voix  égales,  composée  par  M.  P.  0a- 
vallo  sur  des  paroles  de  Mme  Marie  Plocq  de  Berthier,  se  recommande 
aux  amateurs  du  genre  gracieux  et  mélodique. 

„**  F.  Brassin  se  fera  entendre  au  prochain  concert  de  la  Société  des 
jeunes  artistes  du  Conservatoire,  qui  aura  lieu  le  12  février. 

/,  La  matinée  musicale  et  lyrique  que  donne  Mlle  M.  Mira,  avec  le 
concours  de  Sainte-Foy,  Lefort,  Castel  et  le  jeune  virtuose  Sarasate, 
aura  lieu  aujourd'hui  dans  la  salle  Herz.  On  y  entendra  deux  opéras  de 
salon  :  Entre  deux  feux,  de  MM.  Cadol  et  J.-B.  Wekerlin,  et  Loin  du  bruit, 
de  MM.  Galoppe  d'Onquaire  et  Paul  Bernard. 

»*„  On  annonce  la  publication  prochaine  des  lettres  de  Félix  Men- 
delssohn-Bartholdy  ;  elles  sont  éditées  par  MM.  Droysen  et  le  frère  du 
compositeur. 

»%  Le  concert  de  l'excellent  pianiste-compositeur  M.  Kruger  aura 
lieu,  vendredi  prochain,  daus  les  salons  d'Erard.  Des  artistes  très-distin- 
gués prêteront  leur  concours  au  bénéficiaire. 

„%  Dans  la  séance  do  l'Académie  des  sciences,  du  lundi  23  janvier 
1S60,  M.  A.  Cavaillé-Coll,  facteur  d'orgues,  a  lu  un  mémoire  sur  la  déter- 
mination des  dimensions  ds  tuyaux  "largues  par  rapport  à  leur  intonation. 


Cette  importante  question,  qui  a  occupé  un  grand  nombre  de  savants 
depuis  Bernouilli  jusqu'à  nos  jours,  vient  d'être  enfin  résolue  par  cet 
habile  facteur  d'une  manière  théorique  et  pratique.  La  facilité  des  cal- 
culs de  cette  nouvelle  théorie  a  permis  à  l'auteur  de  mettre  entre  les 
mains  de  ses  plus  simples  ouvriers  des  tables  et  des  règles  au  moyen 
desquelles  ceux-ci  peuvent,  par  une  simple  opération  arithmétique  ou 
seulement  avec  le  compas,  déterminer  directement  avec  la  plus  grande 
exactitude  la  vraie  longueur  des  tuyaux,  de  même  que  la  position  des 
nœuds  de  vibration  pour  la  formation  des  nouveaux  jeux  harmoniques 
dont  ce  savant  facteur  a  enrichi  l'art  moderne. 

J*t  La  soirée  musicale  de  Mme  Szanvady,  l'une  des  plus  intéressantes  de 
la  saison  sans  contredit,  reste  fixée  au  1 1  février.  La  célèbre  pianiste  s'y 
fera  entendre  dans  un  quintette  de  Schumann,  des  sonates  d'Haydn  et 
Beethoven  et  divers  morceaux  de  Mendelssohn,  Bach  et  Chopin.  Les 
deuxième  et  troisième  soirées  auront  lieu  le  2o  février  et  le  1 0  mars. 

***  E.  Lubeck  annonce  son  concert  pour  le  17  février  dans  la  salle 
de  l'hôtel  du  Louvre. 

*%,  Le  8  février  Léon  Dufils  donnera  un  grand  concert  dans  la  salle 
Herz. 

*%  Mme  Martinez  (surnommée  la  Malibran  noire)  a  organisé  un  concert 
pour  le  6  février,  dans  la  salle  Herz. 

„**  Le  concert  de  Becker  est  toujours  fixé  au  7  février. 

„%  Dans  le  courant  de  cette  semaine,  paraîtra  le  beau  duo  sur  le 
Pardon  de  Ploermel,  composé  par  Ad.  I-Jerman  et  Eug.  Ketterer,  et  qui  a 
obtenu  un  si  brillant  succès  à  la  matinée  musicale  donnée,  il  y  a  quelques 
jours,  chez  Pleyel,  par  MM.  Ketterer  et  Mutel. 

„%  Le  jeudi  2  février,  jour  de  la  Purification,  l'Association  des  artistes 
musiciens  de  France,  fondée  par  M.  le  baron  Taylor,  a  fait  entendre  en 
l'église  de  Saint-Vincent-de-Paul  une  messe  solennelle  de  M.  LéonGastinel, 
composée  spécialement  pour  cette  circonstance.  Cette  œuvre  nous  paraît 
non-seulement  digne  de  sa  sœur  aînée,  déjà  entendue  à  la  même  église,  mais 
nous  y  trouvons  une  force  de  conception  qui  la  place  au-dessus  de  la 
précédente.  Le  Kyrie,  le  Gloria,  VOffertoire  et  le  Domine  saluum  do  la  pre- 
mière messe  ont  laissé  de  vifs  souvenirs  dans  l'esprit  de  ceux  qui  assistaient 
à  l'audition  de  1859;  cependant  le  Credo  et  le  Sanctus  avaient  paru  manquer 
de  puissance  et  de  largeur.  Cette  fois  l'œuvre  nouvelle  compte  le  Credo 
parmi  ses  meilleurs  morceaux;  le  plan  en  est  ample,  magistral  et  d'une 
parfaite  unité.  Dans  le  Crucifixus,  supérieurement  chanté  par  M.  Barbot  et 
Mlle  Sax,  on  a  remarqué  des  effets  dialogues  entre  les  solos  et  le  chœur 
d'une  nouveauté  saisissante  et  extrêmement  habile.  Le  Kyrie,  le  Gloria 
et  le  Graduel  qui  précède  sont  également  d'une  véritable  valeur.  Dans 
le  qui  iollis  du  Gloria,  la  voix  de  Mlle  Sax  a  vibré  d'une  manière  admi- 
rable sous  les  voûtes  du  temple,  et  elle  a  fait  une  vive  impression  en 
laissant  expirer  peu  à  peu  la  mélodie  pendant  que  le  chœur  fait  un 
decrescendo  sur  le  mol  miserere.  M.  Barbot  a  chanté  de  la  façon  la  plus 
heureuse  les  passages  importants  de  sa  partie,  et  ils  sont  nombreux.  Sa 
belle  voix  et  son  style  simple  et  large  ont  été  principalement  appréciés 
dans  le  Kyrie,  le  Crucifixus,  YO  salutaris  et  VAgnus  Dei.  M.  Balanqué  a 
parfaitement  dit  le  début  du  Credo,  le  Crucifixus  et  le  chant  de  VAgnus  Dei. 
Ce  dernier  morceau  est  d'une  couleur  très-heureuse.,  mais  peut-être  un  peu 
trop  développé.  Nous  nous  félicitons  de  n'avoir  que  cette  cri tiqueà  adresser 
à  l'œuvre  de  M.  Gastinel,  et  nous  le  connaissons  assez  pour  savoir  qu'il 
considérera  cette  première  audition  comme  le  moyen  d'étudier  à  fond 
cette  composition  importante  et  de  la  perfectionner.  M.Cavallo,  l'orgauiste 
de  la  paroisse,  a  fait  une  charmante  improvisation  sur  des  motifs  du 
Kyrie  au  moment  de  l'offertoire.  L'orchestre  et  les  chœurs,  formés  de 
deux  cents  artistes,  ont  été  parfaitement  dirigés  par  M.  Deloffre,  l'excel- 
lent chef  d'orchestre  du  théâtre  Lyrique. 

**„,  Joseph  Franck,  de  Liège,  se  fera  entendre  comme  pianiste,  violo- 
niste et  organiste,  dans  la  soirée  musicale  qu'il  donnera  le  jeudi  S  mars 
à  8  heures,  dans  les  salons  d'Erard,  rue  du  Mail,  13.11  jouera  quatre  nou- 
veaux morceaux  de  sa  composition. 

a**  Ravina  a  adopté  cette  année  pour  morceaux  de  concert  le  Mou- 
vement perpétuel,  l'Élégie,  le  Rondo-Polka  et  la  Sicilienne.  La  deuxième 
édition  de  ces  fantaisies  brillantes  et  originales  est  en  vente. 

„%  La  Société  des  secours  mutuels  du  quartier  Saint-Thomas-d'Aquin 
adonné,  dimanche  dernier,  sa  fête  annuelle,  salle  de  l'Hùtel-de- Ville. 
Dans  la  partie  musicale,  on  a  beaucoup  applaudi  Mmes  Genest,  Grange 
et  Dreyfus,  MM.  Lebrun  et  Provint  Quant  à  la  partie  dramatique,  elle  a 
été  défrayée,  avec  un  grand  succès,  par  Mlle  Montagne  et  M.  Chéry,  du 
Théâtre-Français. 

»%  Les  romances  détachées  du  nouvel  album  d'Etienne  Armand  ob- 
tiennent un  très-grand  succès. 

t*t  La  Société  des  gens  de  lettres  tiendra  son  assemblée  générale 
ordinaire  dimanche,  12  février,  dans  les  salons  de  Lemardelay. 

,,*„  Une  cantatrice  étrangère,  que  Paris  n'a  pas  oubliée,  et  qui,  avec 
le  célèbre  ténor  Haitzinger,  fit  parmi  nous  le  succès  et  la  gloire  de 
l'opéra  allemand,  Mme  Schroeder  Devrient  (YVilhelminei  vient  de  mourir 
à  Dresde,  à  la  suite  d'une  longue  et  douloureuse  maladie.  Née  à  Ham- 
bourg eu  1805,  elle  était  fille  de  Sophie  Schroeder,  qui  porta  longtemps 
le  sceptre  de  la  tragédie  allemande,  et  qui  existe  encore.   Destinée  elle- 


DE  PARIS. 


kl 


même  au  genre  tragique,  elle  commença  dès  ses  premières  années  par 
jouer  les  petits  rôles  d'amour  dans  les  ballets.  A  l'âge  de  quinze  ans, 
elle  débuta  au  Burg-Theater  de  Vienne  dans  Phèdre,  de  Racine,  par  le 
rôle  d'Aricie,  et  joua  ensuite  celui  de  Louise,  dans  Cabale  und  Liebe,  celui 
d'Opbélie,  dans  Hamlet  ;  mais  c'était  dans  l'opéra  qu'elle  devait  surtout 
briller,  et  l'année  d'après,  elle  s'y  révéla,  en  chantant  le  rôle  de  Pamina, 
de  la  Flûte  enchantée.  Son  mariage  avec  l'acteur  Devrient  ne  fut  pas  heu- 
reux et  se  termina  par  un  divorce.  En  1849,  Mme  Schroeder  Devrient 
quitta  la  scène,  après  avoir  épousé  11.  de  Bock,  gentilhomme  livonien. 
„,*„  Le  directeur  Stilcher,  directeur  de  musique  de  l'Université  de  Tu- 
bingen  depuis  1817,  est  mort  récemment;  il  s'était  fait  une  grande  répu- 
tation par  ses  lieder.  Ce  digne  vétéran  de  l'art  venait  d'obtenir  sa  re- 
traite, et  à  cette  occasion  le  roi  de  Wurtemberg  lui  avait  conféré  l'ordre 
de  Frédéric. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

„,**  Lille. —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel  a  eu  lieu 
mardi  dernier  avec  un  très-grand  succès.  Les  trois  rôles  du  nouveau  chef- 
d'œuvre  ont  été  fort  bien  rendus  par  Mme  Reynaud,  MM.  Maugard  et 
Barré.  Le  quatuor  de  cors  et  le  chant  du  Chasseur,  ainsi  que  l'air  de 
VOmbre,  la  Berceuse,  l'air  de  l'Or,  les  trios  et  les  finales  ont  produit  un  effet 
admirable.  A  M.  Bénard,  l'excellent  chef  d'orchestre,  revient  une  large 
part  du  succès  pour  la  manière  intelligente  dont  il  a  dirigé  l'exécution 
d'une  des  plus  belles  pages  de  l'auteur  de  Robert  et  des  Huguenots.  Féli- 
citons les  artistes  de  l'orchestre  pour  leur  bonne  coopération,  sans  oublier 
les  chœurs  qui  ont  marché  avec  assurance.  Le  directeur,  M.  Desmottes, 
n'avait  rien  épargné,  décors  nouveaux,  torrent  d'eau  naturelle,  etc. 
M.  Guérin,  le  régisseur  général,  a  aussi  parfaitement  réglé  la  mise  en 
scène,  et  tout  promet  une  suite  de  représentations  fructueuses.  —  Une 
solennité  musicale  et  religieuse  doit  avoir  lieu  le  jour  de  Pâques  à  l'église 
de  Saint-Maurice  par  les  sociétés  chorales  de  cette  ville  réunies.  Une 
messe  solennelle  dédiée  à  S.  Exe.  le  duc  de  Magenta,  de  la  composition 
de  notre  compatriote,  M.  Watier,  sera  exécutée  par  deux  cents  chanteurs. 
Nous  espérons  aussi  que  l'excellente  musique  du  corps  des  canonnière, 
habilement  dirigée  par  M.  Lefebvre,  prêtera  son  concours.  Le  corps  des 
canonniers  sédentaires  de  Lille  voulant  perpétuer  le  souvenir  de  plusieurs 
de  ces  sièges  mémorables  où  le  courage  lillo's  se  mit  sous  la  protection 
de  Notre-Dame  de  la  Victoire,  a  offert  à  l'église  de  Saint-Maurice  deux 
vitraux  qui  sont  comme  un  abrégé  de  l'histoire  du  corps  et  en  même 
temps  comme  un  témoignage  de  ses  longs  et  bons  rapports  avec  l'église 
de  Saint-Maurice.  Les  sociétés  chorales  de  Lille  tiennent  aussi  à  laisser 
dans  leur  vieux  monument  un  de  leurs  souvenirs.  Elles  se  cotiseront 
pour  offrir  un  vitrail  qui  rappellera  le  concours  qu'elles  auront  donné  à 
sa  décoration. 

t%  Lyon.  —  On  a  repris  le  24  janvier  l'Étoile  du  Nord  Mme  Vanden- 
heuvel-Duprez  a  chanté  le  rôle  de  Catherine  de  la  façon  la  plus  remar- 
quable. La  partition  du  maître  et  la  cantatrice  ont  reçu  à  Lyon  le  même 
accueil  enthousiaste  qui  les  avaient  jadis  accueillis  à  Paris.  Les  autres 
rôles  sont  bien  tenus  ;  l'orchestre  et  les  chœurs  ont  fait  vaillamment 
leur  devoir.  Somme  toute,  VÉtoile  du  Nord  vient  d'obtenir  un  véritable 
succès  et  promet  de  rester  longtemps  au  répertoire. 

„*„  Amiens,  30  janvier.  —  Le  Prophète  a  été  joué  jeudi  pour  la  qua- 
trième fois,  et  son  succès,  loin  de  se  ralentir,  va  en  grandissant. 

„,*„,  Nancy.  —  La  reprise  des  Dragons  de  Villars  a  été  accueillie  avec 
beaucoup  de  faveur.  M.  Litté  (Sylvain),  M.  Léopold  (Bellamy)  et  Mmes 
Victorine  Labat  et  Grasseau  ont  mérité  les  plus  grands  éloges.  La  parti- 
tion de  Maillart,  qui  n'avait  pas  été  représentée  depuis  deux  ans,  est  ap- 
pelée a  figurer  désormais  honorablement  au  répertoire. 

»*„  strasbouug.  —  On  a  joué  pour  la  première  fois,  le  19  janvier, 
Stradella,  l'opéra  de  F.  de  Flotow.  La  délicieuse  partition  de  l'au- 
teur de  Maria,  qu'une  troupe  allemande  avait  fait  connaître  ici,  il  y  a 
quelques  années,  a  été  accueillie,  en  français,  avec  une  grande  faveur. 
M.  Bineau  a  fait  admirablement  valoir  le  beau  rôle  de  Stradella  qui  lui 
a  valu  un  succès  complet.  Les  autres  rôles  sont  remplis  par  MlleBléau, 
MM.  Berry,  Leraaire  et  Odezenne. 

t\  Bordeaux.—  Il  y  avait  foule  à  la  reprise  de  Robert  le  Diable.  Cette 
partition,  qui  n'avait  pas  été  exécutée  depuis  quelque  temps,  a  valu  à 
M.  David,  première  basse,  un  très-beau  triomphe.  M.  Louault  (Robert) 
n'était  pas  très-sûr  de  son  rôle.  Mme  de  Joly  et  Mlle  Massé  ont  été  ac- 
cueillies par  les  témoignages  les  plus  flatteurs  de  l'affection  du  public 
bordelais.  Mlle  Granzini  a  dansé  le  rôle  de  l'abbesse  de  façon  à  mériter 
les  bravos  les  plus  sympathiques.  On  répète  le  Pardon  de  Ploërmel. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 

„*„  Bruxelles.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  est  toujours  le  grand  succès 
de  la  saison  ;  la  quinzième  représentation  aura  lieu  au  bénéfice  du 
deuxième  chef  d'orchestre,  M.  Bosselet.  —  M.  Stoumou,  de  Liège,  a  fait 


représenter  au  théâtre  de  la  Monnaie  un  opéra-comique  en  un  acte,  inti- 
tulé Phœdé,  et  dont  il  a  écrit  les  paroles  et  la  musique.  Le  libretto  est 
une  pâle  imitation  de  la  Ciguë,  d'Emile  Augier,  et  de  Haydèe,  de  Scribe, 
mais  la  partition  révèle  chez  M.Stoumon,  un  musicien  expérimenté.- Les 
Charmeurs ,  de  M.  Poize,  joués  il  y  a  quelques  jours  pour  la  première 
fois,  auraient  eu  plus  de  succès  si  l'exécution  avait  été  plus  satisfai- 
sante. —  On  s'occupe  activement  de  la  mise  en  scène  de  Gustave  III,  qui 
sera  monté  avec  un  véritable  luxe  de  décors  et  de  costumes.—  Dimanche 
dernier,  29  janvier,  le  deuxième  concert  du  Conservatoire  royal  de  mu- 
sique, sous  la  direction  de  M.  Fétis,  avait  attiré  une  foule  compacte.  On 
a  exécuté  avec  le  plus  grand  succès  la  deuxième  symphonie  en  sol  mi- 
neur de  Mozart;  le  .cinquième  concerto  de  Léonard,  joué  par  M.  Leen- 
ders;  une  ouverture  de  concert  de  M.  Fétis  ;  le  troisième  concerto  pour 
piano,  de  Beethoven,  joué  par  M.  Kœtlitz,  et  le  finale  de  Fidelio,  de  Bee- 
thoven. —  Le  concert  donné  par  la  Société  philharmonique  a  eu  lieu  le 
28  janvier  ;  LL.  AA.  RR.  le  duc  et  la  duchesse  de  Brabant  honoraient 
de  leur  présence  cette  solennité  artistique  et  ont  donné  à  plusieurs  re- 
prise le  signal  des  applaudissements.  Henri  Litolff  a  eu  les  honneurs 
de  la  soirée  ;  ses  nouvelles  compositions,  le  Chant  du  rouet  et  les  Octaves, 
ont  obtenu  un  succès  immense,  ainsi  que  l'ouverture  à  grand  orchestre, 
le  Chant  des  Guelfes,  du  même  compositeur.  La  partie  vocale,  confiée  à 
M.  Audran  et  à  Mme  Mohr-Dietsch ,  n'a  rien  laissé  à  désirer.  M.  Li- 
tolff n'a  pas  obtenu  moins  de  succès  à  la  Société  de  symphonie  dont 
l'orchestre  est  sous  l'habile  direction  de  Léonard.  11  y  a  fait  également 
entendre  aux  applaudissements  unanimes  les  Octaves.  Léonard  s'est  aussi 
fait  applaudir  dans  un  de  ses  concertos  pour  violon.  —  A  la  séance 
du  12  janvier  de  la  classe  des  beaux-arts  de  l'Académie  royale  de 
Belgique,  M.  Fétis  a  lu  un  rapport  très-remarquable  sur  un  fragment  du 
Salut  de  Noël,  dont  le  lauréat  du  concours  a  fait  l'envoi  au  gouverne- 
ment, et  sur  lequel  la  section  permanente  du  jury  a  été  appelée  à  se 
prononcer. 

**%  Liège.  —  Le  concert  annuel  du  Conservatoire  a  valu  un  succès 
mérité  à  Mlle  Douchaad,  cantatrice,  élève  de  M.  Vercken;  à  M.  Jérôme, 
bassoniste,  élève  de  M.  J.  Radoux,  et  à  M.  Ferket,  violoniste,  élève  de 
M.  Frère.  On  a  applaudi  con  furore  l'ouverture  magistrale  du  Pardon  de 
Ploërmel  et  celle  des  Girondins,  de  Litolff,  toutes  deux  exécutées  d'une 
façon  irréprochable  sous  l'intelligente  et  chaleureuse  direction  de 
M.  Ferry. 

„*„.  Gand.  —  Le  Pardon  de  Ploerme'.  obtient  toujours  beaucoup  de 
succès  et  on  est  à  la  douzième  représentation. 

j.**  Berlin.  —  Le  théâtre  Italien,  établi  dans  la  salle  Victoria,  continue 
à  faire  de  magnifiques  recettes.  Au  concert  à  la  cour  du  prince-ré- 
gent on  a  exécuté,  outre  la  polonaise  de  Struensée  et  la  Schiller-Marche, 
par  Meyerbeer,  des  fragments  de  l'opéra  la  Reine  Christine,  du  comte  de 
Redern. 

t*4,  Hambourg.  —  Pour  l'anniversaire  de  la  naissance  de  Mozart, 
M.  Furstenow  a  organisé  un  concert  où  l'on  n'a  entendu  que  de  la  mu- 
sique de  ce  grand  compositeur. 

*%  Florence.  —  La  Société  philharmonique,  à  son  dernier  concert,  a 
exécuté  d'une  façon  magistrale  l'ouverture  du  Pardon  de  Ploërmel.  Le 
succès  a  été  très-grand. 

***  Constantinople.  —  L'association  allemande  Teutonia,  qui  a  été 
fondée  il  y  a  dix  ans,  par  M.  Robert  Capitain,  compte  aujourd'hui 
trois  cents  membres.  La  Teutonia  avait  célébré  l'anniversaire  de  la  nais- 
sance de  Schiller  par  une  représentation  de  Guillaume  Tell;  le  chef-d'œu- 
vre du  célèbre  poète  allemand  a  été  très-bien  interprété  par  les  membres 
de  la  Société. 

„%  Saint-Pétersbourg.  —  Le  début  de  Mlle  Balfe  a  eu  lieu  dans  la  Tra- 
viata  ;  elle  a  été  applaudie,  rappelée,  quoique  sa  voix  ait  paru  fatiguée, 
et  que  ses  intonations  ne  fussent  pas  toujours  irréprochables.  Elle  chan- 
tera encore  une  fois  cette  semaine  avant  de  repartir  pour  Londres,  et 
l'on  dit  qu'elle  sera  engagée  pour  la  saison  prochaine.  Au  fond,  c'est 
Calzolari  qui  a  le  plus  mérité  les  honneurs  de  la  représentation.  Dans 
le  rôle  du  père,  Giraldoni  s'est  montré  excellent  chanteur  :  il  a  produit 
beaucoup  d'effet  dans  l'air  du  deuxième  acte.  —  Tamberlick  va  chanter 
le  Prophète  pour  son  bénéfice  :  Mme  Nantier-Didier;  dont  l'engagement  a 
été  renouvelé  pour  deux  années,  remplira  le  rôle  de  Fidès.  —  Après 
Mlle  Balfe,  Mlle  La  Grua  compte  prendre  le  rôle  de  la  Traviata. —  Les 
décors  du  Pardon  de  Ploërmel  seront  bientôt  prêts:  tous  les  artistes  sont 
enchantés  de  leurs  rôles. 

„,%  New-York. —  La  compagnie  italienne  d'Ullmann  et  Strakosch  nous 
a  fait  ses  adieux  dans  les  Huguenots,  et  est  partie  pour  Philadelphie,  où 
elle  doit  donner  douze  représentations.  Incessamment,  nous  aurons  un 
second  opéra  italien,  dont  voici  le  personnel  :  Mmes  Frezzolini,  Alber- 
tini  et  Martini  d'Ormoy  ;  MM.  Beaucardé,  Macaferri,  Ardavani,  Morino, 
Rocco  etWeilich;  maîtres  de  chapelle,  Anschûtz  et  Stoll. 


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1ÏEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


PSASOS 
D'ART 


.Aircrf  agtuhs  mm  nÂigo 
BLANCHET  fils 


PIAXOS 

DE 

COMMERCE 


DE    L'ANÛIE 


ROLLER    ET    BLANCHET    FBLS 


A  Paris,  ru«!  d'OautevilIc,   il0  «C. 

Celte  maison  est  connue,  depuis  de  longues  années,  pour   la  remarquable  supériorité  de  ses  pianos  droits. 

Blanchet  fils,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique,  a  consacré  le  fruit  de  ses  études  scientifiques  et  de  ses  constantes  recherches  au  per- 
fectionnement de  son  industrie  ;  et  après  avoir  obtenu,  aux  diverses  expositions  d'Angleterre  et  de  France,  les  plus  hautes  récompenses,  il 
-a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  par  le  jury  international  de  l'Exposition  universelle  de  1855. 

Convaincu  de  la  nécessité  de  mettre  à  la  portée  de  tous  les  instruments  fabriqués  avec  conscience  et  pouvant  satisfaire  aux  qualités  artisti- 
ques aussi  bien  qu'aux  principes  de  solidité  garantis  par  une  longue  réputation,  Blanchet  fils  vient  de  créer  un  nouveau  modèle  de  piano  dit 
format  de  commerce,  qui,  tout  en  possédant  les  qualités  d'une  facture  de  premier  ordre,  a  l'avantage  d'être  accessible  à  toutes  les  fortunes. 
Les  instruments  de  ce  format  sont  à  cordes  verticales,  obliques  ou  demi-obliques.  Désormais  cette  importante  manufacture  réunira  donc  les 
deux  branches,  également  essentielles,  d'une  fabrication  à  la  fois  artistique  et  commerciale. 


MUSIQUE  ®E   PIAN©   NOUVELLE 

Publiée  par  G.  BHANDUS  et  S.  DUFOUK,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  l«r. 


ÏÏH   %*TT©IMT 


Rosée  «le  Mai.  chant  sans  paroles 9 

Chanson  «Un  Roucl,  Fantaisie 9 

B.es*  Octaves,  morceaux  de  concert 9 

E.    WOLFF 

Op.  234.  Matkilde,  valse  caprice  ...  7  50 

Op.  235.  Ida,  valse  caprice 7  50 

Grand  duo  à  quatre  mains  sur  Stradella 

(sous  presse) 10  » 


Op.  41.  Lia  Danse  «les  F«?es  (2e  édition) 9 

Op.  53.  Adieu  printemps,  étude  caprice 9 

Op.  54.  Citant  «In  ruisseau,  caprice 9 


Les  Echos  des  opéras,  fantaisies  faciles  : 
Fra  Diavolo.  h.   Domino  noir. 

2.  Guillaume  Tell.  5.  Diamants  de  la  couronne. 

3.  Comte  Ory.  6.  Muette  de  Portici. 

Sera  continué.  —  Prix  de  chaque  :  6  fr. 


BIiUMENTHAL 


Op.  51 


N°1.  Le  Chant  du  cygne,  mélodie  5  » 

2.  Une  Fleur  des  Alpes,   id.    .  7  50 

Op.  52.  L'Etoile  du  soir,  3e  valse.  ...  6  » 

Op.  53.  Marche  du  vainqueur 7  50 


ASCUEU.  Illustration  du  Pardon  de  Ploermel 9 

—  Op.  84.  Illustration  de  Robert  le  Diable 9 

BADAKXEWSKA.  Prière  d'une  vierge 5 

BKBYtitn  (Paul).  Op.  52.  Transcription  du  Pardon  de  Ploermel.  6 

—  Op.  55.  La  Charité,  chœur  de  Rossini,  transcription  ...  6 
«OKI*    (A.).   Fantaisie  dramatique   sur  le  Pardon  de  Ploermel.  1 

—  Fantaisie  de  salon  sur  les  Dragons  de  Villars 9 

HESS.  Op.  54.  Rêverie  sur  le  Pardon  de  Ploermel 5 

UUfVTEN  (F.).  Fantaisies  sur  stradella  et  Maria,  de  Flotow,  ch.  5 


KAIiKltBEXXEB  (A.).   Mosaïque    sur    le  Pardon  de  Ploermel  7  50 

KETTEKESS.   Op.  79.  Fantaisie  brillante  sur  Diane  de  Solange .  7  50 

KBUGEB.  Op.  88.  Berceuse  transcrite  du  Pardon  de  Ploermel.  7  50 

ILE  CABPEXTIEK.  Bagatelle  sur   le  Pardon  de  Ploermel,  ch.  5    » 

—  1 87e  bagatelle  sur  Marta 5     » 

—  188e  bagatelle  sur  les  Dragons  de  Villars 5     » 

MAfcXUS.  Op.  60.  Grand  caprice  sur  les  Huguenots 9    » 

PEBSIY.  Op.  21.  Souvenirs  du  Prophète,  caprice 5     » 

FOACE  DE  eéox.  Mélodie  irlandaise  de  Marta,  transcription  k    » 

VIXCENT.  Orphée,  de  Gluck,  deux  transcriptions 6     » 


A  Paris,  rue  Vivienne,  gdc  rotonde  Colbert,  escalier  E,  chez  j&.  VIALQN;   éditeur  de  la  Musique  pour  tous  et  des  Gloires  du  Piano. 

L'ORPHÉON    FRANÇAIS 

> 

Publications    in  -  octavo   de  nouvelles  «EBJVE5ES  CHORALES,  dans  tous  les  styles  et  pour  toutes  les  voix,  par 


Éjr-i 


DE  RIL.L.E 


L'ORPHÉON 


J"  SÉRIE. 

RELIGIEUX 


(Divisées  en  quatre  séries.) 


Catholique  : 
Nouvelles  Messes,  Motets  et  Prières  faciles,  avec  ou  sans  ace.  p.  toutes  les  voix, 

à  l'usage  des  Orphéons,  des  Séminaires  et  maisons  d'éducation  : 
lrc  Messe  brève,  FACILE,  à  2  voix  égales,  sans  accomp.  (Orgue  ad  libitum). 
Les  2  voix  réun.  :  00  c.  net.— Chaque  séparém.,  15  c.  net.— L'Orgue  seul  :  60  c.  net. 
lrc  Messe  CUOKAEE,  a  3  voix  (sopranes,  ténors  et  basses),  avec  ace.  d'Orgue. 
Les  3  voix  et  l'Orgue  en  partition  :  3  fr.  net.— Chaque  voix  séparém.:  30  c.  net. 
1"  Messe  MELODIQUE,  a  (j  voix  d'hommes,  sans  accomp.   (ou  en  chœur  a 

l'unisson,  avec  Orgue). 
Les  ti  voix  réunies  :  1  f.  net.— Chaque  voix  sépar.,  30  c.  net.— L'Orgue  seul:  1  f.  net. 
1"  Messe  des  OltPIIÉOXK  FRANÇAIS,  à  h  voix  d'hommes,  sans  accomp. 
Les  li  voix  en  partition, -chaque  partie  séparée,— l'orgue  seul  (prochainement). 
0  MOTETS  :  Ave  Maria,  —  Ave,  maris  Stella,  -  Sub  tuum,  —Ave  Rcgina,— 
Regina  cœli,  —  Salve,  Regina,  —  a  U  voix  d'hommes,  sans  ace,  chaque  20  c. 
—  Les  mêmes  a  1,  2  ou  3  voix,  avec  Orgue,  50  c.  net  chacun. 
3  MOTETS:  Ave  verum,  O  salu/aris,  Ecce  partis,  même  prix  que  les  précédents. 
Nouvelles  Prières,  Hymnes  et  CANXIQXJBS,  pour  voix  égales,  sans  accomp.: 
Notre  Père,  à  3  voix.   —  Reine  des  Anges,  à  3  voix.  —  Deux  cantiques  (P. 
Brydaine)  a  2  ou  à  /i  voix  ;  —  chaque  :  20  c.  net. 


SERIE. 

L'ORPHÉON  de     h     H  W  E   M   I   R     (ENFANTS) 
Chœurs  sans  accomp.  pour  Concours,  a  3  et  à  h  voix  d'enfants. 
N°  1 .  LES  PUPILLES  DE  L'ORPHÉON,  partition  et  parties  sép.  (prochainement) . 


L'ORPHÉON 


NATIONAL 


(HOMMES) 


Chœurs  sans  accomp.  a  quntre  voix  d'hommes,  composés  pour  les  concours. 
1°  L'AVANT-GARDE  DES  ORPHÉONS,      marche      (prochainement). 

2°  MALBOROUGH chœur  gai    (prochainement)'. 

3"  LES  PORTEURS  D'EAU,  solo  et  chœur  (en  vente)  partition,  net:    75  c. 
Chaque  partie  séparée,  prix  net  :  15  c. 

4e  SÉRIE. 

L'ORPHÉON    UnBVEfidEL    (Voix  diverses) 
Chœurs  pour  voix  de  femmes  et  d'hommes,  sans  ace,  pour  festivals. 
N°  1.  LES  ENFANTS  D'ORPHÉE,  partition   et  parties  séparées  (prochainement) 


DE   IVAPOLEO*    CUAIX    ET   C",   RUE   UERGÈRE,   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


M  7. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


12  Février  1860. 

PRIS  DE  L'ABONNEMENT  s 

Paris 24  Ir.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse... 


31  - 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


a. 


GAZETTE  EHOSBCâLE 


mm  wm^wlëi 


— ■sw\j\f\f\j\fypj\nr* — 


Nos  abonnés  reçoivent,  avec  le  numéro  <(e  ce  jour, 
les  titres  et  la  table  analytique  «les  matières  poaar  l'affi- 
née  9859. 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra  -  Comique  :  le  Roman  d'Elvire, 
opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas  et  de  Leuven, 
musique  de  M.  Ambroise  Thomas,  par  D.  A.  H».  Saint-Yïes.  —  Théâtre 
impérial  Italien  :   P.oger  et  Mlle  Marie  Battu  dans  Lucia  di  Lammermoor.  — 

—  Théâtre  des  Bouffes-Parisiens  :  Le  Carnaval  des  Revues  (précédé  du  Souper 
du  Mardi  gras,  prologue),  en  deux  actes  et  neuf  tableaux,  par  MM.  Grange  et 
Gilles,  musique  d'Offenbach.  —  Auditions  musicales,   par  Adolphe   ISotte. 

—  Correspondance  :  Saint-Pétersbourg.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  BE  L'OPÉRi-COIIOÏÏE. 

liE  KOJSflAST  BVEI/VIRE, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas  et 
de  Leuven,  musique  de  M.  Ambroise  Thomas. 

(Première  représentation  le  h  février  1860.) 

Hàtons-nous  de  le  dire,  car  c'est  chose  toujours  assez  rare,  le 
nouvel  opéra  a  réussi  autant  par  les  paroles  que  par  la  musi- 
que. Le  Roman  d'Elvire  est  une  pièce  ingénieuse,  où  la  fantaisie 
côtoie  la  réalité,  sans  que  l'une  fasse  tort  à  l'autre,  et  sans  que  l'inté- 
rêt soit  trop  choqué  par  le  défaut  de  vraisemblance.  Quoiqu'il  vienne 
après  la  Vieille  de  M.  Scribe,  sa  donnée  n'en  est  pas  moins  originale, 
et  s'en  écarte  d'ailleurs  complètement  par  les  détails.  Nous  avons  bien 
quelque  vague  souvenir  d'une  pièce  en  trois  actes,  que  nous  avons 
vu  jouer  aux  Variétés,  il  y  a  une  quinzaine  d'années,  par  Lafont  et 
Mlle  Déjazetj  sous  le  titre  d' Un  conte  de  fées,  et  qui  ressemble,  comme 
une  sœur  jumelle,  à  celle  de  MM.  Alexandre  Dumas  et  de  Leuven. 
Mais,  qu'importe  ?  N'est -elle  pas  à  peu  près  oubliée  aujourd'hui,  et 
cette  absence  de  notoriété  ne  |prouve-t-elle  pas  qu'en  fait  d'ouvrages 
dramatiques,  tous  les  genres  ne  peuvent  pas  être  impunément  confon- 
dus, et  que  tel  sujet,  passé  inaperçu  sous  la  forme  de  la  comédie  ou 
du  vaudeville,  a  parfois  toutes  les  conditions  nécessaires  pour  devenir 
un  très-bon  opéra-comique  ? 

Nous  sommes  à  Gênes....  Ah!  pardon!  nous  allions  vous  raconter 
le  vaudeville  des  Variétés,  qui,  du  reste,  était  des  mêmes  auteurs,  en 


y  ajoutant  Brunswick,  un  mort  de  l'année  dernière,  et  qui,  par  consé- 
quent, n'est  plus  là  pour  réclamer  son  droit  de  paternité.  Les  deux 
survivants  ont  jugé  à  propos  de  nous  transporter  à  Palerme,  et,  pour 
notre  part,  nous  n'y  voyons  aucun  inconvénient.  Donc,  le  seigneur 
Gennaro  est  un  des  plus  francs  mauvais  sujets  de  Palerme,  un  joueur, 
un  libertin,  un  mangeur  d'héritages;  il  a  déjà  dévoré  deux  oncles  et 
trois  tantes ,  et  quoiqu'il  n'ait  plus  aucun  grand  parent  à  se  mettre 
sous  la  dent ,  il  a  formé  l'audacieux  projet  d'accaparer  les  bonnes 
grâces  de  la  signora  Sirena ,  la  plus  belle  et  la  plus  avide  des  cour- 
tisanes de  toute  la  Sicile.  Pour  atteindre  ce  but,  il  compte  sur  le 
secours  de  la  bohémienne  Lilla,  avec  laquelle  il  travaille  au  grand 
œuvre.  Par  nature  Gennaro  est  superstitieux  et  croit  sincèrement 
au  pouvoir  de  la  magie  et  aux  miracles  de  l'alchimie.  En  effet,  Lilla 
lui  remet  un  diamant  de  la  valeur  de  dix  mille  ducats  qu'elle  a  ob- 
tenu avec  un  charbon  et  dont  la  moitié  qui  lui  appartient  est  repré- 
sentée par  une  reconnaissance  de  cinq  mille  ducats  que  lui  signe 
Gennaro.  Ceci  se  passe  chez  la  vieille  marquise  de  Villa-Bianca ,  qui 
vient  d'être  enrichie  de  plusieurs  millions  par  le  gain  d'un  procès. 
Or,  Gennaro  so  hâte  de  perdre  au  jeu,  dans  les  salons  de  la  douai- 
rière, les  ducats  contre  lesquels  il  a  échangé  son  diamant,  et  pour 
surcroît  d'infortune,  il  est  bloqué  dans  le  palais  de  la  marquise  par  ses 
innombrables  créanciers  ;  force  lui  est  donc  de  demander  asile  pour 
la  nuit  à  la  bonne  dame  qui  lui  répond  par  la  lecture  d'un  roman  de 
chevalerie  dont  la  situation  est  analogue  à  la  sienne.  —  Je  ne  puis  re- 
cevoir la  nuit,  dans  mon  château,  que  mon  époux,  dit  Elvire  au  pala- 
din, qui  lui  adresse  la  même  requête  que  Gennaro  à  la  marquise. 

Sur  les  conseils  de  Lilla,  Gennaro  accepte  la  condition  imposée  au 
paladin,  et  le  voilà  devenu  le  seigneur  suzerain  des  charmes  et  des 
millions  de  la  douairière  de  Villa-Bianca.  A  vrai  dire,  ce  n'est  guère 
que  cette  dernière  considération  qui  l'a  décidé,  parce  que  les  richesses 
de  sa  femme  lui  permettront  de  prendre  pour  maîtresse  la  signora 
Sirena,  et  de  gagner  le  pari  engagé  à  ce  sujet  avec  ses  amis.  Mais 
lorsque,  après  avoir  payé  ses  créanciers,  il  veut  s'élancer  à  la  con- 
quête de  la  Sirena,  il  s'aperçoit  qu'il  est  prisonnier  dans  le  palais  de 
la  marquise,  qui  reste  sourde  à  toutes  ses  récriminations. 

Que  faire  pour  sortir  de  ce  mauvais  pas  ?  La  bohémienne  Lilla, 
touchée  de  son  désespoir,  lui  propose  d'endormir  la  marquise  à  l'aide 
d'un  narcotique  de  sa  façon,  et  de  lui  dérober,  pendant  son  sommeil, 
les  clefs  du  palais.  L'offre  est  acceptée,  mais  dans  sa  précipitation, 
Lilla  de  trompe  de  fiole,  et,  au  lieu  du  narcotique,  elle  verse  à  la 
douairière  un  breuvage  magique  qui  lui  enlève  d'un  seul  trait  plus  de 
quarante  années. 

Tout  d'abord,  Gennaro  se  réjouit  de  la  méprise  qui  lui  donne  une 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


femme  îeune  et  belle,  à  laquelle  il  sacrifie  sans  peine  ses  projets  sur 
la  Sirena.  Seulement  il  ne  tarde  pas  àgreconnaitre  qrc  la  marquise, 
en  retrouvant  la  jeunesse,  a  perdu  la  mémoire,  et  que  ses  droits  sur 
elle  sont  réduits  à  néant.  L'amour  qu'elle  lui  inspire  est  mis  à  de  rudes 
épreuves,  et  lorsqu'enfm  sa  jalousie  est  prête  à  déborder,  un  podes- 
tat, courtisan  éconduit  de  la  vieille  marquise,  vient  demander  compte 
à  Gennaro  de  la  disparition  de  sa  femme.  Certains  indices  font  sup- 
poser qu'il  s'est  débarrassé  d'elle  par  un  crime.  On  l'arrête  et  l'on 
instruit  aussitôt  son  procès. 

Un  seul  moyen  de  justification  est  possible  à  Gennaro,  c'est  de  re- 
présenter la  vieille  marquise  avec  ses  soixante  ans,  et  pour  cela,  il 
faut  que  la  jeune  femme  consente  à  recourir  aux  philtres  de  Lilla. 
Elle  se  laisse  attendrir,  mais  au  moment  fatal,  c'est  Gennaro  lui-même 
qui  ne  peut  se  résoudre  à  lui^rendre  de  gaieté  de  cœur  ses  rides  et 
ses  cheveux  blancs.  Cette  preuve  d'amour  sincère  décide  la  marquise, 
elle  boit  le  philtre  de  Lilla,  mais  sous  le  voile  qui  couvre  ses  attraits 
décrépits,  Gennaro  retrouve  avec  bonheur  les  charmes  qui  l'ont  en- 
sorcelé, et  qui  en  réalité,  n'ont  jamais  eu  besoin  d'une  métamor- 
phose. 

L'énigmejest  bien  facile  à  expliquer  ;  dans  ses  jours  de  prospériLé, 
Gennaro  a  refusé  de  faire  honneurgà  une|promesse  d'alliance  qu'il 
avait  contractée  envers  une  belle  et  noble  jeune  fille.  Celle-ci  a  juré 
de  se  venger,  et  nous  avons  vu  comment,  avec  l'assistance  de  Lilla, 
elle  s'y  prend  pour  arriver  à  ses  fins.  Il  est  vrai  qu'à  ce  compte,  Gen- 
naro n'est  pas  trop  à  plaindre  et  qu'il  a  joué  finalement  à  qui  perd 
gagne. 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  faire  ressortir  tout  ce  que  cette  donnée, 
dont  les  auteurs  ont  tiré  un  habile  parti,  offre  de  situations  éminem- 
ment favorables  à  la  musique.  C'est  là  son  principal  mérite,  et  nous 
ne  sommes  pas  surpris  que  M.  Ambroise  Thomas  y  ait  puisé  des  ins- 
pirations dignes  du  compositeur  à  qui  nous  devons  le  Caïd  et  le  Songe 
d'une  nuit  d'été.  Nous  ne  saurions,  de  prime  abord,  assigner  exacte- 
ment la  place  que  le  Roman  d'Elvire  occupera  à  côté  de  ces  deux 
œuvres  d'élite  qui  sont  inscrites  par  la  faveur  constante  du  public  au 
nombre  des  meilleures  du  répertoire.  Il  est  permis  d'hésiter  sur  le 
destin  d'une  partition  que  le  temps  n'a  pas  encore  consacrée.  Mais 
ce  que  nous  pouvons  affirmer  dès  aujourd'hui,  sans  craindre  d'être 
contredit,  c'est  que  le  deuxième  acte  de  cet  opéra  est  un  des  plus 
charmants  et  des  plus  complets_qui  aient  été  signés  du  nom  de 
W.  Ambroise  Thomas.  Avant  d'en  signaler  les  parties  saillantes,  ainsi 
que  celles  des  deux  autres  actes,  nous  remarquerons,  à  la  louange  du 
compositeur,  qu'il  s'est  abstenu  avec  soin  de  ces  développements  exa- 
gérés, dont  on  fait  parfois  abus  à  l'Opéra-Comique.  Il  n'y  a  pas  à  s'y 
tromper,  le  Roman  d'Elvire  a  été  écrit  pour  la  salle  Favart,  et  non 
pour  la  rue  Le  Peletier. 

L'ouverture  est  une  œuvre  fort  remarquable;  le  motif  de  l'introduction, 
répété  par  les  instruments  à  vent,  notamment  par  la  flûte  et  la  clari- 
nette, est  gracieux  et  distingué.  Le  chœur  chanté  sans  accompagne- 
ment par  le  cortège  de  la  Sirena,  qui  passe  au  fond  de  la  scène, 
quoique  un  peu  écourté,  est  d'un  bon  effet.  Un  morceau  tracé  de  main 
de  maître,  c'est  le  duo  de  la  sorcellerie  entre  la  marquise  et.  la  bohé- 
mienne Lilla  ;  il  est  à  la  fois  très-brillant  et  très-bien  dessiné.  Men- 
tionnons, sans  trop  nous  y  arrêter,  les  couplets  de  Gennaro  :  J'aime 
Cor,  d'une  énergie  concise,  et  ceux  du  podestat  :  C'est  un  grec, 
railleurs  et  spirituels.  Nous  saluerons  aussi  en  passant  l'entrée  des 
invités  de  la  marquise  et  les  couplets  d'Ascanio  avec  refrain  et  chœur. 
Le  duo  de  Gennaro  et  de  la  marquise,  dans  lequel  intervient  la  lecture 
du  roman  de  chevalerie,  est  parfaitement  traité  ;  rien  de  plus  simple 
et  en  même  temps  de  plus  suave  que  la  mélodie  qui  accompagne  cette 
lecture  ;  c'est  un  des  plus  jolis  passages  de  la  partition.  Nous  n'aimons 
pas  autant  les  couplets  de  Lilla  qui  servent  de  début  au  finale,  où  la 
danse  se  mêle  aux  chants  joyeux  des  invités  de  la  marquise. 


Le  deuxième  acte  commence  par  un  chœur  d'amis  et  de  créanciers 
de  Gennaro,  et  par  de  délicieux  couplets  que  i'on  a  fait  répéter  à 
Montaubry.  Le  grand  air  qu'il  chante  ensuite  a  également  provoqué 
des  applaudissements  nombreux  et  mérités.  Mais,  nous  l'avons  dit,  à 
part  le  petit  duo  :  Endormons  et  fermons  tous  les  yeux,  qui,  si  gentil 
qu'il  soit,  ne  saurait  soutenir  une  comparaison  quelconque  avec  son  en- 
tourage, la  même  formule  laudative  doit  être  appliquée  à  tous  les  mor- 
ceaux de  cet  acte,  parmi  lesquels  nous  citerons  en  première  ligne  l'air 
de  la  marquise  rajeunie  :  Est-ce  un  mensonge  ?  Le  cantabile  de  cet 
air  emprunte  un  grand  charme  aux  sons  de  la  harpe  et  n'en  fait  que 
mieux  ressortir  l'élégante  légende  des  stances  de  l'hirondelle  et  de 
l'abeille.  Le  duo  qui  suit,  entre  Gennaro  et  la  marquise,  est  éminem- 
ment scénique,  surtout  dans  sa  première  partie.  Quant  au  trio  des 
rires,  nous  louerons  sans  restriction  son  entrain  et  sa  verve.  C'est  une 
trôs-bonne|préface  pour  le  finale,  que  la  situation  a  permis  au  compo- 
siteur de  développer  avec  bien  plus  d'ampleur  que  celui  de  l'acte 
précédent.  La  science  et  l'inspiration  s'y  prêtent  un  mutuel  secours 
et  y  sont  prodiguées  à  doses  égales.  M.  Ambroise  Thomas  a  rarement 
écrit  quelque  chose  de  plus  élevé  et  de  plus  complet. 

Moins  riche  que  le  2e  acte,  le  3e  n'est  cependant  pas  dépourvu  d'at- 
trait. Le  chœur  des  sbires  qu'on  entend  au  lever  du  rideau  a  comme 
un  reflet  du  fameux  chœur  des  chasseurs  du  Songe  d'une  nuit  d'été. 
Les  couplets  d'Ascanio  :  Puisque  des  biens  de  cette  terre,  sont  fort 
agréables.  L'air  de  la  marquise,  qui  débute  sur  une  mesure  de  boléro 
et  qui  se  termine  par  une  tarentelle  vocalisée,  est  un  morceau  de  bra- 
voure des  mieux  réussis.  Il  y  a  là  encore  un  trio  de  situation  on  ne 
peut  plus  recommandante.  Mais  la  perle  de  cet  acte,  c'est  la  romance 
de  Gennaro  :  Ah!  ce  serait  un  crime.  Tout  en  faisant  la  part  de  la  per- 
fection avec  laquelle  Montaubry  l'a  chantée,  il  nous  semble  que 
M .  Ambroise  Thomas  n'est  pas  resté  étranger  à  l'enthousiasme  qui  a 
valu  un  rappel  unanime  au  second  couplet  de  cette  romance. 

Le  nouvel  opéra  n'aurait  pas  d'autres  titres  au  succès,  qu'il  fau- 
drait l'aller  applaudir  pour  sa  brillante  interprétation.  Montaubry  n'a 
encore  créé  qu'un  rôle  pour  sas  débuts,  celui  de  Dalayra;  dans  les  Trois 
Nicolas,  et  il  ne  mérite  pas  moins  d'éloges  dans  celui  du  chevalier 
Gennaro.  Ses  qualités  ont  grandi  et  ses  défauts  ont  disparu.  Les  plus 
chaleureux  bravos  ont  donné  acte  à  Montaubry  de  la  satisfaction  du 
public  qui  a  bissé  deux  de  ses  morceaux. 

Mlle  Monrose,  dont  les  premiers  pas  sur  la  scène  de  l'Opéra-Comi- 
que ont  produit  une  sensation  incontestable,  nous  a  paru  aussi  bien 
mieux  placée  dans  le  rôle  de  la  marquise  que  dans  celui  de  la  reine,  du 
Songed'une  nuit  d'été.  Sous  le  rapport  du  jeu,  cela  s'explique  aisé- 
ment, car  rien  n'est  plus  favorable  au  taie  nt  d'une  comédienne  jeune 
et  belle  que  cette  alternative  de  rides  et  de  fraîcheur,  que  cette  tran- 
sition de  l'hiver  au>printemps.  Comme  cantatrice,  Mlle  Monrose  a  fait 
également  de  nouveaux  progrès;  sa  voix  est  plus  sûre,  son  style  plus 
large  et  plus  correct;  chaque  note  décèle  en  quelque  sorte  les  con- 
seils qui  l'ont  formée  et  qui  triomphent  en  ce  moment  sur  nos  quatre 
scènes  lyriques. 

Crosti,  Prilleux  et  Mlle  Lemercier  ne  laissent  que  bien  peu  de  chose 
à  désirer  dans  les  rôles  d'Ascanio,  du  podeslat  et  de  la  bohémienne 
Lilla. 

La  mise  en  scène  est  splendide  et  soignée  dans  ses  moindres  dé- 
tails; les  costumes,  du  temps  de  Louis  XIII,  sont  fort  riches,  et  les 
décorations  ont  de  l'éclat.  Enfin,  pour  ne  pas  être  injuste,  gardons- 
nous  d'oublier  l'orchestre  qui  fonctionne  à  merveille  sous  l'archet  de 
M.  Tilmant. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


DE  PARIS. 


51 


THEATRE  IMPÉRIAL  ITALIEN. 

Roger  et  Aille  Marie  nattai  dans  Sjttcia  «Js 
Kianinteii'tttoor. 

Qui  l'eût  dit,  il  n'y  a  guère  plus  de  six  mois,  alors  qu'une  fatale 
nouvelle  se  répandait  parmi  nous,  et  que  Roger  semblait  à  jamais 
perdu  pour  la  scène  ?  Comment  supposer  qu'il  nous  reviendrait  si  vite 
après  une  terrible  catastrophe,  et  qu'en  le  revoyant  on  s'en  apercevrait 
si  peu!  Nous  le  pressentions  pourtant,  et  nous  l'avons  déclaré  ici 
même .  Dès  le  collège,  nous  avions  lu  l'épître  de  Delille  à  M.  Lau- 
rent, l'ingénieux  auteur  d'un  bras  artificiel  construit  pour  un  soldat 
invalide  : 

O  prodige  !  Ton  bras  reparaît  sous  sa  main  : 
Ses  nerfs  sont  remplacés  par  des  fibres  d'airain  ; 
De  ses  muscles  nouveaux  essayant  la  souplese, 
11  s'étend,  il  se  plie;  il  s'élève  et  s'abaisse. 

Et  voilà  justement  le  prodige  une  fois  de  plus  opéré  pour  un  grand 
artiste  !  Désormais  il  faut  que  les  spectateurs  ne  s'en  préoccupent  pas 
plus  que  Roger  lui-même.  Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  avec  quels 
bravos,  quelle  chaleur  sympathique  il  a  été  reçu  par  le  public  delà 
salle  Ventadour  !  Ce  qu'il  y  a  de  singulier,  c'est  qu'avant  son  acci- 
dent, il  songeait  à  cette  émigration  de  la  scène  française  à  la  scène 
italienne,  et  que  le  cours  des  événements  n'a  été  dérangé  en  aucune 
sorte.  Tout  le  monde  savait  comment  il  joue  et  chante  le  rôle 
d'Edgard  :  on  l'y  avait  vu  et  entendu  assez  souvent  dans  une  autre 
enceinte,  il  n'y  avait  de  changé  que  l'idiome,  mais  pour  lui  c'est  la 
moindre  des  choses,  il  ne  serait  pas  plus  embarrassé  de  nous  répéter 
le  même  rôle  en  allemand  et  en  anglais.  Donc,  nous  nous  bornerons 
à  dire  que  Roger  s'est  montré  égal  à  lui-même,  supérieur  même  peut- 
être  dans  l'expression  vigoureuse  et  désespérée  de  son  indignation,  de 
sa  rage  au  finale  du  second  acte.  Il  a  été  applaudi  à  outrance,  rap- 
pelé plusieurs  fois,  et  cela  doit  lui  compter  dans  un  théâtre  où  ap- 
plaudisseurs  et  rappeleurs  ne  sont  pas  à  l'état  de  troupes  régulières 
et  soldées. 

Maintenant  dans  quel  rôle  va-t-il  se  produire  ?  Il  n'a  sans  doute 
que  l'embarras  du  choix,  lui  qui  s'est  familiarisé  dès  longtemps  avec 
tout  le  grand  répertoire.  Nous  regretterons  de  ne  pas  le  voir  dans  Don 
Juan,  qui  serait  trop  long  à  monter,  et  nous  le  regretterons  d'autant 
plus  que  Roger,  qui  sait  si  bien  pleurer,  sait  encore  mieux  sourire, 
et  que  sa  physionomie  y  gagne  beaucoup.  S'il  veut  que  nous  lui  indi- 
quions un  rôle,  qui  sous  ce  rapport  lui  conviendrait  à  merveille,  nous 
désignerons  celui  de  Lyonel,  dans  Marta,  et  nous  ne  doutons  pas 
qu'il  n'y  fût  charmant,  gracieux,  plus  que  personne. 

Le  second  début  de  Mlle  Marie  Battu  n'a  pas  été  moins  heureux 
que  le  premier  :  elle  a  soutenu  et  complété  dans  Lucià  l'opinion  que 
l'on  s'était  formée  de  son  talent  dans  la  Sonnambula.  Cependant,  elle 
avait  tout  à  faire  pour  se  mettre  en  état  de  chanter  un  rôle  dont  jamais 
elle  ne  s'était  occupée  auparavant.  Un  très-petit  nombre  de  jours  lui 
avait  été  accordés  pour  ses  études.  ;^les  répétitions  avaient  été  rares,  et 
la  jeune  artiste  n'avait  pu  s'aguerrir  comme  elle  l'aurait  voulu.  Toute- 
fois, comme  cantatrice,  elle  n'a  rien  laissé  à  désirer  en  élégance,  en 
délicatesse  ;  comme  actrice,  elle  s'est  animée  par  degrés  :  la  passion 
lui  est  venue  et  lui  viendra  encore  avec  la  force  et  la  confiance. 

Il  n'y  a  qu'un  sentiment  sur  Graziani  et  sur  la  façon  violente  dont 
il  a  rendu  le  rôle  d'Asthon.  Trop  de  zèle,  trop  de  voix,  trop  de  gestes 
menaçants,  jusque  dans  le  finale  où  chaque  personnage,  se  parlant  à 
lui-même,  doit  rester  parfaitement  immobile  et  presque  sensa  bat- 
tere  il  ciijlio.  C'est  dans  le  rôle  de  Rigolelto  que  Graziani  nous  semble 
avoir  inauguré  ce  système  de  turbulence  vocale  et  mimique  auquel 
tous  ses  amis  lui  conseilleront  de  renoncer. 

P.    S. 


THEATRE  DES  BOUFFES-PARISIENS. 

SiE  CABNAVAI/  MES  "REVUES, 

Précédé  du  Souper  «lu  Ifïardi  gras,  prologue  , 

En  deux  actes  et  neuf  tableaux,  par  MM.  Grange  et  Gilles, 

musique  ^'Offenbach, 

(Première  représentation  le  10  février  1860.) 

Le  Carnaval  des  Revues  arrive  à  propos  pour  se  mêler  à  la  folle 
gaieté  des  jours  gras  qui  s'avancent,  et  prolonger  encore  les  éclats  de 
leur  bon  rire  pendant  le  carême  qui  leur  succédera  trop  tôt.  Pourquoi 
donc  le  théâtre  des  Bouffes-Parisiens  n'aurait-il  pas  aussi  sa  revue 
puisque  tous  ses  confrères,  grands  et  petits,  se  la  permettent  et  ne 
s'en  trouvent  pas  mal  ?  On  dira  que  c'est  un  peu  tard  :  pourquoi  en  - 
core  ?  Mieux  vaut  tard  que  jamais,  si  la  revue  est  amusante,  car  c'est 
là  le  grand  point.  Amusez,  amusez  et  tout  le  reste  est  peu  de  chose. 
Or,  il  n'est  pas  douteux  que  le  Carnaval  des  Revues  n'ait  souvent  et 
fortement  diverti  la  brillante  assemblée  qui  remplissait  avant  hier  la 
salle  Choiseul.  On  taillera,  on  rognera  dans  cette  étoffe  trop  longue 
et  trop  large  de  plaisanteries  dont  les  moins  bonnes  nuisent  aux 
meilleures;  il  en  restera  toujours  assez  pour  que  l'hilarité  circule  et 
que  les  recettes  se  multiplient. 

Le  cadre  choisi  par  les  auteurs  du  Carnaval  des  Revues  n'est  ni 
plus  ni  moins  ingénieux  que  celui  de  beaucoup  d'autres  œuvres  du 
même  genre.  Le  Mardi  gras  commence  par  vouloir  souper  avec  plu- 
sieurs belles  dames,  en  qui  se  personnifient  les  Revues  à  la  mode, 
celles  des  Variétés,  du  Palais-Royal,  des  Délassements,  des  Folies,  du 
théâtre  Déjazet.  Et  puis  le  joyeux  amphytrion  se  met  à  voyager  de 
par  le  monde,  en  passant  par  le  boulevard,  le  bois  de  Boulogne,  la 
Chine  et  mille  autres  lieux.  Dans  la  seconde  période  de  son  voyage, 
se  produisent  les  imitations  et  parodies  dramatiques,  parmi  lesquelles 
il  y  en  a  d'excellentes  :  celle  de  la  Tireuse  de  cartes  est  de  ce  nom- 
bre ;  celle  du  Marchand  de  coco  ne  lui  cède  guère  -,  mais  pour 
nous  autres,  hommes  d'art,  ce  qu'il  y  a  d'admirable,  d'incomparable, 
c'est  la  scène  du  musicien  faisant  exécuter  ses  chefs-d'œuvre  sym- 
phoniques  par  l'orchestre,  et  chantant  avec  le  plus  grotesque  accom- 
pagnement de  voix  ce  qu'il  appelle  la  Tyrolienne  de  l'avenir.  Cette 
scène  a  été  droit  aux  nues,  aile  stelle  !  on  la  redemandait  de  tous  les 
côtés  et  il  a  fallu  en  redire  une  partie.  Par  exemple,  on  fera  bien 
d'abréger  beaucoup  la  scène  des  compositeurs  morts,  qui  se  font  jouer 
au  préjudice  des  vivants,  et  de  supprimer  celle  du  diapason,  dont 
l'intention  échappe. 

Le  Carnaval  des  Revues  n'a  presque  pas  de  musique  nouvelle  : 
c'est  une  revue,  un  panorama,  un  répertoire  des  meilleurs  morceaux 
composés  par  Offenbach  depuis  qu'il  a  créé  son  théâtre.  Est  bien  père 
qui  nourrit,  dit  le  proverbe,  et  quel  autre  qu'Offenbach  aurait  pu 
nourrir  son  enfant  de  cette  innombrable  quantité  de  mélodies  pleines 
d'originalité,  de  fraîcheur,  de  verve  spirituelle  ? 

La  danse  joue  aussi  un  rôle  important  dans  le  Carnaval.  Dé- 
siré, Mlle  Tautin  se  distinguent  dans  le  ballet  final  qui  n'aura  pas 
moins  de  succès  que  les  décors,  les  costumes  et  surtout  que  la  musique 
de  l'avenir.  Et  qui  ose  affirmer  que  cette  musique  n'est  pas  faite  pour 
nous  et  ne  saurait  nous  plaire?  Allez  au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens 
et  voyez  s'il  y  a  moyen  de  réussir  davantage. 

Après  avoir  parlé  de  la  pièce  nouvelle,  comment  payer  nos  dettes 
et  liquider  notre  arriéré  envers  plusieurs  pièces  plus  anciennes  dont 
nous  avons  laissé  grossir  la  pyramide.  Que  MM.  les  auteurs  et  compo- 
siteurs qui  ont  collaboré  au  Nouveau  Pourceaugnac,  à  Croquignole 
XXXVI,  à  M.  de  Bonne-Étoile,  veuillent  bien  nous  excuser.  Quand 
le  soleil  a  paru,  s'occupe-t-on  encore  des  étoiles,  même  des  bonnes, 
et  le  Carnaval  des  Revues  est  à  cette  heure  le  plein  soleil  de  s 
Bouffes-Parisiens. 

P.  S. 


52 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Iiéon    Daflls.  —  «Jean    Becker.  —   Ph.    de    Cnvillon    et    teor;cs 
Pfeiffer.  —  Mlles  Van  der  Beek.  —  Georges    de    Slomigny. 

Un  pianiste  dont  le  corn  était  déjà  connu,  M.  Léon  Dufîls,  a  fait 
cette  semaine  son  début  devant  le  public  parisien.  Très-ému,  d'abord, 
il  n'a  pu  montrer  l'énergie,  la  chaleur,  l'élan,  dont  plus  tard  il  a  fait 
preuve.  Dans  l'exécution  de  la  Prairie,  d'Emile  Prudent,  son  maître, 
l'orchestre  !e  dominait.  Solitude  et  Barcarolle,  composé  js  par  le  jeune 
pianiste,  ont  été  plus  finement  jouées  ;  elles  ont  montré  qu'il  possé- 
dait entièrement  un  remarquable  mécanisme  et  un  bon  style,  quoi- 
qu'un peu  froid  encore.  Le  crescendo  du  mieux  devait  aller  jusqu'à  la 
fin  toujours  croissant  :  rassuré  par  l'accueil  très-chaleureux  qui  lui  a 
été  fait,  il  s'est  entièrement  révélé  en  exécutant  encore  deux  ouvrages 
de  Prudent,  entre  autres,  Folie,  une  des  plus  délicieuses  études  qu'ait 
écrites  l'auteur. 

M.  Dufils  a  fait  entendre  le  Réveil  des  Bacchantes,  de  sa  composition. 
Il  l'a  dit  avec  verve,  netteté  et  franchise.  Ce  morceau  a  été  bissé. 
Cette  fois  encore,  ce  n'était  pas  le  meilleur  qui  était  redemandé. 
Pourtant,  il  est  loin  d'être  sans  mérite,  et  il  témoigne  des  bonnes  études 
faites  par  l'auteur,  dont  l'instrumentation  est  claire  et  brillante.  L'ima- 
gination et  le  savoir  qui  s'y  font  remarquer  promettent,  bien  plus  que 
Solitude  et  Barcarolle,  un  compositeur  plein  d'avenir. 

Lucchesi  a  délicieusement  chanté  la  romance  de  Martha,  et 
Mme  Ugalde,  qui  était  en  voix,  a  fait  admirer  les  beautés  hardies  de 
sa  vocalisation. 

—  Becker  est  jeune  et  son  talent  a  de  la  jeunesse  ;  deux  choses  dont 
l'une  n'implique  pas  toujours  l'autre.  Son  exécution  correcte,  irrépro- 
chable, à  laquelle  l'imagination,  la  fantaisie  donnent  un  éclat,  une 
passion  et  une  couleur  tout  italienne,  n'était  pas  oubliée  des  dilet- 
tantes. Ce  qui  caractérise,  à  notre  avis,  l'individualité  de  ce  violoniste, 
c'est  l'alliance  heureuse  des  solides  et  précieuses  qualités  de  style  et 
de  mécanisme  de  l'école  allemande,  avec  celles  de  l'école  représentée 
par  Paganini.  Aussi  est-ce  peut  être  dans  la  musique  si  difficile,  si  ca- 
pricieuse, si  bizarre  de  ce  maître,  que  Becker  déploie  le  mieux  les 
souplesses,  les  élégances  et  les  fougues  de  son  archet.  La  grande  fan- 
taisie, Nel  cor  piu  non  mi  sento,  vraiment  hérissée  de  périls,  et  qui 
demande  tant  de  qualités  diverses,  tant  de  justesse  et  d'expression 
pour  paraître  ce  que  l'auteur  l'a  faite,  c'est-à-dire  belle  et  profusé- 
ment  ornée,  a  été  pour  le  virtuose  l'occasion  d'un  grand  et  unanime 
succès.  Ce  morceau  n'est  pas  le  seul  qui  ait  fait  éclater  des  transports 
d'enthousiasme.  Sans  parler  des  œuvres  de  Beethoven,  exécutées  par 
Becker  avec  la  pureté  et  la  sobriété  que  la  musique  d'ensemble  exige, 
deux  courtes  et  gracieuses  compositions  de  lui,  l'une  allegretto, 
simple,  fraîche,  naïve,  bien  modulée,  bien  traitée,  l'autre,  la  Veille  des 
noces,  plus  rêveuse,  plus  attendrie,  d'un  accent  plus  pénétrant,  ont 
causé  aussi  un  vif  plaisir.  L'auteur  les  a  dites  d'une  façon  ravissante, 
sans  les  cahotements  de  mouvements  qu'on  peut  quelquefois  lui  repro- 
cher, ainsi  qu'à  la  plupart  des  grands  solistes.  Privées  même  d'une 
telle  interprétation,  ces  deux  petites  pages  sont  conçues,  ce  nous  sem- 
ble, de  manière  à  plaire  infiniment  aux  violonistes,  et  à  être  partout 
sympathiquement  accueillies. 

Mlle  A.  Zadrobilek,  jeune  pianiste,  élève  de  Liszt  et  de  Dreys- 
chock,  possède  un  très-aimable  talent  ;  elle  s'est  fait  plusieurs  fois 
applaudir  en  jouant  deux  morceaux  des  célèbres  artistes  qui  furent 
ses  maîtres. 

Dans  la  partie  vocale,  la  moisson  de  bravos  a  été  féconde  aussi. 
Mme  Falconi  a  chanté  des  variations  sur  un  thème  original,  dues  à 
la  plume  doublement  connue  de  M.  Gustave  Héquet.  La  mélodie  de 
ce  joli  morceau  est  d'une  suavité  et  d'une  largeur  remarquables;  les 
broderies,  faites  avec  beaucoup  d'art  sur  le  tissu  harmonique,  attes- 
tent que  si  l'auteur  connaît  admirablement  tout  ce  que  la  voix  pos- 


sède de  brillant  et  de  varié,  il  sait  encore  écrire  pour  elle  des  diffi- 
cultés d'un  goût  exquis.  Ces  variations  ont  à  la  fois  charmé  l'audi- 
toire et  fait  briller  l'habileté  de  la  cantatrice. 

—  MM.  de  Cuvillon  et  Georges  Pfeiffer  donnaient  mardi,  dans  les 
salons  Pleyel-Wolff,  leur  première  soirée  musicale.  M.  de  Cuvillon 
joue  aussi  bien  la  musique  de  chambre  que  le  solo,  ce  qui  est  rare. 
Après  avoir  dit  magistralement  sa  partie  dans  diverses  œuvres  de 
Mendelssohn  et  de  Beethoven,  après  avoir,  en  compagnie  de  Casimir 
Ney,  Jacobi  et  Muller,  phrasé  avec  une  pureté  de  son  et  un  senti- 
ment qui  ont  été  très-remarques,  le  quatuor  en  la  de  Mozart,  il  a 
exécuté  un  conte  de  Vieuxtemps  aux  applaudissements  de  toute  la 
salle  ;  il  y  a  fait  apprécier  enlre  autres  un  trille  d'une  égalité  et  d'une 
finesse  exquises.  Le  succès  de  G.  Pfeiffer  a  été  grand  aussi  dans  la 
musique  classique.  Comme  soliste,  il  sait  tirer  du  piano  mieux  que 
des  difficultés  :  de  beaux  sons,  des  accents  simples  et  expressifs,  ve- 
nant de  l'intelligence  plus  encore  que  des  doigts.  Nous  ne  pourrions 
du  reste  rien  ajouter  qui  valût  ce  fait  :  il  a  été  obligé  de  redire  un 
charmant  morceau  de  Mendelssohn.  On  a  voulu  entendre  une  seconde 
fois  cette  jolie  inspiration  et  cette  exécution  claire,  légère  et  distin- 
guée. 

Une  élève  de  Laget,  Mlle  Baretti,  a  chanté  une  romance  de  Guil- 
laume Tell.  La  pureté,  la  douceur  de  son  organe  ont  d'abord  charmé 
le  public.  Enfin,  disait-on  de  toutes  parts,  voilà  une  chanteuse  qui  ne 
force  pas  sa  voix  et  qui  n'en  produit  pas  moins  d'effet.  Elle  prouve 
une  fois  de  plus  que  l'expression,  le  charme  ne  résident,  comme  on 
le  croit  souvent,  ni  dans  l'effort,  ni  dans  le  cri  ;  et  on  lui  prodiguait 
les  bravos.  Malheureusement,  ainsi  encouragée,  la  jeune  cantatrice, 
dans  l'air  de  Norma,  a  voulu  faire  mieux.  Cette  fois  encore  le  mieux 
a  été  l'ennemi  du  bien.  Mlle  Baretti  s'est  jetée  dans  des  fioritures 
ambitieuses,  dont  il  est  permis  de  contester  le  bon  goût;  elle  a 
perdu  tout  d'un  coup  le  naturel,  la  grâce  qui  venaient  de  causer  une 
véritable  sensation  de  surprise  et  de  plaisir. 

—  11  est  des  familles  heureuses  et  privilégiées  ;  mais  il  en  est  peu 
qui  offrent  un  quatuor  féminin  aussi  charmant  que  celui  que  nous 
avons  vu  et  entendu  samedi  à  la  salle  Beethoven.  Par  leur  jeunesse 
et  leur  mérite  artistique,  Mlles  Van  der  Beek  ont  tour  à  tour  charmé 
l'assemblée  très-distinguée  qu'elles  avaient  réunie.  A  elles  seules,  car 
le  violoncelle  de  Norblin  et  le  violon  de  Briard  se  sont  fait  entendre 
un  moment  pour  ne  plus  reparaître,  elles  ont  suffi  à  rendre  leur  soirée 
une  des  plus  intéressantes  auxquelles  nous  ayons  assisté.  Mlle  Céles- 
tine  joue  du  piano  ;  Mlle  Stéphanie,  de  la  harpe.  Il  faut  à  cet  instru- 
ment un  auxiliaire  qui  lui  donne  du  corps  et  de  la  puissance  ;  alors  il 
devient  délicieux.  Samedi,  dans  un  duo  de  Herz  et  de  Labarre,  l'éclat, 
les  sons  plus  soutenus  et  plus  mâles  du  piano  se  mêlant  aux  notes 
fines,  aériennes,  vaporeuses  de  la  harpe,  formaient  un  ensemble  que 
de  chaleureux  applaudissements  ont  accueilli. 

Nous  ne  savons  pourquoi  cette  forme,  si  riche  autrefois,  est  de  nos 
jours  à  peu  près  abandonnée.  Disons  vite  que  Mlle  Virginie  a  fait  en- 
tendre, dans  le  magnifique  duo  du  Prophète,  une  voix  de  contralto, 
non  sans  valeur  assurément,  mais  qui  a  besoin  encore  d'être  assou- 
plie et  affermie  pour  donner  tout  cequ'elle  possède  de  force,  de  puis- 
sance, et  arrivons  à  Mlle  Sidonie.  Elle  a  eu  les  honneurs  de  la  partie 
vocale  ;  elle  a  fait  naître  une  émotion  que  de  plus  habiles  ne  donnent 
pas  toujours.  Est-ce  donc  déjà  une  grande  cantatrice  ?  Mon  Dieu  non, 
pas  encore  ;  mais  elle  a  tout  ce  qu'il  faut  pour  le  devenir  bientôt  : 
une  voix  de  mezz-o-soprano,  dont  le  timbre  doux,  virginal  et  sympa- 
thique va  droit  au  cœur  ;  un  accent  juste  et  souvent  vrai  ;  un  charme, 
en  un  mot,  un  je  ne  sais  quoi  qui  se  sent  et  ne  s'analyse  pas.  En  lui 
entendant  chanter  un  air  de  Robert  et  une  romance  des  Vêpres  avec 
tant  d'expression,  de  simplicité,  on  se  disait,  malgré  soi,  que  si  l'art 
est  une  belle  et  admirable  chose,  il  ne  supplée  pas  à  tout  ;  qu'il  n'est 
pas  un  métier  dont  on  apprend  tous  les  secrets,  et  que,  pour  s'y  distin- 


DE  PARIS. 


53 


guer,  il  faut  encore  que  la  nature  veuille  bien  vous  en  révéler  quelques- 
uns  qu'elle  a  gardés  pour  elle. 

— Au  concert  donné  la  semaine  dernière  par  M.  G.  de  Momigny,  des 
mélodies  vocales  de  sa  composition  ont  été  dites  avec  talent  par  Guyot 
et  Legros.  Ce  sont  des  chants  faciles  et  aimables  ;  ils  n'ont  rien  de 
bien  saillant,  de  bien  original ,  mais  quelques-uns  ont  un  certain  mé- 
rite de  facture  qui  n'est  point  à  dédaigner  et  ne  manquent  ni  de  verve, 
ni  de  couleur.  Dans  la  parlie  instrumentale  on  a  applaudi,  et  il  le  mé- 
ritait, un  solo  de  harpe  composé  et  exécuté  par  Gillette.  Le  piano,  qui 
a  détrôné  cet  instrument,  ne  cesse  néanmoins  de  le  poursuivre,  comme 
s'il  craignait  une  restauration,  et  n'a  pas  voulu  lui  laisser  tout  le 
succès  ;  il  a  lutté ,  et ,  grâce  à  l'exécution  claire ,  énergique  et  gra- 
cieuse de  Mlle  Clémence  Laval,  nous  ne  voudrions  pas  jurer  que  cette 
fois  encore  il  n'ait  été  vainqueur. 

La  mélodie  trouvée  par  Gounod  sur  le  prélude  de  Bach  a  un  carac- 
tère éminemment  religieux  ;  on  avait  eu  l'heureuse  idée  d'y  adapter 
la  prière  de  Y  Ave  Maria:  elle  a  été  bissée  par  acclamation  ;  Mlle  Marie 
Box  l'a  chantée  avec  un  bon  sentiment  musical. 

Adolphe  BOTTE. 


CORRESPONDANCE. 


Saint-Pétersbourg,  23  janvier. 

Samedi  dernier  a  eu  lieu  une  magnifique  représentation  du  Prophète. 
Tamberlick  avait  choisi  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  pour  son  béné- 
fice, et  huit  jours  d'avance  il  n'y  avait  plus  une  place  à  louer  dans  la  salle. 
Mme  Kantier-Didiée  devait  chanter  pour  la  première  fois  le  rôle  de  Fidès, 
et  quoique  se  trouvant  dans  une  situation  qu'on  est  convenu  d'appeler 
intéressante,  elle  n'a  point  hésité  à  aborder  cette  tâche  difficile,  remplie 
avant  elle  par  Mme  Viardot  et  par  Mme  Tedesco.  La  tentative  lui  a  plei- 
nement réussi.  Elle  a  fort  bien  dit  l'air  du  deuxième  acte  ;  Mon  fils  sois 
béni  ;  elle  s'est  montrée  très-dramatique  dans  tout  le  quatrième  acte, 
et  au  cinquième  les  vocalises  de  son  grand  air  :  Comme  un  éclair,  attaqué 
avec  beaucoup  de  hardiesse  et  d'habileté,  et  le  duo  avec  Jean  de  Leyde 
ont  complété  son  succès  ;  applaudie  avec  enthousiasme  elle  a  été  rap- 
pelée je  ne  saurais  vous  dire  combien  de  fois.  Tamberlick  n'en  était  pas 
à  son  début  dans  le  rôle  de  Jean  de  Leyde;  il  y  avait  laissé  des  souvenirs 
qui  se  sont  ravivés  immédiatement  après  l'air  du  Songe  dit  avec  un 
charme  inexprimable  ;  mais  le  cantique  sublime  :  Roi  au  ciel  et  des  anges, 
chanté  avec  la  puissance  que  possède  cet  artiste,,  lui  a  valu  une  véritable 
ovation  qui  s'est  traduite  en  bravos  frénétiques,  accompagnés  de 
bouquets  et  de  couronnes.  —  Tamberlick  a  été  aussi  très-beau  dans  la 
scène  de  la  fascination  et  dans  le  duo  du  cinquième  acte  avec  Fidès  ; 
enfin  le  brindisi  a  brillamment  terminé  cette  représentation  qui  ne  s'ou- 
bliera pas  de  longtemps,  et  qui  a  produit  le  maximum  de  la  recette 
(15,000  fr.).  Une  partie  de  la  famille  impériale  y  assistait. 

Mlle  Brambilla,  qui  chantait  le  rôle  de  Berthe,  ne  possède  pas  des 
moyens  suffisants  ;  Marini  et  Bettini  se  sont  bien  acquittés  des  person- 
nages des  anabaptistes;  Everardi  (Oberthal)  a  contribué  au  succès  ;  la  mise 
en  scène  et  les  décors  sont  splendides.  —  Les  répétitions  à  l'orchestre 
du  Pardon  de  Ploermel  ont  commencé  ;  s'il  ne  survient  pas  d'incident, 
l'ouvrage  passera  samedi  prochain,  30  janvier.  Les  chaoteurs  savent 
parfaitement  leur  rOle.  —  Mardi  26  aura  lieu  sans  remise,  au  bénéfice 
de  Mme  Rosati,  la  représentation  de  Pâquerette,  ballet  de  Saint-Léon.  On 
dit  merveille  des  décors  et  de  la  chorégraphie.  —  Il  y  a  eu  dimanche 
huit  jours,  une  des  plus  aimées  de  nos  danseuses  russes,  la  Mouravieva, 
a  fait  une  chute  grave  ;  on  craint  que  les  suites  ne  la  forcent  à  abandon- 
ner le  théâtre.  —  On  annonce  l'arrivée  de  Mlle  Bogdanofi"  que  vous  avez 
vue  à  l'Opéra  et  qui,  si  l'on  en  croit  les  on  dit,  rentrerait  au  grand  théâtre 
Impérial.  —  Aujourd'hui,  par  ordre,  a  lieu  le  bénéfice  de  Mme  Louise 
Mayer  annoncé  pour  demain.  Cette  artiste,  dont  les  débuts  eurent  lieu 
au  Vaudeville,  rue  de  Chartres,  et  qui  avait  épousé  ici  l'acteur  Alexan- 
dre Michel,  actuellement  aux  Variétés,  se  retire  après  vingt  ans  de  ser- 
vices. Inutile  de  dire  que  la  salle  sera  comble;  une  souscription  a  eu  lieu 
pour  offrir  à  Mme  Louise  Mayer,  qui  a  toujours  été  fort  aimée  du  public, 
une  magnifique  parure  en  brillants,  à  laquelle  se  joindront  certainement 
plusieurs  cadeaux  de  la  cour. 

Une  partie  des  réengagements  de  la  troupe  italienne  est  faite,  du 
moins  pour  les  hommes.  Tamberlick,  Debassini,  Calzolari,  Marini,  Bettini 
nous  restent  ;  Mongini  et  Giraldoni  nous  quitteront  vraisemblablement. 
Mme  Nantier-Didiée  est  réengagée  pour  deux  ans.  Mme  Lagrua  a  demandé 
une  forte  augmentation  de  traitement  qui  lui  sera  vraisemblablement 
accordée  ;  son  bénéfice,  pour  lequel  elle  a  choisi   Norma,  l'un  de  ses 


triomphes,  terminera  la  saison.  Rien  n'est  encore  décidé  pour  Mme  Char- 
ton,  et  certainement  la  direction  aurait  tort  de  ne  pas  la  réengager, 
car  elle  ne  la  remplacerait  pas,  quoiqu'elle  ait  engagé  en  Italie,  pour 
la  saison  prochaine,  la  Fioretti. 

On  parle  beaucoup  de  l'engagement  de  Mlle  Balfe.  qui  a  chanté  de 
nouveau  la  Traviata,  aux  applaudissements  frénétiques  d'une  portion  de 
la  haute  aristocratie  qui  l'a  prise  sous  sa  protection. 

Dimanche  dernier  a  eu  lieu  un  grand  concert  dans  les  salles  de  l'Uni- 
versité ;  tous  les  artistes  italiens  y  chantaient  :  il  en  sera  de  même 
demain,  Ces  concerts  sont  organisés  par  la  Société  philharmonique  au 
bénéfice  des  veuves  et  des  orphelins. 

Lundi,  au  grand  Théâtre,  les  sœurs  Ferni  donnent  leur  première 
matinée  musicale. —  Incessamment,  "Vieuxtemps  est  attendu,  et  il  donnera 
ses  concerts  au  Carême. 

X. 


IOUVELLES. 

t%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  première  représentation  de 
Pierre  de  Médicis  est  annoncée  comme  devant  avoir  lieu  très-prochaine- 
ment. En  attendant,  Herculanum,  donné  vendredi,  a  fourni  l'occasion  à 
Mines  Gueymard  et  Vestvali  de  déployer  les  lirillantes  qualités  qui  les 
distinguent.  Gueymard  et  Obin  remplissent  toujours  fort  bien  les  rôles 
d'Hélios  et  de  Nicanor. 

„%  Une  indisposition  de  Montaubry  a  retardé  la  seconde  représentation 
du  nouvel  opéra-comique  le  Roman  d'Elvire,  qui  n'a  pu  être  rejoué  que 
jeudi  ;  mais  il  parait  que  par  excès  de  zèle  le  jeune  artiste  s'était  trop 
hâté  et  qu'un  repos  de  quelques  jours  lui  est  encore  nécessaire.  Le 
Roman  d'Elvire  attendra  donc  jusqu'à  la  semaine  prochaine  pour  re- 
prendre le  cours  de  son  succès. 

„.*,.  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout 
genre  se  sont  élevées,  pendant  le  mois  de  janvier,  à  la  somme  de 
1,880,968  fr.  hk  c,  savoir  :  théâtres  impériaux,  489, SOS  fr.  01  c;  théâ- 
tres secondaires,  1,154,790  fr.  43  c;  cafés-concerts,  bals,  spectacles, 
211,513  fr.;  curiosités  diverses,  24,857  fr.  C'est  une  augmentation  de 
173,623  fr.  54  c.  sur  janvier  1859. 

#*„,  En  Allemagne,  ainsi  qu'en  France,  le  Pardon  de  Ploermel  marche 
rapidement  de  ville  en  ville,  de  théâtre  en  théâtre.  Déjà  représenté  à 
Stuttgard,  Dresde,  Cobourg,  Manheim,  Gotha  et  Hambourg,  le  nouveau 
chef-d'œuvre  va  être  incessamment  donné  à  Francfort,  Kœnigsberg, 
Prague,  Leipzig  et  Munich. 

t%  La  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  continue  une  tâ- 
che qu'elle  avait  glorieusement  commencée  dans  les  précédentes  années, 
en  nous  faisant  entendre  plusieurs  fois  la  magnifique  ouverture  compo 
sée  par  Meyerbeer,  pour  le  drame  de  struensée.  Aujourd'hui  elle  ajoute 
à  cette  ouverture  deux  des  entr'actes  écrits  par  le  grand  maître  pour  le 
même  drame,  et  nos  lecteurs  doivent  se  rappeler  ce  que  M.  Fétis  a  dit 
de  ces  morceaux,  exécutés  à  Bruxelles  avec  un  immense  effet,  et  que 
notre  savant  collaborateur  range  parmi  les  chefs-d'œuvre  de  l'auteur  de 
Robert  et  du  Prophète.  Voici,  du  reste,  le  programme  complet  de  ce 
concert,  qui  sera,  sans  aucun  doute,  l'un  des  plus  remarquables  de  la 
saison.  Ouverture  de  la  Flûte  enchantée,  de  Mozart  ;  concerto  de  piano, 
de  Mendelssohn,  exécuté  par  M.  Brassin  ;  fragments  de  la  musique  du 
drame  Struensée,  de  Meyerbeer,  1°  ouverture;  2°  1er  entr'acte  (la  ré- 
volte des  gardes;.  —  Appel  par  les  tambours.  —  Chœur  de  soldats  qui  par- 
courent la  ville,  chantant  l'air  populaire  danois.  —  Le  chœur  s'éloigne. — 
Marche  militaire  sur  le  chant  du  chœur.  —  Retour  du  chœur. —  Il  s'éloigne 
de  nouveau. —  Expression  de  sentiments  douloureux.— On  entend  le  chœur 
par  fragments  dans  le  lointain.  —  Le  bruit  cesse  par  degrés  ;  3°  2e  en- 
tr'acte (le  bal  et  l'arrestation).  Polonaise  à  grand  orchestre.  —Agitation 
de  la  cour.  —  Expression  de  la  douleur  de  la  reine  lorsque  Struensée 
est  arrêté. — Reprise  de  la  polonaise  ; — Duo  du  Barbier,  de  Rossiui,  chanté 
par  MM.  Crosti  et  Capoul  ;  Symphonie  eu  sol  majeur,  d'Haydn  ;  marche 
et  chœur  des  Mages,  de  Lesueur.  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  J.  Pas- 
deloup,  les  chœurs  par  M.  E.  Batiste. 

***  La  publication  des  deux  œuvres  composées  expressément  par 
Meyerbeer  pour  célébrer  le  1 00e  anniversaire  de  la  naissance  du  grand 
poète  de  l'Allemagne  était  impatiemment  attendue.  Des  demandes  arri- 
vant de  toutes  parts  attestaient  le  désir  qu'on  éprouvait  de  posséder 
enfin  ces  belles  pages  si  dignes  du  nom  de  leur  auteur.  Aujourd'hui 
nous  sommes  heureux  de  pouvoir  y  satisfaire  en  annonçant  que  la 
Schiller-marche  va  paraître  chez  les  éditeurs  G.  Brandus  et  S.  Dufour.  La 
Cantate  suivra  de  près  la  marche  et  sera  mise  en  vente  incessamment. 

n%  Mme  Pleyel  est  à  Paris  en  ce  moment.  Sans  connaître  encore  les 
intentions  de  la  célèbre  artiste,  nous  ne  pouvons  nous  refuser  à  l'espoir 
qu'elle  ne  nous  quittera  pas  sans  se  faire  entendre.  !1  y  a  bien  longtemps 
que  nous  sommes  privés  de  ce  plaisir  qui  est  aussi  uu  avantage  pré- 
cieux pour  les  artistes  et  les  amateurs. 

„,%  Tous  tes  artistes  et  amateurs  de  musique  de  chambre  apprendront 


54 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


avec  plaisir  la  publication  d'un  nouveau  quintette  de  M.  Fétis  père. 
Cet  ouvrage,  dont  nous  rendrons  compte  prochainement,  est  un  quintette 
pour  deux  violons,  deux  altos  et  violoncelle. 

„,*„  Observation  de  quelques  musiciens  el  de  quelques  amateurs  sur  la  mé- 
thode de  musique  de\M.  le  docteur  Emile  Chevé.  Tel  est  le  titre  d'un  petit 
ouvrage  publié  depuis  deux  jours  et  dont  nous  nous  occuperons  bientôt. 
Voici  de  quels  musiciens  et  amateurs  il  porte  les  signatures  :  Auber  (de 
l'Institut),  Carafa  (id.),  Clapisson  (id.),  Ermél,  Victor  Foucher,  président: 
Charles  Gounod,  F.  Ilalévy  (de  l'Institut);  Jomard  (id.),  général  Mellinet, 
Edouard  Monnais,  Niedermeyer,  Edouard  Rodrigues,  vice-président,  Am- 
broise  Thomas  (de  l'Institut),  Varcollier,  membres  de  la  commission  de 
surveillance  de  renseignement  duchant\dans  les  écoles  communales  de  Paris. — 
H.  Berlioz  (de l'Institut),  Dietsch  (chef  d'orchestre  de  l'Opéra),  Georges 
Kastner  (de  l'Institut),  J.  d'Ortigue  (directeur-rédacteur  en  chef  de  la 
Maîtrise),  —  Pasdeloup,  F.  Bazin  (directeurs  de  l'Orphéon  de  Paris) 

t*t  ("est  toujours  un  événement  '"musical  qu'un  concert  donné  par 
Emile  Prudent,  qui,  comme  on  sait,  ne  se  prodigue  pas  devant  la  foule  ; 
mais  la  foule  ne  lui  en  veut  pas  pour  cela,  et  nous  sommes  sûrs  de  la 
voir  accourir  dès  que  le  célèbre  artiste  voudra  bien  lui  donner  rendez- 
vous  ;  il  ne  tient  donc  qu'à  lui  d'en  fixer  lu  jour  et  le  lieu. 

»%  M.  A.  Elwart  va  publier  une  histoire  de  la  société  des  concerts.  Cet 
ouvrage  contiendra  une  statistique  complète  du  personnel  de  cette  So- 
ciété, de  ses  travaux,  des  programmes  et  des  recettes  de  chaque  séance, 
depuis  sa  fondation  jusqu'en  1860.  Il  sera  orné  des  biographies  et  por- 
traits d'Habeneck  aîné  et  de  Beethoven. 

»%  On  lit  dans  un  journal  belge:  «  Henri  Litolff,  qui  vient  de  repa- 
raître devant  le  public  de  Bruxelles,  au  concert  de  la  Société  philhar- 
monique, est  un  des  artistes  qui  avaient  laissé  ici  les  plus  profonds,  les 
plus  vivaces  souvenirs.  Vivait-il  encore?  On  l'ignorait  depuis  un  an. 
Mais  on  se  rappelait  ce  génie  fiévreux,  cette  figure  étrange,  cette  per- 
sonnalité saisissante  [où  le  réel  se  mêle  au  Jfantastique —  A  ce  con- 
cert donné  par  la  Société  philharmonique  Litolff  a  fait  entendre  plu- 
sieurs compositions  nouvelles  pour  nous.  Entre  autres  une  ouverture 
intitulée,    le    Chant  des  Guelfes. . .  Il   a  joué  aussi   la  Chanson  du   rouet 

qui    a    tout    le  piquant  du  chant  de  la  Pileuse Les  Octaves,  autre 

composition  récente,  sont  d'une  plus  haute  portée  et  d'un  accent  plus 
fier.  Rien  d'original  et  de  décidé  comme  le  rhythme  do  cette  étude  ;  l'al- 
lure est  entraînante,  impérieuse,  la  couleur  chaude,  la  nouveauté  sai- 
sissante. Ce  n'est  pas  tout.  Sur  ce  tourbillon  qui  semble  se  dérober  sans 
cesse,  Litolff  a  su  mettre  un  orchestre  qui  dit  sa  petite  chanson  pendant 
que  ces  fougueuses  Octaves  courent,  se  déchaînent  et  reviennent.  Com- 
ment tout  cela  s'accorde,  je  l'ignore.  Mais  les  Octaves  du  piano  de  Litolff 
ont  l'air  d'être  à  l'aise  dans  ce  réseau  d'instruments  qui  les  enveloppe; 
elles  n'y  perdent  ni  une  vivacité  ni  une  hardiesse.  On  annonce  que  Li- 
tolff donnera  prochainement  un  concert  :  je  redemande  les  Octaves.  >• 
Le  célèbre  compositeur-pianiste  doit  également  jouer  le  16  de  ce  mois 
à  Gand.  et  le  29  à  Liège. 

»%  Samedi,  à  février,  Ernest  Nathan,  le  célèbre  violoncelliste,  donnait 
chez  lui  une  brillante  soirée  dont  Mmes  de  la  Pommeraye,  Anna  Bertini, 
MM.  Graziani,  Marochetti  et  deux  amateurs  excellents  faisaient  les  hon- 
neurs de  la  partie  vocale:  Mme  Pithou-Chéret,  MM.  Pancla,  Charles 
Poisot,  Alfred  Lebeau  et  Ernest  Nathan  s'étaient  chargés  de  la  partie 
instrumentale. 

„**  La  commune  de  Vergnies,  du  canton  de  Beaumont,  dans  le  Hai- 
naut,  où  naquit  le  célèbre  Gossec  (dont  le  vrai  nom  était  Gossé),  vient 
de  décider  qu'il  sera  placé  à  l'extérieur  de  la  maison  communale  une 
tablette  en  marbre  portant  l'inscription  suivante  en  lettres  d'or  :  «  A  la 
mémoire  de  François-Joseph  Gossec,  célèbre  musicien,  créateur  de  la 
symphonie  en  France,  né  à,  Vergnies,  le  17  janvier  1733,  mort  à  Passy, 
le  16  février  1829.  » 

„,*„,  H.  Wieniawski  est  en  ce  moment  à  Paris  et  va  se  rendre  pro- 
chainement en  Russie  où  l'appelle  un  brillant  Rengagement. 

„*»  La  société  de  quatuors  de  MM.  Armingaud,  Lapret,  Lalo  et  Jac- 
quard, donnera  sa  troisième  soirée  de  musique  de  chambre,  mercredi 
1 S  février  186'1:  en  voici  le  programme  :  Trio  de  Weber  pour  piano, 
violon  et  violoncelle  ;  quatuor  de  Schumann  (première  audition),  pour 
instruments  à  cordes;  variations  de  Mendelssohn  pour  piano  et  violon- 
colle;  10"  quatuor  de  Beethoven  pour  instruments  à  cordes. 

»*„  La  quatrième  séance  de  la  Société  Maurin,  Chevillard,  Viguier  et 
Sabattier  aura  lieu  jeudi,  16  février,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff. 

„,**  A.  .laell  annonce  son  concert  pour  le  vendredi  2  mars,  dans  la  salle 
Herz.  Nous  en  donnerons  prochainement  le  programme. 

t\  La  commission  des  congrès  de  l'Ouest|vient  de  choisir  M.  G.  Chaine, 
l'habile  violoniste-compositeur, 'pour  la  direction  du  grand  festival  qui 
doit  avoir  lieu  cette  année  à  Poitiers.  Elle  a  décidé,  en  outre,  que  la 
première  journée  serait  consacrée  à  l'exécution  d'une  messe  solennelle  à 
quatre  voix,  solos,  chœurs  et  grand  orchestre,  de  la  composition  de 
M.  G.  Chaine.  Nous  ferons  connaître  prochainement  le  titre  des  morceaux 
et  le  nom  des  artistes  qui  doivent  concourir  à  l'éclat  de  cette  fête  musi- 
cale qui  a  toujours  un  grand  retentissement. 

***  Angelo  et  Teresa  Ferni,  de  retour  à  Paris  depuis  quelques  jours, 


ont  été  appelés  à  se  faire  entendre,  lundi  dernier,  chez  S.  A.  1.  la  prin- 
cesse Matbilde.  S.  A.  a  vivement  applaudi  chacune  des  quatre  composi- 
tions interprétées  par  le  frère  et  la  sœur. 

4%  Eugène  Ketterer  a  publié  cette  semaine  une  très-remarquable 
fantaisie  pour  le  piano  sur  les  motifs  de  Diane  de  Solange.  Le  charme  des 
mélodies  choisies  par  l'habile  pianiste-compositeur  et  le  bon  goût  qui  a 
présidé  à  l'arrangement  assurent  dès  aujourd'hui  à  la  nouvelle  produc- 
tion d'Eugène  Ketterer  un  véritable  succès  de  vogue. 

a**  Le  bal  au  profit  de  l'Association  des  artistes  dramatiques  aura  lieu 
le  10  mars,  à  l'Opéra-Comique,  sous  le  patronage  de  LL.  MM.  l'Empe- 
reur et  l'Impératrice.  Strauss  conduira  l'orchestre. 

***  Mlle  Delphine  Champon,  la  jeune  pianiste-organiste  dont  nous 
avons  mentionné  le  gracieux  talent,  va  se  faire  entendre  dans  les  princi- 
pales villes  du  Nord,  où  l'apDellent  plusieurs  engagements. —  Mlle  Cham- 
pon se  rend  d'abord  à  Valenciennes  pour  participer  au  concert  qui  sera 
donné  le  1 3  courant  par  la  Société  philharmonique  de  cette  ville. 

»*„  Nous  rappelons  à  nos  lecteurs  que  la  première  soirée  de  musique 
classique  de  M.  Ch.  Lebouc  aura  lieu  mercredi  prochain,  dans  le  nouveau 
salon  d'Erard.  En  voici  le  programme  :  1  °  septuor  en  ré  mineur,  de  HummeL 
exécuté  par  Mme  Mattmann,  MM.  Dorus,  Triébert,  Rou^selot,  Casimir  Ney, 
Lebouc  et  Gouffé  ;  2°  duo  d7  Flauto  magico,  de  Mozart  ;  Duettino  de  la 
Molinara,  de  Paeisïello,  chantés  par  Mme  Bertrand  et  M.  Paulin  :  3°  trio 
pour  violon,  alto  et  violoncelle,  de  Mozart,  exécuté  par  MM.  Herman, 
Casimir  Ney  et  Lebouc  ;  4°  air  de  la  Création.  d'Haydn,  chanté  par 
Mme  Bertrand;  5°  Variations  pour  piano  et  violoncelle,  de  Mendelssohn, 
exécutées  par  Mme  Mattmann  et  M.  Lebouc  ;  6°  La  Religieuse,  de  Schu- 
bert, chantée  par  M.  Paulin  ;  7°  prélude,  menuets  et  gavotte,  pour  violon, 
de  S.  Dach,  exécutés  par  M.  Herman  ;  8°  air  à'Anacrénn,  de  Chérubini  ; 
chanson, deGuédron. chantés  par  Mme  Bertrand;  9°  andante  et  polonaise 
pour  piano,  violon  et  violoncelle,  d'Haydn,  exécutés  par  Mme  Mattmann, 
MM.  Herman  et  Lebouc. 

#%  S.  Mangeant,  chef  d'orchestre  au  théâtre  du  Palais-Royal,  a  com- 
posé pour  la  Ténélope  à  la  mode  de  Caen  une  ronde  ayant  pour  titre 
la  Plaine  des  vertus,  et  qui  promet  d'être  avant  peu  aussi  populaire  que 
le  Punch  Grassot.  La  partition  du  Nouveau  Pourceaugnac,  de  M.  A.  Hignard, 
va  paraître  prochainement.  Un  quadrille  sur  les  motifs  de  citte  opérette 
est  en  vente. 

***  Le  concert  de  M.  Jacobi,  le  jeune  et  hsbile  virtuose,  aura  lieu  le 
samedi  3  mars,  avec  le  concours  d'artistes  distingués. 

**„  Mlle  Singer,  élève  de  H.  Ravina,  a  exécuté  dans  une  soirée 
intime  le  Mouvement  perpétuel^  la  Sicilienne  et  ['Elégie.  Les  bravos  les 
plus  frénétiques  ont  prouvé  une  fois  de  plus  à  l'aimable  interprète  de 
son  maître  le  bon  goût  déployé  dans  ces  diverses  compisitions. 

„**  L'éditeur  J.  Heinz  vient  de  faire  paraître  la  Consolation,  nocturne 
de  M.  Bergson,  morceau  d'un  très  beau  style  ;  deux  compositions  nou- 
velles de  Maurice  Lee  :  la  Nostalgie,  fantaisie  facile  sur  les  thèmes  alle- 
mands, et  Polonia,  mazurke  de  salon.  Nous  signalons  ces  trois  morceaux 
de  piano,  ainsi  que  la  dernière  composition  d'A.  Croisez  sur  la  Folle,  de 
Grisar. 

»%  Le  concert  de  Luca  Fumagalli  est  fixé  au  16  février,  et  aura  lieu 
dans  la  salle  d'Erard. 

*%,  Au  moment  où  l'idée  orphéonique  prend  en  France  un  si  grand 
développement,  nous  signalerons  volontiers  une  nouvelle  collection  de 
musique  chorale  que  M.  A.  Vialon  vient  de  créer  sous  le  titre  de  l'Or- 
phéon français,  comme  complément  de  sa  Bibliothèque  de  la  musique 
pour  tous  et  de  ses  cours  populaires  de  chant.  Cette  importante  publi- 
cation, fondée  avec  le  concours  de  M.  Laurent  de  Rillé,  le  compositeur 
le  plus  aimé  de  nos  sociétés  chorales,  est  écrite  dans  tous  les  styles  et 
pour  toutes  les  voix.  VOrphéon  français  se  divise  en  quatre,  séries  : 
1°  l'Orphéon  religieux,  messes,  motets  et  prières  faciles,  à  une  ou  plu- 
sieurs voix,  avec  ou  sans  accompagnement  ;  2°  l'Orphéon  de  l'avenir, 
chœurs  de  concours  a  trois  ou  quatre  voix  d'enfant;  3°  l'Orphéon  natio- 
nal, chœurs  a  quatre  voix  d'homme  ;  4°  l'Orphéon  universel,  chœurs  de 
femme  et  d'homme,  pour  les  grands  festivals.  Le  tout  publié  en  par- 
tition avec  des  parties  séparées  d'un  extrême  bon  marché. 

„*t  Les  bals  masqués  de  l'Opéra  ont  joui  cette  année  de  la  vogue  la 
plus  méritée.  Jeudi  prochain  et  samedi  18  février,  dernier  samedi  du 
carnaval  1860,  9°  et  10°  bals  masqués.  Strauss  conduira  l'orchestre  et 
fera  exécuter  son  brillant  répertoire,  dans  lequel  se  font  remarquer  les 
quadrilles  et  la  valse  du  Pardon  de  Ploermel,  les  quadrilles  sur  Maria,  de 
Flotow,etlavalse  sur  les  motifs  de  l'opérette  de  Caspers,  Dans  la  rue. 

„,*»  M.  Gosselin,  l'habile  professeur  de  danse,  qui  fut  longtemps  atta- 
ché au  théâtre  de  Sa  Majesté  à  Londres,  et  qui  avait  passé  depuis  au 
théâtre  impérial  de  l'Opéra,  est  mort  à  Paris  la  semaine  dernière. 

„*„  M.  Antony  Béraud  ,  auteur  dramatique  et  ancien  directeur  du 
théâtre  de  l'Ambigu-Comique,  est  mort,  dimanche  dernier,  à  l'âge  de 
soixante-neuf  ans. 

*%  Nous  avons  la  douleur  d'apprendre  à  l'instant  que  M.  le  comte 
Pillet-W'ill,  dont  la  santé  s'était  affaiblie  depuis  peu  de  temps,  vient  de 
succomber.  La  perte  de  cet  homme  honorable  autant  que  distingué  sera 
généralement  sentie. 


DE  PARIS. 


55 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

„*„  Metz,  —  Martha  vient  d'être  représentée,  avec  un  grand  succès  au 
bénéfice  de  M.  Warnotz.  Cette  solennité  musicale  avait  attiré  tout  le 
public  dilettante.  M.  Warnotz,  accueilli  dès  son  entrée  en  scène  par  les 
plus  chaleureuses  marques  de  sympathie,  a  parfaitement  chanté  le  rûle 
de  Lyonel.  —  Le  surlendemain,  le  Prophète  a  été  interprété  de  la  façon 
la  plus  brillante.  —  Les  recettes  du  Pardon  de  Ploërmel  continuent  de  se 
tenir  au  maximum.  . 

t%  Lille.  —  Le  succès  du  Pardon  de  Ploërmel  dépasse  toutes  les  espé- 
rances qu'on  avait  pu  fonder  sur  la  splendide  partition  de  G.  Meyerbeer. 
Le  nouveau  chef-d'œuvre  tiendra  l'affiche  jusqu'à  la  fin  de  la  saison. 
Mme  Reynaud  (Dinorah)  a  trouvé  enfin  un  rôle  tout  à  fait  à  sa  taille, 
elle  l'a  abordé  avec  l'audace  qui  convient  au  talent  vrai,  et  le  succès  a 
été  aussi  complet  que  possible.  Les  autres  rôles  sont  toujours  bien  te- 
nus ;  mais  les  plus  grands  éloges  sont  dus  au  chef  d'orchestre,  M.  Bé- 
nard,  qui  s'est  montré  digne  en  tout  point  de  la  partition  dont  il  avait  à 
diriger  les  représentations. 

„*„,  Strasbourg,  26  janvier.—  Hier  a  eu  lieu,  dans  la  grande  salle  de 
spectacle,  le  concert  annuel  au  profit  du  Conservatoire  municipal  de  la 
ville,  et  l'on  peut  dire  que  depuis  longtemps  solennité  musicale  plus  bril- 
lante n'avait  été  organisée.!!.  Hasselmans,  chef  d'orchestre  du  théâtre  et 
directeur  du  Conservatoire,  a  droit  aux  félicitations  unanimes  pour  la 
manière  dont  il  a  fait  exécuter  le  Soncje  d'une  nuit  d'été,  de  Mendelssohn, 
par  la  vaillante  phalange  de  ses  artistes  renforcée  de  quelques  bons  ama- 
teurs. La  flûte  de  M.  Rucquoy,  le  cor  de  M.  Stenebruggen,  ainsi  que  les 
voix  de  Mines  Poussèze,  LSléau,  et  le  chœur  des  dames  et  des  jeunes  solfé- 
gistes  dirigé  par  M.  Boymond,  se  sont  également  distingués  dans  l'inter- 
prétation du  chef-d'œuvre.  La  seconde  partie  du  concert  se  composait 
de  divers  morceaux,  parmi  lesquels  les  Adieux  à  Corinne,  composition  de 
M.  F.  Schwab,  fort  bien  rendue  par  Mlle  Poussèze,  ont  reçu  le  meilleur 
accueil.  L'Invitation  à  la  valse,  de  Weber,  instrumentée  par  Berlioz, 
terminait  cette  belle  séance. 

„.*.,,  Rennes.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  en  est  à  sa  septième  représenta- 
tion ;  c'est  une  des  belles  pièces  de  la  saison  comme  triomphe  pour 
le  maestro  et  les  artistes,  et,  comme  recettes,  pour  le  directeur.  Ma- 
dame Laurence  a  très-heureusement  abordé  les  difficultés  du  rôle  de 
Dinorah  ;  aussi  son  succès  est-il  aussi  brillant  que  possible.  Les  autres 
rôles,  les  chœurs  et  l'orchestre  ne  laissent  rien  à  désirer. 

*%,  Bordeaux.  —  S.  A.  P..  le  prince  d'Orange  a  honoré  de  sa  présence 
la  dernière  représentation  de  Martha,  et  a  donné  à  différentes  reprises 
le  signal  des  applaudissements.  Mme  de  Joly  chante  toujours  à  ravir 
la  délicieuse  musique  de  M.  de  Flotow  ;  la  romance  de  la.  Rose  est  chaque 
soir  pour  la  gracieuse  cantatrice  l'occasion  de  plusieurs  salves  de  bravos 
unanimes.  —  Tout  ce  que  la  ville  compte  de  musiciens  d'élite  et  d'a- 
mateurs distingués  se  pressaient  en  foule,  mercredi  Ie'  février,  pour 
entendre  et  applaudir  Henri  Wieniawski.  Le  succès  du  célèbre  violoniste 
a  été  si  éclatant  qu'il  a  dû  se  faire  entendre  une  seconde  fois  avant  de 
quitter  Bordeaux. 

***  Toulouse.—  Les  répétitions  de  l'Etoile  du  Nord,  arrangée  en  grand 
opéra  avec  les  récitatifs,  se  poursuivent  avec  la  plus  grande  activité. 
La  pièce  est  distribuée  d'une  façon  tout  à  fait  inusitée  jusqu'à  ce  jour. 
Nous  donnons  cette  nouvelle  distribution  qui  peut  être  d'une  grande 
utilité  pour  les  directeurs  de  théâtre.  —  Peters,  première  basse  de 
grand  opéra;  Daninowitz,  premier  ténor  demi-caractère;  Georges 
deuxième  ténor;  Gritzenko,  première  basse  d'opéra-comique;  Catherine, 
première  chanteuse  légère;  Prascovia,  premier  soprano;  Nathalie,  pre- 
mière dugazon  ;  Ekimouna,  deuxième  chanteuse.  Nous  ne  saurions  trop 
complimenter  M,  Lafeuillade  d'avoir  songé  à  offrir  à  son  public  le  chef- 
d'œuvre  complété  par  le  compositeur,  et  nous  ne  doutons  pas  un  instant 
du  succès  qui  attend  cette  brillante  reprise.  La  traduction  des  récitatifs 
est   l'œuvre   de  M.    Louis  Danglas  et  a  reçu  l'approbation  du  maestro. 


CHRONIQUE   ETRANGERE. 

**»  Liège,  8  février. —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploër- 
mel, attendue  avec  une  vive  impatience,  a  eu  lieu  le  .'SO  janvier  et 
déjà  cinq  représentations  (abonnement  suspendu)  ont  constaté  l'immense 
succès  de  l'œuvre.  Le  directeur  du  théâtre  lioyal ,  M.  Perron,  n'a  rien 
négligé  pour  rendre  la  mise  en  scène  aussi  somptueuse  que  possible  : 
Les  décors,  qu'il  avait  confiés  au  pinceau  de  M.  Wilbrant,  de  Bruxel- 
les, sont  d'une  grande  richesse,  surtout  celui  du  Val-Maudit.  L'or- 
chestre a  bien  rempli  sa  tâche,  et  les  chœurs  se  sont  convenable- 
ment acquittés  de  la  leur.  Les  trois  principaux  interprètes  de  l'œuvre 
ont  rivalisé  de  talent  et  d'intelligence,  au  point  de  mériter  les  hon- 
neurs d'un  très-légitime  rappel  :  c'est  que  Mme  Ceret  s'est  montrée 
aussi  charmante  comédienne  qu'agréable  cantatrice  dans  le  rôle  de  Dino- 
rah; que  M.  Perruggi  a  chanté  celui  d'Hoël  avec  beaucoup  de  goût,  et 
que  notre  trial ,  M.  Ceret,  fait  un  excellent  Corentin.  —  Le  cent  dix- 
neuvième    anniversaire  de   la   naissance    de   Grétry    dans    cette  ville 


sera  célébré  cette  année  d'une  façon  brillante.  L'administration  du 
Théâtre-Royal  prépare,  à  cette  occasion,  pour  le  10  février,  la  reprise 
de  Richard  Cœur  de  Lion.  On  y  entendra,  en  outre,  une  cantate,  dont  la 
musique  est  de  M.  Rongé,  lauréat  de  l'un  de  nos  grands  concours  de 
composition  musicale,  et  dont  les  paroles  sont  de  M.  Ad.  Stappers,  lequel 
a  également  composé  un  poëme  sur  la  vie  de  Grétry.  Ce  poëme  sera  lu 
par  un  des  artistes  du  théâtre.  jLe  Cercle  artistique  se  prépare,  de  son 
côté,  à  célébrer  dignement  cet  anniversaire  par  une  grande  solennité 
musicale.  On  y  ^exécutera  les  meilleurs  j  morceaux  de  quelques  opéras 
de  Grétry  :  le  Tableau  parlant,  Zémire  et  Azor,  la  Fausse  magie,  Anacréon. 
Cette  solennité  musicale,  qui  aura  lieu  le  12  février,  se  terminera  par 
l'exécution  de  la  cantate  composée  en  1828  |par  M.  Daussoigue-Méhul 
pour  l'arrivée  du  cœur  de  Grétry  à  Liège.  Plusieurs  artistes  distingués 
prêteront  leur  concours  à  cette  intéressante  soirée. 

**„.  Mons.  —  Le  dernier  concert  de  la  Société  philharmonique  a  été 
très-remarquable.  Litoltt"  nous  a  fait  entendre  son  concert  symphonique 
et  plusieurs  autres  morceaux  qui  ont  eu  un  grand  succès,  et  Mlle  Dobré 
a  ravi  le  nombreux  auditoire  dans  l'air  du  Freischùtz,  l'Ave  Maria  sur  le 
prélude  de  Bach,  par  Gounod,  et  l'Adieu  à  la  mer,  scène  de  concert  avec 
orchestre  de  Rosenhain.  Ce  dernier  morceau,  qui  était  nouveau  pour 
nous,  a  l'ait  le  plus  grand  plaisir  ;  c'est  une  conception  poétique  et  d'une 
grande  valeur. 

t*t  Gand.  —  Les  représentations  du  Pardon  de  Ploërmel  font  salle 
comble,  et  bientôt  elles  vont  alterner  avec  celles  de  l'Enlèvement  au 
Sérail,  dont  l'apparition  est  prochaine. 

*%  Berlin.  —  Au  théâtre  Victoria  on  a  donné  pour  la  première  fois 
Rigole  io,  de  Verdi.  C'est  encore  Carrion  qui  a  eu  les  honneurs  de  la 
soirée  dans  le  rôle  du  duc.  Mlle  Artot,  chargée  de  celui  de  Maddalena, 
a  su  donner  un  charme  tout  nouveau  à  cette  partie  secondaire  ;  Mlle  de 
Ruda,  dont  la  voix  a  eu  quelques  défaillances,  a  été  magnifique  de  verve 
et  de  passion  dramatique  dans  la  partie  de  Gilda.  —  Le  pianiste  Dreys- 
chock  se  trouve  parmi  nous  et  doit  donner  incessamment  un  concert. 

„%  Leipsig.  —  Il  n'y  a  eu  dans  ces  derniers  temps  à  l'Opéra  que  des 
reprises  ;  dans  le  nombre,  celles  du  Freischiitz,  de  la  Flûte  enchantée,  du 
Prophète  et  de  Santa  Chiara  ont  obtenu  le  plus  de  succès.  :  Au  treizième 
concert  du  Gewandhaus,  ouverture  de  la  Vestale;  symphonie  de  Gade; 
air  de  la  Gazza  ladra,  et  divers  lieder  chantés  par  Stockhausen.  Toutes 
ces  œuvres  ont  été  parfaitement  exécutées,  et  Stockhausen  a  retrouvé 
les  mêmes  sympathies  qu'à  sa  première  apparition  dans  cette  salle  cé- 
lèbre. —  On  répète  le  Pardon  \de  Ploërmel. 

t%  Golha.%—  .Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  représenté  avec  un  très- 
grand  succès. —  Le  3  février  ont  eu  lieu  les  funérailles  de  Mme  Schroeder- 
Devrient.  En  tète  du  convoi  marchait  le  porte-croix;  venaient  ensuite  un 
maître  des  cérémonies  (un  maréchal  de  deuil),  un  personnage  portant 
sur  un  coussin  une  couronne  de  laurier  donné  par  le  duc,  le  sacristain 
de  la  ville,  le  corbillard,  l'ensevelisseuse  (Todten-frau),  les  parents  et  le 
clergé,  le  commissaire  ducal,  des  députations  du  théâtre  de  la  cour,  de 
divers  autres  théâtres  et  diverses  associations  de  chant. 

i%  Darmstadt.  —  L'Etoile  du  Nord,  de  Meyerbeer,  vient  d'être  donnée 
pour  la  première  fois  avec  les  récitatifs,  et  a  produit  un  effet  immense. 
Parmi  les  opéras  joués  pendant  ces  dernières  semaines,  nous  avons  à 
signaler  les  Huguenots,  Lucrèce  Borgia,  Norma  et  Martha. 

„*,  Nouvelle-Orléans.—  La  Société  lyrique  a  débuté  de  la  manière  la 
plus  brillante  par  Robert  le  Diable. 


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56 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


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UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1851. 

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l'Académie  impériale  de  paris. 

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adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


REPONSE    A    M.    FETSS 

ET 

RÉFUTATION  DE  SON  MÉMOIRE  SUR  CETTE  QUESTION  : 

Les   Grecs   et  les  Romains  ont-ils  connu  l'harmonie 

simultanée  des  sons  ? 
En  ont-ils  fait  usage  dans  leur  musique? 

Par  M.  J.  H.  VINCENT, 

Membre  de  l'Institut. 

Une  brochure  in-8"  de  80  pages;  5  planches. 

l»pix  :    3   fp.  50. 

Se  trouve  chez  M.  Blanchet,  éditeur  de  musique,  11,  rue 
de  Richelieu. 


/ÎPlIflïïSF  Ce  Y  (JUNIOR).  —Neuf 
JlllJrlluilijfi  uAA  brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement. 

Instruments  SSaxomnitoniques.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  cl.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  Cc,  éditeurs, 
11,  rue  Rougemont. 

MUSIQUE  DE  CHANT 

Gevaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2  50 

Mangeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6     » 

MUSIQUE  DE  PIANO 

Favarger  (R.).  Op.  11.  Vanda,  varsovienne . .  7  50 

—  Op.  12.  Tarentelle 7  30 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7  50 

—  Op.  14.  En  Chasse,  fantaisie 7  50 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 6    » 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 6    » 

—  Deuxième  grande  valse 7  50 

Deuxième  mazurka 6    » 

—  Op.  18.   Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 9    » 

—  Op.  20.  Rondo-polka 7  50 

—  Op.  21.  Sicilienne 9    » 

—  Op.  22.  Elégie 7  50 

SIX   FANTAISIES  RiX   TRIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 

M.  Ravina  et  B,.   Clapissou. 


CniTFÏ  T"Tn  facteur  de  pianos-  Médaille  d'or,  Ex- 
uUUIlltllu  position  1849;  Médaille  de  l"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  a  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus< 
tement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap 
port  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  SSagasïu 
rue  j9Boiitm;tn-<re,  1G1. 


Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 

Fantaisies   faciles  par   RUMSIÏEL 

1.  Fra  Diavolo.  4.  Le  Domino  noir. 

Guillaume  Tell.  5 .  Les  diamants  de  la  couronne. 

3.  Le  Comte  Ory.  6.  La  Muette  de  Portici. 

Sera  continué.  —  Prix  de  chaque  :  6  fr. 


IfftTCnW     U       UFD7  Manufacture     de 

IHAloUll     II.     H£lIUl    pianos,  i8,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

'<  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 
»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
econnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  Eu  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  » 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


L  HiRMONIFLUTE   MAvE«W,*, 

dont  le  succès   graudit  chaque   jour,  se    trouve   chez 
Mayermarix,  4B,  passage  des  Panoramas,  à  Paris. 


3"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1S49. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


«r»  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 

-°-®<&v- 


»3ypn; 


4™  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


Ornndc  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

8euîc  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  "universelle  «le   Paris  (8S55).   —  Seule  grande   médaille 

(Votencil  IfSetSal)  à  l'Exposition  universelle  de  liondres  (1S51). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES    FAMILLES   DES 

SAX-TDBAS.  CLAIRONS-SAX. 

SAXOPHONES.  TROMBONES-SAX. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindre 
invention  brevetée  en  I85« 


RAXO-TROMLiAS 
SAXHORNS. 


CORNETS-SAX  (compensateurs). 
CLARINETTES  RASSE.S-SAX. 


CLARINETTES  COXTRE-BASSES-SAX. 
BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 


Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1859. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  1S5«. 


Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance,  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


NAPOT.EOH 


BERGERE,   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  BES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N°  8. 


19  Février  1860. 


ON  S'ABONNE  t 

Dans  les  Défortements  et  a  l'Étranger,  chez 
les  Marchands  de  Blusique,  les  Libraires,  et 
Sureaux  des  Messngcries  et  des  Posles. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT  : 

Paris ?4fr.parcjl 

Départements,  Belgique  et  Suisse...      30»       id. 

Étranger 34  ..       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  IffiïlSIC 


-^\/v\/\/\AAAfuvv^ — 


SOMMAIRE.  —Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  impérial  de  musique 
(3e  concert)  ;  Struensée,  de  Meyerbeer.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe 
Botte.  —  Théâtre  Déjazet  :  Fanchelte,  opéra-comique  en  un  acte,  paroles  et 
musique  de  M.  Eugène  Déjazet.  —  Revue  critique  :  Publications  nouvelles  de 
Jacques  Blumenthal,  par  G.  Héqnet.  —  Autobiographie  de  L.  Spohr,  par 
Théodore  Parmentier.  —  Bibliographie  musicale.  —  Nouvelles  et  an- 
nonces. 


SOCIÉTÉ  DES  JEUNES  ARTISTES 

DU    CONSERVATOIRE    UUPÉBIAIi    »E    MUSIQUE. 

Troisième  concert. 

Struensée,  de  Meyerbeer. 

Il  suffisait  de  voir  la  foule  des  amateurs,  le  nombre  extraordinaire 
des  équipages  qui  se  pressait  dimanche  dernier  dans  la  rue  de  la  Vic- 
toire, pour  juger  que  le  concert  de  ce  jour  offrait  quelque  élément 
d'une  attraction  puissante.  L'orchestre,  dirigé  par  Pasdeloup,  devait 
nous  faire  entendre  pour  la  troisième  fois  cette  grande  et  belle  ou- 
verture de  Struensée,  écrite  par  Meyerbeer,  et  pour  la  première  fois 
deux  entr'actes  de  la  même  tragédie,  lesquels,  ainsi  que  l'ouverture, 
peuvent  être  regardés  comme  des  drames  complets.  C'est  à  la  fin  de 
décembre  1857  que  l'ouverture  avait  été  exécutée  d'abord  par  la 
jeune  Société,  et  l'on  se  souvient  de  l'effet  qu'elle  avait  produit. 
Comme  à  Bruxelles,  qui,  grâce  à  M.  Fétis  père,  avait  devancé  Paris 
de  plusieurs  années,  on  admira  la  haute  conception  d'une  symphonie 
unique  dans  son  genre,  unique  surtout  par  la  vigueur  avec  laquelle 
tant  de  parties,  de  scènes  si  diverses  de  coloris  et  de  caractère,  y 
sont  réunies  en  un  seul  tout,  et  conduites  avec  un  art  sans  égal 
jusqu'à  la  plus  magnifique  et  la  plus  émouvante  conclusion.  Certes, 
l'exécution  d'un  tel  chef-d'œuvre  était  le  plus  beau  titre  que  la  jeune 
Société  eût  par  devers  elle,  et  elle  vient  de  le  renouveler,  nous  dirions 
en  se  surpassant,  si  vraiment  la  chose  eût  été  possible. 

La  musique,  composée  par  l'illustre  auteur  de  Robert  le  Diable  et 
du  Pardon  de  Ploërmel,  pour  la  tragédie  de  son  frère,  Michel  Béer,  a 
presque  le  volume  d'une  partition  d'opéra.  Le  Conservatoire  de 
Bruxelles  l'avait  fait  connaître  tout  entière,  et  il  faudra  bien  qu'un 
jour  ou  l'autre  on  en  fasse  autant  à  Paris.  En  attendant,  nous  voici  en 
possession  de  deux  entr'actes.  Le  premier,  c'est  la  révolte  des  gardes 
à  pied,  ou,  pour  mieux  expliquer  le  sujet  eu  peu  de  mots,  c'est  un 
jour  d'émeute  militaire.  Vous  voyez  les  mouvements,  vous  entendez  les 


murmures.  Les  tambours  battent,  les  soldats  chantent  en  parcourant 
la  ville:  le  chœur  s'éloigne,  se  rapproche,  s'éloigne  de  nouveau.  L'air 
populaire,  Le  roi  Christian  est  au  grand  mat,  dans  la  fumée  de  ta 
poudre,  est  entonné,  repris  à  des  distances  différentes,  et  puis  le 
silence  éteint  par  degrés  tous  les  bruits.  Les  révoltés  ont  achevé  leur 
journée.  Comme  le  disait,  en  1852,  notre  correspondant  de  Bruxelles, 
«  la  musique  exprime  tout  cela  avec  une  vérité  parfaite  :  c'est  un  ta- 
»  bleau  complet  où  le  dessin  grandiose  de  Michel-Ange  s'est  uni  à  la 
»  puissante  couleur  de  Rubens.  Les  détails  sont  admirables  par  leurs 
»  ingénieux  agencements,  admirables  surtout  par  la  manière  dont  ils 
»  concourent  à  l'unité  de  l'œuvre.  Il  n'ya  pas  une  mesure  qu'on  puisse 
»  retrancher  sans  briser  cette  unité.  » 

D'un  jour  d'émeute  dans  la  rue  nous  passons  avec  le  second  en- 
tr'acte  à  un  événement  de  cour,  à  une  catastrophe  de  palais.  Notre 
correspondant  continuait  en  ces  termes  :  «  Le  sujet  du  second  entr'acte, 
»  le  bal  et  ^arrestation,  est  indiqué  comme  il  suit  dans  le  programme  : 
»  —  Polonaise  à  grand  orchestre . —  Agitation  de  la  cour.  —  Expres- 
»  sion  de  la  douleur  de  la  reine,  quand  Struensée  est  arrêté.  — 
»  Reprise  de  la  polonaise.  Je  doute  que  l'expression  de  la  musique 
»  se  soit  jamais  manifestée  avec  plus  de  force  que  dans  ce  fragment. 
»  La  polonaise  est  un  chef-d'œuvre  de  noblesse,  de  grâce  et  d'élé- 
»  gance.  Elle  contraste  merveilleusement  avec  les  agitations  de  la 
»  cour,  comme  il  est  dit  dans  le  programme,  ainsi  qu'avec  la  mélo- 
»  die  où  se  peint  la  douleur  de  la  reine.  »  Oui,  nous  ne  saurions  dire 
mieux,  ni  plus  :  c'est  encore  un  tableau  de  grand  maître  que  celte 
scène  capitale,  où  l'on  danse  sur  un  volcan,  où  un  orchestre  de  bal 
accompagne  une  tragédie  ;  et  quel  accompagnement  !  quels  mélodieux 
accords  !  quelle  ravissante  inspiration  que  cette  polonaise,  qui  semble 
n'être  faite  que  pour  des  reines  et  des  princesses  !  Nous  ne  doutons 
pas  qu'elle  ne  soit  redemandée  et  redite  avant  peu,  car  nous  ne 
connaissons  rien  de  plus  séduisant  pour  tous  les  orchestres  comme 
pour  tous  les  pianos.  Espérons  en  outre  que  la  partition  de  Struensée 
n'aura  bientôt  plus  de  mystères  pour  nous,  et  que  des  deux  entr'actes 
à  tout  le  reste,  il  y  aura  moins  d'intervalle  qu'on  en  a  mis  de  l'ouver- 
ture aux  deux  chefs-d'œuvre  que  l'on  vient  de  nous  donner. 

L'ouverture  de  la  Flûte  enchantée  servait  de  début  à  ce  troisième 
concert,  dans  lequel  M.  Brassin,  le  jeune  pianiste,  dont  l'autre  jour 
nous  annoncions  l'arrivée  et  signalions  le  beau  talent,  exécutait  le 
concerto  en  sol  mineur  de  Mendelssohrî.  Quoique  un  peu  souffrant, 
M.  Brassin  a  joué  de  manière  à  justifier  tous  nos  éloges,  et  il  a  été 
applaudi,  comme  il  méritait  de  l'être,  même  par  des  pianistes,  qui  ont 
le  bon  goût  de  ne  pas  redouter  les  concurrences  et  de  penser  qu'il  y 
a  place  pour  tout  le  monde  à  Paris.  Dans  le  duo  du  Barbier,  M.  Crosli, 


58 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


de  l'Opéra-Comique,  a  chanté  un  peu  trop  fort  pour  un  concert  :  il  se 
croyait  au  théâtre,  et  il  a  eu  le  tort  dès  sa  première  phrase  de  chan- 
ger le  texte  de  Rossini.  M.  Capoul,  pensionnaire  du  Conservatoire,  a 
montré  l'échantillon  d'une  charmante  voix  de  ténor  léger,  mais  ce 
n'est  pas  une  raison  pour  chanter  si  vite.  La  symphonie  en  sol  majeur 
du  bonhomme  qu'on  appelait  Haydn,  ce  ra^-  ".  jleil  si  doux,  ce 
sourire  si  aimable,  ce  printemps  élu  ■  ,  et  le  choeur  des  mages  de 
Lesueur,  terminaient  l'intéressante  matinée. 

P.    S. 


ADDITIONS  MUSICALES. 

Mme  Szarvady.  —  Mans  de  Bnlow.—  W.  Kriiger.  —  Mlle  Marie 
Baumetz.  —  Mlle  Marie  Mira. 

11  n'y  a  pas  encore  bien  longtemps,  les  solistes,  à  peu  d'exceptions 
près,  ignoraient  leurs  classiques  ou  plutôt  ne  voulaient  point  s'en 
souvenir.  Pendant  qu'ils  consacraient  leur  talent  à  l'exécution  de 
choses  difficiles,  qui  n'étaient  pas  toujours  belles,  Mlle  Wilhelmine 
Clauss  (aujourd'hui  Mme  Szarvady)  luttait  courageusement  contre  le 
courant  du  jour,  qui  entraînait  le  goût  du  public  vers  les  tours  de 
force  du  mécanisme,  et  parvenait  au  succès  en  jouant,  avec  une  so- 
briété exquise,  quelques  pages  des  vieux  maîtres  reléguées  dans  les 
bibliothèques.  Maintenant  tout  le  monde,  artistes  et  dilettantes,  parcourt 
cette  route  où  l'on  rencontre  tant  de  chefs-d'œuvre;  mais  l'éminente 
pianiste  a  eu  l'honneur  de  réveiller  une  des  premières  les  admira- 
tions engourdies  qui  s'étaient  un  moment  portées  ailleurs. 

A -sa  première  soirée,  donnée  samedi  chez  Pleyel-Wolff,  Mme  Szarvady 
a  joué  avec  peu  de  son  et  la  tempérance  de  style  qui  convenait,  des 
pièces  de  Rameau  et  de  Haydn  ;  elle  n'a  pris  au  mélodieux  et  brillant 
instrument  qu'elle  avait  sous  les  doigts  que  juste  ce  qu'il  fallait  pour 
rendre  à  ces  pages  naïves,  fraîches  et  gracieuses  leur  simp'icité  et 
leur  vérité. 

Dans  le  nocturne  en  ré  bémol  de  Chopin,  elle  a  tiré  du  clavier  des 
sons  d'une  délicatesse  extrême,  des  traits  dont  la  finesse,  la  légèreté 
égalaient  la  rêveuse  et  mélancolique  expression.  Mme  Szarvady  exé- 
cute cette  musique  à  ravir  ;  son  jeu  est  tendre  sans  être  efféminé  ;  il 
n'emprunte  rien  à  la  fadeur  sentimentale  que,  à  défaut  de  sensibilité, 
on  se  croit  obligé  quelquefois  de  mettre  dans  ces  chants  délicieux,  si 
difficiles  à  interpréter  ;  il  fait  sentir,  sous  la  grâce  frêle  de  ces  œuvres, 
la  passion  ardente  et  contenue,  la  rêverie  inquiète  qui  fut  la  muse  du 
maître  polonais  et  le  secret  de  son  originalité. 

MM.  Armingaud,  Lalo,  Jacquard  et  Lapret,  cet  excellent  quatuor 
qu'on  entend  toujours  avec  grand  plaisir,  et  qui  s'est  fait  une  si  belle 
place  parmi  nos  sociétés  de  musique  de  chambre,  ont  secondé  avec 
beaucoup  de  talent  Mme  Szarvady  dans  le  quintette  de  Schumann. 

—  Ce  n'est  pas  une  petite  affaire  vraiment  que  de  se  présenter 
toujours  seul  devant  le  public,  et  il  faut,  pour  triompher  d'un  sem- 
blable péril,  avoir,  comme  M.  de  Bulow,  une  grande  puissance  d'exé- 
cution. Dimanche,  de  même  qu'à  son  premier  concert,  il  a  su  éviter 
la  monotonie,  captiver  l'auditoire  et  exciter  d'enthousiastes  bravos. 

M.  de  Bulow  a  dans  son  jeu,  si  nous  l'osons  dire,  quelque  chose  de 
militant  bien  propre  à  entraîner  la  foule.  Ainsi  que  toutes  les  natures 
vigoureuses,  il  s'impose  et  semble  vouloir  vous  initier  aux  beautés  qu'il 
a  adoptées  et  qu'il  préfère.  Après  avoir  très-brillamment  exécuté  des 
œuvres  de  J.-S.  Bach,  de  Mozart  et  de  Beethoven,  il  a  fait  entendre 
avec  une  force,  un  élan,  une  autorité,  un  style  nerveux  et  net  qui  tou- 
chaient à  l'inspiration,  quatre  morceaux  de  Richard  Wagner,  transcrits 
par  Liszt.  Ce  que  le  grand  virtuose  a  déployé  d'énergie,  de  vigueur, 
ce  qu'il  a  su  trouver  dans  le  piano  de  sonorités,  tantôt  puissantes, 
tantôt  douces,  mais  toujours  d'un  charme  irrésistible,  est  assurément 
digne  des  plus  grands  éloges.  Quant  aux  ouvrages  de  Wagner,  on  est 


assez  généralement  d'accord.  Le  talent  de  M.  de  Bulow  n'y  fera  rien  ; 
on  l'admire  sans  se  croire  obligé  de  goûter  tout  ce  qu'il  dit  si  bien . 
Pourtant  la  marche  du  Tannhœuser,  magnifiquement  interprétée,  a 
produit  beaucoup  d'effet  et  a  été  redemandée.  Il  est  facile  de  se  rendre 
compte  de  l'impression  tout  agréable  qu'elle  a  fait  éprouver  :  elle 
forme  un  très-grand  contraste  avec  les  autres  ouvrages  du  même  com- 
positeur ;  elle  est  claire,  franche,  bien  rhythmée  et  semble  plutôt 
appartenir  à  la  musique  du  passé  qu'à  celle  de  l'avenir. 

—  Peu  de  pianistes  jouent  avec  autant  de  simplicité  et  de  charme 
que  W.  Krùger;  son  talent  semble  même  avoir  acquis  plus  de  cha- 
leur, de  force  et  d'expansion.  La  soirée  donnée  par  lui  dans  les  salons 
d'Erard  a  été  très-belle.  A  une  grande  correction ,  à  un  style  sans 
emphase,  sans  manière,  Krùger  joint  une  intelligence  des  beautés  de 
Beethoven  et  de  Mendelssohn,  que  tous  les  artistes  d'outre-Rhin  n'ont 
certes  pas  à  un  tel  degré.  Ces  sérieuses  qualités  ont  brillé  avec  le 
même  éclat  pendant  la  grande  sonate  (op.  67)  de  l'un  et  pendant  le 
duo  en  ré  majeur  de  l'autre.  Dans  ce  dernier  morceau,  le  violoncel- 
liste Rignault  s'est  aussi  particulièrement  distingué.  Marche  nocturne, 
Guitare,  semi-polonaise,  semi-boléro,  et  Chanson  du  chasseur  font 
honneur  à  l'inspiration  de  Krùger.  Il  les  a  jouées  avec  la  variété  de 
style  qu'elles  exigent  et  la  netteté  que  demande  toute  espèce  de 
musique. 

La  marche  nocturne  surtout  nous  a  plu  entre  toutes  ;  mais  elle  est 
si  jolie,  si  achevée,  que  notre  préférence  ne  veut  nullement  dire  que 
les  deux  autres  compositions,  un  peu  moins  originales,  ne  soient  tou- 
tefois charmantes  et  d'un  mérite  peu  commun.  On  sent  que  l'auteur  a 
étudié  le  contre-point  :  il  a  mis  dans  ses  petites  pièces,  tout  en  gardant 
la  légèreté  et  la  grâce  qu'on  veut  y  trouver  avant  tout,  quelques  bonnes 
et  naturelles  imitations.  Il  a  ainsi  concilié  ce  qui  s'exclut  assez  sou- 
vent, les  exigences  de  sa  conscience  d'artiste  avec  celles  non  moins 
impérieuses  du  public. 

Les  dilettantes  commencent  à  accueillir  très-froidement  les  excen- 
tricités vocales  ;  aussi  ont-ils  chaleureusement  applaudi  Jules  Lefort , 
qui  a  dit  de  sa  voix  la  plus  douce  :  Comme  à  vingt  ans ,  mélodie  de 
Durand,  et  la  Main  du  Seigneur,  cantique  d'E.  Boulanger. 

—  Dans  une  matinée  qui  avait  réuni  la  semaine  dernière  la  société 
du  faubourg  Saint-Germain  et  les  habitués  de  la  Société  des  Concerts, 
Mlle  Marie  Baumetz  a  exécuté,  d'abord  avec  MM.  Ernest  Altès  et 
Alfred  Marx,  un  trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle  de  Haydn,  puis 
la  sonate  pathétique  de  Beethoven.  Le  style  si  différent  de  ces  deux 
compositions  était  éminemment  propre  à  faire  ressortir  toutes  les 
qualités  de  cette  excellente  artiste  ;  la  grâce  et  la  finesse  qui  distin- 
guent l'œuvre  de  Haydn,  la  vigueur  et  la  fougue  qui  caractérisent 
celle  de  Beethoven,  ont  été  rendues  par  Mlle  Baumetz  avec  une 
é^ale  supériorité.  La  sonate  palhétiaue  est  une  des  compositions  qui 
permettent  le  mieux  d'apprécier  le  sentiment  et  l'intelligence  de 
l'exécutant;  c'est  un  poëme  dont  toutes  les  expressions  sont  en  quel- 
que sorte  définies,  un  épisode  de  la  vie  intime  dépourvu  de  phrases 
accessoires,  et  ne  renfermant  absolument  rien  de  superflu.  Ici  la  diffi- 
culté consiste  donc  à  donner  à  chaque  pensée  son  véritable  carac- 
tère, et  à  ne  pas  manquer  l'effet  général  en  surchargeant  les  effets  de 
détail.  Nous  avons  reconnu  dans  l'exécution  de  Mlle  Baumetz  cette 
intelligence  de  l'ensemble  qui  résulte  justement  de  l'étude  approfon- 
die des  détails,  et  qui  l'a  déjà  signalée  aux  connaisseurs  comme  une  des 
meilleures  interprètes  de  la  musique  de  Beethoven  et  de  la  musique 
classique  en  général. 

—  Dimanche,  à  la  salle  Herz,  en  voyant  Mlle  Marie  Mira  si  émue 
et  si  tremblante,  on  eût  pu  croire  qu'elle  se  défiait  de  ses  forces,  et 
que,  fauvette  des  salons,  elle  s'effarouchait  de  se  trouver  en  présence 
d'un  auditoire  infiniment  plus  nombreux  que  celui  qui  l'applaudit  d'or- 
dinaire. L'émotion  était  réelle  en  effet,  mais  n'a  été  que  de  courte  du- 
rée :  la  jeune  cantatrice  a  vite  retrouvé  son  esprit  et  sa  grâce.  Elle  a 
fort  bien  joué  le  rôle  de  Thérésa  dans  un  opéra  de  salon,  Entre  deux 


DE  PARIS. 


£9 


feux.  Ces  deux  feux  sont  l'éternel  tuteur  et  le  non  moins  éternel  co- 
quin de  neveu  :  l'un  voulant  garder  pour  lui  la  jeunesse  et  la  beauté 
de  sa  pupille,  l'autre  supplantant  son  digne  oncle.  Malgré  la  froideur 
qu'entraîne  un  simple  accompagnement  de  piano,  et  malgré  unpoëme 
dépourvu  d'invention,  de  saillies,  Wekerlin  a  trouvé  moyen  de 
montrer  beaucoup  de  talent.  Sa  partition,  légère  et  spirituelle,  se 
fait  remarquer  surtout  par  une  veine  très-heureuse  et  très-facile  d'ins- 
piration bouffe.  Nous  avons  seulement  regretté  d'y  voir  une  espèce  de 
petite  parodie  de  nos  grandes  œuvres  lyriques.  Beaucoup  de  musiciens 
ne  se  privent  pas  aussi  souvent  que  nous  le  désirerions  de  ce  même 
procédé.  Imiter,  en  les  travestissant,  quelques  pathétiques  scènes  de 
Meyerbeer  ou  de  Rossini  ;  emprunter  à  ces  illustres  maîtres  leurs 
formes,  leurs  dispositions  des  voix,  des  instruments,  et  faire  chanter 
un  bon  bourgeois  de  la  rue  des  Lombards  sur  le  ton  de  Raoul  ou  d'Ar- 
nold est  peut-être  éminemment  spirituel,  attique,  mais  n'est  pas 
goûté,  nous  le  croyons,  des  musiciens  sérieux.  Autrefois  les  composi- 
teurs écrivaient  des  partitions  vives,  pétulantes,  pleines  de  sel  et  d'i- 
ronie; mais  ils  les  puisaient  dans  leur  imagination  et  n'allaient  pas 
les  chercher  dans  les  inspirations  nobles  et  sévères  de  leurs  contem- 
porains; leur  gaieté  était  bien  à  eux,  comme  leur  mélodie  et  leur 
instrumentation  ;  ils  ne  touchaient  pas  aux  choses  sublimes,  aux- 
quelles il  leur  eût  été  facile  d'enlever,  pour  un  moment,  la  fleur  de 
candeur  et  de  sincérité  que  le  génie  et  la  passion  y  avaient  mise. 

M.  Paul  Bernard  a  dépensé  aussi  bien  du  talent  en  mettant  en  mu- 
sique un  libretto  de  M.  Galoppe-d'Onquaire,  Loin  du  bruit.  Mlle  Mira 
et  Sainte-Foy  ont  lutté  de  verve  et  d'entrain  dans  ce  petit  acte.  On  a 
beaucoup  applaudi  M.  P.  Bernard,  qui  a  su  trouver  de  gentilles  et 
fraîches  mélodies  sur  un  canevas  peu  musical  et  dans  des  situations 
bourgeoisement  triviales. 

Entre  les  deux  pièces,  Sarasate  a  joué  la  fantaisie  d'Alard  sur  la 
Linda.  Ce  tout  jeune  élève  du  Conservatoire  a  surmonté  avec  une 
merveilleuse  justesse  les  plus  grandes  difficultés  et  phrasé  avec  beau- 
coup d'expression  les  délicieuses  mélodies  de  Donizetti.  Il  a  excité 
d'unanimes  acclamations. 

Adolphe  BOTTE. 

THÉÂTRE  DÉJAZET. 

FAJVCMETTE, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  et  musique  de  M.  Eugène  Déjazet, 

(Première  représentation  le  k  février  1860.) 

C'est  par  exception  aux  clauses  d'un  privilège  qui  lui  interdit 
l'opéra-comique  proprement  dit,  et  lui  défend  de  faire  des  pièces  lui- 
même,  que  M.  Eugène  Déjazet  a  obtenu  la  permission  de  prouver 
qu'il  est  capable  de  s'élever  au-dessus  des  opérettes  et  des  couplets 
de  vaudeville. 

Pour  être  servi  à  son  gré,  M.  Déjazet  a  voulu  être  son  propre  li- 
brettiste. Voici  en  peu  de  mots  la  donnée  bien  simple  de  son  opéra. 
Fanchette  est  à  la  fois  courtisée  par  le  fermier  Jean,  son  maître,  et 
par  l'intendant  d'un  grand  seigneur  du  voisinage.  Jean  veut  faire 
d'elle  sa  femme,  et  l'intendant  sa  maîtresse.  Trompé  par  les  appa- 
rences, le  fermier  renonce  à  ses  projets  et  ne  cherche  plus  qu'à 
se  venger  de  son  rival.  Mais  une  lettre  du  grand  seigneur,  qui  sait 
toute  la  vérité,  justifie  Fanchette,  et  Jean  lui  rend  sa  tendresse  au 
moment  où  le  bruit  du  clairon  lui  annonce  le  retour  de  son  frère  le 
dragon,  échappé  aux  hasards  de  la  guerre. 

Ce  petit  tableau  villageois  est  très-bien  coupé  pour  la  musique  et 
donne  lieu  à  une  assez  grande  variété  d'effets  mélodiques  qui  s'an- 
noncent presque  tous  dans  l'ouverture.  C'est  ainsi  qu'à  un  imposant 
largo,  repris  en  trémolo  par  tout  l'orchestre,  viennent  s'adjoindre 
tour  à  tour  une  marche  militaire  et  un  très-joli  motif  de  valse.  Une 
mystérieuse  introduction  et  des  couplets  chantés  par  Jean  et  par 


l'intendant  commencent  fort  bien  la  pièce.  Dans  les  morceaux  qui 
suivent  nous  avons  remarqué  une  joyeuse  chanson  à  la  faveur  de  la- 
quelle Fanchette  et  son  maître  imitent  à  qui  mieux  mieux  tous  les 
cris  d'une  basse-cour  et  tous  les  bruits  d'une  ferme  ;  puis  l'air  de 
Fanchette,  Déjà  les  musettes  s'entendent,  qui  finit  en  trio,  et  dans 
lequel  le  compositeur  a  fait  intervenir  un  excellent  effet  d'orage,  et 
enfin  un  morceau  assez  étendu  qui  se  compose  d'une  jolie  romance 
chantée  par  Jean,  du  retour  de  la  charmante  valse  de  l'ouverture  sur 
ces  mots:  M'sieu  l'intendant,  merci,  de  la  marche  militaire,  et, 
comme  dans  les  opéras  italiens,  d'une  cabalette  vocalisée  par  Mlle  Gé- 
raldine. 

Nous  avons  nommé  l'une  des  étoiles  du  théâtre  Déjazet,  Mlle  Géral- 
dine, qui,  dans  le  rôle  de  Fanchette,  fait  preuve  des  plus  gracieuses 
qualités  de  comédienne  et  même  de  cantatrice.  Sa  voix  n'a  pas  une 
grande  puissance ,  mais  elle  en  tire  un  très-habile  et  très-agréable 
parti.  Dupuis  est  parfaitement  placé  dans  l'emploi  des  paysans;  le  per- 
sonnage de  Jean  semble  taillé  pour  lui.  Halbleid  ne  s'acquitte  pas  trop 
mal  de  celui  de  l'intendant  et  y  serait  mieux  encore  s'il  chantait 
toujo'urs  juste. 

A  merveille,  monsieur  Déjazet  !  Nous  savons  maintenant  que  vous 
pouvez  aspirer  sans  vanité  aux  honneurs  de  l'Opéra-Comique.  Nous 
vous  souhaitons  sincèrement  de  voir  bientôt  s'ouvrir  devant  vous  les 
portes  de  cet  Eden  devant  lesquelles  s'arrêtent  beaucoup  d'appelés, 
mais  que  franchissent  si  peu  d'élus. 

D. 


IPuBiEScitltoîAs  nouvelles    de   Jacques  Blmmcatlial. 

Le  nom  de  cet  artiste  remarquable  n'est  pas  nouveau  pour  nos  lec- 
teurs. Jacques  Blumenthal  est  bien  jeune  encore,  mais  sa  réputation 
est  solidement  établie.  Exécutant  d'un  rare  mérite,  il  joint  à  une  ha- 
bileté mécanique  pour  laquelle  il  n'y  a  plus  de  difficultés,  un  sentiment 
exquis,  un  style  d'une  suprême  élégance.  Il  pousse  l'art  des  nuances 
aussi  loin  qu'il  peut  aller.  Il  a  une  qualité  de  son,  douce  et  pleine 
à  la  fois,  qui  n'appartient  qu'à  lui;  une  vigueur,  un  éclat  qui  ne 
vont  pas  jusqu'à  la  dureté,  une  netteté  qui  ne  dégénère  jamais  en 
sécheresse.  Sous  ses  doigts  le  piano  n'est  pas  cet  instrument  mono- 
tone et  insipide  que  vous  savez  :  il  lui  donne  de  la  couleur,  de  l'ac- 
cent, de  la  voix  ;  pour  tout  dire  en  un  mot,  il  le  fait  chanter.  Rare 
prodige,  que  les  plus  grands  pianistes  seuls  ont  su  accomplir! 

Le  compositeur  n'est  pas  inférieur  au  virtuose.  La  nature  lui  a 
donné  ce  qu'elle  semble  refuser  aujourd'hui  à  la  plupart  des  musi- 
ciens :  la  faculté  de  trouver  des  thèmes  originaux,  le  talent  de  les 
développer  et  de  les  conduire  à  bonne  fin.  Mélodiste  abondant,  gra- 
cieux et  plein  de  charme,  Blumenthal  est  de  plus  un  harmoniste 
habile,  ingénieux  et  maître  passé  dans  l'art  de  tenir  l'attention  de  ses 
auditeurs  en  haleine,  de  renouveler  leur  sensation,  de  les  surprendre 
par  un  plaisir  inattendu.  C'est  un  poète  aussi,  car  il  possède  à  un 
degré  très-éminent  la  faculté  de  mettre  sa  musique  en  harmonie 
avec  un  sujet  donné  ou  un  sentiment  préconçu,  de  peindre  par  les 
sons  et  de  faire  passer  dans  l'âme  d'autrui  les  impressions  qu'il  a 
reçues  et  les  émotions  qui  l'ont  agité.  Nous  n'en  voulons  pour  preuve 
que  la  petite  pièce  intitulé  Une  nuit  sur  le  lac  Majeur.  Quel  calme, 
quelle  fraîcheur,  quelle  suavité  touchante  dans  cette  mélodie  qui  s'ar- 
rête tout  à  coup  sur  une  modulation  imprévue  et  dont  la  conclusion 
n'arrive  jamais  !  Pouvait-on  mieux  exprimer  le  repos  de  l'air  et  des 
eaux,  la  profondeur  du  ciel  étoile,  et  la  volupté  des  vagues  rêveries 
où  nous  plonge  la  contemplation  de  ces  grands  spectacles  qui  sem- 
blent révéler  à  notre  âme  l'insondable  mystère  de  l'infini  ?   L'infini 


GO 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


est  pour  l'homme  une  énigme  sans  mot.  N'est-ce  point  pour  cela  que 
le  compositeur  ne  donne  jamais  le  dernier  mot  de  sa  phrase? 

11  y  a  parmi  les  morceaux  que  nous  avons  sous  les  yeux  une  autre 
rêverie  encore,  intitulée  la  Solitude.  Celle-ci  est  moins  vague  et  beau- 
coup plus  passionnée.  Deux  thèmes  en  font  tous  les  frais  :  l'un  en  la 
mineur,  mélancolique,  douloureux,  reste  suspendu  sur  la  dominante, 
comme  s'il  posait  une  question.  La  question  est  immédiatement  réso- 
lue par  le  second  motif,  qui  est  en  la  majeur,  et  qui  ressemble  à  un 
chant  de  triomphe.  Vous  pouvez  traduire  le  tout,  si  bon  vous  semble, 
par  ce  vers  célèbre  : 

La  vie  est  un  combat  dont  la  palme  est  au  deux . 

Mais  la  question  revient  encore  après  la  réponse,  et  le  morceau 
finit  sur  la  dominante  du  mode  mineur.  M.  Blumenthal  serait-il  scep- 
tique à  ce  point  ? 

Le  Chant  du  Cygne  est  aussi  en  la  mineur.  C'est  une  simple  phrase 
plusieurs  fois  reproduite  et  toujours  d'une  façon  différente.  La  der- 
nière fois,  elle  est  traduite  en  majeur.  Quel  qu'en  soit  le  mode,  c'est 
une  cantilène  pleine  d'expression  et  de  charme. 

Le  Départ  du  Vaisseau  est  un  morceau  de  plus  longue  haleine  et 
peut  passer  pour  un  petit  poème.  L'auteur  a  eu  soin  d'inscrire  son 
programme  au-dessous  du  titre  :  Préparatifs  —  Prière  —  Adieux  — 
Départ.  Cela  est  clair  et  nous  dispense  de  toute  explication.  La  prière 
est  magnifique  d'expression  et  de  style.  Si  on  l'arrangeait  pour  un 
chœur  à  quatre  voix,  l'effet  en  serait  aussi  touchant  que  grandiose! 

La  Marche  du  vainqueur  est  un  morceau  très-brillant,  d'un  rhythme 
ferme  et  vigoureux.  La  contexture  en  est  très-nette  et  le  style  élé- 
gant. L'intérêt  n'yjanguit  pas  un  instant.  Un  motif  plus  grave,  inter- 
calé au  milieu,  annonce  que  la  religion  mêle  ses  hymnes  à  la  pompe 
militaire.  Cette  composition,  exécutée  avec  l'éclat  et  la  verve  conve- 
nables, doit  provoquer  dans  une  salle  de  concert  une  explosion  d'ap- 
plaudissements. L'effet  en  est  certain.  Tout  virtuose  qui  s'en  emparera 
est  sûr  de  satisfaire  les  gens  de  goût  et  d'électriser  la  foule. 

Voici  deux  autres  pièces  dont  le  succès  n'est  pas  plus  douteux  pourvu 
qu'elles  tombent  sous  la  main  d'un  habile  exécutant  :  Chanson  napoli- 
taine —  Chanson  populaire  de  Capri.  Ce  sont  deux  thèmes  italiens, 
l'un  fantasque  et  mélancolique  ;  l'autre  joyeux,  vif,  pétulant  :  tous 
deux  arrangés  avec  art  et  brodés  avec  une  richesse  extrême.  Si  l'on 
voulait  décrire  tout  ce  que  l'auteur  y  a  prodigué  de  capricieuses  ara- 
besques et  de  fines  ciselures,  on  n'aurait  jamais  fini,  et  l'on  n'en  don- 
nerait après  tout  qu'une  idée  fort  incomplète,  car  il  y  a  dans  la  mu- 
sique des  choses  que  les  paroles  ne  sauraient  définir.  Laissons  donc 
de  côté  les  épithôtes  et  les  métaphores,  et  contentons-nous  de  signa- 
ler aux  artistes  ces  deux  joyaux,  dont  leur  talent  seul  peut  faire  briller 
l'éclat  aux  yeux  du  public. 

Par  la  même  raison  nous  nous  bornerons  également  à  leur  indiquer 
deux  mazurkas  et  une  valse  intitulée  ¥  Etoile  du  soir,  que  l'on  croi- 
rait dictées  par  Chopin,  tant  elles  ont  d'originalité,  de  grâce  et  de 
fantaisie. 

Nous  avons  annoncé  deux  romances.  Ce  sont  les  Etoiles  et  le  Pa- 
pillon. Elles  sont  conçues  dans  le  système  allemand,  et  ne  présen- 
tent pas,  comme  les  romances  françaises,  trois  couplets  parfaitement 
semblables,  où  le  même  chant  s'ajuste  comme  il  peut  sur  des  vers 
où  tout  est  différent,  les  idées  comme  le  rhythme,  le  sentiment  aussi 
bien  que  les  images.  M.  Blumenthal  serre  de  plus  près  la  pensée  du 
poète.  11  varie  l'accompagnement  et  la  tonalité  ;  il  change  la  mélodie 
elle-même  si  l'expression  le  demande  absolument.  Le  Papillon  en 
offre  un  remarquable  exemple.  S'il  y  a  plus  d'unité  dans  les  Etoi- 
les, c'est  que  les  trois  jolies  stances  de  M.  le  comte  Wallon  ne  sont 
que  le  développement  progressivement  uniforme  d'une  seule  idée. 
Rien  de  plus  gracieux,  d'ailleurs,  que  ces  deux  cantilènes.  Le  chant  y 
esl  parfaitement  vocal,  l'harmonie  très-distinguée,  et  l'on  voit  que  la 
partie  de  piano  a  été  écrite  par  un  homme  qui  connaît  toutes  les 
ressources  et  tous  les  effets  de  cet  instrument. 


Ce  que  nous  disions  en  commençant  de  l'inspiration  poétique  et 
dramatique  dont  Blumenthal  est  éminemment  doué,  nous  porte  à 
croire  qu'il  peut  avec  succès  se  produire  au  théâtre,  et,  dans  son  in- 
térêt comme  dans  le  nôtre,  nous  n'hésitons  pas  à  l'y  encourager. 

G.  HÉQUET. 


AUTOBIOGRAPHIE  DE  L.  SPOHR. 

Louis  Spohr,  dont  le  monde  musical  déplore  la  perte  récente  (1),  a 
laissé  en  manuscrit  une  autobiographie  qui  paraîtra  prochainement  à 
la  librairie  G.  H.  Wigand  de  Gôttingue.  Cet  ouvrage  de  l'illustre  maî- 
tre, qui,  depuis  la  mort  de  Frédéric  Schneider,  était  le  dernier  repré- 
sentant de  la  grande  école  classique  allemande,  ne  pourra  manquer 
d'exciter  l'intérêt  et  la  curiosité  de  ses  nombreux  amis  et  admira- 
teurs. Spohr  est  moins  connu  en  France  qu'il  ne  mérite  de  l'être,  et 
nous  ne  savons  si  son  autobiographie  aura  les  honneurs  de  la  traduc- 
tion. Mais  nous  croyons  faire  plaisir  aux  lecteurs  de  la  Revue  et  Ga- 
zette musicale  en  traduisant  dès  aujourd'hui  une  anecdote  fort  cu- 
rieuse, extraite  du  manuscrit  inédit  et  publiée  textuellement  par 
M.  Ch.  Bansi,  de  Minden,  dans  le  Minden-Lubecker  Kreis-Blatt.  La 
voici  telle  que  la  raconte  Spohr  : 

»  En  1808,  se  tint  à  Erfurt  le  fameux  congrès  pendant  lequel  Na- 
poléon avait  pour  hôtes  son  ami  l'empereur  Alexandre,  et  les  rois  et 
princes  allemands,  ses  alliés.  Tous  les  curieux  des  environs  affluaient 
h  Erfurt  pour  admirer  la  pompe  qui  s'y  déployait.  Moi  aussi,  je  partis 
à  pied  de  Gotha  avec  quelques-uns  de  mes  élèves,  moins  pour  voir 
les  grands  de  la  terre  que  pour  admirer  les  illustrations  du  théâtre 
français,  Talma  et  Mlle  Mars.  L'Empereur  avait  fait  venir  de  Paris 
ses  acteurs  tragiques,  et  chaque  soir  on  donnait  un  des  ouvrages 
classiques  de  Corneille  ou  de  Racine.  Je  pensais  pouvoir  assister,  avec 
mes  compagnons  de  voyage,  à  l'une  de  ces  représentations,  lorsque 
j'appris  que,  par  malheur,  elles  n'étaient  destinées  qu'aux  princes  et  à 
leur  suite,  et  que  toute  autre  personne  en  était  exclue.  J'espérai 
pourtant  pouvoir  trouver  place  à  l'orchestre,  par  l'entremise  des 
musiciens;  mais  je  dus  aussi  renoncer  à  cette  idée,  car  il  leur  était 
sévèrement  dé'.èndu  d'amener  qui  que  ce  fût.  Enfin,  j'imaginai  l'ex- 
pédient de  remplacer  avec  mes  élèves  un  égal  nombre  de  musiciens 
et  d'assister  à  la  représentation  en  jouant  les  entr'actes.  Une  gratifi- 
cation y  fit  consentir  les  musiciens,  qui  savaient  bien  que  leurs  sup- 
pléants les  remplaceraient  convenablement.  Mais  une  autre  difficulté 
se  présenta  :  les  parties  de  violon  et  d'alto  ne  nous  donnaient  que 
trois  places,  et  comme  nous  ne  savions  jouer  d'aucun  autre  instru- 
ment d'orchestre,  l'un  de  nous  eût  été  obligé  de  renoncer  à  la  repré- 
sentation. J'eus  alors  l'idée  d'essayer  si  je  ne  pourrais  pas,  dans  l'es- 
pace d'une  journée,  apprendre  assez  de  cor  pour  me  charger  de  la 
partie  de  secoud  cor.  J'allai  tout  de  suite  chez  celui  que  je  voulais 
remplacer,  j'empruntai  son  instrument  et  je  me  mis  à  l'étude.  Je 
commençai  par  produire  d'épouvantables  sons;  mais  après  une  heure  à 
peine,  je  réussis  à  articuler  les  sons  naturels  du  cor.  Après  dîner,  mes 
élèves  allèrent  se  promener;  moi,  je  repris  aussitôt  mes  exercices,  et 
malgré  la  douleur  que  j'éprouvais  aux  lèvres,  je  n'eus  de  repos  que 
lorsque  je  fus  en  état  de  jouer  correctement  la  partie  de  cor  de  l'ou- 
verture —  à  la  vérité  très-facile  —  et  des  entr'actes  qui  devaient  être 
exécutés  le  soir. 

»  Ainsi  préparé,  je  me  joignis,  avec  mes  élèves,  aux  autres  musi- 
ciens, chacun  portant  son  instrument  sous  le  bras,  et  nous  gagnâmes 
nos  places  sans  difficulté.  Nous  trouvâmes  la  salle  dans  laquelle  on 
avait  élevé   le  théâtre  brillamment  éclairée,  et  déjà  remplie  par  la 

(1)  11  mourut  a  Cassel  le  22  octobre  1859.  Voir  sa  nécrologie  dans  la  Revue  et 
Gazette  musicale  du  13  novembre  1SÔ9. 


DE  PARIS. 


Gl 


nombreuse  suite  des  princes.  Les  places  réservées  à  Napoléon  et  à  ses 
hôtes  se  trouvaient  tout  contre  l'orchestre.  En  corniste  frais  éclos  que 
j'étais,  je  confiai  la  conduite  de  l'orchestre  au  plus  capable  de  mes 
élèves,  me  soumettant  moi-même  à  sa  direction.  Peu  de  temps  après 
qu'il  eut  fait  prendre  l'accord,  les  augustes  personnages  parurent,  et 
l'ouverture  commença.  L'orchestre  formait  une  lorgue  ligne  tournée 
vers  la  scène,  et  il  était  sévèrement  interdit  aux  musiciens  de  se  re- 
tourner vers  les  princes  pour  satisfaire  leur  curiosité.  Comme  j'en 
avais  été  prévenu  à  l'avance,  j'avais  emporté  un  petit  miroir  à  l'aide 
duquel  je  pus  examiner  impunément  les  arbitres  des  destinées  de 
l'Europe,  dès  que  l'ouverture  fut  achevée.  Cependant  je  fus  tellement, 
captivé  par  le  jeu  admirable  des  artistes  tragiques,  que  j'abandonnai 
bientôt  mon  miroir  à  mes  élèves,  portant  toute  mon  attention  vers  la 
scène.  Mais  les  douleurs  que  je  ressentais  aux  lèvres  augmentèrent,  à 
chaque  entr'acte,  et  à  la  fin  de  la  représentation  elles  étaient  si  gon- 
flées et  si  meurtries  que  je  pus  à  peine  souper.  Même  le  lendemain, 
après  mon  retour,  ma  jeune  femme  ne  fut  pas  peu  surprise  en  me 
revoyant  avec  ces  lèvres  de  nègre,  et  j'augmentai  sa  stupeur  en  lui 
disant  que  j'étais  réduit  à  cet  état  à  force  d'avoir  embrassé  les  jolies 
Erfurtoises.  Mais  elle  se  moqua  bien  de  moi  quand  elle  sut  l'histoire 
de  mes  études  de  cor.  » 

Théodore  PARMENTIER. 


BIBLIOGRAPHIE  MUSICALE. 

Henry  lAtolff.  —  Douleur,  mélodie  pour  voix  de  soprano  ou  ténor, 
paroles  de  M.  E.  Dupont.  —  Le  Vent  d'automne,  mélodie  pour  voix  de 
mezza-soprano  ou  baryton,  paroles  de  M.  A.   Duvernois. 

Au  milieu  de  ces  compositions  hardies  et  grandioses  qui  nous  ont  ré- 
vélé, l'an  dernier,  l'immense  portée  du  talent  qu'Henry  Litolff  a 
mûri  dans  une  longue  retraite,  ne  nous  étonnons  pas  de  rencontrer 
quelques  pages  modestes  et  calmes,  comme  colles  que  nous  avons 
en  ce  moment  sous  les  yeux.  Les  concertos-symphonies  du  célèbre 
pianiste  nous  ont  prouve  qu'il  se  plaisait  à  procéder  par  les  con- 
trastes les  plus  imprévus,  par  les  oppositions  les  plus  piquantes. 
Descendu  des  régions  vertigineuses  où  son  inspiration  nous  l'a 
montré,  planant  comme  l'aigle  aux  ailes  puissantes,  aux  serres  vi- 
goureuses, il  semble  avoir  voulu  reposer  sa  pensée  dans  ces  deux 
mélodies  d'un  caractère  si  différent,  quoique  empreint  à  un  haut 
degré  du  cachet  original  qui  le  distingue.  La  première,  intitulée 
Douleur,  et  dédiée  à  Mme  Gueymard,  est  un  petit  morceau  d'une 
seule  haleine,  à  la  façon  de  Schubert.  Les  paroles  mélancoliques  de 
M.  Emile  Dupont  y  sont  traduites  avec  un  grand  bonheur  d'expres- 
sion, et  la  phrase  principale  y  est  ramonée  deux  fois  avec  un  charme 
infini.  Est-il  besoin  d'ajouter  que  le  piano  joue  un  rôle  important 
dans  cette  mélodie  tout  à  fait  digne  de  l'éminent  artiste  qui  l'a 
signée  ? 

La  seconde,  qui  a  pour  titre  :  Le  Vent  d'automne,  a  été  composée 
sur  de  très-gracieuses  paroles  de  M.  Abel  Duvernois.  En  voici  le 
début  : 

Savez-vous  la  chanson  que  dit  le  vent  d'automne 
Quand  la  feuille  jaunie  à  son  souffle  frissonne 
Dans  le  peuplier  noir, 
Le  soir? 

Trois  couplets  d'une  douceur  extrême,  d'une  causerie,  si  l'on  peut 
s'exprimer  ainsi,  discrète  et  intime,  répondent  à  cette  question 
posée  en  forme  de  récitatif  et  résumée  finalement  de  la  même  ma- 
nière. Le  compositeur  et  le  virtuose  se  retrouvent  dans  cette  dé- 
licieuse mélodie,  éclairée  d'un  reflet  très-visible  de  son  âme  et  de 
sa  distinction.  M.  Abel  Duvernois,  qui  l'a  inspirée,  a  droit  aussi  à 
nos  éloges.  Sa  poésie  dont  nous  venons  de  donner  un  échantillon, 
est  de  la  bonne  école,  et  la  pensée  en  est  charmante.  Le  Vent  d'au- 
tomne peut  être  chanté  par  un  mezzo-soprano  ou  par  un  baryton, 
de  même  que  Douleur  est  écrite  pour  voix  de  soprano  ou  de  ténor. 
Cette  latitude,  laissée  au  choix  des  chanteurs,  est  un  gage  de  plus 
de  la  vogue  qui  a  déjà  commencé  pour  ces  deux  mélodies,  et  à  laquelle 
nos  salons  parisiens  accorderont  bien  certainement,  cet  hiver,  une 
intelligente  consécration. 


NOUVELLES. 

*%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Mlle  Marie  Brunet  a  continué  ses 
débuts  vendredi  dernier  dans  la  Juive. 

x%  Mme  Vandenheuvel-Duprez  est  engagée  à  ce  théâtre  à  partir  du 
1er  avril. 

t*t  Le  ténor  Achard  y  est  engagé  également,  en  remplacement  de 
Dufrêne,  dont  l'engagement,  ai.isi  que  celui  de  Renard,  n'a  pas  été  re- 
nouvelé. 

„,*„,  Pierre  de  Méd'icis  sera  joué  dans  les  derniers  jours  de  ce  mois. 

t%  A  l'Opéra-Comique,  le  Pardon  de  Ploermel  a  continué  dimanche 
dernier  de  faire  salle  comble.  On  l'a  encore  joué  mercredi,  et  jeudi  le 
rétablissement  de  Montaubry  a  permis  au  Roman  d'Elvire,  le  nouvel  opéra 
d'Ambroise  Thomas,  de  reparaître  sur  l'affiche  et  sur  la  scène. 

„**  Vendredi  la  reprise  de  Galathée  a  eu  lieu,  avec  Mme  Cabel  dans 
le  rôle  principal  que  Mme  Ugalde  avait  créé.  Mlle  Wertheimber  rentrait 
en  possession  du  rôle  de  Pygmalion  dans  lequel  lui  avait  succédé  Faure, 
et  Ponchard  remplaçait  Mocker  dans  celui  de  Ganymède.  Il  n'était  donc 
pas  douteux  qu'avec  de  tels  interprètes  la  charmante  partition  de  Victor 
Massé  ne  fût  parfaitement  accueillie,  et  que  Mme  Cabel  ne  retrouvât  à 
Paris  le  succès  qu'elle  avait  déjà  obtenu  en  province  et  à  l'étranger  en 
chantant  le  rôle  de  Ga'athée.  Mlle  Wertheimber  a  montré  autant  de 
verve  passionnée  et  Sainte-Foy  de  gaieté  bouffonne  que  dans  la  nou- 
veauté de  l'ouvrage. 

t*ï  11  est  question  de  la  reprise  de  Masaniello,  opéra  de  Carafa. 

***  Le  théâtre  Italien  a  repris  Don  Giovanni  mardi  dernier,  avec  une 
distribution  presque  toute  nouvelle.  Badiali  remplissait  le  rôle  de  l'illustre 
séducteur  en  homme  qui  le  comprend  mieux  qu'il  ne  réussit  toujours  à 
le  rendre.  Nous  n'avons  qu'à  louer  son  jeu  ,  mais  sa  voix ,  un  peu 
lourde  et  sourde,  l'empêche  de  chanter  avec  assez  de  finesse  et  de  lé- 
gèreté. Cependant,  il  a  bien  dit  le  duo  :  La  ci  darem  la  mano,  avec 
Mme  Alboni,  dont  la  voix  n'tst  pas  assez  élevée  pour  l'air  :  Batti,  batti. 
Mme  Penco  a  été  fort  belle  dans  le  rôle  de  Dona  Anna  :  on  a  redemandé 
le  trio  des  masques,  chanté  par  elle,  Gardoni  et  Mme  Cambardi.  Zuc- 
chini  fait  toujours  du  rôle  de  Leporello  un  des  meilleurs  de  son  réper- 
toire. 

t%  M.  Calzado  a  envoyé  à  Mlle  Marie  Battu  un  magnifique  bracelet 
accompagné  d'une  lettre  très-flatteuse  pour  cette  jeune  artiste. 

t*t  Hier  samedi,  le  théâtre  Lyrique  a  donné  la  première  représenta- 
tion de  Philèmon  et  Baucis,  opéra  en  trois  actes,  dont  la  musique  est  de 
Charles  Gounod. 

j,*t  L'opéra  de  Berlioz,  les  Troyens,  a  été  choisi  pour  la  réouverture  du 
théâtre  Lyrique  dans  la  nouvelle  salle  de  la  place  du  Châtelet.  Ce  nou- 
veau théâtre  prendra  le  titre  de  Théâtre  municipal  de  la  ville  de  Paris. 

„,**  Aujourd'hui  dimanche,  la  Société  des  concerts  donnera  sa  troisième 
matinée.  En  voici  le  programme:  1°  symphonie  en  me  bémol,  de  Félicien 
David  ;  2°  scène  et  bénédiction  des  drapeaux  du  Siège  de  Corinthe,  de 
Rossini  ;  3°  fragments  du  ballet  de  Prométhée,  de  Beethoven  ;  h°  chœur 
de  Blanche  de  Provence,  de  Cherubini  ;  5°  symphonie  en  ré,  de  Beethoven . 

„%  Dimanche  prochain  aura  lieu  le  quatrième  concert  de  la  Société 
des  jeunes  artistes.  On  entendra,  pour  la  première  fois  à  Paris,  M.  Gu- 
glielmi,  baryton  du  théâtre  impérial  de  Vienne,  et  M.  Auguste  Koempel, 
violon-solo  du  roi  de  Hanovre.  Voici  le  programme  de  cette  séance  : 
1°  symphonie  en  si  bémol  de  Schumann  (première  audition);  2°  fragments 
de  l'oratorio  Paulus,  de  Mendelssohn  (air,  arioso,  chœur)  ;  le  solo  sera 
chanté  par  M.  Guglielmi  ;  3°  concerto  pour  violon  (8e),  de  Spohr,  exécuté 
par  M.  Kœmpel  ;  4°  fragments  de  Christophe  Colomb,  de  Félicien  David, 
et  solo  par  Mlle  Balby  ;  5°  quatuor  de  Haydn,  par  tous  les  instruments  à 
cordes. 

*%  Une  grande  réunion  orphéonique  doit  avoir  lieu  prochainement  à 
Londres.  M.  Delaporte  est  chargé  de  l'organisation  de  cette  fête  qui  doit, 
dit-on,  réunir  trois  ou  quatre  mille  exécutants. 

»%  Par  arrêté  de  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat,  M.  Sauzay  a  été  nommé 
professeur  de  violon  au  Conservatoire,  en  remplacement  de  M.  Girard. 

à**  Notre  espérance  n'a  pas  été  trompée.  Mme  Pleyel  ne  nous  quittera 
pas  sans  se  faire  entendre  :  déjà  nous  pouvons  annoncer  qu'elle  donnera 
un  concert  le  mercredi  7  mars,  dans  les  salons  du  Louvre,  avec  orches- 
tre et  quelques  artistes  dignes  d'elle.  Ce  sera  donc  une  rare  et  belle 
soirée. 

„.*,.  S.  M.  l'Empereur  a  daigné  adresser  à  MM.  Raymond  Deslandes  et 
Aimé  Maillart,  auteurs  de  la  Voie  sacrée,  cantate  exécutée  au  théâtre 
Lyrique,  une  médaille  en  argent. 

t*t  Servais  est  à  Paris  et  compte  y  passer  quelques  semaines. 

„,*.,,  Emile  Prudent  s'est  décidé  à  donner  un  concert,  et,  comme  on 
devait  le  prévoir,  ce  concert  sera  tout  à  fait  exceptionnel.  Il  aura  lieu  le 
jeudi  8  mars,  dans  la  salle  llerz:  Roger  et  Mme  Viardot  y  chanteront; 
Alard  y  prêtera  le  concours  de  son  archet  au  célèbre  pianiste,  et  ils 
joueront  ensemble  une  sonate  de  Mozart.  Voilà  un  spécimen  du  pro- 
gramme que  nous  publierons  bientôt  complètement. 


62 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


*  Il  y  aura  dimanche  prochain,  26  février,  à  l'Institution  impériale 
des  jeunes  aveugles,  boulevard  des  Invalides,  56,  à  deux  heures  précises, 
un  grand  concert  vocal  et  instrumental  au  profit  de  la  Société  de  place- 
ment et  de  secours,  fondée  en  faveur  des  élèves  sortis  de  l'Institution. 
Dans  ce  concert  on  entendra,  pour  la  partie  vocale,  M.  Battaille  et 
Mmes  Marie  Cabel  etCazat;  pour  la  partie  instrumentale,  M.  Sarasate  et 
Mlle  Joséphine  Martin,  ainsi  que  l'orchestre  et  les  chœurs  de  l'Institu- 
tion. 

„%  L'un  des  concerts  les  plus  intéressants  de  la  saison  sera  celui  de 
Louis  Brassin,  et  aura  lieu  jeudi,  23  février,  dans  la  salle  Herz,  avec  le 
concours  de  Mlle  Enenquist,  MM.  J.  Dupuis  et  Waldbert.  Le  bénéficiaire 
y  jouera  le  grand  trio  en  si  bémol  de.  Beethoven,  un  caprice  de  concert 
et  deux  autres  morceaux  (étude  et  rêverie)  de  sa  composition,  ainsi  que 
Hochzeits-marche,  de  Mendelssohn,  transcrite  par  Liszt. 

„%  Edmond  Hocmelle,  organiste  de  Saint-Thomas-d'Aquin  et  de  la 
chapelle  du  Sénat,  donnera,  vendredi  prochain,  24  février,  une  soirée 
toute  exceptionnelle.  Le  talent  déjà  si  connu  du  jeune  compositeur,  les 
artistes  hors  ligne  qui  lui  prêtent  leur-  concours  ;  enfin ,  le  début  litté- 
raire d'une  charmante  jeune  fille,  Mlle  Jenny  Sabatier,  qui,  dit-on,  doit 
recueillir  la  couronne  de  Mme  de  Girardin,  tout  cela  forme  une  de  ces 
rares  solennités  pour  laquelle  la  salle  Herz  sera  trop  petite. 

**„  M.  H.  de  Bulow  donnera  un  troisième  concert  le  23  février,  dans 
la  salle  d'Erard. 

„%  A.  Paladilhe  donnera,  le  28  de  ce  mois,  dans  la  salle  Herz,  son  second 
concert,  où  l'on  entendra  quelques  fragments  d'un  opéra-comique  en 
trois  actes,  dont  il  a  écrit  la  musique.  Ce  jeune  artiste,  dont  la  précocité 
extraordinaire  ne  peut  se  comparer  qu'a  celle  de  Mozart,  exécutera  aussi 
quelques-unes  de  ses  nouvelles  compositions  pour  le  piano.  MM.  Pon- 
chard,  Petit,  Mlle  Baretti  et  l'orphéon  de  Saint-Denis  lui  prêteront 
leur  concours  pour  la  partie  vocale,  et  M.  Chaîne,  pour  la  partie  ins- 
trumentale. 

**,  Le  concert  d'Alfred  Jaell  est  fixé  au  vendredi,  2  mars,  salle 
Herz.  Outre  cet  éminent  artiste,  on  entendra  dans  cette  solennité  et 
pour  la  dernière  fois  de  la  saison  à  Paris,  le  célèbre  Sivori.  Mlle  Enen- 
quist, Richard  Lindau  compléteront  le  programme.  Enfin  M.  Hans  de 
Bulow  a  consenti  à  exécuter  avec  le  bénéficiaire,  un  morceau  de  Liszt 
pour  doux  pianos. 

„*,,  Le  26  février  aura  lieu,  dans  les  salons  de  M.  Debain,  une  matinée 
musicale  dans  laquelle  on  entendra  des  compositions  de  Mme  Clémentine 
Batta,  interprétées  par  Mmes  Gaveaux-Sabatier  et  Bertini,  MM.  Ritter, 
Lefebure,  Lefort,  Batta  et  Maton. 

»%  M.  Jacques  Franco-Mendès  vient  de  recevoir  la  décoration,  qua- 
trième classe,  de  Torde  Adolphe  de  Nassau. 

„%  Ed.  Wolff  vient  de  faire  paraître  un  grand  duo  brillant  pour  le 
piano  à  quatre  mains  sur  les  motifs  de  Stradella.  Nous  pouvons  prédire  à 
cette  nouvelle  composition  tout  le  succès  qui  vient  d'accueillir  les  deux 
dernières  valses-caprices  du  même  auteur,  Ida,  et  Mathilde. 

„*,  L'excellent  violoniste  Sainton,  vient  d'arriver  de  Londres,  accom- 
pagné de  miss  Dolby,  la  célèbre  cantatrice,  devenue  sa  femme.  Les 
deux  artistes  annoncent  un  concert  pour  le  Ie'  mars,  dans  la  salle  de 
l'hôtel  du  Louvre. 

i,%  Sous  le  titre  de  Réminiscences  de  Y  Ame  en  peine,  le  charmant  ou- 
vrage de  Flotow,  l'éditeur  Bonoldi  vient  de  faire  paraître  une  des  œu- 
vres les  plus  brillantes  et  les  mieux  réussies  qu'ait  produites  la  pi  urne 
féconde  de  M.  W.  Kruger. 

*%  Lundi  27  février,  M.  Eugène  Ketterer  donnera,  dans  les  salons  de 
Pleyel-Wolff  et  C%  une  soirée  musicale  et  dramatique,  avec  le  concours 
de  MM.  Herman,  Bressant  et  de  Mlle  Fix.  M.  Herman  exécutera  avec 
le  bénéficiaire  le  grand  duo  de  concert  pour  piano  et  violon  sur  les 
motifs  du  Pardon  de  Ploërmel  ;  Mlle  Fix  et  M.  Bressant  joueront  la 
piquante  comédie  de  Mlle  Augustine  Brohan,  Qui  femme  a,  guerre  a; 
M.  E.  Ketterer  exécutera  quelques-unes  de  ses  dernières  productions,  le 
Réveil  des  Sylphes,  la  Chanson  de  chasse,  VAubade  espagnole,  Darmstadt,  et 
enfin  pour  la  première  fois,  Une  marche  orientale,  à  deux  pianos,  de  l'effet 
le  plus  original. 

„,%  La  nouvelle  polka  d'Edouard  Lee,  Juanita,  est  devenue  la  com- 
mensale obligée  de  toute  soirée  dansante.  Cette  gracieuse  production 
obtiendra  cet  hiver  un  succès  de  vogue. 

„%  Vendredi,  11  de  ce  mois,  un  grand  nombre  de  personnes  réunies 
à  Notre-Dame  de  Lorette  assistaient  à  l'inauguration  d'un  harmonium 
construit  par  M.  Debain  dans  des  conditions  toutes  nouvelles.  Bien  que 
d'une  très-petite  dimension,  cet  instrument  possède  une  puissance  de 
sonorité  extraordinaire  et  une  variété  de  timbre  fort  remarquable. 
M.  Lefébure-Wély  a  fait  ressortir  avec  talent  les  ressources  de  cet 
instrument,  qui  réunit  toutes  les  qualités  qu'on  exige  d'un  orgue  de 
chœur  pour  une  grande  église. 

„,%  Le  recueil  des  remarquables  mélodies  de  A.-E.  de  Vaucorbeil , 
format  partition  in-8",  volume  réunissant  les  anciennes  et  les  nouvelles 
productions,  vient  de  paraître  au  Ménestrel,  2  bis,  rue  Vivienne.  — 
Expédition  franco,  6  francs. 


a,**  Nous  copions  textuellement  l'affiche  du  1er  concert  qui  sera  donné  à 
Paris  par  Jullien.  «L'administration  du  Cirque  de  l'Impératrice  a  l'honneur 
d'annoncer  qu'elle  vient  de  conclure  un  engagement  avec  M.  Jullien,  de 
Londres,  et  les  principaux  solistes  de  son  orchestre,  dans  le  but  d'insti- 
tuer, à  Paris,  une  grande  société  musicale  avec  le  concours  de  laquelle 
seront  organisés  de  brillants  festivals  dans  le  genre  de  ceux  que  M.  Jullien 
a  donnés  avec  éclat  en  Angleterre,  en  Allemagne  et  en  Amérique.  Di- 
manche 1 1  mars,  à  2  heures,  grand  festival  d'inauguration  donné  à  Paris 
par  la  Société  philharmonique  universelle,  sous  la  direction  de  M.  Jullien, 
chef  d'orchestre  des  théâtres  royaux  de  S.  M.  la  reine  d'Angleterre,  de 
Drury-Lane,  de  Covent-Garden  et  du  Lyceum  de  Londres,  qui  conduira 
un  grand  ensemble  musical  de  six  cents  exécutants  choisis  parmi  les 
membres  des  plus  grandes  sociétés  chorales  et  des  meilleurs  orchestres 
de  France,  d'Angleterre,  de  Belgique  et  d'Allemagne. —  Programme: 
Première  partie.  Musique  sacrée  ;  musique  classique  :  Morceaux  choisis 
dans  la  Création,  paroles  de  M.  de  Ségur,  musique  d'Haydn  ;  le  Prophète 
Elle,  paroles  de  Bartholomew,  traduites  par  Maurice  Bourges,  musique 
de  Mendelssohn;  le  Messie,  texte  des  livres  sacrés,  musique  de  Haendel.—  2e 
partie.  Musique  héroïque;  musique  nationale:  La  Guerre,  symphonie 
épique  dédiée  à  l'armée  ;  la  Paix,  quadrille  symphonie  dédié  aux  na- 
tions; l'Harmonie  de  l'univers,  essai,  paroles  de  Humboldt,  musique  de 
Roch- Albert. —  Troisième  partie.  Voyage  musical,  morceaux  choisis  dans 
le  répertoire  des  mélodies  nationales  recueillies  par  M.  Jullien  et  exécu- 
tées par  son  orchestre  dans  sa  tournée  universelle  ;  échos  d'Italie,  d'An- 
gleterre, d'Allemagne,  de  Russie,  de  Suisse,  d'Ecosse,  d'Espagne  et 
d'Amérique. — Les  noms  des  artistes  solistes  et  des  chanteurs  seront  publiés 
dans  le  programme  détaillé  qui  paraîtra  ultérieurement.  » 

»*„,  Nouveau  pédalier.— M.  A.  Wolff,  gérant  de  la  maison  Pleyel,  a  cons- 
truit un  instrument  indépendant,  à  clavier  de  pédales,  applicable  aux 
pianos  de  toute  forme.  Ce  pédalier,  très-sonore,  offre  aux  artistes  les 
moyens  d'étudier  les  œuvres  des  anciens  maîtres,  et  est  destiné  à  secon- 
der les  travaux  de  toutes  les  personnes  qui  s'occupent  de  l'étude  de  l'orgue. 
Il  n'est  pas  volumineux  et  peut  être  introduit  dans  les  plus  petits  apparte- 
ments. C'est  une  espèce  d'armoire  adossée  à  un  mur;  l'exécutant  s'assied  sur 
un  banc  fixé  sur  le  devant,  qui  s'élève  et  s'abaisse  à  volonté,  les  pédales  se 
trouvent  sous  ses  pieds  et  il  place  devant  lui  un  piano  quelconque.  Dé- 
sormais l'organiste,  sans  sortir  de  chez  lui,  pourra  étudier  les  morceaux 
d'orgue  les  plus  compliqués,  et  le  pianiste  se  familiariser  avec  les  œuvres 
écrites  avec  pédale  obligée.  Les  compositeurs,  de  leur  côté,  y  trouve- 
ront pour  la  musique  de  piano  des  ressources  nouvelles. 

***  Les  belles  et  bonnes  actions  ne  sauraient  être  trop  connues. 
Dernièrement  nous  annoncions  la  mort  prématurée  de  M.  Brochant 
de  Villiers,  riche  amateur  de  musique,  possesseur  de  beaucoup  d'ins- 
truments, entre  autres  du  stradivarius  qui  avait  appartenu  à  Viotti, 
et  tenant  régulièrement  chez  lui  des  séances  de  musique  intime  dans 
lesquelles  il  exécutait  des  quatuors  et  quintettes  avec  MM.  Croisilles, 
Casimir  Ney,  Deldèvez,  Rignault  jeune  et  A.  Gouffé.  Aujourd'hui  nous 
avons  à  enregistrer  la  noble  et  ingénieuse  libéralité  de  la  veuve  de  cet 
homme  honorable.  M.  Brochant  de  Villiers  avait  cinquante-sept  ans  :  en- 
levé subitement,  il  n'avait  pu  dicter  ses  volontés  dernières  ;  sa  veuve  s'est 
chargée  de  l'exécution  de  son  testament  présomptif,  et,  ne  se  réservant 
que  le  violon  de  Viotti  que  jouait  son  mari,  elle  a  offert  aux  artistes 
nommés  plus  haut  les  magnifiques  instruments  dont  ils  se  servaient 
chez  lui,  ainsi  que  sa  bibliothèque  musicale,  pour  qu'ils  en  fissent  entre 
eux  le  partage,  en  leur  disant  :  «  Comme  je  désire  que  les  séances  in- 
»  terrompues  continuent  dans  votre  mémoire,  mon  notaire  est  chargé 
»  de  compter  à  chacun  de  vous  une  somme  de  quinze  cents  francs.  » 
Un  violoncelle  de  Gaspard  de  Salo  avait  été  cédé  a  M.  Brochant  par  un 
membre  du  quintette.  Mme  Brochant  l'a  offert  à  son  ancien  possesseur, 
en  lui  disant  avec  une  grâce  exquise  :  «  Monsieur  Brochant  était  extrê- 
»  mement  distrait  ;  il  avait  peut-être  oublié  de  vous  le  payer  :  repre- 
»  nez-le  en  ma  considération.  »  Enfin,  voulant  aussi  laisser  un  souvenir 
de  son  mari  aux  plus  infortunés  parmi  les  artistes,  cette  excellente 
dame  a  fait  offrir  par  M.  Gouffé  un  don  de  4,000  francs  à  l'Asso- 
ciation des  artistes  musiciens,  dont  M.  Brochant  était  membre  hono- 
raire. 

„*,,  La  mère  du  célèbre  compositeur  Franz  Schubert,  Anna  Schubert, 
vient  de  mourir  â  Vienne  ;  elle  avait  atteint  sa  soixante-dix-septième 
année. 

„%  Les  obsèques  de  M.  le  comte  Pillet-Will  ont  été  célébrées  mardi 
dernier  en  l'église  Notre-Dame-de-Lorette ,  au  milieu  d'un  nombreux 
concours  d'amis  et  de  notabilités  diverses.  Né  à  Montmélian',  en  Savoie, 
l'honorable  défunt  tenait  par  sa  mère  a  la  famille  d'Aguesseau.  Etabli 
à  Paris  sous  l'empire,  il  y  créa  une  grande  maison  de  banque  et  remplit 
de  nombreuses  fonctions  gratuites  :  il  fut  un  des  fondateurs  de  la  caisse 
d'épargne  en  1818,  et  depuis  1828  il  siégeait  parmi  les  régents  de  la 
Banque.  Il  avait  institué  quatre  grands  prix  scientifiques  â  l'Académie 
royale  de  Turin  ;  grand  amateur  de  musique,  et  compositeur  lui-même, 
il  était  lié  avec  les  plus  célèbres  artistes,  et  comptait  Bossini  au  nombre 
de  ses  plus  assidus  visiteurs.  11  avait  eu  Baillot  pour  maitre  de  violon. 
M.  le  comte  de  Germiny,  gouverneur  de  la  Banque,  lui  a  offert  sur  sa 
tombe  un  dernier  témoignage  d'estime  et  de  regrets. 


DE  PARIS. 


63 


CHRONSQUE    DÉPARTEMENTALE. 

+*t  Rouen.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploermel  a  eu 
lieu  mercredi  dernier,  15  courant,  devant  une  salle  comble,  et  la  par- 
tition nouvelle  de  l'illustre  maestro  a  obtenu  un  véritable  succès  d'en- 
thousiasme. L'ouverture  a  produit  un  effet  grandiose.  Parmi  les  mor- 
ceaux qui  ont  été  le  plus  applaudis  nous  citerons  la  Berceuse;  les  cou- 
plets bouffes,  Dieu  nous  donne  à  chacun  en  partage  ;  l'air  d'Hoël,  0  puis- 
sante magie',  la  romance  le  Vieux  sorcier  de  la  montagne;  le  chœur  le 
Retour  du  cabaret  ;  l'air  de  YOmbre,  chantée  par  Mme  Barbot  de  la 
façon  la  plus  brillante  ;  les  couplets  de  Coreutin,  Ah  I  que  fai  froidl  ah  ! 
que  j'ai  peurl  le  grand  trio  finale  du  second  acte,  l'air  du  chasseur, 
le  quatuor  du  Pater  noster,  la] romance  Ah\  mon  remords  te  venge]  et 
enfin  le  chœur  du  Pardon  qui  termine  la  partition.  L'interpréta- 
tion a  été  très-bonne.  Le  rôle  d'Hoël  a  été  tenu  avec  une  grande  dis- 
tinction par  notre  oaryton  M.  Meric.  M.  Gerpré  a  été  parfait  d'un  bout 
à  l'autre  du  rôle  de  Corentin.  Mme  Barbot ,  chargée  du  rôle  impor- 
tant de  Dinorah  ,  en  a  fait  ressortir  admirablement  toutes  les  beau- 
tés. N'oublions  pas  MM.  Bonnesseur  et  Barbot  qui,  dans  les  personnages 
secondaires  du  chasseur  et  du  faucheur,  ont  remporté  un  succès  trè;-écla- 
tant.  La  mise  en  scène,  en  tout  semblable  à  celle  de  l'Opéra-Comique,  a 
provoqué  un  véritable  enthousiasme,  et,  après  le  tableau  du  Val  maudit, 
M.  Halanzier,  notre  habile  et  intelligent  directeur,  a  été  rappelé  de 
toutes  parts,  et  a  été  contraint  de  venir  recevoir  les  marques  les  plus 
vives  de  la  sympathie  générale. 

„%  Lyon.  —  La  troupe  de  grand  opéra  a  repris  Robert  le  Diable  et  les 
Huguenots.  MM.  Bertrand,  Bonnefoy,  Mathieu  et  Vigourel  ont  obtenu 
beaucoup  de  succès.  Mme  Rey-Balla,  dans  le  rôle  de  Valentine,  a  été  très- 
applaudie,  et  Mlles  "Wilhème  et  de  Maessen  ont  reçu  de  nombreuses  mar- 
ques de  sympathies  de  l'auditoire.  —  M.  Ferdinand  de  Croze  a  donné, 
mardi  dernier,  un  concert  digne  d'une  mention  particulière,  avec  le 
concours  de  M.  Arnstein,  célèbre  violoniste  hongrois.  M.  Sain  d'Arod, 
qui  avait  organisé  la  soirée,  a  fait  entendre,  sous  forme  de  répétition, 
une  composition  nouvelle  intitulée  la  Fin  des  temps,  qui  doit  être  exé- 
cutée à  Paris  au  mois  d'avril  dans  un  concert  donné  au  théâtre  Italien. 

„%  Saint-Omer.  —  M.  H.  Henvyn  a  donné,  le  9  février,  un  grand 
concert  avec  le  concours  de  Mme  Anna  Bochkoltz-Falconi.  L'éminent 
violoniste,  notre  compatriote,  a  exécuté  de  la  façon  la  plus  brillante  plu- 
sieurs de  ses  compositions  et  a  été  applaudi  à  outrance.  Mme  B.  Fal- 
coni  a  produit  aussi  un  grand  effet  et  a  partagé  avec  le  bénéficiaire  les 
honneurs  de  la  soirée. 

„,*„,  Marseille,  5  février.  —  On  s'occupe  activement  de  l'opéra  de 
M.  Auguste  Morel,  le  Jugement  de  Dieu,  dont  les  répétitions  avaient  été 
interrompues  par  l'indisposition  d'Armandi  ;  ce  ténor  a  été  forcément 
remplacé  dans  le  répertoire  par  un  autre  ténor,  Duluc,  qu'on  a  fort 
bien  accueilli.  Le  Pardon  de  Ploermel  sera  monté  ensuite.  Il  n'est  pas 
vrai  que  M.  Letellier,  le  directeur,  nous  quitte  avant  la  fin  de  l'année 
théâtrale. 

*%,  Alger.  —  Mme  Piquet-Wild  a  obtenu  un  très-beau  succès  au  qua- 
trième acte  de  Robert  le  Diable,  après  l'air  de  Grâce,  qu'elle  a  chanté  avec 
un  talent  et  une  puissance  dramatique  véritables.  La  reprise  des  Dra- 
gons de  Villars  a  fait  un  grand  plaisir.  —  On  annonce  comme  très-pro- 
chaine la  reprise  de  V Étoile  du  Nord. 


CHRONIQUE   ETRANGERE. 

»%  Bruxelles.  —  Hier  samedi  a  eu  lieu,  au  Cercle  artistique  et  litté- 
raire, la  séance  d'inauguration  d'une  véritable  institution  nationale  pa- 
tronnée par  le  gouvernement.  M.  Fétis  s'est  chargé  d'organiser  un 
concert  annuel  dont  le  programme  sera  exclusivement  composé  d'œu- 
vres  de  maîtres  belges. — Au  théâtre  de  la  Monnaie,  le  Pardon  de  Ploermel 
attire  constamment  la  foule.  Les  Deux  vieilles  gardes,  la  charmante  opé- 
rette de  Delibes,  a  obtenu  du  succès  au  théâtre  du  Parc. 

JftJMge,Vô  février. — Le  concert  qui  accompagne  !a  distribution  des  prix 
du  Conservatoire  avait  attiré  une  foule  considérable.  Dans  cette  belle  solen- 
nité, un  nombreux  orchestre,  que  M.  Daussoigne-Méhul  avait  placé  sous 
l'habile  direction  de  M.  Terry,  a  exécuté,  avec  un  sentiment  exquis  des 
nuances,  une  perfection  peu  commune,  le  Barde  Eburun,  andante  sym- 
phonique  d'un  style  correct  et  sévère,  d'un  de  nos  bons  et  modestes 
compositeurs,  M.  Jaspar;  l'ouverture  du  Pardon  de  Ploermel,  qui  donnait  un 
avant-goût  du  plaisir  que  nous  promettait  alors  l'opéra  annoncé,  et  une 
ouverture  de  Litolfl" ,  intitulée  Maximilien  Robespierre  ,  vaste  drame 
musical.  De  chaleureux  suffrages  ont  également  récompensé  de  leurs 
solides  progrès  les  solistes,  savoir  :  deux  contralti,  Mlle  Douhard,  mé- 
daille en  vermeil,  avec  distinction;  Mlle  Lambotte,  médaille  en  argent, 
et  un  soprano,  Mlle  Canisius,  premier  prix,  toutes  trois  élèves  de 
M.  vercken;  M.  Humblet,  premier  prix,  et  MM.  Bartholoméus  et  Pied- 
bœuf,  deuxièmes  prix,  ex  œquo,  élèves  de  la  première  classe  de  chant  de 
M.  Terry  ;:  M.  Jérôme,  premier  prix  de  basson,  jeune  et  brillant  élève  de 
M.  Th.  Hadoux,  et  M.  Firket,  médaille  en  vermeil,  de  la  classe  de  violon 


de  M.  Frère.  —  A  l'occasion  de  ce  concert,  je  dois  encore  mentionner 
spécialement  les  classes  de  piano  de  MM.  Jalheau,  Ledent,  J.  Massart  et 
Henrotay,  qui  ont  fourni  aux  concours  publics  du  mois  d'août  un  contin- 
gent remarquable  de  virtuoses.  Dans  les  classes  d'hommes,  deux  élèves 
ont  obtenu  un  premier  prix  ex  [œquo,  et  deux  autres  le  premier  prix  en 
partage  ;  dans  les  classes  de  femmes, 'deux  élèves  ont  eu  le  premier  prix, 
et  quatre  ont  atteint  le  deuxième  prix,  entre  autres  les  demoiselles 
Baze,  les  filles,  si  je  ne  m;  trompe,  de  l'ancien  questeur  de  votre  assem- 
blée nationale.  Enfin,  dans  le  concours  supérieur  de  piano,  Mlle  Verninck 
a  remporté  la  médaille  en  vermeil,  avec  distinction.  —  Ces  quelques 
indications  suffiront  à  prouver  que  le  niveau  des  études,  à  notre  Conser- 
vatoire, se  maintient  à  un  haut  degré  de  prospérité,  avec  l'aide  d'intelli- 
gents professeurs  et  sous  l'impulsion  de  M.  Daussoigne-Méhul,  leur  émi- 
nent  directeur. 

„%,  La  Haye.  —  Le  théâtre  Italien,  dont  les  représentations  ont  lieu  le 
lundi,  jouit  d'une  faveur  toujours  croissante,  grâce  au  talent  de  Mme  de 
Vriès,  qu'on  ne  se  lasse  pas  d'applaudir  dans  Norma,  Lucrezia  Borgia  et 
le  Trovatore.  On  espère  qu'elle  se  fera  entendre  bientôt  dans  le  Prophète, 
et  qu'elle  n'y  réussira  pas  moins  qu'à  la  Nouvelle-Orléans,  où  elle  a  chanté 
le  rôle  de  Fidès  vingt-huit  fois  de  suite. 

„*4  Hambourg.  —  Au  dernier  concert  philharmonique,  on  a  entendu 
Joachim,  qui  nous  a  joué  un  concerto  pour  violon,  de  Leethoven,  et 
la  sonate  de  Tartini,  avec  un  incomparable  talent. 

„%  Berlin. —  La  recette  du  théâtre  Italien  s'est  élevée  pendant  le  mois 
de  janvier  à  20,000  thalers  (près  de  80,000  fr.).—  M.  H.  de  Bulow  vient 
d'être  nommé  pianiste  de  la  cour.  —  La  célèbre  harpiste,  Mlle  Moesner, 
annonce  un  deuxième  concert  au  théâtre  Italien.  —  Le  succès  que 
A.  Dreyschock  a  obtenu  à  son  premier  concert,  a  aussi  décidé  le  célè- 
bre pianiste  à  donner  une  deuxième  soirée  avant  son  départ  pour  Saint- 
Pétersbourg.  —  M.  Dumont ,  professeur  au  Conservatoire  de  Bruxelles, 
s'est  fait  entendre  sur  la  flûte  à  la  salle  Kroll  :  il  a  joué  de  manière  à 
électriser  l'auditoire. 

„,%  Vienne.  —  Les  Huguenots  viennent  de  faire  leur  réapparition.  La 
foule  était  accourue,  et  elle  applaudissait  tout  comme  si  elle  assistait 
pour  la  première  fois  à  ce  beau  drame  lyrique.  La  représentation  a  été 
excellente  de  tout  point,  et,  dans  le  rôle  de  Valentine,  Mme  Czillag  a 
obtenu  un  de  ses  plus  beaux  triomphes. 

„%  Mayence.  —  A  l'occasion  d'une  réunion  des  membres  de  la  Société 
musicale  du  Rhin  central,  la  Liedertafel  a  organisé  un  concert  où  on  a 
fait  entendre  la  symphonie-cantate  de  Mendelssohn,  et  Ode  au  printemps, 
composition  nouvelle  de  Raff,  dans  laquelle  Mme  B.  Schott  a  exécuté 
avec  beaucoup  de  grâce  et  d'élégance  la  partie  très -difficile  de  piano. 

„%  Pesth.  —  La  faux  en  argent  massif  que  Mme  Schodel  portait  quand 
elle  jouait  le  rôle  de  Norma,  vient  d'être  déposée  par  son  fils  au  musée 
national  de.  cette  capitale.  Cette  faux,  qui  est  dorée  et  enrichie  de  deux 
cent  neuf  pierres  fines  provenant  des  mines  de  Hongrie,  avait  été  offerte 
en  1840  à  la  célèbre  cantatrice  par  ses  admirateurs. 


EÉPONSE    A    M.    FÉTIS 

RÉFUTATION  DE  SON  MÉMOIRE  SUR  CETTE  QUESTION  : 
Les   G-recs   et   les  Romains  ont-ils   connu   l'harmonie  simultanée  des  sons? 
En  ont-ils  fait  usage  dans  leur  musique? 

Far  SI.  A.  <J.  II.  VIWCEWT, 

Membre  de  l'Institut. 

Une  brochure  in-8°  de  80  pages;  5  planches.  —  Prix  :  2  fr.  50. 

Se  trouve  chez  M.  Blanchet,  éditeur  de  musique,  11,  rue  de  Richelieu. 


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Musique  de 

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64 


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DE    L'ANCIENNE    S^AISOl    ROLLER    ET    BLANCHET    FILS 

A  Paris,  ru<*  d'Hauteville,  n°  «G. 

Celte  maison  est  connue,  depuis  de  longues  années,  pour  la  remarquable  supériorité  de  ses  pianos  droits. 

Blanchet  fils,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique,  a  consacré  le  fruit  de  ses  études  scientifiques  et  de  ses  constantes  recherches  au  per- 
fectionnement de  son  industrie  ;  et  après  avoir  obtenu,  aux  diverses  expositions  d'Angleterre  et  de  France,  les  plus  hautes  récompenses,  il 
a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  par  le  jury  international  de  l'Exposition  universelle  de  1855. 

Convaincu  de  la  nécessité  de  mettre  à  la  portée  de  tous  les  instruments  fabriqués  avec  conscience  et  pouvant  satisfaire  aux  qualités  artisti- 
ques aussi  bien  qu'aux  principes  de  solidité  garantis  par  une  longue  réputation,  Blanchet  fils  vient  de  créer  un  nouveau  modèle  de  piano  dit 
format  de  commerce,  qui,  tout  en  possédant  les  qualités  d'une  facture  de  premier  ordre,  a  l'avantage  d'être  accessible  à  toutes  les  fortunes. 
Les  instruments  de  ce  format  sont  à  cordes  verticales,  obliques  ou  demi-obliques.  Désormais  cette  importante  manufacture  réunira  donc  les 
deux  branches,  également  essentielles,  d'une  fabrication  à  la  fois  artistique  et  commerciale. 


EN  VENTE  CHEZ  G.  BRANDUS  ET  S.  DUFOUB,  EDITEURS,  103,  RUE  DE  RICHELIEU,  AU  I". 

Ouverture 


neu 


Grande  partition. — Parties  d'orckestre 
Pour  piano.  —  A  quatre  mains  de 


TRUEli 


POUR    PARAITRE    INCESSAMMENT 
MARCHE  et   CANTATE  composées  pour  le  festival  donné  à  Paris  en  l'honneur  du  400"  anniversaire  de  la  naissance  de 


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MUSIQUE  DE  PIANO 

Cliimay   (princesse  A.  de).  Mélusine,  valse  brillante 5    » 

Blllema  (R.).  Op.  42.  Une  soirée  sur  l'eau 5    » 

—  Op.  45.  Fleur  d'espérance,  nocturne ■   .   .   .   .  5    » 

ileiicr  (S.).  Op.  93.  Deux  valses  :  N°  1,  en  ré  bémol 6    » 

N°  2,  en  mi  bémol  mineur.  .  6    » 

Hubené  (L.).  L'illusion,  morceau  de  genre 7  50 

—  Une  Larme,  poésie  musicale 5     » 

—  Express-train,  grand  galop  brillant 7  50 

Kriiger  (W.).  Op.  96.  Marche  nocturne 5     » 

—  Op.  97.  Guitare,  polonaise-bolero 5    » 

liefénure-Wély.  Op.  138.  La  Bergerie,  scène  champêtre.    .    .  6    » 


MUSIQUE  POUR  ORGUE-HARMONIUM 

Besozzi.  Musique  religieuse  des  grands  maîtres  anciens  et 
modernes,  transcrite  pour  orgue-harmonium ,  en 
quatre  suites,  chaque 6    » 

MUSIQUE  DE  CHANT 

Lalo  (E.).  Ballade  à  la  Lune,  chanson   humoristique,  paroles 

d'Alfred  de  Musset 5    » 

SOUS  PRESSE  : 

Boclikollz-Falconi.  Six  mélodies  pour  voix  de  soprano,  avec  ac- 
compagnement de  piano. 
Gloggner.  Quatre  mélodies  à  une  voix,  avec  accompag.  de  piano. 


Paris,  citez  CUOCBEXS,  éditeur,  rue  Saint-IIonoré,  %C5,  près  l'Assomption. 


POUR  PARAITRE  LE   23  FÉVRIER. 


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Opéra  en.  trois  actes,  paroles  de  MM.  BARBIER  et  CARRE,  musique  de 

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homances,  Airs,  Duos,  Trios,  pour  toutes  les  voix  (avec  accompagnement  de  Piano). 
DANSES  par  dnllien,  Marx,  Musard,  Strauss,  Xalexy  (pour  Piano   et  à  quatre  mains), 

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Asclicr,  Burgnmllcr,  Cramer,  Croisez,  Gonnod,  Goria,  Ketterer,  tecarpentier,  Lysberg,  Paul  Bernard. 


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BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


N°  0. 


OR  S'ABONNE  1 

Dan*  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tout 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  de*  Postât. 


REVUE 


26  Février  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Parij 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse —     30  «       id. 

Étranger 34  "       'd« 

le  Journal  parait  la  Dimanche. 


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GAZETTE  lySIOÂLE 


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Nos  abonnés  reçoivent,   avec   le   numéro  de  ce  jour, 
LE  ROUET,   liett,  musique   de   F.  de   Dibtog. 


SOMMAIRE.  —  Sur  l'enseignement  populaire  de  la  musique  (4e  et  dernier 
article),  par  Fétis  père.  —  Théâtre  Lyrique  :  Philémon,et  Baucis,  opéra 
en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Jules  Barbier  et  Michel  Carré,  musique  de  M.  C. 
Gounod,  par  Léon  Muroclier.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe 
Botte .  —  Emile  Prudent,  deuxième  édition  de  la  Danse  des  Fées,  par  le  même . 
—  Correspondance:  Saint-Pétersbourg. —  Revue  des  théâtres,  par  S».  A.  B. 
Sain  t-lf-ves .  —  Nouvelles  et  annonces. 


SUR  L'ENSEIGNEMENT  POPULAIRE  DE  LA  MUSIQUE. 

(4o  et  dernier  article.)  (1) 

Dans  ses  diatribes  virulentes  contre  la  musique  écrite  d'après  l'u- 
sage universel,  M.  Chevé  a  fait  souvent  appel  au  bon  sens,  ne  se  dou- 
tant vraisemblablement  pas  des  coups  mortels  que  ce  même  bon  sens 
doit  lui  porter;  il  est  cependant  certain  que,  de  tous  ses  adversaires, 
celui-là  est  le  plus  à  craindre.  Si  on  l'oblige  à  s'expliquer,  il  dira  aux 
propagateurs  de  la  notation  chiffrée  : 

«  Vous  prétendez  que  les  caractères  de  la  notation  usuelle  mas- 
quent si  souvent  les  idées  qu'ils  sont  appelés  à  représenter,  que  toute 
la  force  intellectuelle  est  dépensée  à  les  déchiffrer,  et  qu'il  n'en  reste 
plus  pour  trouver  l'intonation  et  la  durée.  Pour  démontrer  toute  la 
fausseté  de  cette  assertion,  il  suffirait  de  vous  opposer  un  fait  patent, 
à  savoir  que  des  millions  d'individus  répandus  sur  la  surface  de  la  terre, 
artistes  ou  amateurs,  lisent  ces  caractères  sans  y  éprouver  la  moindre 
difficulté,  chantent  et  jouent  correctement  leur  partie;  cependant  il 
est  certain  que  les  organisations  privilégiées  n'y  sont  pas  en  majorité, 
car  celles-ci  sont  toujours  de  rares  exceptions. 

»  Mais  il  n'est  pas  nécessaire  de  recourir  à  cette  argumentation  de 
faits  notoires,  car  il  est  tout  aussi  facile  de  faire  voir  que  l'accusation 
que  vous  portez  contre  la  notation  usuelle  de  la  musique  est  un  non- 
sens.  Il  faut,  dites-vous,  de  tels  efforts  pour  déchiffrer  cette  notation, 
que  l'intelligence  est  épuisée,  et  qu'il  n'en  reste  plus  pour  trouver 
l'intonation  et  la  durée  ;  or,  il  est  impossible  que  le  lecteur,  lorsqu'il 
a  la  connaissance  des  signes,  en  aperçoive  un  sans  savoir  immédia- 

(1)  Voir  le  n"  6. 


tement  l'intonation  et  la  durée  qu'il  représente.  L'une  des  choses 
ne  peut  aller  sans  l'autre,  et  c'est  par  là  précisément  que  cette  nota- 
tion est  admirable  ;  car  elle  peint  aux  yeux  et  leur  présente  des  faits 
saisissables  au  premier  aspect,  sans  que  l'intervention  de  l'intelli- 
gence y  soit  nécessaire.  Elle  n'exige  qu'une  connaissance  suffisante 
des  signes  et  la  mémoire  de  leur  signification.  Et  non  -seulement  elle 
peint  les  faits  musica.ix  par  les  signes  isolés,  mais  elle  les  peint  par 
groupes,  de  telle  manière  que  le  lecteur,  au  premier  aperçu  de  ceux- 
ci,  saisit  à  la  fois  par  leur  forme  tous  les  éléments  dont  ils  sont  com- 
posés. Vous  avez  réservé  cette  même  notation  pour  la  musique  ins- 
trumentale, où  les  complications  des  accords,  des  dessins  complexes 
du  chant  et  de  l'accompagnement  (dans  la  musique  de  piano ,  par 
exemple  )  sont  excessives  :  eh  bien  !  si  des  opérations  intellectuelles 
étaient  nécessaires  pour  déchiffrer  tout  cela,  et  s'il  fallait  détailler 
pendant  l'exécution,  la  lecture  serait  absolument  impossible.  Mais 
grâce  aux  formes  distinctes  de  chaque  genre  de  groupes,  l'artiste  lit 
par  masses  et  saisit  tout  l'ensemble  d'un  coup  d'ceil. 

»  Est-il  nécessaire,  d'après  ces  faits  démontrés  par  l'expérience 
universelle,  d'insister  pour  arriver  à  l'évidence  que  si  la  notation 
usuelle  permet  de  lire  de  telles  combinaisons  dans  des  mouvements 
rapides  jusqu'à  l'excès,  elle  est  mille  fois  plus  facile  dans  la  musique 
vocale?  Non  sans  doute;  car  vous  auriez  droit  de  vous  plaindre  qu'on 
mît  en  doute  votre  perspicacité.  Que  deviennent  alors  toutes  les  décla- 
mations si  peu  mesurées,  toutes  les  assertions  audacieuses  accumulées 
contre  cette  même  notation  et  contre  ceux  qui  l'enseignent?  Je  sais 
fort  bien  (c'est  toujours  le  bon  sens  qui  parle)  que  votre  dessein  n'est 
pas  d'ébranler  les  convictions  de  ceux  qui  savent  la  musique.  Ce  n'est 
pas  à  eux  que  vous  vous  adressez  lorsque  vous  leur  parlez  votre  rude 
langage  ;  ce  n'est  qu'une  voie  détournée  pour  arriver  jusqu'au  monde 
où  vous  savez  que  vous  trouverez  des  adeptes.  Cependant  il  n'est  pas 
bieu  de  faire  tant  de  bruit  et  d'insulter  toujours  ,  car  la  patience  a  des 
bornes.  Si  elle  se  lasse,  la  voix  de  la  vérité  pourra  dissiper  bien  des 
illusions. 

»  Venons  aux  éloges  que  vous  prodiguez  à  la  notation  chiffrée, 
dont  vous  attribuez  l'invention  à  Galin.  Elle  est  parfaite,  dites-vous, 
puisqu'elle  rend  clairement  et  nettement  toutes  les  idées  d'intonation 
et  de  durée  ;  que  chaque  idée  est  représentée  toujours  et  partout  par 
un  signe  unique,  et  qu'un  signe  donné  représente  toujours  et  partout 
la  même  idée.  Mais,  s'il  en  est  ainsi,  d'où  vient  donc  que  cette  même 
notation  si  parfaite  ne  peut  être  employée  pour  toute  espèce  de  musi- 
que, et  que  son  usage  est  borné  à  ce  qu'il  y  a  de  plus  élémentaire? 
D'où  cela  vient?  Je  vais  vous  le  dire. 

»  Remarquez  d'abord  qu'il  y  a  contradiction  à  dire  que  des  signes 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


donnés  représentent  toujours  et  partout  certains  éléments  de  la  musi- 
que, que  vous  appelez  des  idées,  et  à  déclarer  ensuite  qu'ils  ne  peu- 
vent servir  à  noter  la  partie  la  plus  importante  de  cet  art,  laquelle 
constitue  l'art  complet.  Avec  votre  notation,  vous  ne  pouvez  entrer 
dans  le  temple  de  cet  art,  et  vous  êtes  obligé  de  rester  dans  le  vesti- 
bule, c'est-à-dire  dans  léchant  populaire.  Pourquoi  cela?  Parce  que 
celte  notation  ne  peint  pas  les  faits  musicaux  d'une  manière  sensible, 
et  qu'il  en  faut  lire  tous  les  détails  pour  chaque  son ,  pour  chaque 
durée.  Non-seulement  il  faut  voir  chaque  chiffre,  mais  il  est  indis- 
pensable de  saisir  du  même  coup  d'oeil  les  signes  qui  en  modifient  la 
signification  et  leur  donnent  une  valeur  spéciale;  ces  points  placés 
au-dessus  ou  au-dessous,  avant  ou  après  ;  ces  barres  qui  traversent 
les  chiffres;  ces  autres  petites  barres  simples,  doubles  ou  triples 
qui  les  surmontent,  tout  doit  être  vu.  La  simplicité  des  formes  de 
la  musique  vocale  peut  admettre  une  telle  notation,  bien  que  la 
notation  ordinaire  de  la  musique  soit  incomparablement  plus  saisis- 
sable  au  premier  aspect,  précisément  à  cause  de  la  diversité  des  si- 
gnes et  de  leur  position  ;  mais  essayez  de  rendre  les  combinaisons 
multiples  de  la  musique  instrumentale  par  la  musique  chiffrée  :  la 
lecture  deviendra  impossible  à  l'œil  le  plus  pénétrant.  Ajoutez  à  cela 
les  embarras  d'une  musique  qui,  dans  son  ensemble,  embrasse  au  delà 
de  six  octaves,  et  des  modulations  incessantes  ayant  souvent  des  ten- 
dances multiples  ;  que  deviendront  alors  les  chiffres  et  comment  dé- 
terminer dans  la  rapidité  du  mouvement  leur  signification  tonale  ? 
Irez-vous  écrire  comme  au  bas  des  pages  de  votre  Panthéon  choral  : 
Modulation  à  la  quinte  inférieure  (d'ut  à  fa)  :  appelez-les  ut  uol  ; 
regardez  les  comme  des  sol.  —  Modulation  à  la  quinte  supérieure 
(de  fa  à  ni)  :  appelez  les  ut  fua  ;  regardez-les  comme  des  fa,  etc.? 
Et  vous  appelez  cela  une  notation  de  la  musique  ! 

»  Non  ;  c'est  une  notation  exceptionnelle  applicable  seulement  à 
l'enseignement  populaire  du  chant  élémentaire.  Renoncez  à  toute 
autre  ambition,  et  cessez  de  parler  aux  maîtres  de  l'art  comme  s'il  y 
avait  quelque  chose  entre  vous  et  eux,  et  comme  si  vous  aviez  à  les 
enseigner.  Rentrez  dans  le  rôle  modeste  qu'avaient  pris  Natorp  et  les 
professeurs  d'écoles  primaires  qui  suivaient  son  système.  Il  ne  restera 
plus  alors  qu'à  examiner  si  vous  n'avez  pas  à  redouter  les  mêmes  ré- 
sultats, et  si  votre  enseignement  n'est  pas  un  obstacle  invincible  à  la 
connaissance  vraie  de  la  musique.  Malheureusement  pour  les  illusions 
dont  vous  vous  bercez,  il  n'est  que  trop  vrai  que  c'est  là  que  doit 
aboutir  votre  entreprise  :  la  démonstration  en  est  facile. 

»  S'il  y  avait  quelque  point  de  contact  entre  la  notation  chiffrée 
et  la  notation  ordinaire  de  la  musique,  et  si  l'on  pouvait  la  considérer 
comme  une  introduction  à  cette  notatiou,  la  seule  dont  l'usage  est  uni- 
versel, la  seule  enfin  qui  puisse  satisfaire  à  tous  les  besoins  de  l'art, 
on  pourrait  admettre  cette  notation  des  chiffres  comme  une  méthode; 
car  toute  méthode  qui  conduite  un  résultat  final  et  déterminé  est  admis- 
sible, si  elle  présente  à  certains  esprits  une  intelligence  plus  facile  des 
choses,  et  si  elle  répond  à  certains  besoins  ou  à  des  considérations 
particulières.  Mais  il  n'en  est  point  ainsi  :  un  abîme  si  profond  sépare 
la  notation  chiffrée  de  la  notation  usuelle,  qu'aucun  moyen  n'existe 
pour  le  combler.  Vous-même  l'avez  si  bien  compris,  que  vous  n'avez 
eu  d'autre  ressource  que  de  couvrir  d'injures  et  de  mépris  cette  nota- 
tion universelle  à  laquelle  vous  ne  pouviez  atteindre.  Donc,  vos  élèves 
ne  savent  et  ne  peuvent  savoir  que  la  notation  chiffrée.  Aussi  long- 
temps qu'ils  restent  dans  vos  cours  et  y  figurent  comme  les  parties 
des  chœurs  qu'on  y  entend,  ils  peuvent  se  persuader  qu'ils  sont  dans 
la  musique  et  qu'ils  la  savent;  car  vous  leur  avez  préparé  une  sorte 
de  bibliothèque  musicale  en  chiffres  dans  des  volumes  qui  ont  pour 
titres  :  Ecole  de  la  musique  en  chiffres  ;  Panthéon  choral  ;  Album  des 
célébrités  modernes;  Album  guerrier  ;  Chants  patriotiques  célèbres  ; 
Harmonies  chrétiennes  ;  Album  choral  des  pensionnats,  etc.  En  ré- 
pétant chaque  jour  cette  musique  traduite  à  leur  usage,  les  adeptes 
,  peuvent  se  persuader  qu'ils  sont  dans  la  musique  véritable  ;  mais  un 


jour  vient  où  ils  sortent  de  vos  cours,  n'ayant  plus  rien  à  y  apprendre. 
Les  voilà  isolés,  cherchant  un  point  de  contact  nouveau  dans  l'art  et 
voulant  faire  de  la  musique,  car  ils  se  croient  musiciens.  Ils  veulent 
prendre  connaissance  des  morceaux  de  l'opéra  nouveau  dont  ils  lisent 
l'annonce  chez  les  marchands  de  musique  ;  ils  entrent  au  magasin,  et 
demandent  cette  musique  du  Jour  :  —  Qu'est-ce  que  c'est  que  cela  ? — 
Ce  sont  les  morceaux  que  vous  demandez.  —  Quoi  !  ce  grimoire  ?  — 
Sans  doute;  il  n'y  a  point  là  de  grimoire;  c'est  ainsi  que  s'écrit  la 
musique.  —  Où  cela  ?  —  Partout  :  allez  chez  tous  mes  confrères, 
vous  ne  trouverez  pas  autre  chose.  —  Allons  donc  !  —  Je  vous  dis  la 
vérité:  en  quelque  lieu  que  vous  alliez,  vous  trouverez  la  musique 
semblable  à  celle-ci.  — Est-il  possible  ? 

»  Vous  comprenez  le  reste.  Il  n'y  a  plus  d'illusion  qui  tienne  :  on 
ne  sait  pas  lire  la  musique  ;  ce  qu'on  aap  pris  ne  sert  de  rien  :  il  faut 
recommencer.  Alors  se  présentent  des  difficultés  nouvelles  et  plus 
grandes  ;  car  il  faut  oublier  la  notation  inutile  dont  on  a  la  tête 
remplie  ;  il  faut  faire  de  longs  efforts  pour  perdre  des  habitudes  in- 
vétérées, et  l'on  peut  affirmer  que  sur  dix  individus,  neuf  y  perdront 
leurs  peines.  Supposons  qu'il  en  soit  autrement  et  que  tous  réussis- 
sent dans  cette  pénible  entreprise  ;  ne  se  demandera-t-on  pas  à  quoi 
bon  deux  éducations  pour  une,  et,  puisqu'il  faut  de  toute  nécessité 
revenir  un  jour  à  la  musique  telle  qu'elle  existe,  pourquoi  ne  pas 
l'aborder  tout  d'abord,  afin  d'éviter  les  déceptions  de  l'avenir  ?  » 

Voilà,  sans  aucun  doute,  ce  que  serait  le  langage  du  bon  sens  si 
souvent  invoqué  par  M.  Ghevé.  Encore  une  fois,  s'il  ne  s'agit  que  de 
méthode  ;  si  l'objet  est  de  rendre  facile  les  notions  élémentaires  pour 
le  peuple,  qui,  par  les  nécessités  du  travail  nourricier,  n'a  que  peu 
d'instants  à  donner  à  cette  distraction,  admettons  tous  les  moyens  qui 
pourront  atteindre  ce  but,  et  dont  l'expérience  aura  démontré  l'effi- 
cacité. Mais  si,  par  hasard,  quelque  artiste  né  se  trouve  jeté  par  la 
nature  au  milieu  de  ce  monde  d'artisans,  il  faut  que  l'instruction  élé- 
mentaire qu'il  aura  reçue  ne  soit  point  un  obstacle  au  développement 
futur  de  ses  facultés;  en  un  mot,  il  faut  que  l'éducation  populaire  soit 
un  acheminement  à  l'éducation  de  l'artiste. 

Mon  attention  a  été  vivement  excitée  par  une  méthode  de  cette  espèce 
dans  un  voyage  que  j'ai  fait  récemment  à  Lille,  chef-lieu  du  départe- 
ment du  Nord.  Il  existe  dans  cette  ville  un  homme  honorable  qu'en- 
toure la  vénération  de  ses  concitoyens.  Retiré  des  affaires  et  possédant 
une  belle  fortune,  M.  Danel  (c'est  le  nom  de  la  personne  dont  je  veux 
parler),  ancien  amateur  de  musique,  lequel  a  pris  part  longtemps  à 
l'administration  du  Conservatoire  de  musique  de  Lille,  s'était  préoc- 
cupé, dans  ses  vues  philanthropiques,  des  moyens  de  propager  le  goût 
du  chant  dans  les  populations  des  villes  et  des  campagnes.  Le  résultat 
de  ses  méditations  fut  la  conception  d'une  méthode  nouvelle  dont  il 
fit  d'abord  des  essais  partiels  ;  modifiant  ses  idées  par  l'expérience,  et 
enfin  aboutissant  à  un  système  complet  d'enseignement. 

L'exposé  de  la  méthode,  dans  ses  diverses  applications,  fut  fait 
par  M.  Danel  dans  un  petit  ouvrage  qui  a  pour  titre  :  Méthode  sim- 
plifiée pour  l'enseignement  populaire  de  la  musique  vocale.  La  cin- 
quième édition  de  cet  écrit  a  paru  à  Lille  dans  les  premiers  jours  de 
cette  année.  Venu  à  Bruxelles  dans  le  cours  de  l'année  dernière, 
M.  Danel  me  fit  l'honneur  de  me  visiter,  me  remit  un  exemplaire  de 
son  ouvrage  et  m'expliqua  son  système.  Dès  le  premier  aperçu,  je 
compris  qu'il  s'agissait  dans  la  méthode  de  simples  procédés  progres- 
sifs pour  conduire  à  la  connaissance  de  la  notation  usuelle  de  la  mu- 
sique, et  non  de  la  création  d'un  système  nouveau  de  notation  : 
par  cela  même  j'accordai  immédiatement  à  M.  Danel  une  attention 
que  je  refuse  aux  rêveurs  de  réformation,  dont  le  début  consiste 
toujours  à  condamner  au  feu  tout  ce  qui  existe  de  musique. 

Ayant,  comme  plusieurs  de  ses  prédécesseurs,  la  pensée  qu'il  est 
utile  de  ne  présenter  au  début  de  l'étude  de  la  musique,  dans  l'éduca- 
tion populaire,  que  des  éléments  déjà  connus,  M.  Danel  a  pris  ces  élé- 
ments dans  l'alphabet  et  en  a  fait  une  notation  qu'il  désigne  sous  le 


DE  PARIS. 


67 


nom  de  provisoire.  Les  consonnes  initiales  du  nom  des  notes  do,  ré, 
mi,  fa,  sol,  la,  si,  c'est-à-dire  D,  R,  M,  F,  S,  L,  S,  sont  donc  les  signes 
de  ces  notes  ;  mais,  attendu  que  S,  signe  de  sol,  et  S,  signe  de  si, 
pourraient  être  confondus,  il  remplace,  pour  cette  note,  S  par  B. 
Tels  sont  donc  les  signes  des  intonations  diatoniques.  Ces  signes  sont 
ceux  de  l'octave  moyenne  de  la  voix  :  un  point  placé  au-dessus  des 
lettres  indique  une  octave  supérieure  ;  un  point  au-dessous,  une 
octave  inférieure.  S'il  falla.it  représenter  une  octave  suraiguë,  on  aurait 
deux  points  au-dessus  des  lettres,  et  pour  une  octave  grave,  on  les 
mettrait  au-dessous  ;  mais  cela  est  inutile  dans  le  chant  ordinaire. 

A  l'égard  de  la  durée  des  sons,  M.  Danel  en  représente  les  éléments 
par  les  voyelles  et  diphthongues  a,  e,  i,  o,  u,  eu,  ou,  remplaçant  seu- 
lement, pour  plus  de  simplicité  dans  la  notation,  eu  par  u  surmonté 
d'un  trait,  et  ou  par  la  même  lettre  avec  le  trait  au-dessous.  Ainsi  a 
est  le  signe  de  la  ronde  ;  e,  de  la  blanche  ;  i,  de  la  noire  ;  o,  de  la 
croche  ;  u,  de  la  double  croche  ;  eu,  de  la  triple  ;  ou,  de  la  qua- 
druple. 

S'il  s'agit  de  la  durée  réunie  à  l'intonation,  la  voyelle  représenta- 
tive de  cette  durée  se  joint  à  la  consonne  qui  est  le  signe  de  la  note, 
et  l'on  a  ainsi  les  deux  éléments  réunis  dans  une  syllabe.  Par  exemple, 
da  est  ut  ronde,  fo  est  fa  croche,  su  est  sol  double  croche,  et  ainsi 
du  reste.  Les  voyelles  isolées  sont  les  signes  des  silences  correspon- 
dant aux  durées  des  sons. 

Enfin,  pour  représenter  les  signes  modificateurs  de  l'intonation  des 
notes  dont  on  fait  usage  dans  la  notation  usuelle  de  la  musique, 
M.  Danel  a  imaginé  de  prendre  les  consonnes  caractéristiques  des 
noms  de  dièze,  bémol  et  bécarre  ;  ainsi  s  est  le  signe  du  dièze  ;  /,  celui 
du  bémol  ;  r,  celui  du  bécarre.  Réunissant  ces  lettres  aux  syllabes  dont 
il  vient  d'être  parlé,  M.  Danel  en  forme  des  mots  de  trois  lettres, 
tels  que  dus  pour  ut  dièse,  ronde  ;  roi,  pour  ré  bémol,  croche  ;  sûr, 
pour  sol  bécarre,  double  croche,  et  ainsi  des  autres  combinaisons. 
M.  Danel  appelle  langue  des  sons  le  système  de  ces  diverses  combi- 
naisons. 

Les  exercices  d'intonations  se  font  sur  les  consonnes  seules,  sans 
considération  de  durée.  Puis  vient  la  réunion  des  deux  éléments. 
Après  cette  dernière  série  d'exercices,  M.  Danel  entre  par  un  premier 
pas  dans  la  notation  usuelle,  en  remplaçant  les  consonnes  initiales  par 
les  degrés  de  la  portée  et  y  plaçant  les  voyelles  qui  représentent  les 
durées,  et  notant  ainsi  des  mélodies  populaires.  De  ce  premier  pas  à 
la  notation  tout  entière,  la  transition  est  facile  ;  car  les  différences 
d'intonations  étant  représentées  dans  l'esprit  des  élèves  par  les  degrés 
de  la  portée,  il  est  facile  de  les  conduire  progressivement  à  la  concep- 
tion de  l'identité  de  signification  des  lettres  et  des  syllabes  avec  les 
éléments  de  la  notation  ordinaire;  en  un  mot,  du  système  de  la  langue 
des  sons  avec  cette  notation. 

On  comprend  que  je  ne  puis  donner  ici  qu'une  indication  sommaire 
de  la  méthode  simplifiée  de  M.  Danel;  pour  les  développements  et 
les  détails,  il  faut  lire  le  livre  dans  lequel  il  a  exposé  son  système.  Ce 
livre  avait  déjà  excité  mon  intérêt  ;  dans  une  excursion  que  je  fis  à 
Lille,  je  priai  l'auteur  de  me  faire  voir  sa  méthode  en  pratique  ;  il 
voulut  bien  acquiescer  à  ma  demande,  et  nous  allâmes  le  soir  à  un 
des  cours  qu'il  a  établis  à  ses  frais  pour  l'instruction  du  peuple. 
Celui-là  se  faisait  à  neuf  heures  pour  de  jeunes  ouvrières,  au  sortir 
de  leurs  ateliers.  J'assistai  à  la  leçon  en  observateur,  et  je  fus  frappé, 
d'une  part,  de  la  simplicité,  de  la  lucidité  de  l'enseignement,  et  de 
l'autre,  de  la  prompte  et  sûre  application  faite  par  les  élèves  de  ce 
qui  leur  était  enseigné.  Ces  élèves,  entrés  successivement  dans  les 
cours,  avaient  reçu  de  dix  à  vingt-cinq  leçons,  et  conséquemment 
étaient  à  des  degrés  divers  d'avancement.  Les  uns  solfiaient  par  les 
procédés  de  la  langue  des  sons,  les  autres  par  la  notation  usuelle;  mais 
les  mêmes  leçons,  notées  de  diverses  manières,  étaient  chantées  avec 
justesse  et  division  exacte  des  temps  et  des  valeurs.  M.  Danel  m'ayant 
prié  d'interroger  ses  élèves  et  de  les  soumettre  à  diverses  épreuves, 


je  me  plaçai  au  clavier  d'un  harmonium,  et,  faisant  entendre  tour  à 
tour  des  notes  sans  rapport  de  tonalité,  j'acquis  la  certitude  que  les 
élèves  les  plus  avancés  en  avaient  les  intonations  dans  la  mémoire  ; 
car  toutes  ces  notes  furent  nommées  sans  hésitation.  Je  fis  entendre 
ensuite  des  accords  de  deux  sons  à  des  intervalles  divers,  consonnants 
et  dissonnants,  qui  furent  désignés  avec  autant  de  sûreté  et  par  les 
noms  des  intervalles.  Une  leçon  de  solfège,  à  trois  intervalles,  que 
j'écrivis' ensuite,  et  qui  fut  traduite  dans  la  langue  des  sons,  pour  les 
moins  avancés,  fut  chantée  d'une  manière  correcte  par  toute  la  classe 
du  cours  de  Saint-Etienne  (c'est  le  nom  de  ce  cours  de  jeunes  filles). 

M.  Danel,  mû  par  les  plus  purs  sentiments  de  philanthropie,  et 
faisant  un  noble  usage  de  sa  fortune,  a  fondé  plusieurs  cours  sembla- 
bles, non-seulement  à  Lille,  mais  dans  diverses  localités  du  départe- 
ment du  Nord,  à  Douai,  et  dans  des  villages.  D'anciens  élèves  de  ces 
cours  sont  placés  par  lui  à  la  tête  des  nouveaux  cours  qu'il  organise. 
Lui-même  s'y  rend  de  sa  personne  afin  de  s'assurer  de  la  marche 
régulière  des  études;  il  en  supporte  les  frais  avec  une  générosité  qui 
ne  peut  être  trop  louée. 

La  méthode  de  M.  Danel  est  une  simple  combinaison  de  procédés 
ingénieux  pour  répandre  l'instruction  et  le  goût  de  la  musique  dans 
le  peuple  :  je  la  considère  comme  excellente  pour  le  but  qu'il  se  pro- 
pose, et  ce  que  j'en  ai  appris  par  l'expérience  me  prouve  que  le  succès 
en  est  certain.  Elle  est  bien  une  méthode  d'enseignement  populaire, 
et  en  même  temps  elle  place  les  individus  dans  la  voie  qui  conduit  à 
la  connaissance  d'un  art  plus  élevé.  M.  Danel  est  un  homme  de  sens 
qui  ne  s'exagère  pas  la  portée  de  son  système  d'enseignement.  Dans 
nos  conversations,  il  m'a  répété  à  diverses  reprises  que  sa  conviction 
est  que  l'éducation  convenable  pour  les  artistes  est  celle  qu'ils  re- 
çoivent dans  les  conservatoires;  mais  qu'il  faut  pour  le  p-uple  des 
choses  plus  à  sa  portée  et  faciles  à  comprendre,  parce  qu'il  a  peu  de 
temps  à  consacrer  à  l'étude. 

Pour  moi,  depuis  que  j'ai  vu  cette  méthode  en  pratique,  je  ne  mets 
pas  en  doute  qu'elle  reçoive,  dans  un  temps  donné,  la  plus  large 
application  dans  l'éducation  populaire  de  la  France. 

FÉTIS  père. 


P2BIÏdEM©Bir  ET  ffiAUCIS, 

Opéra  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Barbier  et  Michel  Carré, 
musique  de  M.  Ch.  Gounod. 

(Première  représentation  le  18  février  1860.) 

On  sait  que  cet  ouvrage  n'avait  qu'un  acte  dans  l'origine,  et  qu'il 
a  été  fait  pour  le  petit  théâtre  de  Baden-Baden.  Nous  offrons  de  parier 
que  sous  sa  première  forme  il  était  amusant.  Pourquoi  ne  l'a-t-on  pas 
laissé  tel  qu'il  était?  Nous  avons  dans  Paris  quantité  de  négociants 
qui  d'une  bouteille  de  vin  de  Bordeaux  font  très-volontiers  trois  bou- 
teilles. Le  marchand  y  gagne,  mais  le  vin  n'y  gagne  pas. 

Le  titre  avait  d'avance  intrigué  beaucoup  d'honnêtes  gens  qui, 
sachant  par  cœur  le  conte  de  la  Fontaine ,  y  cherchaient  l'élément 
comique  et  ne  pouvaient  réussir  à  l'y  trouver.  Ces  deux  vieillards  qui 
ont  passé  l'âge  des  passions  sont  par  cela  même  peu  dramatiques. 
Le  seul  point  qui  piquât  leur  curiosité  était  celui  de  savoir  comment 
s'y  prendrait  le  machiniste  pour  métamorphoser  au  dénoûment  Bau- 
cis  en  tilleul.  Mais  M.  Michel  Carré  les  a  bien  attrapés  :  il  s'est  passé 
du  machiniste.  11  a  tout  bonnement  métamorphosé  la  vertueuse  Baucis 
en  jeune  coquette  et  le  sage  Philémon  en  mari  jaloux.  Mais  cela  n'ar- 
rive qu'au  troisième  acte,  et  nous  devons  d'abord  vous  dire  quelques 
mets  des  deux  premiers. 

La  pièce  débute  par  le  tableau  pastoral  qu'a  tracé  le  fabuliste.  Bau- 


68 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


cis  elle-même  régale  de  ses  vers  le  public,  charmé  de  cette  bonne 
aubaine  sur  laquelle  il  n'avait  pas  compté.  On  dira  de  nous  quelque 
jour  : 

Ilyménée  et  l'amour,  par  des  désirs  constants, 
Avaient  uni  leurs  cœurs  dès  leur  plus  doux  printemps; 
Ni  le  temps  ni  l'hymen  n'éteignirent  leur  flamme, 
et   le  reste.  Baucis  sait  par  cœur   son  la  Fontaine,   comme  nous  et 
mieux  que  nous. 

Jupiter  vient  demander  l'hospitalité  aux  deux  époux,  comme  dans 
le  conte.  Seulement  c'est  Vulcain  qui  lui  tient  compagnie  au  lieu  de 
Mercure.  Vulcain  regrette  fort  que  le  maître  des  dieux  l'ait  honoré  de 
cet  emploi  et  forcé  de  quitter  ses  forges  de  Lemnos,  où  il  était 
allé  chercher  un  asile  contre  les  quolibets  qui  pleuvaient  sur  lui  de 
toutes  parts  depuis  l'aventure,  que  vous  connaissez,  de  Mars  et  de 
Vénus. 

Autour  de  moi  j'entends  dire  : 

Vénus  n'a  pas  tort; 

Il  a  mérité  son  sort. 

Voilà  pourquoi 

J'aime  à  rester  chez  moi. 

Sa  mauvaise  humeur  ne  sert  qu'à  aiguillonner  la  malice  de  Jupiter, 
qui  ne  lui  épargne  pas  les  mauvaises  plaisanteries.  Philémon  donne 
à  souper  à  ses  hôtes  dont  il  ignore  la  qualité,  et  Baucis,  pour  égayer 
le  repas,  leur  récite  la  fable  du  rat  de  ville  et  du  rat  des  champs. 
Qui  aurait  jamais  imaginé  que  Baucis  eût  tant  de  littérature  ? 

Enfin  Jupiter  se  lève,  content  de  la  réception  qui  lui  a  été  faite. 
«  Je  vais,  dit-il,  punir  vos  compatriotes  de  leur  insolence  et  de  leurs 
méfaits.  Quant  à  vous,  bonnes  gens,  vous  serez  récompensées  de  vos 
vertus.  En  attendant  dormez  en  paix.  »  Ils  s'endorment  et  la  toile 
tombe.  Voilà  le  premier  acte,  auquel  on  ne  reprochera  pas  l'obscu- 
rité, de  l'intrigue  et  la  multiplicité  des  incidents. 

Le  second  acte  se  passe  dans  le  temple  de  Jupiter,  que  les  com- 
patriotes de  Philémon  ont  choisi  pour  en  faire  le  théâtre  de  leurs 
orgies.  Ils  boivent,  ils  chantent,  ils  dansent,  ils  blasphèment,  et  quand 
Vulcain  vient  leur  prêcher  la  tempérance  et  le  respect  des  dieux,  ils 
se  moquent  de  Vulcain.  Celui-ci  se  nomme  et  n'en  est  pas  plus  écouté. 
On  le  pousse  par  les  épaules  hors  du  parvis  sacré  et  il  se  laisse  faire. 
Mais  Jupiter  paraît  tout  à  coup  et  venge  d'un  mot  la  majesté  divine. 
Tous  ces  impies  tombent  morts  autour  du  piédestal  où  il  a  remplacé 
sa  propre  statue. 

Au  troisième  acte,  Philémon  et  Baucis  se  réveillent  dans  un  palais. 
Ils  sont  jeunes  l'un  et  l'autre  et  ont  d'abord  quelque  peine  à  se  re- 
connaître. Puis  Jupiter  arrive,  en  grand  costume  de  dieu  cette  fois, 
portant  tunique  blanche  et  pallium  de  pourpre.  Il  trouve  Baucis  plus 
belle  qu'il  ne  s'y  attendait,  et  redevient  aussitôt  ce  dieu  mauvais  sujet 
qui  a  déjà  séduit  Léda,  AIcmène  et  tant  d'autres.  Nous  ne  pouvons 
dissimuler  à  nos  lecteurs,  dussions-nous  les  scandaliser,  que  Baucis 
l'écoute  un  moment.  Philémon  s'emporte.  11  maudit  Jupiter  et  tout 
l'Olympe.  Jupiter  le  raille,  lui  dit  qu'il  ne  sait  pas  vivre  et  le  traite  de 
rustique.  Vulcain  se  frotte  les  mains  et  dit  en  regardant  Philémon  : 
Un  de  plus  !  Heureusement  Baucis  finit  par  être  touchée  du  désespoir 
de  son  mari.  Elle  redemande  à  Jupiter  ses  cheveux  blancs  et  ses 
rides.  Philémon,  attendri,  lui  pardonne,  et  Jupiter,  bafoué,  reprend  le 
chemin  de  l'Olympe. 

Ce  troisième  acte  n'est  qu'un  vaudeville  digne  du  Palais-Royal.  11 
est  la  pièce  tout  entière,  si  pièce  il  y  a.  Les  deux  premiers  actes 
pourraient  être  retranchés  sans  qu'il  y  parût.  On  entendait  l'opéra- 
comique  d'une  autre  façon  à  l'époque  où  M.  Scribe  faisait  le  Domino 
noir. 

H.  Gounod  n'a  point  fait  d'ouverture.  11  débute  par  une  courte  in- 
troduction instrumentale  qui  a  pour  texte  un  motif  fort  agréable  que 
chante  d'abord  le  hautbois  et  que  bientôt  les  violons  répètent  avec 
une  sonorité  plus  éclatante.  Le  premier  duo  de  Philémon  et  de  Bau- 


cis, où  la  mélodie  semble  affecter  les  formes  du  siècle  dernier,  —  ap- 
paremment pour  indiquer  l'âge  des  deux  personnages,  —  est  gracieux 
et  touchant.  Puis  on  entend  un  chœur  chanté  à  demi-voix  dans  la 
coulisse.  Ce  sont  les  voluptueux  vauriens  de  la  ville  qui  célèbrent  le 
vin  et  l'amour.  Ce  chœur  est  d'un  effet  charmant,  dû  surtout  à  la 
forme  de  l'accompagnement  et  au  choix  des  instruments  employés. 
On  y  distingue  une  flûte,  des  violons,  une  harpe,  un  piano,  deux 
pianos  peut-être.  C'est  la  première  fois  que  le  piano  ait  été  employé 
de  cette  manière  au  théâtre. 

Un  orage  annonce  l'arrivée  des  dieux,  orage  symphonique  très-bien 
fait  et  qui  laisse  de  bien  loin  derrière  lui  toutes  les  excentricités  de 
M.  Richard  Wagner.  Beaucoup  moins  de  bruit  et  beaucoup  plus  de 
besogne,  c'est  double  profit  pour  l'auditeur.  Il  est  fâcheux  seulement 
qu'on  ait  imaginé  à  ce  moment  d'imiter  le  vent  dans  la  coulisse  par 
des  moyens  matériels.  Taisez-vous,  machiniste  trop  zélé  !  le  vent 
souffle  à  l'orchestre,  il  siffle  sous  l'archet  des  violons,  il  mugit  dans 
le  tube  allongé  des  clarinettes.  Là  il  est  musical,  et  votre  bruit  sans 
intonation  est  la  négation  de  la  musique.  Vous  mettez  la  plate  réalité 
à  la  place  de  la  poésie.  C'est  comme  si,  au  Théâtre-Français,  lors- 
qu'HippoIyte  avoue  à  la  belle  Aricie  qu'il  ne  se  souvient  plus  des  leçons 
de  Neptune,  le  souffleur  mettait  la  tête  hors  de  son  trou  et  disait  au 
public  :  «  Messieurs,  cela  signifie  qu'Hippolyte  ne  monte  plus  à  cheval.  » 
Les  gammes  chromatiques  de  M.  Gounod  parlent  à  notre  imagination 
beaucoup  plus  éloquemment  que  les  sifflets  de  M.  le  machiniste  :  mais 
nous  sommes  certains  d'avance  que  M.  le  machiniste  ne  nous  croira 
pas. 

Les  couplets  de  Vulcain  : 

Au  bruit  des  lourds  marteaux  d'airain, 

débutent  par  un  bruit  métallique  représentant  celui  que  fait  un  mar- 
teau tombant  sur  une  enclume.  Ici  M.  Gounod  commet  lui-même  la 
faute  qui,  dans  le  précédent  morceau,  a  été  commise  à  son  détriment. 
Il  se  fait  machiniste,  et  cesse  d'être  musicien.  Beethoven,  dans  l'an- 
danle  de  la  symphonie  pastorale,  imite,  avec  les  instruments  ordinaires 
de  l'orchestre,  le  murmure  du  ruisseau,  le  bruissement  du  vent  dans 
le  feuillage,  le  son  des  cloches  lointaines,  le  trille  du  cri-cri  blotti  dans 
les  blés,  et  accompagne  de  ces  sons  et  de  bien  d'autres  une  divine  et 
intarissable  mélodie  :  voilà  l'œuvre  d'un  grand  musicien.  Mais  s'il  eût 
mis  dans  son  orchestre,' ou  à  côté,  les  choses  elles-mêmes  qu'il  voulait 
peindre,  de  vraies  cloches,  de  l'eau  coulant  dans  une  rigole,  un  soufflet 
agitant  des  feuilles  de  peuplier,  tout  le  mérite  pittoresque  de  son 
œuvre  aurait  disparu.  Ce  n'est  point  imiter  que  démontrer  l'objet 
même. 

Cette  part  faite  à  la  critique,  nous  reconnaîtrons  volontiers  que  l'air 
de  Vulcain  est  heureusement  trouvé,  fort  expressif,  qu'il  y  a  dans 
le  rhythme,  dans  les  intonations,  dans  l'harmonie,  je  ne  sais  quoi 
d'abrupt,  de  grossier,  de  maussade,  qui  convient  à  merveille  au  ca- 
ractère de  Vulcain  et  à  sa  mauvaise  humeur.  C'est  peut-être  —  en 
dépit  des  coups  de  marteau  —  un  des  meilleurs  morceaux  de  la  par- 
tition. 

L'air  où  Jupiter  raille  Vulcain,  sous  prétexte  de  le  consoler,  nous  a 
paru  beaucoup  moins  saillant.  Quant  à  la  fable  des  deux  rats,  elle  est 
complètement  manquée.  Mais  aussi  qu'est-ce  que  la  musique  vient 
faire  là? 

Toute  cette  fin  d'acte  est,  à  notre  avis,  bien  inférieure  au  commen- 
cement, et  l'air  où  Jupiter  dit  aux  deux  vieillards  de  dormir  en  paix 
a  des  qualités  soporifiques  auxquelles  on  a  grand  peine  à  résister. 
11  est  parfois  dangereux  de  pousser  la  vérité  de  l'expression  trop 
loin. 

Le  second  acte  est  précédé  d'un  air  de  ballet  que  l'on  entendra 
bientôt  dans  la  bacchanale  qui  va  suivre.  Il  roule  presque  entièrement 
sur  une  phrase  très-courte  qui  est  répétée  une  cinquantaine  de  fois 
dans  divers  tons  et  par  divers  instruments.  L'habileté  d'arrangement 


SUPPLEMENT. 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS 


69 


a  tant  de  chances  de  succès  aux  premières  représentations  que  l'audi- 
toire a  crié  bis  presque  à  l'unanimité. 

On  a  donc  entendu  cent  fois  de  suite  le  petit  motif,  et  cinquante  fois 
encore  après  le  lever  du  rideau,  ce  qui  fait  un  assez  joli  total.  Ceci 
soit  dit  sans  déprécier  le  morceau,  qui  est  fort  bien  fait,  ingénieuse- 
ment conduit,  habilement  instrumenté  comme  morceau  d'entr'acte. 
Seulement  il  n'est  pas  assez  sonore  comme  air  de  ballet.  Le  bruit  que 
font  les  pieds  des  danseuses  y  couvre  souvent  la  voix  trop  discrète  de 
l'orchestre. 

Le  chœur,  qui  fait  tant  d'effet  au  premier  acte,  en  produit  bien  moins 
au  second,  lorsqu'on  le  chante  à  pleine  voix.  Le  chœur  les  Dieux  s'en 
vont,  qui  se  chante  après  l'expulsion  de  Vulcain  ,  et  qui  exprime  le 
plus  ardent  paroxysme  de  l'orgie,  a  un  rhythme  franc  et  beaucoup  de 
sonorité.  La  plupart  des  auditeurs  n'en  demande  pas  davantage. 

Le  premier  morceau  que  chanle  Baucis  au  troisième  acte,  lorsqu'elle 
se  réveille  et  se  voit  dans  un  palais  grec,  est  peu  mélodieux  et  fatigue 
l'oreille  par  l'excessive  hauteur  où  il  est  écrit.  Les  sons  aigus  n'ont 
point  de  charme  ,  par  la  raison  toute  simple  qu'on  ne  les  produit 
qu'avec  effort.  Nous  préférons  de  beaucoup  le  second  air  du  même 
personnage  :  0  riante  nature,  parce  qu'il  se  maintient  mieux  dans  le 
médium  de  la  voix,  et  que  la  mélodie  en  est  aussi  élégante  qu'expres- 
sive. L'allégro  de  cet  air,  qu'on  pourrait  appeler  scherzo,  est  d'un 
style  moins  naturel  et  moins  vocal  ;  mais  il  est  piquant,  original,  et 
donne  à  Mme  Carvalho  les  plus  belles  occasions  de  mettre  son  mer- 
veilleux savoir-faire  en  évidence.  Le  duo  de  Jupiter  et  de  Baucis 
commence  par  une  phrase  charmante  :  Ne  crains  pas  que  j'oublie,  etc. 
L'autre  duo  ,  qui  a  précédé,  où  Philémon  et  Baucis  répètent  tant  de 
fois  :  O  baisers  de  feu,  manque  justement  de  celte  chaleur  d'inspira- 
tion que  les  paroles  appellent.  Quant  à  l'air  final  de  Baucis  : 

Rendez-moi  mes  rides, 
Rendez-moi  mes  cheveux  blancs  ! 

Il  nous  semble  que  l'imagination  de  l'auteur,  un  peu  fatiguée  peut- 
être,  —  ce  qui  est  bien  pardonnable  après  un  voyage  d'aussi  long 
cours,  —  ne  s'est  point  élevée  à  la  hauteur  de  la  situation.  N'est-ce 
pas  là  le  moment  décisif  de  la  pièce  ?  Baucis  n'y  prononce-t-elle  pas  le 
mot  qui  détruit  les  soupçons  et  calme  les  craintes  de  son  mari,  qui 
glace  l'ardeur  entreprenante  de  Jupiter,  enfin  qui  termine  tout  ?  Il 
fallait  déployer  là  des  trésors  de  tendresse  ;  il  fallait  une  grâce  infinie, 
un  charme  irrésistible.  Malheureusement  rien  de  tout  cela  ne  se  ren- 
contre à  l'orchestre,  et  c'est  à  l'orchestre  que  M.  Gounod  va  chercher 
de  préférence  ses  moyens  d'effet.  Dans  Philémon  comme  dans  les 
autres  ouvrages,  l'accompagnement  est  toujours  plus  ou  moins  remar- 
quable ;  mais  quelquefois  le  chant  ne  mérite  pas  tous  les  frais  qu'il  fait 
pour  le  parer. 

Mme  Carvalho  exécute  le  rôle  de  Baucis  avec  son  talent  habituel  et 
que  nous  avons  proclamé  si  souvent.  Sa  réputation  n'y  perdra  rien  ; 
mais  nous  doutons  qu'elle  y  gagne.  Le  style  tout  instrumental  de 
M.  Gounod  ne  paraît  pas  très-propre  à  faire  briller  les  cantatrices.  Le 
rôle  de  Jupiter  n'est  pas  non  plus  très-avantageux  à  M.  Battaille,  bien 
qu'il  y  fasse  entendre  de  belles  notes  et  dise  quelques  phrases  avec 
habileté.  M.  Fromant  a  la  voix  bien  fraîche  pour  le  vieux  Philémon  ; 
mais  qui  songe  à  s'en  plaindre?  Quant  à  M.  Balanqué,  on  ne  saurait 
chanter  mieux  que  lui  les  couplets  de  Vulcain,  ni  recevoir  les  quolibets 
à  bout  portant  de  Jupiter  d'une  façon  plus  amusante, 

Léon  DUROCHER. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Louis  SSrassio.  —  Luca  Fumagalli.  —  Batta  et  Bien.  —  Quatuor 
Armingaud.  —  Première  soirée  de  musique  classique  de 
SI.  Iiebouc.  —  Charles  Iiuiuoiireux.  —  Alard  et  Franchominc. 

Le  concert  de  Louis  Brassin  a  fait  apprécier  définitivement  toutes  les 
brillantes  qualités  de  ce  jeune  pianiste.  Cette  fois,  il  se  présentait  aussi 
comme  compositeur,  et  il  a  obtenu  un  double  succès.  Son  caprice  sur 
des  motifs  à' Il  Trovatore  se  fait  remarquer  par  une  certaine  sévérité 
de  style  que  n'ont  pas  toujours  ces  morceaux  de  bravoure,  plutôt 
écrits,  en  général,  pour  faire  briller  le  mécanisme  de  l'exécutant  que 
le  savoir  du  musicien.  Au  milieu  de  traits  délicieux,  de  riches  oppo- 
sitions, quelques  passages  fugues  attestent  des  études  sérieuses,  le 
goût  des  choses  larges  et  pures  ;  ils  montrent  le  compositeur  dési- 
reux d'intéresser  à  la  fois  l'esprit  par  de  belles  pensées  bien  ordon- 
nées, et  de  charmer  l'oreille  par  les  effets  vraiment  jolis  qui  abondent 
dans  la  musique  de  piano.  Une  étude  et  une  rêverie,  le  Chant  du 
soir,  offrent  la  même  élégance  de  forme.  Ces  deux  gracieuses  pages 
originales  se  recommandent  par  une  grande  distinction  de  mélodie  et 
d'harmonie. 

Le  trio  en  si  bémol  de  Beethoven  a  été  joué  par  Brassin,  en  com- 
pagnie de  MM.  J.  Dupuis  et  Muller,  avec  beaucoup  d'expression  et 
d'élan.  Dans  son  fougueux  caprice  de  concert,  il  a  montré  une  vi- 
gueur, une  passion,  une  puissance,  qui  paraissaient  être,  un  peu  ex- 
clusivement, les  plus  beaux  côtés  de  son  exécution  ;  mais  bientôt  il  a 
trouvé  des  sons  fins,  doux,  des  accents  presque  tendres  qui  ont 
prouvé  que  la  grâce  et  la  délicatesse  ne  lui  étaient  pas  plus  incon- 
nues que  l'énergie  et  l'ampleur.  Aussi,  le  public  l'a -t-il  accueilli 
comme  il  accueille  seulement  les  artistes  éminents.  Il  a  admiré,  en- 
tre autres,  une  chose  assez  rare  dont  nous  n'avons  pas  encore  parlé  : 
c'était  la  vélocité,  la  souplesse,  les  ressources  vraiment  étonnantes 
que  possède  la  main  gauche  de  Brassin. 

Jacques  Dupuis  a  fait  entendre  un  caprice  de  sa  composition  dont 
l'invention  mélodique  et  le  travail  intéressant  ont  été  fort  goûtés.  Le 
jeu  de  ce  virtuose  belge  a  beaucoup  de  charme  et  de  légèreté,  surtout 
dans  le  staccato  ;  il  est  expressif,  net  et  excellent.  Malheureusement, 
la  qualité  du  son  est  loin  d'être  aussi  bonne  que  le  style.  Tout  ce  que 
Dupuis  tire  de  son  archet  est  harmonieux,  mais  un  peu  grêle,  et  ré- 
pand sur  son  talent,  d'ailleurs  remarquable,  une  teinte  uniforme  qui 
lui  enlève  la  variété  de  couleurs,  sans  laquelle  le  violon  n'a  ni  la  ron- 
deur, ni  l'éclat,  ni  la  vie  qui  en  ont  fait  le  roi  des  instruments. 

— Un  des  plus  beaux  privilèges  du  talent,  c'est  de  pouvoir  laisser  des 
souvenirs  honorables  ou  glorieux  qui  lui  survivent,  et  dont  l'éclat  re- 
jaillit sur  toute  une  famille.  Les  sympathies  qu'inspira  le  regretté 
Adolphe  Fumagalli  étaient  si  vives  et  si  nombreuses,  elles  sont  si  peu 
éteintes,  qu'elles  eussent  suffi,  s'il  en  eût  été  besoin,  pour  que  son 
frère  Luca  reçût  ici  un  accueil  des  plus  bienveillants.  Mais,  hâtons- 
nous  de  le  dire,  ce  jeune  pianiste,  qui  se  faisait  entendre  l'autre  soir 
dans  les  salons  d'Erard,  pouvait  se  recommander  par  son  propre  mé- 
rile.  Son  exécution  brillante,  nerveuse,  audacieuse  quelquefois,  —  on 
l'a  pu  voir  dans  la  difficile  fantaisie  sur  des  mélodies  du  Prophète,  — 
a  de  bonnes  et  sérieuses  qualités. 

Le  public,  trouvant  dans  ses  compositions  le  fruit  de  bonnes  éludas, 
dans  son  jeu  quelque  chose  du  sentiment  et  du  charme  italien,  devi- 
nant ce  que  l'émotion  cachait  de  netteté  et  d'irréprochable  précision, 
a  constamment  soutenu,  encouragé  et  applaudi  le  jeune  artiste. 
Mlle  Vanneri,  MM.  Fortuna,  Auguste  Mey  et  E.  Saenger  formaient  un 
très-aimable  quatuor  et  secondaient  Luca  Fumagalli. 

— Une  soirée  musicale  vraiment  intéressante  a  été  donnée  la  semaine 
dernière  dans  les  salons  du  Cercle  des  Sociétés  savantes.  M.  Dien, 
violoniste,  que  nous  entendions  pour  la  première  fois,  a  fait  grand  plai- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


sir.  Nous  ne  savons  comment  ce  virtuose  joue  le  solo  ;  mais  nous  pou- 
vons assurer  qu'il  apporte  dans  la  musique  de  chambre  la  sûreté 
d'exécution,  la  hauteur  de  style,  qui  font  les  vrais  musiciens.  !1  a  su 
rivaliser  d'expression  avec  Batta.  Cette  fois,  l'éminent  violoncelliste 
s'effaçait  le  plus  possible  et,  chose  rare  parmi  les  solistes,  ne  se 
préoccupait  que  de  l'ensemble.  Pourtant,  malgré  la  sévérité  du  genre, 
quelques  phrases  bien  chantantes  venaient  de  temps  en  temps  rappe- 
ler et  mettre  en  lumière  les  qualités  brillantes,  toutes  de  sentiment, 
qui  firent  son  succès.  Haydn,  Beethoven  et  M.  Henri  Reber  étaient 
les  seuls  auteurs  admis  sur  le  programme,  composé  avec  beaucoup  de 
goût  et  de  distinction. 

Nous  ne  parlerons  ni  du  quatuor  du  premier,  une  de  ces  merveilles 
de  la  science  et  de  l'inspiration  allemande,  sur  lesquelles  tout  a  été 
dit,  ni  du  trio  du  second,  une  de  ces  œuvres  belles  et  complètes 
qu'il  faut  constamment  étudier  et  admirer;  nous  dirons  seulement  qu'ils 
ont  été  délicieusement  rendus  par  MM.  Dien,  Faure,  Defrance  et  Batta. 
Quant  à  M.  Reber,  nous  profiterons  de  l'occasion  pour  dire  toutes  les 
sympathies  que  nous  font  éprouver  l'inspiration  fine,  délicate,  variée  et 
souple,  la  science  aimable,  comme  l'est  toujours  la  véritable  science, 
répandues  par  le  maître  dans  tous  ses  ouvrages.  On  a  exécuté  de  lui 
l'ouverture  de  la  Nuit  de  Noël,  charmant  ouvrage  qui,  par  un  con- 
cours de  circonstances  défavorables,  n'a  jamais  eu  au  répertoire  de 
l'Opéra-Comique  la  place  que  lui  assurait  son  mérite,  et  un  trio  pour 
piano,  violon  et  violoncelle. 

Chez  nous,  on  n'est  pas  savant  impunément.  11  en  coûte  même  par- 
fois assez  cher.  De  ce  que  des  intelligences  médiocres,  dépourvues  de 
poésie,  arrivent  à  force  de  travail  à  être  des  harmonistes  corrects  et 
à  écrire  les  ouvrages  que  vous  savez,  on  en  conclut  assez  générale- 
ment que  le  contre-point  et  la  fugue  sont  contraires  à  la  liberté  de 
l'inspiration  et  à  l'essor  du  génie.  C'est  là  une  de  ces  erreurs  enraci- 
nées qu'il  est  plus  facile  de  constater  que  de  combattre.  Quoi  qu'il  en 
soit,  on  a  remarqué  dans  le  trio  de  M.  Reber  une  vigueur,  une  fran- 
chise, une  fraîcheur  mélodiques  qui,  chez  lui,  ciseleur  de  belles  et 
fines  harmonies,  ont  pu  surprendre  plus  d'un  auditeur.  A  la  science 
exquise  et  discrète  des  développements,  à  la  netteté,  à  l'éclat  du  pre- 
mier allegro,  à  la  distinction  naturelle  des  tours  qui  brillent  dans  l'an- 
dante,  à  l'aisance  élégante  avec  laquelle  est  employé  le  style  fugué 
dans  le  finale,  on  a  reconnu  cette  alliance  du  savoir  et  de  l'imagina- 
tion, cette  étude  approfondie  des  mille  formes  que  peut  revêtir 
une  idée,  sans  lesquelles  on  ne  saurait  écrire  rien  de  durable,  rien 
qui  puisse  laisser  une  trace  profonde  dans  les  annales  de  l'art. 

—  La  semaine  dernière,  pendant  que  le  quatuor  Armingaud, 
Jacquard,  Lalo  et  Lapret,  rehaussé  cette  fois  par  le  gracieux  talent  de 
Mme  Massart,  exécutait  avec  une  véritable  supériorité  des  œuvres  de 
Weber,  de  Beethoven,  de  Mendelssohn  et  de  Schumann,  M.  Lebouc 
donnait  chez  Erard  sa  première  soirée  de  musique  classique.  Elle  a 
été  charmante  de  tout  point.  Vocale  et  instrumentale,  elle  brillait  par 
la  variété  des  ouvrages,  par  le  talent  des  interprètes  qui,  souvent  avec 
un  grand  bonheur  de  style,  ont  passé  de  Mozart  à  Paisiello,  de  Haydn 
à  Mendelssohn,  de  Cherubini  à  Guédron. 

Le  beau  septuor  en  ré  mineur  de  Hummel,  magistralement  exécuté 
par  Mme  Matlmann,  MM.  Dorus,  Triébert,  Rousselot,  Casimir  Ney, 
Lebouc  et  Goufl'é,  ouvrait  mélodieusement  la  séance,  qui  avait  le  charme 
assez  rare  de  promettre  des  pages  inconnues  à  la  plupart  des  audi- 
teurs. Ainsi ,  le  duettino  de  la  Molimra,  délicatement  dit  par 
Mmes  Bertrand  et  Paulin,  était  une  véritable  nouveauté.  La  simplicité, 
la  fraîcheur,  la  suavité  et  la  grâce  de  ce  joli  morceau  pourraient  faire 
pâlir  de  jalousie  bien  des  duos  plus  récemment  écrits.  Une  chanson 
de  Guédron  a  causé  aussi  une  délicieuse  sensation.  Elle  n'a  cependant 
rien  de  bien  étonnant  ni  de  bien  merveilleux,  sinon  un  parfum  de 
naïveté  et  de  galanterie  chevaleresque  que  les  musiciens  du  xvir5  siè- 
cle dérobaient  sans  doute  à  la  cour,  à  la  société  élégante  de  leur 
temps,  et  qui,  à  une  époque  de  raffinement  musical  comme  l'est  évi- 


demment la  nôtre,  a  tout  l'attrait  du  fruit  défendu,  de  la  chose  pres- 
que impossible  à  retrouver.  En  écoutant  ces  échos  du  passé  on  se 
sent  ému  et  charmé  ;  ils  forcent  la  sympathie  et  font  les  délices  des 
oreilles  saturées  de  sonorité,  de  combinaisons  de  style  et  d'effets  où 
la  mélodie  est  plus  d'une  fois  étouffée. 

Herman  a  ravi  l'auditoire  en  jouant  des  pièces  de  S.  Bach  que 
nous  croyons  inédites,  en  France  du  moins.  Il  est  impossible  d'enten- 
dre rien  de  plus  franc,  de  plus  hardi,  de  plus  fringant  que  les  pré- 
ludes, menuets  et  gavottes  du  vieux  maître  :  c'est  aimable  et  bien 
tourné.  Si  quelque  chose  pouvait  surprendre  quand  il  s'agit  d'un  pareil 
génie,  on  pourrait  s'étonner  qu'au  milieu  de  ses  fugues  si  savantes  et 
si  originales,  Bach  ait  su  traduire  toutes  les  grâces,  toutes  les  délica- 
tesses et  tous  les  enchantements  du  monde  aristocratique. 

—  Puisque  nous  parlons  de  musique  de  chambre,  disons  que  les 
séances  de  la  Société  Lamoureux,  Colonne,  Adam,  Louis  Pilet  et 
Bernhard  Eie,  ont  été  très-suivies.  Ce  nouveau  quatuor  a  laissé  quel- 
quefois désirer  plus  de  finesse,  plus  d'unité,  une  interprétation  plus 
soutenue,  plus  magistrale  ;  mais  il  a  déployé,  en  général,  beaucoup 
d'habileté  ,  et  il  a  pour  lui  deux  bonnes  choses  :  la  jeunesse  et  le 
talent.  Charles  Lamoureux,  un  des  meilleurs  élèves  de  M.  Girard , 
possède  les  solides  et  précieuses  qualités  qu'on  puise  au  Conserva- 
toire. Il  a  un  beau  son,  de  l'ampleur,  de  la  justesse,  et  cet  art 
de  phraser  qu'on  aime  tant  sur  tous  les  instruments,  et  qui,  sur  le 
violon,  est  d'une  puissance  irrésistible. 

A  la  dernière  soirée  donnée  jeudi,  un  quatuor  d'Adolphe  Blanc 
a  été  très-bien  exécuté.  Ce  n'est  ni  l'énergie ,  ni  l'ampleur  qui  dis- 
tinguent les  ouvrages  de  ce  jeune  compositeur  ;  c'est  plutôt  l'alliance 
de  deux  systèmes  qui ,  chez  lui ,  se  fusionnent  naturellement  et  sans 
effort  ;  c'est  le  mélange  du  style  fugué  avec  le  brillant,  le  doux  et  le 
gracieux,  sans  qu'il  en  résulte  toutefois  aucune  bigarrure  de  forme  et 
de  pensée;  au  contraire,  cela  fait  un  tout  harmonieux  pas  trop  sé- 
vère, assez  léger,  plein  d'effet  et  de  traits  élégants.  En  cherchant  à 
n'imiter  personne,  A.  Blanc  a  trouvé  une  route  plus  douce  que  large, 
et  il  la  parcourt  avec  succès. 

— Les  séances  d'Alard  sont  constamment  à  une  hauteur  qu'il  semble 
impossible  de  dépasser.  La  troisième  a  été  splendide.  Entre  autres  mor- 
ceaux qui  ont  ravi  l'auditoire,  une  admirable  sonate  de  Beethoven,  pour 
piano  et  violoncelle,  a  amené  un  intéressant  tournoi  entre  Franchomme 
et  Planté  :  le  premier  a  été  magnifique,  et  nous  ne  saurions  louer  da- 
vantage le  second  qu'en  ajoutant  qu'il  n'a  pas  été  vaincu  ;  les  accla- 
mations s'adressaient  également  au  célèbre  violoncelliste  et  au  jeune 
pianiste. 

Adolphe  BOTTE. 


ÉSILE  PRDDEKT. 


B>cjB*icii»e  «Çtlifâon  de  la  Etatise  fies  Fées. 

Chacun  le  sait,  mais  il  est  des  choses  qu'il  faut  toujours  répéter, 
Emile  Prudent  est  un  grand  pianiste,  un  artiste  d'élite.  Son  intelli- 
gence enthousiaste  est  éprise  d'art  et  de  poésie.  Ce  qu'il  y  a  de  non 
moins  remarquable  en  lui  peut-être,  et  nous  voulons  aujourd'hui  in- 
sister sur  ce  point,  c'est  la  conscience,  le  soin  scrupuleux  qu'il  ap- 
porte dans  toutes  ses  compositions.  Il  les  rêve,  les  caresse  et  les 
cisèle  avec  amour.  La  réflexion  féconde  encore  l'inspiration,  et  le 
jour  où  dans  sa  pensée  il  les  sent  achevées  et  pleines  de  vie,  il  prend 
la  plume  et  il  écrit  des  œuvres  plus  que  charmantes  ou  belles ,  des 
œuvres  durables.  11  ne  les  livre  à  la  publicité  que  lorsqu'elles  lui 
semblent  avoir  atteint  la  perfection  qu'il  peut  leur  donner,  et,  ajou- 
tons, qu'il  leur  donne  si  souvent.  Ce  que  nous  avançons  là  nous  est 
suggéré  par  un  frais  et  coquet  exemplaire  que  nous  avons  sur  notre 
piano.  Prudent  a-t-il  donc  composé  quelque  grand  ouvrage,  comme 


DE  PARIS. 


son  Concerto  symphonie,  ou  bien  vient-il  seulement  d'enrichir  le  ré- 
pertoire des  pianistes  en  publiant  un  pendant  à  Chant  du  ruisseau  et 
à  Adieu  printemps  ?  Non  ;  l'exemplaire  dont  nous  parlons  fait  simple- 
ment partie  de  la  seconde  édition  de  la  Danse  des  Fées. 

Quelques  auteurs  nous  ont  désaccoutumé  de  croire  aux  titres  de 
leurs  ouvrages;  toutefois  en  voilà  un  qui  promettait  mille  enchante- 
ments et  qui  a  encore  dépassé  toutes  ses  promesses;  il  rappelle  une 
des  plus  heureuses,  des  plus  colorées,  des  plus  jolies  créations  du 
compositeur;  il  est  aussi  populaire  parmi  le  public  que  parmi  les 
virtuoses.  Nous  étions  curieux  de  savoir  ce  que  le  temps,  qui  mûrit 
tout  et  qui  emporte  si  rapidement  dans  l'oubli  tant  de  pages  long- 
temps applaudies,  avait  pu,  entre  une  édition  et  l'autre,  conseiller  à 
Prudent  de  modifications  et  de  retouches.  Eh  bien  !  grâce  à  ce  res- 
pect du  public,  à  cet  amour  de  l'art  dont  nous  parlions  tout  à  l'heure, 
à  fort  peu  de  choses  près  (car  la  différence  est  si  légère  qu'elle 
mérite  à  peine  d'être  signalée)  le  maître  n'a  presque  rien  eu  à 
effacer  ni  à  augmenter  ;  nous  avons  retrouvé  la  Danse  des  Fées  telle 
que  nous  l'avait  montrée  la  première  édition. 

Ce  morceau  est  trop  connu  pour  que  nous  puissions  nous  donner 
le  plaisir  de  l'analyser  ;  d'ailleurs  nous  avons  déjà  exprimé,  ici  même, 
combien  nous  le  trouvions,  ainsi  que  le  Chant  du  ruisseau  et  Adieu 
printemps,  beau  de  forme  et  de  pensée,  distingué  d'harmonie,  de 
mélodie  et  riche  d'ornements  délicieux.  Nous  dirons  seulement  que, 
pris  au  hasard  dans  l'œuvre  entière  de  Prudent,  ces  trois  ouvrages, 
consacrés  par  le  succès,  prouvent  avec  la  même  force  et  la  même 
évidence  quel  chemin  l'auteur  a  parcouru  en  peu  d'années.  Négli- 
geant ou  quittant  à  peu  près  la  voie  des  arrangements,  où  il  sema 
tant  de  fantaisies  étincelantes,  où  il  montra  tant  d'art  et  de  goût ,  il 
se  mit  à  puiser  hardiment  dans  son  propre  fonds  ;  il  en  rapporta  les 
Bois,  les  Champs,  le  Retour  des  bergers,  et  bien  d'autres  productions 
que  nous  ne  rappellerons  pas,  ne  voulant  point  aller  sur  les  brisées 
des  catalogues.  Dès  les  premiers  pas,  on  put  voir  qu'il  n'avait  pas  trop 
présumé  de  la  fécondité  de  son  imagination.  Cette  deuxième  phase  du 
talent  d'Emile  Prudent  est,  à  notre  avis,  non-seulement  la  plus  belle, 
la  plus  complète ,  la  plus  originale,  mais  elle  est  encore  celle  où  il 
déploya  le  plus  d'habileté,  de  science,  où  il  trouva  les  plus  piquantes 
et  les  plus  ingénieuses  combinaisons  instrumentales  ;  celle  enfin  où 
l'orchestre  et  le  piano  se  marient  le  plus  harmonieusement  et  se  prê- 
tent à  qui  mieux  mieux  les  effets  et  les  couleurs. 

Adolphe  BOTTE. 


CORRESPÛNMICE. 


Saint-Pétersbourg,  15  février. 

Deux  solennités  impatiemment  attendues  du  public  devaient  marquer 
la  fin  de  notre  saison  au  grand  théâtre  :  Pâquerette,  ballet  monté  par 
Saint-Léon,  pour  le  bénéfice  de  la  Rosati,  et  le  Pardon  de  Ploermel, 
chanté  par  la  troupe  italienne  au  bénéfice  de  Mme  Charton- Demeur. 

Parlons  d'abord  de  la  seconde  solennité  à  cause  de  son  importance 
et  de  l'intérêt  qu'elle  devait  naturellement  provoquer.  Retardée  par 
l'exécution  des  décors  de  Pâquerette,  puis  par  les  indispositions  de  plu- 
sieurs artistes,  l'œuvre  nouvelle  de  Meyerbeer,  Il  Pelegrinaggio  [le  Pardon 
de  Ploermel)  a  paru  sur  la  scène  de  notre  grand  opéra  avec  d'au- 
tant plus  d'éclat  qu'elle  s'annonçait  partout  en  Augleterrc  et  en  Alle- 
magne, par  des  triomphes;  que  la  musique  se  trouvait  déjà  depuis  six 
mois  sur  tous  les  pianos,  et  que  chacun  des  abonnés  du  théâtre  Italien 
craignait  de  ne  pas  être  appelé  à  l'entendre.  Aussi  les  demandes  de  billets 
pour  la  première  représentation  atteignaient-elles  un  chiffre  inusité 
chez  nous,  et  avons-nous  vu  offrir  jusqu'à  100  roubles  (400  fr.)  pour 
une  loge!  Telle  est  la  puissance  des  œuvres  de  Meyerbeer  qui  ont  le 
rare  privilège  de  passionner  le  public  à  leur  naissance,  de  le  tenir  en 
haleine  pendant  des  années,  et  de  ne  vieillir  que  pour  être  mieux  appré- 
ciées. Je  n'ai  donc  pas  besoin  de  vous  dire  que  notre  vaste  salle,  eût-elle 
été  trois  fois  plus  grande,  n'aurait  pu  contenir  la  foule  qui  s'y  pressait 
le  H  février.  Ainsi  que  je  vous  l'ai  écrit  précédemment, les  rôles  prin- 
cipaux  étaient   interprétés  par    Debassini  (Uoel),  Calzolari   {Corentin) , 


Mme  Charton  -  Demeur  (Dinorah)  ';  lrc  chevrier,  Mme  Nantier-Didiée; 
2°  chevrier,  Mme  Bernardi  ;  braconnier,  Everardi  ;  faucheur,  Bettini,  c'est- 
à  -  dire  les  principaux  artistes  de  notre  troupe.  Semblable  en  cela 
au  public  de  Paris,  le  nôtre  a  sur-le  champ  salué  de  ses  plus  vifs  ap- 
plaudissements l'air  de  V Ombre,  le  chœur  du  Pardon,  la  ballade  de  Di- 
norah ;  comme  celui  de  Londres  il  a  applaudi  le  Pater  noster  à  quatre 
voix  et  l'air  du  chevrier  composé  pour  Mme  Nantier.  Mais,  afin  de  vous 
bien  édifier  sur  l'effet  produit  par  cette  première  représentation,  je 
procéderai  par  ordre.  L'ouverture,  fort  bien  exécutée  par  l'orchestre  qui 
a  fait  en  tout  une  dizaine  de  répétitions,  a  produit  beaucoup  d'effet.  Le  pre- 
mier duo  entre  Dinorah  et  Corentin,  dit  avec  une  grande  perfection  et 
plusieurs  fois  interrompu  par  les  bravos  dans  le  cours  de  son  exécu- 
tion, a  été  couvert  d'applaudissements;  le  duo  suivant,  entre  Coren- 
tin et  Hoël,  n'a  pas  été  moins  bien  accueilli;  mais  le  trio  final  a  sou- 
levé un  véritable  enthousiasme;  les  artistes  ont  été  rappelés  cinq  ou 
six  fois. 

Au  second  acte,  ainsi  que  je  vous  le  disais,  grand  succès  de  l'air  chanté 
par  Mme  Nantier-Didiée  ;  mais  la  véritable  ovation  a  été  pour  le  grand 
air  de  Mme  Charton,  dit  air  de  l'Omure  ;  elle  s'y  est  surpassée.  A  chaque 
reprise  qui  permettait  aux  applaudissements  de  se  faire  jour,  les  bravos 
et  les  rappels  ne  s'arrêtaient  pas.  Calzolari  a  dit  de  la  façon  la  plus 
comique  les  couplets  de  la  peur.  La  légende  a  fait  sensation  ;  mais  le  trio 
final  est  bientôt  venu  dominer  l'attention  de  la  salle,  qui  ne  s'attendait 
pas  à  la  grandeur  et  à  la  sombre  majesté  de  ce  morceau,  digne  de  Robert 
etdes  Huguenots.  Largement  et  énergiquement  rendu,  il  a  valu  de  nombreux 
rappels  aux  artistes.  On  aurait  désiré  qu'Everardi  eût  accentué  d'a- 
vantage l'air  du  Chasseur;  nul  doute  qu'en  l'abordant  plus  carrément 
et  en  marquant  davantage  le  ryhthme,  il  ne  le  réussisse  mieux  à  la  pro- 
chaine représentation.  Bettini  a  été  plus  heureux  dans  l'air  du  Faucheur, 
qu'il  a  dit  avec  beaucoup  de  charme  et  une  fort  jolie  voix.  Je  vous  ait  dit 
que  le  Pater  noster  avait  été  accueilli  avec  une  grande  faveur.  Dans  la 
romance  et  dans  le  duo  final  avec  Dinorah,  Debassini  s'est  montré 
l'excellent  musicien  et  le  grand  artiste  que  vous  connaissez  ;  le  magni- 
fique chœur  qui  accompagne  ce  morceau  et  la  marche  de  la  procession 
ont  brillamment  terminé  cette  représentation,  et  si  l'on  réfléchit  que 
l'orchestre  n'avait  pas  pu  faire  plus  de  dix  répétitions,  si  l'on  tient  compte 
d'une  indisposition  de  Debassini  qui,  aux  dernières  répétitions  générales, 
paralysait  complètement  sa  voix,  et  dont  il  n'était  pas  encore  entière- 
ment remis,  de  même  que  de  l'hésitation  naturelle  des  artistes  interpré- 
tant pour  la  premère  fois  une  partition  comme  celle  du  Pardon  dt  Ploer- 
mel, on  peut  envisager  comme  immense  le  succès  qu'elle  vient  d'obte- 
nir, et  prédire,  sans  crainte  de  se  tromper,  qu'elle  prendra  sur  notre 
scène  le  rang  qu'y  occupent  déjà  les  précédents  chefs-d'œuvre  de  Meyer- 
beer. 

Venons  maintenant  au  ballet  de  Pâquerette,  qui  n'est  point  une  nouvelle 
création  de  Saint-Léon  :  donné  à  votre  grand  Opéra  en  janvier  1851  pour  la 
Cerrito,  elle  y  fit  merveille  avec  son  partenaire,  qui  remplissait  alors  lerôle 
de  François  le  menuisier,  son  amant  Le  libretto  a  subi  qnelques  modifica- 
tions en  passant  sur  notre  scène.  Pâquerette  est  une  bouquetière  amoureuse 
d'un  beau  tourneur  nommé  Martin,  qui,  après  avoir  échappé  par  le  tirage 
d'un  bon  numéro  à  la  conscription,  s'engage  pour  soustraire  son  vieux 
père  aux  poursuites  d'un  impitoyable  créancier.  Pâquerette,  désolée,  veui 
s'enrôler  dans  son  régiment,  et  sous  un  déguisement  masculin  essaie  de 
tromper  sur  son  sexe  un  sergent  fin  matois  qui,  à  la  blanche  main  de 
Pâquerette,  ne  tarde  pas  à  la  reconnaître  et  la  poursuit  de  ses  galante- 
ries. Martin  rentre  à  la  caserne  au  moment  même  où  Bridoux,  le  sergent, 
veut  lui  ravir  un  baiser  ;  il  insulte  son  supérieur,  qui  le  fait  conduire  en 
prison  pour  être  fusillé.  Mais  Pâquerette  parvient  à  lui  dérober  la  clef 
de  la  prison  et  la  jette  à  Martin  qui  s'évade.  Poursuivi  par  les  soldats,  il 
se  jette  dans  une  barque,  essuie  une  effroyable  tempête  à  laquelle  il 
échappe  par  miracle.  Sauvé  par  des  pêcheurs  qui  l'ont  recueilli,  il  s'en- 
dort, et  un  songe  brillant  lui  montre  Pâquerette  entourée  de  jeunes 
filles  qui  le  convient  de  se  mêler  à  leurs  danses  ;  enivré  d'espoir  et  d'a- 
mour, Martin  se  réveille,  mais  pour  retrouver  la  triste  réalité,  sous  la 
forme  de  Bridoux  et  de  son  escouade,  qui  ont  suivi  la  trace  du  fugitif  et 
se  disposent  à  le  conduire  au  supplice,  lorsque  Pâquerette  accourt  avec 
la  grâce  du  condamné,  qui  tombe  à  ses  pieds. 

La  partie  du  libretto  de  Th.  Gautier  qui  conduisait  François  en  Hon- 
grie a  été  supprimée;  il  s'ensuit  que  la  pièce  tourne  trop  court  et 
ne  paraît  pas  finie,  d'autant  plus  que  le  dénoûment  n'est  point  suivi 
d'un  pas  final,  ainsi  que  ceia  a  lieu  ordinairement.  Quoi  qu'il  en  soit, 
le  cadre  était  parfaitement  convenable  pour  faire  briller  l'art  du  déco- 
rateur et  le  talent  de  la  llosati ,  et  il  faut  dire  que  ni  l'un  et  l'autre  n'a 
failli  à  sa  tâche.  Les  décorations  de  MM.  Roller  et  Wagner  sont  très- 
belles  :  celle  qui  représente  l'effet  de  tempête  est  d'une  grande  vérité  ; 
la  grotte  du  songe  est  splendide,  et  quant  à  la  mise  en  scène  et  à  la 
richesse  des  costumes,  la  direction  a  fait  les  choses  impérialement.  Est- 
il  besoin  de  dire  que  l'héroïne  de  la  soirée,  la  Rosati,  s'est  montrée  ce 
que  vous  la  connaissez,  admirable  mime  et  charmante  danseuse?  Sa  phy- 
sionomie mobile,  son  regard  intelligent,  traduisent  avec  autant  de  clarté 
que  la  parole  toutes  les  émotions  qui  l'agitent,  toutes  les  passions  aux- 
quelles elle  est  en  proie.  Saint-Léon  a  introduit  dans  le  premier  acte  une 
fête  des  laboureurs,  dans  laquelle  apparaissent  tour  à  tour  les  quatre 
saisons  de  l'année  ;  ce  tableau  a  fourni  à  la  Rosati  l'occasion  de  déployer 


72 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


toute  la  grâce  et  la  correction  de  sa  danse  ;  dans  la  bas-bretonne,  pas  de 
caractère  d'un  genre  tout  à  fait  opposé,  et  dans  une  valse  avec  Saint-Léon, 
on  a  pu  admirer  la  vigueur,  l'aplomb  unis  à  la  plus  grande  légèreté. 
Enfin  dans  la  scène  du  songe,  la  célèbre  ballerine  s'est  surpassée.  Aussi, 
malgré  la  partialité,  fort  respectable  d'ailleurs,  dont  une  partie  de  notre 
public  fait  preuve  pour  nos  danseuses  indigènes,  la  perfection  incon- 
testable de  la  Rosati  a  soulevé  les  bravos  de  toute  la  salle,  et  de  nom- 
breux rappels  ont  surabondamment  prouvé  à  la  bénéficiaire  tout  le  plai- 
sir qu'elle  avait  causé.  Nous  devons  dire  pour  être  juste  que  Mmes  Prik- 
hounova,  Amossova,  Liadova,  Lapchina  et  Petitpa  ont  justifié  les  ap- 
plaudissements dont  elles  ont  été  l'objet.  Cette  dernière  surtout,  dans  le 
Tambour  de  la  reine,  pas  dansé  en  battant  du  tambour,  s'est  montrée 
fort  gracieuse.  Saint-Léon  s'était  chargé  du  rôle  du  sergent  Lridoux;  il 
s'en  est  acquitté  d'une  manière  fort  comique,  et  le  public  l'a  rappelé  à 
la  chute  du  rideau,  l'applaudissant  chaleureusement  et  comme  danseur 
et  comme  choréographe. 

—  L'opéra  d'Auber,  Gustave  III  ou  le  Bal  masqué,  a  été  traduit  et  ar- 
rangé pour  la  scène  lyrique  russe;  la  première  représentation  a  été  don- 
née au  bénéfice  de  Setoff,  qui  chante  le  rôle  de  Gustave. 

■ — Quoique  les  représentations  théâtrales  n'aient  pas  encore  cessé ,  les 
concerts  ont  déjà  commencé.  Ceux  que  diverses  Sociétés  philharmoni- 
ques et  de  bienfaisance  ont  donnés  avec  le  concours  des  artistes  italiens, 
ont  été  très-suivis.  Outre  Vieuxtemps,  nous  attendons  incessamment 
Wieniavski,  le  célèbre  violoniste. 

—  Les  deux  sœurs  Ferni  ont  beaucoup  de  succès.  Leur  premier  con- 
cert au  Grand-Ihéâtre  avait  attiré  assez  de  monde  ;  mais  à  part  le  talent 
remarquable  des  bénéficiaires  qui  a  été  vivement  apprécié,  l'absence 
de  plusieurs  artistes  italiens  annoncés  sur  le  programme  a  causé  quel- 
que désappointement;  Bettini  a  fait  de  son  mieux  pour  les  suppléer, 
et  il  est  juste  de  dire  qu'il  y  a  parfaitement  réussi  ;  on  a  beaucoup 
applaudi  les  quatre  morceaux  qu'il  a  chantés  successivement,  et  l'on  a 
redemandé  le  dernier.  Bettini  a  beaucoup  gagné  depuis  quelque  temps; 
il  a  fort  bien  chanté  récemment  les  rôles  de  Rodrigo,  d'Otello,  etd'El- 
vino,  de  la  Sonnambula  ;  si  des  rôles  importants  lui  étaient  plus  fréquem- 
ment donnés,  il  ne  tarderait  pas,  nous  en  sommes  certains,  à  prendre 
une  belle  position  et  à  rendre  d'importants  services  à  l'administration. 

D. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Gymnase  :  reprise  du  Bal  d'enfants.  —  Vaudeville  :  reprises  des 
Mémoires  du  Diable  et  de  On  demande  un  gouverneur .  — Palais- 
Royal  :  Je  suis  mon  fils ,  vaudeville  de  MM.  Varin  et  Rochefort  ; 
la  Pénélope  à  la  mode  de  Caen,  parodie  de  MM.  Siraudin  et  L. 
Thiboust.  —  Gaité  :  le  Prêteur  sur  gages,  drame  en  cinq  actes  et 
huit  tableaux,  par  MM.  Anicet  Bourgeois  et  Michel  Masson.  — 
Théatre-Déjazet  :  P'tit  fi,  p'tit  mignon,  vaudeville  de  MM.  Ga- 
briel et  Dupeuty  ;  le  Carnaval  de  Gavarni,  vaudeville  en  trois 
actes  et  cinq  tableaux,  par  MM.  Guénée  et  Penvillé. 

Le  carnaval  n'a  pas  été  fertile  en  nouveautés  ;  plusieurs  théâtres 
ont  splendidement  vécu  sur  leurs  succès  ;  les  autres,  comptant  sans 
doute  sur  les  recettes  forcées  des  jours  gras,  ont  renvoyé  au  carême 
le  renouvellement  de  leurs  affiches.  Aussi,  gare  l'avalanche  !  Provi- 
soirement, notre  horizon  est  vide,  ou  peu  s'en  faut.  Çà  et  là,  quel- 
ques reprises  :  au  Gymnase,  le  Bal  d'enfants,  un  gai  vaudeville  de 
MM.  Dumanoir  et  Dennery,  emprunté  aux  légendes  de  Gavarni  ;  au 
Vaudeville,  les  Mémoires  du  Diable,  où  Félix  a  créé  le  seul  rôle  qu'il 
puisse  opposer  victorieusement  à  celui  de  Desgenais,  et  On  demande 
un  gouverneur,  jolie  comédie  qui  sied  mieux  à  Fechter  que  tous  ses 
grands  drames. 

Faut-il  conclure  de  ces  reprises  que  le  Père  prodigue  et  la  Pénélope 
normande  n'ont  pas  tenu  les  brillantes  promesses  de  la  première 
représentation  ?  Cela  n'est  que  trop  probable,  et  donne  raison  aux  es- 
prits sceptiques  qui  se  défient  de  l'engouement  exagéré  du  public  ha  ■ 
bituel  de  ces  solennités. 

—  Si  pourtant  vous  voulez  du  nouveau,  n'en  fût-il  plus  au  monde, 
adressez-vous  au  Palais-Royal.  Voilà  un  théâtre  précieux  pour  l'é- 
coulement des  produits  dramatiques.  Quand  ses  confrères  se  croisent 
les  bras,  on  est  sûr  de  voir  son  répertoire  s'accroître  de  deux    ou 


trois  vaudevilles  qui  n'ont  jamais  servi,  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu'ils 
soient  toujours  d'une  irréprochable  fraîcheur.  Par  exemple,  Je  suis 
mon  fils  !  Nous  n'osons  affirmer  que  ce  personnage  grotesque  de 
Gibassier,  joué  par  Delannoy,  n'ait  pas  quelques  airs  de  famille  avec 
certains  pères  de  notre  connaissance  qui,  comme  lui,  usurpent  le  rôle 
de  leurs  héritiers,  dont  ils  courtisent  les  prétendues,  quitte  à  se  laisser 
berner  par  eux  au  dénomment.  Qu'en  pensent  M.  Jules,  des  Variétés, 
et  le  comte  de  la  Rivonnière,  du  Gymnase  ?  Encore  un  type  qui  a  fait 
son  temps  et  dont  la  nécessité  ne  se  fait  plus  sentir 

—  On  rit  du  moins  franchement  et  sans  arrière-pensée  à  la  paro- 
die de  la  pièce  d'Alphonse  Karr.  Cette  Pénélope  à  la  mode  de  Caen 
offre  une  charge  très-spirituelle  et  très-bouffonne  des  principales  si- 
tuations de  la  Pénélope  du  Vaudeville.  Presque  tous  les  acteurs  imi- 
tent la  voix  et  les  gestes  de  leurs  camarades  du  théâtre  voisin.  Un 
d'entre  eux  vient  expliquer,  après  chaque  acte,  toutes  les  obscurités 
du  drame,  et  cette  critique  est  d'autant  mieux  accueillie  qu'elle  frappe 
juste  au  défaut  de  la  cuirasse.  Une  particularité  piquante,  c'est  que 
les  deux  collaborateurs  anonymes  d'Alphonse  Karr,  s'il  faut  ajouter  foi 
aux  bruits  de  coulisses,  se  sont  eux-mêmes  parodiés. 

—  Après  avoir  repris  la  Mendiante,  ce  drame  célèbre  mis  en  mu- 
sique, au  théâtre  Italien  par  M.  Braga,  et  y  avoir  montré,  comme 
intermède,  les  merveilleux  exercices  d'une  troupe  de  gymnastes  amé- 
ricains, dignes  rivaux  de  Léotard,  la  Gaîté  a  donné  un  drame  nouveau, 
le  Prêteur  sur  gages,  dont  les  complications  défient  toute  analyse 
sommaire.  Il  nous  faudrait  bien  plus  d'espace  que  celui  dont  nous  dis- 
posons pour  expliquer  l'intérêt  de  Bob  l'usurier  à  rechercher  une 
petite  fille  jetée  aux  enfants  trouvés  par  suite  de  la  condamnation  de 
son  père,  pour  accompagner  cette  jeune  fille  à  Botany-Bay  et  pour 
revenir  avec  elle  à  Londres,  où  son  séjour  chez  Bob  nous  initie  aux 
mystères  du  Quartier  maudit.  Il  y  a  dans  cette  dernière  partie  une 
situation  très-dramatique,  celle  d'un  jeune  garçon  qui  doit  hériter 
d'une  grande  fortune  s'il  n'a  commis  aucune  action  honteuse,  et  qui 
se  trouve  entraîné  dans  un  piège  destiné  à  le  priver  des  bénéfices  de 
ce  testament  conditionnel.  Avons-nous  besoin  d'ajouter  que  l'inter- 
vention du  vieux  Bob  conjure  tous  les  périls  accumulés  sur  la  tête  de 
cet  enfant,  et  le  délivre  de  ses  persécuteurs?  Ce  drame  est  plein  d'é- 
motion et  de  terreur  ;  la  mise  en  scène  en  est  fort  soignée,  et  il  a 
pour  interprètes  d'excellents  artistes,  fort  appréciés  au  boulevard,  Du- 
maine,  Mlle  Duverger  et  Mlle  Desmonts. 

—  Au  succès  de  Fanchette,  dont  nous  avons  parlé  dans  notre  der- 
nier numéro,  le  théâtre  Déjazet  vient  d'ajouter  un  double  complément, 
dont  les  attraits  lui  garantissent  une  longue  série  de  soirées  fructueu- 
ses. C'est  d'abord  P 'lit  fi,  p'tit  mignon,  charmant  vaudeville  où 
Mlle  Déjazet  joue  à  la  fois  le  rôle  d'une  vieille  grand'mère  et  celui  d'un 
joli  petit  zouave  qui  revient  au  village  pour  disputer  à  son  père  la 
main  d'une  gentille  paysanne  normande  représentée  par  Mlle  Marie 
Fillon.  La  donnée  de  cette  pièce  est  légère,  mais  ce  défaut  est  ample- 
ment racheté  par  la  gaieté  et  la  finesse  des  détails.  L'uniforme  de  zouave 
manquait  à  la  collection  des  costumes  de  Mlle  Déjazet,  dont  le  rideau 
présente  au  spectateur  un  si  curieux  spécimen.  Elle  le  porte  à  ravir, 
et  elle  chante  avec  un  art  infini  les  spirituels  couplets  mis  en  musique 
par  le  jeune  et  habile  chef  d'orchestre  du  théâtre,  M.  Bernardin. 

La  seconde  pièce,  donnée  à  la  faveur  du  dimanche  gras,  est  un  vau- 
deville en  plusieurs  tableaux  intitulé  le  Carnaval  de  Gavarni.  Gomme 
dans  le  Bal  d'enfants,  que  nous  avons  eu  occasion  de  rappeler  tout  à 
l'heure,  ce  sont  les  personnages  et  les  légendes  de  notre  ingénieux 
dessinateur  qui  font  les  frais  de  ces  scènes  mêlées  de  chant,  de  danse, 
saupoudrées  de  sel  gaulois  et  ornées  de  minois  séduisants.  Cette  vive 
et  folle  pochade  compose  une  excellente  fin  de  spectacle. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


DE  PARIS. 


73 


NOUVELLES. 

„%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Guillaume  Tell,  Herculanum,  la  Fa- 
vorite, le  Comte  Org  et  (es  Elfes  ont  composé  le  spectacle  des  quatre  re- 
présentations consécutives  des  jours  gras  et  du  mercredi  des  Cendres. 
„%  Vendredi  les  Huguenots  ont  été  chantés  par  Gueymard  et  Mme  Bar- 
bot.  Le  chef-d'œuvre  a  été  fort  bien  rendu  et  a  produit  son  effet  ordi- 
naire . 

-t%  La  première  représentation  de  Pierre  de  Médicis,  le  nouvel  opéra  du 
prince  Poniatowski,  aura  lieu  lundi,  5  mars. 

/«Une  difficulté  s'est  opposée  à  la  conclusion  de  l'engagement 
d'Achard,  le  nouveau  ténor,  [/artiste  demandait  a  débuter  dans  un  opéra 
nouveau,  et  la  direction  ne  croyait  pas  pouvoir  le  lui  promettre.  Nous 
ne  savons  encore  s'il  y  a  eu  solution. 

„%  Le  succès  du  Roman  d'Elvire  s'accroît  à  chaque  représentation.  Il 
sera  joué  quatre  fois  cette  semaine  :  lundi,  mercredi,  vendredi  et  samedi. 
A  la  dernière  représentation,  on  a  redemandé  avec  acclamation  la  bar- 
carole  du  deuxième  acte  et  la  romance  du  troisième,  chantée  avec  au- 
tant de  grâce  que  d'expression  par  Montaubry. 

»*t  Deux  de  nos  artistes  lyriques  viennent  d'être  blessés  sur  le 
théâtre.  A  Toulouse,  Puget,  en  jouant  la  Sirène,  est  tombé  dans  une 
trappe  et  s'est  fait  à  la  cuisse  gauche  une  blessure  assez  grave.  Il  n'en 
a  pas  moins  terminé  la  pièce  et  reparu  à  la  fin  quand  le  public  l'a  rap- 
pelé. A  Bruxelles,  Mlle  Dupuy,  dans  un  pas  des  Charmeurs,  où  son  dan- 
seur la  fait  pirouetter  sur  elle-même,  ayant  présenté  la  main  gauche 
au  lieu  de  la  droite,  a  eu  l'épaule  démise.  Cependant  elle  a  achevé  l'ou- 
vrage et  joué  encore  dans  la  Muette  ;  mais  après  cet  effort  les  douleurs 
se  sont  fait  sentir  très-vivement. 

t*t  Nous  avons  dû  attendre  que  notre  savant  et  illustre  collabora- 
teur, M.  Fétis,  eût  terminé  son  beau  travail  sur  l'enseignement  populaire 
de  la  musique,  pour  nous  occuper  de  la  brochure  dont  nous  annoncions 
l'apparition,  il  y  a  quinze  jours,  sous  ce  titre  :  Observations  de  quelques 
musiciens  et  de  quelques  amateurs  sur  la  méthode  de  musique  de  M.  le  docteur 
Emile  Chevé.  Cette  publication  a  déjà  fait  quelque  bruit  dans  le  monde 
musical,  et  nous  en  donnerons  bientôt  quelques  extraits. 

»%  Voici  le  programme  du  concert  de  la  Société  des  jeunes  artistes  du 
Conservatoire,  qui  aura  lieu  aujourd'hui  dans  la  salle  Herz  ;  4°  symphonie 
en  si  bémol  (1'°  audition),  de  R.  Schumann  ;  2°  concerto  de  violon,  de 
Spohr,  exécuté  par  M.  Kœmpel,  violon  solo  du  roi  de  Hanovre  ;  3°  air  de 
la  Muette  de  Portici,  chanté  par  Peschard  ;  k°  hymne,  de  Haydn,  exécuté 
par  tous  les  instruments  à  cordes;  5°  fragments  de  Christophe  Colomb, 
de  F.  David  :  une  Nuit  des  tropiques ,  chanson  du  mousse ,  chœur  des 
génies  de  l'Océan,  solo  par  Mlle  Balbi  ;  6"  ouverture  du  Jeune  Henri,  de 
Méhul. 

»*,k  Le  concert  de  Mme  Pleyel  aura  lieu  le  7  mars,  à  S  heures,  dans  la 
salle  de  l'hôtel  du  Louvre,  avec  le  concours  de  Mme  Borghi-Mamo,  de 
Graziani  et  d'un  orchestre  dirigé  par  M.  Pasdeloup.  La  grande  et  cé- 
lèbre artiste  jouera  le  concerto  en  sol  mineur  de  Mendelssohn  ;  le  con- 
certo — paraphrase  de  Liszt  sur  le  Songe  d'une  nuit  d'été,  de  Mendelssohn  ; 
l'adagio  et  le  scherzo  du  concerto  symphonique  de  Litolff,  et  la  fantaisie 
d'Ascher  sur  la  Traviata. 

*%  Jeudi  1er  mars,  Jacques  Baur  donnera,  dans  les  salons  d'Erard,  un 
grand  concert  dans  lequel  il  exécutera  une  fantaisie  sur  des  airs  bohé- 
miens-hongrois de  Liszt,  une  fantaisie  chromatique  avec  fugue  de  J.-S. 
Bach,  le  trio  en  ré  majeur  de  Beethoven,  un  nocturne  de  Chopin,  une 
valse  de  Schubert  arrangée  par  Liszt,  et  des  illustrations  du  Prophète, 
(prière,  hymne  triomphale,  marche  du  sacre)  du  même  compositeur. 

,%  Mme  Sainton-Dolby  et  M.  Sainton  donneront,  le  1er  mars,  jeudi 
prochain,  dans  la  grande  salle  du  Louvre,  un  concert  dans  lequel 
Mme  Sainton  chantera  des  œuvres  de  Haendel,  Haydn,  Liiders,  et  des  bal- 
lades écossaises.  M.  Sainton,  outre  deux  morceaux  de  sa  composition, 
exécutera,  avec  MM.  Th.  Ritteret  Rignault,  le  trio  en  ut  mineur  de  Men- 
delssohn, et  la  sonate  de  Beethoven  dédiée  à  Kreutzer.  Th.  Bitter  jouera 
sa  marche  nocturne  et  le  mouvement  perpétuel  de  Weber,  et  Jules 
Lefort  fera  entendre  la  Main  du  seigneur,  de  Boulanger. 

„%  L'excellent  pianiste-compositeur  W.  Kroger  est  de  retour  depuis 
hier  d'un  voyage  qu'il  est  allé  faire  à  Stuttgard,  pour  assister  aux  fêtes 
qui  ont  eu  lieu  en  l'honneur  de  son  père,  à  ^'occasion  de  son  cinquan- 
tième anniversaire  comme  membre  de  la  chapelle  royale.  Nous  donne- 
rons dans  notre  prochain  numéro  les  détails  de  cette  manifestation  excep- 
tionnelle, dont  le  digne  vétéran  de  l'art  a  été  l'objet. 

***  Le  concert  de  Prudent  reste  fixé  au  8  mars,  et  aura  lieu  dans  la 
salle  de  Herz.  Voici  le  programme  de  cette  solennité  musicale  :  1°  ou- 
verture à'Egmont ,  de  Beethoven  ;  V  caprice  sur  la  Sonnambula ,  par 
Prudent;  3°  le  Chant  du  ruisseau,  composé  et  exécuté  par  Prudent; 
4°  rondo  de  l'Ilaliana  in  Algieri,  Pensa  alla  Patria,  chanté  par  Mme  Viar- 
dot  ;  S"  Chant  du  lac  tranquille ,  par  Prudent  ;  6°  V Aurore  dans  les  bois 
(piano  et  orchestre),  par  Prudent;  7°  sonate  en  si  bémol,  de  Mozart, 
exécutée   par  MM.   Alard  et  Prudent  ;  8°  air  d'Orphée  :   J'ai  perdu  mon 


Eurydice,  chanté  par  Mme  Viardot;  9°  la  Chasse  (op.  35),  pour  piano  et 
orchestre,  par  Prudent:  I0<>  airs  espagnols,  chantes  par  Mme  Viardot; 
11°  ouverture  de  l'Hôtellerie  portugaise,  de  Cherubini.  L'orchestre  sera 
dirigé  par  M.  Tilmant. 

***  La  publication  des  œuvres  de  Haendel  se  poursuit  très-active- 
ment :  le  premier  volume  du  tome  II  vient  de  paraître  ;  il  contient 
Hercule,  oratorio,  création  puissante  où  le  génie  de  Haendel  se  déploie 
dans  toute  sa  vigueur. 

„%  Le  concert  d'Alfred  Jaël  aura  lieu  le  2  mars  dans  la  salle  Herz  avec 
le  concours  de  M.  Sivori  ;  le  célèbre  artiste  exécutera  entre  autres  le  Ca- 
rillon, des  transcriptions  du  Pardon  ae  Phërmel,  du  Prophète  et  de  quelques 
œuvres  de  R.  Wagner,  et  enfin  des  préludes  de  Liszt  avec  M.  Hans  de 
Bulovr. 

/„  Le  concert  de  M.  Jacobi,  le  jeune  violoniste,  aura  lieu  samedi  3 
mars,  dans  la  salle  de  Herz,  avec  le  concours  de  Mlle  Hamakers  et 
de  M.  Dumestre,  de  l'Opéra;  de  Mme  Riquier-Lhéritier,  Mlle  M.  Darjou 
et  Berthelier,  de  l'Opéra-Comique. 

t*é  M.  Guglielmi,  l'excellent  baryton  du  théâtre  impérial  de  Vienne,  se 
fera  entendre  dans  le  concert  de  Ketterer,  qui  aura  lieu  demain  soir. 

*t  Par  décret  en  date  du  1 1  février,  rendu  sur  la  proposition  de  S. 
Exe.  le  ministre  de  l'agriculture,  du  commerce  et  des  travaux  publics, 
M.  Debain,  facteur  d'orgues  à  Paris,  a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion 
d'honneur. 

4%  Pour  la  fête  des  Rameaux,  Gaston  d'Albano  a  composé  un  hymne 
plein  de  majesté  et  de  joie  ;  il  y  a  un  chœur  et  une  partie  d'orgue 
ad  libitum.  Cette  édition  vient  d'être  illustrée  d'un  beau  dessin  de  Ram- 
bert  représentant  l'entrée  de  Jésus  à  Jérusalem. 

.*»  L'inauguration  des  grandes  orgues  de  la  cathédrale  de  Rouen,  re- 
construites, par  ordre  du  gouvernement,  dans  '.l'établissement  Merklein- 
Schutze,  à  Paris,  est  fixée  aux  1"  et  2  mars.  Monseigneur  l'archevêque 
présidera  la  cérémonie,  et,  d'après  son  invitation,  MM.  Lemmens,  orga- 
niste belge,  Edouard  Batiste,  Renaud  de  Vilbae  et  Sergent,  organistes 
de  Paris,  et  Klein,  organiste  titulaire  de  la  cathédrale  de  Rouen,  feront 
entendre  l'instrument. 

»%  Le  mercredi  7  mars,  M.  et  Mme  Edouard  Lyon  donneront  leur  con- 
cert dans  les  salons  d'Erard.  Il  se  divisera  en  deux  parties  :  la  première, 
consacrée  à  la  partie  vocale  et  instrumentale;  la  seconde,  à  l'exécution 
d'un  proverbe  lyrique  en  un  acte  :  Quand  Dieu  est  dans  le  ménage,  Dieu 
le  garde,  paroles  et  musique  de  Mlle  Thys.  M.  et  Mme  Lyon  interpréte- 
ront les  rôles  du  vicomte  et  de  la  vicomtesse  du  Théran. 

„%  MM.  Armingaud,  Jacquard,  Lalo  et  Lapret  donneront  leur  qua- 
trième soirée  de  musique  de  chambre,  mercredi  prochain,  dans  la  salle 
Pleyel.  On  y  entendra  un  trio  de  Mendelssohn  pour  piauo,  violon  et 
violoncelle;  une  sonate  de  Bach  pour  piano  et  violon  par  MM.  Lubeck  et 
Armingaud  ;  un  quatuor  de  Mozart,  et  un  quintetto  de  Boccherini  pour 
instruments  à  cordes. 

,%  La  deuxième  soirée  de  musique  classique  de  M.  Lebduc  aura  lieu 
mercredi  prochain  dans  les  salons  d'Erard  ;  on  y  entendra  Mme  Boch- 
koltz-Falconi,  MM.  Portehaut,  Herman,  Saint-Saëns,  Leroy,  Casimir  Ney, 
Mas  et  Maton. 

,%  Une  intéressante  soirée  musicale  sera  donnée  mercredi,  29  février, 
dans  la  salle  Beethoven  par  Mlle  Virginie  Huet ,  avec  le  concours 
d'artistes  distingués,  MM.  Graziani,  Pascal  et  Lamazou,  Mlles  Acs  et 
Veron. 

»%  Les  éditeurs  G.  Brandus  et  S.  Dufour  viennent  d'acquérir  la  pro- 
priété du  Roman  d'Elvire,  opéra-comique  de  M.  Ambroise  Thomas,  pa- 
roles d'A.  Dumas  et  Leuven.  Les  airs  détachés  seront  mis  en  vente  inces- 
samment. 

»%  Le  grand  bal  annuel  au  profit  de  la  caisse  de  secours  et  pensions 
de  l'Association  des  artistes  dramatiques  aura  lieu  sous  le  patronage  de 
LL.  MM.  l'Empereur  et  l'Impératrice,  le  samedi  10  mars  prochain,  tou- 
jours dans  la  salle  du  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  ;  de  nom- 
breuses demandes  de  billets  sont  faites  aux  dames  patronnesses.  Cette 
fête  toute  spéciale,  la  plus  belle  de  toutes  celles  qui  sont  données 
pendant  la  saison  d'hiver,  aura  le  succès  de  vogue  des  années  pré- 
cédentes. 

„%  L'éditeur  de  musique  Emmanuel  Rée  vient  de  mourir  a  Copenha- 
gue. 

,*„  Cari  Kramer,  l'auteur  d'un  lied,  en  dialecte  du  pays,  Jan  und  Grièt, 
devenu  populaire,  est  mort  à  l'hôpital  civil  de  Cologne.  On  doit  aussi  à 
Kramer  quelques  pièces  de  théâtre  burlesques. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

»%  Rouen.  —  Le  succès  du  Pardon  de  Ploérmel  se  confirme  complète- 
ment Les  représentations  de  cet  ouvrage  alternent  avec  celles  de  Jo- 
conde. 


lh 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


„**  Lyon.  —  Notre  théâtre  veut  être  le  premier  à  monter  le  nouvel 
ouvrage  d'Ambroise  Thomas.  Le  Roman  d'Elvire  va  entrer  en  répétition. 
Mme  Vandenheuvel-Duprez  et  Achard,  chanteront  les  deux  principaux 
rôles. 

„,*„  Orléans.  —  Les  Dragons  de  Villars  ont  été  donnés  pour  !e  bénéfice 
de  Mlle  Emilie  Dumas.  L'ouvrage,  paroles  et  musique,  a  été  joué  avec  un 
remarquable  ensemble  par  MM.  Bertrand,  Chapuis,  Donval,  Mmes  Beckers 
et  la  bénéficiaire.  M.  Bertrand  a  très-bien  chanté  son  air  du  deuxième 
acte  et  son  duo  avec  Ville  Dumas,  duo  qui  a  été  accueilli  par  deux  salves 
d'applaudissements.  Mme  Beckers  est  charmante  dans  le  rôle  et  sous  le 
costume  de  Rose  Friquet.  Bien  que  ce  rôle,  écrit  pour  une  voix  de  con- 
tralto, ait  dû  être  transposé  pour  Mme  Beckers,  l'habile  chanteuse 
s'en  est  tirée  à  son  honneur.  Elle  a  enlevé  avec  une  rare  vigueur 
le  grand  air  du  troisième  acte,  et  mis  beaucoup  de  finesse  et  de  gaieté 
dans  le  duo  du  premier  acte  avec  M.  Ghapuis,  le  beau  brigadier  de  dra- 
gons. Mlle  Dumas,  qui  avait  peu  de  chose  à  chanter,  a  trouvé  le  moyen 
de  faire  applaudir  son  jeu  plein  de  finesse  et  de  gracieuse  malice.  Les 
chœurs  ont  été  justement  applaudis,  et  c'est  chose  assez  rare  pour  qu'on 
en  parle. 

***  Marseille.  —  Armandi,  notre  excellent  ténor,  rétabli  d'une  indispo- 
sition, vient  de  paraître  dans  les  Huguenots  et  dans  Robert  le  Diable.  Il  a 
été  salué  par  les  applaudissements  de  toute  la  salle.  A  côté  de  lui,  pendant 
ces  deux  belles  soirées,  ont  vaillamment  combattu  Mmes  Meillet  et 
Litschner,  MM.  Depassio,  Battaille  et  Boulège. 

„,%  Nantes.  —  Les  répétitions  du  Pardon  de  Ploërmel  se  poursuivent 
avec  la  plus  grande  activité,  et  la  première  représentation  de  l'ouvrage 
aura  lieu  très-prochainement. 


CHRONIQUE   ÉTRANGÈRE. 


„■%,  La  Haye.  —  Léonard  et  sa  femme  sont,  pour  la  sixième  fois,  dans 
notre  ville,  et  jamais  artistes  n'y  ont  plus  vaillemment  conquis  leur  droit 
de  cité.  Notre  société  aristocratique,  ordinairement  si  froide,  leur  pro- 
digue des  bravos  et  des  rappels  d'autant  plus  significatifs  qu'ils  sont 
plus  rares.  Le  22,  le  couple  artiste  s'est  fait  entendre  à  la  société  Diligentia 
avec  un  succès  des  plus  remarquables.  La  Ie  symphonie  de  Beethoven 
a  été  exécutée  avec  la  plus  grande  perfection,  sous  la  direction  du  sa- 
vant directeur  du  Conservatoire,  M.  Lubeck,  père  du  célèbre  pianiste. 
M.  Lubeck  est  un  des  plus  fervents  soutiens  de  la  grande  musique  en 
Hollande.  Léonard  et  sa  femme  vont  continuer  leur  tournée  triomphale 
à  Amsterdam,  Rotterdam,  Utrecht,  Arnheim,  Bois-le-Duc,  etc.,  où  les 
appellent  de  brillants  engagements.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  voit  son 
succès  augmenter  chaque  jour.  M.  Jahn,  le  chef  d'orchestre,  l'a  monté 
avec  une  intelligence  musicale  des  plus  rares. 

t*t  Anvers.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  mis  à  l'étude. 

t*t  Berlin.  —  Du  13  au  1 9  février,  le  théâtre  de  l'Opéra  royal  a 
donné  Martha,  deFlotow  ;  Il  Trovalore,  de  Verdi  ;  le  Prophète,  de  Meyer- 
beer,  et  le  Maçon,  d'Auber.  Au  Schauspielhaus,  Egmont,  de  Gœthe,  mu- 
sique de  Beethoven.  La  troisième  soirée  de  Mme  Burchardt  a  été  une 
solennité  commémorative  en  l'honneur  de  L.  Spohr  ;  on  y  a  exécuté  son 
opéra  de  Faust.  — A  la  salle  des  concerts  du  théâtre  Royal,  des  étudiants 
de  l'université  de  Beriin  ont  joué,  en  latin,  la  comédie  Captivi,  de 
Plaute. —  Le  14  février,  la  Société  Bach  a  célébré  le^3°  anniversaire  de.  sa 
fondation  par  un  concert  où  l'on  a  exécuté,  entre  autres,  trois  cantates 
de  Bach. 

***  Francfort-sur-Mein.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  repré- 
senté et  a  obtenu  le  succès  le  plus  éclatant.  Mlle  Veith,  dans  le  rôle  de 
Diuorah,  s'est  montrée  admirable.  Elle  a  dû  répéter  l'air  de  l'Ombre,  et 
a  été  rappelée  après  chaque  acte  avec  les  artistes  qui  remplissaient  les 
rôles  de  Hoël  et  de  Corentin.  La  salle  est  retenue  d'avance  pour  plu- 
sieurs représentations. 

J"„  Leipzig.  — Au  15e  concert  du  Gewandhaus,  Stockbausen  a  chanté 
l'air  du'  Valet  de  chambre,  opéra  de  Carafa,  et  des  lieder  de  Robert 
Schumann.  Cet  excellent  chanteur  s'est  surpassé  lui-même  ;  après 
chaque  morceau,  l'enthousiasme  du  public  a  éclaté  en  applaudisse- 
ments. Nous  avons  entendu,  en  outre,  dans  la  même  soirée  :  un  concerto 
pour  violon,  de  L.  Spohr,  fort  bien  interprété  par  Lauterbach,  violo- 
niste de  la  cour  a  Munich,  et  enfin  l'Océan,  symphonie  de  A.  Ru- 
binstein. 

»*„  Prague.  —  Le  vétéran  de  nos  ténors,  M.  Emminger,  a  choisi  pour 
son  bénéfice  Joseph  en  Egypte,  de  Méhul.  Un  public  nombreux  s'était 
réuni  pour- entendre  les  poétiques  mélodies  du  célèbre  compositeur 
français. 

„*»  Vienne.—  Le  théâtre  de  l'opéra  de  la  Cour  a  mis  Armide,  de  Gluck, 
et  l' Enfant  prodigue,  d'Auber,  au  répertoire. —  Le  quatuor  Hellmesberger 
vient  de  donner  sa  centième  soirée  depuis  sa  création  :  à  cette  occa- 
sion, les  quatre  artistes  dont  il  se  compose  ont  été  l'objet  d'une  ovation 
de  la  part  du  public. 


*%  Peslh.—  Franz  Erkel,  l'auteur  de  la  musique  de  l'opéra  Hunijadi 
Lasslo,  est  aujourd'hui  le  compositeur  le  plus  populaire  de  la  Hongrie. 
On  attend  de  lui  une  nouvelle  partition,  Bànk-Bàn. 

»*„  Dusseldorf.—  Le  trente-septième  festival  du  Bas-Rhin  aura  lieu  dans 
notre  ville  aux  fêtes  de  la  Pentecôte  :  M.  Hiller  s'est  chargé  de  la 
direction. 

***  Copenhague.  —  Au  concert  du  Muisk-Verein  on  a  entendu  une 
composition  inédite,  les  Noces  de  la  dryade,  musique  de  P.-E.  Hartmann, 
qui  a  produit  le  plus  grand  effet.  Dans  les  trois  concerts  d'abonnement 
qui  ont  eu  lieu  jusqu'ici,  on  a  exécuté  successivement  Israël,  oratorio  de 
Haendel,  et  diverses  compositions  de  Gluck,  Haydn,  Mozart,  Spohr,  etc. 

„,**  Edimbourg,  20  février.  —  M.  Engel ,  qui  possède  un  si  rare 
talent  sur  l'harmonium ,  est  de  retour  d'une  excursion  artistique 
dans  laquelle  il  a  joué  son  duo  de  Dinorah  dans  quarante-six  concerts. 
Le  journal  Glascow-Herald  rend  pleine  justice  à  ce  morceau  et  à  la  ma- 
nière dont  il  a  été  rendu  par  l'auteur  et  M.  Brinley-Richard,  le  compo- 
siteur pianiste,  dans  un  concert  donné  par  M.  Muir-Wood.  M.  Engel 
s'est,  de  plus,  signalé  dans  sa  fantaisie  de  Don  Pasquale  et  dans  l'ac- 
compagnement obligé  de  l'air  Casta  diva,  chanté  par  Mme  Fiorentini. 


s.  DUFOUR. 


Chez  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu  (au  1"), 


et  KETTERER 


Grand  duo  brillant  sur  le  Pardon  de  Ploërniel ,  pour 

Piano  et  Violon 10  fr. 


Deux  mélodies   de   Maria,  transcrites  pour  le  Violoncelle, 

avec  accompagnement  de  Piano 6    » 

M*  Mi    MtoWJMÏT 

LIED 

(Poésie  allemande  de  GIBEL,  traduction  française  par  DUESBERG) 
Musique  de 


DERNIERES  NOUVEAUTES  MUSICALES 

Publiées  par  JULES  HEINZ,  éditeur,  rue  de  Rivoli,  146. 

PIANO. 

Bergson.  Op.  44.  Consolation,  nocturne 5  » 

Crolwex.  Op.  124.  Le  Pâtre  styrien,  fantaisie  très-facile  ....  6  » 

—  Op.  230.  La  Folle  (de  Grisar),  morceau  de  genre.   ...  6  » 

Bêlions.  Le  Réveil,  aubade 6    » 

Bumiorct.   Les  Chants  d'Espagne,  boléro 6  » 

&<ervllle.  Op.  71.  Plaisir  d'amour,  romance  de  Martini  ....  5    ■> 

—  Op.  72.  Marie-Louise,  valse 5  » 

—  Op.  73.  La  Rose  d'Aranjuez,  valse  espagnole 6  » 

Meintz  (C).  Fantaisie  facile  sur  Roméo  et  Juliette 6  » 

Mess.  Campanella,  mazurka  de  salon 6  » 

Eiitrailierit.  Le  Rêve  du  solitaire,  contemplation 5  » 

—  L'Onde  et  le  Roseau,  valse  élégante 5  » 

(Lee  (Maurice).  Polonia,  mazurka  de  salon 6  » 

—  La  Nostalgie,  fantaisie  facile  sur  des  thèmes  allemands  .   .  6  » 
iLe  Bel  (Louis).  Mina,  valse  élégante 4  S0 

—  Edition  facile  en  feuille.  2  50 
Marteaux  iCh.).  Fantaisie  brillante  sur  Au  clair  de  la  lune  .    .  9  » 

—  Les  Cloches  du  soir,  rêverie 6  » 

Philip»!.  Op.  G9.  Bourrée  d'Auvergne 7  50 

—  Op.  70.  Confidences,  nocturne 6  n 

Dernières  Compositions  de  Chant  de  loigi  bordèse. 

Mignon  regrettant  sa  patrie,  scène  pour  mezzo-soprano 5  » 

La  Prière  de  la  jeune  fille,  scène  pour  mezzo-soprano 5  » 

Paroles  soigneusement  choisies  pour  les  jeunes  personnes. 


DE  PARIS. 


75 


PRIX    ACCORDÉ   A   L'UNANIMITÉ   A    l'EXPOSITION 
UNIVERSELLE   DE   LONDRES   5  851. 


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Guerre  et  de  la  Marine  de  France. 


Agent    à    Londres 

JDLLIEN  ET  C\ 

214  ,   Régent    Street. 


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INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVRE 

ANTOINE  COURTOIS 

88,   rue  des  Marais  -  Saint  -  Martin ,   88 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MEDAILLE   D'ARGENT   DE   1"   CLASSE 
A    L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur   du    Conservatoire    et   de 
1'Aeadénilc  Impériale  de  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

A.  BDTTNER, 

Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


Publié  par  G.  BRANDVS  et  S.  DVFOVR, 

103,  rue  de  Richelieu,  au  1". 

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Arrangée  pour  Piano  à  quatre  mains 

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Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 

G.  3SSY33RBEER 

Prix  net  :  25  fr. 


(«TOUS©»).     —   Neuf 
brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement. 

Instruments  Saxommâtoniques.  Invention  à  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  {Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  de  la 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Rougemont. 

MU?3S^UE  DE  GBANT 

Gcvace-t.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2  50 

Slangeaitt.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6    » 

MUSIQUE  ©E  PIANO 

Favarçer  (R.).   Op.  11.  Vanda,  varsovienne. .  7  50 

—  Op .  12 .  Tarentelle 7  30 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7  50 

—  Op.  lit.  En  Chasse,  fantaisie 7  5(> 

Ravina   (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 6    » 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 6    » 

—  Deuxième  grande  valse 7  50 

Deuxième  mazurka 6    » 

—  Op.  18.   Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 9    » 

—  Op.   20.  Rondo-polka 7  50 

—  Op.  21.  Sicilienne 9    » 

—  Op.  22.   Elégie 7  50 

SIX  FANTAISIES  ES  VISIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 

B.  ESavina  et   Sj.   Clnpisson. 


facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
position 1849;  Médaille  de  1"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  j 
tement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap 
port  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  SSusasin 
rue  Montmartre,  16JL. 


Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 

E€Ï2©S  ®BS  OPÉRAS 
Fantaisies   faciles  par   RÏÏMMEL 


Fra  Diavolo. 
Guillaume  Tell. 
Le  Comte  Ory. 

Seca  continué. 


ï.  Le  Domino  noir. 
i.  Les  diamants  de  Icouronne. 
>.  La  Muette  de  Portici. 
Prix  de  chaque  :  0  fr. 


MAISON  H.  HERZ      :;: 

Victoire,  à  Paris. 


pianos,  AS,  rue  de  la 


A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
atteution.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  » 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


LIÂMÛNIFLIJTE  ^««b,,, 

dont  le  succès   grandit  chaque   jour ,  se    trouve  chez 
Mayermarix,  46,  passage  des  Panoramas,  à  Paris. 


S"-  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  ROIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


1"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Ho\lande  (1845). 


fl'    médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT  ■ GEORGES,    50 


Grnude  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

Seule  grantle  médaille  d'honneur  à  l'Exgtosition  universelle  tle  Paris  (tSSS).  —  Seule  grnnile   médaille 
(Cowneil  Méfiai)  à  l'Exposition  universelle  de  Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

invemtf.hr  des  familles  des 
o^2™R,&MBAS'  SAX-TUBAS.  CLAIRONS-SAX.  CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

SAXHORNS.  SAXOPHONES.  TROMBONES-SAX.  CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois). 


Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  1 85». 
Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une  ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  iwm. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  185%. 


Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance,  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales ,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


76 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Pour  paraître  incessamment 
CHEZ  G.  BRÀNDUS  ET  S.  DUFOUR,  EDITEURS,  103,  RUE  DE  RICOELIED ,  AU  l( 


LE 


Opêra-comiqne  en  trois  actes, 

Paroles  de 

ALEXANDRE  DUMAS  ET  DE  LEUVEN 

Musique  de 

AMBROISE  THOMA 

\(De  l'Institut.) 


FANCHETTE 


Opéra-comique  en 


PAROLES  ET  MUSIQUE  DE 


E.  DÉJAZET 


HALE    DE   tYAl'OI  1  <i\ 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  I. 


27e  Année. 


IV0  10. 


4  Mars  1860. 


ON  S'ABONNE  t 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
flureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  ott 

Départements,  Uclgique  et  Suisse —     30  -i       id. 
Étranger M  »       id. 

Le  Journ.il  jmr.iîl  le  Uinuinche. 


ET 


ETTE 


SICALE 


-- 'WVXAAAAAn/w" 


SOMMA1RE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra  ;  théâtre  Italien  ;  Société  des  jeunes 
artistes  du  Conservatoire.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  — 
—  Correspondance  :  Saint-Pétersbourg.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA,  THÉÂTRE  ITALIEN. 

SOCIÉTÉ  DES  «3EU3JES  ARTISTES  DU  CONSERVATOIRE. 

Michot,  le  jeune  ténor,  dont  la  réputation  s'est  faite  au  théâtre 
Lyrique,  débutait  mercredi  dernier  sur  la  grande  scène  de  l'Opéra 
dans  le  rôle  de  Fernand,  de  la  Favorite.  11  y  apportait  sa  voix  fraîche  et 
timbrée.  Affranchi  du  dialogue  qui  le  gênait  un  peu,  il  témoignait  d'une 
certaine  disposition  au  jeu  dramatique,  dont  nous  l'engagerons  même 
à  éviter  l'excès.  Sans  doute  il  est  bon  d'être  acteur,  mais  il  ne  faut 
pas  trop  viser  à  l'être.  Mme  Barbot  commet  cette  faute  dans  le  rôle 
de  Léonor  :  elle  joue  trop,  elle  joue  toujours;  elle  souligne  tout  jus- 
que dans  l'air  :  0  mon  Fernand  !  11  ne  faut  pas  non  plus  changer  la 
phrase  musicale  sous  prétexte  de  la  rajeunir,  comme  l'a  fait  Dumestre 
en  chantant  la  romance  :  Pour  tant  d'amour.  Une  diction  simple,  une 
expression  contenue,  aussi  peu  de  geste  que  possible,  voilà  tout  ce  que 
demande  ce  morceau. 

Il  y  a  eu  des  inégalités  dans  la  manière  dont  Michot  a  rempli  sa 
tâche,  mais  il  ne  tiendra  qu'à  lui  d'y  réussir  complètement.  Qu'il 
se  persuade  bien  que  son  charme  est  dans  sa  voix,  et  qu'il  emploie  à 
la  diriger  tout  ce  qu'il  a  de  goût,  d'intelligence.  Quel  dommage  que 
maintenant  les  artistes  chantent  devant  un  parterre  qui  applaudit  en 
masse,  sans  distinction  de  bien  ni  de  mal  !  Les  leçons  d'un  maître 
plus  sévère  auraient  appris  à  Michot  en  quoi  il  avait  excellé  ou  failli, 
comment  par  exemple  il  avait  rudement  traité  la  romance  :  Ange  si 
pur,  et  délicieusement  chanté  :  5m?"  ton  élu,  Seigneur,  descends,  arme 
son  cœur  pour  la  prière!  En  se  rappelant  sa  propre  méthode,  en  se 
réglant  sur  lui-même,  tel  qu'il  a  été  dans  ce  passage  célèbre,  Michot 
finira  par  ne  mériter  que  de  légitimes  bravos. 

—  La  veille,  au  théâtre  Italien,  un  autre  ténor  que  naguère  on  ap- 
plaudissait dans  le  même  rôle,  Roger  avait  débuté,  lui  aussi,  dans 
l'amoureux  de  la  Traviata.  Roger  s'avance  pas  à  pas  dans  son  nou- 
veau répertoire.  Il  en  prend  possession  avec  cette  fermeté  de  vouloir 


et  cette  souplesse  de  talent  qui  triomphent  de  tous  les  obstacles.  Im- 
possible de  montrer  plus  d'élégance,  de  passion  que  ne  l'a  fait  le  grand 
artiste  !  Impossible  de  mieux  effacer  un  souvenir  douloureux  !  Roger 
en  est  venu  à  tenir  un  billet  de  ses  deux  mains  comme  il  le  lit  de  ses 
deux  yeux  !  Rien  ne  manque  plus  à  l'illusion.  Dans  le  Trovatore,  il 
achèvera  ce  qu'il  a  si  bien  commencé  dans  Lucia  et  la  Traviata. 
Pour  lui,  ces  trois  ouvrages  forment  une  trilogie  dont  il  pourra  se 
glorifier  avec  ses  amis  et  ses  ennemis  ! 

—Une  symphonie  de  Robert  Schumann,  un  concerto  de  Spohr,  ou- 
vraient la  dernière  séance  de  la  Société  des  jeunes  artistes  du  Conser- 
vatoire. Il  paraît  que  cette  symphonie  en  si  bémol  est  la  première 
que  son  auteur  ait  composée.  Nous  la  préférons  à  celle  que  M.  Pasde- 
loup  nous  a  déjà  fait  enlendre.  Il  y  a  plus  d'animation,  de  coloris,  de 
chaleur  :  l'orchestre  en  est  moins  chargé,  moins  laborieux,  et  à  tout 
prendre,  c'est  une  production  de  valeur  qui,  sans  égaler  les  chefs- 
d'œuvre  du  genre,  en  rappelle  et  en  continue  la  tradition. 

M.  Kœmpel,  violon-solo  du  roi  de  Hanovre,  exécutait  le  concerto 
de  Spohr  qui,  nous  le  croyons,  fut  son  maître,  et  il  n'a  pas  tardé  à 
nous  prouver  qu'il  était  devenu  maître  à  son  tour.  Sous  les  doigts  et 
l'archet  de  M.  Kœmpel,  le  roi  des  instruments  est  véritablement  digne 
de  ce  titre.  L'éminent  artiste  possède  toutes  les  qualités  qui  consti- 
tuent le  virtuose  supérieur,  formé  à  la  plus  belle  et  à  la  plus  pure 
école.  Il  reproduit  cette  largeur  de  style,  cette  justesse  d'intona- 
tion, cette  délicatesse  de  nuances  que  l'on  ne  trouve  pas  toujours 
chez  les  violonistes  modernes,  entraînés  dans  une  voie  périlleuse  par 
l'exemple  de  Paganini.  Avec  lui,  le  violon  n'abdique  jamais  sa  nature, 
et  il  n'en  règne  qu'avec  plus  de  puissance  et  de  majesté.  Le  succès 
de  M.  Kœmpel  a  donc  été  ce  qu'il  devait  être  :  on  l'a  applaudi,  rap- 
pelé ;  on  lui  aurait  crié  bis,  si  les  concertos  pouvaient  se  redire  comme 
les  variations  et  les  fantaisies. 

Deux  élèves  du  Conservatoire,  M.  Peschard,  dans  l'air  du  sommai], 
de  la  Muette,  et  Mlle  Balbi,  dans  les  fragments  du  Christophe  Colomb, 
de  F.  David,  ont  donné  l'échantillon  de  deux  voix  et  de  deux  talents 
dont  nos  théâtres  profiteront  quelque  jour.  L'hymne  d'Haydn,  exécuté 
par  tous  les  instruments  à  cordes,  et  l'ouverture  du  Jeune  Henri  par 
tout  l'orchestre,  n'étaient  pas  les  moindres  attraits  d'un  programme 
qui  se  distinguait  par  la  richesse  et  la  variété. 

P.    S. 


78 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Edmond  Hocmelle.  —  Mme  Szaryady.  —  Institution  impériale 
des  Jeunes  Aveugles.  —  Eugène  Ketterer.  —  lime  Clémentine 
Balta,  —  E.    Paladilhe.  —  Jacques  Itaur.  —  SI.  et  Mme  Saintoo. 

La  soirée  donnée  par  Edmond  Hocmelle ,  l'excellent  organiste  de 
Saint-Thomas-d'Aquin  et  de  la  chapelle  du  Sénat,  était  une  véritable 
fête  musicale  et  littéraire.  Il  ne  s'agissait  pas  moins  que  d'un 
concert,  d'un  opéra-comique  et  d'un  proverbe  :  aussi  la  salle  Herz 
avait-elle  pris  un  petit  air  de  solennité  tout  h  fait  inaccoutumé.  Seul, 
le  concert,  très-brillant,  eût  suffi  à  contenter  l'auditoire  nombreux  et 
distingué  qu'avait  réuni  le  jeune  compositeur.  On  connaît  son  ta- 
lent, on  a  pu  l'apprécier  encore  une  fois  dans  plusieurs  ouvrages  de 
sa  composition,  exécutés  sur  l'orgue-mélodium  d'Alexandre,  et  notam- 
ment dans  des  fragments  à'Orphée,  disposés  avec  beaucoup  d'habi- 
leté pour  quatuor  instrumental.  Ce  dernier  morceau,  délicieusement 
dit  par  Ritter,  Herman,  Nollet  et  l'auteur,  nous  semble  destiné  à  faire 
partout,  même  privé  d'une  aussi  belle  exécution,  les  délices  de  tous 
ceux  qui  aiment  la  belle  musique  de  Gluck. 

Badiali  a  été  d'un  brio,  d'une  verve  irrésistibles;  il  a  chanté  une 
romance  de  Mercadante  et  un  duo  du  Barbier  avec  un  style,  un  en- 
train, un  esprit  qui  se  perdent  chaque  jour.  Son  talent  a  toujours 
vingt  ans,  il  pétille  de  jeunesse,  il  s'épanouit,  il  éclate  en  mille  vo- 
calises délicieuses  que  l'école  italienne  elle-même  est  en  train  d'ou- 
blier. 

Herman  a  joué  avec  beaucoup  d'âme  et  de  distinction  sa  fantaisie 
sur  Norma.  La  Marche  nocturne  et  un  Impromptu  de  Ritter,  exécutés 
par  ce  très-remarquable  pianiste ,  ont  été  vivement  applaudis.  On  a 
distingué  dans  cette  dernière  composition  la  coupe  heureuse,  la  sage 
concision,  la  fusion  des  traits  rapides  et  brillants  avec  des  phrases  plus 
larges  et  plus  essentiellement  mélodiques. 

On  le  voit,  ce  concert  était  charmant,  et  pourtant  ce  n'était  encore 
que  le  prélude  des  douces  jouissances  qu'allaient  faire  goûter  Mme  Sa- 
batier,  Jules  Lefort  et  Caslel  dans  un  opéra-comique,  et  Samson,  Ber- 
ton  et  Mlle  Marie  Lambert  dans  un  proverbe  dû,  comme  le  libretto 
mis  en  musique  par  Hocmelle,  à  la  plume  fine,  spirituelle  et  déjà  très- 
adroite  de  Mlle  Jenny  Sabatier. 

Les  petits  cadres  d'opérettes  sont  accoutumés,  il  faut  bien  le  dire, 
à  ne  recevoir  que  des  figures  grimaçantes  et  toujours  les  mêmes. 
Cette  fois,  dans  Un  service  d'ami,  il  n'y  a  rien  de  commun,  rien  de 
trivial  ;  on  y  sent  un  heureux  instinct  dramatique.  Le  poëte  s'est  élevé 
jusqu'au  sentiment  et  a  mis  un  grain  d'amour  sérieux  là  où  nous  ne 
trouvons  ordinairement  que  de  vulgaires,  froides  et  plates  galante- 
ries. Ce  grain  de  sensibilité  et  de  passion  a  bien  fructifié  entre  les 
mains  du  compositeur.  Nous  nous  rappelons  surtout,  parmi  des  mor- 
ceaux très-applaudis,  une  romance  qui  a  littéralement  entraîné  l'audi- 
toire; elle  allait  à  ravir  à  la  voix  et  au  talent  de  Jules  Lefort,  toujours 
si  à  l'aise,  si  tendre  et  si  expressif,  quand  on  sait  lui  confier  des  mé- 
lodies naturelles  et  bien  vocales. 

Mme  Sabatier  a  chanté  aussi  des  choses  gracieuses;  son  rôle  était 
rempli  de  motifs  tantôt  gais,  tantôt  mélancoliques  et  délicatement  spi- 
rituels ;  elle  y  a  été  ravissante  ;  on  l'a  constamment  écoutée  avec  les 
plus  vives  sympathies  et  toujours  applaudie  avec  enthousiasme.  Hoc- 
melle a  évité  avec  un  grand  soin  les  charges  musicales,  si  faciles  à  faire 
et,  selon  nous,  si  peu  agréables  à  entendre  quand  elles  sont  de  mau- 
vais goût,  ce  qui  leur  arrive  trop  souvent.  Sa  nouvelle  petite  partition 
a  causé  un  véritable  plaisir,  et  nous  l'aimons  parce  qu'elle  est  bien 
faite  et  suffisamment  riche  d'harmonie,  mais  surtout  parce  qu'elle  est 
mélodique,  claire,  bien  venue  et  que,  malgré  sa  belle  humeur,  elle  a 
une  tendance  à  tourner  volontiers  au  sérieux  et  au  dramatique. 

Il  était  près  de  minuit  lorsque  Samson  est  entré  en  scène  ;  malgré 
cela,  malgré  tant  d'heures  si  agréablement  passées  déjà,  tous  les  audi- 


teurs sont  restés  intrépidement  à  leurs  places.  En  vérité,  il  fallait  l'ini- 
mitable diction  du  célèbre  artiste  et  le  désir  d'admirer  une  fois  de 
plus  toute  la  verdeur  de  son  beau  talent,  pour  aller  ainsi  jusqu'au  bout 
d'un  programme  aussi  substantiel. 

Un  bon  tiens  vaut  mieux  que  deux  tu  l'auras  est  bâti  sur  une 
pointe  d'aiguille  ;  mais  les  détails  sont  si  distingués,  si  spirituels,  si 
délicats  ;  les  scènes  se  lient  avec  tant  d'art  que  c'a  été  un  long  en- 
chantement. Un  père  égoïste,  comme  le  sont  presque  tous  les  pères, 
sans  le  savoir,  sans  le  vouloir,  recule  autant  que  possible  le  moment 
de  marier  sa  fille.  Il  ne  songe  qu'en  tremblant  au  jour  où  l'affection 
paternelle,  ne  suffira  plus  à  cette  enfant  si  aimante,  si  naïve  et  qui  est 
tout  son  bonheur.  Une  jeune  fille,  au  contraire,  qui  veut  se  marier 
tout  de  suite  avec  celui  qu'elle  aime  et  qu'elle  finit  par  épouser,  voilà 
toute  la  pièce.  Les  qualités  qu'on  avait  remarquées  dans  l'opéra-co- 
mique  de  Mlle  Jenny  Sabatier  n'avaient  pas  laissé  soupçonner  assuré- 
ment tout  le  fini  de  cette  comédie.  Ce  début  littéraire  est  un  début 
éclatant.  Samson  a  été  magnifique  de  naturel.  Mlle  Marie  Lambert  et 
Berton  ne  se  sont  pas  montrés  indignes  de  jouer  avec  le  grand  comé- 
dien. 

—  Au  milieu  des  beaux  talents  de  pianistes  qui  se  font  entendre 
chaque  jour,  Mme  Szarvady  garde  une  place  à  part,  et  une  place  très- 
élevée.  Sa  deuxième  soirée  a  été  des  plus  brillantes.  Avec  MM.  Glei- 
chauff  et  Muller,  elle  a  exécuté  un  trio  de  Beethoven  ;  elle  y  a 
déployé  cette  haute  intelligence  des  beautés  du  maître,  cette  science 
de  l'ensemble,  ce  tact  exquis  des  moindres  détails  qu'elle  apporte 
avec  le  même  bonheur  dans  tout  ce  qu'elle  interprète.  Le  charme 
vaporeux,  la  grâce  élégiaque,  les  délicatesses  de  pensée  et  d'harmonie 
que  Stephen  Heller  a  mis  dans  les  Nuits  blanehes  et  Improvisata  ont 
trouvé  en  Mme  Szarvady  le  talent  le  mieux  fait  pour  en  révéler  le  sens 
poétique  caché  aux  profanes,  qui  ne  savent  pas  trouver  sous  ces  notes 
tout  ce  qu'elles  recèlent  d'inspirations  nobles  et  de  recherches  sa- 
vantes. 

La  charmante  virtuose  semble  affectionner  la  musique  de  Schumann. 
Elle  a  dit  d'une  façon  délicieuse  des  Eludes  symphoniques  de  ce  maî- 
tre, qui  ont  été  chaleureusement  applaudies.  Le  piano  porta  presque 
toujours  bonheur  à  Schumann.  Il  y  trouva  de  jolies  mélodies,  de  petits 
poëmes  pleins  d'unité  et  de  goût,  dans  lesquels  son  imagination  semble 
bien  plus  libre,  bien  plus  franche  qu'elle  ne  l'est  souvent  dans  ses 
symphonies.  Plusieurs  de  ces  courtes  pages  sont  de  vrais  bijoux,  quel- 
ques-unes sont  de  petits  chefs-d'œuvre.  Sous  les  doigts  de  MmeSza- 
vardy,  ils  acquièrent  un  charme,  une  puissance,  que  peu  d'exécu- 
tants savent  leur  donner  à  ce  point. 

—  Le  concert  donné  dimanche  a  l'Institution  impériale  des  jeunes 
aveugles  a  été  l'un  des  meilleurs  de  la  semaine.  Mme  Marie  Cabel, 
c'est-à-dire  une  des  plus  belles  voix,  un  des  plus  beaux  talents  qu'il 
soit  possible  d'entendre,  une  des  plus  hardies  et  en  même  temps  des 
plus  correctes  vocalistes  que  nous  possédions  ;  M.  Battaille,  dont  la 
méthode,  le  style  excellent  sont  partout  applaudis,  et  Mlle  Cazat,  pre- 
mier prix  du  Conservatoire,  telles  étaient  les  séductions  offertes  par 
la  partie  vocale.  Le  piano  et  le  violon  avaient  la  lourde  tâche  de  riva- 
liser avec  la  voix  humaine,  le  plus  beau  de  tous  les  instruments,  n'en 
déplaise  aux  célèbres  facteurs  ;  mais  heureusement  l'un  était  joué  par 
Mlle  Joséphine  Martin  et  l'autre  par  Sarasate.  Le  jeune  artiste  a  tout 
simplement  obtenu  dans  les  Souvenirs  de  Mozart  un  immense  succès. 
On  ne  joue  pas  plus  juste,  on  n'a  pas  plus  d'âme  et  d'expression  que 
ce  digne  élève  d'Alard. 

Nous  l'avons  déjà  dit  plusieurs  fois  ici,  les  études  musicales  faites  par 
les  jeunes  aveugles  sont  aussi  bonnes  que  possible.  Electrisés  par  tout 
ce  qu'ils  entendaient  de  parfait,  ravis  par  un  morceau  de  Manon  Les- 
caut et  plus  encore  peut-être  par  le  grand  air  de  l'Ombre,  du  Pardon 
de  Ploërmel,  que  Mme  Cabel  venait  de  chanter  divinement  et  qui  lui 
avait  valu  des  rappels  vraiment  enthousiastes,  l'orchestre  et  les  chœurs 
de  cette  belle  institution,  habilement  conduits  par  M.  Roussel,  se  sont 


DE  PARIS. 


70 


particulièrement  distingués.  Ces  jeunes  musiciens,  dans  l'ouverture  de 
la  Fille  du  régiment  et  dans  l'andante  de  la  symphonie  en  la  de 
Beethoven,  se  sont  fait  écouter  et  vivement  applaudir  à  côté  des  som- 
mités artistiques  qui  avaient  enchanté  l'auditoire. 

—  Nous  disions  l'autre  jour,  à  propos  de  l'audition  d'Eugène  Kette- 
rer,  combien  ses  œuvres  nouvelles  étaient  charmantes,  brillantes  et 
élégamment  écrites.  Nous  les  avons  retrouvées  à  peu  près  toutes  à  la 
soirée  musicale  et  dramatique  donnée  lundi,  dans  les  salons  Pleyel- 
Wolff,  par  le  jeune  pianiste-compositeur.  Il  les  a  jouées,  comme  la 
première  fois,  avec  la  netteté,  la  vélocité  et  la  grâce  qui  distinguent 
son  talent.  Le  réveil  des  Sylphes,  Chanson  de  chasse,  Impromptu- 
valse  et  une  jolie  Marche  orientale  à  deux  pianos,  où  l'on  a  remarqué 
un  véritable  luxe  d'ornements,  ont  tour  à  tour  fait  grand  plaisir.  Ces 
gracieuses  compositions  ont  soutenu  la  réputation  que  Ketterer  s'est 
acquise  parmi  la  jeune  et  coquette  école  de  piano  qui,  si  elle  manque 
un  peu  d'ampleur,  d'élévation  et  de  puissance,  sait  les  remplacer  par 
une  manière  pleine  de  séductions  dont  le  mérite  ne  saurait  être  con- 
testé. Herman  et  lui  ont  été  applaudis  avec  le  plus  vif  enthousiasme 
pendant  l'exécution  de  leur  grand  duo  sur  le  Pardon  de  Ploërmel. 
Herman  a  phrasé  la  plaintive  et  pathétique  romance  chantée  par  Hoël 
au  troisième  acte  avec  une  douceur,  une  émotion  qui  rappelaient  la 
belle  voix  et  le  beau  style  de  Faure.  Ce  morceau  fort  bien  coupé  est 
une  jolie  mosaïque.  Les  auteurs  ont  choisi  avec  goût,  dans  la  partition 
de  Meyerbeer,  des  mélodies  d'un  prix  inestimable  ;  ils  les  ont  dispo- 
sées de  façon  à  en  faire  valoir  toutes  les  beautés.  Les  motifs  de  l'air 
de  l'Ombre,  de  la  Clochette  et  bien  d'autres  encore  se  suivent  harmo- 
nieusement et  assurent  à  ce  duo  une  rapide  popularité.  M.  Gugiellmi, 
baryton  du  théâtre  impérial  de'  Vienne,  a  chanté  un  air  de  Haendel  et 
cette  magnifique  romance  du  Pardon  que  tant  d'applaudissements 
venaient  d'accueillir.  A  la  scène  ce  chanteur  doit  avoir  d'excellentes 
qualités;  il  ne  manque  ni  de  chaleur,  ni  de  nerf;  mais  il  n'a  pas  ap- 
porté dans  l'expression  des  regrets  et  des  remords  qui  accablent 
l'amant  de  Dinorah,  la  douceur,  la  mélancolie  douloureuse  et  pleine 
de  larmes  que  l'illustre  maître  y  a  mises .  Léon  Jacquard  a  soupiré 
avec  autant  de  justesse  que  de  suavité  deux  fraîches  romances  sans 
paroles  de  Edm.  Membrée. 

L'élément  littéraire  ajoute  beaucoup  de  variété  aux  soirées  musi- 
cales. Lundi,  on  était  enchanté  de  voir,  dans  Qui  femme  a,  guerre  a, 
Mlle  Fix,  si  charmante,  si  spirituelle,  et  Bressant,  toujours  si  élé- 
gant et  si  parfait  gentilhomme.  Toutefois,  on  n'a  pas  trouvé  dans 
cette  comédie  les  mots  heureux,  les  situations  intéressantes  que 
Mme  Augustine  Brohan  prodigue  ordinairement  avec  tant  de  faci- 
lité, de  verve  et  d'imagination.  On  y  a  vu  plutôt,  malgré  le  talent 
des  interprètes,  une  scène  conjugale  assez  monotone  que  l'accent  du 
cœur  et  les  saillies  de  l'esprit  ne  viennent  pas  souvent  relever. 

—  La  matinée  donnée  dimanche  dans  les  salons  de  M.  Debain  était 
à  peu  près  exclusivement  consacrée  à  l'audition  d'œuvres  vocales  et 
instrumentales  de  Mme  Clémentine  Batta.  Presque  toutes  sont  pleines 
de  mélancolie,  d'accents  religieux,  vagues  et  touchants  ;  elles  sem- 
blent comme  un  écho  des  Méditations,  et  rappellent  le  bon  temps  où 
tout  ce  qui  était  jeune  lisait  Jocelyn  et  songeait  aussi  souvent  à  Lau- 
rence qu'à  Elvire.  C'est  de  la  musique  comme  en  rêvent  toutes  les 
musiciennes  et  comme  peu  savent  en  écrire.  Certes  elle  ne  brille  ni 
par  la  force,  ni  par  la  variété  ;  elle  n'a  même,  en  général,  qu'une  note  ; 
mais  cette  noie  est  si  douce,  elle  dit  tant  de  choses,  elle  est  si  cares- 
sante et  si  harmonieuse  qu'en  écoutant  la  Prière  à  la  Vierge,  le 
Chant  d'une  mère,  la  Danse  des  ombres,  etc.,  on  ne  regrettait  pas 
une  plus  grande  souplesse  de  style. 

Mme  Batta  avait  pour  interprètes  Mmes  Gaveaux-Sabatier  et  Anna 
Bertini,  MM.  A.  Batta,  Théodore  Iïitter,  Lefébure-Wély  et  Jules  Lefort. 
S'il  est  vrai  que  l'exécution  puisse  ajouter  quelque  chose  à  la  pensée 
réalisée  par  un  auteur  et  s'élever  jusqu'à  l'œuvre  rêvée  —  quelquefois 


plus  belle  et  plus  complète  que  celle  qu'il  nous  donne  —  nous  avons 
eu  tout  ce  que  l'inspiration  de  la  charmante  musicienne  a  pu  espérer 
de  plus  heureux,  et  parfois,  comme  dans  la  Vision  du  Dante,  Juanita 
et  Dieu,  de  plus  dramatique  et  de  plus  large. 

Il  dort,  berceuse  de  Lefébure,  et  deux  morceaux  de  piano  de  Ritter, 
les  mêmes  qu'il  avait  fait  entendre  avec  un  si  brillant  succès  à  la  soirée 
d'Hocmelle,  ont  été  les  seules  compositions  exécutées  à  côté  de  celles 
de  Mme  Clémentine  Batta. 

—  Un  des  meilleurs  élèves  et  des  plus  richement  doués  qui  soient 
sortis  de  la  classe  de  M.  Marmontel  est  sans  contredit  E.  Paladilhe. 
Ce  tout  jeune  homme,  qui,  hier  encore,  était  un  charmant  enfant,  est 
aujourd'hui  un  pianiste  très-remarquable,  presque  un  compositeur  dis- 
tingué. Il  donnait  mardi,  dans  la  salle  Herz,  un  concert  où  son  double 
mérite  de  virtuose  et  d'auteur  a  été,  l'un  fêté  comme  une  bonne 
réalité,  l'autre  encouragé  comme  une  espérance  de  gloire.  Depuis 
l'année  dernière,  il  a  fait  des  progrès  énormes.  Son  jeu  a  plus  de  cou- 
leur et  d'individualité  ;  il  se  dégage  des  liens  salutaires  de  l'école  et 
de  l'habitude  de  l'imitation  ;  il  ose  se  livrer  davantage  aux  inspirations 
du  moment. 

Ce  que  nous  avons  entendu  de  lui  ne  dépasse  pas  de  beaucoup  les 
essais  que  nous  entendons  tous  les  jours.  L'inspiration  du  petit  maestro 
n'est  pas  encore  au  niveau  de  ses  connaissances  acquises.  Assurément 
dans  les  fragments  de  son  opéra-comique  en  trois  actes,  la  Reine  Ma- 
thilde,  dans  ses  inorceauxde  piano  :  Tarentelle,  Étude-caprice  et  Grande 
valse  brillante,  il  y  aurait  amplement  de  quoi  fournir  à  l'un  de  ces 
demi-succès  vivant  de  camaraderie,  de  bienveillance  et  de  partialités 
d'école  ;  mais  tout  est  relatif,  et  le  jeune  artiste  qui  a  obtenu  le  prix 
du  Conservatoire,  qui  bientôt,  sans  nul  doute,  obtiendra  le  grand  prix 
de  l'Institut,  doit  avoir  une  plus  noble  .imbition  :  il  doit  aspirer  plus 
haut  et  songer  à  l'art  sérieux.  Pourtant  ses  compositions,  auxquelles 
il  ne  faut  pas  demander  encore  l'originalité  de  pensée  et  de  style  qui 
manquent  à  tant  de  maîtres,  ont  déjà,  outre  beaucoup  de  correction, 
une  certaine  vigueur  de  sentiment.  Mieux  que  le  mérite  de  la  forme, 
la  fraîcheur  et  l'énergie  qu'on  a  pu  remarquer  quelquefois  dans  la  par- 
tie purement  mélodique,  promettent  un  musicien  que  le  labeur  inces- 
sant et  si  pénible  demandé  par  les  fortes  études  musicales  n'aura  pas 
épuisé.  Paladilhe,  ce  nous  semble,  ne  grossira  pas  le  nombre  des  jeunes 
compositeurs  instruits,  mais  stériles.  Assez  d'autres  arrivent  à  Rome 
essoufflés,  l'imagination  usée,  et  n'en  rapportent  que  des  œuvres  cor- 
rectes, estimables,  mais  incolores  ! 

—  Parmi  les  pianistes  qui  se  sont  fait  entendre  cette  semaine,  il 
faut  citer  Jacques  Baur.  Elève  de  Liszt,  il  joue  la  musique  du  célèbre 
maître  avec  beaucoup  de  netteté  et  de  chaleur.  La  fantaisie  sur  des  airs 
bohémiens,  une  valse  de  Schubert  et  les  illustrations  du  Prophète,  ont 
fait  apprécier  le  mécanisme  et  le  style  excellent  du  virtuose.  Dans  des 
pièces  de  J.-S.  Bach,  de  Beethoven  et  de  Chopin,  il  a  prouvé  qu'il  savait 
aborder  avec  succès  les  inspirations  les  plus  diverses,  et  y  trouver  les 
nuances  qui  les  distinguent  et  les  caractérisent.  La  Prière,  Y  Hymne 
triomphal  et  la  Marche  du  sacre,  du  Prophète,  ont  été  arrangés  avec 
tant  d'art  par  Liszt  que  le  piano  semble  se  ressouvenir  de  toutes  les 
parties  de  l'orchestre.  Il  en  rappelle,  il  en  reproduit  même,  autant  que 
cela  est  possible,  les  gracieuses  et  énergiques  oppositions.  Les  accords 
de  l'hymne  triomphal,  arpégés  par  les  deux  mains,  ont  une  grandeur 
imposante;  la  marche  du  sacre,  après  d'ingénieux  développements, 
après  des  traits  pompeux  con  bravura,  arrive  à  une  stretla  très-belle 
d'harmonie  et  d'une  sonorité  inouïe.  Baur  a  triomphé  des  nombreuses 
difficultés  amoncelées  dans  ce  morceau  ;  il  en  a  fait  ressortir  toute 
l'ampleur  et  toute  la  valeur  mélodique. 

—  Mme  Sainton-Dolby  est  une  célèbre  cantatrice  anglaise  dont  le 
mérite  égale  au  moins  la  renommée.  Sa  voix  de  contralto,  magnifique 
et  étendue,  a  des  cordes  graves  d'une  rondeur,  d'une  suavité  et  d'un 
moelleux  bien  rares;  mais  son  talent  surtout  est  hors  ligne.  Mme  Sain- 
ton-Dolby possède  un  style  large,  noble  et  chaleureux  ;   elle  chante 


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UEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


avec  autant  d'âme  que  de  méthode;  elle  ne  me  jamais;  sobre  d'orne- 
ments, elle  les  place  et  les  exécute  avec  un  goût  exquis.  Le  succès 
qu'elle  a  obtenu  dans  les  beaux  salons  de  l'hôtel  du  Louvre  a  été 
immense. 

Dès  les  premières  notes  de  Y  Ame  errante,  touchante  poésie,  écrite 
dans  la  langue  de  ShakspeareetdeMilton.queHaydn  a  rehaussée  d'une 
mélodie  admirable  de  simplicité  et  de  caractère,  on  a  pressenti  la 
grande  musicienne,  l'artiste  sûre  d'elle-même  et  du  plaisir  qu'elle  allait 
causer. 

La  gracieuse  et  belle  cantatrice  dit  Haendel  comme  Mme  Viardot 
seule  pourrait  le  dire  ;  elle  en  a  retrouvé  toutes  les  traditions.  La 
pompe  souveraine  et  aussi  le  charme  mélodique  de  cette  large  et 
pathétique  musique  ne  pourraient  être,  ce  nous  semble,  ni  mieux 
compris,  ni  mieux  rendus.  Dans  une  sérénade  anglaise,  une  ballade 
écossaise  et  une  scène  irlandaise,  charmants  spécimens  de  l'inspiration 
poétique  et  musicale  du  Royaume-Uni,  Mme  Sainton-Dolby  a  déployé 
une  remarquable  flexibilité  d'organe  et  d'expression. 

M.  Sainton,  que  nous  avions  entendu  l'année  dernière,  a  toujours 
l'imperturbable  justesse  d'intonation  qui  distingue  son  archet.  Les 
staccati,  les  sons  harmoniques,  les  passages  à  plusieurs  parties,  enfin 
les  choses  les  plus  difficiles,  sont  exécutés  par  lui  avec  une  aisance, 
une  pureté,  une  perfection  que  possèdent  bien  peu  de  violonistes.  11 
a  toutes  les  qualités  de  notre  école  :  il  joue  simplement,  avec  une 
grande  distinction,  beaucoup  de  largeur,  de  sensibilité  et  sans  la 
moindre  affectation,  sans  ces  miaulements  fébriles  qui  agacent  les 
nerfs  des  gens  les  moins  impressionnables,  et  ne  charment  guère  les 
intelligences  délicates.  Comme  compositeur,  M.  Sainton  a  aussi  du 
goût  et  du  savoir  :  son  solo  de  concert,  dont  le  thème  est  très-joli,  son 
adagio  et  sa  valse  brillante,  sont  des  ouvrages  que  recommandent  des 
qualilés  peu  communes.  Ces  trois  morceaux,  très-applaudis,  ont  été 
joués  par  l'auteur  avec  une  finesse,  une  passion,  un  brio  qu'on  re- 
trouve plus  souvent  dans  l'exécution  des  solistes  que  dans  leurs 
œuvres. 

Adolphe  BOTTE. 


CORRESPONDANCE. 

Saint-Pétersbourg,  '22  février. 

Une  indisposition  de  Mme  Charton-Demeur  a  interrompu  les  représen- 
tations d'il  Pelerinaggio.  La  deuxième  avait  pleinement  confirmé  le  suc- 
cès de  la  première.  Ce  résultat  n'a  rien  de  surprenant  et  se  manifes- 
tera encore  d'une  manière  plus  marquée  aux  représentations  suivantes. 
Seulement  il  est  regiettable  que  le  nouveau  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer 
n'ait  pu  être  mis  en  scène  que  si  tardivement.  A  peine  est-il  apparu 
que  déjà  la  campagne  théâtrale  finit.  C'est  grand  dommage,  car  la  di- 
rection tenait  bien  certainement  un  long  et  brillant  succès  qui,  pour 
cet  ouvrage  comme  pour  tous  les  autres  du  grand  maître,  aurait  été  en 
grandissant,  i  mesure  que  chanteurs  et  public  se  seraient  familiarisés 
avec  les  beautés  de  la  musique.  En  général  la  faute  et  le  mal  du  tra- 
vail des  théâtres  à  Saint-Péters  bourg,  c'est  que  les  études  se  font  trop 
hâtivement.  Les  répétitions  sont  insuffisantes  et  les  pièces  arrivent  de- 
vant le  public  avant  même  que  l'ensemble  d'exécution  soit  obtenu.  Pour 
le  Pardon  de  Ploermel  on  a  fait  quelques  répétitions  de  plus  que  pour  la 
plupart  des  autres  ouvrages  qui  se  montent  ou  se  reprennent,  et  c'est 
une  justice  à  rendre  à  M.  Baveri,  le  chef  d'orchestre,  qu'il  y  a  déployé 
une  rare  intelligence  et  une  grande  habileté.  Les  musiciens  de  l'or- 
chestre ont  récemment  offert  à  ce  chef,  dont  ils  apprécient  le  mérite  et 
qu'ils  aiment,  un  bâton  d'honneur.  C'est  un  juste  et  flatteur  hommage. 
J'ai  dans  ma  dernière  correspondance  rendu  justice  aux  artistes  qui  in  ■ 
terprètent  il  relerinaggio  ;  je  n'ai  rien  à  y  ajouter  si  ce  n'est  qu'Eve- 
rardi  a  produit  à  la  deuxième  représentation  beaucoup  plus  d'effet  qu'à 
la  première  dans  l'air  du  Chasseur.  Quant  à  Mme  Charton,  son  succès  a 
grandi  dans  de  magnifiques  proportions.  Tout  à  fait  sûre  d'elle-même, 
elle  chante  Dinorah  de  manière  à  rendre  le  rôle  bien  difficile  sinon  im- 
possible à  quiconque  voudrait  s'y  hasarder  après  elle.  Ce  rôle  de  Dinorah 
a  deux  aspects  ;  il  est  écrit  pour  une  chanteuse  légère  et  pour  une  chan- 
teuse dramatique;  le  succès  de  Mme  Charton  a  été  double  aussi.  Elle  n'a 
pas  fait  tout  ce  qu'on  pouvait  attendre  d'elle,  elle  a  fait  plus.  Voilà 
l'ouverture  de  la  saison  prochaine  brillamment  assurée  par  la  nouvelle 
création  de  Meyerbeer. 


Le  dernier  bénéfice  annoncé  avaDt  la  clôture  était  celui  de  Mlle  Lagrua; 
Si  la  sincérité  des  renseignements  que.  dès  le  jour  de  ses  débuts,  je 
vous  ai  donnés  sur  cette  vaillante  artiste,  avait  eu  besoin  de  confir- 
mation, certes  l'empressement  enthousiaste  qui  s'est  produit  dans  notre 
société  aristocratique  pour  assister  à  ce  bénéfice,  confondrait  à  tout  ja- 
mais ses  détracteurs.  Il  aurait  fallu  une  salle  trois  fois  plus  grande  pour 
contenir  le  nombre  d'amateurs  qui  s'étaient  fait  inscrire  pour  y  avoir 
place.  Cette  fois  je  crois  que  la  spéculation  s'en  était  mêlée;  ce  qu'il  y 
a  de  certain,  c'est  qu'aussitôt  qu'un  avis  placardé  au  guichet  de  la  caisse, 
eut  fait  savoir  qu'il  n'y  avait  plus  un  billet  disponible,  ceux  qui  s'é- 
taient pourvus  revendaient  loges  et  fauteuils  avec  un  bénéfice  énorme. 
Je  ne  sache  pas  qu'aucune  représentation,  depuis  celle  de  la  célèbre 
Bosio,  ait  été  plus  splendide.  Mme  Lagrua  ne  chantait  cependant  que 
Norma  donnée  déjà  sept  à  huit  fois  dans  le  cours  de  la  saison.  Mais  il 
faut  bien  dire  que  ce  rôle  a  été  son  triomphe  et  que  seule,  ou  à  peu  près, 
à  faire  valoir  le  chef-d'œuvre  de  Bellini,  elle  y  est  si  belle  et  si  supé- 
rieure que  les  abonnés  regardaient  toujours  comme  une  bonne  fortune 
de  l'entendre.  Il  n'est  donc  pas  surprenant  que  cette  dernière  fois  l'ar- 
tiste ait  recueilli  un  contingent  d'applaudissements,  de  rappels  et  de 
bouquets  proportionné  à  l'enthousiasme  qu'elle  a  su  si  légitimement 
provoquer.  Quoique  notre  climat  ne  soit  pas  tout  à  fait  favorable  à  la 
santé  de  Mme  Lagrua,  elle  a  cependant  signé  avec  la  direction  des 
théâtres  impériaux  un  nouvel  engagement  de  trois  années,  résiliable 
chaque  année  à  sa  volonté,  et  aux  appointements  de  20,000  roubles  argent 
(80,000  fr,  environ)  avec  un  bénéfice.  —  Ce  taux  n'est  pas  exagéré  si  l'on 
considère  les  services  qu'elle  rend  à  l'administration  et  les  genres  dif- 
férents dans  lesquels  elle  excelle. 

Le  public  qui  dans  la  Traviata  a  manifesté  pour  Mlle  Balfe  une  prédi- 
lection marquée  et  qui  l'a  fort  applaudie  encore  dans  Rigoletio,  se  préoc- 
cupe beaucoup  de  savoir  si  elle  sera  engagée  pour  la  saison  prochaine. 
Ses  rôles  seraient  ceux  de  Luc;'o,  de  la  Sonnambula,  à'Adina,  dans  YEli- 
sire,  de  la  Traviata,  et  sous  ce  rapport  elle  serait  sans  contredit  un 
sujet  utile  ;  mais  il  faut  le  dire  franchement,  lui  donner  plus  d'impor- 
tance serait  se  tromper;  car  si  Mlle  Balfe  possède  des  qualités  incontes- 
tables, elles  sont  bien  loin  encore  d'être  développées  ;  c'est  une  élève 
en  bonne  voie,  qui  est  jeune,  jolie,  très-distinguée  de  manières,  mais  qui 
a  besoin  de  beaucoup  travailler  pour  prendre  le  rang  de  prima-donna. 
—  Puisque  je  vous  parlais  de  Rigoletto,  je  dois  ajouter  que  Debassini  et 
Tamberlick  ont  retrouvé  dimanche  leur  succès  accoutumé.  Debassini 
compte  le  rôle  du  bouffon  au  nombre  de  ses  meilleures  créations. 
Mme  Nantier-Didiée  fait  bien  regretter  que  le  rôle  de  Maddalena  soit  si 
court. 

Plusieurs  des  artistes  italiens  sont  engagés  pour  donner  concert  à 
Moscou  ;  les  autres  vont  nous  quitter  dans  quelques  jours.  En  attendant, 
je  ne  veux  pas  terminer  cette  correspondance  sans  vous  dire  quelques 
mots  du  concert  des  Allemands,  dans  lequel  chantaient  Mmes  Lagrua, 
Nantier,  Debassini,  Tamberlick  et  Everardi.  Mme  Lagrua  a  dit  avec  ce 
dernier  le  duo  de  Don  Pasquale,  et  seule  un  air  russe  de  Glinka,  une 
romance  de  Mariani  et  le  Roi  des  aulnes,  de  Schubert.  Chacun  de  ces  mor- 
ceaux, mais  surtout  le  dernier  qu'elle  a  interprété  avec  une  sombre 
énergie,  a  valu  à  la  célèbre  cantatrice  des  applaudissements  fré- 
nétiques complétés  par  l'auguste  approbation  de  la  grande  duchesse 
Catheriue,  qui  assistait  au  concert,  et  qui  a  envoyé  son  chambellan  la 
complimenter.  —  Mme  iNautier,  dans  un  air  du  rrophéte,  a  été  également 
bien  fêtée,  et  Tamberlick  a  obtenu  une  véritable  ovation  dans  le  trio  de 
Guillaume  Tell. 

D. 


NOUVELLES. 

„*»  Aujourd'hui,  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  donne  la  42.4e  repré- 
sentation de  Robert  le  Diable. 

***  L'indisposition  de  Mme  Gueymard  s'étant  prolongée,  la  première 
représentation  de  Pierre  de  Médicis  n'aura  lieu  que  mercredi  ou  ven- 
dredi. Le  théâtre  fera  relâche  demain  ou  mercredi  pour  la  répétition  gé- 
nérale. 

»%  On  vient  de  mettre  à  l'étude  à  l'Opéra-Comique  un  nouvel  ouvrage 
de  M.  Gevaërt  et  dont  le  poëme  est  de  MM.  Michel  Carré,  Jules  Barbier  et 
Cormon.  On  le  repète  sous  le  titre  de  Château-Trompette.  —  Le  Roman 
d'Elvire  a  été  donné  quatre  fois  cette  semaine,  et  chaque  représentation  a 
fait  mieux  apprécier  l'amusante  comédie  de  MM.  Dumas  et  Leuven  et  la 
charmante  musique  d'Ambroise  Thomas.  Montaubry  doit  répéter  chaque 
soir,  aux  bruyants  applaudissements  de  la  salle  entière,  sa  barcarolle  et  sa 
romance  qu'il  dit  avec  un  charme  et  une  expression  remarquables.  Le 
Roman  d'Elvire  est  désormais  un  succès  établi. 

»%  Jourdan  quitte  l'Opéra-Comique  au  mois  de  septembre  pro- 
chain pour  aller  remplir  uu  engagement  très-brillant  qu'il  vient  de  con- 
tracter avec  le  directeur  du  théâtre  de  la  Monnaie  à  Bruxelles. 

,**  Mme  Lagrange.  qui  est  en  ce  moment  au  Brésil,  a  failli  se  noyer; 
le  canot  sur  lequel  la  célèbre  cantatrice  se  rendait  avec  sa  famille  au 


DE  PARIS. 


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bateau  à  vapeur,  chavira,  et  les  personnes  qui  le  montaient  auraient 
péri  si  l'on  ne  fût  venu  à  temps  à  leur  secours. 

„%  Le  Prophète  vient  d'être  représenté  au  théâtre  de  San-Carlos  à  Lis- 
bonne avec  un  immense  succès.  Mme  Tedesco  a  déployé  dans  le  rôle 
de  Fides  les  magnifiques  qualités  qu'elle  possède;  elle  a  été  chaleureu- 
sement applaudie.  Mlle  Hensler  chantait  le  rôle  de  Berthe,  et  Villani 
celui  de  Jean  de  Leyde.  Les  décors  et  la  mise  en  scène  sont  dignes  de 
l'œuvre  et  du  théâtre. 

***  En  Allemagne,  le  Pardon  de  Ploërmel  vient  encore  de  faire  son 
apparition  dans  quatre  villes  nouvelles,  Hanovre,  Prague,  Kœnigsberg  et 
Francfort-sur-le-Mein .  On  l'y  joue  actuellement  sur  vingt-deux  théâtres. 

4*t  Sivori  est  de  retour  à  Paris  après  une  excursion  en  Angleterre, 
pendantlaquelle  il  a  donné,  sous  la  direction  de  Beale  et  en  société  avec 
Mme  Corbari,  Tagliafico,  Engel,  etc.,  cinquante-trois  concerts  en  qua- 
rante-huit jours.  Il  n'y  a  qu'en  Angleterre  qu'il  est  possible  d'exécuter 
de  semblables  tours  de  force.  Inutile  d'ajouter  que  ce  voyage  a  été  une 
succession  de  triomphes  pour  le  célèbre  artiste. 

***  Nous  avons  entendu  cette  semaine  dans  une  soirée  intime  les 
charmantes  compositions  que  W.  Kruger  vient  de  faire  paraître,  entre 
autres  celle  intitulée:  Réminiscences  de  VAme  en  peine,  de  Flotow.  Ce 
morceau,  de  moyenne  force,  joué  par  l'auteur  avec  le  talent  qu'on  lui 
connaît,  a  enlevé  tous  les  suffrages  et  ne  saurait  manquer  d'obtenir  un 
succès  de  vogue.  Dans  cette  même  soirée,  une  jeune  cantatrice,  élève 
de  Bonoldi,  Mme  Pellegrin,  que  la  saison  a  vue  se  produire,  n'a  pas 
obtenu  moins  de  succès.  C'est  une  élève  qui  fera  le  plus  grand  honneur 
à  son  maître. 

***  Mlle  Bochkoltz-Falconi  no  s'en  tient  pas  au  rôle  brillant  de  can- 
tatrice; on  a  pu  en  juger  par  la  soirée  intime  qu'elle  adonnée  dimanche 
dernier  et  dans  laquelle  plusieurs  de  ses  élèves  se  sont  produites  avec 
talent  et  succès.  On  a  particulièrement  remarqué  et  applaudi  le 
psaume  XX1I1  de  Schubert,  admirablement  rendu  par  Mlles  Falconi, 
Maillard,  de  Dufresne  et  Wiesen  ;  Douleur,  mélodie  de  Litolff,  chantée  par 
Mlle  Eugénie  Maillard;  des  quatuors  de  Mendelssohn  et  de  Kalliwoda, 
chantés  par  Mlles  Falconi,  Wiesen,  MM.  Gloggner  et  Wiesen.  Comme 
soliste,  O!)  a  aussi  vivement  applaudi  M.  Chaîne,  l'excellent  violoniste,  et 
Mlle  Falconi  elle-même,  lorsqu'elle  a  dit  avec  toute  l'élégance  et  la  har- 
diesse de  son  style  les  charmantes  variations  composées  pour  elle  par 
notre  collaborateur  G.  Héquet. 

***  Joseph  Wieniawski  donne  aujourd'hui  à  Varsovie  un  concert  au 
profit  des  pauvres,  et  dans  lequel  Mme  de  Kalergis  exécute  un  concerto 
de  Robert  Schumann.  Il  joue  avec  elle  un  rondo  de  Chopin  à  deux 
pianos.  Ensuite  il  doit  se  mettre  immédiatement  en  route  pour  Paris,  où 
il  sera  le  12  de  ce  mois. 

***  L.  Lacombe  donnera,  le  lundi  19  mars,  dans  la  salle  Herz,  un 
très-beau  concert  ;  plusieurs  de  ses  meilleures  compositions  figureront 
sur  le  programme. 

***  La  Gazette  de  Moscou  annonce  qu'on  prépare  dans  cette  capitale 
un  grand  festival  musical  pour  la  secoude  semaine  du  grand  carême; 
cette  fête  aura  lieu  dans  la  salle  du  club  de  la  noblesse.  Les  artistes  de 
l'Opéra  italien,  des  amateurs,  les  orchestres  de  l'université  de  Moscou, 
des  théâtres,  et  des  chantres  expressément  engagés,  en  tout  près  de 
trois  cents  personnes,  exécuteront  la  Création,  de  Haydn.  Cette  œuvre 
célèbre,  qui  n'a  pu  encore  être  bien  appréciée  à  Moscou,  faute  de 
moyens  d'exécution,  sera  enfin  dignement  rendue,  surtout  grâce  au 
concours  des  artistes  italiens.  Outre  l'oratorio,  M.  Todor  fera  exécuter 
une  grande  cantate  avec  chœurs,  composée  exprès,  et  dédiée  à  ce  festi- 
val, par  M.  Verstovsky,  paroles  de  Pouschkine  :  le  Banquet  de  Pierre  le 
Grand. 

**„,  Il  vient  de  se  former  à  Paris  un  comité  dans  l'intérêt  de  la  pro- 
pagation des  Orphéons  et  Sociétés  chorales  en  France.  Ce  comité  se  com- 
pose de  :  MM.  Larabit,  sénateur;  prince  Poniatowski,  sénateur  ;  Mellinet, 
général  de  division  ;  Cuvier,  conseiller  d'Etat  ;  Belmontet,  Carreau, 
Javal,  députés  au  corps  législatif  ;  Auber,  directeur  du  Conservatoire 
impérial  de  musique,  Halévy,  Ambroise  Thomas,  Carafa,  Berlioz,  Clapisson, 
Kastner,  membres  de  l'Institut  ;  Victor  Foucher,  conseiller  à  la  Cour  de 
cassation,  membre  du  conseil  général  de  la  Seine,  président  de  la  com- 
mission du  chant  de  la  ville  de  Paris;  Doyen,  sous-gouverneur  de  la  Ban- 
que de  France  ;  Ed.  Monnais,  commissaire  impérial  près  les  théâtres 
lyriques  et  le  Conservatoire;  Niedermeyer,  directeur  de  l'Ecole  de  mu- 
sique religieuse;  Ed.  Rodrigues,  vice-président  de  la  commission  du  chant 
de  la  ville  de  Paris  ;  Besozzi  ;  Camille  de  Vos  ;  Delaporte  ;  Delsarte  ; 
Dietsch;  Elvvart;  Ermel  ;  Adrien  de  la  Fage;  Charles  Gounod  ;  Laurent  de 
Rillé;  Limnander  ;  J.-F.  Vaudin.  Le  comité,  ainsi  constitué,  s'est  réuni 
le  29  février  1860,  chez  M.  Larabit,  et  a  composé  son  bureau  delà  ma 
nière  suivante:  MM.  Larabit,  sénateur,  président;  prince  Poniatowski, 
général  Mellinet,  Auber,  Halévy,  vice-présidents  ;  J.-F.  Vaudin,  secré- 
taire. Après  la  formation  du  bureau,  le  comité  a  nommé  une  commis- 
sion chargée  d'étudier  et  de  préparer  ses  travaux.  Cette  commission  se 
compose  de:  MM.  Kastner;  Ed.  Monnais;  Besozzi;  Camille  de  Vos; 
Delaporte;  Elvvart;  Ermel;  A.  de  la  Fage;  Laurent  de  Rillé  ;  J.-F. Vaudin; 

„%  La  Polonaiie  qui  lait  partie  du  deuxième  entr'actede  Slruensée,  de 


Meyerbeer,  va  paraître  incessamment  choz  les  éditeurs  Brandus  et  Du- 
four. 

*%  M.  Vincent  Adler  donnera,  samedi  prochain  10  mars,  une  séance 
musicale  dans  les  salons  d'Erard.  11  fera  entendre,  entre  autres,  les  mor- 
ceaux suivants  de  sa  composition  ;  la  Gitana,  fantaisie  sur  le  Domino 
noir  ;  la  Styrienne  et  Scène  de  bal. 

a**  Auguste  Kœmpel,  l'excellent  violoniste,  qui  s'est  fait  entendre 
dimanche  dernier  dans  le  concert  de  la  Société  des  jeunes  artistes  du 
Conservatoire,  donnera  une  soirée  musicale  jeudi  8  mars,  dans  la  salle 
Beethoven,  avec  le  concours  de  Mme  Szarvady  et  de  M.  Muller.  En  voici 
le  programme  :  trio  en  si  bémol,  op.  97,  de  Beethoven,  exécuté  par 
Mme  Szarvady,  MM.  Kœmpel  et  Muller;  concerto  de  Mendelssohn,  exé- 
cuté par  M.  Kœmpel  ;  sonate  en  fa  mineur,  n°  5,  de  J.  S.  Bach,  exécu- 
tée par  Mme  Szarvady  et  M.  Kœmpel  ;  romance,  rêverie  et  caprice  de 
Berlioz,  exécutée  par  M.  Kœmpel  ;  fantaisie  sur  des  thèmes  de  VEnléve- 
ment  au  Sérail  et  des  Noces  de  Figaro,  de  Spohr,  exécutée  par  Mme  Szar- 
vady et  M.  Kœmpel. 

***  Le  concert  de  Mme  Pleyel  reste  fixé  au  7  mars,  et  aura  lieu  dans 
la  salle  de  l'hôtel  du  Louvre. 

***  Incessamment  doivent  paraître  chez  les  éditeurs  Brandis  et  Du- 
four  :  le  Carillon,  composition  originale,  et  les  transcriptions  sur  le 
Prophète  et  le  Pardon  de  Ploërmel,  composées  et  exécutées  avec  un  si 
grand  succès  par  Jacll  à  son  concert  de  vendredi. 

***  C'est  toujours  jeudi,  8  mars,  qu'a  lieu,  dans  la  salle  Herz,  le 
concert  de  Prudent  dont  nous  avons  donné  le  programme. 

**,<,  Parmi  les  nombreuses  soirées  consacrées  à  la  musique,  nous 
devons  mentionner  celles  que  donne,  dans  l'un  des  plus  beaux 
salons  de  la  rue  Hauteville,  M.  B...,  amateur  distingué  de  cet  art.  Avant- 
hier  il  y  avait  nombreuse  et  brillante  réunion  :  Herman,  dans 
une  fantaisie  pour  le  violon  sur  Robert  le  Diable,  Nathan,  dans  un  air 
varié  du  Pirate,  pour  le  violoncelle,  Lebeau,  dans  des  morceaux  pour  piano 
et  orgue  fort  remarquables,  tels  que  Loreley  et  autres,  ont  fait,  à  di- 
verses reprises,  applaudir  leur  beau  talent.  Dans  la  partie  vocale  Mlle  de 
la  Pommeraye  a  charmé  l'auditoire  dans  Sania-Lucia.  et  un  air-valse 
d'une  grâce  exquise  et  composé  par  elle.  La  charmante  cantatrice  de 
l'Opéra  a  eu  également  tous  les  suffrages  dans  le  rôle  d'une  pièce  à  deux 
personnages  :  Deux  et  deux  {ont  deux,  écrite  par  son  frère  qui  s'y  est  éga- 
lement montré  excellent  acteur.  La  musique  de  cette  bluotte,  composée 
par  Mlle  de  la  Pommeraye,  a  beaucoup  plu,  et  c'est  aux  applaudissements 
unanimes  que  les  noms  des  auteurs  ont  été  prononcés.  L'une  des  élèves 
des  mieux  douées  de  l'excellent  professeur  M.  Bonoldi,  Mme  Pellegrin,  a 
fait  valoir  ses  brillantes  qualités  de  cantatrice,  notamment  dans  la  partie 
vocale  du  prélude  de  Bach,  qui  a  dû  être  répété. 

„,%  M.  Lincelle,  chanteur  comique,  qui  a  chanté  avec  beaucoup  de 
succès  en  province  la  chansonnette  de  Bourget,  C'est  ma  fille,  donnera  le 
dimanche  11  mars  une  grande  matinée  musicale  dans  la  salle  de  lécole 
Lyrique. 

***  A  la  suiie  de  plusieurs  accès  de  folie  caractérisée  terminés  par 
une  tentative  de  suicide,  M.  Jullien,  le  célèbre  chef  d'orchestre,  a  dû 
être  transféré  dans  une  maison  de  santé. 

***  M.  Auguste  Durand,  organiste  de  Saint-Roch,  donnera,  le  jeudi 
8  mars,  à  deux  heures,  salle  Herz,  un  concert  dans  lequel  il  fera  enten- 
dre ses  nouvelles  compositions  pour  l'orgue  Alexandre.  Mlle  Faivre, 
MM.  Battaille,  Ilermann  et  Barthe  prêteront  leur  concours  au  bénéfi- 
ciaire. On  terminera  par  Qui  femme  a  guerre  a,  comédie  de  Mlle  Augus- 
tine  Brohan,  jouée  par  Mlle  Fix  et  M.  Bressant. 

„%  La  soirée  musicale  de  Joseph  Franck  est  toujours  fixée  au  jeudi 
8  mars,  et  aura  lieu  dans  les  salons  d'Erard.  Le  jeune  artiste  s'y  fera 
entendre  comme  pianiste,  violoniste,  organiste  et  compositeur,  avec  le 
concours  de  MM.  Coninx,  Diémer,  Altès,  Colonne,  Adam,  Dufour,  Ver- 
rimst,  Capoul  et  Petit. 

„,*„,  M.  A.  Bessems  donnera  le  1 S  mars  prochain,  dans  les  salons  d'E- 
rard, une  séance  de  musique  classique  des  plus  intéressantes;  M.  Bes- 
sems sera  secondé  par  MM.  Saint-Saëns,  Lee  et  Sapin,  de  l'Opéra. 

*%  Nous  avons  promis  â  nos  lecteurs  de  leur  faire  connaître,  au  moins 
par  quelques  .fragments,  l'ouvrage  ayant  pour  titre  :  Observations  de 
quelques  musiciens  et  de  quelques  amateurs  sur  la  méthode  de  musique,  de 
M.  le  docteur  Chevé,  lequel  porte  les  signatures  de  MM.  Auber  (de 
l'Institut),  Carafa  (id.),  Clapisson  (id.),  Ermel,  Victor  Fouché,  président  ; 
Casimir  Gide,  Charles  Gounod,  F.  Halévy(de  l'Institut),  Jomard  (id),  géné- 
ral Mellinet,  G.  Meyerbeer  (de  l'Institut),  Edouard  llonnais,  Niedermeyer, 
Edouard  Rodrigues,  vice-président  ;  Ambroise  Thomas  (de  l'Institut), 
Varcollier,  membres  de  la  commission  de  sur «■  illance  d«  l'enseignement  du 
chant  dans  les  écoles  communales  de  Paru.  —  11.  Berlioz  (de  l'Institut); 
Dietsch,  chef  d'orchestre  de  l'Opéra;  Georges  Kastner  (de  l'Institut)  ;  J. 
d'Ortigtie,  directeur  rédacteur  en  chef  de  la  Maîtrise  ;  Pasdelpup,  F.  Ba- 
zin, directeur  de  l'Orphéon  de  Paris.  En  attendant  que  nous  puissions 
tenir  notre  promesse,  nous  avons  hâte  d'annoncer  que  l'ouvrage  est  en 
vente  chez  Michel  Lévy  frères,  rue  Vivienne,  2  62s,  et  que  chacun  peut 
se  le  procurer  uu  prix  de  1  franc. 
„*»  Au  nombre  des  passagers  qui  ont  péri  dans  le  naufrage  du  paquebot 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


la  Louise  se  trouve  une  troupe  tout  entière  de  comédiens  ilatiens  qui 
se  rendaient  à  Bastia  et  à  Ajaccio.  Le  directeur  de  la  troupe  et  son  fils 
ont  seuls  échappé  à  la  mort. 

*%  M.  Camillo  Moscheck,  professeur  à  l'école  de  musique  et  éditeur 
de  Caecilia,  journal  musical,  vient  de  mourir  à  Laybach. 

***  Le  nombre  des  concerts  augmentant  chaque  jour,  l'espace  nous 
manque  pour  annoncer  chacun  d'eux  en  particulier  ;  nous  nous  borne- 
rons donc  à  indiquer  par  ordre  de  dates  ceux  qui  vont  avoir  lieu  cette 
semaine  : 
Le  6  mars,  dans  les  salons  Pleyel,  deuxième  soirée  de  MM.  Cuvillon 
et  Georges  Pfeiffer. 
—  Dans  la  nouvelle  salle  d'Érard,   à  huit  heures  du  soir, 

concert  donné  par  Mlle  Albertine  Zadrobilek. 
Le  9  mars,  dans  la  nouvelle  salle  d'Erard,  soirée  musicale  donnée  par 
M.  Greive,  artiste  du  théâtre  Italien,  avec  le  concours  de 
Mme  Cambardi,  de  MM.  Gardoni,  Merli,  Armingaud,  Lee, 
Lapret,  Lalo  et  Lubeck. 
Le  1 3  mars,  dans  les  salons  Pleyel,  concert  donné  par  Mlle  Leclercq, 
avec  le  concours  de  Mme  Delaunay-Riquier,  Jules  Petit , 
Malézieux ,  Herman  et  Jules  Lasserre. 


CHRONIQUE   DÉPARTEMENTALE. 

»%  Toulouse.  —  L'Etoile  du  Nord,  exécutée  en  grand  opéra  et  avec  les 
récitatifs,  vient  de  faire  son  apparition  sur  notre  grand  théâtre.  La  salle 
était  comble  et  le  succès  a  été  colossal.  Mme  Rauïs,  Derivis  et  Dorgeval 
ont  été  ■  rappelés  avec  enthousiasme.  Notre  chef  d'orchestre  avait  mis 
un  soin  tout  particulier  à  remonter  l'œuvre  de  Meyerbeer  et  à  bien 
étudier  l'exécution  des  nouveaux  morceaux  de  la  partition.  Aussi  jamais 
cet  opéra  n'a-t-il  marché  avec  autant  d'ensemble  et  n'a-t  il  obtenu  pareil 
succès.  L'arrangement  déP Etoile  du  Nord  en  grand  opéra  a  été  très-habi- 
lement fait  par  M.  Danglas. 

»**  Nantes.  —  Diverses  circonstances  indépendantes  de  la  volonté  de  la 
direction  avaient  retardé  la  première  représentation  du  Pardon  de  Ploer- 
mel  ;  enfin  elle  vient  d'avoir  lieu  hier  mardi  et  le  succès  a  été  prodigieux. 
On  sait  que  notre  administration  municipale  avait  apporté  une  sollici- 
tude particulière  à  l'exécution  future  du  nouveau  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer,  en  envoyant  exprès  son  architecte  à  Paris  pour  assister  à  la 
première  représentation  et  se  rendre  compte  de  la  mise  en  scène  et  des 
décorations.  Elle  n'a  donc  rien  épargné  pour  égaler  le  théâtre  impérial 
de  l'Opéra-Comique  et  elle  y  a  réussi.  M.  Bernier  a  fait  cinq  magnifiques 
décors,  et  l'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Solié,  qui  est  on  même 
temps  administrateur  du  théâtre  en  participation  avec  la  ville,  a  rendu 
la  musique  avec  une  admirable  perfection.  Mme  Lavoye  chantait  le  rôle 
de  Dinorah,  M.  Magne  celui  d'Hoel,  M.  Charles  celui  de  Corentin.  Nous 
reviendrons  sur  l'exécution  de  cette  magnifique  partition  qui  n'a  rien 
laissé  à  désirer.  On  a  repris  le  Prophète  et  Robert  le  Diable;  Mme  Bor- 
ghèse  dans  les  rôles  de  Fidès  et  d'Alice,  et  Mlle  Lavoye  dans  celui  d'I- 
sabelle, ont  obtenu  un  franc  et  brillant  succès  partagé  du  reste  par 
MM.  Mirapelli  et  Pérlllé.  —  Le  Pardon  ae  Ploërmel  est  attendu  de  jour 
en  jour;  la  direction  n'a  pas  dépensé  moins  de  20,000  francs  pour 
monter  dignement  l'jeuvre  du  grand  maître.  —  Le  succès  des  Dragons  de 
Villars  se  continue  devant  des  salles  combles  et  avec  des  recettes  splen- 
dides. 

***  Angers.  —  Les  décors  du  Pardon  de  Ploërmel  son!  arrivés  de  Paris, 
les  répétitions  sont  poussées  avec  la  plus  grande  vigueur,  et  le  nouvel 
opéra  de  Meyerbeer  sera  joué  dans  quelques  jours.  On  va  reprendre 
V Etoile  du  Nord. 

K:\  Avignon.  —  Marina  vient  d'obtenir  un  très-beau  succès,  et  a  valu 
à  ses  interprètes  principaux,  M.  Bussi-Masset  et  Mlle  Erambert,  les  plus 
chaleureux  applaudissements.  —  La  reprise  de  Robert  le  Diable  a  été 
1  occasion  d'un  nouveau  triomphe  pour  M.  Bussi,  et  enfin  Guillaume  Tell, 
que  notre  ténor  avait  choisi  pour  son  bénéfice,  lui  a  valu  des  applau- 
dissements, des  couronnes  et  un  rappel  unanime. 

***  Nîmes.  —  Le  Toréador  a  été  l'occasion  d'un  succès  de  plus  pour 
Mme  Fuuré,  qui  a  joué  et  chanté  de  la  façon  la  plus  charmante  tout  le 
rôle  de  Coraline,  et  surtout  les  variations  de  l'air  populaire  :  Ah  '  vous 
dirai-je,  maman. 

**»  Caen.  —  On  a  monté  le  Cheval  de  bronze;  le  délicieux  opéra-comi- 
que dAubera  obtenu  un  très-brillant  succès;  M.  Lucien  Bourgeois  a  été 
charmant  dans  le  rôle  du  prince.  M.  Gilberd  David  et  Mme  Melvil  l'ont 
très-bien  secondé.  —  Après  les  représentations  de  Mlle  Cordier,  dont 
nous  avons  rendu  compte,  est  venue  Mme  Borghi-Mamo,  qui  a  chanté 
plusieurs  morceaux  du  Prophète  et  qui  a  remporté  un  véritable  triomphe, 
i  V  A'ancV-  ~  M-  Litté-  notre  ^nor  léger,  a  choisi  pour  son  bénéfice 
la  Martlia,  do  Flotow,  représentée  onze  fois  l'année  dernière  ;  l'ouvrage 
a  étc  accueilli  avec  le  même  plaisir  et  les  mêmes  sympathies  que 
Ijin  dernier,  et  nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  tienne  largement  sa 
place  au  répertoire  jusqu'à  la  fin  de  la  saison.  On  s'occupe  avec  la  plus 
grande  activité  de  la  mise  en  scène  du  Pardon  de  Ploërmel. 


CHRONIQUE   ÉTRANGÈRE. 


***  Londres,  1er  mars.  —  Décidément  M.  E.  T.  Smith,  directeur  du 
théâtre  de  Drurylane,  a  pris  à  bail  le  théâtre  de  Sa  Majesté  pour  sept, 
quatorze  ou  vingt  années.  —  Au  Royal  english  Opéra,  un  nouvel  ou- 
vrage de  Vincent  Wallace  vient  d'être  représenté,  sous  le  titre  deLurliyie. 
C'est  un  grand  opéra  dans  l'acception  française;  du  mot,  sans  dialogue, 
avec  récitatifs  et  orchestre  continu.  Le  poëme,  tiré  des  légendes  popu- 
laires du  Rhin,  a  pour  sujet  les  amours  d'une  nymphe  des  eaux  avec  un 
simple  mortel.  D'abord  la  nymphe  entraîne  celui  qu'elle  aime  dans  l'hu- 
mide empire  qu'elle  habite,  puis  elle  l'en  laisse  sortir,  dans  l'espoir 
qu'il  y  reviendra  de  lui-même,  et  enfin  elle  obtient  la  grâce  de  devenir 
aussi  mortelle  pour  pouvoir  épouser  son  amant.  Wallace  n'avait  rien 
écrit  pour  le  théâtre  depuis  1846,  année  dans  laquelle  il  avait  fait  jouer 
Malilda  of  Eungary.  Le  succès  de  Lurline  a  été  fort  brillant,  et  peut-être 
cette  partition  est  le  chef-d'œuvre  de  son  auteur.  Sept  morceaux  ont 
été  bissés.  Miss  Louisa  Pyne,  qui  chante  le  rôle  principal,  n'a  jamais  eu 
de  musique  mieux  écrite  à  sa  taille,  ni  plus  favorable  à  son  talent 
M.  Harrison  n'est  pas  moins  bien  partagé  dans  le  rôle  de  Rudolph,  et 
M.  H.  Corri  a  beaucoup  réussi  dans  celui  de  gnome,  surtout  en  chan- 
tant un  original  et  charmant  brindisi.  Miss  Pilling  et  miss  Fanny  Cruise 
méritent  aussi  une  mention  laudative.  La  mise  en  scène  est  magnifique. 
Les  chœurs  et  l'orchestre  se  signalent  sous  la  direction  de  M.  Alfred 
Mellon. 

*%  Bruxelles.  —  On  presse  les  répétitions  de  Gustave  III  dont  la  pre- 
mière représention  aurait  déjà  eu  lieu  sans  l'indisposition  de  M.  Depoi- 
tier  et  sans  l'accident  plus  récent  arrivé  à  Mme  Dupuy.  On  dit  merveille 
de  la  façon  dont  M.  Wicart  chante  et  joue  le  rôle  de  Gustave.  Dans  quel- 
ques jours  on  reprend  les  Dragons  de  Villars  pour  Mlle  Boulard.  Le  Par- 
don de  Ploërmel  continue  à  être  joué  devant  des  recettes  fabuleuses. 

j*x  Gand.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  continue  le  cours  de  son  brillant 
succès.  Représenté  pour  la  première  fois  le  21  décembre,  l'œuvre  de 
Meyerbeer  en  est  aujourd'hui  à  sa  douzième  représentation  et  toujours 
avec  une  vogue  croissante.  —  La  reprise  de  ifarlha  a  été  très-heureuse  et 
a  fait  applaudir  MM.  Talon,  Zelger,  Mines  Jouard  et  Lacourt. 

^%  Stuttgard.—  Les  représentations  de  Dinorah  ont  été  interrompues 
par  les  fréquentes  indispositions  des  trois  artistes  chargés  des  princi- 
paux rôles.  On  a  profité  de  ce  temps  d'arrêt  pour  substituer  à  l'appareil 
Muhldorfer  un  décor  qui  imite  parfaitement  l'eau  naturelle,  disposition 
qui  abrège  les  entr'actes  de  près  d'une  demi-heure. —  Pour  la  fête  du 
prince  royal  qui  a  lieu  sous  peu,  on  reprendra  VEtoile  du  Nord  qui  n'a 
pas  été  jouée  depuis  assez  longtemps.  On  a  mis  en  répétition  les  Gaies 
commères  de  Windsor,  de  Nicolaï.  Les  concerts  d'abonnement  de  la  cha- 
pelle royale  sont  très-courus.  Nous  avons  peu  de  concerts  particuliers  : 
les  soirées  de  quatuor  de  Barnbeck,  Haeser,  Buyssere  attirent  beaucoup 
de  monde.— M.  G.  Kriiger,  première  flûte  de  S.  M.  le  roi  de  Wurtemberg 
et.  père  du  célèbre  pianiste-compositeur  W.  Kriiger,  a  célébré,  le  18  fé- 
vrier dernier,  le  50"  anniversaire  de  son  service  comme  membre  de  la 
chapelle  royale.  Il  a  reçu,  à  cette  occasion,  de  nombreuses  et  touchantes 
marques  de  la  considération  dont  il  jouit  ici.  Le  roi  lui  a  envoyé  par 
M.  le  baron  de  Hall,  son  chambellan  et  intendant  du  théâtre  de  la  Cour, 
la  décoration  de  l'ordre  de  la  Couronne.  Les  membres  ]de  la  chapelle 
royale  lui  ont  donné,  dans  la  journée,  un  banquet  présidé  par  M.  le  baron 
de  Hall  et  M.  Kucken,  le  maître  de  chapelle.  Le  lendemain,  un  autre  banquet, 
donné  en  son  honneur,  a  réuni  plus  de  cent  personnes  appartenant  à 
toutes  les  classes  de  la  société.  Ajoutons  à  ces  manifestations  une 
aubade,  une  sérénade,  des  vers  chantant  ses  louanges,  des  lettres  de 
félicitations  venues  de  toutes  parts,  de  riches  cadeaux  offerts  par  un 
grand  nombre  de  ses  amis  et  anciens  élèves,  et  nous  pourrons  dire  que 
rarement  un  artiste  a  été  fêté  plus  complètement.  Ce  seront  pour  lui  et 
particulièrement  pour  ses  trois  fils,  qui  marchent  dignement  sur  les 
traces  de  leur  père,  des  souvenirs  précieux  et  ineffaçables. 

x*x  Berlin.  —  Le  18  février  a  eu  lieu,  sous  la  direction  de  Meyerbeer, 
un  concert  à  la  cour,  auquel  assistaient  également  le  corps  diplomati- 
que, des  députés,  un  grand  nombre  de  généraux  et  d'officiers  :  en  tout 
quinze  cents  personnes.  Ont  été  exécutés  :  l'ouverture  d'Egmont  ;  hymne 
de  la  Vestale,  de  Spontini  ;  marche  du  Songe  d'une  nuit  d'été;  air  du 
Stabat,  de  Kossini  ;  ouverture  de  Struensée,  par  Meyerbeer  ;  scène  d'Or- 
phée;  scène  du  Trovatore,  de  Verdi;  finale  du  Comte  Ory,  de  Rossini.  Pen- 
dant le  concert,  Meyerbeer  trouva  sur  sou  pupitre  un  bâton  de  mesure 
enrichi  d'or  et  de  pierres  fines,  et  à  côté  un  magnifique  bouquet,  avec 
cette  inscription  :  «  Offert  à  Meyerbeer  de  la  main  de  la  princesse  de 
Prusse.  »  L'illustre  maestro  se  montra  vivement  touché  d'un  tel  hom- 
mage ;  à  peine  avait-il  passé  quelques  fleurs  à  sa  boutonnière,  que  le 
prince  régent,  donnant  le  bras  à  la  princesse,  s'avança  vers  lui  et  lui 
adressa  les  paroles  les  plus  flatteuses.  —  Au  théâtre  de  la  Cour,  Mlle  de 
Ahna  a  chanté  pour  la  première  fois  le  rôle  de  Fidès,  du  Prophète,  et  a 
surpassé  l'attente  générale.  L'éminente  cantatrice  avait  étudié  avec  le 
plus  grand  soin  ce  rôle  si  dramatique;  sa  voix  a  une  fraîcheur  juvénile, 
le  timbre  en  est  des  plus  sympathiques.  Après  la  grande  scène  de  la  ca- 
thédrale, Mlle  de  Alina  a  eu  les  honneurs  du  rappel.  —  L'Opéra  Italien  a 


DE  PARIS. 


83 


joué  Don  Pasquale .  dans  le  rôle  de  Norina,  Mlle  Vilhorst  a  débuté  avec 
succès. 

„%  Manheim.  —  A  l'occasion  du  huitième  anniversaire  de  sa  fonda- 
tion, la  Tonhalle  vient  de  mettre  au  concours  un  prix  de  1o0  florins, 
qui  sera  décerné  à  l'auteur  du  meilleur  trio  pour  piano,  violon  et  vio- 
loncelle, |dont  l'exécution  toutefois  n'exige  pas  des  virtuoses  propre- 
ment dits.  Le  terme  du  concours  est  fixé  au  31  juillet.  Les  ouvrages 
envoyés  au  concours  resteront  la  propriété  des  auteurs. 

***  Hambourg.  —  La  troupe  italienne  de  Berlin  est  engagée  pour  six 
représentations  au  théâtre  de  la  ville,  à  raison  de  3,000  fr.  par  repré- 
sentation. La  musique  composée  par  Robert  Schumann  pour  le  Manfred, 
de  lord  Byron,  a  été  exécutée  au  dix-huitième  concert  de  la  Société  mu- 
sicale. L'ouverture,  le  Requiem  et  quelques  autres  morceaux  ont  produit 
de  l'effet  ;  au  total,  succès  d'estime.  Dans  la  seconde  partie  du  concert, 
Jules  Stockhausen  s'est  fait  entendre  avec  beaucoup  d'effet  dans  l'air  du 
Valet  de  chambre,  deCarafa,  celui  du  Barbier,  de  Rossini,  et  des  lieder,  de 
Schubert. 

„%  Vienne.  —  Dans  une  très-belle  représentation  du  Prophète,  Grin- 
minger  a  très-bien  interprété  le  rôle  de  Jean  de  Leyde.  La  Martha,  de 
Flotow,  a  fait  salle  comble,  Ander  chante  le  rôle  de  Lyonel  de  manière  à 
électriser  l'auditoire.  —  Le  numéro  7  du  journal  viennois  Recensionen  a 
été  saisi  à  cause  d'un  article  où  l'on  discutait  les  prix  d'entrée  au  théâ- 
tre de  l'Opéra  de  la  cour. 

„,**  Genève.  —  Dix  représentations  consécutives  du  Pardon  de  Ploermel 
n'ont  pu  satisfaire  encore  l'enthousiasme  inspiré  par  le  nouveau  chef- 
d'œuvre  du  maître.  Vantrappe,  Marval  et  Mlle  Ernon  continuent  à  se  faire 
applaudir  con  frenezia  dans  les  principaux  rôles. 

**„,  Nice.  —  Mlle  Octavie  Caussemille  vient  d'ajouter  un  nouveau 
fleuron  à  sa  couronne  d'artiste  en  jouant  ici,  dans  le  salon  de  la  reine 
douairière  de  Danemark,  plusieurs  morceaux  qui  ont  ravi  la  noble  as- 
semblée. Sa  Majesté,  en  offrant  à  l'éminente  pianiste  ses  remercîments 
et  ceux  de  sa  société,  a  daigné  l'inviter  à  revenir  à  sa  royale  villa  pour 
y  faire  de  la  musique  intime.  La  princesse  dont  il  s'agit  est  veuve  du  roi 
Chrétien  VIII  ;  née  le  28  juin  1796  et  mariée  le  22  mai  1815,  elle  a 


perdu  son  époux  le  20  janvier  1848.  —  11  y  a  quelques  jours,  Seligmann 
aussi  a  donné  un  brillant  concert.  Une  pastorale  de  sa  composition  sur 
le  vieil  air  II  pleut,  il  pleut,  bergère,  a  été  fort  goûtée  et  applaudie.  Invité 
chez  la  reine  de  Danemark,  il  y  a  produit  beaucoup  d'effet.— Au  théâtre, 
l'opéra  italien  règne  à  peu  près  sans  partage,  et  la  Sanchioli  s'y  distin- 
gue toujours  :  bon  nombre  d'amateurs  et  de  connaisseurs  la  placent  au- 
dessus  de  Mme  Borghi-Mamo. 

***  Turin.  —  Guillaume  Tell  vient  d'obtenir  un  succès  colossal  au 
théâtre  Regio.  Les  interprètes  étaient  Tiberini ,  L'Ortolani  et  Bene- 
ventano . 


le  Directeur  :   S     DUFOUH  . 


Chez  G.  BliANDUS  et  S.  DUFOUB,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu  [au  1er), 


«IIISTETTE 


Pour   deux   Violons,   deux   Altos  et   Violoncelle, 


FB   JTB  FBTÏS 


Maître  de  chapelle  du  roi  des  Belges,  directeur  du  Conservatoire  de  musique 
de  Bruxelles. 


Op.  G.   —  Prix  :  2©  fr. 


Paris,  chez  €OOUDE\S,  éditeur,  rue  Saint-ffiionoré,  SG»,  près  l'Assomption. 

PMILÉlIOl    ET   BAUCIS 


(EN  VENTE) 


Opéra  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  BARBIER  et  CARRE,  musique  de 


m 


(EN  VENTE) 


Romances,  Airs,  Duos,  Trios,  pour  toutes  les  voix  (avec  accompagnement  de  Piano). 
DANSES  par  Jullien.  Marx,  Musard,  Strauss,  Talcxy  (pour  Piano   et  a  quatre  mains), 

Arrangements  pour  Piano,  par 
Ascber,  Burgniuller,  Cramer,  Croisez,  Gounod,  Goria,  Ketterer,  Lccarpenlier,  Lyslicrg,  Paul  Bernard. 

POUR  PARAITRE  LE   8  MARS  : 

Partition  pour  chant  et  piano,  in-8°,  15  fr.  net.  —  Partition  pour  piano  solo,  in-8%  10  fr.  net, 


PIANOS 
D'ART 


BLANCHET  fils 


PIANOS 

DE 

COMMERCE 


DE    L'ANCIENNE    MAISON    R0LLER    ET    BLANCHET    FILS 

A  Paris,  rut*  d'OauJeville,  n°  «G. 

Cette  maison  est  connue, fdepuis  de  longues  années,  pour  la  remarquable  supériorité  de  ses  pianos  droits. 

Blanchet  fils,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique,  a  consacré  le  fruit  de  ses  études  scientifiques  et  de  ses  constantes  recherches  au  per- 
fectionnement de  son  industrie  ;  et  après  avoir  obtenu,  aux  diverses  expositions  d'Angleterre  et  de  France,  les  plus  hautes  récompenses,  il 
a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  par  le  jury  international  de  l'Exposition  universelle  de  1855. 

Convaincu  de  la  nécessité  de  mettre  à  la  portée  de  tous  les  instruments  fabriqués  avec  conscience  et  pouvant  satisfaire  aux  qualités  artisti- 
ques aussi  bien  qu'aux  principes  de  solidité  garantis  par  une  longue  réputation,  Blanchet  fils  vient  de  créer  un  nouveau  modèle  de  piano  dit 
format  de  commerce,  qui,  tout  en  possédant  les  qualités  d'une  facture  de  premier  ordre,  a  l'avantage  d'être  accessible  à  toutes  les  fortunes. 
Les  instruments  de  ce  format  sont  à  cordes  verticales,  obliques  ou  demi-obliques.  Désormais  cette  importante  manufacture  réunira  donc  les 
deux  branches,  également  essentielles,  d'une  fabrication  à  la  fois  artistique  et  commerciale. 


84 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


POUR  PARAITRE  INCESSAMMENT 
Chez  Ci.  BRAMDV§  et  S.  DUJFOUR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  Ie 

Edu  2e  entr'acte 
(Ve  Bal) 
de 


Schiller-JHarscIi    et    Cantate 


Arec  Cbœar 

poésie  de 
F.  PFAU. 

Composées  à  ï 'occasion  du  festival  donné  à  Paris  pour  la  célébration  du  100e  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller, 

PAR 


aiAGOMO  MWïïmmmmmm 

LE 

ROMAIV 


Opéra-comique  en  trois  actes, 

Paroles  de 


ALEXANDRE    DUMAS    ET    DE    LEUVEN 


Musique  de 


ÂMBROISE  T 


(De  f Institut.) 
XilES    ASSIS    BiffiTACBIÉS    avec    accompagnement   de  Piano,    par    Bazille. 


ACTE  ior. 
Ouverture. 

1.    ■',.(:.  iig'  pour  voix  d'homme  :  Fêtons  noire  étoile  chérie. 

"2.  Duo  chanté   par  Mlle  Monrose  et  Mlle  Lemercier:  Ma  chère,  à  la 

sorcellerie. 
3.  Couplets  chantés  par  M.  Montaubry  :  J'aime  l'or,  ducat  ou  pistole. 
Z'bis.  Les  mômes,  transposés  pour  baryton  ou  mezzo-soprano. 
3  ter.  Les  mêmes,  transposés  pour  basse. 

U.  Couplets   chantés  par  M.  Prilleux  :  C'est  un  grec!  c'est  un  grec\ 
5.  sicilienne  chantée  par  M.  Crosti  :  Vive!  vive  notre  belle  Sicile. 

5  bis.  La  même,  transposée  pour  basse. 

G.  Duo  chanté  par  Mlle  Monrose  et  M.  Montaubry:  Laissez-vous  atten- 
drir, marquise. 

6  bis.  Roniauccro  extrait  du  duo  chanté  par  Mlle  Monrose  :  Elvire 

régnait  à  Munie. 
7.  Couplets  chantés  par  Mlle  Lemercier:  Dûs  villas,  des  palais. 

ACTE  II. 

S.  Barearolle  chantée  par  M.  Montaubry  :  Si  la  brise  folle. 

8  bis  La  même,  pour  basse  chantante  ou  baryton. 

8  ter.  La  même,  pour  mezzo-soprano. 

9.  Air  chanté  par  M.  Montaubry  :  Ah!  vive  Dieu,  l'amour  m'appelle. 

KETTEBGB.   —  Fantaisie -Transcription 
Quadrille  par  Arban.  —  Valse  par  Strauss.  — 


Duettino  chanté  par  Mlle  Lemercier  et  M.  Montaubry  :   Endor- 
mons et  fermons  les  i/eux  soupçonneux. 
&rana  air  chanté  par  Mlle  Monrose  :  Est-ce  un  doux  mensonge  ? 
bis.  Stances  extraites  de  l'air  pour  soprano:  Suis-je  l'hirondelle, 
ter.  Les  mêmes,  transposées  pour  mezzo-soprano. 
Duo  chanté  par  Mlle  Monrose  et  M.  Montaubry  :  Oh!  non,  je  ne  dors 

pas,  je  veille. 
Trio  chanté  par  Mlle  Monrose,  MM.  Montaubry  et  Crosti  :  Ah!  ah! 
ait!  ah!  ah!  ah!  la  bonne  folie. 

ACTE  III. 
Clieeur  pour  voix  d'houimes  :  Posons  des  gardes  sans  nombre. 
Couplets  chantés  par  M.  Crosti  :  Puisque  de  ces  biens  de  la  terre, 
bis.  Les  mêmes,  transposés  pour  ténor. 
Air  cacliuclin  chanté  par  Mlle  Monrose:  Ah!  je  saurai  pour  vous, 
bis.  Le  même  transposé  pour  mezzo-soprano. 
Trio  chanté  par  Mlles  Monrose,  Lemercier  et  M.  Montaubry  :  Beauté, 

jeunesse  et  folle  ivresse. 
E!<:  eu  anec  chantée  par  M.  Montaubry:  Ah  !  ce  serait  un  crime, 
bis.  La  même,  transposée  pour  mezzo-soprano. 
ter.  La  même,  transposée  pour  baryton. 
quater.  La  même,  transposée  pour  basse. 


(Romancero,  Barearolle,  Air-Cachucha,  Romance). 
Polka  par  Ettling.  —  Polka-Mazurka  par  Talexy. 


IIIÎ1HE  clCiVTIHI.E    DE  NAPOLÉON  CHAtX 


HE1K.ÈOF.   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


IV0  li. 


11  Mars  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tou« 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24fr.paron 

Dt-purU-nu'iUs,  Ik-lgiqui*  et  Suisse....     30  n       id. 
Étranger 34  «       id* 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICALE 


/w\J  WVAAaaa' — 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra  :  Pierre  de  Médicis,  opéra  en 
quatre  actes,  paroles  de  MM.  de  Saint-Georges  et  Emilien  Pacini,  musique  du 
prince  J.  Poniatowski,  par  Paul  Smith.  —  Concert  de  Mme  Marie  Pléyel. — 
Concert  d'Emile  Prudent.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  ISotte.  — 
Biographie  universelle  des  musiciens  et  bibliographie  générale  de  la  musique, 
par  Fétis  père  (l!r  article),  par  Paul  Smith.  —  Correspondance  :  Rouen  et 
Nantes.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA. 

PIERRE  DE  MÉOICES, 
Opéra  en  quatre  actes  et  sept  tableaux,  paroles  de  MM.  de  Saint- 
Georges  et  Emilien   Pacini  ,  musique  du  prince  J.  Poniatowski  , 
ballets  de  M.  Petitpa,  décors  de  MM.  Nolau,  Robe,  Martin,  Des- 
plechin,  Thiery  et  Cambon. 

(Première  représentation  le  9  mars  1860.) 

On  sait  que  Voltaire  dans  sa  jeunesse  disait  un  jour  au  prince  de 
Conti,  qui  venait  de  lire  des  vers  de  sa  façon  :  Sommes-nous  tous 
princes  ou  tous  poètes?  Quelque  chose  d'analogue  pourrait  fort  bien 
se  dire  à  l'Opéra,  depuis  que  des  princes  et  des  ducs  régnants  ne 
dédaignent  pas  d'y  faire  de  la  musique.  L'inégalité  des  conditions 
disparaissant  devant  la  rampe,  il  ne  s'agit  plus  de  la  qualité  de  l'au- 
teur, mais  de  celle  de  l'œuvre  et  de  la  manière  dont  le  public  l'a 
reçue.  M.  le  prince  Poniatowski  voudra  donc  bien  nous  pardonner,  si 
nous  ne  faisons  pas  plus  de  façons  avec  lui  qu'avec  un  compositeur 
de  profession,  et,  du  reste,  il  a  déjà  pris  une  telle  place  dans  l'art  mu- 
sical qu'on  pourrait  fort  bien  s'y  tromper.  Sa  nouvelle  œuvre  devait 
exciter  d'avance  une  curiosité  des  plus  vives,  et  c'est  pour  y  satisfaire 
que  le  lendemain  même  de  son  apparition,  nous  nous  hâtons  d'en 
tracer  une  rapide  esquisse,  et  d'en  constater  l'heureux  destin. 

Pierre  de  Médicis  n'a  pas  laissé  un  grand  renom.  Fils  de  Laurent 
le  Magnifique,  il  lui  succéda  dans  le  gouvernement  de  Florence  d'où  il 
fut  chassé  au  bout  de  deux  ans  et  mourut  dans  l'exil,  après  de  vaines 
tentatives  pour  reconquérir  ce  qu'il  avait  perdu.  A  Julien,  son  frère, 
était  réservé  l'avantage  de  revoir  son  pays  et  d'y  rétablir  la  supré- 
matie de  sa  famille,  sans  s'illustrer  lui-même.  Le  véritable  héros  de 
cette  époque,  l'homme  qui  remplit  la  république  de  fanatisme  et  d'a- 
gitations, en  la  dominant  par  son  éloquence,  pendant  l'interrègne  des 
Médicis,  ce  fut  Jérôme  Savonarole,  le  fougueux  et  courageux  adver- 
saire du  pape  Alexandre  VI.  La  vie  de  Savonarole  se  termina  sur  un 


bûcher,  et  sans  doute  on  y  trouverait  la  matière  de  l'un  des  drames 
les  plus  émouvants  que  fournisse  l'histoire,  mais  ce  n'est  pas  là 
le  sujet  d'un  opéra.  Dans  le  libretto  de  MM.  de  Saint-Georges  et  Emi- 
lien Pacini  nous  ne  voyons  qu'un  pâle  reflet  de  cet  étrange  et  sublime 
personnage  sous  les  traits  du  grand  inquisiteur  Fra  Antonio.  Le  grand 
inquisiteur  a  une  nièce  jeune  et  belle,  Laura  Salviati,  dont  les  deux 
frères  Pierre  -et  Julien  sont  amoureux,  et  de  là  vient  qu'ils  se  con- 
duisent l'un  envers  l'autre  comme  des  frères  ennemis. 

Une  ouverlure  élégante,  d'un  coloris  tendre  et  presque  pastoral, 
précède  le  lever  du  rideau,  et  le  premier  tableau  découvre  à  nos 
yeux  la  salle  des  fêles  des  ducs  de  Médicis,  à  Pise.  Un  chœur  chanté 
à  demi-voix,  qu'accompagne  le  canon  avec  sourdine,  nous  annonce 
l'arrivée  de  Pierre,  arrivée  qui  n'a  pas  l'air  de  faire  grand  plaisir  à 
Julien.  Pierre  rayonne  au  contraire  de  bonheur  et  de  joie,  il  dit  aux 
Pisàns  : 

Pour  vous  j'abandonne  Florence, 

Ville  d'amour!  ville  de  fleurs! 

Et  j'apporte  avec  l'espérance 

Les  jeux,  les  fêtes,  les  spleudeurs. 


A  d'autres  les  soucis  du  trône  ! 
Moi,  pour  fleurons  de  ma  couronne 
J'ai  pris  les  roses  du  plaisir. 

Julien  remet  à  son  frère  les  clefs  de  la  ville  dont  il  était  dépositaire 
en  son  absence.  Laura  Salviati  paraît,  et  la  rivalité  fraternelle  se  des- 
sine dans  un  large  morceau  d'ensemble.  L'instant  d'après,  l'amoureux 
Pierre  demande  au  grand  inquisiteur  la  main  de  sa  nièce  :  celui-ci 
fait  d'abord  semblant  d'hésiter,  mais  il  ne  tarde  pas  à  se  rendre.  La 
scène  change  et  nous  passons  dans  la  ravissante  chambre  habitée  par 
Laura,  un  vrai  modèle  de  chambre  que  les  grandes  dames  feront  bien 
d'imiter.  A  un  chœur  rempli  de  coquetterie  et  de  grâce  succède  une  ca- 
vatine  passionnée,  dans  laquelle  Laura  donne  un  libre  cours  à  son 
amour  pour  Julien.  Il  vient  lui-même  et  confie  à  sa  bien-aimée  le 
malheur  qui  les  menace.  Julien  propose  à  Laura  de  fuir  : 
Viens,  viens...  suis  moi...  quittons  ce  lieu  I 
—  Jamais,  sans  être  unis  tous  les  deux  devant  Dieu. 

L'acte  second  nous  transporte  dans  les  jardins  du  palais  ;  les  gens 
de  toute  espèce  y  sont  mêlés,  confondus  :  on  joue  à  la  morra;  on  se 
dispute  :  on  veut  même  se  battre,  lorsque  la  fête  commence,  et  que 
l'on  exécute,  en  présence  de  Pierre  et  de  toute  sa  cour,  un  ballet 
mythologique,  intitulé  les  Amours  de  Diane.  Le  ballet  est  charmant, 
mais  un  peu  long,  et  l'on  n'aura  pas  tort  d'eu  élaguer  quelques  épi- 
sodes, sans   rien   ôter  au  rôle  de  Diane,  que  Mme  Ferraris  rem- 


REVISE  i-'ï  GAZETTE  MuSICALi 


plit  avec  son  merveilleux  talent.  Après  le  ballet,  le  grand  inquisiteur, 
qui  a  pénétré  les  secrets  de  sa  nièce,  en  instruit  Pierre,  et  celui  ci 
prend  sur-le-champ  ses  mesures  pour  se  débarrasser  de  Julien  : 

La  gloire  vous  appelle, 

Notre  flotte  a  besoin  d'un  chef,  d'un  amiral, 
Pour  triompher  de  l'Infidèle. 

Mais  Julien  ne  se  soucie  guère  de  la  mission  qui  lui  est  si  brusque- 
ment offerte, et,  tout  en  l'acceptant,  il  répond: 

A  la  plus  noble  dame, 

J'ai  donné  ma  vie  et  mon  âme: 
Je  viens  vous  demander  sa  main. 

Pierre  et  Julien  se  sont  compris:  ils  se  parlent  à  voix  basse  ;  ils 
échangent  des  regards  de  haine  et  de  courroux.  Laura  devine  que  la 
mort  est  au  fond  de  leuis  paroles.  Cette  scène  dramatique  a  fourni 
au  compositeur  le  texte  du  plus  beau  morceau  de  sa  partition,  accueilli 
par  des  bravos  chaleureux  et  redemandé  avec  enthousiasme.  La  nuit 
est  venue ,  mais  la  luminara,  dont  le  canon  donne  le  signal,  ramène 
subitement  le  jour,  et  les  danses  reprennent  sous  les  feux  de  mille 
astres  nouveaux. 

Au  troisième  acte,  Laura  Salviati,  qui  s'est  décidée  à  la  fuite,  ar- 
rive conduite  par  un  ami  dans  la  maison  d'un  pêcheur  sur  les  bords 
de  l'Arno.  Elle  y  attend  Julien ,  et  c'est  Pierre  qui  se  présente  avec 
Fra  Antonio.  Pierre  ne  laisse  à  Laura  d'autre  alternative  que  de  s'unir 
à  lui  ou  de  se  faire  religieuse. 

Je  puis  tout  supporter...  tout...  hors  la  perfidie! 

Et  celle  qui  d'un  roi  peut  repousser  le  vœu 

Ne  sera  désormais  que  l'épouse  de  Dieu. 

Pendant  ce  temps,  Julien  s'est  rendu  au  Campo-Santo  pour  dire  un 
dernier  adieu  à  la  tombe  de  sa  mère.  Tandis  qu'il  la  prie  et  l'implore, 
il  apprend  que  Laura  lui  est  ravie  :  comme  le  comte  do  Lima  dans  le 
Trouvère,  il  entend  déjà  les  chants  religieux  qui  annoncent  une  prise 
de  voile  ;  alors  il  n'hésite  pas  à  tirer  l'épée  pour  marcher  avec  les 
conjurés  contre  son  frère,  Pierre  de  Médicis,  et  se  venger  de  lui 
doublement. 

Dans  l'intervalle  du  troisième  au  quatrième  acte,  un  combat  a  eu 
lieu  :  Pierre  est  blessé,  il  se  traîne  avec  effort  jusqu'à  une  auberge 
éloignée  de  la  ville,  et  là  le  repentir  le  saisit;  il  regrette  ce  qu'il  a  fait, 
il  voudrait  révoquer  l'ordre  qu'il  a  donné,  mais  ses  forces  le  trahis- 
sent, et  quand  il  demande  assistance,  nulle  voix  amie  ne  lui  répond. 
Enfin  pourtant  il  trouve  un  bras  sur  lequel  il  s'appuie  : 

Pour  préserver  Laura  du  sort  qui  la  menace 
Et  la  rendre  au  bonheur,  Monti,  guide  mes  pas. 

Par  malheur  il  arrive  trop  tard,  et  quand  il  pénètre  dans  l'église 
par  la  brèche,  qu'il  est  obligé  d'y  ouvrir,  quand  il  demande  à  Fra 
Antonio  ce  qu'il  a  fait  de  Laura,  Fra  Antonio  la  lui  montre  en  lui  di- 
sant : 

La  voici,  monseigneur,  elle  appartient  au  ciel! 

Tel  est,  en  somme,  le  canevas  sur  lequel  le  prince  Ponia- 
towski  a  écrit  une  partition  dans  laquelle  l'auteur  de  Don  Drsidcrio 
s'est  produit  sous  un  aspect  nouveau  pour  nous,  sans  toutefois  abjurer 
ni  même  déguiser  son  origine  italienne.  Son  inspiration  est  toujours 
claire,  facile,  abondante  ;  son  orchestre  ne  manque  pas  plus  de  variété 
que  de  richesse.  Outre  les  morceaux  que  nous  avons  cités,  il  y  en  a 
plusieurs  encore  qui  mériteraient  une  mention,  si  nous  avions  le  temps 
et  l'espace.  Mais  il  faut  nous  borner,  et  réserver  le  peu  de  lignes  qui 
nous  restent  au  juste  tribut  d'éloges  que  réclame  l'exécution  de  l'œuvre 
totale.  Parmi  les  chanteurs,  Gueymard  et  sa  femme,  Obin  et  Bonnehéc 
tiennent  le  premier  rang  :  les  sympathies  unanimes  se  sont  particu- 
lièrement prononcées  pour  Mme  Gueymard  et  pour  Obin,  qui  ont  été 
l'objet  d'une  ovation  des  plus  légitimes.  Parmi  les  artistes  delà  danse, 
nous  avons  déjà   nommé  Mme  Ferraris,    applaudie  avec  frénésie,  et 


après  elle,  nous  citerions  la  jeune  personne  qui  joue  le  rôle  de  l'Amour, 
si  son  visage  n'était  infiniment  plus  joli  que  son  nom. 

Dès  le  premier  coup  d'oeil,  les  décors  de  Pierre  de  Médicis  ont 
obtenu  un  succès  sans  conteste  ;  on  en  a  rarement  vu  d'aussi  achevés, 
d'aussi  séduisants.  Chaque  tableau  (et  il  n'y  en  a  pas  moins  de  sept) 
est  de  la  main  d'un  maître.  Pour  notre  part,  nous  aurions  peine  à  choi- 
sir entre  la  chambre  du  premier  acte  et  les  bords  de  l'Arno  du  se- 
cond. Les  costumes  surpassent  en  luxe  et  en  magnificence  tout  ce 
qu'on  avait  vu  précédemment. 

LL.  MM.  l'Empereur  et  l'Impératrice  assistaient  au  spectacle  et  ont 
plusieurs  fois  applaudi  l'ouvrage  et  les  artistes,  qui  ont  tous  été  rap- 
pelés à  la  fin  de  celte  belle  représentation. 

Paul  SMITH. 


COHCERT  DE  1P  MARIE  PLEYEL. 

La  semaine  a  été  féconde  en  exquises  jouissances.  De  grands  pia- 
nistes se  sont  fait  entendre  ;  mais  personne  assurément  plus  que 
Mme  Pleyel  ne  pouvait  exciter  les  sympathies  du  monde  musical  et 
compter  sur  un  auditoire  nombreux  et  distingué.  Aussi,  quoique  spa- 
cieux, les  salons  de  l'hôtel  du  Louvre  étaient-ils  trop  petits  pour 
contenir  la  foule  empressée.  11  est  bien  difficile  de  rendre  compte 
d'un  triomphe  ;  c'est  beau,  spontané,  émouvant  et  ne  saurait  se  dé- 
crire. Disons  pourtant  que  de  l'avis  de  tout  le  monde,  de  tous  ceux 
qui,  plus  heureux  que  nous,  avaient  déjà  entendu  Mme  Pleyel.  jamais 
elle  ne  s'était  montrée  mieux  inspirée;  disons  aussi  qu'on  ne  saurait 
mieux  jouer  du  piano,  et  que,  malgré  la  renommée  qui  entoure  son 
nom,  nous  avons  trouvé  la  grande  artiste  encore  au-dessus  de  tout  ce 
qu'on  nous  avait  dit  de  son  exécution. 

Au  milieu  de  ce  que  nous  entendons  chaque  jour,  il  est  une  chose 
que  nous  ne  nous  lassons  pas  d'étudier  :  c'est  la  variété  infinie  de  ces 
talents  qui  se  ressemblent  par  certains  côtés  et  souvent  par  une  ha- 
bileté de  mécanisme  presque  égale,  mais  qui  pourtant  ne  font  pas 
éprouver,  à  beaucoup  près,  le  même  plaisir  et  ne  tiennent  pas  le 
même  rang  dans  l'estime  des  connaisseurs.  Ce  qui  les  distingue  les 
uns  des  autres,  c'est  l'intelligence,  le  cœur,  l'élévation  des  pensées  et 
des  sentiments  qui,  passant  clans  le  style,  lui  donnent  ce  charme  inex- 
primable, cette  puissance  d'émouvoir  qui  fait  les  vrais  artistes.  Cette 
puissance,  Mme  Pleyel  la  possède  au  suprême  degré.  Peut-être  con- 
naissons-nous une  ou  deux  virtuoses  qui  font  aussi  supérieurement  les 
difficultés  ;  mais  combien  elles  sont  loin  de  l'ampleur,  de  la  noblesse 
de  style,  des  délicatesses,  des  tendresses  ineffables  que  Mme  Pleyel 
trouve  si  aisément  sur  son  clavier!  Entre  ses  mains  le  piano  a  des 
sons  d'un  moelleux  ravissant  ;  jamais,  sous  prétexte  d'énergie  et  de 
passion,  une  note  dure,  sèche,  criarde,  ne  vient  affecter  péniblement 
l'oreille  ;  au  contraire,  tout  est  harmonieusement  combiné  et  concourt 
à  l'effet  général,  mais  cependant  sans  paralyser  en  rien  la  vigueur  et 
l'élan. 

Dans  le  très-beau  concerto  de  Mendelssohn  et  dans  le  non  moins 
beau  concerto  de  Litolff,  la  célèbre  pianiste  luttait  vaillamment  avec 
l'orchestre  et  gardait,  comme  une  reine  de  piano,  sa  place  de  partie 
principale  avec  une  autorité  de  talent  et  une  force  d'inspiration  qui 
ont  excité  des  acclamations  vraiment  enthousiastes.  Un  jeu  fin,  perlé, 
adorable  de  clarté,  plein  d'expression  et  de  poésie,  une  grande  sévé- 
rité alliée  à  une  élégance  parfaite,  un  art  de  phraser  qui  s'adresse 
bien  plus  à  l'esprit  qu'aux  sens,  qui  fuit  le  bruit  et  toute  espèce  d'af- 
fectation, telles  sont  les  éminentes  et  rares  qualités  qui  ont  encore 
fait  merveille  dans  le  Songe  d'une  nuit  a'été,  de  Mendelssohn,  si 
brillamment  paraphrasé  par  Liszt. 

Être  artiste  comme  Mme  Pleyel  et  fêtée  comme  elle,  c'est  une  de  ces 
gloires  qui  ne  laissent  à  la  critique  d'autre  droit  que  celui  d'admirer 
avec  la  foule  et  d'admirer  plus  vivement  qu'elle. 


DE  PARIS. 


87 


Cette  soirée  a  été  délicieuse  de  tout  point.  De  chaleureux  bravos 
ont  accueilli  l'ouverture  des  Noce*  de  Figaro,  fort  bien  exécutée  par 
l'orchestre  que  dirigeait  M.  Pasdeloup  ;  la  belle  voix,  la  belle  méthode 
de  Mme  Borghi-Mamo  et  le  chant  de  M.  Graziani,  qui  serait  le  plus 
admirable  que  l'on  puisse  entendre,  si  l'âme  se  faisait  un  peu  plus 
sentir  sous  les  notes  charmantes  que  possède  le  brillant  baryton. 


CONCERT  D'EMILE  PRUDENT. 

Donner  un  concert  n'est  pas  chose  difficile.  Il  ne  faut  même  pas 
toujours  beaucoup  de  talent  pour  cela  ;  mais  en  donner  un  en  ce  mo- 
ment, au  milieu  des  flots  d'harmonie  qui  se  répandent  de  tous  côtés, 
en  donner  un  qui  fasse  sensation,  qui  réveille  les  admirations  lassées, 
qui  élève  tout  à  coup  le  public  aux  régions  de  l'enthousiasme  le  plus 
sincère  et  le  plus  vif,  nous  paraissait  presque  impossible.  C'est  pour- 
tant ce  qu'a  fait  jeudi  Emile  Prudent.  En  vérité,  quoique  l'art  soit 
universel  et  ne  connaisse  pas  de  nationalité,  c'est  avec  plaisir  néan- 
moins que  nous  avons  vu  encore  une  fois  quelle  place  le  célèbre 
pianiste  occupait,  non-seulement  dans  notre  école,  mais  à  côté  des 
plus  grands  virtuoses  de  toutes  les  écoles . 

Nous  le  demandons  :  que  manque-t-il  à  ce  talent  pour  être  complet 
et  irréprochable  ?  Ce  n'est  assurément  ni  des  doigts  merveilleusement 
habiles,  ni  un  son  admirable  plein  de  nuances  variées,  ni  un  beau 
style  ;  car  au  milieu  des  plus  grandes  effervescences  de  l'inspiration, 
quand  l'artiste  se  laisse  emporter  par  le  souffle  puissant  des  maîtres, 
ou  par  le  souffle  qui  anime  ses  propres  compositions,  son  style  con- 
serve toujours  une  correction,  un  goût  d'une  inaltérable  pureté.  Il  ne 
lui  manque  pas  davantage  ce  charme  qu'on  ne  saurait  définir,  don 
précieux  que  de  grands  artistes  regrettent  toute  leur  vie  de  ne  pas  pos- 
séder ;  nous  ne  connaissons  point  de  musicien  plus  sympathique  ;  il 
captive,  il  entraîne,  il  émeut  ;  il  a  quelque  chose  d'irrésistible  qui  ne 
laisse  personne  indifférent,  et  ravit  ceux  qui,  à  côté  des  qualités 
natives,  reconnaissent  là  aussi  les  traces  d'études  profondes  et  de  mé- 
ditations persévérantes. 

Dans  notre  temps  de  hâtives  récoltes,  de  préoccupations  plus  mer- 
cantiles qu'artistiques,  une  véritable  lutte  s'engage  dans  l'esprit  des 
virtuoses  qui  ont  des  idées.  D'un  côté  sont  les  succès  rapides,  cer- 
tains, la  publicité  prompte  qui  accueille  tout  ce  qui  flatte  le  goût  du 
moment  :  un  opéra  a-t-il  réussi,  passionne-t-il  les  dilettantes,  on  se 
met  à  l'œuvre,  on  arrange  bien,  quelquefois  mal,  les  belles  mélodies 
qui  viennent  de  charmer  la  foule  réunie  au  théâtre,  et  le  lendemain, 
comme  on  dit,  l'arrangement  est  sur  tous  les  pianos  ;  de  l'autre  côté 
sont  les  œuvres  originales,  vivant  de  leur  propre  vie.  n'empruntant 
rien  à  personne,  et  ne  devant  rien  aux  prestigieux  souvenirs  dramati- 
ques. Dans  ce  dernier  cas,  la  vogue  est  moins  sûre,  nous  en  convenons, 
mais  aussi  le  mérite  est  bien  plus  grand  ;  car  on  a  beau  mettre  son 
nom  tout  près  des  plus  illustres,  il  n'en  grandit  guère  pour  cela,  et  ne 
sera  jamais,  malgré  tout,  qu'un  pâle  reflet  de  la  gloire  qui  le  porte, 
pour  ainsi  dire,  en  croupe.  Nous  disons  que  la  vogue  est  moins  assu- 
rée, cela  est  vrai  en  général,  mais  ne  l'a  pas  été  pour  Prudent  qui, 
pouvant  révéler  à  la  fois,  grâce  à  sa  magistrale  exécution,  les  beautés 
de  l'œuvre  et  les  secrets  de  l'inspiration,  est  arrivé,  tout  en  écrivant 
des  choses  difficiles,  à  répandre  vite  les  idées  qu'il  venait  de  créer. 

11  a  fait  entendre  à  son  magnifique  concert  deux  compositions  nou- 
velles :  Chant  du  lac  tranquille  et  Y  Aurore  dans  les  bois.  Jouées  après 
le  caprice  sur  la  Sonnambula  et  ce  petit  chef-d'œuvre  le  Chant  du  ruis- 
seau, qui  avaient  causé  une  émotion  et  un  ravissement  indescriptibles, 
elles  ont  été  religieusement  écoutées  et  accueillies  comme  on  accueille 
tout  ce  qu'écrivent  les  maîtres.  Dans  le  genre  pittoresque  et  contemplatif 
qu'il  cultive  depuis  quelques  annéts,  Prudent  ne  s'amuse  pas  à  faire 
de  la  minutieuse  et  froide  imitation.  Il  fait  plus  :  il  vous  montre  d'a- 
bord un  joli  paysage  frais,  mystérieux,  parfumé  des  mille  senteurs  dé- 


licieuses que  la  nature  a  jetées  profusément  dans  les  forêts  et  au  bord 
des  ondes  ;  puis  le  paysage  s'anime  et  encadre  les  rêveries,  les  dou- 
leurs ou  les  amours  des  promeneurs  qui  viennent  oublier,  se  souvenir, 
aimer  et  admirer  les  splendeurs  dont  ils  sont  entourés.  Le  composi- 
teur a  senti  que  le  piano  seul  serait  impuissant  à  peindre  et  à  expri- 
mer tant  de  choses  à  la  fois,  à  réunir  tant  de  bruissements,  de  mur- 
mures, de  silences  éloquents,  de  chants  plaintifs  ou  joyeux,  et  il  a  de- 
mandé à  l'orchestre,  qu'il  manie  avec  une  grande  originalité,  les  riches- 
ses dont  il  avait  besoin  pour  rendre  toutes  les  chansons,  toutes  les 
poésies  qu'il  entendait,  tous  les  tableaux  qu'il  voyait  dans  son  imagi- 
nation. Est-il  rien,  par  exemple,  de  plus  original;  de  plus  chaud,  de 
plus  coloré,  de  plus  franchement  mélodique  que  la  Chasse"!  Non,  cer- 
tainement. Aussi,  le  public  a-t-il  voulu  entendre  deux  fois  celte  belle 
page.  Il  l'a  redemandée  avec  un  de  ces  enthousiasmes  qui  donnent 
de  nouvelles  forces  à  l'artiste. 

Admirablement  compris  et  secondé  par  l'orchestre  intelligent  que 
conduisait  si  bien  M.  Tilmant,  Prudent  l'a  redite  avec  une  verve  vrai- 
ment incomparable.  Si  parmi  les  morceaux  qu'il  a  exécutés,  il  était 
possible  de  dire  lesquels  ont  le  plus  enchanté  l'auditoire,  ce  serait  as- 
surément la  Chasse  et  la  sonate  en  si  bémol  de  Mozart  qu'il  faudrait 
citer.  Cette  sonate,  jouée  en  perfection  par  Alard  et  Prudent,  a  été 
pour  ce  dernier  l'occasion  de  montrer  qu'on  pouvait  être  chef  d'école 
—  d'une  brillante  et  large  école —  et  néanmoins  dire  les  andanle  de 
Mozart  avec  les  finesses,  la  simplicité,  la  douceur,  la  sensibilité  pro- 
fonde qu'ils  demandent.  Cette  fête  musicale,  qui  avait  pompeusement 
commencé  par  l'ouverture  d'/tr/mont,  une  des  œuvres  les  plus  impo- 
santes et  les  plus  nobles  qu'ait  écrites  Beethoven,  avait  aussi  sa  partie 
vocale.  Mme  Viardot  y  brillait  seule,  mais  d'un  tel  éclat,  que  la  partie 
instrumentale  elle-même  n'offrait  ni  plus  de  talent,  ni  plus  de  style. 
Un  rondo  de  VItaliana  in  Algieri,  mais  surtout  la  romance  d'Orphée 
et  des  airs  espagnols  ont  tour  à  tour  charmé,  ému,  ravi  l'assemblée. 
Tragédienne,  musicienne,  vocaliste  admirable,  Mme  Viardot  triomphe 
de  tout ,  des  plus  grandes  difficultés  et  des  quelques  notes  qui  ont 
perdu  leur  vigueur  et  leur  limpidité.  Pour  faire  oublier  des  notes  al- 
térées à  un  public  plus  amoureux  du  son  que  de  l'âme  et  de  l'inspira- 
tion qui  l'anime,  que  d'art  ne  faut-il  pas  ! 

Adolphe  BOTTE. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Alfred  Jaell.    —  «Jacolti.  —    Mlle   Anna   Knll.    —    M.    et 
SIme  Edouard  Lyon.  —  Mlle  Alberfine  Zadrobilek. 

Depuis  Rubinstein,  aucun  artiste  étranger  n'a  produit  ici,  ce  nous 
semble,  une  aussi  vive  sensation  qu'Alfred  Jaell.  Certes  nous  avons 
entendu  des  pianistes  très-distingués  ;  quelques-uns  ont  montré  cet 
hiver  encore  de  sérieuses  et  belles  qualités  ;  mais  nul  ne  s'est  élevé 
à  cette  hauteur,  tous  ont  laissé  désirer  quelque  chose  de  plus  com- 
plet, de  plus  achevé,  sinon  du  côté  du  mécanisme,  au  moins  du  côté 
de  l'expression,  du  charme  et  du  style. 

Nous  ne  dirons  pas  que  Jaell  est  très-fort,  qu'il  exécute  les  octaves, 
les  trilles,  les  difficultés  de  la  main  gauche  avec  une  admirable  su- 
périorité, à  quoi  bon  ?  Il  a  cela  de  commun  avec  bien  d'autres  qui 
pourtant  sont  loin  d'atteindre  comme  lui  à  ce  but  suprême  de  l'art, 
à  cette  perfection  que,  plus  heureux  ou  mieux  doué,  il  a  enfin  ren- 
contrée ;  mais  nous  dirons  qu'il  attaque  la  note  d'une  façon  toute 
particulière,  qu'il  a  un  son  bien  à  lui,  un  son  puissant,  velouté,  ca- 
ressant, énergique  sans  sécheresse,  doux  sans  mignardise.  Cette  belle 
qualité  de  son,  que  les  pianistes  en  général  ne  recherchent  peut-être 
pas  assez,  donne  seule  au  piano  cependant  l'éclat,  le  coloris  et  la  vie. 


38 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


C'est  pour  avoir  évité  les  placages  lourds  et  secs,  les  bruits  confus 
et  tumultueux,  pour  ne  pas  s'être  contenté  des  difficutés  brillantes  et 
des  grâces  coquettes  ;  c'est  surtout  pour  avoir  cherché,  creusé,  pour 
avoir  su  animer  toutes  ses  notes  que  Jaell  a  une  physionomie  à  part  et 
qu'il  est  l'un  des  plus  grands  virtuoses  que  nous  ayons  entendus.  La  jeu- 
nesse, la  vigueur,  la  fougue  de  son  exécution,  tempérées  par  un  art 
profond  qui  en  contient,  en  maîtrise  et  en  arrête  les  écarts  et  les  exu- 
bérances, tout  en  leur  laissant  de  la  spontanéité,  est  une  chose  char- 
mante à  voir  et  d'où  résulte  une  grande  originalité.  Dans  les  neuf 
morceaux  qu'il  a  joués,  il  a  été  tantôt  sévère,  rêveur,  tantôt  tendre, 
entraînant,  pathétique,  fantaisiste  ;  mais  toujours  pur,  sacrifiant  tout 
à  l'expression  poétique,  vraie  et  sans  emphase. 

Que  n'a-t-on  pas  dit  du  piano?  Oubliant  quel  puissant  moyen  de 
propagation  il  a  été,  quelles  œuvres  distinguées,  quels  chefs-d'œuvre 
mêmes  les  compositeurs  modernes  ont  écrits  pour  lui,  on  n'a  pas  craint 
d'avancer  qu'il  avait  été  plutôt  funeste  qu'utile  à  l'art,  que  sous  les 
fleurs  de  ses  ornements,  il  avait  plus  d'une  fois  comprimé  la  pensée 
musicale  ;  enfin  que,  dans  une  trop  grande  abondance  de  notes,  il 
avait  fait  négliger  et  même  oublier  la  correction  du  style.  Quoi  qu'il  en 
soit,  les  esprits  les  plus  prévenus,  les  plus  récalcitrants  eussent  été 
obligés  de  se  rendre,  et  d'avouer  qu'entre  les  mains  de  Jaell,  il  chan- 
tait à  ravir  et  phrasait  avec  une  égalité  et  une  liaison  parfaites.  Un 
seul  concert,  donné  la  semaine  dernière  dans  la  salle  Herz,  a  suffi  pour 
révéler  toutes  les  faces  de  ce  magnifique  talent. 

Ses  transcriptions  du  Prophète  et  du  Pardon  de  Ploërmel  sont  dé- 
licieuses. Nous  entendons  partout  les  ravissantes  mélodies  du  Pardon  : 
chanteurs  et  instrumentistes  les  disent  à  l'envi  les  uns  des  autres  ; 
mais  nous  les  retrouvons  rarement,  comme  sous  les  doigts  délicats, 
fins  et  expressifs  du  jeune  pianiste,  aussi  fraîches,  aussi  touchantes, 
aussi  semblables  à  ce  que  les  a  faites  l'illustre  maître. 

Avec  M.  Hans  de  Bulow,  Jaell  a  exécuté  les  Préludes,  de  Liszt, 
poëme  symphonique  pour  deux  pianos.  Quoi  qu'on  en  dise,  le  public 
est  bon  juge,  et  le  nom  d'un  artiste  célèbre,  pas  plus  qu'une  interpré- 
tation transcendante,  ne  peut  lui  en  imposer.  La  sympathie  et  l'admi- 
ration ne  se  commandent  pas.  Sous  des  phrases  sonores  et  quintes  - 
senciées,  malgré  des  recherches  de  forme,  qui  certes  ont  bien  leur 
prix,  il  a  parfaitement  distingué  la  pauvreté  mélodique  de  ces  Prélu- 
des et  n'a  pas  paru  goûter  cet  ouvrage  autant  que  le  mérite  des  exé- 
cutants. Deux  morceaux  de  Jaell,  le  Carillon  et  Galop  fantastique,  font 
honneur  à  son  inspiration.  Si  pour  quelques  auditeurs  le  mot  carillon 
était  synonyme  de  grand  bruit,  ils  ont  dû  être  quelque  peu  étonnés  ; 
car  pendant  cette  gentille  page  on  croyait  entendre,  mais  agrandi, 
tout  ce  que  la  harpe  a  de  plus  doux,  de  plus  poétique  et  de  plus 
aérien.  Les  sons  aigus  du  piano,  souvent  employés  par  l'auteur,  per- 
daient leur  petit  cri  perçant  et  arrivaient  à  des  effets  harmonieux  et 
délicats,  sans  toutefois  tomber  dans  celte  affectation,  dans  ces  opposi- 
tions violentes  qui  étonnent  plus  qu'elles  ne  charment.  Sivori  et  Jaell 
ont  fait  un  égal  plaisir,  un  plaisir  extrême,  dans  la  belle  sonate  en 
sol,  op.  30,  de  Beethoven.  L'archet  de  Sivori  a  des  douceurs  sans 
pareilles,  des  sons  qui  n'appartiennent  qu'à  lui.  Une  véritable  ova- 
tion, a  été  faite  au  célèbre  violoniste,  après  son  éblouissante  Taren- 
telle. Plusieurs  fois  il  a  été  rappelé  avec  un  enthousiasme  capable 
de  décourager  les  petits  redemandâmes  ordinaires. 

—  G.  Jacobi,  un  des  bons  élèves  de  la  classe  de  M.  Massart,  a  fait 
entendre,  à  la  soirée  qu'il  donnait  samedi  dans  la  salle  Herz,  le  diffi- 
cile et  beau  concerto  de  Mendelssohn.  Il  y  a  mis  tout  ce  qu'y  mettent 
en  général  tous  ces  jeunes  gens  dont  le  talent  est  réel  ;  il  y  a  même 
mis  quelque  chose  de  plus  qui  promet  un  artiste  tout  à  fait  distingué 
et  plutôt  expressif  que  bouillant. 

Jacobi  a  la  justesse,  le  style  correct  et  pur  qu'on  puise  au  Conser- 
vatoire ;  il  a  aussi  la  mélancolie,  le  charme  qu'on  puise  davantage 
dans  sa  nature  et  dans  son  propre  cœur.  Son  jeu  ressemble  encore 


un  peu  trop  au  jeu  de  tous  les  artistes  élevés  à  la  même  école  ;  mais 
c'est  là  un  défaut  de  l'âge. 

Quand  il  sera  assez  sûr  de  lui  pour  chercher  son  originalité,  quand 
il  pourra  se  dégager  de  certains  liens  et  qu'il  ne  suivra  pas  aussi  fidè- 
lement les  excellentes  indications  qu'il  est  bon  d'oublier  quelquefois, 
son  talent  aura  assurément  une  physionomie  plus  particulière. 

Une  fantaisie  sur  des  mélodies  de  V Etoile  du  Nord,  une  prière  et 
une  valse  de  concert,  composées  et  fort  joliment  exécutées  par  le  jeune 
violoniste,  ont  fait  grand  plaisir.  Elles  ont  prouvé  que  s'il  ne  tenait  pas 
encore  la  plume  aussi  bien  que  l'archet,  il  savait  néanmoins  arranger 
avec  goût  les  inspirations  des  maîtres,  les  comprendre  et  les  suivre 
amoureusement  avec  le  respect  et  l'enthousiasme  que  commande  le 
génie,  et  qui  conviennent  si  bien  aux  débutants  ;  elles  ont  prouvé, 
de  plus,  qu'il  pouvait  trouver  dans  son  imagination  des  chants 
gracieux,  frais,  distingués,  et  dans  son  savoir  les  moyens  de  les  harmo- 
niser très-convenablement. 

Ne  m'oubliez  pas  et  Sérénade,  poésie  de  Victor  Hugo,  douces, 
rêveuses  et  mélancoliques  cantilènes  de  M.  Charles  Manry,  ont  été 
pour  Mme  Riquier-L'héritier  l'occasion  de  faire  plaisir  à  tous  et  de 
montrer  qu'elle  savait  dire  les  choses  fines  et  touchantes  avec  infini- 
ment de  grâce.  Ces  deux  nouvelles  compositions  de  M.  Ch.  Manry 
ont  d'ailleurs  donné  la  preuve  de  la  flexibilité  de  son  talent  consacré 
d'ordinaire  à  des  œuvres  plus  sérieuses  ;  elles  sont  pleines  de  sen- 
timent. 

Fauvette  et  Chanson  déjeune  fille,  bluettes  de  Mlle  Marie  Darjou, 
jouées  par  elle  avec  beaucoup  de  délicatesse  et  d'élégance,  ont  été 
très-applaudies.  Un  étincelant  scherzo,  d'Emile  Prudent,  son  maître, 
et  un  rondo,  de  Beethoven,  ont  présenté  le  talent  de  la  gracieuse  pia- 
niste sous  un  aspect  non  plus  aimable,  mais  bien  plus  brillant  et  bien 
plus  varié. 

M.  Delaunay-Riquier  a  bien  voulu  remplacer  M.  Dumestre,  indis- 
posé subitement,  et  a  chanté  l'air  de  la  paresse  de  Galathée  et  le  duo 
du  Barbier  de  Séville,  avec  sa  femme.  Mlle  Hamakers  a  chanté  l'air 
du  premier  acte  de  Lucie. 

—  Mlle  Kull  s'estfait  entendre  dimanche  dansles  salons  Pleyel-Wolff. 
Son  exécution  ne  brille  ni  par  une  grande  hardiesse,  ni  par  une 
grande  pureté,  surtout  dans  sa  manière  d'aborder  les  difficultés; 
mais  elle  joue  avec  beaucoup  de  douceur  et  de  sensibilité.  Des  mor- 
ceaux de  Servais  et  de  Batta  ont  été  phrasés  avec  goût  par  la  jeune 
violoncelliste.  Ketterer  a  eu  les  honneurs  de  la  partie  instrumentale  ;  il 
a  exécuté  plusieurs  de  ses  compositions  de  façon  à  mériter  de  sympa- 
thiques bravos.  Un  air  du  Démon  de  la  nuit,  chanté  par  M.  Gloggner, 
a  fait  apprécier  une  fois  de  plus  les  inspirations  heureuses,  les  har- 
monies charmantes  et  toujours  distinguées  que  Rosenhain  rencontre 
ordinairement  et  qu'il  a  plus  particulièrement  prodiguées  dans  cette 
très-jolie  partition. 

—  On  connaît  la  belle  voix  et  le  talent  de  M.  Edouard  Lyon.  Son 
concert  a  été  charmant.  Mme  Lyon  a  obtenu  un  véritable  succès  en 
jouant  d'une  manière  délicieuse  les  Gouttes  de  rosée,  de  Félix  Gode- 
froid  ,  et  une  valse  de  salon  d'Ambroise  Thomas.  On  a  retrouvé  et 
applaudi  dans  ce  dernier  morceau  les  qualités  mélodiques  et  toute  la 
distinction  qui  caractérisent  l'harmonie  du  maître.  Mais  si  les  plus  sa- 
vants et  les  plus  aimés  de  nos  compositeurs  dramatiques  se  mettent 
à  écrire  des  valses  aussi  jolies,  que  deviendront  les  jeunes  pianistes? 
Il  ne  leur  restera  qu'une  ressource  :  ils  seront  obligés  de  prendre 
place  au  répertoire  de  nos  théâtres  lyriques  et  d'écrire  à  leur  tour 
quelque  belle  partition. 

Un  air  varié  de  la  composition  de  Demerssman,  fort  bien  joué  par 
M.  Amédée  de  Vroye,  a  été  écouté  avec  une  vive  sympathie.  La  Mar- 
che impériale  de  Bavina  a  été  bissée  et,  comme  toutes  les  bonnes  cho- 
ses, entendue  la  seconde  fois  avec  plus  de  plaisir  encore  que  la  pre- 
mière. Il  faut  dire  aussi  qu'elle  était  exécutée  par  un  jeune  et  vaillant 
bataillon  dp  pianistes.  Les  seize  mains  habiles  de  Mmes  Coche,  Lyon, 


SUPPLEMENT. 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS? 


39 


Ferrand,  Defournaux,  de  Biéville,  Deshayes,  de  Lalanne  et  Delafosse 
ont  enlevé  le  succès  avec  une  précision  et  une  vigueur  d'attaque  qui 
n'excluaient  en  rien  la  délicatesse  et  l'élégance,  et  qui  ont  excité  de 
vifs  applaudissements. 

On  devait  jouer,  on  a  joué,  sans  doute,  un  proverbe  lyrique  de 
Mlle  Thys  ;  mais,  trop  fidèle  à  une  coutume  déplorable,  le  concert  a 
commencé  si  tard  qu'à  onze  heures  la  petite  partition  n'avait  pas 
encore  fait  entendre  sa  première  note.  Nous  ne  dirons  donc  rien  des 
nouvelles  inspirations  de  Mlle  Thys,  ni  du  talent  de  ses  interprètes  ; 
car,  ainsi  que  plus  d'un  auditeur,  nous  avons  cru  devoir  déserter  des 
plaisirs  qu'il  fallait  acheter  par  une  si  longue  attente. 

—  A  son  concert,  où  se  sont  signalés  Mlle  de  Lapommeraye  et  Ar- 
mingaud,  Mlle  Albertine  Zadrobilek  a  joué,  entre  autres  morceaux, 
une  délicieuse  et  pétulante  Saltarelle,  de  Dreyschock,  son  célèbre 
maître,  une  Chanson  du  printemps,  touchante  et  gracieuse  idylle  que 
Mendelssohn  a  parfumée  de  mélodie,  et  une  gavotte  de  Bach.  La 
jeune  pianiste  y  a  développé  toutes  ses  qualités,  c'est-à-dire  plutôt  la 
netteté  et  le  brillant  que  l'expression  passionnée  et  la  largeur  du  style. 
Si  l'on  a  pu  désirer  dans  l'exécution  d'un  nocturne  de  Chopin  un  peu 
plus  de  la  sensibilité,  des  demi-teintes,  des  sons  adoucis  qu'exigent 
ces  pages  rêveuses,  on  n'en  a  pas  moins  chaleureusement  applaudi  à 
l'agilité,  à  l'habileté  peu  commune  dont  Mlle  Zadrobilek  a  fait  preuve 
en  exécutant  de  magnifiques  variations  de  Haendel,  et  le  Mouvement 
perpétuel  de  Weber. 

Adolphe  BOTTE. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

ET 

BIBLIOGRAPHIE   GENERALE    DE  LA  MUSIQUE, 

Deuxième  édition  entièrement  refondue  et  augmentée  de  phis  de  moitié, 

Par  F.-J.  FETIS. 

(1er  article.) 

La  forme  biographique  répond  à  l'une  des  premières  nécessités  de 
la  vie  sociale  :  c'est  un  trésor  de  renseignements  indispensable  à  l'ar- 
tiste non  moins  qu'au  littérateur,  au  savant,  à  l'homme  du  monde. 
Qui  de  nous,  pour  peu  qu'il  ait  d'intelligence  et  de  prudence,  vou- 
drait s'aventurer  dans  un  cercle  nouveau ,  sans  s'être  procuré  d'a- 
vance quelques  renseignements  sur  le  caractère .  la  situation ,  les 
mœurs  de  la  plupart  des  gens  dont  il  se  compose?  Et  l'artiste  n'a- 
t-il  pas  encore  un  intérêt  bien  plus  grand  à  connaître  ceux  qui  l'ont 
précédé ,  ceux  qu'il  va  rencontrer  à  chaque  pas  dans  la  carrière  ? 
N'est-ce  pas  pour  lui  tout  profit  que  de  savoir  quand  et  comment  se 
sont  faites  ces  œuvres  qu'il  doit  étudier  à  fond  pour  arriver,  soit  à 
les  égaler,  à  les  surpasser  même,  soit  à  les  exécuter  et  à  les  rendre 
dans  toute  la  pi  énitude  de  leur  sens  et  de  leur  beauté  ?  On  comprend 
mieux  l'esprit  d'une  composition  quand  on  est  familier  avec  celui  de 
l'auteur.  Lorsque  Hamlet  présente  une  flûte  à  Guildenstern  et  l'invite 
à  en  jouer,  celui-ci  s'excuse  en  disant  qu'il  n'a  pas  appris.  —  «  Eh  ! 
»  quoi ,  répend  le  jeune  prince  qui  s'irrite  de  voir  qu'on  essaye  de 
»  pénétrer  sa  pensée,  me  croyez-vous  plus  facile  h  manier  que  cet  ins- 
»  trument?....  Vous  ne  tirerez  jamais  rien  de  moi  »  Ce  mot  original 
ne  s'applique-t-il  pas  à  tous  ceux  qui  n'ont  retenu  que  le  nom  des 
maîtres,  sans  s'inquiéter  ni  de  leur  pays ,  ni  de  leur  époque ,  ni  de 
l'enchaînement  de  leurs  travaux?  A  ceux-là,  fussent-ils  aussi  habiles 
instrumentistes  que  Guildenstern  l'était  peu,  Haendel,  Bach,  Haydn, 
Pergolèse,  Rameau,  Gluck  et  tant  d'autres,  ne  pourraient-ils  pas  dire  : 
«  Vous  ne  tirerez  jamais  rien  de  nous  !  »  La  science  ne  donne  pas 
le  génie,  cela  est  certain  ;  mais  il  est  certain  aussi  que  souvent  elle 
lui  vient  en  aide,  et  ajoute  une  force  nouvelle  à  celle  dont  la  nature 
s'est  plu  à  le  douer. 


Il  ne  tiendra  pas  à  M.  Fétis  que  les  artistes  ne  possèdent  toutes 
les  connaissances  propres  à  développer  leurs  facultés.  Ce  qu'il  a  mis 
à  leur  disposition  d'idées,  de  faits,  d'observations  théoriques  et  pra- 
tiques excède  depuis  longtemps  les  proportions  humaines.  Parmi  ces 
monuments  dus  au  suprême  effort  de  l'érudition  la  plus  vaste  et  du 
labeur  le  plus  constant,  la  Biographie  universelle  des  musiciens  dont 
la  première  édition  remonte  à  un  quart  de  siècle,  a  toujours  occupé 
une  place  éminente.  En  effet  pour  bien  écrire  un  pareil  livre  ne  faut- 
il  pas  être  en  état  d'en  composer  un  autre  que  M.  Fétis  promet  de  nous 
donner  bientôt,  une  Histoire  générale  de  la  musique  ?  Pour  assigner 
à  chaque  musicien  sa  juste  importance,  sa  valeur  véritable,  ne  faut- 
il  pas  embrasser  d'un  coup  d'ceil  le  monde  musical  tout  entier  ?  ne 
faut-il  pas  enfin  ne  rien  ignorer  de  ce  qui  touche  de  près  ou  de  loin 
à  la  musique,  philosophie,  mécanique,  industrie  et  bien  d'autres  choses 
encore? 

Avant  le  grand  ouvrage  publié  par  M.  Fétis,  la  biographie  musi- 
cale n'existait  pas.  En  France  nous  n'avions  que  d'informes  recueils 
où  les  ciseaux  du  compilateur  apparaissaient  beaucoup  plus  que  la 
plume  de  l'écrivain.  Dans  le  dictionnaire  nouveau  ce  fut  tout  le  con- 
traire :  on  y  sentit  l'influence  d'un  esprit  ferme  et  libre  ne  jugeant 
que  d'après  lui-même  et  formulant  ses  arrêts  dans  un  style  qui  était 
bien  à  lui.  L'obligation  de  citer  à  son  tribunal  les  vivants  et  les  morts, 
vivos  et  mortuos,  immense  difficulté  pour  tout  autre,  ne  servit  qu'à 
faire  mieux  ressortir  ses  lumières  et  son  impartialité.  Aussi  le  livre 
régna-t-il  peudant  vingt-cinq  ans  sans  concurrence  ni  partage,  ce  qui 
n'empêcha  pas  l'auteur  de  travailler  sans  relâche  à  le  perfectionner, 
à  le  compléter.  «  Je  regrettais  autrefois,  dit  M.  Fétis  dans  sa  préface, 
»  d'y  avoir  consacré  trop  de  temps  ;  je  me  félicite  aujourd'hui  d'en 
»  avoir  donné  beaucoup  plus  à  l'amélioration  de  cet  ouvrage;  car  les 
»  tendances  oublieuses  de  notre  époque  imposent  plus  que  jamais  aux 
»  âmes  courageuses  et  convaincues  le  devoir  de  protester  contre  le 
.»  dédain  de  l'ignorance  pour  ce  qu'elle  ne  connaît  pas,  et  de  rappe- 
»  1er  les  titres  du  génie  à  l'admiration  universelle.  » 

Aujourd'hui  la  seconde  édition  de  la  Biographie  universelle  des 
musiciens  est  annoncée  :  nous  en  avons  déjà  entre  les  mains  le  pre- 
mier volume.  Ce  n'est  pas  un  ouvrage  neuf,  et  pourtant  ce  n'est  plus 
l'ouvrage  ancien  ;  c'est  comme  un  arbre  au  tronc  vigoureux  dont  les 
rameaux  se  seraient  étendus  et  multipliés  en  se  couvrant  d'un  riche 
feuillage.  Traduisez  ainsi  ces  mots  :  entièrement  refondue  et  augmen- 
tée de  plus  de  moitié ,  qui  n'expriment  que  la  vérité  la  plus  vraie  ; 
nous  le  prouverons  en  analysant  quelques-uns  des  articles  remis  à  la 
fonte  ou  dont  la  première  édition  ne  contenait  pas  même  l'embryon. 
De  cette  édition  nous  ne  regrettons  qu'une  chose,  et  nous  l'avouerons 
franchement  :  c'est  sa  magnifique  introduction  intitulée  :  Résumé 
philosophique  de  l'histoire  de  la  musique.  Mais  M.  Fétis  a  pris  soin 
lui-même  de  nous  consoler  du  retranchement  de  ce  morceau  qui  nous 
sera  rendu,  intérêts  et  capital,  dans  X Histoire  générale  de  la  musique. 
«  Cette  histoire  de  l'art,  dit  l'auteur,  a  été  l'objet  des  études,  des  tra- 
»  vaux  d'une  grande  partie  de  ma  vie,  et  de  plus  de  méditation  en- 
»  core  que  de  travail.  Vingt  fois  je  l'ai  recommencée  lorsque  je 
»  croyais  connaître  mieux  les  causes  des  faits,  et  à  mesure  que  mes 
»  aperçus  devenaient  plus  nets,  plus  simples,  plus  généraux.  Si  Dieu 
»  m'accorde  le  temps  nécessaire,  je  la  publierai  immédiatement  après 
»  l'ouvrage  dont  je  donne  aujourd'hui  la  deuxième  édition  :  car  l'âge 
»  m'avertit  qu'il  faut  se  hâter  d'en  finir.  » 

Au  Résumé  philosophique,  M.  Fétis  a  substitué  une  préface,  dont 
notre  journal  a  eu  la  primeur,  et  que  nos  lecteurs  peuvent  se  rappeler. 
Cette  introduction  d'un  autre  genre  que  l'autre  ne  sort  pas  du  champ 
des  considérations  générales,  parmi  lesquelles  se  renconlrentde  sages 
préceptes,  d'utiles  leçons  sur  la  manière  d'envisager  l'art  musical  et 
de  le  pratiquer.  Quoi  de  plus  judicieux  et  de  plus  actuel,  par 
exemple,  que  ce  passage  relatif  à  la  doctrine  du  progrès  ndéDni  : 
«  J'ai  eu  longtemps  à  lutter  contre  elle,  dit  M.  Fétis,  et  j'ai  dû  sup- 


90 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»  porter  d'ardentes  polémiques,  lorsque  je  soutenais  que  la  musique 
»  se  transforme  et  qu'elle  ne  progresse  que  dans  ses  éléments  maté- 

>  riels Le  développement  de  la  pensée  d'une  œuvre,  dans 

»  certaines  limites,  est,  sans  nul  doute,  une  condition  de  la  beauté  ; 
»  mais  si  l'on  dépasse  le  but,  il  y  a  divagation,  et  l'effet  de  la  pensée 
»  première  s'affaiblit.  Parvenue  au  point  où  elle  est  aujourd'hui,  la 
»  manie  du  développement  ne  produit  plus  que  fatigue  et  dégoût  : 
»  c'est  la  décadence.  Le  caractère  de  la  grandeur  fait  naître  notre 
»  admiration  ;  nous  le  trouvons  élevé  à  sa  plus  haute  puissance  dans 
»  les  œuvres  de  Haendel,  de  Gluck  et  de  la  deuxième  époque  de 
»  Beethoven,  mais  le  gigantesque,  le  disproportionné,  qu'on  a  voulu 
»  réaliser  plus  tard  dans  certaines  productions,  sont  des  monstruosi- 
»  tés  qui  indiquent  une  époque  d'égarement.  La  modulation  élégante, 
»  inattendue,  lorsqu'elle  n'est  pas  prodiguée,  est  une  des  richesses 
»  nées  de  la  tonalité  moderne  :  Mozart,  ce  modèle  de  la  perfection, 
»  qu'il  faut  toujours  citer,  y  a  puisé  des  effets  admirables  -,  mais  multi- 
»  pliée  à  l'excès,  employée  à  chaque  instant  pour  déguiser  la  pau- 
»  vreté  mélodique,  suivant  la  méthode  de  certains  compositeurs,  la 
»  modulation  équivaut  à  la  monotonie  et  devient  un  indice  du  dépé- 
»  rissement  de  l'art.  Enfin  le  coloris  instrumental  est  une  des  plus 
»  belles  conquêtes  de  la  musique  moderne  :  ses  développements  ont 
«  été.  le  fruit  du  perfectionnement  progressif  des  instruments  et  de 
»  l'invention  de  plusieurs  nouveaux  éléments  de  sonorité  ;  mais  il  ne 
»  faut  pas  en  abuser.  Rien  de  trop  dans  les  moyens  pour  l'artiste  qui 
»  s'en  sert  avec  goût  comme  l'ornement  d'une  pensée  belle  d'inspi- 
»  ration  et  d'originalité,  et  qui,  dans  la  multitude  d'effets  possibles, 
»  sait  choisir  et  trouver  à  la  fois  le  secret  de  la  nuance  propre  et  celui 
»  de  la  variété  ;  mais  l'excès  de  l'instrumentation,  la  fatigue  qu'elle 
»  cause  par  la  réunion  incessante  de  tous  ses  éléments,  le  bruit,  le 
»  fracas  toujours  croissant  de  ses  forces  exagérées,  c'est  la  décadence... 
»  Disons-le  avec  assurance,  la  doctrine  du  progrès,  bonne  et  vraie 
»  pour  les  sciences  comme  pour  l'indus.trie,  n'a  rien  à  faire  dans 
»  les  arts  d'imagination,  et  moins  dans  la  musique  que  dans  tout 
»  autre.  Elle  ne  peut  donner  aucune  règle  valable  pour  l'appréciation 
»  du  talent  et  des  œuvres  d'un  artiste  ;  c'est  dans  l'objet  même  de  ces 
»  œuvres,  dans  la  pensée  et  dans  le  sentiment  qui  les  ont  dictées  qu'il 
»  en  faut  chercher  la  valeur.  » 

Que  ne  pouvons-nous  reproduire  encore  tout  ce  que  H.  Fétis  dit 
avec  une  égale  raison  de  la  secte  réaliste,  qui  soutient  que  l'imitation 
delà  nature  est  l'unique  objet  de  l'art  !  «Dans  son  application  même 
»  aux  arts  du  dessin,  écrit  notre  auteur,  à  la  peinture,  à  la  sculpture, 
»  une  doctrine  semblable  ne  peut  avoir  pour  résultat  le  beau,  qui  doit 
»  être  le  but  du  travail  de  l'artiste.  L'homme  n'est  pas  le  copiste  de 
»  la  nature:  il  s'inspire  simplement  de  son  spectacle,  et  lui  dérobe 
»  ses  formes  pour  en  composer  des  œuvres  qu'il  ne  doit  qu'à  son 
»  propre  génie.  Si  l'artiste  n'avait  pour  objet  de  son  œuvre  que  l'imi- 
»  tation  de  la  nature,  son  travail  serait  pour  lui  une  cause  de  conti- 
»  nuelles  déceptions  et  de  désespoir  ;  car  la  vie  réelle,  qui  anime  la 
»  nature,  donnerait  toujours  au  modèle  une  incomparable  supériorité 
»  sur  la  copie.  » 

C'est  ainsi  que  M.  Fétis  esquisse  largement  la  physionomie  de  l'art  à 
ses  différentes  époques,  et  particulièrement  à  la  nôtre,  qu'il  traite, 
nous  devons  le  reconnaître,  avec  une  certaine  sévérité.  Nous  sommes 
souvent  de  son  avis  ;  mais  pour  parler  ici  avec  pleine  franchise,  et  ce 
sera  la  meilleure  garantie  de  notre  sincère  admiration  pour  ses  ou- 
vrages, nous  trouvons  que  parfois  il  semble  un  peu  trop  faire  peser 
sur  nos  artistes  contemporains  la  responsabilité  des  torts  de  l'art 
même,  et  de  sa  situation  présente.  Si  la  foi  s'est  ébranlée,  si  le  dé- 
couragement s'en  est  suivi,  à  qui  la  faute  ?  Si  l'on  ne  sait  plus  que 
faire  pour  amuser  le  public,  comme  le  lui  disait  un  jeune  compositeur, 
qui  peut-être  se  trompait  de  verbe,  et  voulait  dire  :  attacher,  émou- 
voir, cela  vient-il  de  ce  que  nos  musiciens  sont  inférieurs  à  ceux  des 
autres  temps  par  leur  nature,  par  leur  éducation,  par  leurs  habitudes'.' 


Nous  croyons  positivement  le  contraire,  et,  en  supposant  de  leur  part 
un  délit  quelconque,  nous  sommes  prêt  à  plaider,  quand  on  le  vou- 
dra, les  circonstances  atténuantes.  Mais,  pour  le  moment,  cette  thèse 
nous  détournerait  de  notre  voie,  et  nous  demandons  la  remise  de  la 
cause  pour  continuer  l'examen  de  l'important  ouvrage  dont,  plus  que 
personne,  nous  connaissons  l'excellence  et  le  prix. 

Paul  SMITH. 


CORRESPONDANCE. 


Rouen,  7  mars  1860. 
A  M.  le  directeur  de  la  Revue  et  Gazette  musicale  de  paris. 

La  ville  de  Rouen  conservera  longtemps  le  souvenir  des  journées  des  \<* 
et  2  mars,  où  s'est  faite  l'inauguration  du  grand  orgue  que  MM.  Merklin  et 
Schûtze  ont  récemment  construit  pour  notre  somptueuse  cathédrale,  l'une 
des  plus  vastes  du  monde  chrétien.  Rien  n'avait  été  négligé  pour  donner  à 
cette  solennité  un  éclat  inaccoutumé  ;  car  non-seulement  ces  fêtes  ont 
rempli  deux  grandes  séances,  où  plus  de  sept  mille  personnes  étaient 
réunies  ;  mais  sur  l'invitation  spéciale  de  Mgr  l'archevêque,  trois  des 
organistes  les  plus  distingués  de  la  capitale,  MM.  Batiste,  de  Saint- 
Eustache;  Sergent,  de  la  cathédrale  de  Paris,  et  Renaud  de  Vilbac,  de 
Saint-Eugène,  enfin,  le  célèbre  M.  Lemmens,  professeur  d'orgue  au  Con- 
servatoire de  Bruxelles,  s'étaient  rendus  dans  notre  ville  pour  faire  en  - 
tendre  le  nouvel  instrument  dans  toute  la  splendeur  de  ses  ressources 
sonores. 

Précisément  un  siècle  auparavant,  en  1760,  un  grand  orgue  avait  été 
établi  dans  la  cathédrale  de  Rouen  par  Lefebvre,  facteur  rouennais,  dont 
le  travail  obtint  alors  l'approbation  des  connaisseurs.  L'etfet  du  temps 
rendit  nécessaires  à  diverses  époques  des  restaurations  plus  ou  moins 
importantes  à  ce  même  instrument  ;  mais  la  facture  d'orgues  s'est  en- 
richie depuis  un  siècle  d'une  si  grande  variété  de  timbres  ;  l'art  d'ali- 
menter les  jeux  en  raison  de  leurs  dimensions  et  de  leur  caractère  par 
des  pressions  de  vent  diverses  a  fait  de  si  grand  progrès  dans  ces  der- 
niers temps,  et  la  mécanique  a  fait  tant  de  conquêtes  de  moyens  nou- 
veaux, faciles  et  commodes,  que  le  moment  était  venu  do  reconstruire 
sur  de  nouvelles  bases  le  grand  orgue  de  la  cathédrale;  on  n'a  conservé 
de  l'ancien  instrument  qu'un  très-petit  nombre  de  jeux;  peut-être  aurait- 
il  mieux  valu  qu'on  n'en  eût  rien  gardé. 

L'orgue  de  MM.  Merklin  et  Schûtze  est  un  trente-deux  pieds;  il  a  quatre 
claviers  à  la  main,  chacun  de  cinquante-quatre  touches  ;  un  clavier  de 
pédale  séparé,  de  vingt-sept  touches  ;  quinze  pédales  de  combinaisons 
et  d'accouplements,  cinquante-huit  jeux,  dont  une  bombarde  de  32  pieds, 
et  huit  16  pieds.  Les  proportions  de  ces  jeux  à  l'égard  les  uns  des  autres, 
leur  excellente  harmonie,  la  rondeur  majestueuse  des  jeux  de  fonds, 
l'éclat  sans  dureté  des  jeux  d'anches,  la  riche  variété  des  jeux  de  détails 
et  l'homogénéité  du  plain-jeu  font  de  cet  instrument  l'ensemble  le  plus 
satisfaisant  qu'on  puisse  entendre.  La  puissance  de  sa  sonorité  est  telle, 
que  l'immense  étendue  de  l'édifice  en  est  remplie  sans  s'affaiblir  à  quel- 
que point  que  ce  soit  de  son  étendue.  Sa  richesse  en  variété  d'effets 
semble  inépuisable.  Au  point  de  vue  de  la  précision  et  de  la  perfection 
du  mécanisme,  l'orgue  de  MM.  Merklin  et  Schûtze  peut  être  cité  comme 
un  modèle  :  soumis  pendant  deux  jours  à  l'action  différemment  accen- 
tuée de  cinq  organistes,  il  n'a  fait  entendre  aucun  de  ces  accidents  si 
fréquents  dans  les  grands  ouvrages  de  ce  genre  les  mieux  construits,  de 
cornements,  de  note  lente  à  se  relever,  ou  de  sifflements  de  quelques 
petits  tuyaux  aigus  :  son  articulation  est  nette,  franche,  rapide,  quelle 
que  soit  la  gravité  des  jeux  employés  dans  les  combinaisons.  En 
somme,  le  nouvel  orgue  de  notre  cathédrale  est  un  instrument  ac- 
compli. 

En  invitant  trois  des  meilleurs  organistes  de  Paris  et  M.  Lemmens  à 
prendre  part  à  l'inauguration  du  bel  orgue  de  MM  Merklin  et  Schûtze, 
Mgr  l'archevêque  a  voulu  donner  un  grand  éclat  à  cette  cérémonie  :  il 
fut  réglé  qu'elle  serait  divisée  en  deux  séances.  La  première  commença 
par  la  bénédiction  de  l'orgue,  faite  par  le  prélat  lui-même,  assisté  de 
tous  les  chanoines  et  de  tout  le  clergé  de  la  cathédrale  ;  puis  MM.  Ba- 
tiste, Sergent,  Renaud  de  Vilbac  et  M.  Klein,  organiste  de  mérite  attaché 
à  cette  église,  se  firent  entendre  tour  à  tour  dans  des  morceaux  de  leur 
composition,  où  ils  déployèrent  toute  leur  habileté  bien  connue,  alter- 
nant avec  la  maîtrise  qui,  sous  la  direction  de  M.  l'abbé  Bluat,  maître  de 
chapelle,  exécuta  plusieurs  morceaux  de  musique  religieuse  de  Haydn, 
Mozart  et  Haendel,  avec  beaucoup  d'ensemble,  de  rhythme,  et  avec  des 
nuances  d'expression  bien  rendues. 

Le  vendredi  2  mars,  jour  de  la  seconde  séance  d'inauguration,  avait 
été  réservé  pour  M.  Lemmens  seul.   La  réputation  européenne  de  ce 


DE  PARIS. 


91 


grand  artiste  avait  dès  longtemps  précédé  son  arrivée  à  Rouen.  Un  très- 
vif  intérêt  s'attachait  à  ce  qu'on  allait  entendre  ;  mais  quelque  favora- 
bles que  fussent  les  prévisions  de  l'immense  assemblée  réunie  pour  en- 
tendre M.  Lemmens,  l'effet  qu'il  produisit  à  son  introduction  surpassa 
tout  ce  qu'on  avait  espéré,  et  frappa  tout  l'auditoire  d'admiration  dans 
les  quatre  parties  d'un  superbe  concerto  d'orgue  de  Haendel.  Sous 
sa  main  puissante,  l'instrument  semblait  avoir  doublé  ses  magnificences 
sonores. 

A  ce  concerto  succéda  une  improvisation  d'une  rare  délicatesse,  où 
les  voix  des  différents  claviers  s'unirent  en  combinaisons  d'effets  variés 
et  charmants  ;  puis  la  prodigieuse  exécution  de  M.  Lemmens  se  produi- 
sit avec  un  éclat  extraordinaire  dans  sa  large  composition  intitulée 
Hosanna,  dont  la  seconde  partie  est  un  chef-d'œuvre  de  grâce  et  d'élé- 
gance, ainsi  que  dans  le  grand  prélude  suivi  de  la  fugue  en  ré  mineur, 
de  Jean-Sébastien  Bach,  dont  les  difficultés  seraient  inabordables  pour 
tout  autre,  et  qui  n'ont  semblé  qu'un  jeu  sous  sa  main.  Une  charmante 
prière  en  fa,  d'un  style  plein  de  suavité,  et  une  grande  improvisation 
pour  la  sortie  ont  complété  cette  seconde  séance  où,  pendant  deux  heures, 
M.  Lemmens  a  tenu  sous  le  charme  un  auditoire  de  plus  de  six  mille 
personnes.  L'instrument  et  l'artiste  étaient  de  toute  part  salués  par  les 
expressions  les  plus  enthousiastes. 

Tel  est,  mon  cher  Monsieur,  le  résumé  exact  et  fidèle  des  impressions 
produites  sur  les  habitants  de  Rouen  par  l'essai  du  nouvel  orgue  de  notre 
cathédrale,  et  par  le  talent  des  artistes  qui  l'on  joué,  particulièrement 
par  le  célèbre  professeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles. 

Agréez,  etc. 


Nantes,  le  9  mars  18G0. 
Monsieur  le  Rédacteur, 

Ainsi  que  vous  l'avez  annoncé,  le  Pardon  de  Floermel  a  obtenu  un  im- 
mense succès  sur  notre  scène  ;  établi  dès  le  premier  soir,  les  auditions 
suivantes  l'ont  triomphalement  confirmé,  et,  la  meilleure  preuve,  c'est 
que, —  fait  sans  précédent  au  théâtre  de  Nantes,  —  cinq  représentations 
du  nouveau  chef-d'œuvre  ont  été  données  en  dix  jours.  Du  reste  notre 
public  a  toujours  montré  une  préférence  marquée  pour  la  musique  de 
Meyerbeer  ;  je  ne  pense  même  pas  que  sur  aucune  autre  scène  de  pro- 
vince, Robert,  les  Huguenots,  le  Prophète  et  l'Etoile,  aient  été  représentés 
aussi  souvent  qu'à  Nantes  ;  toutes  les  œuvres  du  maître  nous  sont  con- 
nues à  fond,  elles  appartiennent  toutes  au  répertoire  courant,  et  elles 
provoquent  toujours  un  empressement  aussi  vif  que  général.  Cela  est  si 
vrai  que  l'année  dernière  les  Huguenots  ont  été  remontés  dans  des  con- 
ditions inusitées  de  luxe,  avec  une  mise  en  scène  entièrement  renouve- 
lée, des  accessoires  refondus,  des  costumes  et  des  décors  neufs,  l'ad- 
ministration déployant  dans  cette  circonstance  l'entrain  et  le  zèle 
qu'elle  eût  mis  dans  la  création  d'un  ouvrage  nouveau,  et  le  public 
accourant  en  masse,  écoutant,  admirant,  applaudissant  avec  le  même 
élan  et  le  même  enthousiasme  que  s'il  ne  s'agissait  pas  d'une  pièce  qu'il 
écoute,  admire  et  applaudit  chaque  hiver  dix  ou  douze  fois  depuis  vingt 
ans. 

C'est  donc  devant  un  auditoire  parfaitement  disposé  à  le  comprendre, 
très-apte  à  en  saisir  les  beautés  diverses,  que  le  Pardon  s'est  déroulé 
l'autre  soir.  Suivant  pas  à  pas  les  péripéties  du  drame,  les  préparant  et 
les  développant,  accentuant  chaque  situation,  se  faisant  passionnée  ou 
poétique,  simple  ou  violente,  colorée  ou  naïve,  cette  musique  a  exercé 
comme  une  sorte  de  fascination  sur  les  spectateurs.  Ils  ont  retrouvé  le 
maître,  avec  la  merveilleuse  souplesse  de  son  génie,  avec  sa  muse  tou- 
jours inspirée  dans  le  sentiment  le  plus  élevé  et  le  plus  distingué  de  l'art, 
avec  cette  science  forte  et  solide,  base  inébranlable  et  bien  assise  sur- 
laquelle  il  a  pu  construire  le  monument  d'une  gloire  impérissable.  A 
peine  le  premier  accord  avait  retenti  que  le  public  s'est  laissé  aller  au 
courant  de  ses  sensations,  il  a  frappé  des  mains  avec  transport,  et  a 
décerné  à  l'œuvre  nouvelle  l'ovation  la  plus  retentissante  et  la  plus  cha- 
leureuse dont  j'aie  été  témoin  à  la  salle  Graslin.  Je  ne  vous  dirai  pas  que 
tel  passage  a  été  plus  chaudement  accueilli  que  tel  autre,  je  n'ai  pas 
non  plus  à  entrer  dans  l'examen  d'une  œuvre  que  vous  connaissez  si  bien, 
je  constate  simplement  que  le  triomphe  a  été  général,  et  que  les  specta- 
teurs charmés  n'ont  cessé  de  manifester  leur  admiration  par  des  explo- 
sions énergiques  et  unanimes  de  bravos. 

Dans  ce  succès,  le  plus  éclatant  peut-être  dont  les  échos  de  la 
scène  de  Nantes  aient  gardé  le  souvenir,  une  part  importante  revient  na- 
turellement à  l'exécution  et  à  la  mise  en  scène.  Mlle  Lavoye  était  char- 
gée du  rôle  de  Dinorah  ;  elle  l'a  chanté  comme  une  excellente  cantatrice 
qu'elle  est,  avec  la  méthode  sûre  que  vous  lui  connaissez,  dans  ce  style 
noble  et  large  qui  est  le  sien  ;  l'adorable  Berceuse,  la  ballade  si  solen- 
nelle dans  sa  grave  simplicité,  l'air  de  VOmbre  dont  l'habile  artiste  a  dé- 
taillé avec  un  art  parfait  toutes  les  nuances  délicates,  ont  été  pour  Mlle  La- 
voye autant  d'occasions  de  se  montrer  la  digne  interprète  de  cette  grande 
école  de  chant  dont  elle  est  une  des  individualités  les  plus  distinguées. 
Elle  a  d'ailleurs  très-finement  joué  l'important  personnage  de  Dinorah.  Le 
rôle  de  Hoel  a  été  rempli  par  M.  Magne,  qui  s'est  tiré  de  cette  tache  impor- 


tante avec  autant  d'intelligence  que  de  talent  ;  le  public  n'avait  pas  jusqu'à 
présent  fait  grand  accueil  à  M.  Magne;  Hoël  est  venu  et  tout  est  arrangé; 
que  dis-je  ?  l'artiste  est  aujourd'hui  au  nombre  des  préférés  des  specta- 
teurs habituels  de  la  salle  Graslin.  C'est  comme  M.  Charles,  Trial  un  peu 
effacé  dans  la  troupe  ;  le  rôle  charmant  de  Corentin  en  fait  un  des  pen- 
sionnaires les  plus  importants  ;  de  fait  il  y  est  très-bien  ;  il  en  a  pris  fort 
spirituellement  et  dans  une  bonne  mesure  la  physionomie,  et  il  le 
chante  en  vérité  d'une  façon  tout  à  fait  satisfaisante.  M.  Filliol,  première 
basse  chantante,  entonne  chaque  soir  de  sa  voix  mâle  et  timbrée  le 
chant  si  original  du  braconnier,  et  M.  Carré,  premier  ténor  léger,  celui 
du  faucheur  ;  enfin  les  deux  petits  pâtres  sont  interprétés  par  deux 
charmantes  Dugason  qui  se  tirent  d'affaire  à  merveille.  Quant  aux  chœurs, 
ils  marchent  avec  un  aplomb  imperturbable,  ils  sont  parfaits;  l'orchestre 
soutient  vaillamment  de  son  côté  sa  vieille  réputation  d'habileté  et  de 
conscience;  et  ce  que  vous  avez  dit  delà  mise  en  scène  est  parfaite- 
ment vrai;  elle  est  au  moins  égale  à  celle  de  Paris;  et  M.  Bernier, 
notre  peintre-décorateur,  s'est  surpassé  dans  les  quatre  décors  qu'il  a 
exécutés. 

Quant  à  notre  directeur  et  chef  d'orchestre,  M.  Solié,  l'administration 
lui  a  témoigné  par  une  lettre  spéciale  ses  félicitations  pour  le  zèle  et  le 
talent  apportés  par  lui  dans  l'exécution  du  nouveau  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer. 

X.... 


,  NOUVELLES. 

«*»  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  toute  es- 
pèce se  sont  élevées,  pendant  le  mois  de  février,  à  1,765,398  fr. 

***  Dimanche  dernier,  le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  représenté,  et  il  a 
fait  salle  comble.  La  recette  a  atteint  G, 000  fr.  On  a  dû,  faute  de  place, 
refuser  beaucoup  de  monde. 

t%  Mardi  dernier,  Mlle  Tuai,  élève  du  Conservatoire,  qui  s'était  dis- 
tinguée dans  les  exercices  et  les  concours,  a  débuté  par  le  rôle  de  Zer- 
line,  dans  Fra  Diavolo.  C'est  une  jeune  et  jolie  personne,  qui  a  de  la  voix 
et  jouera  bien  la  comédie.  Le  ténor  Warot  remplissait  pour  la  première 
fois  le  rôle  de  Fra  Diavolo. 

„%  Le  concert  donné  à  la  cour  et  une  indisposition  de  Mlle  Monrose 
n'ont  pas  permis  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique  de  donner  cette  semaine 
le  Roman  d'Elvire. 

%*%  Tamberlick,  arrivé  mardi  dernier,  s'est  mis  tout  de  suite  à  la  dispo- 
sition de  M.  Calzado.  Malgré  la  fatigue  d'un  voyage  très-pénible  dans 
cette  saison,  le  célèbre  artiste  est  en  possession  de  tous  ses  moyens,  et 
aujourd'hui  même  la  salle  Ventadour  ne  se  trouvera  pas  assez  grande  pour 
contenir  la  foule  qui  voudra  le  voir  et  l'applaudir  dans  le  rôle  d'Otello. 
C'est  Mme  Borghi-Mamo  qui  chantera  Desdemona  ,  et  Graziani  lago. 

„,**  Hier,  Roger  donnait  au  théâtre  du  Cirque,  à  Bruxelles,  une  repré- 
sentation composée  de  Lucie  de  Lammermoor,  et  dans  laquelle  il  rem- 
plissait le  rôle  d'Edgar,  celui  de  Lucie  était  chanté  par  Mlle  Cordier, 
de  l'Opéra-Comique. 

„*,,  Nous  avons  dit  quelques  mots  du  succès  obtenu  par  Mme  Tedesco 
dans  le  rôle  de  Fidès  du  Prophète,  représenté  sur  le  théâtre  de  San-Carlo 
à  Lisbonne.  Nous  devons  ajouter  que  la  célèbre  cantatrice  avait  chanté 
auparavant  le  rôle  de  Rosine,  du  Barbier.  Elle  avait  eu  l'heureuse  idée 
d'intercaler  dans  la  leçon  de  chant  l'air  de  l'Ombre,  du  Pardon  de  Ploër- 
mel. Les  vocalises,  aussi  légères  que  brillantes,  de  la  cantatrice  dans  cet 
admirable  morceau  lui  ont  valu  une  véritable  ovation.  Le  succès  extraor- 
dinaire qu'elle  obtient  auprès  du  public  de  Lisbonne  s'explique  d'ailleurs 
aisément  par  la  flexibilité  de  son  talent  qui  lui  permet  d'aborder  avec 
une  égale  facilité  les  grands  rôles  dramatiques  du  répertoire,  aussi  bien 
que  les  rôles  brillants  et  légers. 

*%  Lorsque  tous  les  théâtres  de  province  montaient  à  l'envi  les  Dra- 
gons de  Villars,  Montpellier,  la  patrie  de  l'auteur,  ne  pouvait  rester  plus 
longtemps  en  arrière.  Le  théâtre  de  cette  ville  vient  donc  de  faire  re- 
présenter cet  opéra,  et  il  a  obtenu  le  succès  qui  l'a  accueilli  partout. 

#*%  Alessandro  Bettini,  ténor  du  théâtre  impérial  Italien  de  Saint- 
Pétersbourg,  vient  d'arriver  à  Paris.  —  Giraldoni,  baryton  du  même 
théâtre,  y  a  passé  également  et  est  reparti  pour  Barcelone,  où  il  est 
engagé. 

»%  Notre  savant  et  illustre  collaborateur,  M.  Fétis  père,  est  en  ce  mo- 
ment h  Paris. 

„**  Un  journal  étranger  annonce  le  mariage  delà Piccolomini  avec  un 
prince  italien. 

„,*,,,  Voici  la  liste  des  principales  villes  d'Allemagne  où  le  Pardon  de  Ploër- 
meia  été  monté  jusqu'ici  :  Stuttgard,  Mannheim,  Francfort,  Cobourg-Gotha, 
Dresde,  Hambourg,  Rostock,  Augsbourg,  Hanovre,  Prague,  Kœnigsberg. 
Pour  le  mois  prochain  l'ouvrage  est  annoncé  à  Breslau,  Leipzig,  Munich, 
Wiesbade,  Lubeck,  Darmstadt  et  Wurzbourg. 


92 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


,,*,,,  La  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  donne  aujourd'hui 
son  cinquième  concert  a  deux  heures  précises,  salle  Herz.  En  voici  le 
programme  :  symphonie  en  mi  bémol,  de  Gounod  ;  choeur  d'Athalie,  de 
Jules  Cohen,  solo  par  M.  Faure;  ouverture  de  Sémiramis,  de  Rossini; 
fragments  du  Siège  de  Connthe,  solo  par  Faure  ;  symphonie  en  ut  majeur 
de  Beethoven.  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Pasdeloup. 

*%  Le  premier  concert  des  Tuileries  a  eu  lieu  mardi  devant  trois  cents 
invités,  au  nombre  desquels  on  remarquait  plusieurs  notabilités  artis- 
tiques et  littéraires.  Faure,  Montaubry  et  Mme  Cabel  y  ont  fort  bien 
chanté  et  ont  été  complimentés  par  Leurs  Majestés  en  personne.  Mardi 
prochain  aura  lieu  le  deuxième  concert.— Les  concerts  hebdomadaires  de 
l'Hôtel  de  ville  ont  également  recommencé,  et  M.  le  comte  de  Nieuver- 
kerke  a  repris  ses  soirées  musicales  et  artistiques. 

***  Si  l'espace  ne  nous  manquait,  nous  parlerions  avec  plus  de  détails 
du  début  intéressant  d'un  jeune  pianiste  qui  s'est  fait  entendre  mardi 
dernier  dans  les  salons  de  M.  Marmontel,  son  maître,  devant  une  bril- 
lante assemblée.  Alphonse  Duvernoy  est  l'un  des  fils  de  l'excellent  ar- 
tiste et  professeur  de  ce  nom  ;  après  avoir  remporté  le  premier  prix  de 
piano  au  Conservatoire,  il  a  continué  ses  études  avec  plus  d'ardeur  que 
jamais.  Alors  il  avait  douze  ou  treize  ans  :  il  en  a  maintenant  dix-sept, 
et  il  peut  à  son  tour  prendre  rang  parmi  les  maîtres.  Dans  un  trio  de 
Beethoven  exécuté  avec  MM.  Saenger  et  Korblin  ;  dans  un  morceau  de 
Chopin,  des  variations  de  Haendel,  et  surtout  dans  la  Chasse  de  Stephen 
Heiler,  il  a  fait  preuve  d'un  talent  qui  unit  la  délicatesse  à  la  force,  et 
réussit  à  reproduire  des  styles  tout  différents.  En  l'écoutant  nous 
pensions  au  mot  de  Mozart,  lorsqu'il  entendit  pour  la  première  fois 
Beethoven  :   «  Faites  attention  à  ce  jeune  homme-là  !  » 

***  M.  Petitpa,  artiste  de  la  danse,  vient  d'être  nommé  professeur  de 
la  classe  de  perfectionnement  à  l'Opéra,  en  remplacement  de  M.  Gosselin, 
décédé. 

***  Le  théâtre  Déjazet  vient  de  mettre  à  l'étude  une  opérette  de 
Flotow,  Pianella,  qui  a  obtenu  beaucoup  de  succès  en  Allemagne,  et 
qui  offrira  cette  curieuse  particularité  que  Paul  Legrand  y  remplira  un 
rôle.  —  En  attendant,  le  petit  opéra-comique  de  Fanchette  est  applaudi 
tous  les  soirs. 

„*.,.  Les  symptômes  qu'avait  présentés  la  maladie  grave  dont  le 
célèbre  chef  d'orchestre  Jullien  a  été  subitement  atteint,  ont  dégé- 
néré en  fièvre  cérébrale.  Quoique  encore  fort  grave,  sa  situation  paraît 
devoir  s'améliorer,  et  il  y  a  lieu  d'espérer  qu'il  ne  sera  perdu  ni  pour 
l'art,  ni  pour  ses  amis. 
,„*»  Prudent  annonce  pour  le  mercredi,  28  mars,  un  second  concert, 
a,**  La  prochaine  séance  des  quatuors  Maurin  et  Chev  illard,  qui  aura 
lieu  jeudi,  présentera  un  attrait  particulier  ;  on  y  exécutera  le  nouveau 
quintette  de  M.  Fétis,  pour  instruments  à  cordes. 

***Le  Journal  des  travaux  publics  annonce  que  c'est  M.  Belu, entrepre- 
neur, qui  est  chargé  de  la  construction  des  deux  théâtres  de  la  place 
du  Châtelet,  sous  la  direction  et  d'après  les  plans  de  M.  Davioud,  ar- 
chitecte. La  dépense  en  travaux  de  maçonnerie  et  de  couverture  s'élè- 
verait à  la  somme  de  4,300,000  fr.  environ.  D'après  le  traité  qui  aurait 
été  signé  il  y  a  quelques  jours,  les  deux  salles  de  spectacle  seraient 
construites  dix-huit  mois  après  que  le  terrain  sera  livré  à  l'entrepreneur. 
»*„  L.  Brassiu  donnera,  demain  lundi,  un  second  concert  dans  la 
salle  Beethoven.  11  y  fera  entendre  un  impromptu  et  scherzo  de  Cho- 
pin, une  étude  de  Moschelès  ainsi  que  trois  morceaux  de  sa  composition, 
un  air  varié  de  Vieuxtemps  transcrit  pour  le  piano,  chant  du  soir  et 
galop  fantastique. 

„%  Mlle  Miirer,  l'excellente  pianiste  et  élève  de  Prudent,  donnera  un 
grand  concert  le  21  de  ce  mois  dans  la  salle  Uerz. 

„,*„,  Le  pianiste  compositeur,  M.  Bernhard  Rie,  donnera  un  concert  le 
26  mars  dans  la  salle  Herz.  Nous  ferons  prochainement  connaître  les 
noms  des  artistes  qui  prêteront  leur  concours  à  M.  Bernhard  Rie. 

***  M.  de  Casella,  violoniste  de  S.  M.  le  roi  de  Sardaigne,  vient  d'ar- 
river à  Paris. 

;k**  MM.  Armingaud,  Lapret,  Lalo  et  Jacquard  donneront  leur  5e  soirée 
de  musique  de  chambre  mercredi  prochain,  4  4  mars,  dans  les  salons 
Pleyel. 

,„**  Le  programme  de  la  matinée  musicale  que  donne  Louis  Lacombe, 
le  lundi  19  mars,  dans  la  salle  Herz,  est  des  plus  intéressants.  La  partie 
vocale  est  confiée  ù  Roger,  Jules  Lefort  et  Mme  Wekerlin-Damoreau.  Ils 
chanteront,  entre  autres,  des  fragments  de  l'.Lmoiir,  drame  de  M.  Niboyet, 
dont  le  bénéficiaire  a  écrit  la  musique.  En  outre,  Louis  Lacombe  fera 
entendre  plusieurs  de  ses  compositions  :  la  chanson  de  Barberine,  la 
Chanson  du  fou,  la  Grand'mère  ;  enfin,  Mlle  Stella  Colas  déclamera  une 
scène  d'Alfred  de  Musset.  Le  violoniste  Koempel,  C.  Lebouc,  Emile  For- 
gues,  compléteront  l'ensemble  de  ce  beau  concert. 

**„,  Un  élève  distingué  du  Conservatoire,  Louis  Lauton,  qui  possède 
une  charmante  voix  de  ténor,  court  le  risque  de  voir  ses  études  inter- 
rompues pour  obéir  à  l'appel  de  la  conscription.  Un  concert  fructueux 
peut  le  mettre  à  même  d'échapper  à  cette  nécessité,  et  les  artistes  les 
plus  distingués  lui  ont  offert  spontanément  leur  généreux  concours  pour 


le  composer.  Le  vendredi  16  mars,  dans  les  salons  d'Erard,  à  8  heures 
du  soir,  Mmes  Borghi-Mamo,  Stella  Colas,  Desportes,  et  MM.  Roger, 
Graziani,  Sainte-Foy,  L.  Lacombe,  Lamoury,  etc. ,  se  feront  entendre  au 
bénéfice  du  jeune  artiste.  L'intérêt  qu'il  inspire  et  une  semblable 
réunion  de  talents  ne  laissent  pas  de  doute  sur  les  résultats  de  sa 
tentative. 

n*t  Un  grand  et  beau  concert  sera  donné  le  samedi.  17  mars,  à  deux 
heures,  dans  la  salle  Herz,  rue  de  la  Victoire,  au  profit  de  l'œuvre  de 
Saint-Joseph  des  Allemands,  qui  a  pour  but  de  procurer  le  bienfait  de 
l'instruction  et  de  l'éducation  à  ces  nombreux  enfants  venus  d'Allema- 
gne, d'Alsace  et  de  Lorraine  dont  les  familles  habitent  les  quartiers  les 
plus  pauvres  de  Paris.  Les  amateurs  de  bonne  musique  auront  le  dou- 
ble attrait  d'entendre  les  artistes  les  plus  distingués  de  l'Allemagne, 
et  de  soutenir  une  xuvre  essentiellement  utile  et  morale.  On  y  enten- 
dra Mme  Bochkoltz-Falconi  et  M.  Morini  ;  Mlle  Anna  Kull,  M.  Henri 
Ketten  et  M.  Kœmpel,  le  quatuor  allemand  de  Mme  Falconi  et  la  So- 
ciété chorale  Teutonia. 

^*»  C'est  mercredi  prochain,  dans  les  salons  d'Erard,  qu'aura  lieu  la 
troisième  et  dernière  soirée  de  musique  classique  donnée  par  M.  Lebouc. 
Le  programme  en  est  aussi  riche  que  varié  et  la  séance  sera  des  plus 
intéressantes. 

.  ***  Lundi  12  mars,  à  huit  heures  et  demie,  dans  les  salons  d'Erard, 
M.  Albert  Sowinski  donne  un  concert  dans  lequel  il  fera  entendre  un 
quintette  pour  piano  et  instruments  à  cordes;  des  chants  religieux  à 
trois  voix,  des  études  et  une  gigue  pour  piano  de  sa  composition.  MM. 
Waldbert,  Marochetti,  Chaine,  .Mas  ;  Mme  Cambardi  et  plusieurs  autres 
artistes  distingués    prêteront    leur  concours   au   bénéficiaire. 

„,**  Mme  veuve  Miolan,  mère  de  Mme  Carvalho,  atteinte  depuis  plu- 
sieurs mois  d'une  affection  chronique,  a  succombé  subitement  à  une 
congestion  cérébrale.  Le  malheur  qui  frappe  Mme  Carvalho  suspend  néces- 
sairement les  représentations  de  Philémon  et  Baucis,  dont  la  reprise  sera 
ultérieurement  annoncée. 

***  Elisabeth  Weigl,  veuve  du  compositeur  célèbre  auquel  on  doit  la 
Famille  suisse,  est  décédée  à  Vienne,  le  26  février  dernier,  dans  sa  85e 
année. 

**„,  Les  restes  mortels  de  Mme  Schroeder  Bevrient,  qui  avaient  été 
déposés  provisoirement  à  Cobourg,  dans  le  caveau  de  la  famille,  ont  été 
portés  à  Dresde  et  enterrés  dans  un  des  cimetières  de  cette  capitale.  Quel- 
ques amis  seulement  suivaient  le  cercueil. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


*%  Toulouse.—  La  deuxième  représentation  de  Y  Etoile  du  Nord  a  con- 
firmé tout  ce  qu'avait  fait  espérer  la  première.  L'essai  de  notre  directeur, 
qui,  le  premier  en  France,  a  eu  l'idée  de  donner  en  grand  opéra  la 
belle  œuvre  de  Meyerbeer  a  été  un  coup  de  maître,  car  il  aura 
fixé  pour  longtemps  la  foule  au  théâtre  du  Capitole.  Les  morceaux 
ajoutés  après  coup  à  la  partition,  l'air  de  Danilowilz  au  premier  acte, 
les  couplets  de  Gritzenko  au  deuxième  et  le  trio  du  troisième,  chanté 
par  Péters,  Danilowitz  et  Gritzenko,  ont  été  très-goûtés  et  vivement 
applaudis,  il  en  a  été  de  même  des  récitatifs.  Les  interprètes  se  sont  mon- 
trés â  la  hauteur  du  chef-d'œuvre,  et  l'orchestre  et  les  chœurs  méritent 
les  plus  grands  éloges.  M.  Danglas,  qui  n'a  pas  arrangé,  comme  nous 
l'avions  dit  par  erreur,  la  pièce  en  grand;  opéra,  mais  qui  a  traduit  de 
l'italien  les  récitatifs  a  fait  ce  travail  avec  beaucoup  d'habileté. 

„%  Marseille.—  Hier,  a  eu  lieu  au  Grand-Théâtre  la  première  repré- 
sentation du  Jugement  de  Dieu,  opéra  dû  à  la  collaboration  de  MM.  Au- 
guste Morel  et  Adolphe  Carcassonne.  Un  auditoire  d'élite  se  pressait  à  cette 
solennité  qui  offrait  à  sa  curiosité  l'attrait  d'une  œuvre  indigène.  Nous 
dirons  tout  de  suite  que  son  attente  n'a  pas  été  trompée.  Le  succès  a 
été  grand,  légitime  et  de  bon  aloi.  Le  compositeur,  le  librettiste,  les 
acteurs,  chacun  en  a  eu  sa  part,  et  les  applaudissements  étaient  assez  uni- 
versels pour  satisfaire  à  tous.  Nous  reviendrons  sur  cette  œuvre  dont  le 
sujet  est  des  plus  intéressants  et  dont  la  musique  renferme  des  beautés 
de  premier  ordre.  MM.  Armandi  et  Depassio,  Mmes  Elmire  et  Litschner, 
chargés  de  l'interpréter,  s'en  sont  acquittés  avec  le  plus  grand  talent,  et 
ont  été  fréquemment  rappelés. 

»%  Nantes.  —  Deux  artistes  de  première  ligne,  Servais,  l'inimitable 
violoncelliste,  et  Mme  Vestvali,  contralto  de  l'Académie  impériale  de  mu- 
sique, brillaient  au  programme  du  concert  donné  vendredi  par  la  So- 
ciété des  beaux-arts.  Dire  que  le  succès  de  Servais  a  été  immense,  c'é- 
tait chose  sue  d'avance.  Quant  à  Mme  Vestvali  qui  s'est  fait  une 
si  belle  place  à  l'Opéra,  elle  a  enthousiasmé  notre  public.  Elle  a  dit 
d'une  manière  admirable  la  scène  des  tombeaux  de  Roméo  et  le  brindisi 
de  Lucrezia  Borgia  ;  elle  a  dû  répéter  ces  deux  morceaux  après  lesquels 
elle  a  été  chaque  fois  rappelée  et  couverte  de  fleurs. 


DE  PARIS. 


93 


,%  Amiens.  —  Notre  premier  ténor  M.  Martin  vient  de  prendre  avec 
un  très-grand  succès  le  rôle  de  Jean  de  Leyde  dans  le  Prophète,  et  il  s'y 
fait  applaudir  tous  les  soirs.  Mlle  Erambert  est  très-bien  dans  le 
rôle  de  Fidès,  et  Mme  Ismaël  une  excellente  Bertlia.  Le  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer,  ainsi  interprété  et  forr  bien  monté  d'ailleurs,  fournira  une 
longue  et  belle  carrière. 

2*2  Lille,  9  mars.  —  La  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel,  qui  a 
été  donnée  au  bénéfice  de  Mme  Reynaud,  notre  première  chanteuse,  a 
été  pour  elle  l'objet  d'une  véritable  ovation  ;  pendant  le  cours  de  la 
représentation,  le  public  lui  a  témoigné  par  des  applaudissements,  des 
bouquets  et  des  couronnes  toute  sa  satisfaction.  Mme  Reynaud  est  d'ail- 
leurs admirablement  secondée  par  M.  Barré  et  M.  Maugard,  et  le  nou- 
veau chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  est  dans  la  voie  d'un  grand  et  durable 
succès.  —  On  vient  de  reprendre  Martha;  le  charmant  opéra  de 
Flotow  a  retrouvé  son  succès  habituel,  auquel  ont  bravement  con- 
tribué, pour  leur  part,  Mmes  Raynaud,  Latouche  et  MM.  Codelaghi  et 
Chenest. 

„.*„.  Saint-Etienne.  —  Un  opéra  en  deux  actes  :  la  Charmeusi  de  Saint- 
Vallier,  coup  d'essai  du  fondateur-directeur  de  la  Société  chorale  foré- 
zienne,  M.  Alfred  Dard,  qui  déjà,  en  1853,  avait  fait  exécuter  une  messe 
solennelle  à  grand  orchestre,  va  se  produire  sur  notre  théâtre  après 
avoir  été  fort  goûté  dans  les  salons  de  notre  ville.  Les  artistes  chargés  de 
l'interpréter  se  montrent  fort  satisfaits  de  leurs  rôles,  et  tout  présage  un 
succès  pour  le  jeune  compositeur. 

„.*„.  Strasbourg,  6  mars.  —  Les  séances  de  musique  de  chambre  de 
MM.  Schwaederlé,  Mayerhofer,  Weber  et  Oudshoorn  continuent  avec  un 
succès  toujours  croissant.  La  cinquième,  qui  a  eu  lieu  dimanche  dernier, 
se  composait  du  quintette  en  mi  mineur  d'Onslow  (deuxième  violoncelle, 
M.  Schuncke)  ;  du  dixième  quatuo"  de  Beethoven  ;  du  trio  en  mi  bémol 
majeur,  op.  12,  pour  piano,  par  Hummel  ;  de  la  Romanesca  transcrite  pour 
violon  par  Baillot,  et  d'un  duo  du  Stabat  mater,  de  Rossini.  Ajoutons  que 
l'exécution  a  été  aussi  consciencieuse  et  aussi  habile  que  de  coutume. 
Dans  la  partie  de  piano  du  trio  de  Hummel,  Mme  Schwaederlé  a  déployé 
un  charme  de  doigter  et  un  brillant  tout  à  fait  hors  ligne.  M.  Schwae- 
derlé a  dit  la  Romanesca  en  digne  élève  de  Baillot,  avec  les  pures  tradi- 
tions de  son  illustre  maître,  et  une  inspiration  personnelle  qui  lui  fait 
grand  honneur. 


CHRONIQUE   ETRANGERE. 


*%  Londres.-  Il  ne  se  donne  pas  un  concert  en  Angleterre  où  la  musique 
du  Pardon  de  Ploërmel  ne  soit  chantée.  Au  dernier  concert  de  samedi, 
donné  au  Palais  de  Cristal,  Mlle  Parepa,  qui  ne  s'y  était  pas  encore  fait 
entendre  depuis  qu'elle  fait  partie  de  la  troupe  de  M.  Gye,  a  été  l'étoile 
de  la  partie  vocale.  Elle  a  chanté  une  scène  de  Benedict  et  l'air  de 
VOmbre  de  Dinorah  avec  une  grande  supériorité,  et  elle  a  dû  le  répéter 
aux  grands  applaudissements  de  la  foule.  Mlle  Lascelies  a,  de  son  côté, 
chanté  avec  non  moins  de  succès  l'air  de  contr'alto  Fanciulle  che  il  core, 
du  même  opéra.  —  Le  mardi  suivant,  au  concert  annuel  de  M.  Ransford, 
vieil  ami  de  notre  public,  miss  Arabella  Godclard  a  exécuté,  sur  l'air  de 
VOmbre,  une  nouvelle  et  brillante  fantaisie  qui  a  produit  le  plus  grand 
effet.  —  Le  théâtre  royal  italien  de  Covent-Garden  ouvre  le  10  avril  par 
Fidelio  avec  Mme  Czillag.  Immédiatement  après  suivront  il  Pelegrinaggio , 
Stradella  et  Herculanum.  —  Le  théâtre  de  Sa  Majesté  ouvrira  par  Oberon, 
traduit  en  italien. 

„*,  Bruxelles.  —  Lundi,  la  reprise  du  Gustave  III,  de  M.  Auber,  avait 
attiré  une  foule  prodigieuse  au  théâtre  de  la  Monnaie.  Cet  opéra  porte 
la  date,  pour  Paris,  du  '27  février  1833,  et  pour  Bruxelles,  du  19  février 
1835.  Ce  qui  a  frappé  tous  les  yeux,  c'est  la  richesse  des  costumes,  c'est 
la  splendide  mise  en  scène  de  ces  cinq  actes,  c'est  surtout  le  bal  mas- 
qué, éblouissant  de  lumières,  de  mouvement  et  de  gaieté.  Quant  à  la  mu- 
sique, c'est  toujours  M.  Auber  avec  son  imagination  heureuse,  sa  verve, 
son  esprit,  son  orchestre  élégant  et  riche,  mais  sans  profusion,  où  les 
motifs  circulent  et  se  croisent  dans  la  transparence  de  l'harmonie  la  plus 
limpide.  Pour  une  première  représentation  l'ensemble  a  été  bon  et  ga- 
gnera certainement  aux  suivantes  Nos  principaux  artistes  :  KM.  Wicart, 
Depoitier,  Aujac,  Marchot,  Mmes  Vandenhaute  et  Dupuy  y  tiennent  leurs 
rôles  avec  talent.  Le  ballet  aussi,  à  la  tête  duquel  se  distinguent  Mme  De- 
léchaux  et  M.  Gredelue,  a  bien  mérilé  du  public— Deux  de  nos. artistes 
les  plus  justement  aimés,  M.  et  Mme  Léonard,  terminent  en  ce  moment 
une  tournée  artistique  en  Hollande,  qui  n'a  été  pour  eux  qu'une  suite 
de  triomphes.  A  Amsterdam,  a  Rotterdam,  à  Utrecht,  à  Bois-le-Duc,  à 
Arnhem,  partout  enfin  ils  ont  recueilli  bravos  et  couronnes  ;  mais  c'est 
à  la  Haye  surtout  que  leur  succès  a  été  grand,  et  a  pris  dans  le  monde 
musical  toutes  les  proportions  d'un  événement.  Après  l'exécution  du 
quatrième  concerto,  œuvre  magistrale  dont  Bruxelles  a  eu  la  primeur, 
notre  éminent  violoniste  a  été  acclamé  par  l'orchestre  et  rappelé  à  diffé- 
rentes reprises  par  la  salle  tout  entière;  enfin, pendant  un  concert  donné 


chez  la  reine-mère,  et  dont  nos  compatriotes  ont  fait  tous  les  frais,  S.  M., 
après  s'être  longuement  entretenue  avec  eux,  leur  a  fait  remettre  de 
riches  présents,  et  Mme  Léonard,  qui  avait  déjà  vu  bisser  le  dernier 
morceau  du  programme,  a  dû  céder  encore  aux  désirs  de  son  royal  au- 
ditoire en  chantant  quelques-unes  de  ces  mélodies  espagnoles  aux- 
quelles elle  imprime  le  double  cachet  de  son  talent  original  et  de  sa  na- 
tionalité. —  Au  dernier  concert  de  l'association  des  artistes-musiciens, 
nous  avons  entendu  M.  Alard,  professeur  au  Conservatoire  de  Paris. 
M.  Alard  est  un  violoniste  français  dans  toute  la  force  du  terme,  c'est-à- 
dire  qu'il  possède  la  grâce,  le  fini  et  la  pureté  de  son.  Ces  qualités  dis- 
tinctives,  il  les  a  toutes  mises  en  évidence  par  l'interprétation  de  deux 
charmantes  fantaisies,  la  première,  sur  la  Fille  du  régiment,  la  seconde, 
sur  la  Muette,  et  des  applaudissements  prolongés  ont  dû  prouver  au  re- 
présentant de  l'école  française,  qu'en  Belgique,  la  terre  par  excellence 
des  violonistes,  on  apprécie  à  sa  juste  valeur  le  véritable  talent,  quelle 
que  soit  son  origine. 

„.*„.  Gand.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  en  est  à  sa  quinzième  représenta- 
tion, et  chaque  jour  l'admirable  musique  du  grand  maître  est  mieux  ap- 
préciée. Le  Pardon  de  Phermel  abonde  en  grandes  et  riches  inspirations, 
en  mélodies  neuves,  originales,  élégantes  Dans  tous  les  morceaux  isolés, 
comme  dans  l'ensemble  de  l'opéra,  on  reconnaît  la  touche  magistrale 
de  l'illustre  compositeur  qui  signa  les  partitions  des  Huguenots,  de  Ro- 
bert,  du  Prophète  et  de  l'Etoile,  du  Nord.  Les  interprètes  méritent  d'ailleurs 
d'être  associés  au  succès  de  l'ouvrage  :  Mme  Isnard ,  dans  le  rôle  de  Di- 
norah; M.  Maugard,  dans  celui  de  Corentin;  M.  Bussine,  dans  celui 
d'Hoel,  se  surpassent  tous  les  soirs. 

,*i  Liège.  —  Le  célèbre  pianiste  compositeur  II.  Litolff  vient  de  nous 
donner  deux  concerts.  Nous  devrions  tout  d'abord  entretenir  nos  lec- 
teurs de  l'éminent  artiste  et  du  succès  colossal  qu'il  a  remporté  dans  le 
cours  de  ces  deux  soirées,  mais  quelles  formules  laudatives  pourraient 
atteindre  au  lyrique  enthousiasme  du  public  ébloui,  transporté  par  ces 
magiques  accords,  cette  pluie  de  notes  qui  étincellent ,  éclatent  tout  à 
coup  comme  la  tempête  pour  s'égrener  en  s'adoucissant  peu  à  peu  comme  le 
chant  lointain  de  l'oiseau.  Le  morceau  la  Chanson  du  rouet,  d'une  dou- 
ceur et  d'une  simplicité  patriarcales,  et  les  Octaves,  cette  audacieuse 
composition  d'une  exécution  vraiment  désespérante  pour  un  pianiste  or- 
dinaire, ont  provoqué  une  de  ces  manifestations  auxquelles  M.  Litolff  est 
habitué  et  qu'un  chroniqueur  ne  peut  guère  définir.  Le  quatrième  con- 
certo symphonique,  et  surtout  Vandante  religioso  de  cette  composition, 
ont  montré  toute  la  flexibilité  du  talent  du  compositeur,  qui  a  su  exprimer 
les  sentiments  les  plus  sublimes  et  les  plus  suaves.  Dans  l'ouverture  des 
Girondins,  au  contraire,  Litolff  a  voulu  traduire  cette  lugubre  page  des 
annales  révolutionnaires  de  la  France.  Mlle  de  Aynssa  a  vaillamment 
secondé  le  grand  artiste,  et  jamais  notre  orchestre  n'avait  atteint  une 
pareille  perfection. 

#*%  Hambourg.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  joué  vingt  fois  depuis  la 
première  représentation  (le  11  janvier). 

„%  Prague.  —  Depuis  longtemps  nul  événement  musical  n'avait  mis 
notre  ville  en  émoi  comme  la  première  représentation  de  Dinorah.  Le 
rôle  principal  a  été  un  véritable  triomphe  pour  Mlle  Brenner,  qui  a  été 
rappelée  après  chaque  morceau  chanté  par  elle. 

„,**  Leipzig.  —  Dans  la  salle  du  Gewandhaus  a  eu  lieu  un  concert  de 
bienfaisance,  dans  lequel  on  a  exécuté  pour  la  première  fois  une  œuvre 
posthume  de  Schumann  ;  la  musique  de  la  ballade,  la  Malédiction  du 
chanteur,  texte  de  Uhland,  et  en  outre,  la  première  nuit  de  Walpurgis, 
paroles  de  Gœthe,  musique  de  Mendelssohn.  Dans  le  même  local,  l'a 
société  de  chant  des  étudiants  de  l'université  a  donné  son  concert 
annuel. 

**„,  Munich.  —  Le  premier  concert  de  l'Odéon,  qui  a  eu  lieu  le  27  fé- 
vrier, sous  la  direction  de  Lachner,  était  en  quelque  sorte  un  concert 
historique.  On  y  a  exécuté,  dans  un  ordre  chronologique,  des  morceaux 
dus  aux  compositeurs  qui  ont  été  attachés  à  la  chapelle  royale  :  L.  Senfl, 
(de  1490  1590),  lied  à  quatre  voix;  Orlando  Lasso  (de  1520—1594),  motet 
et  madrigal;  de  Kherl  (1625—1690),  antiphonie  à  quatre  voix  et  chœur; 
de  Berna  (1639—1732),  hymne;  Steffani  (1655—1730),  duo  et  chœur  de 
Semiramis;  de  Winter,  Gaspard  Ett,  Chelard,  Aiblinger,  Stunz. 

,%  Florence.  —  Giuseppe  Tombesi,  ténor  à  la  voix  aussi  belle  que 
puissante  et  l'artiste  préféré  de  notre  public,  maintenant  encore  fêté 
à.  notre  théâtre  Alfieri,  est  engagé  au  grand  théâtre  deTrieste  pour  la 
prochaine  saison  du  carême. 

„%  Madrid.—  On  a  donné  au  théâtre  Royal  la  Cenerentola.  Mlle  Tre- 
belli  y  a  obtenu  un  succès  aussi  grand  que  mérité.  Il  s'est  traduit 
par  des  bravos,  des  rappels  et  des  bouquets  présentés  par  des  co- 
lombes. Cette  artiste  fait  de  grands  progrès  et  marche  à  une  belle 
réputation. 

a,%  Saint-Pétersbourg,  1°r  mars.  —  Tous  nos  artistes  italiens  sont  partis 
les  uns  pour  Moscou,  Mme  Charton  et  Calzolari  sont  de  ce  nombre,  et 
doivent  y  donner  trois  concerts;  les  autres  pour  l'Italie  ou  pour  Paris. 
Mme  Lagrua  doit  passer  quelque  temps  à  Dresde,  auprès  de  sa  famille. 
L'engagement  de  Mme  Charton  n'est  pas  encore  renouvelé  ;  celui  de  De- 
bassini  l'a  été  pour  deux  ans.  11  serait  possible  que  Giraldoni  nous  re- 
vînt ;  ce  jeune  artiste  dont  une  maladie  sérieuse  avait,  dans  le  prin- 


94 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


cipe  paralysé  les  moyens,  s'est  montré,  vers  la  fin  de  la  saison,  ce 
qu'il  est  réellement,  chanteur  à  la  voix  fraîche  et  sonore,  et  musicien 
de  la  bonne  école. —  L'étoile  de  notre  ballet,  Mme  Kosati,  vient  d'être 
réengagée  pour  la  saison  prochaine.  Ses  succès  dans  Jovita,  le  Corsaire, 
et  en  dernier  lieu  dans  Pâquerette,  ne  laissaient  aucun  doute  à  cet  égard. 
La  direction  montera  pour  sa  rentrée  en  octobre  prochain  un  grand 
ballet  de  Perrot,  musique  de  Pugni.  —  La  saison  des  concerts  promet 
d'être  brillante  cette  année.  On  en  va  juger  par  quelques  noms:  Vieux- 
temps  qui  vient  d'arriver  et  qui  donne  son  premier  concert  la  semaine 
prochaine,  après  celui  des  sœurs  Ferai,  déjà  annoncé.  Puis  viendra  le 
tour  d'un  jeune  Russe  qui  a  fait  de  brillantes  études  au  Conservatoire  de 
Bruxelles  où  il  était  élève  de  Servais  et  qui  a  enlevé  le  premier  prix  de 
violoncelle  à  la  pointe  de  son  vaillant  archet.  Il  se  nomme  Arved  Poorten; 
il  vient  chercher  le  jugement  de  ses  compatriotes  après  avoir  été  salué 
par  les  applaudissements  de  Bruxelles  et  de  Paris.  C'est  un  tout  jeune 
homme  et  c'est  déjà  un  maître.  Puis  voici  venir  un  autre  Russe,  un  vio- 
lon, celui-ci,  encore  un  premier  prix  de  Bruxelles,  M.  Tabourowsky,  une 
fantaisie,  une  flamme,  une  tempête!  un  beau  présent,  un  grand  avenir! 
Puis  encore  Montigny,  un  des  bons  violoncellistes  de  l'école  belge,  qui 
prépare  un  concert  au  grand  Théâtre;  puis  Colosanti,  le  rossignol  de 
l'ophicléide;  puis  Rubinstein,  le  célèbre  compositeur  pianiste  ;  puis 
Mme  Nissen-Saloman,  la  cantatrice  justement  renommée;  puis  Mme  Scho- 
berlechner,  qui  fête  son  cinquantième  anniversaire;  puis  Dreyschock  qui. 
de  Berlin,  se  met  en  route  pour  Saint-Pétersbourg.  Que  de  concerts  et 
de  beaux  concerts!  Ce  sont  les  sœurs  Ferni,  qui,  dimanche  prochain, 
ouvrent  la  marche. 


s.   DUFÛIIR. 


LIBRAIRIE  DE  FIRMIN  DIDOT  FRÈRES,  FILS  ET  C%  RUE  JACOB,  56. 
Et  chez  tous  les  libraires  de  France  et  de  l'étranger. 

BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE 

DES 

MUSICIENS 

ET 

BIBLIOGRAPHIE  GÉNÉRALE  DE  MUSIQUE 

Deuxième  édition 

Entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié, 

JPar  F.-«I .  FÉTIS 

Maître  de  chapelle  du  roi  des  Belges, 
Directeur  du  Conservatoire  royal  de  musique  de  Bruxelles. 

ENVIRON  DIX  VOLUMES  IN-8°  DE  CINQ  CENTS  PAGES 

Paraissant  par  livraisons  «li-    Iw  pages  chacune,   lO  livraisons 

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Prix  de  chaque  livraison 80  centimes. 

Prix  de  chaque  volume 8  francs. 

(Le  prospectus  de  l'ouvrage  se  délivre  gratis  en  s' adressant  aux  éditeurs  par  lettre 
affranchie.) 


Publiés  par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  1". 

NOUVEAUX  MORCEAUX  DE  PIANO 

Exécutés  dans  les  concerts  et  soirées  musicales  de  celte  saison. 


Alfred  Jaell 

Ombre   légère,   transcription  de  l'air  de  l'opéra-comique  le 

Pardon  de  Ploermel 7  50 

Ee  Carillon,  morceau  de  salon 6    » 

Transcription  du  Chœur  des  enfants,  du  Prophète 7  50 

H.   Litolff 

Chanson  du  Rouet,  Fantaisie 9     » 

Rosée  de  liai,  chant  sans  paroles 9    » 

E.cs  Octaves,  morceau  de  concert 9    » 


E«   Prudent 

Op.  54.  lie  Citant  du  ruisseau,  caprice 9     » 

Op.  55.  Lies  Bois,  chasse 9    » 

DU    MÊME    AUTEUR    : 

Op.  41.  LaDanse  des  Fées  (2e  édition) 9     » 

Op.  53.  Adieu  printemps,  étude  caprice 9    » 

J.  Bliiineiitlial 

Op.  51.  Le  Cliant  du  Cygne,  mélodie 5     » 

Op.  52.  I/Etoile  du  soir,  troisième  valse  .........  6    » 

Op.   53.  Marche  du  Vainqueur 7  50 

Une  Fleur  des  Alpes 7  50 


CHEZ  LES  MÊMES  ÉDITEURS  : 


ASCDGB.  Illustration  du  Pardon  de  Ploermel 9    » 

—  Op.  84.  Illustration  de  Hubert  le  Diable 9     » 

BADARZEWSKA.  Prière  d'une  vierge 5    » 

BERNARD  (Paul).  Op.  52.  Transcription  du  Pardon  de  Ploermel.  6     » 

■ —    Op.  55.  La  Charité,  chœur  de  Rossini,  transcription  ...  6    » 

GORIA   (A.).    Fantaisie  dramatique   sur  le  Pardon  de  Ploermel.  7  50 

—  Fantaisie  de  salon  sur  les  Dragons  de  Villars 9     » 

DESS.  Op.  54.  Rêverie  sur  le  Pardon  de  Ploermel 5    » 

HUNTEM  (F.).  Fantaisies  sur  Stradella  et  Maria,  de  Flotow,  ch.  5     » 

KAEKBRENNER  (A.).   Mosaïque   sur    le  Pardon  de  Ploermel  7  50 

KETTERER.  Op.  79.  Fantaisie  brillante  sur  Diane  de  Solange.  7  50 

KROGER.  Op.  88.  Berceuse  transcrite  du  Pardon  c/a  Ploermel.  7  50 

LE  CARPENTIER.  Bagatelles  sur  le  Pardon  de  Ploermel,  ch.  5    » 

—  187°  bagatelle  sur  Maria 5     » 


50 


EiE  CARPENTIER.  188e  bagatelle  sur  les  Dragons  de  Villars. 
IAKMSUEVIEEE.  Fantaisie  dramatique  sur  Stradella,  de  Flotow. 

MACJNCS.  Op.  60.  Grand  caprice  sur  les  Huguenots 9    » 

PERNY.  Op.  21.  Souvenirs  du  Prophète,  caprice 5     » 

PONCE  DE  LEON.  Mélodie  irlandaise  de  Maria,  transcription    h     » 
RC1I11E1..   Les  Echos  des  opéras,  fantaisies  faciles  : 

1.  Fra  Diavolo.  h.  Le  Domino  noir. 

2.  Guillaume  Tell.  5.  Les  Diamants  de  la  couronne. 

3.  Le  Comte  Ory.  6.  La  Muette  de  Portici. 

Sera  continué.  —  Prix  de  chaque 6     » 

VINCENT.  Orphée,  de  Gluck,  deux  transcriptions 6    » 

WOEFF  (E.).  Op.  234.  Mathilde,  valse  caprice 7  50 

—  Op.  235.  Ida,  valse  caprice 7  50 

—  Grand  duo  à  quatre  mains  sur  Stradella,  de  Flotow.    ...   10     » 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT  : 

A.   ALARD 

Grande  Fantaisie  de  concert  sur  la  MUETTE   DE  PORTICI,  d'Auber, 

Pour  le  Violon,  avec  accompagnement  de  Piano.  —  Prix  :  10  />. 


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95 


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UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1851. 

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ANTOINE  COURTOIS 

SS,   rwe  ttea  Marais  -  Saint  -  Martin ,   SS 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MÉDAILLF    D'ARGENT    DE   lre   CLASSE 
A    L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur   du    Conservatoire   et  de 
l' Académie  impériale  de  Paris. 

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Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  arjrandi  ses  ateliers,  est,  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées  ;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  tes  rapports. 


Publié  par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFODR, 
103,  rue  de  Richelieu,  au  1er. 

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Arrangée  pour  Piano  à  quatre  mains 

PARDON  DE  PLOERMEL 

Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 

G.  HEEYERBEER 

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ALi  Iluliuli    uAA      brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement. 

Instruments  Saxomnitoninnes.  Invention  à  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  (Ins- 
Iruments  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

•<  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

il  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  être 
résolu  te  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Rougemont. 

MUSIQUE  DE  CHANT 

fteiaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2  50 

Slangennt.   Le  Directeur  et  le  Ténor,    duo  co- 
mique    T.B.  6  » 

MUSIQUE  DE  PIANO 

Fararger  (1!.).   Op.  11.   Vanda,  varsovienne. .  7  50 

—  Op.   12.  Tarentelle 7  30 

—  Op.   13.  Souvenir  de  Beethoven 7  50 

—  Op.   11.  En  Chasse,  fantaisie 7  50 

tSaviiii»    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 

—  Op.  11.   Première  grande  valse 

—  Deuxième  grande  valse 7  50 

—  Deuxième  mazurka 6 

—  Op.  1S.  Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 9 

—  Op.   20.  Rondo-polka 7  50 

—  Op.  21.  Sxilienne 

—  Op.  22.   Elégie 7  50 

WBX  PASTTAISIES  »v.^T  TIÏIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 

ES.  Sîaiiiia  et  L.  Clupissou. 


LÀ  LYRE  FRANÇAISE 

Choix  d'airs  d'opéras,  duos,  romances  sans  accom- 
pagnement des  meilleurs  auteurs  anciens 
et  modernes. 
100  n°'.  Edition  populaire.  Ch.,  35  c. 


CniTFT  FTA  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
uUUl ll£llU  position  1849;  Médaille  de  l"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Celte  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap< 
port  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  Magasin 
rue  Montmartre,  161. 


MAÏCrtrïï     H       Hm7  Manufacture     de 

IuAIoUM     H.     JtÎLitttl     pianos,  48,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n*  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès, le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  » 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


LHARMONÏFLUTE  »ave«»a«,x, 

dont  le  succès   grandit  chaque   jour ,  se    trouve  chez 
Mayermarix,  46,  passage  des  Panoramas,  a  Paris. 


t"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  0  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

& ro  médaille  d'urgent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAU 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE  SAINT -GEORGES,    50 


t"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    OE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

Grande  médaille  d'or 

dit  Mérite  de  Prusse  (1846). 

-o-©Sr°- 


Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (8  §55).  —  Seule  grande  médaille 

(C'ouncil  ItSetiat)  à  l'Exposition  universelle  de  Londres  (1*51). 
Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 


SAXO-TROMDAS.  SAX-TUBAS.  CLAIRONS-SAX. 

SAXHORNS.  SAXOPHONES.  TliOMBONES-SAX. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres; 

invention  brevetée  en  i  SSSS. 
Tous  les  instruments  a  pistons   avec   addition   d'une    ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  BS5t>. 
Système  d'instruments  k  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  lS5<e. 


CORNETS  SAX  (compensateurs). 
CEARINETTES  HASSES-SAX. 


DES    FAMILLES   DES 

CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 
BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulautes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


96 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Le  18  mars  seront  mis  en  vente, 

CHEZ    G.   BRANDUS    ET  S.  DUFOUR,    ÉDITEURS,    103,    RUE    DE  RICHELIEU,  AU  I", 

LES  AIRS  DÉTACHÉS 

Avec  accompagnement  de  Piano,  par  Bazille,  du 


Opéra-comique  en   trois   actes,    paroles   de 


(De  l'Institut.) 


7  30 

3     » 


ACTE  I'r. 
Otavejrture 

1.  Chœur  pour  voix  d'homme  :  Fêtons  notre  étoile,  chérie   .    .    . 

2.  Duo  chanté  par  Mlle  Monrose  et  Mlle  Lemercier  :  Ma  chère, 

à  la  sorcellerie 

3.  Couplets  chantés  par  M.  Montaubry  :  J'aime  for,  ducat  ou 

pistole 

3  bis.  Les  mêmes,  transposés  pour  baryton  ou  mezzo-soprano  . 

3  ter.  Les  mêmes,  transposés  pour  basse 

h.  Couplets  chantés  par  M  Prilleux  :  C'eut  un  grec! 

5.  sicilienne  chantée  par  M.  Crosti  :  Vive  notre  belle  Sicile!.   . 

5  bis.  La  même,  transposée  pour  basse 

6.  Ota©  chanté  par  Mlle  Monrose  et  M.  Montaubry  :  Laissez-vous 

attendrir,  marquise.    .    .    .    • 7  50 

6  bis.  Romancero  extrait  du  duo  chanté  par  Mlle  Monrose  : 

Elvire  régnait  à  Murcie Ix  50 

7.  Couplets  chantés  par  Mlle  Lemercier  :  Des  villas,  des  palais    4     » 

ACTE  II. 

8.  Barrarolte  chantée  par  M.  Montaubry:  Si  la  brise  folk  .   .  5  » 

8  bis  La  même,  pour  basse  chantante  ou  baryton 5  » 

8  ter.  La  même,  pour  mezzo-soprano 5  » 

9.  AJr  chanté  par  M.  Montaubry  :  Ah!  vive  Dieu,  V amour  m'ap- 

pelle  7  50 

KE'ffTEKÊR.   —  Fantaisie -Transcription 
Quadrilles  par  Arban  et  Marx.  —  Valse  par  Strauss. 


10.  Duetlînu    chanté  par   Mlle   Lemercier  et  M.   Montaubry: 

Endormons  et  fermons  les  yeux  soupçonneux 

11.  Grand  air  chanté  par  Mlle  Monrose  :  Est-ce  un  doux  men- 

songe ? 

1 1  bis.  Stances  extraites  de  l'air  pour  soprano  :  Suis-je  Vhirondelle 
11  ter.  Les  mêmes,  transposées  pour  mezzo-soprano 

12.  lïuo  chanté  par  Mlle  Monrose  et  M.  Montaubry  :  Oh:  non,  je 

ne  dors  pas,  je  veille 

13.  Trio  chanté  par   Mlle   Monrose,  MM.   Montaubry  et  Crosti: 

Ali!  ah!  ah!  ah!  ah!  ah!  la  bonne  folie 

ACTE  III. 

14.  Chœur  pour  voix  d'hommes  :  Posons  des  gardes  sans  nombre  .     6    » 

15.  Couplets  chantés  par  M.  Crosti:  Puisque  de  ces  biens   .    .    .     3     • 

15  6is.  Les  mêmes,  transposés  pour  ténor 3     » 

16.  Air  cachoicha  chanté   par  Mlle  Monrose:    Ah!  je  saurai 

pour  vous 6    » 

16  bis.  Le  même,  transposé  pour  mezzo-soprano 6     » 

17.  Trio  chanté  par  Mlles  Monrose,  Lemercier  et  M.  Montaubry  : 

Beauté,  jeunesse  et  folle  ivresse 10  » 

18.  ItiMnancc  chantée  par  M.  Montaubry  :  Ah  !  ce.  serait  un  crime.  3  » 

18  bis.  La  même,  trausposée  pour  mezzo-soprano 3  » 

18  ter.  La  même,  trausposée  pour  baryton 3  » 

18  quater.  La  même,  transposée  pour  basse 3  » 

(Romancero,  Barcarolle,  Air-Cachucha,  Romance). 

—  Polka  par  Ettling.  —    Polka-Mazurka   par  Talexy. 


7  50 
h  50 
4  50 

7  50 

9     » 


SCHILLER-  M  ARSCH 

Composée  a  F  occasion    du  festival  donné  à  Paris  pour  la  célébration  du  100e  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller. 

PAR 


Arrangée  POUR    LE    FÏANO,    par    Chariot,  prix,    7    fr.    50. 
La    même,  arrangée'  à    quatre   mains,   par  Ed.    Wolff,   prix,   10  fr. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


N°  12. 


18  Mars  1860. 


ON  S'ABONNE  t 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  Tr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse....     30  »       14. 

Étranger 34  <>       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


ETTE  IHUSI 


--^aa/\A/W\A/w\/-- 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  Italien  et  Société  des  jeunes  artistes  du  Conser- 
vatoire. —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  Revue  des  théâtres, 
par  D.  A.  B.  Saint-Yves.  — Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  ITALIEN 

ET 

SOCIÉTÉ  DES  JEUNES  ARTISTES  DU  CONSERVATOIRE 

Tamberlick  nous  est  revenu,  et  avec  lui  l'éternel  débat  sur  l'ut  de 
poitrine,  débat  inutile  s'il  en  fut,  en  présence  de  l'effet  produit  par 
la  note  exceptionnelle.  Quelle  que  soit  la  force  de  vos  arguments 
contre  cette  note,  empêcherez-vous  un  chanteur  de  s'en  servir,  quand 
la  nature  lui  en  a  fait  le  cadeau?  Pas  plus  que  le  renard  de  la  Fon- 
taine ne  détermina  ses  pareils  à  supprimer  l'appendice  dont  un  ac- 
cident l'avait  privé.  Il  eut  beau  pérorer  : 

La  mode  en  fut  continuée. 

Vous  n'empêcherez  pas  davantage  le  public  d'être  surpris,  frappé, 
ébloui  par  une  de  ces  facultés  qui  sortent  des  règles  et  dépassent 
les  limites  connues.  Dites  tant  que  vous  voudrez  que  ce  n'est  pas 
de  l'art,  et  résignez-vous,  faute  de  mieux,  au  phénomène,  ainsi 
qu'à  toutes  ses  conséquences ,  dont  la  principale  est  une  abondance 
miraculeuse  de  curieux  dans  la  salle  et  d'argent  dans  la  caisse.  Ce  se- 
rait d'ailleurs  une  grande  injustice  que  de  ne  pas  reconnaître  aujour- 
d'hui en  Tamberlick,  comme  autrefois  en  Duprez,  les  hautes  qualités 
d'artiste,  dont  la  note  phénoménale  n'est  et  n'était  après  tout  que 
l'appoint.  Sans  ces  qualités,  la  note  cesserait  bientôt  d'avoir  cours  sur 
la  place  et/  tomberait  au  bas  prix  de  celle  que  Bilboquet  enseigne  à 
donner  dans  la  fameuse  scène  des  Saltimbanques. 

C'est  dans  Olello  que  Tamberlick  a  fait  sa  rentrée  avec  MmeBorghi- 
Mamo  pour  Desdémone.  On  avait  peine  à  en  croire  ses  yeux,  en  lisant 
sur  l'affiche  le  nom  de  la  célèbre  cantatrice,  qui,  par  la  nature  de  sen 
organe,  ne  semblait  pas  destinée  s  cet  emploi.  Depuis  trente-neuf 
ans  que  le  chef-d'œuvre  se  chante  à  Paris,  nous  n'avons  entendu  que 
des  voix  de  soprani  dans  le  rôle  de  la  femme  du  More,  le  plus  beau 
de  tous  ceux  que  le  maître  écrivit  pour  Mme  Colbrand.  Cependant, 
Mme  Pasta,  qui  le  créa  chez  nous,  avait  d'assez  belles  notes  graves, 
et  elle  les  faisait  valoir  dans  l'air  de  la  Donna  del  Lago,  qu'elle  inter- 
calait pour  son  entrée.  Mme  Borghi-Mamo  a  repris  cette  tradition,  et 


au  petit  duo  des  femmes,  elle  a  substitué  la  grande  et  large  cavatine  : 
Mura  infelici  !  Quoique  ce  morceau  fût  bien  dans  sa  voix,  le  premier 
jour  elle  l'a  dit  un  peu  froidement,  comme  le  reste  du  rôle,  qu'elle 
avait  étudié  trop  vite  pour  en  être  complètement  sûre,  et  dont  elle 
transpose  quelques  parties  ;  mais,  le  second  jour,  elle  avait  retrouvé 
tout  son  courage  et  tout  son  talent  :  aussi  les  bravos  ne  lui  ont  pas 
manqué  dans  le  finale  du  seconde  acte  :  Se'l  padre  m'abandona,  et  dans 
la  romance  du  saule.  L'habile  cantatrice  a  fait  tout  ce  qu'elle  pouvait 
faire,  et  l'on  doit  lui  tenir  compte  d'un  tour  de  force  si  heureuse- 
ment accompli. 

Après  Olello,  Tamberlick  a  chanté  le  Trovalore,  et  puis  il  a  repris 
Olello,  toujours  avec  la  même  affluence  et  le  même  succès.  Notons 
en  passant  que  l'autre  samedi,  entre  les  deux  actes  du  Matrimonio 
segrelo,  Mlle  Marie  Battu  a  chanté  son  premier  air  de  la  Sonnambula 
(au  lieu  du  duo  qu'elle  devait  dire),  et  que  cet  intermède,  dont  elle 
a  seule  fait  les  frais,  lui  a  valu  les  plus  brillants  honneurs,  dûment 
conquis  par  son  jeune  talent. 

Le  dernier  concert  donné  par  la  Société,  jeune  aussi,  que  dirige 
M.  Pasdeloup,  était  richement  composé,  et  l'exécution  a  dignement 
répondu  au  programme.  D'abord  on  a  entendu  la  charmante  sym- 
phonie en  mi  bémol  de  M.  Gounod,  symphonie  dont  la  place  est 
marquée  au  répertoire,  à  peu  d'intervalle  des  meilleures  productions 
du  genre.  Les  chœurs  d'Athalie,  écrits  par  M.  J.  Cohen  pour  le 
Théâtre-Français,  où  ils  ont  longtemps  escorté  le  chef-d'œuvre  de 
Bacine,  passaient  pour  la  première  fois  de  la  scèue  au  concert,  et  il 
nous  semble  que  ce  changement  de  local  n'a  servi  qu'à  en  mieux 
faire  ressortir  le  mérite.  Au  théâtre,  l'attention,  fatiguée  par  un  long 
spectacle,  ne  suffit  pas  au  surcroît  de  labeur  que  lui  impose  la  musi- 
que. Au  concert,  on  n'a  que  la  musique  à  entendre,  à  juger,  et  ce 
n'est  plus  qu'un  plaisir.  L'œuvre  de  M.  J.  Cohen  a  donc  été  parfaite- 
ment écoutée,  chaleureusement  applaudie  ;  Faure  s'y  est  distingué 
par  sa  belle  voix,  comme  par  son  beau  style.  Dans  les  fragments  du 
Siège  de  Çorinthe,  il  n'a  pas  chanté  avec  moins  de  puissance  et  d'ex- 
pression. L'ouverture  de  Sémiramide  et  la  symphonie  en  ut  majeur  de 
Beethoven  fournissaient  de  plus  à  l'orchestre  l'occasion  de  montrer 
avec  quelle  habileté  il  fonctionne  sous  la  main  du  chef  qui  s'est  chargé 
de  le  conduire  dans  la  voie  du  progrès,  et  n'a  jamais  failli  à  son  en- 
gagement. 

P.    S. 


98 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Angnste  Bnrand.  —  P.  de  Cuvillon  et  Georges  Pfeiffer.  —  Albert 
Sowinski.  —  Iiouis  Brassin.  —  Mlle  Félicie  I«eclercq.—  Vincent 
Adler.  —  Mlle  Marie  Marchand.  — M.  «reiTe.— Mlle  Szerafina 
Vrabély.  —  «Joseph  Franck.  — Ernest  Martin. 

Si  l'orgue  mélodium  n'a  pas  toutes  les  richesses,  tout  le  brillant 
du  piano,  il  a  en  revanche  des  douceurs,  des  sons  soutenus  et  ex- 
pressifs que  le  dernier  ne  possède  pas  :  aussi  obtient-il  partout  les 
suffrages  des  musiciens  et  du  public.  Entre  tous  les  virtuoses  qui  ex- 
cellent sur  cet  instrument,  peu  y  trouvent  de  plus  gracieuses  inspira- 
tions que  M.  A.  Durand.  A  Saint-Roch,  où  il  est  organiste,  son  goût, 
son  style,  remarquable  surtout  par  la  pureté  et  l'absence  de  manière , 
sont  fort  appréciés.  Jeudi ,  dans  la  salle  Herz,  on  a  vivement  applaudi 
la  délicate  et  fine  exécution  d'un  duo  concertant  pour  piano  et  orgue, 
joué  avec  M.  Barthe,  d'une  étude  et  d'une  chanson  toscane.  Ces  com- 
positions sont  distinguées,  mélancoliques  surtout;  mais  toutefois  ne 
tombent  pas  dans  ce  vague  énervant  que,  n'osant  l'appeler  mélodie,  on 
décore  maintenant  du  nom  de  fantaisie  poétique,  pantbéislique,  etc. 

Le  Moine,  de  Meyerbeer,  une  scène  splendide  que  tout  le  monde 
a  chantée,  que  tous  les  pianistes  ont  jouée,  et  dans  laquelle  on  retrouve, 
autant  que  dans  ses  chefs-d'œuvre  dramatiques,  la  vigueur,  la  sève  et 
la  passion  de  l'illustre  maître,  a  vivement  impressionné  l'auditoire. 
Admirablement  dite  par  Battaille,  après  une  autre  large  et  religieuse 
mélodie  de  Gounod,  Jésus  de  Nazareth,  elle  a  été  non-seulement  le 
plus  grand  succès  de  la  partie  vocale,  mais  le  plus  grand  charme  de 
cette  jolie  matinée.  Une  trinité  des  plus  harmonieuses  est  certainement 
le  piano  l'orgue  et  le  violon.  M.  A.  Durand  fait  chanter  ces  instru- 
ments et  en  mêle  les  effets  de  façon  à  plaire  autant  aux  virtuoses  qu'aux 
auditeurs  :  son  trio  sur  Rlyoletto,  très-bien  exécuté  par  lui,  Herman 
et  Barthe,  a  fait  grand  plaisir. 

La  comédie  de  Mlle  Augustine  Brohan  :  Qui  femme  a ,  guerre  a, 
terminait  ce  concert.  Spirituels  et  distingués  tous  deux,  Mlle  Fix  et 
Bressant  ont  été,  comme  toujours,  parfaits  d'aisance,  de  naturel  et  de 
grâces  aristocratiques. 

Parmi  nos  plus  jeunes  et  nos  plus  habiles  pianistes ,  il  en  est 

peu  qu'on  écoute  avec  autant  de  plaisir  que  Georges  Pfeiffer  :  c'est 
qu'indépendamment  de  ses  brillantes  qualités  de  virtuose ,  on  sent 
chez  lui  de  bonnes  études  musicales.  Le  meilleur  fruit  qu'ail  encore 
produit  la  solide  éducation  qu'il  a  reçue,  celui  qui  annonce  un  musi- 
cien de  race  et  promet  un  compositeur  dans  la  belle  et  bonne  acception 
du  mot,  est  sans  contredit  le  premier  concerto  que  le  jeune  pianiste  a 
délicieusement  joué  à  la  deuxième  soirée  donnée  par  lui  et  M.  de  Cuvil- 
lon  dans  les  salons  Pleyel-Wolff.  Ce  concerto,  entendu  seulement  avec 
accompagnement  de  double  quatuor,  est  une  page  symphonique  tout 
à  fait  remarquable.  Deux  très-jolies  mazurkas  et  la  Fileuse,  de  Men- 
delssohn,  interprétée  avec  une  finesse  que  cette  semaine  encore  nous 
n'avons  pas  retrouvée  sous  les  doigts  de  toutes  les  pianistes  qui  l'ont 
exécutée,  et  un  admirable  andante  de  Mozart  ont,  avec  le  concerto, 
partagé  le  succès  et  montré  que  Georges  Pfeiffer  pouvait  passer  heu- 
reusement des  nobles  et  pures  inspirations  des  maîtres  aux  composi- 
tions où  brillent  les  beautés  du  piano  moderne. 

M.  de  Cuvillon  est  l'un  des  rares  violonistes  qui  ont  conservé  les  bon- 
nes traditions.  Les  bravos  qui  ont  éclaté  pendant  des  morceaux  de 
Mozart,  de  Beethoven  et  de  Bériot  lui  ont  témoigné  que  les  suffrages 
des  vrais  dilettantes,— les  seuls  qui  importent— ne  manquaient  jamais 
aux  artistes  de  la  grande  école  des  Habeneck,  des  Baillot,  et  autres 
maîtres  illustres. 

— En  thèse  générale,  quand  dans  les  concerts  on  rencontre  un  ar- 
tiste complètement  médiocre,  c'est  ordinairement  un  chanteur  ou  une 
chanteuse.  En  effet.il  n'est  pas  un  des  instrumentistes  que  nous  enten- 
dons chaque  jour  qui  n'ait  passé,  au  moins,  dix  ans  de  sa  vie  à  étudier 
un  instrument;  pas  un  qui  ne  soit  bon  musicien  et  qui,  ayant  plus  ou 


moins  détalent,  ne  soit  très-recommandable  par  quelque  côté.  Pour 
les  chanteurs,  on  le  sait,  c'est  une  tout  autre  affaire  :  le  plus  petit  filet 
de  voix,  une  romance  péniblement  apprise,  et  que  nous  défions  les 
meilleurs  accompagnateurs  de  suivre,  suffisent  pour  se  présenter  devant 
un  auditoire  accoutumé  à  ce  que  le  monde  musical  compte  de  plus  cé- 
lèbre. Mais  tout  a  des  bornes,  et  nous  avons  bien  cru,  au  concert  de 
M.  Albert  Sowinski,  que  le  public  parisien,  le  plus  aimable  et  le  plus 
bienveillant  qui  soit  au  monde,  allait  se  fâcher.  Dans  un  morceau 
d'ensemble,  il  est  assez  difficile  de  distinguer  quelle  est  la  partie  qui 
détonne,  mais  il  est  certain  qu'une  seule  suffit  pour  tout  gâter.  Si  nous 
ne  pouvons  savoir  au  juste  quelle  part  revient  à  chacun,  nous  pouvons 
néanmoins  constater  l'intempestive  et  triste  hilarité  causée  par  l'exé- 
cution de  trois  morceaux  religieux,  harmonisés  par  M.  Sowinski,  et  de 
l'air  de  la  Perle  de  Frascati.  Dire,  après  cela,  si  ces  ouvrages  sont 
jolis,  bien  écrits  pour  les  voix  est  chose  impossible.  Un  quintette, 
de  M.  Sowinski,  où  il  y  a  de  très-bons  passages,  et  qui  a  été  Irès-con- 
venablement  rendu  par  MM.  Chaine,  Mas,  Muller,  Renard  et  l'auteur; 
deux  fantaisies,  une  étude  pour  le  petit  doigt,  page  mélodique  et  bien 
modulée,  et  un  remarquable  caprice,  composé  et  exécuté  par  M.  Chaine, 
ont  vivement  contrasté  avec  la  partie  vocale  et  ont  été  par  conséquent 
très-applaudis.  Malgré  cela  il  y  avait  trop  d'ombres  dans  cette  soirée 
et  le  succès  s'en  est  ressenti. 

—  Nous  pourrions  en  dire  à  peu  près  autant  de  la  soirée  donnée 
lundi  dans  la  salle  Beethoven  par  un  pianiste  des  plus  distin- 
gués. Louis  Brassin,  lui  aussi,  a  cru  devoir  apporter  aux  plaisirs 
du  public  des  diversions  qui  toutes  n'ont  pas  été  goûtées.  Après 
avoir  fait  applaudir  ses  brillantes  qualités  au  concert  des  jeunes 
artistes  et  au  concert  qu'il  a  donné  dans  la  salle  Herz,  nous 
eussions  préféré  que  cette  fois  il  se  fût  présenté  seul.  Il  y  eût 
gagné  et  ses  auditeurs  n'y  auraient  rien  perdu.  Les  nombreux  mor- 
ceaux qu'il  a  joués,  notamment  la  belle  étude  de  Moschelès  et  des 
ouvrages  charmants  de  sa  composition,  le  Chant  du  soir  et  Galop 
fantastique,  auraient  certainement  mieux  produit  l'effet  qu'ils  devaient 
produire,  car  ils  ont  été  exécutés  avec  un  mécanisme,  une  verve,  un 
brio  dignes  d'un  grand  virtuose.  Ils  pouvaient  dispenser  le  jeune  et 
fougueux  pianiste  de  s'entourer  d'artistes  qui  n'ont  su  faire  éprouver 
au  public  aucune  des  douces  émotions  qu'il  s'était  promises,  et  qu'il  est 
en  droit  d'attendre  chaque  fois  qu'un  musicien  sérieux  et  d'une  va- 
leur incontestable  fait  appel  à  son  dilettantisme. 

—  Mlle  Félicie  Leclercq,  élève  de  M.  Henri  Herz,  a  pleinement  jus- 
tifié cette  semaine,  comme  le  font  au  reste  tous  les  élèves  du  Conser- 
vatoire, les  succès  obtenus  par  elle  rue  Bergère.  Un  jeu  fin,  gracieux 
élégant,  net  et  une  certaine  vigueur  de  style  ont  valu  à  la  jeune 
pianiste  d'être  applaudie  par  des  mains  exprimant  chaudement  le  plai- 
sir qu'elle  faisait  éprouver.  Elle  a  exécuté  sa  partie  dans  Validante  et 
V allegro  du  grand  sextuor  de  Moschelès  de  façon  à  contenter  des  juges 
difficiles.  Ce  sextuor  a  été  très-goûté.  La  science  et  l'inspiration  y  sont 
réunies  dans  une  juste  proportion.  C'est  de  la  musique  bien  faite, 
mais  aussi  de  la  belle  musique.  La  fantaisie  de  Henri  Herz  sur  des 
mélodies  de  la  Fille  du  régiment,  \' Impromptu  de  Chopin  et  des 
œuvres  de  Mendelssohn  ont  posé  Mlle  Leclercq  en  artiste  capable,  avec 
quelques  efforts,  avec  un  style  un  peu  plus  large,  un  peu  plus  expres- 
sif, de  s'élever  au-dessus  des  talents  ordinaires  qui,  à  Paris,  dans  la 
musique  instrumentale,  sont  déjà  de  fort  beaux  talents. 

Un  autre  lauréat  du  Conservatoire,  un  élève  de  M.  Vaslin,  Jules  Las- 
serre,  a  exécuté  la  fantaisie  de  Servais  sur  Leslocq.  Un  beau  son,  un 
grand  charme  d'expression,  une  grande  justesse  dans  l'exécution  des 
difficultés,  et  surtout  une  sévérité  de  style  entièrement  opposée  aux 
excès  de  l'école  vibrante  et  glissante,  ont  été  très-remarques. 

—  M.  Vincent  Adler,  pianiste  au  jeu  correct,  élégant  et  pur  de  toute 
mignardise  de  style,  s'est  fait  entendre  cette  semaine  dans  les  salons 
d'Erard.  S'il  joue  bien,  il  compose  mieux  encore  peut-être.  Un 
allegro  de  concert,  soutenu  par  un  second  piano,  une  élude  et  une 


DE  PARIS. 


99 


Styrienne  ont  révélé  un  musicien  instruit  qui,  n'ayant  ni  volubilité 
étourdissante,  ni  chaleur  factice,  écrit  des  œuvres  profondément 
senties,  où  les  mélodies  ne  se  croient  pas  dispensées  'd'être  belles, 
variées  de  ton  et  d'accent,  parce  qu'elles  sont  rehaussées  d'une  har- 
monie piquante  et  souvent  pleine  d'éclat.  Après  ces  morceaux  origi- 
naux, M.  Adler  a  exécuté  une  fantaisie  sur  le  Domino  noir.  La  Gitana, 
tel  en  est  le  titre,  a  été  chaleureusement  applaudie.  Outre  le  charme 
des  ravissants  motifs  d'Auber,  on  y  a  remarqué  une  bonne  facture,  du 
goût  et  des  traits  délicats  et  expressifs. 

—  Au  concert  qu'elle  donnait  samedi,  Mlle  Marie  Marchand  a  joué 
très-nettement  et  très-élégamment  un  rondo  de  Chopin  et  diverses 
œuvres  deDoelher  et  de  Mendelssohn.  La  jeune  paniste  a  fait  d'ex- 
cellentes études  au  Conservatoire,  sous  la  direction  de  M.  Lecouppey  ;  de 
plus,  la  nature  lui  adonné  un  bon  sentiment  musical.  Disons-le  cepen- 
dant, un  peu  de  chaleur  et  de  sensibilité  ne  gâteraient  rien,  et  ajou- 
teraient même  beaucoup  à  cet  aimable  talent.  Ces  qualités  feraient 
passer  Mlle  Marchand  du  rang  d'élève  distinguée  au  rang  des  artistes 
qui  savent  colorer  leur  exécution  et  lui  donner  une  piquante  origina- 
lité. Jourdan  a  dit  l'air  de  Joseph,  une  jolie  mélodie  de  Fauconnier, 
Ah  !  viens  à  moi!  et  une  mélodie  d'Alfred  Mutel,  la  Vie,  qui  n'a  pas 
été  la  moins  goûtée  et  la  moins  applaudie.  Paladilhe,  Mme  Riquier- 
Delaunay  et  Léon  Lecieux,  qui,  malgré  un  son  un  peu  maigre,  n'en  est 
pas  moins  un  violoniste  de  talent,  ont,  avec  la  fine  et  communicative 
gaieté  de  Berthelier,  contribué  à  rehausser  l'attrait  de  cette  soirée". 

—  M.  Greive  est  du  petit  nombre  des  jeunes  compositeurs  qui  se 
distinguent  en  écrivant  des  trios,  des  quatuors,  etc.  Sa  musique  de 
chambre  est  brillante,  très-ornée  et  faite  pour  des  exécutants  habiles, 
mais  elle  ne  franchit  pas  les  limites  que  le  genre  impose.  Plutôt 
symphoniste  que  compositeur  dramatique,  on  sent  que  M.  Greive  est 
plus  familiarisé  avec  les  instruments  qu'avec  les  voix  :  aussi  ses  œuvres 
vocales  ne  sont  pas  celles  que  nous  préférons.  Quoique  dites  par 
Mme  Cambardi  avec  une  grande  énergie  de  son  et  par  Gardoni,  dont 
le  talent  aimable,  gracieux,  sympathique,  était  bien  fait  pour  en  révé- 
ler les  beautés,  elles  n'ont  pas  causé  le  même  plaisir  et  ne  sont  pas 
aussi  remarquables  que  le  trio  et  surtout  que  le  quatuor  où  MM.  Ar- 
mingaud,  Lapret,  Lalo  et  Lee  ont  délicieusement  rendu  toutes  les 
intentions  de  l'auteur.  Certes,  ces  compositions  instrumentales  sont 
belles,  et  il  fallait  bien  du  mérite  pour  les  écrire.  Cependant  voilà 
encore  un  musicien  qui  n'arrive  ni  au  théâtre,  ni  à  la  popularité. 
Pourquoi  ?  C'est  qu'il  manque  à  sa  musique,  comme  à  celle  de  bien 
d'autres  artistes,  la  passion  et  la  vie  ;  c'est  que,  peu  prodigue  de  ces 
chants  heureux  que  l'art  seul  ne  donne  pas,  elle  n'est  jolie  que  d'un 
certain  côté.  Dans  tous  ces  ouvrages,  rien  de  jeune,  rien  de  vif,  rien 
de  primesautier  ;  toujours  un  bien  uniforme,  que  la  réflexion  apprend 
à  aimer,  mais  qui  satisfait  plus  l'intelligence  que  le  cœur. 

Si  la  critique  doit  faire  la  part  du  talent  acquis,  d'une  savante 
facture,  de  la  pureté  de  l'harmonie,  elle  doit  rappeler  aussi  la  partie 
intellectuelle  et  idéale  de  la  musique,  et  dire  franchement  à  tous  que 
les  sympathies  universelles,  le  secret  des  grands  succès  ne  se  trouve 
que  dans  ces  mélodies  claires,  colorées,  bien  accusées  qui  sont  la 
fleur  d'une  riche  imagination,  et  que  le  public  veut  toujours  trouver 
épanouie  au  milieu  des  mille  développements  d'une  idée. 

—  Mlle  Vrabely  s'est  fait  entendre  dans  les  salons  Erard.  Sans  s'éle- 
ver au-dessus  des  talents  estimables  qu'on  applaudit  chaque  jour,  elle 
a  comme  eux  toutefois  un  mérite  incontestable.  Elle  dit  la  musique 
allemande  sérieusement,  clairement  et,  il  nous  faut  ajouter,  un,  peu 
froidement.  Telle  est  du  moins  l'impression  qu'elle  a  produite  sur  un 
public  trop  exigeant  peut-être,  parce  qu'il  entend  partout  des  virtuoses 
qui  font  naître  dans  son  esprit  des  comparaisons  peu  obligeantes. 
Mais,  sous  peine  d'être  injuste,  il  faut  tenir  compte  des  efforts  et  des 
talents  qui,  sans  atteindre  bien  haut,  n'arrivent  pas  moins  à  des  ré- 
sultats très-satisfaisants  et  relativement  très-heureux.  Ils  méritent,  ce 


nous  semble,  d'être  encouragés  ;  car,  après  tout,  ils  ne  sont  stériles  ni 
pour  l'art,  ni  pour  les  plaisirs  des  dilettantes. 

—  Une  vingtaine  de  matinées  et  soirées  musicales  ont  été  données 
cette  semaine.  Nous  n'oserions  dire  que  nous  avons  assisté  à  toutes  ; 
mais  nous  pouvons  assurer  qu'à  son  concert,  Joseph  Franck,  de  Liège, 
a  été  très-chaleureusement  accueilli  comme  compositeur  et  comme 
virtuose,  et  que  des  chœurs  de  Grétry  et  d'Ambroise  Thomas,  chantés 
par  les  élèves  du  Conservatoire,  et  la  spirituelle  partition  de  Poise, 
les  Charmeurs,  ont  fait  de  la  soirée  d'Ernest  Martin  une  soirée  très- 
intéressante. 

Adolphe  BOTTE. 


BEVUE  DES  THEATRES. 

Odéon  :  Le  Parvenu,  comédie  en  cinq  actes  et  en  vers,  par  M.  Amé- 
dée  Rolland.  —  Vaudeville  :  Reprise  de  la  Maràti-eet  de  la  Dame 
aux  Camélias.  —  Palais-Royal  :  Si  Ponloise  le  savait,  vaude- 
ville de  MM.  Adenis  et  Tourte.  —  Ambigu  :  le  Compère  Guillery, 
drame  en  neuf  tableaux,  par  M.  Victor  Séjour. 

Le  privilège  de  l'Odéon  vient  d'être  renouvelé  pour  trois  ans  entre 
les  mains  de  M.  de  Laronnat,  et  dans  cette  circonstance,  il  faut  avouer 
que  la  justice  se  trouve  en  parfait  accord  avec  la  faveur.  Ce  direc- 
teur, aussi  actif  qu'intelligent,  a  rendu  plus  de  services  à  la  jeune 
littérature  que  les  cinq  ou  six  administrations  qui  ont  précédé  la 
sienne,  et  le  succès  a  plus  d'une  fois  répondu  à  ses  vaillant  efforts. 
Tout  récemment,  deux  noms  nouveaux  étaient  encore  révélés  au  pu- 
blic par  l'existence  centenaire  du  Testament  de  César  Girodot.  Au- 
jourd'hui ce  n'est  pas  tout  à  fait  un  auteur  inconnu  qui  vient  de  triom- 
pher, mais  il  s'en  faut  de  bien  peu.  M.  Amédée  Rolland  a  déjà  signé 
le  Marchand  malgré  lui  en  collaboration  avec  M.  Duboys,  et  V  Usurier 
de  village,  avec  M.  Battaille.  Cette  fois,  il  est  seul  pour  le  Parvenu,  et 
nous  avons  affaire  à  une  personnalité  très-nette  et  très-accusée.  A 
vrai  dire,  M.  Rolland  ignore  les  finesses  du  métier  ;  il  ne  sait  pas 
conduire  une  intrigue,  prendre  son  action  corps  à  corps,  et  en  tirer 
toutes  les  déductions  logiques.  Mais  c'est  un  poëte,  et  en  dépit  de  ses 
incorrections  dont  il  se  corrigera,  on  peut  prévoir  qu'il  se  fera  rapi- 
dement sa  place  au  soleil,  et  qu'il  comptera  bientôt  parmi  les  parve- 
nus du  royaume  des  lettres. 

Le  grand  tort  de  sa  pièce,  au  point  de  vue  de  l'agencement,  est  de 
ne  point  assez  justifier  le  choix  du  sujet.  M.  Mercier,  ancien  meunier, 
quatre  ou  cinq  fois  millionnaire,  est  bien  en  effet  un  parvenu,  mais  ce 
titre,  dont  il  est  fier,  est  une  enseigne  trompeuse,  et  ne  produit  abso- 
lument rien  qu'un  autre  individu  ne  puisse  faire,  dans  n'importe  quelle 
situation  de  la  vie.  Il  a  de  faux  amis  ;  qui  n'en  a  pas?  Il  a  un  frère 
entiché  de  noblesse,  un  beau-frère  adonné  aux  jeux  de  Bourse;  son 
fils  entretient  une  Lorette  et  n'en  aime  pas  moins  sa  cousine  qu'il 
finit  par  épouser.  Est-il  bien  nécessaire  d'avoir  gagné  une  colossale 
fortune  à  moudre  du  grain,  pour  que  ces  choses-là  vous  arrivent?  A 
travers  ces  lieux  communs,  il  y  a  pourtant  deux  belles  et  fortes  scènes 
qui  rachètent  bien  des  détails  oiseux  et  futiles,  celle  où  le  fils  du  par- 
venu se  laisse  insulter  par  un  homme  à  qui  il  croit  devoir  de  l'ar- 
gent, jusqu'au  moment  où  son  père,  en  offrant  de  payer  sa  dette,  lui 
fournit  l'occasion  de  se  relever  et  de  demander  raison  à  son  insul- 
teur,  et  celle  où  la  nièce  de  M .  Mercier  force  son  oncle  à  lui  rendre 
ses  comptes  de  tutelle  pour  désintéresser  secrètement  les  créanciers 
de  son  cousin. 

Les  types  abondent  dans  cette  comédie,  selon  l'usage  du  théâtre 
contemporain,  et  plusieurs  sont  habilement  photographiés.  Mais, 
nous  le  répétons,  ce  qu'il  faut  louer  chez  M.  Amédée  Rolland,  c'est 
moins  l'auteur  dramatique  que  le  poëte;  son  vers  affecte  toutes  les 
formes  ;  tantôt  gai,  tantôt  incisif,   il  s'élève  parfois  jusqu'au  lyrisme 


100 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


et  à  la  véritable   éloquence.  Voyez  par  exemple  de  quelle  façon  le 

bonhomme  Mercier  prend  la  défense  des  parvenus. 

TeDez,  je  ne  sais  rien  de  plus  platement  bête , 
Que  ce  mot  parvenu  que  nous  jette  à  la  tête 
Le  premier  fainéant  et  le  dernier  venu. 
Comme  l'on  crie  au  loup,  on  crie  au  parvenu  ! 
Que  lui  demande-t-on  ?  Des  ancêtres,  peut-être? 
Mais  chaque  parvenu  n'est-il  pas  un  ancêtre? 
N'est-ce  pas  lui  le  tronc  du  chêne  glorieux, 
D'où  chaque  jour  encor  naissent  d'autres  aïeux  ? 
Artistes,  ouvriers,  savants,  hommes  de  guerre , 
Avec  la  plume,  avec  l'épée,  avec  l'équerre, 
Nous  avons  tellement,  fils  de  quatre-vingt-neuf, 
Labouré  le  vieux  sol  et  mis  la  France  à  neuf, 
Fondé  le  droit  moderne,  et  semé  par  le  monde 
Aux  quatre  vents  du  ciel  sa  semence  féconde, 
Que  nos  grands  parvenus  se  comptent  par  milliers 
Sur  les  champs  de  bataille  et  dans  les  ateliers  ; 
Que  de  leurs  jeunes  noms  toute  l'Europe  est  pleine , 
Et  que,  si  l'on  voulait,  par  imbécile  haine, 
Effacer  d'un  seul  trait  tous  ces  noms  éclatants , 
Il  faudrait  raturer  l'histoire  de  cent  ans. 
Ce  sont  là  de  beaux  et  de  bons  vers,  bien  pensés  et  bien  exprimés; 

maintenant  que  la  route  de  l'Odéon  n'est  plus  un  prétexte  d'épigram- 

mes,  il  n'en  faut  pas  davantage  pour  y  ramener  tous  ceux  qui  ont 

applaudi  le  Testament  de  César  Girodot. 

—  Le  Vaudeville  prépare  une  pièce  de  M.  Octave  Feuillet,  et  pro- 
visoirement il  vit  tant  bien  que  mal  de  reprises.  Mlle  Fargueil  vient  do 
jouer  la  Marâtre  après  Mme  Marie  Laurent.  Il  y  a  tout  un  monde  entre 
ces  deux  interprètes  du  drame  de  Balzac,  et  c'est  pour  le  public  un 
assez  curieux  sujet  de  comparaison.  Autant  l'une  y  était  menaçante 
et  terrible,  autant  l'autre  y  fait  preuve  de  perfidie  féline.  A  tout  pren- 
dre, nous  ne  comprenons  pas  pourquoi  le  directeur  du  Vaudeville, 
ayant  tout  d'abord  Mlle  Fargueil  sous  la  main,  s'est  cru  obligé  d'em- 
prunter Mme  Laurent  à  un  théâtre  du  boulevard. 

La  Dame  aux  camélias  a  aussi  reparu  ces  jours  derniers  avec  Fech- 
ter  et  Mlle  Jane  Essler.  Il  est  regrettable  qu'on  ait  attendu,  pour  faire 
cette  reprise,  que  Mme  Doche  se  soit  envolée  tout  à  coup  vers  le 
Théâtre-Scribe,  de  Turin. 

—  Le  Palais-Royal,  toujours  sur  la  brèche,  a  lancé  dans  la  circulation 
une  pièce  de  carnaval  qui ,  par  parenthèse,  arrive  un  peu  tard.  Si 
Pantoise  le  savait  !  s'écrie  le  vertueux  greffier  Boutibonne  forcé  de  se 
costumer  en  matamore  et  de  tenir  tête  à  deux  dominos  mystérieux. 
Mais  ce  n'est  qu'une  mystification  imaginée  parla  femme  d'un  ami  qui 
lui  a  prêté  son  domicile,  et,  malgré  certains  retours  de  jeunesse  dus  à 
l'influence  du  Champagne,  Boutibonne  peut  rentrer  au  bercail  sans  avoir 
donné  prise  à  la  médisance.  Cette  binette  est  amusante  et  renferme  une 
opposition,  qui  a  le  mérite  d'être  vraie,  entre  l'homme  ordinairement 
sérieux  sous  le  frac  noir  et  changeant  de  caractère  en  même  temps 
que  de  costume. 

—  Tout  le  monde  connaît  la  chanson  du  Compère  Guillery,  mais 
on  serait  bien  embarrassé  d'en  dire  l'origine.  Il  existait  en  Bretagne, 
au  temps  de  la  ligue,  trois  frères  du  nom  de  Guillery  qui  se  battirent 
en  braves  soldats,  mais  qui,  une  fois  la  paix  signée,  se  Drent  dévali- 
seurs  de  grande  route,  et  déclarèrent  la  guerre  à  toutes  les  classes  de 
la  société,  excepté  à  la  noblesse  dont  ils  faisaient  partie.  Ils  avaient 
pris  pour  devise  :  La  paix  aux  gentilshommes,  la  mort  aux  prévôts  et 
aux  archers,  la  bourse  aux  marchands.  Ils  furent  réduits  et  condamnés 
au  supplice  de  la  roue  sous  le  règne  de  Henri  IV.  Est-ce  sur  ces  trois 
frères,  ou  sur  l'un  d'eux  seulement,  ou  enfin  sur  un  simple  chas- 
seur de  perdrix  qui  portait  le  même  nom  que  la  chanson  a  été  faite? 
C'est  ce  qu'il  serait  difficile  de  décider  aujourd'hui.  Toujours  est-il  que 
ce  refrain  naïf  est  devenu  populaire,  et  qu'à  ce  titre  l'Ambigu  a  eu  rai- 
son de  le  choisir  pour  enseigne  d'un  drame  à  grand  spectacle.   Le 


Compère  Guillery  de  ce  théâtre,  breton  comme  les  trois  frères  rom- 
pus en  1608,  n'est  précisément  ni  un  honnête  homme  ni  un  bandit. 
C'est  un  aventurier  qui  protège  une  jeune  fille  qu'un  gentilhomme  a 
voulu  tromper.  11  soutient  une  longue  lutte  contre  ce  Gaston  de  Jussac, 
et  après  avoir  reçu  le  dernier  soupir  de  sa  fiancée,  il  tombe  lui-même 
atteint  d'une  balle.  Cette  pièce  a  été  fabriquée  pour  Mélingue,  c'est 
tout  dire  :  le  rôle  de  la  fiancée  est  joué  par  Mlle  Saint-Marc  qui,  à 
l'exemple  de  Mme  Doche,  de  Mlle  Page,  de  Mlle  Duverger,  a  quitté  les 
théâtres  de  genre  pour  s'enrôler  parmi  les  desservantes  du  sombre 
mélodrame.  Cela  devient  une  véritable  épidémie.  Du  reste,  Mlle  Saint- 
Marc  n'a  pas  eu  moins  de  succès  que  Mélingue  ;  mais  les  honneurs  de 
la  première  représentation  ont  été,  il  faut  en  convenir,  pour  deux 
magnifiques  décors  qui  représentent  la  citerne  aux  loups  et  le  torrent 
du  Mont-Diable.  Il  fut  un  temps  où  une  seule  décoration  suffisait  pour 
remplir  la  caisse  d'un  théâtre  des  boulevards  ;  si  cette  époque  n'est 
pas  tout  à  fait  passée  de  mode,  les  décorations  du  Compère  Guillery 
et  les  péripéties  du  drame  de  M.  Victor  Séjour  rempliront  longtemps 
la  caisse  de  l'Ambigu. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

***  Au  théâtre  Impérial  de  l'Opéra,  Pierre  de  Médicis  a  été  représenté 
lundi,  mercredi  et  vendredi. 

*%  Les  études  de  Sémiramis,  pour  le  début  des  deux  soeurs  Marchisio, 
commenceront  prochainement. 

*%  On  annonce  que  le  Tannliœuser  de  Richard  Wagner  sera  représenté 
l'hiver  prochain,  et  que  déjà  même  on  s'occupe  des  études  que  nécessite 
la  mise  en  scène  de  cet  ouvrage. 

***  C'est  aussi  au  commencement  de  l'hiver  que  viendra  le  ballet 
composé  pour  Mlle  Emma  Livry  par  Mlle  Taglioni,  et  dont  J.  Offenbach 
a  écrit  la  musique.  L'opéra  de  M.  Gevaert,  paroles  de  MM.  Méry  et  Vaez, 
interprété  par  Mmes  Gueymard  et  Caroline  Duprez,  serait  joué  ensuite.. 

„*.,.  Une  représentation  se  prépare  au  bénéfice  de  Mme  Girard,  veuve 
du  chef  d'orchestre. 

***  On  assure  que  le  décret  qui  augmente  les  droits  d'auteur  pour  le 
théâtre  de  l'Opéra  est  tout  prêt  à  paraître  ;  ce  décret  maintiendrait  indé- 
finiment pour  toutes  les  représentations,  la  rémunération  fixe  limitée 
jusqu'à  présent  aux  quarante  premières;  on  sait  qu'au-dessus  de  ce 
nombre  le  chiffre  du  droit  s'abaissait  de  plus  de  moitié. 

*%  L'indisposition  de  Mlle  Monrose  continue  d'ajourner  les  représenta- 
tions du  Roman  d'Elvire  ;  cependant  on  pense  qu'elle  pourra  le  chanter 
dans  les  premiers  jours  de  la  semaine  prochaine. 

*%  L'engagement  de  M.  et  Mme  Faure  vient  d'être  résilié  d'un  com- 
mun accord  entre  la  direction  de  l'Opéra-Comique  et  les  deux  artistes. 
M.  Faure  quittera  le  théâtre  le  1er  mai,  et  Mme  Faure  le  1er  juillet. 

„%  Le  Château-Trompette,  de  MM.  Gevaert  et  Cormon,  qui  va  entrer  en 
répétition,  sera  chanté  par  Mme  Cabel,  Couderc,  Sainte-Foy  et  Pril- 
leux.  Couderc  représente  dans  cette  pièce  Richelieu  à  soixante  ans. 
'  „*„  L'engagement  de  Barrielle,  l'excellente  basse,  qui  chante  si  bien 
les  couplets  du  chasseur  dans  le  Pardon  de  Ploërmel,  vient  d'être  re- 
nouvelé pour  trois  ans. 

„,%  Le  théâtre  italien  a  donné  cette  semaine  trois  représentations 
successives  ù'Otello  qui  chaque  fois  ont  rempli  la  salle.  Aujourd'hui  par 
extraordinaire,  Don  Giovanni,  dans  lequel  Tamberlick  chantera  le  rôle  de 
don  Ottavio. 

„*„  Victor  Massé  prépare  pour  le  théâtre  Lyrique  une  grande  partition 
sur  ie  Don  Juan  de  lord  Byron. 

„,*„,  Cette  semaine  aura  lieu  aux  Bouffes-Parisiens  une  première  re- 
présentation qui  piquera  vivement  la  curiosité  publique:  Daphnis  et 
Chloé,  opérette  bouffe,  de  M.  Clairville,  musique  de  M.  Offenbach. 
C'est  dans  cette  pièce  que  Mlle  Julliette  Beau  fera  ses  débuts  par  le 
rôle  de  Daphnis  ;  Mlle  Chabert  remplira  celui  de  Chloé,  Mlle  Cico  celui 
de  Calysto,  et  M.  Désiré  celui  du  dieu  Pan.  Le  même  soir  on  donnera 
aussi  la  première  représentation  de  C'était  moi,  de  MM.  de  Najac  et 
Deulin,  musique  de  M.  Billemont,  jouée  par  Mlles  Cico,  Beaudoin,  Las- 
serre;  MM.  Guyot  et  Jean  Paul. 

„**  Le  théâtre  Déjazet  a  donné  avant-hier  vendredi  une  opérette  de 
M.  Th.  Julien,  musique  de  M.  Ruitter.  L'Ile  de  sol-si-ré  est  une  bouffon- 
nerie carnavalesque  qui  n'a  que  le  défaut  d'arriver  un   peu  tard.   Le 


DE  PARIS. 


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poëme,  qu'on  croirait  un  tableau  détaché  d'une  des  grandes  féeries  des 
frères  Cogniard,  est  semé  de  mots  assez  heureux.  Quant  à  la  partition, 
elle  se  recommande  par  une  ouverture  originale,  une  romance,  et  enfin 
une  polka  avec  accompagnement  de  mirlitons  très- heureusement  réussie. 
MM.  Bâche,  Bellecour,  Gourdon  ;  Mmes  Jullien  et  Baudriller  ont  leste- 
ment enlevé  Vile  de  sol-si-ré,  qui  accompagnera  d'une  façon  très-honora- 
ble la  jolie  partition  de  Fanchetle. 

***  Un  nouveau  succès  a  été  obtenu,  le  28  février,  sur  le  théâtre  de 
Schwerin,  par  M  de  Flotow,  avec  le  Conte  d'hiver,  d'après  Shakspeare, 
arrangé  pour  la  scène  par  M.  Dingelstedt. 

„%  Dans  le  concert  de  la  Société  des  jeunes  artistes,  qui  aura  lieu 
dimanche  prochain  et  qui  sera  le  dernier  de  la  saison,  les  fragments  de 
Struensée,  de  Meyerbeer,  seront  de  nouveau  exécutés. 

„,%  D'après  VAlmanach  théâtral  de  4  860,  le  nombre  des  théâtres  en 
Allemagne  est  de  184,  avec  un  personnel  de  7,000  individus.  Sur  ce 
chiffre,  il  y  a  20  théâtres  de  la  cour,  112  sont  la  propriété  des  villes  ;  il 
y  a  5  théâtres  d'été,  3i  troupes  ambulantes,  6  théâtres  fondés  par 
actions,  etc. 

„%  Aujourd'hui  dimanche,  la  Société  des  concerts  exécutera  les  Sai- 
sons, d'Haydn.  Roger  chantera  la  partie  de  ténor. 

%*t  L'Association  des  artistes  musiciens  de  France  célébrera,  cette 
année,  la  fête  de  l'Annonciation,  en  faisant  exécuter  par  400  artistes,  le 
lundi  26  mars  courant,  à  H  heures  1/2,  dans  l'église  métropolitaine  de 
Notre-Dame,  la  13°  messe  en  mi  bémol  de  Mozart.  La  messe  sera  pré- 
cédée de  la  Marche  religieuse,  avec  accompagnement  de  harpes,  dernière 
œuvre  d'Adolphe  Adam.  Les  daines  patronnesses  et  M  Bolle-Lasalle,  agent 
trésorier  de  la  Société  des  musiciens,  rue  de  Bondy,  68,  tiendront  à  la 
disposition  des  bienfaiteurs  de  l'œuvre  des  lettres  d'admission  dans  l'en- 
ceinte réservée. 

***  Mme  Pleyel,  ayant  dû  refuser  un  grand  nombre  de  personnes  à 
son  premier  concert,  s'est  décidée  à  donner  demain  lundi  19  mars,  à 
8  heures,  salons  Pleyel-Wolff  et  C",  une  seconde  soirée  musicale  dans 
laquelle  elle  jouera  la  sérénade  de  Mendelssohn  avec  accompagnement  de 
quatuor  ;  trois  études  de  style,  de  Jules  Cohen  ;  la  sonate  op.  27,  de 
Beethoven  ;  la  Fileuse,  de  Litolff,  et  la  Truite,  de  Stéphen  Heller. 
MM.  Sighicelli  et  Tagliafico  prêteront  à  Mme  Pleyel  le  concours  de  leur 
talent. 

*%  Alfred  Jaell  s'est  fait  entendre  le  7  mars  au  concert  Dûigentia  à 
la  Haye,  et  le  8  mars  à  Rotterdam  au  concert  Eruditio  musica.  Ces  deux 
soirées  ont  été  pour  l'excellent  pianiste  l'occasion  d'un  véritable  triom  ■ 
phe.  Dans  les  deux  villes  A.  Jaell  a  dû  répéter  le  Carillon  et  les  trans- 
criptions du  Pardon  de  Ploërmel  ;  celle  du  Prophète  a  obtenu  également 
un  grand  succès  ainsi  que  le  nocturne  et  la  valse  de  Chopin.  A  Rotter- 
dam, A.  Jaell  a  été  salué  par  une  triple  fanfare  de  l'orchestre  et  par 
les  applaudissements  enthousiales  du  public.  Le  13  mars  A.  Jaell  était 
attendu  à  la  Haye,  où  il  a  donné  un  nouveau  concert. 

**„,  J.  Becker,  réminent  violoniste  dont  nous  avons  parlé  à  propos  de 
son  dernier  concert  à  Paris,  a  été  appelé  à  Cassel  et  Leipzig,  où  son 
beau  talent  a  eu  le  plus  grand  et  le  plus  légitime  succès.  Appelé  de 
nouveau  à  Londres,  l'exécution  de  ses  engagements  n'a  pu  lui  permettre 
d'arriver  à  Paris  pour  son  deuxième  concert  déjà  annoncé.  On  nous 
écrit  que  son  succès  grandit  chaque  jour,  et  qu'à  la  soirée  donnée  le 
25  février  à  Saint-James-Hall  il  a  été  applaudi  plus  de  dix  fois  pendant 
l'exécution  du  magnifique  morceau  de  Paganini,  Nelcor  piu  non  misento, 
et  rappelé  deux  fois  de  suite  avec  acclamation. 

i*^  Mme  Viard-Louis  va  donner,  le  23,  dans  les  salons  de  Pleyel-WolfF, 
une  soirée  musicale  avec  le  concours  de  MM.  Alard,  Franchomme  et 
Géraldy.  Mme  Viard-Louis  est  une  pianiste  distinguée,  accoutumée  à  la 
faveur  du  public  qui  ne  lui  fera  pas  plus  défaut  aujourd'hui  qu'alors 
qu'elle  partageait  les  succès  de  son  mari,  M.  N.  Louis,  enlevé  trop  tôt  à 
l'art  qu'il  cultivait  avec  passion. 

***  A  l'université  de  Leipzig  a  été  créée  récemment  une  chaire  de 
musique  qui  a  été  confiée  à  M.  H.  Langer,  directeur  de  l'Association 
des  chanteurs  de  l'université. 

***  On  parle  d'un  concert  qui  serait  donné  par  un  éminent  pianiste, 
Ravina,  et  dans  lequel  il  exécuterait  deux  de  ses  dernières  productions, 
ainsi  que  sa  Sicilienne,  son  Mouvement  perpétuel,  et  VElégie.  Les  ama- 
teurs de  son  beau  talent  verraient  avec  satisfaction  ce  bruit  se  con- 
firmer. 

***  Mercredi  21  mars,  dans  la  salle  Herz,  Mlle  Murer,  l'élève  de  prédi- 
lection de  Prudent,  donne  un  grand  concert  dans  lequel  elle  exécutera 
la  fantaisie  de  son  maître  sur  la  Sonnambula,  le  Chant  du  ruisseau,  l'Aurore 
dans  les  bois  ;  l'andantede  Beethoven,  op.  7,  et  une  ballade  de  Chopin. 

„%  M.  Mohr,  premier  cor  solo  de  l'Opéra,  a  été  appelé  samedi  à  Or- 
léans par  l'Institut  musical.  11  a  joué  sa  brillante  fantaisie  sur  la  Magi- 
cienne et  Bélisaire,  scène  antique  pour  cor  solo  et  orchestre  de  Charles 
Manry.  Cette  belle  et  large  composition,  interprétée  par  M.  Mohr  avec 
un  talent  hors  ligne,  a  soulevé  d'unanimes  applaudissements,  et  l'habile 
virtuose  a  été  unanimement  rappelé. 

„%  A  la  matinée  musicale  donnée  par  Mlle  Léonide  Ilumbert  dans  les 
salons  de  M.  Navarre,  nous  avons  entendu  une  charmante  fantaisie  de 


Charles  de  Bériot,  exécutée  sur  le  violon  d'une  façon  très-remarquable 
par  M.  Ph.  de  Cuvillon  ;  puis  M.  César  Allard,  jeune  violoncelliste  dont 
nous  avons  prédit  les  succès,  a  élé  chaleureusement  applaudi  après  avoir 
exécuté  avec  un  sentiment  exquis  une  mélodie  de  Schubert.  Mlle  Léo- 
nide Humbert,  dans  l'exécution  de  plusieurs  morceaux  de  Beethoven  et 
de  Mozart,  a  fait  preuve  de  goût  et  de  délicatesse  ;  son  talent  s'est  main- 
tenu constamment  à  la  hauteur  des  maîtres  dont  elle  a  interprété  les 
œuvres. , 

**„,  Mlle  Albertine  Segisser,  jeune  fille  de  onze  ans,  qui  fait  sensation 
dans  les  salons  en  récitant  d'une  manière  remarquable  des  scènes  de  nos 
tragédies  célèbres,  donnera,  sous  les  auspices  de  M.  Kruger,  réminent 
pianiste-compositeur,  le  dimanche  25  mars,  à  deux  heures,  dans  les  salons 
Erard,  une  matinée  musicale  et  dramatique.  On  y  entendra  pour  le 
chant,  Mme  Bernolla  et  M.  Marochetti  ;  pour  la  partie  instrumentale, 
MM.  Leroy,  Jancourt,  E.  Rignault,  Amédée  de  Vroye,  llammer  et  Kruger. 

*%  C'est  mercredi  soir,  21  mars,  qu'aura  lieu,  dans  la  salle  Erard,  le 
splendide  concert  de  notre  éminent  violoncelliste,  Alexandre  Batta.  Comme 
les  années  précédentes,  il  s'est  entouré  de  toutes  les  célébrités  présentes 
à  Paris.  Il  exécutera  pour  la  première  fois  en  public  son  morceau  sur 
des  motifs  cVArmide,  de  Gluck;  une  méditation  nouvelle  sur  une  mélodie 
de  Schubert  pour  orgue,  piano  et  violoncelle;  il  redira  le  charmant  mor- 
ceau, toujours  unanimement  redemandé,  qui  a  nom  Passiflore;  puis  vien- 
dront les  compositions  nouvelles  de  Mme  Clémentine  Batta,  et  qui  sont 
déjà  en  possession  d'un  légitime  succès,  chantées  par  Mme  Sabatier  et 
J.  Lefort.  Mlle  Joséphine  Martin,  Mil.  Lefébure,  Dien,  Malezieux  et 
Maton  compléteront  l'ensemble  de  cette  belle  soirée. 

4%  La  Société  impériale  de  Valenciennes  ouvre  un  concours  de  com- 
position musicale  pour  choeur  d'hommes  sans  accompagnement  ni  solo 
sur  une  camate  :  Union  de  l'industrie  et  des  arts.  Le  prix  consistera  en 
une  médaille  d'or  de  100  fr.  Le  chant  pourra  être  à  trois  ou  quutre  voix. 
S'adresser,  pour  plus  amples  renseignements,  au  secrétaire  général  de 
la  Société,  M.  Martin,  à  Valenciennes. 

**„  Une  indisposition  de  M.  Chevdlard  ajourne  au  29  courant  la  séance 
de  musique  de  chambre  dans  laquelle  devait  être  exécuté  le  quintette  de 
M.  Fétis  père. 

***  Le  célèbre  pianiste-  compositeur  Joseph  Wieniavski  vient  d'arriver 
à  Paris. 

$*%  La  Belgique  nous  envoie  un  jeune  artiste,  premier  prix  de  la  classe 
de  Servais,  M.  Deswert,  qui  possède  déjà  nn  remarquable  talent  sur  le 
violoncelle  et  qui  veut  le  faire  apprécier  à  Paris.  Les  élèves  d'un  maître  tel 
que  Servais  ne  passent  jamais  inaperçus;  l'attention  et  les  sympathies 
du  public  parisien  ne  feront  donc  pas  défaut  à  celui-ci  aussitôt  qu'il  se 
sera  décidé  à  se  faire  entendre. 

***  Mardi  20  mars,  dans  les  salons  d'Erard,  M.  et  Mme  Viguier  don- 
neront, avec  le  concours  de  Mme  Barbot,  de  l'Opéra,  de  MM.  Barbot  et 
Maurin,  un  beau  concert  vocal  et  instrumental,  dans  lequel  Mme  Viguier 
exécutera  plusieurs  morceaux  pour  le  piano,  et  M.  Viguier  deux  morceaux 
de  sa  composition  pour  alto  et  violon. 

**„  Samedi  24  mars,  à  8  heures  et  demie,  M.  Zompi,  pianiste-com- 
positeur distingué,  donnera  dans  les  salons  d'Erard,  avec  le  concours  de 
MM.  Cuvillon  et  Franchomme,  de  M.  Lucchesi,  de  l'opéra  Italien,  et  de 
Mlle  Mancel,  son  élève,  un  concert  dans  lequel  il  fera  entendre  plu- 
sieurs de  ses  nouvelles  compositions. 

***  C'est  toujours  demain  à  deux  heures,  dans  la  salle  Herz,  qu'aura 
lieu  le  beau  concert  donné  par  Louis  Lacombe,  avec  le  concours  de 
Mmes  Wekerlin-Damoreau,  Mlle  Stella-Colas,  et  de  MM.  Roger,  Jules 
Lefort,  E.  Forgues,  Kœmpel  etCh.  Lebouc. 

***  M.  Léter,  l'ex  pensionnaire  du  théâtre  Lyrique,  a  chanté  d'une 
manière  remarquable  aux  concerts  du  palais  de  l'Industrie  les  Cerises,  la 
Chanson  et  la  Promenade  du  paysan,  de  P.  Dupont,  ainsi  qu'une  mélo- 
die dont  le  titre  est  :  Souviens-toi.  La  diction,  la  manière  de  phraser 
de  M.  Léter  lui  ont  valu  des  applaudissements  et  rappels  justement 
mérités. 

t%  Notre  illustre  collaborateur  M.  Fétis  père  fera  exécuter,  au  pro- 
chain concert  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  l'ouverture  de  Macbeth, 
de  M.  de  Hartog,  le  même  ouvrage,  qui  obtint  un  succès  si  éclatant 
au  concert  que  ce  jeune  compositeur  a  donné  à  Paris  l'année  dernière. 

„**  Lundi  26  mars  aura  lieu,  à  la  salle  Herz,  le  concert  donné  par 
M.  Bernhard-Rie.  L'éminent  pianiste-composieur  jouera,  outre  ses  nou- 
velles compositions,  le  quatuor  en  mi  bémol,  dédié  à  Rossini,  d'Adolphe 
Blanc,  avec  l'auteur,  MM.  Casimir  Ney  et  René  Douay.  Mme  Riquier- 
Delaunay  et  M.  Crosti,  de  l'Opéra-Comique,  prêteront  leur  concours  à 
M.  Bernhard-Rie  pour  la  partie  vocale,  et  M.  Lamoureux  pour  la  partie 
instrumentale. 

„,*.,,  Le  23  mars,  salle  Herz,  M.  Dombrowski  donnera  un  concert  dans 
lequel  il  fera  entendre  de  nouveaux  morceaux  de  sa  compositicfh. 
Mlle  Michelli,  M.  Casella,  violoncelliste  solo  du  roi  de  Sardaigne,  et 
M.  Fortuna,  prêteront  leur  concours  au  bénéficiaire. 

„,**  Le  violoniste  Kœmpel  annonce  une  deuxième  soirée  musicale, 
qui  aura  lieu  jeudi  prochain  dans  les  salons  Pleyel,  avec  le  concours  de 
Mmes  Szarvady  et  Bochkoltz-Falconi. 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


/*  L'Académie  des  beaux-arts  offre  chaque  année  une  médaille  d'or 
de  la  valeur  de  500  fr.  à  l'auteur  des  paroles  de  la  cantate  choisie  pour 
être  donnée  comme  texte  du  concours  de  composition  musicale.  La  can- 
tate doit  être  exécutée  par  trois  personnages,  une  femme,  un  ténor  et 
un  baryton  ou  basse-taille.  Elle  doit  contenir  un,  ou  au  plus  deux  airs, 
un  seul  duo  et  un  trio  final,  chacun  de  ces  morceaux  devant  être  sé- 
paré des  suivants  par  un  récitatif.  Le  poëte  devra  éviter  de  donner  trop 
d'étendue  aux  récitatifs;  il  devra  renfermer  dans  le  moins  de  vers 
possible  l'expression  des  sentiments  que  le  sujet  amènera.  S'il  y  a  deux 
airs,  il  faudra  nécessairement  qu'ils  diffèrent  de  caractère  et  de  mou- 
vement. Le  poëte  combinera  son  trio  final  de  manière  que  le  composi- 
teur puisse  y  trouver,  soit  au  début,  soit  au  milieu,  un  motif  de  chant 
sans  accompagnement.  Le  sujet  pourra  être  choisi  indifféremment  dans 
la  Bible,  dans  l'histoire  ancienne,  dans  l'histoire  du  moyen  âge,  dans 
l'histoire  moderne,  ou  être  tout  à  fait  d'invention.  Il  faut  que  le  poëte 
offre  aux  compositeurs  un  sujet  clair,  clans  lequel  il  y  ait  du  mouve- 
ment, de  la  passion,  de  la  variété.  Il  est  difficile  de  limiter  précisément 
la  longueur  de  la  pièce  de  vers,  mais  il  est  à  désirer,  dans  l'intérêt  des 
jeunes  compositeurs,  que  la  cantate  mise  en  musique  n'excède  pas  une 
durée  de  vingt  ou  vingt-cinq  minutes.  Cette  considération  peut  servir 
de  guide  à  l'auteur  des  paroles.  L'auteur  de  la  cantate  choisie  par  l'A- 
cadémie sera  invité  à  se  mettre  à  la  disposition  de  la  section  de  mu- 
sique, pour  faire,  s'il  y  a  lieu,  les  changements,  additions  ou  suppres- 
sions que  la  section  pourra  trouver  nécessaires.  Chacune  des  pièces 
de  vers  contiendra,  dans  un  billet  cacheté,  le  nom  de  l'auteur,  son 
adresse,  et  l'épigraphe  de  sa  pièce.  Il  ne  sera  reçu  à  ce  concours  que 
des  pièces  de  vers  inédites.  Les  manuscrits  ne  seront  pas  rendus,  mais 
les  auteurs  pourront  en  faire  prendre  copie.  Les  cantates  seront  reçues 
au  secrétariat  de  l'Institut  jusqu'au  16  mai  1860.  Ce  terme  est  de  ri- 
gueur. 

„*„  On  ancien  chanteur  du  théâtre  royal  de  Berlin,  le  baryton 
Hammerstein,  vient  de  mourir  à  New-York  dans  le  plus  complet  dé- 
nûment. 

***  Mercredi  soir,  Jullien,  le  célèbre  chef  d'orchestre,  a  succombé  à 
la  fièvre  cérébrale  qui  s'était  emparée  de  lui  à  la  suite  de  son  attaque 
de  folie. 

„,*„,  Mme  Thys ,  femme  du  compositeur-professeur ,  et  mère  de 
Mlle  Pauline  Thys,  qui  s'est  déjà  fait  un  nom  bien  à  elle,  a  été  enlevée 
la  semaine  dernière  par  une  mort  subite,  à  la  suite  d'un  rhume  violent. 

**„  Mme  veuve  Hérold,  mère  de  l'illustre  compositeur  de  ce  nom,  est 
morte  le  12  mars,  âgée  de  près  de  quatre-vingt-dix  ans. 


CHRONIQUE   DÉPARTEMENTALE. 


**„,  Marseille.  —  Le  succès  du  Jugement  de  Dieu,  l'œuvre  nouvelle  de 
MM.  Morel  et  Carcassonne,  s'est  pleinement  confirmé  à  la  deuxième  re- 
présentation. Dans  le  premier  acte  un  magnifique  chant  de  guerre  et  un 
sextuor  final  ont  produit  une  véritable  sensation.  Au  deuxième  on  a 
chaleureusement  applaudi  un  boléro  très-bien  réussi,  une  marche  d'un 
beau  caractère,  une  délicieuse  romance  très-bien  dite  par  Armandi,  et 
un  air  de  basse  dans  le  genre  ancien.  Le  troisième  acte,  qui  a  été  una- 
nimement jugé  le  meilleur,  se  compose  d'une  romance  très-bien  chantée 
par  Mme  Elmire,  d'un  ravissant  duo  entre  les  deux  femmes  finissant 
par  un  trio  plus  ravissant  encore,  puis  d'un  grand  duo  entre  Mme  Elmire 
et  Armandi  d'un  effet  saisissant,  et  il  se  termine  par  un  très-beau  chœur 
funèbre.  Le  quatrième  offre  la  scène  du  tournoi,  une  cabalette  d'une 
belle  inspiration  et  la  reprise  du  chant  de  guerre  qui  termine  de  la 
façon  la  plus  heureuse  cette  œuvre,  d'un1  mérite  réel,  et  qui  fait  le  plus 
grand  honneur  à  notre  compatriote.  La  mise  en  scène  du  Jugement  de 
Dieu,  les  décors,  les  costumes  ont  été  l'objet  de  soins  particuliers  et  de 
grandes  dépenses;  mais  M.  Letellier,  l'intelligent  directeur  qui  a  su  com- 
prendre la  valeur  de  M.  Morel,  n'aura  certainement  pas  à  les  regretter. 
—  Le  grand  concert  de  M.  Henri  Herz  avait  attiré  samedi  dernier  un 
public  d'élite  dans  la  salle  Beauveau.  Ce  célèbre  pianiste-compositeur  a 
fait  entendre  successivement  sa  nouvelle  fantaisie  intitulée  la  Sympathie, 
gracieuse  mélodie  rendue  avec  une  expression  exquise  ;  son  nouveau 
concerto,  mêlé  de  chœurs  avec  accompagnement  d'orchestre,  une  nou- 
velle tarentelle  et  la  Tapada,  polka  du  Pérou,  enfin  la  fantaisie  militaire 
pour  piano  et  orchestre  sur  la  Fille  du  régiment.  La  salle  entière  a  prouvé, 
par  les  plus  vives  acclamations,  à  M.  Herz,  toute  son  admiration  pour 
son  rare  talent,  et  l'a  remercié  en  même  temps  des  jouissances  inap- 
préciables que  lui  avait  procurées  cette  belle  soirée.  Au  milieu  de 
nos  éloges,  nous  ne  devons  pas  oublier  le  magnifique  instrument  sorti 
des  ateliers  de  M.  Herz,  et  auquel  le  grand  artiste  semblait  communiquer 
son  âme  :  sous  ses  touches  d'ivoire,  qui  se  prêtaient  avec  tant  de  doci- 
lité à  ses  inspirations,  les  cordes  vibraient,  et  les  sons,  tantôt  doux, 
suaves  ou  éclatants,  arrivaient  toujours  purs  à  nos  oreilles.  —  On 
cite  comme  artistes  engagés  pour  l'année  prochaine  au  grand  théâtre, 


MM.  Kenard,  du  grand  Opéra  de  Paris;  Merly,  du  théâtre  italien  et 
Mlle  Sannier. 

***  Bordeaux.  —  La  troisième  épreuve  de  Mlle  Micheau  a  eu  lieu  dans 
le  rôle  de  Fidès,  du  Prophète.  On  l'a  vivement  applaudie  dans  tous  les 
passages  où  la  voix  de  contralto  domine  ;  son  succès  sera  encore  plus 
grand  aux  autres  représentations. 

***  Ârras.  —  La  Société  philharmonique  a  donné  hier  son  deuxième 
concert  avec  le  concours  de  Mme  Cambardi,  de  Dufresne  et  de  Demers- 
mann.  Les  honneurs  de  la  soirée  ont  été  principalement  pour  M.  De- 
mersmann,  qui  a  joué  une  fantaisie  de  sa  composition  pour  la  flûte  sur 
des  motifs  du  Prophète  et  des  variations  sur  le  Carnaval  de  Venise.  Des 
applaudissements  frénétiques  ont  salué  ce  dernier  morceau,  qui  a  été 
bissé. 


CHRONIQUE   ETRANGERE. 

„%  Londres.  —  La  reine,  qui  ne  se  trouvait  plus  à  Londres  lorsque  le 
Pardon  de  Ploërmel  y  fut  do:iné  pour  la  première  fois,  a  demandé  une 
représentation  extraordinaire,  en  anglais,  du  nouveau  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer.  Sa  Majesté  n'a  cessé  d'applaudir  pendant  toute  la  durée  de 
la  représentation,  et  elle  a  daigné  charger  son  ambassadeur,  à  Berlin, 
d'exprimer  à  l'illustre  compositeur  toute  sa  satisfaction,  et  de  lui  deman- 
der le  manuscrit  de  la  Schiller-Marsch. 

***  Bruxelles,  11  mars.  —  La  seconde  représentation  de  Gustave  III  a 
pleinement  confirmé  l'effet  de  la  première,  et  l'exécution  générale  était 
meilleure  encore.  Une  indisposition  de  Mlle  Boulart  a  quelque  peu  troublé 
le  répertoire,  mais  la  charmante  artiste  n'a  pas  tardé  à  reprendre  son 
service.  On  donnait  le  Pardon  de  Ploermël,  dont  la  vogue  se  maintient,  et 
qui  conserve  le  privilège  d'attirer  la  foule. 

„,%  Berlin.  —  A  la  reprise  de  la  Flûte  enchantée,  la  salle  était  comble; 
Mme  Koester  a  chanté  le  rôle  de  la  reine  de  la  nuit  avec  le  talent  qu'on 
lui  connaît;  la  voix  suave  et  fraîche  de  Pamina  (Mme  Harriers-Wippern) 
lui  a  valu  de  nombreux  applaudissements. — L'Académie  de  chant  a  exécuté 
au  troisième  concert  d'abonnement,  Abraham,  oratorio  de  M.  Blummer, 
directeur  de  cette  Académie.  —  Al.  Dreyschock  a  donné  son  qua- 
trième concert  au  profit  de  l'établissement  de  la  Reconnaissance  nationale, 
pour  les  soldats  prussiens.  Il  a  reçu  l'ordre  de  l'aigle  rouge,  quatrième 
classe.  —  Au  concert  qui  a  eu  lieu  à  la  cour,  dans  le  palais  du  prince 
régent,  on  a  entendu  les  solistes  du  théâtre  royal  de  l'Opéra  ;  Mme  Sae- 
mann  Paëz  a  chanté  la  grande  scène  du  Crociato,  de  Meyerbeer,  qui  diri- 
geait la  solennité.  —  L'intendant  général  du  théâtre,  M.  de  Hulsen,  qui 
s'était  rendu  â  Hambourg  pour  assister  à  la  vingt-et-unième  représentation 
de  Dinorah,  est  de  retour  dans  notre  capitale. — Le  7  mars  a  été  conduit  à 
sa  dernière  demeure  le  corps  de  Mlle  Hoelck  :  dans  une  représentation 
les  vêtements  de  cette  danseuse  avaient  pris  feu,  et  malgré  tous  les  soins 
de  l'art  qui  lui  furent  prodigués,  elle  est  morte  des  suites  de  cet  acci- 
dent. —  Bans  le  Trovatore,  Mlle  Artot  (Léonore)  et  Carrion  (Manrico) 
ont  eu  les  honneurs  de  la  soirée.  Délie  Sedie  s'est  également  fait  applau- 
dir dans  le  rôle  du  comte  de  Luna.  Les  débuts  de  Mme  Abbadia  dans 
celui  d'Azucena  n'ont  pas  été  aussi  brillants  qu'on  l'espérait.  —  La  fête 
commémorative  pour  Mme  Schroeder  -  Devrient  a  été  fort  belle.  Le 
Requiem  de  Mozart  exécuté  par  la  Société  Stern  et  les  premiers  artistes 
de  l'Opéra  royal,  a  produit  un  effet  vraiment  grandiose.  La  solennité  a 
commencé  par  un  prologue  récité  par  Mme  Hoppé  ;  puis  on  a  chanté  un 
chœur  de  Paulus  et  le  lied  de  Meudelssohn.  La  recette  est  destinée  aux 
frais  du  monument  qui  doit  être  érigé  à  Mme  Schroeder-Devrient. 

*  Vienne.  —  La  reprise  du  Moulin  du  diable  sur  la  montagne  de 
Vienne,  musique  deWenzelMuller,  a  eu  un  immense  succès.  Cette  pièce 
joyeuse,  du  genre  de  celles  qu'on  appelle  ici  Casperliades,  fut  représentée 
pour  la  première  fois,  le  20  octobre  1799,  et  eut  à  cette  époque  cent 
représentations  consécutives. —  On  va  commencer  incessamment  la  con- 
struction du  nouveau  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour. 

*  Hanovre.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  attire  constamment  la  foule.  — 
M.*J*  Stockhauseu  vient  d'être  nommé  chanteur  de  la  chambre  p3r  le 
roi  de  Hanovre,  qui  lui  a  en  outre  conféré  la  médaille  en  or  pour  l'art 
et  les  lettres. 

**  Leipzig.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  doit  être  joué  au  théâtre  de  la 
ville *dans  le  courant  du  mois  d'avril  ;  Mme  Burde-Ney,  du  théâtre  de 
Dresde,  chantera  le  rôle  de  Dinorah.  —  Au  concert  donné  le  5  mars  au 
profit  du  fonds  des  pensions,  a  été  exécuté  le  Paradis  et  la  Péri,  de  Ro- 
bert Schumann. 

*  Gotha.  —  A  la  deuxième  représentation  de  Dinorah,  il  y  avait  une 
telle*  aflluence  d'étrangers,  venus  par  le  chemin  de  fer,  que  le  duc 
crut  devoir  céder  la  grande  loge  de  la  cour  au  public  ;  l'intendant  des 
théâtres  céda  également  la  sienne. 

*  Milan,  11  mars.  —  La  rentrée  des  sœurs  Marchisio  a  été  chaleu- 
reusement accueillie  par  un  public  qui  gardait  le  meilleur  souvenir  de 
leur  manière  de  chanter  dans  Semiramide  etNorma,  surtout  dans  le  pre- 
mier de  ces  deux  ouvrages.  Les  deux  sœurs  ont  reparu  dans  le  Irova- 


DE  PARIS. 


103 


tore.  On  aurait  désiré  quelque  chose  de  plus  neuf,  et,  en  outre,  on  ne 
peut  se  dissimuler  qu'elles  n'ont  pas  dans  les  ouvrages  de  Verdi  l'im- 
mense supériorité  dont  elles  font  preuve  en  chantant  la  musique  de 
Rossini,  que  personne  aujourd'hui  ne  dit  aussi  bien  qu'elles.  11  leur  a 
donc  fallu  y  revenir,  et  la  direction  va  remettre  en  scène  la  Cenerenlola. 
Déjà,  dans  une  espèce  de  concert,  les  deux  sœurs  viennent  d'exciter  les 
transports,  en  chantant  le  duo  de  Matilde  di  Shabran.  La  Cenerentola  sera 
suivie  du  nouvel  opéra  de  Péri,  et  précédée  de  celui  de  Giorza,  dont  la 
première  représentation  a  lieu  ce  soir  même. 

i*s  Barcelone.  —  Toute  la  presse  est  d'accord  sur  le  succès  de  Maria, 
et  se  fait  à  cet  égard  l'écho  de  l'opinion  publique.  Pendant  le  carnaval, 
l'ouvrage  avait  pour  interprètes  le  ténor  Graziani  et  Mlle  Kenneth.  Main- 
tenant à  cette  dernière  a  succédé  Mlle  Titjens.  Graziani  est  excellent  ; 
Mlle  Titjens  a  réussi,  malgré  les  souvenirs  laissés  par  sa  devancière. 

,,%  Lisbonne.  —  Enfin,  Robert  le  Diable  nous  a  été  rendu.  Depuis 
vingt-deux  ans,  le  chef-d'œuvre  n'avait  pas  été  donné  en  cette  ville.  Le 
succès  a  été  grand:  tous  les  artistes,  Mmes  Lotti  délia  Santa,  Hensler, 
MM.  Fraschini,  Cappello,  Antonucci,  ont  enlevé  les  bravos,  mais  l'ouvrage 
en  a  obtenu  bien  plus  encore.  Le  rôle  d'Alice  est  un  des  meilleurs  du 
répertoire  de  Mme  Lotti,  qui  possède  une  des  voix  les  plus  belles  et  les 
plus  puissantes  que  l'on  connaisse  au  théâtre.  Ses  deux  romances  ont 
produit  un  effet  extraordinaire,  ainsi  que  son  duo  avec  Bertram,  et  le 
trio  qu'on  voulait  faire  redire.  Mme  Hensler  a  fort  bien  chanté,  avec 
une  voix  petite,  mais  bien  timbrée.  Fraschini  est  toujours  le  grand  et 
incomparable  artiste.  Cappello  a  été  excellent  dans  le  rôle  delîaimbaud, 
et  dans  celui  de  Bertram,  Antonucci  a  remporté  un  véritable  triomphe. 

S,*N,  Saint-Pétersbourg,  7  mars. —  Vieuxtemps  donne  aujourd'hui,  dans 
la  salle  de  la  Noblesse,  son  premier  concert.    Le  célèbre  violoniste  y 


exécute  plusieurs  de  ses  plus  importantes  compositions  ;  tout  notre 
monde  artistique  se  propose  d'assister  à  cette  solennité.  —  Les  sympa- 
thies qui  se  sont  tout  d'abord  manifestées  pour  la  fondation  de  notre 
société  musicale  russe  se  prononcent  chaque  jour  davantage  et  se  tra- 
duisent par  une  augmentation  sensible  de  son  capital.  A  Mme  Nissen- 
Saloman,  engagée  par  elle,  viennent  d'être  adjoints  deux  professeurs  de 
chant,  MM.  Lodi  et  Piccioli,  qui  donneront  des  leçons  gratuites  aux 
amateurs  des  deux  sexes  doués  d'heureuses  dispositions,  et  que  leur  po- 
sition de  fortune  ne  leur  permettrait  pas  de  payer.  La  Société  vient 
également  d'assurerà  un  jeune  violoniste  plein  de  talent,  M.  Markevitsch, 
une  subvention  de  1,200  fr.,  pour  lui  faciliter  les  moyens  d'aller  se  per- 
fectionner à  l'étranger.  —  Le  théâtre  Italien  a  donné,  cette  saison, 
82  représentations.  17  opéras  ont  été  chantés:  la  Norma,  Otello, 
Guillaume  Tell,  le  Trovatore,  Il  Barbiere,  VItaliana  m  Algieri,  Gazza  ladra, 
Traviata,  Sonnambula,  Don  Giovanni,  Freysclmlz,  les  Huguenots,  le  Pro- 
phète,  le  Pardon  de  Ploërmel,  Maria  di  liohari,  Rigolelto.  Lucia,  —  Notre 
Opéra  russe  a  montré,  de  son  côté,  une  grande  activité  ;  on  a  monté 
les  Commères  de  Windsor  et  Gustave  III,  d'Auber;  la  Muette  de  Por- 
tiei,  Lucia,  la.  Juive,  et  le  plus  souvent  Martha,  de  Flotow,  qu'on  ne  se 
lasse  pas  d'entendre,  se  sont  le  reste  du  temps  partagé  le  répertoire.  — 
En  opéras  nationaux,  on  a  exécuté  la 'Esméralda  et  la  Roussalka,  de  Dar- 
gomitzki;  le  lie  pour  le  Tzar,  de  Glinka,  et  Mazeppa,  de  Vietinhoff.  — 
On  a  beaucoup  remarqué  le  début  d'une  dame  de  la  Société,  Mine  Maï- 
koff,  élève  de  Ricci,  qui  s'est  fait  applaudir  dans  les  rôle  de  Gilda  et  de 
Leonora. 


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Blanchet  fils,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique,  a  consacré  le  fruit  de  ses  études  scientifiques  et  de  ses  constantes  recherches  au  per- 
fectionnement de  son  industrie  ;  et  après  avoir  obtenu,  aux  diverses  expositions  d'Angleterre  et  de  France,  les  plus  hautes  récompenses,  il 
a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  par  le  jury  international  de  l'Exposition  universelle  de  1855. 

Convaincu  de  la  nécessité  de  mettre  à  la  portée  de  tous  les  instruments  fabriqués  avec  conscience  et  pouvant  satisfaire  aux  qualités  artisti- 
ques aussi  bien  qu'aux  principes  de  solidité  garantis  par  une  longue  réputation,  Blanchet  fils  vient  de  créer  un  nouveau  modèle  de  piano  dit 
format  de  commerce,  qui,  tout  en  possédant  les  qualités  d'une  facture  de  premier  ordre,  a  l'avantage  d'être  accessible  à  toutes  les  fortunes. 
Les  instruments  de  ce  format  sont  à  cordes  verticales,  obliques  ou  demi-obliques.  Désormais  cette  importante  manufacture  réunira  donc  les 
deux  branches,  également  essentielles,  d'une  fabrication  à  la  fois  artistique  et  commerciale. 


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M°  13. 


REVUE 


25  Mars  1860. 


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Étrunser 34  •'       <&■ 

Le  Journal  parotl  le  Dimanche. 


GAZETT 


CALE 


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SOMMAIRE.  —  Concert  de  Louis  Lacombe.  —  Auditions  musicales,  par  Adol- 
phe Botte.  —  Observations  de  quelques  musiciens  et  de  quelques  amateurs 
sur  la  méthode  de  musique  de  M.  le  docteur  Chevé.  —  Revue  critique,  par 
Adolphe  Botte.  —  Nécrologie  :  Jullien.  —  Nouvelles  et  annonces. 


CONCERT  DE  LOUIS  LACOMBE. 

Comme  compositeur,  Louis  Lacombe  se  distingue  par  la  chaleur  et 
la  netteté  du  style  ;  il  écrit  bien  pour  les  voix,  chose  qui  générale- 
ment n'est  pas  le  côté  brillant  des  instrumentistes.  Ce  qu'il  a  joué  de 
l'Amour,  partition  écrite  pour  le  drame  de  P.  Niboyet,,  et  qui  fut  exé- 
cutée au  théâtre  Saint-Marcel,  ce  qu'en  a  chanté  Jules  Lefort  attestent 
de  grandes  qualités  dramatiques  et  mélodiques,  dignes  de  se  montrer 
et  de  briller  sur  une  autre  scène. 

Dans  la  musique  de  piano,  Lacombe  est  toujours  heureux.  L°.s 
Adieux  à  la  patrie,  Tendresse,  sa  fameuse  étude  en  octaves,  et  jus- 
qu'aux accompagnements  qu'il  crayonne  en  s'inspirant  des  vers  de 
nos  grands  poètes,  ont  été  accueillis  par  de  vifs  transports  de  sympa- 
thie. 

Mme  Wekerlin-Damoreau  et  Jules  Lafont  ont  chanté  des  mélodies 
de  sa  composition,  Chanson  de  Barberine  et  Chanson  de  la  brise,  qui 
sont  de  bien  douces  et  de  bien  mélodieuses  chansons.  L'harmonie 
surtout  en  est  charmante  ;  les  dessins  qui  s'y  déroulent  sont  pleins 
d'art  et  d'élégance. 

La  belle  sonate  en  ul  dièse  mineur  de  Beethoven,  un  trio  du  même 
maître,  délicieusement  dit  avec  MM.  Kœmpel  et  Lebouc,  et  son  beau 
duo  à  deux  pianos  sur  des  mélodies  de  Robin  des  Bois,  duo  où  Emile 
Forgues  a  fait  applaudir  aussi  une  très-brillante  exécution,  ont  été 
pour  Lacombe  une  suite  de  succès,  pendant  laquelle  le  style  sévère  et 
classique ,  le  style  élégant  et  fantaisiste  ont  bien  des  fois  excité  de 
chaleureux  applaudissements. 

Mme  Wekerlin-Damoreau  semble  avoir  hérité  de  la  vocalisation  de 
sa  mère.  L'inimitable  cantatrice  lui  a  transmis  ses  exquises  broderies, 
ses  délicieux  mezzo-voee  et  quelques-uns  des  secrets  de  son  art  de 
phraser  les  mélodies.  Aussi ,  Mme  Wekerlin  a-t-elle  été  accueillie 
comme  on  accueille  seulement  les  chanteuses  qui,  à  une  jolie  voix, 
joignent  une  excellente  méthode.  Cette  matinée,  qui  avait  commencé 
par  une  déception ,  car  on  était  venu  annoncer  que,  très-souffrant, 
Roger  ne  chanterait  pas,  n'en  a  pas  moins  été  charmante. 

Adolphe  BOTTE. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Mme  Marie  Pleyel.  —  Mme  Szarïady.  —  M.  et  Mme  Viguier.  — 
Mlle  Louise  Murer.  —  Alexandre  Batta.  —  Biehard  ID-iminer. 
—  Concert  de  l'Œuvre  de  Saint-Joseph  des  Allemands. —  Louis 
Lautou.  —  A.  Kœmpel. 

Lundi,  Mme  Pleyel  se  faisait  entendre  de  nouveau  et  enle- 
vait une  fois  encore  toutes  les  admirations.  Mme  Pleyel  est  du 
petit  nombre  des  artistes  qui  ne  jouent  jamais  de  la  même  fa- 
çon :  selon  l'inspiration  du  moment,  selon  les  sympathies  plus  ou 
moins  intelligentes  qui  l'entourent,  elle  joue  avec  plus  ou  moins  de 
bonheur  et  d'élan  ;  et  cet  attrait  de  l'imprévu,  Mme  Pleyel  le  possède 
à  un  degré  singulièrement  rare.  Nous  ne  reviendrons  pas  sur  toutes 
les  autres  qualités  qui  font  de  Mme  Pleyel  une  artiste  exceptionnelle; 
nous  nous  bornerons  à  dire  que  dans  ce  second  concert,  qui  avait, 
comme  le  premier,  attiré  une  grande  affluence,  ces  qualités  se  sont 
manifestées  de  la  manière  la  plus  brillante  dans  l'exécution  de  la  so- 
nate en  ut  dièse  de  Beethoven ,  de  la  Fileuse ,  de  Lilolff,  et  de  la 
Truite,  ce  chef-d'œuvre  de  poésie  et  de  sentiment,  si  bien  transcrit 
par  Stephen  Heller.  Cette  fois,  Tagliafico  et  H.  Sighicelli  s'étaient  char- 
gés de  varier  le  concert  de  Mme  Pleyel,  dont  la  nouvelle  apparition  à 
Paris  aura  produit  son  effet  accoutumé. 

—  Un  talent  d'un  ordre  aussi  élevé,  quoique  complètement  diffé- 
rent, s'est  produit  aussi  samedi  de  cette  semaine  pour  la  troisième  et 
dernière  fois  de  la  saison.  Mme  Clauss-Szarvady  a  fait  encore  admi- 
rer dans  cette  soirée  l'exquise  pureté  de  son  style  dans  l'exécution 
des  œuvres  si  différentes  de  Beethoven  ,  de  Mozart,  de  Mendelssohn  , 
de  Schumann  et  ae  Chopin  :  aussi  a-t-elle  été  fêtée  avec  un  véritable 
enthousiasme. 

—  M.  Viguier,  qui,  aux  belles  séances  de  quatuors  de  Maurin  et  Che- 
villard ,  tient  si  magistralement  la  partie  d'alto,  donnait  mardi  un 
concert  où  son  double  talent  de  virtuose  et  de  compositeur  a  été  très- 
applaudi.  11  joue  aussi  bien  le  solo  que  la  musique  d'ensemble,  et  se 
distingue  par  l'une  des  plus  grandes  qualités  que  puisse  posséder  un 
artiste,  par  un  très-beau  son. 

La  symphonie  concertante  de  Mozart  pour  violon  et  alto-viola  a  été 
enlevée  par  lui  et  Maurin  avec  des  élans  de  style,  des  délicatesses 
d'archet  qui  ont  ravi  l'assemblée.  M.  Viguier  n'a  eu  qu'à  se  louer 
aussi  de  l'accueil  fait  à  ses  deux  compositions  originales,  dont  l'arran- 
gement, le  goût,  les  fines  harmonies  ont  été  justement  remarqués. 

Sans  posséder,  peut-être,  les  sérieuses  qualités  de  style  qui  carac- 
térisent l'exécution  de  son  mari,  Mme  Viguier  a  beaucoup  d'agilité,  de 


106 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


brio  et  de  fougue.  La  vigueur  dontelle  a  fait  preuve  pendant  le  concerto 
de  "Weber  lui  a  valu  de  sincères  bravos.  Quoiqu'elle  l'ait  joué  un  peu 
vite,  son  mécanisme  ne  lui  a  pas  fait  défaut.  Néanmoins,  ce  morceau 
n'a  pas  été  son  plus  grand  succès.  La  jeune  et  gracieuse  pianiste  a  joué 
avec  beaucoup  plus  de  finesse  et  de  nuances  délicates  la  ravissante  et 
poétique  Danse  des  fées,  que  son  maître,  Emile  Prudent,  semble  avoir 
dérobée  à  l'Orient,  tellement  elle  est  gracieuse,  enchanteresse  et 
pleine  de  couleur.  Elle  a  joué  encore  avec  expression  et  sensibilité 
des  romances  de  Mendelssohn . 

M.  et  Mme  Barbot  ont  chanté  de  fort  jolies  choses.  L'un  a  dé- 
ployé une  puissance  de  voix  que  nous  ne  lui  connaissions  pas  ;  l'au- 
tre, un  talent  de  vocalisation  que  nous  avons  souvent  signalé,  et, 
dans  un  air  de  Lully,  une  ampleur,  une  déclamation  large,  noble  et 
naturelle  qui,  pour  n'être  pas  du  domaine  fleuri  et  semé  de  fioritures 
que  Mme  Barbot  parcourt  ordinairement,  n'en  ont  été  que  plus  cha- 
leureusement accueillies. 

—Une  autre  élève  de  Prudent,  et  l'une  des  meilleures  qu'il  ait  for- 
mées, Mlle  Louise  Murer,  obtenait  mercredi  un  grand  suc;ès  en  jouant, 
de  son  maître,  le  Caprice  sur  la  Sonnambula,  le  Chant  du  ruisseau, 
l'Aurore  dans  les  bois;  de  Beethoven,  le  magnifique  largo  de  la  sonate 
op.  7,  et  de  Chopin,  une  poétique  ballade.  Les  deux  premiers  mor- 
ceaux surtout  ont  fait  un  plaisir  extrême.  En  vérité,  il  serait  difficile 
à  Prudent,  en  eût-il  envie,  de  renier  Mlle  Murer  pour  son  élève ,  car 
la  jeune  pianiste  possède  bien  toutes  les  brillantes  et  solides  qualités 
de  l'école  à  laquelle  elle  appartient.  Elle  a  trouvé  de  beaux  sons  pour 
les  touchantes  mélodies  de  Bellini,  si  admirablement  disposées  et  variées 
par  Prudent;  elle  a  déployé  une  rapidité,  une  égalité,  une  légèreté 
gazouillante,  une  élégance  parfaite  pour  tous  les  murmures,  toutes 
les  harmonies  du  ruisseau.  L'exécution  de  Mlle  Murer  est  d'une  re- 
marquable pureté;  son  style  et  sobre  est  sévère  ;  nous  lui  voudrions 
seulement  un  peu  plus  de  force  et  de  véhémence.  A  l'avenir,  Mlle  Mu- 
rer, dont  le  talent  est  déjà  fort  beau,  peut  sans  crainte  se  livrer  da- 
vantage aux  excellents  conseils  que  l'intelligence  et  la  sensibilité 
donnent  aussi  aux  artistes  assez  sûrs  de  leurs  doigts  pour  ne  se  préoc- 
cuper que  de  l'expression. 

Un  jeune  violoncelliste  belge  a  montré  un  mérite  sérieux  en  exécu- 
tant deux  fantaisies  de  Servais,  son  maître.  Une  grande  habileté  dans 
les  difficultés,  un  grand  charme  dans  la  manière  de  phraser,  distin- 
guent le  talent  de  M.  Jules  Deswert.  Si  les  sons  qu'il  tire  du  violon- 
celle étaient  aussi  puissants,  aussi  variés  qu'ils  sont  justes  et  purs, 
nos  éloges  eussent  été  sans  restriction. 

Mme  Anna  Bertini,  qui  était  en  voix,  a  plus  d'une  fois  excité  des 
témoignages  de  sympathie. 

—  Ce  qui  manque  à  M.  Deswert  est  peut-être  la  plus  grande  supé- 
riorité d'A.  Batta.  En  effet,  c'est  par  la  qualité  et  la  rondeur  du  son 
qu'il  brille  entre  tous,  et  qu'il  donne  à  son  exécution  la  variété,  la 
puissance  qui  la  distinguent.  A  sa  soirée,  donnée  mercredi,  l'éminent 
violoncelliste  a  joué,  avec  Lefebure  et  Maton,  sa  transcription  de 
Thekla,  prière  de  Schubert.  L'effet  produit  par  cetle  page,  pleine 
d'ampleur  et  parfaitement  exécutée,  a  été  excellent.  Si  on  a  admiré 
les  inspirations  larges,  élevées  et  pures  de  Schubert,  on  n'a  pas  moins 
admiré  le  mérite  des  interprètes.  Batta  s'est  surpassé  lui-même  dans 
une  très-touchante  romance  russe  de  la  princesse  Kotschoubey,  dans 
Passiflo?-e,  et  dans  un  délicieux  morceau,  Souvenir  de  Gluck. 

Lefebure- Wély  a  joué  sur  l'harmonicorde  deux  jolies  compositions, 
les  Noces  basques  et  Romance  sans  paroles.  La  mélodie  de  cette  ro- 
mance est  ravissante,  l'harmonie  a  toutes  les  délicatesses  familières  à 
la  plume  fine  et  exercée  de  l'auteur.  Des  compositions  de  Mme  Clé- 
mentine Batta,  et  le  Paradis  perdu  de  T.  Ritter,  encadraient  chaque 
morceau  de  violoncelle,  et  ont  fait  le  plus  grand  plaisir. 

—  R.  Hammer,  un  de  nos  bons  violonistes,  un  de  ceux  qui  écrivent 
de  fort  gracieuses  choses  pour  leur  instrument,  et  qui  les  jouent  avec 
beaucoup  de  charme,  donnait  mercredi,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff, 


son  concert  annuel .  Avec  MM.  Kruger  et  Rignault,  il  a  exécuté  brillam- 
ment, mais  très-sobrement  pourtant,  un  triode  Félicien  David,  œuvre 
remarquable  où  l'imagination  n'égare  et  n'altère  jamais  la  pureté  du 
style.  Hammer  a  misa  contribution  les  partitions  d'Halévy  et  de  Verdi, 
et  il  a  écrit  de  très- aimables,  de  très-jolies  fantaisies  qui,  exécutées 
par  lui  et  son  tout  jeune  élève  Benjamin  Godard,  ont  été  chaleureuse- 
ment accueillies.  Les  compositions  originales  de  R.  Hammer  sont  mé- 
lodieuses. La  teinte  élégiaque  répandue  sur  quelques-unes  les  rend 
touchantes  et  dignes  d'être  fort  goûtées. 

Mlle  Mélanie  Ducrest  et  M.  Marochetti  se  sont  fait  entendre  non 
sans  succès  ;  mais  nous  devons  surtout  faire  mention  des  bravos  obtenus 
par  Kruger,  et  dire  que  sa  Chanson  du  chasseur  et  sa  Polonaise- 
boléro  ont  fait  un  nouveau  pas  vers  la  popularité. 

—  La  matinée  donnée  au  profit  de  l'œuvre  de  Saint-Joseph  des 
Allemands  avait  attiré  dans  la  salle  Herz  un  public  nombreux.  L'Al- 
lemagne, représentée  avec  tant  d'éclat  parmi  nous,  ne  laissait  aux 
dames  patronnesses  pour  composer  un  attrayant  programme  que  l'em- 
barras du  choix.  Cette  fois  c'étaient  Mlles  Bochkoltz-Falconi  et  Anna 
Kull,  MM.  Koempel,  Schumpff  et  le  jeune  Ketten  qui  se  faisaient  ap- 
plaudir. Presque  tous  ces  noms  pourraient  nous  dispenser  d'ajouter 
que  la  fête  a  été  charmante.  Disons  cependant  que,  après  des  soli 
brillamment  exécutés,  des  morceaux  d'ensemble  chantés  avec  le  sen- 
timent, l'entente  des  nuances,  l'intelligence  de  l'effet  général,  qui  ca- 
ractérisent si  éminemment  les  chœurs  d'outre-Rhin,  ont  enchanté 
les  auditeurs.  Le  quatuor  de  Mlle  Falconi  et  la  société  chorale  Teuto- 
nia,  sous  la  direction  de  Jules  Offenbach,  n'ont  démenti  en  rien 
l'opinion  généralement  admise  que,  par  une  disposition  particulière  à 
leur  organisation,  les  Allemands  chantent  la  musique  d'ensemble 
mieux  qu'on  ne  le  fait  partout  ailleurs. 

—  Se  sentant  plus  de  goût  pour  le  service  dramatique  que  pour 
le  service  militaire,  Louis  Lauton,  jeune  chanteur  qui  vient  d'être 
appelé  pour  la  conscription,  a  fait  appel  au  talent  de  quelques-uns  de 
nos  plus  grands  artistes.  Tous,  avec  le  cœur  qui  les  distingue,  se  sont 
empressés  de  lui  promettre  leur  concours,  et  tous  ont  fait  de  son 
concert,  donné  vendredi,  un  des  plus  beaux  de  la  saison.  Roger,  qu'on 
est  toujours  sûr  de  rencontrer  en  semblable  occasion,  a  été  accueilli 
par  de  vifs  transports  d'enthousiasme,  qui  ne  s'adressaient  pas  seule- 
ment à  l'artiste.  Si,  entre  autres  choses,  on  a  été  heureux  de  lui 
entendre  dire  Simple  chanson  et  Ballade  serbe,  deux  mélodies  de 
Vaucorbeil,  jeune  compositeur  dont  nous  signalions  ici  dernièrement 
le  mérite  sérieux  et  déjà  éclatant,  on  a  été  non  moins  heureux  de 
retrouver  le  célèbre  chanteur  n'ayant  rien  perdu  de  sa  voix,  de  sa 
belle  méthode  et  de  son  style  toujours  parfait. 

Graziani  a  phrasé  d'une  façon  délicieuse  une  jolie  mélodie,  et 
Mme  Dottini,  qui  remplaçait  Mme  Borghi-  Mamo,  a  fait  ap'précier  une 
vocalisation  très-hardie  et  très-nette.  Deux  joyeusetés  musicales,  dites 
par  Sainte-Foy  avec  infiniment  d'esprit  et  de  bon  goût,  ont  fait  le  plus 
grand  plaisir. 

—L'autre  jour,  dans  la  salle  Herz,  le  pianiste  du  roi  de  Hanovre, 
Alfred  Jaell,  obtenait  un  succès  dont  le  retentissement  a  été  grand  ; 
jeudi,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  le  violon-solo  du  même  souverain 
recevait  à  son  tour  un  accueil  des  plus  sympathiques.  S'il  fallait  s'en 
îvpporter  au  rare  mérite  de  ces  deux  artistes,  le  royaume  de  Hauovre 
serait  l'un  des  plus  riches  de  l'Allemagne  en  virtuoses  éminents. 
M.  Kœmpel,  un  des  disciples  les  plus  distingués  de  Spohr,  possède 
la  sûreté,  la  justesse,  le  style  pur,  sévère,  contenu,  et  pourtant  cha- 
leureux, de  la  belle  et  large  école  de  ce  maître. 

Le  jeune  violoniste  a  déployé  toutes  les  qualités  classiques  de  son 
jeu  dans  le  trio  en  ut  mineur  de  Mendelssohn  et  dans  une  sonate  de 
Beethoven  où  Mme  Szarvady  l'a  admirablement  secondé.  La  musique 
d'ensemble  sied  à  ravir  à  M.  Kœmpel.  Il  la  joue  simplement,  et  s'il  y 
met  de  l'âme,  il  n'y  met  aucune  affectation.  Là,  il  nous  a  paru  com- 
plet. Entre  plusieurs  solos,  il  a  exécuté  une  fantaisie  sur  des  mélodies 


DE  PARIS. 


107 


de  Jessonda  qui  attestent  par  leur  charme  la  supériorité  que  cette 
partition  a  conservée  parmi  les  plus  achevées  que  Spohr  ait  écrites. 
Mais  le  style,  les  traits,  la  sévérité  savante  qui  régnent  dans  cette  fan- 
taisie n'ont  pas  permis  à  M.  Kœmpel  de  montrer  s'il  pouvait  atteindre 
à  la  verve,  à  la  spontanéité,  aux  mille  séductions  de  la  fantaisie  mo- 
derne. Jaloux  de  prouver  tout  le  sérieux  et  toute  l'élévation  de  son 
talent,  il  n'a  voulu  devoir  ses  succès  qu'à  des  morceaux  classiques. 
Pourtant  la  liberté,  l'imagination,  qui  se  donnent  un  libre  cours  dans 
les  fantaisies  ne  sont  certes  point  à  dédaigner,  quand  elles  sont  ré- 
glées par  le  goût.  Vieuxtemps,  un  violoniste  sérieux  aussi,  leur  doit 
bien  des  bravos.  Le  jour  où  il  sera  un  peu  moins  exclusif,  après  avoir 
enchanté  les  doctes  par  quelques  pages  des  maîtres  savants,  M.  Kœm- 
pel enchantera  aussi,  nous  en  sommes  sûr,  ceux  qui,  moins  familia- 
risés avec  le  grand  style  allemand,  avec  les  sublimes  mais  parfois 
austères  beautés  de  Bach,  aiment  à  retrouver  dans  le  solo  une  manière 
un  peu  plus  lâchée,  il  est  vrai,  mais  qui  permet  à  l'archet  certaines 
coquetteries,  certaines  recherches  d'élégance,  certains  accents  de 
sensibilité  dont  la  valeur  artistique  a  bien  aussi  son  prix. 

La  brillante  vocalisation,  le  style  excellent  de  Mlle  Falconi  ont  été 
chaleureusement  applaudis. 

Adolphe  BOTTE. 


OBSERVATIONS  DE  QUELQUES  MUSICIENS 

Et    de    quelques    amateurs    sur    la    méthode    de 
musique  de  91.  le  docteur  Clievé  (1). 

Nous  nous  sommes  souvent  demandé  pourquoi  la  commission  de  1850 
avait  surexcité  la  colère  du  savant  professeur  ;  pourquoi  il  nous  avait 
accablés  d'injures  ;  en  quoi  nous  étions  plus  coupables  que  nos  de- 
vanciers, que  M.  Orfila,  par  exemple,  qui  avait  longtemps  présidé  les 
commissions  et  qui,  à  plusieurs  reprises,  s'était  prononcé  contre  l'en- 
seignement par  le  chiffre. 

Probablement  M.  le  docteur  Chevé  n'osait  déclarer ,  et  en  cela  il 
avait  parfaitement  raison,  qu'il  refusait  au  docteur  Orfila,  homme  de 
science,  doyen  de  la  Faculté,  et,  de  plus,  excellent  musicien,  les 
qualités  qu'il  nous  dénie,  et  auxquelles  nous  ne  prétendons  pas  :  «  la 
profondeur  de  vues,  le  sens  intellectuel,  la  compétence,  »  en  un  mot, 
la  dose  de  capacité  nécessaire  pour  apprécier  une  méthode  élémen- 
taire de  lecture  musicale.  Tout  le  monde,  en  effet,  conviendra  que 
M.  Orfila  réunissait  les  conditions  exigées.  Son  opinion,  qui  est  la 
nôtre,  subsiste  donc  avec  une  grande  valeur. 

M.  Chevé,  qui  a  une  tendance  manifeste  à  vouloir  régner  par  la 
terreur,  s'indigne  qu'on  ait  osé  publier  le  rapport  de  la  commission 
de  1850;  c'est,  selon  lui,  «un  abus  de  pouvoir,  une  lâche  méchan- 
ceté. »  Il  ne  demandait  pas  l'adoption  de  sa  méthode  :  non-seulement 
on  n'avait  pas  le  droit  de  publier  le  rapport,  on  n'avait  pas  même  le 
droit  de  faire  un  rapport,  d'examiner  son  livre  ;  il  demandait  seule- 
ment des  concours  comparatifs. 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  la  prétention  superbe  élevée  par 
M.  Chevé,  à  savoir  :  que  sa  méthode  est  sacrée,  qu'il  ne  reconnaît  à 
personne  le  droit  de  la  juger  ;  mais  n'est-il  pas  de  la  dernière  évi- 
dence qu'une  demande  de  concours  n'est  qu'une  stratégie,  une  forme, 
une  manière  de  demander  l'adoption  d'une  méthode  ;  autrement,  à 
quoi  bon  des  concours  comparatifs  ? 

Et  avant  de  donner  des  concours  comparatifs,  n'est-il  pas  juste,  con- 
venable, nécessaire,  que  l'administration,  qui  a  le  droit  de  les  ac- 
corder ou  de  les  refuser,  veuille  être  renseignée  sur  l'opportunité  de 
ces  concours,  qui  devront  infailliblement  amener  une  perturbation  dans 
les  travaux  ordinaires  des  écoles?  Faut -il,  parce  qu'un  concours  est 

(1)  Nous  avons  annoncé  déjà  plusieurs  fois  l'ouvrage  qui  porte  ce  titre,  et,  sui- 
vant notre  promesse,  nous  en  publions  aujourd'hui  le  paragraphe  que  l'on  va  lire. 


demandé,  l'accorder  sur-le-champ,  sans  discussion,  sans  examen  préa- 
lable, et  se  tenir  constamment  à  la  disposition  de  quiconque  a  l'idée 
de  demander  un  concours  ?  La  persistance  dans  une  demande  de  ce 
genre  constitue -t-elle  un  droit?  L'administration  n'a-t-elle  pas  le  de- 
voir de  faire  examiner  la  valeur  du  système  proposé  ?  Et  les  gens 
qu'on  charge  de  ce  travail  sont-ils  forcément  des  ignorants,  de  mé- 
chantes gens,  sans  honneur  et  sans  probité,  parce  qu'ils  ont  jugé  dans 
leur  âme  et  conscience  que  le  procédé  proposé  ne  peut  faire  la  base 
d'un  bon  enseignement? 

On  lit  sur  les  murs  de  Paris  :  «L'anglais  ou  l'allemand,  etc.,  enseigné 
en  25,  en  30  leçons;  »  ou  bien  :  «  Cours  de  mathématiques,  de  latin, 
éludes  pour  le  baccalauréat,»  etc.,  dans  des  conditions  analogues. 
Certes,  nous  tenons  les  professeurs  de  ces  cours  pour  gens  très- 
estimables,  et  nous  n'avons  garde  de  les  offenser,  mais  qu'arriverait - 
il  si  ces  professeurs  venaient  à  demander  publiquement,  hautement, 
que  leur  enseignement  fût  l'objet  de  concours  comparatifs  avec  l'en- 
seignement officiel,  comme  dit  M.  Chevé?  Que  répondrait  M.  le  mi- 
nistre de  l'instruction  publique  ou  le  conseil  supérieur  de  l'Université  ? 
Nous  n'en  savons  rien,  et  nous  ne  voulons  rien  préjuger.  Mais  n'y  a*-t- 
il  pas  lieu  de  croire  que  si  l'on  donnait  suite  à  ces  demandes,  avant 
d'ordonner  des  concours  comparatifs,  on  chargerait  d'honnêtes  gens, 
notoirement  connus  pour  savoir  l'anglais  ou  l'allemand,  ou  le  latin, 
ou  les  mathématiques,  etc.,  des  gens  qui  auraient  fait  preuve  de 
science  et  de  connaissances  pratiques,  de  rendre  compte  à  l'adminis- 
tration et  au  public  de  l'opportunité  des  concours  demandés,  et  de 
la  valeur  des  livres,  des  systèmes,  des  arguments,  des  procédés  an- 
noncés? 

Quelques  personnes  disent  :  Qu'importent  les  systèmes,  les  procé- 
dés, les  doctrines,  la  notation?  M.  Chevé  fait  chanter  des  choeurs 
et  ses  élèves  écrivent  sous  la  dictée. 

Cela  est  vrai,  c'est  à  cela  que  se  borne  l'enseignemeut  que  M.  Chevé 
veut  élever  à  une  si  grande  hauteur. 

Supposons  que  la  notation  universelle  soit,  comme  M.  Chevé  a 
grand  intérêt  à  le  proclamer,  inabordable  et  enveloppée  de  ténèbres  ; 
supposons  qu'on  recule  d'effroi  devant  une  page  de  musique  ;  que 
l'enseignement  musical  n'existe  pas  en  France  ;  que  l'on  ne  soit  jamais 
parvenu  à  faire  chanter  des  chœurs,  et  qu'au  milieu  de  cette  nuit 
profonde,  M.  Chevé  apparaisse,  la  lumière  à  la  main  ;  ah  !  nous  lui 
ferions  cortège,  nous  publierions  sa  gloire,  et  nous  n'y  aurions  aucun 
mérite;  en  secondant  ses  efforts,  nous  ne  ferions  qu'obéir  à  notre 
propre  intérêt. 

Mais  nous  sommes  obligés  de  dire  aux  hommes  de  bonne  foi  qui 
pourraient  se  laisser  persuader  que  le  système,  les  prétentions,  les 
plaintes  amères,  les  accusations  de  M.  Chevé  n'ont  aucune  raison 
d'être.  On  chante  partout  des  chœurs,  et  l'enseignement  élémentaire, 
celui  qui  convient  aux  orphéons  et  aux  réunions  populaires,  aussj 
simple  et  plus  vrai  que  celui  du  chiffre,  est  facilement  donné  et  faci- 
lement compris  (1). 

Il  y  a  à  Paris,  en  France,  en  Angleterre,  en  Belgique,  en  Alle- 
magne, dans  toute  l'Europe  un  nombre  considérable  de  sociétés  cho- 
rales lisant  la  musique,  chantant  sans  accompagnement  avec  justesse, 
netteté,  précision,  exprimant  les  nuances  les  plus  délicates,  et  cela 
par  les  principes  de  l'enseignement  général,  et  comme  une  chose  toute 
simple,  ordinaire,  qu'on  fait  tous  les  jours,  qu'on  apprend  facilement. 
Car  ces  sociétés  sont  modestes,  elles  chantent  pour  chanter,  pour  leur 
plaisir,  pour  celui  des  auditeurs,  et  ne  prennent  pas  l'univers  à  té- 
moin qu'elles  chantent  des  chœurs.  Et  c'est  pour  cela  que  beaucoup 
de  personnes  ignorent  l'existence  de  ces  sociétés,  et  peuvent  croire 
qu'en  effet  la  musique  est  quelque  chose  de  caché,  d'inaccessible, 
qu'il  faut  des  efforts  surhumains  pour  réunir  un  groupe  de  voix  hu- 

(1)  Nous  avons  entendu  dans  de  petites  communes  autour  de  Paris  des  orphéons 
qui,  après  six  mois  d'existence,  ont  donné  des  résultats  remarquables.  Nous  pour- 
rions citer  l'orphéon  de  llueil,  dirigé  par  M.  Heintz,  etc. 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


maines  en  un  ensemble  harmonieux,  et  que  cela  n'est  donné  qu'au 
maître  de  VÉcole  nouvelle,  hors  de  laquelle  il  n'est  point  de  salut. 

Car  M.  Chevé  se  nomme  toujours  Y  École  nouvelle  et,  en  vérité,  il 
y  a  là  un  grand  abus  de  mots.  On  dit  en  peinture  :  l'école  de  Raphaël, 
l'école  lombarde,  l'école  flamande,  etc.,  en  musique,  l'école  italienne, 
allemande,  française  ;  on  dit  l'école  de  Mozart,  mais  on  n'a  jamais 
dit  l'école  de  Rodolphe  (1).  Ne  fait  pas  école  qui  veut,  et  encore  faut- 
il  qu'il  y  ait  matière  à  école. 

(La  suite  prochainement.) 


REVUE  CRITIQUE. 

Arthur  Kalklti-eimer  :  Mosaïque  brillante  sur  le  Pardon  de 
Ploermel.  —  V.  Huiiten  :  Trois  fantaisies  sur  Marta.  — 
Ang.  Vincent:  Orphée,  de  Gluck.  — ff».  (Perny  :  Souvenir 
du  Prophète.  —  Bummel  :  Echos  des  opéras.  —  Edouard 

WoIA":  Ida,  valse-caprice;  Mathilde,  valse-caprice. 

Arthur  Kalkbrenner  porte  un  nom  qui  rappelle  une  de  nos  plus 
belles  écoles  de  piano,  et  en  même  temps,  des  compositions  dont 
quelques-unes  ne  périront  pas.  Noblesse  oblige  ;  il  semble  ne  pas 
l'oublier  :  il  écrit,  dit-on,  —  car  nous  ne  les  avons  pas  entendues,  — 
des  choses  très-aimables,  en  attendant  sans  doute  des  productions  plus 
sérieuses.  Sa  Mosaïque  brillante  sur  le  Pardon  de  Ploermel  a  beau- 
coup de  charme.  Les  mélodies  de  la  Berceuse,  de  l'air  de  l'Ombre, 
de  la  Légende,  quoique  très-rapprochées,  sont  liées  avec  art.  L'in- 
troduction faite  avec  la  chanson  du  Chasseur  est  ravissante,  peu  dif- 
ficile et  néanmoins  très  brillante.  Sauf  de  jolies  variations  qui  ramè- 
nent la  berceuse  à  la  fin  du  morceau  et  qui  permettront  aux  jeunes 
pianistes  de  déployer  toute  la  vélocité  de  leurs  doigts,  dans  plusieurs 
traits  en  notes  répétées  et  en  arpèges  bien  écrits  pour  l'instrument, 
le  piano  tient  à  honneur  de  reproduire  fidèlement  le  texte  du  maître 
et  d'en  faciliter  le  sens  aux  intelligences  musicales  des  élèves. 

Souder  ainsi  avec  habileté  des  motifs  de  caractères  si  différents, 
mettre  dans  ce  travail  du  goût  et  de  la  correction,  c'est  se  montrer 
harmoniste  plus  encore  que  pianisle  ;  et  ne  pas  essayer  d'embellir  de 
semblables  chants,  se  résigner  à  les  joindre  le  plus  harmonieusement 
possible ,  c'est  prouver  qu'on  les  comprend  et  qu'on  est  digne  d'y 
toucher.  Ces  qualités  sont  plus  rares  qu'on  ne  pense.  En  effet,  quel 
gaspillage  ne  voit-on  pas  tous  les  jours,  quelle  absence  de  tact  dans 
la  disposition  des  trésors  mélodiques  offerts  par  la  partition  !  que  de 
chétives  harmonies  viennent  contraster  avec  celles  des  maîtres  et  leur 
faire  ombre! 

La  Mosaïque  d'Arthur  Kalkbrenner  plaira,  parce  que  la  pensée  de 
l'illustre  compositeur  y  prédomine  constamment,  qu'elle  éclaire  tous 
les  ornements  ajoutés  par  le  pianiste  ;  elle  plaira  encore  parce  qu'elle 
est  accessible  à  tous,  et  qu'elle  demande  plus  de  sentiment  que  d'exé- 
cution. 

—  Dans  les  pensionnats,  il  n'est  guère  de  compositeur  plus  connu 
que  Hïmten.  Presque  toutes  les  jeunes  pianistes  lui  doivent  leur  pre- 
mière initiation  aux  beautés  musicales.  Ses  nouvelles  fantaisies  à 
quatre  mains,  sur  Marta,  sont  encore  écrites  pour  des  musiciennes 
peu  habiles.  La  touchante  romance  de  la  Rose  se  trouve  dans  le  nu- 
méro 2,  et,  malgré  cela,  nous  ne  savons  lequel  de  ces  trois  morceaux 
sera  le  préféré ,  car  ils  sont  également  chantants  et  expressifs.  Us  con- 
tiennent les  plus  jolis  motifs  de  la  délicieuse  partition  de  M.  de  Flotow. 
Tout  en  laissant  ce  qu'il  y  a  de  plus  difficile  à  la  première  partie , 
Hûnten  confie,  de  temps  en  temps,  à  la  seconde,  qu'il  rend  toujours 
intéressante  aussi,  quelque  petit  trait  bien  en  dehors,  bien  brillant, 

(1)  Auteur  d'un  solfège  qui  a  eu  une  grande  vogue. 


bien  à  effet,  de  façon  à  ce  que  tout  le  monde  puisse  montrer  son  intel- 
ligence, sa  précision  et  ses  progrès.  L'harmonie  gagne  beaucoup  à 
cette  distribution  plus  égale,  qui  permet  au  compositeur  de  mettre  un 
peu  plus  de  richesse  qu'il  n'y  en  a  ordinairement  dans  ces  petits 
ouvrages.  Si  la  vogue  n'a  pas  été  éphémère  pour  Hûnten  comme  pour 
tant  d'autres,  si  sa  popularité  a  survécu  aux  nombreux  succès  qu'il  a 
obtenus,  c'est  qu'il  a  suivi  avec  beaucoup  de  tact  les  transformations 
du  piano,  et  que,  tout  en  satisfaisant  les  exigences  du  jeune  public 
auquel  il  s'adressait,  il  a  toujours  prouvé  du  savoir  et  du  goût. 

—  L'Orphée,  de  Gluck,  exhumé  avec  tant  de  bonheur  par  le  théâ- 
tre Lyrique,  a  fait  naître  toutes  sortes  d'arrangements.  Les  pianistes 
se  sont  abattus  sur  cet  admirable  opéra  et  lui  ont  pris  quelques  pages, 
qu'ils  ont  déposées  ensuite,  avec  plus  ou  moins  d'habileté,  dans  leurs 
fantaisies.  Parmi  ceux  qui  ont  choisi  la  célèbre  romance  :  J'ai  perdu 
mon  Eurydice,  il  faut  citer  Aug.  Vincent.  Transcripteur  souvent  heu- 
reux, il  a  réussi,  encore  cette  fois,  à  écrire  un  morceau  très-intéres- 
sant et  très-brillant.  11  ne  s'est  pas  contenté  de  la  sublime  romance  que 
tout  le  monde  chante  ou  joue  à  cette  heure  ;  un  bel  allegro  vient 
contraster  avec  le  touchant  andànte.  Le  chœur  des  démons,  attaqué  en 
octaves  par  la  basse,  fait  entendre  la  large  et  puissante  harmonie  : 

Quel  est  l'audacieux 

Qui  dans  ces  sombres  lieux. 

Des  arpèges  en  triolets,  confiés  à  la  main  droite,  accompagnent 
harmonieusement  ce  chant  qui  bientôt  monte  à  l'aigu  et  se  développe 
avec  beaucoup  d'ampleur.  Ce  joli  morceau  n'offre  assurément  rien  de 
bien  nouveau  au  point  de  vue  instrumental  ;  mais,  on  le  sait,  le  nou- 
veau est  rare.  D'ailleurs,  on  s'en  passe  si  bien  quand  on  fait  entendre 
la  musique  de  Gluck  ;  elle  porte  en  elle  tant  de  jeunesse,  de  passion, 
de  vie  et  de  vérité  qu'on  peut  ne  se  préoccuper  que  d'en  transcrire 
simplement  les  impérissables  beautés. 

—  S'inspirant  du  Prophète,  Perny  a  composé  pour  piano  un  très- 
joli  caprice.  Les  souvenirs  de  la  magnifique  partition  de  Meyerbeer 
y  sont  nombreux  et  charmeront  tous  ceux  qui  aiment  la  musique  large 
et  pathétique.  Ce  morceau,  assez  difficile,  annonce  un  pianiste  habile 
en  même  temps  qu'un  harmoniste  correct.  Entre  autres  fraîches  et 
pures  mélodies,  l'auteur  a  traité  avec  une  certaine  sobriété  de  notes 
la  romance  de  Jean  de  Leyde.  Assurément,  elle  fera  plus  de  plaisir 
ainsi  et  touchera  plus  vivement  les  cœurs  que  s'il  s'était  évertué  à 
prodiguer  les  difficultés,  à  gâter  ces  chants  si  profondément  drama- 
tiques, en  voulant  les  développer  et  les  orner  outre  mesure. 

—  Sous  ce  titre  :  Echos  des  opéras,  Rummel  publie  une  charmante 
collection.  C'est  un  des  compositeurs  les  plus  heureux  que  nous  con- 
naissions ;  à  l'avance  il  est  sûr  du  succès.  Le  moyen  vraiment  de  n'en 
pas  avoir,  quand  on  choisit  clans  les  meilleures  œuvres  des  maîtres 
leurs  plus  belles  inspirations  !  Hier,  il  prenait  les  chants  nobles  et  éle- 
vés de  Meyerbeer;  aujourd'hui,  il  prend  les  mélodies  fines  et  gracieuses 
d'Auber.  Son  dernier  morceau  est  une  jolie  petite  fantaisie  sur  la 
Muette.  Une  brillante  introduction,  l'air  du  sommeil,  la  célèbre  bar- 
carolle  :  Amis,  la  matinée  est  belle,  et  la  marche  de  l'ouverture  y  sont 
réunis  avec  autant  d'habileté  que  de  goût. 

—  Les  polkas,  les  mazurkas  sont  ordinairement  des  œuvres  qui 
n'ont  d'autre  ambition  que  celle  de  plaire  aux  gens  du  monde  et  d'être 
jouées  distraitement  par  quelques  jeunes  filles,  songeant  à  toute  autre 
chose  qu'à  chicaner  l'auteur  sur  la  pauvreté  de  son  imagination  et 
sur  la  trivialité  de  ses  ornements.  Néanmoins  dans  les  compositions 
les  plus  légères  et  les  moins  méditées,  on  peut  encore  montrer  du  ta- 
lent; on  peut,  dans  la  valse  surtout,  répandre  bien  de  la  poésie  et 
faire  harmonieusement  succéder  au  bond  de  la  passion,  du  plaisir  et  de 
la  folle  ivresse  les  plus  douces  et  les  plus  voluptueuses  rêveries.  C'est 
ce  que  vient  de  faire  dans  Mathilde  et  Ida,  Ed.  Wolff,  le  plus  infatiga- 
ble des  pianistes-compositeurs.  11  a  publié  tant  de  jolis  morceaux  — 
il  en  est  à  l'op.  235  —  qu'on  pourrait  s'étonner  de  retrouver  dans  ses 


DE  PAKIS. 


109 


nouvelles  valses  les  mêmes  qualités  élégantes  qui  brillèrent  pendant 
ses  plus  fécondes  et  ses  plus  riches  années.  Grâce  à  des  traits  d'une 
rare  distinction,  à  des  harmonies  piquantes,  à  des  chants  heureux,  qui 
ne  tombent  jamais  dans  la  banalité,  malgré  leur  allure  facile  et  déga- 
gée, ces  deux  dernières  pages  d'Ed.  Wolff  ne  déparent  point  son  œu- 
vre. Elles  y  ajoutent,  au  contraire,  des  morceaux  gracieux  et  bien 
conduits,  qui  ne  démentent  en  ripn  la  réputation  de  compositeur  ins- 
piré que  l'auteur  a  conquise  par  des  publications  où  le  goftt  et  l'imagi- 
nation ont  toujours  été  marqués. 

Adolphe  BOTTE. 


NECROLOGIE. 

Cet  artiste,  dont  la  fin  si  prématurée  a  causé  une  impression  de 
surprise  douloureuse,  était  né  dans  une  petite  ville  des  basses  Alpes,  et 
avait  pour  père  un  musicien  dont  le  talent  plus  que  modeste  était  l'uni- 
que fortune.  Dès  l'âge  de  seize  ans  il  vint  à  Paris  :  il  entra  au  Con- 
servatoire, où  sa  vocation  se  révéla.  Au  lieu  d'une  leçon  d'harmonie,  il 
apportait  souvent  à  son  maître,  M.  Halévy,  l'esquisse  d'un  quadrille. 
Nous  ne  rappellerons  pas  ici  comment  il  arriva  plus  tard  à  se  faire  une 
popularité  plus  grande  que  celle  de  tous  ses  devanciers  et  ri- 
vaux. Il  la  dut  à  son  talent  et  plus  encore  à  son  caractère.  11  avait 
dans  son  genre  quelque  chose  de  l'audace  et  de  l'intrépidité  qui  fait 
les  héros.  C'est  par  là  surtout  qu'il  réussit  en  Angleterre,  sa  seconde 
patrie,  et  que,  pendant  vingt  ans,  il  y  continua  triomphalement  ses 
Promenades-concerts,  dont  il  avait  le  secret  de  perpétuer  la  vo- 
gue. Dans  ses  mains,  le  bâton  de  mesure  s'était  changé  en  un 
sceptre  magique,  doué  d'une  irrésistible  puissance.  Aurait-il  re- 
trouvé chez  nous  la  même  influence  et  le  même  succès  dans  l'en- 
treprise qu'il  était  sur  le  point  de  tenter  ?  Cela  est  plus  que  dou- 
teux. Jullien  connaissait  mieux  l'Angleterre  que  la  France,  et  par 
delà  le  détroit,  la  fibre  populaire  lui  répondait  mieux  qu'en  deçà. 
Le  Musical  World  lui  a  consacré  un  article  que  nous  voudrions  pou- 
voir reproduire  La  physionomie  de  l'artiste  et  de  l'homme  y  est  des- 
sinée de  main  de  maître.  Au  seul  bruit  de  la  terrible  maladie  qui 
était  venue  le  frapper,  une  souscription  avait  été  ouverte  à  Londres. 
On  savait  que  ce  musicien,  qui  avait  fait  et  défait  plusieurs  fortunes  de 
nabab,  laissait  une  femme  et  une  fille  adoptive  absolument  sans  res- 
sources. Maintenant  on  s'occupe  d'organiser  à  leur  bénéfice  un  grand 
concert,  auquel  tous  les  artistes  éminents  s'empresseront  de  concourir. 
A  Paris,  on  ne  fera  pas  moins,  et  Arban  est  chargé  de  préparer  la 
solennité  qui  aura  lieu  d'ici  à  peu  de  temps,  dans  le  cirque  des  Champs- 
Elysées.  C'est  le  plus  digne  tribut  que  l'on  doive  à  la  mémoire  d'un 
artiste  qui,  malgré  des  travaux  immenses,  ne  lègue  à  ceux  qui  lui 
étaient  chers  d'autre  héritage  que  son  nom. 


NOUVELLES. 


„,*„.  Par  extraordinaire,  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  donnera  au- 
jourd'hui la  424e  représentation  de  Robert  le  Diable. 

„,**  Dimanche  dernier  on  a  donné  la  Favorite,  et  le  lendemain  lundi 
Guillaume  Tell.  Pierre  de  Mèdicis  a  été  joué  mercredi  et  vendredi. 

***  L'engagement  de  Mlle  Marie  Brunet  a  été  résilié  d'un  commun 
accord.  La  jeune  artiste  se  rend  à  Londres,  où  elle  va  chanter  au  théâtre 
royal  italien. 

*%  S.  M.  l'Empereur,  voulant  témoigner  à  Mme  Ferraris  tous  le  plai- 
sir qu'elle  lui  avait  fait  dans  sa  nouvelle  création  du  rôle  de  Diane,  dans 
le  ballet  de  l'ierrede  Mèdicis,  lui  a  fait  remettre,  par  M.  le  comte  Baccio- 
chi,  un  superbe  bracelet  enrichi  de  diamants. 


„%  Les  sœurs  Marchisio  sont  attendues  à  Paris  pour  le  5  avril.  La  se- 
maine prochaine  les  chœurs  commenceront  à  répéter  Sêmiramis.  Outre 
une  mise  en  scène  splendide.  les  décorations  offriront  une  étude  des  plus 
curieuses  au  point  de  vue  artistique  et  archéologique,  car  la  direction 
se  propose  d'y  restituer  la  Babylone  antique  avec  toutes  ses  merveilles, 
et  les  études  les  plus  minutieuses  sont  faites  à  ce  sujet.  On  espère  que 
le  chef-d'œuvre  de  Rossini  pourra  être  représenté  à  la  fin  de  juin.  Le 
ballet  compo-é  pour  Mlle  Emma  Livry  viendra  ensuite. 

„.**  Le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  joué  mercredi  avec  un  admirable 
ensemble.  Faure,  qui  va  bientôt  nous  quitter  et  qui  tient  à  augmenter 
nos  regrets,  n'avait  jamais  mieux  chanté  le  rôle  d'Hoël  ;  Mme  Cabel  a 
obtenu  son  succès  accoutumé  dans  celui  de  Dinorah,  et  Sainte-Foy  a  été, 
comme  toujours,  d'un  comique  excellent  dans  celui  de  Corentin.  Bar- 
rielle,  Warot,  Mmes  Hévilly  et  l'rost  ont  aussi  enlevé  leur  bonne  part  de 
bravos. 

„%  Quoique  l'indisposition  qui  tient  depuis  quinze  jours  Mlle  Monrose 
éloignée  de  la  scène  ait  diminué,  la  jeune  cantatrice  ne  pourra  probable- 
ment pas,  avant  la  fin  de  la  semaine  prochaine,  reprendre  le  rôle  qu'elle 
a  créé  d'une  façon  si  remarquable  dans  le  Roman  d'Elvire. 

„*»  Outre  le  Château-  TnmipeUe,  en  répétition  à  l'Opéra -Comique,  on  a 
mis  à  l'étude  un  acte  inédit  de  Donizetti,  poëme  de  G.  Vaez,  dans 
lequel  Mine  Faure-Lefebvre  créerait  uu  rôle  important. 

***  En  quittant  le  théâtre  de  l'Opéra-Comique,  Faure  se  rendra  à 
Londres,  où  il  va  inaugurer  sa  carrière  de  chanteur  italien.  Engagé  par 
M.  Gye,  directeur  du  théâtre  de  Covent-Garden,  il  y  débutera  dans  le 
Pardon  de  Ploërmel  (il  Pelegrinaggio).  Mme  Miolan-Carvalho  chantera  le 
rôle  de  Dinorah,  créé  par  elle  la  saison  dernière. 

***  Au  théâtre  Italien,  mardi  dernier,  pendant  le  troisième  acte  du 
Trovatore,  le  voile  que  portait  Mme  Penco  ayant  pris  feu  tout  à  coup, 
la  cantatrice  s'est  vue  environnée  de  flammes,  qu'on  a  pu  heureusement 
comprimer,  sans  qu'il  en  résultât  d'autre  mal  qu'une  émotion  très-vive. 
Cependant  Mme  Penco  a  pu  achever  son  rôle,  mais  le  lendemain  elle 
était  indisposée  et  forcée  de  garder  le  lit.  —  Le  concert  pour  l'œuvre 
des  faubourgs,  qui  devait  avoir  lieu  le  soir  même,  a  été  remis  au  mer- 
credi suivant,  28  mars. 

*%  Mardi,  27  mars,  aura  lieu  la  première  représentation  d'il  Crociato 
in  '  Egitlo,  de  Meyerbeer.  Cet  opéra  sera  chanté  par  Merly,  Angelini, 
Mmes  Borghi  Mamo,  Penco  et  Albont. 

***  Dans  la  représentation  de  Don  Giovanni,  donnée  dimanche,  Tam- 
berlick  remplissait  le  rôle  de  Don  Ottavio.  Il  a  chanté  l'air  /(  mio  lesoro 
avec  un  succès  hors  ligne,  et  comme  personne  ne  l'avait  fait  depuis 
Rubini. 

*%  Hier  samedi,  le  théâtre  Lyrique  a  donné  la  première  représenta- 
tion de  Gil-blas,  opéra  en  cinq  actes,  dont  le  rôle  principal  est  confié  à 
Mme  Ugalde. 

„%  C'est  mardi  qu'aura  lieu  aux  Bouffes-Parisiens  la  première  représen- 
tation de  Daphnis  et  Chloé,  opérette  en  un  acte  de  M.  Clairville,  mu- 
sique de  M.  Offenbach,  et  dans  laquelle  Mlle  Juliette  Beau  débutera  par 
le  rôle  de  Daphnis.  Le  même  jour  aura  lieu  également  la  première  repré- 
sentation de  C'était  moi,  un  acte  de  MM.  de  Najac  et  Deulen,  musique  de 
M.  Debillemont.  —  On  répète  activement  au  même  théâtre  un  acte  de 
M.  le  comte  Gabrielli;  un  acte  de  Mme  de  Granval  ;  deux  petits  actes, 
dont  trois  jeunes  compositeurs,  MM.  Hignard,  Delibes  et  Erlanger,  ont 
écrit  la  musique  ;  un  acte  de  M.  Gastinel  et  un  acte  de  M.  Bazzoni. 

„%  Mme  Stoltz  est  en  ce  moment  à  Londres  ;  elle  se  rendra  bientôt  à 
Vienne. 

***  Voici  le  programme  du  concert  donné  aujourd'hui  à  deux  heures 
par  la  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  :  1°  Fragments  de 
Struensée,  de  Meyerbeer,  redemandés  ;  2°  chœur  des  génies  d'Oberon  ; 
3"  symphonie  inédite  de  Saint-Saens;  4°  fantaisie  pour  le  violoncelle,  de 
Servais  ;  5°  chœur  des  bacchantes  de  Philémon  et  Baucis  ;  6°  septuor  de 
Beethoven. 

„,**  On  joue  en  ce  moment,  au  théâtre  royal  de  Nice,  un  opéra  italien 
intitulé  Marie  Tudor,  musique  d'un  compositeur  russe  qui  a  fait  trois  ans 
d'études  à  Milan  sous  les  meilleurs  maîtres.  Son  ouvrage,  interprété  par 
une  troupe  d'élite,  a  eu  du  succès.  Le  premier  rôle  était  naturellement 
dévolu  à  Mme  Sanchioli  ;  les  autres  sont  échus  à  MM.  Pasi,  ténor;  Cota- 
gni,  baryton,  etc.,  etc.  L'impératrice-mère,  qui  tient,  comme  on  sait,  une 
cour  brillante  à  i\ice,  a  fait  appeler  la  cantatrice,  et  lui  a  demandé  les 
principaux  morceaux  du  nouvel  opéra.  Mme  Sanchioli  a  fait  à  l'auguste 
malade  une  agréable  surprise,  eu  ajoutant  une  romance  de  Glinka  en 
russe,  accompagnée  sur  le  violoncelle  par  le  comte  Wielhorsky, 
chambellan  et  excellent  amateur. 

„*„  Le  tribunal  de  police  correctionnelle  de  la  Seine  (6e  chambre) 
vient,  après  de  nombreuses  audiences  consacrées  aux  plaidoiries,  de 
condamner  MM.  Besson,  Kaoux,  Halary  père,  Tournier,  Goumas,  Beau- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


bœuf,  Victor  Jacob,  etc.,  comme  contrefacteurs  des  instruments  Sax. — 
Nous  donnerons  dimanche  un  extrait  de  ce  jugement. 

**„,  Joseph  Wieniawski  s'est  décidé  à  donner  un  concert  a  grand  or- 
chestre, qui  doit  avoir  lieu  le  jeudi  26  avril  à  huit  heures  du  soir, 
dans  la  salle  Herz.  On  y  entendra  le  concerto  en  sol  mineur,  composé 
par  réminent  bénéficiaire. 

„%  M.  Adolphe  Fétis  annonce  pour  samedi  31  mars  une  grande  ma- 
tinée musicale  dans  les  salons  de  MM.  Pleyel,  Wolff  et  Cc.  Mme  Pleyel, 
dont  le  merveilleux  talent  a  produit  cet  hiver  une  si  grande  sensation, 
jouera  à  ce  concert  pour  la  dernière  fois  pendant  son  séjour  à  Paris. 
Mme  Faur-Lefebvre,  MM.  Jourdan,  Géraldy  et  Ueswert  prêtent  au  jeune 
compositeur  l'appui  de  leur  talent. 

„,%.  Le  concert  annuel  d'Ernest  Nathan  est  annoncé  à  l'hôtel  du  Louvre 
pour  mercredi,  28  mars.  Outre  un  trio  nouveau  de  sa  composition  pour 
orgue,  piano  et  violoncelle,  M.  Nathan  offre  aux  amateurs  une  opérette 
exécutée  par  Mlle  Chabert,  des  Bouffes-Parisiens,  Briand  et  Tacova  ;  et  de 
plus  Mlle  de  la  Pommeraye,  MM.  Graziani,  Solieri,  les  frères  Lionnet, 
Herrman,  Lacombe  et  A.  Lebeau  prêteront  leur  concours  au  béné- 
ficiaire. 

**t  Le  Moniteur  belge  signale  à  l'attention  de  ses  lecteurs  l'Histoire  gé- 
nérale et  chronologique  de  1830  à  1860  que  vient  de  publier  M.  Gustave 
Oppelt.  Cet  ouvrage,  remarquable  par  la  verve  rapide  et  entraînante 
du  récit,  joint  à  une  réunion  de  rares  documents  historiques  une  appré- 
ciation approfondie  des  choses  politiques,  militaires  et  diplomatiques. 
C'est  l'histoire  officielle  en  quelque  sorte  de  la  révolution  belge  et  du 
règne  de  Léopold  1".  Aussi  le  roi  des  Belges  et  LL.  AA.  RR.  le  duc  de 
Brabant  et  le  comte  de  Flandre  se  sont-ils  inscrits  en  tête  de  la  liste  de 
souscription.  L'exécution  typographique  est  remarquable  et  sort  des 
presses  de  M.  Ilayez. 

;,,*„  Un  compositeur  dont  tout  le  monde  connaît  les  charmantes  pro- 
ductions, M.  A.  Croisez,  annonce  pour  le  31  mars,  dans  les  salons 
d'Erard,  une  soirée  dans  laquelle  il  veut  faire  entendre  ses  œuvres  les 
plus  nouvelles  pour  le  piano  et  pour  la  harpe. 

***  L'Association  de  fabricants  et  artisans  pour  le  patronage  d'orphe- 
lins des  deux  sexes,  présidée  par  M.  le  baron  Ch.  Dupin,  donnera,  le 
dimanche  25  mars,  à.  huit  heures  du  soir,  dans  la  salle  Herz,  son  concert 
annuel  dans  lequel  se  feront  entendre,  pour  la  partie  vocale,  Mmes  Grisi, 
Belia  et  Dubois,  MM.  Marochetti  et  Lavessiôre,  et,  pour  la  partie  ins- 
trumentale, MM.  D'Aubel,  Daussoigne-Mehul,  etc.  On  trouve  des  billets 
chez  MM.  Hadaman,  rue  Bleue,  14  ;  Dufourmantelle,  quai  de  la  Grève,  26  ; 
Lambert,  boulevard  Beaumarchais,  2;  à  l'agence  de  l'Association,  rue 
Neuve-Saint-Merry,  9,  et  à  la  salle  Herz,  rue  de  la  Victoire,  48. 

**„,  Plusieurs  pianistes  ont  été  successivement  appelés  à  jouer  à  la 
cour  :  M.  Hans  de  Bulow  a  d'abord  eu  cet  honneur,  et  il  s'est  fait  en- 
tendre sur  un  des  magnifiques  instruments  de  la  maison  Pleyel-Wolff, 
envoyé  par  elle  aux  Tuileries  pour  cette  solennité,  Emile  Prudent  y  a, 
à  son  tour,  exécuté,  mardi  dernier,  sa  délicieuse  fantaisie  sur  la  Son- 
nambula.  S.  M.  l'impératrice  a  daigné'  le  complimenter  elle-même  sur 
son  beau  talent. 

***  Jeudi  prochain  29  mars,  à  l'occasion  de  la  fête  des  écoles  du 
2e  arrondissement,  une  messe  à  grand  orchestre,  de  la  composition  de 
M.  Benoist,  sera  exécutée  à  Saint-Eustache,  à  11  heures  très-précises,  par 
les  artistes  du  théâtre  Italien,  sous  la  direction  de  M.  Hurand,  maître  de 
chapelle  de  cette  église.  Les  solos  seront  chantés  par  M.  Guyot  et  un 
autre  artiste  distingué. 

»*„  C'est  demain  soir  lundi  qu'aura  lieu  à  la  salle  Herz  le  beau  con- 
cert de  Bernard  Rie,  dont  nous  avons  donné  le  programme  dans  notre 
dernier  numéro. 

***  Mlle  Delphine  Champon,  élève  de  Lacombe,  est  de  retour  a  Paris; 
appelée  dans  le  Nord  par  plusieurs  Sociétés  philharmoniques,  elle  s'y 
est  fait  entendre  avec  un  grand  succès  sur  l'orgue  Alexandre. 

»**  M.  Baur  annonce  un  second  concert  pour  le  23  avril,  dans  les 
salons  de  MM.  Pleyel,  Wolff  et  C<\ 

„*„  Un  journal  allemand  va  publier  incessamment  les  mémoires  {Sou- 
venirs de  la  vie)  de  Mme  Schroeder-Devrient. 

„.%  Demain  lundi,  à  11  heures  et  demie,  l'Association  des  artistes  mu- 
siciens célébrera  la  fête  de  l'Annonciation,  en  faisant  exécuter,  par 
400  artistes,  dans  l'église  métropolitaine  de  Notre-Dame,  la  13m0  messe 
en  mi  bémol  de  Mozart.  La  messe  sera  précédée  de  la  Marche  religieuse, 
avec  accompagnement  de  harpes,  dernière  œuvre  d'Adolphe  Adam.  Les 
dames  patronnesses  et  M.  Bolle-Lasalle,  agent-trésorier  de  la  Société  des 
musiciens,  rue  de  Bondy,  68,  tiendront  à  la  disposition  des  bienfaiteurs 
de  l'OEuvre,  des  lettres  d'admission  dans  l'enceinte  réservée. 

„,**  Les  éditeurs  du  Ménestrel  viennent  d'enrichir  leur  belle  collection 
de  musique  de  piano  de  plusieurs  œuvres  nouvelles  de  Ch.-B.  Lysberg, 


sous  le  titre  :  Ressouvenir,  ballade;  l'Echarpe  blanche,  valse,  et  Don  Juan, 
grand  duo  pour  deux  pianos  sur  les  plus  beaux  motifs  du  chef-d'œuvre 
de  Mozart,  qui  a  également  inspiré  à  M.  Lysberg  une  remarquable  mo- 
saïque pour  piano  seul,  intitulée,  Souvenirs  de  Don  Juan. 

**„  Le  29  mars,  Mlle  A.  Zadrobilek,  élève  de  Dreyschok,  dont  nous 
avons  parlé  avec  éloge  dans  un  de  nos  derniers  numéros,  donnera,  dans 
la  salle  Beethoven,  un  second  concert,  k  8  heures  du  soir. 

**;:,  Mlle  O.  Hersant,  professeur  au  Conservatoire,  vient  d'ouvrir  des 
cours  de  piano,  d'harmonie  et  de  lecture  musicale,  n°  12,  rue  Papillon 
(faubourg  Poissonnière).  Chacun  de  ces  cours  a  lieu  deux  fois  par  se- 
maine, et  les  élèves  y  sont  classées  par  divisions.  Les  jours  fixés  pour  se 
faire  inscrire  sont   le  lundi  et  le  jeudi. 

„,**  Le  concert  de  Mlle  Albertine  Segisser  est  remis  au  lundi  8  avril, 
à  huit  heures  du  soir. 

2*2  Une  deuxième  audition  des  Chansons  populaires  des  provinces  de  la 
France  est  annoncée  pour  jeudi  prochain,  29  mars,  à  8  heures  du  soir, 
dans  la  salle  Herz.  On  y  entendra  Mmes  Ch.  Ponchard,  J.  Martin,  Gugen- 
heim,  chœur.  Le  concert  sera  dirigé  par  M.  Wekerlin.  On  terminera 
par  un  opéra  de  salon. 

*%  J.  F.  Dotzauer,  violoncelliste,  est  mort  à  Dresde  le  6  mars  dernier. 
Né  en  1783  à  Husselrieth,  près  de  Hildburghausen,  il  était  depuis  1811 
membre  de  la  chapelle  royale;  il  s'était  fait  connaître  avantageusement 
par  de  nombreuses  compositions  pour  son  instrument;  on  lui  doit  éga- 
lement un  opéra,  une  symphonie  et  plusieurs  messes. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„,*„  Routn,  17  mars.  —  Hier,  entre  le  deuxième  et  le  troisième  acte 
du  Pardon  de  Ploe'rmel,  l'orchestre  exécuta,  avec  l'ensemble  le  plus  par- 
fait, la  Marche  aux  flambeaux,  de  Meyerbeer,  après  laquelle  le  doyen  des 
musiciens  de  l'orchestre  se  leva  et  offrit  à  leur  chef,  M.  Bernard,  un 
superbe  bâton  de  mesure  (ébène  et  argent  ciselé)  portant  sur  un  cordon 
d'argent  la  date  et  la  cause  du  présent.  De  plus,  un  abonné,  au  nom 
des  abonnés  et  habitués  du  théâtre,  lui  présenta  une  riche  bague  en  dia- 
mants, ainsi  qu'une  énorme  couronne  vert  et  or.  La  salle  tout  entière 
s'associa  par  ses  bravos  redoublés  à  cette  manifestation  inusitée  que 
justifient  trois  années  d'excellents  services.  —  Une  jeune  cantatrice  qui 
a  fait  ses  débuts  au  grand  Opéra  de  Paris,  Mlle  Audibert,  obtient  ici  des 
succès  éclatants.  On  remonte  pour  elle  le  Prophète. 

*%  Lyon.  —  A  la  suite  d'une  indisposition  qui  l'avait  éloignée  de 
notre  scène  pendant  un  mois,  Mme  Vandenheuvel  a  fait  sa  rentrée 
au  Grand  Théâtre  dans  le  Barbier  de  Séville.  —  Le  concert  annuel  de 
M.  George  Hainl.  qui  a  eu  lieu  samedi  soir  au  Grand-Théâtre,  a  été, 
comme  d'ordinaire,  une  véritable  solennité  musicale  réunissant  un  audi- 
toire aussi  nombreux  que  brillant.  On  y  a  entendu  le  trio  cVIl  Matri- 
monio  segreto,  le  chœur  des  soldats  de  Faust,  puis  l'ouverture  si  drama- 
tiquement coupée  du  Pardon  de  Ploe'rmel.  Mme  Vandenheuvel  a  redit 
l'air  de  VOmbre,  l'un  des  principaux  morceaux  de  cet  ouvrage,  et 
qu'elle  avait  chanté  pour  la  première  fois  à  Lyon  l'année  dernière. 

t*t  Rennes.  —  Mme  Laurence  a  choisi  pour  sa  représentation  d'adieux 
Robert  le  Diable  que  notre  public  réclamait  vivement.  Afin  de  satisfaire 
à  ce  vœu,  notre  première  chanteuse,  au  moyen  de  la  suppression  de 
quelques  mesures  dans  la  partition,  chantera  les  deux  rôles  d'Alice  et 
d'Isabelle. 


CHRONIQUE   ÉTRANGÈRE. 


***  Anvers.  —  Le  célèbre  pianiste-compositeur  II .  Litolff  vient  de  nous 
arriver  chargé  des  lauriers  qu'il  avait  cueillis  à  Liège.  La  Société  royale 
d'harmonie  ne  pouvait  clore  plus  brillamment  la  série  de  ses  concerts 
de  la  saison  qu'en  nous  faisant  entendre  un  artiste  aussi  exceptionnel 
que  Litolff,  et  nous  disons  exceptionnel  a  dessein,  car  il  est  rare  de 
cumuler  à  un  aussi  haut  point  le  talent  du  virtuose  et  le  génie  du 
compositeur.  Nous  ne  répéterons  pas  les  éloges  prodigués  par  nos  con- 
frères de  Liège  aux  compositions  diverses  exécutées  par  Litolff;  mais 
nous  dirons  que  son  troisième  et  son  quatrième  concerto  symphonique,  ses 
octaves,  son  ouverture  des  Girondins,  ont  enthousiasmé  la  foule;  que  cet 


DE  PARIS. 


111 


enthousiasme  s'est  traduit,  après  chaque  morceau,  par  des  bravos  fréné- 
tiques, des  rappels  et  des  bouquets  jetés  à  ses  pieds  de  toutes  les  parties 
de  la  salle.  En  un  mot,  que  son  triomphe  a  été  complet.  —  Dans  une 
réunion  d'intimes  qui  a  eu  lieu  pour  fêter  le  célèbre  pianiste,  les  admi- 
rateurs de  ce  grand  artiste,  éblouis  par  son  merveilleux  talent  et  sa 
supériorité  incontestable,  ont  spontanément  décidé  que  le  navire  en 
construction  au  chantier  de  M.  Louis  Marguerie,  et  qui  jusqu'à  ce  jour 
n'avait  pas  été  baptisé,  recevrait  le  nom  de  Liiolff. 

a**  Amtlerdwi.  —  Nous  avons  entendu  au  neuvième  concert  de  la 
Société  Félix  Meritis  un  artiste  de  grand  talent,  Alfred  Jaëll,  pianiste 
du  roi  de  Hanovre,  que  le  bruit  de  ses  succès  à  Paris,  à  la  Haye,  à  Rotter- 
dam, avait  précédé  dans  notre  ville  M.  Jaëll  a  brillamment  justifié  sa 
réputation  de  virtuose  et  de  compositeur,  en  exécutant  avec  une  perfec- 
tion qui  a  provoqué  à  plusieurs  reprises  des  bravos  enthousiastes,  le 
concerto  en  mi  bémol,  de  Beethoven,  des  solos  de  Liszt  et  de  Chopin,  et 
une  délicieuse  transcription  de  l'Air  de  l'Ombre,  du  Pardon  de  Ploërmel.  — 
Stockhausen  chantait  à  ce  concert,  et  son  succès  a  été  très-grand.  L'or- 
chestre a  fait  merveille,  et  s'est  surtout  distingué  par  la  perfection  avec 
laquelle  il  a  rendu  l'admirable  ouverture  du  Pardon. 

„**  Vienne.  —  L'abonnement  au  théâtre  Italien  comprend  une  série 
de  quarante-six  représentations;  en  outre  il  y  aura  trente  représenta • 
tions  avec  abonnement  suspendu,  par  conséquent  soixante-seize  en  tout, 
à  raison  de  six  par  semaine.  La  saison  commencera  le  lundi  de  Pâques 
avec  le  Siège  de  Corinthe.  L'orchestre,  qui  se  compose  de  soixante-trois 
artistes,  est  placé  sous  la  direction  de  M.  Suppé  ;  les  chœurs  ont  été 
portés  à  cent  voix.  Par  dépêche  télégraphique  de  Saint-Pétersbourg  nous 
apprenons  que  Mme  Charton-Demeur  a  accepté  le  brillant  engagement 
que  lui  offrait  le  directeur,  M.  Salvi.  La  troupe  italienne  comptera,  par 
conséquent,  trois  prime-donne  de  premier  ordre  :  Mme  Charton-Demeur, 
Mme  Lafon  et  Mlle  Lagrua. 

***  Munich.  —  L'opéra  du  directeur  général  de  musique,  F.  Lachner, 
Catarina  Cornaro,  vient  d'atteindre  sa  cinquantième  représentation  ;  la 
salle  était  comble.  Sur  le  pupitre  de  Fr.  Lachner  un  laurier  en  argent 
avait  été  déposé  par  les  soins  des  membres  de  l'orchestre. 

**„,  Stuttgart.  —  L'opéra  nouveau  de  Pressel  :  le  Soir  de  la  Saint-Jean, 
a  été  mis  en  répétition  et  doit  être  représenté  sous  peu.  On  s'attend  à 
un  grand  succès. 

**„  Weimar.  —  Au  dernier  concert  à  la  cour,  l'ouverture  de  Dinorah 
a  été  parfaitement  exécutée  et  saluée  d'applaudissements  enthousiastes. 

■  ***  Gotha.  —  L'opéra  nouveau  de  Nargiller  :  Frédéric  à  la  poche  vide 
(  Mit  der  leeren  Tasche)  ,  doit  être  représenté  incessamment  par  ordre 
exprès  du  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha.  Le  Pardon  de  Ploërmel  ne  quitte 
que  rarement  l'affiche. 

„*,,,  Varsovie. — On  prépare  dans  cette  capitale  trois  grandes  solennités 
musicales,  pour  réunir  les  fonds  destinés  à  notre  nouveau  Conservatoire 
de  musique.  Le  gouvernement  ayant  accordé  à  M.  Apolinaire  Kontski 
l'autorisation  qu'il  sollicitait,  ce  dernier  s'occupe  activement  d'organiser 
cette  nouvelle  école  ue  musique  sur  des  bases  larges  et  nationales,  de 
façonà  donner  une  grande  impulsion  aux  progrès  de  la  musique  dans  les 
pays  slaves.  Un  comité  de  musique  a  été  nommé  pour  le  choix  des 
compositions.  Il  a  décidé  que  le  programme  serait  entièrement  composé 
d'ouvrages  écrits  par  les  auteurs  nationaux,  et  qui  devront  être  exécutés 
par  les  virtuoses  polonais.  Ce  comité  est  présidé  par  M.  Konstki  et 
Joseph  Stefani;  il  est  composé  des  premières  notabilités  musicales  de 
Varsovie.  Le  premier  concert  aura  lieu  dans  le  courant  de  mars,  dans 


la  salle  du  grand  Théâtre.  Nous  apprenons  qu'on  y  exécutera  des  frag- 
ments de  l'oratorio  de  Saint- Adalberl, musique  de  M.  Sowinski.  L'orchestre 
et  les  chœurs,  composés  des  premiers  artistes  et  d'amateurs  de  la  capi- 
tale, seront  au  nombre  de  quatre  cents  exécutants. 

%*t  Saint-Pétersbourg,  14  mars.  —  Vieuxtems,  dont  le  concert  donné 
mercredi  au  grand  Théâtre  avait  attiré  une  affluence  prodigieuse,  vient 
de  nous  quitter  pour  se  rendre  à  Moscou.  Mais  nous  avons  en  compen- 
sation une  bonne  nouvelle  à  annoncer  à  notre  monde  dilettante,  c'est 
l'arrivée  de  Dreyschok,  qui  se  prépare  à  donner  très-prochainement  un 
brillant  concert  au  grand  Théâtre.  —  Les  sœurs  Ferni  avaient  déjà 
annoncé  leur  départ  pour  Londres,  mais,  cédant  à  de  nombreuses  sollici- 
tations, elles  se  sont  décidées  à  donner  mardi  une  dernière  soirée  dans 
les  salons  de  M.  Benardaky,  mis  gracieusement  par  leur  propriétaire  à 
la  disposition  des  deux  jeunes  et  brillantes  artistes. 

,.*„,  Milan. —  Le  théâtre  de  la  Scala  vient  de  donner  un  opéra,  Corrado, 
console  di  Milano,  dont  un  jeune  compositeur,  M.  Paolo  Giorza,  a  écrit  la 
musique.  C'est  une  œuvre  faible,  qui  manque  surtout  de  cette  égalité  de 
style  et  de  cette  harmonie  dans  les  proportions  qui  sont  le  fruit  de  l'ex- 
périence. Toutefois  il  s'y  trouve  certaines  qualités  qui  permettent  de  bien 
augurer  de  l'avenir  de  l'auteur. 

***  Calane.  —  Mlle  Poinsot ,  cantatrice  française  ,  vient  de  remplir 
avec  grand  succès  le  rôle  d'Abigail,  de  Nabucodonosor,  au  théâtre  com- 
munal. 


Chez  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu  [au  1er), 


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chant  des  plus  célèbres  compositeurs  anciens  et  modernes,  classés  pour 

les  différentes  voix. 

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BUE   SAINT  ■ GEORGES,    50 

Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (H  855).  —  Seule  grande   médaille 

(CoMttcif  Jlfeant)  à  l'Exposition  universelle  de  Eondres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

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Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  ik.ïw. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  1S5«. 


ou  cylindres,  les  mômes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


112 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Publié  par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  1er. 


SCHILLER-MARSCH 

Composée  à  l'occasion  du  festival  donné  à  Paris  pour  la  célébration  du 
100°  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller,  par 

Giacomo  Mcycrtecer 

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POUR    PARAITRE    INCESSAMMENT: 

La  même,  arrangée  à  quatre  mains,  par  Ed.  Wolff 10 

La  grande  partition 24 

Les  parties  d'orchestre 24 


LES  AIRS  DETACHES 

Avec  accompagnement  de  piano,  par  Bazille,  du 

ROMAN   D'ELVIRE 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas 
et  de  Leuven,  musique  de 

JLinfdi'oise  Thomas 

(De  l'Institut.) 

QUADRILLES  pour  piano,  par  Arban  et  Marx,  prix  :  h  fr.  50  c. 

KETTERER. —  Fantaisie-Transcription  (Romancero,  Barcarolle, 

Air-Cachucha,  Romance). 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C 

MUSIQUE  DE  PIANO 

Favarçer  (R.).   Op.  11.  Vanda,  varsovienne. .  7  50 

—  Op.  12.  Tarentelle 7  30 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7  50 

—  Op.  li.  En  Chasse,  fantaisie 7  50 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 6     » 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 6    » 

—  Deuxième  grande  valse 7  50 

Deuxième  mazurka 6     » 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 9    » 

—  Op.   20.   Rondo-polka 7  50 

—  Op.  21.  Sicilienne 9    » 

—  Op.  22.  Elégie 7  50 

ALl  HUNuL    uAA      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Saxomnitoniques.  Invention  à.  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  ele  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  ol  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


diteurs,  11,  rue  Rougemont. 

B5U3IQUE  DE  CHANT 

Cievaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,"  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2  50 

Mangeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6     » 

SIX    FA  VffABSIES  EX  TRIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 
ES.  Ravina  et  E.   Clapisson. 


Publié  par  G.  BRANDVS  et  S.  DVFOVR, 
103,  rue  de  Richelieu,  au  1er. 

LE 

PARDON  DE  PLOERMEL 

Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 

G.  MEYERBEER 


lffAÏCAN     U       HVH!  Manufacture     de 

MAiâOR    H.    UllRÙ    pianos,  iS,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  nq  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n*  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  Eu  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  ■ 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


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Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  183/i,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap- 
port de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  sou.  Magasin, 
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l«  Avril  1860. 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT  ! 

Paris 24  fr.  par  on 

Départements,  Belgique  et  Suisse —     30  »       id. 
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Le  Journal  paraît  le  Dimancbe. 


GAZETTE  MUSICAL 


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SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  Italien  :  II  Crocialo  in  Erjitto,  opéra  en  trois 
actes,  musique  de  G.  Meyerbeer,  par  Paul  Smith.  —  Théâtre  Lyrique  : 
Gil  Blas,  opéra-comique  en  cinq  actes,  paroles  de  MM.  Michel  Carré  et  Jules 
Barbier,  musique  de  T.  Semet,  par  Léon  Btirocher.  —  Théâtre  des  Bouffes- 
Parisiens  :  Daphnis  et  Chloé,  opérette  en  un  acte,  paroles  de  M.  Clairville, 
musique  d'Offenbach  ;  C'était  moi  !  opérette  en  un  acte,  paroles  de  M.  Deulin, 
musique  de  M.  Debillemont.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  ■ — 
Observations  de  quelques  musiciens  et  de  quelques  amateurs  sur  la  méthode  de 
musique  de  M.  le  docteur  Chevé.  —  lievue  des  théâtres,  par  B.  A.  B. 
Saint-Yves.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  ITALIEN 

IL  CROCIATO  IN  EGITTO,        . 

Opéra  en  trois  actes,  musique  de  G.  Meyerbeer. 

(Reprise,  mardi  27  mars.) 

En  France,  on  appela  Meyerbeer  l'auteur  du  Crociato  jusqu'à  ce 
qu'il  fût  devenu  l'auteur  de  Robert  le  Diable.  Le  Crocialo,  représenté 
à  Venise  le  26  décembre  1824,  à  Londres  et  à  Paris  dans  l'été  et  dans 
l'automne  de  l'année  suivante,  fut  le  terme  et  le  couronnement  de  la 
carrière  italienne  du  jeune  maître,  carrière  commencée  sous  l'influence 
d'un  vif  enthousiasme  pour  le  génie  rossinien.  Meyerbeer,  élevé  dans 
les  principes  sévères  de  l'école  allemande,  ne  s'en  montra  pas  moins 
sensible  aux  beautés  d'un  chef-d'œuvre  tel  que  Tancrède,  et  l'admira- 
tion le  convertit,  l'entraîna  pour  un  temps  sous  les  lois  d'une  autre 
école.  Dans  l'espace  de  six  ans,  de  1818  à  1824,  on  sait  que  l'élève 
de  l'abbé  Vogler,  le  condisciple  et  l'ami  de  Charles-Marie  de  Weber, 
composa  en  Italie  plusieurs  opéras,  parmi  lesquels  se  distinguent 
Romilda  e  Costanza,  Emma  di  Resburgo,  Margherita  d'Angiù,  l'Esule 
di  Granata,  et  enfin  le  Crocialo,  le  dernier,  le  plus  brillant  et  le  plus 
fort,  celui  dont  le  succès  retentit  dans  l'Europe  entière. 

Il  faut  tenir  en  haute  estime  les  artistes  qui,  avant  de  quitter  un 
genre,  commencent  par  y  exceller  et  n'innovent  pas  par  le  seul 
motif  qu'ils  sont  incapables  de  faire  ce  que  l'on  faisait  avant  eux. 
Ainsi,  dans  le  dernier  siècle,  Gluck  s'était  annoncé  par  des  ouvrages 
bien  différents  de  ceux  qui  devaient  l'illustrer,  et  il  n'arriva  que  par 
degrés  à  la  réalisation  de  son  idéal  dans  Orphée,  Alcesle,  Jphigénie, 
Armide.  Ainsi,  de  nos  jours,  Meyerbeer  fit  avec  éclat  ses  preuves 
dans  le  genre  italien  :  le  Crocialo  réussit  complètement  à  Venise,  sur 
ce  même  théâtre  de  la  Fenice  où,  l'année  précédente,  Rossini  avait 
donné  Semiramide,  et,  chose  singulière,  où  il  avait  dit  aussi  son  der- 
nier mot  à  l'Italie.  Du  Crociato  à  Robert  le  Diable  il  n'y  eut  qu'un 
pas,  retardé  par  diverses  circonstances  que  nous  nous  dispenserons  de 


rappeler  ici  ;  mais  quel  pas  gigantesque  !  Quelle  magnifique  et  pro- 
digieuse transformation  '?  Et  pourtant  le  Crociato  en  contenait  les 
symptômes  ;  il  révélait  une  tendance  à  des  conceptions  plus  larges, 
à  un  style  plus  élevé,  plus  nerveux,  en  un  mot  à  des  œuvres  plus 
musicalement  dramatiques,  plus  religieusement  sublimes,  et  nous 
pouvons  maintenant  juger  si  le  présage  était  trompeur. 

Ce  n'est  pas  Meyerbeer  qui  a  demandé  que  l'on  reprît  le  Crociato 
trente-cinq  ans  après  son  apparition  sur  la  scène  parisienne.  En  gé- 
néral, les  grands  maîtres,  poètes  et  musiciens,  n'aiment  pas  les  ou- 
vrages de  leur  jeunesse.  Goethe  ne  pouvait  souffrir  qu'on  lui  parlât 
de  Werther,  et  bien  d'autres  ont  été  dans  les  mêmes  sentiments.  La 
manière  do  voir,  de  penser,  de  s'exprimer,  change  avec  les  années  : 
on  cesse  de  sympathiser  avec  soi-même  ni  plus  ni  moins  qu'avec  un 
étranger.  Tout  cela  n'empêche  pas  le  Crociato  d'être  un  ouvrage  d'im- 
mense valeur  et  d'occuper  dans  l'histoire  de  l'art  une  place  que  le 
temps  ne  pourra  lui  enlever.  Le  sujet  du  libretto  offre  quelque  analo- 
gie avec  la  fameuse  tragédie  de  M.  Raynouard,  les  Templiers.  Un  jeune 
chevalier  de  Rhodes,  Armand  d'Orville,  a  failli  trouver  la  mort  sur  les 
plages  de  l'Egypte  pendant  la  sixième  croisade.  11  n'a  pu  se  sauver  qu'en 
revêtant  le  costume  d'un  guerrier  égyptien  qui  avait  péri  dans  la  mê- 
lée. Sous  ces  habits  d'emprunt,  et  sous  le  nom  d'Elmireno,  il  a  rendu 
de  grands  services  au  Soudan  de  Damiette.  Oubliant  ses  vœux  de  che- 
valier et  les  serments  qui  le  fiançaient  à  Félicia,  une  compatriote  et 
une  parente,  il  s'est  épris  dePalmide,  la  fille  du  Soudan  :  un  fils  est 
né  de  leurs  amours,  qui,  du  reste,  seraient  bientôt  sanctifiés  par 
l'hymen  sans  l'arrivée  d'Adrien,  grand-maître  des  chevaliers  de  Rho- 
des. Adrien,  qui  vient  offrir  la  paix  au  Soudan,  reconnaît  Armand,  son 
neveu,  dans  Elmireno  et  lui  adresse  une  verte  réprimande.  Le  sou- 
dan  se  fâche  et  fait  jeter  dans  les  fers  tous  les  chrétiens,  en  attendant 
qu'il  les  envoie  au  martyre.  Heureusement,  dans  sa  prison  même, 
Adrien  découvre  une  conspiration  prête  à  éclater  contre  Aladin  :  il  la 
lui  dénonce  et  l'aide  à  en  triompher.  En  récompense,  le  Soudan  par- 
donne :  Armand  épouse  Palmide,  qui  a  embrassé  la  foi  chrétienne.  Il 
n'y  a  que  la  pauvre  Félicia  qui  s'en  retourne  comme  elle  était  venue, 
et  sans  autre  parti  possible  que  celui  d'une  pieuse  résignation. 

Voilà  en  trop  peu  de  mots,  sans  doute,  l'esquisse  sommaire  du 
libretto  qu'avait  à  traiter  Meyerbeer  ;  mais  ou  conçoit  sans  peine  les 
ressources  que  son  imagination,  riche  et  puissante,  devait  y  rencon- 
trer. C'est  une  admirable  page  que  cette  introduction,  pendant  laquelle 
les  prisonniers  chrétiens  se  livrent  sur  le  port  à  différents  travaux,  et 
saisissent  le  moment  où  leurs  gardiens  s'éloignent  pour  échanger 
entre  eux  quelques  paroles,  pour  lire  une  lettre,  pour  couvrir  de 
baisers  un  portrait,  pour  s'abandonner  sans  contrainte  à  leur  douleur. 


lill 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Dès  lors,  on  sent  que  la  muse  italienne  obéit  à  une  inspiration  nou- 
velle et  chante  sur  un  autre  ton  que  par  le  passé .  Les  prisonniers 
saluent  de  leurs  accents  joyeux  l'arrivée  de  Palmide,  leur  bienfai- 
trice, et  dans  la  cavatine  que  chante  celle-ci,  la  muse-italienne  re- 
parait avec  toute  sa  séduction  gracieuse  et  légère.  Il  en  est  de 
même  dans  tout  le  reste  de  la  partition,  où  la  force  et  la  grandeur 
alternent  avec  le  charme  et  la  délicatesse,  mais  de  telle  sorte  que  la 
grandeur  et  la  force  finissent  par  l'emporter. 

Parmi  les  morceaux  capitaux  de  l'œuvre,  il  faut  citer  la  délicieuse 
cavatine,  écrite  par  Meyerbeer  pour  Mme  Pasta  et  qui  est  restée  l'un 
des  modèles  du  genre  :  Ah  !  corne  rapida  fuggi  la  speme,  sans  ou- 
blier le  chœur,  qui  la  précède  et  le  duo  qui  la  suit,  entre  Palmide  et 
Armand.  Dans  sa  coupe  primitive,  le  Crociato  n'avait  que  deux  actes; 
aujourd'hui  qu'on  a  jugé  à  propos  de  le  diviser  en  trois,  le  premier 
acte  se  termine  par  le  grand  duo  d'Armand  et  d'Adrien  ;  le  second 
s'ouvre  par  la  charmante  romance  et  le  trio  de  femmes  :  Gxovinetto 
cavalier.  Vient  ensuite  le  finale,  au  milieu  duque  1  figure  un  célèbre 
canon  à  cinq  voix,  et  dont  toutes  les  parties  se  développent  d'ailleurs 
avec  autant  d'intérêt  que  de  majesté.  Au  troisième  acte  (le  second 
autrefois),  la  partition  a  subi  d'étranges  bouleversements.  Le  chœur 
des  conjurés  qui  ne  se  chantait  que  vers  la  fin,  a  été  placé  en  pre- 
mièreligne,  et  l'on  a  supprimé  quatre  morceaux:  unecanzonetla  chantée 
par  Armand,  un  rondo  de  Félicia  (qui  par  parenthèse  avait  déjà  passé 
une  cavatine  au  premier  acte),  un  air  de  Palmide,  et  le  duo  finale  de 
Palmide  et  d'Armand.  Sans  aucun  doute,  on  a  eu  beau  couper ,  il 
reste  encore  dans  cet  acte  assez  de  grande  et  forte  musique  pour  que 
l'auditoire  soit  satisfait.  Le  chœur  si  populaire,  Nel  silenzio  e  fra 
Vorrore,  l'hymne  religieux,  et  l'air  sublime  que  chante  Adrien  en 
présence  de  la  mort,  peuvent  être  considérés  comme  formant  un 
bagage  plus  que  suffisant.  Il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'on  a  pris  avec 
Meyerbeer  et  sa  partition  des  libertés  qui  dépassent  toutes  les  bornes. 
Une  autre  conséquence  de  ces  injustifiables  mutilations,  c'est  que 
le  libretto  n'a  plus  de  sens  et  que  le  dénouement  brille  par  son  ab- 
sence. Le  Soudan  a  condamné  les  chevaliers  chrétiens,  et,  au  mo- 
ment où  on  les  croit  perdus  sans  retour,  il  les  délivre,  sans  qu'on 
puisse  deviner  pourquoi. 

Tout  le  monde  est  d'accord  sur  le  vice  radical  des  anciennes  lois 
qui  sacrifiaient  les  auteurs  au  point  de  vue  matériel  en  livrant  à  tous 
venants  leur  propriété  la  plus  sacrée  :  n'est-ce  pas  un  tort  plus  grave 
encore  que  celui  qui  consiste  à  les  sacrifier  au  point  de  vue  moral,  en 
permettant  de  tailler,  rogner  à  merci  des  œuvres  que  l'on  joue  gratis  ? 
Et  les  chanteurs  qui,  profitant  de  ce  que  les  compositeurs  ne  sont  pas 
là,  refusent  de  dire  leurs  rôles  comme  ils  sont  écrits,  suppriment  à 
leur  gré  des  morceaux  ;  n'est-ce  pas  barbarie  sur  barbarie  ? 

Cependant  le  Crociato  a  réussi,  complètement  réussi  :  grâces  en 
soient  rendues  à  Meyerbeer  et  à  sa  musique  !  C'était  au  fond  une  ex- 
cellente idée  que  de  remettre  à  la  scène  une  des  meilleures  partitions 
du  répertoire  italien,  et  Meyerbeer  était  le  seul  peut-être  qui  pût  ne 
pas  le  désirer.  Quant  au  public,  il  devait  conspirer  avec  le  directeur 
pour  que  la  célèbre  partition  fût  exhumée  des  archives  du  théâtre. 
L'exécution  du  Crociato,,  sauf  quelques  détails  et  quelques  exceptions, 
a  répondu  au  mérite  de  l'œuvre  ;  Mme  Borghi-Mamo  dans  le  rôle 
d'Armand,  Mme  Penco  dans  celui  de  Palmide,  et  surtout  Merly  dans  ce- 
lui du  grand-maître,  ont  déployé  tout  leur  talent  et  mérité  des  salves 
redoublées.  Pourquoi  Mme  Alboni,  par  ses  économies  de  bonne  vo- 
lonté, de  zèle  et  de  costume,  nous  oblige-t-elle  à  nous  en  imposer 
à  son  exemple  dans  nos  éloges  ? 

Chaque  soir,  le  succès  du  Crociato  est  allé  grandissant  :  aussi  a-t-on 
décidé  que  la  reprise  de  cette  saison  ne  compterait  que  comme  répé- 
tition générale  de  celle  qui  aura  lieu  dans  la  saison  prochaine,  et  qu'a- 
lors la  partition,  comme  le  libretto,  seraient  rétablis  dans  la  plénitude 


de  leurs  droits  et  prérogatives.  N'est-ce  pas  le  moins  que  l'on  puisse 
faire  pour  l'œuvre  d'un  compositeur  illustre  que  l'on  joue  mal- 
gré lui? 

Paul  SMITH. 


THEATRE  LYRIQUE. 

GIL  BîBiAS, 

Opéra-comique  en  cinq  actes,  paroles  de  MM.  Michel  Carré  et 
Jules  Barbier,  musique  de  M.  T.  Semet. 

(Première  représentation  le  23  mars  1860.) 

Faire  une  pièce  de  théâtre  avec  le  roman  de  Gil  Blas  n'était  pas 
une  opération  facile.  L'œuvre  de  Le  Sage  n'a  point  de  nœud,  ni  par 
conséquent  de  dénoûment  :  c'est  une  série  d'aventures  et  de  tableaux 
de  mœurs,  où  l'on  voit  cependant  figurer  le  même  personnage,  tantôt 
comme  acteur,  tantôt  comme  spectateur.  Ce  procédé  est  commode 
dans  un  livre  et  suffit  pour  donner  un  semblant  d'unité  à  un  recueil 
d'anecdotes  et  de  nouvelles.  Que  les  anecdotes  soient  piquantes,  que 
les  nouvelles  intéressent,  et  le  lecteur  est  satisfait.  Le  théâtre  est 
plus  exigeant.  Si  l'on  a  pu  sans  dommage  s'affranchir  de  la  règle  des 
trois  unités,  qui,  en  effet,  était  arbitraire,  l'unité  d'action  a  toujours 
été  regardée  comme  le  fondement  indispensable  de  toute  construction 
dramatique. 

L'essai  qui  vient  d'être  tenté  du  système  contraire  ne  le  fera  point 
prévaloir.  Les  auteurs  ont  pris  dans  le  roman  cinq  épisodes,  cinq  si- 
tuations, cinq  sujets.  Ils  ont  donc  été  obligés  de  faire  cinq  expositions, 
de  former  cinq  nce.ids,  de  les  résoudre  par  cinq  dénoûments.  Cinq  ex- 
positions !  Cela  est  bien  froid.  A  chaque  lever  de  rideau  l'on  voit  pa- 
raître de  nouveaux  personnages  et  une  nouvelle  question  se  pose. 

1°  La  jeune  femme  arrêtée  par  la  bande  d'honnêtes  gens  que  com- 
mande le  capitaine  Rolando,  sera-t-elle  délivrée  par  Gil  Blas  ou  res- 
tera-t-elle  prisonnière  '• 

2°  Don  Vincent,  tombé  entre  les  mains  du  terrible  docteur  San- 
grado,  échappera- t-il  à  la  mort  ou  laissera-t-il  sa  riche  succession  à 
son  scélérat  de  neveu  qui  a  imaginé  ce  moyen  ingénieux  de  se  défaire 
d'un  vieux  parent? 

3°  Gil  Blas,  valet   d'un  grand  seigneur,  obtiendra-t-il  les  bonnes 

grâces  de  Mlle ,  soubrette  de  la  comédienne  Florimonde? 

4°  Gil  Blas,  affamé,  trouvera-t-il  à  dîner?  Réussira-t-il  du  moins  à 
manger  de  la  galette?  C'est  à  cela  que  se  réduit  le  quatrième  sujet. 
Gil  Blas  y  joue  avec  le  mangeur  de  croûtes,  devenu  son  ami,  le  rôle 
du  gastronome  sans  argent,  mais  d'une  façon  bien  moins  gaie  que 
M.  Fringale,  son  devancier,  parce  que  les  situations  sont  tout  autres  : 
on  rit  volontiers  des  ruses  et  des  déconvenues  d'un  homme  qui, 
ayant  chez  lui  la  soupe  et  le  bœuf,  court  après  les  bons  morceaux  ; 
mais  celui  qui  n'a  réellement  pas  de  quoi  manger  est  triste. 

5°  Enfin  Gil  Blas,  devenu  secrétaire  du  premier  miuistre  et  mer- 
cure galant  du  prince  royal,  ira-t-il  coucher  dans  la  tour  de  Ségo- 
vie?  Pour  ne  vous  pas  laisser  dans  l'inquiétude  sur  le  sort  d'une  tête 
si  chère,  nous  vous  dirons  tout  de  suite  qu'il  échappe  au  danger  en 
reconnaissant  à  propos  dans  l'alguazil  qui  vient  l'arrêter  le  capitaine 
Rolando  qu'il  peut  envoyer  d'un  mot  à  la  potence.  Il  lui  promet  le 
secret  et  l'homme  de  police  le  laisse  partir. 

MM.  Carré  et  Barbier  ont  pris  beaucoup  à  Le  Sage,  et  quelquefois 
ils  l'ont  copié  textuellement.  Souvent  aussi  ils  ont  mis  leurs  propres 
imaginations  à  côté  de  celles  du  romancier.  Par  exemple,  ce  neveu 
impatient  qui  persuade  à  son  vieil  oncle  qu'il  est  malade  (lui,  le  vieil 
oncle)  et  lui  amène  médecins  sur  médecins,  pour  que  le  talent  de  ces 
messieurs  avance  le  moment  où  il  doit  hériter,  est  purement  de  leur 
invention,   et  c'est  une  manière  d'assassiner  les  gens  qui  est  assuré- 


DE  PARIS. 


115 


ment  fort  ingénieuse.  Mais  on  ne  comprend  pas  qu'un  homme  de  tant 
d'esprit  veuille  donner  à  Sangrado  des  coups  de  bâton,  parce  qu'il  a 
manqué  son  coup  et  que  don  Vincent  n'est  pas  mort.  On  n'est  pas  tout 
à  la  fois  aussi  franc  et  aussi  rusé.  Où  trouver,  après  tout,  —  si  ce 
n'est  au  théâtre  Lyrique,  —  un  homme  assez  franc  pour  dire  à  un 
médecin  devant  témoins  :  «  Je  vais  vous  assommer  pour  vous  punir 
de  n'avoir  point  tué  mon  oncle  ?  » 

L'ouvrage  se  sauve  par  les  détails,  l'agrément  de  quelques  scènes, 
et  l'originalité  de  quelques  types  donnés  par  Le  Sage,  quand  les  auteurs 
du  livret  ne  les  ont  point  poussés  jusqu'à  la  caricature.  Ils  ont  un  peu 
outré,  ce  nous  semble,  celui  du  docteur  Sangrado  Ce  personnage 
avait  à  l'époque  où  le  roman  parut  un  modèle  vivant,  qui  fut  reconnu 
par  tout  le  monde.  C'était  le  docteur  Héquet,  venu  d'Amiens  ou 
d'Abbeville  à  Paris,  et  qui  avait  inventé,  au  eommencement  du 
xvme  siècle,  la  doctrine  et,  à  peu  de  chose  près,  la  méthode  que 
Broussais  remit  à  la  mode  cent  ans  plus  tard.  Il  soutenait  que  la  sura- 
bondance du  sang  était  le  principe  de  toutes  les  maladies.  Partant  de 
là,  il  soumettait  tous  les  patients  que  leur  mauvaise  étoile  lui  envoyait 
à  un  traitement  simple  et  peu  varié:  la  saignée  et  la  diète.  Homme 
de  talent,  malgré  l'exagération  de  son  système,  et  écrivain  instruit, 
quoique  bizarre,  il  a  fait  deux  brochures  très-curieuses  sur  les  convul- 
sions du  cimetière  de  Saint  Médard,  où  il  soutient  que  ces  accidents 
'étranges  ne  sont  point  l'œuvre  de  Dieu,  comme  le  prétendent  les 
jansénistes,  ni  du  démon,  comme  le  pape  l'a  affirmé  dans  une  bulle, 
mais  qu'ils  proviennent  d'un  certain  ébranlement  des  organes,  qui 
modifie  ou  suspend  la  sensibilité.  Il  avait  deviné  ce  que  la  science  a 
constaté  de  nos  jours.  Ce  n'était  pas  un  homme  ridicule.  Le  Sage  l'a 
mis  en  scène  en  l'intitulant  Sangrado,  le  docteur  Saigné  (il  aurait 
dû  écrire  Sangrador)  ;  mais  il  n'en  a  pas  fait  l'imbécile  du  théâtre 
Lyrique. 

L'intrigue  de  Gil  Blas,  travesti  en  gentilhomme,  avec  la  suivante 
affublée  de  la  parure  de  sa  maîtresse,  leur  entretien  troublé  par  Mel- 
chior  Zapata,  la  scène  de  nuit  où  le  comédien  et  le  valet  font  grand 
bruit  de  leur  épée,  et  se  menacent  sans  avoir  la  moindre  envie  d'arriver 
au  fait,  donnent  au  troisième  acte  plus  de  mouvement  et  d'intérêt  que 
n'en  ont  les  autres.  C'est  évidemment  le  meilleur  des  cinq. 

Il  y  a  dans  la  partition  plusieurs  morceaux  remarquables.  Les 
chœurs  de  brigands,  au  premier  acte,  ont  de  l'entrain  et  de  la  vigueur. 
La  chanson  à  boire  que  Gil  Blas  leur  débite  pendant  qu'ils  s'enivrent, 
a  une  certaine  crânerie  d'allure  qui  ne  déplaît  pas .  Il  est  fâcheux  que 
Gil  Blas  et  la  seiiora  Aurore,  au  moment  de  s'échapper  de  ce  repaire, 
croient  devoir  à  la  règle  ou  à  l'usage  du  poëme  lyrique  de  chanter  en 
duo  :  Partons  sans  bruit,  fuyons,  esquivons-nous,  etc.  Un  rire  général 
leur  a  prouvé  qu'on  les  aurait  dispensés  de  cette  formalité  très-faci- 
lement, et  que,  dans  leur  situation,  il  valait  mieux  agir  que  chanter. 

Au  second  acte,  les  couplets  d'Aurore  :  Quel  dommage,  etc.,  sont 
agréablement  tournés.  La  marche  sur  laquelle  le  docteur  Sangrado 
fait  son  entrée  et  son  compliment,  a  du  style  et  de  la  couleur.  Mais 
le  morceau  à  cinq  voix  qui  suit,  et  qui  est  consacré  à  la  consultation, 
ne  produit  qu'un  effet  médiocre.  Le  chant  manque  de  relief.  Il  est 
presque  toujours  syllabique,  et  l'on  perd  la  moitié  des  paroles,  tant 
l'accompagnement  est  lourd.  Les  couplets  de  Gil  Blas  à  Aurore  : 

Et  si  c'est  un  rêve, 
Laissez-moi  rêver, 

ne  manquent  pas  de  grâce,  ni,  jusqu'à  un  certain  point,  de  chaleur. 
Gil  Blas  n'aurait-il  pas  mieux  fait,  cependant,  de  renoncer  à  cette  for- 
mule, si  souvent  reproduite  depuis  vingt  ans  ? 

Si  l'extase  où  je  suis  est  un  songe, 
Que  jamais  je  n'arrive  au  réveil! 
Ce  qui  a  été  si  bien  dit  une  fois  ne  devrait  jamais,  ce  semble,  être 
répété. 
Don  Vincent,  après  qu'un    bon  dîner,  ordonné  par  le  docteur  Gil 


Blas,  l'a  remis  sur  pied,  et  que  le  malaga  lui  a  monté  à  la  tête,  chante 
le  vin  et  l'amour,  et  trouve  une  heureuse  idée  musicale  : 

Sa  taille  est  fine, 

Et  sa  basquine,  etc.,  etc. 

Nous  n'avons  pas  retenu  les  vers,  mais  nous  nous  souvenons  très- 
distinctement  du  tour  piquant,  de  l'allure  leste  et  gaillarde  de  la  mé- 
lodie. 

Cet  acte  unit  par  un  duo  bouffe,  ou  qui,  du  moins,  voudrait  l'être. 
11  est  syllabique  comme  le  quintette.  11  nous  a  paru  manqué,  comme 
le  quintette,  et  plus  complètement  encore,  pour  les  mêmes  raisons, 
qu'il  serait  inutile  de  répéter. 

En  revanche,  rien  de  mieux  réussi  que  les  petits  couplets  de  la  sou- 
brette, au  troisième  acte,  lorsqu'elle  déclare  sa  résolution  de  prendre 
la  robe  à  falbalas  de  sa  maîtresse,  d'attirer,  comme  elle,  les  œillades, 
les  hommages,  d'avoir  des  adorateurs,  de  les  rendre  heureux  s'ils  le 
méritent,  et  qu'elle  conclut  par  ces  mots:  Pourquoi  pas?  Cela  estfaile, 
vif,  spirituel,  fringant,  et  de  plus,  chanté  par  Mlle  Girard  d'une  façon 
qui  ne  laisse  rien  à  désirer.  Nous  ne  voyons  pas  non  plus  ce  qu'on 
pourrait  demander  à  M.  Meillet,  qui  joue  le  rôle  du  comédien,  ou  plutôt 
du  cabotin  Zapata,  et,  qui  dit  ses  couplets  d'entrée  avec  une  perfection 
rare.  On  ne  saurait  avoir  la  voix  plus  agréable,  ni  l'expression  plus 
juste.  On  ne  saurait  mieux  deviner  les  intentions  du  compositeur,  ni 
les  rendre  avec  plus  de  finesse.,  ni  détailler  un  morceau  avec  plus  d'es- 
prit. C'est  dans  ces  couplets,  peut-être,  que  M.  Semet  a  mis  cette  fois 
le  plus  de  talent.  L'accompagnement  y  est  charmant  comme  la  mé- 
lodie. L'auteur,  qui,  en  maint  endroit,  s'évertue  à  être  plaisant,  et  n'y 
parvient  pas  toujours,  l'est  ici  naturellement  et  sans  le  moindre  effort. 
Les  bonnes  plaifanleries  sont  celles  qui  n'ont  pas  été  cherchées. 

Il  y  a  de  jolis  passages  dans  le  duo  qui  précède  cet  air,  duo  chanté 
par  Gil  Blas  et  la  soubrette.  Le  reste...  Ne  disons  rien  du  reste. 
Si  nous  parlions  de  tous  les  morceaux  d'une  partition  si  volumineuse, 
nous  n'aurions  jamais  fini. 

Au  quatrième  acte,  noce  de  village,  chœurs  de  paysans,  danses 
rustiques,  airs  de  ballets,  par  conséquent,  —  valse  peu  originale, 
mais  qui  a  beaucoup  d'entrain.  C'est  quelque  chose.  Nous  avons 
remarqué  aussi  un  chœur  dans  l'accompagnement  duquel  prédominent 
les  trombones  et  le  flageolet,  ou  la  petite  flûte,  comme  il  arrive  sou- 
vent aux  orchestres  de  barrière.  L'effet  est  assez  piquant. 

Gil  Blas,  qui  est  à  la  porte,  et  qui  voudrait  bien  se  faire  convier  au 
festin,  adresse  à  la  cantonnade  des  couplets  qui  ont  peu  de  succès 
auprès  des  gens  de  la  noce,  mais  qui  en  ont  beaucoup  auprès  du  pu- 
blic. Ils  ont  une  couleur  espagnole  très -prononcée.  Est-il  vrai,  comme 
le  bruit  s'en  est  répandu,  que  ce  joli  morceau  ait  été  en  effet  rap- 
porté d'Espagne  par  Mme  Ugalde,  qui,  l'an  dernier,  a  passé  quelques 
mois  à  Madrid?  Nous  l'ignorons,  et  peu  nous  importe.  Ce  qui  est 
certain,  c'est  que  l'air  est  très-original,  très-piquant,  et  que  Mme  Ugalde 
le  dit  avec  une  verve,  une  audace,  et  un  accent  merveilleux. 

Les  couplets  de  Zapata,  devenu  majordome  au  cinquième  acte,  ont 
du  mérite,  et  en  auraient  davantage  s'ils  rappelaient  moins  le  God 
snve  the  king.  Mais  il  n'y  a  que  des  félicitations  à  adresser  à  l'auteur 
sur  le  petit  chœur  des  valets  qui  vient  ensuite.  Voilà  qui  ne  ressemble 
à  rien!  voilà  qui  est  neuf,  et  trouvé,  comme  disait  Boileau.  Les  com- 
positeurs même  les  plus  habiles  font  rarement  d'aussi  heureuses  ren- 
contres. Nous  pourrions  encore  citer  un  petit  air  que  chante  Gil  Blas 
au  moment  de  décamper  pour  éviter  la  prison.  Mais,  encore  une 
fois,  on  ne  saurait  tout  dire.  11  y  a,  en  résumé,  de  très-jolies  choses 
dans  cette  partition,  laquelle  gagnerait  cent  pour  cent  si  on  la 
déchargeait  de  beaucoup  d'autres,  qui  ont  moins  de  valeur,  et  fa- 
tiguent l'attention  en  pure  perte.  Nous  sommes  comme  la  Fontaine, 
qui  disait,  avec  sa  naïveté  si  pleine  de  bon  sens  : 
Les  longs  ouvrages  me  font  peur. 

Tout  y  serait  excellent,  admirable,  parfait,  qu'ils  auraient  encore 


116 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


un  défaut,  celui  d'être  trop  longs.  Voltaire  a  écrit  quelque  part  :  Tou- 
jours du  plaisir  n'est  pas  du  plaisir.  Nous  savons  qu'il  y  a  là  une  ques- 
tion linancière  :  on  est  bien  aise  de  remplir  la  soirée,  et  de  ne  par- 
tager avec  aucun  confrère.  C'est  un  bon  sentiment,  mais  ce  n'est  pas 
toujours  un  bon  calcul. 

Mme  Ugalde  (Gil  Blas)  est  étincelante  de  gaieté,  d'audace  et  de 
verve.  Des  critiques  plus  sévères  lui  reprocheront  peut-être  de  man- 
quer parfois  de  mesure,  de  n'avoir  pas  toujours  un  goût  parfaitement 
pur,  d'outrer  certains  effets,  de  pousser  le  comique  jusqu'à  la  charge, 
de  ne  pas  ménager  assez  une  voix  qui  commence  à  se  fatiguer  :  mais 
nous  avons  de  la  partialité  pour  Mme  Ugalde,  et  nous  ne  voulons  voir 
en  elle  que  les  côtés  qui  brillent,  dussent-ils  nous  éblouir 

Léon  DUROCHER. 


THÉÂTRE  DES  BOUFFES -PARISIENS. 

DAPHUriS   ET   CHIiOJÈ, 

Opérette  en  un  acte,  paroles  de  M.  Clairville,  musique  cZ'Offenbach. 
C'ETAIT  MOI! 

Opérette  en  un  acte,  de  M.  Deulin,  musique  de  M.  Debillemont. 
{Premières  représentations  le  27  février  1860.) 

La  pastorale  de  Longus,  arrangée  pour  la  scène  par  M.  Clairville, 
n'en  est  pas  à  sa  première  métamorphose.  Représentée  au  Vaudeville 
en  1849,  elle  a  subi  quelques  modifications  indispensables  pour  deve- 
nir une  opérette,  et,  sous  cette  nouvelle  forme,  elle  n'a  eu  qu'à  se 
louer  de  l'accueil  qu'on  lui  a  fait  au  passage  Choiseul. 

Nous  ferions  injure  à  nos  lecteurs  en  leur  racontant  le  roman  des 
amours  naïfs  de  Daphnis  et  Chloé  ;  tout  le  monde  connaît  cette  ber- 
gerie que  M.  Clairville  a  suivie  dans  ses  plus  importants  détails,  en  se 
bornant  à  y  ajouter  des  effets  comiques  confiés  au  dieu  Pan.  Nous  ci- 
terons entre  autres  drôleries  dues  à  celte  addition,  la  scène  où  le 
dieu  Pan  cherche  à  séduire  Chloé,  et  boit,  pour  se  donner  pius  d'ar- 
deur, le  contenu  d'une  gourde  qui  a  été  remplie,  sans  qu'il  le  sache, 
à  la  source  du  Léthé.  Il  faut  voir  Désiré  s'efforçànt  de  ressaisir  sa 
mémoire  perdue,  et  ne  pouvant  achever  la  leçon  d'amour  commencée 
avec  Chloé.  Cette  situation  est  des  plus  amusantes. 

La  musique  d'Offenhach  est  parfaitement  appropriée  au  genre  de  ce 
petit  tableau  champêtre.  Elle  est  charmante  d'un  bout  à  l'autre,  et 
témoigne,  plus  que  toute  autre,  de  la  variété  et  de  la  richesse  d'inspi- 
ration que  possède  l'auteur  des  Deux  aveugles,  du  Mari  à  la  porte 
et  d'Orphée  aux  enfers.  Rien  de  plus  gracieux  que  l'air  d'entrée  de 
Chloé  et  que  celui  qu'elle  chante  avec  Daphnis.  Nous  mentionnerons 
encore  la  jolie  romance  :  Même  en  fermant  les  yeux;  la  chanson  de 
Nérea,  qui  a  eu  les  honneurs  du  bis;  le  trio  de  la  leçon  de  flûte,  le  duo 
de  Pan  et  de  Chloé,  enfin  presque  toute  la  partition  ;  car  nous  serions 
embarrassé  de  choisir  entre  ces  mélodies  fraîches  et  suaves. 

Le  rôle  de  Chloé  est  parfaitement  interprété  par  Mlle  Chabert,  et 
celui  de  Daphnis  n'est  pas  trop  mal  placé  entre  les  mains  de  Mlle  Ju- 
liette Beau,  jolie  débutante,  dont  la  voix  de  mezzo-soprano  fera  bien 
certainement  plaisir  lorsqu'elle  aura  surmonté  la  peur  qui  l'oppressait 
pendant  les  premiers  jours. 

Cette  opérette  de  Daphnis  et  Chloé,  représentée  au  bénéfice  de  la 
caisse  des  auteurs  et  compositeurs  dramatiques,  était  accompagnée  ce 
soir-là  d'une  seconde  nouveauté,  intitulée  C'était  moi  !  Le  conte  de  la 
Servante  justifiée  a  fourni  les  principales  scènes  de  cette  petite  pièce, 
gaiement  agencée,  et  rondement  jouée  par  Guyot,  Jean-Paul  et  Mlle  Cico. 
Un  jeune  compositeur,  M.  Debillemont,  s'y  est  essayé  avec  assez  de 
bonheur  ;  plusieurs  morceaux  de  sa  partition  ont  été  justement  applau- 
dis, et  parmi  eux,  un  air  de  baryton,  les  couplets  du  Tic  toc,  tic  toc, 
un  trio  et  un  quintette  fugué. 

D. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Itomltrowski. —  Diomède  Zompl. — Mine  Viard-Iionis. — Bernhard 
Rie. —  Mlle  «I.  Iiagnesse. —  Concert  de  l'Association  des  fabri- 
cants et  artisans. —  Ernest  \alhan.-  A.  Bessems. —  Concert  de 
l'Œnvre  des  faubourgs. —  Messe  de  M.  Benoist. 

Pour  franchir  la  distance  énorme  qui  sépare  le  virtuose  habile  du 
véritable  artiste,  il  faut  plus  que  de  l'étude,  il  faut  être  richement 
doué  et  ne  pas  s'attarder  aux  succès  faciles  qu'on  obtient  avec  quelques 
jolies  binettes  auxquelles  suffisent  des  doigts  agiles  et  exercés.  Aussi, 
parmi  tous  les  talents  qui  se  font  remarquer,  avons-nous  beaucoup 
de  bons  exécutants,  mais  peu  de  maîtres.  M.  Dombrowski,  que  nous 
avons  entendu  la  semaine  dernière,  est  un  pianiste  de  mérite,  comme 
on  en  applaudit  chaque  jour.  Il  n'a  presque  joué  que  ses  composi- 
tions ;  et,  certes,  quoiqu'elles  ne  soient  pas  dépourvues  de  grâce  et 
de  style,  elles  n'offrent  pas  une  assez  grande  variété,  des  aspects  assez 
différents  pour  qu'on  puisse  savoir  au  juste  comment  il  dirait  les 
œuvres  plus  sérieuses  et  plus  larges.  Quoi  qu'il  en  soit,  dans  plusieurs 
de  ses  gracieuses  inspirations,  M.  Dombrowski  a  fait  applaudir  un 
excellent  mécanisme,  beaucoup  d'égalité,  de  netteté  et  de  brio. 

M.  Casella  a  du  charme  et  de  la  chaleur.  Les  compositions  de  ce 
jeune  violoncelliste  se  distinguent  par  une  verve  toute  italienne  qui* 
mêlée  de  sensibilité,  a  été  très-goûtée. 

—  Le  jeu  de  Diomède  Zompi  est  distingué  et  correct.  Ce  jeune 
pianiste,  qui  donnait  samedi  son  concert,  comprend  et  dit  bien  la  mu- 
sique de  Mozart,  mieux  peut-être  que  celle  de  Beethoven  et  de  Weber. 
Son  plus  grand  succès  a  été  dans  un  duo  de  l'auteur  de  Don  Juan, 
où  le  violoncelle  de  Franchomme  a  été  tout  simplement  admirable. 
M.  de  Cuvillon  s'est  montré  aussi  très-remarquable  en  exécutant  son 
joli  morceau  sur  des  mélodies  de  Marie  Stuart  et  en  faisant  sa  partie 
dans  le  long  trio  en  si  bémol  de  Beethoven,  qui,  s'il  n'a  pas  la  conci- 
sion de  quelques  autres  du  même  maître,  des  premiers  surtout,  n'en 
est  pas  moins  très-beau  et  très-brillant.  Le  piano  y  joue  un  grand 
rôle,  et  M.  Zompi  ne  lui  a  rien  enlevé  de  son  importance.  Plusieurs 
morceaux  de  ce  virtuose  ont  d'ailleurs  fait  grand  plaisir. 

—  Si  les  concerts  nous  laissaient  un  peu  plus  de  place  et  de  temps, 
nous  dirions  moins  brièvement  que  Alard  et  Franchomme  terminaient 
dimanche  leurs  belles  séances  de  musique  de  chambre,  comme  il  les 
avaient  commencées,  c'est-à-dire  au  bruit  des  applaudissements  en- 
thousiastes d'un  auditoire  d'élite,  enchanté  surtout  de  la  façon  incom- 
parable dont  la"  musique  de  Mozart  y  est  interprétée  et  par  les  deux 
célèbres  artistes,  et  par  Francis  Planté,  jeune  pianiste  que  les  succès 
n'enivrent  pas  et  qui  s'élève  chaque  jour,  contrairement  à  tant  d'au- 
tres qui,  comme  lui,  donnèrent  les  plus  grandes  espérances.  Mais  il 
faut  nous  limiter  et  mettre  la  bride  à  l'admiration  :  donc,  contentons- 
nous  de  dire  que,  avec  Àlard  et  Franchomme,  Mme  Viard-Louis  fai- 
sait apprécier  l'autre  soir  dans  les  salons  Pleyel-Wolff  son  talent  de  . 
pianiste.  L'exécution  de  la  gracieuse  virtuose  est  un  peu  terne  et  man- 
que quelquefois  de  netteté  -,  mais  on  ne  peut  tout  avoir,  et  Mme  Louis, 
qui  est  très-bonne  musicienne,  qui  connaît  ses  classiques,  a  charmé 
l'auditoire  en  jouant  des  œuvres  de  Mozart,  de  Beethoven,  de  Weber 
et  de  Mendelssohn  où  le  violon  et  le  violoncelle  ont  été  merveilleux. 

—  Au  concert  de  Bernhard  Rie,  pianiste  de  l'école  de  Dreyschock, 
on  a  vivement  applaudi  le  jeu  fin,  perlé  et  clair  de  ce  jeune  artiste  et 
ses  compositions  gracieuses,  correctes,  qui,  comme  son  exécution,  ne 
manquent  que  d'un  peu  d'énergie,  de  passion  et  de  puissance.  Charles 
Lamoureux  a  joué  une  remarquable  fantaisie  de  Vieuxtemps  et  une 
élégie  de  Frédéric  Brisson  dont  le  charme  mélodique,  la  distinction 
harmonique,  méritent  d'être  signalés.  Une  autre  aimable  mélodie  de 
M.  Albert  L'Hôte  a  été  aussi  très-applaudie.  Le  même  accueil  a  été 
fait  à  un  adagio  pathétique  et  à  un  rondo  de  René  Douay,  qui,  joués 
avec  expression  et  un  bon  style  par  l'auteur,  font  espérer  que  ce  jeune 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS3 


117 


et  très-habile  violoncelliste  sera  un  jour  un  compositeur  remarquable. 
Un  fort  joli  quatuor  d'A.  Blanc,  exécuté  par  Bernhard  Rie,  Casimir 
Ney,  René  Douay  et  l'auteur,  ouvrait  cette  soirée,  dans  laquelle 
Mme  Ricquier-Delaunay  et  Crosti  ont  bien  des  fois  excité  les  bravos. 
Crosti,  dont  la  voix  est  charmante,  a  bien  tort  d'exagérer  certains 
effets;  il  risque  ainsi  d'altérer,  comme  l'ont  fait  tant  de  ténors  et  de 
barytons,  un  organe  vraiment  délicieux,  qui,  ménagé,  lui  promet  de 
longs  succès. 

—  Mlle  Laguesse  donnait  lundi,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  son 
concert  annuel.  Alard,  Mas  et  Lebouc  ont  exécuté  avec  elle  un  qua- 
tuor de  Mozart.  On  a  d'abord  mis  sur  le  compte  de  l'émotion  le  peu 
de  clarté,  l'absence  presque  complète  de  nuances  et  de  style  que  l'on 
remarquait  dans  l'exécution  de  ce  quatuor  et  d'une  belle  marche  fu- 
nèbre de  Chopin.  Mais,  malheureusement,  Mlle  Laguesse,  qui  avait  été 
obligée  de  s'arrêter  dès  les  premières  mesures  d'un  délicieux  rondo 
de  Weber,  consultant  plutôt'  son  courage  que  ses  forces,  est  revenue 
jouer  un  morceau  d'Ascher  qui,  exécuté  jusqu'au  bout,  n'a  rien  dimi- 
nué de  l'impression  produite  par  les  autres.  Après  les  faiblesses  du 
piano,  on  a  eu  à  regretter  aussi  des  faiblesses  vocales  d'autant  plus 
fâcheuses  qu'on  les  trouve  partout.  Si  l'on  a  entendu  et  vivement  ap- 
plaudi Jules  Lefort,  qui  dit  les  mélodies  douces  et  expressives  avec  un 
grand  charme  et  Lucchesi,  qui  a  chanté  avec  goût  la  romance  de  Martha, 
on  a  entendu  aussi  une  cantatrice  dont  la  voix  ne  manque  ni  de  tim- 
bre ni  d'étendue,  mais  qui  gâte  ses  meilleures  qualités  par  des  efforts, 
des  oppositions  violentes,  en  un  mot,  par  des  cris  qui,  décidément, 
sont  antipathiques  à  toute  espèce  de  bonne  musique. 

—  Dimanche,  au  bénéfice  des  orphelins  et  des  orphelines  qu'elle  pa- 
tronne, l'association  de  fabricants  et  artisans  donnait  un  concert  où 
quelques  jolis  talents  se  sont  fait  entendre.  Une  Élégie  de  A.  Daus- 
soigne-Mehul,  exéculée  sur  le  violoncelle,  l'orgue  et  le  piano,  par 
MM.  Lamoury,  d'Aubel  et  l'auteur,  est  une  composition  sérieusement 
écrite,  d'une  inspiration  élevée,  et  dont  la  première  audition  a  été 
toute  favorable  au  compositeur  et  à  ses  habiles  interprètes.  Plusieurs 
pièces  élégamment  conçues  et  disposées  de  façon  à  faire  ressortir  toutes 
les  qualités  de  l'instrument,  ont  été  jouées  sur  l'orgue  Alexandre  et 
ont  valu  un  grand  succès  à  M.  d'Aubel.  A  ce  concert,  on  a  entendu  un 
peu  de  tout  :  des  œuvres  vraiment  belles,  parmi  lesquelles  il  faut  citer 
le  quintette  de  Charles  de  Kontski,  sur  la  prière  de  Moïse;  un  qua- 
tuor de  Gounod,  et  aussi  des  œuvres  qui  s'étaient  glissées  là  sous  le 
manteau  de  la  bienfaisance,  où  nous  n'irons  certes  pas  les  analyser. 
Quant  aux  chanteurs,  les  uns  avaient  du  talent  et  pas  d'organe,  les 
autres  avaient  de  la  voix  et  pas  de  méthode.  Cependant  Mlle  Dubois, 
membre  de  l'association,  s'est  fait  applaudir  et  a  su  triompher  des 
vocalises  de  la  valse  de  Venzano. 

—  Le  concert  d'Ernest  iNathan,  donné  mercredi  dans  les  salons  de 
l'hôtel  du  Louvre,  a  été  fort  joli.  On  y  a  entendu  un  sérieux  et  mélo- 
dieux trio  de  Louis  Lacombe,  très-sobrement  et  très-bien  joué  par 
Herman,  Nathan  et  l'auteur;  un  trio  arrangé  avec  beaucoup  de  goût  par 
l'excellent  violoncelliste  pour  orgue,  piano  et  violoncelle  sur  cette 
prière  de  Moïse  avec  laquelle  on  est  sûr  d'enchanter  le  public,  toujours 
heureux  d'entendre  cette  sublime  inspiration.  Des  gens  très-difficiles 
reprochent  bien  quelques  petites  choses  au  talent  de  Nathan;  mais  on 
ne  peut  méconnaître  toutefois  qu'il   ne  soit  très-sympathique  et  qu'il 

'ait  le  don  de  charmer,  ce  qui  à  la  rigueur,  dispense  d'une  grande 
largeur  de  style.  Après  avoir  fait  brillamment  sa  partie  dans  les  mor- 
ceaux d'ensemble,  il  a  exécuté  plusieurs  fantaisies  qui  ont  été  chaleu- 
reusement accueillies.  Son  caprice  sur  des  chansons  napolitaines,  Un 
rayon  de  tes  yeux  et  Souvenir  de  Sjm,  de  Servais,  inspirations  suaves, 
gracieuses  et  chantantes,  ont  été  dites  par  le  brillant  virtuose  avec  in- 
finiment d'expression  et  de  fougue.  Les  qualités  charmantes  et  élevées 
qui  dislinguent  le  talent  de  Lacombe  ont  été  encore  une  fois  fort  goû- 
tées dans  deux  morceaux  de  sa  composition.  Graziani  a  ravi  l'auditoire 
en  phrasant  d'une  façon  ravissante  une  délicieuse  mélodie. 


—  A.  Bessems  est  un  violoniste  de  talent.  Sa  manière  distinguée  de 
dire  la  musique  classique  est  aussi  éloignée  de  la  sécheresse  que  de 
l'effet  quand  même.  On  l'a  souvent  applaudi  dans  des  morceaux  d'en- 
semble, exécutés  avec  une  finesse  et  une  unité  remarquables.  A.  Bes- 
sems compose,  et  il  trouve  souvent  des  mélodies  heureuses.  11  l'a 
prouvé  en  jouant  à  sa  soirée,  donnée  la  semaine  dernière,  plusieurs 
compositions  doublement  originales  ;  car  il  n'en  avait  pas  emprunté  les 
motifs  aux  maîtres  de  la  scène,  et  quelques-unes  n'en  portent  pas 
moins  le  sceau  de  l'originalité.  Par  leur  style,  par  leurs  grâces  mélo- 
diques, elles  plaisent  partout  où  l'on  aime  le  sérieux  allié  avec  le 
gracieux  et  le  brillant  que  demandent  les  morceaux  de  salon. 

—  Mme  Alboni  est  certainement  accoutumée  aux  succès  :  sa  voix 
merveilleusement  douce,  harmonieuse  et  puissante,  sa  vocalisation,  sa 
méthode,  son  style  si  purs,  si  brillants,  si  parfaits,  triomphent  sans 
peine  et  sans  fatigue  des  plus  grandes  difficultés  et  excitent  toujours 
et  partout  l'enthousiasme  ;  mais  nous  doutons  que  la  célèbre  cantatrice 
ait  jamais  été  mieux  comprise  et  plus  fêtée  qu'elle  ne  l'a  été  mercredi 
à  la  soirée  donnée  au  proût  de  l'OEuvre  des  faubourgs.  Le  duo  de 
Sémiramide,  avec  Mme  Penco,  et  le  rondo  de  la  Cenerentola,  qui  a  été 
bissé,  et  après  lequel  on  a  rappelé  deux  ou  trois  fois  au  moins  l'incom- 
parable interprète,  ont  émerveillé  l'auditoire  exceptionnel  qui  rem- 
plissait la  salle  Ventadour.  Les  plus  grands  artistes  de  la  scène,  italienne 
ont  fait  assaut  de  talent,  de  verve,  d'esprit  et  de  grâce  ;  c'était  à  qui 
prodiguerait  le  plus  généreusement  sa  voix  et  ses  beaux  élans  drama- 
tiques. Mme  Penco,  touchante  et  pathétique  dans  un  air  de  la  Tra- 
viata,  noble  et  belle  dans  des  fragments  de  Sémiramide  ;  Tamberlick 
fougueux,  tendre  et  passionné  dans  le  fameux  duo  A'Otello,  expressif, 
admirable  de  style  simple  et  naturel  dans  un  autre  morceau,  dont  le 
succès  a  égalé  pour  le  moins  celui  auquel  le  fameux  ut  dièse  vient 
donner  le  prestige  de  sa  renommée;  Mlle  Battu  qui,  quoique  française, 
a  su  prendre  sa  place  sur  le  théâtre  où  se  sont  illustrées  les  Malibran 
et  les  Persiani;  enGn,  Graziani,  Badiali,  Zucchini  et  Morini  ont  fait  de 
cette  soirée  l'une  des  plus  délicieuses  auxquelles  on  puisse  assister. 
Grâce  aussi  à  l'empressement  du  public,  elle  a  dû  être  l'une  des  plus 
fécondes  que  la  philanthropie  ait  eues  cet  hiver. 

—  Jeudi,  en  présence  de  Mgr.  l'archevêque  et  d'une  nombreuse  as- 
semblée, une  messe  à  grand  orchestre  a  été  exécutée  à  Saint-Eustache 
au  profit  de  la  caisse  des  écoles.  Pour  cette  solennité  on  avait  choisi 
la  première  messe  de  M.  Benoist.  S'il  est  un  nom  que  les  artistes  en- 
tourent de  respect  et  de  sympathie,  c'est  assurément  celui  de  ce 
maître.  Célèbre  professeur  d'orgue  au  Conservatoire,  grand  artiste 
lui-même,  —  deux  titres  dont  le  premier  n'implique  pas  toujours  le 
second,  —  compositeur  souvent  habile  au  théâtre,  l'éminent  musi- 
cien possède  une  science  rare  dont  les  trésors  rappellent  par  leur 
pureté  et  par  leur  inépuisable  variété  le  beau  style  de  Cherubini. 
C'est  surtout  dans  la  musique  religieuse  qu'on  retrouve  M.  Benoist 
tout  entier  avec  ses  chants  larges  et  pathétiques,  avec  ses  harmonies 
exquises,,  avec  ce  tact,  cette  profondeur  qui  extrait  d'un  motif,  parût- 
il  d'abord  assez  insignifiant,  mille  développements  naturels  et  féconds. 

A  certaines  associations  de  sons,  à  certaines  combinaisons  harmo- 
niques, nous  avons  reconnu  dans  la  messe  de  M.  Benoist  une  de  ces 
mains  fermes,  vigoureuses,  qui  ne  se  contentent  pas  toujours  des  ri- 
chesses acquises,  qui,  au  contraire,  en  cherchent  de  nouvelles  et  qui, 
lorsque  l'esprit  et  le  goût  sanctionnentpeurs  témérités,  n'hésilent  pas 
à  tracer  quelques  accords,  à  rapprocher  des  notes  que  nous  ne  trou- 
verions peut-être  pas  disposées  ainsi  dans  nos  éléments  d'harmonie, 
mais  qui  n'en  forment  pas  moins  une  alliance  heureuse.  Toutes  les 
parties  de  cette  œuvre  sont  magistralement  écrites.  Le  Credo  surtout 
est  une  fort  belle  page,  plus  développée  que  les  autres  ;  ce  serait  un 
chef-d'œuvre  si  la  phrase  du  début,  égarée  là  par  hasard,  ne  rappelait 
un  peu  trop  les  cabalettcs  et  les  félicita  de  l'école  italienne.  Les 
combinaisons  les  plus  belles,  les  ressources  les  plus  variées  du  contre- 
point et  de  la  fugue,  les  formes  les  plus  élégantes  et  les  plus  fines  ne 


118 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


sont  pas  les  seuls  côtés  brillants  qui  caractérisent  le  talent  deM.  Be- 
noist  :  son  imagination  aussi  est  riche  et  puissante.  Seulement  on  a 
perdu  l'habitude  de  ce  style  sobre  et  contenu,  on  ne  sait  plus  toujours 
reconnaître  ce  qu'il  renferme  de  dramatique,  de  fort  et  d'élevé.  C'est 
tant  pis,  car  ces  œuvres  vivront  et  seront  encore  exécutées  quand 
beaucoup  d'autres  auront  disparu.  Du  reste,  l'avenir  doit  bien  une 
compensation  aux  auteurs  de  musique  sacrée,  à  ceux  qui  restent 
fidèles  aux  grandes  traditions,  même  au  milieu  des  rêves  maladifs 
d'une  génération  musicale  qui  ne  préconise  quelquefois  l'indépen- 
dance que  pour  se  dispenser  des  études  profondes  que  l'art  im- 
pose. 

L'exécution,  dirigée  par  M.  Hurand,  a  été  bonne.  On  y  a  néan- 
moins regretté  plusieurs  mouvements  trop  rapides  qui  ont  enlevé  à 
quelques  passages  de  cette  messe  la  gravité  que  l'auteur  y  a  mise. 
M.  Edouard  Batiste  s'est  particulièrement  distingué  en  faisant  entendre 
à  la  sortie  une  magnifique  fugue  de  Bach,  qu'il  a  dite  avec  un  excel- 
lent style. 

Adolphe  BOTTE. 


OBSERVATIONS  DE  QUELQUES  I0SIC1EIS 

Et    de    quelques    amateurs    sur    la    méthode    de 
musique  de  M.  le  docteur  Clievé  (1). 

M.  le  comte  Sollohub  s'est  récemment  déclaré  chaud  partisan  de 
Y  École  nouvelle.  Dans  une  lettre  que  V  Indépendance  belge  a  publiée, 
et  que  nous  avons  lue  avec  l'intérêt  que  méritent  le  nom  et  la  situa- 
tion de  l'auteur,  M.  le  comte  Sollohub  raconte  :  qu'assistant  par  hasard 
à  un  cours  de  M.  Chevé,  il  vit  «  le  professeur,  au  sourire  plein  de 
bonhomie  ;  »  puis  il  vit  «  un  tableau  surchargé  de  chiffres  auxquels 
il  ne  comprenait  rien.  »  11  demanda  alors  à  son  voisin  sur  quelle  clef 
on  chantait. 

«Monsieur  (lui  répondit  le  voisin),  la  méthode  n'a  pas  de  clef  du 
tout,  ce  qui  nous  dispense  d'apprendre  les  sept  clefs  de  la  musique 
usuelle.  » 

C'est  puissamment  raisonné.  Mais  nous  avons  déjà  fait  justice  du 
fantôme  des  sept  clefs  que  M.  Chevé  évoque  sans  cesse.  On  aurait  pu 
dire  de  plus  à  ce  voisin  naïf,  charmé  de  la  méthode  qui  n'a  pas  de 
clef  du  tout,  qu'il  y  a  toujours  une  clef,  que  l'alphabet  a  une  clef, 
qu'un  chiffre  a  une  clef,  et  que  lire  des  notes  écrites  sur  une  clef,  ou 
lire  un  chiffre  dont  il  faut  avoir  la  clef,  cela  revient  exactement  au 
même. 

«  Je  voulus  savoir  alors  comment  on  reconnaissait  les  tons,  »  con- 
tinue M.  le  comte  Sollohub,  qui  avait  parfaitement  raison. 

«  Mon  interlocuteur  m'expliqua  que  tous  les  tons  en  dièses  et  en 
bémols  n'avaient  été  inventés  que  pour  se  conformer  aux  défectuosités 
de  certains  instruments  qui  devaient  rectifier  par  ces  moyens  la  filia- 
tion normale  des  sons  dans  chaque  gamme.  » 

Nous  félicitons  le  noble  étranger  s'il  a  pu  comprendre  cette  expli- 
cation foudroyante,  cette  démonstration  merveilleuse  ;  ou  plutôt  nous 
regrettons  qu'un  homme  de  sa  valeur,  d'un  esprit  élégant,  charmant, 
élevé,  ait  daigné  écouter  si  longtemps  un  tel  interlocuteur,  et  qu'il  se 
soit  payé  d'un  raisonnement  semblable.  Personne  n'a  inventé  les  tons 
en  dièses  et  en  bernois,  pour  parler  le  langage  de  l'interlocuteur,  et 
surtout  on  ne  les  a  pas  inventés  pour  se  conformer  à  des  défectuosi- 
tés. On  n'invente  pas  ce  qui  est.  La  musique  est  faite  d'une  certaine 
façon,  comme  il  a  plu  à  Dieu  qu'elle  fût  faite.  M.  Chevé  lui-même  re- 
connaît au'il  y  a  des  tons  en  dièses,  et  avoue  qu'il  y  en  a  en  bémols, 
et  combien   M.  le  comte  Sollohub   regretterait  qu'il  n'y  en  eût  pas  ! 

(1)  Voir  le  n°  13. 


Nous  voudrions,  pour  le  convaincre  et  le  punir  à  la  fois,  lui  faire  en- 
tendre Semiramide  sans  dièses  et  les  Huguenots  sans  bémols. 

Mais  l'interlocuteur  continue:  il  dit  «  que  la  voix  étant  omnitone, 
il  lui  suffisait  d'avoir  un  point  de  départ  pour  trouver  les  intervalles 
nécessaires,  et  que  par  conséquent  la  solmisation  d'après  les  tonalités 
devenait  inutile.  C'était  évidemment  faciliter  l'étude  de  chant  propre- 
ment dit,  des  quinze  procédés  toniques.  En  les  multipliant  par  les 
combinaisons  des  sept  clefs,  l'enseignement  devenait  cent  cinq  fois 
plus  facile.  » 

M.  le  comte  Sollohub  eut  la  bonté  de  trouver  cela  «  parfaitement 
clair,  et  il  comprit  alors  la  signification  du  tableau.  » 

Restait  au  noble  étranger  «  à  se  rendre  compte  de  la  division  des 
mesures.  » 

Rien  de  plus  simple  : 

«  Il  ne  fut  pas  peu  surpris  d'entendre  tout  l'auditoire  proférer  des 
sons  qui  lui  étaient  parfaitement  inintelligibles.  C'était  une  langue  dont 
chaque  monosyllabe  marquait  pour  ainsi  dire  brutalement  la  valeur  des 
durées  et  des  silences.  Cette  langue  remplaçait  les  huit  entiers  de 
mesures  de  l'enseignement  usuel,  et  détruisait  la  combinaison  de  cent 
cinq  multipliés  par  huit.  11  en  résultait  la  conclusion  que,  par  la  méV 
thode,  la  lecture  du  chant  se  trouvait  facilitée,  pour  s'exprimer  aussi 
en  chiffres,  de  huit  cent  quarante  fois.  » 

11  faut  respirer  après  une  argumentation  si  puissante,  et  reconnaître 
qu'il  n'y  a  rien  à  répondre  à  des  calculs  si  clairs,  à  des  principes  si 
écrasants,  qu'une  méthode  qui  peut  appeler  à  son  aide  des  démons- 
trations si  victorieuses  est  évidemment  la  première  méthode  du  monde, 
et  que  rien  ne  doit  lui  résister. 

M.  le  comte  Sollohub  dit  ensuite  «  qu'il  apporta  à  la  société  chorale 
de  M.  Chevé  deux  chœurs  à  quatre  voix,  l'un  de  Bortnianski,  l'autre 
manuscrit,  de  son  beau-père,  le  comte  Michel  Wielhorski.  Les  deux 
morceaux  ne  pouvaient  être  connus.  On  les  transcrivit  en  chiffres,  et 
ils  furent  lus  avec  une  précision  remarquable.  » 

Nous  n'en  doutons  pas.  Mais  si  M.  le  comte  Sollohub  avait  bien 
voulu  apporter  ces  deux  morceaux  au  Conservatoire,  ou  à  l'orphéon, 
ou  à  une  des  nombreuses  sociétés  chorales  de  Paris  ou  de  la  banlieue, 
on  n'aurait  pas  eu  besoin  de  la  transcription  en  chiffres.  Et  l'épreuve 
n'eût-elle  pas  été  mille  fois  plus  intéressante  pour  le  comte  Sollohub, 
et  surtout  plus  concluante,  s'il  avait  entendu  chanter  à  Paris,  sur 
l'écriture  originale,  ces  manuscrits  tracés  en  Russie  pour  tous  les 
musiciens  du  monde,  excepté,  à  ce  qu'il  parait,  pour  les  adeptes 
de  M.  Chevé  ?  —  Et  c'est  une  satisfaction  qu'il  eût  pu  se  procurer  fa- 
cilement. 

M.  le  comte  Sollohub  dit  plus  loin  «  que  le  peuple  n'a  pas  trente 
ans  à  donner  à  l'étude  d'une  science  ardue.  »  Et  c'est  la  lecture  mu- 
sicale qu'il  désigne  ainsi.  Quoi!  véritablement!  on  a  pu  persuader 
cette  énormité  à  M.  le  comte  Sollohub  !  on  lui  a  montré  des  élèves  de 
trentième  année  ! 

Un  peintre  de  l'antiquité  n'a  pas  craint  de  dire  à  un  monarque  puis- 
sant qui  pariait  de  peinture  dans  son  atelier  :  c  0  roi,  cessez  de  tenir 
de  tels  discours  :  vous  feriez  rire  mon  broyeur  de  couleurs  !  »  Nous 
prions  M.  le  comte  Sollohub  de  nous  excuser  si,  en  toute  sincérité, 
nous  nous  sommes  permis  de  lui  présenter  quelques,  observations,  il 
a  trop  d'esprit  pour  s'en  formaliser,  et  nous  espérons  qu'il  nous  par- 
donnera si  nous  lui  déclarons  que  nous  sommes  des  pécheurs  endurcis, 
affermis  dans  leur  conviction  par  les  arguments  mêmes  qui  ont  formé 
la  sienne  (1). 

(1)  Aux  noms  des  vingt-deux  signataires  de  l'ouvrage,  dont  nous  venons  d'ex- 
traire un  fragment,  il  faut  ajouter  celui  de  Verdi,  qui  a  envoyé  par  écrit  son  ad_ 
hésion  pleine  et  entière. 


DE  PARIS. 


119 


REVUE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  le  Feu  au  couvent,  comédie  en  un  acte  ,  par 
M.  Th.  Barrière.  —  Vaudeville  :  la  Tentation,  pièce  en  cinq  ac- 
tes et  six  tableaux,  par  M.  Octave  Feuillet.  —  Gymnase  :  le  Che- 
veu blanc,  proverbe  de  M.  0.  Feuillet  ;  V ne  voix  du  ciel,  comédie 
de  MM.  Fournier  et  Meyer;  le  Paratonnerre,  comédie-vaudeville 
en  deux  actes,  par  MM.  Dupeuty  et  Gabriel  ;  les  Deux  timides, 
vaudeville  de  MM.  Marc-Michel  et  Labiche.  —  Variétés  :  Une 
femme  aux  cornichons,  vaudeville  de  MM.  Siraudin  et  Delacour; 
Quel  drôle  de  monde!  vaudeville  de  MM.  Clairville  et  E.  Moreau  ; 
les  Portiers,  vaudeville  de  MM.  Brisebarre  et  Eug.  Nus;  la  Grande 
marée,  vaudeville  en  deux  actes,  par  MM.  Th.  Cogniard  et  Clairville. 

—  Palais-Royal  :  La  Sensitive,  vaudeville  en  trois  actes,  par 
MM.  Labiche  et  Delacour.  — ■  Théâtre  Dejazet  :  Une  bonne  pour 
tout  faire,  vaudaville  de  MM.  G.  Adenis  etRostaing;  Vile  de  sol- 
si-ré,  opérette  de  M.  Julian,  musique  de  M.  Ruytler  ;  la  Marée  dé- 
montante, à  -propos  de  M.  Guénée. 

Les  théâtres  parisiens,  et  principalement  les  théâtres  de  genre,  qui 
viennent  d'avoir  leurs  giboulées  de  mars,  nous  ont  constitué  un  ar- 
riéré considérable  que  nous  allons  essayer  de  liquider  le  plus  claire- 
ment et  le  plus  succinctement  qu'il  nous  sera  possible  de  le  faire. 

Mettons-nous  d'abord  en  règle  avec  la  Comédie  Française,  où  M.  Bar- 
rière a  fait  jouer  avec  un  très-joli  succès  un  petit  acte  intitulé  le  Feu 
au  couvent.  L'effet  de  cette  pièce  repose  sur  une  situation  vraie  et 
touchante  qui  consiste  dans  l'opposition  de  l'ignorance  naïve  d'une 
jeune  fille  avec  les  vices  élégants  du  monde.  M.  de  Savenay,  resté 
veuf  à  vingt-cinq  ans  et  menant  la  vie  à  grandes  guides,  a,  pour  être 
plus  libre,  rélégué  sa  fille  au  fond  d'un  couvent.  Un  incendie  la  ra- 
mène à  son  père  au  moment  où  celui-ci  va  se  battre  pour  une  maî- 
tresse, comme  il  l'a  fait  dix  fois  déjà,  sans  songer  qu'il  pouvait  laisser 
derrière  lui  une  orpheline.  La  présence  de  son  enfant  lui  inspire  de 
salutaires  réflexions,  et  avant  de  se  rendre  sur  le  terrain  où  il  trou- 
vera peut-être  la  mort,  il  confie  Adrienne,  par  une  sorte  de  testament, 
aux  soins  d'un  de  ses  amis  dont  la  conduite  n'est  pas  plus  irréprocha- 
ble que  la  sienne,  mais  qui  du  moins  est  homme  de  cœur.  Les  bons 
sentiments  de  la  jeune  pensionnaire  exercent  aussi  leur  influence  sur 
cet  ami,  et  quand  M.  de  Savenay  revient  sain  et  sauf  de  son  duel,  une 
double  conversion,  cimentée  par  un  mariage,  atteste  la  victoire  d'A- 
drienne. 

Malgré  quelques  longueurs,  cette  comédie  a  été  parfaitement  ac- 
cueillie; il  est  vrai  qu'elle  est  interprétée  par  Bressant,  Delaunay  et 
Mlle  Emma  Fleury. 

—  A  l'exemple  d'Alfred  de  Musset,  ce  n'est  qu'après  avoir  livré  à 
l'impression  la  plupart  de  ses  Comédies  et  proverbes  que  M.  Octave 
Feuillet  est  venu  demander  pour  eux,  au  public,  la  consécration  de  la 
rampe.  Le  Pour  et  le  contre,  la  Crise,  Dalila,  Péril  en  la  demeure, 
le  Village,  et  jusqu' au  Roman  d'un  jeune  homme  pauvre,  toutes  ces 
agréables  productions,  où  brillent  à  doses  égales  l'esprit  et  l'élégance, 
ont  revêtu  successivement  les  deux  formes  du  livre  et  de  la  scène.  La 
Tentation,  du  Vaudeville,  est,  croyons-nous,  le  premier  ouvrage  de 
M.  Feuillet  qui  n'ait  pas  accompli  cette  double  formalité  et  qui  soit 
arrivé  tout  droit  au  théâtre.  A  cela  nous  n'aurions  rien  à  ajouter  si 
cette  infraction  à  ses  habitudes  décelait  un  progrès  dans  la  manière 
de  l'auteur,  mais  malheureusement  cette  excuse  lui  échappe,  et  les  re- 
vues qui  ont  été  le  berceau  des  œuvres  que  nous  venons  de  citer,  se 
fussent  tout  aussi  bien  accommodées  de  celle-ci  que  des  autres. 
M.  Feuillet  excelle  dans  l'analyse  minutieuse  de  certains  sentiments 
dont  la  délicatesse  est  plutôt  un  défaut  qu'une  qualité  devant  un  au- 
ditoire avide  de  faits  bien  plus  que  de  paroles.  Or,  qu'est-ce  que  la 
Tentation"!  Une  jeune  femme,  négligée  par  son  mari,  se  laisse  pren- 
dre aux  airs  ténébreux  d'un  étranger  avec  lequel  elle  entame  le  pre- 
mier chapitre  d'un  roman  platonique.  Le  mari  s'en  aperçoit,  provoqne 
son  rival,  cherche  querelle  à  sa  femme,  qui  pourtant  n'est  pas  trop 
coupable,  et  finit  par  lui  pardonner,  grâce  à  l'intervention  de  sa  fllle. 


En  conscience,  y  a-t-il  là  matière  à  cinq  actes  et  six  tableaux?  Dans 
un  livre,  peut-être  ;  à  la  scène  nous  ne  le  croyons  pas.  Aussi  est-il 
à  craindre  que  la  Tentation  ne  se  soutienne  pas  aussi  longtemps  sur 
l'affiche  que  Dalila  ou  le  Roman  d'un  jeune  homme  pauvre.  Et 
pourtant  le  rôle  du  mari  est  joué  par  Lafont,  et  celui  de  la  femme,  par 
Mlle  Delphine  Marque  t,  deux  artistes  distingués  que  le  Vaudeville  a 
empruntés  à  M.  Montigny  pour  renforcer  sa  troupe. 

—  Au  Gymnase,  nous  retrouvons  M.  Octave  Feuillet,  mais,  cette 
fois,  dans  son  véritable  élément.  Une  scène  de  ménage,  très-finement 
développée,  fait  tous  les  frais  du  Cheveu  blanc,  petit  acte  imprimé 
dans  le  même  recueil  que  la  Crise  et  que  Péril  en  la  demeure.  Un 
mari  et  une  femme,  parvenus  aux  dernières  limites  de  l'indifférence 
conjugale  et  tout  prêts  à  la  franchir,  sont  rapprochés  par  le  hasard 
d'une  nuit  d'hiver  et  d'un  bal  trop  tôt  fini.  Ils  s'expliquent  forcément, 
et  la  découverte  d'un  cheveu  blanc  égaré  au  milieu  de  la  chevelure 
brune  du  mari  vient  l'avertir  qu'il  est  temps  de  dire  adieu  aux 
illusions  coupables  pour  goûter  la  réalité  du  bonheur  domestique.  Le 
mari  c'est  Dupuis,  et  sa  femme  c'est  Mme  Rose  Chéri,  c'est-à-dire  les 
deux  artistes  qui  s'entendent  le  mieux  à  traduire  le  marivaudage  gra- 
cieux, mais  parfois  maniéré,  dont  la  plume  de  M.  Octave  Feuillet  n'est 
pas  souvent  assez  avare. 

Une  voix  du  ciel,  au  même  théâtre,  est  tout  simplement  la  voix 
d'un  poëte  qui,  par  des  strophes  de  circonstance,  ramène  à  la  vertu 
une  jeune  mère  que  la  crainte  de  léguer  à  sa  fille  un  souvenir  désho- 
noré, retient  sur  le  bord  de  l'abîme.  Cette  leçon,  passablement  maus- 
sade, est  sauvée  par  Mlle  Périga,  l'excellente  Elmire  de  l'Odéon,  que 
ce  théâtre  a  cédée  au  Gymnase. 

Mais  nous  ne  sommes  pas  au  bout  des  pièces  de  début  que  M.  Mon- 
tigny a  offertes  à  son  public.  Seulement  celles  dont  il  nous  reste  à 
parler  sont  plus  gaies  que  les  précédentes.  On  pourrait  même  dire, 
eu  égard  au  genre  habituel  du  lieu,  que  le  Paratonnerre  outrepasse 
les  bornes  de  la  désinvolture.  Cette  comédie-vaudeville  en  deux  actes 
a  été  faite  pour  Mlle  Francine  Cellier,  l'ex-danseuse  de  l'Opéra,  qui, 
après  avoir  remporté  un  prix  au  Conservatoire,  vient  de  faire  victo- 
rieusement ses  preuves  dans  le  rôle  jovial  d'une  forgeronne  courtisée 
par  un  baron  ridicule,  et  se  servant  de  lui  pour  empêcher  la  baronne, 
sa  femme,  de  commettre  une  imprudence  irrémédiable. 

Les  Deux  timides  sont  plus  réservés,  mais  non  moins  amusants. 
Une  autre  élève  du  Conservatoire,  Mlle  Albrecht,  couronnée  également 
aux  derniers  concours  d'opéra-comique,  remplit  dans  cette  pièce  un 
rôle  qui  consiste  à  mettre  aux  prises  les  deux  timides,  un  père  et  un 
amoureux,  en  leur  persuadant  que  chacun  d'eux  a  affaire  à  plus  poltron 
que  soi.  Cette  situation  excentrique  a  été  saluée  par  un  fou  rire,  et 
Mlle  Albrecht  a  été  fort  applaudie,  bien  qu'elle  abuse  un  peu  trop 
des  privilèges  qu'elle  tient  de  son  instruction  musicale. 

—  Le  bilan  des  Variétés  se  compose  aussi  de  quatre  pièces  : 

Une  femme  aux  cornichons,  où  Mlle  Boisgonthier  essaie  de  tous  les 
moyens  possibles  pour  diminuer  son  embonpoint,  et  ne  réussit  qu'à 
faire  maigrir  de  jalousie  Charles  Potier  son  mari. 

Quel  drôle  de  monde!  Très-drôle  de  monde  en  effet  que  celui  dans 
lequel  le  neveu  et  la  nièce  de  M.  Verdavaine  ont  placé  leurs  amours. 
Par  bonheur  la  danseuse  de  corde  qui  est  sur  le  point  d'épouser  le 
neveu,  et  l'escamoteur  qui  s'est  fait  aimer  de  la  nièce,  se  reconnaissent 
au  moment  des  explications,  et  comme  ils  sont  mariés,  ce  brave 
M.  Verdavaine  est  tout  naturellement  débarrassé  de  leur  honorable 
alliance. 

Les  Portiers,  scènes  de  mœurs  parisiennes,  photographiées  d'après 
nature.  Le  type  du  portier  Chignon,  représenté  par  Leclère,  est  excel- 
lent; mais  ce  farouche  despote  des  locataires  a  beau  plier  sous  le  faix 
des  quolibets  et  des  épigrammes  dont  les  auteurs  l'accablent,  il  n'en 
restera  pas  moins  solide  sur  son  trône,  regardant  les  empires  crouler 
et  défiant  les  émeutes  et  les  révolutions. 

Enfin,  la  Grande  marée-,  mystification   en  deux   actes,  composée 


120 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


d'une  suite  de  scènes  épisodiques  à  peine  liées  entre  elles  par  un 
semblant  d'intrigues,  mais  suffisamment  saupoudrées  de  traits  et  de 
couplets  piquants  h  l'adresse  de  ces  pauvres  Parisiens,  victimes  de 
M.  Babinet. 

—  Le  Palais-Royal  fait  de  l'argent  avec  la  Sensitive,  facétie  en  trois 
actes,  assurément  fort  spirituelle,  mais  d'une  hardiesse  qui  distance 
tout  ce  que  ce  théâtre  s'est  jamais  permis  dans  ses  meilleurs  jours, 
d'humeur  graveleuse.  La  donnée  en  est  pourtant  bien  simple  en  appa- 
rence ;  il  s'agit  d'un  nouveau  marié  qui  ne  peut  parler  d'amour  sans 
être  pris  tout  à  coup  d'un  bégaiement  des  plus  fâcheux.  Nous  n'insis- 
terons pas  trop  sur  les  résultats  de  cette  grotesque  infirmité,  et  si 
nous  ne  dissuadons  pas  le  public  masculin  d'aller  passer  deux  bonnes 
heures  à  ce  spectacle,  nous  lui  conseillerons  pourtant  d'y  munir  sa 
femme  d'un  éventail  et  de  laisser  sa  fille  à  la  maison. 

—  En  attendant  que  le  Théâtre-Déjazet  nous  donne  l'opérette  de 
M.  Flotow  que  nous  avons  annoncée  sous  le  titre  de  Pianeïïà,  ilfajoute 
coup  sur  coup  trois  pièces  nouvelles  à  son  répertoire  encore  peu  varié 
et  qui  ne  demande  qu'à  le  devenir.  Une  bonne  pour  tout  faire  offre  à 
Mlle  Irma  Granier  l'occasion  de  se  montrer  dans  plusieurs  costumes 
différents  et  d'imiter  très-gentiment  l'accent  provençal.  L'Ile  de  Sol- 
si-ré  est  une  bouffonnerie  musicale,  dans  laquelle  l'administration  a 
déployé  un  très-grand  luxe  d'accessoires,  et  le  compositeur,  M.  Ruyt- 
ler  (lisons  Pilati)  un  luxe  non  moins  grand  de  motifs  gais  et  faciles. 
Quant  à  la  Marée  démontante,  c'est  une  seconde  critique  due  à  la 
mystification  du  9  mars,  et  improvisée  pour  le  bénéfice  de  M.  Paul 
Legrand,  dont  le  talent  mimique  et  le  masque  enfariné  ont,  comme  tou- 
jours, décidé  le  succès  de  cette  bluette. 

—  Nous  devons  encore  mentionner  l'apparition  au  théâtre  de  la 
Gaité  d'un  vaudeville  très-vif  et  très-amusant,  Quatre  femmes  sur 
les  bras,  dont  M.  Commerson  est  l'auteur  et  dans  lequel  Mlle  Derval, 
dans  quatre  rôles  différents,  a  su  se  faire  applaudir  à  côté  de  Perrin 
qui  se  montre,  comme  toujours,  comédien  original.  —  La  reprise  du 
Courrier  de  Lyon  au  môme  théâtre  avec  Paulin  Menier,  Alexandre 
et  Surville,  continue  son  inépuisable  succès  et  remplit  la  salle  tous 
les  soirs. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

***  La  représentation  de  Robert  le  Diable,  donnée  dimanche,  a  été  très- 
belle  :  Belval  a  été  applaudi  chaleureusement  dans  le  rôle  de  Bertram  ; 
Renard  et  Dufresne  se  sont  bien  acquittés  de  ceux  de  Robert  et  de  Raim- 
bault,  et  ceux  d'Isabelle  et  d'Alice  ont  fait  honneur  â  Mmes  Hamackers 
et  Dussy.  —  Une  indisposition  de  Mme  Gueymard  n'a  pas  permis  qu'on 
donnât  mercredi  Pierre  de  Médicis  ;  on  y  a  substitué  les  Huguenots,  dont 
l'exécution  n'a  rien  laissé  à  désirer.—  On  parle  de  la  reprise  de  la  Muette 
pour  la  continuation  des  débuts  de  Micuot,  qui  doit  incessamment  chan- 
ter dans  Lucie. 

**„  Les  représentations  du  Pardon  de  Ploërmel  attirent  toujours  une 
grande  ailluence  à  l'Qpéra-Comique;  pris  d'une  indisposition  subite 
Faure  n'a  pu  chanter  mercredi  le  rôle  d'IIoel  ;  il  a  été  remplacé 
par  Troy,  qui  s'est  très-bien  acquitté  de  sa  tâche.  —  Mlle  Monrose  se 
trouve  à  peu  près  rétablie  de  sa  longue  indisposition,  et  le  Roman  d'El- 
vire  va  reprendre,  après  la  clôture  de  la  semaine  sainte,  le  cours  du 
succès  que  cette  indisposition  était  venue  si  fâcheusement  interrompre. 
— -  L'ouvrage  de  Gevacrt  se  trouve  retardé  par  suite  d'une  indisposition 
de  Couderc.  —  11  est  question  de  remonter  avant  le  départ  de  Mme  Faure- 
Lefèvre  un  des  chefs-d'œuvre  de  Bo'ieldieu,  le  petit  Chaperon  rouge. 

»*„,  Le  théâtre  Italien  donnera  demain  lundi  le  Trovalore  au  bénéfice 
de  Graziani,  et  mardi  Rigoletto  avec  Tamberlick  et  Mlle  Marie  Battu. 

***  Le  théâtre  Lyrique  donnera,  dans  le  courant  du  mois  d'avril,  une 
représentation  au  bénéfice  do  Mme  Viardot. 

„,*„,  Après  le  départ  de  Mme  Miolan-Carvalho,  ce  théâtre  donnera 
\eFidelio,  de  Beethoven,  interprété  par  Battaille,  Guardi,  Fromant, 
Serène,  Yanaud,  Mme  Pauline  Viardot  et  Mlle  Marimon. 

*%  Un  journal  annonce  que  l'administration  de  l'Opéra  passerait  dans 
les  mains  de  la  municipalité  de  la  ville  de  Paris,  et  que  cette  mutation 
rendrait  plus  prompte  la  solution  des  questions  relatives  â  la  construction 


d'une  nouvelle  salle  pour  notre  première  scène  lyrique.  Le  même  journal 
parle  de  la  fondation  d'un  cercle  artistique,  sous  le  patronage  des  plus 
illustres  dilettanti,  parmi  lesquels  on  compte  MM.  de  Morny,  Troplong, 
Baroche,  etc.,  et  dont  le  prince  Poniatowsky  serait  le  président.  Toutes 
les  semaines  aurait  lieu  un  concert,  où  ne  serait  exécutée  que  de  la 
musique  inédite  et  de  compositeurs  vivants,  et  l'on  choisirait  de  préfé- 
rence des  fragments  d'oeuvres  destinées  à  la  scène.  Un  établissement 
pareil  rencontrerait  certainement  les  plus  vives  sympathies  et  serait  de 
la  plus  grande  utilité. 

***  La  Schiller-Marsch  a  été  exécutée  au  concert  de  l'Hôtel  de  ville, 
par  l'orchestre  de  Pasdeloup  et  y  a  produit  le  plus  grand  effet. 

*%  Géraldy,  l'excellent  baryton,  a  chanté  deux  fois  cette  semaine,  chez 
Herz,  une  nouvelle  mélodie  de  M.  Charles  Manry,  l'Enfant  dangereux, 
composée  sur  des  paroles  d'Auguste  Barbier.  Il  est  impossible  de  dire 
avec  plus  de  goût  et  de  charme  cette  originale  composition  de  M.  Charles 
Manry,  qui  porte  en  elle  le  cachet  de  la  poésie  et  de  l'art.  M.  Géraldy  a 
trouvé  dans  l'Enfant  dangereux  ce  degré  d'inspiration  qui  convient  à 
sa  voix  puissante  et  sympathique. 

***  Le  vendredi  saint,  la  Société  des  jeunes  artistes  donnera  un  grand 
concert  dans  la  salle  Herz.  On  y  entendra  la  symphonie  pastorale,  psaume 
de  Niedermeyer  (1r0  audition)  ;  hymne  d'Haydn,  par  les  instruments  à 
cordes;  fragments  des  Saisons,  d'Haydn,  et  une  fantaisie  exécutée  par 
Bottesini. 

***  M.  Membrée,  l'auteur  de  François  Villon,  vient  de  composer  la 
musique  d'un  opéra  dont  M.  Got,  de  l'Académie  française,  a  écrit  les  pa- 
roles, et  qui  a  pour  titre  le  Moine  rouge. 

***  L'association  des  artistes-musiciens  a  fait  exécuter  lundi  dernier, 
dans  l'église  de  Notre-Dame,  la  messe  de  Mozart,  qui  avait  été  choisie 
pour  la  fête  delaSainte-Cécile,et  qu'on  avait  entendue  à  cette  époque  dans 
l'église  Saint-Eustache.  M.  Battaille  et  M.  Barbot  avaient  bien  voulu  se 
charger  des  soli,  et  se  sont  acquittés  de  leur  tâche  avec  le  beau  talent 
qu'on  leur  connaît.  C'est  M.  Battaille  qui  a  dit  \'0  salutaris,  sur  un  thème 
de  Mozart,  et  le  Benediclusa,  été  chanté  par  M.  Barbot,  avec  accompagne- 
ment d'alto,  exécuté  par  M.  Adam.  A  l'offertoire,  Alard  a  joué  sur  son 
violon  un  larghetto  extrait  des  Souvenirs  de  Mozart;  deux  enfants  de 
chœur  de  la  maîtrise  chantaient  des  soli,  destinés  dans  la  partition  aux 
voix  de  soprano  et  de  contralto.  La  marche  religieuse,  écrite  par  Adolphe 
Adam,  a  produit  son  effet  ordinaire  et  complété  cette  solennité  reli 
gieuse  et  musicale,  dont  le  produit  a  dépassé  la  somme  de  3,000  fr. 

**,.  Le  sixième  et  dernier  concert  d'abonnement  donné  par  la  Société 
des  jeunes  artistes  du  Conservatoire  a  été  fort  remarquable.  La  séance 
commençait  par  l'exécution  redemandée  des  fragments  de  Slruensèe,  la 
magnifique  ouverture  et  les  deux  entr'actes,  déjà  entendus  et  applaudis 
par  tout  l'auditoire.  Dimanche  dernier ,  l'orchestre  s'est  surpassé 
dans  l'accomplissement  de  sa  tâche,  et  l'œuvre  de  Meyerbeer  a  été 
rendue  avec  une  perfection  rare.  La  ravissante  Polonaise  a  obtenu 
plus  de  bravos  encore  qu'à  la  première  audition.  Nous  reviendrons 
sur  cette  séance  où  l'on  a  exécuté  entre  autres  nouveaués  une 
symphonie  inédite  de  M .  Saint-Saens  et  le  chœur  des  bacchantes  de  Phi* 
lémon  et  Baucis. 

„,%  Mardi  27  mars  a  eu  lieu  à  Amiens  le  plus  beau  concert  de  toute  la 
saison.  JIM.  Roger,  Graziani  et  Mlle  Vestvalli  y  ont  obtenu  un  succès  d'en- 
thousiasme. 

***  Alessandro  Bettini  vient  d'être  engagé  pour  le  théâtre  Italien  de 
Barcelone,  après  quoi  il  fera  partie  de  la  troupe  organisée  à  Marseille 
par  Montelli. 

*%  Louis  Lacombe  annonce  un  second  concert  pour  le  mercredi , 
1 1  avril ,  dans  les  salons  d'Erard  ;  nous  en  donnerons  le  programme 
dans  notre  prochaiu  numéro. 

***  L'éminent  pianiste-compositeur,  Ferdinand  de  Croze,  a  passé  quel- 
ques jours  a  Paris,  et  il  s'est  fait  entendre  dans  quelques  salons  aristo- 
cratiques. Il  joué  avec  un  très-grand  succès  chez  Mme  la  maréchale 
Randon  son  Étude-polka,  son  Crescendo,  et  surtout  le  Chemin  de  fer,  qui 
fait  partie  de  son  Album  de  1S60. 

„,**  A  l'Amhigu-Comique,  chaque  soir,  le  quadrille  d'Alexandre  Artus, 
Compère.  Guillery,  obtient  les  honneurs  du  bis.  Cette  faveur  est  du  reste 
méritée. 

"  *%  Le  vendredi  saint,  à  midi,  dans  l'église  Saint-Roch,  le  célèbre  ora- 
torio d'Haydn,  2es  Sept  paroles  de  Noire-Seigneur  sur  la  croix,  sera  exé- 
cuté avec  accompagnement  d'orchestre  sous  la  direction  de  M.  Charles 
Vervoitte,  maître  de  chapelle.  Le  jour  de  Pâques,  dans  la  même  église, 
on  chantera  la  quatrième  messe  d'Haydn,  ['Alléluia  d'Haydn,  et  un  salut 
solennel  de  M.  Charles  Vervoitte. 

,.%  La  semaine  dernière,  Mlle  Ida  Bertrand,  dont  le  talent  et  le  nom 
grandissent  toujours,  avait  réuni  l'élite  de  l'aristocratie  russe  dans  ses 
élégants  salons.  Plusieurs  de  nos  premiers  artistes  lui  avaient  prêté  leur 
concours  avec  un  affectueux  empressement.  Mmes  Joséphine  Martin, 
Sievers,  Ida  Bertrand,  MM.  Graziani,  Varesi,  Pagans,  Lecieux.  Franco- 
Mendès  se  sont  fait  entendre  et  applaudir  successivement.  L'air  célèbre 
d'Orphée  a  été  dit  par  Mlle  Ida  Bertrand  de  manière  à  rappeler  Mme  Viar- 
dot. L'éminente  cantatrice,  que  l'on  entend  trop  rarement  en  public, 


DE  PARIS. 


121 


doit  donner  prochainement  un  concert  qui  sera  l'un  des  plus  beaux  de 
la  saison. 

***  Albert  Jaell  a  joui5,  trois  fois  à  Amsterdam,  deux  fois  à  Rot- 
terdam, et  deux  fois  à  la  Haye,  à  Utrecht  et  à  Leyde  ;  partout  les  succès 
de  l'éminent  pianiste  ont  été  des  plus  brillants.  Les  morceaux  de  son 
répertoire  qui  ont  reçu  le  meilleur  accueil  sont  :  concertos  et  sonates  de 
Beethoven  et  le  Carnaval  de  B.  Schumann.  Parmi  les  compositions  de 
A.  Jaell,  il  faut  citer  en  première  ligne  la  transcription  du  Pardon  de 
Ploërmel,  qui  lui  a  été  partout  redemandée;  le  Carillon  et  la  transcrip- 
tion du  Prophète.  Le  26  mars  A.  Jaell  a  donné  son  concert  d'adieux  à 
Amsterdam  avec  Stockhausen,  l'excellent  chanteur. 

***  On  lit  dans  VUnion  bretonne  :  «  Au  concert  donné  par  Mlle  Fran- 
çois dans  la  salle  des  Beaux-Arts,  Prudent  s'est  montré  artiste  accompli  : 
il  ne  se  contente  pas  de  jouer  parfaitement ,  il  compose  avec  une  dis- 
tinction rare  ,  et  ses  œuvres  ont  un  cachet  qui  leur  assure  une  place 
à  part  parmi  les  productions  contemporaines;  c'est  le  musicien  de  la 
nature,  plein  de  sentiment  intime,  de  nuances  profondes  et  de  grâce,  qui 
peint  à  merveille  toutes  les  harmonies  et  en  fait  des  tableaux  charmants 
savamment  ordonnés  et  encadrés  avec  un  goût  achevé.  Mlle  François 
a  eu  une  inspiration  heureuse  en  «'associant  Prudent,  dont  le  talent 
fait  école,  et  qui,  récemment  applaudi  à  la  cour  par  des  mains  augustes, 
est  l'une  des  expressions  les  plus  élevées  de  l'art  du  piano  à  notre 
époque.  » 

***  On  écrit  de  Saint-Malo  que  M.  Bessems  vient  d'obtenir  un  grand 
succès  comme  violoniste  et  compositeur,  dans  le  concert  donné  par  la 
Société  philarmonique  de  cette  ville.  M.  Sapin,  le  ténor  de  l'Académie 
impériale  de  musique,  a  été  aussi  fort  applaudi  après  une  ballade  com- 
posée pour  lui  par  M.  Bessems,  ainsi  que  dans  plusieurs  morceaux  d'o- 
péras nouveaux. 

„%  C'est  le  15  avril,  au  Cirque  de  l'Impératrice,  qu'aura  lieu  le  grand 
concert  donné  sous  la  direction  d'Arban  au  profit  de  la  veuve  de  Jullien. 
Il  y  fera  entendre  sabePe  fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploërmel,  et  la  Schiller 
Marsch,  de.  Meyerbeer. 

***  Le  dimanche  1er  avril,  à  2  heures  précises,  dans  les  salons 
d'Erard,  rue  du  Mail,  M.  Philoxène  Boyer  étudiera  la  vie  et  l'œuvre  de 
Schiller.  La  séance  commencera  par  une  scène  de  Marie  Stuart,  jouée 
par  Mlle  Montagne  et  Hugon.  Mlle  Montagne  déclamera  la  Cloche,  poésie 
de  Schiller.  Cette  matinée  dramatique  est  donnée  au  profit  de  la  caisse 
de  secours  des  lettres  et  des  arts.  On  trouve  des  stalles  en  location  à 
l'administration  de  la  loterie  de  bienfaisance,  boulevard  Montmartre,  22. 

***  Nos  lecteurs  se  rappellent  sans  doute  le  nom  d'un  jeune  violo- 
niste, Isydor  Lotto,  de  Varsovie,  qui  obtint,  il  y  a  peu  d'années,  le  pre- 
mier prix  au  Conservatoire  de  Paris.  Pensionné  par  S.  M.  l'empereur  de 
Russie  et  par  de  grandes  familles  polonaises,  il  put,  sans  être  obligé  de 
tirer  parti  de  ses  premiers  succès,  continuer  les  études  musicales  les 
plus  sérieuses  dans  cette  illustre  école.  Aujourd'hui,  le  jeune  artiste 
possède  un  talent  qui  lui  promet  le  plus  brillant  avenir.  Nous  ne  doutons 
donc  pas  qu'un  nombreux  auditoire  n'assiste  au  grand  concert  avec 
orchestre  qu'il  donnera  dans  la  salle  Herz,  le  jeudi  soir,  12  avril  pro- 
chain. Isydor  Lotto  y  fera  entendre  le  magnifique  concerto  de  Mendels- 
sohn  pour  le  violon,  et  plusieurs  œuvres  de  sa  composition  ;  il  sera  se- 
condé par  les  artistes  les  plus  éminents,  en  tête  desquels  nous  devons  ci- 
terjla  célèbre  pianiste  Mme  Massart. 

***  L'habile  chef  d'orchestre  du  Casino,  qui  joint  à  un  talent  inimita- 
ble sur  le  cornet  à  piston  celui  de  compositeur  très-distingué,  Arban, 
se  propose  de  donner  le  samedi  saint,  dans  la  salle  de  la  rue  Cadet,  un 
grand  concert  à  son  bénéfice  ;  entre  autres  morceaux  remarquables  du 
programme,  il  fera  exécuter  pour  la  première  fois  la  magnifique  marche 
composée  par  Meyerbeer  pour  le  festival  de  Schiller,  et  que  des  milliers 
d'amateurs  ne  purent  entendre  alors. 

%*%  Une  des  nouvelles  productions  pour  piano  de  M.  Albert  Sowinski, 
intitulée  :  Gigue  écossaise,  très-applaudie  à  son  dernier  concert,  va  paraî- 
tre incessamment. 

„%  Le  concert  annoncé  par  M.  Adolphe  Fëtis  est  remis  au  10  avril. 

%*#  Un  ancien  artiste,  longtemps  attaché  à  l'orchestre  de  l'Opéra, 
M.  Ch.  Sauvageot,  qui  avait  fait  don  au  musée  impérial  d'une  collection 
précieuse,  amassée  pendant  sa  vie  entière  et  estimée  600,000  fr.,  est 
mort  vendredi  dernier  à  l'âge  de  quatre-vingts  ans. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„.*„.  Rouen.  —  A  peine  le  Pardon  de  Ploërmel  venait -il  de  clore  ses 
brillantes  représentations,  que  les  portes  du  théâtre  des  Arts  s'ouvraient 
à  une  foule  empressée  d'assister  à  la  reprise  de  cet  autre  chef-d'œuvre 
de  Meyerbeer  qui  a  nom  le  Prophète.  La  direction  avait  mandé  exprès  de 
Paris  Mlle  Wertheimber  pour  chanter  le  rôle  de  Fidès,  et  son  nom  sur 
l'affiche  était  un  attrait  qui  n'a  pas  peu  contribué  au  succès,  d'ailleurs 
complet,  de  la  soirée.  Cette  partition  du  Prophète,  qu'on  n'avait  pas  en- 
tendue depuis  longtemps  à  Rouen,  a  reparu  hier,  comme  â  sa  création, 
jeune,  mélodique,  saisissante,  grandiose  :  ses  imposants  ensembles,  ses 


dramatiques  cantilènes,  ses  gracieux  détails,  son  orchestration  si  vive- 
ment colorée,  toutes  ces  beautés  artistiques  d'un  ordre  si  élevé  et  mises 
en  relief  avec  tant  d'art,  de  science  et  d'inépuisable  inspiration,  ont  pro- 
duit leur  effet  accoutumé,  l'admiration  et  l'enthousiasme  Dans  le  duo 
du  premier  acte,  dans  la  bénédiction  au  second,  dans  toute  la  scène  de 
l'église  au  quatrième,  dans  le  grand  air  et  dans  le  grand  duo  du  cinquième, 
Mlle  Wertheimber  a  produit  une  impression  aussi  profonde  que  soute- 
nue ;  le  public  lui  a  témoigné,  par  les  plus  chaleureux  bravos,  combien 
il  ressentait  vivement  toutes  ces  émotions  que  les  accents  de  sa  voix  lui 
communiquaient  irrésistiblement.  A  la  chute  du  rideau,  un  rappel  una- 
nime l'a  ramenée  sur  la  scène,  où  elle  a  reçu  une  dernière  et  enthou- 
siaste ovation.  C'est  un  succès  qui  laissera  parmi  nous  les  meilleurs  sou- 
venirs du  sympathique  talent  de  Mlle  Wertheimber.  Nous  avons  des 
éloges  â  adresser  à  Mme  Laurent,  qui  a  bien  chanté  le  rôle  de  Bertha. 
M.  Caubet  a  bravement  soutenu  la  lourde  responsabilité  du  rôle  si  im- 
portant et  si  difficile  de  Jean  de  Leyde.  Quant  à  MM.  Bouvard  et  Bon- 
nesseur,  nous  dirons  que  Meyerbeer  ne  pourrait  pas  désirer  de  plus 
intelligents  représentants  de  ces  anabaptistes,  dont  il  a  coloré  si  éner- 
giquement  la  sombre  physionomie.  M.  Méric,  en  se  joignant  à  eux,  a 
très-heureusement  complété  le  trio  biblique  des  fanatiques  sectaires. 
M.  Aubry  s'est  bien  acquitté  du  personnage  d'Oberthal. 

***  Dijon,  28  mars.  —  Le  Prophète  a  été  représenté  hier  avec  un  écla- 
tant succès.  M.  Harvin,  dans  le  rôle  du  roi-prophète,  a  su  conserver  à  la 
sublime  création  de  Meyerbeer  ce  cachet  de  noblesse  et  de  grandeur  qui 
la  distingue  ;  grâce  à  sa  voix  sonore  et  pure,  à  son  excellente  méthode 
et  à  une  diction  qui  permet  au  spectateur  de  ne  pas  perdre  une  syllabe 
du  poëme,  notre  excellent  ténor  a  pu  mettre  en  relief  et  faire  apprécier 
les  incomparables  beautés  que  l'illustre  auteur  a  jetées  à  pleines  mains 
dans  ce  splendide  ouvrage.  Aussi  les  plus  petites  phrases  ont-elles  été 
remarquées  et  applaudies  ;  mais  c'est  surtout  après  la  romance  pastorale  : 
Pour  Bertha,  moi  je  soupire,  et  après  l'air  bachique  du  cinquième  acte  : 
Versez,  que  tout  respire,  que  l'enthousiasme  n'a  plus  connu  de  bornes. 
M.  Harvin  a  été  rappelé  deux  fois  et  a  vu  tomber  à  ses  pieds  couronnes 
et  bouquets.  Mlle  Ferrand,  dans  le  rôie  de  Fidès,  a  fait  preuve  de  talent. 
Elle  a  chanté  son  chœur  du  cinquième  acte  de  manière  à  provoquer  les 
applaudissements  de  la  salle  entière.  La  mise  en  scène  a  été  réglée  avec 
intelligence  par  M.  Vila,  qui  s'est  bien  acquitté  du  rôle  de  Zacharie. 

**„..  Saint-Etienne.  —  Un  jeune  compositeur  de  notre  ville,  M.  Dard, 
vient  de  faire  représenter  un  opéra  qui  a  pour  titre  :  la  Charmeuse.  Il  a 
été  fort  bien  accueilli  ;  la  musique  en  est  facile  et  abondante  et  dénote 
des  qualités  qui  font  bien  augurer  de  l'avenir  de  l'auteur. 

s.**  Angers.  — M.  Rouff,  notre  habile  directeur,  vient  enfin  de  nous 
mettre  a  même  d'apprécier  le  dernier  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer.  La 
première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel  a  eu  lieu  avec  le  plus 
grand  éclat,  et  nous  devons  constater  d'abord  que  grâce  au  zèle  intelli- 
gent de  notre  chef  d'orchestre  M.  Lefort,  les  chœurs  et  les  musiciens 
ont  fort  bien  marché.  Mlle  Ida  Massy,  à  laquelle  avait  été  confié  le  rôle 
de  Dinorah,  s'est  vaillamment  acquittée  de  sa  tâche,  et  elle  a  surtout 
admirablement  chanté  l'air  de  VOmbre,  qui  lui  a  valu  de  longs  et  chaleu- 
reux bravos.  M.  Derval,  dans  le  rôle  d'Hoel,  a  laissé  à  désirer  ;  par 
contre,  M.  Saint-Martin  s'est  montré  excellent  chanteur  bouffe  dans  celui 
de  Corentin  ;  les  couplets  de  la  Peur,  son  duo  avec  I-Ioel,  ont  été  fort  ap- 
plaudis ;  enfin  les  rôles  secondaires  même  ont  été  fort  bien  dits  par 
M.  Fabre,  le  faucheur,  et  Mlles  Martinet  et  Augusta,  les  deux  chevrières. 
La  mise  en  scène  et  les  décorations  ont  été  très-soignées,  et  à  voir  le  pont 
et  l'eau  naturelle  de  la  cascade  du  second  acte,  on  aurait  pu  se  croire  à 
l'Opéra -Comique  de  Paris. — Deuxpièces  des  Bouffes-Parisiens,  Ba-ta-clanet 
la  Rose  de  Saint-Flour  d'Offenbach,  ont  été  représentées  avec  un  succès 
bien  différent;  la  première  n'a  pas  été  comprise  et  a  complètement 
échoué  ;  la  seconde,  pleine  d'une  gaieté  franche  et  de  bon  aloi,  a  plei- 
nement réussi. 

4*ï  Strasbourg. —  C'est  le  dimanche  25  mars  qu'a  eu  lieu  la  sixième  et 
dernière  séance  de  musique  de  chambre  de  MM.  Schwaederlé,  Mayer- 
hofer,  Weber  et  Ousdshoorn.  Commencée  par  le  80°  ^quatuor  de  Haydn, 
elle  s'est  terminée  par  le  septuor  de  Beethoven,  â  l'exécution  duquel  ont 
concouru  MM.  Schwaederlé,  Wuille,  Stenebruggen,  Uschmann,  Weber, 
Oudshoorn  et  Fabian.  Cette  valeureuse  phalange  a  rendu  le  chef-d'œuvre 
de  Beethoven  avec  une  perfection  qui  a  soulevé  les  bravos  enthousiastes 
de  l'auditoire.  M.  Edmond  Weber,  déjà  connu  par  quelques  jolies  pen- 
sées musicales,  s'est  posé  en  pianiste  de  premier  ordre  en  interprêtant 
avec  un  sentiment  vrai  et  un  beau  mécanisme  le  quatuor  en  ut  mineur 
de  Mendelssohn.  M.  Oscar  Schiitzenberger,  excellent  amateur,  a  charmé 
l'auditoire  par  sa  belle  voix  de  ténor  et  la  manière  distinguée  dont  il  a 
chanté  le  grand  air  iXOrphèe  :  J'ai  perdu  mon  Eurydice.  Enfin  M.  Schwae- 
derlé, le  fondateur  de  ces  magnifiques  séances,  a  dit  un  andante  de  Spohr, 
pour  violon,  avec  l'élévation  et  la  pureté  de  style  que  comportent  les 
œuvres  du  grand  maître  allemand. —  L'un  des  plus  brillants  concerts 
de  la  saison,  celui  de  M.  Waldteufel,  violoncelle  solo  et  professeur 
au  Conservatoire  de  cette  ville,  a  eu  lieu  le  21  mars  à  la  mairie,  de- 
vant une  assemblée  nombreuse.  M.  Waldteufel  a  obtenu,  comme  cha- 
que année,  un  triomphe  éclatant  dans  tous  les  morceaux  qu'il  a  joués 
et  dans  lesquels  il  a  déployé  autant  de  sentiment  et  d'expression  que 
d'habilcte  extrême  à  surmonter  les  plus  grandes  difficultés.  La  Matinée 


122 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


en  Suisse  et  la  fantaisie  sur  des  motifs  de  Don  Juan,  deux  de  ses  compo- 
sitions, ont  produit  un  effet  vraiment  extraordinaire.  A  côté  du  père,  on 
a  décerné  les  plus  légitimes  suffrages  à  la  fille,  Mlle  Valérie  Waldteufel, 
jeune  pianiste  qui  possède  déjà  un  talent  réel  et  en  train  de  grandir 
encore.  Le  septuor  de  Hummel,  où  elle  a  tenu  la  partie  de  piano  avec  un 
ap'omb  qui  dénote  une  excellente  musicienne;  l'Impromptu de Chopin, 
et  le  Miserere  du  Trovalore,  par  Prudent,  ont  mis  en  relief  une  habileté 
de  mécanisme  déjà  fort  développée  en  même  temps  qu'une  intelligence 
musicale  parfaite. 

„,*,,,  Marseille. —  Un  nouvel  essai  des  jeunes  talents  que  possède  notre 
ville  vient  de  se  produire  au  Grand-Théâtre,  et,  sans  renouveler  le  succès 
du  Jugement  de  Dieu,  il  a  été  accueilli  avec  beaucoup  de  faveur.  Il  s'agit 
des  Deux  avares,  l'un  des  chefs-d'œuvre  de  Grétry,  auquel  M.  Agnelli 
vient  de  donner  un  nouvel  habit  musical.  Le  poëme  a  été  entièrement 
conservé,  et  l'auteur,  en  témoignage  de  son  respect  pour  Grétry,  a  même 
maintenu  dans  sa  partition  les  parties  vocales  du  chœur  célèbre  la  Garde 
passe.  On  a  reconnu  dans  l'œuvre  de  M.  Agnelli  une  tentative  modeste 
et  sans  prétention,  justifiée  par  une  musique  légère,  gracieuse  et 
surtout  facile,  dont  l'orchestration,  à  la  fois  ingénieuse  et  originale,  est 
pleine  de  piquants  effets;  elle  a  d'ailleurs  été  fort  bien  interprêtée, 
la  réussite  a  été  aussi  franche  que  légitime. 

***  Metz.  —  M.  Warnots,  notre  premier  ténor  ,  a  donné  pour  son 
bénéfice  Martha  ;  le  charmant  opéra  de  M.  de  Flotow  a  été  exécuté  avec 
une  véritable  perfection,  et  le  public  n'a  cessé  d'applaudir  et  de  rappeler 
le  bénéficiaire  qui  a  rempli  le  rôle  de  Lyonel  avec  une  supériorité 
remarquable  ;  Mme  Warnots  (Nancy)  a  partagé  ce  triomphe.  M,  Ilomps, 
qui  chantait  celui  de  Plumket,  a  vaillamment  contribué  à  l'ensemble  de 
de  cette  belle  représentation. 


chronique:  étrangère. 

***  Londres.  —  M.  Smith,  directeur  du  théâtre  Italien  de  Sa  Majesté 
à  Londres  ,  vient  de  publier  son  programme  pour  la  saison  qui  ouvre 
le  10  avril.  En  voici  le  détail  :  1°  Chant  :  Mlle  Piccolomini  (ses  soirées 
d'adieux  jusqu'à  sa  retraite  définitive  de  la  scène),  Mlles  Vaneri,  Laura 
Paxter,  Maria  Brunetti  (du  grand  Opéra  de  Paris),  Mme  Alboni,  Mlles  Lotti 
délia  Santa,  délia  Anese ,  Nardi ,  Mme  Maria  Cabel  (prima  donna  de 
l'Opéra-Comique  de  Paris),  Mme  Borghi  Mamo  (pour  la  première  fois  en 
Angleterre),  Mlle  Titjens;  MM.  Mongini,  Belart,  Corsi,  Mercuriali,  Soldi, 
Giuglini,  Everardi  (  des  théâtres  impériaux  de  Vienne  et  de  Saint-Péters- 
bourg ,  pour  la  première  fois  en  Angleterre),  Fellar  (premier  début 
en  Angleterre),  Aldigheri,  Ronconi,  Gassier,  Castelli,  Vialetti.  2"  Danse: 
Mlles  Salvioni  (du  théâtre  Saint-Charles  de  Naples,  début  en  Angleterre), 
Morlacchi,  Clavelle,  Claud,  Pecchini ,  Moncelet,  Cucchi  (de  l'Opéra  im- 
périal de  Vienne,  début  en  Angleterre),  Lequine,  Bioletti,  Mme  Fer- 
raris;  MM.  Mérante  (du  grand  Opéra  de  Paris,  début  en  Angleterre) , 
Calori  (de  l'Opéra  de  Vienne,  début),  Durand,  Borri,  maître  et  compo- 
siteur de  ballets;  Benedict  et  Arditi,  directeurs  de  la  musique,  compo- 
siteurs et  chefs  d'orchestre.  Sa  Majesté  la  reine  et  S.  A.  le  duc  de 
Cambridge,  de  même  que  beaucoup  de  familles  aristocratiques,  se  sont 
empressés  de  faire  retenir  leurs  loges.  Il  compte  ouvrir  par  il/or(a , 
chantée  par  Giulini  et  Mme  Titjens.  —  Le  théâtre  Italien  de  Covent- 
Garden  ouvrira  également  ses  portes  le  10  avril  ;  le  programme  de  M.  Gye 
sera  publié  dans  quelques  jours.  Mme  Miolan-Carvalho  est  attendue  au 
commencement  d'avril  ;  son  répertoire  se  composera  de  il  Pelegri- 
nagyio  (Pardon  de  Ploërmel),  qu'elle  chantera  avec  Faure  engagé  à  cet 
effet  ;  il  Barbiere,  Fra  Diavolo ,  la  Ronnanbula  et  Marguerite  des  Hugue- 
nots. —  La  souscription  en  faveur  de  Jullien  est  organisée  sous  la  direc- 
tion de  l'habile  éditeur  M.  Chapell.  —  Le  théâtre  Royal  english  opéra  a 
dû.  faire  sa  clôture,  malgré  le  récent  succès  de  Lurline,  qui  attirait  la 
foule  ;  mais  M.  Gye  ne  pouvait  se  passer  de  la  salle  pour  la  réouver- 
ture du  Royal  italian  opéra,  et  les  apprêts  indispensables. 

ii*-t  Bruxelles.  —  Une  des  plus  jolies  opérettes  d'Offenbach  est  le  Violo- 
neux; elle  vient  d'être  jouée  au  théâtre  du  Parc  avec  grand  succès  pour 
la  pièce  et  pour  les  acteurs. 

**„  Liège.  —  Le  théâtre-Royal  vient  enfin,  après  une  longue  attente, 
de  nous  donner  le  Pardon  de  Ploërmel  ;  plusieurs  représentations  succes- 
sives ont  à  peine  suffi  pour  faire  entendre  au  public  nombreux  qui 
assiégeait  la  salle  la  nouvelle  partition  de  Meyerbeer.  Nous  nous 
bornerons  à  constater  que  l'ouvrage  a  été  trouvé  digne  de  celui  qui 
l'a  signé,  et  qu'il  a  obtenu  sur  notre  scène,  comme  sur  toutes  les  autres, 
un  immense  succès.  L'exécution  en  a  été  aussi  satisfaisante  que  possible, 
et  les  interprètes  ont  été  à  la  hauteur  de  leur  tâche.  Mme  Ceret  a  droit 
aux  plus  grands  éloges  pour  la  façon  remarquable  dont  elle  a  créé 
Dinorah  et  chanté  l'air  de  l'Ombre  et  la  légende.  M.  Peruggi  est  un  ex- 
cellent Hoël,  qui  s'est  fait  légitimement  applaudir;  le  rôle  de  Corentin 
a  été  très-bien  composé  par  M.  Ceret,  qui  a  dit  avec  beaucoup  de  natu- 
rel les  couplets  de  la  Peur  et  le  duo  avec  Hoël.  Les  rôles  secondaires  du 
chasseur,  du  faucheur  et  des  chevrières  ont  été  convenablement  tenus, 
et  il  n'y  a  que  des  félicitations  à  adresser  aux  chœurs  et  à  l'orchestre! 
Enfin,  notre  direction  n'a  point  reculé  devant  la  dépense  pour  monter 
l'ouvrage  ;  la  mise  en  scène  et  les  décors  ne  laissent  rien  à  désirer. 


»%  Anvers. —  Notre  ténor  léger,  M.  Scott,  avait  choisi  pour  son  béné- 
fice le  Pardon  de  Ploërmel.  La  salle  était  littéralement  comble,  et  le 
bénéficiaire  a  reçu  le  plus  chaleureux  accueil.  Le  nouveau  chef-d'œuvre 
de  Meyerbeer  a  été  donné  trois  fois  depuis  lors  avec  la  même  affiuence, 
et  c'est  le  grand  succès  du  jour. 

t%  Francfort.  —  Mlle  Frassini  (Eschborn)  a  débuté  le  21  mars  dans 
le  rôle  de  Dinorah,  qui  a  été  pour  la  célèbre  cantatrice  l'occasion  d'un 
vrai  triomphe.  Le  23  mars  l'opéra  de  Meyerbeer  a  été  donné  pour  la 
deuxième  fois. 

t%  Berlin.  —  On  annonce  pour  la  saison  d'automne  la  première  re- 
présentation du  Pardon  ae  Ploërmel  ;  le  rôle  de  Dinorah  serait  chanté 
par  Mlle  Georgine  Schubert,  la  fille  du  maître  de  concert  Schubert,  de 
Dresde. — Al'occasion  de  l'anniversaire  delà  naissance  du  prince  régent, 
le  théâtre  Royal  de  l'opéra  a  donné  :  Obérun,  précédé  de  la  marche  de 
fête  (Fest-marsch),  deSpontini.— Le  prince  et  la  cour  ont  assisté  le 20  mars 
à  une  représentation  de  deux  vaudevilles  français,  joués  dans  la  salle 
des  concerts  de  l'opéra,  par  des  artistes  appartenant  à  la  haute  aristo- 
cratie. La  solennité  a  été  précédée  de  trois  tableaux  vivants  :  Sainte 
Elisabeth,  le  Plongeur,  ballade  de  Schiller;  scène  de  brigands. 

»*%  Wurtzbourg.  —  Toute  la  ville  assistait  hier  à  la  première  repré- 
sentation du  nouveau  chef-d'œuvre  que  Meyerbeer  vient  d'ajouter  à 
Robert 'et  aux  Huguenots,  et  toute  la  ville  a  applaudi  avec  enthousiasme 
le  Pardjn  de  Ploërmel.  C'est  au  zèle  de  notre  jeune  chef  d'orchestre, 
M.  Cari  Riedle,  que  nous  devons  de  connaître  cette  partition  si  riche 
de  mélodie  et  dont  l'exécution  lui  fait  le  plus  grand  honneur.  Le  rôle  de 
Dinorah  était  tenu  par  Mme  Stoltz  (non  Mme  Rosine  Stoltz),  dont  la 
voix  fraîche  et  l'excellente  méthode  ont  provoqué,  surtout  après  l'air  de 
VOmbre,  des  tonnerres  d'applaudissements.  M.  Thelen,  à  la  voix  mor- 
dante et  expressive,  quoique  encore  inexpérimentée,  chantait  le  rôle 
d'Hoel  ;  celui  de  Corentin  était  rempli  par  un  jeune  ténor  de  force, 
dans  lequel  il  y  a  l'étoffe  de  trois  chanteurs  et  d'un  bon  comédien;  il 
faut  féliciter  notre  théâtre  de  posséder  ce  phénix.  Le  Pardon  est  un  grand 
succès,  et  qui  va  jeter  beaucoup  d'éclat  sur  notre  théâtre. 

***  Wiesbade.  —  L'opéra  de  Meyerbeer,  Dinorah,  a  été  représenté 
avec  le  plus  grand  succès  et  a  déjà  été  donné  deux  fois. 

***  Pesth.  —  La  reprise  de  Benvenuto  Cellini,  opéra  de  Kerne,  a  eu  du 
succès.  L'ouverture,  qui  est  fort  belle  et  plusieurs  morceaux  ont  été  sur- 
tout très-vivement  applaudis. 

„*,  Milan.  —  Deux  fois  de  suite  au  théâtre  de  la  Scala  l'ouverture  du 
Pardon  de  Ploërmel ,  cette  magnifique  symphonie  de  Meyerbeer,  a  été 
exécutée  avec  un  succès  analogue  à  celui  qu'elle  avait  obtenu  à  la  So- 
ciété philharmonique.  La  direction  se  propose  de  la  faire  entendre  encore 
plusieurs  soirées  consécutives.  — Les  débuts  du  ténor  Mongini,  qui  arrive 
de  Saint-Pétersbourg,  où  il  a  chanté  cet  hiver,  ont  eu  lieu  dans  Otello, 
Fernand,  de  la  Favorite,  et  le  Trovatore.  En  voulant  se  poser  tout  d'abord 
en  rival  de  Pancani  et  de  Giuglini  dans  des  rôles  qui  leur  ont  valu  la  faveur 
du  public,  Mongini  a  montré  peu  de  pénétration,  car  s'il  avait  laissé  , 
lors  de  sa  première  apparition  à  Milan,  le  souvenir  d'une  voix  belle, 
étendue  et  vibrante ,  on  n'avait  pas  oublié  non  plus  son  inexpérience 
comme  chanteur,  son  exagération  dans  l'émission  du  son  et  ses  défauts 
fréquents  de  mesure  et  d'intonation.  Le  séjour  de  cet  artiste  en  Russie 
ne  lui  a  pas  profité,  il  faut  bien  en  convenir,  et  il  nous  est  revenu  tel 
que  nous  le  connaissions.  Mongini  ne  sait  pas  ou  ne  veut  pas  utiliser  les 
dons  qu'il  tient  de  la  nature;  il  manque  de  méthode,  de  style;  il  ignore 
ce  que  c'est  que  l'intention  artistique,  l'accent,  l'expression  et  les  délica- 
tesses du  chant,  et  il  leur  substitue  des  effets  immodérés  et  d'une  exagé- 
ration outrée  qu'il  prend  pour  du  sentiment  musical  et  dramatique. 


Chez  G.  BRAN  DUS  et  S.  DU  FOUR,  Éditeurs,  103,  rue  Richelieu. 


LES  AIRS  DETACHES 

Avec  accompagnement  de  piano,  par  Bazille,  du 

ROMAN   D'ELVIRE 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas 
et  de  Leuven,  musique  de 

Amtorofoc  Thomas 

(De  l'Institut.) 

QUADRILLES  pour  piano,  par  Arban  et  Marx,  prix  :  h  fr.  50  c. 

HGVTEBGB.-  Fantaisie-Transcription  (Romancero,  Barcarolle, 

Air-Cachucha,  Romance). 


DE  PARIS. 


123 


Publié  par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  Ie 


NOUVEAUX  MORCEAUX  DE  PIANO 


Exécutés  dans  les  concerts  et  soirées  musicales  de  cette  saison. 


Alfred  Jacll 

Ombre  légère,  transcription  de  l'air  de  l'opéra-comique  le 

Pardon  de  Ploermel 7  50 

Le  Carillon,  morceau  de  salon 6    » 

Transcription  du  Chœur  des  enfants,  du  Prophète 7  50 


Chanson  «la  Rouet,  Fantaisie 9 

Rosée  de  Mai,  chant  sans  paroles 9 

Les  Octaves»  morceau  de  concert 9 


E.   Prudent; 

Op.  54.  Le  Chant  du  ruisseau,  caprice 9     » 

Op.  55.  E.es  Bois,  chasse 9    » 

DU    MÊME    AUTEUR    : 

Op.  41.  La  Danse  des  Fées  (2e  édition) 9     » 

Op.  53.  Adieu  printemps,  étude  caprice 9    » 

J«    BlllllftClltllfBl 

Op.  51.  Le  Chant  du  Cjgnc,  mélodie 5    » 

Op.  52.  L'Etoile  du  soir,  troisième  valse 6    » 

Op.   53.  llarche  du  Vainqueur 7  50 

Une  Fleur  des  Alpes 7  50 


ASCHER.  Illustration  du  Pardon  de  Ploermel 9     » 

—  Op.  84.  Illustration  de  Robert  le  Diable 9     » 

BADABZEWSKA.  Prière  d'une  vierge 5    » 

BERNARD  (Paul).  Op.  52.  Transcription  du  Pardon  de  Ploermel.  6     » 

—  Op.  55.  La  Charité,  chœur  de  P.ossini,  transcription  ...  6    » 
GORIA   (A.).   Fantaisie  dramatique   sur  le  Pardon  de  Ploermel.  7  50 

—  Fantaisie  de  salon  sur  les  Dragons  de  Villars 9    » 

DESS.  Op.  54.  Rêverie  sur  te  Pardon  de  Ploermel 5     » 

HUKTGK  (F.  ).  Fantaisies  sur  slradella  et  Maria,  de  Flotow,  ch.  5     » 

KALKBRENNER  (A.).   Mosaïque    sur    le  Pardon  de  Ploermel  7  50 

KETTERER.  Op.  79.  Fantaisie  brillante  sur  Diane  de  Solange .  7  50 

KRCCiER.  Op.  88.  Berceuse  transcrite  du  Pardon  de  Ploermel.  7  50 

LE  CABPENTIER.  Bagatelles  sur  le  Pardon  de  Ploermel,  ch.  5    » 

—  187e  bagatelle  sur  Marta 5     » 

LE  CAKPENTIER.  188e  bagatelle  sur  tes  Dragons  de  Villars.  5     » 


LOXOlJE'w'iLLE.  Fantaisie  dramatique  sur  Slradella,  de  Flotow.  7 

MAtiNl'S.  Op.  60.  Grand  caprice  sur  (es  Huguenots 9 

PEBSY.  Op.  1.  Premières  impressions,  valse  brillante 0 

—  Op.  12.  N°1.  Souvenir,  mélodie 4 

—  Op.  21.  Souvenirs  "du  Prophète,  caprice  , .   , 5 

PONCE  BE  LEON.  .Mélodie  irlandaise  de  Maria,  transcription  h 
RCMMEli.   Les  Echos  des  opéras,  fantaisies  faciles  : 

1.  Fra  Diavolo.  h.  Le  Domino  noir. 

2.  Guillaume  Tell.  5.  Les  Diamants  de  la  couronne. 

3.  Le  Comte  Ory.  6.  La  Muette  de  Portici. 

Sera  continué.  —  Prix  de  chaque 6 

VINCENT.  Orphée,  de  Gluck,  deux  transcriptions 6 

WOILFF  (E.).  Op.  234.  Mathilde,  valse  caprice 7 

—  Op.  235.  Ida,  valse  caprice 7 

. —    Op.  236.  Chansons  polonaises 7 

—  Grand  duo  à  quatre  mains  sur  Stradella,  de  Flotow.   ...  10 


HERMAN  ET  KETTERER 

Grand  duo  brillant  sur   le    Pardon   de 
Ploermel,  pour  piano  et  violon 10 


CONINX.  —  Fantaisie  sur  Marta,  pour  la 

flûte  avec  accompagnement  de  piano.     7  50 

IiCT«EN.  —  Mélodies  de  Marta,  trans- 
crites pour  violoncelle  avec  accompa- 
gnement de  piano 6    » 


LOUIS  ENGEL 

Grand  duo  sur  le  Pardon  de  Ploermel, 

pour  piano  et  harmonium 7    50 


A.   ALARD. 


Grande  Fantaisie  de  concert  sur  la  MUETTE   DE  PORTICI,  d'Auber, 

Pour  le  Violon,  avec  accompagnement  de  Piano.  —  Prix  :  10  fr. 


3PIANOS 

D'ART 


BLANCHET  fils 


PIANOS 


COMMERCE 


DE    L'ANCIENUE    lâlSOi    R0LLER    ET    BLANCHET    FILS 

A  Paris,  rue  d'HautevilIc,  n°  %C. 

Cette  maison  est  connue,  depuis  de  longues  années,  pour  la  remarquable  supériorité  de  ses  pianos  droits, 
Blanchet  fils,  ancien  élève  de  l'Ecole  polytechnique,  a  consacré  le  fruit  de  ses  études  scientifiques  et  de  ses  constantes  recherches  au  per- 
fectionnement de  son  industrie  ;  et  après  avoir  obtenu,  aux  diverses  expositions  d'Angleterre  et  de  France,  les  plus  hautes  récompenses,  il 
a  été  nommé  chevalier  de  la  Légion  d'honneur  par  le  jury  international  de  l'Exposition  universelle  de  1855. 

Convaincu  de  la  nécessité  de  mettre  à  la  portée  de  tous  les  instruments  fabriqués  avec  conscience  et  pouvant  satisfaire  aux  qualités  artisti- 
ques aussi  bien  qu'aux  principes  de  solidité  garantis  par  une  longue  réputation,  Blanchet  fils  vient  de  créer  un  nouveau  modèle  de  piano  dit 
format  de  commerce,  qui,  tout  en  possédant  les  qualités  d'une  facture  de  premier  ordre,  a  l'avantage  d'être  accessible  à  toutes  les  fortunes. 
Les  instruments  de  ce  format  sont  à  cordes  verticales,  obliques  ou  demi-obliques.  Désormais  cette  importante  manufacture  réunira  donc  les 
deux  branches,  également  essentielles,  d'une  fabrication  à  la  fois  artistique  et  commerciale. 


124 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Ancienne  Maison  MEISSONNIER 

Paris.  —  E.  GÉRARD  et  Ce  (COMPAGNIE  MUSICALE),  —  18,  rue  Dauphine. 


EN    VENTE 


A.  LECARPENT 


LA  PBOVmi  IIS  SBFAHTS 

(Op.  200) 

Mélodies  françaises,  italiennes  et  allemandes,  Airs  de  danses,  Rondos,  Airs  variés 


D'UNE  DIFFICULTÉ  PROGRESSIVE  SANS  OCTAVES  ET   SOIGNEUSEMENT  DOIGTÉS  POUR  LES  PETITES  MAINS 

Suite  et  complément  de  la  Méthode  de  Piano  pour  les  Enfants.  —  En  deux  livres,  chaque  :  10  fr. 


THÉORIE  COMPLÈTE  DE  L'HARMONIE 


RAISONRfÈE  ET  EXPLIQUÉE 


Contenant:  lrc  partie  :  les  Principes  élémentaires;  —  2e  partie  :  les  Principes  supérieurs  et  des  Articles  spéciaux  sur  l'Analyse  musicale 
et  la  manière  d'apprendre  à  écrire  une  basse  correcte  sous  un  chant, 


Op.  »•*«. 


Suivie  d'un  Abrégé  méthodique  de  la  Mélodie,  du  Contre-point,  du  Canon  et  de  la  Fugue. 


Prix  net  :  4  fr. 


Chez  «.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,   103,  rue  de  Richelieu,  an  t". 


Ili    GR0€IAY0 


Opéra  de 


IN   EGITTO 


en  1825  par  : 
Mlle  Mombelli,  M.  Levassent". 


Mme  Pasta 

Mme  Pasta  et  Mlle  Mombelli 


Airs  détachés  avec  accompagnement  da  piano 

ACTE  I". 

Coro  d'introduzione  :  Palria  amata 7  50 

Cavatina  e  duetto,  S.  et  B.:  Idoni  d'Elmireno 7  b'O 

Coro  :  Urridi  vezzoze '  U  50 

Scena  e  cavatina,  M.  S.,  composée  pour  Mme  Pasta  :  Ah:  corne. . .  5     » 

Scena  e  duetto,  S.  et  M.  S.  :  Ah:  non  ti  son  più 6     » 

Coro  dello  sbarco  :  Vidi  il  legno  che  a  cielo  ridente 4  50 

Cavatina  con  coro,  C.  :  Popoli  d'ell  Egitto 7  50 

Scena  e  cavatina,  Bar.:  Quesla  dastre  facciaro  di  merle 7  50 

Scena  e  gran  duetto,  Bar.  et  M.  S.:  L'augustamia  quesla  smania  .  9     » 

ACTE  II. 

Romanza  e  terzetto,  S.M.S.et  C:  G 'iovinetto,  cavalier  di  bel  giorno  9    » 

Coro  dl  sacerdoti  e  cavalieri  :  Gran  profela,  ognor  del  cielo 4     » 

Canone  à  cinque  voci,  S.,  M.  S.,  C.  Bar.  B.:  Sogni  e  ridenti 12     » 


C'aiizonclta  con  variazioni,  M. -S.:  Gara  mano  deW  amore 4     » 

Scena  e  rondo,  C:  Ah:  ch1  io  l'adoro  ancore  ! 9     » 

Scena  e  aria,  S.:  D'una  madré  dispera 7  B0 

ACTE    III. 

Coro  dl  conginrati  :  Ncl  silenzio  fra  l'orror 3     » 

auartetto,  S.,  M.  S.,  C,  Bar.:  Cielo  clémente 12    » 

Scena  ed  lnno  di  morte,  Bar.:  Suona  fanerca  Vora  di  morte..  4  50 

Aria,  Bar.:  La  nostre  spade,  oh  ciel:  Vacciar  délia  fede 7  50 

Coro  :  Vdite  or  alla  arcano  l  Con  noi  quai  alto 3     » 

Duetto  finale,  S.,  M.  S.:  Iiavvisa,  Ravvisa  quai  aima 7  50 


Chantés 

en  1860  par  : 
Mme  Penco,  M.  Angelini. 


Mme  Schiassetti 

M.  Donzelli 

Mme  Pasta  et  M.  Donzelli. 


Mmes  Mombelli,  Pasta,  Schiassetti 


Mmei  Mombelli.  Pasta,  Schiassetti, 
MM.  Donzelli  et  Levasseur.. 

Mme  Pasta 

Mme  Schiassetti 

M.  Mombelli 


Mmes  Pasta,  Mombelli,  Schias- 
setti, M.  Donzelli 

M.  Donzelli 

M.  Donzelli 


Mmes  Pasta  et  Mombelli. 


Mme  Borghi-Mamo. 

Mmes  Borghi-Mamo  et  Peuco. 


M.  Merly. 

Mme  Borghi-Mamo  et  M.  Merly. 

Mmes  Penco,  Borghi  et  Alboni. 

Mmes  Penco,   Borghi,  Alboni, 
MM.  Merly,  Angelini. 


Mmes  Penco,  Borghi,  Alboni, 

M.  Merly. 
M.  Merly. 
M.  Merly. 


LA  PARTITION  POUR  CHANT  ET  PIANO,  IN  4,  NET,    12   FR. 

(Seule  édition  dans  laquelle  se  trouve  la  cavatina,  n  °  7  :  l'ace  io  reco.) 

lia  Partition,  arrangée  pour  le  Piano  seul,  in-4° net     «  fr. 


ARRANGEMENTS 


BurgniuIIcr .  Fantaisie  sur  le  chœur  des  conjurés U  50 

—     La  même,  arrangée  à  quatre  mains 6     » 

Czemy.  Op.  195.  Rondiuo  pour  le  piano 5    i> 


Pixis.  Impromptu  pour  le  piano 6    » 

Plejel.  Mélange  des  thèmes 6    » 

YVoliT.  Morceau  très-facile 4  50 


I1ERIE   CEIVTIIA 


VA FOULON  CIIAIX   ET  C,  RIE 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


IV0  15. 


8  Avril  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  (r.  par  on 

Départements,  Belgique  et  Suisse.  -      30  »       id. 

Étranger 34  «       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


^AAAAATl/V/'JW^— 


SOMMAIRE.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  Mouret  (3e  et 
dernier  article),  par  Arthur  Pougin.  —  Méhtil,  sa  vie  et  ses  œuvres,  de 
P.  A.  Vieillard,  par  Adrien  de  lia  Fage.  —  Nécrologie  :  Moreau-Saititi. 
—  Affaire  Adolphe  Sax.  —  Nouvelles  et  annonces. 


ADDITIONS  MUSICALES. 

Hlle  Albertine  Zadrobilek.  — Mlle  Ingeborg  Starck.  —  «B.  Kraf- 
zoff.  —  Léon  UeTnier.  —  II.  Zarzycki.  —  Mlle  Hélène  de  Katovr. 
—  A.  Croisez.  —  Sixième  séance  de  la  Société  Armingaud .  — 
Dernière  soirée  de  H.Kieboac.  —  Emile  Forgnes.  —  F.  Dcl- 
sarte. 

Une  jeune  et  belle  pianiste,  dont  nous  avons  déjà  parlé  avec  les 
quelques  réserves  et  tous  les  éloges  que  demande  son  talent,  Mlle  A.  Za- 
drobilek,  a  donné  un  second  concert  dans  la  salle  Beethoven.  Comme 
la  première  fois,  elle  a  exécuté  avec  autant  de  clarté  que  de  grâce 
et  d'élégance  divers  morceaux  de  Beethoven,  de  Chopin  et  une  ad- 
mirable fugue  de  Mendelssohn.  On  le  sait,  il  y  a  fugue  et  fugue  ; 
à  côté  de  celles  de  l'école,  il  y  a  telle  fugue  vocale,  de  Cherubini  par 
exemple,  qui  offre  mille  combinaisons  piquantes,  belles  et  inattendues 
que  bien  des  auditeurs  ne  s'attendent  guère  à  trouver  là.  Dans  celle 
de  Mendelssohn  que  nous  avons  entendue,  il  y  a  de  la  science,  du 
chant  et  de  la  passion.  Une  ravissante  mazurka  et  une  délicieuse  ro- 
mance de  Dreyschock,  composée,  disait  le  programme,  pour  son 
élève  Mlle  Zadrobilek,  et  qu'elle  a  parfaitement  jouée,  sont  deux  com- 
positions qui  attestent  que  le  grand  pianiste  est  aussi  un  grand  mu- 
sicien. 

—  La  Russie  cultive  les  lettres  et  les  arts  avec  succès  :  elle  a  des 
musiciens,  des  chanteurs  et  des  instrumentistes  qui  ne  le  cèdent  à 
aucun  autre  ni  en  voix,  ni  en  habileté  de  doigts.  On  a  applaudi  di- 
manche, dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  l'exécution  brillante  et  expres- 
sive de  Mlle  Starck.  La  jeune  et  charmante  pianiste  dit  la  musique 
de  Chopin  en  véritable  fille  du  Nord  qui  comprend  toutes  les  poésies 
et  toutes  les  vagues  aspirations.  Elle  a  déployé  beaucoup  d'ampleur 
et  de  force  dans  la  difficile  et  vigoureuse  paraphrase  du  Sonyc  d'une 
nuit  d'été  de  Mendelssohn.  Pour  se  conformer  à  une  mode  qui  tend  à 
s'établir,  Mlle  Starck  a  joué  aussi  une  fugue  de  Bach. 

Ces  œuvres  savantes,  que  nous  aimons  et  que  nous  admirons,  sont- 
elles  bien  à  leur  place  dans  un  concert,  et  ne  vaudrait-il  pas  mieux 


les  laisser  aux  organistes  que  de  les  faire  entendre,  comme  l'autre 
soir,  entre  une  valse  et  une  fantaisie  sur  la  Muette''. 

—  Un  autre  artiste  russe,  un  ténor  de  mérite,  M.  J.  Krafzoff,  s'est 
fait  entendre  aussi  avec  succès  lundi  dans  la  salle  Herz.  Sa  voix  a 
de  la  douceur  et  un  certain  éclat  ;  il  phrase  avec  infiniment  de  goût 
et  possède  l'accent  dramatique.  11  a  d'abord  soupiré  avec  charme  une 
romance  de  Donizetti,  puis  il  a  chanté  avec  M.  Marochetti  le  duo 
d'Otello,  où  nous  ne  sommes  pas  très-sûr  d'avoir  entendu  un  ut  dièse 
bien  merveilleux,  mais  où  nous  sommes  cerlain  d'avoir  trouvé,  ce  qui 
vaut  mieux,  de  l'expression,  de  la  vigueur  et  un  talent  de  vocalisa- 
tion que  les  ténors  de  là-bas  possèdent,  il  paraît,  plus  généralement 
que  ceux  d'ici.  Le  jeune  violoniste  Pogojeff  a  causé  un  vif  plaisir  en 
jouant  ta  Veillée  de  Damcke.  Cette  délicieuse  pastorale,  con  sordino, 
se  distingue,  comme  il  convient  à  ces  petites  pages,  par  une  grande 
simplicité  mélodique  et  par  des  richesses,  des  élégances  d'accom- 
pagnement si  bien  combinées  qu'elles  n'enlèvent  rien  à  la  naïveté 
et  au  gracieux  du  chant.  C'est  du  Florian,  si  l'on  veut,  mais  avec 
une  grande  vigueur  et  une  grande  variété  d'harmonie. 

—  Léon  Reynier,  brillant  virtuose  qui  ne  prodigue  pas  son  talent 
dans  les  concerts,  mais  qu'on  accueille  toujours  avec  sympathie  cha- 
que fois  qu'il  se  présente,  donnait,  il  y  a  huit  jours,  dans  là  salle 
Herz,  un  charmant  concert.  On  y  a  applaudi  Mlle  Barelti  et  M.  Bar- 
bot.  Après  le  menuet  et  l'andante  varié  du  cinquième  quatuor  de 
Beethoven,  délicieusement  et  très-purement  joué  par  Léon  Reynier  et 
MM.  E.  Guyon,  Waldteufel  et  Poincet,  le  grand  intérêt  de  la  soirée, 
son  plus  grand  charme  a  été  le  dernier  concerto  de  Bériot.  Dit  avec 
beaucoup  d'ampleur  et  de  fini,  il  a  enchanté  les  auditeurs. 

On  sait  combien  étaient  élégantes  et  distinguées  les  fantaisies  de 
M .  de  Bériot  ;  mais  entre  elles  et  ce  concerto  il  y  a  la  distance  qui 
sépare  l'arrangeur,  l'homme  de  goût  du  compositeur  instruit  et  inspiré. 
Comme  Baillot,  comme  tous  les  grands  artistes,  de  Bériot  n'a  cessé 
de  travailler,  d'augmenter  son  talent.  Toujours  si  applaudie  pourtant, 
son  exécution  s'est  plus  d'une  fois  modifiée,  agrandie,  épurée  ;  son 
inspiration  s'est  constamment  élevée,  et,  après  avoir  charmé  l'Eu- 
rope par  des  compositions  qui  devaient  beaucoup  à  l'archet  qui 
les  animait,  il  a  écrit  des  œuvres  sérieuses  qui  resteront  des  modèles 
de  grâce,  de  pureté  et  de  mélodie.  Dans  ce  concerto,  Léon  Reynier 
s'est  montré  plein  de  souplesse  et  de  variété  ;  il  a  chanté  avec  sensi- 
bilité et  exécuté  les  difficultés  avec  autant  de  correction  que  de  finesse 
et  de  brio.  Mlle  Léonie  Reynier,  dans  le  rôle  modeste  qu'elle  s'était 
choisi,  a  fait  apprécier  des  charmantes  qualités  de  bonne  musicienne  et 
de  pianiste. 


126 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


La  jolie  et  spirituelle  partition  de  Duprato,  Wsieu  Landry,  terminait 
cette  soirée. 

—  Zarzycki  débutait  la  semaine  dernière  dans  la  salle  Herz.  Ce 
pianiste  polonais  a  beaucoup  de  talent  ;  il  fait  les  octaves  d'une  façon 
surprenante  ;  il  a  l'agilité,  la  netteté,  le  brillant  et  même  la  fougue. 
Mais  pour  faire  sensation  dans  le  monde  musical  ou  tout  au  moins 
pour  charmer  les  gens  impartiaux  qui  ont  du  goût,  il  eût  dû  se  faire 
entendre  dans  d'autres  compositions  que  les  siennes.  Le  concerto  du 
jeune  artiste  est  en  vérité  une  conception  étrange.  Décidément  l'a- 
narchie est  dans  le  royaume  des  sons;  la  bizarrerie  sonore  ambitionne 
une  dictature  dont  il  faut  se  méfier.  Quelques  jeunes  compositeurs 
méprisent  la  mélodie  avec  une  déplorable  affectation,  et  dédaignent 
superbement  tout  ce  qu'on  aime  et  tout  ce  qu'on  respecte.  De  prime 
abord,  ils  brisent  les  rhythmes,  les  périodes  ;  ils  saccadent  leurs  phra- 
ses; ils  ravagent,  tout,  et  si,  par  hasard,  quelques  mesures  chantantes 
s'annoncent  bien  et  font  espérer  une  belle  pensée,  vite  ils  volent  à 
autre  chose  essoufflés,  mais  voulant  faire  croire  qu'il  ne  tiendrait  qu'à 
eux  de  continuer,  comme  l'eussent  fait  à  leur  place  ces  pauvres  es- 
prits logiques  et  vigoureux  qui,  s'il  fallait  en  croire  cette  nouvelle 
école,  auraient  décidément  fait  leur  temps.  Est-ce  parti  pris,  est-ce 
impuissance  ?  Quoi  qu'il  en  soit,  le  public  est  évidemment  du  côté  de 
la  critique  :  il  accueille  froidement  ces  ouvrages  et  sait  parfaitement 
distinguer  où  est  le  mérite  de  l'exécution  et  l'erreur  ou  le  néant  de 
l'inspiration.  Chopin  aussi  eut  des  harmonies  hardies  et  parfois  irré- 
gulières; mais  ceux  qui  voudront  l'imiter  devront  avoir  comme  lui  la 
pensée  poétique,  forte  et  passionnée  qui,  au  milieu  de  ses  plus  grands 
écarts,  ne  l'abandonnait  jamais. 

—  Sur  tous  les  instruments  les  Milanollo  sont  rares  :  le  violon  n'en 
compte  plus  et  le  violoncelle  n'en  compte  pas  encore.  Cependant , 
nous  avons  entendu  cette  semaine,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  une 
jeune  violoncelliste  de  talent.  Mlle  de  Katow,  élève  de  Léon  Jacquard, 
joue  avec  beaucoup  de  grâce  et  de  charme  ;  elle  enlève  même  les 
difficultés  avec  une  certaine  vigueur.  M.  Brandt,  pianiste-compositeur, 
a  exécuté  avec  Mlle  de  Katow  et  Hammer  un  trio  de  sa  composition, 
et,  seul,  divers  morceaux  qui  se  distinguent  par  un  style  assez  sévère. 
Mme  Cambardi  a  fait  grand  plaisir  dans  son  air  de  Norma  et  dans  la 
Fioraja,  de  Bergson.  Cette  dernière  composition,  mélodieuse  et  bien 
écrite  pour  faire  briller  la  voix,  est  charmante. 

—  M.  A  Croisez  joue  du  piano  et  de  la  harpe.  Il  en  joue  fort  bien, 
en  excellent  musicien  et  en  virtuose.  Mais  c'est  surtout  comme  com- 
positeur qu'il  est  connu.  Ses  œuvres  sont  fort  goûtées  des  jeunes  pia- 
nistes. Ni  trop  difficiles,  ni  trop  recherchées  dans  leurs  harmonies  et 
dans  leurs  ornements,  elles  sont  remarquables  par  le  goût,  par  l'ar- 
rangement et  quelquefois,  dans  les  morceaux  originaux,  par  l'invention 
mélodique.  Plusieurs  jolies  compositions  de  Croisez  sont  populaires,  et 
mieux  écrites  d'ailleurs  que  bien  d'autres  pages  légères  qui  ont  eu  le 
même  honneur  et  qui  n'auront  pas  la  même  durée.  Il  a  fait  entendre 
à  son  concert  un  duo  concertant  sur  le  Noël,  d'Adolphe  Adam.  Cette 
simple  et  large  mélodie,  brillamment  variée,  a  été  fort  bien  rendue  par 
l'auteur  et  par  une  de  ses  plus  gracieuses  et  de  ses  plus  habiles  élèves. 
Prière  pendant  l'orage,  scène  très-dramatique  et  très -colorée,  et  mieux 
encore  une  fantaisie,  Halte  de  bohémiens,  pleine  de  verve,  de  caprice, 
de  belle  humeur,  ont  prouvé  que  si  Croirez  abandonnait  à  d'autres  les 
succès  qu'on  obtient  en  exécutant  magistralement  des  œuvres  très- 
difficiles  et  très-compliquées,  il  pouvait  rivaliser  avec  tous  ceux  qui 
publient  des  morceaux  bien  faits,  gracieux,  élégamment  coupés  et 
clignes  d'être  accueillis  partout  avec  sympathie. 

—  Nos  sociétés  de  musique  de  chambre  occupent  une  grande  place 
dans  les  plaisirs  de  l'hiver.  Jusqu'à  Pâques,  elles  donnent  toujours  de 
vives  jouissances  aux  amateurs,  dont  le  goût  délicat  a  besoin  de  cette 
grande  et  belle  musique  allemande  pour  se  consoler  de  certaines  inspi- 
rations qu'on  lui  fait  subir  de  temps  en  temps.  Aussi,  accourent-ils  dans 
les  salons  Pleyel-Wolff,  soit  aux  séances  d'Alard  et  Franchomme,  soit 


aux  matinées  de  Maurin  et  Chevillard  ou  aux  soirées  d'Armingaud,  et 
savourent-ils  comme  des  gourmets  quelque  bel  adagio  d'Haydn,  de 
Mozart  et  de  Beethoven.  Là,  au  moins,  ils  sont  sûrs  de  ne  pas  être 
trompés;  et,  si  la  veille,  ils  ont  perdu  leur  soirée,  si  quelque  instru- 
mentiste a  montré  plus  d'habileté  matérielle  que  de  charme  et  de  style; 
si  quelque  chanteur  —  ce  qui  est  encore  moins  rare  —  a  prouvé  qu'on 
pouvait  posséder  une  jolie  voix  et  n'avoir  jamais  rien  appris,  pas 
même  le  solfège,  ils  n'en  reviennent  que  plus  fervents.  La  semaine 
passée  le  quatuor  Armingaud  donnait  sa  sixième  séance.  Intéressante, 
comme  elles  l'ont  été  toutes,  cette  dernière  soirée  offrait  de  plus  que 
les  autres  ce  qu'offrent  toutes  les  séparations  où  l'on  oublie  quelques 
légers  torts,  quelques  petits  nuages,  pour  ne  songer  qu'aux  sérieuses 
qualités,  auxquelles  on  se  sent  plus  attaché  qu'on  ne  l'avait  cru.  Aussi, 
a-t-on  applaudi  avec  plus  de  sympathie  que  jamais  au  talent  de  MM.  Ar- 
mingaud, Léon  Jacquard,  Lalo,  Lapret  et  Ernest  Lubeck,  à  leur  re- 
marquable ensemble  et  à  l'unité  d'intention  qui  les  distingue. 

—  Les  soirées  de  musique  classique  données  par  M.  Lebouc  ont 
une  physionomie  particulière  :  elles  offrent,  avec  une  grande  variété, 
des  ouvrages  que  l'on  n'entend  pas  ailleurs  et  qui  prouvent  souvent 
du  goût  et  des  recherches  érudites.  A  sa  dernière  soirée  un  Hymne  à 
Calliope,  attribué  à  Orphée,  a  été  chanté  par  le  jeune  Bollaerd  et  re- 
ligieusement écouté.  Peut-être  fallait-il  avoir  fait  des  travaux  archéo- 
logiques pour  comprendre  cette  page —  ce  qu'on  ne  saurait  demander 
au  public; — mais  ce  qu'il  y  de^certain,  c'est  que  la  romance  de  Joseph, 
dite  immédiatement  après,  en  excellent  musicien,  par  le  même  artiste, 
a  seule  causé  une  véritable  sensation  de  plaisir.  Les  Echos  d'Haydn, 
délicieusement  exécutés  par  quatre  violons  et  deux  violoncelles,  ont 
enchanté  l'auditoire.  On  a  retrouvé  dans  ce  double  trio  les  mélodies 
gracieuses,  naïves,  tendres  et  spirituelles  du  maître,  ses  harmonies 
limpides,  ingénieuses  et  toujours  si  tonales.  Le  quatuor  en  ré  de  Mo- 
zart est  rarement  interprété  par  des  exécutants  plus  intelligents,  plus 
sûrs  de  l'effet  qu'ils  veulent  et  doivent  produire  que  ne  le  sont 
MM.  Hermann,  Lebrun,  Casimir  Ney  et  Lebouc.  Ce  dernier  s'y  est 
particulièrement  distingué.  11  est  l'un  des  artistes  qui,  musiciens  pleins 
de  tact,  savent  tout  sacrifier  à  l'effet  général  et  fondre  la  personnalité 
du  soliste  dans  un  ensemble  où  chacun  se  résigne  à  n'avoir  que  l'im- 
portance donnée  par  l'auteur. 

Une  ovation  a  été  faite  à  Herman  après  l'exécution  des  préludes, 
Menuets  et  Gavotte  de  S.  Bach.  Comme  à  la  première  soirée,  le  bril- 
lant violoniste  a  triomphé  des  passages  ardus  qu'ils  renferment  avec 
une  grande  supériorité,  et  a  mis  en  lumière  les  phrases  mélodiques 
avec  un  charme  et  un  brio  irrésistibles. 

—  Mardi,  Emile  Forgues  avait  convié  à  son  audition,  dans  les  sa- 
lons Erard,  bon  nombre  d'artistes  et  de  connaisseurs.  Tous  ont  fait 
un  chaleureux  accueil  au  pianiste  et  au  compositeur.  C'est  au  Conser- 
vatoire que  nous  avons  connu  Forgues.  Déjà,  à  cette  époque,  il  se 
signalait  par  un  remarquable  mécanisme  et  par  une  façon  d'enlever 
les  octaves  dont  se  montrait  fière  la  classe  de  Zimmerman.  Depuis,  il 
a  travaillé,  voyagé  et  n'a  cessé  de  progresser,  ce  qui  n'arrive  pas  à 
tous  ceux  qui  travaillent  et  qui  voyagent.  Son  talent,  toujours  vigou- 
reux, net  et  brillant,  est  maintenant  plus  délicat  et  plus  expressif. 
Exécutées  par  lui,  ses  compositions,  qui  ne  manquent  ni  de  feu  ni  de 
fraîcheur,  sont  charmantes  et  pleines  de  variété;  mais  elles  sont  très- 
difficiles,  et  cela  n'est  pas  toujours  sans  danger  pour  le  compositeur. 
Si  le  virtuose  y  trouve  l'occasion  de  déployer  toute  son  habileté,  il 
est  à  craindre  souvent  que  le  côté  purement  instrumental  ne  prédo- 
mine, et  ne  voile  parfois  ce  que  le  fond  contient  de  grâce,  de  clarté 
et  d'originalité. 

—  On  n'a  pas  moins  de  voix  et  plus  de  talent  que  n'en  a  F.  Del- 
sarte.  Ce  qu'il  chante  est,  selon  le  point  de  vue  auquel  on  se  place, 
en  deçà  ou  au  delà  de  la  musique.  Il  ne  dit  pas,  il  ne  rhythme  pas 
comme  tout  le  monde  :  les  mouvements  lents  conviennent  surtout 
à  sa  savante  et  admirable  déclamation  ;  aussi  trouve-t-il  des  andante 


DE  PARIS. 


127 


là  où  d'autres  verraient  des  allegro.  Mais  tout  cela  est  si  pathétique, 
si  émouvant,  si  noble,  si  beau  de  geste  et  d'accent,  tout  esi  scandé 
avec  tant  d'art  que  nous  nous  sommes  laissé  emporter,  comme  le 
public,  par  la  mâle  éloquence,  la  simplicité  primitive,  les  mythologi- 
ques terreurs  que  l'éminent  professeur  a  retrouvées  dans  un  air  de 
Fernand  Cortes,  dans  la  romance  de  Joseph  et  dans  une  scène  à' /phi- 
génie. 

Il  ne  faut  rien  exagérer,  pas  même  les  réactions  musicales  les  plus 
salutaires,  et  nous  croyons  que  les  pianistes  rétrogradisles  ont  tort  de 
vouloir  faire  entendre  à  toute  force  des  pièces  de  clavecin.  Certes,  il 
y  en  a  de  fort  belles  ;  mais  toutes  ne  le  sont  pas ,  et,  comme  dans  les 
ouvrages  de  tous  les  temps,  il  y  en  a  de  très-médiocres.  Est-ce  la 
faute  de  l'exécution  ou  celle  de  la  composition  ?  Nous  ne  savons.  Tou- 
jours est-il  que  des  pages  de  Couperin  et  de  Rameau  ont  été  accueillies 
avec  une  froideur  dont  l'irrévérence  mérite  d'êlre  signalée. 

Adolphe  BOTTE. 


(3'  et  dernier  article)  (1). 

Nous  allons,  par  une  analyse  aussi  rapide  que  possible  de  quel- 
ques-unes de  ses  principales  compositions,  faire  connaître  les  quali- 
tés et  les  défauts  les  plus  saillants  de  cet  artiste,  qu'on  avait,  à  bon 
droit,  surnommé  de  son  temps  le  musicien  des  Grâces. 

Nous  commencerons  par  l'opéra  d'Ariane,  le  deuxième  ouvrage 
qu'il  fit  représenter  à  l'Académie  royale.  On  trouve  dans  cette  pièce 
plusieurs  morceaux  assez  bien  réussis.  Au  premier  acte,  après  le 
chœur  : 

Venez,  heureux  vaisseaux,  souverains  de  ces  mers... 
vient  un  élégant  rondeau  qui  sert  à  une  entrée  de  matelots,  et  qui 
est  charmant  de  grâce,  de  naïveté  et  de  légèreté  depuis  la  première 
note  jusqu'à  la  dernière.  Au  deuxième  acte,  l'air  de  Péribée  : 
Lieux  qui  de  notre  honte  éternisez  l'histoire, 
Et  vous,  mânes  cruels,  ombre  avide  de  sang  ! 
Il  ne  manquait  à  votre  gloire 
Qu'une  victime  de  mon  rang. 

Ce  morceau,  quoiqu'il  manque  de  développement,  n'en  est  pas 
moins  remarquable;  il  est  écrit  avec  largeur,  et  la  mélopée  un  peu 
lamentable  qui  le  constitue  exprime  assez  heureusement  la  douleur 
qu'éprouve  la  princesse  captive.  Un  peu  plus  loin,  nous  trouvons 
une  espèce  de  chant  funèbre,  sorte  d'hymne  de  guerre  chanté  par 
un  soldat  crétois  en  l'honneur  de  la  mémoire  du  frère  d'Ariane,  sur 
ces  paroles  : 

Que  le  son  des  trompettes, 
Que  ce  bruit  si  cher  aux  héros, 
Frappe  les  échos. 

Le  chant  de  ce  morceau  est  bien  trouvé  ;  accompagné  principale- 
ment par  les  trompettes  et  les  violons,  il  a  une  allure  franche  et  dé- 
cidée, un  rhythme  net  et  précis,  qui  lui  donnent  bien  le  caractère  qu'il 
doit  avoir;  l'instrumentation,  nourrie  et  vigoureuse,  —  qualité  rare 
chez  Mouret,  —  en  est  assez  soignée  ;  enfin,  conçu  sur  un  bon  plan  et 
développé  dans  une  bonne  mesure,  ce  morceau  nous  paraît  réunir 
complètement  les  qualités  que  comporte  son  caraclère.  Mais  c'est  à 
propos  de  l'air  de  Minos  au  troisième  acte  que  la  science  moderne  ne 
manquerait  pas  de  railler  la  naïveté  de  nos  ancêtres.  Mouret  n'a  rien 
trouvé  de  plus  tragique,  pour  justifier  la  terreur  de  ce  prince  au 
moment  où  il  va  faire  célébrer  ses  fiançailles  avec  la  belle  Péribée, 
que  de  faire  entendre  un  dessin  un  peu  serré  de  violons  à  l'audition 
duquel  le  roi  de  Crète  s'écrie  : 

(1)  Voir  le  n°  3. 


Quels  sifflements  effroyables! 
Quels  tremblements,  quels  éclairs  I 
Je  reconnais  Vénus.  Ses  fureurs  implacables 
Soulèvent  contre  moi  le  ciel  et  les  enfers. 
Sur  quoi  les  violons  reprennent;  alors  Minos,  terrifié  complète- 
ment, s'écrie  de  nouveau  : 

La  Discorde  a  brisé  ses  fers  ; 
L'hymen  s'enfuit,  la  terre  s'ouvre  ; 
Le  temple  tombe,  je  frémis. 
A  mes  yeux  l'enfer  se  découvre. 
Quel  spectre  menaçant!  c'est  l'ombre  de  mon  fils. 

On  doit  avouer  que,  malgré  le  peu  de  ressources  que  possédait  à 
cette  époque  l'orchestre  de  l'Opéra,  Mouret  eût  pu  sans  peine  obtenir 
un  résultat  plus  saisissant  pour  une  scène  aussi  dramatique  que  celle 
qu'il  avait  à  peindre.  On  conçoit  facilement  que,  cinquante -sept 
ans  plus  tard,  Gluck  ait  pu  jeter  la  terreur  dans  l'esprit  de  ses  spec- 
tateurs, lorsque,  dans  son  immortel  Orphée,  il  faisait  pressentir  l'ap- 
proche des  enfers  par  l'audition  d'un  trombone. 

Pirilhoûs  est  supérieur  à  Ariane  sous  beaucoup  de  rapports  ;  l'ou- 
vrage est,  du  reste,  beaucoup  plus  important.  Nous  citerons,  au  pre- 
mier acte,  le  chœur  : 

Que  nos  chants  remplissent  les  airs; 
Dans  le  fond  des  forêts  que  nos  sons  se  répandent, 

qui,  écrit  à  trois  parties,  est  assez  bien  agencé.  Il  s'y  trouve  surtout 
une  phrase  musicale  sur  laquelle  revient  pour  la  seconde  fois  la 
phrase  poétique  : 

Echos,  répétez  nos  concerts, 
qui,  est  écrite  sur  une  marche  faisant  imitation  à  une  mesure  de  dis- 
tance entre  les  deux  parties  extrêmes,  ei  qui  est  d'une  grâce  naïve  et 
charmante;  de  plus,  cette  phrase  est  très-correcte,  ce  qui  n'était  pas 
précisément  commun  chez  Mouret.  A  la  fin  du  même  acte,  le  duo 
entre  Hermilis  et  Eurite,  sur  ces  paroles  caractéristiques  : 

Il  faut  que  la  rigueur  accable 

Des  cœurs  qu'on  a  trop  ménagez. 

Haine,  dépit,  fureur  inexorable, 

Servez  l'amour  ou  le  vengez, 

est  un  morceau  très-recommandable.  A  part  la  force  et  la  puissance 
dramatiques  dont  il  manque  un  peu,  ce  duo  est  bien  tracé  et  conçu 
d'une  façon  heureuse  ;  de  plus,  il  est  entièrement  écrit  sur  un  dessin 
obstiné  de  violons  qui  n'est  pas  sans  élégance  et  dont  l'accent  tour- 
menté exprime  assez  bien  —  à  défaut  de  la  vigueur  qu'on  serait  en 
droit  d'exiger  dans  une  scène  aussi  dramatique  —  les  tourments  in- 
térieurs dont  sont  agités  les  deux  personnages  qui  occupent  le  spec- 
tateur. Somme  toute,  nous  le  répétons,  ce  duo  est  fort  remarquable. 
Nous  mentionnerons  encore  tout  particulièrement  le  petit  morceau 
symphonique  qui  sert  d'introduction  au  second  acte  ;  il  est  d'une 
harmonie  très-pure  et  assez  neuve  pour  l'époque;  l'auteur  y  a  fait 
très-heureusement  et  plus  d'une  fois  emploi  des  doubles  retards,  et 
de  plus  ce  morceau  est  agréablement  tourné  et  coupé  d'une  façon 
assez  élégante;  on  regrette  seulement  que  plusieurs  incorrections  se 
soient  glissées  sous  la  plume  de  l'auteur  dans  le  travail  instrumental, 
et  que  la  marche  des  parties  entre  elles  laisse  tant  à  désirer  sous  le 
rapport  de  la  pureté  du  dessin  harmonique  ;  on  remarque  aussi  une 
soudure  inutile  et  maladroitement  faite  qui  relie  ce  petit  air  avec  le 
suivant,  lequel  pouvait  parfaitement  s'attaquer  sans  enchaînement  et 
sans  modulation  puisque  l'un  est  en  fa  et  l'autre  en  ut.  Mais  voici 
venir  le  morceau  le  plus  saillant  de  la  pièce  et  certainement  un  des 
meilleurs  et  des  plus  complets  qui  soient  sortis  de  la  plume  fine  et  élé- 
gante de  Mouret;  c'est  le  duo  entre  Hermilis  et  Pirithoûs  qui  ouvre  le 
second  acte.  La  pensée  qui  a  présidé  à  l'enfantement  de  ce  duo  est 
véritablement  supérieure  et  la  vérité  dramatique  a  cette  fois  été  com- 
plètement atteinte  par  l'auteur.  La  phrase  écrite  sur  ces  paroles  : 


128 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Ingrat,  fais  donc  cesser  l'amour  que  j'ai  pour  toi, 

a  de  l'ampleur,  de  la  puissance,  et  contient  bien  l'expression  passion- 
née qui  convient  à  l'amour  sans  espoir  d'Hermilis  ;  mais  celle  qui 
suit,  lorsqu'elle  s'écrie  : 

Ah  !  si  la  liberté  t'est  chère, 
Dis-moi  seulement  que  j'espère, 

est  véritablement  et  de  tout  point  digne  d'un  drame  lyrique.  Nous 
croyons  que  ces  élans  fougueux  de  la  princesse,  rendus  aujourd'hui  en 
public  avec  l'aide  de  toute  la  puissance  instrumentale  dont  nous  pos- 
sédons les  ressources  et  le  secret,  serait  encore  susceptible  de 
produire  un  grand  effet.  L'évocation  des  démons  faite  dans  ce 
même  acte  par  Hermilis  n'est  pas  sans  mérite;  elle  a  de  la  har- 
diesse et  de  la  puissance,  qualités  qui  n'étaient  point  les  plus  com- 
munes chez  Mouret.  On  trouve  encore  dans  Pirithous  quelques  au- 
tres morceaux  convenablement  traités. 

Nous  terminerons  ici  l'analyse  des  œuvres  de  Mouret;  mais  nous 
devons  dire  que  nul  artiste  mieux  que  lui  n'a  mérité  le  surnom 
charmant  qui  lui  fut  accordé  par  ses  contemporains.  C'est  en 
effet  dans  la  musique  légère  et  gracieuse  qu'il  excellait,  et  il  n'eut 
véritablement  point  de  rival  en  ce  genre.  On  en  peut  facilement 
acquérir  la  preuve  en  parcourant  les  six  recueils  de  ses  divertisse- 
ments pour  la  Comédie  italienne,  lesquels,  nous  l'avons  dit,  sont  dé- 
diés au  duc  d'Orléans,  régent  du  royaume.  Dans  la  plupart  de  ces 
petites  pièces,  courtes  et  légères,  respirent  un  charme,  une  naïveté, 
une  gentillesse  et  une  élégance  qu'on  chercherait  en  vain  dans  les 
œuvres  des  artistes  de  son  temps.  Il  était  là  dans  le  vrai  centre  de  son 
talent,  et  réussissait  beaucoup  moins  dans  la  conception  de  ses  opéras, 
quoique  souvent  le  succès  ait  justifié  sa  témérité.  Il  lui  manquait  pour 
cela  de  grandes  qualités.  Les  morceaux  qu'il  a  faits  pour  le  théâtre— à 
part  quelques  exceptions,  que  nous  avons  signalées— manquent  géné- 
ralement de  puissance,  d'éclat,  d'énergie,  et  surtout  de  cette  couleur 
dramatique,  si  indispensable  dans  la  tragédie  lyrique.  Cependant,  mal- 
gré ces  défauts  capitaux,  Mouret  parvenait  encore  à  gagner  les  faveurs 
du  public  par  la  grâce  et  l'élégance  qu'il  répandait  sur  ses  ouvrages, 
dans  lesquels,  du  reste,  la  critique  a  beaucoup  à  reprendre.  Mouret 
sait  rarement  faire  un  morceau,  le  couper,  le  charpenter,  en  un  mot 
l'établir  sur  un  plan  raisonnable  et  raisonné  ;  son  plus  grand  défaut 
dans  ses  opéras  est  de  briser  constamment  son  rhythme  :  il  change  de 
mesure  jusqu'à  quinze  ou  vingt  fois  dans  le  courant  de  ses  morceaux, 
qui  sont  toujours  très-courts,  et  ce,  sans  motif  réel  ou  apparent,  afin 
sans  doute  de  s'épargner  des  difficultés  et  de  se  donner  moins  de 
peine  pour  prosodier.  Ce  défaut  capital  a  pour  moindre  inconvénient 
de  donner  à  la  musique  un  vague  et  une  indécision  qui  à  la  longue 
fatiguent  l'oreille  de  l'auditeur  le  plus  indulgent,  puis  aussi  de  tenir  en 
haleine  continuelle  les  exécutants,  qui,  par  ces  variations  incessantes 
et  inutiles,  sont  toujours  exposés  à  des  fautes  involontaires.  De  plus, 
on  est  en  droit  de  reprocher  à  Mouret  de  n'avoir  pas  poussé  assez 
loin  ses  études,  car  l'on  trouve  parfois  dans  les  morceaux  sortis  de  sa 
plume,  non-seulement  de  graves  incorrections,  mais  encore  des  né- 
gligences impardonnables.  On  voit  que  tous  les  défauts  que  nous  re- 
prochons à  ce  compositeur  ne  laissent  pas  d'être  graves,  et  cepen- 
dant, nous  le  répétons,  par  le  charme  naturel,  l'élégance  naïve  et 
l'abandon  plein  de  grâce  dont  ses  ouvrages  étaient  remplis,  il  trouva 
moyen,  non-seulement  de  les  atténuer,  mais  même  en  quelque  sorte 
de  les  faire  complètement  disparaître.  Par  ses  qualités  simples  et  na- 
turelles, par  sa  facilité,  par  sa  légèreté,  Mouret  peut  être  appelé  le 
Chaulieu  de  la  musique,  car  son  talent  a  plus  d'un  rapport  avec  celui 
de  l'abbé-poète. 

Arthur  POUGIN. 


MEHUL,  SA  VIE  ET  SES  ŒUVRES, 

Par  P.  A.  VIEILLARD. 

Cet  opuscule  est  un  joli  petit  livre  dû  à  un  amateur  passionné  de 
musique  qui  n'a  pas  cessé  de  l'être  dans  les  divers  emplois  d'admi- 
nistration qu'il  a  occupés  et  depuis  qu'il  est  devenu  bibliothécaire  du 
Sénat. 

Il  vient  aujourd'hui  le  prouver  encore  par  la  publication  de  cet 
opuscule,  où  il  parle  avec  enthousiasme  du  célèbre  musicien  dont  il 
a  été  l'ami.  11  le  suit  dans  la  carrière  qu'il  a  parcourue  avec  tant 
de  succès,  s'arrêlant  sur  ses  principaux  ouvrages  et  rappelant  des 
faits  aujourd'hui  trop  loin  de  nous  pour  n'être  pas  en  partie  oubliés. 
Ce  tableau  de  la  vie  d'un  des  plus  illustres  compositeurs  français 
est  écrit  avec  beaucoup  de  soin,  et  les  appréciations  y  sont  en  général 
justes,  quoique  l'on  s'aperçoive  de  temps  en  temps  que  Méhul  est 
pour  M.  Vieillard  un  compositeur  de  prédilection  dont  il  loue  égale- 
ment et  les  ouvrages  et  le  caractère,  et  quoique  l'on  puisse  lui  faire 
non  sans  justice  plus  d'un  reproche  sous  l'un  et  l'autre  rapport. 

Dans  l'embarras  de  choisir  quelque  passage  intéressant,  je  prends  celui 
où  M.  Vieillard  nous  peint  la  société  dans  laquelle  il  retrouva  Méhul, 
qu'il  avait  connu  dix  ans  plus  tôt,  mais  sans  beaucoup  le  fréquenter. 
•<  C'était,  dit  le  biographe,  chez  M.  Kreutzer  aîné,  avec  lequel  Méhul 
était  lié  par  le  talent  moins  encore  que  par  l'amitié.  La  maison  de 
Kreutzer  était  un  vrai  sanctuaire  de  l'art.  Divers  titres  à  la  vogue  et 
à  la  célébrité  avaient  procuré  à  Kreutzer  une  des  plus  grandes  exis- 
tences d'artiste  dont  il  y  ait  eu  des  exemples  en  France  ;  par  le  ta- 
lent, il  était  arrivé  à  la  fortune,  et  la  spirituelle  intelligence  d'une 
femme  du  plus  haut  mérite  avait  fait  de  sa  maison  le  centre  de 
réunion  d'un  petit  nombre  d'auteurs  et  d'artistes  d'élite  qu'il  rassem- 
blait toutes  les  semaines  à  sa  table.  La  place  de  Méhul  y  était  toujours 
marquée  la  première;  heureux  de  m'y  voir  admis,  je  dois  dire  que  de 
toutes  les  relations  de  cette  nature  dont  j'ai  joui  dans  une  carrière 
déjà  prolongée  au  delà  du  terme  commun,  je  n'en  ai  pas  rencontré 
qui  m'ait  procuré  de  plus  douces  jouissances  ni  laissé  de  meilleurs 
souvenirs.  Ce  qui  faisait  surtout  le  charme  de  ces  réunions,  c'était  la 
franchise  de  ton,  l'absence  de  toute  prétention  guindée,  la  bonhomie 
enfin  qui  y  régnait  constamment.  Le  moyen  de  ne  pas  réussir..., 
c'était  d'y  apporter  l'intention  de  briller,  des  mots,  de  lancer  des 
traits...  Il  faut  ajouter  que  dans  cette  maison  où  l'art  et  le  talent 
avaient  élu  domicile,  si  l'on  parlait  souvent  de  théâtre  et  de  littérature, 
ce  sujet  de  conversation  n'avait  jamais  rien  d'exclusif  et  ne  tournait 
jamais  à  la  dissertation,  encore  moins  à  la  pédanterie.  La  po- 
litesse n'eût  pas  permis  de  siffler  celui  qui  eût  voulu  y  introduire 
l'esprit  de  coterie  et  les  pratiques  de  Ta  cabale  ;  mais,  à  la  froideur 
répulsive  qui  eût  accueilli  ses  premiers  essais,  il  eût  bientôt  reconnu 
qu'il  ne  se  trouvait  pas  là  sur  son  terrain.  J'y  ai  été  témoin  de  plus 
d'un  mécompte  de  cette  nature.  » 

C'est  sans  doute  de  relations  de  ce  genre  que  M.  Vieillard  composera 
en  grande  partie  les  Souvenirs  qu'il  nous  annonce  dans  le  premier 
titre  de  son  opuscule.  Espérons  qu'ils  ne  se  feront  pas  longtemps 
attendre. 

Je  pourrais  relever  quelques  petites  erreurs  de  M.  Vieillard  ;  je 
m'attacherai  à  une  seule,  précisément  parce  qu'elle  n'est  pas  de  lui 
seulement,  mais  qu'il  la  partage  avec  beaucoup  de  monde.  On  a 
peine  à  croire  qu'elle  se  soit  si  bien  établie  dès  le  temps  où  il  était 
si  facile  de  la  rectifier.  M.  Vieillard  parle  du  grand  succès  de  la  Lo- 
doïska  de  ce  même  Kreutzer  qui  vient  d'être  nommé  :  c'est  une 
grave  erreur.  La  pièce  de  Kreutzer  n'en  obtint  aucun,  et  de  même 
que  pour  le  Jeune  Henri,  on  n'en  a  conservé  que  l'ouverture,  plus 
communément  nommée  Marche  des  Tartares,  qui  était  encore  popu- 
laire il  y  a  peu  d'années.  Cette  pièce,  dont  les  paroles  étaient  de 


SUPPLEMENT. 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS. 


129 


Dejaure,  roulait  sur  un  épisode  du  roman  de  Faublas  et  fut  donnée 
en  1791  aux  Italiens.  Or,  dans  cette  même  année,  on  avait  repré- 
senté au  théâtre  Feydeau  une  autre  Lodoïska,  paroles  de  Fillette- 
Loraux,  dont  le  sujet  se  trouvait  exactement  le  même,  mais  dont  la 
musique  était  de  Cherubini,  et  qui  obtint  près  de  cent  représentations. 

«  Elle  est  ravissante,  disent  les  critiques  du  temps,  qui  alors  n'ad- 
miraient pas  comme  aujourd'hui  tout  ce  que  l'on  voulait,  elle  est  ra- 
vissante, elle  est  sublime  ;  un  style  large,  des  masses  admirables,  un 
orchestre  profond,  une  verve  étonnante,  une  originalité  extraordinaire, 
de  grands  traits,  voilà  ce  qu'est  la  musique  de  Cherubini  et  ce  qui 
justifie  l'enthousiasme  du  public,  qui,  lors  des  représentations,  se  levait 
à  chaque  morceau  pour  applaudir  son  immortel  auteur.  » 

Ce  fut  une  des  circonstances  si  rares  en  France  où  la  musique 
triomphe  en  dépit  de  paroles  bien  inférieures  à  celles  que  Dejaure 
avait  fournies  à  Kreutzer,  qui  vit  cependant  cette  musique  succomber, 
et  comme  l'ouvrage  se  terminait  par  un  incendie,  un  plaisant  dit  là- 
dessus  que  dans  cet  opéra  il  n'y  avait  de  senti  que  la  fumée. 

Puisque  nous  en  sommes  sur  les  bons  mots,  j'en  veux  rappeler  un 
prétendu  que  j'ai  depuis  longtemps  sur  le  cœur  et  qui  va  nous  rame- 
ner àMéhul,  puisqu'il  le  concerne.  Dans  Ulhal,  sujet  ossianique  au- 
quel le  compositeur  avait  voulu  donner  un  cachet  particulier,  il  em- 
ploya des  altos  au  lieu  de  violons.  Grétry,  qui  assistait  à  la  répétition 
générale,  répondit  à  Méhul  qui  l'interrogeait  sur  ce  qu'il  pensait  de 
l'ouvrage  :  «  Je  pense  que  je  donnerais  volontiers  six  francs  pour  enten- 
dre une  chanterelle.  »  Avec  tout  le  respect  dû  à  la  réputation  et  à 
l'esprit  de  l'auteur  de  Zémire  et  Azor,  car  il  en  avait  beaucoup,  ce 
soi-disant  bon  mot  m'a  toujours  semblé  une  haute  sottise.  Grétry  dit 
dans  ses  Essais  qu'il  pourra  bien  lui  arriver  quelque  jour  de  ne  pas 
faire  parler  un  seul  instrument  à  vent  pendant  tout  le  premier  acte 
d'une  pièce  et  qu'il  en  résultera  un  effet  excellent.  S'il  l'eût  fait,  ne 
pouvait-on  pas  aussi  offrir  six  francs  pour  entendre  un  hautbois  ?  Et 
le  mot  n'en  eût  pas  eu  plus  de  valeur.  Le  compositeur  est  libre  d'em- 
ployer ou  de  rejeter  les  instruments  selon  les  effets  qu'il  a  l'intention 
de  produire.  Si  ce  but  est  atteint,  il  n'y  a  pas  plus  lieu  de  se  plaindre 
de  l'absence  des  uns  que  de  la  présence  des  autres. 

Les  lecteurs  de  l'opuscule  de  M.  Vieillard  pourront  lui  reprocher 
de  ne  pas  nous  avoir  donné  assez  de  détails  sur  la  vie  intime  de  Méhul 
dont  il  avait  été  l'ami  particulier.  On  trouvera  aussi  qu'il  est  plutôt  le 
panégyriste  que  le  biographe  de  son  héros.  Peut-être  il  pallie  un 
peu  trop  ses  défauts,  sur  lesquels  ses  contemporains  tombent  d'accord, 
en  disant  que  Méhul  était  envieux,  jaloux  et  défiant.  M.  Vieillard  se 
contente  de  dire  que  l'injustice  ne  le  révoltait  pas  moins  à  l'égard  des 
autres  que  pour  lui-même  ;  cela  donne  à  sa  physionomie  d'artiste  un 
aspect  moins  fâcheux  et  justifie  ce  que  l'on  a  dit  de  lui  que,  en  le 
prenant  dans  ses  Bons  moments,  il  savait  faire  un  mot  agréable  d'un 
simple  bonjour.  Mais  qui  aurait  le  courage  de  blâmer  celui  qui  dit  du 
bien  de  son  ami  ?  Nous  avons  si  souvent  des  amis  qui  ne  disent  de 
nous  que  du  mal!...  Et  enfin,  la  haine  est  si  souvent  partiale...  Ne 
serait-il  pas  permis  à  l'amitié  de  l'être  quelquefois  ? 

Adp.ien  de  LA  FAGE. 


En  revenant,  comme  nous  l'avions  promis,  sur  le  concert  donné  il  y 
a  quinze  jours  par  la  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire,  nous 
comptions  avoir,  en  outre,  à  parler  de  celui  que  cette  Société  donnait 
habituellement  le  soir  du  vendredi  saint,  mais  une  bande  posée  sur 
l'affiche  nous  a  prévenus  que  l'autorisation  nécessaire,  et  qui  avait 
toujours  été  accordée  depuis  huit  ans,  n'avait  pu  être  obtenue  cette 
fois  et  que  le  concert  n'aurait  pas  lieu.  Cela  tient  sans  doute  à  des 
considérations  d'ordre  supérieur  qui  ne  sont  pas  de  notre  domaine, 
car,  en  ce  qui  touche  la  Société,  loin  d'avoir  mérité  rien  qui  res- 
semble à  un  acte  de  rigueur,   elle  s'est  plus  que  jamais  assuré  des 


droits  à  la  protection  bienveillante,  à  l'intérêt  éclairé  des  vrais  amis 
de  l'art  musical.  Tous  ses  programmes  Ide  la  saison  ont  offert  une 
réunion  d'éléments  remarquables,  et  l'exécution  a  toujours  répondu 
à  l'intelligence  qui  avait  su  les  choisir.  Placée  en  face  d'une  Société 
dont  la  renommée  est  européenne,  mais  immobile  par  destination,  par 
principe  (et  ce  n'est  pas  un  reproche  que  nous  lui  adressons),  la 
jeune  Société,  tout  en  accueillant  les  œuvres  modernes  et  les  composi- 
teurs vivants,  n'est  pas  restée  inférieure  à  l'autre  sur  le  terrain  clas- 
sique ;  elle  s'est  mise  en  état  de  soutenir  avantageusement  la  lutte, 
même  dans  l'interprétation  des  immortelles  productions  de  Beethoven, 
Nous  n'en  voulons  pour  preuve  que  la  manière  admirable  dont  elle  a 
rendu,  il  y  a  quinze  jours,  le  fameux  septuor  joué  par  tous  les  ins- 
truments à  cordes.  Changez  le  local  ;  transportez  l'orchestre  de 
M.  Pasdeloup  de  la  rue  de  la  Victoire  dans  la  rue  Bergère,  et  vous 
aurez  absolument  le  même  effet. 

Nous  avons  déjà  dit  avec  quelle  perfection  le  même  orchestre  avait 
exécuté  l'ouverture  et  les  entr'actes  de  Struensée,  que  nous  lui  avons 
l'obligation  de  connaître.  Ce  sont  là  des  services  qui  comptent  et 
que  l'on  ne  saurait  oublier.  La  justice  veut  également  que  l'on  re- 
mercie M.  Pasdeloup  d'être  venu  seul  en  aide  aux  compositeurs  na- 
tionaux et  étrangers  dans  leurs  tentatives  les  plus  difficiles  et  les  plus 
importantes,  lorsqu'ils  osent  aborder  le  genre  symphonique.  Dans  le 
dernier  concert,  une  symphonie  nouvelle  de  M.  Saint-Saens  a  encore 
été  entendue,  et  dans  quelle  autre  enceinte  aurait-elle  pu  arriver  jus- 
qu'au public  ?  M.  Saint-Saëns  est  un  de  nos  jeunes  musiciens  les  plus 
renommés.  Quand  la  Société  Sainte-Cécile  existait,  il  s'y  était  déjà 
produit  comme  symphoniste.  Il  était  bien  jeune  alors  ;  aujourd'hui 
qu'il  a  grandi  en  âge  et  en  talent,  nous  lui  trouvons  un  peu  trop  de 
prédilection  pour  la  science,  laquelle  atteint  chez  lui  aux  sommets 
les  plus  élevés.  Il  excelle  à  combiner  des  alliances  de  sons,  à  enche- 
vêtrer des  dessins  qui ,  pour  n'être  pas  complètement  impossibles  , 
n'en  sont  pas  moins  étranges,  pénibles  parfois,  et  nous  lui  conseillons 
de  rechercher  davantage  ce  charme  de  simplicité  mélodique,  dont  le 
père  de  la  symphonie,  Haydn,  lui  fournira  tant  de  ravissants  modèles. 

Le  chœur  des  génies  d'Oberon,  et  celui  des  bacchantes  de  Philémon 
et  Baucis  composaient  la  partie  vocale  de  ce  concert,  dont  le  pro- 
gramme démontrerait  au  besoin  que  la  Société  fondée  par  M.  Pasde- 
loup remplit  largement  sa  tâche,  et  qu'une  place  lui  doit  être  assi- 
gnée à  côté  de  la  Société  des  concerts. 


Le  théâtre  Lyrique  a  changé  de  directeur  :  M.  Charles  Réty 
succède  à  M.  Carvalho  qui  s'en  éloigne  en  même  temps  que  sa  femme 
cesse  d'y  chanter.  C'est  un  événement  grave  et  de  nature  à  soulever 
de  nombreuses  questions.  Pour  nous,  à  travers  les  doutes  qui  nous 
assiègent,  ce  qui  nous  rassure,  c'est  que  M.  Charles  Réty,  qui  rem- 
plissait depuis  quatre  ans  les  fonctions  de  secrétaire  général,  connaît 
à  fond  le  théâtre  et  nous  parait,  plus  que  tout  autre,  en  état  de  le 
gouverner.  Maintenant  quel  système  suivra-t-il  ?  S'il  n'espère  pas  faire 
plus  de  recettes  que  n'en  a  fait  H.  Carvalho,  cherchera-t-il  à  dimi- 
nuer les  dépenses  î  Réduira-t-il  le  chiffre  des  appointements  d'artistes, 
ou  bien  son  économie  portera-t-elle  sur  la  mise  en  scène,  les  décors, 
les  costumes.  Peut-être  un  peu  sur  tout  cela.  Enfin  se  rapprochera- 
t-il  des  termes  de  son  privilège,  en  exhumant  moins  d'auteurs  morts 
et  en  jouant  plus  d'auteurs  jeunes  ou  du  moins  vivants  ?  Nous  verrons 
bien,  et  nous  jugerons,  sans  oublier  jamais  les  difficultés  d'un  théâtre, 
auquel  sa  situation  ne  permet  guère  de  compter  sur  une  existence 
moyenne,  et  qui  jusqu'à  présent  n'a  trouvé  le  secret  d'attirer  la  foule 
que  par  des  coups  hardis  et  dispendieux.  Les  Noces  de  Figaro,  le 
succès  le  plus  productif  pour  M.  Carvalho,  n'avaient  pas  coûté  cher 
à  monter,  d'accord  ;  mais  trois  cantatrices  comme  Mmes  Carvalho, 
Caroline  Duprez,  Ugalde  ne  se  donnent  pas  pour  rien,  et  puis  l'on  n'a 


130 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


pas  toujours  sous  la  main  un  auteur  tel  que  Beaumarchais,  un  musi- 
cien tel  que  Mozart  !  Quoi  qu'il  en  soit,  et  en  attendant  que  nous  re- 
prenions cette  thèse,  qui  nous  entraînerait  trop  loin  aujourd'hui,  disons 
que  Mme  Carvalho  laisse  un  grand  vide,  mais  qu'on  la  remplacera, 
comme  on  en  a  remplacé  tant  d'autres.  Par  exemple,  te  plus  tôt 
sera  le  mieux. 


NECROLOGIE. 

MOÏSEAU-SAINM. 

Encore  un  artiste  frappé  subitement  par  un  de  ces  coups  dont  au- 
cun présage  n'avertit.  Le  vendredi  30  mars,  on  l'attendait  au  Con- 
servatoire pour  l'examen  de  sa  classe  d'opéra-comique,  où  il  s'était 
lui  même  bien  promis  de  venir,  lorsqu'on  apprit  qu'il  était  au  plus 
mal  :  le  lendemain  samedi,  vers  quatre  heures,  il  avait  cessé  d'exis- 
ter !  Plus  heureux  que  sa  femme,  morte  peu  d'années  avant  lui,  du 
moins  il  avait  échappé  aux  cruelles  souffrances  qui  font  désirer  le  der- 
nier moment. 

Moreau-Sainti,  né  à  Paris  vers  la  fin  de  l'autre  siècle,  n'avait  que 
soixante  et  un  ans,  et  semblait  destiné  à  une  longue  existence.  Son 
activité,  son  adresse  à  tous  les  exercices  du  corps,  annonçaient  une 
constitution  vigoureuse,  sur  laquelle  le  temps  ne  marquait  pas  sa 
trace.  Dès  sa  première  jeunesse,  il  s'était  voué  à  l'art  théâtral.  Lors 
de  la  création  du  Gymnase-Dramatique,  au  mois  de  décembre  1820, 
il  faisait  partie  de  la  troupe  du  nouveau  théâtre,  et  joua  dans  l'une 
des  pièces  d'ouverture,  mais  il  quitta  bientôt  Paris  pour  la  province. 
C'est  à  Lille  qu'il  épousa  Mlle  Sainti,  dont  il  joignit  le  nom  à  celui 
de  Moreau  qu'il  tenait  de  son  père.  Après  avoir  brillé  sur  plusieurs 
scènes ,  les  deux  époux  revinrent  dans  la  capitale.  Tandis  que 
Mme  Moreau-Sainti  prenait  sa  place  dans  la  comédie  et  le  drame  à 
l'Odéon,  puis  au  Théâtre-Français,  le  mari  s'en  faisait  une  à  l'Opéra- 
Comique,  où  il  débuta  le  5  mai  1829  dans  Jean  de  Paris  et  Adolphe 
et  Clara.  Pour  la  première  fois,  da:is  les  Deux  Nuits,  il  joua  un 
rôle  nouveau,  confié  d'abord  à  Ponchard.  De  1833  à  1836,  il  retourna 
en  province,  où  il  chanta  même  le  répertoire  du  grand  opéra.  Rentré 
à  l'Opéra-Comique,  il  y  resta  jusqu'en  1847,  époque  à  laquelle  il  re- 
nonça tout  à  fait  au  théâtre  pour  se  consacrer  au  professorat.  Il  avait 
fondé  avec  M.  Henri  Potier  l'Ecole  lyrique  de  la  rue  Latour-d'Auvergne, 
entreprise  peu  profitable  et  qui  lui  causa  de  graves  embarras.  11  fut 
nommé  chef  du  pensionnat  au  Conservatoire,  et  ne  quitta  ces  fonc- 
tions qu'à  la  mort  de  sa  femme.  Il  laisse  deux  enfants,  un  fils,  Théo- 
dore Sainti,  qui  s'est  essayé,  non  sans  succès,  à  l'Odéon  et  aux  Va- 
riétés, mais  qui  maintenant  a  pris  une  autre  carrière,  et  une  fille 
dont  les  débuts  sur  notre  première  scène  chantante  n'ont  pas  manqué 
d'un  certain  éclat. 

Quoiqu'il  n'ait  jamais  été  l'égal  d'Elleviou,  Moreau-Sainti  le  rappelait 
autant  qu'il  lui  était  possible  :  il  avait  recueilli  ses  traditions  et  travail- 
lait à  continuer  son  école.  Comme  chanteur,  H  avait  toujours  eu  plus 
de  goût  que  de  voix;  comme  acteur,  il  se  distinguait  par  l'aisance,  la 
vivacité,  l'aplomb;  son  élégance  avait  le  défaut  d'être  un  peu  outrée; 
mais,  en  somme,  il  savait  occuper  la  scène  et  servir  ses  camarades 
autant  que  les  auteurs.  Parmi  les  rôles  qu'il  a  créés,  il  faut  citer  celui 
du  duc  de  Valberg  de  l'Ambassadrice  et  celui  de  Juliano  du  Domino 
noir.  Son  talent  de  professeur  lui  attirait  constamment  une  innom- 
brable clientèle.  Presque  tous  les  jeunes  gens  qui  voulaient  devenir 
artistes  venaient  lui  demander  des  leçons,  et  les  gens  du  monde  ne 
se  montraient  pas  moins  empressés. 

Fort  habile  à  l'escrime  et  à  tout  ce  qui  s'y  rattache,  Moreau-Sainti 
possédait  encore  un  talent  qui  aurait  pu  faire  sa  fortune,  en  le  po- 
sant comme  rival  des  Bosco,  des  Robert  Houdin  et  autres  prestidi- 
gitateurs célèbres.  En  1848  il  fut  sur  point  de  chercher  une  ressource 


dans  ce  qui  n'avait  été  pour  lui  qu'un  amusement.  Il  possédait  un 
cabinet  de  physique  très-riche  en  objets  curieux,  et  mettait  dans  l'exé- 
cution de  ses  tours  autant  de  grâce  aimable  et  facile  que  de  prodi- 
gieuse dextérité. 

Ses  obsèques  ont  eu  lieu  lundi,  en  l'église  Notre-Dame-de-Lorette . 
M.  Théodore  Sainti  conduisait  le  deuil,  que  suivait  une  foule  de  cama- 
rades, d'élèves  et  d'amis.  J  es  élèves  du  Conservatoire  ont  pris 
part  au  service  funèbre  sous  la  direction  de  M.  Jules  Cohen. 


Ainsi  que  nous  l'avons  annoncé,  nous  donnons  le  jugement  pro- 
noncé en  faveur  de  M.  Adolphe  Sax  contre  ses  contrefacteurs. 

Nous  faisons  précéder  cette  pièce  de  quelques  fragments  empruntés 
au  remarquable  réquisitoire  de  M.  Mahler,  avocat  impérial,  en  re- 
grettant que  le  défaut  d'espace  nous  empêche  d'en  faire  autant  pour 
les  éloquentes  et  habiles  plaidoieries  de  Me  Hébert,  avocat  de 
M.  Sax. 


TRIBUNAL  DE  LA  SEINE 

{Sixième    chambre    correctionnelle.) 

Présidence   de  M.  Gislain  de  Bontin,  M.  Mahler  faisant  fonctions  d'avocat 
impérial. 

AWOLPHE     SAS. 
contre  les  sieurs 
Besson ,   Raoux ,   Halury    père,    Buffet    jeune,     Buffel-Crampon, 
Tour  nier  et  Goumas,   Martin  frères,  Beaubœuf,    Victor  Jacob  et 
autres. 

EXTRAIT   DU    RÉQUISITOIRE. 


Le  brevet  d'invention  qui  a  soulevé  tout  ce  long  débat,  brevet  de 
quinze  années  pris  par  M.  Sax,  le  13  octobre  1845,  pour  un  instrument 
de  musique  appelé  le  saxotroraba,  figure  au  premier  rang  parmi  les 
brevets  qui,  depuis  soixante  ans,  ont  été  le  plus  discutés,  le  plus  atta- 
qués. C'est  merveille  qu'il  reste  encore  debout.  A  peine  publié,  il  de- 
vient, delà  part  des  confrères  de  M.  Sax,  l'objet  d'un  siège  en  règle; 
depuis  quinze  ans,  tous  les  moyens  d'agression  sont  mis  en  œuvre  :  les 
assaillants  succèdent  aux  assaillants,  l'échec  des  uns  ne  décourage  pas 
les  autres,  et  aujourd'hui,  vous  le  voyez,  la  lutte  autour  de  ce  brevet 
est  aussi  ardente,  aussi  passionnée  que  le  premier  jour. 

Il  est  permis  d'assigner  deux  causes  principales,  deux  causes  géné- 
rales à  la  persévérante  énergie  des  adversaires  de  M.  Sax.  Avant  tout,  re- 
connaissons que  ce  brevet  a  été  pris  dans  des  circonstances  qui  ont  dû  frois- 
serleur  amour-propre.  C'était  à  l'époque  où  les  compositeurs,  les  artistes, 
les  commissions  chargées  de  réorganiser  les  musiques  militaires,  se  plai- 
gnaient de  rencontrer  chez  les  f.cieurs  une  absence  complète  d'initiative 
et  d'invention,  et  accueillaient  avec  une  sympathie  marquée  M.  Sax, 
qui  se  présentait  à  eux  les  mains  pleines  d'améliorations  et  de  perfec- 
tionnements applicables  aux  instruments  de  cuivre.  En  second  lieu,  et 
sans  préjuger  la  validité  du  brevet,  il  est  certain  que  l'excellence  de 
l'instrument,  sa  valeur  marchande,  attestée  par  la  rapidité  avec  laquelle 
il  prenait  place  dans  tous  les  orchestres  militaires,  était  faite  pour  ten- 
ter la  contrefaçon,  même  au  prix  de  procès  longs  et  dispendieux,  même 
au  risque  de  dommages-intérêts  énormes. 

Le  brevet  du  1 3  octobre  1 845,  tant  de  fois  lu  et  commenté  durant  ces 
débats,  est  connu  de  vous  dans  ses  moindres  détails. 

Il  me  sufiira  de  rappeler  que,  suivant  les  prétentions  de  M.  Sax,  il 
s'applique  à  un  instrument  nouveau  par  ses  formes  et  dispositions  exté- 
rieures, nouveau  par  le  son  qui  s'en  échappe  et  les  proportions  qui  pré- 
sident à  sa  construction 

La  nouveauté  de  la  voix  résulte  de  certaines  propositions  déterminées, 
proportions  soigneusement  indiquées,  dans  le  dessin  joint  au  brevet, 
par  des  cotes  qui  donnent  le  diamètre  de  l'instrument  aux  différents 
points  de  son  tube. 

Ainsi,  selon  M.  Sax,  9e  trouve  résolu  un  important  problème  musi- 
cal, celui  de  l'aire  un  instrument  qui  puisse  être  porté  commodément, 
en  laissant  à  l'artiste  toute  la  liberté  de  ses  mouvements,  et  dont  le 
timbre,  tout  à  fait  dissemblable  du  timbre  des  instruments  précédem- 
ment fabriqués,  remplisse  plus  convenablement  qu'on  ne  l'avait  fait  jus- 
qu'alors, les  parties  intermédiaires  de  l'orchestre. 


DE  PARIS. 


131 


Nous  mentionnerons  ici,  et  pour  n'y  plus  revenir,  le  troisième  point 
du  brevet  de  1845  :  l'application  des  formes  du  saxotromba  aux  familles 
de  chacun  des  instruments  représentés  dans  les  dessins  de  ce  brevet, 
ainsi  que  l'application  des  proportions  du  saxotromba  à  toute  la  famille 
de  cet  instrument  nouveau.  Ce  point,  qui,  dans  les  précédents  procès,  a 
soulevé  des  controverses  si  vives,  a  été  laissé  en  dehors  du  débat  actuel. 

Au  cours  de  la  présente  instance,  commencée  depuis  cinq  années,  la 
situation  de  la  plupart  des  parties  saisies  s'est  modifiée  :  les  unes  ont 
transigé  avec  M.  Sax  ou  obtenu  de  lui  un  désistement  ;  les  autres  n'ont 
pas  été  citées  ou  ont  déclaré  s'en  rapporter  à  la  justice.  Parmi  celles  qui 
sont  restées  en  cause,  toutes,  moins  une,  se  sont  défendues  par  des  con- 
sidérations tirées  de  leur  bonne  foi  ou  de  leur  situation  particulière. 

Seul,  du  moins  en  apparence,  M.  Besson  a  porté  le  débat  sur  le  brevet 
même,  et,  faisant  table  rase  de  tout  le  passé  de  l'affaire,  a  remis  tout 
en  question.  Nous  disons,  en  apparence;  car,  en  réalité,  c'est  pour  tous 
les  autres  facteurs  aussi  bien  que  pour  lui  que  M.  Besson  a  combattu. 
Sans  rechercher  si,  dans  cette  lutte,  les  facteurs  dont  nous  parlons  lui 
prêtent  d'autre  concours  que  celui  de  leurs  vœux,  d'autre  aide  que  celle 
de  leurs  sympathies,  sans  rechercher  s'ils  sont  ses  témoins  ou  ses  alliés, 
il  n'en  est  pas  moins  vrai  qu'il  y  a  entre  eux  et  lui  cause  commune,  in- 
térêts solidaires,  et  que  la  solution  de  l'affaire,  dans  quelque  sens  qu'elle 
intervienne,  leur  sera  applicable  avec  toutes  ses  conséquences. 

En  apparence,  donc,  c'est  M.  Besson  qui  a  soutenu  tout  le  poids  de  la 
lutte;  il  avait,  du  reste,  toutes  les  qualités  requises  pour  diriger  une  re- 
prise d'hostilités  contre  M.  Sax  :  une  rare  fécondité  de  ressources  et 
d'expédients,  une  activité  que  rien  ne  lasse,  une  ardeur  poussée  jusqu'à 
la  passion. 

Pour  nous,  loin  de  nous  en  plaindre,  nous  nous  féliciterons  de  l'ar- 
deur de  M.  Besson  qui,  en  forçant  M.  Sax  et  ses  adversaires  à  dire  leur 
dernier  mot,  aura,  en  définitive,  servi  les  intérêts  de  la  justice  et  de  la 
vérité  et  préparé  une  décision  qui  ne  pourrait  être  rendue  en  plus  pleine 
et  plus  parfaite  connaissance  de  cause.  Il  nous  est  seulement  permis  de 
regretter  que,  sur  un  point,  sa  fougue  ait  entraîné  M.  Besson  plus  loin 
que  ne  l'exigeait  le  soin  de  sa  défense.  Qu'il  ait  cherché  à  faire  ressortir 
son  honorabilité  industrielle  aux  dépens  de  celle  de  M.  Sax,  c'était  son 
droit  ;  mais  c'est  le  nôtre  de  nous  étonner  qu'il  n'ait  pas  craint  de  violer 
la  vie  privée  de  son  adversaire.  Par  là,  il  s'exposait  aux  cruelles  repré- 
sailles qui  lui  ont  été  infligées  et  dont  il  conservera  un  cuisant  sou- 
venir. 

Nous  ne  serions  néanmoins  disposé  à  en  accueillir  les  résultats  qu'avec 
l'extrême  réserve  que  doit  inspirer  la  preuve  testimoniale  en  matière 
de  brevets  et  de  contrefaçon.  Mais  ce  qui  leur  donne  une  signification 
particulière,  c'est  qu'ils  sont  pleinement  confirmés  par  l'enquête  à  la- 
quelle se  sont  livrés,  pour  remplir  leur  mission,  les  trois  jurys  des  Expo- 
sitions de  l'industrie  qui  ont  eu  lieu  depuis  quinze  ans,  exposition  exclu- 
sivement française  en  1849,  expositions  universelles  en  1851  et  1855. 

Pour  les  fabricants,  la  conséquence  de  ces  concours  industriels,  c'est, 
vous  le  savez,  une  récompense  honorifique  d'un  ordre  souvent  élevé  qui 
les  signale  à  la  confiance  du  public,  à  la  reconnaissance  du  pays.  Aussi, 
chacun  cherche-t-il,  pour  l'emporter  sur  ses  rivaux,  à  y  figurer  avec  le 
plus  d'avantages,  à  y  présenter  ses  inventions  les  plus  nouvelles,  ses  pro- 
cédés les  plus  heureux.  Il  s'agit,  ne  l'oublions  pas,  d'un  concours  où  la 
première  place  est  l'objet  d'ardentes  compétitions.  Eh  bien  !  cette  pre- 
mière place,  M.  Sax  l'a  obtenue  trois  fois  ;  elle  lui  a  été  attribuée  par  des 
juges  dont  vous  connaîtrez  les  noms  et  qui  sont  si  haut  placés  dans  la 
science  ou  dans  l'art  musical,  que  le  moindre  soupçon  de  partialité  ou 
d'influence  subie  ne  saurait  monter  jusqu'à  eux. 

Et,  au  point  de  vue  spécial  où  nous  sommes  placés,  ce  qui  fait  la 
valeur  de  cette  tripe  victoire  de  M.  Sax,  c'est  que  les  circonstances 
dans  lesquelles  il  l'a  remportée  nous  garantissent  qu'elle  a  dû  lui  être 
vivement  disputée  par  ses  concurrents,  qui,  à  la  même  époque,  étaient 
ses  adversaires  en  justice 

Eh  hien!  en  1849,  le  jury,  où  figuraient  MM.  Armand  Séguier,  prési- 
dent, Pouillet,  Mathieu,  Erard  et  un  fabricant  d'instruments  d'acoustique, 
M.  Marloye,  rapporteur,  décernait  à  M.  Sax  une  médaille  d'or,  et  moti- 
vait sa  décision  de  la  manière  suivante:  M.  Sax a  oblenu  au  concours 

un  succès  qui,  seul,  justifierait  la  grande  réputation  dont  il  jouit 

En  1851,  à  Londres,  le  jury  international,  où  siégeait  un  seul  Français, 
M.  H.  Berlioz,  les  autres  membres  étant  anglais  ou  allemands,  attribuait 
à  M.  Sax  l'unique    médaille  d'honneur   pour  récompenser  l'excellence  et 

l'utilité  de   ses  inventions sa   création  de  la  classe  entière  des  saxo- 

irombas  qui  a  produit  les  résultats  les  plus  satisfaisants  et  une  révolution 
complète  dans  la  musique  militaire  (1). 

La  portée  de  cette  déclaration,  en  ce  qui  concerne  le  saxotromba,  ne 
peut  vous  échapper;  elle  est  faite  au  moment  où  les  discussions  sont  les 
plus  vives  au  sujet  de  cet  instrument,  au  moment  où  les  adversaires  de 
M.  Sax  signalent  la  forme  du  saxotromba  comme  empruntée  à  l'Allema- 

(1)  Voij.  Exhibition  1851,  Reports  by  tlie  juries,  p.  332,  London,  1853  :  a  His 
création  of  the  entire  class  of  sax-lrumpets  lias  produeed  the  most  satisfac- 
tory  rcsults,  in  the  total  révolution  of  military  music.  » 


gne.  Or,  de  qui  émane  cette  déclaration  ?  d'un  jury  où  figurent  trois 
Allemands  :  M.  Thalberg  pour  l'Autriche,  Mil.  Neukomn  et  Schafhault 
pour  le  Zollverein.  Leur  amour-propre  national  est  intéressé  à  donner 
raison  aux  assertions  des  adversaires  de  M.  Sax  ;  ils  n'en  font  rien,  ils 
classent  M.  Sax  au-dessus  de  leurs  concitoyens,  les  facteurs  renommés 
de  Prague  et  de  Berlin,  et  la  création  de  la  classe  des  saxotrombas  est 
en  première  ligne  parmi  les  motifs  de  leur  impartiale  décision. 

Dira  t-on  que  la  religion  du  jury  de  Londres  a  été  surprise;  que,  loin 
de  leurs  ateliers,  les  concurrents  de  M.  Sax  ont  manqné  des  moyens  de 
faire  valoir  leurs  droits  ?  Eh  bien  !  en  1855,  une  occasion  se  présente  de 
faire  réviser  la  décision  de  1851.  C'est  à  Paris  que  l'exposition  a  lieu  ; 
cette  fois,  le  jury  est  en  majorité  composé  de  membres  français.  L'in- 
tervalle de  1851  ;\  1855,  les  adversaires  de  M.  Sax  l'ont  mis  à  profit 
pour  remuer  l'Allemagne  et  l'Italie  et  y  chercher  des  antériorités  ;  le 
procès  qu'ils  soutenaient  à  la  même  époque  et  qui  venait  de  se  terminer 
par  l'arrêt  de  Rouen,  témoigne  de  la  persévérance  et  de  l'àpreté  de  leurs 
efforts;  ils  doivent  être  armés  de  toutes  pièces;  l'épreuve  est  décisive, 
quel  en  sera  ie  résultat  ? 

Voyons  quelle  est  la  composition  du  jury.  Elle  est  de  nature  à  inspirer 
confiance  aux  plus  ombrageux.  Les  trois  conservatoires  de  musique  les 
plus  importants  de  l'Europe,  après  celui  de  Paris,  y  sont  représentés 
par  leurs  présidents  :  M.  Hellmesberger  pour  Vienne,  sir  Clerk  pour 
Londres,  M.  Fétis  pour  Bruxelles.  Ajoutons,  pour  la  France,  Mil.  Berlioz 
et  Halévy,  qu'il  suffit  de  nommer,  et  deux  honorables  fabricants , 
MM.  Coller  et  Marloye,  et  nous  aurons  une  réunion  d'hommes  dont  il 
est  difficile  de  nier  la  compétence  et  l'autorité. 

Le  rapport  qui  résume  les  travaux  de  la  commission  est  une  œuvre 
savante  due  à  M.  Fétis,  dont  la  vie  a  été  consacrée  à  des  recherches 
érudites  sur  l'art  mus  cal.  La  part  faite  dans  ce  travail  à  il.  Sax,  en  tant 
qu'inventeur,  est  bien  glorieuse  pour  lui;  mais  nous  résisterons  à  la 
tentation  de  citer  autre  chose  que  ce  qui  concerne  l'objet  du  débat, 
le  saxotromba.  La  valeur  absolue  et  la  valeur  relative  de  l'instrument, 
le  mérite  de  son  timbre  et  de  sa  forme  y  sont  définis  dans  des  termes 
qui  semblent  une  réponse  anticipée  aux  questions  que  le  tribunal  posera 
à  M.  l'expert  Surville 

Puis  M.  Fétis  indique  le  résultat  de  la  comparaison  du  saxotromba 
avec  les  instruments  analogues  exposés  par  les  autres  facteurs. 

Aussi  MM.  Besson  et  Gautrot  n'obtenaiont-ils  que  des  médailles,  l'une 
de  première,  l'autre  de  deuxième  classe,  tandis  que  la  grande  médaille 
d'honneur  était  décernée  à  M.  Sax,  pour  l'ensemble  de  ses  inventions  et  per- 
fectionnements dans  les  diverses  catégorits  d'instruments  à  vent  (1).* 

On  vous  dirait  que  les  concurrents  de  M.  Sax  se  sont  laissé  vaincre 
sans  opposer  une  énergique  résistance,  vous  qui  les  avez  vus  à  l'œuvre, 
vous  ne  le  croiriez  pas.  M.  Besson,  entre  autres,  a  été  devant  le  jury 
aussi  violent,  aussi  passionné  que  durant  l'enquête  ou  devant  AI.  l'expert 
Surville.  Sans  entrer  dans  aucun  détail,  nous  nous  bornerons  à  signaler 
en  passant  les  factums  contre  M.  Sax  qu'il  adressait  aux  jurés  ;  vous  les 
connaîtrez,  car,  si  nous  ne  nous  trompons,  ils  vous  sont  déférés  par 
M.  Sax,  pour  ne  s'être  pas  renfermés  au  sujet  de  ses  inventions,  et  sur- 
tout de  sa  personne,  dans  les  limites  de  la  critique  permise. 

Nous  nous  résumons  sur  tout  ce  qui  est  relatif  aux  enquêtes  et  contre- 
enquête  : 

D'un  côté,  de  prétendues  antériorités,  telles  parleur  provenance,  telles 
par  les  circonstances  qui  s'y  rattachent,  qu'elles  doivent  inspirer  au 
tribunal  une  extrême  méfiance  ;  —  d'un  autre  côté,  une  triple  série  de 
témoignages  dont  la  concordance  est  une  réponse  péremptoire  aux  an- 
tériorités produites  par  M.  Besson,  ces  antériorités  ne  vinssent-elles  pas 
d'une  source  aussi  suspecte  que  la  fabrique  du  sieur  Kretzschmann,  de 
Strasbourg. 

Les  adversaires  de  M.  Sax  prévoyaient- ils  que  les  résultats  de  l'enquête 
demandée  par  eux  leur  serait  à  ce  point  défavorables  ?  On  serait  tenté 
de  le  croire,  quand  on  se  rappelle  leur  insistance  à  réclamer  en  môme 
temps  une  expertise.  Craignant  d'être  battus  sur  le  terrain  de  la  forme 
extérieure,  ils  voulaient  sans  doute  se  ménager  le  moyen  de  recommen- 
cer la  lutte  sur  le  terrain  du  timbre  et  de  la  voix.  Examinons  s'ils  ont 
été  plus  heureux  dans  l'expertise  que  dans  l'enquête. 

La  désignation  d'un  expert  n'était  pas  chose  facile.  Choisir  un  musi- 
cien, on  ne  pouvait  guère  y  songer.  Depuis  quinze  ans,  quel  est  le 
musicien  qui  n'ait  eu  l'occasion  d'exprimer  son  opinion  sur  M.  Sax  ?  Et, 
il  faut  le  dire,  les  compositeurs  les  plus  éminents,  ceux  qui  semblaient 
s'offrir  le  plus  naturellement  au  choix  de  la  justice,  étaient  ceux  qui 
étaient  le  plus  notoirement  favorables  à  M.  Sax.  C'est  pourquoi  le  tri- 
bunal fut  amené  à  investir  de  sa  confiance  un  homme  étrangerjpar  sa 
situation  à  toutes  les  querelles  qui,  au  sujet  de  M.  Sax,  ont  ému  le  monde 
musical,  M.  l'ingénieur  Surville.  Mais  M.  Surville,  mathématicien  de  mé- 
rite» familier  avec  tous  les  problèmes  de  l'acoustique,  pouvait  ne  pas 
être  en  état  d'essayer  lui-même  les  instruments  qu'il  était  appelé  à 
juger  :  aussi,  fut-il  autorisé  à  se  faire  assister  par  tel  artiste  qu'il 
voudrait 

(1)  Voy.  Exposition  universelle  de  1855,  Rapports  du  jury  international,  p.  1335 
et  1335,  imp.  impériale,   1856. 


132 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Le  surplus  des  prévenus  restés  en  cause  se  divise  naturellement  en 
deux  séries  :  les  uns  se  trouvent  pour  la  première  fois  sous  le  coup  des 
poursuites  de  M.  Sax  ;  les  autres  sont  pour  lui  des  adversaires  d'ancienne 
date,  engagés  dans  les  procès  antérieurs,  notamment  clans  celui  qui  a  été 
terminé  par  l'arrêt  de  la  Cour  de  P.ouen  de  1854. 

Ces  derniers  sont  au  nombre  de  trois,  MM.  Raoux,  Halary  père  et 
Buffet  jeune,  tous  trois  ayant  été  membres  de  la  réunion  des  facteurs 
qui  a  succombé  à  Rouen,  le  premier,  président ,  le  second,  trésorier  de 
cette  réunion. 

En  l'état,  peu  importe,  du  reste,  la  solution  doctrinale  ;  si  ce  n'est 
pas  l'application  de  la  chose  jugée,  ce  sera  par  une  décision  motivée  à 
nouveau,  que  MM.  Raoux,  Halary  père  et  Buffet  jeune  seront  déclarés 
contrefacteurs  et  condamnés  comme  tels. 

Comment  se  défend  M.  Raoux?  Il  confesse  que,  jusqu'à  l'arrêt  de 
Rouen,  il  a  fabriqué,  en  pensant  user  de  son  droit,  des  instruments  qu'il 
ne  croyait  pas  être  la  contrefaçon  du  saxotromba  ;  mais  il  proclame 
qu'il  s'est  incliné  devant  la  décision  de  la  justice;  que,  depuis  185Zi 
jusqu'à  l'époque  où  il  a  quitté  les  affaires,  en  janvier  1857,  il  n'a  fa- 
briqué aucun  instrument  qui  puisse  être  argué  de  contrefaçon,  et  il  en 
donne  pour  garants  sa  probité  héréditaire  et  l'honorabilité  deux  fois 
séculaire  de  sa  maison  de  commerce.  Eh  bien  !  nous  le  regrettons  pour 
cette  vieille  maison  de  la  rue  Serpente,  où,  de  père  en  fils,  les  Raoux 
ont  été  facteurs  de  nos  anciens  rois  de  France  ;  mais  M.  Raoux  y  a  in- 
troduit des  habitudes  de  contrefaçon  qui  n'en  sont  sorties  qu'avec 
M.  Raoux,  quand  il  a  cédé  sa  fabrique  à  M.  Labbaye.  Contrefacteur  avant 
1834  et  de  son  propre  aveu,  contrefacteur  d'autant  plus  dangereux  pour 
M.  Sax,  qu'aux  yeux  du  public  et  de  la  justice,  sa  bonne  réputation 
semblait  mieux  établie  ;  contrefacteur  sur  une  grande  échelle,  ainsi  qu'il 
résulte  de  ses  prospectus  depuis  plus  de  dix  ans,  M.  Raoux  a  continué 
d'être  contrefacteur  après  185û,  jusqu'au  jour  même  où   il  s'est  retiré 

des  affaires 

M.  Halary  père,  frappé  de  saisie  le  29  décembre  1834,  n'a  pas  repré- 
senté, au  récolement  opéré  le  13  décembre  1857,  les  instruments  et  les 
livres  dont  il  avait  été  constitué  le  gardien  judiciaire  ;  il  a  avoué  avoir 
fondu  les  uns  et  perdu  les  autres.  Ce  qu'il  y  a  de  grave  dans  cette  con- 
duite pour  l'appréciation  des  faits  imputés  à  M.  Halary  et  les  consé- 
quences à  en  tirer,  nous  n'avons  pas  besoin  de  l'indiquer. 
La  même  observation  s'applique  à  M.  Buffet  jeune. 
Dans  la  deuxième  série  des  prévenus  de  contrefaçon  qui  vous  sont  dé- 
férés par  M.  Sax,  nous  rencontrons  d'abord  M.  Besson. 

Contrefacteur ?  M.  Besson  l'est  au  premier  chef;  il  l'est  de  son  propre 
aveu,  du  moment  que  sont  repoussées  les  antériorités  qu'il  a  produites, 
les  exceptions  qu'il  a  tirées  de  la  non-brevetabilité  du  système  et  de  la 
non-nouveauté  de  l'invention.  Contrefacteur  depuis  de  longues  années  ? 
Il  l'est  depuis  aussi  longtemps  q»e  les  facteurs  condamnés  à  Rouen, 
MM.  Raoux,  Halary  et  autres  ;  il  faisait  partie  occulte  de  la  réunion  dont 
ces  derniers  étaient  les  meneurs  avoués  ;  sa  signature  est  au  pied  de  l'acte 
de  coalition  primitive,  et  dans  toutes  les  instances  civiles  ou  correction- 
nelles, on  le  voit  engagé  de  son  argent,  de  ses  instruments,  de  ses  docu- 
ments, de  ses  témoins,  de  son  activité  passionnée. 

Contrefacteur  sur  une  vaste  échelle?  Nous  en  avons  la  preuve  maté- 
rielle dans  les  cinq  procès-verbaux  de  saisie  en  date  des  29  décembre 
185i,  5  mars,  11  et  24  décembre  1857,  22  avril  1838,  lesquels  ont  cons- 
taté la  présence  dans  les  magasins  et  ateliers  de  M.  Besson,  non-seule- 
ment d'un  grand  nombre  d'instruments  ou  de  partie  d'instruments  con- 
trefaits, mais  encore  d'un  outillage  considérable  propre  à  la  fabrication 
de  ces  instruments  ;  nous  en  avons  encore  la  preuve  matérielle  dans  les 
livres  de  M.  Besson,  où  sont  mentionnées  des  inscriptions  réitérées  de 
fournitures  d'instruments  du  système  de  M.  Sax,  faites  à  presque  tous 
les  régiments  de  l'armée.  Contrefacteur  ayant  réalisé,  au  préjudice  de 
M.  Sax,  des  bénéfices  importants?  Nous  en  avons  la  preuve  morale  dans 
l'énergie  même  de  la  résistance  opposée  par  il.  Besson  aux  poursuites 
de  M.  Sax.  M.  Besson  n'est  ni  un  artiste,  ni  un  inventeur:  c'est  un  fabri- 
cant, c'est  un  marchand.  Donc,  quel  autre  mobile  qu'un  puissant  intérêt 
matériel  exciterait,  entretiendrait  en  lui  cette  ardeur  fébrile  qui  ne  sait 
même  pas  se  contenir  en  présence  de  la  justice? 

Contrefacteur  plein  de  jactance,  hardi  jusqu'à  détourner  les  objets 
saisis,  confiés  à  lui  en  qualité  de  gardien  judiciaire,  jusqu'à  braver  les 
plaintes  en  diffamation?  Vous  parcourrez  les  publications,  factums,  cir- 
culaires, rédigés  par  M.  Besson  pour  sa  plus  grande  gloire  et  pour  la  plus 
grande  ruine  du  crédit  et  de  la  réputation  de  M.  Sax  ;  vous  le  verrez,  ce 
membre  de  toutes  les  académies  et  sociétés  savantes  de  la  France  et  de  l'étran- 
ger, que  ses  antécédents  judiciaires  devraient  rendre  plus  réservé,  vous 
le  verrez,  gravant  en  tête  de  ses  factures,  offrant  au  public  dans  ses  prix 
courants,  tous  les  instruments  de  M.  Sax,  tantôt  sous  leurs  véritables 
noms,  tantôt  sous  les  noms  dont  les  avait  baptisés  la  décision  de  1848  ; 
vous  étudierez  tout  le  détail  des  pratiques  et  manœuvres  de  M.  Besson  à 
l'égard  de  M.  Sax,  et  nous  prononcerez,  non  pas  seulement  au  nom  de  la 

loi,  mais  au  nom  de  la  morale 

Ici,  M.  l'avocat  impérial  conclut  également  à  la  condamnation  de 
MM.  Tournieret  Goumas,  Oscar,  Beaubceuf,  etc. 


Mais  cette  condamnation  doit  atteindre  M.  Victor  Jacob,  dont  la  maison 

de  commission  était  le  débouché  habituel  des  contrefacteurs 

Qu'à  raison  des  faits  que  nous  venons  de  passer  en  revue,  à  raison  du 
préjudice  matériel,  du  préjudice  moral  qui  en  est  résulté,  une  large  ré- 
paration soit  due  à  M.  Sax,  vous  l'admettrez  sans  doute. 

Nous  espérons  même  que  vous  admettrez  que  cette  réparation  doive 
être  exceptionnelle,  comme  la  situation  que  la  contrefaçon  a  faite  à 
M.  Sax.  Oui,  situation  exceptionnelle,  nous  le  disons  avec  une  auto- 
rité de  l'ordre  le  plus  élevé;  nous  le  disons  avec  le  législateur  qui  s'est 
ému  de  cette  situation,  et  s'est  occupé  des  moyens  d'empêcher,  par  une 
espèce  de  purge  légale  du  brevet,  qu'elle  pût  désormais  être  faite  aux 
inventeurs.  Le  projet  de  loi  sur  les  brevets  d'invention,  qui,  cette 
année  même,  sera  soumis  au  Corps  législatif,  est  précédé  d'un  exposé  de 
motifs  dont  quelques  lignes  sont  appliquées  à  M.  Sax  nommément,  par 
l'honorable  rapporteur,  M.  le  comte  Dubois,  conseiller  d'Etat  : 

L'usage  de  la  faculté  accordée  à  tous  de  contester  la  nouveauté  et  la  réalité 
de  l'invention  a  donné  lieu  à  de  graves  abus  et  amené  plus  d'une  fois  des 
conséquences  désastreuses  pour  le  breveté.  Les  contrefacteurs  ne  manquent  pas 
d'invoquer  ce  moyen  contre  ses  poursuites;  et  l'on  a  vu  tel  inventeur  épuiser 
ses  ressources,  et  passer  de  longues  années  dans  une  lutte  sans  cesse  renouvelée 
par  dus  contrefacteurs,  agissant  tantôt  sous  leur  nom  et  tantôt  sous  des  noms 
supposés  (1). 

Dans  ces  graves  abus,  dans  ces  conséquences  désastreuses,  énergiquement 
signalés  par  le  législateur,  se  trouve  le  principe  de  la  réparation  maté- 
rielle qui  nous  semble  due  à  M.  Sax.  Quelle  doit  être  l'importance,  quelle 
doit  être  la  forme  de  cette  réparation  ?  Cette  forme  ne  doit-elle  pas 
être  différente  suivant  la  situation  des  prévenus?  N'est-il  pas  à  craindre, 
par  exemple,  que  des  dommages-intérêts  par  état,  prononcés  contre 
les  contrefacteurs  retirés  des  affaires  et  dont  les  livres  ont  disparu  en 
partie,  comme  MM.  Halary  père  et  Raoux,  ne  donnent  à  M.  Sax  qu'une 
satisfaction  incomplète?  Sur  tous  ces  points,  nous  ne  pouvons  que  nous 
en  rapporter  au  tribunal  ;  mais  ce  qu'il  nous  appartient  de  dire,  c'est 
que  l'importance  de  la  réparation  est  déterminée  par  la  nature  même 
et  les  circonstances  de  la  contrefaçon  dont  M.  Sax  a  été  victime  :  con- 
trefaçon acharnée,  dont  la  durée  aura  été  égale  à  celle  du  brevet  même, 
ne  s'arrêtant  pas  devant  les  décisions  souveraines  de  la  justice,  trou- 
vant, durant  quinze  ans,  dans  d'interminables  procédures  le  moyen  de 
se  perpétuer  impunément  et  de  se  ménager  des  délais  propices  à  ses 
pratiques  déloyales  ;  contrefaçon  multiple,  ingénieuse  à  se  déguiser  et 
à  varier  ses  formes  à  l'infini  ;  contrefaçon  organisée  par  l'esprit  mer- 
cantile ou  la  concurrence  routinière  et  envieuse  pour  épuiser  les  res- 
sources pécuniaires,  les  forces  physiques  de  M.  Sax,  pour  remplir  son 
esprit  d'angoisses,  pour  l'amener  à  la  faillite,  pour  le  réduire,  s'il  était 
possible,  à  une  ruine  complète. 

A  cette  réparation  matérielle  s'ajoutera  une  réparation  morale  qui, 
venant  de  votre  justice,  aura  pour  M.  Sax  un  prix  inestimable. 

On  vous  a  dit  que  M .  Sax  n'est  qu'un  industriel  habile,  habile  à  s'ap- 
proprier les  inventions  d'autrui,  à  faire  accepter  comme  des  créations 
merveilleuses  les  procédés  les  plus  simples  et  les  plus  connus,  habile 
surtout  à  faire  des  dupes  ou  à  se  créer  des  complices.  Votre  décision 
répondra  que  M.  Sax  est  un  véritable  inventeur;  que,  grâce  à  lui,  la 
France,  son  pays  d'adoption,  a  figuré  au  premier  rang,  pour  la  facture 
des  instruments  de  musique,  dans  les  grandes  luttes  industrielles  de 
1851  et  de  1855;  votre  décision  répondra  que  c'est  très-gratuitement 
faire  monter  bien  haut  d'injurieux  soupçons  que  d'insinuer  que  M.  Sax 
a  pu  rencontrer  des  dupes  ou  des  complices  dans  les  compositeurs  illus- 
tres et  les  artistes  éminents  qui  Pont  patronné,  dans  les  gouvernements 
divers  qui  lui  ont  accordé  leur  confiance,  dans  les  jurys  qui  lui  ont  dé- 
cerné les  plus  hautes  récompenses,  enfin,  dans  la  justice  qui,  à  plusieurs 
reprises,  a  solennellement,  souverainement  reconnu  les  droits  d'inven- 
teur de  M.  Sax. 


Jugement  rendu  à  la  suite  des  audiences  des  30  juillet  et  13  août  1S58, 
6  août,  15,  22  et  29  décembre  1859,  5,  12,  19,  26  janvier,  2,  9,  16  et 
23  février  1800. 

22  mars  1S0O.  —  6e  Chambre. 

Lb  Tribunal  donne  défaut  contre  Rœhn  et  Beaubceuf. 

En  ce  qui  touche  Drouelle,  disjoint  et  remet  à  quatre  semaines. 

Attendu  que  Sax  a  pris  un  brevet  le  13  octobre  1845,  ayant  pour  ob- 
jet : 

1°  Un  nouvel  instrument  de  musique,  appelé  saxotromba; 
2°  La  famille  de  cet  instrument  ; 


(1)  Yoy.  Exposé  des  motifs   du   projet  |de  loi  sur  les  brevets  d'invention,  1859, 
pages  17  et  18. 


DE  PARIS. 


133 


3°  La  forme  nouvelle  qu'il  lui  a  donnée  ; 

4°  L'application  de  cette  forme  aux  saxhorns,  trompettes,  cornets  et 
trombones; 

Attendu  qu'en  vertu  de  ce  brevet,  Sax  a  fait  pratiquer  diverses  saisies 
sur  Gautrot,  Besson,  Roux,  Halary  père,  Halary  fils,  Buffet  jeune,  Buffet- 
Crampon,  Tournier,  Goumas,  Beaubœuf,  Jacob,  Isbert,  Martin  frères, 
Rœhn  et  Battut,  qu'il  poursuit  comme  contrefacteurs; 

En  ce  qui  concerne  Gautrot  et  Halary  fils,  attendu  qu'il  y  a  désiste- 
ment ; 

Donne  acte  de  ce  désistement. 

En  ce  qui  concerne  Buffet-Crampon  :  attendu  qu'il  est  établi  qu'il  a 
cédé  son  fonds  dès  1 850  à  Louis  Buffet,  qui  l'a  cédé  à  Tournier,  lequel 
s'est  associé  Goumas  ;  que  cette  maison  a  pris  la  signature  Buffet-Crain- 
pon,  comme  il  est  souvent  d'usage  dans  le  commerce,  et  qu'il  n'y  a  rien 
à  inférer  contre  Buffet -Crampon  de  ce  que  ce  nom  se  trouve  sur  diverses 
pièces  des  instruments  établissant  la  contrefaçon  à  une  époque  postérieure 
à  la  cessation.de  commerce; 

Attendu  que  le  procès-verbal  constatant  la  saisie  d'un  saxotromba  por- 
tant l'estampille  de  Buffet-Crampon  ;  n'en  constate  pas  la  date  qu'ainsi 
il  n'y  a  pas  lieu  de  la  lui  attribuer,  que  si  cet  instrument  était  de  la  fa- 
brication de  Buffet-Crampon,  elle  serait  antérieur  à  1850,  et  que  le  délit 
serait  couvert  par  la  prescription. 

En  ce  qui  concerne  Jean-Baptiste  Martin  et  Fé!ix  Martin  :  attendu  que 
s'il  est  établi  par  la  saisie  du  30  avril  4  855,  que  les  frères  Martin  ont 
fabriqué  un  baryton  à  trois  cylindres  parallèles  au  corps  de  l'instrument, 
il  n'est  pas  établi  que  cet  instrument  ne  soit  pas  celui  qu'ils  déclarent 
avoir  vendu,  en  1 852,  à  un  un  sieur  Lefèvre  ;  qu'ainsi  il  y  aurait  pres- 
cription de  ce  délit  ; 

Que  s'il  résulte  du  relevé  de  leurs  livres  qu'ils  ont  eu  chez  eux  des 
saxhorns  et  autres  instruments  du  nouveau  modèle  inventé  par  Sax,  ils 
déclarent  que  ces  instruments  proviennent  d'un  sieur  Labbaye  faisant 
partie  de  l'association  des  facteurs  de  Montmartre  ayant  une  licence  de 
Sax;  que  cette  déclaration  est  confirmée  par  l'attestation  de  Labbaye  et 
par  la  mention  même  qui  se  trouve  sur  leur  registre; 

Renvoie  sans  dépens  lesdits  Isbert,  Rœhn,  Battut,  Buffet-Crampon,  Jean 
Baptiste  Martin  et  Félix  Martin,  et  ordonne  la  main-levée  des  saisies 
pratiquées  sur  eux  ;  —  et  statuant  sur  la  demande  reconventionnelle  de 
Battut  et  de  Buffet-Crampon  ; 

Attendu  qu'il  n'est  pas  établi  qu'ils  aient  éprouvé  un  préjudice,  et 
que,  d'ailleurs  Sax  avait  de  justes  motifs  d'introduire  sa  demande, 

Les  déclare  mal  fondés  en  leurs  demandes  et  les  en  déboute. 

En  ce  qui  concerne  les  autres  prévenus  : 

Attendu  qu'ils  soutiennent  que  le  brevet  du  13  octobre  1845  est  nul 
par  défaut  de  description  ;  que  le  saxotromba  n'est  point  un  instrument 
nouveau  et  que  la  forme  n'en  est  pas  nouvelle;  que  Sax  avait  divulgué 
son  invention  avant  d'avoir  obtenu  son  brevet;  et  que,  dans  tous  les  cas, 
ils  n'ont  contrefait  ni  le  timbre  ni  la  forme  du  saxotromba; 

A  l'égard  de  Raoux,  Halary  père  et  Buffet  jeune: 

Attendu  qu'ils  ont  été  parties  dans  une  instance  civile,  ayant  pour 
objet  la  nullité  et  la  déchéance  du  brevet  du  13  octobre  1845,  pour  dé- 
faut de  description  et  non -nouveauté  de  l'invention  ; 

Que  cette  question  a  été  définitivement  jugée  entre  eux  et  Sax  par 
arrêt  de  la  Cour  de  Rouen,  du  28  juin  1854  ; 

Que  s'il  est  vrai  que  les  jugements  rendus  en  pareille  matière  par  les 
tribunaux  correctionnels  n'ont  d'effet  qu'à  raison  du  délit  à  l'occasion 
duquel  ils  ont  été  rendus,  il  n'en  est  pas  de  même  lorsque  les  moyens 
de  nullité  et  de  déchéance  ont  été  rejetés  dans  une  demande  principale 
par  les  tribunaux  civils  ; 

Qu'en  effet,  dans  le  premier  cas  il  s'agit  de  tribunaux  correctionnels, 
saisis  d'un  fait  correctionnel,  qui  n'ont  à  examiner  la  question  de  droit 
civil  qu'au  point  de  vue  du  fait  incriminé  ;  qu'on  conçoit,  en  consé- 
quence, que  leurs  décisions  ne  s'étendent  pas  au  delà  de  ce  fait,  et  que 
le  droit  exceptionnel  de  décider  soit  borné  au  cas  particulier  qui  l'a  fait 
naître  ; 

Que,  dans  le  second  cas,  au  contraire,  les  décisions  des  tribunaux  ci- 
vils sont  prises  dans  la  plénitude  de  leur  juridiction  ;  qu'elles  sont  rendues 
d'une  manière  générale  et  absolue,  selon  les  règles  ordinaires  du  droit, 
et  doivent  être,  par  conséquent,  applicables  à  tous  les  cas  où  la  même 
question  se  présente  entre  les  mêmes  parties  ;  qu'ainsi  il  y  a  sous  ce 
rapport  chose  jugée  entre  Sax,  Ravoux,  Halary  père  et  Buffet. 

A  l'égard  des  autres  prévenus  : 

En  ce  qui  touche  la  nullité  du  brevet  pour  défaut  de  description, 

Quant  à  la  voix  du  saxotromba: 

Attendu  que,  dans  le  mémoire  joint  à  l'appui  de  sa  demande,  Sax  a 
déclaré  qu'il  prenait  un  brevet  pour  un  instrument  de  musique  nou- 
veau ; 

Qu'il  a  joint  à  ce  mémoire  des  dessins  avec  des  numéros  ;  que  le  nu- 
méros 1  et  3  des  figures  représentées  dans  les  dessins  ont  des  efftes  de 
proportion  ; 


Que  la  légende  qui  se  trouve  à  la  suite  du  mémoire  indique  que  les 
figures  représentées  sous  les  numéros  1  et  3  sont  des  saxotrombas,  l'un 
en  mi  bémol,  l'autre  en  si  bémol  ! 

Que  les  proportions  des  différents  tubes  des  instruments  en  cuivre 
constituent  leur  voix,  et  qu'en  donnant  les  proportions  de  l'un  de  ces 
instruments,  les  proportions  de  tous  les  membres  de  cette  même  famille 
d'instruments  sont  par  cela  même  indiquées; 

Que  le  mémoire  et  les  dessins  se  complètent  l'un  par  l'autre  ;  qu'en 
les  déposant  simultanément, Sax  a  satisfait  d'une  manière  suffisante  à  l'o- 
bligation de  description  qui  lui  était  imposée  ; 

Qu'en  vain  on  prétend  trouver  une  insuffisance  de  description  en  ce 
que  la  longueur  des  tubes  n'est  pas  indiquée  et  que  les  chiffres  des  cotes 
ne  sont  pas  posés  aussi  exactement  qu'ils  auraient  pu  l'être,  soit  sur 
l'original  déposé  au  ministère,  soit  sur  les  copies  délivrées  qui  sont  légè- 
rement difformées  ; 

Attendu  que  ces  erreurs  ou  différences  ne  sont  pas  de  nature  à  faire 
annuler  le  brevet  ;  que  Sax  a  fait  une  description  loyale  et  conscien- 
cieuse du  nouvel  instrument  qu'il  voulait  faire  breveter  et  que  tout 
homme,  suffisamment  habile  dans  la  fabrication  des  instruments  en 
cuivre,  était  mis  par  cette  description  en  mesure  de  pouvoir  le  fabri- 
quer. 

Quant  à  la  forme  : 

Attendu  que  Sax  a  déclaré  dans  son  mémoire  qu'il  voulait  faire  breveter 
la  forme  et  les  dispositions  nouvelles  qu'il  donnait  au  saxotromba  ; 

Qu'il  a  décrit  tous  les  avantages  de  la  forme  nouvelle  qu'il  avait  adop- 
tée ;  qu'il  a  dit  que  cet  instrument  se  portait  à  gauche,  légèrement 
appuyé  sur  la  hanche  et  retenu  par  le  bras  gauche;  qu'il  avait  le  pavillon 
en  l'air;  et  que  l'on  trouve  dans  les  figures  1  et  3  de  ses  dessins  la 
forme  de  cet  instrument  dont  les  pavillons  sont  parallèles  ; 

Que  dans  son  mémoire,  Sax  indique,  en  outre,  qu'il  a  appliqué  la 
forme  du  saxotromba  aux  saxhorns,  trompettes,  cors  et  trombones,  et 
que  sous  les  numéros  5,  5  bis,  G,  7,  8,9,  10,11,  12,  14,16  et  17,  il  donne 
les  figures  de  ces  instruments  ramenés  au  système  du  saxotromba  ; 
qu'enfin,  il  ajoute  qu'il  entend  faire  breveter  cette  forme  non-seulement 
pour  les  instruments  qu'il  a  représentés  dans  ses  dessins,  mais  aussi  pour 
tous  les  membres  de  ces  mêmes  familles  d'instruments  ; 

Qu'à  cet  égard  donc  Sax  a  satisfait  complètement  aux  conditions  qui 
lui  étaient  imposées  par  la  loi . 

En  ce  qui  touche  la  non-nouveauté  de  l'instrument, 

Quant  à  la  voix  : 

Attendu  qu'il  est  constant  qu'avant  l'obtention  du  brevet  de  Sax,  en 
1845,  il  existait  une  lacune  dans  l'échelle  musicale  des  instruments  en 
cuivre  ;  qu'il  manquait  un  ton  intermédiaire  entre  le  trombone  et  l'ophi- 
cléide  ; 

Que  cette  lacune  a  été  constatée  par  les  hommes  éminents  qui  se 
sont  occupés  à  cette  époque  de  la  réorganisation  des  musiques  militaires 
en  France,  et  par  les  efforts  faits  par  les  musiciens  pour  rendre  les  ins- 
truments connus  propres  à  jouer  les  parties  intermédiaires  des  compo- 
sitions musicales,  ou  à  produire  des  instruments  nouveaux  qui,  tels  que 
le  clavicor  ou  le  néocor,  n'ont  jamais  été  généralement  adoptés  et  aux- 
quels a  succédé  l'ophicléide-alto  ; 

Attendu  que  le  saxotromba  a  réalisé  le  but  qu'on  se  proposait  alors 
et  qu'il  se  place  dans  l'échelle  musicale  entre  le  trombone  et  l'ophi- 
cléide  ; 

Que  les  qualités  propres  de  cet  instrument  ont  été  constatées  par  les 
membres  de  la  commission  chargée  de  la  réorganisation  des  musiques 
militaires;  par  les  membres  des  jurys  des  diverses  expositions  qui  ont 
eu  lieu  en  France  et  à  l'étranger,  lesquels  ont  décerné  à  Sax  les  ré- 
compenses les  plus  élevées;  par  le  succès  qu'il  a  obtenu  de  l'adoption 
presque  générale  qui  en  a  été  faite  ; 

Que  les  qualités  ne  constituent  pas  seulement  un  perfectionnement 
des  instruments  existants  ;  que  les  experts  qui  ont  eu  à  se  prononcer  à 
cet  égard  en  1 847  ont  déclaré  qu'elles  constituaient  une  voix  nouvelle  ; 

Que  l'expert  Surville,  commis  par  le  tribunal,  constate  dans  son  rap- 
port que  le  timbre  du  saxotromba  n'a  rien  de  commun  avec  ceux  du 
cornet,  de  la  trompette,  du  cor  et  du  trombone,  qui  ont  des  voix 
particulières  résultant  de  leurs  proportions  spéciales;  et  que  de  même 
ce  timbre  est  parfaitement  distinct  de  ceux  des  saxhorns  et  des  bugles  ; 

Que  le  timbre  du  saxotromba  en  mi  bémol  se  rapproche  du  trom- 
bone, et  que  le  timbre  du  saxotromba  en  si  bémol  se  rapproche  de  ce- 
lui des  saxhorns;  mais  qu'il  ne  pouvait  en  être  autrement,  dit  l'expert, 
puisque  les  saxotrombas  doivent  occuper  une  place  intermédiaire  entre 
ces  deux  instruments; 

Que  le  saxotromba  a  un  timbre  différent  du  trombone  alto,  du  cla- 
vicor, du  néocor,  de  l'ophicléide,  du  saxhorn  et  de  l'alto,  dont  il  se 
distingue  par  la  sonorité,  l'égalité  et  la  rondeur  de  son  timbre,  ce  qui 
lui  constitue  une  voix  nouvelle; 

Que  la  voix  du  saxotromba  ne  lui  est  commune  qu'avec  les  instru- 
ments désignés  aujourd'hui  sous  les  noms  d'altos   et  de  barytons,  que 


134 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'on  emploie  concurremment  avec  les  saxotrombas,  pour  les  parties  in- 
termédiaires des  orchestres  militaires; 

Mais  attendu  que  la  création  des  altos  et  barytons  est  postérieure  au 
brevet  obtenu  par  Sax  en  1845,  et  qu'ils  sont  la  contrefaçon  du  saxo- 
tromba,  dont  ils  ont,  sinon  les  dimensions,  du  moins  les  proportions 
constitutives  de  la  voix. 

Quant  à  la  forme  : 

Attendu  qu'il  est  constant  qu'antérieurement  au  brevet  de  Sax,  il  y 
avait  une  très-grande  variété  dans  la  forme  des  instruments  en  cuivre  ; 
qu'ils  se  portaient  en  avant,  les  uns  à  droite,  les  autres  à  bout  de  bras; 
qu'ils  se  tenaient  des  deux  mains  et  avaient  leurs  pistons  transversaux; 
qu'ils  étaient  d'une  exécution  difficile  et  quelquefois  même  dangereux; 

Que  Sax  a  donné  au  saxotromba  une  forme,  des  dispositions  particu- 
lières qui  permettent  de  le  porter  à  gauche  ;  qu'il  pose  légèrement  sur 
la  hanche,  qu'il  est  retenu  par  le  bras  et  laisse  la  main  droite  libre, 
que  le  pavillon  de  cet  instrument  est  en  l'air,  et  que  les  pistons  sont 
parallèles  au  corps  de  l'instrument; 

Que  Sax  a  rendu  ainsi  l'exécution  de  cet  instrument  plus  facile  et  a 
obvié  aux  inconvénients  qui  résultaient  des  anciennes  formes; 

Qu'en  réalisant  cette  forme  et  en  l'appliquant  aux  saxhorns,  trom- 
pettes, cors  et  trombones  et  aux  diverses  familles  de  ces  instruments, 
Sax  a  obtenu  un  véritable  résultat  industriel,  résultant  de  l'unité  de 
la  forme  en  elle-même  ; 

Attendu  que  cette  forme  était  nouvelle  à  l'époque  où  Sax  l'a  appliquée 
aux  saxotrombas  et  aux  autres  instruments  qu'il  a  fait  breveter  sous  ce 
rapport  ; 

Qu'en  effet,  il  est  certain  qu'en  1845,  époque  à  laquelle  fonctionnait 
la  commission  chargée  de  la  réorganisation  des  musiques  militaires,  il 
n'y  avait  pas  d'instruments  de  cette  forme  dans  l'armée  ; 

Qu'aucun  des  facteurs  d'instruments  qui  se  sont  présentés  devant  cette 
commission  n'a  produit  d'instrument  de  cette  forme  ; 

Qu'il  n'est  pas  douteux  qu'à  l'époque  où  le  saxotromba  a  paru,  il  a 
fait  grand  effet,  non-seulement  a  raison  de  sa  voix,  mais  aussi  à  cause 
de  sa  forme: 

Que  les  instruments  modèles  du  saxotromba  ont  été  immédiatement 
adoptés  dans  l'armée,  par  décision  ministérielle  maintenue  par  les  divers 
gouvernements  qui  se  sont  succédé;  que  les  facteurs  se  sont  empressés 
d'en  appliquer  la  forme  non-seulement  aux  instruments  qu'ils  fabriquaient 
pour  l'armée,  mais  aussi  pour  ceux  qu'ils  livraient  aux  particuliers  ; 

Qu'il  est  donc  difficile  d'admettre  que  cette  forme,  qui,  lorsqu'elle  a 
été  appliquée  par  Sax  au  saxotromba,  a  été  immédiatement  adoptée, 
était  connue  plusieurs  années  auparavant  sans  qu'on  s'en  fût  préoc- 
cupé ; 

Attendu,  il  est  vrai,  que  Besson  a  produit  plusieurs  témoins  et  repré- 
senté divers  instruments  desquels  il  résulterait  que  la  forme  qui  fait 
l'objet  du  brevet  de  Sax  était  connue  avant  l'obtention  de  son  brevet  ; 

Mais  attendu  que  les  preuves  qui  s'appliquent  aux  instruments  fabri- 
qués par  Besson  lui-même  ne  sont  pas  satisfaisantes  et  laissent  de  l'in- 
certitude sur  leur  degré  de  sincérité  ; 

Que  celles  résultant  des  antériorités  Guichard  paraissent  s'appliquer 
à  des  instruments,  clavicor  ou  néocor,  dont  la  forme  ancienne  et  la  pose 
n'admet  aucune  comparaison  avec  les  instruments  brevetés  par  Sax, 
ainsi,  d'ailleurs,  que  cela  résulte  des  dessins  représentés  sur  les  deux  mé- 
thodes Schneider  produites  par  Besson  à  l'appui  de  son  articulation; 

Que  les  preuves  résultant  de  l'enquête  au  sujet  des  instruments 
Krelzschmann  ne  sont  pas  suffisantes  pour  détruire  les  preuves  con- 
traires résultant  de  la  contre-enquête  et  des  circonstances  ci-dessus 
rappelées; 

Qu'en  effet,  il  est  permis  de  penser  qu'après  un  si  long  temps  écoulé 
depuis  l'époque  où  se  sont  passés  les  faits  sur  lesquels  les  témoins  dé- 
posent, ils  puissent  commettre  des  erreurs,  même  capitales  ;  qu'il  est 
bien  certain  que  leurs  témoignages  ont  été  reçus  par  des  personnes 
sans  qualités,  avant  qu'ils  soient  venus  déposer  devant  la  justice,  et  qu'ils 
auraient  pu  être  influencés  sans  qu'ils  s'en  doutassent  ; 

Que  si  Kretzschmann  avait  réalisé  d'une  manière  aussi  complète  que 
Besson  le  prétend,  dès  1839,  la  forme  du  saxotromba,  il  en  aurait  re- 
connu les  avantages  et  s'y  serait  fixé  ;  qu'il  ne  se  serait  pas  borné  à 
faire  accidentellement  quelques  instruments  de  cette  forme  ; 

Que  les  instruments  auraient  été  connus  des  facteurs  Finck  et  Roth, 
qui,  habitant  Strasbourg,  n'auraient  pas  demandé  à  Sax  une  licence  pour 
en  fabriquer  de  semblables  ; 

Qu'enfin,  dans  sa  correspondance  à  l'époque  de  l'apparition  du  saxo- 
tromba, on  ne  voit  nulle  part  que  Kretzschmann  revendique  cette  forme; 
qu'au  contraire,  on  voit  dans  quelques-unes  de  ses  lettres  que,  contestant 
la  nouveauté  de  l'instrument  quant  à  la  voix,  il  dit  que  Sax  n'a  inventé 
que  la  forme  extérieure  ; 

Que,  plus  tard,  il  écrit  que  ce  sont  des  instruments  prussiens  ; 

Qu'ainsi  il  n'y  a  pas  dans  ces  prétendues  antériorités  Kretzschmann 
pas  plus  que  dans  les  autres,  motif  suffisant  pour  enlever  à  Sax  le  droit 


résultant  de  son  invention,  invention  reconnue  en  faveur  de  Sax  par 
tous  les  hommes  étrangers  à  la  fabrication,  et  dont  les  fabricants  ont  en 
quelque  sorte  fixé  la  date,  par  l'application  générale  qu'ils  en  ont  faite  à 
l'époque  où  Sax  a  pris  son  brevet. 

En  ce  qui  touche  la  divulgation  de  l'invention  :  attendu  que  Sax 
n'avait  jamais  vendu  ni  produit  en  public  des  instruments  avant  de  les 
faire  breveter  ; 

Que  loin  de  là,  il  a  fait  confectionner  en  secret  par  Hubart,  pendant  la 
nuit,  son  premier  saxotromba  ; 

Que  s'il  a  produit  ses  instruments  au  Champ  de  Mars  devant  la  com- 
mission militaire,  il  l'a  fait  comme  nécessité  et  uniquement  en  vue  des 
avantages  qu'il  en  retirerait,  lorsqu'il  aurait  assuré  son  droit  privatif  par 
l'obtention  de  son  brevet  ; 

Le  tribunal  rejette  les  exceptions  présentées  ; 

Et  statuant  sur  le  fond  en  ce  qui  concerne  Besson  ; 

Attendu  que  par  une  première  saisie,  à  la  date  du  29  décembre  1854 
il  a  été  trouvé  chez  Besson  plusieurs  altos  et  différents  aut  res  in  stru 
ments; 

Mais  attendu  que  cette  saisie  est  nulle  comme  ayant  été  faite  par  Sax 
étranger,  sans  versement  préalable  d'un  cautionnement,  et  avant  qu'il  ait 
été  autorisé  à  jouir  des  droits  civils  en  France; 

Que  par  un  second  procès-verbal,  en  date  du  5  mars  1837,  il  a  été  saisi 
sur  lui,  au  greffe  de  la  police  correctionnelle,  un  clavicor  alto  en  mi  bémol 
à  trois  pistons  parallèles,  lequel  avait  été  présenté  par  Gautrot,  et  pro- 
venait de  la  fabrication  de  Besson  ; 

Que  par  un  troisième  procès-verbal,  à  la  date  du  11  décembre  1857,  il 
a  été  saisi  chez  Besson  plusieurs  altos  et  barytons  et  un  grand  nombre 
d'instruments  à  pistons  parallèles  ; 

Qu'il  est  également  constaté  par  ce  procès-verbal  que  sur  les  livres  de 
Besson  se  trouvaient  mentionnées  des  inscriptions  de  fournitures  d'ins- 
truments de  musique  à  un  grand  nombre  de  régiments  de  l'armée,  d'al- 
tos, basses,  contre-basses,  Besson-forme,  que  madame  Besson  a  déclaré 
être  des  instruments  dont  la  forme  avait  été  changée  par  son  mari,  en  ce 
qui  concerne  le  pavillon,  depuis  la  saisie  du  29  décembre  1  Soi  ; 

Attendu  qu'à  la  date  du  14  décembre  1857,  il  a  été  fait  sur  Besson 
une  quatrième  saisie,  dans  les  ateliers  de  Sax,  d'un  instrument  dit  sax- 
horn basse  à  quatre  cylindres,  apporté  dans  la  maison  dudit  Sax  par  un 
musicien  de  l'armée  pour  une  répétition,  et  portant  les  mots  poinçonnés: 
Besson  breveté  ; 

Que  dans  un  cinquième  procès-verbal,  dressé  le  14  décembre  1857, 
chez  Buffet  jeune,  et  constatant  les  mentions  de  ses  livres,  se  trouve  à  la 
date  du  29  août  1856,  cette  mention  :  Une  contre-basse  de  Besson  fournie 
à  M.  Digne,  au  88°; 

Attendu,  enfin,  qu'à  la  date  du  22  avril  1858,  il  a  été  procédé  à  une 
dernière  saisie  chez  Besson  de  divers  instruments  ou  parties  d'instru- 
ments, parmi  lesquels  deux  altos  et  une  contre-basse  se  plaçant  sous  le 
bras  gauche,  ayant  les  pistons  parallèles  aux  tubes,  avec  le  pavillon  in- 
cliné en  arrière,  à  partir  du  milieu  de  sa  longueur; 

Que  sur  un  référé  interjeté  par  Besson,  il  a  été  décidé  que  la  saisie 
ne  frapperait,  quant  à  présent,  que  sur  un  des  objets  qui  étaient  désignés, 
lequel  serait  déposé  au  greffe  ; 

Attendu  qu'il  résulte  du  rapport  de  l'expert  commis  par  le  tribunal 
que  les  altos  et  barytons  de  Besson  ont  la  voix  des  saxotrombas  de  Sax; 
que  cette  voix  résulte  de  leurs  proportions  qui  sont  les  mêmes  que  celles 
du  saxotromba,  bien  qu'il  y  ait  des  différences  dans  les  dimensions,  les- 
quelles ne  modifient  en  rien  la  voix; 

Qu'il  n'y  a  pas  de  distinction  à  faire  entre  les  altos  en  fa  et  les  altos 
en  fa  et  mi  bémol  ;  que  la  réunion  des  deux  tons  ne  peut  faire  qu'il  n'y 
ait  pas  contrefaçon,  alors  qu'il  est  constaté  que  la  voix  est  celle  du  saxo- 
tromba ; 

Attendu  que  tous  les  instrument  saisis  sur  Besson  renferment  les  élé- 
ments de  la  forme  inventée  par  Sax  ;  qu'ils  se  portent  à  gauche,  sont 
retenus  par  le  bras  gauche,qu'ilsont  le  pavillon  en  l'air  ; 

Que  les  pistons  sout  parallèles  au  corps  de  l'instrument,  et  que,  s'ils 
ne  sont  pas  parallèles  au  pavillon,  ce  n'estque  par  suite  d'une  déviation 
de  forme  imaginée  par  Besson  pour  échapper,  si  cela  était  possible,  aux 
poursuites  de  la  contrefaçon  ; 

Que  Besson  a,  ainsi  que  Sax,  l'amené  tous  les  instruments  qu'il  fabri- 
que à  l'unité  de  forme  dont  l'avantage  avait  été  signalé  par  Sax  dans  son 
brevet  et  qu'il  avait  fait  breveter  ; 

Attendu  que  toutes  les  parties  d'instruments  saisies  chez  Besson  de- 
vaient servir  à  la  confection  d'instruments  ayant  la  forme  ou  la  voix  du 
saxotromba,  qu'ainsi  ils  doivent  être  considérés  comme  objets  de  contre- 
façon ; 

Attendu  que  deux  des  mandrins  saisis  servaient  à  la  confection  des 
altos;  que  les  autres  étaient  destinés  à  confectionner  des  instruments 
ayant  la  forme  revendiquée  par  Sax;  que  le  genre  de  fabrication  habi- 
tuelle de  Besson,  constaté  par  toutes  les  saisies  faites  chez  lui  et  le  sys- 
tème de  défense  qu'il  a  adopté,  ne  laissent  aucun  doute  à  cet  égard; 


DE  PARIS. 


135 


qu'ainsi  il  y  a  lieu  de  considérer  comme  instruments  de  contrefaçon, 
non-seulement  les  mandrins  servant  à  la  confection  des  altos,  mais  les 
seize  autres  trouvés  à  son  domicile. 
En  ce  qui  concerne  lîaoux  : 

Attendu  que  la  saisie  du  29  décembre  1854  est  nulle  comme  ayant  été 
faite  par  Sax,  étranger,  sans  versement  préalable  d'un  cautionnement  et 
avant  qu'il  ait  été  autorisé  à  jouir  de  ses  droits  civils  en  France; 

Qu'il  n'est  pas  suffisamment  établi  que  le  saxhorn  saisi  chez  Sax  le 
44  décembre  1857,  ait  été  fabriqué  par  Raoux;  que,  dans  tous  les  cas,  la 
date  de  sa  fabrication  est  incertaine,  et  que  sa  forme  n'en  a  pas  été 
suffisamment  constatée; 

Mais  attendu  que  sur  son  registre  de  vente,  ou  livre-journal,  se  trou- 
vent, du  1"  janvier  1856  au  15  janvier  1857,  époque  à  laquelle  Raoux  a 
vendu  son  fonds  au  sieur  Labbaye,  des  mentions  de  ventes  nombreuses, 
écrites  de  sa  main  et  constatées  par  un  relevé  dressé  par  le  ministère 
d'huissier,  le  1er  février  1860;  que  parmi  ces  mentions,  il  s'en  trouve 
qui  constatent  la  vente  d'altos  en  mi  bémol  et  d'instruments  destinés  à 
des  musiques  militaires  ; 

Attendu  que  les  altos  sont  la  contrefaçon  des  saxotrombas ,  quant  à  la 
voix,  ainsi  qu'il  résulte  du  rapport  d'expert,  et  que  la  destination  des 
instruments  vendus  pour  des  musiques  militaires  indique  d'une  manière 
positive  qu'ils  étaient,  ainsi  que  Raoux  l'indique  dans  ses  prospectus,  du 
nouveau  modèle,  c'est-à-dire  fabriqués  clans  la  forme  des  instruments 
de  Sax . 
En  ce  qui  touche  Halary  père  : 

Attendu  que  la  saisie  du  29  décembre  1854  est  nulle,  comme  ayant 
été  faite  par  Sax,  étranger,  sans  versement  préalable  d'un  cautionnement 
et  avant  qu'il  ait  été  autorisé  à  jouir  de  ses  droits  civils  en  France  ; 

Mais  attendu  que,  par  un  autre  procès-verbal  du  12  décembre  1857, 
il  a  été  saisi  chez  Halary  père   un  saxhorn  à  trois  pistons  parallèles  au 
corps  et  au  pavillon  de  l'instrument;  un  cor  à  trois  pistons,  semblable 
au  précédent,  portant  l'estampille  :    Halary,  à  Paris,  lesquels  instru- 
ments Halary  fils  a  déclaré  venir  du  commerce  de  son  père  ; 
Que  ces  instruments  ont  tous  les  caractères  des  instruments  de  Sax  ; 
Qu'Halary  père  se  livrait  tellement  à  la  contrefaçon  que  le  19   août 
1856  il  a  pris  un  brevet  pour  ces  mêmes  instruments,  avec  simple  ren- 
versement  du  pavillon  au  moyen  duquel  il  espérait  fabriquer  des'ins- 
truments  à  pistons  parallèles  à  l'abri  de  toutes  poursuites  de  contrefaçon  ; 
Attendu  qu'Halary  père  ne  peut  pas  arguer   de  la  transaction  inter- 
venue entre  son  fils  et  Sax,  puisqu'au  contraire  Sax  a  expressément 
réservé  dans  cette  transaction  ses  droits  contre  Halary  père. 
En  ce  qui  concerne  Buffet  jeune  : 

Attendu  qu'il  est  établi  et  qu'il  résulte  d'un  procès-verbal  du  minis- 
tère d'huissier,  en  date  du  14  décembre  1857,  que  Buffet  jeune  a  vendu  : 
1°le  14  juin  1854,  un  alto  en  mi  bémol  et  un  ophicléide  en  si  bémol; 
2ole  1er  mars  1855, un  ophicléide  nouveau  système;  3° le  6  janvier  1856, 
une  contre-basse  en  si  deGautrot;  4°  le  17  avril  1856,  deux  ophicléides, 
deux  sax-altos;  5°  le  !M  avril  1856,  une  contre-basse  en  mi  bémol,  une 
basse  en  si  bémol  ;  6°  le  29  août  1856,  une  contre-basse  de  Besson  ; 
7°  le  28  août  1856,  un  alto  d'occasion;  8°  le  11  décembre  1856,  une 
contre-basse  en  si  bémol,  deux  basses  à  quatre  cylindres,  nouveau  mo- 
dèle, deux  altos;  9"  le  16  septembre  1857,  deux  saxhorns  en  si  bémol  ; 
Attendu,  à  l'égard  des  instruments  vendus  le  14  juin  1854,  que  la 
prescription  était  acquise  au  moment  de  la  saisie  ; 

Mais  attendu  que  la  plupart  des  instruments  vendus  par  Buffet  jeune 
étaient  vendus  pour  des  musiques  militaires,  ainsi  que  cela  résulte  des 
mentions  qui  se  trouvent  sur  ses  livres,  et  qu'ils  étaient,  par  conséquent, 
du  nouveau  modèle,  c'est-à-dire  du  modèle  Sax,  quant  à  la  forme;  que 
cette  même  forme  existe  pour  certains  instruments  ; 

Attendu  que  les  altos  ne  sont  autres  que  les  saxotrombas,  quant  à  la 
voix  et  quant  à  la  forme; 

Que  deux  altos  sont  même  dénommés  sax-altos,  et  que  les  systèmes 
appelés  système  Gautrot  et  système  Besson  ne  sont  autres  que  ceux  aux- 
quels ceux-ci  se  sont  livrés  par  contrefaçon; 

Attendu  que  Buffet  jeune  ne  peut  exciper  de  sa  bonne  foi  ;  qu'il  n'igno- 
rait pas   les  poursuites  que  Sax  exerçait  contre  ses  contrefacteurs,  et 
qu'en  achetant  d'eux  pour  revendre,  il  s'est  associé  à  leur  contrefaçon  ; 
Qu'il  articule,  mais  ne  prouve  pas,  que  les  deux  saxhorns  vendus  le  16 
septembre  1857  provenaient  de  chez  Michaud,  qui  a  une  licence  de  Sax. 
En  ce  qui  concerne  Tournier  et  Goumas  : 

Attendu  que  par  procès-verbal  du  1 7  décembre  1 857,  dressé  dans  leurs 
magasins,  il  a  été  constaté  qu'ils  avaient  refusé  de  représenter  leurs  li- 
vres, leur  correspondance  et  leurs  factures  ; 
Que  néanmoins  il  a  été  trouvé  par  l'huissier  : 

1°  Un  marché  passé  entre  le  Conseil  d'administration  du  95°  régiment 
d'infanterie  de  ligne  et  Buffet-Crampon,  le  16  mars  1857;  2"  un  autre 
marché,  passé  le  4  juin  1857,  entre  le  1ct  régiment  d'infanterie  de  marine 
et  Buffet-Crampon  ;  3°  une  lettre  d'un  sieur  Olivier,  du  9  avril  1837,  por- 
tant commande  d'un  trombone  à  pistons;  4o  une  lettre  d'un  sieur  Del- 


tone,  du  2  juillet  1857,  portant  commande  d'un  saxhorn-alto  en  mi  bémol; 
5°  une  lettre  adressée  à  Buffet-Crampon,  le  5  juillet  1836,  par  M.  Baud, 
du  6e  de  ligne,  portant  commande  de  deux  saxhorns-soprano,  deux  sax- 
horns-contralto, deux  saxhorns-baryton,  deux  saxhorns-basse;  6°  un  mar- 
ché passé  entre  le  1er  régiment  d'infanterie  de  marine  et  Buffet-Crampon, 
le  10  septembre  1857,  portant  deux  commandes; 

Attendu,  en  ce  qui  concerne  les  commandes  faites  par  les  sieurs  Oli- 
vier et  Deltone,  que  rien  ne  constate  que  les  instruments  livrés  fussent  des  ' 
instruments  contrefaits; 

Mais,  en  ce  qui  concerne  les  autres  instruments,  qu'ils  ont  été  livrés  à 
des  régiments  ;  qu'ils  étaient  nécessairement  du  nouveau  modèle,  c'est- 
à-dire  de  la  forme  faisant  l'objet  du  brevet  Sax  ; 

Attendu,  d'ailleurs,  qu'il  n'est  pas  douteux  et  qu'il  a  été  reconnu,  dans 
le  pfocès-verbal  de  saisie,  que  la  signature  Buffet-Crampon  était  celle  de 
la  société  Tournier  et  Goumas. 
En  ce  qui  touche  Beaubœuf  et  Victor  Jacob  : 

Attendu  que  la  saisie  du  29  décembre  4  854  est  nulle  comme  ayant  été 
faite  par  Sax,  étranger,  sans  versement  préalable  d'un  cautionnement  et 
avant  qu'il  ait  été  autorisé  à  jouir  de  ses  droits  civils  en  France  ; 

Mais  attendu  que  suivant  procès-verbal  du  13  décembre  1856,  il  a  été 
saisi  chez  Beaubœuf:  un  mandrin  pour  saxhorn,  15  pavillons  en  cuivre 
pour  saxotrombas,  1  pavillon  pour  saxhorn,  5  culasses,  5  saxhorns  en 
cours  de  fabrication,  4  saxhorns,  5  pavillons  de  contralto  et  ténor; 

Qu'il  a  été  en  outre  constaté  par  ce  procès-verbal  qu'il  avait  été  vendu 
à  Jacob,  le  29  octobre  1856,  12  bugles;  le  13 novembre,  2  contre-basses; 
le  7  décembre,  6  contre-basses  ; 

Attendu  que  le  30  avril  1857,  il  a  été  saisi  sur  Beaubœuf,  au  domi- 
cile de  Sax,  un  saxotromba  portant  l'estampille  :  Beaubœuf,  breveté  à 
paris  ;„ 

Que  le  14  décembre  1857,  il  a  été  également  saisi  au  domicile  de 
Sax,  un  saxhorn  apporté  pour  être  réparé,  portant  l'estampille  Beau- 
bœuf ; 

Attendu  que  par  un  procès-verbal  du  13  novembre  1856,  il  a  été  saisi 

chez  Victor  Jacob  deux  saxhorns,  forme  saxotromba,  ayant  le  pavillon 

parallèle  aux  pistons  ou  les  pistons  parallèles  au  corps  de  l'instrument  ; 

Que  ce  même  procès-verbal  constate  que  Victor  Jacob  et  son  employé 

ont  déclaré  que  ces  instruments  provenaient  de  Beaubœuf; 

Que  les  factures  saisies  au  domicile  de  Jacob  et  le  relevé  de  ses  livres 
constataient  de  nombreuses  opérations  faites  pour  des  instruments  en 
cuivre  avec  Gautrot,  Beaubœuf  et  autres  ; 

Attendu  que  Beaubœuf  a  reconnu  lui-même,  en  1854,  qu'il  contrefai- 
sait les  instruments  de  Sax  et  qu'il  portait  à  1,684  le  nombre  des  instru- 
ments qu'il  avait  contrefaits  jusqu'alors  ; 

Qu'il  résulte  des  procès -verbaux  ci-dessus  visés  que  Beaubœuf  n'a  pas 
cessé,  depuis  lors,  de  se  livrer  à  la  contrefaçon,  et  qu'il  contrefaisait  les 
instruments  de  Sax,  non-seulement  quant  à  la  forme,  mais  aussi  quant 
à  la  voix,  puisqu'on  trouve  parmi  les  instruments  saisis  ou  vendus,  des 
barytons  et  des  saxotrombas  ; 

Attendu  que  Jacob,  commissionnaire,  faisant  de  nombreuses  expéditions 
à  l'étranger,  et  achetant  des  instruments  en  cuivre,  a  dû  être  renseigné 
sur  les  contestations  existantes  entre  Sax  et  ses  contrefacteurs,  et  qu'a- 
chetant de  ceux-ci  les  instruments  qu'il  expédiait  à  l'étranger,  il  s'est 
associé  à  leur  contrefaçon  ; 

Le  tribunal  déclare  Besson,  Raoux,  Halary  père,  Buffet  jeune,  Tournier, 
Goumas,  Beaubœuf  et  Victor  Jacob,  coupables  de  contrefaçon,  —  délits 
prévus  et  punis  par  les  articles  40,  41  et  49  de  la  loi  du  5  juillet  1844; 

Et  leur  faisant  application  desdits  articles,  condamne  Besson  à  2,000  fr. 
d'amende,  Raoux  à  1,000  fr.,  Halary  père  à  1,000  fr.,  Buffet  jeune  à 
1,000  fr.,  Tournier  et  Goumas  chacun  à  500  fr.,  Beaubœuf  à  1,000  fr., 
Victor  Jacob  à  500  fr  ; 

Déclare  bonnes  et  valables  les  saisies  sur  eux  pratiquées  par  Sax,  à 
l'exception  de  celle  du  29  décembre  1854; 

Prononce  la  confiscation  des  objets  contrefaits  et  de  ceux  ayant  servi 
à  la  contrefaçon  et  en  ordonne  la  remise  à  Sax  ; 
Et  statuant  sur  les  conclusions  de  la  partie  civile  : 
Attendu  que  Sax  a  éprouvé  un  préjudice  et  qu'il  lui  en  est  dû  répa- 
ration, 

Condamne  Besson,  Raoux,  Halary  père,  Buffet  jeune,  Tournier  et  Gom- 
mas, Beaubœuf  et  Isbert  en  sa  dite  qualité  de  syndic,  et  Victor  Jacob  à 
payer  à  Sax  des  dommages-intérêts  qui  seront  justifiés  par  état  ; 

Nomme  Boquillon,  bibliothécaire  au  Conservatoire  des  arts  et  métiers  ; 
Verre,  expert  teneur  de  livres,  demeurant  à  Paris,  rue  de  Douai,  34,  et 
Richardière,  expert  teneur  de  livres,  demeurant  à  Paris,  rue  de  la  Vic- 
toire, 9,  experts,  à  l'effet  d'émettre  leur  avis  sur  le  chiffre  de  l'indemnité 
à  accorder  au  plaignant,  eu  égard  à  la  fois  aux  bénéfices  réalisés  par  les 
individus  déclarés  contrefacteurs,  aux  gains  que  Sax  a  manqué  de  faire, 
à  l'impossibilité  où  il  a  été  de  céder  son  brevet  ou  de  faire  des  traités 
pour  la  fabrication  des  instruments  de  son  invention  ; 
Autorise  les  experts  à  se  faire  représenter  ou  à  compulser  tous  les 


136 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


livres  saisis,  ainsi  que  tous  les  autres  livres,  mémoires,  correspondances, 
factures,  inventaires  et  autres  pièces  des  individus  condamnés,  pour  y 
faire  les  recherches  nécessaires  à  l'accomplissement  de  leur  mission, 
consistant  principalement  à  établir  le  nombre  et  la  nature  des  instru- 
ments de  toutes  sortes  contrefaits  par  les  individus  susnommés,  leur  prix 
de  revient,  leur  prix  de  vente,  et  les  bénéfices  réalisés  pour  chacun 
d'eux,  et  à  indiquer,  avec  toutes  preuves  à  l'appui,  toutes  autres  sommes 
de  bénéfice  illicite  dont  les  contrefacteurs  auraient  profité  au  préjudice 
de  Sax,  pour,  après  le  procès-verbal  dressé,  être  statué  ce  qu'il  appar- 
tiendra ; 

Ordonne,  en  outre,  quant  à  Besson,  qu'il  sera  tenu  de  représenter  les 
instruments  décrits  au  procès-verbal  de  saisie  du  22  avril  1858,  desquels 
il  a  été  constitué  séquestre  judiciaire  par  ordonnance  rendue  sur  référé, 
sinon,  et  faute  de  ce  faire,  le  condamne  dès  à  présent  à  en  payer  la#va- 
leur  que  le  tribunal  fixe  à  4,000  francs; 

Ordonne  l'affiche  du  présent  jugement  au  nombre  de  cinq  cents  exem- 
plaires, et  son  insertion  ;\  trois  reprises,  dans  cinq  journaux  de  Paris  et 
dans  un  journal  de  chaque  département,  le  tout  au  choix  de  Sax  pour 
chacun  des  journaux  et  chacune  des  insertions,  le  tout  aux  frais  des 
condamnés  ; 

Condamne,  sans  solidarité,  à  raison  de  la  divisibilité  de  la  poursuite, 
Besson,  Raoux,  Balary  père,  Buffet  jeune,  Tournier'  et  Goumas  conjoin- 
tement, Beaubœuf  et  Isbert,  ce  dernier  en  sa  qualité  de  syndic  de  la 
faillite  Beaubœuf,  et  Victor  Jacob  ,  aux  dépens,  chacun  en  ce  qui  le  con- 
cerne, dans  lesquels  entreront  les  frais  d'expertise,  dont  les  trois  quarts 
seront  a  la  charge  de  Besson,  et  le  surplus  par  sixième  par  chacune 
des  autres  parties,  lesquels  dépens  ont  été  avancés  par  Sax  ; 

Fixe  à  deux  ans  la  durée  de  la  contrainte  par  corps,  qui  pourra  être 
exercée  par  Sax  ; 

Fixe  à  un  an  la  durée  de  la  contrainte  par  corps,  qui  pourra  être  exer- 
cée par  le  Trésor. 


NOUVELLES. 

»*„  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  demain  lundi,  pour  la  réouverture, 
les  Huguenots. 

„*,.  Pierre  de  Mèdicis  a  été  joué  lundi  dernier,  mais  une  indisposition 
de  Mme  Gueymard-Lauters  l'a  empêché  d'être  représenté  mercredi,  et  la 
Favorite  a  pris  sa  place.  Il  paraît  que  Mme  Gueymard  aura  besoin,  pour 
se  rétablir,  d'un  repos  de  quelques  jours. 

*%  La  Captive,  opéra  en  deux  actes,  de  Félicien  David,  va  entrer  en 
répétition  ;  il  sera  joué  avec  le  ballet  composé  pour  Aille  Emma  Livry. 

t%  Mme  Rosati  est  de  retour  à  Paris.  La  saison  qu'elle  a  passé  à  Saint- 
Pétersbourg  a  été  fort  brillante  pour  la  célèbre  ballerine  qui  a  été  ren- 
gagée  pour  l'hiver  prochain  à  ce  chiffre  fabuleux  d'appointements  que  la 
Russie  seule  donne  aujourd'hui  et  auxquels  s'ajoutent  de  riches  cadeaux. 
Perrot  s'occupe  déjà  pour  elle  de  deux  ballets  pour  la  splendeur  des- 
quels rien  ne  sera  épargné. 

***  Mme  Borghi-Mamo  vient  de  partir  pour  l'Angleterre  où  elle  n'a  pas 
encore  chanté  jusqu'ici.  Elle  est  engagée  au  théâtre  de  Sa  Majesté. 

***  L'Opéra-Comique  rouvre  demain  après  la  clôture  de  la  semaine  sainte, 
par  le  Roman  d'Elvire,  et  le  lendemain  on  jouera  le  Pardon  de  Ploërmel. 
Après  la  pièce  de  Gevaert,  le  Château  Trompette,  viendra  un  acte,  l'Habit 
de  Mylord,  paroles  de  MM.  Léris  et  Sauvage,  musique  de  M.  P.  Lagarde. 
L'opéra  inédit  de  Donizetti,  en  un  acte,  est  également  à  l'étude,  de 
même  que  la  Belle  Chocolatière,  opéra  en  un  acte  de  Paul  Dupuch,  com 
positeur  bordelais. 

**„,  Remise  de  sa  longue  indisposition,  Mlle  Monrose  a  pu  reprendre  son 
rôle  dans  le  Roman  d'Elvire,  interrompu  depuis  un  mois.  Lundi  dernier, 
l'ouvrage  a  reparu  et  il  a  été  joué  deux  fois  dans  la  semaine.  A  voir  le 
succès  qui  l'a  accueilli,  on  peut  dire,  sans  crainte  d'être  contredit,  que 
l'interruption  même  à  laquelle  il  a  été  exposé  a  fait  ressortir  davantage  la 
gaieté  et  l'intérêt  du  poème,  et  la  valeur  de  la  musique  inspirée  à  Amb. 
Thomas  par  l'œuvre  de  ses  spirituels  collaborateurs  A.  Dumas  et  de  Leu- 
ven.  Mlle  Monrose  se  montre  aussi  charmante  comédienne  qu'excellente 
chanteuse  dans  le  personnage  de  la  marquise,  et  cette  création  la  pose 
désormais  en  première  ligne  sur  la  scène  de  l'Opéra-Comique.  Montau- 
bry,  dans  le  rôle  de  Gennaro,  y  fait  briller  les  qualités  exquises  qui  le 
distinguent  plus  que  dans  aucun  autre  rôle.  Il  dit  sa  romance  avec  un 
accent  si  plein  de  tendresse  et  de  passion  que  l'auditoire  charmé, 
la  lui  fait,  chaque  soir,  répéter  en  le  couvrant  d'applaudissements. 
La  délicieuse  barcarolle  du  deuxième  acte  obtient  le  même  résul- 
tat, et  elle  est  invariablement  bissée.  Repris  dans  de  pareilles  con- 
ditions et  avec  le  concours  de  Prilleux,  de  Crosti  et  de  Mlle  Lemercier, 
qui  complètent  un  ensemble  excellent,  le  Roman  d'Elvire  va  fournir  une 
longue  et  brillante  carrière. 


t%  Lundi  dernier,  dans  le  Chalet,  a  eu  lieu  le  début  de  Mlle  Breschon, 
jeune  cantatrice  qui  arrive  de  province.  Elle  possède  une  voix  agréable 
de  mezzo-soprano  ;  elle  est  jeune  et  fort  jolie,  elle  pourra  certainement 
rendre  des  services  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique. 

t%  Le  théâtre  Italien  reprenait,  mardi  dernier  Rigoktlo,  avec  Tam- 
berlick,  Graziani,  MMmes  Alboni  et  Marie  Battu.  Dans  le  rôle  de  Gilda, 
cette  dernière  a  obtenu  plus  de  succès  encore  que  dans  ceux  d'Amina  et 
de  Lucie.  Au  second  acte,  le  public  voulait  lui  faire  répéter  tous  ses 
morceaux  :  il  lui  a  fallu  redire  avec  Graziani  le  duo  du  troisième,  et  au 
quatrième  sa  voix  a  parfaitement  soutenu  la  lutte  avec  les  trois  plus 
belles  voix  du  théâtre.  Mlle  Marie  Battu  a  aussi  concouru  avec  beaucoup 
de  distinction  à  l'exécution  du  Stabat  Mater,  dans  les  concerts  spirituels 
de  la  semaine. 

***  Après  le  Fidelio  de  Beethoven,  le  théâtre  Lyrique  doit  monter  un 
opéra  à  grand  spectacle  de  M.  Gounod  :  La  Reine  Balkir. 

t*t  Mme  Carvalho-Miolan  est  partie  pour  Londres  où  l'appelle  un  en- 
gagement au  théâtre  de  Covent-Garden. 

***  Le  dernier  ouvrage  d'Ofïenbach,  \Daphnis  et  Chloé,  remplit  chaque 
soir  la  jolie  salle  du  passage  Choiseul  ;  au  mérite  réel  de  la  pièce  se  joint 
l'attrait  de  curiosité  provoqué  par  l'apparition  sur  la  scène  de  Mlle  Ju- 
liette Beau,  dont  le  naturel  et  la  naïveté  ont  un  charme  tout  particulier. 
Mlles  Cico  et  Chabert  la  soutiennent  d'ailleurs  vaillamment,  et  Désiré  est 
un  dieu  Pan  des  plus  comiques.. 

„*„  Le  théâtre  Déjazet  attire  toujours  une  grande  affluence  ;  Mme  Déja- 
zet  vient  de  s'y  montrer  dans  une  de  ses  meilleures  créations,  le 
Marquis  de  Lauzun  ;  cette  charmante  pièce  est  accompagnée  du  petit 
opéra,  Fanchette,  d'Eugène  Déjazet,  dont  le  succès  est  chaque  soir  plus 
grand.  Après  les  fêtes  de  Pâques  viendra  la  représentation  de  Pianella, 
opérette  nouvelle  de  Flottow. 

„.*„  Erratum. —  Nos  lecteurs  auront  corrigé  d'eux-mêmes  la  curieuse 
faute  d'impression  qui  s'est  glissée  dans  l'annonce  que  nous  faisions 
dimanche  dernier  d'un  grand  opéra  dû  à  la  collaboration  de  M.  Membrée 
et  de  M.  Got,  le  spirituel  et  excellent  acteur.  Tout  le  monde  ne  sait-il 
pas  que  M.  Got  est  de  la  Comédie,  mais  non  encore  de  V Académie  fran- 
çaise! Cela  lui  viendra  peut-être  après  son  opéra;  mais  avant,  la  nouvelle 
est  au  moins  prématurée. 

*%  M.  Paulin,  qui  a  longtemps  appartenu  à  l'Opéra,  est  nommé  pro- 
fesseur de  chant  au  Conservatoire  de  musique,  eneremplacement  de 
M.  Faure,  démissionnaire. 

»%  Dimanche  dernier,  dans  la  sixième  matinée  de  la  Société  des  con- 
certs, M.  Kaempel  s'est  fait  entendre  :  il  a  joué  le  huitième  concerto  de 
Spohr,  son  maître,  avec  le  rare  talent  qu'il  avait  déjà  montré  dans  une  séance 
de  la  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire.  Le  magnifique  finale 
de  la  Vestale  terminait  le  concert  et  n'a  pas  produit  une  impression  moins 
vive  qu'aux  précédentes  exécutions.  —  Ce  soir  concert  extraordinaire 
au  bénéfice  de  Mme  Girard,  veuve  de  l'ancien  chef  d'orchestre. 

***  Camille  Sivori  est  arrivé  à  Milan. 

***  Le  théâtre  royal  de  Saint-James,  à  Londres,  va  être  exploité  cette 
saison  par  l'un  de  nos  compositeurs  bien  connus,  M.  A.  Talexy,  qui  a 
engagé  à  cet  effet  quarante  artistes  dramatiques  des  théâtres  de  Paris,  et 
entre  autres  MM.  Got  et  Brindeau,  Mlles  Fix,  Page,  Duverger,  etc.  L'ou- 
verture aura  lieu  le  1er  mai. 

***  Mardi,  10  avril,  le  théâtre  italien  de  Covent-Garden  ouvrira  ses 
portes  au  public;  voici  le  personnel  engagé  par  M.  Gye  pour  cette  sai- 
son :  —  Chant  :  Mmes  Grisi,  Nautier-Didiée,  Giuditta  Sylvia,  Tagliafico, 
Miolan-Carvalho,  Leva,  Penco,  Raparrini,  Rosa  Csillag  (de  l'Opéra  de 
Vienne).  —  MM  Mario,  Patriossi,  Luchesi,  Polonini,  Neri,  Baraldi,  Cuiro, 
Gardoni,  Rossi,  Tamberlick,  Zelger,  Ronconi,  Graziani,  Tagliafico,  Faure. 
—  Mlle  Zina  Richard,  première  danseuse.  —  M.  Costa,  directeur  de  la 
musique,  compositeur  et  chef  d'orchestre.  —  M.  Barris,  régisseur  géné- 
ral. —  Pour  l'ouverture,  Dinorah,  par  Mme  Miolan-Carvalho,  Gardoni  et 
Faure.  Le  17  avril,  Mlle  Rosa  Csillag  paraîtra  dans  Fidelio.  La  Favorite  sera 
donnée  pour  la  rentrée  de  Mme  Grisi.  —  Vingt  autres  opéras  composeront 
le  répertoire  :  /(  Matrimonio  Segreto,  par  Mines  Penco,  Nantier,  Carvalho, 
Graziani,  Gardoni,  Ronconi;  le  Nozze  di  Giannetta,  Mme  Carvalho,  Ron- 
coni; le  Prophète;  Fidès,  Mlle  Csillag;  Jean  de  Leydc,  Tamberlick;  les 
Huguenots  ;  Don  Giovanni  ;  Il  Barbiers,  Mme  Carvalho,  Ronconi  ;  Otello  ; 
LucreziaBorgia;la  Gazza  Ladra.  Mme  Penco,  Faure; Maria  di  Rohan  ;  Xor- 
ma;  la Sonnambula,  Mme  Carvalho;  /  Puritani;  la  Traviata  ;  .Varia,  Lady 
Henriette,  par  Mme  Penco  ;  /(  Trovatore;  Zampa;  Fra-Diavolo,  Zerlina, 
par  Mme  Carvalho;  Il  Giuramento;  Rigoletto,  Gilda,  par  Mme  Penco.— 
Mlle  Csillag  était  à  Paris  ces  jours-ci  et  elle  y  avait  été  mandée  par 
dépêche  télégraphique.  La  direction  de  l'Opéra  ne  semblerait  pas  éloignée 
de  s'attacher  cette  artiste  éminente. 

*%  La  chronique  départementale  nous  apporte  deux  faits  curieux. 
A  Mons,  la  représentation  de  la  Favorite  a  été  interrompue  parce  qu'au 
troisième  acte  on  avait  jugé  convenable  de  supprimer  la  pause  de  trois 
temps,  qui  coupe  la  fameuse  phrase  :  qu'il  reste  seul avec  son  déshon_ 


DE  PARIS. 


137 


neur,  et  que  les  plaisants  du  parterre  se  donnaient  toujours  le  plaisir  de 
marquerpar  une,  deux,  trais,  ainsi  que  cela  se  fait  d'ailleurs  dans  plusieurs 
autres  localités.  Malgré  les  efforts  du  chef  d'orchestre  et  du  régisseur,  il 
n'y  eut  pas  d'autre  moyen  de  calmer  l'orage  qui  grondait  dans  la  salle, 
que  de  rétablir  le  morceau  dans  sa  forme  primive  et  de  laisser  marquer 
les  trois  temps.— A  Tournai,  pendant  la  Muette  de  Portici,  quelques  soldats 
de  la  garnison,  remplissant  le  rôle  de  comparses,  devaient  comprimer 
la  révolte  et  il  leur  avait  été  recommandé  de  stimuler  une  résistance 
énergique.  L'un  d'eux ,  voyant  arriver  sur  lui  l'acteur  principal 
armé  d'un  poignard,  prit  son  rôle  au  sérieux  et  appliqua  sur  la  tête  du 
premier  sujet  un  coup  de  crosse  qui  n'avait  rien  de  simulé.  Heureuse- 
ment la  blessure  ne  présente  aucune  gravité,  et  l'acteur  en  fut  quitte 
pour  un  étourdissement. 

„.**  Voici  le  programme  du  concert  avec  orchestre  qui  sera  donné 
dans  la  salle  Herz  le  jeudi  12  avril  1860,  à  8  heures  du  soir,  par  I.  Lotto, 
de  Varsovie  :  1°  Quverture  du  Médecin  malgré  lui,  de  Gounod  ;  2°  duo  de 
VElisir  d'amore,  chanté  par  SIM.  Géraldy  et  Lorenzo  Pagans  ;  3°  Concerto 
pour  le  violon,  de  Mendelssohn.  exécuté  par  I.  Lotto  ;  U°  air  de  Norma, 
chanté  par  Mlle  Baretti  ;  5°  air  de  la  Dame  blanche:  Ahl  quel  plaisir 
d'être  soldat  I  chanté  par  M.  Géraldy  ;  6°  morceau  de  concert  composé 
et  exécuté  par  I.  Lotto  ;  7°  sérénade  et  allegro  giocoso,  pour  piano  et 
orchestre,  de  Mendelssohn,  exécutés  par  Mme  L.  Massart  ;  8°  chanson- 
nettes espagnoles,  chantées  par  M.  Lorenzo  Pagans;  9°  fantaisie  sur 
l'hymne  national  russe,  composée  et  exécutée  par  I.  Lotto  ;  10°  air  de 
chasse  du  Pardon  ae  Ploe'rmel  ;  Comme  à  vingt  ans,  mélodie,  chantés  par 
M.  Géraldy  ;  11°  Valse  de  concert,  composée  et  exécutée  par  I.  Lotto  ; 
12°  finale  (orchestre).—  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Victor  Chéri. 

*%  L'école  spéciale  de  chant  fondée  et  dirigée  par  Duprez, 
donnera,  le  15  de  ce  mois,  sa  première  séance  annuelle.  Une 
œuvre  inédite  de  Duprez,  Jeanne  d'Arc,  opéra  en  six  tableaux,  composé 
sur  un  poëme  de  M.  Ed.  Duprez,  doit  inaugurer  la  série  de  ces  inté- 
ressantes séances.  Cent  quinze  personnes  concourront  à  l'exécution  de 
cette  œuvre,  dont  les  principaux  rôles  sont  confiés  aux  élèves  anciens  et 
nouveaux  de  l'école,  et  elle  sera  représentée  avec  orchestre,  chœurs, 
costumes  et  décors. 

***  La  charmante  composition  de  Blumenthal,  les  deux  Anges,  a  été 
beaucoup  jouée  cet  hiver;  c'est  un  des  morceaux  les  mieux  réussis  de 
l'auteur  de  la  Source. 

***  M.  et  Mme  Henri  Potier  annoncent  une  très-intéressante  soirée 
musicale,  salons  Pleyel-Wolff,  pour  le  samedi  14  avril.  On  y  entendra 
dans  la  partie  instrumentale  MM.  Alard  et  Goria,  et  dans  la  partie  vo- 
cale, indépendamment  des  nouvelles  compositions  de  M.  Henri  Potier, 
chantées  par  l'auteur,  Mme  Potier,  MM.  Barbot,  Troy,  Sainte-Foy  et 
Berthelier,  la  grande  scène  de  Clytemnestre,  dCIphigénie  en  Aulide,  de 
Gluck,  déclamée  et  chantée  par  Mme  Caroline  Barbot,  de  l'Opéra. 

***  La  partition  de  l'opéra  de  Déjazet,  Fanchette,  paraîtra  cette  se- 
maine, arrangée  pour  piano  et  chant,  chez  les  éditeurs  G.  Brandus  et 
S.  Dufour. 

***  Les  mêmes  éditeurs  viennent  de  faire  faire  un  second  tirage  de  la 
Schiller-Marsch,  de  Meyerbeer,  arrangée  pour  piano.  Le  premier  tirage 
a  été  épuisé  en  deux  jours. 

„.*„,  Jeudi  soir,  12  avril,  dans  les  salons  d'Erard,  Louis  Brassin  donnera 
son  troisième  et  dernier  concert.  11  y  fera  entendre  deux  morceaux  de 
sa  composition  et  plusieurs  autres  de  Beethoven,  de  Ihalberg,  etc. 
Mme  Pellegrin,  élève  de  Bonoldi  ;  le  baryton  Guglielmi,  MM.  Dupuis  et 
Muller,  prêteront  leur  concours  au  jeune  artiste  dont  la  réputation  vient 
d'être  si  brillamment  consacrée  à  Paris. 

„,*,.  La  musique  des  régiments  va  subir  des  modifications  importantes. 
Un  décret,  en  date  du  26  mars  1860,  fixe  à  quarante  hommes  pour  les 
troupes  à  pied  et  à  vint-sept  pour  celles  à  cheval  la  section  de  musique 
de  chaque  régiment.  —  Les  musiciens  de  quatrième  classe  seront  choisis 
parmi  les  élèves-musiciens  actuels,  lesquels  sont  supprimés. — L'article  5 
porte  que  les  musiques  des  régiments  de  gendarmerie  et  des  guides  de 
la  garde  impériale  et  celle  delà  garde  de  Paris  conserveront,  à  titre  ex- 
ceptionnel,, leur  constitution  actuelle  sous  le  rapport  du  personnel  et  de 
la  composition  instrumentale.  Seulement,  les  élèves  musiciens  y  seront 
commissionnés  musiciens  de  quatrième  classe.  —  L'article  6  rend  obli- 
gatoire l'application  du  diapason  normal.  —  Cette  ordonnance  modifie 
profondément  la  composition  instrumentale  des  musiques  de  régiment 
dans  lesquelles  elle  fait  prédominer  complètement  les  instruments  de 
cuivre  sur  les  instruments  de  bois. 

**»  Un  concert  à  grand  orchestre,  qui  promet  d'être  l'un  des  plus  bril- 
lants de  la  saison,  sera  donné  le  20  avril,  dans  la  salle  Herz,  par  Mme  Louisa 
Jung,  excellente  pianiste.  Nous  en  donnerons  prochainement  le  pro- 
gramme. 

„.**  Joseph  Wieniawski  fera  entendre  à  son  concert,  qui  reste  fixé  au 
26  avril,  outre  son  concerto  pour  piano,  une  ouverture  de  sa  composition 
qu'il  dirigera  lui-même. 


„*„.  Vincent  Adler  donnera  un  second  concert  le  20  avril  et  y  fera  en- 
tendre, entre  autres  morceaux,  la  Gitana,  fantaisie  sur  le  Domino  noir, 
sa  Scène  de  bal  et  la  Styrienne.  Le  beau  duo  de  Vieuxtemps  et  Erkel  sur 
des  airs  hongrois  y  sera  également  exécuté. 

***  Le  Carillon  d'Alfred  Jaëll  et  ses  transcriptions  du  Prophète  et  du 
Pardon  de  Ploe'rmel  étaient  à  peine  publiés  que  tous  les  amateurs  qui 
les  lui  ont  entendu  exécuter  ont  voulu  les  posséder.  Ce  sont  d'ailleurs  de 
charmants  morceaux  de  salon. 

t*„,  Deux  quadrilles  viennent  de  paraître  simultanément  sur  le  Roman 
d'Elvire  ;  l'un  d'Arban,  l'autre  de  Marx.  Il  serait  difficile  de  savoir  auquel 
donner  la  préférence  ;  mais  tous  deux  se  recommandent  par  un  rhythme 
et  un  entrain  qui  les  feront  vivement  rechercher. 

„*,,  Voici  le  programme  du  deuxième  concert  que  donnera  Lacombe 
mercredi  11  avril  dans  les  salons  d'Erard  :  divers  morceaux  de  V Amour, 
légende  en  cinq  actes,  de  Paulin  Niboyet,  musique  de  Lacombe  ;  la  Pen- 
sionnaire et  la  Fiancée  du  timbalier,  déclamées  par  Mlle  Stella-Colas;  trio 
en  la  mineur  ;  Ricordanza,  rapsodie  hongroise  de  Liszt  ;  sonate  en  la  de 
Beethoven;  fantaisie  dans  le  genre  hongrois,  de  Lacombe,  pour  deux 
pianos  ;  hymne  à  Schiller,  chœur  avec  accompagnement  de  deux  pianos, 
de  Lacombe,  exécuté  par  l'éminent  compositeur;  air  de  Jean  de  Paris, 
air  de  la  Fiancée,  chantés  par  M.  Lyon  et  M.  Hayet.  MM.  Emile  For- 
gues,  Kœmpel,  Lamoury,  Triebert,  prêteront  leur  concours  à  M.  La- 
combe. 

***  C'est  demain  qu'a  lieu,  dans  les  salons  d'Erard,  le  concert  de 
Mlle  Albertine  Segisser,  âgée  de  onze  ans,  avec  le  concours  de  MmeBer- 
nola  et  de  M.  Marochetti,  de  MM.  Kriiger,  Hammer  et  Aubret,  artistes 
distingués. 

**  Jeudi  soir,  26  avril,  l'éminent  violoncelliste  et  compositeur  Jacques 
Franco-Mendès  donnera,  dans  les  salons  de  Pleyel-Wolff,  son  concert 
annuel.  Il  fera  entendre  quatre  nouveaux  morceaux  de  sa  composition 
et  le  7e  quatuor  de  Kreutzer,  pour  deux  violons,  viole  et  violoncelle. 

**„,  Mardi  17  avril,  à  huit  heures  du  soir,  dans  les  salons  d'Erard, 
Mlle  Moritz  Pieuchsel  donnera  son  concert  annuel  avec  le  concours  de 
MM.  Ed.  Wolff,  Schioion  et  plusieurs  autres  artistes  distingués;  elle  y 
fera  entendre  plusieurs  morceaux  nouveaux  de  sa  composition,  et  con- 
sacrera son  beau  talent  à  l'exécution  des  grandes  œuvres  classiques. 

Ï*H,  Vendredi,  13  avril,  dans  les  salons  d'Erard,  M.  Stanzieri  donnera 
un  concert  dont  ne  sera  pas  le  moindre  attrait  une  tarentelle  pour 
piano,  composée  il  y  a  deux  ans  par  Rossini,  et  connue  seulement  de 
ses  amis.  L'Alboni,  Graziani,  Braga  et  de  nouvelles  compositions  du  bé- 
néficaire  compléteront  un  programme  bien  fait  pour  piquer  la  curiosité 
des  dilettanti. 

***  Lundi  16  avril,  le  jeune  Henri  Ketten  donnera  un  concert  dans  les 
salons  Pleyel-Wolff. 

***  Les  travaux  de  décoration  de  l'église  Saint-Eustache  viennent  de 
recevoir  un  splendide  complément  dans  les  peintures,  les  sculptures,  les 
motifs  d'ornementation  et  les  faïences  émaillées  dont  on  a  enrichi  les 
deux  bras  de  la  croix  de  ce  vaste  édifice.  A  l'occasion  de  l'achèvement 
de  ces  travaux,  une  cérémonie  religieuse  et  musicale  doit,  dit-on,  être 
prochainement  célébrée  par  les  soins  du  vénérable  curé  de  cette  pa- 
roisse. On  y  entendra,  exécutées  sur  les  orgues,  les  œuvres  des  an- 
ciens maîtres  ;  elle  offrira  donc  le  plus  vif  attrait  au  public  et  aux 
artistes. 

„*.,.  C'est  définitivement  mardi,  10  avril,  que  la  matinée  musicale  de 
M.  Adolphe  Fétis  doit  avoir  lieu.  On  sait  que  Mme  Pleyel  s'y  fera  enten- 
dre pour  la  dernière  fois  de  la  saison.  MM.  Jourdan,  Géraldy  et  d'autres 
artistes  de  mérite  prêtent  leur  appui  au  jeune  compositeur  qui  fera 
entendre  des  œuvres  nouvelles. 

„*,„  M.  Fortuna,  baryton,  qui  compte  de  beaux  succès  sur  les  théâtres 
d'Italie,  s'est  fait  dernièrement  remarquer  aux  concerts  donnés  par  Dom- 
brovski  et  Krafzoff,  en  chantant  avec  une  belle  voix,  une  excellente  mé- 
thode et  beaucoup  d'expression,  plusieurs  morceaux,  qui  ont  été  fort 
applaudis. 

***  Encore  un  jeune  artiste  que  les  amateurs  de  l'art  musical  peuvent 
soustraire  aux  exigences  de  la  loi  sur  le  recrutement,  en  assistant  au 
concert  qu'il  va  donner,  le  12  avril,  à  la  salle  Beethoven,  avec  le  con- 
cours de  Mmes  Wekerlin-Damoreau,  Adrienne  Picard,  Stella  Colas, 
Armingaud  et  Barbot.  C'est  Hippolyte  Rabaud,  violoncelliste  de  l'Opéra, 
conscrit  de  1860,   et  qui    mérite,  à  tous  égards,  l'intérêt  du  public. 

.  *  M.  Besson;  l'un  des  facteurs  condamnés  par  le  tribunal  de  police 
correctionnelle  clans  l'affaire  Sax,  nous  prie  d'annoncer  qu'il  a  fait  inter- 
jeter appel  de  ce  jugement. 

,%  Un  concours  de  choristes  pour  toutes  les  voix  aura  lieu  mercredi 
11  avril,  à  neuf  heures  du  matin,  au  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comi- 
que ;  se  présenter  muni  d'un  morceau  de  chant. 

„*„  Le  plus  grand  acteur  du  Danemark,   Nicolay-Peter  Nielsen,  est 


138 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


mort  le  13  mars,  à  l'âge  de  soixante-cinq  ans.  Ce  qui  caractérisait  son 
talent,  c'était  la  conception  originale  de  ses  rôles  et  une  sensibilité  puis- 
sante et  cominunicative.  Nielsen  était  né  à  Friederichsbourg,  en  1795  ; 
en  1811,  il  fut  nommé  sous-lieutenant  d'artillerie.  Ses  débuts  au  théâtre 
remontent  au  20  septembre  1820. 


CHRONIQUZ   ÉTRANGÈRE. 

**„  Bruxelles.—  Le  3«  concert  du  Conservatoire,  retardé  de  huit  jours 
par  suite  d'une  indisposition  deM.Fétis,  a  eu  lieu  dimanche;  il  nous  a 
fourni  l'occasion  de  faire  connaissance  avec  une  ouverture  intitulée 
Macbeth,  de  M.  de  Hartog.  Le  jeune  compositeur  a  dû  être  satis- 
fait de  l'exécution  de  son  œuvre  comme  aussi  du  succès  qu'elle  a  ob- 
tenu. La  dernière  partie  du  programme  a  été  tout  entière  consacrée  à 
des  fragments  du  Struensée,  de  Meyerbeer,  que  M.  Fétis  a  fait  rendre 
d'une  manière  irréprochable. 

*%  Mans.  —  Le  succès  du  Pardon  de  Ploërmel  fera  époque  à  notre 
théâtre.  Il  est  d'ailleurs  très-bien  interprété  par  MM.  Duchaumont  fils, 
Orleany  et  Mme  David.  —  La  clôture  aura  lieu  le  I  "  avril  par  les  Dragons 
de  Villars. 

***  liège.  —  Nous  sommes  au  moment  de  la  clôture  de  notre  saison 
théâtrale,  et  nous  devons  constater  que  le  succès  du  Pardon  de  Ploërmel 
en  a  été  le  véritable  événement.  La  foule  n'a  cessé  de  se  porter  aux  nom- 
breuses représentations  du  nouvel  opéra  de  Meyerbeer,  et  les  recettes  se 
sont  maintenues  à  un  taux  fort  élevé;  M.  et  Mme  Ceret  et  M.-Peruggi,  le 
baryton,  n'ont  pas  peu  contribué,  par  le  talent  avec  lequel  ils  ont  inter- 
prété le  Pardon,  au  résultat  brillant  qu'il  a  obtenu. 

***  Berlin.  —  L'Opéra  italien  a  terminé  ses  représentations  par  l'exé- 
cution de  divers  fragments  habilement  choisis  en  vue  de  faire  briller  le 
talent  individuel  des  principaux  artistes  de  la  troupe  :  le  premier  acte 
du  Trnvatore,  de  Verdi  ;  le  troisième  acte  de  Don  Pasquale,  l'ouverture  et 
un  trio  de  Vllaliana  in  Algieri,  par  Rossini,  et  l'ouverture  et  le  troisième 
acte  du  fiarbiere.  Les  honneurs  de  la  soirée  ont  été  pour  Mlle  Artot,  oui 
par  une  attention  délicate  pour  la  nationalité  des  auditeurs,  avait  inter- 
calé un  lied  de  Taubert,  qu'elle  a  chanté  en  allemand  ;  une  explosion 
d'applaudissements  accompagnés  d'une  averse  de  bouquets  et  de  cou- 
ronnes accueillit  ce  morceau.  Carrion,  délie  Sedie,  Mme  de  Ruda 
eurent  leur  bonne  part  du  succès  ;  l'imprésario  M.  Lorini  et  le  chef 
d'orchestre  Neswadba  furent  rappelés  sur  la  scène  à  la  fin  du  spectacle. 

***  Leipzig.  —  Trois  compositions  nouvelles  de  différents  maîtres  ont 
été  exécutées  au  1S':  concert  du  Gewandhaus  :  ouverture  d'une  tragédie  de 
Shakspeare  (le  Roi  Jean),  par  Mme  Robert  Radeke  ;  caprice  pour  vio- 
lon, par  M.  Rietz,  et  fantaisie  par  Vieuxtemps.  Ces  deux  derniers  mor- 
ceaux ont  été  bien  rendus  par  le  maître  de  concert  Dreyschock. 

*%  Vienne.  —  Au  théâtre  de  l'Opéra  de  la  Cour  ou  a  donné,  du  27  fé- 
vrier au  1 8  mars  :  Diane  de  Solange,  la  Juive,  les  Huguenots,  le  Braconnier, 
le  Trovatore,  Czar  et  charpentier,  le  Prophète,  Fernand  Cortez,  Robert  le 
Diable  ;  la  reprise  de  Fernand  Cortez  ne  paraît  pas  avoir  été  heureuse. 
Quant  aux  trois  opéras  de  Meyerbeer,  ils  attirent  toujours  la  foule,  et 
la  foule  les  applaudit  toujours  avec  le  même  enthousiasme.  Le  Prophète 
en  était  à  sa  55°  représentation  au  théâtre  de  la  Cour.  —  Les  théâtres  ont 
été  fermés  dès  le  31  mars  à  cause  des  solennités  de  la  semaine  sainte. 
Au  théâtre  de  la  Cour  on  exécutera,  le  1"  avril,  l'oratorio  Âthalie,  et  le 
lendemain  le  Christ  au  Jardin  des  Oliviers.  Le  lundi  de  Pâques  commen- 
ceront les  représentations  de  l'opéra  italien  au  théâtre  An  der  Wim  ■ 
le  Carlthealer  ouvrira  avec  YOrphée,  d'OSenbach.  —  Le  29  avril,  la  cé- 
lèbre actrice  Mme  Haitzinger,  du  Burgtheater,  fêtera  le  cinquantième 
anniversaire  de  ses  débuts  comme  artiste  dramatique.  A  l'âge  de  dix  ans 
la  demoiselle  Morstadt,  plus  tard  Mme  Neumann.et  aujourd'hui  Mme  Hait- 
zinger, figura  pour  la  première  fois  sur  la  scène,  à  Carlsruhe  ■  il  y  a 
quarante  ans  qu'elle  a  débuté  au  Burgtheater. 

„,**  Sahburg.  —  Le  27  mars  la  Société  de  musique  de  la  cathédrale 
Dom-verem  et  le  UozarUum  ont  donné  leur  premier  concert  :  on  n'y  a 
entendu  qu'un  seul  morceau  de  Mozart  :  l'ouverture  de  la  Clémence  de 

Titus. 

**,,  Sondershausen.  —  Le  23  mars,  anniversaire  de  la  naissance  de  la 
princesse,  on  a  donné  pour  la  première  fois  Dinorah,  de  Meyerbeer,  avec 
un  immense  succès. 

***  Zurich.  —  La  Société  des  quatuors  a  donné  le  20  mars  une  fête 
commémorative  en  l'honneur  de  L.  Spohr,  où  l'on  a  exécuté  un  choix 
des  meilleurs  morceaux  écrits  par  l'illustre  compositeur.  Son  buste,  cou- 
iné de  lauriers,  était  placé  sur  l'estrade  de  l'orchestre  ;  la  salle  était 


***  Nice.—  Séligmann,  après  avoir  joué  chez  S.  M.  la  reine  de  Dane- 
mark, a  été  appelé  à  se  faire  entendre  devant  S.  M.  l'impératrice  douai- 
rière de  Russie.  Contrairement  à  l'étiquette,  qui  interdit  à  la  cour  d'ap- 
plaudir, l'impératrice  ayant  donné  le  signal,  la  brillante  assemblée  a 
bruyamment  prouvé  par  ses  bravos  tout  le  plaisir  que  le  célèbre  artiste 
lui  avait  causé.  Le  lendemain,  S.  M.  l'impératrice  a  fait  remettre  à  Sé- 
ligman  une  bague  en  diamants,  accompagnée  d'une  lettre  autographe. 

„.%  Milan,  20  mars.  —  Hier,  presque  à  l'improviste,  nous  avons  eu  la 
première  représentation  de  Giuditta,  le  nouvel  opéra  du  maestro  Péri, 
l'auteur  renommé  de  Victor  Pisani,  œuvre  unanimement  applaudie  à 
Rome,  à  Bologne  et  à  Florence.  Le  livret  de  Giuditta  a  été  écrit  par  Mar- 
celliano  Marcello,  et  si  les  vers  n'en  sont  pas  très-bons,  les  situations 
n'en  sont  pas  moins  dramatiques  et  intéressantes.  Si  Pancani  avait  été 
en  voix,  cette  nouvelle  partition  du  persévérant  compositeur  aurait  fait 
fureur.  On  ne  peut  nier,  en  effet,  qu'elle  renferme  des  idées  neuves  et 
originales,  qu'elle  est  bien  conduite  et  que  l'instrumentation  est  digne  de 
nos  meilleurs  compositeurs.  Si  elle  est  reprise  en  automne  ou  au  carna- 
val avec  un  meilleur  ténor,  notre  répertoire  se  sera  incontestablement 
enrichi  d'un  nouveau  fleuron.  La  Lorini-Vera  a  été  l'héroïne  de  la  fête; 
c'est  une  artiste  incomparable  et  povir  le  chant  et  pour  le  jeu.  Corsi  a 
droit  à  tous  nos  éloges,  et  dans  la  scène  de  folie  avec  la  Lorini,  il  s'est 
surpassé.  Le  maestro  a  été  rappelé  dix  fois. 

*%  Saint-Pétersbourg,  1 6-23  mars.  —  La  saison  des  concerts  est  très- 
animée  cette  année,  et  les  artistes  de  mérite  ne  nous  font  pas  défaut. 
Vieuxtems,  Dreyschok,  les  sœurs  Ferai,  Montigny,  se  partagent  le  public 
dilettante  de  Saint-Pétersbourg.  Après  avoir  été  brillamment  fêté  à 
Moscou,  Vieuxtems  annonce  un  nouveau  concert  à  notre  grand  théâtre  ; 
Dreyschok  en  a  déjà  donné  un  au  théâtre  Michel,  et  il  récidive  demain 
mercredi.  Un  auditoire  trop  peu  nombreux  ,  mais  composé  d'artistes  et 
d'amateurs  distingués,  assistait  à  la  première  soirée  ;  demain  il  y  aura 
foule,  car  sans  être  témoin  de  l'étonnante  puissance  de  talent  à  laquelle 
il  est  parvenu,  et  de  l'incroyable  perfection  d'exécution  qu'il  a  acquise, 
personne  ne  peut  se  faire  une  idée  de  ce  qu'est  Dreyschok.  Le  finale 
du  concerto  en  sol  mineur  de  Mendelssohn  joué  par  lui  met  vraiment 
l'auditeur  hors  d'haleine;  toutes  les  difficultés,  les  tours  de  force,  si 
nous  osions  nous  exprimer  ainsi,  semblent  ne  lui  coûter  aucun  effort, 
aucune  fatiguei  Les  morceaux  que  l'éminent  artiste  a  fait  entendre  en- 
suite à  son  public  étaient  le  Nocturne  en  fa,  de  Chopin  ;  les  Arpégis,  ro- 
mance sans  paroles  et  une  saltarelle  de  sa  composition;  la  Gavotte,  de 
Rach,  et  une  Rapsodie  {op.  40.)  également  de  lui.  Rappelé  à  plusieurs 
reprises  après  chaque  morceau,  Dreyschok  a  terminé  la  soirée  par  l'air 
national  anglais  God  save  the  queen,  avec  variations  pour  la  main  gauche 
seule,  qui  a  enlevé  l'auditoire.  Les  cris  et  les  bravos  ont  éclaté  de  toutes 
parts,  et  l'artiste  a  dû  se  présenter  encore  aux  applaudissements  que  lui 
réservaient  les  rappels  réitérés  du  public.  Dreyschok,  avant  d'arriver  à 
Saint-Pétersbourg,  avait  donné  dix  concerts  à  Berlin  et  cinq  à  Kœnigs- 
berg  ;  il  devra  certainement  en  donner  également  une  série  chez  nous 
—  Le  concert  donné  hier  au  grand  théâtre  par  les  sœurs  Ferai  a  été 
pour  elles  une  longue  suite  d'ovations.  Colosanti,  l'ophicléide-miracle , 
a  eu  sa  bonne  part  de  bravos.  —  Nous  serons  à  même  d'apprécier  de- 
main le  talent  de  M.  Montigny,  violoncelliste,  qui  nous  arrive  précédé 
d'une  grande  réputation.  —  On  vient  d'ouvrir  l'abonnement  au  théâtre 
Italien  pour  la  saison  prochaine  ;  les  sujets  engagés  sont  jusqu'à  présent: 
MmesEmy  Lagrua,  Nantier-Didiée,  Bernardi  et  Fioretti;  MM.  Tamberlick, 
Calzolari,  Mongini,  ténors;  •Debassini ,  Everardi  ,  barytons;  Marini  et 
Rossi,  basses.  Les  bruits  d'engagement  de  Mlle  Balfe  ne  se  sont  pas  réa- 
lisés ,  et  Mmes  Charton-Demeur  et  Brambilla  n'ont  pas  été  réengagées 
non  plus  que  Giraldoni. 


Chez  G.  BRÀNDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu  (au  1"), 


LE  PARDON  DE   PLOËRMEL 

De  G.   MEYERBEER, 
■•sur  piano  cl  liiirinoiihiiu. 

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DE  PARIS. 


139 


lr°  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 

Exposition  de  1849. 

"  médaillcld'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  ROIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE  SAINT  ■ GEORGES,    50 


!■■  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (1855).  —  So-uïe  grande   médaille 
(Council  NSetittî)  à  l'ExB»osition  universelle  «le  Iiondres  (a  $51). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

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CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

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Tous  les  instruments  à  pistons   avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1S50. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  I85«. 


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ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

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bales, etc.,  etc. 


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Favareer  (R.).   Op.  11.  Vanda,  varsovienne. . 

—  Op.  12.  Tarentelle 

—  Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 

—  Op.  14.  En  Chasse,  fantaisie 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 

—  Deuxième  grande  valse 

—  Deuxième  mazurka 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 

—  Op.  20.  Rondo-polka 

—  Op.  21.  Sicilienne 

—  Op.  22.  Elégie 


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50 

7 

30 

7 

50 

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6 

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50 

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9 

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50 

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7 

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éditeurs,  11,  rue  Rougemont. 

MUSIQUE  DE  CHANT 

CJevacrt.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 250 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 2 

^langeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6 

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Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 
B8.  lEavina  et  EL.   Clatpissoii. 


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perfectionnement . 

Instruments  Saxomuitonioues.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  (Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

i(  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


MAISON  H.  HERZ  p«i™ 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  desconcertsdu  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontest 
ble.  Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang 
nanimité  des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n"  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 


Publié  par  G.  BRAXDUS  et  S.  DUFOUR, 
103,  rue  de  Richelieu,  au  1". 

LE 

PARDON  DE  PLOERMEL 

Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 

G.  MEVERBESR 


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La  même,  avec  paroles  françaises,  in-8°.  1 8 

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Choix  d'airs  d'opéras,  duos,  romances  sans  accom- 
pagnement des  meilleurs  auteurs  anciens 


et  modernes. 
Edition  populaire. 


flfllïPÏ  fFft    facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 

lWUI  LL 1 U    position  1849;  Médaille  de  X"  classe 


exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  a  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  onl  tra  .  ne  iaisse  r;en  a  désirer  sous  le  double  rap- 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé  ^  ,a  quantité  et  de  ja  qualité  du  son.    Magasin, 

sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si  'rue  Montmartre,  161. 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac-  _^^___^_^___ 

cordé,  A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premicA — 

rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la  immiim  tirnin  de 

bualité  du  son.  .  L  HÂRMUNll  liU  i  II       MAÏEBMAB1X, 

[Extrait  du rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition  dont  le  succès  grandit  chaque  jour,  se    trouve  chez 
universelle  de  Paris.)  Mayermarix,  40,  passage  des  Panoramas,  à  Paris. 


prix  accordé  a  l'unanimité  a  l'exposition 
universelle  de  londres  1851. 


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A    l'exposition    UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur    du    Conservatoire    et   de 
l'Académie  impériale  de  parla. 

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adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


140 


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Composée  à  l'occasion    du  festival  donné  à  Paris  pour  la  célébration  du  100°  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller, 


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Avec  accompagnement  de  Piano,  par  Bazille,  du 


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ALEXANDRE    DUMAS    ET    DE    LEUVEN 

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L'OUVERTURE  arrangée  pour  le  piano,  prix  :  7  fr.  50. 


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15  Avril  1860. 


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Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


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Nos  abonnés  reçoivent,   avec   le   nnméro  de  ce  jour, 
LE  CABIIjLON  ,  morcean  de  salon ,  par  Alfred  Jajbix. 


SOMMAIRE.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  Concert  de 
Mme  Gaveaux-Sabatier  ;  une  opérette  de  Mlle  Thys.  —  lîevue  des  théâtres,  par 
D.   A.  B.  Saint-Yïes.  —  Nouvelles  et  annonces. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

lzjdor  IiOtto.  —  ffiavisj. —  Albertine  Ségisser.  —  tl.  Telesiiiski.— 
Adolphe  Fétis.  —  Camille  Saint-Saens.  —  Louis  Iiacomhe.  — 
Bans  Seelinfr. 

A  douze  ans,  Izydor  Lotto  remporta ,  au  Conservatoire,  le  premier 
prix  de  violon.  Son  succès  fut  l'un  des  plus  beaux  obtenus  dans  la 
classe  de  M.  Massart.  Depuis ,  il  a  travaillé ,  il  a  étudié  l'harmonie  ,  la 
composition,  et  son  jeu  a  hérité  de  tout  ce  que  les  fortes  études ,  le 
travail  de  la  pensée,  les  méditations  que  font  naîlre  les  pages  des 
grands  maîtres  donnent  aux  virtuoses;  c'est-à-dire  un  goût  scrupuleux, 
un  style  pur  et  sévère.  Jeudi,  dans  un  brillant  concert,  le  jeune  vio- 
loniste a  prouvé,  — ce  que  ne  prouvent  pas  toujours  les  exécutants 
précoces ,  —  que  le  fardeau  des  succès  récoltés  tôt  n'avait  rien  enlevé  à 
la  vigueur,  à  la  grâce  et  à  la  fraîcheur  de  son  talent.  Tout  d'abord , 
l'émotion  ne  lui  a  permis  de  faire  apprécier  que  l'élégance,  la  finesse 
et  la  douceur  de  son  style,  que  la  longueur  de  son  coup  d'archet  au- 
quel on  eût  pu  demander  de  se  passionner  davantage  et  de  mordre 
aussi  bien  la  corde  qu'il  la  caressait  ;  mais  bientôt,  rassuré  et  animé 
par  l'accueil  enthousiaste  qui  lui  était  fait ,  il  a  dit  tous  ses  morceaux 
avec  l'expression  tendre  qu'ils  demandaient  et  aussi  avec  beaucoup 
d'élan,  de  fermeté  et  d'ampleur. 

Le  concerto  de  Mendelssohn  est  bien  un  concerto,  —  ce  qui  devient 
rare. —  L'accompagnement  d'orchestre,  tout  riche  ,  tout  symphonique 
qu'il  est,  laisse  bien  la  souveraineté  au  violon  principal.  Lotto  a  exé- 
cuté toutes  les  parties  de  cette  œuvre  difficile,  touchante  et  passionnée 
avec  une  expression  vraiment  exceptionnelle. 

Le  point  d'orgue  du  premier  allegro,  ses  arpèges,  ses  trilles,  ses 
beaux  accords  ont  trouvé  sur  le  violon  du  jeune  maestro  une  force  et 
un  éclat  qui  ont  excité  de  chaleureux  bravos.  Les  chants  de  cet  ap- 
passionalo  ont  été  aussi  complètement  rendus  que  les  traits.  La  mé- 
lodie de  Validante,  si  simple,  si  noble,  si  dramatique,  et  où  les  doubles 


cordes,  les  duos  les  plus  serrés  sont  exécutés  parle  violon,  a  été  dite 
avec  une  admirable  justesse.  Rien  de  plus  aimable,  de  plus  spirituel, 
de  plus  fantasque,  de  plus  modernisé  que  le  finale.  Lotto  y  a  déployé 
une  souplesse,  une  légèreté  prodigieuse  et  y  a  excité  de  bien  sympa- 
thiques acclamations.  Dans  ce  concerto  aussi  bien  que  dans  la  belle 
fantaisie  de  Léonard,  Souvenirs  d'Haydn,  il  a  conservé  cette  aisance 
qui  ne  laisse  voir  que  ce  que  les  passages  périlleux  ont  d'aimable  et 
d'éblouissant. 

11  y  a  plus  que  du  savoir  et  de  la  distinction  dans  les  deux  compo- 
sitions du  jeune  artiste  :  Morceau  de  concert  et  Grande  valse,  il  y  a 
de  l'originalité  et  une  tendance  au  grand  style  ;  quoique  Fauteur,  en 
vrai  soliste,  s'y  montre  encore  un  peu  trop  amoureux  des  difficultés. 
Elles  ont  été  délicieusement  jouées  et  vivement  applaudies. 

Un  très-bon  orchestre,  supérieur  à  presque  tous  ceux  qu'on  entend 
dans  les  concerts,  et  fort  bien  dirigé  par  M.  Victor  Chéri,  a  jeté  beau- 
coup d'éclat  sur  cette  soirée.  Il  a  accompagné  avec  talent  le  ravissant 
Capriccio  de  Mendelssohn  que  Mme  Massart  a  joué  avec  une  délica- 
tesse, une  légèreté ,  un  brio,  une  flexibilité  d'expression  qui  ont  en- 
chanté l'auditoire  et  ont  valu  à  la  charmante  pianiste  une  magnifique 
ovation. 

Mlle  Baretti  a  une  voix  délicieuse  et  déjà  très-exercée,  mais  il 
manque  à  son  talent  un  peu  plus  de  finesse,  de  charme,  et  l'on  peut 
souvent  désirer  quelque  chose  de  meilleur  goût  dans  la  composition 
de  ses  fioritures  et  de  ses  points  d'orgue. 

On  pourrait  exiger  de  Géraldy  un  organe  plus  puissant,  mais  on  ne 
pourrait  rendre  avec  plus  de  talent  qu'il  ne  l'a  fait  la  belle  et  franche 
inspiration  de  Meyerbeer  :  la  chanson  du  Chasseur,  du  Pardon  de 
Ploërmel,  et  l'air  de  Boïeldieu  :  Ah  !  quel  plaisir  d'être  soldat. 

—  M.  Ravisy  possède  une  jolie  voix  plutôt  douce  que  forte.  Chez 
le  jeune  ténor  l'instrument  n'est  pas  tout  :  il  a  le  goût,  l'intelligence, 
le  sentiment  musical  ;  il  comprend  les  choses  gracieuses  et  les  dit 
avec  suavité  ;  il  a  de  la  chaleur  et  vocalise  très-convenablement  ;  sa 
voix  de  tête  est  souvent  délicieuse,  et  le  médium  est  bon  ;  mais  dans 
la  voix  de  poitrine  les  sons  élevés  manquent  d'aisance ,  d'ampleur, 
et  dans  tous  les  registres  on  peut  souhaiter  parfois  une  plus  grande 
justesse.  Toute  la  partie  vocale  de  ce  concert  a  été  remarquable  : 
la  méthode  et  le  style  n'en  étaient  pas  absents ,  comme  cela  arrive 
si  souvent.  Outre  Balanqué ,  qui  a  bien  chanté  un  air  des  ISoces  de 
Figaro ,  et  avec  M.  Ravisy  un  duo  de  Masaniello ,  Mlle  François  a 
été  vivement  applaudie  ;  cette  cantatrice  a  fait  de  grands  progrès  : 
sa  voix  vibrante,  étendue,  très-sympathique  et  toujours  belle,  a  plus 
de  nuances ,  d'expressions  diverses  et  est  plus  sagement  conduite  ; 
elle  a  dit  avec  une  sensibilité  exemple  de  toute  afféterie  une  mélodie 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


d'Alary,  V Etranger,  écrite ,  il  nous  a  semblé ,  sur  une  touchante  et 
dramatique  poésie  de  Mme  Emile  de  Girardin. 

Un  trio  de  Fesca  où  il  y  a  des  choses  ravissantes  ;  Souvenirs  de 
Bellini,  de  Nathan,  que  l'auteur  a  joués  avec  beaucoup  d'expression  : 
deux  jolis  morceaux  composés  et  exécutés  par  M.  Chaîne ,  enfin  un 
solo  de  hautbois  ont  tour  à  tour  été  accueillis  avec  sympathie,  quel- 
ques-uns même  avec  enthousiasme.  Nous  n'aurions  donc  que  des  élo- 
ges à  donner  aussi  aux  instrumentistes,  si  un  solo  de  piano  n'était 
venu  faire  dissonance  ,  et  prouver,  ce  qui  n'avait  nullement  besoin 
de  l'être,  qu'un  bon  accompagnateur  pouvait  manquer  de  l'élégance, 
de  la  souplesse  et  de  la  distinction  qui  font  les  bons  solistes.  C'est 
le  cas  de  redire  : 

Tel  brille  au  second  rang  qui  s'éclipse  au  premier. 

—  Albertine  Ségisser,  charmante  enfant  dont  la  précoce  intelli- 
gence avait  frappé  tout  le  monde  au  concert  de  Kruger,  où  elle  avait 
déclamé  plusieurs  pièces  de  vers  avec  des  intentions  très-fines,  donnait 
lundi  une  soirée  musicale  et  littéraire  ;  d'excellents  artistes  rehaus- 
saient l'éclat  de  cette  petite  fête  qui  a  été  charmante.  La  Prière  d'Es- 
ther,  des  fables  de  Florian,  et  une  scène  dramatique  de  M.  Blanvalet 
ont  été  récitées  par  la  toute  jeune  artiste  de  façon  à  justifier  l'intérêt 
et  les  sympathies  qu'elle  inspire;  elle  est  fille  d'un  musicien  de  ta- 
lent, d'un  compositeur  de  mérite,  dont  les  œuvres,  ce  soir-là,  ont  été 
très-favorablement  écoutées.  Hammer,  Kruger  et  Rignanlt  ont  fort 
agréablement  joué  un  trio  de  M.  Ségisser,  où  il  y  a  du  savoir  et  des 
pensées  souvent  brillantes.  La  flûte  si  mélodieuse  et  si  sonore  de 
M.  Amédée  de  Vroye  a  fait  grand  plaisir  dans  un  duo  du  même  au- 
teur. Kruger  a  exécuté  deux  morceaux  de  sa  composition  avec  les 
qualités  sérieuses  qui,  jointes  à  une  grande  distinction  de  style,  don- 
nent à  son  talent  une  supériorité  aujourd'hui  solidement  établie. 

—  i.  Telesinski,  l'un  des  plus  brillants  élèves  d'Alard,  a  donné 
mardi,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  un  fort  joli  concert  que  Mlle  de 
la  Pommeraye,  MM.  Victor  Capoul,  René  Douay  n'ont  pas  peu  contri- 
bué à  rendre  charmant,  et  que  Berthelier  a  égayé  de  ses  piquantes  et 
spirituelles  chansonnettes.  Telesinski  a  joué  deux  morceaux  d'Alard 
avec  cette  justesse,  ce  brio,  cet  excellent  style,  cette  sûreté,  ces  har- 
diesses [d'archet  qui  rendent  notre  école  de  violon  si  belle  et  lui 
assignent  un  rang  si  élevé  dans  l'enseignement  du  Conservatoire. 
Le  jeune  artiste  a  exécuté  encore  avec  une  grande  pureté  et  un 
grand  charme  le  quatuor  op.  lh  de  Beethoven;  il  a  joué  simplement 
sa  partie  ;  il  y  a  trouvé  l'expression  convenable,  chaleureuse  ;  il  n'a 
rien  outré,  pas  même  l'importance  du  premier  violon,  et  il  a  satisfait 
aussi  pleinement  ses  auditeurs  dans  cet  admirable  ouvrage  ,  que  dans 
les  capricieuses  fantaisies  de  ses  deux  soli.  La  soirée  a  été  bonne  pour 
le  brillant  violoniste  qui,  depuis  l'année  dernière,  a  encore  gagné  en 
vigueur  et  en  variété  de  style.  Mme  Szarvady  a  captivé  l'admiration 
de  l'auditoire  en  disant  deux  pièces  de  Chopin  avec  la  vérité  d'expres- 
sion qu'elle  apporte  dans  les  compositions  de  tous  les  maîtres. 

—  M.  Adolphe  Fétis  n'a  fait  entendre  à  son  concert  que  deux  courtes 
et  gracieuses  pages  de  sa  composition.  La  Légende  des  siècles,  chant 
sans  paroles,  a  été  exécuté  sur  l'harmonium  par  l'auteur  avec  beau- 
coup de  charme  et  un  excellent  style.  S'il  a  emprunté  le  titre  à  un 
grand  poète,  il  n'a  emprunté  à  personne  l'élégance  des  mélodies  et 
les  finesses  de  l'harmonie.  Malgré  une  exécution  presque  défectueuse, 
l'air  de  son  opéra-comique  inédit,  ÏOnch  Tranchard,  a  paru  bien 
fait  et  spirituellement  écrit.  Quand  donc  les  chanteurs,  si  privilégiés 
déjà  par  la  nature,  comprendront-ils  qu'un  bon  musicien  est  mainte- 
nant chose  assez  commune  et  que,  seuls,  ils  ne  sauraient  être  dis- 
pensés des  études  que  font  bien  plus  longues  et  bien  plus  difficiles 
encore  les  compositeurs  et  les  instrumentistes?  Géraldy,  qui  chante 
toujours  avec  tant  d'esprit  et  de  sensibilité,  a  fait  un  plaisir  extrême  ; 
et  il  eût  été  à  désirer  que  les  œuvres  de  M.  Adolphe  Fétis  eussent  pu 
avoir  un  semblable  interprète. 

Mme  Marie  Pleyel  a  dit  un  adagio  de  Hummel  avec  une  éloquence 


qui  n'appartient  qu'à  elle.  La  célèbre  artiste  possède  à  un  degré  sin- 
gulièrement rare  une  qualité  qui,  dans  les  inextricables  difficultés  de 
la  musique  moderne,  est  incomparable  :  elle  ne  perd  jamais  de  vue  le 
point  mélodique  ;  elle  le  fait  briller,  au  contraire,  dans  la  foule  des 
traits,  comme  si  une  seule  voix,  plus  puissante  que  les  autres,  domi- 
nait sur  tout  le  chœur  qui  l'accompagne,  la  soutient  et  l'embellit.  Il  a 
suffi  à  Mme  Pleyel  de  jouer  la  Truite,  si  bien  et  si  délicatement  ornée 
par  Stephen  Heller,  et  la  Fileuse,  de  Litolff,  pour  obtenir  un  véritable 
triomphe. 

—  Incontestablement,  M.  Camille  Saint-Saens  est  l'un  des  meilleurs 
talents,  l'un  des  meilleurs  fruits  que  puisse  donner  une  école.  Quoi- 
que jeune,  il  compose  depuis  longtemps  ;  mais  après  avoir  vite  conquis 
l'estime  des  artistes,  il  n'a  guère  fait  de  chemin  dans  l'opinion  publi- 
que. Tout  le  monde  vous  dira,  pour  l'avoir  lu  ou  entendu  quelque 
part,  que  M.  Saint-Saens  est  un  artiste  sérieux,  instruit;  mais  nul  ne 
vous  jouera  ses  œuvres.  11  y  a  comme  cela,  à  Paris,  une  dizaine  de 
jeunes  musiciens  dont  chacun  ne  parle  qu'avec  une  certaine  gravité,  et 
que  le  public  ne  connaît  pas  et  ne  connaîtra  peut-être  jamais.  On  le 
sait,  M.  Saint-Saens  joue  toujours  magistralement  ;  c'est  un  pianiste 
classique  dont  le  talent  est  grand,  quoique  un  peu  froid  et  un  peu  sec. 
Ses  œuvres  ont  été  interprétées  par  lui  et  par  MM.  Dorus,  Leroy, 
Achille  Dien,  Armingaud,  Lapret,  Lalo,  Jacquart  et  E.  Lubeck.  Rien 
de  tout  ce  que  peut  prêter  une  magnifique  exécution  n'a  donc  manqué 
au  compositeur,  et  pourtant  nous  ne  saurions  louer  cette  musique 
sans  réserve.  Si  elle  est  toujours  intéressante,  si  elle  captive  l'esprit 
elle  est  rarement  belle  et  émouvante.  L'harmonie,  d'une  sévère  cor- 
rection et  parfois  d'une  grande  hardiesse,  n'est  guère  limpide  :  ce  ne 
sont  que  dissonances,  retards  et  recherches  de  toutes  sortes.  Nous 
en  signalons  l'abus,  parce  qu'il  nous  semble  qu'on  n'a  recours  à 
toutes  ces  coquetteries  de  forme  que  lorque  la  pensée  n'est  ni  assez 
large,  ni  assez  passionnée,  ni  assez  franche  pour  marcher  un  peu  plus 
librement,  et  se  montrer  un  peu  plus  simplement  vêtue. 

Dans  le  quintette,  dans  les  duos  pour  piano  et  harmonium,  dans 
la  fantaisie  pour  clarinette,  dans  le  concerto  pour  violon,  dans  la 
tarentelle,  etc.,  il  y  a  tout  le  talent  qu'on  peut  souhaiter;  il  yen  a 
même  peut-être  trop.  Si  M.  Saint-Saeifc  pouvait  joindre  aux  qualités 
qui  étincellent  dans  son  style  ce  quelque  chose  qui  restera  le 
secret  de  la  pensée,  de  la  passion  et  de  la  nature,  nous  comp- 
terions assurément  au  lieu  d'un  compositeur  plein  de  mérite,  un 
grand  compositeur  de  plus.  Toutefois  mardi,  à  la  soirée  musicale 
qu'il  donnait  dans  les  salons  Erard,  il  a  obtenu  et  devait  obtenir 
beaucoup  de  succès. 

—  Au  deuxième  concert  de  Louis  Lacombe,  on  a  entendu  plu- 
sieurs des  jolies  compositions  qu'on  avait  applaudies  au  premier,  no- 
tamment des  fragments  de  l'Amour  pleins  de  chants  heureux,  frais  et 
finement  harmonisés.  Comme  pianiste,  Lacombe  n'est  plus  discuté; 
nul  ne  songe  à  lui  contester  un  mécanisme  savant  et  étudié,  un  style 
pur,  agrandi  par  une  longue  fréquentation  des  vieux  maîtres.  11  est 
difficile  de  mieux  rendre  qu'il  ne  l'a  fait  toutes  les  beautés  de  la  sonate 
en  la  de  Beethoven,  tout  le  caprice,  toutes  les  fougues,  toutes  les 
difficultueuses  combinaisons  d'une  étude  et  d'une  Kapsodie  hongroise, 
de  F.  Liszt.  Mais  comme  compositeur,  et  malgré  ses  succès,  peut-être 
n'occupe-t-il  pas  encore  toute  la  place  qui  lui  est  due.  En  écoutant 
son  trio  en  la  mineur,  où  le  violon  de  M.  Kœmpel  a  ravi  l'auditoire, 
sa  fantaisie  dans  le  genre  hongrois,  —  tous  les  genres  sont  bons,  hors 
un  seul  que  Lacombe  se  garde  bien  de  traiter,  —  on  a  pu  voir  que 
l'auteur  ne  manquait  ni  de  science,  ni  d'inspiration,  ni  d'initiative. 
Dans  cette  fantaisie  à  deux  pianos,  l'auteur  et  Emile  Forgues,  c'es'.-à- 
dire  quatre  mains  des  plus  habiles,  se  sont  fait  applaudir  avec  une 
chaleur  méritée  autant  par  leur  style  que  par  le  brio  de  leur  exécution. 
Une  des  plus  jolies  mélodies  qu'ait  écrites  Lacombe  est  sans  contredit 
celle  qui  lui  a  été  inspirée  par  une  pièce  d'Uhland  :  le  Château  près 
de  la  mer.  La  musique,  pleine  de  charme  et  de  mélancolie,   s'ac- 


DE  PARIS. 


lij} 


corde  merveilleusement  avec  les  paroles  et  transporte  l'imagination 
dans  les  temps  de  rêveuse  et  naïve  poésie.  Mlle  Stella  Co'.as  a  dit 
avec  beaucoup  de  sentiment  un  monologue  de  Méry,  et  la  Fiancée  du 
timbalier,  de  Victor  Hugo. 

—  M.  Hans  Seeling  a  fait  entendre,  dans  les  salons  Erard,  ses  com- 
positions pour  piano.  Il  les  a  exécutées  en  musicien  élevé  à  bonne 
et  sérieuse  école  et  elles  ont  été  fort  goûtées,  moins  cependant  que  ne 
le  méritent  leurs  qualités  de  style.  Le  travail  en  est  excellent,  mais 
l'auteur  se  complaît  peut-être  trop  longtemps  dans  la  même  idée  ;  il 
la  retourne  en  tous  sens,  il  l'épuisé  et  ne  se  décide  à  la  quitter  que 
quand  elle  a  passé  par  toutes  les  marches  d'harmonie,  toutes  les  mo 
dulations,  qui,  si  elles  offrent  de  l'intérêt,  ne  sont  pas  sans  monotonie 
pour  ceux  qui  veulent  plus  d'élan,  de  passion  et  une  plus  grande 
abondance  mélodique.  Quoi  qu'il  en  soit,  M.  Seeling  est  un  pianiste, 
un  musicien  de  beaucoup  de  talent;  il  a  l'élégance  et  la  forme,  le 
fond  se  colorera.  Si  ses  œuvres  n'ont  pas  les  grâces  séduisantes,  les 
coquetteries  de  jolies  et  pimpantes  petites  pièces  qu'on  publie  chaque 
jour,  elles  ont  de  la  pureté  et  de  l'élévation;  elles  prouvent  de  bonnes 
études,  une  organisation  fine,  délicate  et  distinguée  qui  aspire  aux 
choses  durables  et  qui  est  tout  imprégnée  du  parfnm  des  maîtres. 

Il  serait  difficile  de  dire  combien  de  fois  nous  avons  entendu  cet 
hiver,  dans  les  concerts  et  dans  les  salons,  l'air  de  l'Ombre,  du 
Pardon  de  Ploêrmel.  Cette  page,  l'une  des  plus  fraîches  et  des  plus 
exclusivement  mélodiques  qu'ait  écrites  l'illustre  maître,  est  vite  de- 
venue la  favorite  de  toutes  les  cantatrices.  Elles  imitent  le  mieux 
qu'elles  peuvent  la  grâce  incomparable,  les  vocalises  de  Mme  Cabel. 
A  son  tour  Mlle  Baretti  l'a  chantée  à  ce  concert  et  y  a  obtenu  beaucoup 
de  succès. 

Adolphe  BOTTE. 


Concert  de  Mme  Gaveaux-Sabatier.  —  Une  opérette 
de  IKSle  Tliys.  —  Msne  Sievers. 

Mardi,  à  la  salle  Herz,  Mme  Gaveaux-Sabatier  donnait  son  concert 
annuel.  Il  y  avait  beaucoup  de  monde.  Le  programme  était  fort  riche, 
trop  riche  même  ;  car  la  première  partie  comprenait  neuf  morceaux, 
la  deuxième,  un  petit  opéra,  et  la  troisième,  des  chansonnettes. 
Comme  il  ne  fallait  pas  moins  de  quatre  heures  pour  exécuter  tout 
cela,  il  eût  été  rationnel  de  commencer  à  8  heures  pour  finir  à  minuit, 
ce  qui  aurait  été  déjà  suffisant  ;  mais  les  concerts  se  sont  mis  sur  le 
pied  de  lutter  avec  les  théâtres,  et  c'est  à  qui  finira  le  plus  tard  ;  aussi 
la  soirée  de  Mme  Sabatier  n'ayant  commencé  qu'à  9  heures,  minuit 
sonnait  sur  le  finale  de  l'opérette.  Ceux  des  auditeurs  qui  ont  tenu  à 
en  avoir  pour  leur  argent  et  à  entendre  les  chansonnettes  de  M.  Castel, 
ont  dû  rentrer  chez  eux  à  1  heure  du  matin.  Nous  ne  saurions  trop 
nous  élever  contre  cette  coutume  qui  fait  d'un  plaisir  une  fatigue,  et, 
dans  l'intérêt  même  des  donneurs  de  concert  si  nombreux  aujourd'hui, 
nous  devons  leur  dire  que  deux  heures  de  musique,  si  bonne  qu'elle 
soit,  sont  une  mesure  raisonnable,  et  qu'en  persistant  dans  la  voie  où 
ils  sont  entrés,  ils  finiront  par  jouer  ou  chanter  dans  le  désert.  Nous 
sommes  d'ailleurs  étonné  que  les  propriétaires  des  salles,  à  la  charge 
desquels  est  l'éclairage  et  dont  les  frais  augmentent  en  raison  de  la 
durée,  ne  soient  pas  les  premiers  à  la  limiter,  et  surtout  que  la  police 
qui  soumet  les  théâtres  à  l'obligation  de  finir  à  minuit,  n'impose  pas 
la  même  règle  aux  salles  de  concert.  Nous  croyons  que  tout  le  monde 
y  gagnerait,  et  la  partie  du  public  qui  se  montre  exacte  n'aurait  pas 
du  moins  à  souffrir  de  l'inexactitude  de  celle  qui  se  fait  attendre. 

Sur  les  neuf  morceaux  de  la  première  partie,  trois  étaient  consacrés 
au  violon  et  exécutés  par  Lecieux.  On  eût  pu  sans  inconvénient  en 
retrancher  deux  ;  l'instrument  de  cet  artiste,  au  talent  duquel  nous 
rendons  d'ailleurs  justice,  n'était  pas  en  voix  ce  soir-là,  et  nous  ne 
l'avons  retrouvé  lui-même  que  dans  la  fantaisie  qu'il  exécutait  pour  la 


première  fois.  Mlle  Joséphine  Martin  et  Alexandre  Batta,  la  première 
dans  un  menuet  et  dans  l'Ouverture  des  chasses,  le  second  dans  les 
Souvenirs  de  Gluck,  fantaisie  pour  le  violoncelle,  ont  fait  un  très- 
grand  plaisir  et  ont  été  parfaits;  c'est,  au  reste,  leur  habitude. 
Mme  Sabatier  était  arrivée  souffrante  et  n'a  pu  chanter  qu'un  morceau  ; 
son  partenaire  fidèle  et  dévoué,  Jules  Lefort,  qui  avait  réclamé  pour 
elle  l'indulgence,  l'a  valeureusement  suppléée  en  chantant  avec  sa 
voix  sympathique  deux  chansons  remarquables  de  Membrée,  Page, 
écuijer,  capitaine  et  Chanson  d'amour  ;  il  a  dit  de  plus  une  scène  de 
Mme  Clémentine  Batta,  la  Vision  du  Dante,  accompagnée  par  Batta,  et 
qui  a  été  fort  goûtée. 

Après  une  bonne  demi-heure  d'entr'acle  consacré  à  la  pose  d'une 
décoration  dont  l'utilité  ne  nous  a  pas  semblé  bien  démontrée,  la 
Perruque  du  bailli  a  commencé.  C'est  une  paysannerie.  Louison,  jeune 
orpheline,  attend  un  mari  du  choix  de  sa  tante  ;  ce  mari  sera  Mathu- 
rin,  fermier  peu  dégourdi,  mais  qui  aime  considérablement  Louison, 
à  laquelle,  sous  un  prétexte  délicatement  trouvé,  il  a  déjà  donné  l'hé- 
ritage de  son  oncle  le  bailli  dont  il  n'a  conservé  que  la  perruque. 
Seulement  il  s'agit  de  se  faire  agréier,  comme  il  dit,  et  la  chose  n'est 
pas  facile,  car  Louison  a  été  éduquée  et  il  s'en  faut  que  lelangage  et  les 
manières  de  Mathurin  répondent  au  ton  de  la  jeune  fille.  On  a  répété 
souvent  à  Mathurin,  en  lui  parlant  de  son  oncle  le  bailli,  qu'il  y  avait 
beaucoup  d'esprit  sous  sa  perruque  ;  prenant  la  chose  à  la  lettre  il 
s'imagine  qu'en  s'affublant  de  cette  perruque  elle  lui  inspirera  le  cou- 
rage et  lui  suggérera  les  belles  paroles  qui  peuvent  toucher  le  cœur  de 
son  amoureuse.  L'épreuve  ne  lui  réussit  pas  précisément,  mais  elle 
amène  une  explication  qui  apprend  à  Louison  tout  ce  qu'elle  doit  au 
bon  cœur  et  à  la  tendresse  de  Mathurin,  et  elle  comble  ses  vœux 
en  l'agréiant  pour  mari. 

Les  paroles  et  la  musique  de  ce  petit  opéra  de  salon  sont  de 
Mlle  Thys  qui  compte  déjà  plusieurs  succès  dans  ce  genre.  On  peut 
reprocher  à  la  Perruque  du  bailli  un  peu  de  langueur  dans  l'action 
qui  manque  de  mouvement  et  de  vivacité;  mais  le  dialogue  en  est 
naturel  et  semé  de  mots  heureux.  L'exécution  musicale  s'est  un 
peu  ressentie  de  l'indisposition  de  Mme  Sabatier  qui  a  dû  passer  son 
air  principal  ;  la  partition  s'est  donc  réduite  pour  nous  à  quatre  ou 
cinq  morceaux,  et  nous  devons  dire  qu'ils  se  distinguent  par  une  cou- 
leur villageoise  bien  saisie  ;  la  romance  chantée  par  Mathurin  a  du 
charme  et  de  la  sensibilité  ;  les  couplets-ronde  entre  ce  dernier  et 
Louison  et  qui  sont  heureusement  ramenés  à  la  fin  de  l'ouvrage,  ont 
une  allure  franche  et  naturelle;  le  duo  de  la  déclaration  est  bien  en 
situation  ;  il  a  été  fort  applaudi  et  méritait  de  l'être.  En  somme  c'est 
un  nouveau  succès  pour  Mlle  Thys  qui  travaille  sérieusement  à  s'ou- 
vrir les  portes  de  nos  théâtres  lyriques.  M.  Biéval  a  joué  avec  beau- 
coup de  rondeur  et  chante  avec  expression  le  rôle  de  Mathurin. 
Mme  Sabatier,  que  le  temps  semble  oublier  dans  sa  course  destruc- 
trice, s'est  montrée  charmante  comédienne  et  a  chanté  de  manière  à 
faire  regretter  l'air  qu'elle  a  cru  devoir  passer. 

—  Jeudi,  12  avril,  a  eu  lieu,  dans  la  salle  Pleyel-Wolff,  le  concert 
de  Mme  Sievers.  Quoiqu'il  n'eût  pas  été  annoncé,  ce  concert  avait 
réuni  une  société  nombreuse,  élégante  et  choisie,  et  ce  qui  est 
assez  rare,  même  à  Paris,  une  société  de  dilettantes  éclairés.  Le  ta- 
lent éminent  de  Mme  Sievers,  comme  organiste,  a  été  trop  bien  ap- 
précié dans  notre  journal  même  par  le  plus  compétent  des  juges, 
M.  Fétis,  pour  que  nous  ayons  autre  chose  à  faire  qu'à  répéter  ses 
éloges;  une  élégance  achevée,  un  goût  infaillible,  un  sentiment  exquis, 
une  méthode  parfaite  ne  sont  pas  les  seules  qualités  de  Mme  Sievers  ; 
elle  a  joué  sur  l'orgue  un  morceau  inédit  de  sa  composition  qui  a 
produit  la  plus  profonde  impression.  Mme  Sievers,  qui  réunit  plu- 
sieurs talents,  a  chanlé,  en  s'accompagnant  sur  son  instrument  de 
prédilection,  plusieurs  morceaux  avec  un  style  où  se  reconnaissait 
évidemment  l'artiste  consommée.  Le  programme  annonçait  plusieurs 
morceaux  chantés  par  Mlle  la  Morlière  qui,  attendue  jusqu'au  dernier 


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IlEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


moment,  n'a  pas  cru  devoir  se  présenter.  Dans  un  joli  trio  de  Ni- 
colo,  que  le  public  a  rarement  l'occasion  d'entendre,  Mme  Sievers 
s'est  chargée  à  l'improviste  de  la  partie  que  devait  chanter  Mlle  la 
Morlière,  et  elle  l'a  chantée  de  manière  à  ne  pas  laisser  aux  audi- 
teurs le  moindre  regret  au  sujet  de  l'artiste  absente. 

M.  René  Douai,  l'excellent  violoncelliste  dont  la  place  est  marquée 
depuis  longtemps  dans  le  inonde  arliste,  M.  Pagans,  l'élégant  ténor, 
et  l'un  des  élèves  les  plus  distingués  de  Mme  Sievers,  M.  de  V...,  qui 
a  fait  preuve  d'un  vrai  talent,  ont  partagé  avec  Mme  Sievers  les  fa- 
tigues et  les  honneurs  de  la  soirée. 

S.   D. 


Mardi,  10  avril,  les  deux  théâtres  Italiens  de  Londres  ont  ouvert 
leurs  portes  au  public. 

Le  théâtre  de  la  Reine,  sous  la  direction  de  M.  Smith,  donnait  Maria, 
de  M.  de  Flotow;  Giuglini  remplissait  le  rôle  de  Lionel,  Ronconi  ce- 
lui de  lord  Tristan,  et  Mlle  Titjens  celui  de  lady  Henriette.  Le  ballet 
de  Fleur  des  champs,  de  Massot,  terminait  le  spectacle. 

Le  dernier  chef-d'œuvre  deMeyerbeer  (ilPelegrinaggio),  le  Pardon 
de  Ploënnel,  avait  été  choisi  par  M.  Gye  pour  l'ouverture  du  théâtre 
de  Covent-Garden.  Un  grand  attrait  de  curiosité  s'attachait  à  cette 
représentation,  dans  laquelle  débutait  Faure  à  côté  de  Mme  Miolan- 
Carvalho  et  de  Gardoni.  Ces  deux  derniers  artistes  ont  retrouvé  leur 
succès  de  l'an  dernier.  L'air  de  la  Berceuse ,  adorablement  dit  par 
Mme  Carvalho,  a  été  bissé  avec  enthousiasme.  Quant  à  Faure,  voici 
comment  s'exprime  sur  son  compte  le  journal  le  Times  : 

«  Il  signor  Graziani  a  laissé  un  si  bon  souvenir  de  l'exécution  de  son 
»  rôle  comme  vocaliste  que  parterre  et  loges  n'ont  point  été  médiocre- 
»  ment  surpris  et  impressionnés  par  la  voix  et  le  jeu  de  M.  Faure.  C'est 
»  un  baryton  sans  rival,  même  en  France  ;  c'est  un  acteur  consommé. 
»  L'idiome  italien,  malgré  les  difficultés  qu'il  présente  à  un  étranger, 
»  n'a  nullement  embarrassé  M.  Faure  pendant  le  cours  des  représenta- 
»  tions  d'hier.  Il  faut  reconnaître  tout  d'abord  qu'il  est  rare  de  trouver 
»  réunis  physique,  organe,  intelligence  dramatique  et  élocution  parfaite. 
»  Bien  que  sa  prononciation  décèle  son  origine,  M.  Faure  a  évité  toute 
•<  teinte  d'affectation  si  commune  parmi  ses  compatriotes  transplantés 
»  sur  notre  sol.  Chacun  a  admiré  l'aisance  avec  laquelle  il  nuançait  les 
»  diverses  situations  de  son  rôle.  Sa  bonhomie  dans  le  premier  acte, 
»  son  attitude  pendant  que  Dinorah  dessille  les  yeux  de  sa  dupe,  son 
»  repentir  et  son  désespoir  au  troisième  acte,  nous  ont  donné  la  mesure 
»  du  comique  parfait  et  de  la  sensibilité  vraie  dé  l'artiste  interprêtant 
»  la  pensée  de  Meyerbeer  et  s'élevant  à  sa  hauteur.  Aussi  M.  Faure  a-t-il 
»  produit  une  profonde  et  heureuse  impression  sur  toute  la  salle.  On 
»  lui  a  redemandé  en  masse  le  Sei  vendicata  assai,  qu'il  a  répété  avec 
»  une  aisance  parfaite  et  un  sentiment  admirable.  Le  triomphe  de 
»  M.  Faure  est  complet.  Et  si,  dans  les  rôles  qui  lui  reviennent,  nous  le 
»  retrouvons  tel  que  nous  l'avons  vu  hier,  facile,  naturel,  parfait,  nous 
»  constaterons  que  depuis  bien  des  années  l'Opéra-Italien  n'a  fait  une 
»  aussi  précieuse  acquisition.   » 

Le  Pardon  de  Ploêrmel  a  été  donné  pour  la  seconde  fois  jeudi  avec 
le  même  succès. 

Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  le  jeudi,  Mme  Borghi-Mamo  a  fait  son 
apparition  dans  la  Favorite;  la  célèbre  cantatrice  a  obtenu  un  im- 
mense succès  dans  ce  rôle  qui  est  peut-être  le  plus  beau  de  son 
répertoire. 

A  propos  des  engagements  faits  cette  année  par  les  deux  théâtres 
rivaux,  le  Musical  World  fait  remarquer  que  c'est  l'élément  étranger 
qui  domine  dans  les  deux  troupes  soi-disant  italiennes.  En  effet,  à 
Covent-Garden,  Mme  Miolan-Carvalho,  Mme  Nantiée-Didier,  Faure  et 
même  Tagliafico  sont  Français  ;  Zelger  est  Belge,  et  Mme  Czillag, 
primo-contralto,  est  Allemande.  Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  la  prima- 
dorraa  assoluta,  Mlle  Titjens,  est  Allemande,  et  Mme  Marie  Cabel, 
Mlle  Marie  Brunet,  Gassier,  Everardi  (Everard)  et  Vialetti  (Vialette) 
sont  Français. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Gymnase  :  Jeanne  qui  pleure  et  Jeanne  qui  rit,  comédie  en  quatre 
actes,  par  MM.  Dumanoir  et  de  Kéraniou.  — Variétés  :  les  Amours 
de  Cléopâtre,  vaudeville  en  trois  actes,  par  MM.  Marc-Michel  et 
Delacour. —  Palais- Royal  :  Un  bal  sur  la  tête,  vaudeville  de  MM.  Si- 
raudin  et  V.  Bernard. 

Nous  ne  sommes  pas  de  ceux  qui  font  un  crime  aux  pièces  de 
leurs  ressemblances  avec  d'autres,  surtout  lorsque  le  temps  a  passé 
sur  ces  dernières  et  les  a  fait  presque  oublier.  Le  public  se  préoc- 
cupe fort  peu  de  ces  sortes  de  choses,  et  pourvu  qu'une  scène  l'amuse, 
il  ne  se  demande  pas  si  elle  a  amusé  une  précédente  génération.  11  est 
bien  entendu  que  nous  ne  parlons  ici  que  d'analogie,  et  non  pas  de 
plagiat.  Encore  faut-il  faire  une  restriction  â  propos  des  ouvrages 
dramatiques  qui,  bien  que  déjà  anciens,  sont  cependant  restés  cé- 
lèbres. 

Ainsi, que  la  nouvelle  pièce  du  Gymnase,  Jeanne  qui  pkure  et  Jeanne 
qui  rit,  emprunte  ses  principales  situations  à  Théobald,  qu'on  ne  voit 
plus  depuis  longtemps  sur  l'affiche,  nous  n'y  trouvons  pas  un  bien 
grave  inconvénient  ;  mais  il  existe  au  Théâtre-Français  une  seconde 
édition  de  Théobald,  qui  se  joue  toujours,  et  pour  les  spectateurs  qui 
viennent  d'applaudir  la  Joie  fait  peur,  la  comédie  de  MM.  Dumanoir 
et  de  Kéraniou  perd  peut-être  un  peu  de  son  attrait. 

Néanmoins,  nous  devons  convenir  qu'elle  est  faite  avec  assez  d'ha- 
bileté pour  effacer  en  partie  ce  désavantage.  Ce  qui  lui  donne  d'ailleurs 
un  certain  air  de  nouveauté,  c'est  l'opposition  très-adroitement  présentée 
et  très-heureusement  soutenue  du  caractère  de  Jeanne  quiritel  de  celui 
de  Jeanne  qui  pleure.  Comme  on  le  pense  bien,  ce  double  titre  ren- 
ferme une  contre-vérité  qui  amène  des  situations  pleines  de  surprises 
et  de  larmes.  Le  colonel  Rey  est  tombé  sur  un  champ  de  bataille  quel- 
conque en  Afrique  ;  un  jeune  chirurgien,  son  ami,  s'est  chargé  de 
remettre  à  sa  famille  des  papiers  importants  qu'il  lui  a  confiés  avant 
de  mourir.  Lorsque  ce  jeune  homme  se  présente  pour  s'acquitter  de 
sa  mission,  il  trouve  la  veuve  et  la  sœur  du  colonel,  qui  forment  l'en- 
tourage de  sa  vieille  mère  aveugle,  le  rire  aux  lèvres  et  le  plaisir  en 
tète.  Indigné  d'une  pareille  sécheresse  de  cœur,  Maurice  Borel  s'éloigne 
de  ces  deux  femmes,  et  se  rejette  du  côté  d'une  autre  veuve,  Jeanne 
Vanneau,  inconsolable  de  la  perte  récente  de  son  mari.  Renonçant  à 
la  sœur  du  colonel  qu'il  devait  épouser,  il  porte  ses  vues  sur  celte 
veuve  modèle.  Mais  le  notaire  de  la  famille  Rey  lui  ouvre  les  yeux,  et 
lui  fait  comprendre  que,  sous  cette  joie  factice  qui  a  pour  but  de  ca- 
cher la  mort  du  colonel  à  sa  vieille  mère,  se  cache  une  douleur 
poignante,  tandis  que  la  tristesse  de  Jeanne  Vanneau  n'est  qu'une  in- 
digne comédie.  Le  retour  des  deux  maris  ressuscites  offre  à  Maurice 
Borel  l'occasion  de  se  convaincre  que  le  notaire  lui  a  dit  vrai,  et  il  re- 
tourne définitivement  à  la  sœur  de  son  ami. 

Le  dernier  acte  de  cette  pièce,  remarquablement  joué  par  Mme  Rose 
Chéri  et  par  Mlle  Victoria,  en  a  décidé  le  succès  et  a  fait  pardonner 
toutes  les  réminiscences  dont  nous  avons  parlé  et  auxquelles  nous 
ajouterons  Lady  Tartufe,  de  Mme  de  Girardin.  Le  personnage  de 
Maurice  Borel  est  interprêté  par  un  débutant  du  nom  de  Desrieux 
qui  a  commencé  h  la  Porte-Saint-Martin  et  qui  nous  semble  beaucoup 
mieux  placé  au  Gymnase. 

—  Savez-vous  comment  on  se  débarrasse  d'une  maîtresse?  M.  Léon 
Gozlan  nous  l'a  appris  dans  une  nouvelle  qui  porte  ce  titre  et  dans 
une  petite  comédie  intitulée  la  Fin  du  roman.  La  même  solution  sert 
de  dénouement  aux  Amours  de  Cléopâtre,  vaudeville  en  trois  actes, 
qui  fait  en  ce  moment  recette  au  théâtre  des  Variétés.  L'Antoine  de 
cette  Cléopâtre  se  nomme  Gulistan;  il  est  sur  le  point  d'entrer  en 
ménage  avec   la  fille   d'un   ancien    marchand  de   bouchons  ;   mais 


DE  PARIS. 


145 


Cléopâtre  a  découvert  la  trahison  de  son  amant,  et  elle  s'acharne  si 
bien  après  lui  qu'elle  finit  pas  faire  manquer  ses  projets  d'établisse- 
ment et  par  le  confisquer  à  son  profit  ;  d'où  il  résulte  que  Gulistan 
ne  parvient  à  se  débarrasser  de  sa  maîtresse  qu'en  l'épousant.  Trois 
actes  sont  peut-être  bien  un  peu  longs  pour  cette  donnée  légère  ;  le 
public  a  même  failli  donner  son  opinion  à  cet  égard  d'une  manière 
fâcheuse  ;  mais  les  vives  et  coquettes  séductions  de  Mlle  Alphonsine 
ont  conjuré  l'orage,  et  tout  fait  supposer  que  son  union  avec  Gulistan 
sera  longue  et  fortunée. 

—  Les  tribulations  d'un  auteur  dramatique  qui  va  se  loger  au  fond 
du  Marais  pour  travailler  plus  tranquillement,  et  dont  les  belles  réso- 
lutions sont  contrariées  par  une  soirée  bruyante  qu'on  donne  à  l'étage 
supérieur,  tel  est  le  sujet  de  la  petite  pièce  que  le  Palais-Royal  appelle 
Un  bal  sur  la  tête.  L'accueil  favorable  qu'elle  a  reçu  lui  présageait 
un  bon  nombre  de  représentations  qui  sont  provisoirement  entravées 
par  une  maladie  de  Gil-Perès,  mais  il  y  a  tout  lieu  d'espérer  que, 
sous  très-peu  de  jours,  cet  excellent  artiste  sera  rétabli,  et  qu'Z7«  bal 
sur  la  tête  reprendra  sa  place  à  côté  de  la  Sensitive,  dont  le  succès 
n'est  pas  près  de  se  ralentir. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


NOUVELLES. 

**„.  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  représentation  des  uguenots, 
donnée  lundi  dernier,  a  offert  aux  deux  artistes  principaux,  Gueymard 
et  Mme  Barbot,  l'occasion  d'obtenir  un  nouveau  succès  dans  les  rôles  de 
Raoul  et  de  Valentine.  Belval  et  Cazaux,  dans  ceux  de  Marcel  et  de  Saint- 
Bris  ;  Mlles  Hamakers  et  Delisle,  dans  ceux  de  la  reine  et  du  page  Ur- 
bain, ont  aussi  mérité  des  bravos.  —  Le  Comte  Ory  et  les  Elfes  compo- 
saient le  spectacle  de  mercredi.  Vendredi,  on  a  donné  Guillaume  Tell. 

***  Les  représentations  de  Pierre  de  Médicis  sont  toujours  arrêtées 
par  la  maladie  de  Mme  Gueymard-Lauters.  On  espère  cependant  qu'elle 
pourra  reprendre  son  rôle  la  semaine  prochaine. 

»%  Les  sœurs  Marchisio  sont  arrivées  et  elles  sont  déjà  en  possession 
de  leurs  rôles  dans  Sêmiramis  ;  la  langue  française  leur  est  très-familière 
et  les  études  vont  marcher  très-rapidement.  Il  y  a  même  tout  lieu  de 
penser  que  les  chanteurs  seront  prêts  avant  les  décorateurs;  car  aucune 
recherche  n'a  été  omise  pour  mettre  ces  derniers  à  même  de  nous 
montrer  l'antique  Babylone  dans  toute  sa  splendeur.  Le  rôle  d'Assur 
est  confié  à  Obin. 

***  Mlle  Marie  Sax  a  eu  l'autre  semaine,  à  l'Opéra,  une  audition  qui 
lui  a  été  favorable. 

**„,  L'arrêté  ministériel  relatif  au  diapason  normal  sera  mis  en 
exécution  à  l'époque  où  la  Sêmiramis  doit  être  représentée. 

***  Le  Pardon  de  Phérmel,  joué  mardi,  a  fait  5,500  fr.  de  recette. 
Mme  Cabel  y  a  déployé  sa  vocalisation  prodigieuse  :  Troy,  Sainte-Foy  et 
Barrielle  ont  eu  leur  part  accoutumée  dans  les  suffrages  que  le  public  n'é- 
pargne pas. 

*%  Maintenant  que  le  Roman  d'Elvire,  le  charmant  opéra  d'Amb.  Tho- 
mas, a  repris  sa  marche  régulière,  le  public  peut  se  convaincre  que  depuis 
longtemps  on  ne  lui  avait  donné  une  comédie  lyrique  aussi  amusante  et 
une  musique  mieux  appropriée  au  sujet.  Aussi  le  succès  grandit-il  à 
chaque  représentation. 

»%  Une  indisposition  assez  sérieuse  oblige  en  ce  moment  Couderc  à 
s'éloigner  de  la  scène.  Le  rôle  qu'il  devait  jouer  dans  le  Château- -Trom- 
pette sera  rempli  par  Mocker.  On  annonce  l'ouvrage  pour  l'un  des  der- 
niers jours  de  la  semaine. 

***  Le  privilège  du  théâtre  Lyrique,  qui  devait  expirer  au  mois  de 
février  1861,  avait  été  récemment  renouvelé  au  profit  de  M.  Carvalho, 
et  prolongé  jusqu'au  mois  de  février  1867.  M.  Réty  a  donc  un  peu  plus 
de  six  années  d'exploitation  assurées  par  l'acte  officiel. 

„%  Mlle  Mari  mon  passe  du  théâtre  Lyrique  à  celui  de  l'Opéra-Co- 
mique. 

*%  On  annonce  que  le  traité  passé  entre  la  ville  de  Paris  et  l'entre- 
preneur chargé  de  la  construction  des  deux  théâtres  de  la  place  du 
Châtelet,  c'est-à-dire  du  théâtre  Impérial  (ancien  Cirque)  et  du  théâtre 
Lyrique,  vient  d'être  approuvé  par  l'autorité  supérieure.  Aux  termes  de 
ce  traité,  et  moyennant  une  somme  de  4,300,000  fr.,  l'entrepreneur 
doit,  dans  un  délai  de  dix-huit  mois  à  partir  du  jour  où  le  terrain  lui  sera 
livré,  avoir  terminé  les  deux  théâtres,  non-seulement  comme  maçonne- 
rie et  couverture,  mais  comme  décoration  inférieure.  En  un  mot,  à 
l'expiration  des  dix-huit  mois,  les  deux  salles  doivent  être  ouvertes  au  pu- 
blic. 

**,„  Le  Faust,  de  Gounod,  joué  récemment  à  Strasbourg  avec  un  très- 


grand  succès,  a  été  représenté  cette  semaine  à  Rouen.  Le  compositeur 
assistait  au  spectacle  et  a  dû  repareitre,  ainsi  que  M.  Halanzier,  le  di- 
recteur, après  la  chute  du  rideau. 

„%  Vendredi  27  aura  lieu  au  théâtre  Italien  une  représentation  ex- 
traordinaire qui  doit  vivement  piquer  la  curiosité  publique.  Le  Théâtre 
des  Bouffes-Parisiens  donnera  Orphée  aux  enfers,  de  Jacques  Offenbach  , 
avec  les  chœurs  et  l'orchestre  des  Italiens,  et  la  danse  de  l'Opéra  pour  le 
tableau  final  des  Enfers.  Les  comédiens  français  donneront  une  des  plus 
charmantes  pièces  de  leur  répertoire;  un  pas  dansé  par  deux  artistes  de 
l'Opéra  complétera  cette  représentation,  une  des  plus  attrayantes  que 
l'on  ait  donnée  depuis  longtemps.  Mardi  17,  aux  Bouffes-Parisiens,  pre- 
mière représentation  du  Petit  Cousin,  paroles  de  MM.  Rocliefort  et  Deu- 
lin,  musique  de  M.  le  comte  Gabrielli. 

*%  Par  arrêté  en  date  du  1  de  ce  mois,  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat  a 
nommé  M.  Ernest  Mocker,  l'excellent  artiste  et  régisseur  du  théâtre  im- 
périal de  l'Opéra-Comique,  professeur  de  la  classe  d'opéra-conrque  au 
Conservatoire,  en  remplacement  de  M.  Moreau-Sainti,  décédé.  C'est  un 
choix  que  le  public  approuvera  d'une  voix  unanime. 

***  C'est  aujourd'hui  dimanche,  à  une  heure,  qu'aura  lieu  la  première 
séance  de  l'école  spéciale  de  chant  dirigi'e  par  G.  Duprez.  On  y  exécu- 
tera/canne d'Arc,  opéra  inédit  de  sa  composition,  en  trois  actes  et  six 
tableaux,  avec  chœurs,  orchestre,  décors  et  costumes. 

***  Si  Mlle  Balfe  n'a  pas  contracté  d'engagement  avec  le  théâtre 
de  Saint-Pétersbourg,  il  y  a  pour  cela  un  excellent  motif.  On  annonce 
que  la  jeune  cantatrice  vient  d'épouser  sir  John  Cramplon,  ambassadeur 
d'Angleterre  à  Saint-Pétersbourg,  âgé  de  cinquante-trois  ans,  et  qui  lui 
a  immédiatement  fait  don  d'une  inscription  de  rente  au  capital  de 
1,250,000  fr.  (50,000  liv.  st.) 

***  Notre  sœur  d'Italie,  la  Gazzetta  musicale  de  Milan,  nous  reproche 
avec  une  aigreur  peu  fraternelle  une  de  ces  erreurs  qui  se  commettent 
et  s'excusent  si  facilement  dans  les  journaux.  Au  lieu  de  dire,  ce  qui  est 
très-vrai,  que  l'ouverture  du  Pardon  de  Ploërmel  avait  été  exécutée  deux 
fois  de  suite  à  Elorence,  au  théâtre  de  la  Pergola,  nous  avons  dit  à  la 
Scala,  ce  qui  est  un  crime  irrémissible.  Notre  confrère  croit-il  donc  que 
nous  ne  sachions  pas  distinguer  les  deux  théâtres?  Nous  faisons  mieux, 
et  nous  souhaitons  sincèrement  qu'en  fait  d'ouvertures  la  Scula  ne  soit 
jamais  plus  malheureuse  que  la  Pergola. 

„*,,  Le  célèbre  ténor  Bordas  vient  de  donner  avec  Mme  Laget-Plan- 
terre  des  représentations  très-brillautes  et  très-suivies  à  Nancy  et  à  Metz; 
c'est  surtout  dans  Robert  le  Diable  que  Bordas  se  montre  avec  le  plus 
d'éclat.  Les  deux  artistes  sont  attendus  à  Strasbourg,  d'où  ils  reviendront 
à  Nancy,  où  le  directeur  les  redemande  encore. 

„.*„.  Le  concert  donné  hier  à  l'Hôtel  de  ville  a  été  très-brillant. 
Mlle  Monrose  et  Montaubry  y  ont  chanté,  la  première  son  grand  air  du 
Roman  d'Elvire;  le  second  sa  délicieuse  romance  du  même  opéra.  Alard 
a  exécuté  sa  belle  fantaisie  sur  la  Muette,  et  l'orchestre  de  Pasdeloup 
s'est  signalé  par  la  manière  dont  ii  a  rendu  l'ouverture  de  Struensée,  de 
Meyerbeer. 

„*,  Une  grande  solennité,  d'un  genre  tout  à  fait  neuf,  se  prépare  en 
ce  moment,  et  s'accomplira',  selon  toute  apparence,  vers  la  fin  du 
mois.  Il  s'agit  non-seulement  d'un  concert,  mais  d'une  suite  de  concerts 
destinés  à  se  perpétuer  d'année  en  année,  c'est-à-dire  d'une  véritable 
institution  musicale,  qui  aura  pour  fondateur  un  de  nos  compositeurs 
les  plus  distingués,  M.  Beaulieu,  de  Niort,  correspondant  de  l'Institut,  à 
qui  nous  devons  déjà  la  grande  association  musicale  de  l'Ouest.  D'après 
le  vœu  du  fondateur,  ces  concerts  seraient  destinés  à  faire  entendre  de 
la  musique  vocale  des  grands  maîtres  que  l'on  n'exécute  pas  ordinaire- 
ment en  public,  parce  que  l'on  craint  que  son  influence  ne  soit  pas 
assez  attractive,  Cette  musique  serait  puisée  dans  toutes  les  écoles,  ainsi 
que  dans  tous  les  genres ,  et  rien  ne  manquerait  de  ce  qui  est  humaine- 
ment possible  à  la  beauté  de  son  exécution.  Aujourd'hui  nous  n'entre- 
rons pas  dans  de  plus  longs  détails  :  il  nous  suffit  d'avoir  indiqué  la 
pensée  première  qui  dirige  M.  Beaulieu  dans  sa  noble  entreprise;  bien- 
tôt nous  aurons  l'occasion  d'y  revenir  et  de  nous  expliquer  avec  plus 
d'étendue  sur  le  projet  même  et  sur  les  moyens  employés  pour  le  réaliser. 

„'*.,  Le  jeune  et  célèbre  violoniste  Becker  est  depuis  peu  de  temps  à 
Londres.  Déjà  il  a  été  appelé  à  Windsor,  et  il  a  eu  l'honneur  de  jouer 
devant  Sa  Majesté  qui  a  daigné  le  féliciter  elle-même.  La  Société  philhar- 
monique l'a  engagé  pour  la  saison  comme  premier  violon  solo.  En  outre, 
on  raconte  que  le  lendemain  d'un  concert  donné  à  Saint-James-IIall,  où 
Cecker  avait  joué  la  sonate  de  Beethoven,  dédiée  à  Kreutzer,  un  riche 
amateur  de  musique  lui  écrivit  une  lettre  des  plus  flatteuses  pour  le 
prier  d'accepter  un  violon  magnifique,  comme  témoignage  de  la  vive 
admiration  qu'il  professe  pour  son  talent. 

t*t  Une  très  intéressante  solennité  a  eu  lieu  à  Saint-Eustache  jeudi 
dernier,  à  l'occasion  de  l'inauguration  des  grandes  peintures  faites  dans 
cette  église.  S.  Em.  le  cardinal-archevêque  de  Paris,  M.  le  sénateur 
préfet  de  la  Seine,  MM.  les  membres  du  conseil  municipal  de  la  ville  de 
Paris  et  de  la  commission  des  beaux-arts  assistaient  à  celte  cérémonie. 
A  cette  fête  des  arts,  la  grande  et  belle  musique  n'a  point  été  oubliée. 
Pendant  le  le  Deum  et  la  distribution  des  médailles  aux  artistes  peintres 
par  M.  l'abbe  Simon,  curé,  M.  Edouard  Batiste,  professeur  au  Conserva- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


toire,  organiste  de  la  paroisse,  a  exécuté  avec  une  grande  perfection 
des  pièces  d'orgue  de  Frescobaldi,  Haendel,  J.-S.  Bach  et  Couperin, 
dont  les  médaillons  ornent  l'admirable  buffet  d'orgue  que  M.  Baltard, 
architecte,  a  dessiné  et  fait  construire  pour  Saint-Eustache.  Cette  solen- 
nité s'est  terminée  par  un  salut  solennel  à  grand  orchestre.  M.  Tam- 
berlick  a  chanté  de  la  manière  la  plus  remarquable  un  motet,  Domine 
Deus,  de  M.  Bonetti. 

„%  Le  jour  de  Pâques,  une  messe  à  grand  orchestre  de  M.  Peny, 
professeur  de  chant  dans  les  écoles  communales  de  la  ville  de  Paris,  a 
été  exécutée  à  l'église  Sainte-Marguerite.  Cette  œuvre  renferme  de 
bonnes  parties.  L'orchestre  et  les  chœurs  ont  marché  avec  beaucoup 
d'ensemble,  grâce  à  l'intelligente  et  habile  direction  du  maître  de  cha- 
pelle de  la  paroisse,  M.  Charles  Bleuse,  dont  le  talent  d'organiste  est 
très-remarquable. 

„%  Mansour,  pianiste  égyptien,  donne  un  concert  le  28  avril,  salle 
Pleyel  ;  il  y  fera  entendre  des  œuvres  de  sa  composition,  et  entre  autres 
un  trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle,  avec  Herman  et  René  Douay. 
Mme  Cabel  veut  bien  lui  prêter  son  concours. 

„*„  L'empressement  manifesté  par  le  public  pour  les  deux  concerts  de 
M.  G.  Jacobi  ont  déterminé  le  jeune  violoniste  à  en  donner  un  troisième 
qui  aura  lieu  le  21  de  ce  mois  dans  la  salle  Beethoven,  avec  le  concours 
de  M.  Marochetti  et  de  Mlle  Baretti. 

*%  Le  jour  de  Piques  a  été  fêté  d'une  manière  splendide  à  l'église 
de  Neuilly.  L'excellent  directeur  du  chant,  M .  l'abbé  Boyer,  a  fait  exé- 
cuter la  messe  en  fa  de  Mozart  avec  une  précision  remarquable.  La 
jolie  voix  de  ce  jeune  prêtre  a  été  particulièrement  distinguée  dans 
plusieurs  solos.  M.  Hess  touchait  le  grand  orgue,  et  M.  Martin,  l'orgue 
d'accompagnement . 

#%Lundi23  avril,  à  8  heures  du  soir,  aura  lieu,  dans  lasallellerz,  le  con- 
cert de  Mlle  Bochkoltz-Falconi,.  qui,  outre  plusieurs  morceaux  classiques,  y 
fera  entendre  les  brillantes  variations  composées  pour  elle  par  G.  Héquet, 
et  quelques-unes  des  mélodies  de  sa  composition  qui  viennent  de  paraître 
chez  l'éditeur  Maho  Le  concours  de  la  Société  chorale  Teutonia,  sous 
la  direction  de  VI.  Jules  Offenbach,  ainsi  que  celui  de  MM.  Ch.  Lebouc  , 
Kruger  et  Chaîne,  assurent  un  grand  intérêt  à  cette  soirée,  dont  nous 
donnerons  le  programme. 

***  '  a  matinée  annuelle  de  notre  excellent  contre-bassiste,  A.  Gouffé, 
aura  lieu  mercredi  prochain,  18  avril,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff. 
Voici  le  programme  de  cette  intéressante  séance  :  1°  Quintette  de  Mozart, 
pour  2  violons,  y  altos  et  violoncelle,  exécuté  par  MM. Rignault,  Guerreau, 
Casimir-Ney,  Adam  et  Lebouc;  2°  Fragments  d'un  quintette  de  M.  Adolphe 
Blanc,  pour  piano,  flûte,  clarinette,  cor  et  basson,  exécutés  par  Mme 
Maltmann,  MM.  Brunot,  Rose,  Mohr  et  Jancourt;  3°  Adagio  en  sol  de 
Franchomme.  exécuté  par  M.  Lebouc;  A°  Andante  et  finale  du  26e  quin- 
tette d'Onslow,  pour  2  violons,  alto,  violoncelle  et  contre-basse,  exécutés 
par  MM.  Guerreau,  Rignault,  Casimir-Ney,  Lebouc  et  Gouffé  ;  5°  Sicilienne 
composée  et  variée,  pour  la  contre-basse,  exécutée  par  M.  Gouffé  ;  6°  Frag- 
ments d'une  sonate  pour  piano  et  cor,  exécutés  par  Mme  Mattmann  et 
M.  Mohr;  7°  Andante  et  finale  d'un  quatuor  de  Haydn,  pour  2  violons, 
alto  et  violoncelle,  exécutés  par  MM.  Rignault,  Guerreau,  Casimir-Ney 
et  Lebouc  ;  8°  Fragments  d'un  quintette  de  Beethoven  (le  septuor),  exé- 
cutés par  MM.  Guerreau,  Rignault,  Casimir-Ney  et  Gouffé;  9°  Solo  de 
piano,  exécuté  par  Mme  Mattmann. 

t*t  Le  deuxième  concert  d'Henri  Ketten  aura  lieu  demain  1 6,  à  8  heures 
du  soir,  dans  les  salons  Pleyel.  Le  jeune  pianiste  prodige  exécutera  avec 
Maurin  et  Chevillard  le  grand  trio  en  ré  mineur,  de  Mendelssohn,  la 
Fiteusc,  du  même;  une  œuvre  posthume  de  Chopin,  etSaltarello,  d'Alkan; 
l'adagio  et  finale  du  trio  en  si  bémol,  de  Beethoven;  un  concerto  ita- 
lien de  Seb.  Bach,  et  la  grande  marche  du  Tannhauser,  arrangée  par  Liszt. 
Maurin  jouera  la  romance  en  sut  de  Beethoven  et  une  Rêverie,  caprice  de 
Berlioz,  pour  violon  solo. 

t*t  Bruxelles,  Anvers  et  plusieurs  autres  villes  de  la  Belgique  ap- 
plaudissent en  ce  moment  Gariboldi  dont  le  talent  comme  flûtiste  est  des 
plus  distingués,  et  qui  y  joint  celui  d'un  compositeur  très-gracieux. 

„*„  11  vient  de  paraître  une  remarquable  photographie  de  MM.  Pierre 
Petit  et  Trinquart,  représentant  Roger  dans  le  quatrième  acte  de  la 
Favorite.  La  physionomie  est  d'une  admirable  expression . 

**„  Le  concert  donné  par  Arban  au  Casino  le  Samedi  Saint  a  été  très- 
brillant.  Le  bénéficiaire  y  faisait  exécuter  pour  la  première  fois  la 
Schiller- Marsch,  de  Meyerbeer,  et  ce  magnifiquemorceau,  très-bien  rendu 
par  l'orchestre,  a  produit  le  plus  grand  effet.  Arban  ne  pouvait  moins 
faire  pour  son  auditoire  que  de  lui  jouer  quelque  chose  sur  son  instru- 
ment de  prédilection.  Le  solo  qu'il  a  exécuté  sur  le  cornet  à  piston 
a  soulevé  plusieurs  salves  d'applaudissements.  Un  très-grand  succès  a 
également  accueilli  l'exécution  du  quadrille  nouveau  qu'il  a  composé  sur 
le  Roman  d'Elvire.  Il  fait  on  ne  peut  mieux  ressortir  les  délicieux  motifs 
du  nouvel  opéra  d'Ambroise  Thomas,  et  il  a  été  enlevé  avec  un  admirable 
entrain. 

„*„,  Le  concert  au  bénéfice  de  la  Société  allemande  de  bienfaisance, 
organisé  par  les  soins  de  M.  Kruger,  aura  lieu  le  samedi  soir,  21  avril, 
à  la  salle  llerz.  Les  artistes  les  plus  distingués  ont  bien  voulu  promettre 


leur  concours  à  ce  concert,  qui  sera  digne  de  ses  aînés.  On  trouve  des 
billets  chez  les  principaux  éditeurs  de  musique. 

t%  Dans  le  concert  que  donnera  Mme  Caroline  de  Beaulieu,  chez 
Pleyel-Wolff,  on  entendra  d'abord  un  quintetto  de  Reissiger  et  plusieurs 
morceaux  d'Emile  Prudent,  qui  permettront  à  l'habile  pianiste  de  dé- 
ployer son  remarquable  talent. 

**„  Le  concert  de  L.  B.  Brassin  a  été  remis  au  lundi  16  avril. 

„*„.  L.  Bohrer,  le  célèbre  violoncelliste,  a  passé  quelques  jours  à  Paris 
avant  de  se  rendre  au  Brésil  où  l'appelle  un  très-brillant  engagement. 

j**  Un  concours  pour  deux  places  de  premiers  violons  à  l'orchestre 
du  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Ccmique  aura  lieu  le  17  de  ce  mois  au 
dit  théâtre,  à  dix  heures  du  matin. 

»%  Un  compositeur  de  musique,  M.  F.  Couplet,  vient  de  mourir  à 
Paris. 

***  Le  célèbre  danseur  et  mime  italien,  Segarelli,  que  nous  avons  vu 
débuter  dans  le  Corsaire,  à  l'Opéra,  vient  de  mourir  à  Milan  d'une  atta- 
que d'apoplexie.  Il  n'était  âgé  que  de  quarante-trois  ans. 

**,:  Mlle  Luigia  Rollandini,  prima  donna ,  a  péri,  en  revenant  de 
Bahia  à  Meranaho,  sur  le  vapeur  la  Princesse  de  Joinville;  l'embarca- 
tion sur  laquelle  était  montée  cette  jeune  artiste  avec  Mme  Galli  et 
M.  Garcia,  a  sombré,  et  tous  trois  sont  tombés  à  la  mer  ;  ces  deux  der- 
niers passagers  ont  pu  être  sauvés.  Un  pauvre  pêcheur  s'élança  dans  les 
flots  pour  porter  secours  à  Mlle  Rollandini,  mais  lui-même  fut  victime 
de  son  dévouement,  et  périt  laissant  une  veuve  et  trois  petits  enfants. 
Voici  qui  peut  donner  une  idée  du  point  où  en  est  la  civilisation  dans 
ce  pays.  Il  a  fallu  faire  escorter  par  des  agents  de  la  police  le  cadavre 
de  l'infortunée  cantatrice,  pour  le  soustraire  à  la  rapacité  de  la  populace, 
qui  voulait  le  dépouiller  de  ses  habits  et  de  ses  bijoux. 

„.**  Louis  Boehner,  connu  sous  le  nom  de  :  le  musicien  ambulant,  est 
mort  à  Gotha,  le  28  mars  dernier,  dans  sa  soixante  -  quatorzième 
année.  Il  était  né  dans  un  village  du  duché  d3  Gotha.  Boehner  a  été 
dans  son  temps  un  virtuose  -  compositeur  en  renom  :  de  nombreu- 
ses productions  témoignent  de  son  talent.  C'était  un  homme  bizarre, 
jaloux  de  son  indépendance,  impatient  de  toute  gène,  et  qui  se  plaisait 
à  errer  ça  et  là,  au  hasard  ;  il  repoussa  constamment  toute  offre  qui  lui 
aurait  assuré  une  position  en  l'enchaînant  à  un  emploi.  Dans  ses  dernières 
années,  Boehner  en  fut  réduit  à  traverser  l'Allemagne  à  pied,  cherchant 
à  se  défaire  de  ses  œuvres,  qu'il  donnait  à  bas  prix  pour  vivre. 

*%  Un  artiste  dont  le  nom  restera  dans  l'histoire  de  la  musique 
militaire,  Joseph-David  Buhl,  ancien  chef  de  la  musique  des  gardes 
du  corps  du  roi,  vient  de  mourir  à  Versailles  dans  sa  quatre-vingtième 
année. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE 


*  Lille.  —Robert  le  Diable  vient  d'être  remis  au  répertoire.  Le  chef- 
d'œuvre  a  été  très-bien  interprété  par  Mmes  Reynaut  (Isabelle*,  Mahy 
(Alice),  et  MM.  Chenet  (Robert)  et  Codelaghi  (Bertram).  —  Le  Pardon  de 
Ploe'rmel  est  à  sa  douzième  représentation.  Le  succès  de  ce  bel  ouvrage 
va  toujours  croissant  et  chaque  fois  qu'on  l'entend,  ou  y  découvre  des 
beautés  nouvelles.  —  Alard,  le  célèbre  violoniste,  vient  de  se  faire  en- 
tendre clans  un  grand  concert  donné  au  cercle  du  Nord.  Ses  fantaisies  sur 
la  Muette,  le  Jrovatore,  ainsi  que  sa  deuxième  symphonie  pour  deux 
violons,  exécutée  avec  son  ancien  élève,  M.  Martin,  ont  été  accueillis 
par  d'unanimes  applaudissements.  —  La  solennité  musicale  que  nous 
avions  annoncée,  il  y  a  quelques  temps,  a  eu  lieu  à  Lille  le  jour  de 
Pâques  à  l'église  cathédrale  Saint-Maurice.  La  nouvelle  messe  militaire 
de  M.  Watier  a  été  exécutée  d'une  manière  remarquable  par  toutes  les 
Sociétés  chorales  de  Lille  réunies  (six  sociétés),  avec  le  concours  de 
l'excellente  musique  des  canonniers  lillois,  habilement  dirigée  par 
M.  J.  Lefebvre.  Cette  messe,  d'une  exécution  facile,  est  écrite  dans  un 
style  large  et  religieux.  La  prose  liturgique ,  chose  assez  rare,  y  est 
rigoureusement  observée.  L'accompagnement  est  bien  adapté  au  sujet. 
Cette  œuvre  religieuse  et  musicale  est  écrite  pour  les  musiques  de  l'ar- 
mée et  pour  leur  cours  de  chant  choral  ordonné  par  décision  ministé- 
rielle. 

„%  Rouen.  —  Dimanche,  la  solennité  de  Pâques  a  été  célébrée  à  la 
cathédrale  avec  un  éclat  instrumental  auquel  les  fidèles  n'étaient  plus 
habitués  depuis  bien  longtemps.  Le  grand  orgue  a  retenti  dans  toute  sa 
puissance  de  sonorité  sous  les  doigts  de  M.  Klein,  qui  a  su  également 
en  faire  ressortirtous  les  effets  si  heureusement  combinés  par  l'habile  fac- 
teur. !1  y  a  tels  passages  que  l'on  croirait  exécutés  par  des  voix  humaines. 
L'illusion  ne  peut  être  plus  complète.  Quant  aux  autres  ressources  du 
magnifique  instrument,  nous  les  avons  retrouvées  mises  en  œuvre  avec 
beaucoup  de  tact  et  de  talent  dans  tous  les  morceaux  de  Rinck,  d'Haydn 
et  de  Lefébure-Wély  que  M.  Klein  a  exécutés  aux  différents  offices  du 
jour. 


DE  PARIS. 


147 


„%  Rochefort.  —  Dans  un  Stabat  mater,  chanté  à  la  chapelle  des  Or- 
phelines de  la  marine  et  écrit  pour  voix  de  femmes  par  M.  Léon  Meneau, 
on  a  remarqué,  outre  le  mérite  de  la  composition,  le  talent  avec  lequel 
Mlle  Auguin  a  dit  les  soli. 

***  La  Rochelle.  —  L'opérette  le  Dîner  de  Madelon,  dont  la  partition 
est  due  à  la  plume  exercée  d'un  de  nos  compatriotes,  a  eu  plusieurs 
représentations  consécutives  et  très-brillantes  qui  n'ont  été  interrompues 
que  par  la  clôture  de  la  saison  théâtrale.  Cette  opérette  doit  être  jouée 
sur  plusieurs  scènes  départementales. 

***  Nice,  31  mars.  —  Le  concert  de  Mlle  d'Arboville  avait  attiré  une 
assemblée  nombreuse  et  brillante.  C'est  une  excellente  musicienne  et  une 
pianiste  qui  joue  également  bien  tous  les  genres.  Dans  la  partie  vocale, 
Mme  Sanchioli  s'est  montrée  admirable  comme  toujours  :  aussi  a  t-elle  été 
acclamée,  rappelée.  La  séance  se  terminait  par  la  marche  triomphale  de 
Pevny,  Guerre  et  victoire,  composition  magnifique.  Le  rhythme  en  est 
caractéristique,  et  le  chant  qui  précède  la  rentrée  du  mouvement  de  la 
marche  est  d'un  effet  saisissant.  Mlle  d'Arboville  a  exécuté  cette  œuvre 
avec  une  chaleur  entraînante. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


^«Bruxelles.— Le  théâtre  de  la  Monnaie  joue  alternativement  le  Pardon  de 
Ploërmel  et  Gustave  III,  en  attendant  les  Dragons  de  Villars,  de  M.  Maillart, 
et  Ernani,  de  Verdi.  Ces  deux  opéras,  déjà  connus  du  public,  auront  été 
précédés  de  la  Péri,  de  M.  Burgmuller.  Ce  ballet,  qui  a  été  joué  pour  la 
première  fois  sur  notre  théâtre  le  12  décembre  1844,  a  été  revu  avec 
plaisir.  —  Guillaume  Tell  a  été  repris  pour  le  bénéfice  de  Carman  La 
salle  était  comble.  Wicart  chantait  le  rôle  d'Arnold,  et  Depoitier  celui 
de  Walter.  De  nombreuses  ovations  ont  accueilli  Wicart,  ainsi  que  le 
bénéficiaire.—  Pour  sa  soirée,  Depoitier  avait  choisi  Gustave  III,  et  Des- 
places le  Pardon  de  Ploërmel. 

„*„  Gand. — Notre  saison  théâtrale  est  terminée.  L'opéra  qui  a  été  joué 
le  plus  de  fois  cette  année  est  le  Pardon  de  Ploërmel,  qui  a  été  donné 
quatorze  fois. 

»%  Vienne.  —  Pour  compléter  la  troupe  lyrique  italienne,  il  ne  man- 
que plus  que  Mme  Lafon  et  Beneventano  ;  Mmes  Lagrua  et  Naglia, 
MM.  Graziani,  Benedetti,  Varesi,  Fagotti,  Fioravanti  viennent  d'arriver 
ces  jours-ci.  La  saison  allemande  est  terminée,  et  les  représentations 
de  l'opéra  italien  vont  commencer  incessamment.  Toutes  les  loges  étant 
prises,  les  galeries  vont  être  converties  en  loges  —  Dans  les  salons  du 
prince  Paul  Esterhazy  a  eu  lieu  un  concert  où  se  sont  fait  entendre  la 
cantatrice  Mlle  Frankenberg,  Mlle  Fileyet  M.  Léopold  de  Meyer,  pianis- 
tes. Ce  dernier  doit  donner  son  troisième  concert  dans  la  première 
semaine  après  Pâques.  —  A  propos  du  50°  anniversaire  de  ses  débuts  au 
théâtre,  Mme  Haitzinger  a  reçu  des  marques  nombreuses  d'intérêt.  De 
riches  présents  lui  ont  été  offerts  par  des  personnages  de  la  cour  : 
l'empereur  lui  a  fait  remettre  une  médaille  en  or;  une  autre  médaille 
lui  a  été  offerte  parle  directeur  du  Burgtheater,  M.  Laube,  au  nom  du 
prince  régent  de  Prusse.  —  La  Société  philharmonique,  qui  a  pris  le 
nom  de  Société  d'orchestre,  a  donné  une  «  soirée  Mozart  »,  qui  a  eu  beau- 
coup de  succès. 

.,,*„.  Lemberg.  —  Le  1i  mars,  nous  avons  vu  sur  le  théâtre  polonais  de 
cette  ville— pour  la  première  fois—  l'opéra  intitulé  Flis  {le  Débardeur), 
par  Boguslawski.  La  musique  se  compose  presque  en  entier  de  mélodies 
nationales,  que  Boguslawski  a  arrangées  avec  goût,  et  qu'il  a  parfaite- 
ment instrumentées. 

j*t  Francfort.  —  Franz  Messer,  qui  pendant  de  longues  années  a 
dirigé  la  Société  de  Sainte-Cécile  et  les  concerts  du  Musée,  vient  de 
mourir.  Messer  possédait  des  connaissances  très-étendues;  c'était  un 
excellent  chef  d'orchestre  et  un  excellent  homme:  il  jouissait  d'une  haute 
estime  parmi  tous  ceux  qui  le  connaissaient 

,j,**  Lisbonne.  —  La  représentation  au  bénéfice  de  Mme  Tedesco  a  été 
magnifflque.  La  célèbre  cantatrice  avait  choisi  les  Vêpres  siciliennes,  et 
plus  de  deux  mille  personnes  s'étaient  donné  rendez-vous  pour  lui  pro- 
diguer yes  témoignages  d'un  enthousiasme  fanatique,  parmi  lesquels 
figurait  le  portrait  d'une  dame  de  la  société  portugaise  passé  dans  une 
bague  eu  brillants,  et  accompagné  d'une  couronne  de  flsurs  artificielles. 
Les  rappels  ont  dépassé  le  chiffre  30  pour  la  cantatrice,  et  se  sont  élevés 
en  masse  à  h~l  pour  tous  les  artistes. 

„%  Barcelone,  9  avril.  —  Alessandro  Bettini  a  débuté  ici  de  la  ma- 
nière la  plus  brillante  dans  le  Barbier  deSéville.  L'enthousiasme  a  com- 
mencé dès  sa  cavatine,  et  la  romance  :  Se  il  mio  nome  saper  bromate  a 
fait  fureur.  Même  succès  dans  le  duo  avec  Figaro,  etc.  L'ouvrage  est, 
du  reste,  fort  bien  chanté  par  Mmes  d'Angri,  Citagni,  Marini  et  de  Gio- 
vanni. La  représentation  n'a  été  qu'un  bravo  perpétuel. 

„%  Saint-Pétersbourg . —  L'approche  de  la  semaine  sainte  met  un  terme 
aux  auditions  musicales.  Elles  ont  été  nombreuses  et  remarquables  cette 


saison.  La  direction  des  théâtres  impériaux  s'est  signalée  par  quatre 
concerts  monstres,  où  se  sont  tour  à  tour  produites  la  musique  classique 
et  la  musique  de  l'avenir.  La  Société  des  concerts,  sous  la  direction  de 
M.  Lvoff,  n'est  pas  demeurée  en  reste,  et  elle  a  donné,  dans  la  salle  de 
l'Ecole  des  chantres,  quatre  belles  soirées  qui  ont  été  fort  courues.  Notre 
célèbre  Rubinstein  a  réuni  également,  dans  son  concert  et  dans  une 
matinée  musicale,  tout  ce  que  Saint-Pétersbourg  compte  d'amateurs  et 
d'artistes. — Les  sœurs  Ferni,  après  leur  beau  succès  ici,  nous  ont  quittés 
pour  aller  cueillir  de  nouvelles  palmes  à  Moscou.  —  Il  signor  Terranova, 
pianiste  distingué  et  auteur  de  quelques  opéras  représentés  à  Naples, 
vient  d'arriver  avec  l'intention  de  les  faire  jouer  sur  notre  théâtre  Ita- 
lien la  saison  prochaine.  —  Un  amateur  forcené  de  musique,  M.  Lazareff, 
auteur  de  plusieurs  symphonies  et  oratorios  incompris,  -vient  de  distri- 
buer un  factum  des  plus  curieux,  destiné  à  réfuter  les  violentes  criti- 
ques dont  il  a  été  l'objet  dans  la  plupart  de  nos  journaux.  Le  sublime 
touche  au  ridicule;  mais  nous  craignons  bien  que  le  colérique  maestro 
ne  soit  plus  près  du  dernier  que  du  premier.  —  Ces  jours  derniers  est 
arrivé  àSaint-Pétersbourg  Henri  Wiéniawski,  qui  forme  avec  Joacbim  et 
Vieuxtemps,  la  trilogie  suprême  du  violon.  Henri  Wiéniawski  vient  d'ob- 
tenir en  Allemagne,  en  France,  en  Angleterre  et  en  Belgique,  un  de  ces 
succès  auxquels  ne  peuvent  prétendre  que  les  artistes  qui  sont  incon- 
testablement des  maîtres,  et  qui  sont  éclatants  sans  le  concours  de  la  bien- 
veillance banale  et  de  la  réclame  complaisante.  Wiéniawski  donnera  le 
mercredi  de  la  semaine  de  Pâques  son  premier  concert  au  grand  Théâtre. 
Deux  jeunes  et  gracieuses  personnes,  deux  Italiennes,  MlleBitaetCaterina 
Pallini,  celle-ci  soprano,  celle-là  contralto  arrivent,  elles  aussi,  de  leur 
mélodieux  pays  par  Constantinople,  Odessa,  Karkhow,  Poltawa  etKiew. 
Partout  on  les  a  beaucoup  applaudies,  partout  on  leur  a  dit,  sur  leur 
passage  :  Allez  à  Saint-Pétersbourg,  comme  on  disait  jadis  :  Essayez  d'aller 
à  Corinthe.  Elles  sont  venues  bravement,  malgré  les  neiges  et  le  vent 
qui  faisaient  si  mauvais  les  longs  chemins,  et  après  Pâques,  elles  con- 
vieront le  public  à  les  entendre  et  à  les  juger.  S'il  faut  nous  en  rapporter 
à  ce  que  l'on  nous  écrit,  leurs  auditeurs  n'auront  pas  besoin  d'être  ga- 
lants pour  leur  faire  fête;  outre  le  charme  delà  physionomie,  elles  ont, 
nous  dit-on,  de  belles  voix  et  du  talent. 


S.   DDFOCR. 


LIBRAIRIE  DE  FIRMIN  DIDOT  FRÈRES,  FILS  ET  C%  RUE  JACOB,  56. 

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148 


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RAISONNES  ET  EXPLIQUÉE 

Prix  :  4  fr.  (Op.  227.)  Pris  :  4  fr. 

CONTENANT   : 

1"  partie  :  les  Principes  élémentaires; 

2e  partie  :  les  Principes  supérieurs  et  des  Articles  spéciaux  sur  l'Ana- 
lyse musicale  et  la  manière  d'apprendre  à  écrire  une 
basse  correcte  sous  un  chant, 
Suivie  d'un  Abrégé  méthodique  de  la  Mélodie,  du  Contre-point, 
du  Canon  et  de  la  Fugue. 


Ii.  BOKDESE 

DERNIÈRES   OEUVRES. 

A  cheval'  à  cheval',  duettino,  avec  accompagnement  de  piano  .   .  5 

Le  Carnaval  de  Venise,  duettino,  id 5 

Les  Ondines  du  hic  Majeur,  duettino,  id.    .......    .  5 

l'Aimée  du  Nil,  air,  id 5 

La  Reine  des  Chalets,  cavatine  tyrolienne,       id 5 

Rosa  la  Bouquetière,  cavatine,  id 5 

Le  Retour  au  Chalet,  rondo,  id 5 

La  Sylphide  de  Tolède,  boléro,  id 5 


âBADIE 

DERNIÈRES   ŒUVRES. 

Le   Centenier,  avec   accompagnement  de  piano 2  50 

La  Conversion  de  SaintPaul,  id 2  50 

Le  Miracle  des  Roses,  id 2  50 

Le  Trésor  du  Bandit,  id 4     » 

Les  Vieilles  habitudes,  chansonnette,   id 2  50 

HOOVELLEMENT   PURLIÉES    : 

L'Ange  des  Mansardes,  avec  accompagnement  de  piano 2  50 

Petit  feu  qui  dure,  chansonnette,         id 2  50 


103,  rue  de  Riclielïeu,  au  1er. 

IQUE  RELIGIE 

POUR  LE  MOIS  DE  MARIE 


ADOLPHE  ADAM 

huit  motets  a  une  et  deux   voix   avec  accompagnement 
d'orgue, 

1.  Ave  Maria,  hymne  à  la  Vierge,  pour  soprano, 

avec  accompagnement  de  hautbois,  ad  lib. .    .     3    » 

2.  Ave  Maria,  solo  pour  contralto 3    » 

3.  Ave  Marin,  duo    pour   soprano  et  contralto, 

avec  accompagnement  de  hautbois,  ud  lib. .   .     /i  80 
U.  Ave  veruni,  solo  pour  soprano 2  50 

5.  Ave   regina  cœlorum,  duo   pour  soprano    et 

mezzo-soprano 3  75 

6.  Inviolata,  duo  pour  soprano  et  mezzo-soprano.     3  75 

7.  O  salutaris,  pour  soprano 3    » 

8.  A  va  maris  Stella,  duo  pour  soprano  et  mezzo- 

soprano       5     » 

Les  huit  numéros  réunis,  10  fr.  net. 

A.    a»ANSEKOîï 

Prière  à  Marie,  cantique  pour  basse-taille,  bary- 
ton ou  contralto 3    » 

Le  nom  de  Marie,  cantique  à  deux  voix  de  femmes  k  50 

Invocation  à  Marie,  cantique  à  deux    voix  .   .  2    » 

O  salutaris ,  pour  sopranc  ou  ténor 2  50 

A  gnus  Dei,  pour  basse-taille,  baryton  ou  contralto  3    » 

Bencdictus,  pour  basse-taille,  baryton  ou  contralto  0     » 
Mon  unique  espérance,  pour  soprano  ou   ténor, 

avec  accompagnement  de  piano  ou  mélodium.  5    » 

Jésus  vient  de  naître,  cantique  pour  deux  voix  h  50 


HOSSIIVI 

STABAT   MATER  ET  COMPLAINTE  A  LA  VIERGE 

A  quatre  voix  et  chœurs. 
La  grande  partition,  100  f.— Les  parties  d'orchestre,  100  f. 

LES    MORCEAUX   DÉTACHÉS    AVEC   ACCOMP.    DE    PIANO  : 

.    ,     ,     ..        I  Stabat  Mater )    -    „ 

1.  introduction.  |  La  vierge  en  pleurs .   .  .  .  j    J    " 

2.  Air  pour        l  Cujus  animant j     3  7j 

ténor     .   .  \  La  douleur  avec  son  glaive  | 

3.  Duo  pour  2  l  Qnis  est  homo (     ,  -e 

soprani.   .  j  Où  peut  être  la  mesure  .   .  j        ' 

lt.       Air    pour     i  Pro  peccatis j    g  ^ 

basse  ou  ténor.  (  Fruits  amers i 

5.  Chœur  et  réci-  j  Elia  mater j    3  7- 

tatif  .   .   .  j  Source  d'amour j 

,.     ,,     ,  t  Sancta  mater (     , 

o.  Quatuor.   .    .  j  yierge ,  accorde-moi  la  grâce|    5    " 

7.  Cavatine,  pour  l  Fac  ut  portent j    a 

soprano.   .  J  O  cœur  noyé  ! | 

8.  Air  et  chœur  J  Inflammatus I    j    n 

pour  soprano  {  Par  la  flamme j 

9.  Quatuor  sans  (  Quando  corpus 1    3    u 

accompaij.  (  Que  la  croix  me  justifie.    .   > 

io.  Chœur  final.  [  ^^1  Seigneur!!  !  \  \  \    *    ' 

La  partition   format  in-4" 25     » 

La  même,  format  in-8" net.     7    » 


IIEYERBEEB 

Sainte  Marie,  chœur  du  Pardon  de  Ploèrmet  .   .     5     » 
Pater  noster,  à  quatre  voix,  du  même  opéra ...     U    » 

PALESTRINA 

Stabat  Mater  à  2  chœurs  sans  accompagnement.    7  50 

STADL.ER 

Deux  motets  cl  tes  quatre  antiennes  à  ta  sainte- 
Vierge,  à  4  voix  avec  accompagnement  d'orgue    7  50 

JOSilUIN    DESPREZ 

Stabat  Mater  a  5  voix ti  50 

M8ARBE 

Cantique  à  Marie,  chœur  à  trois  voix  de  femmes    5    ■ 
VITAL 

Litanies  de  ta  Vierge,  pour  soprano  avec  chœurs    2  50 

E.  .KIM* 
O  salutaris 3    » 

FESSA 
Le  Stabat  Mater  arrangé  pour  orchestre  seul  : 
1.   Stabat   Mater.    2.  Cujus   animant.  3.    Pro 

peccatis,  chaque 12     » 

H.    IM\OFK.Î 

Ave  Maria,  pour  ténor  ou  mezzo-soprano,  avec 
accompagnement  de  piano  ou  orgue 3    » 

O  satutaris,  pour  ténor  ou  mezzo-soprano,  avec 
accompagnement  de  piano  ou  orgue 3    » 


KR1K  CENTRA 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


OIV  S'ABONNE  l 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  cher  t 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  i 
Sureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  17. 


REVUE 


22  Avril  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris ?4fr.paron 

Départements,  Belgique  et  Suisse...      30  •>       id* 

Étranger M  "       »<!■ 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


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SOMMAIRE.—  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  Ecole  spéciale 
de  chant  :  Jeanne  d'Arc,  opéra  en  trois  actes  et  six  tableaux,  de  G.  Duprez,  par 
Paul  Smith.  —  Théâtre  des  Bouffes-Parisiens:  le  Petit  cousin,  opérette 
en  un  acte,  de  MM.  Rochefort  et  Deulin,  musique  de  M.  le  comte  Gabrielli. 
—  Revue  des  théâtres,  par  D.  A.  B.  Saint- Y»es.  —  Nouvelles  et  an- 
nonces. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

A.  Ciouffé.  —  Camille  Stamaty.  —  Mme  Ida  Bertrand.  —  Henri 
Ketten.  —  Mlle  Moritz  Beuchsel.  —  M.  et  Mme  Henri  Potier.— 
Henriette  Rabaud. — Ingeborg  Starck.  —Caroline  Beaulieu.  — 
Louis  Brassin. 

Depuis  bien  des  années  on  fait  chez  M.  A.  Gouffé  la  meilleure 
musique  qu'il  soit  possible  d'entendre.  Cette  semaine  l'audition  était 
publique.  On  a  applaudi  des  œuvres  de  Mozart,  de  Beethoven,  d'Ons- 
low,  et  aussi  de  M.  Adolphe  Blanc  ;  car,  dans  les  salons  de  l'excellent 
contre-bassiste,  on  tend  fraternellement  la  main  aux  jeunes  compo- 
siteurs de  talent.  Leurs  ouvrages  y  sont  joués  magistralement,  puis- 
que les  exécutants  s'appellent  Brunot,  Lebouc,  Mohr,  Rose,  Jancourt, 
Casimir  Ney,  Adam  et  Guerreau. 

L'auditoire  était  nombreux  et  enthousiaste,  comme  il  l'a  été  fort 
peu  cette  semaine.  Il  était  ravi  de  tous  les  chefs-d'œuvre ,  de 
tous  les  instruments  à  cordes,  de  tous  les  instruments  à  vent  qui, 
dans  cette  belle  matinée,  avaient  une  douceur,  une  pureté  vrai- 
ment enchanteresses.  C'était  une  jolie  fête  classique  ;  mais  cepen- 
dant les  fantaisies  n'en  étaient  pas  exclues.  Après  avoir  goûté  toutes 
les  beautés  de  Mozart  et  de  Beethoven,  après  avoir  reconnu  com- 
bien Onslow  était  digne  souvent  d'être  compris  dans  l'admiration  qu'ils 
inspirent ,  on  a  entendu  une  sicilienne  composée  ,  variée  et  exé- 
cutée par  M.  Gouffé.  La  composition  est  chantante  et  d'une  rare  dis- 
tinction, les  variations  sont  délicieuses.  Sous  les  doigts  de  l'auteur,  la 
contre-basse  se  faisait  douce  et  caressante,  elle  devenait  tendre,  élé- 
gante, insinuante  ;  ses  cordes,  habituées  à  supporter  l'harmonie,  à 
conserver  leur  caractère  fondamental,  montaient  aux  plus  charmants 
accents  de  la  mélodie,  atteignaient  aux  traits  les  plus  aimables  et  les 
plus  brillants.  L'exécution  a  été  magnifique.  L'habileté  consommée,  le 
goût  fin  et  pur  de  M.  Gouffé  sont  depuis  longtemps  appréciés  ;  mais 
jamais  peut-être  ils  n'avaient  excité  de  si  vifs  et  de  si  sympathiques 
bravos.  Le  piano,  entre  les  mains  de  Mme  Mattmann,  a  brillé  dans 
le  solo  et  a  apporté  dans  la  musique  d'ensemble  beaucoup  d'éclat. 


L'habile  pianiste  a  obtenu  encore  un  grand  succès  dans  de  très-remar- 
quables fragments  d'une  sonate  de  M.  Walckiers  pour  piano  et  cor, 
où  M.  Mohr  a  trouvé  des  sons  moelleux,  d'une  rondeur,  d'une  suavité 
et  d'un  charme  tout  à  fait  rares. 

—  M  Stamaty,  à  son  concert  donné  mardi,  dans  les  salons  Pleyel- 
Wolff;  était-il  mal  disposé,  ou  bien,  en  montrant  plus  de  délicatesse 
que  de  force,  plus  de  grâce  que  de  passion,  plus  de  douceur  que  de 
puissance,  a-t-il  joué  comme  il  joue  ordinairement  ?  Nous  ne  savons, 
car  il  ne  nous  avait  pas  encore  été  donné  de  l'entendre  ;  nous  ne 
connaissions  de  lui  que  des  œuvres  purement  écrites,  qui,  écho  fidèle 
de  son  exécution,  brillaient  plutôt  par  l'élégance  et  la  correction  que 
par  le  souffle  et  l'originalité.  Mais  enfin  la  froideur  avec  laquelle  a  été 
accueilli  son  trio  en  mi  bémol,  fort  bien  joué  d'ailleurs  par  Sarasate, 
Franco-Mendès  et  l'auteur,  nous  a  surpris  et  ne  nous  a  pas  paru  suf- 
fisamment justifiée.  On  reprochait,  et  avec  raison,  au  premier  allegro 
d'être  plein  de  répétitions  et  de  se  contenter  de  redire  la  même  idée 
sous  la  même  forme,  au  lieu  d'avoir  recours  aux  épisodes  que  le  genre 
emporte  et  qui  donnent  un  si  grand  charme  au  retour  des  mélodies 
principales;  on  reprochait  enfin  à  toutes  les  parties  de  ce  trio  de 
manquer  de  nouveauté,  d'ampleur  et  de  vie.  Néanmoins  il  y  a  dans 
cet  ouvrage  beaucoup  de  talent,  et,  à  défaut  de  chaleur  et  d'imagina- 
tion, une  finesse  de  détails  qui  méritait  d'être  applaudie. 

D'où  vient  donc  qu'un  artiste,  un  professeur  si  connu,  si  recom- 
mandable  par  les  excellentes  études  qu'il  a  faites,  n'ait  pas  été  plus 
fêté?  Pourquoi  les  acclamations  du  public  n'accompagnent-elles  pas 
toujours  les  musiciens  qui  jouissent  de  l'estime  de  leurs  confrères? 
C'est  peut-être  qu'on  leur  a  trop  accordé,  qu'on  a  voulu  les  croire 
complets  quand  ils  n'avaient  que  quelques-unes  des  qualités  dont  la 
réunion  seule  fonde  solidement  les  réputations. 

On  a  dernièrement  établi  un  diapason  normal;  il  serait  bien  à 
désirer  qu'on  en  établît  un  aussi  pour  l'appréciation  des  talents,  que 
la  bienveillance  pût,  tout  en  haussant  quelquefois  le  ton,  ne  pas  mon- 
ter jusqu'aux  louanges  hyperboliques,  et  que  la  sévérité  ne  descendit 
jamais  jusqu'à  l'injustice. 

— Mme  Ida  Bertrand  est  l'une  des  cantatrices  les  plus  dramatiques  qui 
se  soient  fait  applaudir  cet  hiver.  Elle  a  été  touchante  et  passionnée 
dans  la  romance  d'Orphée.  Sans  copier  personne,  et  en  conservant 
l'élan  et  l'indépendance  de  son  inspiration,  elle  a  rencontré  plus 
d'une  fois  les  beaux  et  pathétiques  effets,  les  explosions  d'amour  et 
de  douleur  que  les  grandes  artistes  y  trouvent  toujours.  Mme  Ida 
Bertrand  vocalise  bien  —  ce  que  nos  contralto,  en  général,  ne  font 
que  lourdement  et  péniblement.—  Elle  a  une  certaine  souplesse  qui 
est    du    ressort  des  chanteuses  légères  et  qui,  dans    les    fioritures 


150 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


d'un  duo  du  Barbier,  avec  Graziani,  et  du  chaleureux  brindisi  de 
Lucrezia  Borgia,  a  été  très-goûtée;  mais  elle  brille  surtout  par  l'âme 
et  par  l'expression.  Sa  façon  de  phraser  l'admirable  duo  de  Mozart, 
La  ci  darem  la  mono,  simple,  naturelle,  élégante,  l'a  bien  prouvé  et 
a  causé  un  vif  plaisir.  Outre  Franco-Mendès  et  Lecieux,  Mme  Sievers 
et  Mlle  J.  Martin  ont  lutté  avec  succès  contre  la  partie  vocale. 
Mme  Sievers,  qui  combattait  des  deux  côtés  (elle  avait  chanté  en  grands 
musicienne  sa  partie  dans  un  quatuor  de  Rossini,  et,  en  cantatrice 
expressive  et  spirituelle,  une  ravissante  mélodie  de  sa  composition, 
l'Oselia),  a  joué  sur  l'orgue  un  de  ses  morceaux  aux  applaudissements 
enthousiastes  de  toute  la  salle. 

—  La  belle,  sévère  et  fougueuse  exécution  de  Maurin  et  de  Chevil- 
lard  donnait  beaucoup  d'attrait  au  deuxième  concert  d'Henri  Ketten; 
elle  assurait  aussi  au  trio  en  ré  mineur  de  Mendelssohn,  à  Yadagio  et 
finale  de  l'op.  11  de  Beethoven,  la  large  et  complète  interprétation 
que  demandent  ces  œuvres  admirables  et  si  difficiles  parfois  à  dire, 
à  suivre  et  à  saisir.  Deux  délicieuses  mélodies  :  une  romance  de  Bee- 
thoven et  une  rêverie  caprice  d'Hector  Berlioz,  ont  été  jouées  par 
Maurin  avec  ce  sentiment  élevé,  ces  élans  de  sensibilité  et  de  passion 
qui  donnent  à  son  violon  une  supériorité  incontestée.  On  sait  ce  que 
Chevillard  apporte  toujours  de  sobre,  d'achevé,  d'exquis  dans  la  musi- 
que de  chambre  et  nous  n'en  parlerons  pas  ;  nous  parlerons  du  petit 
Kelten.  Après  s'être  fait  applaudir  à  côté  de  ces  éminents  artistes,  il 
n'a  pas  craint  d'aborder  non-seulement  la  délicate  et  charmante  Filev.se 
de  Mendelssohn,  la  fantaisie-impromptu  de  Chopin,  mais  encore  un 
concerto  de  J. -S.  Bach  — c'est-à-dire  le  style  lié,  grave,  fugué  et  bien 
allemand,  malgré  son  titre  de  concerto  italien,  et  une  très-difficile  et 
très-belle  Saltarelle  de  C.-V.  Alkan  :  un  musicien,  un  pianiste  comme 
l'école  française  en  compte  bien  peu,  et  qui,  en  avare,  cache  un  talent 
que  tant  d'autres,  à  sa  place,  devraient  et  seraient  si  heureux  de 
pouvoir  montrer.  Les  progrès  du  jeune  virtuose  sont  sensibles  ;  son 
jeu  a  plus  de  force  et  de  netteté;  il  ne  s'épuise  pas  aussi  vite  qu'autre- 
fois; plus  égal,  il  se  contient,  il  semaintient,  et  arrive  au  bout  d'une 
œuvre  longue  sans  les  trébuchements  si  familiers  aux  enfants  les 
mieux  doués.  Il  possède  un  bon  mécanisme,  et  il  a,  ce  qui  vaut  mieux, 
assez  de  feu,  assez  d'expression,  de  charme  et  de  douceur  pour 
faire  espérer  qu'il  saura  vile  marquer  sa  place  dans  un  art  que,  si 
jeune,  il  cultive  déjà  avec  succès. 

—  Mlle  Moritz  Reuchsel ,  pianiste  de  talent,  dit  bien  la  musique 
classique;  avec  MM.  Garimond,  Basseux,  Villaufret  et  Surdun,  elle  a 
joué  mardi  dans  les  salons  Erard  un  quintette  de  Beethoven ,  et  avec 
Edouard  Wolff  et  Schimon,  le  concerto  en  ré  mineur  que  S.  Bach  écri- 
vit pour  trois  clavecins.  Un  excellent  style,  sévère  et  chaleureux  tout 
à  la  fois,  une  exécution  claire,  brillante,  telles  sont  les  précieuses  qua- 
lités que  la  jeune  artiste  a  fait  apprécier.  Ses  compositions  pour  piano 
sont  meilleures  que  ses  compositions  vocales  :  plusieurs  morceaux , 
entre  autres  une  Élude  pour  le  pouce  et  le  quatrième  doigt,  espèce 
rie  gymnastique  musicale,  qui  n'a  empêché  cependant  ni  la  grâce,  ni 
la  suavité  du  chant,  ont  tour  à  tour  été  applaudis  et  ont  prouvé  que 
l'auteur  avait  de  l'imagination  et  du  savoir.  Mlle  Reuchsel  a  traduit 
elle-même  plusieurs  des  pièces  allemandes  qu'elle  a  mises  en  musi- 
que, notamment  la  Brise  du  soir,  de  Schiller,  chantée  par  Mlle  Ida 
Gilliess,  jeune  élève  du  Conservatoire  dont  la  voix  est  charmante,  et 
dont  le  talent  promet  d'être  bientôt  comme  la  voix. 

—  La  soirée  donnée  samedi  par  M.  et  Mme  Henri  Potier  a  été  très- 
jolie.  Henri  Potier  ne  se  contente  pas  d'être  un  aimable  et  spirituel 
compositeur,  d'accompagner  comme  on  n'accompagne  guère;  il  aspire 
aux  succès  de  chanteur;  il  a  dit  plusieurs  de  ses  gracieuses  et  piquantes 
chansons,  écrites  sur  des  paroles  de  E.  Thierry  et  Charles  Potier.  Nous 
n'oserions  affirmer  qu'il  a  une  voix  délicieuse;  mais  le  mérite  de  ses 
mélodies  et  son  excellente  diction  font  oublier  ce  qui  manque  à  son 
organe.  Mme  Potier  chante  bien  toute  espèce  de  musique;  elle  a  fait 
applaudir  dans  celle  de  son  mari  beaucoup  de  finesse  et  une  vocalisa- 


tion très-claire  et  très-pure.  Une  scène  d'Orphée,  transcrite  avec 
infiniment  de  goût  par  Deloffre,  et  jouée  avec  un  remarquable  talent 
par  MM.  Chaine,  Potier  et  d'Aubel,  a  été  chaleureusement  accueillie. 
Troy  joint  à  une  belle  voix  un  bon  sentiment  musical  ;  il  a  enlevé 
toutes  les  sympathies,  particulièrement  dans  Noé,  large  et  pathétique 
scène  de  Potier.  Après  Sainte-Foy,  qui  ferait  sourire  la  misanthropie 
elle-même,  les  frères  Lionnet  ont  ravi  l'assemblée  avec  une  simple 
sérénade  et  plus  encore  avec  une  chanson  de  Nadaud,  qui,  très-fine- 
ment dite  par  Anatole,  a  été  redemandée  avec  enthousiasme. 

— M.  Rabaud,  violoncelliste  de  l'Opéra  et  conscrit  de  1860,  donnait,  la 
semaine  dernière,  en  compagnie  d'artistes  de  mérite,  un  concert  pour 
s'exonérer  du  service  militaire,  et  pouvoir  librement  parcourir  une 
carrière  qui  lui  a  déjà  valu  des  succès.  Cette  soirée,  intéressante  de 
tout  point,  s'ouvrait  classiquement  par  le  trio  en  ut  mineur  de  Bee- 
thoven, qu'ont  bien  exécuté  Mlle  Adrienne  Picard,  MM.  Armingaud 
et  Rabaud.  L'allégro  du  premier  concerto,  et  de  brillantes  variations 
de  Franchomme,  sur  de  jolies  mélodies  russes  et  écossaises,  ont  per- 
mis au  jeune  bénéficiaire  de  déployer  beaucoup  de  justesse,  d'élé- 
gance, de  brio  et  de  charme.  Des  airs  d'Auber,  de  Gounod  et  de 
Boisselot,  c'est-à-dire  de  charmants  échantillons  de  l'école  française, 
ont  été  l'une  des  plus- délicieuses  jouissances  de  ce  concert.  Dits  par 
Mme  Wekerlin-Damoreau  avec  une  grâce,  un  esprit,  une  vocalisation 
qui  deviennent  de  plus  en  plus  rares,  ils  ont  ravi  l'auditoire. 

—  A  son  deuxième  concert,  Mlle  Stark  a  peut-être  obtenu  plus  de 
succès  encore  qu'à  son  premier.  Dans  la  Sonate  et  dans  la  Berceuse, 
que  la  jeune  artiste  a  composées  et  qu'elle  a  jouées  d'une  façon  on  ne 
peut  plus  remarquable,  il  y  a  certain  mérite  de  facture  auquel  on 
pouvait  ne  pas  s'attendre  ;  mais  aussi  il  y  manque  une  certaine  fraî- 
cheur mélodique  à  laquelle  on  s'attendait. 

Si  Mlle  Stark  a  voulu  prouver  qu'elle  savait  écrire  et  disposer  toutes 
les  parties  de  son  harmonie  avec  talent,  elle  a  parfaitement  atteint 
son  but.  Il  ne  lui  reste  plus  maintenant  qu'à  répandre  sur  ses  compo- 
sitions le  charme,  la  grâce  et  la  netteté  qu'elle  a  fait  admirer  dans  sa 
belle  et  très-élégante  exécution . 

—  A  la  matinée  donnée  par  Mme  Caroline  Beaulieu,  MM.  Collongues 
frères,  Bonjour  et  de  Lille,  ont  exécuté  avec  elle  un  quintette  de 
Reissiger,  qui  a  produit  beaucoup  d'effet,  et  prouvé  que  l'Allemagne, 
en  dehors  des  chefs-d'œuvre  exécutés  partout,  comptait  encore  bon 
nombre  d'ouvrages  qu'on  a  tort  de  négliger.  Une  fantaisie  de  Tulou, 
distinguée,  charmante  et  gracieuse,  a  été  bien  exécutée  par  M.  Donjon, 
qui  semble  avoir  puisé  certaines  qualités  de  son  et  de  style  à  la  belle 
école  de  ce  maître.  Mme  Caroline  Beaulieu  a  brillamment  rendu  deux 
très-beaux  morceaux  d'Emile  Prudent  ;  elle  y  a  montré  de  la  vigueur 
et  parfois  beaucoup  d'expression. 

—  Depuis  Liszt,  depuis  Thalberg,  depuis  Emile  Prudent,  qui  tenta 
plus  d'une  fois,  on  sait  avec  quel  bonheur,  de  modifier  sa  grande  et 
large  exécution,  les  jeunes  pianistes  sont  entraînés  par  deux  courants 
contraires.  D'un  côté  sont  les  souvenirs  classiques,  les  belles  écoles  de 
piano  d'autrefois,  après  lesquelles  Chopin  se  fil  une  place  à  part;  de 
l'autre,  le  piano  du  présent  :  les  conquêtes  nouvelles,  les  difficultés, 
la  sonorité,  enfin  l'instrument  qui  veut  être  roi,  et  qui  oublie  alors  la 
musique  pour  laquelle  il  est  fait,  et  dont  il  doit  rester,  quoique  riche, 
le  sujet  obéissant.  Reviendra-t-on  de  plus  en  plus  aux  grandes  sources 
si  pures  et  si  fécondes  ;  ou  quelques  hommes  de  génie  feront-ils  la 
fusion  des  deux  pianos?  Nous  ne  savons;  mais  ce  que  nous  pouvons 
affirmer,  c'est  que,  aujourd'hui,  on  éprouve  une  véritable  lassitude  en 
voyant  les  tours  de  force  qui,  hier  encore ,  passionnaient  la  foule. 
Plutôt  que  de  pompeux  effets  vides  de  sens,  on  veut  de  beaux 
sous,  échos  de  belles  pensées.  On  ne  proscrit  nullement  le  difficile,  le 
complexe,  chacun  étant  parfaitement  libre  du  choix  des  moyens,  libre 
de  prendre  la  route  qui  lui  convient  pour  atteindre  le  but  ;  mais  on 
veut  être  charmé,  ému,  ravi,  remué  ;  ou  vent  de  l'enthousiasme  et  non 
de  l'élonnement. 


DE  PARIS. 


151 


Comme  bien  d'autres,  Louis  Brassin  cherche  encore  sa  voie,  et  nous 
présumons  assez  bien  de  lui  pour  penser  qu'il  la  trouvera  quelque 
jour  neuve  et  originale.  Le  brillant  pianiste  est  très-habile,  très-fort, 
comme  on  dit,  cela  est  incontestable  ;  il  a  un  mécanisme  remarqua- 
ble. Sa  manière  de  phraser  brille  par  de  grandes  qualités;  ses  doigts 
n'ont  plus  rien  à  acquérir,  nous  avons  été  des  premiers  à  le  constater; 
mais  ce  n'est  pas  tout  ce  qu'on  demande  à  un  artiste  de  sa  valeur  : 
il  y  a  le  fini,  le  style,  toute  la  partie  morale  et  intellectuelle  de  l'art. 
Brassin  l'a  parfaitement  compris.  A  son  troisième  et  dernier  concert, 
tout  en  conservant  l'énergie  et  la  fougue  qui  le  distinguent,  il  s'est, 
pour  ainsi  dire,  appliqué  à  jouer  avec  beaucoup  de  douceur  et  d'expres- 
sion. Aussi,  tant  dans  le  trio,  op.  1,  de  Beethoven,  que  dans  le  ca- 
price, de  Thalberg,  sur  VElisire  d'amore,  a-t-il  été  unanimement  et 
encore  plus  chaleureusement  applaudi  qu'à  ses  deux  précédentes  soi- 
rées. Il  a  exécuté  ensuite  avec  infiniment  de  charme  et  de  verve  deux 
études  de  sa  composition  où  il  y  a  de  la  jeunesse,  des  harmonies  élé- 
gantes et  de  jolies  mélodies.  Mme  Pellegrin  a  chanté  avec  beaucoup 
de  charme  la  Tyrolienne  de  Eetly,  les  Adieux  de  Marie  Stuart,  de 
Bonoldi,  et  la  Sérénade,  de  Gounod. 

Adolphe  BOTTE. 


ÉCOLE  SPECIALE  DE  CHANT. 

JEAWHIE  D'ARC, 

Opéra  en  trois  actes  et  six  tableaux,  par  G.  Duprez. 

Commençons  par  monter  au  Capitule  et  rendre  grâce  aux  dieux. 
C'est  le  17  avril  1837,  date  mémorable,  que  G.  Duprez  fu  à  Paris  ce 
début  éclatant  qui  le  porta  sur  le  pavois  du  chant  français  et  lui  en 
assura  la  royauté,  accompagnée  d'une  liste  civile  magnifique!  Et 
vingt-trois  ans  après,  le  15  avril  1860,  le  même  Duprez  vient  de  nous 
donner  chez  lui.  sur  son  théâtre,  un  grand  opéra  de  sa  composition, 
exécuté  presque  entièrement  par  ses  élèves  !  Parcourez,  fouillez  l'his- 
toire des  ténors  de  tous  les  pays,  de  tous  les  temps,  et  trouvez-en 
quelque  autre  dont  la  carrière  présente  quelque  chose  d'analogue! 
En  bien,  pourtant,  voyez  le  triste  côté  des  choses  humaines!  avec 
tant  de  motifs  pour  être  heureux  et  fier,  Duprez  n'est  pas  satisfait  : 
il  nous  l'a  confié  lui-môme  dans  un  petit  speech  qu'il  est  venu  débiter 
devant  la  rampe  au  moment  où  le  rideau  allait  s'entr'ouvrir  pour  que 
l'on  jouât  son  ouvrage. 

«  Ed  io  anche  son  pittore,  nous  a  dit  le  célèbre  artiste;  ce  qui  si- 
»  gnifie:  Et  moi  aussi  je  suis  peintre;  mais  jusqu'ici  les  musées  ne  me 
»-  sont  pas  ouverts!))  Comprenez-vous  le  regret  sous  lequel  se  cache  un 
reproche'?  L'auteur  de  Jeanne  d'Arc  aurait  voulu  que  son  opéra  fût 
chanté  sur  l'un  de  nos  premiers  théâtres,  et  n'ayant  pu  l'obtenir  en- 
core, il  lui  a  bien  fallu  se  contenter  d'un  musée  particulier,  intrà  muros, 
formé  de  ses  propres  mains.  «  Nous  allons  donc,  a-t-il  continué  en 
»  des  termes  que  nous  voudrions  vainement  reproduire,  vous  donner 
»  un  grand  opéra  dans  les  conditions  les  plus  modestes  Nous  tâ- 
»  cherons  d'avoir  quelques  costumes.  Quant  aux  décors,  un  arbre 
»  représentera  une  forêt,  une  maison  un  village,  et  nos  montagnes 
»  n'auront  pas  plus  de  cinquante  centimètres.  Pour  artistes,  j'ai  pris 
»  de  bons  et  anciens  élèves,  sauf  mon  ténor,  qui  est  tout  nouveau 
»  et  ne  compte  pas  plus  de  quatre  mois  d'études  musicales,  vocales, 
»  théâtrales.  »  Nous  laissons  à  penser  si  la  harangue  du  directeur, 
compositeur  et  acteur,  car  Duprez  remplit  quatre  rôles  différents  dans 
sa  pièce,  a  été  bien  reçue.  Devant  un  auditoire  ainsi  préparé,  le  suc- 
cès n'était-il  pas  infaillible? 

Le  libretto  sur  lequel  a  travaillé  Duprez  embrasse  toute  la  mis- 
sion de  la  chaste  héroïne,  depuis  l'arbre  des  fées  de  Donremy  jus- 
qu'au bûcher  de  Rouen  !  Jeanne  d'Arc  finit  par  tomber  victime  de  la 
jalousie  aveugle  d'un  chevalier,  qui  pour  elle  a  passé  de  l'amour  à  la 


haine  et  qui  la  vend  aux  ennemis  de  la  France,  sauvée  par  son  bras. 
Le  compositeur  avait  donc  une  ample  moisson  à  faire  dans  cette  mer- 
veilleuse épopée,  à  laquelle  un  poète  a  toujours  manqué. 

Sans  analyser  sa  parlition  note  par  noie,  nous  dirons  qu'elle  a  une 
valeur  réelle,  et  qu'il  est  impossible  de  ne  pas  y  reconnaître  un  progrès 
sur  lesœuvres  qui  l'ontprécédée.  Jeanne  d'Arc  vautmieux  que  Samson, 
autre  opéra  de  Duprez,  par  le  sujet  d'abord,  mais  aussi  par  la  con- 
ception et  la  facture  musicale.  On  y  trouve  plus  de  fermeté,  plus  de 
caractère  dans  le  style,  plus  de  rhylbme  et  moins  de  longueurs  dans  les 
morceaux,  dont  plusieurs  seraient  certainement  applaudis  par  les  au- 
diteurs les  plus  difficiles.  Dans  le  nombre,  nous  citerons  le  chœur  du 
prologue,  où  les  voix  de  Jeanne  d'Arc  se  font  entendre;  au  second  acte, 
le  chant  de  guerre  de  Dunois  et  tout  le  finale;  au  troisième,  le  chœur 
des  buveurs  et  les  couplets  du  vieux  malandrin.  Il  faudrait  y  joindre 
plusieurs  airs,  duos  et  trios,  diversement  remarquables.  Si  dans  le 
rôle  de  Jeanne  d'Ar  il  y  a  pluv  d'énergie  que  de  mélodie,  c'est  peut- 
être  la  faute  du  personnage,  qui  prête  beaucoup  plus  à  la  déclamation 
qu'au  chant. 

Le  rôle  de  Jeanne  était  rempli  par  Mlle  Marie  Brunet,  qui  a  récem- 
ment débuté  à  Marseille ,  â  Paris ,  et  va  bientôt  chanter  à  Londres. 
Elle  a  de  la  chaleur,  de  l'entrain  ;  sa  voix,  si  douce  et  si  jolie  quand 
elle  sortait  de  la  classe  de  Mme  Damoreau,  s'est  transformée  chez  son 
nouveau  maître  ;  nous  voudrions  bien  que  ce  ne  fût  pas  aux  dépens 
de  sa  justesse  et  aussi  de  sa  durée.  Mlles  Marie  Battu  et  Monrose 
lui  donnaient  la  réplique,  en  chantant  à  l'unisson  dans  la  coulisse  la 
partie  des  Voix  mystérieuses,  qui  ne  pouvait  avoir  de  meilleures  in- 
terprètes. Balanqué,  Raynal,  deux  artistes  du  théâtre  Lyrique,  char- 
gés des  rôles  de  Lionel  et  de  Luxembourg,  se  distinguaient  de  la  foule 
des  élèves,  et  le  ténor  Lefranc,  celui  dont  parlait  la  harangue,  y  bril- 
lait par  sa  taille  comme  par  sa  voix,  encore  inculte,  mais  d'une  écla- 
tante sonorité  dans  la  quinte  supérieure. 

A  travers  tous  ces  artistes  et  tous  ces  élèves,  ne  devinez-vous  pas 
quel  était  l'homme  le  plus  étonnant,  le  plus  curieux,  le  plus  digne 
d'une  observation  attentive  ?  N'avez-vous  pas  déjà  nommé  Duprez, 
toujours  sur  la  brèche,  toujours  sur  la  scène,  changeant  à  chaque 
instant  de  costume  et  de  physionomie,  figurant  d'abord  comme  père 
de  Jeanne  d'Arc,  puis  comme  La  Trimouille,  puis  comme  vieux  ma- 
landrin, et  enfin  comme  bourreau?  Qui  pourrait  imaginer,  sans  l'avoir 
vu  comme  nous,  l'Arnold  et  le  Raoul  de  1837  affublé  en  vieux  sou- 
dard ivre,  et  chantant  un  refrain  bachique,  à  cheval  sur  un  tonneau? 
Quelle  force  de  conviction  ne  faut-il  pas  pour  accepter  une  métamor- 
phose aussi  bizarre,  aussi  complète?  Ed  io  anche' son  pittore  !  Ce 
mot,  que  Duprez  nous  a  dit,  équivaut  à  une  confession  entière.  Duprez 
sent  en  lui-même  la  vocation  musicale  :  il  a  ses  voix  mystérieuses, 
comme  Jeanne  d'Arc,  et  rien  ne  lui  coule  pour  prouver  que  ses  voix 
ont  raison.  Pourquoi  donc  a-t-il  tant  de  peine  à  faire  ses  preuves  ? 
Pourquoi  tous  nos  théâtres  ne  s'ouvrent-ils  pas  devant  lui?  A  cette 
question,  il  y  a  plusieurs  réponses  :  n'en  prenons  qu'une  seule.  Avant 
de  devenir  compositeur,  Duprez  a  été  chanteur  et  chanteur  extraordi- 
naire. A  ce  titre,  il  a  recueilli  sa  large  part  de  gloire,  de  fortune,  et,  en 
général,  le  monde,  qui  a  ses  préjugés  et  ses  caprices,  ifadmet  pas 
qu'on  lui  demande  la  même  chose  deux  fois. 

Paul  SMITH. 


THÉÂTRE  DES  BOUFFES-PARISIENS. 

Opérette  en  un  acte,  de  MM.  Rocuefort  et  Deulin,  musique  de 

M.  le  comte  Gabrielli. 

(Première  représentation  le  17  avril  1860.) 

Ce  Petit  cousin  descend  en  ligne  directe  de  tous  les  travestisse- 
menls  en  partie  double  dont  le  théâtre  a  usé  depuis  des   siècles,  et 


152 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


lui  n'en  sont  pas  moins  à  la  modo  pour  cela.  Dans  la  pièce  nouvelle, 
vous  rencontrez  une  jeune  fille  qui  se  déguise  en  jeune  garçon, 
comme  Aurore  de  Guzman,  dans  Gil  Blas,  afin  d'étudier  le  caractère 
et  les  mœurs  d'un  chevalier  qu'on  lui  destine  pour  mari.  Or,  celui-ci 
a  l'heureuse  idée  d'engager  le  prétendu  jeune  garçon  à  se  déguiser  en 
jeune  fille  pour  l'aider  à  mystifier  un  mystificateur.  Il  en  résulte  na- 
turellement que  le  malheureux  chevalier  est  derechef  pris  pour  dupe, 
et  que  cette  fois  il  se  mystifie  lui-même,  ce  qui  ne  peut  guère  passer 
pour  un  dédommagement. 

M.  le  comte  Gabrielli  a  écrit  sur  ce  bouffon  marivaudage  une  mu- 
siquette agréable  et  d'une  fluidité  tout  à  fait  italienne.  On  y  trouve 
un  gracieux  mouvement  de  valse  qui  a  été  justement  applaudi. 

Mlle  Tostée  joue  en  fine  comédienne  le  principal  rôle  du  Petit  cou- 
sin, et  Duvernoy,  qui  ne  joue  pas  moins  bien,  a  été  rappelé  conjointe- 
ment avec  elle,  au  bruit  des  bravos. 

R. 


M.  P.  Scudo  a  bien  peu  de  mémoire  :  il  oublie  jusqu'au  nom  des 
gens,  qu'il  connaît  parfaitement  du  reste,  et  n'a  pas  la  moindre  idée 
de  leurs  fonctions  officielles.  Il  se  fâche  de  que  l'on  supprime  trois 
morceaux  dans  Otello,  et  il  en  rejette  la  faute  sur  je  ne  sais  plus  quel 
commissaire  !  Le  je  ne  sais  plus  est  délicieux  et  d'une  naïveté  char- 
mante ;  mais  quand  M.  P.  Scudo  voudra,  nous  lui  en  dirons  l'origine 
et  la  date  précise.  Si  la  suppression  des  trois  morceaux  lui  tient  si 
fort  au  cœur,  libre  à  lui  de  s'en  prendre  aux  anciennes  lois,  plus 
puissantes  que  tous  les  commissaires  !  Les  auteurs  étrangers  ne  pou- 
vaient et  ne  peuvent  encore  s'opposer  à  ce  que  leurs  ouvrages  soient 
représentés  en  France,  encore  moins  à  ce  qu'ils  soient  revus,  dimi- 
nués ou  allongés  d'une  manière  quelconque.  Libre  à  M.  P.  Scudo  de 
s'en  prendre  à  ces  auteurs  mêmes,  à  Rossini  tout  le  premier,  qui  ont 
souvent,  autorisé  le  sacrilège  !  Lorsqu'on  veut  faire  à  tout  prix  du 
dédain  et  du  pédantisme,  au  moins  faudrait- il  tâcher  d'être  au  courant 
des  choses  et  de,  savoir  ce  qu'on  dit. 


Comment  la  Revue  des  deux  mondes  imprime-t-elle  des  phrases 
aussi  peu  françaises  que  celle-ci  :  «  Le  Conservatoire  de  musique  a 
»  besoin  d'être  réformé  dans  son  chef  et  dans  un  grand  nombre  de  ses 
»  membres.  »  Réformé  dans  son  chef,  qui  est  M.  Auber,  et  un  grand 
nombre  de  ses  membres,  que  l'on  ne  nomme  pas,  cela  veut  dire  sans 
doute,  en  style  allobroge,  qu'il  faut  renvoyer  ce  chef  et  ces  membres. 
C'est  donc  une  destitution,  une  proscription  en  masse  que  demande 
M.  P.  Scudo.  Joli  métier,  n'est-ce  pas?  mais  fort  innocent  au  fond; 
car  on  ne  lui  accordera  rien  de  ce  qu'il  réclame.  Que  feraitM.  Buloz, 
s'il  venait  à  lire  dans  un  journal  :  «  La  Revue  des  deux  mondes  a  besoin 
»  d'être  réformée  dans  son  chef  et  dans  un  grand  nombre  de  ses  rédac- 
»  teurs.  »  Nous  pensons  qu'il  rirait  au  nez  de  l'écrivain  et  du  gérant. 
Pour  prendre  ce  parti,  nous  n'avons  pas  attendu  qu'il  nous  donnât 
l'exemple. 


Lorsque  nous  devons  chaque  semaine  consacrer  plusieurs  colonnes 
au  compte  rendu  des  nombreuses  auditions  musicales  de  la  saison,  ce 
ne  serait  certainement  pas  le  cas  de  parler  des  réunions  particulières 
du  même  genre.  Cependant  nous  ne  pouvons  nous  abstenir  de  con- 
sacrer quelques  lignes  à  celle  qui  rassemblait  mercredi  dernier,  au 
boulevard  Italien,  n°  1,  plusieurs  de  nos  artistes  aimés  du  public,  des 
écrivains  delà  presse,  des  notabilités  musicales,  etc.,  empressés  de 
se  rendre  à  l'invitation  du  maître  de  la  maison.  C'est  que  cette  soirée 
lirait  surtout  son  lustre  de  la  variété  et  de  l'excellence  des  talents  qui 


s'y  étaient  donné  rendez-vous.  —  C'est  qu'on  y  rencontrait  Mlle  Marie 
Battu,  l'étoile  naissante  et  déjà  si  brillante  du  théâtre  Italien,  chan- 
tant de  sa  belle  et  fraîche  voix  la  musique  de  Gluck  et  de  Bellini.  — 
C'est  qu'on  y  avait  la  primeur  des  progrès  accomplis  chez  Joseph 
Wieniawski,  naguère  lauréat  du  Conservatoire  et  aujourd'hui  l'un  des 
rois  du  piano. —  C'est  queWolff  et  Ketterer,  ces  deux  réputations  si  bien 
établies,  interprétaient  la  musique  de  Meyerbeer  dans  ses  dernières 
œuvres,  le  Pardon  de  Ploërmel  et  la  Schiller-Marsch,  déjà  sur  la 
voie  de  la  popularité.  —  C'est  qu'Herman  y  déployait  toute  la  puis- 
sance et  la  hardiesse  de  son  archet  dans  sa  belle  fantaisie  de 
Robert  le  Diable.  —  C'est  que  Kruger  s'y  manifestait  dans  une  de 
ces  spirituelles  compositions  qui  donnent  tant  de  cachet  à  son  talent. 

—  C'est  que  Montaubry  venait  à  minuit  répéter,  dans  ce  salon,  de- 
vant le  maestro  qui  l'écoutait,  cette  délicieuse  cantilène  du  Roman 
d'Elvire,  qui  venait  d'émouvoir  et  de  passionner  le  public  de  l'Opéra- 
Comique,  subjugué  par  les  accents  irrésistibles  de  son  ténor  favori. 

—  C'est  qu'Albertine  Segisser,  l'enfant  à  l'œil  inspiré,  au  masque 
déjà  tragique,  disait  une  de  ces  poésies  qui  vous  remuent  jusqu'au 
fond  du  cœur.  —  C'est  qu'enfin  les  deux  comiques  inimitables,  Sainte- 
Foy  et  Berthelier,  avaient  voulu  apporter  à  l'auditoire  le  tribut  de 
leurs  joyeuses  chansonnettes. 

Aussi,  voilà  pourquoi  nous  avons  regardé  comme  un  devoir  de  ne 
pas  passer  sous  silence  le  succès  obtenu  mercredi  par  ces  brillants 
artistes  au  milieu  d'un  auditoire,  juge  compétent  de  leur  talent  et 
habitué  à  les  applaudir. 


EEVDE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  Reprise  de  l'Aventurière,  comédie  en  quatre  actes 
et  en  vers,  de  M.  Emile  Augier.  —  Odéo\  :  Daniel  Lambert,  drame 
en  cinq  actes,  par  M.  Charles  de  Courcy.  —  Porte-Saint-Martin  : 
le  Roi  des  lies,  drame  en  cinq  actes  et  huit  tableaux,  de  MM.  E.  Roi- 
lin  et  Woestyn  —  Gaité  :  les  A  venturiers,  drame  en  cinq  actes  avec 
prologue,  de  M.  Victor  Séjour. 

Une  reprise  importante,  et  que  l'on  peut  presque  considérer  comme 
une  nouveauté,  a  eu  lieu  récemment  au  Théâtre-Français.  Nous  vou- 
lons parler  de  l'Aventurière,  comédie  de  M.  Emile  Augier,  représentée 
pour  la  première  fois  le  23  mars  1848.  J, 'époque  qui  vit  naître  celte 
œuvre  explique  assez  le  peu  de  retentissement  qui  se  fit  autour 
d'elle,  et  cependant  elle  élait  digne  d'un  meilleur  sort.  La  mode  ne 
s'était  pas  emparée,  comme  elle  l'a  fait  depuis,  de  ces  courtisanes  re- 
pentantes ,  de  ces  dames  aux  camélias  dont  le  règne  a  duré  si 
longtemps.  La  Clorinde  de  M.  Emile  Augier  était  bien  la  première 
en  date,  mais  elle  avait  passé  pour  ainsi  dire  inaperçue. 

Nous  ne  saurions  donc  blâmer  l'auteur  de  V  Aventurière  d'avoir  voulu 
protester  contre  l'indifférence  du  public  d'alors  et  l'oubli  complet  de 
celui  d'aujourd'hui.  L'expérience  que  douze  années  de  succès  lui  ont 
donnée  n'a  pas  été  d'ailleurs  inutile  au  remaniement  de  la  pièce.  Elle 
avait  autrefois  cinq  actes;  M.  Augier  a  jugé  à  propos  d'en  supprimer 
un  pour  condenser  l'action,  et  en  cela  il  a  été  bien  inspiré ,  car 
cette  action  est  simple  et  très-peu  chargée  d'incidents. 

Dans  la  première  donnée  de  M.  Augier,  le  vieux  Mucarade  était  un 
bonhomme  crédule  et  facile  à  duper  ;  il  appartenait  à  l'emploi  comi- 
que, et  était  joué  par  Samson.  A  présent,  c'est  Beauvallet  qui  l'in- 
terprète, et  rien  que  ce  changement  de  distribution  indique  les  modi- 
fications sérieuses  qu'il  a  subies.  Sous  le  nom  de  Monteprade,  il  s'élève 
jusqu'au  drame  ;  les  facilités  qu'il  apporte  au  triomphe  de  Clorinde 
s'expliquent  par  l'entraînement  de  la  passion,  et  au  lieu  d'exciter  la 
pitié,  il  inspire  de  l'intérêt.  La  pièce  y  gagne  singulièrement,  et  cette 
version  nouvelle  nous  vaut  quelques  excellents  vers  de  plus,  qui  ne 
font  qu'ajouter  à  l'effet  général,  tant  ils  sont  bien  fondus  dans  cette 
poésie  nerveuse  et  pleine,  dont  la  manière  rappelle  la  jeunesse  de 
'auteur. 


DE  PARIS. 


153 


Mlle  Plessy  n'est  pas  irréprochable  dans  le  rôle  de  Clorinde,  mais 
elle  y  fait  preuve  de  distinction  et  parfois  de  sentiment.  Régnier  a 
conservé  le  rôle  de  don  Annibal,  qu'il  a  créé  de  la  façon  la  plus  origi- 
naje,  et  .où  il  se  fait  toujours  applaudir.  Geffroy,  en  dépit  de  son 
habile  savoir-faire,  semble  un  peu  marqué  pour  représenter  le  fils  du 
vieux  Monteprade. 

—  Le  drame  de  l'Odéon,  Daniel  Lambert,  est  le  premier  ouvrage 
de  quelque  importance  qui  soit  sorti  de  la  plume  de  M.  Charles  de 
Courcy,  jeune  auteur  dont  les  débuts  se  sont  faits  au  Figaro  et  dans 
les  petits  théâtres.  Il  serait  donc  injuste  de  se  montrer  sévère  pour 
ces  cinq  actes,  qui,  après  tout,  renferment,  au  milieu  de  hardiesses  et 
d'invraisemblances  un  peu  fortes,  des  scènes  vraiment  remarquables 
et  presque  toujours  spirituelles.  Daniel  Lambert  est  un  artiste  dont 
l'avenir  est  compromis  par  un  amour  indigne  de  lui.  Sa  maîtresse, 
courtisée  par  un  baron  allemand,  cherche  un  moyen  de  rupture  et 
demande  à  Daniel  6,000  fr.  que  celui-ci  est,  selon  elle,  incapable  de 
réaliser  ;  mais  il  les  emprunte  à  une  autre  femme,  en  s'abaissant 
jusqu'aux  plus  humbles  prières.  Ce  sacrifice  ne  lui  rend  pas  le  cœur 
de  Louise  et  l'entraîne  dans  une  série  de  violences  qui  finissent  par 
arracher  de  son  âme  cette  fatale  passion,  au  moment  où  sa  maîtresse, 
par  un  revirement  naturel,  croit  pouvoir  le  ramener  à  elle  et  lui  faire 
oublier  sa  trahison. 

L'Odéon  a  disputé  judiciairement  Laferrière  à  l'ancien  Cirque  pour 
le  contraindre  à  jouer  Daniel  Lambert.  Nous  croyons  qu'il  eût  mieux 
valu  pour  tout  le  monde  que  l'épopée  militaire  de  l'Histoire  d'un 
drapeau  ne  fût  pas  privée  de  son  trop  nomade  interprète. 

—  Un  événement  regrettable,  mais  qui  par  bonheur  n'a  pas  eu  de 
suites  sérieuses,  a  retardé  la  première  représentation  du  Roi  des 
lies,  qui  devait  être  donnée  à  la  Porte-Saint-Martin  la  veille  de  Pâ- 
ques. Presque  au  moment  d'entrer  en  scène ,  Brésil ,  chargé  du 
principal  rôle  de  cette  pièce,  s'est  foulé  le  pied.  Cependant  le  Roi 
des  Iles  a  été  joué  le  lendemain,  grâce  au  zèle  d'Henri  Luguet,  qui, 
en  vingt-quatre  heures  ,  s'est  trouvé  prêt  à  remplacer  son  cama- 
rade. Cet  incident  n'a  nui  en  rien  aux  destinées  de  ce  drame, 
qui,  malgré  quelques  longueurs,  a  produit  beaucoup  d'effet.  C'est 
parmi  les  Uscoques,  ces  pirates  de  la  Méditerranée,  mis  en  relief  par 
les  romans  de  Mme  Sand,  que  MM.  Rollin  et  Wœstyn  ont  choisi  leur 
héros  Zingar.  L'action  dans  laquelle  il  est  engagé  se  développe  à  tra- 
vers une  insurrection  des  provinces  dalmates  contre  Venise,  et  un 
ténébreux  complot  du  provéditeur  Morosini,  qui  cherche  ensuite  à 
racheter  sa  faute  en  trahissant  le  roi  des  lies,  son  allié.  Joignez  à 
cela  l'éternel  élément  dramatique  de  la  mère  qui  a  perdu  son  enfant 
et  qui  le  retrouve  au  moment  de  mourir.  Ce  rôle  a  valu  de  chaleu- 
reux bravos  à  Mme  Suzanne  Lagier  ;  celui  de  sa  fille  n'a  pas  fait 
moins  d'honneur  à  une  jeune  et  charmante  débutante,  Mlle  Céline 
Montaland,  qui,  toute  petite  encore,  il  y  a  quelques  années,  donnait 
déjà  des  preuves  d'intelligence  au  Palais-Royal  dans  la  Fille  bien 
gardée  et  dans  Mamzelle  fait  ses  dents. 

—  Pendant  qu'on  reprenait  aux  Français  V Aventurière,  M.  Victor 
Séjour,  l'auteur  de  la  Tireuse  de  cartes,  faisait  représenter  à  la  Gaîté 
un  drame  intitulé  les  Aventuriers,  qui  n'a  du  reste  aucun  autre  rap- 
port que  celui  du  titre  avec  la  comédie  de  M.  Augier.  Il  s'agit,  dans 
cette  pièce,  de  la  rivalité  sanglante  de  deux  nouveaux  Atrides  qui 
font  partie  de  la  famille  Farnèse,  si  célèbre  par  ses  dissensions.  La 
cause  de  cette  rivalité  est  l'amour  des  deux  frères  pour  une  même 
femme  qui  préfère  l'un  et  n'en  devient  pas  moins,  malgré  elle,  la 
femme  de  l'autre.  Les  défauts  de  ce  drame  consistent  dans  une 
forme  vieillie  et  qui  nous  reporte  au  mouvement  littéraire  des  pre- 
mières années  du  règne  de  Louis  -  Philippe  ;  ses  qualités  se  résu- 
ment toutes  dans  un  rôle  merveilleusement  tracé  pour  M.  Dumaine, 
l'émule  de  Mélingue.  Il  n'en  faut  pas  davantage  pour  stéréotyper  les 
Aventuriers  sur  l'affiche  de  la  Gaîté  pendant  plus  de  soixante  repré- 
sentations. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

*%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  représentation  des  Huguenots, 
donnée  vendredi  dernier,  a  été  fort  belle  et  avait  attiré  la  foule.—  Pierre 
de  MêJicis,  interrompu  par  l'indisposition  de  Mme  Gueymard-Lauters,  a 
reparu  vendredi. 

t\  Nous  avons  dit  que  Mlle  Marie  Sax  du  théâtre  Lyrique,  avait  eu 
récemment  une  audition  à  l'Opéra  ;  c'est  dans  le  rôle  d'Alice,  de  Robert 
le  Diable,  et  dans  le  grand  duo  des  Huguenots  qu'elle  s'est  fait  entendre. 
Son  engagement  a  été  résolu  à  la  suite  de  cette  audition,  dans  laquelle 
Mlle  Sax  a  déployé  des  qualités  tout  à  fait  appropriées  à  la  grande  scène 
sur  laquelle  elle  devra  paraître.  C'est  vers  le  mois  d'août,  après  la  clô- 
ture du  théâtre  Lyrique,  qu'elle  débutera,  et  vraisemblablement  dans  un 
des  deut  rôles  où  elle  a  tenté  l'épreuve  qu'elle  vient  de  subir. 

***  Un  journal  annonce  que  Mme  Tedesco  est  engagée  pour  chanter 
le  rôle  d'Olimpia  dans  Herculanum. 

***  Incessamment  doit  avoir  lieu  à  l'Opéra  le  festival  annuel  donné 
au  profit  de  la  Caisse  des  pensions  de  retraite  de  ses  artistes.  La  musique 
ancienne  paraît  devoir  faire  exclusivement  les  frais  de  cette  solennité  ; 
Meyerbeer,  Rossini  et  Auber  feront  seuls  exception  et  y  seront  repré- 
sentés, le  premier  par  la  Schiller- M arsch  ;  le  second,  par  la  bénédiction 
des  drapeaux  du  Siège  de  Corinthe,  et  le  dernier  par  l'air  de  la  Muette,  qui 
serait  chanté  par  Michot. 

„%  La  construction  d'une  nouvelle  salle  d'Opéra,  au  fond  de  la  place 
projetée  du  boulevard  des  Capucines,  au  point  de  départ  de  la  rue  de 
Rouen  et  de  la  rue  d'embranchement  à  ouvrir  entre  ce  boulevard  et  la 
rue  de  la  Chaussée-d'Antin,  est  maintenant  résolue.  Sur  l'avis  qui  lui 
en  a  été  donné  par  le  ministre  d'Etat  et  de  la  maison  de  l'Empereur,  le 
préfet  de  la  Seine  vient  de  faire  annoncer  l'ouverture  de  l'enquête.  Le 
plan  sera  déposé  pendant  vingt  jours,  à  partir  du  15  avril,  à  la  mairie 
du  9e  arrondissement  (rue  Drouot),  où  un  registre  d'enquête  sera  ou- 
vert pour  recevoir  les  observations  du  public  Ce  plan  indique  :  1°  l'em- 
placement que  la  nouvelle  salle  et  ses  dépendances  occuperont  entre  la 
place  projetée  et  la  rue  Neuve-des-Mathurins;  2°  le  tracé  des  deux  rues 
d'isolement  de  15  mètres  de  largeur  chacune,  qui  borderont  les  côtés  du 
nouvel  édifice;  3°  le  lotissement  régulier  qu'il  convient  de  faire  des  ter- 
rains avoisinant  les  cours  qu'il  y  a  lieu  de  ménager  dans  les  divers 
lots,  afin  d'y  rendre  possible  l'élévation  de  constructions  symétriques 
dans  des  conditions  satisfaisantes  au  point  de  vue  de  la  salubrité.  A 
ce  plan  est  annexé  le  dessin  coté  de  la  façade  qui  sera  obligatoire  pour 
ces  constructions. 

***  Dimanche  dernier,  le  Pardon  de  Ploërmel  a  rempli  la  salle  du 
théâtre  de  l'Opéra-Comique.  Hier,  samedi,  on  a  fait  relâche  pour  la  répé- 
tition générale  du  Château-Trompette  qui  sera  joué  demain. 

**„  Au  théâtre  Italien,  la  reprise  du  Poliuto,  de  Donizetti,  a  procuré 
un  nouveau  triomphe  à  lamberliclc  et  à  Mme  Penco.  Ces  deux  artistes 
s'y  sont  montrés  dans  tout  l'éclat  de  leur  talent  et  de  leur  verve.  Merly, 
qu'un  enrouement  avait  privé  d'une  partie  de  ses  moyens,  chantait  le 
rôle  de  Severe. 

***  La  semaine  prochaine,  sera  probablement  représenté  au  théâtre 
Déjazet  l'opéra-comique  de  Flotovv,  Pianella,  dans  lequel  Paul  Legrand 
joue  un  rôle  mimé.  Les  répétitions  sont  poussées  avec  activité,  et  on  dit 
le  plus  grand  bien  de  cette  œuvre  de  l'auteur  de  Martha. 

.,,*„.  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout  genre 
se  sont  élevées ,  pendant  le  mois  de  mars  dernier,  à  la  somme  de 
1,551,737  fr.  95  C. 

t*t  Voici  le  programme  du  neuvième  concert  de  la  Société  du  Conser- 
vatoire qui  a  lieu  aujourd'hui  :  1°  symphonie  en  la,  de  Beethoven  ;  2°  air 
avec  chœur  de  Samson,  de  Haendel,  chanté  par  M.  Battaille;  3°  frag- 
ment d'un  concerto  pour  cor,  de  Weber,  exécuté  par  M.  Mohr  ;  4°  scènes 
du  troisième  acte  d'Armide,  de  Gluck;  soli  chantés  par  Mmes  Barbot  et 
Rey;  5°  les  Ruines  dAthènes,de  Beethoven;  invocation  à  Apollon,  duo, 
chœur  des  derviches,  marche  turque,  chœur  ;  le  duo  chanté  par  Mme  Rey 
et  M.  Crosti. 

***  Mlle  Tribelli,  qui  a  obtenu  au  théâtre  italien  de  Madrid  un  très- 
beau  succès,  vient  d'arriver  â  Paris. 

*%  M.  H.  Duponchel,  ancien  directeur  de  l'Opéra,  est  complètement 
étranger  à  des  articles  publiés  par  M.  Edmond  Duponchel,  architecte, 
dans  la  Revue  municipale,  à  propos  de  la  construction  projetée  de  la  nou- 
velle salle  de  l'Opéra. 

„,*„,  Quoique  nous  n'ayons  pu  assister  au  magnifique  concert  donné 
par  A.  Ilerman  samedi  de  la  semaine  dernière,  nous  avons  à  constater 
le  grand  succès  qu'y  a  obtenu  l'éminent  violoniste  compositeur  :  salle 
comble,  briliant  auditoire,  grosse  recette,  applaudissements  et  rappels 
après  chaque  morceau  joué  par  Ilerman  avec  cette  ampleur,  ce  beau 
son,  cette  justesse  et  cette  facilité  qui  le  distinguent,  rien  n'a  manqué  à 
la  solennité.  A  côté  du  célèbre  artiste,  Mme  Pellegrin,  élève  de  Bonoldi, 
a  chanté  plusieurs  morceaux  dans  lesquels  elle  s'est  révélée  comme  can- 
tatrice de  grand  talent. 

*%  Nous  avons  des  premiers  entretenu  nos  lecteurs  de  la  fondation 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


projetée  d'un  cercle  artistique.  Ce  projet  vient  d'être  réalisé.  L'institu- 
tion nouvelle  prend  la  qualité  de  Cercle  de  l'Union  artistique;  le  local 
choisi  est  l'ancien  magasin  de  soieries  de  Delisle,  rue  de  Clioiseul.  Plus 
de  deux  cents  sociétaires  ont  déjà  adhéré  aux  statuts.  Nous  avons  dit  que 
le  cercle  se  proposait  de  faire  exécuter  en  tout  ou  en  partie  les  œuvres 
musicales  de  mérite  inédites.  Voici  les  noms  des  membres  choisis  pour 
administrer  le  Cercle  de  l'union  artistique:  Président:  M.  le  prince  Po- 
niatowski.  Vice-présidents:  Charles  Gounod,  le  prince  Alphonse  de  Poli  - 
gnac,  le  comte  Melchior  de  Vogué.  Membres  du  comité  :  MM.  le  prince 
d'Alsace  d'Hennin,  Emile  Augier,  Jules  Bégé,  le  vicomte  Alexandre  de 
Boisgelin,  F.lie  Cabrol,  Maurice  Cottier,  Henri  Delamarre,  Gérôme,  Hébert, 
le  vicomte  Robert  du  Manoir,  Mario-Uchard,  le  général  Mellinet,  Membrée, 
le  prince  de  Metternicli,  le  prince  de  la  Moskowa,  le  comte  Osmond,  le 
comte  de  Puliga,  Jacques  Keizet,  le  prince  de  P.euss,  Osborne  Sampayo. 

„.**  La  partition  pour  piano  et  chant  du  Roman  d'Elcire  paraîtra  vers 
la  fin  de  ce  mois. 

***  Si  quelque  chose  éveille  et  fortifie  le  sentiment  musical  des  élèves, 
c'est  sans  contredit  la  musique  d'ensemble.  Nous  avons  pu  apprécier 
l'autre  jour  encore  les  heureux  résultats  de  cette  direction  :  avec  plu- 
sieurs pianos,  formant  presque  un  petit  orchestre,  les  élèves  de  Mme  Clara 
Pfeiffer  ont  joué  des  œuvres  d'Haydn,  de  Mozart  et  de  leurs  successeurs. 
Tout  le  monde  applaudissait  l'unité,  la  précision,  la  finesse  de  nuances 
des  jeunes  exécutantes.  Il  serait  vraiment  à  désirer  qu'on  imitât 
Mme  Pfeiffer.  Les  salons  n'auraient  pas  plus  de  pianistes,  mais  ils  y  ga- 
gneraient assurément  quelques  bonnes  musiciennes. 

.,%  Dans  la  soirée  musicale  donnée  par  Mlle  Mathilde  Devencay,  on  a 
surtout  applaudi  une  composition  brillante  de  Charles  John,  le  Tournoi 
de  la  reine,  exécutée  par  la  jeune  pianiste.  Ce  morceau  réunit  toutes  les 
conditions  de  succès  dans  les  salons  et  les  concerts.  Du  reste,  ce  n'est 
pas  le  seul  échantillon  que  l'auteur  nous  ait  donné  de  son  talent  à  traiter 
les  inspirations  militaires.  MM.  Sighicelli,  Anthiome,  Mlle  Berthe  Verdin, 
et  autres  artistes  distingués,  prêtaient  leur  concours  à  la  bénéficiaire. 

¥*»Au  concert  donné  par  M.  Sighicelli  on  a  beaucoup  remarqué  MlleFi- 
noii,  jeune  et  charmante  milanaise,  récemment  arrivée  à  Paris  avec  un 
talent  qui  l'y  fera  rapidement  connaître.  C'est  une  riche  voix  de  mezzo- 
soprano-contralto,  accentuée  avec  ce  goût  et  cette  méthode  qui  appar- 
tiennent à  la  grande  école  italienne  ,  et  qui  traduit  Rossini  comme 
l'illustre  maestro  doit  désirer  d'être  interprété.  Elle  a  été  bissée  et 
rappelée  plusieurs  fois  avec  des  applaudissements  du  meilleur  aloi.  Il  ne 
manque  à  Mlle  Finoli  que.  d'avoir  plus  de  confiance  dans  ses  forces  et  de 
surmonter  une  timidité  qu'il  faut  vaincre,  bien  que  ce  soit  peut-être  une 
grâce  de  plus  dans  un  jeune  talent. 

»*„,  Au  concert  de  Telesynski  et  dans  plusieurs  réunions  musicales , 
Bertheliena  chanté  deux  nouvelles  chansonnettes  de  Bourget  :  Bibi  Ban- 
ban  et  Mu  dear  Contrebass,  avec  un  succès  qui  surpasse  tous  ceux  qu'il 
avait  obtenus  jusqu'à  présent. 

*%  Le  mardi  1er  mai  18.60,  l'Association  des  artistes  musiciens,  fondée 
par  M  le  baron  Taylor,  célébrera  la  fête  de  l'ouverture  du  mois  de 
Marie,  en  faisant  exécuter  par  deux  cents  artistes,  en  l'église  Saint- 
Koch,  à  midi  très-précis,  une  nouvelle  messe  solennelle  de  11.  Charles 
Manry.  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Tilmant.  Les  chœurs  seront  con- 
duits par  M.  Vervoitte,  maître  de  chapelle  de  la  paroisse.  Le  produit 
des  chaises  et  de  la  quête,  abandonné  par  la  paroisse,  sera  versé  dans 
la  caisse  de  secours  de  l'Association  des  artistes  musiciens. 

»*»  C'est  jeudi  26  qu'aura  lieu  l'intéressant  concert ,  avec  orchestre , 
de  Joseph  Wieniawski  avec  le  concours  de  Mmes  Bochkoltz-Falconi  et 
Richard  Lindau.  En  voici  le  programme  :  Ouverture  dCEgmont,  de  Beetho- 
ven. —  Concerto  en  soi  mineur,  Souvenir  de  Lublin,  Valse  brillante  et 
grande  ouverture  de  concert  de  la  composition  de  Wieniawski.  — Lied  de 
Mendelssohn,  nocturne  de  Field,  étude  en  la  mineur  de  Chopin. — 
Chanson  polonaise  de  E.  Wolff.  —  Polonaise  de  Chopin,  exécutés  par  le 
bénéficiaire.  —  Duo  des  Nozzc  di  Figaro,  chanté  par  Mmes  Bockh  ltz- 
F'alconi  et  Lindau.  —  Variations  de  Humruel,  chantées  par  Mme  Bochkoltz- 
Falconi  et  mélodies  de  Schubert,  chantées  par  R.  Lindau.  La  saison 
étant  très-avancée,  c'est  probablement  la  seule  fois  que  M.  J.  Wieniawski 
se  fera  entendre. 

**.  Le  28  avril,  salle  Beethoven,  M.  de  Casella,  violoncelliste-solo  du 
roi  de  Sardaigne ,  doit  donner  un  concert  auquel  prendront  part 
M\I.  Sighicelli  et  de  La  Nux,  Morini,  du  théâtre  Italien,  le  baryton  For- 
tuna  et  Mmes  Mosini  et  Favanti.  M.  de  Casella  s'est  déjà  avantageuse- 
sement  fait  connaître  en  jouant,  aux  applaudissements  de  l'auditoire,  dans 
plusieurs  concerts,  et  tout  récemment  chez  M.  le  comte  de  Nieuwerkerke. 

»*„  Le  concert  donné  par  Stanzieri  a  tenu  tout  ce  qu'il  promettait.  Les 
compositions  qu'il  y  a  fait  entendre  ont  été  fort  goûtées.  Le  trio  en  si 
bémol,  de  Beethoven,  a  été  magistralement  rendu  par  le  bénéficiaire, 
Braga  et  Accursi.  Inutile  de  dire  que  la  tarentelle  inédite  de  lîossini  a 
été  fort  applaudie.  Graziani  et  l'Alboni  ajoutaient  par  leur  présence  un 
grand  attrait  à  ce  concert. 

**„  Nous  rappelons  aux  amateurs  de  bonne  musique  que  c'est  demain 
à  la  salle  Herz,  à  8  heures  et  demie  du  soir  que  Mlle  Bochkoltz-Falconi 
donne  l'intéressant  concert  dont  nous  avons  fait  connaître  le  programme 
dans  notre  dernier  numéro. 


»**  Le  concert  de  M.  Jacques  Franco-Mendès,  réminent  violoncelliste 
et  compositeur,  aura  lieu  jeudi  soir,  26  avril,  dans  les  salons  Pleyel. 
Ainsi  que  nous  l'avons  annoncé,  M.  Franco-Mendès  fera  entendre  le  sep- 
tième quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  violoncelle,  de  M.  Léon  Kreutzer, 
et  de  sa  composition  quatre  morceaux,  savoir  :  cinquième  quintptto  pour 
deux  violons,  viola  et  deux  violoncelles;  l'Espoir,  mélodie,  boléro,  diver- 
tissement, trois  solos  pour  violoncelles.  Mlles  Ida  Bertrand,  Joséphine 
Martin  ;  MM.  Lafont,  Malézieux,  de  Cuvillon,  Jacoby  et  Biétry  prête- 
ront leur  concours  au  bénéficiaire. 

„.*„,  Une  charmante  fantaisie  pour  le  piano,  composée  par  Longueville 
sur  des  thèmes  de  Stradella,  de  Flotow,  a  été  publiée  cette  semaine. 
Nous  la  croyons  destinée  à  un  grand  succès. 

*%  La  partition  pour  piano  et  chant  de  l'opéra  comique  en  un  acte, 
Fanchelte,  paroles  et  musique  de  Déjazet,  dont  soixante  représentations 
n'ont  pas  épuisé  le  succès,  vient  de  paraître. 

#%  A  la  dernière  séance  musicale  de  l'Académie  universelle  des  arts 
et  manufactures  de  Paris,  on  a  chanté  la  belle  cantate  Tctouan,  com- 
posée, à  l'occasion  des  victoires  de  l'armée  espagnole,  sur  des  paroles 
de  M.  Defontaine,  par  M.  S.  Ponce- de-Léon.  Cette  composition,  d'une 
facture  large  et  martiale,  a  obtenu  le  plus  brillant  succès  ;  les  soli  ont 
été  parfaitement  interprétés  par  MM.  Guidon  frères. 

„,*„.  (.'est  le  1er  mai  que  le  directeur  des  concerts  des  Champs-Elysées 
compte  en  faire  la  réouverture.  Musard  a  déjà  commencé  ses  répétitions, 
et  il  fera  entendre  successivement  plusieurs  morceaux  qu'il  a  composés 
cet  hiver.  Au  nombre  des  premiers  que  son  orchestre  exécutera  se  trou- 
vent la  Schiller-Marsch  et  la  Polonaise  de  Struensée,  de  Meyerbeer;  l'ou- 
verture du  Siège  de  la  Rochelb: ,  de  Balfe,  etc.,  etc.  Les  solistes  distingués 
de  l'été  dernier,  Demersseman  ,  Legendre,  Moreau,  François,  Génin, 
Gobert,  Calendini,  Soler,  sont  à  leur  poste,  et  on  parle  pour  le  mois  de 
juin  de  l'engagement  de  Wuille,  le  clarinettiste  le  plus  extraordinaire  du 
monde  entier. 

***  Le  chambellan  prince  G.  A.  Stahremberg,  connu  comme  un  pro- 
tecteur éclairé  de  l'art  musical,  est  mort  à  Vienne  le  vendredi  saint  der- 
nier. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


***  Brest.  —  Le  grand  événement  de  la  semaine  est  la  représentation 
sur  notre  théâtre  du  Pardon  de  Ploërmel.  L'œuvre  nouvelle  de  Meyer- 
beer, déjà  connue  dans  nos  salons,  était  impatiemment  attendue,  et  il 
faut  (out  d'abord  constater  que  cette  attente  n'a  pas  été  trompée.  Le 
succès  a  été  complet.  L'ouverture,  admirable  symphonie,  qui  résume 
la  pensée  du  maître,  a  produit  une  impression  indicible.  La  Berceuse,  le 
grand  air  cTHoël  et  le  duo  Un  trésor,  ont  provoqué  à  plusieurs  reprises 
les  bravos  de  la  salle  au  premier  acte  ;  mais  le  triomphe  de  Mlle  Boulan- 
geot  a  été,  au  second  acte,  l'air  de  V Ombre,  qu'elle  a  vocalisé  avec  une 
admirable  perfection.  Ce  morceau,  ainsi  que  le  trio  final,  a  été  acclamé 
comme  le  méritent  des  œuvres  aussi  magistralement  conçues  que  brillam- 
ment exécutées.  L'air  du  Chasseur,  celui  du  Faucheur  et  le  Pater  noster, 
qui  ouvrent  le  troisième  acte,  ont  fait  admirer  la  variété  des  inspirations  de 
Meyerbeer,  et  surtout  le  sentiment  religieux  qu'il  possède  à  un  si  haut 
degré.  La  romance  d'Hoèl  a  été  chantée  avec  une  expression  remarquable 
de  sensibilité,  et  la  grande  scène  finale,  sur  laquelle  se  détache  le  duo 
d'Hoël  et  de  Dinorah,  a  clos  dignement  cette  nouvelle  et  sublime  page 
de  l'auteur  des  Huguenots.  MM.  Wilhem  et  Guillemot  étaient  chargés  des 
rôles  d'Hoël  et  deCorentin;  ils  s'en  sont  acquittés  en  artistes  de  talent, 
et  le  public  le  leur  a  prouvé 'par  ses  applaudissements.  Le  rôle  de 
Dinorah  était  confié  à  Mlle  Boulangeât;  elle  y  a  été  parfaite.  Il  serait 
injuste  de  ne  pas  nommer  MM.  Graat  et  Arnaut,  qui  se  sont  supérieure- 
ment acquittés  des  rôles  secondaires  du  chasseur  et  du  faucheur.  Enfin, 
pour  ne  rien  oublier  de  ce  qui  a  contribué  à  l'éclat  de  cette  représenta- 
tion, disons  que  notre  directeur,  M.  Moreau,  n'a  rien  épargné  pour  monter 
dignement  la  pièce,  et  que  la  mise  en  scène  et  les  décorations,  princi- 
palement celle  du  pont  et  de  la  chute  d'eau  naturelle,  ont  été  légitime- 
ment applaudies.  Le  Pardon  de  Ploërmel  sera  pour  la  direction  un  succès 
d'argent. 

;,%  Rennes.  —  L'engagement  par  la  direction  de  notre  théâtre  de 
M.  Jouard,  fort  ténor  d'Anvers,  nous  a  valu,  pour  la  clôture  de  la  saison 
théâtrale,  une  très-belle  représentation  de  Robert  le  Diable.  La  salle  était 
comble,  parce  qu'à  l'attrait  d'entendre  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  se 
joignait  celui  de  voir  comment  notre  première  chanteuse,  Mme  Laurence, 
qui  avait  choisi  cet  opéra  pour  sou  bénéfice,  se  tirerait  d'une  épreuve 
déjà  tentée  à  Rouen  en  pareille  occurrence.  Il  s'agissait  pour  elle  de 
chanter  le  rôle  d'Isabelle  et  celui  d'Alice.  Cette  représentation  n'a  été 
qu'une  longue  ovation  pour  Mme  Laurence  et  pour  Jouard,  dont  le  rôle 
de  Robert  est  le  triomphe.  La  voix  large  et  profonde  de  Pouilley  l'a 
merveilleusement  servi  dans  le  rôle  de  Bertram. 

„,**  Marseille.  —  M.  Moutelli,  le  nouveau  directeur  du  grand  théâtre 
de  notre  ville,  est  à  Paris,  où  il  s'occupe  activement  de  former  la  double 


DE  PARIS. 


troupe  italienne  et  française  qu'il  compte  exploiter  la  saison  prochaine. 
Parmi  les  artistes  engagés,  nous  pouvons  dès  à  présent  citer,  pour  l'opéra 
français  :  MM.  Renard,  Lucien  Bourgeois,  Merly,  Mlle  Gilliess,  Mme  Fauré- 
Brière.  Pour  la  danse,  M.  Charansonnay,  de  la  Scala  de  Milan;  et  la  Ro- 
setti,  qui  a  paru  avec  succès  à  Covent  Garden.  Pour  l'opéra  italien,  les 
ténors  Alessandro  Bettini,  Pardini  ;  les  basses  et  barytons,  Varese,  Marra, 
Mancusi,  Merly,  Nerini,  Llorens;  les  soprani,  Mmes  Brambilla,  Monténé- 
gro, Nerulo. 

„,%  Nice.  —  Le  concert  donné  par  Mlle  Octavie  Caussemille,  jeune 
pianiste,  qu'une  réputation  brillante  acquise  en  France  et  en  Allemagne 
avait  précédée  chez  nous,  a  été  un  véritable  événement.  Ce  concert  avait 
attiré  un  nombreux  concours  d'amateurs,  et  la  jeune  artiste  a  justifié 
pleinement  l'opinion  qu'on  avait  conçue  de  son  talent.  Elle  a  joué  suc- 
cessivement plusieurs  morceaux  de  Mayseder,  Leybach,  Fumagalli  ;  mais 
c'est  surtout  dans  le  scherzo  du  quatrième  concerto  symphonique  de 
Litolff,  qu'on  a  pu  apprécier  les  rares  qualités  qui  distinguent  Mlle  Caus- 
semille. Elle  a  été  couverte  d'applaudissements. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


t*t  Londres.  —  Le  théâtre  de  Sa  Majesté  donne  la  Traviuta  avec  la 
Piccolomini,  qui  obtient  toujours  dans  ce  rôle  la  faveur  de  notre  public. 

—  Après  la  Favorite  et  le  Trovaton,  Mme  Borghi-Mamo  va  chanter  le 
rôle  de  Desdemone  dont  elle  a  pris  possession  cet  hiver  aux  Italiens  de 
Paris.  Le  ténor  Mongini  chantera  Otello,  Everardi,  Iago,  Belart,  Rode- 
rigo.  —  A  Covent-Garden  Fidelio  succède  sur  l'affiche  à  Dinorah  ;  le  rôle 
de  Leonora  est  confié  à  Mme  Csillag,  l'éminent  contralto  allemand,  qui  a 
fait  une  courte  apparition  sur  la  scène  du  Grand-Opéra  à  Paris,  et  que 
nous^allons  pouvoir  juger. 

,%  Bruxelles.  —  Quarante  représentations  successives  n'ont  pas  épuisé 
la  vogue  du  Pardon  de  Ploèrmcl,  et  la  salle  est  comble  comme  aux  pre- 
mières représentations;  il  n'est  pas  d'exemple  d'un  succès  aussi  soutenu. 
Il  faut  l'attribuer  autant  à  la  bonne  exécution  de  l'ouvrage  qu'aux  grandes 
et  sévères  qualités  qui  le  distinguent.  Mlle  Boulart  est  toujours  char- 
mante dans  le  rôle  de  Dinorah.  La  scène  de  VOmbre  lui  vaut  des  bravos 
sans  fin  et  un  rappel  enthousiaste.  L'ensemble  est  toujours  parfait,  et 
l'orchestre,  sous  l'habile  direction  de  M.  Hanssens,  fonctionne  avec  cette 
verve,  cet  ensemble,  ce  fini,  qui  l'ont  placé  au  rang  des  premiers  orches- 
tres du  monde  —  On  annonce  au  théâtre  de  la  Monnaie  les  Dragons  de 
Villars,  choisis  par  notre  habile  chef  d'orchestre,  M.  Hanssens,  pour  son 
bénéfice. 

„%  Berlin  —  La  semaine  sainte  a  été  presque  entièrement  consacrée 
à  la  musique  d'église;  ù  la  cathédrale  on  a  entendu  les  artistes  du  Dom- 
chor  ;  à  l'Académie  de  chant,  la  Société  de  chant  Stern  a  exécuté  le 
Messie,  de  Haendel,  avec  le  concours  de  Mme  BUrde-Ney,  de  Dresde  ;  à 
l'Académie  de  chant  Grell,  la  Passion,  de  Bach,  d'après  saint  Matthieu  ; 
à  l'église  de  la  garnison,  la  mort  de  Jésus,  par  Graun;  au  théâtre  royal 
de  l'Opéra  a  été  donné,  pour  la  première  fois  :  les  Epouses  fidèles  (Wei- 
berlreue)  par  le  maître  de  chapelle,  Gustave  Schmidt,  d'après  la  ballade 
deBùrger. — Lafêtecommémorativedonnéeà  l'occasion  de  la  mort  de  Mme 
Schrœder  Deviïent  par  la  réunion  de  chant  Stern.  a  produit  une  recette 
de  443  thalers,  qui  serviront  à  couvrir  une  partie  des  frais  du  monu- 
ment qui  doit  être  érigé  à  la  célèbre  cantatrice.  — M.  Alexandre  Dreys- 
chock  a  reçu  l'ordre  de  l'Aigle  rouge  4e  classe. — Le  directeur  et  les  artis- 
tes de  l'opéra  Italien  ont  été  appelés  auprès  de  l'intendant  général  des 
théâtres,  M.  de  Redern,  chargé  de  leur  remettre  les  présents  qui  leur 
étaient  offerts  par  le  prince  régent  :  Mlle  Artot  a  reçu  une  broche  et 
Mlle  de  l\uda  un  bracelet  ;  des  épingles  ont  été  remises  à  Carrion  ainsi 
qu'à  Brémond;  des  bagues  à  Lorini  et  au  chef  d'orchestre;  enfin  Frizzi 
et  Sedié  ont  eu  pour  leur  part  des  tabatières. 

***  Vienne.  —  Au  Thealer  an  der  Wien,  Mlle  Lagrua  vient  de  débuter  de 
la  manière  la  plus  brillante  dans  le  rôle  de  Norma,  auquel  le  beau  talent 
de  la  cantatrice  a  rendu  toute  la  fraîcheur,  tout  le  charme  de  la  nou- 
veauté. Benedetti  a  convenablement  interprété  le  rôle  d'Oroveso.  Les 
autres  artistes  ont  laissé  à  désirer.— /Vu  théâtre  de  l'opéra  de  la  cour,  on  a 
repris  les  Huguenots.—  Le  succès  d'Orphée  aux  enfers  se  soutient  au  Cari 
theater.—  Mme  ClaraSchumann  vient  de  nous  quitter:  l'éminente  pianiste 
se  rend  d'abord  à  Dresde,  d'où  elle  partira  ensuite  pour  Berlin  et  Londres. 

—  L'Académie  de  chant  a  exécuté  le  vendredi  saint  le  Miserere  d'AUegri, 
à  l'église  des  Augustins. 

***  Darmstadt.  —  Le  lundi  de  Pâques  le  théâtre  grand-ducal  a  donné 
pour  la  première  fois  et  avec  un  immense  succès  Dinorah;  le  dialogue  a 
été  remplacé  par  les  récitatifs  traduits  de  l'italien. 

*%  Hambourg.  —  L'opéra  italien  a  commencé  ses  représentations  par 
/(  Barbiere  :  tous  les  billets  avaient  été  vendus  huit  jours  d'avance. 

***  Lubeck.  —  Le  Pardon  de  Ploermel  vient  d'être  représenté  pour  la 
première  fois  au  théâtre  de  la  ville;  la  mise  en  scène  était  splendide. 


Notre  célèbre  prima  donna  Mme  Bock-lleintzen  était  chargée  d'interpréter 
le  rôle  de  Dinorah  ;  elle  s'est  acquittée  de  cette  tâche  difficile  en  actrice 
et  en  cantatrice  consommée  :  l'air  de  VOmbre,  notamment,  a  été  ac- 
cueilli avec  une  explosion  d'applaudissements.  Mme  Bock-Heintzen  a 
été  rappelée  à  la  fin  du  deuxième  acte  et  à  la  fin  du  spectacle. 

%*t  Francfort.  —  Mlle  Frassini  vient  de  jouer,  pour  la  cinquième  fois , 
le  rôle  de  Dinorah,  dans  le  nouveau  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  dont  la 
première  représentation  date  du  15  février.  —  Un  grand  nombre  d'amis 
et  d'artistes  ont  rendu  les  derniers  honneurs  à  la  dépouille  mortelle  de 
Franz  Messer;  près  de  la  tombe  destinée  à  la  recevoir,  on  avait  établi 
une  estrade  où  une  partie  de  l'orchestre,  composée  des  instruments 
à  vent,  a  exécuté  des  morceaux  analogues  à  la  circonstance.  Deux 
discours  ont  été  prononcés.  Le  service  a  eu  lieu  a  1 1  heures  à  la  cathé- 
drale, où  l'on  a  exécuté   le   Requiem  de  Gherubini. 

„%  Milan. —  Le  concert  annoncé  pour  le  10  avril,  par  Camillo  Sivori, 
avait  rempli  le  théâtre  Carcano  d'une  société  aussi  choisie  que  nom- 
breuse. Le  triomphe  du  célèbre  violoniste  a  été  le  plus  complet  que  puisse 
ambitionner  un  artiste.  De  tous  les  points  de  la  salle  partaient  les  accla- 
mations les  plus  enthousiastes,  et  se  mêlaient  aux  plus  frénétiques  ap- 
plaudissements. Sivori  annonce  pour  dimanche  un  deuxième  concert,  qui 
promet  d'être  aussi  brillant  que  le  premier.  —  L'opéra  nouveau  de 
Petrella,  le  precau-ioni,  a  réussi,  quoique  la  partition  semble  à  quelques 
égards,  un  peu  trop  napolitaine,  et  que  la  troupe,  chargée  de  l'exécution, 
ne  soit  que  d'un  ordre  inférieur. 

^%  Naples.  —  Un  petit  ouvrage  bouffe  en  un  acte,  /  due  Ciaballini, 
du  maestro  Ruggi,  a  obtenu  du  succès. 


le  Directeur  :   S.  DOFOCR. 


Chez  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOVR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu. 


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Avec  accompagnement  de  piano,  par  Bazille,  du 


Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas 
et  de  Leuven,  musique  de 

Ainbroise  Thomas 

(De  l'Institut.) 


L'OUVERVURE  arrangée  pour  le  Piano,  prix  :  S  fr.  50. 

KETTERER. —  Fantaisie-Transcription  (Romancero,  Barcarolle, 
Air-Cachucha,  Romance). 

QUADRILLES  pour  le  piano,  par  Arban  et  Marx,  prix  :  h  fr.  50  c. 
POLKA  pour  le  Piano,  par  Ettling,  prix  :  h  fr. 


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156 


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UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1851. 


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A    L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

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La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées  ;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


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Fararrer  (R.).  Op.  11.  Vanda,  varsovienne. . 

—  Op.  12.  Tarentelle 

—  Op.   13.  Souvenir  de  Beethoven 

—  Op.  14.  En  Chasse,  fantaisie 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 

—  Op.  11.  Première  grande  valse 

—  Deuxième  grande  valse 

—  Deuxième  mazurka 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,  étude 

de  concert 

—  Op.  20.  Rondo-polka 

—  Op.  21.  Sicilienne 

—  Op.  22.  Elégie 


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7  30 
7  50 
7  50 


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9  » 
7  50 


',  éditeurs,  11,  rue  Rougemont. 

MUSIQUE  DE  CHANT 

Kcvaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 50 

Mangeant.   Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6     » 

SIX  FANTAISIES  KX  TRIO 

Pour  Piano,  Violon  et  Violoncelle,  composées  par 
II.  Ravina  et  EL.   Oapïsson. 


AIDIMnTCr     ÇA  Y       («'UrVIOR).     —    Xe>'f 
AlirllUlluIi    oAA      brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement . 

Instruments  Saxomnitoniques.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
trumenls  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  et  le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  Lamartine,  22,  à 
Paris. 


TVfkïOAN     II       ÏIFD7  Manufacture     de 

IvlAldUH     H.     nhnù     pianos,  48,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

••  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  su 
frages  unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  Au  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  ■ 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


pour  paraître  prochainement 
Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 


A.    BRASSIN 

Transcription  pour  le  Piano  du   deuxième 

air  varié  d'H.  Vieuxtemps. 
Rarcarolle. 
Sérénade. 

Grand  galop  fantastique. 
Binette. 

lie  Ruisseau,  morceau  de  salon. 
lie  Chant  du  soir,  rêverie. 
An  bord  de  la  mer. 
Donze  études  de  concert. 


Publié  par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR, 
103,  rue  de  Richelieu,  au  1". 


LYRE    FRANÇAISE 

Choix  d'Airs  d'opéras,  Duos,  Romances,  etc., 

sans  accompagnement, 

des  meilleurs  auteurs  anciens  et  modernes. 

150  n°'.  Edition  populaire.  Ch.,  25  c. 


OAïiTÏ  Ï"FA  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
uUUl  LIi  1  V  position  1849;  Médaille  de  \"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap- 
port de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  Magasin, 
rue  Montmartre,  161. 


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Exposition  de  1849. 


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1™  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


«™  médaille  d'argent  ,_ 

Exposition  nationale  française  de  18«4.  FaCtCUI'    (1C    M    MllISOIl    militaire    (le    I  fclliperCliï. 

-o-3><S~  RUE   SAINT  ■  GEORGES,    50  ~&&o- 

Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (S  855) .  —  Seule  grande   médaille 

(Council  Meitut)  à  l'Exposition  universelle  de   Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

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Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  isôi». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  1859. 


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ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

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Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
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les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  18. 


REVUE 


2!)  Avril  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  ML 

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Le  Journal  parait  le  DiniaDCDC. 


GAZETTE 


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SOMMA1RE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  :  le  Château-Trompette, 
opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Cormon  et  Michel  Carré,  musique 
de  M.  Gevaert,  par  D.  A.  B*.  Saint- Yves,  —  Sixième  séance  de  musique 
de  chambre  de  Maurin  et  Chevillard  ;  quintette  de  M.  Fétis.  —  Concert  de  Joseph 
Wieniawski.  —  Auditions  musicales,  par  Adolphe  Botte.  —  L'Orphéon 
français  à  Londres,   par  llathien  de  Monter.  —  Nouvelles   et   annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA-COMQUE. 

1-E  CHATEAU-TROMPETTE, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Cormon  et  Michel 
Carré,  musique  de  M.  Gevaert. 

(Première  représentation  le  23  avril  1860.) 

On  sait  que  le  Château-Trompette,  qui  aujourd'hui  a  disparu  pour 
faire  place  aux  embellissements  de  Bordeaux,  était  un  ancien  fort, 
conslruit,  de  même  que  celui  de  Hâ,  du  temps  de  Charles  VII,  non- 
seulement  contre  les  Anglais,  mais  aussi  contre  les  Bordelais,  souvent 
enclins  à  la  révolte.  Il  faudrait  de  bien  grands  efforts  d'imagination 
pour  trouver  dans  les  souvenirs  légués  par  cette  forteresse  un  sujet 
d'opéra-comique.  Aussi  MM.  Cormon  et  Michel  Carré  n'y  ont-ils 
guère  songé,  et  n'ont-ils  considéré  le  Château-Trompette  que  comme 
une  excellente  enseigne  à  la  pièce  qu'ils  ont  faite  avec  les  amours 
de  Mlle  Lise  et  de  M.  Olivier  Bancelin,  contrariés  par  les  prétentions 
du  maréchal  de  Bichelieu. 

Mlle  Lise  est  de  la  race  perdue  de  ces  jolies  grisettes  de  Bordeaux 
qui  portaient  si  gaillardement  la  mule  à  talons,  le  jupon  court  et  le 
foulard  de  soie  noué  sur  le  chignon.  M.  Olivier  est  un  jeune  robin 
assez  insignifiant,  qui  partage  ses  affections  entre  sa  mère  et  Lise. 
Qui  les  empêche  de  se  marier? 

En  attendant  qu'ils  s'y  décident,  voici  que  S.  M.  le  roi  Louis  XV 
confie  le  gouvernement  de  sa  fidèle  province  de  Guienne  au  vain- 
queur de  Manon,  escorté  dans  cette  espèce  de  vice-royauté,  beaucoup 
moins  par  la  renommée  de  ses  exploits  guerriers  que  par  celle  de  ses 
innombrables  triomphes  galants.  Ne  soyons  donc  pas  surpris  de  voir 
tous  les  maris  des  bords  de  la  Garonne  trembler  de  peur  à  son  ap- 
proche et  se  mettre  en  mesure  d'émigrer  avec  leurs  moitiés  trop  sé- 
duisantes. 

Parmi  les  plus  effrayés,  se  distingue  un  M  de  Bourcant,  qui  oc- 
cupe un  emploi  important  dans  les  gabelles.  Mais  M.  de  Bichelieu  a 


entendu  vanter  la  beauté  vraiment  merveilleuse  de  Mme  de  Bourcant, 
et  il  ne  se  la  laissera  pas  enlever  par  son  Bartholo  de  mari. 

11  commence  par  suggérer  aux  principaux  habitants  de  la  ville  l'idée 
de  lui  offrir  un  grand  bal  auquel  ils  ne  pourront  se  dispenser  de 
conduire  leurs  femmes.  Mais  M.  de  Bourcant  est  un  homme  de  res- 
source; il  enverra  secrètement,  par  une  embarcation  sur  la  rivière, 
Mme  de  Bourcant  à  sa  maison  de  campagne,  et  néanmoins  à  la  même 
heure  il  la  mènera  au  bal. 

Ce  problème,  en  apparence  inextricable,  est  pourtant  dos  plus  fa- 
ciles à  résoudre;  seulement,  une  complication  imprévue  vient  s'y 
mêler  et  l'embrouiller  plus  que  jamais. 

Il  est  bon  de  savoir  que  ce  vieux  Céladon  de  maréchal  (car  il  a 
dépassé  depuis  longtemps  la  cinquantaine)  ne  voyage  pas  sans  em- 
porter dans  ses  bagages  un  coffret  renfermant  les  médaillons  de  toutes 
ses  maîtresses.  Or,  M.  Olivier  Bancelin,  l'amoureux  de  Lise,  a  dé- 
couvert, par  une  indiscrétion  qu'il  nous  serait  malaisé  d'expliquer, 
que  le  portrait  de  sa  mère  était  au  nombre  des  trophées  de  M.  de 
Bichelieu. 

Touchée  de  son  désespoir,  Lise  conçoit  le  généreux  dessein  de  s'in- 
troduire dans  le  boudoir  du  maréchal  pour  lui  dérober  cette  minia- 
ture compromettante,  et  à  cet  effet,  elle  se  substitue  à  Mme  de 
Bourcant,  qu'elle  sait  devoir  être  enlevée,  pendant  son  sa  course  sur 
l'eau  par  Champagne,  le  valet  de  confiance  du  maréchal.  Le  masque  de 
rigueur  la  protégera  contre  la  curiosité  de  cet  homme  qui  la  connaît, 
et  qui  l'a  même  courtisée  naguère. 

C'est  grâce  à  cette  même  protection  du  masque  que  M.  de  Bour- 
cant a,  de  son  côté,  formé  l'audacieux  projet  de  conduire  sa  servante 
Cadichonne  au  bal,  et  de  la  présenter  comme  sa  femme  au  gouver- 
neur. 

La  situation  se  devine  :  le  maréchal ,  placé  entre  les  deux  fausses 
moitiés  de  l'employé  aux  gabelles,  est  bien  et  dûment  mystifié  ;  mais 
Lise  se  charge  de  prolonger  le  quiproquo  à  son  profit.  Cadichonne 
est  mise  hors  de  cause ,  le  maréchal  s'enferme  pour  souper  avec 
Lise,  et  celle-ci,  à  force  de  rasades,  se  débarrasse  des  tentatives  du 
vieux  roué  ,  qui  finit  par  s'endormir,  pendant  que  la  grisette  fait 
main  basse  sur  le  portrait  de  Mme  Bancelin. 

Après  cela,  que  nous  reste- t-il  à  apprendre?  La  pièce  semble  ter- 
minée, et  elle  le  serait  en  effet  si,  pour  le  triomphe  de  la  morale»,  le 
duc  de  Bichelieu  ne  se  croyait  forcé  de  déclarer  hautement  que 
Mme  Bancelin,  attirée  autrefois  par  lui  dans  une  petite  maison,  en  est 
sortie  aussi  pure  qu'elle  y  était  entrée  ,  et  que  cette  dame  est  sans 
contredit  la  plus  vertueuse  de  toutes  les  Bordelaises  passées,  présen- 
tes et  futures. 


158 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Et  le  Château-Trompetle?  où  donc  est-il?  D'abord  sur  l'affiche,  et 
si  cela  ne  vous  suffit  pas,  voici  le  gargotier  Frigousse  qui  a  décoré 
de  ce  nom  ronflant  la  guinguette  dont  il  est  le  seigneur  et  maître. 

La  pièce  de  MM.  Cormon  et  Michel  Carré  est  assez  gaie  et  renferme 
des  détails  spirituels  ;  mais  elle  aurait  pu  être  facilement  resserrée 
en  deux  actes.  Convenons  en  outre  que  le  duc  de  Richelieu  y  joue  un 
rôle  qui  déroute  bien  des  idées  reçues.  En  fait  d'aventures  galantes, 
le  célèbre  Lovelace  français  était  plus  souvent  mystificateur  que  mys- 
tifié.  Il  est  vrai  que  l'exception  n'infirme  pas  la  règle. 

La  partition  de  M.  Gevaert  est  écrite,  comme  tous  les  ouvrages  de 
ce  jeune  compositeur  belge  et  comme  les  derniers  surtout,  avec  élé- 
gance, avec  verve  ;  mais  l'originalité  de  l'inspiration  y  est  plus  rare 
que  dans  ses  premiers  opéras.  On  y  trouve  d'excellentes  intentions  , 
mais  non  toujours  suivies  du  fait.  Telle  idée  dont  on  attend  le  déve- 
loppement tourne  court  et  s'efface  pour  en  laisser  passer  une  autre 
qui  n'est  souvent  pas  mieux  conduite  à  bonne  fin. 

Plusieurs  morceaux  ont  néanmoins  été  remarqués  et  applaudis. 
Dans  le  nombre  nous  citerons  l'ouverture,  composée  des  principaux 
motifs  de  la  pièce;  le  Noël  sur  M.  de  Richelieu,  que  Lise  chante  au 
premier  acte,  avec  refrain  en  chœur,  et  qui  a  obtenu  les  honneurs  du 
bis;  un  joli  duo  entre  Champagne  et  Lise,  où  le  compositeur  a  fait 
intervenir  l'air  du  Carillon  de  Dunkerque  et  celui  de  la  Boulangère 
dans  unestrelte  vive  et  pimpante,  puis  un  finale  très-bien  dessiné,  où 
une  chanson  de  matelot  est  remplacée  par  une  ronde  populaire, 
pleine  de  mouvement  et  d'entrain. 

Au  second  acte,  nous  mentionnerons  l'air  de  Lise  :  Non,  ce  n'est 
plus  Lisette,  très-brillant  et  très-favorable  à  la  voix  de  Mme  Cabel  ; 
un  charmant  quintette  sur  des  rires  parfaitement  nuancés,  des  cou- 
plets comiques  de  Cadichonne,  et  une  petite  chanson  fort  piquante 
dans  la  scène  de  table,  sur  ce  refrain  :  Quand  ils  sont  vieux,  les 
loups  ne  mordent  guère. 

Enfin,  au  troisième  acte,  les  morceaux  qui  ont  produit  le  plus  d'ef- 
fet sont  les  couplets  de  Champagne,  Bonjour,  Fanchon;  bonjour,  Su- 
son,  redemandés  par  le  public;  d'autres  couplets  avec  refrain  en  duo, 
chantés  par  Frigousse  et  Cadichonne,  et  que  l'on  a  aussi  voulu  enten- 
dre deux  fois  ;  et  pour  terminer  la  pièce,  la  reprise  du  Noël  de  M.  de 
Richelieu,  lequel  pourrait  bien  devenir  populaire. 

Le  rôle  de  Lise,  auquel  les  auteurs  ont  consacré  un  soin  tout  spé- 
cial, est  interprété  par  Mme  Cabel,  qui  en  a  fait  une  de  ses  plus  agréa- 
bles créations.  On  sait  avec  quelle  grâce,  avec  quel  charme  elle  porte 
le  tablier  et  le  bonnet  de  la  grisette;  rien  n'égale  sa  bonne  humeur 
et  sa  joyeuse  allure.  Au  second  acte,  il  y  a  des  scènes  que  Mme  Ca- 
bel joue  en  très-fine  et  très-habile  comédienne.  Quant  au  chant,  c'est 
toujours  la  même  légèreté,  la  même  fraîcheur,  la  même  sûreté  d'in- 
tonations. Elle  dit  avec  infiniment  d'esprit  le  Noël  du  premier 
acte,  et  fait  des  merveilles  de  vocalisation  dans  son  grand  air  du  se- 
cond. 

Le  personnage  de  Richelieu,  si  étrangement  travesti,  était  destiné  à 
Couderc  ;  une  regrettable  maladie  l'y  a  fait  renoncer  ;  sera-ce  le  con- 
soler que  de  lui  dire  qu'il  n'en  aurait  pu  tirer  un  meilleur  parti  que 
Mocker? 

En  jouant  Champagne,  Sainte-Foy  n'est  pas  dans  son  emploi  ; 
mais  des  artistes  de  sa  nature  ne  sont  déplacés  nulle  part,  et  se 
sauvent  des  plus  mauvais  pas  par  leur  adresse  et  leur  talent. 

Berthelier  et  Mlle  Lemercier  gasconnent  à  qui  mieux  mieux,  et 
sont  tous  les  deux  parfaits  dans  les  rôles  de  Frigousse  et  de  Cadi- 
chonne. 

Prilleux,  Tonchard  et  Lemaire  concourent,  chacun  pour  sa  part,  à 
l'ensemble.  Félicitons  M.  Roqueplan  sur  la  mise  en  scène,  qui  est  des 
plus  soignées  et  des  plus  intelligentes,  ainsi  que  M.  Tilmant  sur  son 
orchestre,  dont  les  qualités  solides  font  assez  haut  l'éloge  du  chef  qui 
le  dirige. 

D.  A.  1).  SAINT-YVES. 


SIXIÈME  SOIRÉE  DE  MUSIQUE  DE  CHAIBRE 

DE  MAURIN  ET  CHEVILLARD.  -  QUINTETTE  DE 
M.  FÉTIS. 

M.  Félis  possède  une  de  ces  puissantes  organisations,  une  de  ces 
intelligences  d'élite  bien  faites  pour  dérouter  la  foule.  Certains  esprits 
connaissant  surtout  l'immense  érudition  du  maître,  tant  musicale  que 
littéraire  et  historique,  ont  peine  à  croire  qu'il  lui  reste  le  temps 
d'écrire  une  vive  et  chaleureuse  page  symphonique.  Il  en  est  pourtant 
ainsi:  bon  nombre  d'eeuvres  l'attestent.  Nous  ne  rappellerons  pas  ici, 
ce  serait  superflu,  ses  travaux  d'art  et  de  science,  ce  sont  des  monuments 
que  la  postérité  connaîtra  et  qu'elle  admirera  ;  nous  dirons  seulement 
que  le  quintette  exécuté  jeudi  à  la  sixième  séance  de  Maurin  et  Che- 
villard  suffirait  à  fonder  la  réputation  d'un  musicien  ;  car  on  y  trouve 
l'imagination  qui  crée  et  la  science  qui  féconde.  Les  modulations  en- 
harmoniques du  premier  allegro  en  la  mineur,  plein  de  mouvement, 
d'élégance  et  d'originalité,  ont  une  douceur  et  un  éclat  vraiment  sai- 
sissants. Ces  modulations  sont  l'une  des  plus  belles  choses  de  l'har- 
monie moderne.  L'effet  qu'elles  produisent  ne  peut  être  comparé  qu'à 
ces  éclaircies  de  jour  et  de  soleil  qui  tout  à  coup  viennent  percer  et 
illuminer  l'obscurité  des  grands  bois.  M.  Fétis.  qui  l'a  si  heureuse- 
ment employé,  ne  l'a  point  émoussé  par  un  usage  trop  fréquent,  comme 
on  le  fait  souvent  maintenant. 

11  y  a  dans  la  tendre  et  suave  mélodie  de  Validante  soslenuto,  jouée 
par  le  premier  violon,  soutenue  par  le  violoncelle,  de  jolies  broderies, 
de  délicates  variations  en  staccato,  en  arpèges  pianissimo  sur  deux 
cordes,  d'un  charme  inexprimable.  Tout  cela  a  été  rendu  avec  beau- 
coup de  finesse  par  MM.  Maurin,  Chevillard,  Viguier,  Sabattier  et 
A.  Lebrun. 

Dans  X intermezzo,  la  vigueur  succède  à  la  grâce,  les  traits  les  plus 
fougueux,  les  plus  capricieux  aux  chants  les  plus  aimables.  Un  adagio 
espressivo,  où  l'on  a  remarqué  quelques-unes  de  ces  harmonies  sim- 
ples dont  le  secret  n'appartient  qu'aux  maîtres,  précède  le  finale,  qui 
est  d'un  entrain,  d'un  esprit,  d'un  brio  irrésistibles.  Les  fanfares  de 
chasse,  les  éclats  de  joie  et  de  mélodie  qui  terminent  ce  dernier  mor- 
ceau ont  ravi  l'auditoire  et  ont  été  très-chaleureusement  accueillis. 
Nous  ne  pouvons  analyser  entièrement  ce  finale,  nous  voulons  seu- 
lement insister  sur  la  science  enjouée  qui  s'y  montre,  et  signaler  une 
phrase  staccato,  dite  d'abord  en  mi  majeur,  puis  en  vl  majeur,  et 
modulant  toujours  par  des  cadences  qui,  malgré  les  richesses  et  les 
recherches  harmoniques  dont  elles  sont  entourées,  conservent  une 
franchise  et  un  naturel  ravissants.  Tantôt-,  l'auteur  module  et  prend 
le  chemin  le  plus  long  où  se  cueillent  en  passant  les  accords  les  plus 
hétérogènes  ;  tantôt,  il  saute  d'une  tonalité  à  une  autre  avec  la  conci- 
sion, la  sobriété  et  aussi  avec  l'effet  et  la  douceur  que  connaissent 
seules  les  plumes  accoutumées  à  faire  sentir  toute  la  valeur  d'une 
note. 

Ceux  qui  dans  un  quintette  peuvent  suivre  toutes  les  parties,  en- 
tendre aussi  bien  les  intermédiaires  que  les  extrêmes,  ont  été  enchantés 
de  l'intérêt,  des  dessins  mélodiques  répandus  par  M.  Fétis  dans  les 
cinq  voix  qu'il  faisait  parler.  Il  faut  être  bien  profondément  savant 
pour  conserver  des  allures  aussi  vives,  pour  n'avoir  rien  de  tendu, 
rien  d'ambitieux,  et  pour  garder  ainsi,  au  milieu  de  la  plus  grande 
sévérité  de  style,  une  telle  verdeur  de  pensés.  Fidèle  comme  compo- 
siteur aux  théories  qu'il  a  toujours  professées  comme  critique,  M.  Fétis 
s'est  montré  dans  cet  ouvrage  d'une  simplicité  et  d'une  clarté  lumi- 
neuse. On  est  toujours  un  peu  rebelle  à  l'admiration  ;  mais,  cette  fois, 
disons-le  à  la  louange  du  public  parisien,  les  applaudissements  en- 
thousiastes qui  ont  salué  l'œuvre  de  M.  Fétis  ont  prouvé  qu'on  lui 
pardonnait  d'être  à  la  fois  un  grand  théoricien,  un  grand  historien  de 
la  musique  et  un  compositeur  inspiré. 


DE  PARIS. 


159 


Celte  séance  s'est  terminée  par  le  quatuor  en  la  mineur  de  Beetho- 
ven. Dans  l'interprétation  de  ces  pages,  le  beau  talent  de  MM.  Maurin, 
Chevillard,  Viguier  et  Sabattier  semble  rehaussé  encore  par  l'étude 
approfondie  et  toute  spéciale  qu'ils  ont  faite  des  dernières  œuvres  de 
ce  maître . 

Entre  le  quintette  de  M.  Fétis  et  le  quatuor  de  Beethoven,  une  jeune 
pianiste,  Mlle  Caroline  Lévy,  a  produit  une  vive  sensation,  en  jouant 
délicieusement  deux  jolis  morceaux  de  Weber  et  de  Mendelssohn.  Sa 
manière  est  tout  éclectique:  c'est  la  meilleure,  à  notre  avis.  Elle  a  la 
sobriété  et  le  brillant,  la  grâce  et  la  force  ;  elle  emploie  les  effets  du 
piano  moderne,  mais  en  évitant  le  fracas  et  l'exagération.  Elle  est,  nous 
a-t-on  dit,  élève  du  Conservatoire,  de  Mme  Farrenc.  Nous  ne  nous 
étonnons  plus  alors  de  la  finesse  et  de  la  pureté  de  son  style.  Mlle  Lévy 
a  obtenu  un  de  ces  succès  qui  font  monter  tout  à  coup  les  meilleures 
élèves  au  rang  d'artistes  vraiment  distingués. 


CONCERT  DE  JOSEPH  WIENIÀWSKI. 

Personne  n'avait  oublié  J.  Wieniawski  ;  on  se  rappelait  qu'il  avait 
obtenu,  il  y  a  quelques  années,  de  grands  succès  au  Conservatoire. 
Après  avoir  voyagé,  il  nous  revient  avec  une  exécution  qu'on  connais- 
sait déjà,  mais  en  partie  seulement,  car  elle  est  singulièrement  élar- 
gie, fortifiée,  et  avec  des  compositions  qu'on  ne  connaissait  pas  du 
tout  et  qui  attestent  un  musicien  instruit ,  plein  de  verve ,  de  feu 
et  souvent  d'originalité,  ce  qui  est  plus  rare.  A  son  concert, 
donné  jeudi  dans  la  salle  Herz,  après  la  magnifique  ouverture 
à'Egmont,  fort  bien  dite  sous  l'intelligente  direction  de  M.  Victor 
Chéri,  Joseph  Wieniawski  a  exécuté  d'une  façon  magistrale  —  épi- 
thète  méritée  cette  fois  —  son  concerto  en  sol  mineur  avec  orchestre. 
Nous  n'avons  pas  la  prétention  d'analyser,  après  une  seule  audition, 
toutes  les  beautés,  tous  les  détails  d'une  œuvre  longue  et  sérieuse, 
nous  dirons  seulement  qu'on  a  été  frappé  par  un  ensemble  harmo- 
nieusement combiné,  par  des  mélodies  franches  et  bien  accusées,  par 
un  travail  attachant  qui  ne  sent  pas  l'effort  et  qui  décèle  autant  la 
richesse  de  l'imagination  que  l'habileté  de  la  maih.  Malgré  le  mérite  de 
\ amiante  et  de  \' allegro  molto  vioace,  c'est  le  premier  allegro  mode- 
rato, page  très-remarquable,  que  nous  préférons.  Il  y  a  bien  aussi, 
parfois,  dans  ce  morceau  le  vague  de  pensées,  la  surabondance  d'idées 
et  de  notes  que  donne  la  jeunesse  ;  mais  heureux  les  jeunes  compo- 
siteurs qui  ont  tant  de  choses  à  dire,  qui  ont  peine  à  choisir,  et  chez 
qui  le  convenable  glacé  ne  remplace  pas  une  certaine  effervescence  que 
la  réflexion  et  l'expérience  calment  toujours  assez  tôt!  Sans  recherches 
ambitieuses,  sans  parti  pris  de  ne  s'adresser  qu'à  un  petit  nombre 
d'auditeurs,  sans  emphase,  l'auteur  va  droit  son  chemin  et  trouve  des 
mélodies  généralement  claires,  colorées  et  distinguées  ;  sans  affecter  la 
profondeur,  il  rencontre  des  harmonies  piquantes  et  souvent  neuves. 

Dans  sa  grande  ouverture  de  concert,  il  y  a  de  bien  charmantes 
idées,  des  développements  très- ingénieux  et  très-intéressants  ;  mais 
on  y  voudrait  un  peu  plus  de  concision.  L'orchestre  y  est  traité  à  la 
belle  et  large  manière  allemande.  On  sent  que  Weher,  notamment,  est 
l'un  des  maîtres  préférés  par  le  jeune  compositeur  ;  la  facture,  en  plus 
d'un  endroit,  rappelle  celle  de  l'ouverture  à'Oberon.  Dans  l'art  aussi, 
fùt-on  doué  comme  Wieniawski  d'une  imagination  créatrice,  on  est 
toujours  fils  de  quelqu'un,  et  il  faut  convenir  que  l'artiste  pouvait 
plus  mal  choisir  son  modèle  et  se  rattacher  à  une  famille  moins  noble, 
moins  énergique  et  moins  grande. 

Le  sentiment  et  la  volonté  prêtent  à  l'exécution  de  J.  Wieniawski 
les  forces  qui  semblentmanquer  à  ses  doigts.  Dans  les  traits  en  octaves, 
qu'il  fait  à  ravir,  dans  tous  les  placages,  il  arrive  à  triompher  de  la 
faiblesse  de  ses  mains.  C'est  une  lutte  intéressante  à  voir;  car,  cette 
fois  encore,  c'est  l'esprit  qui  est  vainqueur,  c'est  l'âme  qui  se  fait  jour 


et  qui  éclate  malgré  tout.  Pourtant,  l'originalité  du  compositeur  est 
plus  grande  que  celle  du  pianiste.  Assurément  dans  sa  romance  variée  : 
Souvenir  de  Lublin  ;  dans  sa  valse  brillante  comme  dans  la  jolie 
chanson  polonaise,  d'Edouard  Wolff,  et  dans  différents  morceaux  de 
Mendelssohn,  de  Field  et  de  Chopin,  le  jeune  virtuose  a  eu  toute  la 
netteté,  tout  le  charme,  toute  la  grâce,  toute  l'énergie  auxquels  nous 
ont  accoutumés  nos  meilleurs  pianistes  ;  mais  rien  de  plus  :  il  n'atteint 
pas  encore  à  la  vigueur,  aux  délicatesses,  aux  éloquences  passionnées 
de  quelques  rares  solistes.  Comme  compositeur,  au  contraire,  il  a  déjà 
un  caractère  d'individualité,  une  mélancolie  et  une  fougue  qui  lui  ap- 
partiennent bien  en  propre. 

On  a  dit  qu'à  la  fin  de  la  saison  des  concerts,  le  public  est  las.  Oui, 
il  est  las  du  médiocre,  las  d'entendre  des  chanteurs  et  des  chanteuses 
qui,  comptant  beaucoup  trop  sur  une  voix  plus  ou  moins  belle,  sem- 
blent faire  fi  des  premières  notions  du  style  ;  las  d'entendre  des  com- 
positions qui,  essais  utiles  et  intéressants  peut-être,  ne  devraient  pas 
franchir  le  cercle  de  l'intimité  ;  mais  qu'un  jeune  homme  comme 
Joseph  Wieniawski  se  présente,  armé  par  l'étude,  animé  par  l'inspira- 
tion, la  sympathie  et  l'enthousiasme  renaissent  bien  vite,  et,  malgré  le 
printemps  —  ne  fût-il  pas  en  retard  d'un  grand  mois,  ainsi  qu'il  l'est 
cette  année  —  toutes  les  mains  applaudissent  comme  aux  plus  belles 
soirées  de  l'hiver. 


AUDITIONS  MUSICALES. 


Mme  Louisa.  Jnng-«uibert.  —  Concert  de  la  Société  allemande 
de  bienfaisance.  —  Mlle  Anna  Bocbkoltz-Falconi.  —Jacques 
Banr. 

Parmi  les  œuvres  avec  orchestre  que  Mme  Jung-Guibert  a  fait  en- 
tendre à  son  charmant  concert,  il  faut  citer  le  cinquième  concerto  de 
Henri  Herz.  On  le  sait  depuis  longtemps,  Herz  est  un  esprit  net,  plein 
de  verve  et  de  fantaisie  ;  mais  on  songe  trop  parfois  à  ses  œuvres  ai- 
mables, gracieuses,  et  l'on  oublie  la  souplesse  et  la  variété  de  son  ins- 
piration. Pourtant  après  avoir  écrit  tant  de  morceaux  légers,  il  a  écrit 
aussi  bien  des  œuvres  sérieuses  ;  il  a  su  passer  des  succès  de  vogue 
aux  succès  durables,  fondés  sur  la  richesse  de  l'imagination,  sur  la 
pureté  et  la  flexibilité  du  style.  Ce  concerto,  qui  a  fait  grand  plaisir, 
demande  de  la  netteté,  delà  grâce,  de  l'expression;  il  demande  à  être 
joué  avec  beaucoup  d'élégance,  de  douceur,  d'éclat,  de  rapidité,  et 
allait  à  ravir  au  talent  de  la  jeune  et  jolie  pianiste.  Ses  doigts  si  agi- 
les, si  fins,  si  délicats,  n'ont  presque  rien  laissé  à  désirer,  presque 
rien  laissé  dans  l'ombre.  Les  traits  étaient  brillants  ;  les  octaves,  no- 
tamment, avaient  un  charme  et  une  précision  qui  ont  été  très-juste- 
ment remarqués.  Mme  Jung-Guibert  a  dit  plusieurs  morceaux  de 
Chopin,  entre  autres  une  délicieuse  et  adorable  Polonaise  avec  accom- 
pagnement d'orchestre.  Elle  a  joué  encore,  avec  beaucoup  de  sobriété 
et  de  distinction,  la  Sérénade  de  Mendelssohn  et  la  grande  valse  de 
J.  Wieniawski.  Cette  valse  a  eu  les  honneurs  du  bis,  et,  quoique  fine- 
ment interprétée,  le  compositeur  peut  bien  revendiquer  sa  bonne 
part  de  l'accueil  qu'elle  a  reçu. 

Un  excellent  orchestre ,  très-habilement  dirigé  par  M.  Greive ,  de 
qui  il  a  exécuté  une  ouverture  fort  bien  faite  quoique  un  peu  bruyante 
parfois,  a  secondé  Mme  Jung-Guibert  avec  beaucoup  de  talent,  c'est-à- 
dire  avec  la  discrétion  qui  convient  à  toute  partie  accompagnante. 

La  soirée  a  été  féconde  en  succès  :  à  côté  de  celui  de  la  gracieuse 
pianiste,  nous  devons  parler  de  ceux  obtenus  par  Mlle  Wertheimber 
et  par  Crosli  :  l'une,  dans  l'air  de  Galalhée;  l'autre,  dans  la  chanson 
du  Chasseur,  du  Pardon  de  Ploermel.  L'effet  de  cette  belle  mélodie  est 
toujours  irrésistible  ;  la  couleur  en  est  saisissante  ;  dès  les  premières 
notes  de  la  ritournelle ,  on  se  sent  emporté  bien  loin  des  villes ,  on 
respire  je  ne  sais  quel  parfum  agreste  d'un  charme  inexprimable  ;  il 


160 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


est  impossible  de  trouver  quelque  chose  de  mieux  venu,  de  plus  franc 
que  cette  page.  Crosti  a  été  obligé  de  la  redire,  et  il  l'a  fait  avec  plus 
de  feu  et  plus  de  vigueur  encore  que  la  première  fois. 

—  Donné  samedi  au  profit  de  la  Société  allemande  de  bienfaisance, 
le  concert  organisé  par  Krûger  avait  attiré  dans  la  salle  Herz  un  audi- 
toire très:distingué  et  aussi  sympathique  à  la  pensée  qui  présidait  à 
cette  soirée  qu'au  mérite  des  exécutants.  Deux  des  plus  belles  inspi- 
rations de  Beethoven,  un  grand  septuor  et  un  quintette,  ont  été  jouées, 
et  très-bien,  par  MM.  Krûger,  Barthélémy,  Auroux,  Van-Haute,  Espai- 
gnet,  Hammer,  Altès,  Muller  et  Bailly. 

On  prétend  que  le  charme  de  la  nouveauté  est  très-grand,  qu'il 
suffit  à  beaucoup  de  compositions  contemporaines  qui  dans  quelques 
années  seront  flétries  et  oubliées.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  faut  bien  re- 
connaître que  les  créations  du  génie  restent  éternellement  jeunes, 
qu'elles  conservent  cette  beauté  du  diable  uont  le  public  se  montre  si 
friand  ;  car,  chaque  jour,  elles  ravissent  les  auditeurs,  comme  s'ils 
ne  les  entendaient  pas  partout  depuis  bien  des  années.  En  vérité,  ces 
admirations  si  constantes  pour  Haydn,  Mozart  et  Beethoven  sont  à 
désespérer  tous  nos  rêves  de  progrès  et  de  perfectibilité  indéfinis  ! 

De  ravissantes  pièces  pour  piano,  de  Chopin,  de  Stephen  Heller  et 
de  Krûger,  jouées  par  ce  dernier  avec  le  charme  et  le  style  qu'on  lui 
connaît,  ont  été  des  mieux  accueillies.  Hammer  a  montré  beaucoup  de 
justesse,  d'âme  et  même  de  largeur  dans  une  très-touchante  et  très- 
mélodieuse  élégie  de  Ernst  qui  a  été  chaleureusement  applaudie. 

—  Mlle  Bochkoltz-Falconi  a  dit  à  son  concert,  avec  cette  sûreté 
d'intonation  et  de  méthode  que  possèdent  seules  les  excellentes  mu- 
siciennes, les  véritables  cantatrices,  l'air  de  Titus,  de  Mozart,  et  l'air 
de  Cyrus,  de  Hasse.  Ces  deux  noms,  ainsi  rapprochés,  nous  ont  fait 
songer  à  ce  que  disait  Hasse  après  avoir  entendu  Mithridate,  com- 
posé à  treize  ans  par  Mozart:  Cet  enfant  nous  fera  tous  oublier.  Le 
vieux  maître  avait  raison  ;  ce  qu'il  avait  si  bien  prévu  est  arrivé  :  lui 
qui  a  tant  écrit ,  qui  dans  tous  les  genres  obtint  d'immenses  succès, 
qui  brilla  dans  le  sacré  et  dans  le  profane  ;  lui  que  les.  Italiens  appe- 
laient le  divin  Saxon,  est  presque  oublié  aujourd'hui,  parce  que,  à  sa 
riche  et  poétique  imagination,  il  ne  joignit  pas,  comme  l'auteur  de 
Don  Juan,  la  pureté,  l'élévation  et  la  force  du  style.  Toutefois,  l'air 
qu'on  a  entendu  lundi  est  plein  de  douceur,  de  grâce  et  de  passion, 
il  est  dramatique,  suave,  chantant,  naturel,  et  Mlle  Falconi  n'a  eu 
qu'à  s'applaudir  de  l'avoir  pour  un  moment  remis  au  grand  jour. 

La  première  partie  de  cette  soirée  était  consacrée  à  la  musique 
classique.  Un  sévère  et  très-beau  psaume  de  F.  Schubert,  chanté  par 
Mlles  Falconi,  Maillart,  Lippe  et  Wiensen,  des  chœurs  de  C.  Kreutzer 
et  de  Mendelssohn,  exécutés  par  la  Société  Teutonia,  sous  la  direction 
de  son  chef  intelligent,  M.  Olfenbach  ;  des  airs  russes  variés  de  Rom- 
berg;  enfin  un  trio  deBeeLhoven,  fort  bien  exécuté  par  MM.  Krûger, 
Chaine  et  Lebouc,  ont  montré  l'inspiration  allemande  aussi  belle,  aussi 
variée  dans  les  pages  vocales  que  dans  les  pages  symphoniques.  On  a 
remarqué  dans  la  seconde  partie,  destinée  aux  œuvres  modernes,  de 
charmantes  compositions  de  Kucken,  Kalliwoda  et  de  Mlle  Bochkoltz, 
la  fantaisie  de  M.  Chaine  sur  la  Juive,  deux  délicieux  morceaux  de 
Krûger,  parmi  lesquels  on  a  distingué  la  jolie  rêverie  qu'il  vient 
d'écrire  sur  la  mélodie  de  Durand,  Comme  à  vingt  ans.  On  y  a  encore 
remarqué  et  beaucoup  applaudi  des  variations  sur  un  thème  original 
de  M.  Gustave  Héquet.  Chantées  et  vocalisées  avec  un  grand  art  par 
Mlle  Falconi,  ces  variations  brillantes,  audacieuses,  pleines  des  effets 
aimés  de  tous  les  virtuoses  que  n'embarrassent  ni  le  rhythme,  ni  la 
difficulté,  conservent  un  caractère  mélodique,  un  charme  musical  bien 
rares  au  milieu  de  traits  aussi  habilement  compliqués. 

—  Lundi,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  Jacques  Baur  a  fait  appré- 
cier non-seulement  un  remarquable  mécanisme,  mais  encore  un  style 
chaleureux  et  parfois  très  fin  et  très-distingué.  Seul,  il  a  fort  bien  dit 
des  morceaux  de  Beethoven,  de  Chopin,  et  avec  Franco-Mendès  une 
sonate  de  Mendelssohn.. Nous  n'avons  trouvé  dans  l'exécution  de  l'ha- 


bile pianiste  qu'un  petit  défaut.  Ce  n'est  pas  trop  par  le  temps  qui 
court,  aussi  n'hésitons-nous  pas  à  le  signaler.  Au  milieu  de  brillantes 
qualités  qu'il  a  révélées,  notamment  dans  les  Illustrations  du  Pro- 
phète, au  milieu  des  beaux  sons,  des  effets  qu'il  a  trouvés  dans  la 
Prière  et  dans  l'Hymne  triomphale,  il  s'est  quelquefois  laissé  em- 
porter par  l'ardeur  de  son  sentiment  musical  et  n'a  pas  toujours  con- 
servé à  la  Marche  du  sacre,  par  exemple,  son  beau  et  noble  carac- 
tère ;  il  n'a  pas  donné  aux  traits,  aux  modulations  hardies,  pour  ne 
rien  dire  de  plus,  dont  le  célèbre  maître  de  Weimar  l'a  entourée, 
toute  leur  ampleur  et  toute  leur  clarté.  Cependant,  il  y  a  été  vive- 
ment applaudi,  comme  il  l'a  été  ensuite  dans  la  Campanella  de  Pa- 
ganini,  également  transcrite  par  Liszt. 

Adolphe  BOTTE. 


L'ORPHÉON  FRANÇAIS  A  LONDRES. 

Chaque  jour  l'institution  de  l'Orphéon  français  s'étend  et  se 
manifeste.  Dans  deux  mois  elle  va  se  produire  à  Londres  au  pa- 
lais de  Sydenham ,  qu'elle  a  choisi  pour  local  de  son  congrès 
lyrique.  M.  E.  Delaporte,  l'infatigable  promoteur  du  chant  cho- 
ral ,  avait  demandé  aux  Sociétés  orphéoniques  trois  mille  chan- 
teurs pour  représenter  en  Angleterre  l'orphéon  et  l'excellence  des 
principes  qui  le  dirigent  :  le  relevé  des  adhésions  présente  aujour- 
d'hui un  contingent  de  quatre  mille  exécutants.  Dans  ce  chiffre 
figurent  un  certain  nombre  de  Sociétés  qui  n'avaient  pas  envoyé 
de  députation  à  la  première  réunion  des  orphéonistes  de  France 
(mars  1859)  et  qui,  apportant  leur  coopération  au  festival  du  palais 
de  Sydenham  ,  marquent  ainsi  le  progrès  inhérent  à  une  œuvre 
artistique  vaillamment  inaugurée. 

Les  départements  de  l'Aisne,  de  l'Aude,  des  Bouches-du-Rhône, 
du  Calvados,  de  la  Charente,  du  Cher,  de  la  Côte-d'Or,  du  Doubs, 
d'Eure-et-Loir,  de  la  Haute-Garonne,  du  Gers,  de  la  Gironde,  de 
l'Hérault,  d'Indre-et-Loire,  de  la  Loire,  de  la  Marne,  de  la  Meurthe, 
du  Nord,  du  Haut  eUBas-Rhin,  du  Rhône,  delà  Seine,  de  la  Seine - 
Inférieure,  de  Seine-et-Oise,  de  la  Vienne,  etc.,,  etc.  envoient  plus 
de  cent  cinquante  Orphéons  ou  Sociétés  à  ce  festival,  qui  aura  lieu 
du  24  au  30  juin  prochain. 

Le  programme  des  chœurs  qui  seront  exécutés  aux  deux  concerts 
du  festival  est  ainsi  arrêté  : 

God  save  the  Quen.  Les  enfants  de  Paris  (A.  Adam). 

Veni  Creator  (Besozzi) .  La  Chapelle  (Bêcher) . 

Fragment  du  psaume  XIX  (Mar-  Départ  du  chasseur  (Mendels- 

cello)  sohn). 

Choral  de  Léon  Hassler  (1601) .  Le  Jour  du  Seigneur  (Kreutzer) . 

Choral   de  Henri  Scheidemann  Le  chant  des  montagnards  (Ku- 

(1604).  cken). 

Chœur  des  prêtres  des  mystères  Le  Chant  du  bivouac  (Kucken). 

a'Jsis  (Mozart).  La  Retraite  (Laurent  de  Rillé). 

Septuor  des  Huguenots  (Meyer-  La  Nouvelle  alliance  (Halévy) . 

béer).  France  !  France!  (Ambroise  Tho- 
Cimbres et  Teutons  (L.  Lacombe).  mas). 

Ces  deux  derniers  chœurs,  dont  les  paroles  sont  de  M.  Vaudin, 
rédacteur  en  chef  de  YOrphcoti,  ont  été  spécialement  composés  pour 
le  festival. 

La  presse  anglaise  vient  d'annoncer  officiellement  cette  grande  so- 
lennité musicale,  qui  contribuera  à  effacer  de  regrettables  et  histo- 
riques inimitiés.  Le  Times,  VObscrvcr,  le  Dailij-tSews,  le  Morning- 
Herald  et  les  journaux  de  toutes  nuances  en  ont  accueilli  la  nouvelle 
avec  une  faveur  marquée.  Peut-être  est-il  permis  d'espérer  que  cette 


161 


fête  musicale  laissera  des  Iraces  sérieuses  dans  les  esprits  et  réagira 
heureusement  sur  les  relations  internationales. 

De  plus,  la  Société  d'harmonie  sacrée  de  Londres,  association  qui 
compte  sept  cent  cinquante  exécutants  et  jouit  en  Angleterre  de  la 
notoriété  la  plus  considérable,  a  donné  à  M.  Delaporte  l'avis  officiel 
que  «  désireuse  de  témoigner  sa  respectueuse  sympathie  aux  Sociétés 
chorales  de  France,  auxquelles  l'unit  une  intmie  communauté  de 
tendances  artistiques,  elle  avait  résolu  de  leur  offrir  un  grand  concert, 
et  qu'elle  consacrerait  tous  ses  efforts  à  leur  préparer  une  réception 
digne  de  la  plus  noble  légion  de  musiciens  qui  ait  jamais  visité  les 
rivages  d'Angleterre.  » 

C'est  ainsi  que  les  orphéonistes  de  France  se  préparent  à  faire 
avec  l'Angleterre  le  libre  échange  de  la  musique  populaire.  Si  leur 
exécution  des  chœurs  du  programme  répond  à  ce  que  le  public  est 
en  droit  d'attendre  d'eux,  ils  ajouteront  sur  le  sol  britannique  une 
nouvelle  page  à  l'histoire  de  leurs  progrès  ;  et  s'il  est  vrai  qu'ils  ont 
les  mêmes  tendances  artistiques  et  poursuivent  le  même  but  morali- 
sateur que  la  Société  d'harmonie  sacrée  d'Angleterre,  on  peut  ad- 
mettre que  cette  union  solennelle  de  deux  imposants  orchestres  na- 
tionaux cimentera  pour  l'avenir  de  nobles  et  fécondes  alliances. 

EM.   Mathieu  DE  MONTER. 


NOUVELLES. 

***  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  Favorite  a  été  donnée  diman- 
che dernier.  —  Pierre  de  Mèdicis  a  rempli  les  trois  représentations  de 
la  semaine. 

„.%  L'engagement  de  Mme  ïedesco  à  l'Opéra  n'est  poiat  encore  con- 
clu ;  mais  la  célèbre  cantatrice  est  attendue  à  Paris  dans  les  premiers 
jours  de  mai,  et  si  elle  accepte  les  propositions  qui  lui  ont  été  faites 
par  M.  Alph.  Royer,  elle  rentrerait  par  le  rôle  de  Fidès  du  Prophète,  en 
attendant  qu'elle  pût  prendre  le  rôle  d'Olympia  dans  l'opéra  de  Félicien 
David. 

***  Des  difficultés  qui  s'aplaniront  sans  doute  mettent,  quant  à  pré- 
sent, obstacle  à  l'engagement  de  Mme  Czillag. 

3%  Les  études  de  Sémiramis  se  poursuivent  avec  activité  ;  il  n'est 
cependant  pas  probable  que  le  chef-d'œuvre  de  Rossini  puisse  être  prêt 
avant  la  mi-juillet. 

***  Slme  Sanchioli,  dont  le  nom  est  aujourd'hui  célèbre  en  Italie,  est 
attendue  à  Paris,  où  elle  compte  se  faire  entendre.  La  manière  dont  elle 
a  interprété  les  grands  ouvrages  du  répertoire,  et  notamment  le  rôle  de 
Fidès,  du  Prophète,  lui  assurent  à  l'Opéra  de  magnifiques  débuts. —  A 
Nice,  Mme  Sanchioli  a  chanté,  entre  autres  opéras,  la  nouvelle  partition 
du  maestro  Kaschperoff.  L'impérairice-mère,  de  Russie,  en  a  voulu  en- 
tendre plusieurs  fragments  dans  son  hôtel,  et  elle  a  magnifiquement  ré- 
compensé l'artiste. 

,%  Le  théâtre  Italien  a  donné  hier  Poiiulo.  La  clôture  reste  fixée  au 
30  avril  par  une  représentation  au  bénéfice  de  Tamberlick. 

»%  Le  Roman  d'Elvire  alterne  avec  les  représentations  du  Château- 
Trompette  à  l'Opéra-Comique.  —  La  reprise  du  Petit  Chaperon  rouge  paraît 
décidée.  On  assigne  les  principaux  rôles  de  l'opéra  de  Boïeldieu  à  Mon- 
iaubry,  Barielle,  Warotet  MlleBelia;  Mlle  Marimon  débuterait  à  ce  théâtre 
par  le  rôle  du  Petit  Chaperon ,  qui  devait  d'abord  être  chanté  par 
Mme  Faure-Lefebvre.  C'est  toujours  cette  dernière  qui  doit  créer  le  rôle 
de  liita  dans  le  petit  opéra  posthume  de  Donizetti  qui  serait  représenté 
dans  la  première  semaine  du  mois  prochain. 

»%  Le  théâtre  Lyrique  donnera  mardi  prochain  la  première  représen- 
tation de  Fidelio,  de  Beethoven.  Cet  ouvrage,  qui  n'aura  qu'un  très-petit 
nombre  de  représentations,  à  cause  du  départ  de  Mme  Pauline  Viardot, 
fixé  a  la  fin  du  mois  de  mai,  sera  interprété  de  la  manière  suivante  : 
Fidelio,  Mme  Pauline  Viardot;  Brock.M. Battaille;  Jean  Galéas,  M.  Guardi; 
Stôfano.  M.  Fromant;  le  duc  Sforza,  M.  Serène;  le  roi  Charles  VIII,  M.  Ya- 
naud;  .Marceline,  Mlle  A.  Faivre. 

„%  On  a  déjà  commencé  les  fondations  du  théâtre  Lyrique,  à  l'o- 
rient de  ia  place  du  Châtelet,  et  l'on  espère  que  dans  un  an,  terme  moyen, 
le  nouveau  théâtre  Lyrique  pourra  être  livré  à  son  nouveau  directeur, 
M.  Réty.  L'architecte  de  la  ville  chargé  do  ce  travail,  M.  Davioud,  fait  de 
sérieuses  recherches  sur  l'acoustique  et  reçoit  toutes  les  communi- 
cations d'hommes  compétents  en  pareille  matière  M.  Davioud  nous 
ménage  aussi  la  surprise  d'un    ciel  lumineux  au   lieu  et  place  de  l'in- 


commode lustre  traditionnel.  Mais  ce  n'est  pas  tout  :  des  courants  d'air 
chaud  et  d'air  froid  seront  habilement  ménagés  et  de  manière  à  con- 
duire les  ondes  sonores  dans  la  salle. 

,%  Grisar  s'est  obligé  à  livrer  d'ici  à  quatre  mois  à  M.  Ch.  Rety  la 
partition  d'un  opéra  en  trois  actes,  dont  M.  Dennery  a  écrit  les  paroles. 
—  On  dit  que  l'engagement  de  Mme  Ugalde  au  théâtre  Lyrique  n'est  pas 
renouvelé. 

**„,  La  représentation  donnée  vendredi  au  théâtre  Italien,  au  bénéfice 
d'un  artiste,  avait  attiré,  malgré  le  prix  doublé  des  places,  une  foule 
considérable.  S.  M.  l'Empereur  y  assistait. 

„,**  Le  théâtre  Déjazet  donnera  demain  lundi  la  première  représen- 
tation de  Monsieur  Garât,  pièce  en  deux  actes,  de  M  Sardou.  Mlle  Dé- 
jazet créera  le  principal  rôle. 

**,,  On  lit  dans  l'Eplacordo,  auquel  nous  en  laissons  la  responsabilité, 
la  nouvelle  suivante  :  «  Un  de  ces  derniers  soirs,  les  jours  du  célèbre 
ténor  Mario  ont  été  mis  dans  le  plus  grand  péril,  à  la  suite  d'un  bavar- 
dage de  rivalité;  il  aurait  même  couru  le  risque  d'être  tué  avec  son 
valet  de  chambre,  si  d'abord  quelques-uns  de  ses  amis,  et  plus  tard  la 
force  publique  ne  l'avaient  tiré  d'affaire.  Les  journaux  de  France  et 
d'Angleterre  donneront  sans  doute  bientôt  les  détails  de  cette  désa- 
gréable affaire.  » 

,,**  Nous  avous  annoncé  déjà  la  pensée  qui  a  dirigé  M.  Beaulieu  dans 
un  projet  du  plus  haut  intérêt  pour  l'art  et  les  artisles.  Le  concert 
d'inauguration  qui  aura  lieu  mardi  prochain  1"r  mai,  à  huit  heures  du 
soir,  dans  la  salle  Herz,  sera  donc  tout  à  la  fois  une  fête  musicale  et 
le  commencement  d'une  institution.  La  moitié  du  produit  de  ce  concert, 
ainsi  que  de  ceux  qui  auront  lieu  chaque  année,  fera  versée  dans  la 
caisse  de  secours  et  pensions  de  l'Association  des  artistes  musiciens  ;  l'autre 
moitié  viendra  grossir  le  capital  constitué  dès  à  présent  pour  assurer  l'ave- 
nir de  la  fondation.  Voici  le  programme  de  la  première  soirée  :  1°  fragment 
du  Messie  (1141),  de  Haendel  avec  l'instrumentation  de  Mozart,  air  et  chœur, 
solo  chanté  par  Mlle  Bochkoltz-Falconi;  2"  le  Croise  captif  (16421,  madrigal 
d'Orlando  Gibbon,  maître  de  chapelle  de  Jacques  Ier,  roi  d'Angleterre, 
chœur  sans  accompagnement  ;  3»  andante  et  scherzo,  de  Beethoven,  pour 
deux  hautbois  et  cor  anglais,  exécutés  par  MM.  Bruyand,  Garimond  et 
Triebert;  i°  fragment  du  premier  acte  d'àlceste,  de  Gluck  (scène  du 
temple),  soli  chantés  par  Mlle  Falconi  et  M.  Marié;  5°  Jésus  Dulcis,  motet 
à  quatre  voix  de  Vittoria  (1560),  chœur  sans  accompagnement  :  6°  frag- 
ments de  Psaumes,  de  Marcello  (1720),  soli  chantés  par  Mlle  Bochkoltz- 
Falconi  ;  7°  fragments  de  la  deuxième  partie  de  l'Oratorio  d'Élie,  de  Men- 
delssohn;  les  soli  seront  chantés  par  Mlles  Bochkoltz-Falconi,  Maillard  et 
Irma  Marié,  MM.  Lyon  et  Grisi.  La  plupart  de  ces  morceaux  n'ont  jamais 
été  exécutés  publiquement  à  Paris.  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Seg- 
liers,  les  chœurs  par  M.  Marié.  On  peut  se  procurer  à  l'avance  des  bil- 
lets à  la  salle  Herz,  chez  M.  Bolle-Lasalle,  agent-trésorier  de  l'Association 
des  artistes  musiciens,  rue  de  Bondy,  63,  et  à  la  loterie  de  bienfaisance 
du  Vase  d'argent,  boulevard  Montmartre,  22. 

„*,  Le  Pardon  de  Ploermel  a  été  représenté  récemment  avec  le  plus 
grand  succès  à  Darmstadt,  Lubeck,  Munich,  Leipzig  et  Breslau.  Cet  admi- 
rable ouvrage  est  devenu  déjà  populaire  en  Allemagne  où  on  l'applaudit 
sur  vingt  et  un  théâtres  dont  voici  la  liste  :  Stuttgard,  Cobourg,  Gotha, 
Manheim,  Dresde,  Augsbourg,  Rostock,  Hambourg,  Hanovre,  Prague, 
Lubeck,  Kœnigsberg,  Sonderhausen,  Darmstadt,  Lemberg,  Wurzbourg, 
Wiesbade,  Leipzig,  Breslau,  Francfort-sur-le-Mein  et  Munich. 

„%  Henri  Herz  donnera,  le  12  mai  prochain,  au  Grand-Théâtre  de 
Lyon,  un  concert  dans  lequel  sera  exécutée  la  Schiller-Marche  de 
Meyerbeer.  On  s'attend  à  une  fête  splendide. 

»%  Mlle  Joséphine  Caye  vient  de  publier  plusieurs  compositions  pour 
le  piano,  sur  lesquelles  nous  appelons  l'attention  sérieuse  de  nos  lec- 
teurs. Rien  de  plus  frais  et  de  plus  gracieux  que  le  Bouquet,  valse  bril- 
lante; le  Jasmin  blanc,  schottisch  de  salon,  et  la  Pervenche,  polka-mazurka. 
La  fantaisie  brillante  pour  piano  et  violon  sur  l'air  populaire  II  pleut,  ber- 
gère 1  mérite  aussi  mieux  que  des  encouragements. 

„%  M.  Emile  Chevé  vient  de  publier  une  brochure  :  Simple  réponse, 
pour  l'opposer  à  celle  qui  a  pour  titre  :  Observations  de  quelques  musi- 
ciens et  de  quelques  amateurs  sur  sa  méthode,  et  dont  on  connaît  les  vingt- 
trois  signatair.  s.  La  brochure  contient  de  plus  une  autre  réponse  de 
MM .  les  membres  de  la  commission  de  patronage  de  cette  méthode, 
dont  les  conclusions  tendent  à  ce  qu'il  soit  ouvert  un  concours.  Nous 
nous  occuperons  bientôt  de  cette  publication. 

.„%  Le  second  concert  que  G.  Jacobi  devait  donner  le  24  avril  a  été 
remis,  pour  cause  d'indisposition,  au  mardi  8  mai,  et  aura  lieu  dans  la 
salle  Beethoven,  à  8  heures  du  soir,  avec  le  concours  de  Mlle  Baretti, 
M.  Marochetti,  M.  Jules  Lasserre,  violoncelliste  de  la  reine  d'Espagne,  et 
d'autres  artistes  distingués. 

*„  On  annonce  pour  le  dimanche  6  mai  une  matinée  musicale  qui  sera 
donnée  dans  la  salle  Beethoven  par  M.  Murât,  flûtiste,  avec  le  concours 
de  Mlles  Marie  Ducrest  et  Collin  et  MM.  Barielle,  du  théâtre  impénal  de 
l'Opéra-Comique,  Armingaud,  Fauvre,  Matton,  artistes  justement  aimés. 
M.  Murât  n'est  pas  connu  à  Paris,  mais  il  mérite  de  1  être,  et  nous  aimons 


162 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


à  croire  qu'un  grand  nombre  d'artistes  et  d'amateurs  voudront  s'en 
assurer. 

»*„  Le  comité  du  Conservatoire  royal  de  musique  de  Milan  vient 
d'adopter  à  l'unanimité  la  méthode  de  vocalisation  de  M.  F.  Bonoldi , 
déjà  approuvée  et  adoptée  par  les  Conservatoires  de  Paris,  Marseille, 
Genève,  Bologne,  Rio-Janeiro,  etc.,  etc. 

**„  C'est  demain,  lundi,  30  avril,  qu'Emile  Forgues  donnera  son  concert 
à  8  heures  et  demie  du  soir,  dans  les  salons  Pleyel-Wolff.  11  y  jouera  plu- 
sieurs œuvres  de  sa  composition,  Hommage  à  Wilhtm,,  morceau  de  con- 
cert inédit,  la  Fête  des  aimées  et  le  Départ  (inédit),  Concerto,  allegro  maes- 
toso  (inédit),  trémolo  (id.),  solo-étude  et  grande  tarentelle  de  concert. 

*%  La  polka  composée  par  Ettling,  sur  le  Roman  d'Elvire,  est  un  mo- 
dèle de  genre  ;  elle  obtient  un  grand  succès. 

%%  La  matinée  musicale  donnée  à  la  salle  Beethoven  par  Mlle  Molidoff 
a  été  des  plus  attrayantes.  Indépendamment  du  succès  obtenu  par  la 
bénéficiaire,  dont  la  voix  de  mezzo-soprano  est  des  plus  sympathiques, 
on  a  vivement  applaudi  deux  artistes  de  Lyon,  MM.  Francisque  et  Fer- 
dinand Alday.  il.  Francisque  Alday  a  exécuté  avec  un  jeune  pianiste  de 
huit  ans  le  duo  concertant  pour  piano  et  violon  sur  des  motifs  de  Guil- 
laume Tell;  la  beauté  du  son,  la  sûreté  de  l'archet,  le  sentiment  musical 
sont  les  qualités  par  lesquelles  se  distingue  le  brillant  violoniste.  M.  Fer- 
dinand Alday,  pianiste-compositeur  et  organiste  remarquable,  a  exécuté 
sur  l'harmonium  Alexandre  deux  belles  fantaisies  de  sa  composition  sur 
des  motifs  des  Huguenots  et  de  l'Étoile  du  Nord.  L'uue  et  l'autre  ont  éga- 
lement enlevé  les  suffrages.  La  maison  Alexandre,  voulant  donner  un 
témoignage  de  sympathie  pour  le  talent  de  M.  Alday,  le  Lefebure  lyon- 
nais, avait  mis  à  sa  disposition  un  de  ses  magnifiques  instruments. 

„,*,„  L'approche  du  mois  de  Marie  rappelle  le  nom  d'un  compositeur 
qui  a  surtout  excellé  dans  les  chants  consacrés  à  cette  époque  de  l'année. 
Les  vingt-cinq- solos,  duos  et  trios,  latins  et  français  que  nous  a  laissés 
Panseron,  forment  certainement  l'une  des  parties  les  plus  distinguées 
de  son  œuvre  mélodique.  Il  est  peut-être  superflu  de  les  recommander 
aux  amateurs  de  musique  religieuse. 

„**  C'est  toujours  après-demain,  mardi  1er  mai,  que  l'Association  des 
artistes  musiciens,  fondée  par  M.  le  baron  Taylor,  célébrera  la  fête  de  l'ou- 
verture du  mois  de  Marie  en  faisant  exécuter  par  deux  cents  artistes,  en 
l'église  Saint-Koch,  à  midi  très-précis,  une  nouvelle  messe  solennelle  de 
M  Charle?  Manry.  L'orchestre  sera  dirigé  par  M.  Tilmant.  Les  chœurs 
seront  conduits  par  M.  Vervoitte,  maître  de  chapelle  de  la  paroisse.  Le 
produit  des  chaises  et  de  la  quête,  abandonné  par  la  paroisse,  sera  versé 
dans  la  caisse  de  secours  de  l'Association  des  artistes  musiciens. 

„*„  Il  vient  de  paraître  chez  l'éditeur  Ilégnier-Canaux  une  importante 
collection  de  Huit  Magnificat,  composés  pour  l'orgue  par  M.  J.  Ganuza, 
organiste  que  plusieurs  œuvres  spéciales  ont  déjà  fait  connaître.  Cette 
publication,  qui  ne  renferme  pas  moins  de  quarante-huit  morceaux,  di- 
visés en  quatre  livres,  se  recommande  aux  amateurs  d'orgue  par  la  variété 
et  l'élégance  des  idées,  par  le  mérite  de  la  facture  et  surtout  par  l'ingé- 
nieuse combinaison  des  ressources  et  des  effets  de  l'instrument.  Toutes 
ces  pièces  conviennent  aussi  à  l'harmonium,  que  les  perfectionnements 
imaginés  par  Alexandre  et  par  Debain  rendent  de  plus  en  plus  popu- 
laire. 

„>  A  l'occasion  de  la  solennité  de  Pâques,  on  a  chanté,  dans  plusieurs 
églises  réformées  du  midi  de  la  France,  un  certain  nombre  des  Chants 
évangèliques  composés  par  notre  collaborateur  Maurice  Bourges,  et  publiés 
par  la  librairie  protestante  de  Cherbuliez.  A  Mazamet,  à  Castelmoron,  à 
Bordeaux  particulièrement,  où  les  chœurs  des  temples  sont  remarquable- 
ment organisés,  le  Cantique  d'entrée,  la  Prière  avant  le  sermon,  la  Collecte, 
la  Bénédiction,  et  surtout  VHijmne  de  Pâques,  ont  produit  une  profonde 
impression  religieuse,  digne  de  la  gravité  du  sanctuaire. 

„,*„.  V Histoire  de  la  Société  des  concerts,  de  A.  EIwart,  a  paru  lundi 
chez  l'éditeur  Castel,  passage  de  l'Opéra.  —  Ce  livre  intéressant  est  édité 
avec  beaucoup  de  goût.  Nous  en  reparlerons  dans  un  article  spécial. 

„*„,  Le  Gaulois,  journal  hebdomadaire  illustré,  publie  chaque  semaine 
le  portrait  et  la  biographie  des  célébrités  contemporaines  :  cent  cin- 
quante portraits  et  biographies  ont  déjà  paru.  Nous  citerons  au  nombre 
des  célébrités  théâtrales  :  MM.  Roger,  Tamberlick;  Mines  Ugalde,  Duprez, 
Miolan,  etc.  On  s'abonne  au  Gaulois ,  rue  des  Filles-Saint-Thomas,  7. 
Prix  par  trimestre  :  i  fr.  50  c.  pour  Paris ,  6  fr.  pour  la  province. 

,,**  M.  Schedemeyer'  père,  facteur  de  pianos  et  créateur  de  cette 
branche  d'industrie  à  Stuttgard,  est  mort  le  T  avril  dernier. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

„,*„,  Marseille,  21  avril.  —  Pour  la  troisième  fois,  Seligmann  est  venu 
nous  visiter  et  nous  faire  admirer  son  beau  talent,  désormais  arrivé 
à  son  apogée.  Il  continue  ici  la  série  des  succès  si  brillants  com- 
mencée h  Nice.  Jamais  la  modeste  salle  du  Conservatoire  n'avait  vu  d'o- 
vation comparable  à  celle  qu'il  a  reçue  dans  la  soirée  de  samedi  dernier  : 
VEloge  des  larmes,  de  Schubert;  la  charmante  sérénade  de  Kossini  :  Mira 
la  bianca  luna,  jouée  avec  M.  Millont,  et  plusieurs  autres  morceaux  en- 


core, ont  permis  à  Seligmann  de  nous  montrer  dans  toutes  leurs  nuan- 
ces et  leurs  séductions  les  qualités  de  son  jeu  si  élégant  et  si  expressif. 
M .  Bouttier,  jeune  baryton  marseillais,  et  Mme  Sanchioli  ont  eu  largement 
part  aux  ovations  de  la  soirée. 

*%  Toulon,  16  avril.  —  La  première  représentation  du  Prophète  a  eu 
lieu  jeudi  devant  un  public  nombreux  qui  a  chaleureusement  applaudi 
le  chant  des  anabaptistes,  le  trio  bachique,  l'hymne  Roi  du  ciel  et  des 
anges,  la  marche  du  sacre,  la  prière  de  la  mendiante,  l'air,  le  duo  et  le 
triode  la  prison,  tous  morceaux  du  plus  magnifique  effet.  M.  Cham- 
bon,  notre  premier  ténor,  a  créé  le  rôle  de  Jean  de  Leyde  de  ma- 
nière à  enlever  tous  les  suffrages.  On  ne  saurait  être  chanteur 
plus  habile,  notamment  dans  les  couplets  du  deuxième  acte,  l'hymne 
religieux  du  troisième,  et  toutes  les  parties  de  récit.  Les  belles  qualités 
qui  distinguentMme  Rey-Sainton,  comme  cantatriceet  comme  tragédienne, 
brillent  de  tout  leur  éclat  dans  le  rôle  de  Fidès;  aussi  elle  y  a  obtenu 
un  immense  succès.  Mme  Durand-Eperche  est  une  Berthe  des  plus  gra- 
cieuses. Elle  a  fort  bien  dit  les  couplets  du  premier  acte  et  le  duo  du 
quatrième.  Les  chœurs  ont  marché  avec  assez  d'ensemble  pour  ne  mé- 
riter que  des  éloges,  dont  une  bonne  part  revient  de  droit  à  M.  Brunet, 
notre  infatigable  chef  d'orchestre.  La  mise  en  scène  fait  également  grand 
honneur  à  l'administration  dont  M.  Robert  est  le  régisseur  général. 

**„,  Montpellier.  —  L'une  des  plus  brillantes  représentations  à  bénéfice 
qui  se  soient  données  ici  a  été,  sans  contredit,  celle  ue  M  Granier  ;  on 
y  jouait  pour  la  première  fois  les  Dragons  de  Villars,  le  charmant  opéra 
de  M.  Aimé  Maillart,  si  bien  interprété  par  M.  et  Mme  Gasc,  M.  Crain- 
bade  et  Mme  Vadé.  La  salle  était  comble  longtemps  avant  le  lever  du 
rideau,  et  l'œuvre  et  les  artistes  ont  obtenu  un  succès  complet. 

***  Lyon,  20  avril.  —  Pradeau,  du  Palais-Royal,  répand  la  joie  au 
théâtre  des  Célestins  par  de  fréquents  retours  à  son  répertoire  des 
Bouffes.  Il  n'a  pas  été  moins  original,  moins  amusant  dans  Tromb'al  Cazar 
et  la  Rose  de  Saint-Flour  que  dans  le  Bourreau  des  crânes. 

*%  Grenoble.  —  Les  Dragons  de  Villars,  avec  Mme  Montaut  dans  le  rôle 
de  Kose  Friquet,  avaient  tout  l'attrait  d'une  pièce  nouvelle.  La  prima 
donna,  succédant  à  Mlle  de  Maelsen,  a  réussi  parfaitement;  on  trouvait 
l'entreprise  téméraire,  mais  l'événement  a  fait  changer  d'avis. —  M.  Goud- 
boz  avait  composé  sa  représentation  à  bénéfice  de  Trente  ans  ou  la  Vie 
d'un  joueur,  et  de  Martha,  l'opéra  toujours  de  plus  en  plus  populaire, 
dont  chaque  représentation  fait  valoir  le  talent  de  Mmes  Alrit,  Olivier, 
et  de  M.  Bouché. 

„%  Toulouse.  —  La  deuxième  représentation  du  Prophète  est  la  plus 
belle  dont  les  habitués  du  théâtre  du  Capitule  aient  gardé  la  mémoire 
depuis  plus  de  dix  ans.  M.  Bovier-Lapierre  et  Mme  Gally-Marié  ont  été 
tous  deux  admirables.  Le  public  en  masse  les  a  rappelés  deux  fois  dans 
le  courant  de  la  soirée. 

„.*„,  Poitiers.  —  Le  grand  festival  de  cette  ville  est  définitivement  fixé 
aux  8  et  9  mai  prochain.  La  première  journée  sera  exclusivement  con- 
sacrée à  l'exécution  d'une  messe  solennelle  à  quatre  voix,  chœurs,  solos 
et  grand  orchestre,  composée  par  E.  Chaîne.  Le  second  jour,  aura  lieu 
un  grand  concert  dans  lequel  on  exécutera  :  1"  symphonie  en  la  mineur, 
de  Mendelssohn  ;  2°  ouverture  de  Slruensée.  de  Meyerbeer  ;  3"  fragments 
de  la  Flûte  enchantée  et  d'Idoménée,  de  Mozart;  4°  fragments  de  l'Ode 
à  la  joie,  symphonie  avec  chœurs  et  solos,  de  Beethoven  ;  5"  fragments 
d'un  quintette  pour  instruments  à  vent,  de  E.  Chaîne.  Mlle  François, 
MM.  Jourdan,  Battaille,  E.  Chaîne,  Dorus,  Leroy,  Triébert,  Jancourt, 
Halary  et  Gilette  ont  été  engagés  par  la  Commission  du  Congrès  pour 
concourir,  par  leur  talent  bien  connu,  à  l'éclat  de  ces  brillantes  fêtes 
musicales.  La  direction  de  l'orchestre  et  des  chœurs  est  confiée  à  il.  E. 
Chaîne,  l'éminent  violoniste-compositeur. 

„*„  Lille,  24  avril.  —  La  fête  musicale  donnée  samedi  dernier  par 
notre  Conservatoire,  en  l'honneur  de  Son  Excellence  le  maréchal  de  Mac- 
Mahon,  a  été  magnifique.  C'est  au  directeur,  M.  Victor  Magnien,  que 
l'organisation  en  est  due.  L'exécution  de  l'ode-symphonie  :  Christophe 
Colomb,  de  Félicien  David,  a  répondu,  dans  ses  quatre  parties,  à  l'at- 
tente générale  d'r.uditeurs  habitués  à  entendre  interpréter  avec  bonheur 
des  œuvres  d'une  haute  portée.  Les  exécutants,  au  nombre  d'en- 
viron 100.  ont  rendu  cet  ouvrage  pittoresque  et  descriptif  avec  une  cha- 
leur, un  ensemble  et  une  justesse  de  nuances  remarquables.  M.  Bou- 
langer, professeur  de  la  classe  de  chant  pour  les  hommes,  avait  bien 
voulu  se  charger  de  la  partie  importante  de  Christophe  Colomb.  Il  s'en 
est  acquitté  en  maître.  MM.  Vitaux,  Dupuis  et  Lepercq,  ses  élèves,  ont 
droit  à  nos  éloges,  malgré  l'émotion  qu'ils  ont  dû  éprouver.  Mlles  De- 
vaux,  Oxtoby,  Dufossez  se  sont  distinguées  comme  solistes  Les  chœurs 
ont  été  irréprochables  et  l'orchestre  a  souvent  montré  beaucoup  d'en- 
semble et  de  vigueur. 

t*t  Metz.  —  Cazaux  vient  de  commencer  la  série  des  représentations 
qu'il  doit  donner  dans  cette  ville.  11  a  paru  d'abord  dans  Robert  le  Diable 
et  a  interprété  avec  un  véritable  talent  le  beau  rôle  de  Bertram.  Cette 
représentation  a  été  pour  Cazaux  une  longue  ovation  :  bravos  et  rappels 
unanimes,  rien  n'a  manqué  à  son  triomphe.  Les  Huguenots,  qui  sont 
venus  ensuite,  n'ont  fait  que  grandir  encore,  s'il  est  possible,  le  triom- 
phe de  l'artiste,  admirablement  secondé  par  M.  Boutinos  et  Mme  War_ 


DE  PARIS. 


163 


nots.  11  est  venu  après  le   trio  final  recevoir,  avec  ses  partenaires,  de 
nouvelles  marques  de  l'entliousiasme  général. 

„*,,  Strasbourg .—  MM.  Wuille  et  Stenebruggen,  professeurs  au  Conser- 
vatoire, ont  donné,  le  21  avril,  au  foyer  du  théâtre,  un  concert  qui  a  été 
pour  ces  deux  artistes  un  triomphe  éclatant.  M.  Wuille,  le  prodigieux 
clarinettiste,  a  émerveillé  l'auditoire  dans  les  deux  morceaux  qu'il  a 
joués  :  le  Trille  diabolique,  tour  de  force  inouï,  et  une  fantaisie  brillante, 
composée  par  M.  F.  Schwab,  deStrasbourg,  morceau  non  moins  charmant 
que  difficile.  Des  bravos  enthousiastes  ont  été  prodigués  à  l'éminent 
virtuose,  qui  compte  un  triomphe  de  plus.  M.  Stenebruggen,  excellent 
cor  solo,  n'a  pas  été  moins  chaleureusement  accueilli  ;  il  a  joué  avec  un 
art  inimitable  Y  Ave  Maria  de  Schubert,  une  romance  de  Iiomagnési,  et 
après  chacun  de  ces  morceaux  une  ovation  lui  a  été  décernée. 


CHRONIQUE   ÉTRANGÈRE. 


,;*„  Londres.  —  l.a  prolongation  inaccoutumée  de  l'hiver  tourne  au 
profit  de  nos  théâtres.  Après  trois  splendides  représentations  de  Dinorah 
avec  Faure  et  Mme  Miolan-Carvalho,  dans  lesquelles  la  célèbre  canta- 
trice, sûre  aujourd'hui  de  la  faveur  de  notre  public,  s'est  livrée  à  tout 
le  luxe  de  son  délicieux  ramage ,  le  théâtre  Italien  de  Covent-Garden  a 
donné  Fidelio.  Le  principal  attrait  de  cette  représentation  consistait 
dans  la  first  appearance  en  Angleterre  de  Mme  Rosa  Czillag,  et  je  ne 
crois  pas  que  jamais  un  succès  se  soit  tout  d'abord  dessiné  plus  énergi- 
quement.  Mme  Czillag  a  conquis  immédiatement  l'auditoire  par  son  ex- 
trême passion,  par  la  chaleur  de  sa  diction ,  l'émission  sympathique  de 
sa  voix,  son  physique  poétique,  qui  offre  quelque  analogie  avec  celui  de 
notre  grande  Rachel,  et  par  son  talent  tragique,  qui  n'a  pas  laissé  que 
de  surprendre  quelque  peu  les  habitués  d'un  théâtre  italien  ;  on  a  même 
admiré  sa  parfaite  prononciation.  Avec  cette  merveilleuse  facilité  des 
Hongrois,  ou,  pour  mieux  dire,  des  peuples  slaves,  à  s'assimiler  tous  les 
langages,  Mme  Czillag  se  trouve  parler  italien  presque  mieux  que  les  Ita- 
liens eux-mêmes.  Enfin,  elle  a  réussi  par  les  qualités  qui  font  les  grands 
artistes,  et  les  fleurs  et  les  rappels  ne  lui  ont  pas  manqué.  Dans  cette 
même  soirée  l'orchestre  a  joué  dans  l'entr'acte  la  plus  grande  des  trois 
ouvertures  écrites  par  Beethoven  pour  son  opéra,  et  le  public,  si  bon 
juge  aujourd'hui,  l'a  comprise  et  reçue  avec  un  enthousiasme  bien  digne 
de  remarque.  M.  Costa  a  dirigé  d'une  manière  qui  dénote  un  long  com- 
merce avec  Beethoven  ;  son  orchestre  serait  certes  l'un  des  premiers 
du  monde,  s'il  pouvait  faire  quelque  réforme  dans  les  instruments  de 
cuivre,  et  augmenter  le  nombre  des  violoncelles  et  contre- basses. 
—  De  son  côté,  le  théâtre  de  Sa  Majesté  n'est  pas  moins  ardent  à  sou- 
tenir la  lutte  avec  son  concurrent.  Après  Maria  et  la  Favorite,  après 
le  succès  de  Mme  Borghi-Kamo  dans  l'œuvre  de  Donizetti,  M.  Smith  an- 
nonce un  opéra  nouveau  en  cinq  actes,  du  maestro  Campana,  intitulé 
Ahnina,  dans  lequel  Giuglini  et  Mme  Piccolomini  créeront  les  principaux 
rôles  —  Il  est  assez  remarquable  que  cette  année  les  deux  théâtres  Ita- 
liens comptent  trois  artistes  français  dans  l'élite  de  leurs  chanteurs  : 
Mme  Carvalho,  Faure  et  Everardi;  car  ce  dernier  se  montre  excellent 
chanteur  et  comédien  très-distingué.  — On  s'occupe  fort  dans  le  monde 
officiel  des  débuts  d'une  noble  Berlinoise,  Mlle  de  Heyligenstadt,  dont 
la  beauté,  la  superbe  voix  de  soprano  aigu  et  le  talent  tout  formé  pro- 
mettent une  de  ces  artistes-princesses ,  peut-être  même  une  de  ces  prin- 
cesses de  l'art,  dont  l'Allemagne  nous  a  donné  déjà  plusieurs  éditions. 

*%  Bruxelles.—  Le  théâtre  royal  de  la  Monnaie  a  fait  relâche  pendant 
trois  jours,  rendant  ainsi  hommage  à  la  mémoire  de  M.  Ch.  de  Brouckere, 
le  défunt  bourgmestre  de  Bruxelles.  C'est  seulement  le  24  que  la  re- 
prise des  Dragons  de  Villars  a  eu  lieu,  au  bénéfice  de  M.  Hanssens. 
Comme  il  y  a  deux  ans,  la  musique  de  M.  Maillart  a  produit  une  vé- 
ritable et  profonde  sensation.  Carman  et  Mlle  Boulart,  Cœilte,  Gour- 
don  et  Mlle  Dupuy  ont  moissonné  tour  à  tour  les  bravos.  —  La  troupe 
italienne,  sous  la  direction  de  M.  Merelli,  continue  ses  représenta- 
tions au  milieu  d'un  enthousiasme  toujours  croissant  et  devant  un 
public  de  plus  en  plus  nombreux.  Après  le  Trovatore,  nous  avons 
entendu  le  Barbier  de  Séville  et  la  Lucrezia  Borgia.  Mme  Lorini-Ma- 
riani,  MM.  Galvani  et  Squarcia  ont  déployé  dans  ces  trois  opéras  un 
talent  vraiment  supérieur  ;  les  bravos,  les  rappels  et  les  bouquets  doivent 
prouver  à  ces  artistes  distingués  combien  le  public  bruxellois  sait  les 
apprécier.  Mme  Lorini-Mariani  est  en  possession  d'une  voix  magnifique, 
d'une  grande  étendue  et  d'une  justesse  irréprochable.  Si  dans  le  Barbier 
elle  a  laissé  quelque  peu  à  désirer  sous  le  rapport  de  la  légèreté  et  de  la 
finesse,  par  contre  dans  les  deux  autres  opéras,  elle  a  fasciné  l'auditoire 
par  la  hardiesse  de  son  chant  et  par  la  vérité  de  sa  diction.  A  côté  de 
ces  artistes,  nous  avons  applaudi  M.  G.  Ciampi  dans  le  rôle  de  Bartholo 
du  Barbier;  il  a-de  la  voix  et  a  su  tirer  un  parti  charmant  de  ce  rôle 
presque  toujours  laissé  au  second  rang.  Le  reste  de  la  troupe  m,arche 
d'une  manière  très-satisfaisante.  M.  Orsini,  â  la  tête  d'un  orchestre, 
maintenant  plus  nombreux  et  plus  assoupli  à  la  main  vigoureuse  de  son 
chef,  imprime  à  l'ensemble  de  l'exécution  ce  cachet  de  fini  et  d'entrain 
auquel  nous  ne  sommes  plus  habitués. 
„*„  Vienne.  —  Le  début  de   Mlle  La  Grua,   dans   Norma,   a  été  fort 


brillant  :  comme  actrice  et  comme  cantatrice,  elle  a  été  vivement  ap- 
plaudie, notamment  dans  le  premier  duo  qu'elle  chante  avec  Adalgise. 
—  Au  théâtre  de  l'Opéra  on  vient  de  représenter  pour  la  première  fois  un 
ballet  intitulé  :  la  Nymphe,  dontle  sujet  paraît  tiré  du  livre  les  Syrènes,  de 
M.  G.  Kastner.  La  musique  est  un  pêle-mêle  de  morceaux  empruntés  à 
différents  compositeurs.  Mlle  Couqui ,  chargée  du  rôle  de  la  nymphe  a 
obtenu  un  grand  succès. — La  célèbre  cantatrice,  Mlle  Frassini,  a  été  engagée 
pour  la  prochaine  saison  au  théâtre  de  l'Opéra,  où  elle  doit  débuter  par 
le  rôle  de  Dinorah.  —  Stockhausen  a  donné  son  premier  concert. 

„*„.  Leipzig.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  représenté  pour  la  première 
fois  le  18  avril  au  théâtre  de  la  ville  ;  salle  comble,  succès  d'enthousiasme. 
Mme  Bùrde  Ney  a  chanté  le  rôle  de  Dinorah.  —  Le  comité  des  concerts 
du  Gewandhaus  en  a  offert  la  direction  à  Ferdinand  Hiller. 

.,.%  Hambourg.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  en  est  à  la  25e  représentation. 
Mlle  Georgine  Schubert  est  une  excellente  Dinorah. 

***  Munich. — Le  15  avril  a  eu  lieu  la  première  représentation  du 
Pardon  de  Ploërmel,  à  laquelle  assistaient  le  roi  Louis  de  Bavière,  la  reine 
et  toute  la  cour.  Dès  la  fin  de  l'ouverture  les  applaudissements  éclatèrent 
et  se  renouvelèrent  après  chaque  morceau.  Les  acteurs  ont  été  rappelés 
plusieurs  fois. 

%%  Breslau.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel  a  eu 
lieu  le  21  avril  et  a  servi  de  début  a  Mme  Jauner  Krall  L'ouvrage  et  la 
débutante  ont  eu  beaucoup  de  succès  et  plusieurs  morceaux  ont  dû  être 
répétés. 

â%  Saint-Pétersbourg,  18  ayril. —  Hier  a  eu  lieu  au  Grand -Théâtre, 
avec  un  immense  succès,  le  concert  donné  par  Henri  Wieniawski.  Le 
célèbre  violoniste  a  été  accueilli  par  notre  public  avec  un  enthousiasme 
qui  ne  s'est  pas  attiédi  un  seul  instant,  et  que  le  talent  du  jeune  maître  a 
poussé  jusqu'au  paroxysme  des  bravos  et  des  rappels  à  la  fin  de  la  soirée. 
Wieniawski  a  joué  le  concerto  de  Mendelssohn,  le  Carnaval  de  Venise 
et  trois  ou  quatre  morceaux  de  sa  composition  d'un  charme  et  d'une 
originalité  de  facture  qui  lui  assurent  un  avenir  de  compositeur  digne 
de  sa  renommée  de  virtuose.  Il  lui  a  fallu  répéter  trois  morceaux  de  son 
programme;  quant  au  Carnaval  de  Venise,  Wieniawski  en  a  fait  une 
exquise  nouveauté.  La  partie  vocale  était  confiée  à  Mlle  Rita  Pellini, 
l'une  des  deux  sœurs  dont  nous  avons  annoncé  l'arrivée  ici.  Quoique 
visiblement  émue,  elle  a  chanté  d'une  voix  sonore  et  étendue  deux 
morceaux,  —  l'un  de  Verdi,  l'autre  de  Donizetti, —  avec  un  sentiment 
dramatique  et  une  expression  qui  lui  ont  valu  les  applaudissements  de 
l'auditoire.  C'est  demain  mercredi  qu'aura  lieu,  au  théâtre  Michel,  le 
concert  des  demoiselles  Pellini,  que  nous  pourrons  alors  apprécier 
complètement. 

le  Directeur  :   S.  DUFOUR  . 


LIBRAIRIE  DE  FIRMIN  DIDOT  FRÈRES,  FILS  ET  C,  RUE  JACOB,  56. 

Et  chez  tous  les  libraires  de  France  et  de  l'étranger. 


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Par  F.-*f .  FÉTIS 

Maître  de  chapelle  dxi  roi  des  Belges, 
Directeur  du  Conservatoire  royal  de  musique  de  Bruxelles. 

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164 


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2.  Sub  luum 

3.  Angelis  suis  Deus. . 
3.  Omnes  gentes 

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6.  O  salutaris 


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Soir,  avec  accompagnement  de  piano.  Prix  marqué 6 

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de  femme,  avec  parties  séparées  et  accompagnement  de 
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Dieu  puissant,  Dieu  notre  père,  extraite  de  la  Perle  du 
Brésil,  arrangée  à  quatre  voix.  Prix  net » 


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La  Marée  du  9  Mars,  poisson  d'avril,  chansonnette  co- 
mique de  liefebvre  et  Mangeant,  chantée  tous  les 
soirs  au  théâtre  du  Palais-Royal,  par  Brasseur.  Prix 
marqué . 2  f.  50  C. 


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POUR  LE  MOIS  DE  MARIE 


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HUIT    MOTETS    A    UNE    ET    DEUX     VOIX    AVEC    ACCOMPAGNEMENT 
D'orvGUE. 

1.  Ave  Maria,  hymne  à  la  Vierge,  pour  soprano, 

avec  accompagnement  de  hautbois,  ai  lib.  -    .     3     » 

2.  Ave  Maria,  solo  pour  contralto 3     » 

3.  Ave   Maria,  duo    pour    soprano  et  contralto, 

avec  accompagnement  de  hautbois,  ad  lib..   .     4  80 

4.  Ave  verum,  solo  pour  soprano 2  50 

5.  Ave   regina  cœlorum,  duo   pour  soprano    et 

mezzo-soprano 3  75 

6.  Inviola  ta,  duo  pour  soprano  et  mezzo-soprano.  3  75 

7.  O  salutaris,  pour  soprano 3    » 

8.  Ave  maris  Stella,  duo  pour  soprano  fit  mezzo- 

soprano 5     » 

Les  huit  numéros  reunis,  10  fr.  net. 

A.    FArVSERON 

Prière  à  Marie,  cantique  pour  basse-taille,  bary- 
ton ou  contralto 3     » 

f.e  nom  de  Marie,  cantique  à  deux  voix  de  femmes  h  50 

Invocation  à   Marie,  cantique  a  deux    voix  .    .  2    » 

O  salutaris,  pour  soprano  ou  ténor 2  50 

Agnus  Dei,  pour  basse-taille,  baryton  ou  contralto  3    » 

Benedielus,  pour  basse-taille,  baryton  ou  contralto  6     » 
Mon  unique  espérance,   pour  soprauo  ou    ténor, 

avec  accompagnement  de  piano  ou  mélodium.  5    » 

Jésus  vient  de  naitre,  cantique  pour  deux  voix  4  50 


ROSSIBTI 

STABAT    MATER  ET  COMPLAINTE  A  LA  VIERGE 

A  quatre  voix  et  choeurs. 
La  grande  partition,  100  f. — Les  parties  d'orchestre,  100  f. 

LES   MOHCEAUX   DÉTACHÉS   AVEC   ACCOMP.    DE    PIANO  : 

i.y^!(c^,jL-v^-pleu;s;;:;|   5   . 

2.  Air  pour       j  Cujus  animam j    3  75 

ténor     .   .  (  La  douleur  avec  son  glaive  | 

3.  Duo  pour  2  j  Qnis  est  homo (     ,  -g 

soprani.   .  f  Où  peut  être  la  mesure  .   .  \ 

6.       Air    pour  (  Pro  peccatis J    3  7g 

basse  ou  ténor,  j  Fruits  amers | 

5.  Chœur  et  réci-  j  Elia  mater j    3  75 

tatif  ■   •   •  (  Source  d'amour | 

r     /i„ „/„„,.  (  Sancta  mater (     t     , 

6.  Quatuo,  ...  |  VJergei  accorue.ffioi  uigracej    5 

7.  Caratine  pour  (  Fac  ut  portera. j    3    „ 

soprano.   .  j  O  cœur  noyé! | 

8.  Air  et  chœur  j  Inflammatus j    g    n 

pour  soprano  (  Par  la  flamme ( 

9.  Quatuor  sans  l  Quando  corpus )     3    u 

accompag.  \  Que  la  croix  me  justifie.   .  ) 

10.  Chœur  final.  {  ^"..f  seigneur  !  ;  |  ;  {    «    ■ 
La  partition   format  in-4° 25    » 

La  même,  format  in-S" net.     7    » 


UEYEKBEEB 

Sainte  Marie,  chœur  du  Pardon  de  Ploêrmel  .    .     5     » 
Pater  noster,  à  quatre  voix,  du  même  opéra.   .  .     4    « 

PALESTRIKA 

Stabat  Mater  à  2  chœurs  sans  accompagnement.    7  50 

SiTADLER 

Deux  motets  et  les  quatre  antiennes  à  la  sainte 
Vierge,  à  4  voix  avec  accompagnement  d'orgue    7  50 

JOS4HJIN    DESl'KEZ! 

Stabat  Mater  à  5  voix 4  50 

LABARRE 

Cantique  à  Marie,  chœur  à  trois  voix  de  femmes    5    • 
VITAIi 

Litanies  de  la  Vierge,  pour  soprauo,  avec  chœurs    2  50 
E.  JO\AS 

O  salutaris 3    » 

FESSA 

Le  Stabat  Mater  arrangé  pour  orchestre  seul  : 
1.   Stabat   Mater.    2.  Cujus   animam.  3.    Pro 

peccatis,  chaque 12     » 

U.   PAAOFKA 
Ave  Maria,  pour  ténor  ou  mezzo-soprano,  avec 

accompagnement  de  piano  ou  orgue 3    » 

O  salutaris,  pour  ténor  ou  mezzo-soprano,   avec 
accompagnement  de  piano  ou  orgue 3    » 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


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Étranger M  »       iâ- 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


wm  pâbis. 


--w\/\AAJ\AAAAA/v-- 


SOMMAIRE.  —  Association  des  artistes  musiciens,  messe  de  M.  Charles  Manry, 
par  Adojphe  Botte.  —  Auditions  musicales,  par  le  même.  —  Enseignement 
populaire  de  la  musique,  par  Wilhelm.  —  Nouvelles  et  annonces. 


ASSOCIATION  DES  ARTISTES  MUSICIENS. 

Messe  de  II.  Charles  Hanry. 

Le  mois  des  fleurs,  le  mois  de  Marie  s'est  ouvert  mardi  à  l'église 
Saint-Roch  par  une  solennité  musicale  à  laquelle  assistaient  tous  ceux 
qui  s'intéressent  encore  à  l'art  religieux.  L'association  des  artistes 
musiciens  faisait  exécuter  une  messe  nouvelle  de  M.  Charles  Manry. 
Cette  messe  se  distingue  par  des  mélodies  vraiment  pieuses,  et,  au 
besoin,  s'élève  jusqu'aux  accents  passionnés  qu'autorisent  parfaite- 
ment, quoi  qu'on  en  dise,  les  belles  et  austères  paroles  de  la  litur- 
gie. L'auteur  a  su  prendre  un  parti,  ce  qui  est  assez  rare.  Il  a  été 
franchement  moderne,  mais  toujours  grave,  recueilli  et  plein  d'onction. 
Il  n'a  pas  fait  d'archaïsme,  et,  pour  notre  part,  nous  l'en  félici- 
tons. Il  a  plutôt  allié  la  simplicité  mélodique  à  des  recherches  har- 
moniques, sûr  ainsi  de  plaire  en  même  temps  à  la  foule  et  aux 
esprits  accoutumés  à  un  certain  coloris  instrumental  qui,  pour  êlre 
parfois  prodigué  au  théâtre,  n'en  est  pas  moins  à  sa  place  à  l'église 
quand  il  est  bien  ménagé.  M.  Manry  encourra-t-il,  comme  tant  d'au- 
tres, le  reproche  de  s'être  montré  trop  dramatique  dans  l'expression 
des  sentiments  chrétiens?  Nous  ne  savons  ;  car  on  s'entend  générale- 
ment assez  peu  sur  le  style  qui  convient  à  la  musique  d'église.  Les 
uns  demandent  avant  tout  une  grande  douceur,  une  grande  sobriété, 
et  peut-être  l'exclusion  complète  de  certaines  modulations  très-belles 
et  très-dramatiques,  mais  dont  le  caractère  sensualiste  les  effarouche. 
Ils  aiment  les  voix  et  l'orgue  ;  ils  admettent  bien  certains  instruments  ; 
mais  les  instruments  à  vent,  les  trombones,  par  exemple,  leur  sem- 
blent comme  un  écho  du  théâlre,  indigne  de  pénétrer  dans  la  maison 
de  Dieu.  Les  autres,  admirateurs  fervents,  ainsi  que  nous  le  sommes 
nous-même,  des  magnifiques  messes  de  Mozart,  de  Beethoven,  de 
Cherubini,  etc.,  croient  que  l'art  musical,  avec  tous  ses  perfectionne- 
ments matériels,  peut  aussi  élever  l'âme,  la  dégager  des  préoccupa- 
tions vulgaires,  la  porter  enfin  jusqu'aux  pures  et  sublimes  idées  de 
l'infini.  Quant  à  nous,  nous  croyons  qu'il  serait  très-difficile  à  un  mu- 
sicien contemporain  de  s'isoler  tellement  des  idées  de  son  siècle  qu'il 
pût  retrouver,  nous  ne  dirons  pas  seulement  les  formes,  mais,  ce  qui 
nous  paraît  impossible,  la   naïveté  et  le  véritable  esprit  des  maîtres 


d'autrefois.  Il  ne  ferait  alors,  ce  nous  semble,  qu'un  froid  pastiche  qui 
ne  dirait  rien  à  personne,  parce  que  la  vie  n'y  serait  pas. 

On  le  sait,  M.  Manry  est  un  musicien  instruit,  bien  doué  ;  son  in- 
telligence élevée  et  méditative  l'appelle  vers  le  genre  sacré.  Déjà,  il 
avait  érrit  plusieurs  messes  remarquables  à  beaucoup  de  titres  ;  mais 
sa  nouvelle  œuvre,  dans  laquelle  on  retrouve  toute  la  suavité,  toute  la 
distinction,  toute  l'abondance  et  toute  la  fraîcheur  mélodique  des  pre- 
mières, a  une  élévation,  une  largeur  qui  attestent  un  énorme  progrès  ; 
en  un  mot,  elle  nous  paraît  la  plus  complète,  la  plus  riche,  la  plus 
achevée  que  l'auteur  ait  encore  produite. 

Le  Kyrie  est  un  fort  bon  morceau  ;  les  voix  et  l'orchestre  y  sont 
traités  avec  beaucoup  d'habileté.  Dans  le  Credo  (une  très-belle  page, 
et  la  plus  développée  de  toutes)  il  y  a  un  magnifique  chant  à  l'unisson 
bien  instrumenté  où  les  harpes  et  les  violons  rappellent  cette  dispo- 
sition de  parties  si  heureusement  employée  dans  des  finales  célèbres 
et  dans  plus  d'un  chœur  de  Bardes.  Dans  ses  morceaux  les  plus  pom- 
peux, les  plus  larges,  les  plus  majestueux,  l'auteur  n'est  pas  allé  une 
seule  fois  jusqu'à  l'abus  de  la  sonorité.  C'est  surtout  aux  instruments 
à  cordes,  aux  violons  et  aux  violoncelles  principalement,  qu'il  a  confié 
de  délicieuses  phrases.  On  a  remarqué  dans  YO  salutarh  le  goût  et 
l'art  avec  lesquels  les  cors  étaient  employés.  Nous  pourrions  peut-être 
louer  davantage  la  correction,  la  couleur  de  l'harmonie,  enfin  le  talent 
de  M.  Manry,  qui  est  aussi  un  contrapuntiste  distingué  ;  mais  nous  ai- 
mons mieux  insister  sur  la  netteté,  sur  l'originalité  de  son  inspiration 
et  sur  la  parfaite  convenance  de  son  style. 

Il  ne  nous  reste  plus  qu'à  -faire  la  part  de  la  critique  :  ce  sera  la 
plus  courte.  L'auteur,  qui  mêle  si  heureusement  les  voix,  qui  fait  suc- 
céder à  des  solos  très-saillants  des  tutti  pleins  de  puissance  et  d'éclat, 
laisse  quelquefois  l'orchestre  un  peu  vide,  un  peu  nu.  Alors  les 
mélodies,  écrites  souvent  en  mineur,  reviennent  languissantes,  et 
auraient  besoin  d'être  soutenues  par  quelques  dessins  et  par  quelques 
richesses  harmoniques. 

En  résumé,  cette  messe  est  une  excellente  composition;  de  plus, 
c'est  réellement  de  la  musique  sacrée.  Quoiqu'elle  soit  fort  bien  écrite, 
que  les  voix  s'y  meuvent  toutes  avec  une  grande  aisance,  qu'on  trouve 
dans  le  Gloria  une  fugue  habilement  conduite,  la  science  n'y  tient 
que  le  second  rang;  le  premier  appartient  à  une  inspiration  claire, 
abondante  ,  souvent  élevée  et  empreinte  d'une  touchante  mélan- 
colie. L'œuvre  de  M.  Manry  brille  par  ce  qui  plaît  et  émeut ,  par  un 
sentiment  toujours  religieux,  qui  ne  se  perd  ni  dans  les  froides  et  aride: 
combinaisons,  ni  dans  ces  phrases  d'opéra-comique  que  les  compjri 
teurs  modernes  ne  peuvent  toujours  parvenir  à  faire  taire  quand  ils 
écrivent  pour  l'église. 


166 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Depuis  longtemps  nous  n'avions  assisté  à  une  aussi  bonne  exé- 
cution. M.  Tilmant  dirigeait  un  nombreux  orchestre.  C'est  dire  que 
tous  les  artistes  étaient  animés  par  une  volonté  aussi  puissante  qu'in- 
telligente. M.  Charles  Vervoitte,  maître  de  chapelle  des  plus  distingués, 
compositeur  estimé,  conduisait  les  chœurs  et  l'a  fait  en  musicien 
exercé  à  toutes  les  exigences  du  style  religieux.  Mlle  Sax,  MM.  Jour- 
dan  et  Balanqué  chantaient  les  soli.  On  connaît  le  goût,  l'âme  que 
Jourdan  apporte  dans  la  musique  sacrée;  cette  fois  encore  il  y  a  été 
très-remarquable.  L'excellent  sentiment  musical  de  Mlle  Sax  lui  a 
permis  de  révéler,  dans  un  genre  qu'elle  connaissait  peu  sans  doute, 
de  précieuses  qualités  d'expression. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

Franco-Mcndes.  —  Mlle  «Dulieime  Amlré.  —  BSlîe  «Joséphine 
Martin.  —  Casella.  —  Mlle  Su^eI>org:-Starck. 

Au  concert  donné  par  Franco-Mendes  dans  les  salons  Pleyel-Wolff, 
on  a  applaudi  le  cinquième  quintette  de  cet  excellent  violoncelliste. 
Dit  d'une  façon  délicieuse  par  MM.  de  Cuvillon,  Jacobi,  Viguier, 
Biétry  et  l'auteur,  il  a  prouvé  encore  une  fois  que  le  talent  d'exécution 
n'absorbait  pas  toutes  les  facultés  d'un  musicien  bien  organisé,  et  qu'il 
restait  place  encore  pour  les  bonnes  études  et  pour  des  travaux  plus 
sérieux,  plus  [^importants  que  ceux  d'une  gracieuse  fantaisie,  d'un 
charmant  arrangement  ou  d'une  ingénieuse  transcription. 

D'autres  compositions  ou  touchantes  ou  aimables,  ou  suaves  ou 
brillantes,  mais  toujours  correctement  écrites,  ont  été  jouées  par 
l'auteur  avec  la  justesse,  le  sentiment  qu'il  apporte  dans  tout  ce  qu'il 
exécute.  Elles  ont  été  accueillies  avec  la  sympathie  que  le  public  n'ac- 
corde qu'au  véritable  talent.  M.  de  Cuvillon  a  causé  un  plaisir  infini 
dans  un  très-beau  quatuor  de  Léon  Kreutzer,  où  il  y  a  une  verve,  une 
élégance,  un  savoir,  un  esprit  que  nous  voudrions  retrouver  plus 
souvent  dans  la  jeune  musique  de  chambre. 

—  La  semaine  dernière,  dans  les  mêmes  salons,  nous  avons  entendu 
Mlle  Julienne  André,  élève  d'Alard.  La  jeune  artiste  a  joué  deux  mor- 
ceaux de  son  maître  avec  une  sûreté,  une  largeur  d'archet  et  de  style 
qui  ont  été  particulièrement  remarquées.  Mlle  André  a  de  la  vigueur, 
du  feu  et,  chose  singulière,  moins  de  douceur  et  de  grâce  que  certains 
violonistes  ;  mais  elle  a,  comme  tous  les  virtuoses  élevés  à  la  même 
école,  les  précieuses  qualités  que  peut  donner  le  meilleur  enseigne- 
ment. Elle  a  été  très-fêtée,  notamment  pendant  l'exécution  d'une 
saltarelte,  d'Alard,  l'une  des  pages  les  plus  originales,  les  plus  colo- 
rées et  les  plus  hardies  qu'ait  écrites  le  célèbre  professeur. 

—  Pianiste  aimée  et  partout  sympathiquement  accueillie,  musicienne 
sérieuse,  compositeur  très-distingué,  Mlle  Joséphine  Martin  donne 
chaque  année  un  concert  où  se  font  entendre  des  artistes  d'un  grand 
mérite.  Vendredi,  dans  la  salle  Herz,  c'étaient  Mmes  Ida  Bertrand, 
Gaveaux-Sabatier,  M.  Jules  Lefort  et  la  Société  chorale  du  Conserva- 
toire qui  prêtaient  à  la  partie  instrumentale,  les  unes,  leurs  belles 
voix  et  leur  charmant  talent  si  pathétique  et  si  fin  ;  les  autres,  leur 
style  plein  de  goût,  et  un  ensemble  parfaitement  réglé  et  dirigé  par 
M .  Edouard  Batiste.  Un  duo  de  Lysberg,  à  deux  pianos,  sur  des  mé- 
lodies de  Don  Juan,  exécuté  par  Mlle  J.  Martin  et  sa  jeune  élève, 
Mlle  Angèle  Simiet;  puis  une  fantaisie  espagnole,  un  menuet  et  l'Ou- 
verture des  chasses,  composés  et  joués  par  la  bénéficiaire,  ont  charmé 
l'assemblée.  Les  nombreuses  qualités  du  jeu  de  Mlle  J.  Martin  sont 
bien  connues  ;  c'est,  on  le  sait,  un  style  net,  précis,  énergique  :  l'élé- 
gance, la  finesse  et  la  grâce.  Avant  Amour  et  -prière  et  la  Valse  de 
Marguerite,  gracieuses  et  mélodieuses  inspirations  de  Mme  Clémentine 
Batta,  très-joliment  chantées  par  Mme  Sabatier  et  Jules  Lefort, 
Mlle  J.  Martin,  MM.  Coche,   Garimond,  Pâquis,  Casimir  Ney,  Nathan 


et  de  Bailly  ont  dit  les  deux  premiers  morceaux  du  septuor  de  Hummel. 
Le  minuetto  scherzo,  si  délicatement  orné  avec  les  broderies  exquises 
du  piano,  les  chants  expressifs  du  violoncelle,  ou  plutôt  avec  tout  son 
esprit,  toute  sa  légèreté,  toutes  ses  ravissantes  coquetteries,  a  enthou- 
siasmé l'auditoire  et  a  valu  aux  interprètes,  qui,  d'ailleurs,  se  sont 
constamment  maintenus  à  la  hauteur  de  l'œuvre,  un  franc  et  légitime 
succès. 

—  Le  violoncelliste  qui  n'aurait  pas  puisé  dans  les  partitions  de 
Bellini,  qui  ne  leur  aurait  pas  demandé  quelques-uns  de  ces  chants  si 
mélancoliques  et  si  tendres,  aurait  eu  bien  tort:  car,  en  dépit  de 
toutes 'les  critiques  et  de  toutes  les  ironies  des  gens  blasés,  ces  chants 
passionnant  et  passionneront  toujours  la  foule,  parce  qu'ils  sont  nés 
dans  une  de  ces  'heures  d'inspiration,  de  douleur  et  d'enthousiasme 
où  les  musiciens  les  moins  savants  créent  des  choses  assez  belles  pour 
se  passer  des  richesses,  cependant  si  admirables,  d'un  grand  style. 
M.  Casella,  violoncelliste  du  roi  de  Sardaigne,  a  transcrit,  à  son  tour, 
le  quatuor  des  Puritains.  Il  l'a  joué  au  concert  qu'il  donnait  samedi 
dans  la  salle  Beethoven,  et  avec  cette  seule  page,  dite,  il  est  vrai,  avec 
beaucoup  de  largeur  et  d'expression,  il  a  été  très-vivement  applaudi. 
Dans  deux  autres  morceaux,  Un  pensiero  et  Souvenirs  d'Italie,  le 
brillant  soliste  a  montré  que  s'il  jouait  bien,  sans  afféterie  et  avec  une 
grande  sensibilité,  il  savait  aussi  composer  avec  goût,  arranger  avec 
tact  et  varier  les  mélodies  en  virtuose  accoutumé  à  ne  demander  aux 
difficultés  que  ce  qu'elles  ajoutent  à  un  ouvrage  d'intéressant  et  d'ai- 
mable à  entendre. 

Une  élégie  animée  d'un  souffle  religieux  assez  rare,  même  à  l'église, 
a  été  fort  goûtée.  Interprétée  avec  un  grand  charme  d'expression  par 
MM.  d'Aubel,  Casella  et  l'auteur,  Daussoigne-Méhul,  elle  offrait,  outre 
le  mérite  de  la  composition,  la  beauté  de  timbres  et  d'effets  qui  res- 
sort de  cette  trinité  si  harmonieuse  :  le  piano,  l'orgue  et  le  violoncelle. 

M.  Fortuna,  qui  a  du  talent,  mais  auquel  on  pourrait  demander  un 
peu  plus  de  chaleur,  s'est  fait  plusieurs  fois  applaudir  à  ce  concert,  où 
dans  un  solo,  le  violon  de  Sighicelli  a  été  ravissant  de  grâce,  d'élé- 
gance et  de  brio. 

—  Au  dernier  concert  de  Mlle  I.  Starck,  deux  artistes  de  mérite, 
Jacques  Dupuis  et  Lamoury,  ont  joué  avec  la  charmante  pianiste  le 
trio  en  ré  majeur  de  Beethoven.  La  musique  classique  sied  au  talent 
de  Mlle  Starck;  toutefois,  dans  les  œuvres  de  Bach  notamment,  son 
style  n'est  pas  toujours  assez  sévère  et  assez  soutenu.  Mais  il  faut 
avoir  une  grande  puissance  d'exécution  pour  jouer  en  public,  au 
piano,  ces  admirables  fugues,  si  difficiles  sous  tous  les  rapports.  Nous 
aimons  mieux  la  jeune  artiste  dans  les  pièces  de  Field,  de  Chopin  et 
même  dans  celles  de  Liszt;  là  elle  trouve  des  douceurs  infinies,  des 
élégances  naturelles,  et  aussi  des  effets  puissants  et  sonores  auxquels 
plus  d'une  pianiste,  d'ailleurs  très-distinguée,  ne  saurait  atteindre. 

Adolphe  BOTTE. 


Le  défaut  d'espace  nous  oblige  à  remettre  au  numéro  prochain  la 
suite  du  compte  rendu  des  concerts,  au  nombre  desquels  se  trouve 
celui  dont  la  pensée  et  l'organisation  sont  dues  à  M.  Beaulieu. 


ENSEIGNEMENT  POPULAIRE  DE  LA  MUSIQUE. 

Nous  avons  annoncé  la  publication  d'une  brochure  de  M.  Emile 
Chevé,  en  réponse  aux  Observations  de  quelques  musiciens  et  de 
quelques  amateurs  sur  sa  méthode.  Nous  avons  dit  en  outre  que  la 
brochure  était  suivie  d'un  manifeste  de  la  commission  qui  a  pris  cette 
méthode  sous  son  patronage,  et  nous  nous  proposions  d'en  discuter 
les  conclusions,  mais  la  Revue  contemporaine ,  dans  son  numéro  du 


DE  PARIS. 


167 


3()  avril  dernier,  contient  un  article  qui  nous  semble  remplir  suffi- 
samment cette  tâche;  pour  aujourd'hui  nous  nous  bornerons  donc  à 
en  reproduire  quelques  fragments. 

Après  avoir  rappelé  comment  l'idée  de  substituer  les  chiffres  aux 
notes  de  la  gamme,  conçue  d'abord  par  le  P.  Souhaitty,  ensuite  par 
J.-J.  Rousseau,  fut  frappée  de  mort  dès  sa  naissance,  par  la  simple 
observation  d'un  bon  musicien,  de  Rameau,  qui  en  démontra  le  vice 
radical  :  après  avoir  raconté,  avec  le  savant  M.  Fétis  (1),  comment 
cette  même  idée,  largement  essayée  en  Allemagne,  en  a  été  définiti- 
vement bannie,  parce  qu'on  s'y  dégoûta  d'un  enseignement  populaire 
qui  ne  pouvait  servir  d'introduction  à  l'art  véritable,  l'auteur  de  l'ar- 
ticle constate  qu'en  France  les  conquêtes  de  la  notation  furent  moins 
étendues,  mais  non  plus  solides,  malgré  les  efforts  de  M.  Galin,  qui 
mourut  à  la  peine,  et  de  M.  Aimé  Paris,  son  successeur  dans  la  pro- 
pagande du  méloplaste. 

«  Enfin,  ajoute-t-il,  M.  Emile  Chevé,  beau-frère  de  M.  Aimé  Paris, 
quittant  la  médecine  pour  la  musique,  ouvrit  des  cours,  publia  des 
ouvrages,  et  ainsi  se  trouva  formée  latrinité  Galin-Pàris-Chevé.  Alors 
commença  la  croisade  entreprise  à  frais  communs  pour  le  triomphe  du 
chiffre  et  du  système  musical  qui  en  est  l'appui.  L'ambition  de  MM. 
Aimé  Paris  et  Emile  Chevé  devait  être  de  conquérir,  en  tout  ou  en 
partie,  les  écoles  communales  de  la  ville  de  Paris  ;  c'était  pour  eux 
comme  une  Jérusalem  qu'il  fallait  délivrer  du  solfège  et  de  ses  sec- 
tateurs. En   1845,  M.  Emile  Chevé  demanda  au  préfet  d'ouvrir  un 
concours  entre  la  méthode  en  usage  et  la  sienne.  L'idée  fixe  de  M.  Aimé 
Paris  (idée  que  peu  de  gens  partagent,  nous  verrons  pourquoi),  est  que 
tout  peut  et  doit  finir  par  des  concours.  La  première  demande  ayant 
été  repoussée,  une  seconde  fut  faite  en  1850,  et  n'eut  pas  un  meil- 
leur sort.  Pour  la  seconde  fois,  la  commission  de  surveillance  du 
chant  avait  examiné  la  méthode  qui  lui  était  soumise  et  l'avait  jugée 
inadmissible.  Je  voudrais  pouvoir  citer  entièrement  l'excellent  rapport 
rédigé  par  elle  en  cette  occasion.  «  Le  système  de  M.  Chevé,  disait 
»  le  rapporteur,  M.  G.  Héquet,  a  pour  base  la  substitution  d'une  écri- 
»  ture  nouvelle  à  l'écriture  usitée  aujourd'hui.  Au  lieu  de  représenter 
»  les  intonations  par  des  signes  placés  sur  une  portée,  il  les  repré- 
»  sente   par    des  chiffres.   La  commission  a  fait   de  vains  efforts 
»  pour  comprendre  l'utilité  de  ce  changement.  M.  Chevé  fait  grand 
»  bruit  des  prétendus  défauts  de  l'écriture  musicale  actuelle,  qu'il 
»  déclare  bizarre,  compliquée,  fatigante  pour  l'œil  du   lecteur,  enfin 
»  très-difficile  à  déchiffrer.  Selon  lui,  c'est  cette  difficulté  qui  retarde 
»  les  progrès  des  commençants  et  leur  fait  perdre  courage.  La  com- 
»  mission  ne  saurait  partager  sur  ce  point  l'opinion  de  M.  Chevé.  Au- 
»  trefois,  on  faisait  ce  qu'il  propose  ;  l'antiquité  représentait  les  sons 
•»  par  des  lettres ,   lesquelles  étaient  en  même   temps  des  chiffres. 
»  Le  système  de  M.   Chevé  est   littéralement  renouvelé  des  Grecs. 
»  C'est  au  xiie  siècle  seulement  que  furent  imaginés  les  premiers  rudi- 
»  ments  de  notre  écriture  moderne,  les  points,  la  portée,  et  cette 
»  invention  fut  considérée  alors  comme  un  immense  progrès.  En  effet, 
»  l'écriture  nouvelle  indiquait,  par  la  position  même  des  signes,  le 
»  plus  ou  moins  de  gravivé  de  chaque  son.  Elle  parlait  à  la  fois  à 
»  l'entendement  et  aux  yeux,   tandis  que   les  chiffres  ne  parlaient 
»  qu'à  l'entendement.  Ce  que  le  bon  sens  de  nos  pères  abandonna,  il 
»  y  a  huit  cents  ans,  M.  Chevé  nous  le  veut  faire  reprendre  aujour- 
»  d'hui,  et  il  nous  donne  cet  étrange  mouvement  rétrograde  pour 
»  une  amélioration  !  Nous   ne  pouvons  être  de  son  avis  ;  l'écriture 
»  musicale  actuelle  ne  paraît  bizarre  qu'à  ceux  qui  ne  la  savent  pas 
»  lire.  Si  elle  est  compliquée,  c'est  qu'elle  peint,  aux  yeux  du  lecteur, 
i>  une  foule  d'éléments  divers,  qu'elle  exprime  à  la  fois  l'intonation, 
»  la  durée,  le  rhythme,  et  jusqu'aux  détails  les  plus  délicats,  les  plus 
»  minutieux  de  l'exécution.  M.  Chevé  supprime  ces  détails,  et  il  pro- 
»  clame  son  écriture  plus  simple.  Est-ce  simplifier  que  d'appauvrir? 

(l)  V.  Revue  et  Gazette  musicale,  n°  2,  8  janvier  1860. 


»  Ne  nous  faisons  pas  d'illusion.  Le  véritable  obstacle,  qui  arrête 
»  les  élèves  à  l'entrée  de  la  carrière,  c'est  la  difficulté  d'unir  Vidée 
»  d'une  intonation  déterminée  au  signe  qui  la  représente.  Que  ce  si- 
»  gne  soit  un  chiffre  ou  une  note,  la  difficulté  reste  la  même,  et  le 
»  procédé  de  M.  Chevé  ne  la  diminue  en  rien.  » 

»  Là  est,  pour  tout  musicien,  le  vrai  point  de  la  question,  et  le 
rapport  l'éclaircit  de  manière  à  ne  pas  laisser  place  au  doute.  Récapi- 
tulant ensuite  les  diverses  imperfections  du  système  de  M.  Chevé, 
quant  à  la  musique  instrumentale  que  la  notation  chiffrée  ne  peut  re- 
produire, quant  aux  douze  tonalités  qu'il  réduit  à  une  seule,  quant  à 
l'étude  du  mode  mineur,  où  l'ordre  naturel  des  chiffres  est  renversé, 
le  rapport  conclut  en  ces  termes  :  «  La  commission  pense  non-seu- 
i)  lement  qu'il  n'y  aurait  aucun  bénéfice  à  remplacer  par  celle  qui  lui 
»  est  soumise  la  méthode  qui  est  en  vigueur  depuis  trente  années, 
»  mais  que  V enseignement  y  perdrait  dans  mie  proportion  considé- 
»  rable.  » 

»  On  a  vingt-quatre  heures  au  palais  pour  maudire  ses  juges  : 
M.  Emile  Chevé  employa  près  de  dix  années  à  poursuivre  les  siens 
de  sa  colère  et  de  ses  invectives.  Armé  de  la  parole  et  de  la  plume, 
il  ne  cessa  d'attaquer  ceux  qui  avaient  rendu  la  sentence  et  ceux  qui 
l'avaient  approuvée,  dans  une  longue  série  de  publications,  dans  un 
journal  créé  tout  exprès,  toujours  avec  la  collaboration  de  M.  Aimé 
Paris.  Les  hommes  éminents  qu'il  attaquait  chaque  jour  ne  s'ému- 
rent pourtant  pas  et  ne  daignèrent  pas  lui  répondre  :  c'était  peut-être 
une  faute.  Au  mois  de  juillet  dernier,  une  commission  de  patronage 
s'étant  formée  sous  la  présidence  d'une  grande  illustration  politique 
pour  la  propagation  de  la  méthode  Galin  Pâris-Chevé,  il  ne  fut  plus 
permis  de  garder  le  silence .  On  comprit  que  la  patience  avait  assez 
duré,  que  la  prolonger  serait  faiblesse,  et  qu'il  fallait  s'expliquer  net- 
tement sur  un  système  qui  ne  cherchait  plus  à  s'établir  par  la  seule 
force  de  ses  principes  et  le  seul  avantage  pratique  de  ses  procédés. 
C'est  ce  qui  a  donné  lieu  à  la  brochure  intitulée  :  Observations  de 
quelques  musiciens  et  de  quelques  amateurs  sur  la  méthode  de  musique 
de  M.  le  docteur  Chevé.  Cette  brochure  est  signée  de  MM.  Auber,  de 
l'Institut;  Carafa.  id.;  Clapisson,  id.;  Ermel,  compositeur;  Victor 
Foucher,  président;  Charles  Gounod,  compositeur;  F.  Halévy,  de 
l'Institut;  Jomard,  id.;  général  Mellinet ;  G.  Meyerbeer,  de  l'Institut; 
Edouard  Monnais;  Niedermeyer,  compositeur  ;  Edouard  Rodrigues, 
vice-président;  Ambroise  Thomas,  de  l'Institut;  Varcollier,  membres 
de  la  commission  de  surveillance  de  l'enseignement  du  chant  dans  les 
écoles  communales  de  la  ville  de  Paris,  et  de  MM.  H.  Berlioz,  de 
l'Institut  ;  Dietsch,  chef  d'orchestre  de  l'Opéra,  Georges  Kastner,  de 
l'Institut;  Verdi,  correspondant  de  l'Institut;  J.  d'Ortigue,  directeur- 
rédacteur  en  chef  de  la  Maîtrise;  Pasdeloup  et  F.  Bazin,  directeur  de 
l'Orphéon  de  Paris. 

»  A  cette  brochure  collective,  M.  Emile  Chevé  vient  de  répondre 
par  une  autre  brochure  signée  de  lui  seul,  et  le  comité  de  patronage 
a  daigné  adresser  aux  signataires  de  la  première  une  lettre  dans 
laquelle  il  expose  formellement  ses  intentions.  Cette  lettre  porte  les 
noms  de  MM.  le  comte  Morny,  président  du  comité  de  patronage, 
le  prince  Poniatowski,  vice-président,  le  comte  Olympe  Aguado,  le 
comte  Onésime  Aguado,  le  général  de  Courtigis,  Félicien  David,  le 
baron  .Dubois,  Gevaert,  Lefébure-Wély,  Magin-Marrens,  inspecteur 
général  de  l'enseignement  primaire,  Edmond  Membrée,  le  comte 
Joachim  Murât,  Neukomm,  Offenbach,  Ravaisson,  membre  de  l'Ins- 
titut, le  marquis  de  Sampieri,  Ernest  L'Epine,  secrétaire  du  comité, 
et  conclut  à  ce  que,  pour  juger  définitivement  le  débat,  un  concours 
soit  ouvert  en  présence  des  signataires  de  la  brochure  et  des  mem- 
bres formant  la  commission  du  patronage.  Voici  textuellement  la 
teneur  du  cartel  rédigé  par  la  commission  :  «  1°  Que  chaque  école 
»  expose  scientifiquement  au  tableau  ses  principes  et  ses  moyens 
»  d'action  ;  2°  que  des  expériences  pratiques  et  comparatives  soient 
»  faites  sur  les  résultats  déjà  obtenus  de  part  et  d'autre  ;  3°  que  deux 


168 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»  expériences  parallèles  sur  deux  masses  lout  à  fait  étrangères  à  la 
»  musique  soient  tentées,  l'une  sous  l'habile  direction  de  MM.  Pasde- 
»  loup  et  Bazin,  directeurs  de  l'Orphéon,  ou  de  toute  autre  personne 
»  qu'il  plaira  aux  signataires  de  la  brochure  de  désigner,  l'aulre  sous 
»  la  direction  de  M.  Chevé.  Ces  trois  expériences  faites,  on  saura  dé- 
»  finitivement  à  quoi  s'en  tenir,  et,  une  fois  édifié,  on  cessera  de  part 
»  et  d'autre  une  polémique  inutile  et  indigne  de  l'art.  » 

»  J'ignore  ce  que  les  vingt-trois  signataires  de  la  brochure  pensent  de 
cette  proposition,  mais  je  ne  puis  m'empêcher  de  remarquer  avec 
quelle  courtoisie  elle  leur  est  présentée  :  MM.  Aimé  Paris  et  Emile 
Chevé  ne  les  avaient  pas  accoutumés  à  cette  politesse  de  ton,  à  cette 
convenance  de  langage,  et  quoi  qu'il  advienne,  l'intervention  de  la 
commission  de  patronage  leur  aura  beaucoup  profité.  Ce  que  je  re- 
marque encore,  c'est  que  les  membres  de  cette  commission  jugeant 
leurs  adversaires  d'après  eux-mêmes,  et  ne  doutant  ni  de  leur  inté- 
grité, ni  de  leur  bonne  foi,  ne  se  préoccupent  nullement  de  l'équilibre 
des  partis  dans  la  composition  du  tribunal:  dix-sept  juges,  partisans 
du  chiffre,  consentent  à  siéger  à  côté  de  vingt-trois  autres,  connus 
pour  être  ses  ennemis!  A  coup  sûr  on  ne  pouvait  montrer  une  confiance 
plus  noble  et  plus  chevaleresque.  Nous  doutons  cependant  que  le  déû 
soit  accepté.  Nous  n'hésitons  pas  toutefois  à  en  croire  la  proposition 
sérieuse,  et  alors  nous  nous  demandons  si  un  pareil  concours  est 
praticable  et  s'il  peut  avoir  quelques  résultats.  Nous  comprendrions  à 
la  rigueur,  malgré  les  difficultés  sans  nombre  dont  il  serait  entouré, 
qu'un  concours  fût  ouvert  entre  des  méthodes  conduisant  au  même 
but  et  satisfaisant  aux  conditions  d'un  même  programme,  mais  telle 
n'est  pas  la  situation.  Nous  sommes  en  présence  de  deux  méthodes, 
dont  l'une,  consacrée  par  le  temps,  conduit  à  la  connaissance  de  cette 
langue  musicale  qui  est  le  véritable,  le  seul  idiome  universel  des 
peuples  civilisés  (on  nous  accordera  que  cette  universalité  est  déjà  une 
légère  présomption  en  faveur  de  son  excellence),  et  dont  l'autre,  née 
d'hier,  ne  mène  qu'à  l'intelligence  d'un  dialecte  d'un  emploi  et  d'un 
usage  infiniment  restreints.  La  langue  musicale  a  son  alphabet,  ses 
caractères  propres,  et  possède  l'avantage  de  parler  à  l'intelligence  en 
même  temps  qu'elle  se  dessine  aux  yeux;  le  dialecte  n'a  pour  écriture 
que  des  signes  empruntés  à  une  autre  langue,  détournés  de  leur  fonc- 
tion naturelle,  ne  s'adressant  qu'à  l'esprit,  difficiles  à  saisir  par  le 
regard  dans  leurs  indispensables  modifications.  La  langue  musicale 
ouvre  l'accès  à  lout  ce  que  la  musique  a  enfanté  de  grand  et  de  beau 
dans  ce  monde,  permet  à  celui  qui  la  possède  de  se  livrer  à  l'étude  des 
instruments,  et  d'arriver  jusqu'à  celle  des  partitions  religieuses  ou 
profanes  de  nos  grands  maîtres.  Le  dialecte  s'en  tient  à  la  transcrip- 
tion de  quelques  mélodies  bien  simples,  et  s'arrête  devant  la  musique 
instrumentale  ;  la  partition  lui  est  également  interdite,  non  qu'il  soit 
impossible  d'en  écrire  une  avec  des  chiffres,  mais  il  est  évident  que 
personne  ne  pourrait  la  lire. 

»  On  nous  dit  qu'avec  la  notation  chiffrée,  que  nous  condamnons, 
avec  ce  dialecte,  qui  nous  paraît  si  pauvre,  la  musique  est  enseignée 
plus  vite  qu'elle  ne  saurait  l'être  avec  la  notation  ordinaire.  Nous 
savons  que  par  une  stratégie  habile,  par  des  manœuvres  ingénieuses 
et  par  un  certain  art  de  mise  en  scène  dont  nous  sommes  loin  de 
nier  le  mérite,  M.  Chevé  est  parvenu  à  faire  croire  en  certains  lieux 
qu'il  enseigne  la  musique  plus  rapidement  que  personne  ;  mais  quelle 
musique?  La  sienne  et  non  pas  la  nôtre.  J'ai  vu  des  gens  du  monde 
qui  sortaient  de  ses  cours  tout  émerveillés,  et  persuadés  que  les 
ouvriers  passant  dans  la  rue  n'avaient  qu'à  entrer  dans  l'amphithéâtre 
où  M.  Chevé  préside,  regarder  ses  chiffres  et  se  mettre  à  chanter 
aussitôt.  Les  chiffres  n'ont  pas  celte  vertu,  ni  M.  Chevé  cette  puis- 
sance. Le  rapport  de  1850  l'a  dit  avec  une  parfaite  justesse;  la  dif- 
ficulté réelle  pour  les  commençants,  c'est  d'unir  l'idée  de  l'intonation 
au  signe  qui  la  représente.  «  Que  ce  signe  soit  un  chiffre  ou  une 
»  note,  la  difficulté  reste  la  même.  »  L'argument  favori  des  novateurs 
(et  Dieu  seul  en  sait  le  nombre),  qui  prétendent  remplacer  les  notes 


de  la  gamme  par  les  chiffres  de  l'arithmétique  ou  les  lettres  de  l'al- 
phabet, consiste  à  dire  que  les  chiffres  et  les  lettres  étant  déjà  connus, 
les  élèves  n'ont  pas  besoin  d'apprendre  de  nouveaux  signes,  ce  qui 
est  pour  eux  une  grande  économie  de  temps.  Ceci  est  une  erreur, 
car  si  l'on  attribue  à  des  signes  connus  un  sens  et  une  valeur  qui  ne 
leur  appartiennent  pas,  on  en  fait  en  réalité  des  signes  nouveaux 
pour  le  nouvel  office  qu'on  leur  confie.  Et  d'ailleurs  faut-il  donc  un 
temps  si  long  pour  se  familiariser  avec  le  nom,  la  figure  et  la  position 
des  notes  de  la  gamme?  Deux  jours,  trois  jours,  mettons-en  huit, 
suffisent  pour  y  réussir,  même  aux  élèves  les  plus  tardifs.  Il  ne  nous 
paraît  pas  démontré  qu'il  en  faille  moins  pour  apprendre  le  sens  par- 
ticulier que  M.  Chevé  prête  à  ses  chiffres. 

»  Il  en  est  de  même  des  autres  éléments  de  l'enseignement  musical 
primaire.  Ces  éléments  sont  tellement  simples  qu'il  n'est  pas  possible 
d'économiser  sur  la  durée  de  l'apprentissage.  Aussi  parcourez,  non 
pas  les  classes  du  Conservatoire,  puisqu'on  le  met  hors  de  cause, 
mais  les  classes  de  l'Orphéon  et  jusqu'aux  salles  d'asile,  vous  y  ver- 
rez de  petits  enfants  lire  et  chanter  la  musique  de  tout  le  monde  aussi 
bien,  mieux  peut-être  que  les  élèves  de  M.  Chevé  ne  lisent  et  ne 
chantent  la  musique  destinée  à  leur  usage  personnel.  Allons  plus  loin, 
admettons  que,  sur  une  épreuve  de  trois  ou  quatre  mois,  la  notation 
chiffrée  devançât  la  notation  ordinaire  de  huit  ou  quinze  jours,  ce  ne 
serait  pas  encore  un  motif  suffisant  de  préférer  la  première  à  la  se- 
conde. En  entretenant  à  ses  frais  des  écoles  de  musique,  l'Etat  se 
propose  non-seulement  de  faire  chanter  des  chœurs  par  les  élèves, 
mais  de  les  initier  à  la  connaissance  d'un  art  qu'ils  pourront  cultiver 
ensuite  selon  leur  goût  et  leurs  facultés.  Voici,  à  nos  yeux,  le  double 
inconvénient  du  système  de  Galin-Pâris-Chevé  et  de  tous  les  réforma- 
teurs du  même  genre  :  ou  les  élèves  qui  étudient  d'après  leur  méthode 
en  resteront  là  et  par  conséquent  ne  sauront  jamais  rien  de  la  vraie 
musique,  de  ses  caractères,  de  ses  règles,  en  un  mot  de  tout  ce  qui 
en  fait  la  langue  universelle,  ou  bien  ces  élèves  voudront  aller  plus 
loin,  et  c'est  alors  qu'ils  auront  à  entreprendre  une  seconde  élude 
pour  laquelle  la  première  leur  sera  plutôt  un  embarras  qu'un  secours. 
Les  novateurs  soutiennent,  il  est  vrai,  le  contraire  et  affirment  qu'après 
avoir  passé  par  leur  école,  on  étudie  bien  plus  facilement  dans  la 
nôtre.  Les  hommes  de  i'art  ont  de  fortes  raisons  pour  n'en  rien  croire. 
Leur  vieille  expérience  leur  dit  qu'un  détour  allonge  toujours  le  che- 
min, quand  il  n'égare  pas  complètement  celui  qui  s'y  engage. 

»  Le  concours  que  l'on  propose  est  donc  inutile  et  sans  issue  :  entre 
les  deux  méthodes,  la  question  de  supériorité  ne  saurait  être  un 
instant  douteuse.  Les  partisans  de.  M.  Emile  Chevé  eux-mêmes  ne  pa- 
raissent pas  se  rendre  bien  compte  de  ce  qu'ils  voudraient  faire.  Ils 
ont  trop  d'esprit  et  de  sens  pour  songer  à  détruire  l'ancienne  nota- 
tion musicale,  ainsi  que  M.  Marie  se  flattait  d'abolir  l'ancienne  ortho- 
graphe :  ils  ne  travaillent,  disent-ils,  que  pour  le  peuple,  et  ils  ne 
voient  pas  que  ce  qu'ils  s'efforcent  d'obtenir  serait  essentiellement 
préjudiciable  à  ses  intérêts.  Désormais,  la  musique  serait  divisée  en 
deux  langues,  l'une  sacrée,  l'autre  démotique  ;  la  première  réservée 
aux  adeptes  et  inaccessible  aux  masses,  la  seconde  uniquement  faite 
pour  le  peuple.  De  cet  ordre  de  choses  si  opposé  aux  idées  du  siècle, 
il  résulterait  qu'un  de  ces  ouvriers  qui  n'aurait  appris  que  la  langue 
populaire  pourrait  passer  devant  une  page  de  musique  écrite  dans  la 
langue  sacrée  sans  se  douter  de  ce  qu'elle  signifie,  sans  être  capable 
d'en  déchiffrer  une  seule  phrase,  d'en  épeler  un  seul  mot  !  Aujour- 
d'hui, au  contraire,  l'enfant  élevé  dans  nos  écoles  communales  et 
autres  y  reçoit  un  enseignement  qui  le  met  à  l'égard  de  la  musique 
sur  un  pied  d'égalité  avec  ses  plus  riches  concitoyens.  De  quel  côté 
est  l'avantage? 

s  Plus  j'y  réfléchis,  et  moins  je  conçois  qu'on  veuille  changer  des 
écoles  de  musique  en  hippodromes  et  décerner  un  prix  de  course,  au 
lieu  d'un  prix  de  savoir.  C'est  bien  ici  vraiment  que  le  temps  ne  fait 
rien  à  l'affaire,  et  qu'il  faut  examiner  la  qualité  des  choses  que  l'on 


DE  PARIS. 


169 


enseigne  avant  de  mesurer  le  temps  qu'on  met  à  les  enseigner.  Quelle 
immense  risée  s'élèverait  de  tous  les  coins  de  l'Europe,  surtout  de 
l'Allemagne,  qui  a  renoncé  au  chiffre,  et  de  l'Italie,  qui  n'a  jamais 
voulu  en  entendre  parler,  si  l'on  nous  voyait  en  France  ouvrir  un 
concours  pour  décider  quelle  est  l'école  musicale  qui  ûle  le  plus  de 
nœuds  à  l'heure!  Et  ce  concours,  comment  l'instituer?  Comment  le 
régler?  Quels  sont  les  juges  qui  se  sentiraient  assez  forts,  assez  sûrs 
d'eux-mêmes,  de  leurs  lumières  et  de  leur  impartialité,  pour  pronon- 
souverainement,  ex  cathedra,  sur  le  mérite  relatif  de  l'exposition 
scientifique  que  chaque  école  serait  venue  faire  au  tableau  de  ses  prin- 
cipes et  de  ses  moyens  d'action'1.  Ce  n'est  rien  encore.  Comment  pro- 
céder au  pesage  et  au  mesurage  intellectuel  de  ces  deux  masses  tout 
à  fait  étrangères  à  la  musique  sur  lesquelles  deux  expériences  paral- 
lèles devraient  être  tentées  par  des  experts  à  ce  commis?  Je  sais 
bien  que  l'on  pèse  les  jockeys  sur  le  champ  des  courses  ;  mais  je  ne 
sache  pas  que  l'on  ait  encore  trouvé  le  moyen  d'évaluer  en  chiffres 
ronds  l'épaisseur  d'une  capacité,  l'étendue  d'une  ignorance?  Et  pour- 
tant, il  faudrait  que  tout  fût  parfaitement  égal  entre  les  concurrents  ! 
Sinon,  quelles  conséquences  certaines  pourrait-on  tirer  de  l'épreuve? 
Supposons  cependantque  toutes  cesdifficultés  n'aient  pas  empêché  le 
concours,  ni  enlevé  une  parcelle  d'autorité  et  de  force  à  son  arrêt 
définitif,  qui  se  flatterait  de  l'espoir  que  tout  serait  fini,  et  que  l'une 
des  écoles  n'aurait  plus  qu'à  céder  la  place  à  l'autre?  Est-ce  ainsi  que 
se  terminent  les  grands  débats  qui  agitent  le  monde?  Quand  deux 
armées  sont  en  présence,  évitent-elles  une  rencontre  en  se  livrant 
bataille  par  procuration?  Un  tournoi  dispense-t-il  d'une  guerre  ?  L'his- 
toire ne  cite  en  ce  genre  que  le  combat  des  Horaces  et  des  Curiaces  ; 
mais  en  France  le  fameux  combat  des  Trente  ne  servit  qu'à  illustrer  le 
nom  de  Beaumanoir  et  le  chêne  de  la  Mi-Voye.  La  guerre  n'en  reprit 
qu'avec  plus  de  fureur,  après  cette  lutte  de  héros,  comme  hélas  !  selon 
toute  probabilité,  la  querelle  des  notes  et  des  chiffres  recommence- 
rait après  le  concours. 

»  W1LHELM.  » 


NOUVELLES. 

*%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Lucie  de  Lammermoor  a  été  donnée 
lundi  dernier  pour  les  débuts  de  Michot  Le  jeune  ténor  y  remplissait 
le  rôle  d'Edgard,  et,  comme  on  devait  le  prévoir,  sa  voix  charmante  dans 
les  passages  qui  ne  demandent  qu'une  expression  douce  et  tendre,  laissait 
quelque  chose  à  désirer  dans  ceux  qui  exigent  de  la  vigueur. —  Pierre  de 
Médicis  a  été  joué  mercredi  et  vendredi. 

„,**  On  parle  d'avancer  autant  que  possible  la  représentation  de  Sémi- 
ramis  pour  le  début  des  sœurs  Marehisio  ;  ce  bruit  paraît  devoir  mériter 
confirmation.  Le  directeur  de  l'Opéra  est  trop  habile,  en  effet,  pour  in- 
terrompre ainsi  le  succès  de  l'opéra  du  prince  Poniatovvski,  qui,  bien 
loin  de  diminuer  à  l'arrivée  des  beaux  jours,  semble  vouloir  au  con- 
traire prendre  encore  de  plus  larges  proportions. 

„,%  Demain  lundi  aura  lieu  à  l'Opéra-Comique  la  première  représenta- 
tion de  Rita,  opéra  posthume  de  Donizetti. 

***  Nathan  a  succédé  à  Prilleux  dans  le  Roman  d'Elvire  et  ne  s'y 
montre  pas  moins  comique  que  son  prédécesseur.  L'opéra  d'Ambroise 
Thomas  attire  toujours  beaucoup  de  monde  au  théâtre  de  l'Opéra-Co- 
mique qui  le  joue  ce  soir. 

»*»  Mlle  Augustine  Brohan  vient  de  terminer  un  opéra-comique,  in- 
titulé provisoirement  Speranza,  et  dont  M.  Victor  Massé  écrit  la  musique. 

**„  La  clôture  annuelle  du  théâtre  Italien  s'est  faite  lundi  dernier 
avec  un  éclat  extraordinaire.  Le  spectacle  se  composait  de  divers 
fragments  d'ouvrages  du  répertoire.  Tous  les  artistes  ont  eu  leur  ovation, 
leurs  bouquets  ou  leurs  couronnes.  La  recette  s'est  élevée  à  près  de 
20,000  fr.  S.  M.  l'Impératrice  honorait  la  représentation  de  sa  présence 
et  ne  s'est  retirée  qu'après  la  fin  du  spectacle. 

**„  Tamberlick  est  parti  pour  Madrid,  avec  la  basse  Manfredi  et 
M.  Bonetti,  chef  d'orchestre  du  théâtre  Italien.  Il  doit  y  donner  quinze 
ou  vingt  représentations. 

„%  M.  Calzado  a  renouvelé  pour  la  saison  prochaine  les  engagements 
de  MM.  Graziani,  Gardoni,  Zucchini,  Badiali  ;  de  M  mes  Alboni,  Penco  et 
Marie  Battu. 


„,*.,.  La  représentation  d'Orphée  aux  Enfers,  d'OfTenbach,  donnée  au 
théâtre  Italien,  a  produit  près  de  20,000  fr. 

„%  Hier  a  eu  lieu  au  théâtre  Lyrique  la  première  représentation  de 
Fidelio  ;  nous  en  rendrons  compte  dimanche. 

%**  Le  Sou  de  Lise,  opérette  dont  la  musique  a  été  composée  par  la 
comtesse  de  Grandval,  sera  représentée  demain  lundi  aux  Bouffes  pari- 
siens. 

***  Au  théâtre  Déjazet,  mardi  prochain,  représentation  de  l'opérette 
bouffe  Piunella,  de  F.  de  Flotow.  Cette  représentation  aura  lieu  au  béné- 
fice de  Mlle  Granier. 

„,*„,  Une  souscription,  dont  le  produit  est  destiné  à  faire  graver  la  par- 
tition du  Jugement  de  Dieu,  le  grand  opéra  d'Auguste  Morel,  vient  d'être 
ouverte  à  Marseille;  c'est  le  témoignage  le  plus  flatteur  et  le  mieux  mé- 
rité qui  pût  être  rendu  au  compositeur  par  ses  compatriotes.  La  sous- 
cription a  été  immédiatement  couverte  de  signatures. 

„.%  La  dernière  matinée  de  la  Société  des  concerts  a  eu  lieu  diman- 
che. Le  programme  était  magnifique  :  la  symphonie  en  ut  mineur,  le 
chœur  d'Euryanthe,  y  figuraient  à  côté  des  fragments  du  septuor,  joué 
par  tous  les  instruments  à  cordes,  et  de  l'ouverture  d'Oberon.  Ce  qu'il  y 
a  eu  toutefois  de  plus  remarquable,  c'est  la  manifestation  dont  Tilmant, 
l'excellent  chef,  a  été  l'objet,  à  son  entrée,  de  la  part  de  l'orchestre  et 
du  public.  Jamais  la  salle  n'avait  retenti  d'acclamations  plus  chaleureuses, 
jamais  ovation  plus  imprévue  n'avait  été  reçue  avec  plus  de  modestie 
et  d'émotion. 

,%  M.  Tilmant  vient  d'être,  à  une  immense  majorité,  nommé  chef 
d'orchestre  de  la  Société  des  concerts  ;  il  avait  dix  concurrents.  M.  Del- 
devez  a  été  choisi  pour  chef  d'orchestre  en  second. 

***  L'excellent  chanteur  qui  fut  dans  son  emploi  l'artiste  le  plus 
accompli  et  créa  tous  les  grands  rôles  du  répertoire  moderne,  Levasseur, 
donnera  un  concert  jeudi  prochain,  à  huit  heures  et  demie  du  soir  dans 
les  salons  Pleyel,  Wolff.  Ce  sera  une  bonne  occasion  d'entendre  encore 
cette  voix  puissante  qui  n'a  rien  perdu  de  sa  force,  et  d'apprécier  cette 
belle  et  large  métnode  dont  la  tradition  remonte  jusqu'à  Garât. 

*%  La  Presse  théâtrale,  d'après  quelques  journaux  italiens,  explique, 
par  quelques  vivacités  échangées  entre  Mario  et  le  chef  d'orchestre  du 
théâtre  de  Madrid,  l'événement  rapporté  par  VEptacordo  et  qui  aurait 
mis  en  péril  les  jours  du  célèbre  ténor.  M.  Mario  en  a  été  quitte  pour 
des  excuses  envers  le  chatouilleux  chef  d'orchestre  qui,  accompagné  de 
quelques-uns  de  ses  musiciens,  était  venu  lui  demander  des  expli- 
cations. 

„,%,  La  partition  pour  chant  et  piano  du  Roman  d'Eloire  vient  de 
paraître. 

„*„  Seligmann  est  de  retour  de  son  excursion  à  Nice  et  à  Marseille.  Le 
célèbre  violoncelliste  a  donné  vingt-deux  concerts  dans  cette  tournée 
artistique. 

***  Trois  artistes  des  plus  distingués,  MM.  Tolbecque,  violoncelliste, 
Lévêque,  violoniste,  et  Lobstein,  pianiste,  font  partie  du  congrès  musical 
de  l'Ouest,  qui  doit  se  réunir  à  Poitiers  la  semaine  prochaine. 

4*%  Le  6  mai  prochain,  la  statue  de  Mendelssohn  doit  être  inaugurée 
sur  la  terrasse  du  palais  de  Cristal  ;  pendant  la  solennité  on  exécutera 
son  oratorio  :  Elie. 

***  Il  n'est  bruit  dans  ce  moment,  à  Londres,  que  d'uue  nouvelle  troupe 
française  qui  réunit  tous  les  éléments  possibles  de  succès.  Le  directeur, 
M.Laurent,  s'est  attaché,  entre  autres  excellents  artistes,  Mme  Fauré, 
qui  a  obtenu  déjà  l'année  dernière  de  si  brillants  triomphes,  et  qui, 
nous  n'en  doutons  pas,  sera  accueillie  avec  la  même  faveur  par  les 
Anglais,  chez  lesquels  son  double  talent  de  chanteuse  et  de  comédienne 
a  laissé  les  plus  agréables  souvenirs. 

***  S.  M.  le  roi  des  Belges  vient,  par  lettre  du  2  de  ce  mois,  dans 
les  termes  les  plus  flatteurs,  d'accepter  la  dédicace  du  Concerto  pour  le 
piano  avec  accompagnement  de  quintette,  op.  41,  de  M.  Joseph  Franck,  de 
Liège,  qui  lui  a  valu  un  si  grand  et  légitime  succès,  et  le  rappel  à  son 
dernier  concert  du  8  mars  dernier. 

,*„  On  lit  dans  le  Messager  de  Nice  :  «  M.  Jules  Cohen,  professeur  au 
Conservatoire  impérial  de  musique  de  Paris,  vient  de  composer  une  can- 
tate niçoise  qu'il  a  dédiée  à  M.  le  sénateur  Piétri.  Cette  composition,  pour 
laquelle  le  nom  de  son  auteur,  nouvellement  et  déjà  avantageusement 
connu  dans  le  monde  musical,  est  une  garantie  de  mérite  et  de  succès, 
vient  d'être  mise  à  l'étude  et  sera  prochainement  exécutée  à  Nice.  » 

***  Le  dimanche  15  avril  â  eu  lieu  à  Belley  l'inauguration  du  grand 
orgue  de  la  cathédrale  construit  par  MM.  Aristide  Cavaillé-Coll  et  C,c. 
L'Orphéon  de  Bourg  a  prêté  son  concours  à  cette  intéressante  cérémo- 
nie en  chantant  d'une  manière  fort  satisfaisante  une  messe  composée 
et  accompagnée  sur  le  nouvel  instrument  par  M.  Dupart,  maître  de 
chapelle  de  la  cathédrale.  L'orgue  a  ensuite  été  touché  à  plusieurs  re- 
prises par  M.  Widor,  organiste  de  Saint- François  de  Lyon.  M.  Lefébure- 
Wély,  expert  nommé  par  le  gouvernement,  a  joué  l'offertoire,  et  sa  dé- 
licieuse improvisation  où  il  a  tiré  un  parti  très-heureux  des  Voix  hu- 
maines, a  charmé  la  foule  qui  encombrait  les  nefs  et  les  tribunes 
de  l'église.  Le  soir,  après  vêpres,  ces  trois  artistes  se  sont  de  nouveau 
fait  entendre,  et  ont  donné  une   idée  des  ressources  de   ce  bel  instru- 


170 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'illustre  facteur  qui   l'a  cons- 


ment,  qui  fait  le  plus  grand  honneur 
truit. 

***  Une  pensée  toute  artistique  se  réalise  par  les  soins  et  sous  la  di- 
rection de  son  auteur,  M.  de  Besnier,  compositeur  et  professeur  de 
musique.  Le  Mois  de  Marie  va  être  chanté  dans  les  paroisses  Saint-Tho- 
mas-d'Aquin  le  mardi  ;  Saint- Vincent  de-Paul  le  mercredi  ;  Saint-Ger- 
main-1'Auxerrois  le  vendredi  de  chaque  semaine  à  huit  heures  du  soir, 
par  une  réunion  d'artistes  lauréats  du  Conservatoire,  membres  de  la 
Société  des  concerts  et  de  la  chapelle  impériale,  auxquels  se  joignent 
des  dames  amateurs.  Ces  exécutions  musicales  ont  pour  but  de  diriger 
le  goût  vers  les  œuvres  religieuses,  classiques  et  modernes,  en  les  faisant 
interpréter  par  des  talents  éprouvés.  Nous  parlerons  des  exécutants  en 
rendant  compte  du  résultat  de  cette  initiative  à  laquelle  nous  applau- 
dissons, non  sans  féliciter  MM.  les  curés,  qui  l'encouragent  par  leur 
patronage. 

»%  C'est  aujourd'hui  dimanche,  6  mai,  que  l'association  des  auteurs 
et  compositeurs  dramatiques  tiendra  son  assemblée  générale  annuelle 
dans  les  salons  de  Lemardelay,  rue  Richelieu,  100.  La  commission  fera 
son  rapport  sur  les  travaux  de  l'année,  et  il  sera  procédé  ensuite  à  l'é- 
lection de  cinq  commissaires,  en  remplacement  de  MM,  Th.  Anne,  Mé- 
lesville,  Michel  Masson,  Ponsard  et  Rossini,  membres  sortants. 

„%  Les  amateurs  de  chansonnettes  comiques  en  auront  rarement 
chanté  de  plus  amusantes  que  celle  qui  est  dite  en  ce  moment  tous  les 
soirs  au  théâtre  des  Variétés  par  Blondelet  et  qui  a  pour  titre  la  Trian- 
gulation de  Paris,  les  paroles  et  la  musique  sont  de  Ferdinand  Gautier, 
et  cet  à-propos  comique  est  des  mieux  réussis.  —  La  bouffonne  chanson 
nègre  de  Bibi  Bambam,  dont  nous  parlions  dernièrement  et  que  toutes 
les  réunions  veulent  entendre  chanter  par  Berthelier,  vient  aussi  de  pa- 
raître ;  dire  que  les  paroles  sont  de  Bourget  et  la  musique  une  des  plus 
charmantes  inspirations  d'Offenbach,  c'est  tout  dire. 

***  La  vogue  tout  exceptionnelle  qu'a  obtenue  la  Prière  d'une  vierge,  de 
Mme  Badarzewska,  a  engagé  les  éditeurs  à  faire  arranger  à  quatre  mains 
ce  remarquable  morceau  de  piano  ;  il  vient  de  paraître. 

,*,  Son  Excellence  M.  le  ministre  d'Etat  et  de  la  maison  de  l'Empereur 
vient  de  faire  prendre  un  certain  nombre  d'exemplaires  de  l'Histoire  de 
la  Société  des  concerts  du  Conservatoire,  de  M.  Elwart,  pour  les  bibliothèques 
de  la  couronne. 

»%  L'assemblée  générale  annuelle  de  la  Société  des  auteurs,  composi- 
teurs et  éditeurs  de  musique  aura  lieu  le  dimanche  13  mai  courant,  à 
deux  heures  après  midi  très-précises,  chez  M.  Souffleto ,  facteur  de 
pianos,  rue  Montmartre,  161.  MM.  les  sociétaires  sont  instamment  priés 
d'assister  à  cette  réunion. 

***  Incessamment  doit  paraître  chez  l'éditeur  Girod  la  fameuse  valse 
pour  le  piano  de  Joseph  Wieniawski,  laquelle  a  eu  tant  de  succès  à  son 
dernier  concert,  et  qu'il  a  dû  répéter,  aux  applaudissements  enthou- 
siastes du  public.  C'est  une  bonne  fortune  pour  les  pianistes  que  l'ap- 
parition de  cette  belle  œuvre,  et  l'on  cite  déjà  des  artistes  telles  que 
Mme  Massart  et  Mme  Jung  qui  s'en  sont  emparées  et  la  jouent  avec  le 
même  succès  que  l'auteur. 

***  On  écrit  de  la  Nouvelle-Orléans  :  «  Le  théâtre  Italien  de  New- 
York,  sous  la  direction  de  MM.  Ullmann  et  Strakosch,  a  ouvert  la  saison 
avec  le  Barbier  de  Séville,  chanté  par  le  ténor  Brignoli,  Ferri,  Amo- 
dio,  Susini,  et  Mme  Adelina  Patti  dans  le  rôle  de  Rosine.  Le  théâtre  rival 
de  Winter-Garden,  dirigé  par  M.  Maretzeck,  a  ouvert  par  Lucia  di  Lam- 
mermoor.  —Mme  Colson  est  l'étoile  de  l'opéra  français  à  la  Nouvelle-Or- 
léans. L'imprésario  de  New-Opera-House,  M.  Boudousquié,  vient  de  la 
rengager  à  raison  de  3,500  dollars  pour  six  mois.  Elle  doit  chanter 
dans  cette  saison  :  l'Etoile  du  Nord,  la  Fille  du  régiment,  les  Amours  du 
Diable,  et  Si  j'étais  roi  I  qu'elle  a  créé  avec  tant  d'éclat  au  théâtre  Lyrique 
de  Paris.  » 

***  Une  foule  immense  s'était  portée  au  Casino  de  la  rue  Cadet  le 
samedi  30  avril,  jour  de  la  clôture.  Arban  qui,  par  son  triple  talent  de 
chef  d'orchestre,  de  compositeur  et  de  virtuose,  a  contribué  pour  une  si 
large  part  à  la  fabuleuse  prospérité  de  l'entreprise,  avait  composé  un 
de  ces  programmes  comme  lui  seul  sait  en  faire.  Les  bénéfices  de  la 
saison  qui  vient  de  finir  se  sont  élevés  à  100,000  fr.  :  c'est  d'un  bon 
augure  pour  la  saison  prochaine. 

_»%  L'ouverture  des  Concerts  de  Paris,  aux  Champs-Elysées,  a  eu  lieu 
hier  soir.  La  Schiller- M arch,  de  Meyerbeer,  y  a  été  exécutée  avec  un  im- 
mense succès. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

»**  Tours.  —  L'événement  de  la  soirée  de  mardi  24  avril  a  été  la  pre- 
mière représentation  de  la  Sérénade,  opérette  en  un  acte,  paroles  de 
M.  Donon,  mnsique  de  M.  Labit,  chef  de  musique  du  84°  de  ligne. 
La  musique  de  la  Sérénade  est  élégante,  gracieuse  et  distinguée. 
Elle  témoigne  des  bonnes  études  du  compositeur  et  d'un  goût  pur  joint 
à  une  grande  expérience  de  son  art  L'ouverture,  très- bien  traitée,  a  été 
chaleureusement  applaudie;  la  cavatine,  la  sérénade,  morceaux  bien  ins- 


pirés et  mélodieux,  un  joli  duo,  une  romance  et  le  finale  n'ont  pas  été 
moins  bien  accueillis.  Enfin  la  partition  de  la  Sérénade  fait  beaucoup 
d'honneur  à  M.  Labit,  et  elle  a  été  bien  interprétée  par  MM.  Beckers, 
Hervé  et  Mlle  Dumas. 

^%  Brest.  —  Joconde  vient  d'être  représenté  avec  beaucoup  de  succès. 
Mlle  Danhauser  s'y  est  montrée  fort  remarquable  dans  le  rôle  de  Jean- 
nette. La  jeune  artiste  s'est  fait  également  beaucoup  applaudir  dans  le 
Pardon  de  Ploërmel,  et  elle  étudie  le  rôle  de  Nancy  dans  Martha,  opéra 
de  Flotow,  qui  doit  être  représenté  prochainement. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„*„  Londres,  1"  mai. —  La  foule  se  porte  aux  représentations  d'adieu 
que  donne  Mlle  Piccolomini  au  théâtre  de  Sa  Majesté.  La  jeune  canta- 
trice s'est  montrée  le  jeudi  de  l'autre  semaine,  dans  un  opéra  nouveau, 
Almina,  dont  la  musique  est  l'œuvre  de  M.  Fabio  Campana,  qui  s'est  fait 
connaître  en  Angleterre  par  des  productions  vocales  d'un  genre  léger. 
En  Italie,  il  a  donné  un  ou  deux  opéras,  dont  nous  ne  savons  rien.  Le 
sujet  A' Almina,  qui  ne  brille  pas  par  la  nouveauté,  présente  quelques 
situations  dramatiques  dont  un  compositeur  plus  fort  que  M.  Campana 
eût  tiré  bon  parti  ;  mais  c'est  précisément  la  force  qui  lui  manque.  Il 
s'ensuit  que  la  musique  ne  répond  pas  toujours  aux  situations,  et  l'on 
peut  dire  aussi  qu'elle  ne  convient  pas  davantage  à  la  voix  de  Mlle  Pic- 
colomini, d'ailleurs  assez  bien  placée  dans  le  rôle  principal.  Dans  celui 
de  Biondello,  Giuglini  a  chanté  mieux  que  jamais,  et  Aldighieri  s'est 
acquitté  de  celui  de  Walter  avec  le  talent  qu'on  lui  connaît.  A  en  juger 
parles  bravos  et  les  rappels,  le  succès  <£  Almina  a  été  des  plus  brillants, 
M.  Campana  lui-même  à  dû  reparaître.  Lucrezia  Borgia  vient  d'être  re- 
prise. Mlle  Titjens  a  chanté  ce  rôle;  Mme  Borghi-Mamo  remplissait  pour 
la  première  fois  celui  d'Orsini  ;  elle  y  a  été  applaudie  avec  enthou- 
siasme. Mongini  chantait  celui  de  Gennaro ,  il  y  a  obtenu  également 
beaucoup  de  succès;  on  lui  a  fait  répéter  la  romance  de  don  Sébastien 
introduite  par  lui  dans  la  pièce;  on  a  bissé  également  le  terzetto  .:  Ah\ 
Madré  mia,  dans  lequel  il  avait  remarquablement  chanté.  —  Au  théâtre 
royal  Italien,  Mario  et  Mlle  Grisi  ont  fait  leur  rentrée  dans  la  Favo- 
rite. Faure  chantait  le  rôle  d'Alphonse,  et  on  lui  a  redemandé  la  ro- 
mance Pour  tant  d'amour.  Nul  autre  artiste  avant  lui,  n'avait  représanté 
le  roi  de  Castille  avec  plus  de  dignité  et  de  grâce.  —  La  reine  était 
attendue  hier  à  Covent-Garden.  S.  M.  a  fait  annoncer  qu'elle  irait  de- 
main, et  a  demandé  expressément  qu'on  changeât  le  spectacle  et  qu'on 
représentât  Dinorah. 

„,%  Bruxelles.  —  S.  A.  R.  et  I.  Mme  la  duchesse  de  Brabant,  l'archi- 
duc son  frère,  et  Mgr.  le  comte  de  Flandres  assistaient,  mardi,  à  la 
représentation  des  Dragons  de  Villars,  l'une  des  plus  belles  qu'on  ait  vues 
depuis  quelque  temps  au  grand  théâtre.  L'exécution  de  l'œuvre  de  Mail- 
lart  a  été  un  véritable  triomphe  pour  l'auteur,  pour  les  chanteurs  et  pour 
M.  Hanssens,  dont  les  services  si  distingués  méritaient  cette  éclatante 
récompense.  La  seconde  représentation  a  eu  lieu  vendredi,  en  pré- 
sence d'une  foule  énorme,  et  avec  un  succès  plus  grand  peut-être  qu'à 
la  première.  Il  y  a  eu  deux  rappels,  l'un  après  le  premier  acte  et  l'au- 
tre après  le  troisième.  Le  maestro,  M.  Kaillart,  a  assisté  à  cette  re- 
présentation, et  a  témoigné  aux  interprètes  de  son  œuvre  toute  la  satis- 
faction qu'il  éprouvait  de  voir  sa  musique  si  intelligemment  rendue. 
La  présence  de  Maillart  dans  la  salle  était  connue,  et  le  public  s'est  mon- 
tré désireux  de  lui  faire  une  ovation  ;  mais  il  a  cru  ne  pas  devoir 
l'accepter,  et  il  est  resté  sourd  aux  voix  nombreuses  qui,  après  le  baisser 
du  rideau,  ont  acclamé  l'auteur.  —  Dimanche,  la  troisième  représenta- 
tion n'avait  pas  attiré  moins  de  monde,  quoique  l'abonnement  fût  sus- 
pendu.—Le  théâtre  Italien  a  continué  ses  représentations  par  Ernani  et 
Don  Pasquale.  Ce  sont  deux  nouveaux  succès  à  enregistrer.et  il  en  sera 
de  même  de  tous  les  opéras  qui  seront  donnés  successivement  ;  le 
talent  hors  ligne  des  premiers  artistes  en  est  un  sûr  garant. 

**„  Leipzig.  —Le  Pardon  de  Ploërmel  en  est  à  la  quatrième  représen- 
tation; l'affluence  augmente,  et  Mme  Bûrde-Ney  continue  d'être  une  gra- 
cieuse Dinorah. — Le  pianiste  Rubinstein  et  Cari  Schuberth  sont  récem- 
ment arrivés  ici,  venant  de  Saint-Pétersbourg, 

t%  Brunswick.  —  Nous  avons  eu  une  magnifique  clôture  de  saison, 
grâce  à  l'éminent  pianiste  A.  Jaell,  qui  nous  a  fait  entendre  les  meilleurs 
morceaux  de  son  répertoire.— La  chapelle  grand-ducale  a  exécuté  avec 
beaucoup  de  précision  et  de  verve  l'ouverture  du  Roi  Lear,  par  Ber- 
lioz. 

„*„  Tienne. —  Après  une  interruption  de  quelques  jours  l'opéra  Italien 
a  donné  Iligoletto  :  Mines  de  Roissi  et  Tati,  MM.  Graziani  et  Varesi  ont 
chanté  les  principaux  rôles. — Au  bénéfice  de  son  fonds  de  pension,  l'or- 
chestre du  théâtre  de  l'Opéra  de  la  Cour  a  exécuté  les  chœurs  d'Athalie, 
musique  de  Mendelssohn,  et  le  Christ  au  jardin  des  Oliviers. 

t*t  U'eimar,  25  avril.  —  Un  nouvel  opéra,  de  M.  Edouard  Lassen, 
Frauenlub,  dont  le  poëme  est  de  M.  Pasqué,  et  qui  devait  être  joué  le  9 
pour  la  représentation-gala  donnéeà  l'occasionde  l'anniversaire  de  la  nais- 
sance de  S.  A.  la  grande-duchesse,  vient  d'être  représenté  au  théâtre 


DE  PARIS. 


171 


delà  Cour  avec  le  plus  brillant  succès.  M.  Edouard  Lassen,  d'origine 
belge,  ancien  élève  de  M.  Fétis,  n'en  est  pas  à  son  coup  d'essai;  il  avait 
déjà  fait  jouer  sur  notre  scène  un  opéra,  refusé  à  Bruxelles,  et  dont  le 
mérite,  mieux  apprécié  par  notre  public,  avait  valu  à  son  auteur  le  poste 
de  chef  d'orchestre  du  théâtre  de  la  Cour.  Son  nouvel  ouvrage  contient 
des  beautés  de  premier  ordre;  les  mélodies  y  abondent,  riches,  heureuses, 
et  particulièrement  originales;  l'instrumentation  dénote  la  science  pro- 
fonde du  musicien  et  se  lie  admirablement  .à  la  marche  du  .drame. 
Les  morceaux  nombreux  qui  ont  exoité  l'enthousiasme  du  public  -sont 
particulièrement  les  duos  de  baryton  et  de  basse,  de  baryton  et  de  so- 
prano, plusieurs  solos  de  ténor,  une  scène  d'évocation,  avec  une  magni- 
fique tempête  instrumentale,  deux  chœurs,  un  morceau  d'ensemble. 
L'interprétation  a  été  généralement  satisfaisante;  notre  prima  donna, 
Mme  Von  Milde,  s'est  particulièrement  distinguée  dans  un  rôle  relative- 
ment secondaire.  Quoique  toute  entrée  defaveureût  été  rigoureusement 
suspendue,  la  salle  était  comble;  le  grand-duc  et  la  grande-duchesse  sont 
restés  jusqu'à  la  chute  du  rideau,  et  le  public  captivé,  impressionné  par 
le  drame  et  la  musique,  oubliant  la  présence  du  souverain  et  les  exigen- 
ces de  l'étiquette,  n'a  cessé,  durant  toute  la  représentation,  de  manifester 
son  plaisir  et  son  émotion  par  de  chaleureuses  salves  d'applaudissements 
terminées  par  le  rappel  de  l'auteur,  acclamé  à  grands  cris  à  la  fin  de 
l'ouvrage.  La  partition  de  Frauenlob  nous  paraît  renfermer  tous  les  élé- 
ments d'un  succès  durable,  et  nous  ne  croyons  pas  nous  tromper  en  di- 
sant qu'elle  sera  jouée  sur  tous  les  théâtres  de  l'Allemagne. 

,j%  Wittemberg .  —  A  l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  mort  du  cé- 
lèbre théologien  Jielanchton  a  eu  lieu,  à  l'église  du  château,  avec  le  con- 
cours de  l'académie  de  chant  de  Berlin,  et  de  la  chapelle  de  la  cour  à 
Dessau,  un  concert  spirituel,  auquel  assistaient  le  prince  régent  et  le 
prince  Frédéric  Wilhelm  de  Prusse. 

***  Dusseldorf.  —  Le  festival  du  Bas-Rhin  aura  lieu  dans  notre  ville 
aux  fêtes  de  la  Pentecôte.  Première  journée:  symphonie,  de  Schumann; 
Samson,  de  Haendel  ;  deuxième  journée  :  Ver  sacrum,  de  Hiller  ;  fragments 
cVIphigénie  en  Tauride,  par  Gluck,  symphonie  de  Beethoven;  troisième 
journée  :  concert  dit  d'artistes  [Kunstler -Concert). 

„%  Wurzbourg.  —  Le  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha  vient  de  mettre  en 
musique  une  hymne  à  quatre  voix  pour  chœur  d'hommes,  avec  accom- 
pagnement d'orchestre;  Son  Altesse  a  dédié  cette  nouvelle  composition 
aux  réunions  de  chant  de  notre  ville. 

***  Carlsruhe.  —  Après  une  assez  longue  absence,  le  prophète  a  fait 
de  nouveau  son  apparition  au  théâtre  de  la  Cour  ;  la  salle  était  comble, 
et  retentissait  d'applaudissements  comme  aux  premières  représentations. 
Mme  Boni-Bartel  a  débuté  avec  succès  dans  le  rôle  de  Fidès. 

***  Copenhague.  —  Parmi  les  nombreuses  représentations  d'opéras  que 
nous  avons  eues  à  notre  théâtre,  nous  citerons  celle  de  Roméo  et  Juliette, 
où  Mlle  Lund  a  chanté  avec  un  grand  succès;  sa  voix  est  un  fort  beau 
contr'alto.  Dans  le  Matrimonio  segreto,  de  Ciunarosa,  M.  Zink  a  eu  l'oc- 
casion de  faire  applaudir  sa  belle  voix  de  ténor  et  son  excellente  méthode. 
—  A  l'un  des  concerts  du  Musik-Verein  se  sont  fait  entendre  deux  violo- 
nistes anglais,  les  frères  Holmes,  à  qui  l'on  a  fait  bon  accueil.  —  Le  nom 
de  Mozart  jouit  ici  d'une  telle  popularité  qu'il  est  donné  aux  enfants 
comme  nom  de  baptême,  exemple  :  Mozart  Petersen. 

t%  Saint-Pétersbourg,  2o  avril.  —  Un  service  de  bout  de  l'an  en  l'hon- 
neur de  l'artiste  que  pleure  encore  notre  théâtre  italien,  MmeBosio,  vient 
d'être  célébré  avec  une  certaine  solennité  à  l'église  arménienne.  Il  y 
avait  beaucoup  de  monde.  —  Un  grand  empressement  de  notre  public  di- 
lettante se  manifeste  pour  la  prochaine  saison  italienne,  et  le  réabon- 
nement se  fait  très-activement.  Le  directeur  des  théâtres  impériaux  est 
sur  son  départ  et  il  va  sans  doute  ajouter  quelques  étoiles  à  celles  que 
nous  avons  déjà.  Une  prima  donna  légère,  un  banjton  en  état  de  chanter 
les  rôles  bouffes,  une  basse  profonde,  qui  relègue  Marini  au  second  plan, 
sont  indispensables,  et  nous  ne  tarderons  pas  à  apprendre  qu'il  y  a  été 
pourvu.  Il  a  été  beaucoup  question  de  l'engagement  de  Mme  Miolan- 
Carvalho;  mais  nous  avons  des  raisons  de  croire  qu'il  n'y   a  eu  encore 


aucun  pourparler  sérieux  avec  elle.  Le  succès  qu'elle  obtient  à  Londres 
et  qui  surpasse  beaucoup  celui  de  ses  débuts  de  l'an  dernier,  rendrait 
ce  choix  très-précieux,  et  certainement  il  serait  bien  accueilli.  En 
attendant,  l'Opéra  de  Moscou  a  fait  une  descente  à  Saint-Pétersbourg; 
les  deux  principaux  chanteurs,  Mme  Semenoflfet  Wadislavieff  sont  arrivés,' 
et  nous  aurons  d'abord  le  Freischutz  et  Guillaume  Tell  ;  après  quoi  l'on 
nous  annonce  un  opéra  nouveau  dont  le  poème  (le  Prisonnier  du  Cau- 
case) est  emprunté  à  Pouschkine,  et  dont  un  officier  de  la  garde, 
M.  Quew,  a  écrit  la  musique.— Après  beaucoup  de  résistances,  dont  elle  à 
triomphé,  Mlle  Bogdanoff  va  reparaître  sur  notre  grand  théâtre  ;  la  cé- 
lèbre ballerine  va  rentrer  par  Giselle.— L'une  des  îles  pittoresques  qui  en- 
vironnent notre  capitale,  la  Novaïa-Derevnia  (le  village  neuf) ,  la  plus 
fréquentée  pendant  l'été,  par  les  négociants  surtout,  va  s'enrichir  d'un 
établissement  musical  destiné  à  y  donner  encore  plus  d'attrait.  Un 
de  nos  jeunes  et  habiles  compositeurs,  M.  Emmanuel  Bach,  a  réuni  un 
orchestre  de  cinquante  musiciens,  qui  y  fera  entendre  chaque  jour  les 
œuvres  des  grands  maîtres.  Une  troupe  de  bohémiens  russes  y  ajoutera 
le  concours  de  ses  chants  nationaux,  et  on  prétend  même  qu'une  com- 
pagnie de  chanteurs  français,  engagée  exprès  et  recrutée  en  bon 
lieu,  s'y  ferait  entendre  pour  la  première  fois. 


le  Directeur  :  S .  DtJFOUR . 


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Directeur  du  Conservatoire  royal  de  musique  de  Bruxelles. 

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a  l'exposition   universelle  de  paris  1855. 

Facteur    du    Conservatoire    et   «Se 
1* Académie  impériale  <le  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

A.  BDTTNER, 

Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


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172 


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Fa-rarser  (R.).  Op.  11.  Vanda,  varsovienne..  7 

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Op.  13.  Souvenir  de  Beethoven 7 

Op.   14.  En  Chasse,  fantaisie 7 

Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon 6 

Op.  11.  Première  grande  valse 6 

'  Deuxième  grande  valse 7 

Deuxième  mazurka 6 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,  étude  „ 

de  concert 9 

—  Op.   20.  Rondo-polka 7 

Op.  21.  Sicilienne 9 

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tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe    2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  Œuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 

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LeN  Airs  de  Cbant  détaebés. 


ALPHONSE    SAX      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement. 

Instruments  Saxomnitonique».  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

u  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est-partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 
Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


SI» 


îfacture     de 


MÂlbOfa     H.     lillKZ     pianos,  (S,  me  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  soui 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u 
nanimité  des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concou: 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  ■ 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


Librairie  de  t'astel, 

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DE    LA 

SOCIÉTÉ  DES  CONCERTS 

DU 

CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE 

PAR 

ELWART 

Professeur  au  Conservatoire. 
Un   volume    de    400    pages 
Avec  dessins,  musique,  plan  de  la  salle  et   de   l'or- 
chestre  du    Conservatoire ,   et   deux  portraits 
d'Habeneck  et  de  Beethoven. 
Prix  :  3  fr.  50. 
Expédition  franco  contre  le  montant  en  timbres-poste. 


Cfllï!1!  TTA  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or,  Ex- 
ijUIIILjuIU  position  1S49;  Médaille  de  1"  classe 
Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pianos  pour 
l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expo- 
sitions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de  ses 
pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est  jus- 
tement établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau 
modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format, 
extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rap- 
port de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  sou.  Magasin, 
rue  Alonlmartre,  161. 


S"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  U  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

!"  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1S44. 


IANOFACTDRE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  ROIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


i"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LU    COURONNE    0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Fadeur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT  ■ GEORGES,    50 


Grande  uiéilnille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

SenJe  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (fiSSS)    -  Seule  grande  médaille 

(C'ouncff  JfSetlfsi)  à  l'Exposition  universelle  de   Londres  (1S»1). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR  des   familles  des 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  COMTRK-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois). 


SAX-TUBAS. 
SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TllOMBONËS-SAX. 


SAXO-TROMBAS. 
SAXHORNS. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres; 

invention  brevetée  en  iS.dî». 
Tous  les  instruments  a  pistons   avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  Bf*at». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  ïS5*î. 


Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons.  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


IX    1-:T   C,   HUE   BERGÈBF.   30. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  I 

Bans  les  Départements  et  à  l'Étranger ,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  20. 


REVUE 


13  Mai  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT  s 

Paris 24(r  pnrao 

Départements,  Belgique  et  Suisse...      30  «       id. 

Étranger 34»       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  leSiOIL 


^AAAAAAAA/w/v— 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  :  Mita  ou  le  Mari  battu, 
opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  M.  Gustave  Vaez,  musique  posthume  cle 
Donizetti,  par  D.  A.  D.  Saint-Yves.  —Théâtre  Lyrique  :  Fidelio,  opéra 
en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Jules  Barbier  et  Michel  Carré,  musique  de  Bee- 
thoven, par  Iiî-on  Durocher.  —  Théâtre  des  Bouffes-Parisiens  :  le  Sou  de 
Use,  opérette  en  un  acte,  de  MM.  de  Saint- Yves  et  Zacconne,  musique  de 
Mme  Caroline  Blangy.  —  Théâtre  Déjazet  :  Pianella,  opérette-bouffe  en  un  acte, 
paroles  de  MM.  Octave  Féré  et  Saint-Yves,  musique  de  M.  de  Flotow,  par 
Adolphe  Botte.  —  Fondation  Beaulieu,  concert  donné  le  1er  mai  dans  la 
salle  Herz.  —  Auditions  musicales. —  Concert  Musard.  —  Le  Trésor  du  pianiste, 
par  Fétis  père.—  Revue  des  théâtres,  par  ».  A.  D.  Saint-Yves.  — 
Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA-COMIQUE. 

RITA  OU  I.B  11ARI  BATTU, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  M.  Gustave  Vaez,  musique 
posthume  de  Donizetti. 

(Première  représentation  le  7  mai  1860.) 

Il  y  a  treize  ans  que  Donizetti  est  allé  mourir  à  Bergarae,  sa  pa- 
trie, et  c'est  aujourd'hui  seulement  que  l'on  se  décide  à  représenter 
son  dernier  opéra.  Cette  longue  hésitation  était,  il  faut  l'avouer,  de 
nature  à  faire  naître  des  doutes  sur  l'authenticité  de  l'œuvre  du  maes- 
tro. Mais  la  Revue  et  Gazette  des  théâtres,  prenant  en  main  la  dé- 
fense de  cette  partition  posthume,  a  expliqué  d'une  manière  si  plausi- 
ble les  retards  successifs  que  lui  ont  fait  forcément  subir  les  direc- 
tions Crosnier,  Basset  et  Perrin,  qu'il  serait  malséant  de  n'y  pas  croire. 
D'ailleurs  un  jury  honorable  s'est  prononcé  affirmativement  sur  la 
question  ainsi  posée  :  «  La  partition  de  Rita  est-elle  authentique, 
écrite  entièrement  de  la  main  de  Donizetti,  inédite,  vierge,  complète- 
ment orchestrée,  toute  prête,  en  un  mot,  à  être  livrée  à  la  copie  et 
mise  à  l'étude  ?  »  Au  bas  de  cette  déclaration  figurent  les  noms  de 
MM.  Duprez,  Leborne,  Dietsch,  Vauthrot  et  Robin,  qui  ont,  en  outre, 
reconnu  que  la  musique  de  Donizetti  avait  été  composée  après  les 
paroles  et  exprès  pour  la  pièce  française. 

Le  sujet,  traité  dans  le  genre  bouffe,  est  amusant,  quoiqu'il  repose 
sur  une  situation  déjà  connue  au  théâtre  et  qui  tourne  trop  dans  le 
même  cercle. 

Une  hôtelière  vive  et  accorte,  Rita,  a  été  mariée  une  première 
fois  à  un  mauvais  drôle  de  matelot  marseillais,  qui   dès  le  début  et 


pour  dessert  de  son  repas  de  noce,  l'a  battue  et  s'est  enfui  en  la 
plantant  là.  Quelque  temps  après  le  bruit  s'est  répandu  que  Gasparo 
avait  péri  dans  un  naufrage,  et  Rita,  devenue  veuve  sans  avoir  pu 
apprécier  les  douceurs  du  mariage,  recommence  l'épreuve,  mais  en 
se  promettant  bien  de  changer  les  rôles.  Gasparo  la  battait,  Peppe 
sera  battu,  et  comme  c'est  un  garçon  timide,  il  acceptera  avec  ré- 
signation cette  revanche  conjugale. 

Cependant  Gasparo  n'est  pas  mort  ;  bien  plus,  il  a  appris  au  Ca- 
nada que  sa  femme  a  péri  dans  un  incendie  qui  du  même  coup  a 
brûlé  le  village  où  il  l'a  épousée  et  jusqu'aux  registres  de  l'état  civil. 
Pour  s'assurer  de  la  réalité  du  fait,  il  repasse  l'Océan  et  vient  un  beau 
jour  tomber  au  milieu  du  nouveau  ménage.  Alors  s'engage  un  sin- 
gulier conflit  entre  les  deux  maris  de  Rita  :  c'est  à  qui  s'empressera  de 
la  céder  à  l'autre.  Ils  la  jouent  à  la  morra,  à  la  courte-paille.  C'est 
Gasparo  qui  perd,  c'est-à-dire  qui  est  condamné  à  reprendre  sa 
femme,  et  malheureusement  il  ne  peut  se  soustraire  à  cette  obligation 
par  la  raison  que  Rita  a  sauvé  de  l'incendie  le  double  de  son  acte  de 
mariage. 

Elle  hésite  toutefois  à  le  faire  valoir,  parce  qu'elle  se  rappelle  avec 
terreur  la  manière  dont  Gasparo  exerce  ses  droits.  Mais  le  rusé  Mar- 
seillais affirme  qu'un  coup  de  hache  d'abordage  a  détruit  pour  tou- 
jours la  force  de  son  bras  ;  Rita  s'humanise,  et  Gasparo  profite  de  ce 
retour  de  tendresse  pour  lui  arracher  son  contrat  de  mariage,  la  seule 
preuve  qui  existe  contre  lui. 

Maître  de  cette  preuve,  il  se  hâte  de  l'anéantir,  et  il  retourne  au 
Canada,  où  l'attend  une  superbe  indigène  qu'il  pourra  désormais 
épouser  sans  crainte  d'être  bigame.  Quant  à  Peppe,  il  demeure  défi- 
nitivement le  seul  et  unique  mari  de  Rita.  Mais  en  partant  Gasparo 
lui  a  enseigné  le  secret  de  ne  plus  être  battu  par  sa  femme.  Ce  secret 
est  bien  simple,  il  ne  s'agit  que  de  prendre  les  devants. 

Malgré  l'uniformité  des  moyens  employés  par  l'auteur,  cette  pièce, 
gaiement  et  spirituellement  écrite,  a  été  très-bien  accueillie,  et  le 
public  a  paru  prendre  un  grand  plaisir  à  ce  genre  de  comique  inspiré 
du  Médecin  malgré  lui. 

Quant  au  succès  de  la  partition,  il  n'a  pas  été  un  instant  douteux. 
Même  pour  les  incrédules,  s'il  en  reste  après  la  déclaration  du  jury 
chargé  de  décider  la  question  d'authenticité,  la  musique  de  Rita  n'est 
pas  indigne  du  compositeur  qui  a  fait  Don  Pasquale  et  YElisire  d'a- 
more.  On  y  retrouve  l'abondance  et  la  fraîcheur  des  mélodies,  l'élé- 
gance et  l'habileté  de  la  facture,  l'esprit  et  la  gaieté  du  style,  la  cou- 
leur italienne  surtout,  dont  les  ouvrages  les  plus  populaires  de  Donizetti 
portent  le  cachet. 

Il  n'y  a  pas  d'ouverture  à  Rita;  une  courte   introduction  précède 


17/, 


REVUE  ET  GAZE1 


MUSICALE 


le  lever  du  rideau  el  sert  de  préface  à  un  air  fort  gracieux  chanté  par 
Rita  sur  ce  thème  : 

Mon  ménage  et  l'auberge, 

Tout  prospère  à  souhait. 
Le  duo  :  Cest  elle...  je  frémis!  qui  vient  ensuite  est  d'un  dessin 
charmant  tant  à  l'orchestre  que  sur  la  scène.  La  première  partie, 
douce  et  caressante,  forme  le  plus  piquant  contraste  avec  l'explosion 
Cnale  : 

Va  !  grand  inutile, 
Eélître,  vaurien... 

Ce  morceau  est  écrit  de  main  de  maître  ;  l'effet  n'en  est  pas  con- 
testable. 

Les  couplets  de  Gasparo  :  Mon  ménage  pour  modèle,  ne  sont 
pas  aussi  heureux  ;  le  motif  n'en  est  ni  assez  ingénieux  ni  assez 
original.   , 

Il  y  a  d'excellentes  choses  dans  le  duo  du  jeu  de  la  morra,  où. 
les  instruments  ont  un  rôle  d'importance,  et  qui  se  termine  par  une 
opposition  fort  bien  rendue  entre  la  joie  de  Peppe,  le  perdant  et  la 
douleur  de  Gasparo,  le  gagnant. 

Rien  de  plus  alerte  et'en  même  temps  de  plus  distingué  comme 
mélodie  que  la  chanson  de  Peppe  :  Je  suis  joyeux  comme  un  pinson. 
Tous  les  ténors  de  salon  voudront  la  chanter,  et  elle  sera  très-certai- 
nement à  la  mode  l'hiver  prochain. 

Nous  signalerons  encore  certains  effets  du  duo  :  O  chère  âme  ! 
chère  femme  !  lesquels  résultent  de  l'hypocrite  comédie  jouée  par 
Gasparo  auprès  de  Rita.  Oh  !  j'enrage  !  dit-il  tout  bas  ;  puis  il  flatte 
sa  femme  et  l'appelle  sa  chérie.  La  coquine  !  ajoute-t-il  à  part  ;  tendre 
amie  !  reprend-il  tout  haut,  et  ainsi  de  suite.  On  conçoit  tout  ce  que 
ce  double  jeu  de  scène  prête  de  ressource  au  musicien. 

Le  dernier  morceau  (car  nous  ne  parlons  pas  de  la  reprise  du  motif 
de  l'air  :  Mon  ménage  pour  modelé)  est  un  trio  bouffe  très-réussi,  sur 
ces  paroles  :  Il  est  manchot  !  —  Je  suis  manchot  !  Nous  ne  saurions 
mieux  clore  notre  rapide  analyse  que  par  l'éloge  auquel  il  a  droit  sous 
tous  les  rapports. 

En  dépit  de  la  saison  qui  commence  à  se  prononcer,  nous  croyons 
fermement  h  l'influence  de  ce  petit  opéra  sur  la  recette.  Non-seule- 
ment il  est  monté  avec  soin,  et  il  a  pour  cadre  un  délicieux  décor 
d'auberge  éclairée  par  le  resplendissant  soleil  du  Midi,  mais  il  est  in- 
terprété d'une  façon  vraiment  remarquable. 

Il  ne  fallait  pas  moins  que  toute  la  finesse  et  toute  la  grâce  de 
Mme  Faure-Lefebvre  pour  donner  un  relief  suffisant  au  rôle  de  Rita, 
qui  est  loin  d'être  le  meilleur  de  la  pièce.  Elle  a  su  en  tirer  un  très- 
bon  parti  et  s'y  est  fait  applaudir  non  moins  comme  comédienne  que 
comme  chanteuse. 

Warot  et  Barielle,  le  faucheur  et  le  chasseur  du  Pardon,  représen- 
tent Peppe  et  Gasparo.  Depuis  qu'ils  sont  à  l'Opéra-Comique,  ces  deux 
artistes  n'avaient  pas  eu  encore  de  création  d'une  telle  valeur.  L'un  et 
l'autre  y  ont  fait  preuve  d'intelligence  et  de  talent. 

Cette  fois,  du  moins,  le  rappel  de  tradition  n'a  été  que  justice. 
D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


THEATRE  LYRIQUE. 

FIDELIO, 

Opéra  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Jules  Barbier  et  Michel  Carré, 
musique  de  Beethoven. 

(Première  représentation  le  5  mai  1860.) 

Fidelio  est  le  seul  ouvrage  dramatique  de  Beethoven.  Il  l'a  écrit 
en  1805;  il  avait  alors  trente-cinq  ans.  C'est  l'âge  où  l'homme  est 
arrivé  1i  tout  son  développement  physique  et  moral,  où  son  imagina- 


tion, aussi  active,  aussi  ardente,  aussi  féconde  qu'elle  le  fut  jamais, 
est  guidée,  réglée,  soutenue  par  la  réflexion  et  l'expérience.  11  ne 
paraît  pas  cependant  que  Fidelio  ait  été  accueilli  par  les  Viennois  avec 
beaucoup  d'enthousiasme.  Un  critique  faisait  observer  l'autre  jour 
que  cette  œuvre  était  arrivée  dans  un  mauvais  moment;  que  la  re- 
présentation avait  été  suivie  de  près  par  la  capitulation  d'Ulm  el  la 
bataille  d'Austerlitz,  et  que  ces  deux  mimodraines  à  grand  spectacle 
et  à  grand  fracas  avaient  bien  pu  donner  quelques  distractions  aux 
fidèles  sujets  de  S.  M.  l'empereur  d'Autriche.  Soit!  Mais,  depuis,  les 
circonstances  ont  bien  changé  :  Fidelio  a-t-il  jamais  triomphé  comme 
l'Autriche  en  1814  ?  A-l  il  eu  le  succès  général  et  populaire  qu'avaient 
obtenu  auparavant  les  Noces  de  Figaro  ou  la  Flûte  enchantée,  et  qu'a 
obtenu  depuis  le  Freischùtz? 

Et  pourtant  Beethoven,  lorsqu'il  a  fait  cet  ouvrage,  n'était  pas  dans 
la  situation  difficile  d'un  compositeur  qui  débute  et  sur  lequel  le  public 
hésite  encore  à  se  prononcer.  Son  génie  n'était  plus  matière  à  dis- 
cussion. Il  était  universellement  reconnu  —  Haydn  avait  cessé  d'é- 
ciire  —  pour  le  plus  grand  des  compositeurs  de  l'Allemagne.  Toutes 
les  préventions  lui  étaient  favorables,  et  cette  masse  énorme  d'ama- 
teurs à  la  suite  —  servum  pecus,  —  qui  admirent  de  confiance  les 
réputations  établies,  s'étaient  préparés  d'avance  à  l'applaudir.  Fidelio 
néanmoins  a-t-il  eu  beaucoup  mieux  que  ce  qu'on  appelle  chez  nous 
un  succès  d'estime? 

Il  fut  joué  à  Paris,  en  1829,  par  une  excellente  troupe  allemande,  à 
la  tête  de  laquelle  figuraient  le  célèbre  ténor  Haitzinger  et  Mme  Schrœ- 
der-Devrient,  et  fit  une  très-grande  sensation.  Haitzinger  joignait  à  un 
très-remarquable  talent  de  chanteur  une  des  plus  étonnantes  voix 
qu'on  ait  jamais  entendues.  Mme  Schrœder  aussi  avait  une  voix  ma- 
gnifique, bien  qu'elle  s'en  servit  moins  habilement,  et  une  intelligence 
dramatique  du  premier  ordre.  Avec  elle  aucun  mot,  aucune  note  du 
rôle  de  Léonore  n'étaient  perdus.  Elle  savait  donner  de  l'intérêt  à  toutes 
les  scènes,  à  tous  les  détails  de  l'action.  Au  troisième  acte,  lorsqu'elle 
descendait  enfin  dans  le  cachot  de  son  mari,  lorsqu'elle  le  reconnais- 
sait couché  sur  la  paille  humide,  à  la  clarté  douteuse  et  vacillante  de 
sa- lanterne,  quand  elle  suivait  d'un  œil  inquiet  tous  les  mouvements 
du  traître  Pizarre,  — c'est  le  nom  qu'il  porte,  ce  nous  semble,  dans  la 
pièce  allemande,  —  quand  elle  se  jetait  entre  lui  et  Florestan,  un  pis- 
tolet à  la  main,  et  faisait  reculer  l'assassin  déconcerté  et  tremblant 
jusqu'à  l'extrémité  de  la  scène,  elle  avait  des  regards,  des  gestes,  des 
accents  d'une  merveilleuse  éloquence  ;  elle  tenait  sans  cesse  le  specta- 
teur en  haleine  et  lui  donnait  les  plus  vives  émotions.  Elle  faisait 
pleurer;  elle  faisait  frémir.  Fidelio  donc  obtint  à  cette  époque  un  beau 
triomphe.  Mais  ce  grand  effet  était-il  musical  ou  dramatique  ? 

L'effet  musical  était  dans  le  finale  qui  suit,  ou  peu  s'en  faut,  la 
scène  du  cachot,  dans  ce  chœur  en  ut  majeur,  dont  l'énergie,  la  ma- 
jesté, l'élan  et  la  puissante  sonorité  défieraient  toute  comparaison  si 
Beethoven  n'avait  pas  écrit  aussi  le  finale  de  la  symphonie  en  ut 
mineur. 

Fidelio  a  été  joué  depuis  au  théâtre  Italien  par  Mlle  Cruvelli,  qui 
faisait  beaucoup  de  frais  dans  le  rôle  de  Léonora,  et  se  donnait  beau- 
coup de  mouvement,  mais  avec  moins  de  talent  acquis,  moins  d'in- 
telligence, peut-être.  La  partition,  livrée  à  elle-même,  ne  put,  bien 
que  correctement  exécutée,  émouvoir  le  public,  et  n'intéressa  guère 
que  les  amateurs  de  contre-point.  Après  un  petit  nombre  de  repré- 
sentations, il  fallut  y  renoncer.  Il  est  fort  à  désirer,  dans  l'intérêt  du 
théâtre  Lyrique,  que  la  traduction  française  soit  plus  heureuse  que  la 
traduction  italienne. 

Un  fait  très-digne  de  remarque,  c'est  que  de  1805  à  1827,  c'est-à- 
dire  dans  le  long  espace  de  vingt-deux  années,  Beethoven  n'ait  plus 
tenté  une  seule  fois  cette  dangereuse  épreuve  de  la  scène.  Il  se  remit 
à  la  sonate,  au  trio,  au  quatuor,  à  la  symphonie,  à  la  musique  re- 
ligieuse ,  mais  il  n'écrivit  plus  d'opéra.  Croit-on  que  s'il  eût  été  con- 
tent de  ce  premier  pas,  il  se  fût  ainsi  arrêté  subitement  et  pour  tou- 


DE  PARIS. 


175 


jours?  Croit-on  qu'il  se  fût  dégoûté  de  ce  genre  s'il  y  eût  réelle- 
ment réussi?  11  avait  certainement  autant  qu'un  autre,  plus  qu'un 
autre  peut-être,  la  vigueur  de  caractère  et  la  persévérance  obstinée 
sans  laquelle  on  n'arrive  jamais  à  un  grand  talent.  Ce  qui  le 
prouve,  c'est  qu'il  modifia  plusieurs  morceaux  de  sa  partition  l'année 
suivante,  lorsqu'il  fut  question  de  la  reprendre  ;  c'est  qu'il  y  fit  suc- 
cessivement quatre  ouvertures.  Aurait-il  fait  la  seconde,  s'il  eût  été 
satisfait  de  la  première?  Un  artiste  de  second  ordre  peut  se  faire  illu- 
sion sur  la  valeur  de  ce  qu'il  a  produit;  mais  un  homme  tel  que 
Beethoven  est  au-dessus  de  l'amour-propre  d'auteur.  Le  premier  mo- 
ment passé,  il  s'examine  et  se  juge  plus  sévèrement  que  le  plus  mal- 
veillant critique,  parce  qu'il  se  compare  au  type  de  perfection  idéale 
qu'il  a  en  lui-même  et  que  le  critique  ne  connaît  pas. 

Si  donc  Beethoven,  après  Fidelio,  a  renoncé  à  écrire  pour  le  théâtre, 
tout  porte  à  croire  que  c'est  parce  que  son  génie  ne  se  senLait  pas  à 
l'aise  sur  ce  terrain-là,  comme  il  l'était  sur  celui  de  la  musique  pure- 
ment  instrumentale.  Il  s'y  était  pris  trop  tard,  apparemment,  et  n'avait 
plus  assez  de  souplesse  pour  s'assujettir  sans  dommage  aux  exigences, 
aux  restrictions  du  style  vocal.  Comparez-le  à  Mozart,  son  prédéces- 
seur. Il  l'égale  dans  la  musique  de  chambre  ;  il  le  surpasse  dans  la 
symphonie.  Mais  trouvez-vous  dans  Fidelio  l'équivalent  de  l'air  de 
Figaro  :  Non  più  andrai,  etc.,  des  deux  airs  de  la  comtesse,  de  l'air 
du  page  :  Voi  che  sapete,  du  petit  duo  de  Suzanne  avec  la  comtesse, 
du  duo  de  Suzanne  avec  le  comte,  du  finale  du  second  acte,  etc.,  etc.? 
Cet  homme,  qui  a  toujours  une  idée  mélodique  à  sa  disposition  quand 
il  écrit  pour  un  instrument,  semble  frappé  de  stérilité  dès  qu'il  écrit 
pour  des  voix.  L'étroitesse  de  leurs  limites  le  gêne  et  rend  ses  mouve- 
ments gauches,  roides,  contraints,  comme  seraient  ceux  d'un  danseur 
chaussé  trop  court.  On  dirait  que  la  parole  l'embarrasse  et  que  la  né- 
cessité d'ajuster  sa  pensée  à  la  période  poétique  le  met  au  supplice. 
Figurez-vous  un  aigle  enfermé  dans  une  cage  où  il  ne  peut  déployer 
ses  ailes.  Qu'arrive-t-il  le  plus  souvent  ?  qu'après  avoir  longtemps 
cherché  la  cantilène  qui  le  fuit,  il  se  rebute,  laisse  la  voix  de  côté  et 
se  jette  dans  l'orchestre.  Là  il  est  sur  son  terrain,  et  construit  à  sa 
fantaisie.  Un  sujet  instrumental  est  bientôt  trouvé  ;  il  s'en  empare,  le 
présente,  le  retourne  de  vingt  manières  différentes,  et  se  livre  au  travail 
d'imitations  le  plus  ingénieux  que  l'on  puisse  imaginer.  Mais  au  milieu 
de  ces  savantes  combinaisons,  la  voix,  enlacée,  garrotée,  est  réduite  à 
psalmodier  les  paroles.  Or,  ce  n'est  pas  là  le  rôle  qui  lui  convient 
et  que  les  lois  du  drame  lui  imposent.  La  voix  n'est  pas  seulement  un 
instrument,  c'est  un  personnage,  c'est  un  acteur.  C'est  elle  surtout 
que  le  spectateur  écoute,  parce  que  l'œil  attire  l'oreille,  que  l'esprit 
humain  est  borné,  et  qu'on  ne  saurait  donner  à  la  fois  une  attention 
égale  à  deux  objets  différents. 

Ces  observations  générales  pourtant  ne  s'appliquent  pas  à  tout.  Les 
couplets  en  si  bémol  du  geôlier  Rocco  ont  de  la  franchise,  de  la  ron- 
deur. La  romance  de  Marceline  est  une  noble  mélodie ,  trop  noble 
seulement  pour  la  petite  fille  en  jupons  courts  qui  la  chante  ;  elle  ne 
messiérait  pas  à  une  princesse,  et  nous  ne  voyons  rien  dans  le  rôle 
de  Léonore  qui  soit  d'un  style  plus  élevé.  Le  petit  quatuor  en  sol, 
où  l'auteur  a  adopté  la  forme  du  canon,  est  plus  intéressant  par  l'ar- 
rangement des  parties  concertantes  que  par  la  valeur  intrinsèque  du 
thème;  mais  en  revanche  le  cantabile  par  où  débule  l'air  du  prison- 
nier, au  troisième  acte,  est  un  chant  expressif,  douloureux,  pathéti- 
que et  parfaitement  adapté  à  la  situation.  Le  trio  qui  suit,  entre  ce 
même  prisonnier,  Rocco  et  Léonore ,  est  fort  mélodieux  aussi  :  on 
jurerait  que  Méhul  en  a  écrit  les  trois  parties  vocales  ;  mais  enfin  tout 
le  monde  reconnaîtra  que  le  grand  effet  musical  est  dans  le  chœur 
des  prisonniers  sortant  de  leurs  cachots,  et  dans  le  splendide  chœur 
final  dont  nous  avons  déjà  parlé,  à  quoi  il  faut  ajouter  certaines  ritour- 
nelles et  certains  accompagnements  où  l'on  reconnaît  à  chaque  me- 
sure l'auteur  à'Egmoni  et  des  symphonies.  La  scène,  entre  autres, 
où  Rocco,  aidé  de  Léonore,  ouvre  à  coups  de  pioche  la  citerne  du 


cachot  et  en  soulève  la  pierre,  est  décrite  par  l'orchestre  d'une  manière 
vraiment  saisissante  :  le  sourd  grondement  des  basses ,  les  accents 
plaintifs  de  Léonore ,  la  couleur  sombre  de  ce  morceau,  oppressent 
l'imagination  et  glacent  le  cœur. 

On  sait  que  cette  pièce  fut  dans  l'origine  un  opéra-comique  de 
Bouillyque  Gaveaux  mit  en  musique.  Nous  ne  voyons  pas  bien  claire- 
ment pourquoi  on  l'a  refaite.  MM.  Carré  et  Barbier  n'y  ont  ajouté 
aucune  situation  nouvelle.  Ils  n'ont  rien  changé  ni  à  la  marche  du 
drame  ni  aux  caractères.  Ils  ont  seulement  enrichi  le  dialogue  de 
quelques  détails  et  donné  d'autres  noms  aux  principaux  personnages. 
Florestan  est  devenu  sous  leur  main  le  duc  de  Milan,  Jean  Galéas 
Sforza,  et  Pizarre,  l'ambitieux  tuteur  de  ce  prince,  qui  dans  l'histoire 
a  pris  sa  couronne  après  l'avoir  empoisonné.  Léonore  s'est  métamor- 
phosée en  princesse  et  s'appelle  au  théâtre  Lyrique  Isabelle  d'Aragon. 
Le  ministre  qui  dans  l'ouvrage  original  vient  faire  le  dénouaient 
comme  le  dieu  de  la  tragédie  antique,  est  aujourd'hui  Charles  VIII, 
roi  de  France.  On  a  supposé  apparemment  que  les  infortunes  d'un 
prince  auraient  plus  d'intérêt  que  ceux  d'un  simple  particulier.  On  a 
voulu  surtout  motiver  un  beau  décor  et  de  riches  costumes.  Mais 
Ludovic  le  More,  pour  être  habillé  en  roi  de  carreau,  n'est  pas  plus 
terrible  que  n'était  autrefois  le  gouverneur,  ni  plus  odieux  :  il  est  seu- 
lement plus  ridicule.  Nous  aurions  préféré  qu'il  fût  vêtu  avec  moins 
de  luxe  et  qu'il  chantât  mieux.  Le  roi  Charles  VIII  a  un  très-beau 
manteau  et  un  pourpoint  chamarré  de  broderies.  Jean  Galéas  reparaît 
au  dénoûment  habillé  en  princ,  et  Isabelle  en  princesse.  Tout  cela 
nous  semble  un  peu  puéril.  On  ira  au  théâtre  Lyrique  pour  entendre 
la  musique  de  Beethoven,  et  non  pour  voir  quelques  mètres  de  soie  et 
de  velours.  Cette  substitution  de  personnages  historiques  à  des  héros 
imaginaires  a  eu  d'ailleurs  l'inconvénient  d'obliger  les  auteurs  à  se 
priver  du  pistolet  :  mais  le  pistolet  était  nécessaire.  Une  arme  à  feu 
est  redoutable  par  elle-même  ; 

Un  plomb  dans  un  tube  entassé  par  des  sots 

Peut  casser  d'un  seul  coup  la  tête  d'un  héros. 

mais  une  barre  de  fer  soulevée  par  une  femme  n'a  rien  de  bien 
effrayant,  et  si  Ludovic  s'arrête  devant  Isabelle,  au  lieu  de  la  désar- 
mer, c'est  évidemment  par  pure  complaisance,  et  pour  ne  pas  déran- 
ger le  dénoûment. 

Le  rôle  de  Fidelio  —  ou  d'Isabelle,  puisque  Isabelle  il  y  a, — 
n'offrait  à  Mme  Viardot  aucune  occasion  d'employer  ce  grand  talent 
de  cantatrice  qu'elle  a  déployé  dans  Orphée.  Elle  n'y  a  qu'un  air  à 
chanter,  et  cet  air  n'est  pas  heureux.  Sa  partie  dans  les  duos,  dans  les 
trios,  dans  le  quatuor,  ne  renferme  aucune  mélodie  saillante.  Ce  rôle, 
d'ailleurs,  est  généralement  trop  élevé  pour  sa  voix;  il  lui  impose  des 
efforts  pénibles  ;  il  l'oblige  maintes  fois  à  créer  au  lieu  de  chanter.  Un 
contralto  ne  se  fait  pas  soprano  sans  dommage,  quelles  que  soient  son 
audace  et  son  habileté.  Mme  Viardot  est  assurément  une  artiste  de 
premier  ordre  ;  mais  il  est  évident  pour  tous  ceux  qui  l'ont  entendue 
dans  Fidelio,  que  cette  nouvelle  création  n'ajoutera  rien  à  sa 
gloire. 

M.  Guardi  a  de  beaux  sons,  une  voix  éclatante  et  sympathique  : 
elle  serait  bien  plus  constamment  agréable  s'il  parvenait  à  la  raffermir 
et  à  faire  cesser  ce  tremblement  qui  trop  souvent  la  dépare.  Celle  de 
M.  Battaille,  qui  est  chargé  du  rôle  important  du  geôlier  Rocco,  ne 
laisse  rien  à  désirer  ;  mais  son  exécution  est  un  peu  terne,  ainsi  que 
son  jeu.  Mlle  Faivre  et  M.  Serènesont  évidemment  insuffisants  dans  les 
rôles  de  Marceline  et  de  Ludovic  le  More.  En  somme,  l'effet  de  la 
première  représentation  n'a  pas  complètement  répondu  à  l'attente  du 
public,  et  l'exécution  a  été  souvent  défectueuse  ;  mais  elle  s'améliorera 
par  degrés,  à  mesure  que  les  interprètes  se  familiariseront  avec  une 
œuvre  qui  a  dû  certainement  déranger  leurs  habitudes. 

Léon  DUROCHER. 


176 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


THÉÂTRE  DES  BOUFFES -PARISIENS. 

LE    SOU  [DE     LISE, 

Opérette  en  un  acte  de] MM.  Saint- Yves  et  Zacconne,  musique  de 
Mme  Caroline  Blangy. 

(Première  représentation,  7  mai  1860.) 

Le  Sou  de  Lise  n'a  rien  de  commun  avec  les  cinq  sous  du  Juif 
errant,  ce  capital  éternel,  qui  se  renouvelle  à  mesure  qu'il  s'épuise. 
Ce  n'est  pas  une  pièce  de  crédit:  bien  mieux  que  cela,  c'est  un  ora- 
cle, et  quelle  jeune  fille  n'a  pas  le  sien?  Celle-ci  consulte  l'oiseau  qui 
chante,  le  nuage  qui  passe,  celle-là  n'a  de  foi  que  dans  la  fleur 
qu'on  effeuille.  Lise  en  croit  son  sou  blanc,  qui  date  du  règne  de 
Louis  XVI  :  quand  la  face  dit  oui,  elle  se  décide,  mais  quand  la 
pile  dit  non,  elle  s'abstient.  Cependant  Lise  n'est  pas  tout  à  fait  aussi 
crédule  qu'on  pourrait  le  penser.  Héritière  de  sa  tante,  aimée  d'un 
cousin  qu'elle  n'aime  pas,  parce  qu'elle  ne  connaît  encore  bien  ni 
son  caractère,  ni  son  cœur,  elle  est  presque  résignée  à  épouser  un 
vieux  percepteur  des  contributions,  M.  Beaumesnil,  lorsque  survient 
André,  le  cousin  aux  manières  brusques,  au  ton  peu  galant.  Le 
testament  à  la  main ,  André  prouve  à  Lise  qu'il  hérite  comme 
elle,  et  qu'il  a  droit  à  la  moitié  de  tout  ce  que  contient  la  ferme,  y  com- 
pris la  table  et  le  lit.  Là-dessus,  grand  débat,  partage  du  manoir 
au  moyen  d'une  ligne  tracée  à  la  craie. 

Le  dialogue  du  cousin  et  de  la  cousine  n'est  troublé  que  par 
les  rares  interventions  du  percepteur,  qui  se  présente  tantôt  à  la 
porte,  tantôt  à  la  fenêtre,  sans  pouvoir  jamais  entrer.  Lise  n'en 
surprend  pas  moins  quelques  paroles  échappées  à  Beaumesnil  et  qui 
lui.  prouvent  qu'Andréa  rendu  naguères  un  grand  service  à  sa  tante. 
Lise  ne  voudrait  pas  être  ingrate,  de  même  qu'André  rougirait  de  se 
laisser  vaincre  en  générosité.  Lise  déchire  donc  le  testament  dont  André 
sauve  les  débris.  Lise  sent  déjà  que  l'amour  l'entraîne  vers  André, 
quand  elle  regarde  son  sou  blanc,  et  l'oracle  lui  dit  qu'elle  n'a 
rien  à  faire  de  mieux  que  de  devenir  sa  femme;  aussi,  plus  d'hésita- 
tion. Lise  et  André  se  marient;   Beaumesnil  reste  percepteur. 

Sur  ce  canevas  champêtre  et  gracieux,  brodé  de  prose  naturelle  et 
de  vers  élégants,  Mme  Caroline  lilangy  a  écrit  une  partition  où 
brillent  deux  qualités  qui  trop  souvent  ne  se  trouvent  pas  réunies,  la 
distinction  et  la  franchise.  L'ouverture  aux  teintes  villageoises  a  cepen- 
dant quelque  chose  de  musicalement  aristocratique;  on  jurerait  que 
la  main  de  l'auteur  s'est  exercée  à  des  œuvres  d'un  tout  autre  style, 
d'une  toute  autre  portée,  et  nous  avons  quelques  raisons  de  croire  que 
l'on  ne  se  tromperait  pas.  Les  couplets  de  Lise,  au  lever  du  rideau, 
la  chanson  bachique  d'André,  le  duo,  pendant  lequel  ils  se  rappro- 
chent pour  ne  plus  se  séparer,  sont  des  morceaux  d'une  touche 
excellente,  et  dont  le  répertoire  des  Bouffes-Parisiens  ne  peut  que 
s'honorer. 

Ajoutons  que  Mlle  Chabert  et  Marchand  remplissent  avec  un  vrai 
talent  les  deux  rôles  principaux.  Pour  être  le  plus  court,  celui  du 
percepteur  n'est  pas  le  moins  original.  Pendant  toute  la  pièce,  il  ne 
perçoit  que  des  choses  peu  flatteuses  :  à  chaque  mot  qu'il  prononce, 
on  lui  ferme  sur  le  nez  la  fenêtre  ou  la  porte,  et  le  pauvre  homme, 
sous  les  traits  de  Tautain,  soutient  le  choc  avec  un  flegme  très-plaisant. 
Triple  succès  d'auteurs,  de  compositeur  et  d'artistes. 


THÉÂTRE  DÉJÀZET. 

PIANELXA, 

Opérette-bouffe  en  un  acte,  paroles  de  MM.  Octave  Féré  et  Saint- 
Yves,  musique  de  M.  F.  de  Flotow. 

(Première  représentation  le  11  mai  1800.) 

J.-J.  Rousseau  parle  souvent,  notamment  dans  sa  lettre  sur  la  musi- 
que française,  du  vif  plaisir  que  lui  fit  éprouver  la  partition  de  la 
Serva  padrona,  qui  depuis,  traduite  en  français,  resta  longtemps  au 
répertoire  de  l'Opéra-Comique. 

Après  Pergolèse,  Paisiello  écrivit  aussi  une  Serva  padrona,  et  y 
montra  toute  la  facilité,  toute  la  fraîcheur  de  son  talent. 

A  son  tour,  M.  de  Flotow  s'est  emparé  de  ce  sujet  et  il  n'a  eu  qu'à 
s'en  louer;  car  il  y  a  retrouvé  une  gaieté  et  une  malice  spirituelle  qui 
se  perdent,  disent  les  plus  indulgents;  qui  sont  perdues,  disent  les 
plus  sévères. 

Le  genre  que  vient  de  traiter  l'auteur  de  VAme  en  peine,  de  Martha 
et  de  Slradella,  lui  a  fourni  l'occasion  de  montrer  une  vivacité  d'i- 
magination, une  force  de  comique  que  nous  ne  lui  connaissions  pas 
encore.  Dans  son  opérette,  il  a  su  être  plaisant  sans  être  commun  ; 
ses  rhythmes  galants  n'ont  rien  de  brutal,  et  ses  mélodies  les  moins 
recherchées  sont  relevées  par  une  distinction  de  style  qui  les  garde 
de  la  banalité  et  de  ces  espèces  do  bouffées  burlesques  qui,  en  musi- 
que, remplacent  trop  souvent  le  vrai  comique  par  des  éclats  de  grosse 
caisse,  de  triangle,  voire  même  de  chapeau  chinois,  plus  bruyant  que 
divertissant. 

Si  nous  ne  nous  trompons,  cette  petite  partition,  qui  nous  vient 
d'Allemagne,  où  elle  a  été  très-jouée  et  très-applaudie ,  va  prendre 
une  place  d'honneur  au  théâtre  Déjazet  et  au  répertoire  des  théâtres 
de  province.  Deux  auteurs  ayant  le  sentiment  de  la  scène,  MM.  Octave 
Féré  et  Saint-Yves,  ont  eu  l'heurruse  pensée  de  nous  la  faire  entendre, 
et  pour  cela  ils  ont  ressuscité,  dans  un  dialogue  rimé,  sans  préten- 
tion, mais  naturel  et  spirituel,  les  personnages  delà  comédie  italienne; 
ils  ont  brodé  sur  une  action  bien  connue  des  détails  d'une  bonne  et 
franche  gaieté.  Nous  ne  raconterons  pas  la  pièce.  A  quoi  bon?  Vous 
connaissez  de  reste  Pamphile,  Pianella  (Zerbine)  et  Scapin;  seule- 
ment Scapin,  c'est  Paul  Legrand,  personnage  muet  qui  arrive  à  des 
bouffonneries,  à  des  gestes,  à  des  mouvements  de  physionomie  qui 
firent  la  gloire  de  l'ancienne  comédie  italienne  et  qui  maintenant  sont 
encore  accueillis  avec  une  grande  faveur.  Paul  Legrand  a  une  façon 
de  mimer  la  mélodie,  d'en  suivre  les  rhythmes,  d'indiquer  ce  que  les 
chanteurs  font  ou  devraient  faire,  qui  non-seulement  est  réjouissante, 
mais  pleine  de  goût  et  finement  ironique. 

La  musique  de  Pianella  est  un  vrai  petit  joyau  musical. 
L'ouverture,  que  l'auteur  a  écrite  récemment  et  tout  exprès  pour 
Paris,  a  d'assez  grandes  proportions  :  c'est  une  vive  et  mélodieuse  ou- 
verture d'opéra-comique.  Délicatement  instrumentée,  abondante  en 
chants  naturels,  gracieux  et  entraînants,  elle  se  compose  d'un  mouve- 
ment de  marche,  d'une  ravissante  tarentelle,  d'un  délicieux  et  très- 
fin  allegretto  et  d'une  phrase  plus  large,  qui,  par  une  rentrée  très- 
ingénieuse  confiée  aux  instruments  à  vent,  ramène  le  motif  principal. 
Cette  page  résume  à  peu  près  ce  qu'il  y  a  de  plus  heureux  dans  la 
partition.  On  sent  tout  d'abord  qu'on  a  affaire  à  un  véritable  musicien. 
La  légèreté  n'y  nuit  pas  aux  qualités  plus  sérieuses;  elle  s'unit  à 
une  fermeté  peu  commune  et  on  devine  une  plume  accoutumée  à 
s'exercer  sur  de  plus  grands  sujets.  Dans  le  rôle  du  gérante  Pamphile 
nous  avons  remarqué  un  air  fort  bien  fait  qui  n'a  recours  à  aucun  de 
ces  motifs  où  le  gros  sel  de  la  mélodie  et  de  l'accompagnement  rem- 
place la  finesse  et  la  vivacité  de  la  pensée. 

Dans  celui  de  Pianella  il  y  a  un  boléro  dont  les  charmantes  et 
provoquantes  allures,  la  distinction,  les  bonnes  modulations,  les  fiori- 


SUPPLEMliM. 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS. 


177 


tures  délicieuses  ont  valu  à  Mlle  Géraldine  des  applaudissements  en- 
thousiastes. Deux  excellents  duos,  dignes  d'être  entendus  sur  de 
plus  grandes  scènes,  tiennent  le  premier  rang  dans  cet  ouvrage. 
Là,  c'est  à  qui,  du  baryton  ou  du  soprano,  dira  les  phrases  les  plus 
spirituelles,  les  plus  enjouées.  Un  souvenir  d'Orphée,  égaré  dans  l'un 
de  ces  deux  morceaux,  ou  plutôt  placé  à  dessein  pour  imiter  plus  sûre- 
ment l'accent  pathétique,  produit  un  effet  qui,  dans  le  vague  de  son 
expression,  permet  à  l'artiste  de  déployer  une  certaine  largeur  et  une 
certaine  élévation  de  style.  Citons  encore  les  jolies  et  brillantes  varia- 
tions qui  terminent  ce  petit  acte  ;  elles  permettront  aux  cantatrices 
de  montrer,  comme  dans  un  ouvrage  plus  important,  ce  que  leur  vo- 
calisation a  de  netteté,  d'élégance,  et  ce  que  leur  voix  a  d'étendue,  de 
flexibilité,  de  force  et  d'éclat. 

Mlle  Géraldine  a  du  naturel  ;  elle  chante  très-gentiment  et  s'occupe 
plus  de  son  rôle  et  des  mélodies  qui  lui  sont  confiées  que  de  ce  qui  se 
passe  aux  stalles  d'orchestre. 

Certes,  nous  ne  faisons  nullement  la  guerre  aux  beaux  yeux,  aux 
jupons  courts;  nous  n'avons  ni  cette  hardiesse  ni  cette  témérité,  bien 
au  contraire;  mais  puisque  l'occasion  se  présente,  disons  qu'il  serait  à 
désirer  que  les  jeunes  musiciens  ne  comptassent  pas  autant  qu'ils  le 
font  quelquefois  sur  d'aussi  puissants  auxiliaires,  et  qu'ils  missent 
dans  leurs  petites  opérettes,  comme  l'a  fait  M.  de  Flotow,  de  la  fraî- 
cheur, de  la  jeunesse,  de  l'esprit  et  de  la  grâce. 

Adolphe  BOTTE. 


FOPATIOI  BEAULIEU 

Concert  donné  le  I"  mai  dans  la  salle  SI    erx 

On  le  sait  déjà,  ce  concert  se  rattache  à  une  pensée,  à]  une 
intenLion  que  nous  approuvons  sans  réserve.  M.  Beaulieu,  de  Niort, 
l'un  des  plus  anciens  lauréats  de  Rome,  fondateur  de  l'association  mu- 
sicale de  l'Ouest,  et  correspondant  de  l'Institut,  a  conçu  le  projet  d'une 
ou  de  plusieurs  séances  annuelles  destinées  à  faire  entendre  des  com- 
positions classiques  empruntées  à  toutes  les  écoles,  à  mettre  en 
lumière  d'excellents  modèles,  à  révéler  des  trésors  inconnus.  Et  savez- 
vous  comment  ce  projet  s'est  formé  dans  son  esprit?  Il  le  raconte  lui- 
même,  dans  une  lettre  adressée  à  M.  Halévy,  secrétaire  perpétuel  de 
l'Académie  des  beaux-arts.  Possesseur  d'une  soixantaine  de  lettres 
originales  du  Poussin,  de  son  testament  et  de  nombreuses  notes  auto- 
graphes sur  les  missions  dont  le  grand  artiste  avait  été  chargé  pen- 
dant son  séjour  en  Italie  par  l'intendance  générale  des  beaux-arts  en 
France,  M.  Beaulieu  crut  devoir  céder  ces  précieuses  reliques  à  la 
Bibliothèque  impériale,  moyennant  un  prix  bien  au-dessous  de  leur 
valeur,  une  somme  de  5,000  fr.;  mais  ces  5,000  fr.,  il  ne  voulut  pas 
même  en  profiter  personnellement  ni  en  grossir  son  héritage.  Il  ré- 
solut d'en  faire  la  première  pierre  d'un  édifice  musical|qui  devra  lui 
survivre. 

«  Mes  revenus  ordinaires,  dit-il  dans  sa  lettre,  ne  me  permettant 
»  pas  de  donner  suite  de  mon  vivant  à  ma  pensée,  je  me  suis  décidé, 
»  non  sans  quelque  peine,  à  vendre  une  portion  du  bien  que  m'a  laissé 
»  mon  père,  et  au  moyen  du  capital  que  j'ai  retiré  de  cette  vente,  je 
»  puis,  dès  à  présent,  essayer,  étudier,  réaliser  même,  ai;  moins  en 
»  partie,  mon  projet...  Je  ferai  tous  les  frais  de  ces  séances,  et  le  pro- 
»  duit  se  partagera  en  deux  parts  égales,  dont  l'une  entrera  dans  la 
»  caisse  de  l'Association  des  artistes  musiciens,  et  l'autre  viendra 
»  s'ajouter  au  capital  que  je  destine  d,ès  aujourd'hui  à  continuer  après 
»  moi  mon  entreprise.  Ce  capital  est  de  100,000  fr.  De  mon  vivant, 
»  je  dois  nécessairement  prélever  sur  les  intérêts  de  cettejîsomme 
>»  l'équivalent  de  ce  que  j'ai  de  moins  en  revenu  territorial,  mais  le 
»  surplus  est,  je  crois, très-suffisant  pour  commencer...  »  En  effet, 


on  a  commencé:  le    premier  concert  a  eu  lieu,   et  maintenant  ces 
intéressantes  séances  se  suivront  d'année  en  année. 

Les  noms  de  Haendel,  de  Gluck,  de  Beethoven,  de  Mendelssohn, 
auxquels  se  joignaient  ceux  d'Orlando  Gibbon  et  de  Vittoria,  figu- 
raient sur  le  programme  de  la  soirée  d'inauguration  ;  des  fragments 
du  premier  acte  d'Alceste  et  de  la  seconde  partie  à' Elle  en  formaient 
les  éléments  principaux.  Beethoven  n'y  entrait  que  pour  un  petit  mor- 
ceau, andante  et  scherzo,  écrits  pour  deux  hautbois  et  cor  anglais, 
délicieusement  joué  par  MM.  Bruyant,  Garimond  et  Triébert. 
M.  Seghers  conduisait  l'orchestre,  et  M.  Marié  les  chœurs,  composés 
avec  un  soin  égal  d'artistes  d'élite,  ce  dont  l'exécution  instrumentale  et 
vocale  portait  l'évident  témoignage.  Comme  solistes,  il  y  avait 
Mme  Bochkoltz-Falconi,  MM.  Marié  et  Lyon.  La  cantatrice,  par  son  grand 
talent  de  musicienne  et  sa  rare  intelligence,  suppléait  à  ce  que  sa  voix 
et  sa  prononciation  laissaient  à  désirer  dans  un  rôle  comme  celui 
d'Alceste,  où  la  déclamation  a  besoin  d'être  si  pure.  Les  deux  chan- 
teurs étaient  parfaitement  placés,  l'un  dans  l'emploi  de  grand-prêtre, 
l'autre  dans  celui  de  prophète.  Il  est  certain  que  pour  des  concerts  d'un 
genre  rétrospectif  comme  celui  dont  nous  parlons,  le  choix  des  artistes 
est  une  affaire  délicate,  et  qu'on  aura  toujours  peine  à  en  trouver 
d'assez  instruits  pour  bien  interpréter  des  œuvres  qui  ne  sont  plus 
de  notre  temps.  Mais  laissons  faire  et  ne  doutons  de  rien.  Le  jour 
où  la  Société  des  concerts  a  fait  son  début,  qui  pouvait  prévoir  son 
avenir?  Le  programme  n'était  pas  extraordinaire  ;  la  recette  ne  s'é- 
leva pas  bien  haut  ;  aujourd'hui  nous  savons  le  rang  qu'elle  occupe, 
et  l'Europe  entière  le  sait  comme  nous.  D'ici  à  qnelques  années, 
nous  verrons  ce  que  sera  devenue  la  fondation  de  M.  Beaulieu. 


P.  S. 


AUDITIONS  MUSICALES. 

A.  flSIuiisonr.  —  Emile  Forgues.  —  Eiéon  Kreutzer.  — 
Mlle  «le  Wocher.  —  (G.  <9acol>i.  —  KrafzofF. 

En  nous  rendant'  au  concert  de  M.  A.  Mansour,  pianiste  égyp- 
tien ,  nous  espérions  quelque  chose  d'inaccoutumé  ;  nous  rêvions 
de  compositions  fortement  originales,  de  quelques  mélodies  écrites  en 
présence  des  vastes  solitudes  et  sous  l'influence  d'un  soleil  brûlant  ; 
nous  nous  attendions  à  une  espèce  d'invasion  de  notes  éblouissantes, 
échos  merveilleux  de  quelque  histoire  de  sérail;  enfin,  nous  pensions 
que  le  jeune  pianiste-compositeur  nous  apporterait  quelques  souvenirs 
de  son  pays.  Eh  bien  !  pas  du  tout  ;  ce  que  nous  avons  entendu  n'a 
rien  de  particulier:  aucune  saveur  étrangère,  rien  qui  le  distingue  de 
ce  que  nous  entendons  tous  les  jours  de  charmant,  d'aimable  et  de 
gracieux.  Mais  il  ne  faut  pas  que  notre  amour  de  l'inconnu,  notre  at- 
tente trompée,  nous  rendent  partial;  disons  donc  bien  vite  que  les 
doigts  de  M.  Mansour  ont  une  légèreté,  une  égalité  remarquables;  que 
son  trio  en  fa,  délicieusement  exécuté  par  lui ,  Herman  et  René 
Douay,  brille  par  la  clarté,  le  charme  mélodique,  et  rendons  pleine 
justice  à  un  talent  qui,  quoique  francisé,  n'en  est  peut-être  après  tout 
que  plus  élégant  et  plus  pur.  On  a  redemandé  à  M.  Mansour  sa  Mar- 
che des  Sy/phes,  délicate  et  gracieuse  inspiration  qu'il  a  jouée  d'une 
façon  toute  féminine.  Nous  aimons  moins  la  Chasse  que  le  Souvenir, 
la  Noce  champêtre  ;  pourtant  dans  cette  chasse,  peu  originale  et  peu 
vigoureuse,  on  retrouve,  comme  dans  les  autres  morceaux,  de  la  fi- 
nesse, de  la  souplesse  et  ces  mille  riens,  ces  papillotages  élégants  qui 
ravissent  et  raviront  toujours  les  jeunes  pianistes,  plus  soucieuses  de 
la  grâce  enjouée  que  des  nobles  et  parfois  austères  beautés. 

Quelques  pages  de  Meyerbeer  ont  tenu  une  grande  place  dans  les 
plaisirs  de  cette  soirée.  Mme  Cabel  a  chanté  l'air  de  V Ombre  du  Par- 
donde  Ploermel.  Si  l'on  a  admiré  l'étendue  et  la  flexibilité  de  sa  voix, 
la  légèreté  et  l'énergie  de  ses  vocalises,  le  charme  incomparable  qu'elle 


178 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


apporte  dans  le  motif  de  valse,  on  a  admiré  tout  autant  l'expression  et 
la  douceur  qu'elle  répand  dans  le  cantabile  qui  coupe  et  ramène  si 
mélodieusement,  et  par  des  harmonies  sur  lesquelles  il  est  superflu 
de  revenir,  la  mélodie  principale.  Avec  sa  fantaisie  sur  Robert,  Her- 
man  a  causé  un  tel  plaisir  que,  rarement,  cet  hiver,  nous  l'avons  vu 
aussi  fêté. 

—  Il  y  a  déjà  bien  des  années,  Emile  Forgues  était  notre  condisciple 
dans  la  classe  de  Zimmerman.  A  cette  époque  il  jouait  à  ravir  la  mu- 
sique de  Thalberg,  et  il  obtint,  si  notre  mémoire  est  bien  fidèle,  son 
premier  prix  de  piano  en  exécutant  d'une  manière  tout  exceptionnelle 
et  quifuttrès-remarquéeau  concours,  la  fameuse  et  belle  fantaisie  sur 
Moue.  Tous  à  ce  moment,  et  par  notre  âge  et  par  cette  espèce  de 
fièvre  qui  saisit  le  monde  pianiste,  au  grand  désespoir  de  l'illustre 
Cherubini,  alors  directeur,  nous  ne  rêvions  que  difficultés.  C'était  là  le 
beau,  le  but  suprême  de  l'art;  nous  le  croyions  du  moins.  Bien  en- 
tendu on  jouait  peu  les  classiques  alors.  Dans  les  essais-de  composi- 
tion, c'étaient  des  choses  si  impossibles  que  les  jeunes  auteurs  eux 
mêmes  avaient  peine  à  se  comprendre  et  quelquefois  à  s'interpréter. 
Le  résultat  de  cette  phase  regrettable  est  bien  connu  :  grand  nom- 
bre de  jeunes  pianistes,  qui  avaient  tout  ce  qu'il  fallait  pour  devenir 
des  maîtres,  restèrent  de  très-brillants  exécutants  et  laissèrent  désirer 
plus  de  style  et  plus  de  sensibilité.  Depuis,  on  s'est  aperçu  qu'on  ne 
pouvait  se  dispenser  de  belles  mélodies  bien  ordonnées.  Ceux  qui  se 
contentaient  ae  notes  éclatantes,  de  traits  touffus  et  bruyants,  s'aper- 
çurent que  le  public  ne  se  payait,  lui,  que  de  chants  heureux  et  d'har- 
monies correctes,  élégantes  et  intéressantes. 

Dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  au  concert  qu'il  donnait  en  com- 
pagnie de  Mlle  Baretti  et  de  Marochetti,  nous  avons  retrouvé  Emile 
Forgues,  avec  toutes  les  brillantes  qualités  de  soliste  qu'on  pouvait 
espérer  de  lui  à  ses  débuts.  11  est  impossible  d'avoir  un  mécanisme  plus 
remarquable,  plus  sûr,  une  vigueur  plus  soutenue,  une  plus  admirable 
énergie  de  son;  en  un  mot,  plus  de  verve,  de  puissance  et  d'éclat.  Il  a 
des  doigts  d'acier,  disait-on  en  applaudissant  ses  octaves  étincelantes 
de  rapidité,  de  feu,  de  brio  ;  mais,  il  faut  bien  le  dire,  on  eût  voulu 
ausii  que  ses  doigts  se  laissassent  plus  souvent  amollir  par  la  grâce  et 
les  mille  délicatesses  qui  rendent  le  piano  si  délicieux  et  capable  de 
chanter  simplement  et  très-mélodieusement.  Les  compositions  de 
Forgues  ont  un  grand  mérite.  Son  succès  a  été  très-beau,  et  il  devait 
l'être-,  il  eût  été  immense,  il  eût  placé  Forgues  à  la  tête  de  notre  école, 
si  l'on  eût  pu  applaudir  autant  à  la  beauté,  à  la  variété  de  son  style  qu'à 
sa  prodigieuse  habileté. 

—  Dimanche ,  comme  pour  unir  la  musique  à  la  peinture,  Léon 
Kreutzer  avait  choisi  la  belle  et  riche  galerie  de  M.  Goupil  pour  y  faire 
entendre  ses  œuvres.  Nous  avions  le  tort  de  connaître  encore  fort  peu 
le  talent  et  l'inspiration  de  ce  compositeur,  car  il  ne  prodigue  ni  l'un 
ni  l'autre,  au  public  du  moins.  Cette  séance  nous  les  a  révélés  pres- 
que toujours  marqués  au  coin  de  la  science  et  de  l'originalité.  Dans 
un  quatuor  brillamment  exécuté  par  MM.  de  Cuvillon,  Jacobi,  Viguier 
et  Franco-Mendès,  et  dans  une  piquante  tarentelle  très-développée  , 
très- travaillée  et  très-passionnée,  il  y  a  beaucoup  de  mérite;  peut-être, 
cependant,  les  détails  charmants,  ingénieux,  qu'elle  renferme  s'éga- 
rent-ils de  temps  en  temps  dans  des  répétitions,  dans  des  épisodes 
nuageux  dont  il  est  assez  difficile  de  saisir  le  véritable  caractère  à  une 
seule  audition.  Ce  qui  nous  a  plus  particulièrement  enchanté  et  ravi, 
ce  sont  des  airs  de  ballet  (fragments  d'un  opéra  inédit:  les  Filles 
cFasur),  où  des  fées  appellent  à  leur  aide  les  esprits  de  l'air,  de  la 
terre,  de  l'eau  et  du  feu  pour  séduire  deux  chasseurs  égarés  dans  les 
forêts  de  l'Ecosse.  Bien  de  plus  fin,  de  plus  vaporeux,  de  plus  poé- 
tique que  cette  délicieuse  page  qui,  pour  la  pensée,  tient  de  l'Hoffmann 
et  de  l'Alfred  de  Musset.  Sauf  ces  ravissants  airs  de  ballet,  dignes  d'ac- 
compagner quelque  scène  de  Shakspeare  ou  d'Ossian,  les  honneurs 
de  cotte  matinée  ont  été  pour  les  morceaux  de  chant.  Un  rondel  de 
Charles  d'Orléans,  plusieurs  pièces  de  Théophile  Gautier,  des  chœurs, 


des  mélodies  allemandes  et  bretonnes  ont  tour  à  tour  montré  la  sou- 
plesse du  style  de  Léon  Kreutzer,  et  une  inspiration  tantôt  ardente 
et  vive,  tantôt  mélancolique  et  touchante.  Elles  avaient  pour  inter- 
prètes Warot,  de  l'Opéra-Comique,  et  Mme  Caroline  Barbot,  de  l'Opéra. 

—  Mlle  de  Wocher,  pianiste  au  jeu  fin,  correct,  élégant  plutôt  qu'é- 
nergique et  passionné,  s'est  fait  entendre  là  semaine  dernière  et  vi- 
vement applaudir  en  joua.it  d'abord  avec  M.  Lebrun,  violoniste  de 
talent,  une  sonate  de  Beethoven;  puis,  seule,  la  ravissante  Danse  des 
fées,  d'Emile  Prudent,  et  différentes  pièces  de  Mendelssohn  et  de 
Thalberg.  La  Marche  des  guides,  de  A.  Gutmann,  a  fait  grand  plaisir 
aussi,  mais  moins  peut-être  qu'un  andante  de  Frédéric  Brisson  et  le 
charmant  trio  du  même  auteur  sur  Martha,  l'une  des  partitions  les 
plus  connues  et  les  plus  aimées  de  M.  de  Flotow.  Jouées  avec  beau- 
coup de  charme  et  d'expression  par  Mlle  de  Wocher,  Brisson  et  Le- 
brun, ces  mélodies  si  traîches  et  si  aimables,  ainsi  habilement  dispo- 
sées et  variées,  ont  enchanté  l'auditoire:  aussi  a-t-il  prodigué  aux 
exécutants  les  plus  flatteuses  marques  de  sympathie. 

—  Cet  hiver,  nous  avons  eu  souvent  l'occasion  de  louer  le  jeune 
talent  de  Georges  Jacobi,  un  des  bons  élèves  de  M.  Massart.  Mardi, 
salle  Beethoven,  à  son  second  concert,  après  avoir  déployé  de  sé- 
rieuses qualités  de  style  et  de  mécanisme  dans  un  très-beau  concerto 
de  M.  de  Bériot  où  il  y  a  beaucoup  d'élégance,  de  limpidité  et  de  brio; 
après  avoir  dit  les  chants  de  Yandante  avec  un  grand  charme  d'ex- 
pression, les  passages  difficiles  de  toutes  les  parties  de  cette  œuvre 
avec  la  justesse  et  la  souplesse  d'archet  qui  font  les  brillants  solistes, 
il  a  fait  entendre  sa  fantaisie  sur  des  mélodies  de  Y  Etoile  du  Nord, 
sa  romance  sans  paroles  et  sa  Valse  de  concert.  Dans  ces  trois  mor- 
ceaux, comme  dans  la  Barcarolle  que  M.  Capoul,  jeune  élève  du 
Conservatoire,  a  fort  joliment  chantée,  le  compositeur  a  semé  de  jo- 
lies mélodies. 

Une  belle  fantaisie  de  Servais,  dite  avec  un  style  pur,  exempt  de 
toute  exagération  et  avec  infiniment  de  goût.,  de  sûreté  et  d'habileté 
par  Jules  Lasserre,  a  valu  à  ce  violoncelliste  de  sincères  bravos. 

—  Le  ténor  russe  Krafzoff  a  donné  lundi  un  second  concert  où  se 
sont  fait  successivement  et  plus  ou  moins  applaudir  Mlles  J.  Starck, 
Julienne  André  et  M.  Marochetti.  Comme  Krafzoff  sait  vocaliser,  il  dit 
de  préférence  la  musique  de  Rossini.  Sa  voix  manque  peut-être  bien 
un  peu  d'ampleur,  mais  elle  a  du  charme,  de  la  légèreté  et  de  l'ex- 
pression :  aussi  les  belles  mélodies  et  le  style  orné  d'un  air  et  d'un 
duo  (YOtello  lui  ont-ils  valu  beaucoup  de  succès.  Le  fameux  ut  dièse 
était  annoncé  sur  le  programme,  et  sans  doute  plus  d'un  auditeur,  s'il 
faut  en  croire  les  applaudissements,  a  trouvé  que  M.  Krafzoff  possé- 
dait cet  oiseau  rare  qui  plane  au-dessus  de  la  portée  où  peu  de  ténors 
vont  le  dénicher.  Quant  à  nous,  ainsi  que  nous  l'avons  déjà  dit  à  pro- 
pos de  M.  Krafzoff,  nous  croyons  devoir  tenir  compte,  avant  tout, 
de  certaines  qualités  de  style.  Les  notes  exceptionnelles  ajoutées  par 
les  virtuoses,  ne  nous  ravissent  guère;  d'abord  parce  qu'elles  ne  sont 
jamais  bien  bonnes,  ensuite  parce  que  les  compositeurs  s'en  étaient 
parfaitement  passés;  ce  qui  ne  les  a  pas  empêchés  d'exciter  partout 
un  enthousiasme  qu'ils  ne  devaient  qu'à  la  beauté  de  leurs  pensées 
et  non  à  un  effet  isolé,  sans  valeur  musicale. 

Adolphe  BOTTE. 


CONCERTS  MDSARD 


RÉOUVERTURE. 


Le  samedi,  5  mai,  ainsi  que  nous  l'annoncions,  a  eu  lieu,  devant  un 
auditoire  de  plus  de  quatre  mille  personnes  accourues  malgré  la  fraî- 
cheur de  la  soirée,  la  réouverture  de  cet  établissement  si  bien  appro- 
prié au  goût  et  à  la  distraction  du  public  parisien,  qui  se  trouve,  par 
ses  affaires  ou  ses  occupations,  déshérité  pendant  la  majeure  partie 


DE  PARIS. 


179 


de  l'été  des  plaisirs  de  la  villégiature.  Déjà,  pendant  la  saison  der- 
nière on  avait  pu  remarquer  combien  de  familles,  après  leur  prome- 
nade au  bois,  rabattaient  volontiers ,  vers  les  neuf  heures,  sur  le 
concert  Musard,  certaines  de  s'y  reposer  commodément,  d'y  entendre 
de  bonne  musique  et  de  s'y  rencontrer  avec  leur  monde  ;  car  le  direc- 
teur de  ce  jardin  privilégié  a  eu  le  bon  esprit  et  le  bon  goût  de  tenir 
sévèrement  la  main  à  ce  qu'il  ne  fût  pas  envahi  par  le  monde  inter- 
lope qu'on  ne  rencontre  que  trop  dans  les  réunions  publiques  où 
chacun  peut  être  admis  pour  son  argent.  Donc  il  y  avait  véritable- 
ment fête  ce  jour-là  ans  Champs-Elysées,  et  nous  devons  dire  que 
Musard  a  tenu  tout  ce  que  promettait  son  brillant  programme.  D'en- 
thousiastes applaudissements  lui  ont  à  maintes  reprises  prouvé  com- 
bien étaient  appréciés  l'orchestre  qu'il  dirige  si  habilement,  le  choix 
des  morceaux  et  l'ensemble  admirable  qui  préside  à  leur  exécution. 
Meyerbeer,  avec  sa  magnifique  Marche  de  Schiller;  Auber,  avec  l'ou- 
verture du  Domino  noir,  et  la  Muette;  Flotow,  avec  Stradella, — ■ 
cette  œuvre  encore  inconnue  à  Paris,  lorsque  la  province  et  l'étran- 
ger l'applaudissent  depuis  longtemps ,  —  brillaient  au  premier 
rang  du  programme.  Diverses  compositions  de  Musard  sur  les  opéras 
en  vogue,  des  fantaisies  brillantes  pour  des  solistes  comme  Demerss- 
mann,  Legendre,  etc.,  le  variaient  de  la  manière  la  plus  heureuse,  et 
si  l'on  en  doit  juger  par  l'effet  de  cette  première  soirée,  une  belle  et 
fructueuse  saison  vient  de  s'ouvrir  pour  le  Goncert-Musard,  qui  d'ail- 
leurs ne  paraît  pas  avoir  à  redouter  cette  année  la  concurrence  du 
Pré  Catelan  et  du  théâtre  des  Bouffes-Parisiens. 

Si  nous  sommes  bien  informés,  Musard,  actif  à  varier  son  réper- 
toire, l'enrichirait  bientôt  de  l'ouverture  de  Pianella  et  d'un  boléro, 
empruntés  à  la  charmante  opérete  de  Flottow,  représentée  avant-hier 
avec  tant  de  succès  au  théâtre  Déjazet. 

Enfin,  des  améliorarations  matérielles  qui  ont  leur  importance 
pour  les  yeux  et  le  confort  témoignent  de  la  sollicitude  intelli- 
gente du  directeur.  Le  nombre  des  chaises  a  été  considérablement 
augmenté  et  toutes  les  allées  en  ont  été  abondamment  pourvues  ;  les 
pelouses,  les  parterres  sont  admirablement  entretenus  et  riches  des 
plus  belles  fleurs;  l'éclairage  est  splendide,  et  l'élégant  café  qui  domine 
le  jardin  offre  d'excellents  rafraîchissements. 

S.  D. 


LE  TRÉSOR  DES  PIANISTES. 

Collection  des  œuvres  choisies  des  maîtres  de  tous  les  pays  et  de  toutes  les 
époques,  depuis  le  XVIe  siècle  jusqu'à  la  moitié  du  xix°.  Accompagnées  de 
notices  biographiques,  de  renseignements  bibliographiques  et  historiques, 
d'observations  sur  le  caractère  qui  convient,  à  chaque  auteur,  des  régies  de 
Tappogiature,  d'explications  et  d'exemples  propres  à  faciliter  l'intelligence 
des  divers  signes  d'agréments,  etc.  Recueillies  et  transcrites  en  notation 
moderne  par  Aristide  FARRENC,  avec  le  concours  de  Mme  Louise  FARRENC. 

Si  j'ai  transcrit  en  entier  ce  titre  un  peu  long,  c'est  qu'il  n'y  arien 
à  en  ôter  pour  faire  connaître  au  public  l'intérêt  qui  s'attache  à  la 
grande  entreprise  formée  par  M.  Farrenc  avec  un  courage  et  un 
dévouement  d'artiste  qui  lui  font  le  plus  grand  honneur  et  lui  assu- 
rent la  sympathie  des  hommes  de  cœur.  Ceux-ci  sont  pénétrés  de 
cette  sainte  vérité,  que  le  beau,  sous  quelque  forme  qu'il  se  pro- 
duise, est  de  tous  les  temps,  parce  qu'il  est  la  manifestation  de  ce 
qu'il  y  a  de  plus  puissant  dans  les  facultés  humaines,  c'est-à-dire 
la  synthèse  du  sentiment  et  de  l'imagination  élaborée  par  l'art.  Que 
cette  manifestation  soit  naïve  ou  audacieuse,  simple  ou  compliquée, 
gaie  ou  mélancolique,  légère,  élégante  ou  dramatique,  renfermée 
dans  un  petit  cadre,  ou  prenant  de  larges  développements,  peu  im- 
porte, si  les  conditions  du  beau  s'y  trouvent,  c'est-à-dire  si  l'inspi- 


ration réglée  par  la  force  de  la  pensée  a  produit  l'œuvre,  car  il 
y  a  en  nous  une  source  intarissable  d'émotions  pour  tous  les  genres 
de  beautés. 

Le  sentiment  du  beau  se  perfectionne  et  acquiert  plus  de  force 
par  l'habitude  d'en  entendre  ou  d'en  voir  les  productions,  de  les 
étudier,  de  les  méditer,et  de  se  pénétrer  de  ce  qui  les  distingue  des 
œuvres  médiocres  ou  vulgaires.  Ce  sentiment,  pour  être  vrai,  actif, 
éclairé,  doit  être  en  même  temps  éclectique  et  assez  sûr  de  lui- 
même  pour  être  à  l'abri  des  influences  d'époques,  d'écoles  ou  de 
coteries.  Sa  foi  dans  la  réalité  de  son  objet  est  une  condition  insé- 
parable de  son  existence;  car  si  elle  n'était  profondément  enracinée, 
la  diversité  des  opinions  sur  la  valeur  d'une  même  œuvre  finirait 
par  l'ébranler  ;  or,  si  le  moindre  doute  pénètre  dans  l'âme  sur  l'ab- 
solu du  beau,  on  ne  tarde  point  à  prendre  la  forme  pour  l'essence; 
et  comme  la  forme  est  de  sa  nature  variable,  on  arrive  insensible- 
ment à  la  conclusion  que  le  beau  n'a  rien  d'absolu;  qu'il  n'est  que 
relatif,  et  qu'il  cesse  d:être  dans  un  temps  ce  qu'il  a  été  dans  un 
autre.  C'est  pour  être  arrivée  là  que  la  foule  des  critiques  qui  s'é- 
vertuent chaque  matin  et  chaque  soir  dans  la  presse,  s'égare  presque 
toujours  dans  ses  appréciations. 

Un  des  exercices  les  plus  salutaires  pour  développer  le  germe,  qui 
se  trouve  en  toute  créature  humaine  bien  organisée,  de  l'amour  du 
beau  musical,  consiste  à  le  mettre  souvent  en  contact  avec  des  œu- 
vres qui  en  sont  le  produit,  soit  dans  l'isolement,  où  nos  facultés  sen- 
timentales et  méditatives  jouissent  de  toute  leur  liberté,  soit  dans 
l'intimité  d'un  petit  nombre  d'amis  de  l'art,  en  communion  de  senti- 
ments et  d'idées.  11  est  hors  de  doute,  en  effet,  que  la  musique  de 
chambre  est  celle  où  le  beau  absolu,  le  beau  en  lui-même,  manifeste 
le  mieux  sa  puissance.  La  raison  de  la  supériorité  de  ce  genre  de  mu- 
sique, au  point  de  vue  dont  il  s'agit,  est  évidente  par  elle-même,  pour 
peu  qu'on  y  réfléchisse.  En  premier  lieu,  cette  musique  est  absolu- 
ment libre  de  toute  autre  condition  que  celles  du  sentiment,  de  l'i- 
magination et  de  l'art  de  tirer  des  idées  tout  ce  qu'elles  renferment 
d'éléments  de  beauté  :  elle  n'a  point  à  répondre  à  un  programme  ; 
elle  n'a  d'autre  objet  qu'elle-même  ;  elle  est  l'infini.  De  plus,  elle  ne 
tire  aucun  secours  des  choses  extérieures  pour  produire  l'émotion:  ses 
moyens  sont  réduits  aux  plus  petites  proportions  ;  elle  ne  peut  appeler 
à  son  aide  la  puissance  des  grandes  sonorités.  Ce  qui  est  en  elle  suf- 
fit, lorsque  c'est  le  génie  qui  l'inspire,  parce  qu'elle  s'adresse  à  l'âme 
et  n'a  rien  à  dire  aux  sens,  c'est-à-dire  au  système  nerveux  ;  mais  ce 
qui  la  place  si  haut  dans  le  domaine  de  l'art  est  aussi  ce  qui  en  li- 
mite l'emploi  ;  car,  par  cela  même  que  ses  délicatesses  procurent  les 
plus  vives  jouissances  aux  natures  d'élite,  elles  ne  conviennent  point 
aux  masses.  A  celles-ci  il  faut  la  grosse  musique,  non  la  grande.  Un 
sujet  donné,  d'une  conception  facile,  leur  est  nécessaire  pour  com- 
prendre ce  que  signifie  la  musique  ;  il  leur  faut  des  passions,  du 
mouvement,  du  drame,  du  rhythme  et  du  bruit,  de  gros  éclats  de 
sonorité  et  des  crescendo  qui  soient  en  rapport  avec  leurs  effervescen- 
ces. L'artiste  qui  aime  et  recherche  le  grand,  même  dans  un  petit 
cadre,  n'a  que  faire  de  tout  cela  ;  il  en  sent  le  vide,  il  en  voit  à 
découvert  les  procédés  de  fabrication,  et  le  dégoût  le  saisit  à  l'audi- 
tion de  ce  qui  fait  naître  l'enthousiasme  du  gros  public.  C'est  dans  la 
musique  inspirée  et  dégagée  de  toute  formule  qu'il  cherche  ses  nobles 
plaisirs;  plaisirs  qu'il  peut  goûter  dans  la  plus  complète  solitude,  avec 
un  piano  pour  tout  orchestre,  en  fouillant  dans  le  trésor  des  œuvres 
de  pensée  et  de  sentiment  pour  lesquelles  la  mécanique  des  doigts 
n'est  pas  le  but,  mais  le  moyen. 

Que  de  choses  belles,  charmantes,  ont  été  faites  en  ce  genre,  depuis 
le  temps  où  toutes  les  ressources  de  l'effet  étaient  renfermées  dans 
l'humble  épinette,  jusqu'au  règne  des  grands  pianos  d'Érard ,  de 
Pleyel,  de  Herz  !  Que  d'idées  !  Que  de  transformations  dans  la  tona- 
lité, dans  l'harmonie,  dans  la  mélodie,  dans  l'art  de  nuancer  et  dans 
les  rhylhmes!  Quelle  prodigieuse  variété  de  formes,  et  quelle  inépuisa- 


180 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


ble  source  d'émotions  !  A  mesure  que  le  cercle  s'agrandit,  l'esprit  est 
saisi  d'admiration  en  présence  de  ce  beau  spectacle  du  développe- 
ment des  facultés  humaines,  et  c'est  surtout  dans  cette  élude  histori- 
que que  s'acquiert  cette  conviction  consolante  que  l'art  est  inépuisable. 
Pour  quiconque  s'y  livre  et  y  persévère,  le  sentiment  de  la  grandeur 
de  cet  art  devient  une  religion.  Qu'on  ne  vienne  pas  lui  répéter  cette 
assertion  mensongère  et  désespérée  de  notre  temps,  que  tout  est  dit 
en  musique  et  qu'il  ne  reste  plus  qu'à  reproduire  les  idées  du  passé, 
en  diversifiant  les  formes  :  il  n'y  croira  pas.  Éclairé  par  une  voix  se- 
crète qui  l'instruit  de  l'infinie  variété  mise  par  le  Créateur  dans  l'or- 
ganisation de  l'homme,  il  sait  que  le  génie  est  tout  individuel,  indé- 
pendant, et  que  le  passé  ne  peut  imposer  de  limites  à  l'avenir.  Ce 
que  l'artiste  a  sous  les  yeux  dans  l'immense  galerie  d'œuvres  des  cla- 
vecinistes et  des  pianistes  de  talent  ;  ce  cachet  de  sentiment  personnel 
qui  se  voit  et  se  sent  dans  chacune  d'elles,  tout  l'avertit  que  de  nou- 
veaux champs  d'exploration  s'ouvriront  toujours  aux  idées  musicales, 
lorsque  le  sentiment  sera  vrai  et  lorsque  l'imagination  ne  se  limitera 
pas  par   la  formule. 

C'est  cette  même  galerie  que  M.  Farrenc  entreprend  de  mettre  à 
la  portée  de  toutes  les  personnes  qui  jouent  bien  du  piano  :  œuvre  de 
patience  et  d'intelligence,  longue  et  difficile,  commencée  avec  amour 
et  poursuivie  avec  persévérance.  Pour  un  grand  nombre  d'ouvrages, 
c'est  en  quelque  sorte  une  résurrection,  car  les  exemplaires  des  édi- 
tions originales,  ou  sont  écrits  dans  un  système  de  notation  qui  offri- 
rait aux  exécutants  de  grandes  difficultés  de  lecture,  ou  sont  devenus 
si  rares,  qu'il  serait  à  peu  près  impossible  de  se  les  procurer.  Ainsi 
qu'on  l'a  vu  par  le  titre,  elle  commence  au  xvr  siècle  et  em- 
brasse ce  qui  a  été  produit  par  les  artistes  les  plus  célèbres  depuis 
cette  époque  jusqu'à  nos  jours,  car  le  nom  de  Chopin  est  le  dernier 
qui  se  présente  dans  une  liste  de  cinquante-quatre  auteurs,  parmi 
lesquels  figurent  les  Anglais  William  Bird,  John  Bull,  Orlando  Gib- 
bons, Henri  Purcell  et  Field;  les  Italiens  Claude  ftlerulo,  Frescobaldi, 
Bernard  Pasquini,  Durante,  Dominique  Scarlatti,  Porpora,  Marcello, 
Zipoli,  le  père  Martini  et  Clementi;  les  Français  Champion  de  Cham- 
bonnières ,  les  Couperin ,  Le  Bègue,  d'Angebert,  Rameau,  d'Azin- 
cour  et  Dandrieu  ;  les  Allemands,  Jean  Kuhnau,  les  deux  Stuffat, 
Georges  Bœhm,  Jean-Gaspard  de  Kerle,  Froberger,  Jean-Sébastien 
Bach  et  ses  fils,  Guillaume-Friedman  et  Charles-Philippe-Emmanuel, 
Haeudel,  Mattheson,  Schaffrath,  Haydn-Mozart,  Kirnberger,  Albrechts- 
berger,  Dussek,  Georges  Benda,  Eckard,  Joseph  Stefan,  Beethoven, 
J.-B.  Cramer,  Hummel,  Ch.-M.  de  Weber  et  Mendelssohn,  les  deux 
Espagnols  don  Basilio  SeKe  et  don  Ramon  Ferrenac,  enfin  le  Polonais 
Chopin.  Hormis  quelques  noms  illustres  des  temps  les  plus  rapprochés 
de  nous,  c'est  là  un  monde  nouveau  pour  la  presque  totalité  des  pia- 
nistes; mais  je  puis  affirmer  que  ce  monde  est  de  la  race  des  élus. 
Tous  ces  hommes  ont  une  valeur  différente,  mais  tous  en  ont  une,  et 
leurs  œuvres  représentent  autant  de  spécialités,  autant  d'expressions 
de  sentiment  individuel,  ou  de  transformations  de  caractère  et  de  style. 
Nul,  ayant  une  âme  d'artiste,  ne  peut  rester  indifférent  à  la  part  qu'il 
peut  prendre  de  ce  trésor  des  pianistes,  accumulé  pendant  une  suite 
de  générations. 

M.  Farrenc  ajoute  un  grand  prix  à  la  résurrection  de  ces  belles 
œuvres  oubliées,  par  les  notices  historiques  et  bibliographiques  dont 
elles  seront  accompagnées,  ainsi  que  par  des  instructions,  tirées  de 
source  certaine,  sur  le  mode  d'exécution  des  œuvres  de  chaque  épo- 
que, et  sur  la  signification  des  ornements  autrefois  multipliés  dans  la 
musique  de  clavecin  et  d'épinette,  parce  que  ces  instruments  n'avaient 
pas  la  faculté  de  prolonger  les  sons  que  possèdent  nos  pianos. 

L'histoire  d'un  art  accompagnée  de  ses  monuments  est  devenue 
une  des  nécessités  de  l'époque  actuelle.  Cette  tendance  de  l'esprit 
moderne  doit  nous  rassurer  sur  l'avenir;  elle  est  le  signe  d'un  besoin 


des  choses  sérieuses,  sentimentales  et  intellectuelles  qui  aura  les 
conséquences  les  plus  heureuses,  quand  les  agitations  politiques  au- 
ront cessé. 

FÉTIS  père. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 


Théâtre-Français  :  représentation  au  bénéfice  d'une  petite-fille  de 
Racine,  Mme  Ristori  et  la  Fedra;  stances  de  M.  Legouvé  ;  Hom- 
mage à  Racine,  par  M.  Amédée  Rolland.  —  Odéoîv  :  débuts  de 
Mlle  Olga  dans  Cinna;  les  Profits  du  jaloux,  comédie  en  un  acte 
par  M.  de  Léris.  —  Gymnase  :  rentrée  de  Lafontaine  dans 
Une  Femme  qui  trompe  son  mari  et  dans  Je  dîne  chez  tna  mère. 

—  Palais-Royal  :  les  Jours  gras  de  Madame,  vaudeville  en  un 
acte,  par  MM.  Nuitter  et  Derley.  —  Porte-Saint-Martin  :  reprise 
de  la  Closerie  des  Genêts.  —  Ambigu  :  la  Sirène  de  Paris,  drame 
en  cinq  actes  et  six  tableaux,  par  MM.  E.  Grange  et  X.  de  Monté- 
pin.  —  Cirque  Impérial  :  le  Cheval  fantôme,  drame  en  dix  ta- 
bleaux, par  MM.  Anicet-Bourgeois  et  F.  Dugué.  —  Théâtre  Dé- 
jazet  :  V Enlèvement  des  Sabins,  vaudeville  en  deux  actes,  par 
M.  H.  Lefebvre  ;  la  Famille  Robinet,  vaudeville  en  un  acte,  par 
MM.  Latouche  et  A.  Peupin  ;  Monsieur  Garât,  vaudeville  en  deux 
actes,  par  M.  Victorien  Sardou. 

On  sait  que  la  commission  des  auteurs  dramatiques,  après  avoir 
adopté  et  fait  élever  à  ses  frais  une  petite-fille  de  Racine,  a  ouvert, 
en  faveur  de  cette  jeune  personne,  une  souscription  en  tête  de  laquelle 
l'Empereur  et  l'Impératrice  se  sont  inscrits  pour  une  somme  considé- 
rable. L'impulsion  donnée,  le  Théâtre-Français  ne  pouvait  rester 
étranger  à  une  manifestation  qui  devenait  pour  lui  l'acquit  d'une  dette 
de  reconnaissance.  C'est  dans  ce  but  qu'a  eu  lieu,  au  bénéfice  de 
Mlle  Noémie  Trochu,  une  brillante  représentation  composée  presque 
exclusivement  d'emprunts  faits  au  répertoire  de  son  illustre  aïeul.  La 
compagnie  italienne  de  Mme  Ristori  avait  voulu  s'associer  à  cette  bonne 
œuvre  en  interprétant  le  quatrième  acte  de  Phèdre,  traduite  par 
M.  Dall-Ongaro.  Des  stances  françaises,  en  l'honneur  de  Racine,  dues 
à  M.  Legouvé,  ont  en  outre  été  récitées,  sans  trop  d'accent,  par  la 
grande  tragédienne,  et,  pour  compléter  la  fête,  une  remarquable 
pièce  de  vers,  de  M.  Amédée  Rolland,  l'auteur  d' Un  parvenu,  nous  a 
fourni  l'occasion  d'applaudir  Mmes  Guyon,  Fix  et  Favart,  placées  sous 
l'invocation  de  la  muse  tragique,  de  la  muse  comique  et  de  la  poésie. 

—  L'Odéon,  de  son  côté,  a  eu  sa  soirée  de  tragédie  cornélienne 
pour  les  débuts  de  Mlle  Olga  de  Villeneuve,  qui  a  fait  merveille  dans 
le  rôle  d'Emilie,  de  Cinna.  L'héritage  de  Rachel  est  toujours  vacant  ; 
nous  ne  voyons  pas  pourquoi  Mlle  Olga  se  refuserait  la  satisfaction 
d'y  prétendre  comme  tant  d'autres,  sauf  à  le  mériter  plus  tard,  si  la 
chose  est  possible. 

Mentionnons  à  ce  même  théâtre  une  jolie  comédie  de  M.  de  Léris, 
les  Profits  du  jaloux.  L'esprit  et  l'observation  abondent  dans  cette 
petite  étude  de  caractère,  où  il  est  prouvé  que  presque  toujours  les 
jaloux  s'attirent  les  disgrâces  qu'ils  mettent  trop  de  zèle  à  vouloir 
éviter.  Quoique  nos  maîtres  l'aient  dit  avant  lui,  M.  de  Léris  a  su 
pourtant  se  faire  écouter  avec  une  faveur  sympathique. 

—  Au  Gymnase,  Lafontaine,  le  héros  du  Roman  d'un  jeune  homme 
pauvre  et  de  la  Pénélope  normande,  a  fait  modestement  sa  rentrée 
dans  deux  petits  vaudevilles,  Je  dîne  chez  ma  mère  et  la  Femme  qui 
trompe  son  mari.  Nous  ne  pouvons  qu'approuver  la  courageuse  déter- 
mination de  cet  artiste,  qui  revient  à  son  point  de  départ,  au  moment 
même  où  son  camarade  Dupuis  quitte  le  sien  pour  aller  courir  les 
hasards  des  grandes  pièces  du  Vaudeville. 

—  Les  dernières  représentations  de  la  Sensitive,  au  Palais-Royal, 
sont  accompagnées  depuis  quelques  jours  d'un  vaudeville  intitulé: 
les  Jours  gras  de  Madame.  Comme  dans  la  Femme  aux  cornichons, 
des  Variétés,  c'est  une  ronde  commère  qui  veut  maigrir  et  qui  pour 


DE  PARIS). 


181 


cela  se  livre  à  une  foule  d'exercices  de  gymnastique,  en  cachette  de 
son  mari.  Cette  mystérieuse  hygiène  donne  lieu  à  des  scènes  de  ja- 
lousie d'autant  plus  bouffonnes  qu'elles  sont  jouées  par  Ravel.  Avons- 
nous  besoin  d'ajouter  que  le  dénoûment  de  cette  pochade  n'est  pas 
aussi  dramatique  que  celui  d'Othello,  et  que  tout  s'explique  à  la  sa- 
tisfaction du  mari  jaloux  ? 

—  La  reprise  de  la  Closerie  des  Genêts-,  à  la  Porte-Saint-Martin,  est 
un  événement  tout  aussi  capital  que  pourrait  l'être  la  représentation 
d'une  pièce  nouvelle.  Le  vieux  drame  de  Frédéric  Soulié,  tant  de  fois 
repris,  n'a  jamais  cessé  d'exercer  une  attraction  puissante  sur  le  pu- 
blic, et  aujourd'hui  encore,  il  fixe  la  foule  de  manière  à  permettre 
au  théâtre  de  réparer  à  loisir  l'échec  du  lioi  des  îles. 

—  Une  anecdote  singulière,  qui  se  trouve  rapportée  dans  les  Mé- 
moires de  la  police  publiés  par  Peuchet ,  a  fourni  le  sujet  du  drame 
qu'on  applaudit  en  ce  moment  à  l'Ambigu,  sous  le  titre  de  la  Sirène 
de  Paris.  D'après  la  chronique,  du  temps  de  M.  de  La  Reynie,  une 
jeune  et  belle  femme,  affiliée  secrètement  à  une  société  de  bandits  de 
la  pire  espèce,  se  promenait  chaque  jour  aux  Tuileries  pour  attirer 
sur  ses  pas  des  fils  de  famille,  qui,  croyant  aller  à  un  rendez-vous 
d'amour,  tombaient  dans  un  piège  où  ils  laissaient  leur  argent  et  souvent 
même  leur  existence.  A  l'Ambigu  les  choses  se  passent  exactement  de 
la  même  manière;  seulement  la  sirène  n'a  pas  conscience  du  rôle 
qu'on  lui  fait  jouer;  c'est  son  tuteur  qui  l'envoie  à  la  pêche  des  ga- 
lants ,  et  c'est  sa  gouvernante  qui  les  amorce.  Grâce  à  cette  combinai- 
son, le  spectateur  s'intéresse  vivement  au  sort  de  Christine  et  se  ré- 
jouit, au  dénoûment,  de  la  voir  délivrée  de  la  tutelle  de  cet  affreux 
Muller,  par  l'intrépidité  du  jeune  André  et  de  son  père.  Un  person- 
nage comique  de  gentilhomme  provincial  jeté  au  milieu  de  cette  intri- 
gue, l'égayé  suffisamment  et  n'en  fait  que  mieux  ressortir  les  péripé- 
ties dramatiques.  Quant  à  Mlle  Page ,  quoiqu'elle  soit  charmante , 
comme  toujours,  sous  les  traits  du  jeune  André,  on  est  surpris,  nous 
dirions  presque  désappointé ,  que  dans  une  pièce  qui  s'appelle  la 
Sirène,  les  auteurs  ne  lui  aient  pas  confié  un  rôle  si  bien  fait  pour  elle. 

—  La  nouvelle  direction  du  Cirque  impérial,  bien  différente  de 
l'ancienne,  n'épargne  aucun  sacrifice  pour  ramener  ce  théâtre  à  sa 
splendeur  passée.  Après  l'Histoire  d'un  Drapeau,  où  elle  a  montré 
de  quelle  façon  elle  entend  la  mise  en  scène  militaire,  voici  venir  le 
Cheval  fantôme,  un  drame  pittoresque  composé  de  plusieurs  épisodes 
de  la  guerre  d'indépendance  américaine.  Nous  aurions  peine  à  racon- 
ter tous  les  incidents  qui  se  croisent  et  s'entre-croisentdans  cette  action 
multiple,  dont  les  principaux  personnages  ne  sont  autres  que  le  grand 
Washington  et  le  général  Lafayette.  Ces  deux  glorieux  noms  brillent 
d'un  tel  éclat  que  tout  ce  qui  les  entoure  est  forcément  rejeté  dans 
l'ombre.  C'est  ce  qui  fait  que  le  cheval  Stelb,  qui  devrait  occuper  le 
premier  plan,  est  relégué  au  second.  Et  pourtant  la  légende  qui  fait 
apparaître  ce  cheval  à  toutes  les  époques  importantes  de  l'histoire  na- 
tionale n'est  certes  pas  dénuée  d'intérêt.  11  en  est  de  même  de  ces  deux 
frères  qui  combattent  dans  des  camps  opposés,  et  de  cette  muette 
dont  la  main  patriotique  plante  sur  un  rocher  l'étendard  de  la  délivrance. 
Tout  cela  est  encadré  dans  de  magnifiques  décors  et  dans  une  mise 
en  scène  plus  riche  encore  que  celle  du  drame  d'ouverture.  Nous  cite- 
rons, entre  autres  tableaux  d'un  effet  saisissant,  le  pont  du  Diable, 
l'inondation  et  le  pic  Williams  ;  le  sixième  se  compose  d'une  bril- 
lante fête  à  Versailles  qui  est  naturellement  le  prétexte  d'un  ballet  fort 
agréable.  Nous  recommandons  à  l'attention  des  connaisseurs  la  musique 
de  ce  ballet,  où  le  nouveau  chef  d'orchestre  du  Cirque,  M.  de  Groot, 
s'est  particulièrement  distingué.  Plusieurs  autres  passages  de  sa  parti- 
tion attestent  d'ailleurs  que  M.  Hostein  ne  pouvait  faire  un  choix 
plus  heureux  ni  plus  habile. 

—  La  louable  activité  qui  règne  au  théâtre  Déjazet  nous  a  mis, 
malgré  nous,  en  retard  avec  lui.  11  est  vrai  que  sur  trois  ouvrages 
qui  ont  fait  leur  apparition  dans  ces  derniers  temps,  un  seul  mérite 
d'être  spécialement  remarqué.  Nous  ne  parlerons  donc  que  pour  mé- 


moire de  l'Enlèvement  des  Sabins,  vaudeville  dont  le  titre  annonce 
l'excentricité  grotesque,  et  de  la  Famille  Robinet,  pièce  à  travestisse- 
ment, où  Mlle  Fillon  fait  preuve  de  gentillesse  sous  ses  divers  cos- 
tumes. Monsieur  Garât,,  c'est  Virginie  Déjazet,  c'est-à-dire  la  finesse 
et  la  grâce,  c'est-à-dire  le  plus  joli  filet  de  voix  que  jamais  théâtre  ait 
pu  mettre  au  service  du  fameux  chanteur  bordelais.  Les  deux  actes  de 
ce  vaudeville  ne  sont  pas  très-corsés,  mais  ils  sont  spirituels  et  ils 
ont  l'avantage  d'être  parfaitement  interprétés,  non-seulement  par  l'ini- 
mitable Déjazet,  ce  qui  ne  doit  surprendre  personne,  mais  aussi  par 
l'amusant  Dupuis,  dont  les  allures  dégingandées  se  prêtent  on  ne  peut 
mieux  à  la  charge  de  Vestris,  le  fils  du  diou  de  la  danse.  Nous 
croyons  que  le  théâtre  Déjazet  tient  là  un  succès  qui  ne  sera  pas  épuisé 
de  longtemps. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


NOUVELLES. 


***  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Pierre  de  Médicis  et  la  Juive  ont 
composé  les  spectacles  de  la  semaine.  Mme  Caroline  Barbot  a  repris  le 
rôle  de  Rachel. 

,,%  Pour  son  troisième  début,  Michot  étudie  le  rôle  de  Raoul,  des  Hu- 
guenots. 

t%  On  sait  que  le  plan  proposé  pour  la  reconstruction  du  théâtre  de 
l'Opéra  et  déposé  à  la  mairie  a  soulevé  beaucoup  et  de  sérieuses  objections. 
Un  journal  étranger  qui  prétend  tenir  ce  renseignement  de  bonne  source, 
affirme  aujourd'hui  que  S.  M.  l'Empereur,  après  une  visite  de  l'emplace- 
ment que  doit  occuper  la  nouvelle  salle,  aurait  trouvé  ces  critiques  fon- 
dées et  désapprouverait  le  projet.  Sa  Majesté  pencherait  pour  l'idée  de 
reconstruire  la  salle  sur  l'emplacement  actuel,  en  mettant  la  façade  du 
côté  du  boulevard  et  en  abattant  le  passage  de  l'Opéra  avec  deux  ou  trois 
maisons  qui  y  sont  contiguës. 

***  Le  bruit  s'étant  répandu  que  la  Société  des  concerts  du  Conser- 
vatoire avait  l'intention  de  doubler  à  l'avenir  le  nombre  de  ses  con- 
certs, son  comité  nous  prie  d'annoncer  qu'il  n'a  jamais  eu  ce  projet. 

„,*,,  Le  concert  donné  jeudi  dernier  par  M .  Levasseur  a  été  fort  brillant. 
Le  célèbre  artiste  y  a  chanté  d'une  voix  aussi  puissante  et  aussi  timbrée 
que  s'il  n'en  était  qu'à  ses  débuts.  Qu'en  diront  ceux  qui  soutiennent 
que  l'orchestre  moderne  et  les  opéras  en  cinq  actes  sont  la  destruc- 
tion de  toutes  les  voix? 

t*(Le  Pardon  de  Ploërniel  vient  d'être  représenté  à  Nancy.  L'exécu- 
tion en  a  été  aussi  bonne  que  l'on  pouvait  le  désirer,  et  le  chef-d'œuvre 
a  obtenu  un  plein  succès,  dans  lequel  il  est  juste  d'accorder  une  part  à 
ses  trois  principaux  interprètes. 

t%  Le  festival  qui  sera  donné  à  l'Opéra  le  samedi  1 9  mai  courant,  au 
bénéfice  de  la  caisse  des  pensions  de  retraite  des  artistes  et  employés  de 
ce  théâtre,  sera  très-brillant.  En  voici  le  programme  :  Première  partie  : 
Symphonie  pastorale,  de  Beethoven  ;  OFilii,de  Leisring  (seizième siècle), 
double  chœur  sans  accompagnement;  scène  d'Euryanlhe,  de  Weber;  les 
soli  seront  chantés  par  Gueymard,  Cazaux  et  Coulon  ;  marche  du  Songe 
d'une  nuit  d'été,  de  Mendelssohn;  fragments  du  premier  acte  d'Akeste, 
de  Gluck,  chantés  par  Bonnehée  et  Mme  Gueymard-Lauters  ;  Pietà,  signor 
deStradella,  air  chanté  par  Michot;  final  du  deuxième  acte  de  la  Vestale, 
Spontini,  chanté  par  Obin  et  Mlle  Rey.  —  Deuxième  partie  :  ouverture 
de  la  Flûte  enchantée,  de  Mozart;  fragments  du  cinquième  acte  de  la 
Magicienne,  d'IIalévy,  chantés  par  Mmes  Gueymard-Lauters  et  Barbot,  et 
par  Gueymard,  Belval  et  Dumestre;  duo  et  chœur  dVsïs,  deLulli,  chantés 
par  Mlles  Hamackers  etDelisle;  air  de  Clytemnestre  {Iphigènieen  Aulide), 
de  Gluck,  chanté  par  Mme  Barbot;  la  bénédiction  des  drapeaux  du  Siège 
deÇorinthe,  de  Rossini,  soli  chanté  par  Belval  et  Dufrêne;  air  de  VEn- 
fant  prodigue,  d'Auber,  chanté  par  Bonnehée  ;  chœur  de  Colinette  à  la, 
cour,  de  Grétry  ;  Schiller-Marsch,  de  Meyerbeer;  duo  d'Euphrosine  et  Co- 
radin,  de  Méhul.  chanté  par  Gueymard  et  Mme  Gueymard;  chœurs  de 
Castor  et  t'ollux,  de  Rameau,  soli  chantés  par  Mlles  Hamackers  et  Delisle; 
Alléluia,  chœur  de  l'oratorio  du  Messie,  de  Haendel  ;  chœurs  des  chas- 
seurs des  Saisons,  de  Haydn. 

***  Mlle  Piccolomini  a  quitté  Londres  la  semaine  dernière  pour  se 
rendre  en  Toscane,  où  elle  va  épouser  le  marquis  Gaetani.  On  dit  que 
la  célèbre  cantatrice  a  réalisé,  à  l'aide  de  son  talent,  la  somme  énorme 
de  40,000  livres  sterling  (I  million  de  francs).  Le  marquis  est  également 
homme  de  fortune  et  de  grande  naissance.  Le  véritable  nom  de  Marie 
Piccolomini  est  Clémentine.  Les  cinq  dernières  représentations  qu'elle 
a  données  à  Londres  lui  ont  rapporté  620  liv.  st.  (15,000  fr.). 

»%  Maillart  est  de  retour  à  Paris  ;  son  séjour  à  Bruxelles  a  été  une 
série  d'ovations  pour  l'auteur  des  Dragons  de  Villars,  dont  la  reprise  a 


182 


KEVLE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


eu  lieu  avec  le  plus  brillant  succès.  Il  est  peu  d'exemples  d'une  vogue 
aussi  persistante  et  aussi  générale  que  celle  qui  accueille  cette  œuvre 
aussi  bien  en  France  qu'à  l'étranger. 

t*t  La  Société  des  auteurs  et  compositeurs  dramatiques  a  tenu  di- 
manche dernier  sa  séance  annuelle  dans  les  salons  de  Lemardelay,  rue 
Richelieu,  sous  la  présidence  de  M.  Eugène  Scribe,  président  perpétuel. 
La  séance  a  été  ouverte  à  une  heure  un  quart,  et  la  parole  a  été  don- 
née à  M.  Raymond  Deslandes,  l'un  des  secrétaires  de  la  commission, 
pour  lire  le  rapport  qui  rend  compte  des  travaux  de  l'année.  M.  Théo- 
dore Anne,  trésorier,  a  lu  ensuite  le  rapport  relatif  à  l'état  financier 
de  la  Société.  Les  recettes  se  sont  élevées  à  30,425  fr.  55  c,  et  les  dé- 
penses à  29,636  fr.  50  c,  y  compris  l'achat  de  60  obligations  de  che- 
mins de  fer,  rapportant  un  revenu  de  900  fr.  La  fortune  de  la  Société 
se  compose  de  6,650  fr.  de  rentes.  La  séance  s'est  terminée  par  l'élec- 
tion de  cinq  commissaires,  destinés  à  remplacer  MM.  Mélesville,  Pon- 
sard,  Rossini,  Michel  Masson  et  Théodore  Anne,  membres  sortants  et 
non  rééligibles.  Ont  été  élus  :  MM.  Octave  Feuillet,  Delacour,  Léon 
Laya,  Eugène  Granger  et  Charles  Lafont.  Membres  suppléants  :  MM.  Fer- 
dinand Langlé  et  de  Najac. 

„**  D'après  le  rapport  présenté  par  M.  Théodore  Anne,  en  qualité 
de  trésorier,  les  recettes  des  théâtres  de  Paris  se  sont  élevées,  du 
1"  mai  1859  au  30  avril  1860,  à  la  somme  de  10,367,227  fr.  88  c.  ainsi 
répartis  :  Opéra,  1,011,390  70;  Français,  937,006  58;  Opéra-Comique, 
1,00.3,590  99;  Odéon,  312,71 1  25;  Théâtre-Lyrique,  744,689  80;  Vaude- 
ville. 575,483  50;  Variétés,  62i,347;  Gymnase,  517,577  80;  Palais-Royal, 
561,789  60;  Porte-Saint-Martin,  911,881;  Gaîté,  604,482  85;  Am- 
bigu, 554,057  35;  Cirque,  598,  891  30;  Folies-Dramatiques,  356,610  13; 
Délassements,  266,049  30;  Bouffes-Parisiens,  363,594  25;  Théâtre-Déjazet 
(8  mois),  174,842  33;  Luxembourg,  42,10615;  Beaumarchais,  149,066; 
total,  10,367,227  fr.  88  c.  Pendant  le  même  exercice,  les  droits  d'au- 
teur ont  été  de  1,304,054  fr  36  c.  Paris  entre  dans  ce  total  pour  une 
somme  de  1,070,664  fr.  30  c,  ainsi  qu'il  suit  par  chaque  théâtre  :  Opéra, 
47,778  61;  Français,  98,173  57;  Opéra-Comique,  136,663  53;  Odéon,  32,232 
05;  théâtre  Lyrique,  59,583  40;  Vaudeville  ;  68,500  81  ;  Variétés,  74,799  92; 
Gymnase,  70,625  36;  Palais-Royal,  72,457  22;  Porte-Saint-Martin,  95,033 
88;  Gaîté,  62,260  38;  Ambigu,  58,727  12;  Cirque,  62,528  07;  Folies- 
Dramatiques,  36,293  01  ;  Délassements-Comiques,  26,682  15;  Bouffes- 
rarisiens,  37,125  40;  Folies-Nouvelles  (direction  Huart),  1M  75  ;  même 
théâtre  (devenu  Déjazet)  pour  huit  mois,  18,979  73;  Luxembourg,  5,111  48; 
Beaumarchais  (jusqu'au  31  décembre  1859,  les  relations  ayant  été  inter- 
rompues a  cette  époque),  5,372  14;  Divers  théâtres,  salle  Molière,  con- 
certs, etc.,  993  70,  total,  1 ,070,664  fr.  30  c.  La  banlieue  a  produit  1 8,413  57; 
les  départements,  198,150  67;  l'étranger,  16,825  82;  total  général, 
1,304,051  fr.  36  c.  —  M.  Théodore  Anne  a  fait  en  outre  remarquer  que 
les  droits  d'auteur  à  l'Opéra  représentaient  une  moyenne  de  quatre  et 
demi  pour  cent  et  n'étaient  supérieurs  que  de  11,485  fr.  60  c.  à  ceux 
perçus  aux  Folies-Dramatiques,  dont  les  recettes  sont  moins  fortes  des 
deux  tiers,  ce  qui  démontre  la  légitimité  des  réclamations  poursuivies 
depuis  plus  de  vingt  ans. 

***  Depuis  la  clôture  du  théâtre  Italien,  Mlle  Marie  Battu  a  déjà  été 
invitée  par  les  sociétés  philharmoniques  d'Amiens  et  de  Lille  à  venir  se 
faire  entendre  et  applaudir  dans  ces  deux  villes.  La  jeune  et  brillante 
cantatrice  n'a  pas  été  moins  bien  accueillie  dans  l'une  que  dans  l'autre. 
On  aurait  voulu  lui  faire  répéter  tous  ses  morceaux.  Merly  et  Servais 
concouraient  avec  elle  à  l'éclat  de  l'un  de  ces  concerts. 

„%  La  Société  philharmonique  d'Amiens  vient  de  terminer  sa  session 
musicale  de  1860.  Le  cinquante-sixième  concert,  donné  par  M.J.  Deneux, 
restera  longtemps  gravé  dans  la  mémoire  de  ses  heureux  auditeurs. 

„.%  Voici  en  quels  termes  l'Académie  des  beaux-arts  approuve  la 
méthode  d'enseignement  musical ,  dont  l'auteur  est  un  professeur 
excellent,  dans  son  rapport  du  17  mars  1860  :  «  La  méthode  de  M.  Du- 
chemin-Boisjousse  est  exposée  avec  une  grande  clarté  et  une  élé- 
gante simplicité.  Elle  amène  naturellement  et  sans  fatigue  les  jeunes 
élèves  à  la  connaissance, pratique  de  tous  les  procédés  de  la  solmisation. 
Nous  avons  surtout  remarqué  le  parallèle  ingénieux  des  deux  modes  fait 
au  moyen  de  deux  leçons  notées,  l'une  en  majeur,  et  l'autre  identique 
à  la  première,  quant  à  la  mélodie,  mais  différente  par  les  altérations 
qui  constituent  le  mode  mineur.  Ce  procédé  nous  semble  excellent  pour 
faciliter  aux  élèves  la  prompte  distinction  des  deux  modes.  L'auteur  a 
également  écrit  de  bons  exercices  sur  les  différentes  mesures  binaire, 
ternaire,  simples  et  composées.  De  jolies  vocalises  terminent  cette  mé- 
thode, et  des  récréations  vocales,  parmi  lesquelles  nous  citerons  la 
chasse,  une  marche  et  une  prière,  complètent,  avec  l'explication  suc- 
cincte des  principes  de  l'harmonie,  cette  œuvre  élaborée  avec  soin.  » 

„*+  Une  composition  musicale  d'un  genre  neuf  et  piquant  vient  de 
paraître  chez  les  principaux  marchands  de  musique:  c'est  le  prologue 
d'une  fable  de  la  Fontaine,  le  Chat  et  la  Souris,  mis  en  musique  par 
M.  Th.  Ymbert  pour  voix  de  baryton  ou  de  mezzo  soprano.  La  poésie 
de  notre  illustre  fabuliste  se  prêtait  on  ne  peut  mieux,  par  sa  coupe 
essentiellement  lyrique,  à  cet  essai,  qui  a  complètement  réussi.  Quelques 
mesures  de  récitatif  précèdent  les  couplets,  où  le  poète  passe  en  revue 
les  divers  sujets  de  la  fable  que  le  jeune  prince  lui  a  demandés.  Doit- 
il  représenter  une  belle  qui  se  joue  des  cœurs  qu'elle  a  pris,  comme  le 


chat  de  la  souris!  ou  la  fortune  qui  traite  souvent  cmx  qu'on  croit  ses  amis, 
comme  le  chat  fait  la  souris  !  ou  Louis  XIV,  le  roi  puissant,  qui  se  joue  de 
ses  ennemis,  comme  le  chat  de  la  souris!  Le  refrain  placé  sur  ces  derniers 
mots  a  une  grâce  charmante ,  et  la  ritournelle  qui  suit  dépeint  avec 
bonheur  les  mouvements  capricieux  et  élégants  du  chat  qui  pelotte  une 
souris.  Cette  jolie  bluette  est  interprétée  d'une  manière  exquise  par 
notre  célèbre  chanteur  Géraldy,  qui  en  fait  admirablement  ressortir  les 
nuances  et  les  délicatesses.  Elle  a  été  bissée  dès  la  première  audition 
au  concert  donné  par  L.  Pagans ,  le  ténor  espagnol  en  vogue  ;  elle  est 
du  petit  nombre  de  ces  morceaux  qui  gagnent  à  être  entendus  plusieurs 
fois  et  étudiés  de  près.  Nous  la  croyons  appelée  à  un  succès  véritable. 

£%  L'ouvrage  de  M.  Lefeuve,  sur  les  Anciennes  maisons  de  Paris, 
donne   sur   celle  de  Lulli  les  renseignements  suivants: 

«  Au  commencement  du  xvmc  siècle,  Mme  Lulli  dispose,  rue  Neuve- 
des-Petits-Champs,  des  n°'  45  et  47,  où  se  trouve  déjà  une  boutique  à 
l'image  de  l'Épée  de  Bois  :  son  mari  les  lui  a  laissés  en  1687.  Le  plan  de 
la  première  de  ces  maisons,  décorée  de  pilastres  d'ordre  composite,  a  été 
commandé  par  le  grand  musicien  à  Gittard;  il  était  alors  devenu  riche, 
et  une  charge  de  secrétaire  à  la  chancellerie  l'avait,  de  plus,  fait  gentil- 
homme. Les  trois  fils  de  M.  de  Lulli  cultivaient  le  même  art  que  lui, 
mais  en  élèves  respectueux  restant  loin,  bien  loin  de  leur  maître  Quand 
sa  santé  se  trouvait  compromise,  sa  femme  en  accusait  bien  plus  les 
plaisirs  de  la  table  que  l'excès  du  travail,  et  elle  en  faisait  des  reproches 
à  tous  ceux  qui  les  partagaient,  et  jusqu'à  ce  bon  la  Fontaine,  que  Lulli 
avait  tant  prié  de  lui  écrire  des  livrets  d'opéra,  et  qui  s'était  enquinaudé 
par  affection  pour  le  compositeur.  » 

„**  Nous  avons  sous  les  yeux  plusieurs  œuvres  de  musique  de  danse 
de  M.  Aristide  Rosselloty,  parmi  lesquelles  nous  remarquons  la  Fête  du. 
village,  suite  de  valses  d'une  facture  élégante;  la  Reine  au  bal,  polka- 
mazurka,  et  Bobinette,  polka  admirablement  rhythmée.  Cependant  nous  don- 
nons la  préférence  à  la  dernière  composition  de  ce  jeune  amateur,,  la 
polka  intitulée  Joyeuse,  dont  la  mélodie  gaie  et  entraînante  aurait  pu  être 
signée  par  Musard. 

***  M.  Alexandre,  le  célèbre  facteur  d'orgues,  a  fait,  la  semaine  der- 
nière, dans  la  personne  de  sa  mère,  Mme  Alexandre,  une  perte  dou- 
loureuse à  double  titre,  car  Mme  Alexandre,  par  sa  participation  active 
et  intelligente  aux  affaires  de  la  maison,  n'avait  pas  peu  contribué  au 
développement  qu'a  pris  cet  établissement  et  à  sa  prospérité. 

„,%  Le  compositeur  H.  Boehner,  dont  nous  avons  annoncé  la  mort,  a 
laissé  des  ouvrages  inédits  dont  plusieurs  vont  être  publiés  ;  entre 
autres  :  (es  Mystères  des  tonalités  et  une  méthode  complète  d'har- 
monie. 

**,,  L'art  musical  vient  de  faire  une  perte  cruelle  en  la  personne  de 
Luigi  Gordigiani,  mort  à  Florence  le  1er  de  ce  mois,  après  une  longue  et 
douloureuse  maladie.  Les  admirateurs  de  son  talent  l'avaient  surnommé 
le  Schubert  italien. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE, 


t*t  Londres,  11  mai.  —  Les  deux  théâtres  italiens  attirent  beaucoup 
de  inonde.  Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  Mlle  Titjens  a  été  magnifique  dans 
Norma,  que  l'on  donnait  ^mardi  dernier.  Jeudi,  Don  Giovanni,  pour  le 
début  de  Mme  Borghi-Mamo  dans  le  rôle  de  Zerliue.  La  grande  cantatrice 
n'y  a  pas  obtenu  moins  de  succès  que  dans  la  Favorite ,  le  Trovatore, 
Otello  et  Lucrazia  Borgia.  Plusieurs  morceaux  ont  été  bissés;  il  y  a  eu 
rappels,  bouquets,  en  un  mot  ovation  complète.  Demain,  Mlle  Brunetti  dé- 
buteradans  Rigoletto.  —Au  théâtre  royal  italien  de  Covent-Garden,  la  repré- 
sentation de  Dinorah,  donnée  par  ordre  de  la  reine,  a  été  très-  brillante. 
Mme  Carvalho  s'y  est  surpassée;  ensuite  elle  a  chanté  dans  Fra  Diavolo  et 
dansle  Barbier  avec  un  succès  éclatant,  surtout  les  variations  du  Carnaval 
de  Venise  qu'elle  y  avait  intercalées.  Dans  Fidelio,  qu'on  a  joué  jeudi, 
Mme  Czillag  s'est  montrée  fort  dramatique  et  les  bravos  ne  lui  ont  pas 
manqué.  — L'Opéra-Comique  français,  sous  la  direction  de  M.  Laurent,  a 
commencé  ses  représentations  avec  la  ''art  du  Diable;  .Mme  Fauré- 
Brière  s'est  distinguée  dans  cet  ouvrage.  Il  en  a  été  de  même  de  M.  Bec- 
quié  de  Peyreville,  l'excellent  chef  d'orchestre  du  Lyceum.  —  La  saison 
promet  d'être  très-brillante,  et  les  concerts  y  seront  nombreux.  Parmi 
les  pianistes  étrangers  Théodore  Ritter,  Lubeck  et  Magnus  fixent  sur- 
tout l'attention  et  donneront  concert  prochainement.  A  Saint-James- 
Hall,  le  concert  de  la  société  musicale  de  Londres,  donné  mercredi,  a 
été  fort  beau.  Halle,  Mmes  Dolby  et  Lemmens  s'y  sont  fait  entendre, 
et  une  nouvelle  cantate  de  Mac  Farren,  Christmas,  y  a  été  exécutée  avec 
un  légitime  succès. 

*%  Bruxelles,  10  mai.  —  Les  jours  se  suivent  pour  notre  théâtre  Italien, 
mais  ils  ne  se  ressemblent  pas.  Après  le  succès  çVErnani  et  de  Vltaliana 
in  Algieri,  opéra  dans  lequel  a  débuté  avec  succès  MmeV'ietti,  contralto 
de  mérite,  quoique  un  peu  fatigué,  M.  Merelli  a  voulu  donner  Xorma  au 
pied  levé,  aussi  la  déroute  a-t-elle  été  générale.  Malgré  les  efforts  de 
vaillance  de  Mme  Mariani-Lorini  et  de  Taste  pour  rétablir  le  combat, 
jamais  l'admirable   opéra   de  Bellini   n'avait    vu  pareil    fiasco.    On  an- 


DE  PARIS. 


183 


nonce  pour  aujourd'hui  //  Malrimonio  segretn,par  les  principaux  artistes; 
espérons  que  l'opéra  de  Cimarosa  leur  fournira  l'occasion  de  prendre 
une  éclatante  revanche.  —  Remis  d'un  accident  assez  grave,  réminent 
directeur  de  notre  Conservatoire  a  pu  reprendre  le  bâton  de  chef  d'or- 
chestre au  dernier  concert  qui  a  eu  lieu  dimanche  dernier  6  courant. 
Un  des  principaux  morceaux  du  programme  était  la  symphonie  compo- 
sée par  M.  Meynne,  ancien  lauréat.  Jusqu'alors  il  ne  s'était  fait  connaître 
que  par  quelques  morceaux  de  piano  et  de  chant.  De  là  a.  une  symphonie 
pour  orchestre  la  distance  est  grande;  M.  Meynne  l'a  franchie  avec  bon- 
heur. 11  a  pris  pour  modèle  Beethoven  ;  il  en  a  adopté  la  coupe,  les  tour- 
nures et  les  combinaisons  musicales  ;  il  ne  pouvait  certes  mieux  choisir  et 
il  a  été  facile  de  voir  tout  de  suite  qu'il  avait  consciencieusement  étudié 
son  modèle.  Rien  n'est  tourmenté  dans  cette  composition  dont  les  idées 
ont  une  véritable  originalité  et  le  mérite  de  se  prêter  heureuse- 
ment au  développement  musical.  Elle  pose  désormais  l'auteur  d'une 
manière  très- favorable  parmi  les  symphonistes  belges.  Il  serait  à 
désirer  pour  l'art  qu'il  ne  se  bornât  pas  à  ce  seul  succès.  —  M.  Goos- 
sens,  qu'une  maladie  de  larynx  avait  obligé  au  silence  pendant 
plusieurs  années,  s'est  fait  entendre  avec  le  plus  grand  succès  ;  d'abord 
visiblement  ému,  il  a  bien  vite  retrouvé  tous  ses  moyens  et  a  déployé  le 
talent  sympathique  qui  lui  a  valu  tant  de  triomphes— Un  solo  de  basson, 
qui  avait  pour  interprète  M.  Neumans ,  professeur  au  Conservatoire ,  a 
été  applaudi  avec  enthousiasme.  Le  finale  des  Ao  es  de  Figaro,  le  septuor 
de  Beethoven  et  un  fragment  de  symphonie  de  Haydn  complétaient  le 
programme  de  cet  intéressant  concert.  —  Mlle  Artot  est  à  Bruxelles  de- 
puis quelques  jours  ;  elle  se  rend  à  Londres,  où  l'attendent  de  magnifiques 
engagements. 

„%  Fribourg  (en  Brisgau).  —  Nous  aurons  pendant  l'été  un  grand  festi- 
val de  chant  auquel  plus  de  deux  mille  chanteurs  prendront  part;  il  y 
aura  des  concours  entre  les  sociétés  chorales  de  Carlsruhe,  Constance, 
Heidelberg,  Manheim,  etc. 

»%  Brunsivick.  —  A.  Jaell  vient  de  nous  faire  sa  visite  annuelle.  Il  a 
donné  trois  concerts  successifs.  La  foule  s'est  montrée  si  empressée  de 
s'y  rendre  qu'aux  deux  derniers  on  a  dû  refuser  du  monde.  Aux  deux 
premiers  A.  Jaell  avait  le  concours  de  la  chapelle  ducale.  Il  a  exécuté 
avec  orchestre  les  concertos  en  do  mineur  de  Beethoven  et  en  la  mineur 
de  Schuman;  un  trio  de  Schubert,  la  sonate  Op.  81  de  Beethoven,  et 
plusieurs  autres  morceaux  des  grands  maîtres.  Le  merveilleux  talent  de 
Jaell  lui  a  valu  les  applaudissements  les  plus  enthousiastes  ;  mais  quand 
il  a  eu  joué  ses  délicieuses  transcriptions  du  Pardon  de  Ploermel  et  du 
Prophète,  ainsi  que  son  original  Carillon,  l'auditoire  s'est  levé  spontané- 
ment pour  les  lui  faire  répéter,  et  il  a  récolté  une  véritable  moisson  de 
couronnes  et  de  bouquets. 

*%  Hanovre.  —  A.  Jaell  vient  de  nous  arriver  précédé  de  son  succès 
triomphal  en  Allemagne  et  en  dernier  lieu  à  Brunswick  et  à  Gœttingue.  Il 
a  joué  hier  à  la  cour  avec  Joachim.  Les  deux  éminents  artistes  ont  entre 
autres  exécuté  le  rondo  de  Schubert  avec  une  perfection  qui  leur  a  valu 
les  compliments  de  l'illustre  assemblée. 

t*2  Munich.  —  La  deuxième  représentation  de  Dinorah  a  eu  encore 
plus  de  succès  que  la  première  ;  les  acteurs  chargés  des  trois  principaux 
rôles  ont  été  rappelés  à  la  fin  du  spectacle. 

.^^Wiesbaie.  —Mlle  Zirndorfer  a  chanté  le  rôle  d'Alice,  dans  Robert, 
avec  un  grand  succès.  La  saison  avait  été  ouverte  par  les  Huguenots. 

i.*^  Leipzig.  ■ — Maison  à  vendre,  opéra-comique  de  X.  Pentenrïeder,  a 
été  accueilli  avec  une  faveur  marquée.  La  musique  a  de  la  verve,  de  la 
gaieté,  et  offre  plusieurs  moreaux  remarquables.  Il  est  question  de  fonder 
l'institut  Mendelssohn,  dont  le  but  serait  de  venir  en  aide  à  des  étu- 
diants indigents  qui  suivraient  les  cours  de  l'Université  de  la  ville. 

„.*„.  Darmsladt. — Cendrillon,  de  Nicolo,  avec  une  brillante  mise  en 
scène,  a  fait  le  plus  grand  plaisir.  Tichatscheck.  donne  ici  des  représenta- 
tions. 

„,*„  Schiverin.  —  M.  de  Flotow,  intendant  du  théâtre  de  la  cour,  vient 
départir  pour  Vienne.  Quelques  jours  avant  son  départ,  les  chanteurs  de 
ce  théâtre  lui  ont  donné  une  sérénade  à  l'occasion  du  jour  aniversaire 
de  sa  naissance.  La  reprise  d'Indra,  que  nous  n'avions  pas  entendue  de- 
puis longtemps,  avait  presque  l'attrait  de  la  nouveauté  pour  le  nom- 
breux public  que  cette  charmante  partition  avait  attiré. 

*%  Vienne.  —  Le  théâtre  de  la  cour  a  donné  la  première  représenta- 
tion de  Dominga,  opéra-comique  en  deux  actes,  musique  de  Dessauer  : 
la  pièce  nouvelle  a  eu  du  succès,  l'auteur  a  été  rappelé  à  la  fin  du  der- 
nier acte.  —  A  la  salle  Boesendorf,  un  violoniste  américain,  M.  Poznan- 
ski,  élève  de  Vieuxtemps,  a  donné  un  concert  où  il  a  prouvé  qu'il  a  mis 
à  profit  les  leçons  de  son  illustre  maître.  —  A  l'Opéra  italien  on  a  mis  à 
l'étude  Freischutz;  le  rôle  d'Anna  (Agathe)  sera  chanté  par  Mme  Charton- 
Demeur,  Mme  Lagrua  chantera  celui  de  Nancy  (Aennchen)  —L'Opéra 
allemand  a  joué  les  Huguenots,  la  Juive,  Guillaume  Tell  et  Lohengrin. 

„%  Saint-Pétersbourg.—  Henri  Wieniawski  vient  d'être  nommé  violon 
solo  des.  M.  l'Empereur  et  des  théâtres  impériaux.  Cette  double  nomi- 
nation qui  fixera  désormais  l'éminent  artiste  a  Saint-Pétersbourg  pour 
toute  la  durée  de  la  saison  théâtrale,  est  une  bonne  fortune  dont  tout  le 
monde  ici  se  réjouira.—  Pendant  qu'Henri  Wieniawski  obtenait  ici  cette 


flatteuse  distinction,  son  frère  Joseph,  pianiste  non  moins  distingué  que 
notre  célèbre  violoniste,  voyait  consacrer  à  Paris  son  beau  talent  de 
virtuose  et  de  compositeur  dans  un  brillant  concert  qui  avait  réuni 
l'élite  des  artistes  et  des  dilettanti. 
****  New-York.  —  Dans  le  courant  du  mois  dernier  on  a  donné  ici  une  re- 
présentation de  Fidelio,  de  Beethoven  :  un  Italien,  M.  Tamara,  a  chanté 
le  rôle  de  Florestan,  Mlle  Johannsen  a  chanté  celui  de  Fidelio. 


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REVUE 


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.h  .      id. 


Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETTE 


ICAL 


mm  w&wlis. 


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SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique:  l'Habit  de  milord,  opéra- 
comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  Sauvage  et  Léris,  musique  de  M.  Paul  La- 
garde,  par  D.  A.  O.  Saial-Î'ies.  —Théâtre  des  Bouffes-Parisiens:  Titus 
et  Bérénice,  opérette-bouffe  en  un  acte,  paroles  de  M.  Ed.  Fournier,  musique  de 
M.  L.  Gastinel.  —  Biographie  universelle  des  musiciens  et  bibliographie  géné- 
rale de  la  musique,  par  Fétis  père  (2e  article),  par  Paul  Smith.  —  Cor- 
respondance :  Bruxelles,  par  Fétis  père.  —  Henri  Litolff  à  Liège,  par 
«S. -H.   Rongé.  —  Londres.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  MPÉRIÂL  DE  L'OPÉRÂ-COMQUE. 

L'HABIT  DE  SIILORD, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  Sauvage  et  Léris, 
musique  de  M.  Paul  Lagarde. 

(Première  représentation  le  16  mai  1800.) 

Il  règne  en  ce  moment  une  grande  activité  à  l'Opéra-Comique. 
Voilà,  en  moins  d'un  mois,  trois  pièces  nouvelles,  dont  une  en  trois 
actes,  qui  viennent  d'y  être  représentées. 

Les  deux  plus  récentes  :  l'Habit  de  milord  elliila,  par  un  contraste 
singulier,  se  trouvent  être  le  dernier  ouvrage  d'un  maître  et  le  pre- 
mier essai  d'un  débutant. 

Mais,  avant  de  nous  occuper  de  M.  Paul  Lagarde,  disons  deux  mots 
du  poème  (vieux  style)  de  ses  collaborateurs ,  qui  ne  sont  pas  des 
novices. 

A  la  suite  de  la  bataille  de  Culloden,  perdue  par  le  prince  Edouard, 
l'un  de  ses  partisans,  le  jeune  officier  James  Gordon,  s'est  aventuré 
dans  les  rues  de  Londres  pour  revoir  sa  sœur  et  lui  demander  un 
moyen  de  salut  ;  mais  il  a  été  découvert,  poursuivi,  et  s'est  réfugié 
au  hasard  dans  la  taverne  de  Peters.  A  la  même  heure,  John  Digby, 
garçon  coiffeur,  engagé  dans  une  querelle  avec  des  chapeliers ,  s'est 
vu  forcé  d'échapper  par  la  fuite  à  ses  adversaires  et  de  chercher 
asile  dans  le  cabaret  susdit.  Là  ,  nos  deux  individus ,  sans  se  voir, 
sans  se  connaître,  ont  échangé  leurs  habits,  dont  ils  s'étaient  débar- 
rassés pour  courir  plus  vite. 

A  compter  de  ce  moment,  James  Gordon,  métamorphosé  en  artisan, 
dépiste  avec  facilité  les  gens  qui  sont  à  sa  recherche  et  parvient  sans 
encombre  jusqu'au  navire  qui  doit  le  transporter  en  France.  John 
Digby,  au  contraire,  affublé  de  l'uniforme  rouge  du  vaincu  de  Cullo- 
den ,  est  en  butte  à  toutes  sortes  de  vicissitudes  plus  ou  moins  fâ- 
cheuses. 


De  prime  abord  pourtant  tout  se  passe  assez  bien  :  iord  Cockman, 
le  mari  de  la  sœur  du  jeune  Gordon  qui  ne  connaît  pas  son  beau-frère, 
vient  lui  offrir  ses  bons  offices,  et,  trompé  par  le  costume,  s'adresse 
à  John  Digby,  lui  donne  de  l'argent,  lui  fait  servir  un  bon  repas  et 
lui  offre  de  favoriser  son  évasion.  Naturellement,  John  Digby  se  laisse 
aller  au  courant  de  la  situation  et  profite  de  tous  les  excellents  pro- 
cédés de  lord  Cockman. 

Mais  quelle  est  ia  médaille  qui  n'a  pas  son  revers?  John  Digby  n'a 
pas  achevé  son  dernier  verre  de  porto  qu'un  shériff,  prévenu  par  la 
rumeur  publique,  se  présente  chez  Péters  avec  plusieurs  constables 
pour  arrêter  le  jeune  Gordon.  Le  brave  garçon  coiffeur,  rappelé  brus- 
quement à  la  réalité,  apprend  non  sans  terreur  que  son  travestisse- 
ment va  ie  conduire  tout  droit  à  la  tour  de  Londres,  et  peut-être  plus 
loin  encore. 

Dès  lors  il  récuse  le  personnage  de  James  Gordon  et  revendique 
celui  de  John  Digby  ;  mais  on  refuse  de  le  croire.  11  propose  de  four- 
nir une  preuve  de  son  identité  en  rasant  lord  Cockman;  par  malheur, 
sa  main  tremble  si  fort  qu'il  écorche  le  menton  de  sa  seigneurie  et  ne 
réussit  qu'à  mieux  égarer  les  convictions  de  tous  les  assistants.  Déjà 
le  shériff  étend  sur  lui  son  bâton  d'ivoire,  lorsqu'une  lettre  de  James 
Gordon,  datée  du  navire  qui  le  mène  sur  le  continent,  vient  faire 
éclater  l'innocence  de  John  Digby  et  le  rend  à  la  liberté. 

La  pièce  de  MM.  Sauvage  et  de  Léris,  bâtie  sur  uu  quiproquo  amu- 
sant, mais  peu  original,  est  intriguée  avec  assez  d'adresse  ;  elle  a  du 
mouvement  et  se  recommande  par  quelques  détails  spirituels.  La  scène 
de  la  barbe  a  paru  plaire  au  public  et  en  a  décidé  le  succès. 

La  partition  de  M.  Paul  Lagarde  est,  dit-on,  le  fruit  des  loisirs  que 
ce  nouveau  compositeur  a  su  se  créer  en  dehors  des  instants  qu'il 
consacre  aux  opérations  de  la  Bourse.  Pour  nous  ce  serait  peut-être  le 
cas  de  déplorer  les  progrès  de  cette  tendance  vers  la  littérature  et  le 
théâtre  qui  semble  s'être  emparée  depuis  quelque  temps  d'un  si  grand 
nombre  des  gens  du  monde  au  détriment  des  auteurs  et  des  compositeurs 
dont  l'existence  ne  repose  pas  sur  des  occupations  étrangères  à  leur 
art;  mais  nous  renvoyons  à  un  autre  moment  l'examen  de  ceLte  ques- 
tion, qui,  du  reste,  ne  peut  être  souverainement  jugée  que  par  le 
public. 

Sans  aller  au  fond  des  choses,  nous  croyons  que  de  grandes  et 
sérieuses  qualités  sont  l'indispensable  excuse  d'un  musicien  amateur 
qui  ne  craint  pas  d'aborder  les  hasards  de  la  scène.  Sous  ce  rapport, 
M.  Paul  Lagarde  a-t  il  des  droits  réels  à  une  exception  basée  sur  un 
talent  supérieur  à  celui  de  tant  de  jeunes  compositeurs  dont  le  novi- 
ciat est  si  long  et  si  pénible  ? 

Nous   hésitons  à  nous  prononcer  pour  l'affirmative,  quoique,  tout 


186 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


bien  considéré,  sa  partition  ne  soit  pas  exemple  d'un  certain  charme 
élégant  et  facile,  assez  semblable  à  celui  d'une  opérette  bien  réussie. 
On  y  trouve  peu  d'inspirations  saillantes  ;  le  maniement  de  l'orches- 
tre y  est  parfois  défectueux  ;  mais  l'ensemble  est  agréable  et  ne  laisse 
pas  trop  de  prise  à  la  sévérité  de  la  critique. 

Après  une  ouverture  composée  des  principaux  motifs  de  la  pièce,  le 
rideau  se  lève  sur  une  introduction  passablement  scénique,  mais  où, 
par  une  étrange  préoccupation,  le  compositeur  a  reproduit  une  phrase 
presque  textuelle  d'une  des  valses  les  plus  connues  de  Strauss.  Les 
couplets  de  Jenny  :  Je  ne  suis  pas  coquette,  ainsi  que  le  petit  duo  : 
Je  le  sais,  dans  notre  Angleterre,  ont  de  la  grâce  et  de  la  légèreté.  Il 
y  a  encore  un  trio,  un  duo  et  deux  morceaux  d'ensemble  qui  offrent 
quelques  heureux  détails.  Mais  le  morceau  qui  a  été  le  mieux  accueilli 
etquel'ona  seul  fait  répéter,  c'e^t  l'air:  Passe,  aimable  liqueur, 
dont  le  refrain  est  digne  en  effet  d'une  mention  particulière. 

Ce  qui  manque  surtout,  on  doit  le  reconnaître,  à  la  distribution  de 
l'Habit  d>.  Milord,  c'est  une  étoile.  Ponchard  fait  tout  ce  qu'il  peut 
dans  le  rôle  capital  de  John  Digby;  Prilleux,  Nathan,  Holtzem, 
Mlle  Zoé  Bélia,  le  secondent  de  leur  mieux  au  second  plan  ;  mais  lors- 
qu'une pièce  e>t  privée  d'un  point  d'appui  solide,  ce  n'est  malheu- 
reusement pas  le  zèle  qui  suffit  à  le  remplacer. 

D.  A.   D.  SAINT-YVES. 


THÉÂTRE  DES  BOUFFES -PARISIENS. 

TITUS    ET  BÉKÉSTICE, 

Opérette-bouffe  en  un  acte,  pivotes  de  M.  Ed.  Fournier,  musique  de 

M.  L.  Gastinel. 

(Première  représentation  le  il  mai  18G0.) 

Après  la  mythologie,  l'histoire  romaine  ou  grecque  devait  néces- 
sairement tenter  les  fournisseurs  ordinaires  du  théâtre  des  Bouffes. 
Les  plus  grands  faits  historiques  y  passeront  bien  certainement  tour  à 
tour,  travestis  et  considérablement  augmentés  de  charges  et  de  lazzi  qui 
eussent  effrayé,  nous  en  sommes  bien  convaincu,  la  muse  court-vêtue 
du  vieux  Scarron.  Aujourd'hui  M.  Ed.  Fournier  n'a  fait  qu'effleurer 
le  sujet;  espérons  que  bientôt  un  autre  plus  hardi  nous  montrera  le 
vieux  sujet  tragique  dans  toute  sa  vérité  et  ne  craindra  pas  d'affubler 
Léonce  ou  Désiré  de  la  tunique  vespasienne,  et  une  des  nymphes  du 
passage  Choiseul  du  péplum  de  Bérénice.  L'action  de  la  nouvelle 
opérette  se  passe,  autant  que  nous  avons  pu  comprendre,  à  Bergame, 
dans  cette  bonne  ville  où  fleurissent  de  temps  immémorial  les  Panta- 
lon, les  Tartaglia,  les  Arlequin  et  les  Colombine  de  la  comédie  italienne. 
Dès  le  lever  du  rideau  Mlle  Tostée  prend  le  soin  d'avertir  le  public, 
dans  un  prologue  gracieusement  rimé,  du  peu  d'importance  que  l'au- 
teur attache  à  son  poëme.  Son  père,  César,  est  peintre  et  défend  la 
porte  à  tous  les  amoureux,  au  moins  jusqu'à  ce  que  son  chef-d'œuvre 
soit  achevé.  Ce  chef-d'œuvre  est  une  affreuse  toile  représentant,  à  ce 
qu'assure  son  auteur,  Vespasien  repoussant  les  prières  de  Titus  et  de 
Bérénice.  Mais  deux  soupirants  vont  bientôt  s'introduire  dans  le  sanc- 
tuaire, et,  pour  tromper  la  vigilance  de  l'Argus,  ils  ne  trouvent  rien  do 
mieux  à  faire  que  de  prendre  la  place  des  mannequins  achetés  par  le 
vieux  rapin  pour  représenter  les  deux  héros  de  l'ancienne  Rome. 
Après  quelques  scènes  dont  le  côté  le  plus  comique  est  de  mettre  en 
présence  à  plusieurs  reprises  le  peintre  et  ses  modèles  dans  les  poses 
les  plus  excentriques,  César  donne  sa  fille  à  Lelio,  l'amant  préféré, 
et  tout  finit,  comme  dans  tous  les  vaudevilles  passés,  présents  et  à 
venir,  par  un  mariage 

Sur  ce  canevas  un  peu  décousu,  et  qui  n'est  sauvé  que  par  les 
mots  heureux ,  M.  L.  Gastinel  a  jeté  de  la  musique  à  pleines 
mains.  On  peut  même  lui  reprocher  beaucoup  de  prolixité  :  ses 
duos,  ses  morceaux   d'ensemble  sont  trop  longs  ;   la  situation,  ten- 


due continuellement  ,  aurait  exigé  une  musique  vive  et  surtout 
brève  :  M.  Gastinel  a  montré  trop  de  science  et  pas  assez  de 
savoir  faire.  Son  duo  de  la  dispute  entre  les  deux  mannequins 
est  bien  fait,  bien  coupé,  d'une  excellente  couleur  bouffe,  mais  il  eût 
certainement  beaucoup  gagné  à  être  réduit  d'un  bon  tiers.  L'histoire 
des  amours  de  Bérénice  et  de  Titus  est  le  joyau  de  la  nouvelle  parti- 
tion de  l'auteur  de  VOpéra  aux  fenêtres  :  c'est  un  petit  bijou  musical, 
d'une  mélodie  bien  franche,  quoique  un  peu  commune.  L'ouverture 
est  bien  écrite  et  surtout  heureusement  conçue.  Somme  toute,  Titus 
et  Bérénice  n'ajoutera  rien,  croyons-nous,  à  la  gloire  musicale  de  son 
auteur  ;  mais  cette  opérette  a  prouvé,  ce  que  nous  savions,  du  reste, 
que  M.  L.  Gastinel  était  un  musicien  habile  et  souvent  bien  inspiré, 
qui  pourra  quand  il  le  voudra  ou  quand  l'occasion  lui  en  sera 
offerte,  traiter  un  véritable  sujet  d'opéra-comique  un  peu  en  dehors 
des  excentricités  musicales  de  la  salle  du  passage  Choiseul.  Mlle  Tostée 
a  joué  le  rôle  de  Bérénice  en  actrice  intelligente  et  en  cantatrice. 
M.  Tayau  a  été  splendide  dans  le  mannequin  Lelio-Tilus.  MM.  Desmonts 
et  Jean  Paul  ont  donné  la  réplique  à  leurs  camarades  avec  beaucoup 
de  verve  et  d'enlrain.   • 

A.  B. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

ET 

ÏSBBlLEfOGSaSAE'.BSIE   GES.~EK.AIiE    DE   IiA.   MUSIQUE. 

Deuxième  édition  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié, 

"Par  E.-JT.   FÉTIS. 

(2'  article.)  (1) 

Revenons  à  ce  grand  ouvrage,  dont  la  lecture  a  pour  nous  l'intérêt 
d'une  histoire  et  le  charme  d'un  roman.  Sans  aucun  doute,  ce  qui  en 
constitue  l'immense  valeur,  indépendamment  de  l'inappréciable  ori- 
ginalité, c'est  d'avoir  été  conçu,  exécuté  par  un  seul  homme;  bien 
plus  encore,  c'est  que  ce  même  homme  ait  pu  le  continuer,  le  com- 
pléter, l'achever  une  seconde  fois  vingt-cinq  ans  après.  Quel  autre 
que  M.  Fétis  eût  été  capable  d'entreprendre  et  de  mener  à  fin  une 
pareille  tâche?  Pour  s'en  faire  une  idée,  il  faut  avoir  vu  les  tomes 
composant  la  première  édition  de  la  Biographie,  retravaillés  de  sa 
main,  grossis  de  feuillets  nouveaux  presque  à  chaque  article.  Il  faut 
avoir  estimé  d'un  coup  d'œil  ce  que  tant  d'additions,  de  corrections, 
de  'recherches  opiniâtres  exigeaient  de  labeur  et  de  temps,  même 
chez  l'écrivain  le  mieux  doué  pour  l'accomplissement  d'une  œuvre 
de  ce  genre.  M.  Fétis  s'est  donné  un  plaisir  que  lui  seul  pouvait  se 
procurer,  et  qui  probablement  ne  sera  jamais  accordé  à  aucun  autre. 
Dans  la  première  édition  de  son  livre,  il  avait  commencé  par  dénom- 
brer et  classer  aussi  exactement  que  possible  le  personnel  des  musi- 
ciens morts  et  vivants,  dont  le  nom  méritait  une  mention  grande  ou 
petite.  Puis,  cette  opération  faite,  il  s'est  mis  à  contempler  ce  monde 
musical  dont  il  venait  de  dresser  la  statistique  :  il  n'a  pas  cessé  de 
le  regarder  vivre,  s'agiter,  se  multiplier,  grandir  ;  en  portant  ses 
regards  sur  tout  le  présent,  il  n'a  pas  négligé  le  passé,  s'atlachant 
d'un  côté  comme  de  l'autre  à  faire  des  découvertes,  et  n'y  réussis- 
sant pas  moins  heureusement.  Pendant  un  quart  de  siècle,  il  n'a  pas 
quitté  son  poste  d'observateur.  Comme  un  de  ces  astronomes  infati- 
gables qui,  les  yeux  toujours  tournés  vers  le  ciel,  ne  laissent  le  té- 
lescope que  pour  prendre  la  plume,  M.  Fétis,  pendant  vingt-cinq  ans, 
s'est  attaché  à  suivre,  pour  les  mieux  décrire,  les  astres  anciens  de 
la  musique,  à  signaler  les  astres  nouveaux  qui  se  produisaient  dans 
l'espace;  et  le  magnifique  résultat  de  ce  dévouement  sans  égal  à  l'art 
et  à  la  science,  c'est  la  seconde  édition  de  la  Biographie  universelle 

(1)  Voir  le  n°  11. 


DE  PARIS. 


187 


des  musiciens,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié. 
Jamais  ouvrage  n'a  mieux  tenu  les  promesses  de  son  titre. 

Rien  de  plus  curieux  que  de  lire  en  même  temps  les  deux  éditions 
et  de  comparer  la  seconde  à  la  première  :  c'est  le  moyen  de  recon- 
naître que  les  augmentations  ne  consistent  pas  seulement  en  articles 
ajoutés  pour  des  noms  omis  ou  qui  n'existaient  pas  encore,  en  arti- 
cles plus  étendus  en  raison  des  progrès  du  talent  et  de  la  renommée 
des  artistes  ;  mais  aussi  en  articles  remis  sur  le  métier,  enrichis  de 
faits,  de  considérations,  élevés  à  la  taille  d'une  monographie,  pour  des 
artistes  déjà  connus,  déjà  illustres  et  morts  depuis  nombre  d'années, 
lorsque  la  première  édition  parut.  Par  exemple,  Beethoven,  qui  avait 
cessé  de  vivre  en  1827,  et  dont  la  gloire  avait  atteint  son  apogée  en 
France  dans  les  grandes  solennités  de  la  Société  des  concerts ,  per- 
sonne ne  doute  que,  dix  ans  plus  tard,  M.  Fétis  n'ait  mis  tous  ses  soins 
à  raconter  sa  vie,  à  caractériser  son  génie,  à  énumérer  et  analyser  ses 
œuvres.  Dans  l'article  qu'il  écrivit  à  cette  époque,  on  remarque  la 
division  neuve  alors,  et  dont  tout  l'honneur  lui  revient,  de  ces  œuvres 
si  fortes  et  si  belles  en  trois  classes  différentes,  division  sur  laquelle 
on  a  tant  raisonné,  tant  écrit,  tant  discuté  depuis!  Eh  bien,  malgré 
la  bonne  volonté,  le  zèle,  malgré  le  talent  du  biographe  de  1837, 
celui  de  1860  le  surpasse  et  l'efface  incontestablement.  Le  premier 
article  n'avait  qu'une  douzaine  de  pages  ;  le  second  en  compte  plus 
du  double,  aux  colonnes  plus  chargées  de  lignes,  au  texte  plus  fin, 
plus  serré.  C'est  que  la  pensée  et  l'érudition  de  M.  Fétis  ne  se  sont 
pas  arrêtées  à  un  point  donné  ;  c'est  qu'il  n'a  pas  cru  devoir  se  hâter 
de  dire,  comme  tant  d'autres:  Mon  siège  est  fait!  Au  contraire,  il 
a  profité  de  tout  ce  qu'on  avait  écrit  et  publié  sur  Beethoven  :  il  a  lu 
tout  ce  qu'on  avait  imprimé  de  biographies,  de  commentaires,  de  bro- 
chures élogieuses  et  critiques  ;  il  en  a  recueilli  la  substance,  et  il  faut 
voir  avec  quel  art  il  a  su  la  mêler,  la  fondre  avec  celle  de  l'article  pri- 
mitivement sorti  de  sa  plume.  On  dirait  que  Wegeler,  Ferdinand  Ries, 
Schindler,  de  Lenz,  Oulibichef  et  Marx  n'ont  en  réalité  travaillé  que 
pour  lui. 

Comme  spécimen  de  l'habileté  extrême  avec  laquelle  M.  Fétis  a 
procédé  au  remaniement  de  son  œuvre,  en  s'assimilant  tout  ce  qui  lui 
a  semblé  de  bonne  prise,  citons  entre  autres  le  paragraphe  relatif  au 
célibat  de  Beethoven  et  aux  causes  qu'onlui  attribuait  généralement. 
Dans  la  première  édition,  ce  paragraphe  est  très-court  :  «Beethoven, 
»  y  lit-on,  ne  se  maria  point  ;  M  de  Seyfried  dit  même  qu'on  ne  lui 
»  connut  aucun  attachement  de  cœur.  L'auteur  de  cette  biographie  se 
»  souvient  cependant  que  Woëlfllui  a  parlé  d'une  dame  chez  qui  Bee- 
>»  Ihoven  allait  souvent  dans  sa  jeunesse,  et  qu'il  aimait  beaucoup, 
»  sans  le  lui  avoir  jamais  dit.  Il  paraissait  être  ému  de  jalousie  quand 
»  des  propos  galants  étaient  adressés  à  l'objet  de  son  amour.  Le 
»  piano  devenait  alors  le  confident  de  ses  pensées  et  recevait  l'im- 
»  pression  des  orages  de  son  cœur  ;  mais  un  regard  de  la  dame  et 
»  quelques  mots  bienveillanls  ramenaient  le  calme  dans  son  âme  et 
«  laissaient  succéder  les  douces  mélodies  aux  âpres  accents  de  sa 
»  verve  passionnée.  » 

Voici  dans  la  seconde  édition  ce  même  paragraphe,  où  tout  ce 
qu'on  vient  de  lire  est  conservé  :  «  Beethoven  ne  se  maria  point  ; 
»  M.  de  Seyfried  dit  même,  etc....  Cependant  le  docteur  Wegeler,  son 
»  ami  d'enfance  et  de  jeunesse,  dit  qu'il  n'était  jamais  sans  amour 
»  dans  le  cœur  et  qu'il  en  était  épris  jusqu'à  l'exaltation.  (  Beethoven 
»  war  nie  ohne  eine  Liebe  und  meistens  von  ihr  ira  hohen  Grade 
»  ergriffen.)  Schindler  avoue  que  cette  assertion  est  exacte  et  fournit 
»  à  ce  sujet  des  renseignements  qui  ne  sont  pas  sans  intérêt.  Les 
»  objets  de  ses  affections  étaient  toujours  d'un  rang  élevé,  circonstance 
»  qui  s'explique  par  son  noble  caractère  et  par  ses  relations  fréquen- 
»  tes  avec  les  hautes  classes  de  la  société.  Du  reste  son  amour  était 
»  tout  platonique  :  le  cœur  et  l'imagination  en  faisaient  tous  les  frais 
»  et  les  sens  n'y  avaient  que  peu  de  part.  Pendant  plusieurs  années 
»  il  fut  épris  de  Mlle  Julie  de  Guicciardi,  qui  plus   tard  épousa   le 


»  comte  de  Gallenberg  et  à  qui  il  a  dédié  sa  sonate  en  ut  dièse  mi- 
»  neur.  Quelques  letLres  écrites  dans  l'été  de  1806,  d'une  localité  de 
»  bains  en  Hongrie,  où  il  était  allé  pour  essayer  la  guérison  de  sa 
»  surdité,  et  qui  ont  été  publiées  par  Schindler,  nous  apprennent  que 
»  son  amour  était  partagé.  Schindler  cite  aussi  une  tendre  liaison  de 
»  l'illustre  compositeur  avec  la  comtesse  Marie  d'Erdaedy,  à  qui  il  a 
»  dédié  ses  deux  beaux  trios  de  l'œuvre  70.  Hauteur  de  cette  biogra- 
phie se  souvient,  etc.  (Voyez  ci- dessus).  Ries,  élève  de  Beethoven 
»  pour  le  piano,  et  qui  vécut  plusieurs  années  dans  son  intimité,  dit 
»  que  les  passions  amoureuses  de  son  illustre  maître  n'étaient  jamais  de 
»  longue  durée,  et  que  l'épreuve  la  plus  persévérante  de  constance 
»  qu'il  pût  citer  avait  duré  sept  mois.  Cependant  son  amour  pour 
»  Mlle  de  Guicciardi  l'occupa  pendant  plusieurs  années .  » 

Telle  est  la  méthode  constamment  suivie  par  M.  Fétis.  Nous  venons 
de  montrer  comment  il  a  refait  dans  l'histoire  de  Beethoven  le  cha- 
pitre de  l'amour.  Voyons  maintenant  celui  de  l'amitié,  sur  lequel  la 
première  édition  gardait  un  silence  absolu  :  «  Beethoven,  continue  le 
»  savant  biographe,  n'était  pas  moins  sensible  à  l'amitié  qu'à  l'amour; 
»  mais,  très-susceptible,  il  se  blessait  facilement  et  se  brouillait  avec 
»  ses  amis  les  plus  intimes.  Ses  frères,  qui  troublèrent  souvent  sa 
»  tranquillité  et  furent  cause  de  ses  plus  vifs  chagrins,  jetaient  à 
«  plaisir  dans  son  esprit  des  doutes  sur  les  hommes  pour  qui  il  avait 
»  une  sincère  affection,  afin  de  le  dominer  sans  témoins.  Beethoven 
»  prêtait  trop  légèrement  l'oreille  à  ces  propos,  et,  au  lieu  de  s'en 
»  expliquer  avec  franchise,  il  boudait  et  repoussait  par  sa  froideur 
»  ceux  dont  il  croyait  avoir  à  se  plaindre.  Mais  si  l'on  parvenait  à 
»  l'éclairer  sur  son  erreur,  il  se  hâtait  d'avouer  ses  torts,  en  deman- 
»  dait  pardon  et  les  réparait  avec  empressement.  Bien  que  très-at- 
»  taché  aux  amis  de  sa  jeunesse,  des  années  s'écoulaient  quelquefois 
»  sans  qu'il  y  pensât.  On  voit  par  une  de  ses  lettres  à  M.  Wegeler, 
»  compagnon  de  son  enfance  et  son  ami  intime,  qu'il  ne  lui  avait  pas 
»  écrit  une  fois  dans  l'espace  de  sept  années.  Très-lié  avec  Schenk, 
»  qui  l'avait  éclairé  sur  les  défauts  de  son  éducation  musicale,  il  pa- 
»  raissait  cependant  l'avoir  oublié,  lorsqu'un  jour,  se  promenant  en 
»  société  de  Schindler  sur  le  boulevard  de  Vienne,  il  le  rencontra 
»  après  l'avoir  perdu  de  vue  pendant  près  de  vingt  ans.  Ivre  de  joie 
»  de  revoir  ce  vieil  ami  qu'il  croyait  descendu  dans  la  tombe,  Ber„ 
»  thoven  l'entraîna  dans  un  cabaret  voisin  (au  Cor  du  chasseur),  sa 
»  fit  apporter  du  vin,  et  là,  avec  un  épanchement  semblable  à  celui 
»  de  la  jeunesse,  cet  homme,  si  taciturne  et  si  distrait  d'ordinaire,  se 
»  livra  à  des  élans  de  gaieté  et  régala  le  vieux  Schenk  d'une  multi- 
»  tude  d'historiettes  et  d'anecdotes.  Après  une  heure  passée  dans  cette 
»  effusion,  ils  se  séparèrent,  et  ce  fut  pour  toujours,  car  ceci  se  pas- 
»  sait  en  1824  ;  et  moins  de  trois  ans  après  le  grand  homme  n'exis- 
»  tait  plus.  » 

Aux  chapitres  de  l'amour  et  de  l'amitié  succède  celui  de  la  famille. 
Viennent  ensuite  les  anecdotes  caractéristiques  dont  M.  Fétis  a  fait  la 
moisson  la  plus  ample,  et  enfin  son  excellent  travail  se  termine  par  un 
catalogue  chronologique  des  œuvres  de  l'artiste,  suivi  d'une  apprécia- 
tion des  biographies,  études  et  autres  écrits  publiés  à  son  occasion. 
Nous  ne  saurions  dire  avec  quel  plaisir  nous  avons  lu  et  relu  toutes 
ces  pages,  marquées  au  cachet  de  la  plus  haute  science  alliée  à  la  plus 
saine,  raison.  Du  reste,  qui  s'étonnerait  que  M.  Fétis  ait  écrit  un  chef- 
d'œuvre  à  propos  de  Beethoven  ?  Nous  verrons  bientôt  que  pour  être 
traité  par  lui  non  moins  bien,  il  n'est  pas  toujours  nécessaire  d'être  un 
aussi  grand  homme. 


Paul  SMITH. 


(La  suite  prochainement.) 


188 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Dans  sa  dernière  Revue  critique  des  thdâtres  (lj,  M.  B.  Jouvin.  à 
propos  d'Aimé  Maillart,  fait  quelques  réflexions  que  nous  nous  plai- 
sons à  reproduire: 

»  Mais  la  province  ne  se  borne  pas  à  casser  les  arrêts  de  la  mé- 
tropole ;  dans  ses  jours  d'omnipotence,  elle  va  jusqu'à  élever  autel 
contre  autel  et  fabriquer  à  son  tour  des  réputations  qu'elle  espère 
bien  nous  faire  adopter  plus  tard.  Elle  fait  en  ce  moment  la  fortune 
de  l'auteur  des  Dragons  de  Villars.  Si  M.  Aimé  Maillart  n'avait  pas 
autant  de  modestie  que  de  talent,  il  pourrait  se  placer  sur  le  piédes- 
tal que  lui  élève  à  frais  communs  la  province,  et  prenant  l'attitude 
de  Talma  dans  Manlius,  s'éciier:  Qu'en  dis-tu?  en  toisant  de  haut 
en  bas  ce  Paris  qui  le  dédaigne  et  le  condamne  à  l'inaction  dans 
l'âge  de  la  production.  Un  opéra  applaudi,  mais  joué  sans  le  fracas 
des  réclames  au  théâtre  Lyrique,  les  Dragons  de  Villars,  fait  en  ce 
moment  son  tour  de  France.  On  le  joue  au  nord,  on  le  reprend  au 
midi,  on  le  fête  partout.  Lyon,  Marseille,  Rouen,  Toulouse,  Nantes, 
Bordeaux,  et,  en  ce  moment,  Bruxelles,  n'ont  des  yeux  que  pour  le 
maréchal  des  logis  Belamy  et  des  oreilles  que  pour  Rose  Friquet.  So- 
prani  d'Opéra-Comique,  contralti  de  grand  Opéra,  saisis  de  l'émula- 
tion de  l'enthousiasme,  font  siffler  leur  badine  et  chantent  sur  toutes 
les  scènes  grandes  ou  petites:  Hop!  hop!  mules  chéries.  Une  an- 
cienne pensionnaire  de  l'Opéra-Comique,  dont  le  talent  s'est  déve- 
loppé dans  un  exil  qui  ne  fut  pas  une  disgrâce,  Mlle  Boulard  ravit  en 
ce  moment  les  habitués  du  théâtre  de  la  Monnaie  dans  ce  rôle  de 
muletière  des  Dragons.  Je  sais  bien  que  la  province  est  la  province, 
et  c'est  là  son  plus  grand  défaut,  hélas  !  mais  les  populations  du  midi 
de  la  France  sont  essentiellement  musicales  ;  mais  Bruxelles  est  un 
centre  artistique;  cela  mérite  réflexion.  Paris  n'a  pas  des  composi- 
teurs à  revendre.  Ceux  qui  se  piquent  de  mettre  un  chant  dans  un 
moule  harmonique  sont  rares  !  Parmi  les  plus  populaires,  combien  en 
est-il  dont  les  productions  franchissent  les  barrières?  Je  vous  défie 
d'en  citer  plus  de  trois,  et  même  d'en  citer  trois  !  Pourquoi  Paris, 
qui  ne  se  fait  pas  faute,  en  temps  de  disette,  de  prendre  des  chan- 
teurs à  la  province,  n'essayerait-il  pas  de  lui  enlever  son  composi- 
teur? Pourquoi,  témoin  de  l'accueil  fait  aux  Dragons  de  Mllars,  ne 
demanderait-il  pas  un  ouvrage  au  musicien  des  Dragons  de  Villars? 
Attend-il  que  M.  Maillart  n'ait  plus  de  cheveux  (hélas  la  chose  est 
faite),  ou  plutôt  attend-il  qu'il  n'ait  plus  d'idées?  Ce  serait  plus  grave, 
car  ce  serait  ruiner  le  métier  et  la  gloire  d'une  foule  de  messieurs 
qui  se  font  de  gros  revenus  à  l'Opéra-Comique,  au  théâtre  Lyrique 
et  même  à  l'Opéra,  en  faisant  chaque  soir  au  public  un  cours  de  tri- 
gonométrie musicale. 

»  B.  JOUVIN.  » 


CORRESPONDANCE. 

Bruxelles,  16  mai  1860. 

Monsieur  le  Directeur, 
Au  moment  où  la  saison  musicale  se  termine,  vous  désirez  que  je 
vous  fasse  le  résumé  de  ce  qui  s'y  est  passé  de  plus  remarquable  à  Uruxelles. 
Je  ne  puis  vous  donner  que  des  notes  fort  incomplètes  ;  car  le  temps, 
dont  je  n'ai  jamais  assez  pour  ce  que  je  voudrais  faire,  ne  me  permet  ni 
de  tout  voir  ni  de  tout  entendre,  ce  qui  n'est  pas  un  mal  pour  mes 
oreilles,  mais  ce  qui  ne  peut  manquer  défaire  de  moi  un  fort  mauvais 
correspondant. 

La  musique  est,  en  général,  mal  organisée  dans  nos  églises,  parce 
que  l'argent  manque  pour  faire  quelque  chose  qui  ait  de  la  valeur  au 
point  de  vue  de  l'art  sérieux  ;  je  n'en  parlerai  donc  pas.  Les  éléments  ne 
manquent  certes  pas  ici  ;  mais  on  ne  sait  ni  ne  veut  les  employer  comme 
il  faudrait. 

(1)  Feuilleton  du  Figaro,  jeudi  17  mai. 


A  l'égard  des  théâtres,  ils  ont  eu  des  phases  de  bonne  et  de  mauvaise 
fortune.  Le  théâtre  Royal  n'a  pu  tirer  bon  parti  de  son  personnel  de 
grand  opéra,  dans  lequel  il  y  a  cependant  quelques  artistes  de  mérite, 
à  cause  de  la  monotonie  du  répertoire.  Ce  répertoire,  toujours  le  même, 
toujours  ressassé  depuis  une  longue  suite  d'années,  ne  peut  plus  avoir 
d'attrait  pour  le  public.  Il  faudrait  qu'il  fût  renouvelé;  mais  il  ne  peut 
l'être  que  par  des  ouvrages  joués  avec  succès  à  Paris,  et  vous  savez 
combien  ils  y  sont  rares.  Avec  une  population  flottante  de  quelques  cen- 
taines de  mille  étrangers,  l'opéra  de  la  rue  Le  Peletier  fait  des  recettes 
avec  des  spectacles  tels  quels  ;  mais  à  Bruxelles  c'est  toujours  le  même 
monde  qui  alimente  la  recette,  et  pour  le  faire  venir,  il  faut  des  nou- 
veautés. 

La  bonne  fortune  de  notre  théâtre  royal,  pendant  l'année  dramatique, 
a  consisté  dans  les  représentations  du  Pardon  de  Ploërmel,  des  Dragons 
de  Villars,  et  dans  le  plaisir  qu'a  pris  le  public  à  entendre  le  chant  de 
Mlle  Boulard.  A  Paris  on  n'a  pas  aperçu  ce  qu'il  y  avait  à  Lu're  du 
talent  de  cette  cantatrice  et  on  n'a  pas  su  la  mettre  en  évidence  dans  des 
rôles  importants.  On  lui  a  fait  chanter  les  Papillotes  de  M.  Benoit  et  des 
choses  du  même  genre,  dont  je  ne  prétends  certes  pas  diminuer  la 
valeur,  mais  qui  ne  sont  pas  faites  pour  une  brillante  cantatrice.  A 
Bruxelles,  Mlle  Boulard  a,  comme  on  dit,  fait  fureur,  et  a,  sans  aucun 
doute,  souvent  mérité  la  vogue  dont  elle  jouit.  Elle  a  progressé  dans  le 
succès,  comme  il  arrive  aux  artistes  dans  lesquels  il  y  a  du  talent  vrai  ; 
mais  elle  a  abusé  de  ses  forces,  ayant  joué  des  ouvrages  ou  cha  ité  dans 
des  concerts  cinq  fois  par  semaine.  En  ce  moment  elle  est  fatiguée  :  il 
faut  qu'elle  y  prenne  garde. 

Nous' avons  ici  M.  Merelli,  de  Milan,  qui  nous  a  amené  de  bons  artistes, 
d'autres  médiocres  ;  qui  a  placé  sa  compagnie  au  théâtre  du  Cirque, 
grande  salle  fort  sale,  mais  bonne  pour  la  musique:  qui  a  trouvé  à  ce 
théâtre  un  orchestre  exécrable,  lequel  servait  à  je  ne  sais  quelles  hor- 
reurs qu'on  y  représentait,  et  y  a  placé  son  excellent  chef  d'orchestre, 
M.  Orsini,  dont  je  devine  le  désespoir  en  se  voyant  à  la  tête  de  pareils 
éléments.  Force  lui  fut  d'appeler  à  son  secours  quelques  violonistes  de 
talent  qui,  heureusement,  ont  répondu  à  son  appel,  mais  qui  ne  peuvent 
pas  toujours  lutter  avec  succès  contre  leur  entourage.  Cela  n'est  rien 
encore  auprès  des  choristes  dont  le  choix  est  vraimentbouSbn.  En  dépitde 
ces  obstacles,  il  y  a  eu  quelques  très-bonnes  représentations,  grâce  au 
talent  remarquable  de  certains  chanteurs  et  à  cette  verve  méridionale 
d'ensemble  qu'ont  toujours  les  artistes  italiens.  Don  Pasquale,  par  exem- 
ple, ce  charmant  ouvrage  de  Donizetti,  n'a  pas  été  si  bien  chanté  ni  joué 
depuis  le  temps  de  Lablache  qu'il  l'a  été  ici  avec  lime  Lorini-ilariani,  le 
ténor  très-agréable  M.  Galvani,  l'excellent  baryton  .M.  David  Squarcia,  et 
M.  Ciampi,  bouffe  parfait,  dont  la  voix  est  puissante.  Cet  enseml  le,  digne 
des  bons  temps  de  la  scène  italienne,  m'a-  charmé  et  a  rappelé  à  mon 
souvenir  des  époques  plus  heureuses  pour  l'art. 

Des  concerts  1  nous  en  avons  eu  un  déluge  :  vous  savez  ce  que  c'est, 
et  M.  Botte  encore  plus.  Que  je  plains  souvent  ce  jeune  artiste,  si  bon 
musicien,  critique  si  judicieux,  si  fin,  de  si  bon  goût,  d'être  obligé  de 
passer  incessamment  par  la,  et  de  distribuer  à.  chacun  sa  petite  part 
d'encens  pour  ne  pas  faire  de  jaloux.  Pour  moi,  je  ne  suis  pas  si 
malheureux  :  je  ne  vais  rien  entendre  de  tout  cela.  Les  choses:  d  une 
valeur  réelle  ou  qui  ont  un  intérêt  de  curiosité  peuvent  seules  me  faire 
sortir  du  gite  où  je  suis  toujours  songeant  ; 

Car  que  faire  en  un  gite,  à  moins  que  l'on  ne  songe. 

Les  concerts  de  M.  Richard  Wagner,  répétition  de  ceux  qu'il  a  donnés 
à  Paris,  ont  eu  beaucoup  de  retentissement  à  Bruxelles.  On  a  débité  là- 
dessus  mille  folies  dans  les  journaux  d'estaminets  et  de  tavernes  :  pour 
moi,  je  ne  dirai  rien  sur  ce  sujet,  parce  que  je  l'ai  traité,  autrefois  d'une 
manière  sérieuse.  Cette  musique  s'adresse  à  un  avenir  qu'on  ne  serait 
pas  fâché  de  transformer  en  présent  :  je  laisse  à  l'avenir  à  s'expliquer. 

C'est  dans  les  concerts  du  Conservatoire  que  la  grande  musique  se 
trouve  d'ordinaire  dans  toute  sa  splendeur,  parce  qu'elle  y  est  rendue 
avec  un  fini  qui  est  le  résultat  d'études  consciencieuses.  Cette  année  a 
été  marquée  par  un  progrès  dans  de  certaines  choses  où  l'orchestre 
s'est  approché  autant  que  possible  de  la  perfection,  rêve  nécessaire  de 
tous  les  arts;  rêve  heureux,  bien  qu'il  ne  se  réalise  jamais  d'une  ma- 
nière absolue. 

Je  ne  me  borne  point,  dans  le  programme  de  ces  concerts,  aux  œuvres 
purement  classiques  :  je  laisse  la  porte  ouverte  aux  hommes  du  présent, 
et  il  n'y  a  point  d'année  où  je  n'aie  fait  entendre  des  symphonies 
ou  des  ouvertures  inédites.  J'ai  bien  à  lutter  à  cet  égard  avec  les  admi- 
rateurs exclusifs  des  noms  consacrés  :  mais  je  tiens  ferme  et  ne  me 
laisse  point  influencer  par  leurs  préventions.  J'ai  donné  au  troisième 
une  ouverture  de  concert  composée  par  M.  de  Ilartog,  connu  par  beau- 
coup d'autres  œuvres.  Le  compositeur  a  pris  son  sujet  dans  la  tragédie 
de  Shakspeare,  Macbeth,  où  le  génie  de  ce  grand  homme  s'est  aban- 
donné à  ses  plus  grandes  hardiesses.  L'ouverture  de  M.  de  Hartog  est 
d'un  caractère  énergique,  bien  approprié  au  sujet.  Elle  est  largement 
développée  dans  son  système  d'unité  et  l'instrumentation  en  est  bien 
entendue.  C'est  une  œuvre  d'expérience  qui  dénote  une  main  ferme 
dans  l'art  d'écrire  pour  l'orchestre. 

Au  dernier  concert,  j'ai  fait  exécuter   une  symphonie  inédite   de 


DE  PARIS. 


189 


M.  Meynne,  un  des  premiers  élèves  de  composition  que  j'ai  formés  à 
Bruxelles.  Cet  ouvrage  a  obtenu  un  très-légitime  succès.  Sans  se  jeter 
dans  des  proportions  gigantesques,  M.  Meynne  atteint  au  caractère  de 
la  grandeur  en  plusieurs  parties  de  son  œuvre;  l'enchaînement  des  idées 
y  est  naturel  et  l'on  y  trouve  de  l'inattendu.  Le  scherzo,  Fondante  et  le 
finale  particulièrement  ont  impressionné  l'auditoire  et  obtenu  les  éloges 
des  artistes.  Il  y  a  beaucoup  d'habileté  dans  les  oppositions  de  timbres 
dans  l'instrumentation.  Ce  début  doit  encourager  M.  Meynne,  qui  n'a  que 
le  tort  d'avoir  trop  tardé  à  le  faire. 

J'ai  voulu,  à  ce  dernier  concert,  rendre  au  prodigieux  finale  du  se- 
cond acte  du  Mariarje  de  Figaro,  son  caractère,  qui  avait  complètement 
disparu  aux  représentations  du  théâtre  Lyrique  de  Paris;  car,  suivant 
ses  habitudes,  le  public  parisien  faisait  consister  toute  la  valeur  de  cette 
œuvre  colossale  dans  le  chant,  bien  séduisant  à  la  vérité,  dans  le  chant 
des  trois  femmes  de  talent  qui  s'étaient  chargées  de  l'interpréter.  On 
n'a  plus  les  traditions  de  cette  musique  en  France.  Avec  l'orchestre  du 
Conservatoire  de  Bruxelles,  l'effet  de  ce  finale  a  été  somptueux. 

Je  ne  sais  si  vous  serez  satisfait  de  votre  correspondant  ;  mais,  enfin, 
voilà. 

Tout  à  vous, 

FÉTIS  père. 


Henri  LitoïfT  à  Uége. 

La  tournée  artistique  que  Litolff  fit,  il  y  a  deux  ans,  en  Belgique  avait 
laissé  une  impression  profonde.  Un  jour  lo  bruit  se  répand  qu'une  para- 
lysie du  poing  va  le  tenir  éloigné  du  théâtre  de  ses  succès.  A  cette  triste 
nouvelle,  on  ne  saurait  peindre  l'anxiété  qui  s'empara  des  dilettanti. 
Enfin,  après  dix  -huit  mois  de  traitement  pendant  lesquels  l'artiste  a  dû 
cruellement  souffrir  aux  heures  de  découragement  et  de  doute,  Litolff  a 
pu  reprendre  l'étude  de  son  instrument  favori  et  montrer  bientôt  que 
sa  main  droite,  loin  de  perdre  en  agilité,  avait  plutôt  gagné  dans  son 
prodigieux  mécanisme. 

Bruxelles,  Gand,  Mons,  ont  de  nouveau  reçu  le  virtuose  comme  un 
ami  que  l'on  n'espérait  plus  revoir  ;  Vcrviers  a  fait  venir  un  orchestre 
de  cinquante  musiciens  pour  exécuter  ses  grandes  compositions  ;  Anvers, 
après  lui  avoir  tressé  des  couronnes,  lui  a  préparé  une  fête  sur  l'Escaut, 
à  l'occasion  du  baptême  d'un  navire  qui  va  porter  au  bout  du  monde 
le  nom  de  Henry  Litolff,  son  illustre  patron  ;  enfin,  Liège  lui  a  donné  ses 
droits  de  cité,  en  l'accueillant  comme  un  fils,  et  par  reconnaissance 
celui-ci  lui  a  consacré  la  primeur  de  fragments  d'un  grand  opéra  en  cinq 
actes,  intitulé  Rodrigue  de  Tolède,  ouvrage  entièrement  écrit  de  la  main 
gauche,  pendant  que  la  droite  était  paralysée. 

Toutes  ces  villes  ont  entendu  successivement  dans  une  série  de  con- 
certs ses  quatre  grandes  ouvertures:  Rob'Spierre,  les  Girondins,  les  Guelfes, 
et  le  Chant  des  Belges,  vastes  épopées  musicales.  Son  troisième  concerto, 
et  surtout  son  quatrième  qui  a  mis  le  sceau  à  sa  réputation,  ont  été  exé- 
cutés un  grand  nombre  de  fois.  La  Roséi  de  Mai,  le  Chant  de  la  pileuse,  et 
son  Etude  d'octaves,  ont  pris  place  sur  tous  nos  pianos,  depuis  que  l'au- 
teur a  fait  entendre  ces  nouvelles  compositions,  qui  ne  le  cèdent  aux 
précédentes  ni  en  valeur  ni  en  popularité. 

Dans  un  festival  d'adieu,  donné  le  29  avril  dernier,  Liège  a  voulu  en- 
tendre la  plupart  de  ces  œuvres;  jamais  peut-être  Litolff  ne  les  avait  exé- 
cutées avec  autant  d'expression  et  de  puissance. 

Un  concerto  pour  le  violon,  œuvre  de  sa  jeunesse,  pleine  de  fraîcheur 
et  de  mélodie,  et  qui  faisait  déjà  pressentir,  dans  un  ordre  d'idées 
moins  élevées  pourtant,  la  manière  du  maître,  a  été  bravement  exécuté 
par  M.  Rodolphe  Massart,  petit-neveu  du  professeur  du  Conservatoire  de 
Paris.  Le  compositeur  enchanté  de  l'exécutant  lui  a  fait  don  du  violon 
sur  lequel  le  concerto  avait  été  composé. 

Nous  arrivons  à  la  partie  la  plus  sérieuse  de  notre  tache,  aux  frag- 
ments de  l'opéra,  Rodrigue  de  Tolède.  Comme  la  plupart  des  artistes,  Li- 
tolff a  d'abord  produit  pour  le  seul  besoin  de  produire,  et  publié  des 
compositions  fort  remarquables,  mais  où  l'allure  libre  et  indépendante 
était  poussée  jusqu'au  fantasque;  aujourd'hui,  mûri  par  l'expérience,  il 
marche  d'un  pas  ferme  vers  un  but  qu'il  atteindra.  Par  ses  œuvres  ins- 
trumentales, on  se  ferait  difficilement  une  idée  de  ses  compositions  dra- 
matiques: ici,  il  n'abandonne  plus  rien  au  caprice,  mais  il  semble  em- 
ployer toutes  ses  facultés  à  rendre  le  sens  des  paroles  qu'il  traduit  dans 
une  langue  musicale  sévère  et  fortement  colorée.  Nous  n'en  voulons 
pour  preuve  que  la  grande  scène,  chantée  d'une  manière  large  et  dra- 
matique par  Mme  Cérot,  premier  sujet  du  théâtre  royal.  L'andaute  et  le 
récit  qui  le  précède  sont  d'un  beau  caractère;  l'allégro  plein  de  fougue 
et  de  passion  fait  penser  à  Weber  avec  lequel  l'auteur  de  Rodrigue  de  To  ■ 
lède  a  plus  d'un  rapport  ;  l'accompagnement  soutient  la  voix  sans  jamais 
la  couvrir,  et,  par  ses  détails  et  ses  modulations  toujours  claires  et  dis- 
tinguées, ajoute  à  l'expression  du  morceau. 

Quant  au  finale  du  quatrième  acte,  c'est  une  vaste  composition  que 
nous  plaçons  au  niveau  des  plus  grandes  œuvres  lyriques.  Ce  morceau, 


habilement  conduit,  se. termine  par  un  crescendo  qui  arrive  à  une  ex- 
plosion véritable  où  les  voix  du  théâtre  et  les  voix  de  l'orchestre  luttent 
de  puissance  et  d'énergie.  Impossible  de  rendre  l'enthousiasme  qu'il  a 
produit  :  c'étaient  des  trépignements  et  des  rappels  à  faire  écrouler  la 
salle,  et  pourtant  l'interprétation  n'était  pas  à  la  hauteur  de  l'œuvre, 
si  nous  exceptons'  l'orchestre  qui  a  fait  merveille  sous  la  direction  de 
M.  Terry,  professeur  au  Conservatoire,  à  qui  nous  adressons  nos  sincères 
compliments  pour  l'organisation  de  cette  fête  musicale.  Toute  la  presse 
locale  est  d'accord  sur  le  succès  que  le  virtuose-maestro  a  obtenu  dans 
une  soirée,  belle  pour  le  public,  plus  belle  encore  pour  l'artiste. 

J.  B.  RONGÉ. 


Londres,  lk  mai. 

La  matinée  musicale  que  vient  de  donner  Théodore  Ritter  dans  les 
Willis'rooms,  mérite  un  bulletin  spécial.  Je  ne  me  permettrai  pas  de 
caractériser  le  talent  de  ce  jeune  virtuose  compositeur,  dont  la  renom- 
mée grandit  à  vue  d'œil  :  vous  le  connaissez  depuis  plus  longtemps  que 
moi.  et  vous  m'aviez  longtemps  d'avance  informé  de  sa  valeur  toujours 
croissante.  Je  vous  dirai  seulement  qu'à  son  égard  l'Angleterre  et  la 
France  sont  d'un  accord  parfait.  Les  salons  regorgeaient  de  ladies  et  de 
miss,  dont  quelques  unes  n'ont  pu  parvenir  à  se  placer.  Le  trio  en  ut 
mineur  de  Mendelssohn,  exécuté  par  le  piano  de  Théodore  Ritter,  assisté 
du  violon  de  M.  Sainton  et  du  violoncelle  de  M.  Paque,  ouvrait  la  séance 
et  a  été  littéralement  enlevé.  Immédiatement  après,  Mme  Sainton-Dolby 
a  chanté  un  air  d'Admete,  de  Ilaendel,  avec  un  sentiment  parfait  et  un 
style  de  même  ordre.  C'est  toujours  la  cantatrice  par  excellence  et  la 
reine  des  sa'ons,  comme  son  mari,  malgré  l'avalanche  des  violonistes, 
conserve  toujours  le  premier  rang.  Il  l'a  bien  prouvé  dans  la  sonate  en 
ut  mineur  jouée  avec  Théodore  Ritter,  et  dans  ses  solos,  romance  et  ta- 
rentelle. Je  ne  puis  ni  ne  dois  oublier  M.  Paque,  l'éminent  violoncelliste. 
Quant  à  la  marche  nocturne  et  à  l'impromptu  veloce  que  Théodore  Ritter 
exécute  avec  sa  verve  et  son  inspiration  d'auteur,  ainsi  qu'au  rondo  de 
Weber,  dont  vous  savez  comment  il  «e  tire,  je  ne  vous  dirai  rien,  si  ce 
n'est  qu'il  ne  saurait  s'y  montrer  plus  admirable  à  Paris  qu'il  ne  l'a  fait 
à  Londres.  Aussi  l'enthousiasme  a-t-il  dépassé  les  limites  connues. 

—  Un  autre  pianiste  compositeur,  nouvellement  arrivé  à  Londres, 
M.  D.  Magnus,  se  faisait  entendre  le  même  jour  dans  le  local  de  Royal 
Gallerg  of  illustration.  Deux  œuvres,  dont  il  est  l'auteur,  une  fantaisie 
sur  les  Huguenots  et  un  galop  de  bravoure,  steeple-chase,  ont  été  bissés. 

—  Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  Mlle  Brunet  (Maria  Brunetti)  a  fait  son 
début  samedi  dans  Rigdelto.  Elle  y  a  pleinement  réussi.  Mongini  pèche 
par  la  distinction  dans  le  rôle  du  duc,  mais  il  l'a  bien  chanté.  Celui  de 
Rigoletto  a  été  fort  bien  rendu  par  Ronconi. 

Le  même  jour  Mme  Penco  faisait  pour  la  première  fois  de  la  saison 
son  apparition  à  Covent-Garden,  dans  le  rôle  de  Zerlina,  de  Don  Juan. 
L'opéra  de  Mozart  a  été  magistralement  exécuté;  Mario  a  été  ravissant. 
Gardoni,  quoiqu'encore  un  peu  souffrant,  s'est  bien  tiré  du  fameux  air  il 
mio  tesoro,  et  Dona  Elvire  a  reçu  un  lustre  tout  particulier  du  talent 
de  Mme  Czillag,  qui  avait  bien  voulu  s'en  charger.  Quant  à  Mme  Penco 
particulièrement,  sa  belle  voix,  ia  perfection  de  son  jeu  lui  ont  valu  de 
chaleureux  applaudissements,  et  elle  a  dû  redire  les  deux  morceaux, 
Vedrai  carino  et  La  ci  darem  la  mono.  Mlle  Zina  Richard  continue  à 
faire  fureur  dans  le  ballet. 

—  Mmcs  Miolan-Carvalho,  Czillag  et  Titjens  ont  été  appelées  à  la  couf 
pour  le  premier  concert  donné  par  la  reine;  elles  y  ont  été  fort  ap- 
plaudies. 


NOUVELLES. 

,,*.„  Le  festival  qui  devait  avoir  lieu  hier  au  bénéfice  de  la  caisse  des 
pensions  du  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  est  provisoirement  ajourné. 

„,*„  Le  théâtre  de  l'Opéra-Comique  fait  de  belles  recettes  avec  le 
Roman  d'Elvire  et  Rita,  spectacle  qui  alterne  avec  le  Château-Trompette. 
Mlle  Lomercier  ayant  un  rôle  important  dans  cette  dernière  pièce,  a 
dû  céder  le  rôle  de  Lilla  dans  l'opéra  d'Amb.  Thomas  à  Mme  Geoffroy, 
qui  s'en  acquitte  très-bien. 

„,*„,  Les  répétitions  du  Chaperon  rouge  sont  po  ussées  avec  activité.  La 
première  représentation  aura  lieu  sans  doute  avant  la  lin  du  mois.  Le 
Mazaniello  de  M.  Carafa  sera  repris  dans  le  courant  du  mois  de  juin. 
Les  principaux  rôles  sont  confiés  à  Jourdan  (Mazaniello),  Barrielle, 
Mlle  Pannetrat. 

„**  Gil  Blas  continue  d'attirer  la  foule  au  théâtre  Lyrique;  Mme  Ugalde 
s'y  montre  toujours  admirable  de  verve  et  d'entrain.  Elle  a  vaillamment 
payé  de  sa  personne  dans  une  représenlation  donnée  lundi  à  ce  théâtre 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


pour  une  bonne  œuvre,  et  dans  laquelle  elle  a  chanté  avec  Battaille  le 
premier  acte  du  Toréador  avec  un  immense  succès.  —  Fidelio  n'aura  plus 
qu'un  très-petit  nombre  de  représentations,  Mme  Viardot  et  Battaille  de- 
vant prendre  leur  congé. 

^*t  Monsieur  Garât  remplit  chaque  soir  le  théâtre  Déjazet.  —  Un  acci- 
dent survenu  à  l'acteur  Harbleid,  qui  s'est  cassé  la  jambe  en  sautant 
un  fossé,  a  momentanément  interrompu  le  succès  delà  charmante  opé- 
rette de  Flotow,  Pianella.  —  Samedi  a  eu  lieu  le  début  des  danseuses 
espagnoles.  —  Lundi,  au  bénéfice  de  Mlle  Trochu,  la  première  repré- 
sentation de  Racine  vit  encore. 

»%  M.  Eug.  Déjazet  a  adressé  la  lettre  suivante  aux  principaux  orga- 
nes de  la  presse  théâtrale  : 

«  Monsieur, 
»  Il  se  répand  un  bruit  inexact  que  je  vous  prie  de  vouloir  bien  rec- 
tifier. 

»  Le  ministre  m'aurait  fait  dire  de  rester  dans  les  termes  de  mon  privi- 
lège et  d'avoir  ù  ne  plus  jouer  d'opérettes. 

»  Son  Excellence  ne  m'a  pas  retiré  une  chose  qui  existait  du  temps  des 
Folies-Nouvelles,  puisqu'elle  a,  au  contraire,  étendu  ce  privilège,  en  y 
ajoutant  le  vaudeville  et  l'opérette  en  trois  actes  et  plusieurs  tableaux. 
»  Donc,  je  ne  suis  pas  sorti  des  termes  de  la  permission  qui  m'a  été 
accordée. 

»  Le  petit  succès  que  j'ai  obtenu  comme  compositeur,  et  que  je  dois 
en  grande  partie  à  la  valeur  des  artistes  qui  m'ont  interprété,  celui  que 
ces  artistes  viennent  encore  d'obtenir  avec  la  partition  de  M.  de  Flotow, 
et  le  soin  que  j'apporte  à  monter  tous  les  ouvrages  qui  me  sont  confiés, 
attireront  chez  moi,  je  pense,  les  jeunes  compositeurs  de  valeur  qui  ne 
peuvent  trouver  place  ailleurs,  et  me  continueront  l'estime,  la  protec- 
tion du  ministère  et  de  la  presse,  auxquelles  j'attache  le  plus  grand 
prix. 
»  Agréez,  cher  Monsieur,  mes  remercîments  et  salutations. 

»  Eugène  Déjazet.  » 
„,%  Le  prince  Napoléon  et  la  princesse  Clotilde  assistaient  lundi  der- 
nier à  la  représentation  de  Pianella,  le  nouvel  opéra  de  Flotow. 

„%  La  préfecture  de  police  a  publié  le  chiffre  des  recettes  perçues 
pendant  le  mois  d'avril  par  l'administration  des  hospices  pour  le  droit 
des  pauvres  ;  en  voici  le  résultat  :  théâtres  impériaux  subventionnés, 
519,241  fr.  41  c;  théâtres  secondaires  de  vaudevilles  et  petits  spectacles, 
820,207  fr.  53  c;  concerts,  spectacles-concerts,  cafés-concerts  et  bals 
régis,  161,106  fr.  90  c;  curiosités  diverses,  21,520  fr.  90  c;  total, 
1,522,076  fr.  74  c. 

a*^  Le  concours  préparatoire  de  composition  musicale  a  eu  lieu  sa- 
medi 12  mai  à  l'Académie  des  beaux-arts.  Voici  les  noms  des  six  élèves 
qui  ont  été  admis  au  grand  concours  :  MM.  Dubois,  élève  de  M 51.  4m- 
broise  Thomas  et  François  Bazin;  Deslandres,  élève  de  M.  Leborne; 
Danhauser,  élève  de  MM.  Halévy  et  François  Bazin;  Legouix,  élève  de 
M.Ambroise  Thomas,  et  Diaz,  élève  de  M.  Halévy. 

„.*„,  Roger  est  dans  le  midi  de  la  France;  il  a  chanté  à  Avignon  la  Fa- 
vorite et  la  Dame  Blanche,  et  chaque  fois  devant  une  salle  comble;  inu- 
tile d'ajouter  qu'il  a  été  salué  des  plus  vifs  applaudissements  et  rappelé. 
„,*„,  Nous  avons  plusieurs  fois  parlé  de  M.  Bordas,  ténor  fort  distingué, 
dont  les  succès  en  province  viennent  encore  d'être  brillamment  constatés 
à  Nancy,  Metz  et  Strasbourg.  A  Nancy,  ses  représentations  ont  principa- 
lement consisté  dans  Robert  le  Diable,  qu'on  a  donné  quatre  fois  en  trois 
semaines,  et  dont  il  a  interprété  le  rôle  principal  de  la  façon  la  plus 
brillante  ;  Jérusalem,  Norma,  la  Favorite,  ont  rempli  successivement  les 
»utres,  et  Bordas  n'a  pas  été  moins  bien  accueilli  dans  ces  ouvrages  de 
genre  si  différent.  Après  avoir  joué  Oiello  à  Metz,  il  a  voulu  aborder  ce 
rôle  devant  le  public  de  Strasbourg,  et  il  a  produit  un  effet  irrésistible, 
surtout  dans  le  fameux  duo  avec  lago,  où  il  a  déployé  la  passion  la  plus 
véhémente  unie  a  la  plus  douloureuse  tendresse.  Des  applaudissements 
enthousiastes  partis  de  tous  les  points  de  la  salle  ont  prouvé  à  Bordas  qu'il 
était  compris  et  apprécié,  et  ils  se  sont  reproduits  après  la  seconde  scène 
finale,  dans  laquelle  il  n'a  pas  déployé  moins  de  talent. 

***  Le  Courrier  des  Etals-Unis  fait  dans  son  numéro  du  23  avril  un 
éloge  éclatant  du  succès  que  vient  d'obtenir  au  théâtre  Winter-Garden,  à 
New-ïork,  Mme  Frezzolini  dans  le  rôle  de  Lucrezia  Borgia.  Son  talent 
dramatique  et  son  admirable  méthode  ont  provoqué  un  enthousiasme 
qui  a  pu  lui  rappeler  ses  premiers  et  ses  plus  beaux  triomphes.  A  côté 
d'elle  M.  et  M.  Gassier  faisaient  leur  rentrée,  et  ils  ont  été  on  ne  peut 
mieux  accueillis. 

**»  Le  banquet  annuel  offert  à  M.  le  baron  Taylor  par  les  quatre  as- 
sociations d'artistes  dont  il  est  le  fondateur,  a  eu  lieu  mardi  dernier, 
15  mai,  dans  les  salons  de  Deffieux.  Plus  de  cent  convives  ont  pris  part 
à  cette  fête  do  famille,  à  laquelle  la  Société  des  auteurs  et  composi- 
teurs dramatiques,  ainsi  que  celle  des  gens  de  lettres,  avait,  comme  les 
années  précédentes,  envoyé  des  représentants. 

**„  A  la  Collection  de  mises  en  scène  que  publie  avec  tant  de  profit  pour 
les  auteurs  et  les  ouvrages,  le  consciencieux  et  infatigable  L.  l'alianli, 
il  faut  en  ajouter  trois  nouvelles,  le  Pardon  de  Ploe'rmel,  le  Roman  d'El- 
vire  et  le  Diable  au  moulin. 


t*t  Rectifions  une  erreur  qui  nous  est  échappée  en  parlant  du  con- 
cert donné  sous  les  auspices  de  M.  Beaulieu.  Ce  ne  sont  pas  seulement 
soixante,  mais  cent  soixante  lettres  du  Poussin  dont  il  était  possesseur, 
et  dont  cession  a  été  par  lui  faite  à  la  Bibliothèque  impériale,  moyen- 
nant 5,000  fr. 

**„,  La  partition  pour  piano  et  chant  de  Pianella  paraîtra  cette  se- 
maine. La  maison  Soosey  et  fils  à  Londres  en  a  acheté  la  propriété  pour 
l'Angleterre. 

„.%,  Une  femme  du  monde,  élève  de  Romani,  qui  cultive  le  chant  pour 
l'amour  de  l'art,  M'"  Hilliard,  s'est  fait  entendre  la  semaine  dernière 
chez  Duprez  dans  la  Favorite  et  dans  Desdemona,  d'Othello.  Un  auditoire 
de  trois  cents  personnes,  au  nombre  desquelles  on  remarquait  l'illustre 
maestro  Rossini,  a  salué  de  ses  applaudissements  la  façon  tout  excep- 
tionnelle dont  M"'  Hilliard  a  interprété  ces  deux  rôles. 

***  Le  premier  chef  d'orchestre  du  théâtre  de  la  ville  à  Francfort, 
M.  Gustave  Schmidt  vient  de  recevoir  du  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha  la 
médaille  pour  les  arts  et  les  lettres.  M.  G.  Schmidt  est  l'auteur  de  deux 
opéras  qui  ont  eu  du  succès  en  Allemagne  :  le  Prince  Eugène  et  les 
Epouses  fidèles. 

»*„..  Rubinstein  a  été  nommé  membre  honoraire  de  la  Société  philhar- 
monique de  Londres. 

***  Le  délicieux  motif  de  la  Berceuse,  du  Pardon  de  Ploe'rmel,  qui  a 
déjà  exercé  la  verve  et  le  talent  de  plusieurs  des  meilleurs  pianistes  et 
compositeurs,,  vient  d'inspirer  à  M.  Dolmetsch,  l'un  de  nos  artistes  les 
plus  distingués,  une  transcription  admirablement  réussie  et  qui,  tout  en 
reproduisant  de  la  manière  la  plus  heureuse  le  thème  de  l'illustre  maes- 
tro, en  fait  un  morceau  aussi  neuf  qu'original,  un  véritable  morceau  de 
concert  du  plus  brillant  effet. 

%%  Chaque  œuvre  nouvelle  échappée  aux  méditations  rêveuses  de 
Steph.  Ileller  est  une  bonne  fortune  pour  les  artistes  comme  pour  les 
amateurs  de  piano  ;  nous  sommes  donc  certain  de  leur  faire  plaisir  en 
leur  annonçant  que  très-incessamment  il  livrera  à  la  publicité,  sous  le 
titre  de  Tableau  de  genre,  un  morceau  digne  de  ses  aînés. 

*%  Berthelier  fait  fureur  en  ce  moment  dans  les  salons  que  le  retard 
de  la  saison  laisse  encore  ouverts,  en  chantant,  avec  cette  verve  qu'on 
lui  connaît,  la  chansonnette  de  Bourget  dont  M.  Charles  Plantade  a  écrit 
la  musique,  My  dear  contrebasse.  Rien  de  plus  comique  que  cette  étude 
de  mœurs  britanniques;  nous  la  recommandons  aux  amateurs. 

**„  Il  y  a  cinq  ans,  une  jeune  élève  des  classes  de  piano  du  Conserva- 
toire obtenait,  à  peine  âgée  de  quinze  ans,  un  premier  prix  dos  plus  bril- 
lants. Depuis  cette  époque,  le  travail  le  plus  consciencieux  et  le  plus 
assidu  a  mûri  les  dispositions  constatées  par  ce  premier  succès  d'école, 
et  Mlle  Clémence  Labéda  s'est  produite  cet  hiver  dans  plusieurs  de  nos 
salons  avec  beaucoup  d'éclat.  Le  bruit  de  ces  succès  lui  a  valu  un  en- 
gagement pour  la  saison  de  Bade.  C'est  une  célébrité  que  nous  saluons  à 
sa  naissance.  Nous  souhaitons  pouvoir  en  suivre  les  progrès  rapides,  et 
la  retrouver  à  une  belle  place  dans  la  saison  prochaine  des  concerts  à 
Paris. 

*%  M.  Victorin  Jonciôres  ,  jeune  compositeur  que  nous  avons  déjà 
eu  occasion  d'apprécier,  vient  de  publier  deux  charmantes  romances  et 
une  chanson,  intitulées  Adieu,  Bonjour  Suzon  et  la  Vision,  paroles  d'Alfred 
de  Musset.  On  rencontre  dans  ces  morceaux  le  sentiment  exquis  et  l'al- 
lure franche  qui  distinguent  le  talent  de  Al.  Joncières. 

»%  S.  Ex.  M.  de  Sabouroff,  directeur  des  théâtres  impériaux  de  Rus- 
sie, est  arrivé  à  Paris. 

»%  Litolff  est  de  retour  de  Liège,  où  il  vient  de  faire  exécuter  des 
fragments  de  son  opéra  Don  Rodrigue  de  Tolède. 

„*„  Joseph  Vieniawski  vient  de  partir  pour  Londres. 

,,,%  L'assemblée  préparatoire  du  congrès  pour  la  restauration  du 
plain-chant  et  de  la  musique  religieuse,  aura  lieu  le  vendredi  25  mai, 
à  une  heure,  dans  les  salons  d'Erard,  13,  rue  du  Mail. 

„*„  V Etude  artistique  sur  le  diapason  normal,  publiée  par  notre  hono- 
rable et  cher  confrère,  G.  Bénédit,  de  Marseille,  est  un  des  plus  raison- 
nables et  des  plus  spirituels  écrits  que  nous  connaissions  sur  ce  sujet, 
qui  n'a  pas  porté  bonheur  à  tout  le  monde.  L'auteur  y  a  joint  quelques 
anecdotes  sur  les  ténors  eu  province,  qui  égayent  la  matière,  et  dont  nos 
lecteurs  ont  pu  juger,  par  l'échantillon  que  nous  leur  en  avons  donné 
dans  ce  journal  même. 

j,**  La  réponse  des  vingt-trois  signataires  de  la  brochure  intitulée  : 
Observations  de  quelques  musiciens  et  de  quelques  amateurs  sur  la  méthode 
de  musique  de  M.  le  docteur  Chevé  à  la  lettre  rédigée  par  les  dix-sept 
membres  du  comité  de  patronage  a  paru  le  15  de  ce  mois.  Nous  en  pu- 
blierons le  texte. 

„%  L'entrée  du  concert  Musard,  ù  cause  de  l'exposition  agricole  qui 
a  lieu  au  mois  de  juin,  est  replacée  (provisoirement)  où  elle  était  l'été 
dernier,  lors  de  l'ouverture.  Le  public,  piétons  et  voitures  qui  se  ren- 
dentau  concert,  devront  prendre  l'avenue d'Antin(rond-point des  Champs- 
Elysées). 

„..*,,,  Nanette  Schechner  (Mme  Waagen),  cantatrice  si  fêtée  autrefois, 
vient  de  mourir  à  Munich  dans  sa  cinquante-sixième  année.  Mme  Schech- 


DE  PARIS. 


191 


lier  a  surtout  brillé  à  Vienne  et  à  Berlin  :  elle  excellait  notamment  dans 
la  Vestale,  et  dans  le  rôle  d'Emmeline,  de  la  Famille  suisse,  opéra  de 
Weigel. 

#%  Le  prince  Constantin  Czartoryski  (né  àPulawy  le  28  octobre  1773), 
Mécène  des  beaux-arts,  chez  lequel,  depuis  treize  ans  et  toutes  les  se- 
maines, il  y  avait  un  cercle  de  soixante  personnes  pour  entendre  le 
meilleur  quatuor  de  Vienne,  Mayseder  en  tête,  est  mort  à.  Vienne  le 
2i  avril  dernier. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

t*t  Poitiers,  il  mai.—  La  grande  association  musicale  de  l'Ouest, 
fondée  par  M.  Beaulieu,  vient  de  tenir  ici  son  congrès  annuel,  divisé  en 
trois  journées,  et  l'on  peut  dire  que  cette  fois  M.  Chaine  en  était  le  héros. 
La  première  journée,  celle  du  8  mai,  était  consacrée  à  l'exécution  d'une 
messe  composée  par  lui,  et  la  seconde,  celle  du  9,  à  un  concert  donné 
sous  sa  direction.  Un  bal,  donné  le  41,  terminait  cette  belle  solennité. 
Ne  pouvant  entrer  dans  l'analyse  détaillée  de  chaque  morceau  de  la  messe, 
nous  nous  bornerons  à  dire  qu'on  en  a  sans  exception  admiré  le  carac- 
tère, l'inspiration,  le  style,  et  que  le  compositeur  a  du  être  content  de 
son  succès.  Dans  le  concert,  où  figuraient  la  symphonie  eu  la  de  Men- 
dclssohn,  l'ouverture  de  Slruensée,  de  Meyerbeer,  des  morceaux  de  la 
Flûte  enchantée  et  à'IJoménèe,  de  Mozart,  et  le  finale  de  la  symphonie 
avec  chœurs  de  Beethoven,  un  fragment  de  quintette  pour  instruments 
à  vent,  également  composé  par  M.  Chaine,  a  produit  un  effet  ravissant. 
MM.  Dorus,  Triébert,  Leroy,  Ilalary  et  Janeourt  l'ont  rendu  avec 
une  perfection  sans  égale.  MM.  Battaille,  Jourdan  et  Mlle  François, 
qui  s'étaient  distingués  dans  l'exécution  de  la  messe,  n'ont  pas  pris  une 
part  moins  importante  au  concert,  constamment  acccompagné  des  bravos 
unanimes  de  l'auditoire. 

„,%  Brest.  —  Martha  vient  d'être  représentée  avec  un  très-grand  succès; 
c'était  ù  qui  applaudirait  le  plus  chaleureusement  les  charmantes  mélodies 
de  M.  de  Flotovv.  Son  œuvre  a  d'ailleurs  été  très-bien  interprétée; 
Mme  Boulangeot  est  une  très-séduisante  Martha;  Mlle  Esther  Danhauser, 
nne  suivante  très-accorte  et  très-piquante;  Arnaud,  dans  Lionel  et 
Graat  dans  Plumkett  ne  laissent  rien  à  désirer.  Notre  habile  chef  d'or- 
chestre, M.  Beautran,  a  eu  sa  bonne  part  dans  le  succès. 

„*,  Strasbourg.  —  On  vient  de  représenter  l'opéra  de  Lortzing  :  Czar 
et  charpentier.  La  musique  de  cet  opéra,  qui  a  obtenu  beaucoup  de  suc- 
cès en  Allemagne,  est  originale  et  aurait  été  bien  mieux  accueillie 
si  le  poème  eût  été  meilleur. 

*%  Nice.  —  L'un  de  nos  artistes  les  plus  distingués,  M.  Perny,  a 
composé  un  Chant  patriotique  qui  a  pour  sujet  l'annexion  de  notre 
comté  à  la  France.  C'est  un  hymne  d'un  beau  caractère  et  qui  produit 
beaucoup  d'effet.  Il  doit  être  chanté  au  grand  théâtre  le  jour  de  la 
proclamation  officielle  de  l'annexion,  par  les  choristes  du  théâtre  et  le 
chœur  des  ouvriers,  en  tout  soixante  voix. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


*%  Berlin.  —  La  Société  nouvellement  engagée  par  le  théâtre  Kroll 
a  commencé  ses  représentations  par  Martha,  ae  M.  de  Flotow. 

„*„  Vienne.  —  M.  Jules  Sulzer  écrit  la  musique  d'un  grand  opéra,  dont 
les  paroles  sont  de  M.  OttoPrechtler.  —  On  annonce  la  prochaine  repré- 
sentation du  Siège  de  Corinthe  par  la  Société  italienne  du  Theater  an  der 
Wien.  —  Jules  Stockhausen  a  donné  son  troisième  et  dernier  concert. — 
Mlle  Frassini  est  engagée  au  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  pour  chanter 
le  rôle  de  Dinorah  pendant  la  saison  prochaine. 

„,*„  Svhwerin.  —  Le  théâtre  de  la  Cour  a  terminé  ses  représentations      (Le  prospectus  de  l'ouvrage 
par  Robert  le  Diable  ,  de  Meyerbeer. 


$%  BrunsuÀck.  —  Pour  l'anniversaire  de  la  naissance  du  grand-duc  , 
le  théâtre  de  la  Cour  a  repris  Lestocq.  opéra-comique  d'Auber. 

„%  Dusseldorf.  —  Le  trente  septième  festival  du  Bas-Rhin  aura  lieu  les 
27,  28  et  20  mai  dans  notre  ville.  Premier  jour  :  symphonie  de  Robert 
Schumann  ;  Samson,  oratorio  de  Haendel.  Deuxième  jour  :  ouverture  des 
Deux  journées ,  de  Cherubini  ;  fragments  d'Iphigénie  en  Tauride ,  de 
Gluck;  septième  symphonie  de  Beethoven.  Troisième  jour  :  concert  où 
se  feront  entendre  Mme  Burde-Ney,  de  Dresde;  Mlle  Schreek,  de  Bonn; 
MM.  Jules  Stockhausen,  de  Paris  ;  Joachim,  de  Hanovre,  et  d'autres  vir- 
tuoses. 

„,%  Saint-Pétersbourg.  —  Le  début  de  Mme  Semenow,  cantatrice  du 
théâtre  de  Moscou,  a  eu  lieu  dans  Martha;  le  charmant  opéra  de  Flotow 
a  été  l'occasion  d'un  succès  pour  l'artiste. —  L'opéra  nouveau  de  M.  Quew, 
dont  la  première  représentation  était  annoncée,  a  été  retardé  par  suite 
d'une  indisposition  de  Mme  Boulokhow.  —  Mlle  Bagdanoff  continue  depuis 
sa  rentrée  à  être  grandement  en  faveur  auprès  de  notre  public.  —  La 
reconstruction  du  théâtre  du  Cirque,  incendié  il  y  a  deux  ans,  est  pres- 
que terminée  ;  la  salle  a  subi  de  grandes  améliorations,  et  elle  sera  ou- 
verte pour  l'hiver  prochain  à  l'opéra  russe,  au  drame  et  aux  pièces  à 
spectacle. 


Le  Directeur  :  S.   DUFOL'R. 


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192 


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Ravina    (H.).  Op.  10.  La  Danse,  morceau  de 

salon  

—  Op.  11.  Première  grande  valse 

—  Deuxième  grande  valse 

—  Deuxième  mazurka 

—  Op.  18.  Le  Mouvement    perpétuel,   étude 

de  concert 

—  Op.  20.  Rondo-polka 

—  Op.  21.  Sicilienne 

—  Op.  22.  Elégie 7  50 

MUSIQUE  DE  CHANT 

ftevaert.  (F.  A.).  Bonjour  lunettes,  adieu  fillet- 
tes, proverbe 2  50 

—  Faute  d'un  point,  proverbe 2  50 

—  Les  Si  et  les  Mais,  proverbe. 2  50 

—  Tout  passe,  tout  lasse,  tout  casse,  proverbe  2  50 

—  Une  Aiguille  dans  une  botte  de  foin 2  50 

—  Un  OEuf  pour  un  Bœuf,  proverbe 50 

Mangeant.  Le  Directeur  et  le  Ténor,   duo  co- 
mique    T.B.  6     » 


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O.  Ravina  et  L,.  Clapisson. 


CfllirT  T"Tfk  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or, 
oUUlLlllU  Exposition  1849;  Médaille  de  V 
classe  Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pia 
nos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Ex- 
positions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  graud 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
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ALl  nUlluIl    U&A      brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement . 

Instruments  Saxomnitonique».  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iiappoiit  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  de  la 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musi.que  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
pris  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


MÀTCfiN     U       UTB?  Manufacture     de 

iUAlijUll    H.    HliIUl    pianos,  AS,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  a  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

-  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  iu  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  laci:iquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  lient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  ■ 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


f«  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

1TC  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  ROIS 

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RUE   SAINT- GEORGES,    50 


1  ■  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1S41. 

DÉCORATION    DE    LA    COUSONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1840). 

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Seule  grande  médaille  d'iionneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (JS55) 

(Cottncil  JIMetltil)  à  l'Exposition  universelle  de  Eondres  (IS5t). 

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clefs;  invention  brevetée  en  i">r>u 
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SOMMAIRE.  —  Mondonville  et  la  guerre  des  coins  (1"  article),  par  Arthur 
Pougin.  Méthode  Chevé  :  réponse  des  membres  du  comité  de  patronage  à 
la  brochure  intitulée  :  Observations  de  quelques  musiciens  et  de  quelques  ama- 
teurs de  musique  sur  la  méthode  de  musique  de  M.  le  docteur  Chevé;  et 
lettre  des  vingt-trois  signataires  de  cette  brochure.  —  Revue  des  théâtres,  par 
Bï.    A.   D.  Saint-Yves.  — Nouvelles  et  annonces. 


KONDOSVILLE  ET  LA  GUERRE  DES  COINS. 

(1"  article.) 
I. 

11  arriva  un  jour  à  Vancanson,  l'illustre  mécanicien,  une  aventure 
assez  curieuse  qui  ne  laissait  pas  que  d'avoir  un  côté  tragique,  et 
qui  pensa  priver  à  la  fois  la  France  d'un  savant  de  premier  ordre  et 
d'un  artiste  recommandable. 

Yaucanson,  connu  déjà  par  la  structure  admirable  de  ses  célèbres 
automates,  cherchait  à  utiliser  son  génie  en  le  mettant  au  service 
du  bien  public,  et,  par  l'invention  d'une  nouvelle  machine  appelée 
à  diminuer  très-sensiblement  la  main-d'œuvre  dans  la  fabrication 
des  étoffes  de  soie ,  il  allait  rendre  à  l'agriculture  une  grande 
partie  des  bras  qui  lui  manquaient  et  qu'elle  réclamait  impérieu- 
sement. Mais,  en  France  comme  ailleurs  —  peut-être  plus  qu'ail- 
leurs —  les  idées  nouvelles  ont  peine  à  se  faire  jour,  et,  de  plus, 
l'intérêt  particulier,  qui  est  l'ennemi  le  plus  acharné  du  bien  général, 
est  toujours  là  pour  entraver  les  progrès  utiles  et  réduire  à  néant  les 
plus  magnifiques  conceptions  du  génie. 

Sur  l'invitation  qui  lui  en  fut  faite  par  le  gouvernement,  Vaucanson 
se  rendit  à  Lyon  afin  d'y  faire  l'essai  du  nouveau  procédé  qu'il  desti- 
nait à  nos  fabriques  ;  il  était  accompagné  dans  ce  voyage  par  un  de 
ses  amis  les  plus  intimes.  Après  une  route  longue  et  fatigante  —  on 
mettait  alors  plus  d'une  semaine  pour  franchir  la  distance  qui  sépare 
Lyon  de  la  capitale  —  nos  deux  voyageurs  arrivent  un  matin,  harassés 
de  fatigue  et  moulus,  dans  la  seconde  ville  du  royaume  de  France  et  de 
Navarre.  Ils  descendent  à  l'hôtel  qui  leur  avait  été  indiqué,  et,  sans  se 
douter  des  dangers  qu'ils  couraient  et  auxquels  ils  s'exposaient  si  inno- 
cemment, ils  ne  songent  qu'à  prendre,  quelques  moments  de  repos.  Par 
malheur  pour  eux,  la  nouvelle  invention,  en  se  répandant  dans  la  po- 
puleuse cité,  y  avait  eu  déjà  un  grand  retentissement,  et  à  peine  nos 
deux  voyageurs  avaient-ils  mis  pied  à  terre  que  le  bruit  de  leur 
arrivée  transpirait  parmi  la  population  ouvrière.  Ils  étaient  bien 
tranquilles  et  ne  cherchaient  qu'à  se  délasser  de  leur  longue  excur- 


sion, lorsque  des  cris  féroces  retentissent  tout  à  coup  au  dessous  des 
fenêtres  de  leur  chambre.  Surpris  et  émus,  ils  demandent  quelle  peut 
être  la  cause  de  ce  bruit  inaccoutumé,  et  apprennent  bientôt  que  c'est 
la  foule  des  ouvriers  qui  se  croient  blessés  dans  leurs  intérêts  par  la 
nouvelle  invention  de  Vaucanson  et.  qui  ne  parlent  que  de  se  saisir  de 
sa  personne  et  de  le  lapider.  On  devine,  à  une  pareille  nouvelle,  la 
terreur  du  savant  artiste  et  celle  de  son  compagnon  qui  pouvait  être 
enveloppé  avec  lui  dans  la  fureur  populaire  :  terreur  d'autant  mieux 
justifiée  d'ailleurs  que  des  menaces  la  populace  passait  à  l'exécution,  et 
que  plusieurs  projectiles  lancés  à  travers  les  carreaux  avaientdéjà  failli 
les  atteindre.  Nos  deux  amis  ne  savaient  que  faire  ni  à  quoi  se  résou- 
dre, lorsque,  heureusement,  une  personne  charitable  leur  prêta  deux 
déguisements  qui  les  aidèrent  à  échapper  au  triste  sort  dont  ils  étaient 
menacés.  Ils  ne  le  purent  toutefois  qu'à  la  condition  de  s'entourer  de 
mille  précautions,  et  durent,  pour  ne  point  tomber  entre  les  mains  de 
leurs  ennemis,  s'évader  par  les  greniers  ;  ils  passèrent  ensuite,  non 
sans  péril,  dans  une  maison  voisine,  où  ils  réussirent  à  se  dérober  à 
tous  les  yeux  en  attendant  le  coucher  du  soleil  ;  puis,  la  nuit  venue, 
ils  sortirent  enfin  de  leur  cachette  et  s'enfuirent  précipitamment  de  la 
ville,  ayant  ainsi  le  bonheur  d'échapper  sains  et  saufs  à  un  péril  si 
inattendu. 

II. 

L'ami  qui  avait  accompagné  Vaucanson  dans  cette  dangereuse  ex- 
cursion avec  l'espoir  d'être  témoin  de  son  triomphe,  et  qui,  tout  au 
rebours  de  ses  prévisions,  avait  failli  être  enveloppé  dans  sa  perte, 
était  Mondonville,  musicien  d'un  grand  renom,  qui  pendant  vingt  ans 
tint  fixés  sur  lui  les  yeux  de  Paris  et  de  toute  la  France,  et  qui  eut  la 
gloire  d'être  mis  par  ses  contemporains  en  parallèle  avec  Rameau, 
quoique  son  talent  fût  loin  d'égaler  celui  du  célèbre  compositeur 
bourguignon. 

Jean-Joseph  Cassanéa  de  Mondonville  (1)  naquit  à  Narbonne  le 
25  décembre  1715.  Sa  famille,  fort  ancienne,  était  originaire  de  Tou- 
louse, et  un  de  ses  ancêtres,  Germain  Cassanéa,  avait  été  capitoul  de 
cette  ville  en  1553(2).  Son  aïeul,  pour  une  peccadille  de  jeunesse  sans 

(1)  Cassanéa  était  le  nom  véritable  de  ses  ascendants.  Joseph  prit  celui  de  Mon- 
donville, d'une  terre  patrimoniale  qui  avait  appartenu  autrefois  a  sa  famille,  mais 
dont  celle-ci  à  sa  naissance  n'élait  plus  eu  possession. 

(2)  On  sait  que  les  capilouls  étaient  les  magistrats  municipaux  de  la  ville  de 
Toulouse,  et  qu'ils  tenaimt  cette  dénomination  de  l'habitude  qu'ils  avaient  de  se 
réunir  au  Capilole  pour  exercer  leurs  fonctions  et  rendre  leurs  sentences.  La  puis- 
sance de  ces  otficiers  publics  était  beaucoup  plus  considérable  que  partout  ailleurs, 
et  il  paraît  même  que,  dans  l'origine,  elle  s'étendait,  non-seulement  à  la  ville  en- 


194 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


importance,  avait  été  privé  de  ses  biens  patrimoniaux,  <■  inconvénient 
trop  commun  de  la  puissance  paternelle,  trop  peu  bornée  dans  les 
pays  de  «  droit  romain  »  —  dit  un  biographe  contemporain  de  Mon- 
donville; — en  sorte  que  ce  dernier,  qui  parles  siens  eût  dû  être  riche, 
ne  reçut  de  son  père  qu'une  instruction  solide,  seul  bien  que  celui-ci 
pût  lui  donner. 

Se  sentant  entraîné  vers  la  musique  par  un  penchant  très-prononcé, 
Mondonville  s'adonna,  dès  ses  plus  jeunes  années,  à  une  étude  sé- 
rieuse du  violon.  On  ignore  quel  fut  le  professeur  sous  la  conduite  du- 
quel il  acquit  un  talent  incontestable  sur  cet  instrument,  ainsi  que  celui 
avec  lequel  il  fit  ses  études  de  composition,  qu'il  commença  aussi 
de  fort  bonne  heure  ;  mais  ce  que  l'on  sait,  c'est  qu'à  l'âge  de  dix- 
neuf  ans,  grâce  à  un  travail  consciencieux  et  persévérant,  il  était  déjà 
l'un  des  premiers  violonistes  que  possédât  la  France.  C'est  alors  qu'il 
quitta  sa  ville  natale  et  entreprit  de  voyager  en  donnant  des  concerts. 
De  grands  succès  l'accueillirent  partout  où  il  se  présenta,  et  il  fut  bien- 
tôt appelé  par  l'administration  du  concert  de  Lille  pour  y  tenir  l'em- 
ploi de  premier  violon.  Encouragé  par  la  façon  bienveillante  dont  il 
fut  reçu  dans  la  capitale  de  la  Flandre  française,  il  songea  à  mettre 
aussi  à  profit  son  talent  de  compositeur  et  écrivit  trois  grands  motets 
sur  les  psaumes  : 

Dominus  regnavit,  décorum  indutus  est. 
Magnus  Dominus  et  Laudabilis  nimis. 
Jubilate  Deo,  omnis  terra  ;  servite. 

Ces  trois  motets  furent  exécutés  au  concert  et  y  obtinrent  un  écla- 
tant succès.  Le  duc  de  Boufflers,  qui  était  alors  gouverneur  de  Lille, 
engagea  fortement  le  jeune  Mondonville  à  diriger  ses  pas  vers  Paris, 
lui  offrit  des  lettres  de  recommandation  et  finit  par  le  déterminer  à  se 
rendre  dans  la  capitale.  Il  y  vint  en  effet,  et  commença  par  jouer 
quelques  solos  de  violon  au  concert  spirituel;  la  sensation  qu'il  y 
produisit  fut  très-grande.  Il  y  fit  aussi  exécuter  ses  trois  motets  qui 
lui  valurent  un  véritable  succès  d'enthousiasme.  «  On  n'avait  point 
»  encore  vu  au  concert  spirituel  —  dit  un  recueil  du  temps  —  une 
»  affluence  égale  à  celle  qu'attirèrent  les  premiers  essais  de  M.  de 
»  Mondonville  (1).  »  Peu  de  temps  après,  il  fit  entendre  ces  mêmes 
motets  à  la  chapelle  de  Versailles  devant  le  roi  et  toute  la  cour,  et 
«  la  cour  ainsi  que  le  public  —  dit  un  autre  recueil  contemporain  — 
»  parurent  dans  le  plus  grand  étonnement  de  voir  ce  jeune  homme, 
»  à  peine  sorti  de  l'enfance,  compositeur  de  trois  motets  qui  éga- 
»  laient  les  plus  beaux  de  Lalande  (2).  »  Le  duc  d'Aumont  et  le  duc 
de  la  Trémoille  (3)  l'attachèrent  alors  en  qualité  de  violon  à  la  mu- 
sique particulière  du  roi  et  à  la  chapelle  de  Versailles,  en  lui  faisant 
entrevoir  l'espérance  de  la  première  place  de  maître  de  cette  chapelle. 
Ceci  se  passait  en  1737  ;  le  jeune  artiste  était  donc  seulement  dans 
sa  vingt-deuxième  année. 

Mondonville,  sentant  sa  position  assurée  et  se  voyant  à  la  tête  de 

tière,  mais  encore  à  tout  le  comté.  Leur  autorité  était  telle  en  1463  que  ce  fut  entre 
leurs  mains  que  le  roi  Louis  XI  fit  le  serment  de  conserver  les  libertés  et  fran- 
chises de  la  ville  et  du  comté  de  Toulouse,  et  voici  comment  s'exprime  à  ce  sujet 
un  ancien  historien  :  «  Il  ne  faut  pas  trouver  estrange  si  dans  cet  acte,  les  capi- 
»  tonls  de  Tolose  stipulent  pour  tout  le  comté  ;  d'autant  qu'ils  ne  doivent  pas  estre 
n  pris  pour  de  simples  magistrats  municipaux  ;  car  estant  autrefois  le  conseil  des 
»  comtes  de  Tolose,  ils  doivent  estre  considérez  comme  l'ancien  sénat  do  la  pro- 
»  vince  de  Languedoc.  » 

On  conçoit  que  les  citoyens  élevés  à  une  telle  dignité  devaient  être  choisis 
parmi  les  plus  influents  et  les  plus  honorables,  et  que  la  considération  qui  s'atta- 
chait à  leur  nom  rejaillissait  sur  la  famille  entière;  c'est  pourquoi  celle  de  Mon- 
donville, quoique  ruinée,  était  encore  regardée  comme  une  des  plus  considérables 
et  des  plus  fameuses  de  la  province. 

(1)  Nécrologe  (les  hommes  célèbres  de  France,  notice  sur  Mondonville. 

(2)  Les  Spectacles  de  Paris,  1773,  notice  sur  Mondonville. 

(3)  Premiers  gentilshommes  de  la  chambre,  en  service  ordinaire  à  la  chambre  et 
à  la  chapelle. 


deux  emplois  qui  lui  valaient  des  émoluments  considérables,  se  livra 
à  la  composition  avec  une  ardeur  plus  vive  encore  que  par  le  passé. 
Il  fit  paraître  en  peu  de  temps  deux  livres  de  sonates  pour  le  violon, 
un  livre  de  trios  et  deux  livres  de  pièces  de  clavecin  ;  plus  tard  il 
composa  plusieurs  concertos  d'orgue  qui  produisirent  un  grand  effet 
par  la  façon  supérieure  dont  lialbâtre  les  exécuta  au  concert  spiri- 
tuel (1).  Selon  la  promesse  qui  lui  en  avait  été  faite,  il  succéda  en 
ilkk  à  Gervais  (2)  comme  maître  de  chapelle  de  Versailles.  Parvenu, 
malgré  son  jeune  âge,  à  un  poste  aussi  important,  Mondonville  ne 
songea  qu'à  s'en  rendre  digne;  il  se  remit  alors  à  la  musique  reli- 
gieuse, à  laquel'e  il  devait  le  commencement  de  sa  réputation,  et 
écrivit  deux  motets  sur  les  psaumes  :  Venite,  exultemus  Domino,  et 
De  profundis  clamavi  ad  te,  Domine.  Ces  deux  nouvelles  productions 
furent,  comme  les  précédentes,  accueillies  avec  un  immense  succès  ; 
dans  la  première,  le  verset  Venite,  adoremus,  fut  l'objet  de  l'admira- 
tion des  contemporains,  et  donna  à  Coypel  l'idée  de  son  tableau  de 
Y  Adoration  (3). 

(La  suite  prochainement .) 

Arthur  POUGIN. 


Nous  avons  promis  de  publier  la  lettre  adressée  aux  membres  du 
comité  de  patronage  de  la  méthode  Chevé  par  les  vingt-trois  signa- 
taires de  la  brochure  intitulée  :  Observations  de  quelques  musiciens 
et  de  quelques  amateurs  sur  cette  méthode.  Nous  allons  tenir  notre 
promesse;  mais  pour  que  rien  ne  manque  à  l'instruction  du  débat  et  que 
nos  lecteurs  puissent  juger  en  connaissance  de  cause,  nous  commen- 
cerons par  reproduire  la  réponse  même  du  comité  de  patronage  à  la 
brochure  en  question,  bien  que  nous  en  ayons  déjà  inséré  quelques 
fragments  dans  les  colonnes  de  ce  journal.  (Voir  n»  19.) 

«  Une  brochure,  signée  des  noms  les  plus  honorables  et  les  plus 
justement  renommés  au  point  de  vue  musical,  vient  d'être  publiée 
dans  le  but  de  combattre  le  système  de  musique  enseigné  par  M.  Chevé. 
Cette  brochure  est  intitulée  :  Observations  de  quelques  musiciens  et 
de  quelques  amateurs  de  musique  sur  la  méthode  de  musique  de 
M.  le  docteur  Chevé. 

»  Depuis  plus  de  vingt  ans  que  MM.  Paris  et  Chevé  enseignent  la 
méthodedont  J.-J.  Rousseau  et  Galin  ont  posé  les  premières  bases,  jamais 
attaque  aussi  redoutable  n'a  été  dirigée  contre  eux.  Nous  étant,  avant 

(1)  Claude  Baldathe,  un  des  organistes  les  plus  distingués  du  siècle  dernier, 
naquit  a  Dijon  le  8  décembre  1729  j  il  vint  à  Paris  le  16  octobre  1750,  y  prit  pen- 
dant quelques  années  des  leçons  de  Rameau,  son  compatriote  et  son  ami,  et  dé- 
buta le  21  mars  1755  au  concert  spirituel,  où  il  fut  bientôt  attaché.  Reçu, 
le  26  mars  1756,  organiste  de  Sainl-Roch,  en  survivance  de  Landrin,  il  fut, 
en  1760,  nommé  à  l'Eglise  de  Paris  ;  plus  tard,  en  1776,  il  obtint  le  brevet  d'orga- 
niste de  Monsieur,  conserva  cet  emploi  jusqu'à  la  Révolution,  qui  lej.lui  enleva,  et 
mourut  a  Paris  le  9  avril  1799. 

(2)  Né  à  Paris  le  19  février  1671,  Chables-Hubeiit  Gervais,  musicien  médiocre, 
obtint,  à  l'aide  de  puissantes  protections,  la  direction  de  la  musique  de  la  cham- 
bre du  duc  d'Orléans,  régent  du  royaume,  compositeur  lui-même  et  amateur  pas- 
sionné de  musique  ;  il  fut  appelé  ensuite  à  la  maîtrise  de  la  chapelle  de  Ver- 
sailles, où  il  resta  jusqu'à  sa  mort.  Trois  pièces  furent  dounées  sous  son  nom  à 
l'Académie  royale  de  musique  :  Méduse  (et  non  point  Médée,  comme  ledit  à  tort 
La  Borde;  Médée,  opéra  en  cinq  actes,  est  de  Charpentier,  l'auteur  de  la  mu- 
sique du|  Malade  imaginaire,  et  qui  fut  le  professeur  de  composition  du  duc 
d'Orléans),  1697,  opéra  en  cinq  actes;  Hijpermnes/re  (1716),  dont  le  régent  avait 
écrit  plusieurs  morceaux,  et  les  Amours  de  Protée  (1720). Ces  ouvrages  u'eurent 
point  de  succès.  Gervais  mourut  a  Paris  le  15  janvier  1744 . 

(3)  u  M.  Coypel,  premier  peintre  du  roi,  saisi  d'enthousiasme,  conçut  dans  l'ins- 
»  tant  le  plan  de  son  beau  tableau  de  l'Adoration,  et  pour  prouver  que  c'étoit 
»  au  musicien  qu'il  en  devoit  l'heureuse  idée,  il  mit  au-dessous  les  paroles  sui- 
n  vantes:  Venite,  adoremus,  de  M.  de  Mondonville.»  (Spectacles  de  Paris, 
1773.) 


DE  PARIS. 


195 


la  publication  de  cette  brochure,  réunis  pour  patronner  le  système 
d'enseignement  qu'elle  combat,  il  nous  a  paru  convenable  d'exposer 
les  motifs  qui  nous  ont  déterminés  à  le  défendre. 

»  Une  grande  partie  de  la  brochure  a  pour  but  d'attaquer  la  forme 
plus  ou  moins  convenable  employée  quelquefois  par  M.  Chevé  dans  sa 
polémique.  Nous  sommes  loin  de  défendre  les  vivacités  auxquelles  il 
s'est  laissé  entraîner  ;  mais  il  nous  semble  que  la  forme  peut  être  mau- 
vaise sans  que  pour  cela  le  fond  soit  condamnable. 

»  Nous  n'avons  pas  à  répondre  à  la  partie  théorique  de  la  bro- 
chure :  c'est  à  M.  Chevé  à  le  faire  ;  mais  comme  nous  nous  trouvons 
engagés  dans  la  question  par  le  fait  de  l'appui  moral  que  nous  avons 
prêté  à  sa  méthode,  nous  pouvons  préciser  le  but  que  nous  nous 
sommes  proposé  et  essayer  de  démontrer  que,  loin  d'être  hostiles  au 
Conservatoire,  nous  n'avons  cherché  qu'à  lui  créer  des  auxiliaires. 

»  Nous  n'avons  jamais  prétendu,  à  l'aide  de  la  méthode  Galin,  Paris 
et  Chevé,  faire  des  chanteurs  émérites  (1),  des  instrumentistes  ha- 
biles ou  île  savants  compositeurs  de  symphonies  et  d'opéras,  cela  est 
l'affaire  du  Conservatoire  :  notre  but  est  tout  autre  : 

«  Apprendre  très-rapidemenLaux  masses  à  lire  couramment  la  tnu- 
»  sique  et  à  chanter  en  chœur,  ce  qui  est  pour  les  ouvriers  une 
»  grande  distraction  et  un  bon  emploi  de  leurs  loisirs;  —  contribuer 
»  à  développer  le  goût  de  la  musique  dans  le  peuple  et  aider  à  dé- 
»  couvrir  des  voix  et  des  organisations  musicales  qui  deviendraient 
»  des  recrues  pour  le  Conservatoire,  la  maîtrise  et  le  théâtre  ;  —  sim- 
»  plifier  les  moyens  d'écrire  la  musique  vocale  et  rendre  le  prix  de 
»  la  copie  presque  nul,  pour  que  les  jeunes  compositeurs,  pour  lesquels 
»  ces  frais  sont  généralement  un  obstacle,  puissent  plus  facilement 
»  faire  entendre  et  juger  leurs  œuvres  ;  —  rendre  l'impression  de  la 
»  musique  à  si  bon  marché  que  les  classes  les  plus  pauvres  puissent 
»  avoir  leur  bibliothèque  musicale  ; —  faire  connaître  les  chefs-d'œuvre 
»  de  MM.  Auber,  Carafa,  Halévy,  etc.,  à  tous  ceux  qui,  trop  pauvres 
»  pour  acheter  leur  musique,  pourront  se  la  procurer  par  le  système 
»  de  Galin. 

»  Voila  ce  que  nous  nous  sommes  proposé. 

»  Profondément  convaincus  que  l'habitude  prise  par  les  ouvriers  de 
»  se  réunir  les  jours  fériés  et  le  soir,  après  le  travail,  pour  chanter  en 
»  chœur,  ne  peut  manquer  d'avoir  pour  eux  les  conséquences  les 
»  plus  moralisantes,  nous  nous  sommes  réunis  pour  patronner  la  raé- 
»  thode  Galin,  Paris  et  Chevé,  parce  qu'elle  nous  a  paru  permettre 
»  mieux  que  toute  autre  d'atteindre  ce  but  (2). 

»  La  musique  et  la  morale  y  trouveront  donc  chacune  leur  part. 

»  Les  élèves  du  Conservatoire,  que  l'on  cite  et  que  l'on  oppose 
aux  élèves  de  M.  Chevé,  font  de  la  musique  une  élude  spécjale,  tan- 
dis que  ces  derniers  sont  presque  tous  des  ouvriers,  qui  ne  consa- 
crent à  l'étude  du  solfège  que  quelques  heures  par  mois  ;  et  cepen- 
dant, dès  qu'ils  savent  lire  la  musique  par  la  méthode  Galin,  ils  se 
mettent  très-vite  au  courant  du  système  usuel  de  notation,  que  nous 
ne  cherchons  d'ailleurs  pas  à  détruire.  Nous  ne  le  traitons  pas  d'illi- 
sible ,  mais  nous  ne  pouvons  pas  nous  empêcher  de  reconnaître  qu'il 
est  très-long  et  très-difficile  à  apprendre ,  et  que  très-peu  d'initiés 
lisent  la  musique  couramment. 

».  Les  auteurs  de  la  brochure  repoussent  toute  idée  de  modifica- 
tion à  un  système  graphique  en  usage,  disent-ils,  depuis  huit  cents 
ans.  L'ancienneté  ne  fait  pas  toujours  le  mérite,  et  tout  progrès  vient 
à  propos. 

»  Nous  ne  saurions  trop  le  répéter,  nous  ne  voulons  rien  combattre, 
rien  détruire;  suivant  nous,  la  méthode  employée  par  M.  Chevé  est 

(1)  Signalons  ici  une  erreur  qui  nous  a  causé  quelque  surprise.  Entérite  n'a  ja_ 
mais  été  synonyme  d'excellent:  en  français,  on  désigne  par  cet  adjectifle  profes- 
seur qui  a  pris  sa  retraite.  En  latin,  emerilus  miles  signifiait  le  soldat  qui  s'était 
retiré  du  service. 

(2)  Extrait  d'une  lettre  adressée  à  MM.  les  ministres  d'Etat,  de  l'instruction  pu- 
blique et  de  l'intérieur,  en  date  du  19  janvier. 


un  moyen  plus  simple  et  plus  rapide  d'apprendre  la  musique  aux 
masses  chorales. 

»  Si  vingt  années  de  succès  n'ont  rien  prouvé,  si  nous  sommes 
dans  l'erreur,  si  nous  patronnons  un  système  mauvais  et  nuisible,  nous 
ne  demandons  qu'à  être  convaincus,  mais  non  pas  convaincus  par 
une  polémique  qui  n'a  que  trop  duré. 

»  Voilà  ce  que  nous  proposons  : 

»  En  présence  des  signataires  de  la  brochure  et  des  membres  for- 
mant la  commission  de  patronage  ■ 

»  1°  Que  chaque  école  expose  scientifiquement,  au  tableau,  ses 
principes  et  ses  moyens  d'action  ; 

>■  2°  Que  des  expériences  pratiques  et  comparatives  soient  faites 
sur  les  résultats  déjà  obtenus  de  part  et  d'autre  ; 

»  3°  Que  deux  expériences  parallèles,  sur  deux  masses  tout  à  fait 
étrangères  à  la  musique,  soient  tentées,  l'une  sous  la  direction  de 
MM.  Pasdeloup  et  Bazin,  directeurs  de  l'Orphéon  ou  de  toute  autre 
personne  qu'il  plaira  aux  signataires  de  la  brochure  de  désigner, 
l'autre  sous  la  direction  de  M.  Chevé.  Ces  trois  expériences  faites,  on 
saura  définitivement  à  quoi  s'en  tenir,  et  une  fois  édifié,  on  cessera, 
de  part  et  d'autre,  une  polémique  inutile  et  indigne  de  l'art. 

»  Si  M.  Chevé  prêche  une  fausse  doctrine,  elle  sera  écartée  à  tout 
jamais. 

»  S'il  triomphe,  il  aura  prouvé  que  la  méthode  qu'il  enseigne  est 
bonne  comme  moyen  élémentaire  et  préparatoire,  et  il  n'en  résultera 
pas  pour  cela  qu'il  faille  brûler  les  bibliothèques  musicales  et  fermer 
le  Conservatoire,  ni  même  y  introduire  son  système. 

»  S'il  est  démontré  que  certains  points  de  la  méthode  de  MM.  Galin, 
Paris  et  Chevé  sont  bons,  on  les  laissera  subsister  et  se  propager  par 
la  force  des  choses,  sans  y  porter  obstacle,  et  les  points  erronés  se- 
ront écartés. 

»  Nous  sommes  convaincus  que  les  personnes  illustres  et  honorables 
qui  ont  rédigé  et  signé  la  brochure,  ne  refuseront  pas  de  se  joindre 
à  nous.  Ce  n'est  pas  une  lutte  que  nous  demandons,  ce  n'est  pas 
même  un  concours,  c'est  un  examen  fait  avec  une  bienveillance  mu- 
tuelle, profitable  à  l'art  et  destiné  à  faire  cesser  toute  polémique. 

»  Les  uns  et  les  autres  nous  cherchons  la  vérité;  nous  la  trouve- 
rons mieux  ensemble. 

»  Comte  DE  MORNY,  président  du  Comité  de  patronage; 

—  Prince  PONIATOWSKI,  vice-président;  —  Comte 
OLYMPE  AGCADO,  — Comte  ONÉSYME  AGUADO, 

—  Général  DE  COURTIGIS,  —  FÉLICIEN  DAVID, 

—  Baron  DUBOIS ,  —  GEVAERT,  —  LEFÉBURE- 
WÉLY,  —  MAGIN-MARRENS,  inspecteur  de  l'en- 
seignement primaire  ;  —  EDMOND  MEMBRÉE,  — 
Comte  JOACHIM  MURAT,  —  NEUKOMM,  —  OF- 
FENBACH,  —  RAVA1SSON,  membre  de  l'Institut; 

—  Marquis  DE  SAMPIERI,  —  ERNEST  L'ÉPINE, 
secrétaire  du  Comité. 

»  Paris,  16  avril  1860.  » 


A  MM.  les  membres  du  comité  de  patronage  de  la  méthode  enseignée 
par  M.  Emile  Cliev". 

«  Messieurs, 
»  Il  n'existe  et  il  ne  saurait  exister  aucune  polémique  entre  M.  Emile 
Chevé  et  nous.  Aux  incessantes  attaques  dirigées  depuis  quinze  ans 
par  M.  Chevé  contre  la  méthode  de  notation  musicale  universelle- 
ment adoptée,  aux  récriminations,  violentes  jusqu'à  l'outrage,  pro- 
diguées à  ceux  d'entre  nous  qui  avaient  été  appelés,  comme  membres 
de  la  commission  du  chant  pour  les  écoles  de  Paris,  à  se  prononcer 
sur  son  enseignement,  nous  n'avions,  par  un  sentiment  que  vous 
saurez  certainement  apprécier,  opposé  que  le  silence  le  plus  absolu. 


196 


fiEVUK  ET  GAZKTTE  MUSICALE 


Mais  lorsque  nous  avons  appris  qu'un  comité  composé  d'hommes  con- 
sidérables se  formait  pour  patronner  ce  système,  nous  avons  reconnu 
que  nous  avions  une  mission  à  remplir,  et  nous  avons  publié  nos 
Observations  afin  d'éclairer  le  public  sur  la  valeur  théorique  et  pra- 
tique de  la  méthode  de  musique  de  M.  Emile  Chevé. 

»  Aujourd'hui,  avec  une  courtoisie  dont  nous  vous  exprimons 
toute  notre  gratitude,  vous  voulez  bien,  Messieurs,  nous  faire  savoir 
le  but  que  s'est  proposé  votre  comité,  constitué  avant  la  publication 
de  notre  écrit. 

»  Constatons  tout  d'abord,  que,  loin  de  vous  associer  à  la  préten- 
tion de  M.  le  docteur  Chevé  de  donner  le  coup  de  grâce  à  la  routine 
musicale,  «  vous  ne  voulez  rien  combattre,  rien  détruire,  et  que  loin 
»  d'être  hostiles  au  Conservatoire,  vous  ne  cherchez  qu'à  lui  créer 
»  des  auxiliaires.  » 

»  Constatons  également  que  «  vous  n'avez  jamais  entendu,  à  l'aide 
»  de  la  méthode  Chevé,  faire  des  chanteurs  entérites,  des  instru- 
»  mentistes  habiles  ou  de  savants  compositeurs  de  symphonies  ou 
»  d'opéras,  et  que  votre  seul  but  est  d'apprendre  très-rapidement 
»  aux  masses  à  lire  couramment  la  musique  et  à  chanter  en 
»  chœur.  » 

»  Tel  est  aussi  le  but  que  se  sont  proposé,  bien  avant  M.  Chevé, 
Choron  et  Wilhem,  après  eux,  MM.  Hubert  et  Gounod,  et  que  s'ef- 
forcent d'atteindre  leurs  successeurs,  sous  la  direction  de  la  commis- 
sion de  surveillance  de  chant. 

»  Réduit  aux  termes  dans  lesquels  vous  l'admettez,  le  système  d'en- 
seignement de  M.  Chevé  ne  se  présente  plus  que  comme  un  procédé 
ayant  pour  objet  de  rendre  plus  facile  et  plus  prompte  la  lecture  de  la 
musique  dans  ses  premiers  rudiments,  sauf  à  l'élève  à  l'oublier  pour 
apprendre  la  notation  usuelle  dès  l'instant  où  il  aura  franchi  les  pre- 
miers degrés  de  l'instruction  élémentaire. 

»  Mais,  à  ce  point  de  vue  même,  nous  ne  saurions  reconnaître  l'uti- 
lité du  procédé  reproduit  par  M.  Emile  Chevé,  et  nous  ajoutons  que 
l'expérience  a  démontré  et  démontre  tous  les  jours  l'excellence  de  la 
notation  usuelle,  non-seulement  pour  former  les  élèves  des  conserva- 
toires de  musique,  mais  encore  pour  initier  à  la  lecture  musicale  les 
masses  chantantes,  dont  l'éducation  préoccupe  MM.  les  membres  du 
comité  de  patronage. 

»  A  cet  égard,  nous  ne  pouvons  que  prier  les  honorables  membres 
de  ce  comité  de  sortir  de  l'amphithéâtre  du  docteur  Chevé  pour  par- 
courir les  trois  cents  écoles  communales  de  la  ville  de  Paris,  où, 
matin  et  soir,  près  de  vingt  mille  enfants  et  adultes  reçoivent  l'en- 
seignement d'après  la  routine  musicale,  ou  de  vouloir  bien  assister 
aux  répétitions  hebdomadaires  de  l'Orphéon,  ou  encore  de  se  ren- 
seigner près  des  sept  cents  sociétés  chorales  qui  existent  en  France, 
et  ils  reconnaîtront  que  la  notation  usuelle  n'a  rien  à  envier  au  pro- 
cédé Chevé,  qu'elle  n'a  aucun  besoin  de  son  secours  ni  de  celui  d'au- 
cun remède  empirique  pour  produire  les  heureux  effets  qu'on  en  doit 
attendre.  —  C'est  que,  nous  ne  saurions  trop  le  répéter,  la  notation 
usuelle  est  si  facile  à  saisir  pour  les  organisations  les  moins  exercées, 
qu'il  suffit  de  pénétrer  dans  tous  les  centres  d'études  où  elle  est  em- 
ployée pour  être  frappé  de  la  promptitude  avec  laquelle  les  enfants 
les  plus  jeunes,  les  ouvriers  les  plus  étrangers  à  l'alphabet  musical, 
le  comprennent  et  le  lisent. 

»  N'est-ce  pas  là,  Messieurs,  un  spectacle  plein  d'intérêt,  et  de 
toutes  les  épreuves  la  plus  considérable  comme  la  plus  concluante? 
Or,  quand  un  système  de  notation  produit  un  tel  enseignement  et 
donne  de  tels  résultats  ;  quand,  constituant  déjà  un  progrès,  il  s'est 
prêté  depuis  tant  de  siècles  à  toutes  les  modifications  de  l'art;  quand 
cette  notation  est  devenue  l'unique  organe  des  relations  musicales  du 
monde  entier,  pourquoi  troubler  cette  harmonie  par  l'adoption  d'un 
procédé  sans  valeur,  triste  retour  vers  l'enfance  de  l'ait?' Pourquoi 
élever  une  petite  église  à  côté  de  la  grande  assemblée  universelle  dans 


le  giron  de  laquelle  les  néophytes  de  la  première  doivent  toujours 
rentrer,  de  "votre  propre  aveu,  pour  devenir  musiciens? 

»  Que  diriez-vous,  Messieurs,  si  on  proposait  d'avoir,  pour  l'étude 
de  la  langue  française,  deux  alphabets  et  deux  orthographes  distincts, 
les  uns  à  l'usage  des  classes  populaires,  les  autres  réservés  aux 
classes  mieux  traitées  par  la  fortune?  Que  penseraient  les  masses,  ob- 
jet de  notre  mutuelle  sollicitude,  de  cette  classification  intellectuelle  ? 
Croyez-vous  que,  si  on  demandait  soit  à  l'Académie  française,  soit  à 
l'Université,  de  faire  une  expérience  comparative  des  deux  systèmes, 
ces  illustres  corps  acceptassent  une  semblable  proposition?  et  à  plus 
forte  raison,  accepteraient-ils  cette  expérience,  s'il  s'agissait,  non  de 
la  langue  particulière  à  un  peuple,  mais  d'une  laugue  universelle,  en 
usage  chez  toutes  les  nations  civilisées  ? 

»  Aussi,  Messieurs,  permettez-nous  de  persister  dans  les  conclusions 
de  notre  écrit  et  de  maintenir  le  jugement  que  nous  avons  porté  sur 
le  mode  d'enseignement  de  M.  Emile  Chevé. 

»  Agréez,  Messieurs,  l'assurance  de  notre  haute  considération. 

»  ACBER  (de  l'Institut)  ;  —  CARAFA  (de  l'Institut)  ; 

—  CLAPISSON  (de  l'Institut)  ;  —  ERMEL  ;  — 
VICTOR  FOUCHER,  président;  —  CASIMIR 
GIDE;  -CHARLES  GOUNOD;  —  F.  HALÉVY 
(de  l'Institut);  —  JOMARD  (de  l'Institut);  — 
Général  MELLINET  ;  —  1IEYERBEER  (de  l'Ins- 
titut); —  EDOUARD  MONTAIS;  —  NIEDER- 
MEYER;  —  EDOUARD  RODRIGDES,  vice- 
président;  —  AMBROISE  THOMAS  de  l'Insti- 
titut  ;  VARCOLLIER,  membree  de  la  commission 
de  surveillance  de  l'enseignement  de  chant  dans 
les  écoles  communales  de  Paris;  —  H.  BERLIOZ 
(de  l'Institut)  ;  —  DIESTCH  (chef  d'orchestre  de 
l'Opéra)  ;  —  GEORGES  KASTNER  (de  l'Institut)  ; 

—  J.  D'ORTIGUE  (directeur  rédacteur  en  chef 
de  la  Maîtrise)  ;  —  VERDI  (correspondant  de 
l'Institut);—  BAZIN  et  PASDELOUP,  directeurs 
de  l'Orphéon  de  Paris.  » 


REVDE  DES  THEATRES. 

Théâtre- Français  :    les  Deux  veuves,  comédie  en  un  acte,  par 

M.  F.  Mallefille.  —  Odéon  :  une  Veuve  inconsolable ,  comédie  en 
trois  actes  et  en  vers,  par  M.  César  Perruchot.  —  Théâtre  Ven- 
tadour:  Mme  Ristori  dans  Elisabelta,  regina  d'inghilterra  ,  et 
dans  Maria  Stuarda.  —  Gymnase  :  les  Pattes  de  mouche,  comédie 
en  trois  actes,  par  M.  V.  Sardou.  —  Variétés  :  Sourd  comme  un 
pot,  vaudeville  de  MM.  Dupin  et  H.  Leroux.  —  Palais-Royal  :  le 
Pantalon  de  Nessus,  vaudeville  de  MM.  A.  Monnier  et  E.  Martin.  — 
Ambigu  :  Reprise  de  l'École  des  jeunes  filles,  drame  en  cinq  actes, 
par  Mme  Mélanie  Waldor.  —  Théâtre  Déjazet  :  Racine  vit  en- 
core, vaudeville  de  M.  Carmouche  ;  Mlle  Cristina  Mendez  et  les 
danses  espagnoles.  —  Ouverture  du  Cirque  de  l'Impératrice  et 
de  I'Hippodrome  :   Léotard  et  Leone  Stare. 

Nous  avons  eu  déjà  occasion  de  remarquer  que  le  hasard  se  plaisait 
à  de  singuliers  rapprochements  dans  la  tête  des  auteurs.  Les  idées 
sont  dans  l'air,  dit-on  ;  nous  serions  tenté  de  le  croire  en  voyant 
la  grande  consommation  de  veuves  inconsolables  que  le  théâtre  a  faite 
depuis  quelque  temps.  Après  Jeanne  qui  pleure,  voici  la  Comédie- 
Française  qui  joue  à  son  tour  les  Deux  veuves,  un  gentil  et  spirituel 
proverbe  dans  lequel  les  sœurs  Brohan  font  assaut  de  fines  coquette- 
ries, l'une  en  sa  qualité  de.  veuve  consolée,  et  l'autre  de  veuve  qui 
ne  veut  pas  l'être,  mais  qui  finit  pourtant  par  troquer  sa  robe  de  deuil 
contre  une  parure  blanche  de  mariée.  11  y  a  dans  celte  petite  pièce, 
intriguée  à  la  manière  de  Sedaine ,  un  rôle  de  garde-chasse  très- 
plaisamment  composé  par  Monrose.  Les  Deux  veuves  de  M.  Félicien 
Mallefille  ont  donc  réussi  sans  contestation,  et  varieront  agréablement 
le  répertoire. 


DE  PARIS. 


197 


—  A  l'Odéon ,  nous  retrouvons  encore  une  Veuve  inconsolable. 
Celle-ci  est  en  trois  actes  et  en  vers:  mais  elle  n'en  est  pas  plus 
neuve  pour  cela,  et  quoiqu'elle  ait  reçu  un  bon  accueil  du  public,  elle 
ne  se  distingue  pas,  comme  celle  des  Français,  par  une  originalité  re- 
lative. Gabrielle  a  juré  de  ne  pas  se  remarier  ;  son  père  et  sa  cousine 
s'unissent  pour  lui  tendre  un  piège.  Loin  de  chercher  à  combattre 
son  obstination,  on  feint  de  détourner  sur  une  rivale  l'amour  de  son 
prétendant  ;  mais  le  complot  est  trahi  par  une  soubrette,  et  Gabrielle, 
quand  elle  s'est  bien  vengée  des  conjurés,  finit  par  oublier  son  ser- 
ment et  par  accorder  à  tout  le  monde  un  généreux  pardon.  Les  vers 
de  cette  comédie  sont  presque  toujours  élégants  et  faciles  ;  quelques- 
uns  ont  été  applaudis  avec  justice.  S'ils  ont  un  défaut,  c'est  le  sujet 
banal  qui  les  a  inspirés. 

—  Mme  Ristori,  dont  la  présence  à  Paris  s'est  révélée  par  sa 
participation  active  à  la  soirée  donnée  au  bénéfice  de  la  petite-fille 
de  Racine,  a  commencé  ses  représentations  annuelles  à  la  salle  Ven- 
tadour.  Malgré  un  accident  qui  a  mis,  assure-t-on,  sa  vie  en  danger, 
elle  a  déjà  joué  deux  grands  rôles  de  son  répertoire,  avec  une  supé- 
riorité de  moyens  très-rassurante  pour  les  suites  de  son  empoison- 
nement involontaire.  Les  bravos  qui  lui  ont  été  prodigués  dans 
VElisabetta,  regina  d'Inghilterra,  de  Paolo  Giacometti,  et  dans  la 
Maria  Sluarda,  imitée  de  Schiller,  ont  dû  lui  être  une  preuve  de 
l'intérêt  soutenu  qu'on  porte  chez  nous  non  moins  à  son  talent  qu'à 
sa  personne. 

—  Parmi  les  jeunes  auteurs  dont  le  nom  contient  le  plus  de  pro- 
messes d'avenir,  M.  Victorin  Sardou  a  droit  à  une  distinction  toute 
spéciale.  On  a  prétendu  que  l'esprit  de  Beaumarchais  revivait  en  lui. 
Sans  partager  cette  opinion  hyperbolique,  nous  pensons  qu'il  est 
heureusement  doué  pour  le  théâtre,  et  qu'il  possède  non-seulement 
l'art  de  faire  parler  des  personnages,  mais  aussi  celui  de  les  faire  agir 
avec  un  brio,  une  habileté  qu'on  n'est  pas  habitué  à  trouver  réunis  au 
même  degré  chez  la  plupart  de  ses  confrères,  même  les  plus  che- 
vronnés. La  comédie  en  trois  actes  qu'il  vient  de  faire  représenter  au 
Gymnase,  sous  le  titre  des  Pattes  de  mouche,  est  un  véritable  tour 
de  force  dont  M.  Scribe  eût  seul  été  soupçonné  capable.  Le  sujet  n'est 
rien;  Edgard  Poe  qui  bâtissait  des  Histoires  extraordinaires  sur  la 
pointe  d'une  aiguille,  en  a  donné  un  avant-goût  dans  sa  Lettre  volée. 
Tous  les  gens  intéressés  à  découvrir  cette  lettre,  la  cherchent  bien  loin 
et  y  consacrent,  bien  des  efforts.  L'homme  qui  la  détient  l'a  tout  sim- 
plement mise  en  évidence  dans  un  porte-montre  pendu  à  sa  cheminée, 
et  il  ne  faut  pas  moins  qu'un  observateur  de  génie  pour  l'aller  pren- 
dre là.  La  pièce  de  M.  Sardou  procède  de  ce  conte  ingénieux  ;  seu- 
lement elle  se  complique  d'une  jalousie  conjugale  qui  lui  prête  un 
intérêt  assez  semblable  à  celui  qui  a  fait  le  succès  d'une  ancienne 
pièce  du  Palais-Royal,  qu'  pu  nommait  VÉtourneau.  Lafontaine,  quia 
reparu  au  Gymnase  dans  le  principal  rôle  des  Pattes  de  mouche, 
semble  avoir  dit  adieu  au  drame  pour  rentrer  dans  le  giron  de  la 
bonne  et  saine  comédie;  à  ce  compte-là,  il  aurait  pu  s'épargner  le 
luxe  de  ses  longues  pérégrinations. 

—  Aux  Variétés  on  joue  Sourd  comme  un  pot  :  c'est  l'éternelle 
facétie  du  sourd  qui  entend.  Celui-là  a  été  réellement  affligé  d'un 
dérangement  de  son  système  auditif,  et  on  a  pris  l'habitude  autour 
de  lui  de  ne  pas  se  gêner  pour  le  maltraiter  en  paroles  et  pour  dire 
des  douceurs  à  sa  femme.  Vous  voyez  d'ici  le  coup  de  théâtre  quand 
on  s'aperçoit  que  l'ouïe  lui  est  revenue  sans  qu'on  le  sache.  Il  ne 
manque  à  ce  vaudeville,  pour  être  aussi  amusant  que  le  Sourd  de 
Desforges,  que  le  papa  Doliban  et  son  gendre  Danières. 

—  Un  vieux  fabliau,  qui  a  pour  titre  la  Culotte  du  juge,  pourrait 
bien  avoir  servi  de  patron  au  Pantalon  de  Nessus,  qui  figure  aujour- 
d'hui sur  l'affiche  du  Palais-Royal.  Dans  l'un,  le  juge  se  rend  à  l'au- 
dience avec  une  culotte  qui  n'est  pas  la  sienne  et  qu'il  a  prise  par 
mégarde  au  chevet  de  sa  femme  ;  dans  l'autre,  le  malheureux  Beau- 
fumé,  un  homme  sérieux,  s'en  va  à  ses  affaires  avec  un  pantalon  ga- 


rance trouvé  de  la  même  façon,  et  devenu  corrosif  comme  la  robe  de 
Nessus.  Où  diable  la  mythologie  va-t-elle  se  nicher? 

—  L'Ambigu  a  repris,  pour  le  bénéfice  d'un  artiste  de  la  maison, 
l'Ecole  des  jeunes  filles,  de  Mme  Mélanie  Waldor.  Ce  drame,  repré- 
senté d'origine,  avec  un  très-grand  succès,  au  théâtre  de  la  Renaissance, 
n'a  pas  produit  moins  d'effet  sur  la  scène  qui  a  eu  l'heureuse  idée  de 
le  rendre  aux  applaudissements  du  public.  Fort  bien  interprété  par 
Caslellano,  par  Mlles  Delaislre  et  Marty,  il  aide  puissamment  la 
Sirène  de  Paris  à  charmer  le  boulevard  Saint-Martin. 

—  La  souscription  ouverle  en  faveur  de  Mlle  Noëmie  Trochu  avait 
suggéré  à  M.  Carmouche  un  à-propos  qui  se  vendait  au  profit  de  cette 
petite-fille  d'un  grand  homme.  Le  théâtre  Déjazet  s'est  associé  à  cette 
bonne  œuvre  en  mettant  à  son  répertoire  le  vaudeville  de  M.  Carmou- 
che, intitulé  Racine  vit  encore.  Cette  pièce  accompagne  Monsieur 
Garât,  et  le  spectacle  est  complété  de  la  manière  la  plus  attrayante 
par  les  danses  espagnoles  de  la  senora  Crislina  Mendez  et  de  sa  troupe. 
Deux  ballets,  la  Flor  Gaditana  et  la  Fiesta  en  Valencia,  forment  le 
cadre  de  ces  exhibitions  chorégraphiques. 

—  Du  côté  des  Champs-Elysées,  les  théâtres  d'été  viennent  de  rouvrir 
leurs  portes.  Le  merveilleux  trapèze  de  Léotard  attire  la  foule  au  Cirque 
de  l'Impératrice,  et  l'Hippodrome  invite  les  amateurs  du  sport  à  confier 
leurs  chevaux  vicieux  aux  soins  d'un  gaucho  de  l'Amérique  du 
sud,  Leone  Stare,  qui  renouvelle  les  prodiges  du  célèbre  dompieur 
Rarey. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


**„,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Pierre  de  Méiicis  a  été  donné 
lundi  et  mercredi.  Le  spectacle  de  vendredi  se  composait  de  Guillaume 
Tell. 

„,'*„  Mme  Tedesco  est  de  retour  à  Paris,  après  une  troisième  saison  triom- 
phale à  Lisbonne  ;  on  peut  dire  avec  vérité,  triomphale,  car  sa  représen- 
tation de  clôture  a  été  de  la  part  ,du  public  portugais  une  ovation  com- 
plète. Acclamations,  innombrable  quantité  des  plus  riches  bouquets, 
conduite  à  la  sortie  du  théâtre,  rien  n'a  manqué  à  ces  adieux. —  Les  plus 
brillantes  propositions  sont  faites  à  l'éminente  cantatrice  ;  mais  elle  n'a 
pas  encore  décidé  auxquelles  elle  donnerait  la  préférence. 

^*t  II  est  question  d'une  reprise  curieuse  qui  aurait  lieu  au  théâtre 
Lyrique  avant  la  clôture.  L'opéra  d'Herold,  les  Rosières,  représenté  avec 
beaucoup  de  succès  en  1817,  et  qui  fut  la  première  œuvre  marquante  du 
jeune  compositeur  devant  lequel  allait  s'ouvrir  un  si  brillant  avenir,  serait 
joué  la  semaine  prochaine  par  MM.  Riquier-Delaunay,  Lesage,  Gabriel, 
Fromant;  Mmes  Girard,  Faivre,  Vadé. 

*%  On  représentera  prochainement  au  même  théâtre  un  opéra  en  un 
acte  de  MM.  Carmouche  et  Louis  Lacombe,  intitulé  la  Madone.  Cet  ou- 
vrage à  trois  personnages  sera  interprété  par  MM.  Riquier-Delaunay, 
Vanneau,  et  par  Mlle  Moreau,  la  jeune  et  charmante  cantatrice. 

„.*„.  Outre  le  petit  opéra  de  Lacombe,  la  Madone,  le  théâtre  Lyrique  a 
encore  à  l'étude  les  Valets  de  Gascogne,  de  M.  Alfred  Pufresne,  et  le  Ma- 
riage aux  épées,  d'une  dame  compositeur,  Mlle  Rivay. 

**„..  Le  théâtre  des  Bouffes-Parisiens  a  commencé  à  prendre  ses  va- 
cances, et  il  donue  en  ce  moment  des  représentations  à  Amiens.  De  là 
la  troupe  doit  aller  â  Lyon;  la  réouverture  aura  lieu  le  1"  septembre 
par  la  reprise  d'Orphée.  Ofîenbach  reste  à  Paris  pour  travailler  aux  di- 
verses partitions  qu'il  a  sur  le  métier  pour  l'hiver  prochain. 

***  Une  basse  du  nom  de  l'emmarck  a  appris  lu  rôle  de  Pamphile,  dans 
Fiamlla  ;  l'opérette  de  Flotow  va  donc  reparaître  la  semaine  prochaine 
sur  le  théâtre  Déjazet  et  y  reprendre  le  cours  de  son  succès  interrompu. 

**„.  Le  ténor  Tichatschek,  qui  s'est  acquis  une  grande  célébrité  en 
Allemagne,  vient  de  recevoir  du  grand-duc  de  liesse  la  médaille  d'or 
affectée  au  mérite  dans  les  sciences  et  les  arts. 

„%  Les  journaux  allemands  annoncent  le  prochain  mariage  de  Franz 
Liszt  avec  la  prince  se  Wittgenstein  ;  les  dispenses  attendues  depuis  si 
longtemps  viennent  d'arriver  de  Rome.  La  cérémonie  aura  lieu  à  Fulde, 
sous  les  auspices  de  l'évèque,  qui  donnera  la  bénédiction  nuptiale. 

„**  L'assemblée  générale  annuelle  de  l'Association  des  artistes  musi- 
ciens aura  lieu  le  jeudi  31  mai,  à  midi,  dans  la  grande  salle  du  Conser- 
vatoire de  musique. 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


*%  L'Académie  des  beaux-arts  a  examiné  dans  sa  séance  du  19  de  ce 
mois,  les  cantates  destinées  au  concours  du  grand  prix  de  composition 
musicale  ;  le  choix  de  l'Académie  s'est  porté  sur  la  cantate  n»  29,  inti- 
tulée le  Tzar  Ivan  IV,  et  dont  les  paroles  sont  de  M.  Théodore  Anne. 

*f.  La  ville  de  Paris  avait  mis  au  concours  deux  chœurs  destinés  à 
être  chantés  dans  les  séances  solennelles  de  l'Orphéon.  Plus  de  deux 
cents  manuscrits  ont  été  envoyés.  Le  jury,  composé  de  M.  Victor  Tou- 
cher, président,  MM.  F.  Halévy,  A.  Thomas,  Counod  ,  Niedermeyer, 
général  Mellinet,  Ermel,  Ed.  Uodrigues,  Varcoilier,  F.  Bazin,  Pasdeloup, 
a  terminé  ses  travaux  d'examen  mardi  15  mai.  Deux  médailles  d'or  ont 
été  décernées,  l'une  à  M.  Jules  Cohen,  pour  un  chœur  qui  a  pour  titre  : 
Prière  à  la  Madone,  l'autre  à  M.  Savary,  de  Saint-Servan,  pour  un  chœur- 
barcarolle. 

„%  Géraldy  chante  avec  un  grand  succès  en  ce  moment  deux  mélodies 
nouvelles  de  M.  Charles  Manry,  l'auteur  de  la  belle  Messe  exécutée 
récemment  à  Saint-Roch  au  profit  de  l'Association  des  artistes  musiciens. 
Elles  ont  pour  titre  :  L'enfnnl  dangereux  et  Fleurs  d'Italie.  Nous  avons 
rarement  entendu^  quelque  chose  d'aussi  bien  réussi  et  d'aussi  bien  in- 
terprété. 

**«  Le  festival  qui  doit  réunir  à  Londres  les  orphéonistes  de  France 
s'organise  activement.  M.  Delaporte,  qui  a  pris  l'initiative  de  ce  projet, 
a  adressé  une  circulaire  aux  directeurs  de  ces  sociétés  chorales  pour 
leur  demander  leur  concours  et  leur  indiquer  les  principales  mesures  à 
prendre  à  ce  sujet.  Les  études  sont  déjà  commencées  presque  partout, 
et  des  inspecteurs  ont  été  désignés  pour  en  conslater  les  résultats.  Ce 
sont  MM.  Laurent  de  Rillé,  Besozzi  et  Camille  de  Vos.  De  son  côté, 
M.  Henri  Leslie,  directeur  d'une  des  principales  sociétés  chorales  de 
Londres,  vient  d'adresser  une  lettre  des  plus  aimables  au  directeur  des 
orphéons  français,  pour  les  inviter  à  un  concert  qu'il  donnera  en  leur 
honneur. 

***  Le  Cercle  de  l'Union  artistique  est  définitivement  conslitué.  La  liste 
des  membres  fondateurs  a  été  close  sur  le  chiffre  de  quatre  cents.  La 
première  réunion  a  eu  lieu  mardi  à  la  salle  Herz.  L'hôtel  Delisle,  rue 
de  Choiseul,  a  été  loué  par  le  Cercle  au  prix  de  40,000  fr. 

***  M.  de  Besnier,  qui  s'est  donné  pour  mission  de  propager  la  bonne 
exécution  du  chant  religieux,  poursuit  avec  persévérance  son  utile  en- 
treprise, dans  laquelle  il  est  secondé  avec  zèle  et  talent  par  Mlles  Charles 
etPfotzer,  soprani  distinguées,  par  Mlle  Fagel,  contralto  qui  donne  les 
plus  belles  espérances,  et  par  M.  et  Mlle  Wiesen,  qui  faisaient  partie 
des  quatuors  de  Mlle  Falconi. 

***  Nous  nous  plaisons  à  conslater  le  nouveau  succès  qu'a  obtenu 
M.  Mohr,  premier  cor  solo  de  l'Opéra  et  de  la  Société  des  concerts,  au 
concert  annuel  de  la  Société  des  enfants  d'Apollon.  Cet  artiste  éminent 
a  exécuté  la  fantaisie  de  Bélisaire,  de  M.  Charles  Manry,  aux  applaudis- 
sements unanimes  de  l'assemblée.  L'orchestre,  dirigé  par  M.  Léopold 
Dancla,  a  parfaitement  rendu  l'œuvre  de  M.  Charles  Manry. 

*%  Demain,  lundi  de  l'a  Pentecôte,  à  l'église-  Sainte-Marguerite  et 
sous  la  direction  du  maître  de  chapelle  de  la  paroisse,  M.  Charles  Bleuse, 
on  exécutera,  au  bénéfice  de  la  Société  de  secours  mutuels  du  11°  arron- 
dissement, la  troisième  messe  solennelle  à  grand  orchestre  de  M.  Le- 
prevost. 

»**  Im  Maîtrise  vient  de  couronner  sa  troisième  année  d'existence  par 
un  double  manifeste  des  plus  remarquables,  signé  J.  d'Oi'tigue,  et  dans 
lequel  le  savant  et  zélé  propagateur  de  la  vraie  musique  religieuse 
constate  solennellement,  après  trois  années  de  laborieuse  expérience, 
le  triste  état  dans  lequel  se  trouve  aujourd'hui  en  France  l'éducation  du 
plain-chant  et  de  la  musique  d'église.  Le  premier  numéro  de  la  qua- 
trième année  contiendra  un  cantique  sur  la  Retraite,  du  célèbre  père 
Bridaine;un  Ave  verum  à  deux  voix,  par  Ch.  Gounod;  un  Offertoire, 
d'Ambroise  Thomas;  et  une  Elévation,  de  Lefébure-Wély.  Ue  pareils 
noms  peuvent  se  passer  d'éloge  et  de  commentaire. 

***  Sous  ce  titre  :  les  Concerts  de  Paris,  revue  de  la  saison  musicale 
de  1800,  M.  Fillonneau  vient  de  publier  un  résumé  qui  n'offre  pas  moins 
d'intérêt  aux  amateurs  qu'aux  artistes. 

„**  L'exécution  de  la  polonaise  de  Struensée  par  l'orchestre  de  Musard 
n'a  pas  produit  moins  d'effet  qu'au  concert  de  la  Société  des  jeunes  ar- 
tistes. Dite  avec  beaucoup  d'ensemble  et  avec  une  observation  délicate 
des  nuances,  elle  a  été  vivement  applaudie,  et  elle  va  occuper  une  belle 
place  dans  le  répertoire  du  Concert  des  Champs-Elysées. 

»%  La  valse-bolero  de  l'iam-lla  que  Musard  a  fait  exécuter  mercredi 
aux  Champs-Elysées  va  devenir  un  des  morceaux  les  plus  attrayants  de 
son  programme.  Depi.is  le  l'amen  v  boléro  des  Deux  aveugles,  dont  il  rap- 
pelle l'originalité  et  lYntrain.  nous  ne  croyons  pas  qu'on  en  ait  en- 
tendu de  mieux  réussi. 

*'%,  Le  comité  de  secours  pour  le=  blessés  et  les  familles  de  ceux  qui 
sont  morts  dans  la  dernière  guerre  de  l'indépendance  italienne  a  adressé 
à  Camille  Sivori  une  lettre  de  retuerciments  au  sujet  du  concert  que  le 
célèbre  artiste  a  donné  au  théâtre  Carcano,  au  profit  de  la  pieuse  insti- 
tution. 

***  Un  de  nos  meilleurs  violonistes,  Itobberechts,  qui  fut,  dit-on,  le 
maître  de  Bériot,  vient  de  mourir  à   l'âge  de  soixante-deux  ans.  Per- 


sonne parmi  les  plus  célèbres  ne  jouait  avec  plus  de  charme  et  d'élé- 
gance, avec  un  son  plus  pur  et  une  justesse  plus  parfaite.  Il  excellait 
surtout  dans  l'exécution  des  œuvres  de  Mozart  qu'il  interprétait  avec 
un  sentiment  exquis.  C'était  un  maitre  dans  toute  l'acception  du  mot. 
L'art  musical  perd  en  lui  un  de  ses  plus  fervents  interprètes,  un  de  ses 
plus  ardents  disciples. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

t*tLe  Havre. — Notre  grand  Opéra  a  clôturé  par  le  Prophète,  que  M.  Ju- 
clier  avait  remonté  cette  année,  à  la  grande  satisfaction  de  notre  public. 
M.  Moulin,  dans  le  rôle  de  Jean  de  Leyde,  et  Mlle  Masson,  dans  celui  de 
Fidès,  ont  interprété  avec  beaucoup  détalent  le  chef-d'œuvre  de  Meyer- 
beer.  M.  Moulin  avait  choisi  pour  son  bénéfice  la  première  représenta- 
tion de  cette  reprise  qui  a  fait  salle  comble. 

„*»  Le  Mans. — Après  le  succès  obtenu  à  Rennes  par  le  Pardon  de  Ploer- 
mel,  nous  devions  compter  sur  la  prochaine  apparition  dans  notre  ville 
du  nouveau  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer.  Constatons  tout  d'abord  une 
réussite  hors  ligne  et  telle  que  depuis  nombre  d'années  n'en  a  pas  en- 
registrée notre  théâtre.  La  foule  qui  'avait  pu  pénétrer  dans  la  salle, 
presque  aussitôt  comblée  qu'ouverte,  a  manifesté  pendant  toute  la  repré- 
sentation par  ses  chaleureux  applaudissements  combien  elle  goûtait  et 
appréciai;  le  mérite  de  cette  magnifique  composition.  Tous  les  mor- 
ceaux capitaux,  à  commencer  par  l'ouverture,  qui  peint  d'une  façon  si 
parlante  tous  les  événements  accomplis  avant  l'action  du  drame,  ont 
valu  à  l'orchestre  et  aux  artistes  les  marques  de  la  plus  sympathique 
approbation.  Mme  Laurence-Cyriali ,  Dinorah;  M.  Saint-Brice.  Iloel; 
M.  Sendré,  Corentin,  ont  rivalisé  de  zèle  et  de  talent,  et  certes  l'illustre 
maestro,  s'il  les  avait  entendus,  n'aurait  eu  que  des  compliments  à  leur 
adresser.  N'oublions  pas  dans  ce  rapide  compte  rendu,  M.  l'ouilley  (le 
chasseur); M.  Laurence-Cyriali  (le  faucheur),  et  les  deux  pâtres,  Mmes  Do- 
morgue  et  Jlauraisin,  qui  ont  remarquablement  complété  l'ensemble. 
Comme  a  Rennes,  où  huit  représentations  consécutives  n'avaient  pas 
épuisé  la  curiosité  de  la  population,  le  Pardon  de  Ploermel  fournira  au 
Mans  une  longue  et  fructueuse  carrière. 

**,,..  Nancy. —  Le  Pardon  de  Ploermel  a  déjà  eu  quatre  représentations 
sur  notre  théâtre,  et  chacune  a  fait  mieux  apprécier  le  nouveau 
chef-d'œuvre  de  Meyerbeer.  Nos  artistes  ont  fait  de  leur  mieux  pour  le 
bien  interpréter,  etnous  devons  dire  tout  d'abord  qu'ils  ont  réussi.  M.  Léo- 
pold, dans  le  rôle  d'Hoel  ;  M.  Delamarre,  dans  celui  de  Corentin,  et  sur- 
tout Mme  Bailly-Labat,  dans  le  personnage  de  Dinorah,  sans  oublier 
MM.  Mangin  et  Forest,  et  Mmes  Grasson  et  Anatole  dans  les  rôles  épi  - 
sodiques,  ont  à  maintes  reprises  provoqué  des  applaudissements  mérités. 
L'orchestre  et  les  chœurs  ont  bien  marché. 

„*„  Bordcau.c.  —  Un  des  plus  brillants  élèves  de  Prudent,  M .  Léon  Uufils, 
vient  de  donner  un  concert  qui  avait  attiré  au  Grand-Théâtre  une  foule 
nombreuse  et  choisie.  Le  jeune  artiste  a  exécuté  successivement  la 
Danse  des  Fées,  la  Prairie,  et  le  Miserere,  de  son  maître  ;  et  il  a  fait  suivre 
ces  morceaux  d'une  fort  jolie  fantaisie,  le  Réveil  des  Bacchantes,  qu'il  a 
lui-même  composée.  Le  double  talent  de  virtuose  et  de  compositeur,  si 
largement  départi  â  il.  Léon  Dufils,  a  été  chaudement  apprécié,  et  il  doit 
être  satisfait  du  succès  qu'il  a  obtenu  parmi  nous. 

*%  Toulouse.  —  La  deuxième  représentation  de  Roger  a  été  plus  bril- 
lante encore  que  la  première.  Le  Prophète  n'avait  jamais  été  joué  avec 
autant  d'ensemble.  On  eût  dit  que  Roger  avait  communiqué  à  tout  le 
monde  une  partie  de  l'inspiration  qui  l'anime.  Quant  à  lui,  il  a  déployé 
pendant  toute  la  soirée  les  qualités  d'un  chanteur  hors  ligne  et  d'un 
acteur  éminent.  Pour  ceux  qui  ne  l'avaient  pas  encore  vu  dans  le 
rôle  de  Jean  de  Leyde,  c'est  à-dire  pour  les  trois  quarts  du  public,  le 
Prophète  avait  l'intérêt  d'une  première  représentation.  L'artiste  ne  jouait 
pas  le.  rôle,  il  le  révélait.  Roger  a  été  rappelé  trois  fois.  Mme  Galli- 
Marié  a  partagé  ces  ovations  et  elle  le  méritait  bien.  Le  public  l'a  cha- 
leureusement applaudie,  surtout  au  troisième,  au  quatrième  et  au  cin- 
quième actes. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE 

„%  Londres.  —  La  représentation  de  Lucrfzia  Borgia  au  théâtre  de 
Sa  Majesté,  a  valu  un  grand  succès  à  Mme  Alboni,  dans  le  brindisi. 
Mme  Titjons  remplissait  le  rôle  de  Lucrezin,  elle  s'y  est  montrée  fort 
belle  et  a  réussi. — Au  théâtre  de  fou.nl  Garden,  Mlle  Brunet  doit  conti- 
nuer ses  débuts  dans  Semiramide  .  et  demain  Mme  Nantier  Didiée 
fera  sa  rentrée  par  le  rôle  de  Pippo  dans  la  Gazza  Ladra.  Mme  Penco, 
chantera  celui  de  Ninetta;  Mario,  celui  de  Gianetto  ;  Faure  représentera 
Fernando  ;  et  Ronconi,  le  Podestat  ;  Graziani  a  choisi  le  Trovatore  pour 
son  début;  les  autres  rôles  seront  chantés  par  Mario,  Mme  Grisi  et 
Mme  Czillag 


DE  PARIS. 


199 


*%  Bruxelles.  —  Le  nombre  des  spectateurs  habituels  s'accroît  jour- 
nellement au  théâtre  du  Cirque,  et  ce  sont  de  véritables  amateurs  qui 
suivent  les  représentations  de  la  troupe  italienne.  F.n  attendant  Don 
Giovanni,  nous  avons  eu  samedi  une  excellente  représentation  de 
Lucia,  et  l'on  peut  dire  que  le  succès  s'est  élevé  jusqu'à  l'enthousiasme. 
Jamais  le  baryton  Squarcia  n'avait  eu  d'aussi  beaux  moments;  il  a  litté- 
ralement enlevé  le  public  dans  le  célèbre  sextuor,  surtout  dans  le  :  Ah!  è 
mio  sangue,  l'ho  tradita,  etc.  Pavani  est  faible  dans  le  rôle  d'Edgard  ;  cepen- 
dant il  l'a  chanté  de  manière  à  se  faire  app'audir.  Une  nouvelle  can- 
tatrice, Mlle  Inkli ,  remplissait  le  rôle  de  Lucia.  C'est  une  excellente 
acquisition  pour  la  compagnie  de  M.  Merelli  et  qui  la  complète  d'une 
façon  très  satisfaisante.  Mlle  Isabella  Inkli  est  toute  jeune  encore;  sa 
voix  n'est  pas  très-ample  ;  elle  est  légèrement  gutturale,  inégale  et  par 
moments  un  peu  vacillante  dans  les  sons  pleins  et  soutenus;  mais  il  faut 
lui  reconnaître  une  vocalisation  nette,  une  manière  de  phraser  élé- 
gante et  beaucoup  de  goût.  Quand  l'étude  aura  perfectionné  son  talent, 
nul  doute  qu'il  ne  devienne  très-remarquable.  ' 

*%,  Bâle,  14  mai.—  La  Société  helvétique  de  musique,  fondée  en  18<>8, 
vient  de  célébrer,  dans  notre  ville,  sa  vingt-neuvième  réunion.  C'est  à 
Bâle  que  les  concerts  de  1820  et  1840  eurent  lieu,  et  il  n'est  pas  sans 
intérêt,  en  consultant  les  archives  de  la  Société,  de  constater  sa  marche 
ascendante  et  l'heureuse  influence  que  cette  inslitution  exerce  de  plus 
en  plus  sur  nos  populations.  Comme  d'habitude,  la  fête  a  été  des  plus 
brillantes,  car  les  Bâlois  savent  bien  faire  les  choses.  Les  chœurs,  com- 
posés de  1 00  sopranos  et  altos  et  <I80  ténors  et  basses,  ont,  de  concert 
avec  l'orchestre  fort  de  80  instrumentistes,  admirablement  fonctionné 
sous  l'habile  direction  de  l'excellent  maître  de  chapelle  de  Bâle,  M.  Reiter. 
Au  premier  concert  (8  mai),  on  a  exécuté  Jephté,  de  Haendel,  et  au 
deuxième  (9  mai),  la  neuvième  symphonie  de  Beethoven  (avec  chœurs), 
l'ouverture  et  le  premier  acte  d'Alceste,  de  Gluck,  et  une  délicieuse  ou- 
verture de  concert  due  à  M.  Walter,  jeune  compositeur  allemand  fixé  à 
Bâle  depuis  quelques  années,  et  dont  une  symphonie,  exécutée  dernière- 
ment au  Gewandhaus,  à  Leipzig,  a  été  fort  goûtée.  Les  solos  étaient 
confiés  à  M.  Schneider,  ténor  de  la  cour  à  Wiesbade,  et  à  divers  ama- 
teurs, parmi  lesquels  nous  vous  citerons  Mme  Burnand,  excellente  amateur 
de  Lausanne,  qui  avait  déjà  chanté  de  la  façon  la  plus  distinguée  la 
partie  de  la  veuve  de  Sarepta,  dans  Elie,  lors  du  dernier  concert  helvéti- 
que à  Genève,  en  4  856.  M.  Singer,  violoniste  fort  estimé  en  Allemagne 
et  directeur  des  concerts  à  Weimar,  a  bien  voulu  concourir  à  notre 
fête  en  exécutant  magistralement  le  concerto  pour  violon  (2°  majeur), 
de  Beethoven.  M.  Singer  est  un  des  derniers  représentants  de  la  belle 
école  de  Spohr,  et  ferait  saus  nul  doute  grande  sensation  à  Paris. 

**„  Zwichau.  —  Le  8  juin  prochain,  cette  ville  où  Robert  Schumann  est 
venu  au  monde  se  propose  de  fêter  le  cinquantième  anniversaire  de 
sa  naissance  par  l'exécution  de  quelques-unes  de  ses  meilleures  compo- 
sitions. 

,.%  Hambourg.  —  Parmi  les  œuvres  exécutées  dans  le  concert  donné 
annuellement  par  l'orchestre  de  notre  théâtre,  nous  devons  mentionner 
tout  spécialement  celle  de  M.  Louis  Lee,  et  qui  a  pour  titre  Jeanne  d'Arc. 
Nous  nous  intéressons  d'autant  plus  à  l'ouvrage  vraiment  remarquable 
de  cet  auteur,  que  sa  trop  grande  modestie  nous  fournit  trop  rarement 
occasion  de  juger  le  talent  d'un  compositeur  que  notre  ville  se  félicite 
de  posséder.  L'auditoire  d'élite  et  tout  artistique  qui  y  assistait  a  prouvé 
par  ses  acclamations  chaleureuses  que  la  musique  de  Louis  Lee  l'avait 
vivement  et  profondément  impressionné. 

$*„  Vienne.  —  Notre  public  continue  à  montrer  beaucoup  d'empres- 
sement à  suivre  les  représentations  du  théâtre  italien  ;  LL.  MM.  les 
honorent  fréquemment  de  leur  présence.  Après  Norma,  dans  laquelle 
Mlle  Emmy  Lagrua  avait  déployé  d'une  façon  si  splendide  ses  belles  qua- 
lités dramatiques,  la  puissance  de  son  chant  et  son  admirable  méthode, 
nous  avons  eu  la  Lucrezia  Borgia,  rôle  qui  ne  convient  pas  moins  à  la 
nature  de  son  talent.  Mlle  Lagrua  y  a  eu  tour  à   tour   des  accents  de 


tendresse,  des  élans  de  passion  et  de  colère  contenue,  cui  ont  soulevé 
des  bravos  frénétiques.  Elle  a  été  rappelée  quatre  fois.  Après  quelques 
hésitations  de  la  censure,  pour  autoriser  la  représentation  du  Siège  de 
Curintlie,  l'opéra  de  Rossini  a  succédé  à  Lucrezia,  et  a  valu  à  l'éminente 
artiste  un  nouveau  triomphe.  Ainsi  elle  continue  chez  nous  l'immense 
succès  qui  l'a  accueillie  cet  hiver  à  Saint-Pétersbourg, et  qui  lui  vaut  des 
demandes  d'engagement  de  tous  les  directeurs  des  grands  théâtres  de 
l'Europe.  —  Mme  Charton-Demeur  vient,  de  son  côté,  d'obtenir  un  beau 
succès  dans  la  Traviata;  elle  ne  s'y  est  pas  montrée  moins  habile 
comédienne  qu'excellente  cantatrice,  et  c'est  avec  un  grand  plaisir  que 
nos  dilettanti  ont  revu  cette  artiste  qu'ils  étaient  accoutumés  à  ap- 
plaudir. 

*%  Sahbourg. — Le  Mozarteum  et  la  Société  musicale  du  Dôme  ont  donné, 
cette  année,  deux  concerts.  On  a  exécuté  :  l'ouverture  de  Titus,  de  Mo- 
zart; le  Printemps,  de  Gade  ;  marche  et  chœurs  des  Ruines  d'Athènes,  par 
Beethoven  ;  des  symphonies  de  Haydn  et  de  Schumann,  le  43°  psaume  de 
Mendelssohn  et  l'ouverture  de  Dinorah,  de  Meyerbeer. 

$%  Dublin.  —  Nous  avons  eu  la  bonne  fortune  d'entendre  le  dernier 
chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  dont  le  succès  à  Londres  avait  retenti  jus- 
qu'ici. C'est  à  la  Compagnie  Harrison  et  Miss  Pyne  que  nous  devons  de 
connaître  enfin  Dinorah.  Quoique  l'exécution  ait  été  insuffisante  du  coté 
numérique  des  chanteurs  et  de  l'orchestre,  le  délicieux  talent  de  Miss 
Pyne  nous  a  permis  d'apprécier  les  beautés  que  renferme  l'œuvre  nou- 
velle du  célèbre  maestro.  L'air  de  l'Ombre  a  été  pour  elle  un  véritable 
triomphe. 

le  Directeur  :  S.  DUFOUR. 


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50 


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P«        S  €?  1  I  g  mb  lt  11  11 


Prix  marqué. 

.    .     6     » 


Minuit,  mélodie  de  Donizetti,  pour  violoncelle  et  piano  . 

Fantaisie  sur  Lucie  de  Lammermoor,  pour  violoncelle  et  piano  7  50 

Op.  56.  Menuet  n°  1 6  » 

Villanelle  n°  2 6  » 

Thème  original  varié,  avec  piano 7  50 

Thème  original  varié,  avec,  quatuor 12  » 

Op.  38.  Tarentelle 6  » 

Op.  50.  Berceuse  et  Barcarolle 6  » 

Album  de  voyage  divisé  en  deux  sén-ies 


lr 


2e  série 


Invocation  (Rome) 

Ivresse  du  bonheur  (Florence) 
Campo  Santo  (Pise)  .... 
Zampognari  (Abruzzes).   .    . 


DERNIERES    OEUVRES    POUR    LE    PIANO. 
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des  motifs  bohémiens,  op  46,  7  50 


Aubade,  op.  42 6     » 

Auprès  d'un  berceau,  op.  43.  7  50 

1 .  Méditation. 

2.  Chant  de  la  berceuse. 

Polonaise,  op.  4Z| 7  50 

Chants  d'amitié,  op.  45. 

1.  Elégie U  50 

2.  Toast h  5  « 

3.  Promesse i  50 

Les  trois  réunis 9     » 


Caprice,  op.  47. 

Troisième  valse  brillante 7  50 

Trois  poèmes  lyriques,  op.  49, 

1.  Souvenir  de  Venise  (ro 

manoe) fi     » 

2.  Andantino  grazioso 5     » 

3.  Impromptu It    » 

Les  trois  réunis 9     » 


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CHARLES  JOHN 

Le  Tournoi  de  la  Reine,  pour  piano,  op.  60.  Prix  marqué 7  50 

G.   STANZIERI 

lo  t' amerri,  romance,  chantée  par  Gkaziani,  du  théâtre  Italien. 

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Je  t'aimerai    (  la  même    romance  ) ,    paroles    françaises    de 

D'.  Tagliafic».  Prix  marqué 2  50 


CHANSONNETTES    COMIQUES  : 

La  Marée  du  9  Mars,  poisson  d'avril,  chansonnette  comique 
de  liPfeUvre  et  Mangeant,  chantée  tous  les  soirs  au 
théâtre  du  Palais-Royal,  par  Brasseur.  Prix  marqué 2  50 

L Incendie,  cri  de  détresse,  chansonnette  comique,  paroles  et 

musique  de  M  il  lot,  chantée  par  Pradeau,  du  Palais-Royal.     2  50 


MUSIQUE  N 


Publiée   par  G.  3RAWDUS  et  S.  BUFOUH,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  1". 


PIANO 

Bi-assln  (L.j.  Air  varié  (2°  morceau  de  salon)  de  Vieuxtemps, 

transcrit  (sous  presse) 9    » 

Biidarxrtvsku.    La    Prière  d'une    Vierge,   arrangée   pour  le 

piano  à  quatre  mains 6     » 

Molmetseli.  Op.  49.  Transcription  de  la  Berceuse  du  Pardon  de 

Vhërmel 7  50 

Ilellcr  (Stephen).  Op.  94.  Tableau  de  genre  (sous  presse) 7  50 

Iles»  (Charles).  Op.  60.  Bouquet  de  mélodies  du  Roman  d'Eloire 

(sous  presse) 7  50 

Kotterer.  Op.  64.  Fantaisie-Transcription  sur  le  Roman  d'Elvire  7  50 

dacll.   Ombre    légère,  air  du  Pardon  de  Ploërmel,   caprice  valse  7  50 

—  Transcription  du  chœur  d'enfants  du  Prophète 6     » 

—  Le  Carillon,  morceau  élégant 7  50 

Eonguevllle.   Fantaisie  dramatique  sur  StradeUa,  de  Flotow  ..  7  50 

Mendclssokn .   (a  Fileuse,  romance  sans  paroles 5    » 

Heycrneer.  Schiller-Marsch.  arrai.gée  pour  le  piano  par  Chariot  7  50 

_                            —                             ai  mains  par  E.  Wolff..  10    » 

Molff  (E.).  Chanson  polonaise 7  60 

'—     Huo  à  quatre  mains  sur  StradeUa,  de  Fltitow lu    » 


Mitsard.  Valse-Bolero  sur  Pianelh,  de  Flotow  (orné  du  portrait 

photographié  de  Paul  Legrand  dans  le  rôle  de  Scapin). ..     5     » 

Arltaii.  Marx  et  Etiïng.   Quadrilles  et  polka  sur  le  Roman 

d'Elvire U  50 


Alard  (A.).  Op.  36.  Fantaisie  de  concert  sur  la  Muette  de  Por- 

tici,  pour  violon  avec  ace  de  piano 10    » 

ESes-man  et  Ketterer.  Grand  duo  brillant  pour  piano  et  vio- 
lon sur  le  Pardon  de  Ploërmeî 10    » 

Lutgen.  Deux  mélodies  de  Marta  pour  violon   ou  violoncelle 

avec  ace.  de  piano 6    » 


TROIS    ('[IISSOS^KTTCS    COHIQl'ES 

Chantées  pab  Beutiielieu  et  Blondelet. 

My  dear  contre -basse  ,  fantaisie   d'outre-M anche  ,    de  Bourget   et 

Plantade 3  • 

Bibi-Bamban,  chanson  nègre,  de  Bourget  et  Offenbach 3  » 

La  Triangulation,  à-propos  comique,  paroles  et  musique  de  Gaultier  3  » 


La  Partition  pour  Piano  et  Chant,  format  in-8\  de 


Opéra-comique  en  un  acte,  musique  de 

F.  DE  FLOTOW 

Pri.v  :  6  fr. 


LE  ROMAN  D'EVIRE 

Opéra-comique  en  trois  actes,  musique  de 

ASWBROISE  THOMAS 

Prix  :  15  fr. 


FANGHETTE 

Opérette  en   un   acte,  musique  de 

E.  DÉJAZET 

Prix  .  6  fr. 


HIK    M  lu.i  i;i  .    20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  : 
Dons  los  Départements  et  a  l'Étranger,  chez 
les  Marchands  île  Musique,  les  Libraires,  et 
liLuream  des  51» .■ss.-igern.'s  el  des  Postes. 


I\°  23. 


3  Juin  1860. 

PRIX  DE  L'ABONNEMENT  : 

Paris 24  fr. parc 

Départements,  Belgique  cl  Suisse...      :.'U  »       id- 

Étranger 34  .       id. 

Le  Joui  col  ourdît  le  Dinuincne. 


gazette  hsio 


SOMMAIRE.  —  Mondonville  et  la  guerre  des  coins  (2e  article),  par  Arthur 
Pongin.  —  Association  des  artistes  musiciens,  assemblée  générale  annuelle. 
—  Nouvelles  et  annonces. 


I0ND0NVIILE  ET  LÀ  GUERRE  DES  COINS. 

(2e  article.)  (1) 

Deux  années  auparavant,  Mondonville,  trop  confiant  dans  se's  for- 
ces et  impatient  d'aborder  la  scène,  objet  de  son  ambition,  avait  mis 
en  musique  une  pastorale  en  trois  actes  et  un  prologue,  intitulée  Isbé, 
dont  un  certain  De  Larivière  avait  fait  les  paroles,  et  qui  fut  repré- 
sentée pour  la  première  fois  à  l'Opéra  le  10  avril  1742.  Ce  premier 
essai  dramatique  d'une  plume  qui  ne  s'était  encore  exercée  que  dans 
des  sujets  religieux  et  de  moindre  importance,  fut  loin  de  répondre 
aux  désirs  de  son  auteur  et  à  l'espoir  qu'il  en  avait  conçu  ;  la 
pièce  fut  reçue  froidement,  et,  quoique  les  défauts  du  poëme  y  fus- 
sent pour  quelque  chose,  les  plus  zélés  partisans  du  musicien  ne 
purent  s'empêcher  de  convenir  qu'il  ne  possédait  pas  encore  les 
qualités  multiples  et  profondes  qui  constituent  un  véritable  composi- 
teur dramatique.  Mondonville,  dont  la  qualité  prédominante  n'était 
point  la  modestie,  et  qui,  au  contraire,  se  faisait  remarquer  par  un 
excessif  amour-propre,  fut  on  ne  peut  plus  mortifié  de  l'insuccès  de 
son  premier  ouvrage  et  demeura  plusieurs  années  dans  l'inaction. 
C'est  alors  que,  pour  se  distraire,  il  fit  avec  son  ami  Vaucanson  le 
fâcheux  voyage  dont  nous  avons   rapporté  le  principal  incident. 

Quelques  années  plus  tard,  Mondonville  fit  la  connaissance  de 
M.  de  Boucan,  grand  seigneur  très-riche,  chevalier  des  ordres  de 
Saint-Lazare  et  de  Saint-Jean-de-Latran ,  amateur  passionné  et 
éclairé  des  beaux-arts.  Ce  dernier  avait  une  fille,  jeune  et  fort 
jolie,  qui  elle-même  possédait  un  talent  très- remarquable  sur  le  cla- 
vecin, mais  qui  avait  résolu  de  ne  jamais  se  marier.  Mondonville  s'é- 
prit de  cette  jeune  personne  et  en  devint  éperdument  amoureux;  de 
son  côté,  il  parvint  à  lui  plaire  et  réussit  à  lui  faire  assez  partager 
ses  sentiments  pour  l'amener  à  un  changement  de  résolution.  Il  de- 
manda alors  sa  main,  l'obtint,  et,  dans  le  courant  de  l'année  1747, 
il  épousa  cette  demoiselle,  qui  lui  apporta  en  dot  une  assez  jolie 
fortune. 

Ayant  toujours  sur  le  cœur  la  quasi-chute  de  son  premier  ouvrage 

(1)  Voir  le  n°  22. 


dramatique,  Mondonville  n'avait  pu  se  décider  encore  à  reprendre  la 
plume  et  à  écrire  de  nouveau  pour  le  théâtre.  Cependant,  sur 
l'invitation  que  lui  en  fit  la  marquise  de  Pompadour,  il  se  détermina 
à  travailler  à  un  petit  ballet-opéra  en  un  acte,  intitulé  Bacchus  et  EH- 
gone ,  dont  La  Bruère ,  l'un  des  deux  directeurs  du  Mercure  de 
France  (le  second  était  Fuzelier),  avait  fait  les  paroles,  et  qui  fut  re- 
présenté à  Versailles,  sur  le  théâtre  des  petits  appartements,  le 
21  mars  1748.  La  pièce  était  montée  ainsi  : 

Erigone Mme  la  marquise  de  Pompadour. 

Bacchus M.  le'  duc  d'Ayen. 

Autonoé Mme  la  duchesse  de  Brancas. 

Un  suivant  de  Bacchus.  M.  le  marquis  de  la  Salle. 
Peu  de  temps  après  et  sur  de  nouvelles  instances  de  la  puirsante  fa- 
vorite, Mondonville  fit  représenter  à  Bellevue  le  petit  acte  de  Vénus 
et  Adonis,  dont  il  avait  écrit  la  partition  sur  un  poëme  qui  lui  avait 
été  fourni  par  Collet,  secrétaire  des  commandements  de  Madame  In- 
fante, duchesse  de  Parme.  Ces  deux  opuscules  ayant  obtenu  beaucoup 
de  succès  auprès  du  public  de  la  cour,  il  reprit  courage  et  se  mit  réso- 
lument à  l'œuvre.  Fuzelier  lui  avait  confié  le  poëme  d'un  opéra-ballet 
en  trois  actes  et  un  prologue,  qui  portait  le  titre  de  Carnaval  du  Par- 
nasse ;  Mondonville  y  travailla  activement,  et  la  pièce  fut  donnée  à 
Versailles,  sur  le  théâtre  des  petits  appartements,  vers  le  milien  de 
l'année  1749.  Peu  de  temps  après,  le  23  septembre  de  la  même 
année,  elle  fut  transportée  sur  la  scène  de  l'Opéra,  où  elle  obtint  un 
grand  succès  et  eut  trente-cinq  représentations. 

III. 

Nous  voici  arrivés  à  l'époque  la  plus  importante  de  la  vie  active  et 
agitée  de  Mondonville,  celle  de  la  représentation  de  'Mon  et  l'Aurore, 
et  du  renvoi  des  fameux  bouffons  italiens,  renvoi  dont  le  succès  ex- 
traordinaire de  cette  pièce  fut,  sinon  la  cause,  du  moins  le  prétexte. 

On  sait  que,  dans  le  courant  de  l'année  1752,  une  troupe  de  chan 
teurs  ultramontaihs,  à  la  tête  desquels  se  trouvaient  le_  bouffon  Ma- 
nelli  et  la  célèbre  Tonelli ,  après  avoir  donné  des  représentations  à 
Bouen  et  à  Strasbourg,  vint  s'établir  à  Paris  et  obtint  du  roi  l'autori- 
sation déjouer  des  intermèdes  italiens  a  l'Académie  royale  de  musique. 
Ces  chanteurs  débutèrent,  le  1er  août  1752,  par  le  chef-d'œuvre  de 
Pergolèse,  la  Serva  padrona,  qui  obtint  un  succès  prodigieux;  le  22 
du  même  mois,  ils  donnèrent  il  Giuocalorc,  autre  intermède,  en  trois 
actes,  dont  la  musique  était  de  différents  auteurs,  mais  particulièrement 
d'Orlandini.  Encouragés  par  l'accueil  flatteur  qui  leur  était  fait,  ils 
représentèrent  encore,  le  19  septembre  suivant,  il  Maestro  di  musica, 
en  deux  actes,  aussi  de  différents  auteurs  ;  puis,  successivement,  la 


202 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICAL?. 


Finta  cameriera,  d'Atella  ;  la  Donna  svperba,  de  différents  auteurs; 
la  Scalla  govcrnatrice,  de  Cocchi  ;  il  Cinese  rimpatriato,  de  Sellelti  ; 
la  Zinpara,  de  Rinaldo,  de  Capoue;  gli  Arligiani  arrichiti,  de  La- 
tila;  il  Paratagio,  de  Jomelli  ;  Bertloldo  in  corle,  de  Ciam'pi  ;  et, 
enfin,  /  Viaggialpn,  de  Léo.  Au  total,  douze  pièces.  Le  succès  de 
plus  en  plus  prononcé  qu'ils  obtinrent  avec  ces  différents  ouvrages 
devint  le  signal  de  la  fameuse  querelle  des  bouffonisles  et  des  Iuliistes, 
connue  aussi  sous  le  nom  de  guerre  des  coins,  et  qui  partagea  si 
longtemps  en  deux  camps  bruyants  et  passionnés  le  public  ordinai- 
rement si  calme  de  l'Opéra.  Laissons  Rousseau,  un  des  plus  ardents 
combattants  de  cette  guerre,  raconter  lui-même  de  quelle  façon  elle 
prit  naissance  : 

«  Les  bouffons  firent  à  la  musique  italienne  des  sectateurs  très- 
»  ardens  :  tout  Paris  se  divisa  en  deux  partis  plus  échauffés  que  s'il 
»  se  fût  agi  d'une  affaire  d'État  ou  de  religion.  L'un,  plus  puissant, 
»  plus  nombreux,  composé  des  grands,  des  riches  et  des  femmes,  sou- 
»  lenoit  la  musique  françoise  ;  l'autre,  plus  vif,  plus  fier,  plus  enlhou- 
»  siaste,  étoit  composé  des  vrais  connoisseurs  et  des  gens  à  talent,  des 
»  hommes  de  génie.  Son  petit  peloton  se  rassembloit  à  l'Opéra,  sous 
»  la  loge  de  la  reine.  L'aulre  parti  remplissoit  le  reste  du  parterre 
»  et  de  la  salle  ;  mais  son  foyer  principal  étoit  sous  la  loge  du  roi. 
»  Voilà  d'où  viennent  ces  noms  de  partis  célèbres  en  ces  temps-là 
»  de  coin  du  roi  et  de  la  reine.  La  querelle  en  s'animant  produisit 
»  ('es  brochures.  Le  coin  du  roi  voulut  plaisanter  ;  il  fut  moqué  par 
»  le  Petit  prophète;  il  voulut  se  mêler  de  raisonner,  il  fut  écrasé 
»  par  la  Lettre  sur  la  musique  françoise.  Ces  deux  petits  écrits  , 
»  l'un  de  Grimm,  l'autre  de  moi,  sont  les  seuls  qui  survivent  de  cette 
»  querelle;  tous  les  autres  sont  morts.  »  (Confessions  ,  IIe  partie, 
liv.  vin.) 

Mme  de  Pompadour,  qui  s'était  hautement  prononcée  en  faveur  de 
la  musique  française,  avait  naturellement  rangé  le  roi  à  son  opinion  , 
en  sorte  que  ceux  des  spectateurs  qui  servaient  cette  même  cause 
avaient  tout  naturellement  choisi  pour  lieu  de  ralliement  le  côté  de  la 
salle  où  se  trouvait  placée  la  loge  du  souverain.  Ce  ne  furent  d'abord 
que  saillies,  bons  mots  et  épigran.mes  échangés  de  part  et  d'autre  ; 
mais  bientôt,  comme  le  dit  Rousseau,  les  choses  s'envenimant  et  la 
question  prenant  une  importance  démesurée,  ce  fut  un  déluge  de  bro- 
chures et  de  pamphlets  à  ne  s'y  plus  reconnaître,  et  voici  ce  que 
Grimm,  en  1777  (1),  disait  à  ce  propos  dans  sa  correspondance  :  «  De 
»  grands  philosophes  ont  prétendu  que  la  vérité  ne  convenait  guère 
»  aux  hommes,  puisqu'elle  n'avait  jamais  été  pour  eux  qu'une  source 
»  de  querelles,  de  haines  et  de  divisions.  On  prouverait  bien  mieux, 
»  en  suivant  le  même  principe,  que  la  musique  ne  convient  guère  à  la 
»  France,  puisque  cet  art  n'a  jamais  tenté  d'y  faire  le  moindre  pro- 
»  grès,  sans  soulever  contre  lui  les  fureurs  les  plus  violentes,  les  ca- 
»  baies  les  plus  ridicules.  On  se  souvient  encore  de  tous  les  troubles 
»  que  suscitèrent  parmi  nous  et  les  nouveaux  systèmes  de  Rameau,  et 
»  l'arrivée  des  bouffons  de  l'Italie.  La  bulle,  la  bulle  même,  sur  la- 
»  quelle  nous  n'avons  écrit  que  dix  mille  volumes,  n'a  jamais  donné 
»  lieu  à  des  disputes  aussi  vives,  aussi  passionnées.  L'horreur  d'un 
»  janséniste  pour  un  moliniste  ne  peut  donner  qu'une  faible  idée  de 
»  celle  que  le  coin  de  la  reine  inspirait  au  coin  du  roi.  » 

Ce  fut  Grimm  lui-même  qui  ouvrit  le  feu  par  son  opuscule  intitulé 
le  Petit  prophète  de  Boehmischbroda,  satire  mordante  et  spirituelle 
de  l'Opéra  français,  mais  dont  les  traits  fins  et  acérés  n'étaient  pas 
toujours  accompagnés  de  l'atticisme  le  plus  pur,  ni  du  goût  le  plus  par- 
fait. Dans  cette  brochure,  qui  était  censée  écrite  par  un  écolier  de 
Prague,  transporté  sans  le  savoir  à  l'Académie  royale  de  musique, 
l'auteur  faisait  une  critique  complète  de  cet  établissement.  Commen- 
çant par  l'orchestre  et  son  chef,  il  s'exprimait  ainsi  : 

«  Et  pendant  que  je  me  parlois  ainsi  à  moi-même  (car  j'aime  à  me 
»  parler  à  moi-même  quand  j'en  ai  le  temps),  je  trouvai  que  l'orches- 

(1)  Lpoque  ;\  laquelle  cette  guerre  recommençait  à  propos  de  Gluck  et  de  Piccini. 


»  tre  avoit  commencé  à  jouer,  sans  que  je  m'en  fusse  aperçu,  et  ils 
»  jouoient  quelque  chose  qu'ils  appelloient  une  ouverture. 

»  Et  je  vis  un  homme  qui  tenoit  un  bâton,,  et  je  crus  qu'il  alloit 
»  châtier  les  mauvais  violons,  car  j'en  entendis  beaucoup  parmi  les 
»  autres  qui  étoient  bons,  et  qui  n'étoient  pas  beaucoup. 

»  Et  il  faisoit  un  bruit  comme  s'il  fendoit  du  bois,  et  j'étois  étonné 
»  de  ce  qu'il  ne  se  démetloit  pas  l'épaule,  et  la  vigueur  de  son  bras 
■  m'épouvanta. 

»  Et  je  fis  des  réflexions  (car  j'aime  à  faire  des  réflexions  quand  j'en 
»  ai  le  temps)  et  je  me  disois  à  moi-même  : 

»  Oh!  que  les  talents  sont  déplacés  dans  ce  monde,  et  comme  pour- 
»  tant  le  génie  se  montre,  encore  qu'il  soit  mal  à  sa  place. 

»  Et  je  disois  :  si  cet  homme-là  était  né  dans  la  maison  de  mon 
»  père  qui  est  à  un  quart  de  lieue  de  la  forêt  de  Boehmischbroda,  en 
»  Bohême,  il  gagneroit  jusqu'à  trente  deniers  par  jour,  et  sa  famille 
»  seroit  riche  et  honorée,  et  ses  enfants  vivraient  dans  l'abon- 
»  dance  ; 

»  Et  l'on  diroit  :  voilà  le  bûcheron  de  Boehmischbroda,  le  voilà  ! 
»  Et  son  sçavoir-faire  n'y  seroit  pas  de  trop  ;  au  lieu  qu'il  ne  doit  pas 
»  gagner  de  quoi  manger  son  pain  ni  de  quoi  boire  son  eau  dans  cette 
»  boutique. 

»  Et  je  vis  qu'on  appelloit  cela  battre  la  mesure  ;  et  encore  qu'elle 
»  fût  battue  bien  fortement,  les  musiciens  n'étoient  jamais  ensemble. 

»  Et  je  commençai  à  regretter  les  sérénades  que  nous  faisons,  nous 
<■  autres  écoliers  des  jésuites,  dans  les  rues  de  Prague  quand  il  fait  nuit; 
»  car  nous  allons  ensemble,  et  nous  n'avons  point  de  bâton.  »  [Le  Pe- 
»  Ut  prophète  de  Boehmischbroda,  chap.  iv.) 

Un  peu  plus  loin  venait  le  tour  des  chanteurs  : 

«  Et  je  vis  arriver  une  femme,  et  elle  faisoit  de  grands  pas,  et  elle 
»  s'avança  sur  le  bord  du  théâtre,  et  elle  fronça  ses  sourcils,  et  mon- 
»  tra  ses  poings,  et  je  jugeai  qu'elle  étoit  de  mauvaise  humeur. 

»  Et  il  me  sembloit  qu'elle  me  faisoit  des  menaces,  et  je  me  fâchois, 
»  car  je  suis  prompt,  et  de  mon  naturel  je  n'aime  pas  les  menaces,  et 
»  mon  voisin  dit  :  Non,  c'est  à  moi  qu'elle  en  veut;  et  son  voisin  dit  : 
»  Non,  c'est  à  moi. 

»  Et  elle  avoit  à  la  main  une  baguette  qui  étoit  mystérieuse,  parce 
»  le  poète  l'avoit  dit  comme  cela,  et  moyennant  cette  baguette  elle 
»  pouvoit  et  sçavoit  tout,  excepté  chanter,  qu'elle  ne  sçavoit  point, 
»  encore  qu'elle  crût  le  sçavoir. 

»  Et  avec  sa  voix,  encore  qu'elle  fût  fausse,  elle  fit  venir  les  morts, 
i)  encore  qu'elle  fît  fuir  les  vivans  ;  et  je  me  disois  à  moi-même  : 
ii  Sans  doute  que  ceux  qui  sont  morts  et  enterrés  dans  cette  boutique, 
»  ont  l'oreille  fausse  de  leur  naturel. 

»  Et  il  arriva  un  vieillard  que  la  femme  à  baguette  appeloit  jeune 
»  (car  le  poète  l'avoit  dit  comme  cela)  encore  qu'il  eût  soixante  ans 
»  passés.  Et  il  se  gargarisoit  devant  le  moude  en  faisant  semblant  de 
»  chanter.  »  (Idem,  chap.  vi.) 

Il  s'attaquait  ensuite  à  la  mise  en  scène  dans  les  termes  suivants  : 

«  Et  je  vis  des  danseurs  et  des  sauteuses  sans  nombre  et  sans  fin, 
»  et  ils  appeloient  cela  la  fête,  encore  que  ce  n'en  fût  pas  une,  caria 
h  joye  n'en  étoit  pas  :  et  cela  ne  finissoit  point,  et  je  jugeai  que  ces 
»  gens  là  ne  s'ennuyoient  pas  de  sauter,  encore  qu'ils  eussent  un  air 
»  fort  ennuyé  et  qu'ils  m'ennuyassent  moi  et  les  autres. 

»  Et  leurs  danses  troubloient  les  acteurs  à  chaque  moment,  el  quand 
»  ils  étoient  dans  le  meilleur  de  leur  dire,  les  sauteuses  arrivoient  et 
»  l'on  renvoyoit  les  acteurs  dans  un  coin,  pour  faire  place  aux  sau- 
»  teuses,  encore  que  la  fête  se  fit  pour  eux  seuls,  car  le  poète  l'avoit 
»  dit  comme  cela  ;  et  quand  ils  avoient  quelque  chose  à  dire,  on  leur 
»  permettait  de  venir  dans  le  milieu,  sauf  de  les  renvoyer  dans  le  coin 
»  quand  ils  avoient  dit  leur  fait. 

»  Et  je  trouvois  que  nous  faisons  mieux,  parce  que  nos  acteurs 


DE  PARIS. 


203 


»  n'ont  rien  do  commun  avec  les  sauteuses,  et  ils  ont  fini  quand  les 
»  autres  arrivent  :  car  je  dis  ce  que  je  pense. 

»  Et  je  jugeai  que  le  poêle  devoit  être  eu  colère  contre  ces  sau- 
»  teuses  qui  venoient  interrompre  la  conversation  de  ses  personnages, 
»  sans  dire  pourquoi. 

»  Et  je  lui  trouvai  de  la  bonté  d'âme,  de  faire  appeler  les  sauteuses 
»  par  ses  acteurs,  comme  il  faisoit,  quand  elles  n'y  avoient  que  faire  ; 
»  et  encore  qu'il  dît  qu'elles  y  avoient  que  faire,  je  n'en  crus  rien, 
»  car  elles  n'y  avoient  que  faire.  »  {Idem,  chap.  vu.) 

Puis  enfin,  et  pour  que  chacun  y  trouvât  son  compte,  il  s'en  prenait 
à  la  musique  : 

«  Et  je  m'ennuyai  comme  cela  pendant  deux  heures  et  demie  à 
»  écouter  un  recueil  de  menuets  et  d'airs  qu'ils  appellent  gavottes,  et 
»  d'autres  qu'ils  appellent  rigaudons,  et  tambourins  et  contredanses; 
»  le  tout  entremêlé  dp  quelques  scènes  de  plein  (sic)  chant,  tel  que 
»  nous  le  chantons  dans  nos  vêpres  jusqu'à  ce  jour,  et  de  quelques 
»  chansons  que  j'ai  entendu  jouer  dans  les  fauxbourgs  de  Prague,  et 
»  nommément  à  l'enseigne  de  la  Croix-Blanche  et  à  celle  de  l'Archi- 
»  duc-Joseph. 

»  Et  je  vis  qu'on  nommoit  cela  en  France  un  opéra,  et  je  notai  cela 
»  dans  mes  tablettes  pour  m'en  souvenir.  »  {Idem,  chap.  vin.) 
{La  suite  prochainement.) 

Arthur  POUGI.N. 


ASSOCIATION  DES  ARTISTES  MUSICIENS. 

Assemblée  générale  annuelle, 

Pour  la  seizième  fois  depuis  sa  création,  l'Association  des  artistes 
musiciens  se  réunissait  jeudi  dernier  en  assemblée  générale,  sous  la 
présidence  de  M.  le  baron  Taylor,  pour  entendre  le  compte  rendu 
des  travaux  accomplis  et  des  résultats  obtenus  pendant  l'année  1859. 
Chargé,  comme  l'année  précédente,  d'en  présenter  le  tableau  géné- 
ral, M.  Colmet  d'Aage  s'est  acquitté  de  sa  mission  avec  le  talent  dont 
il  avait  déjà  fait  preuve.  Le  nombreux  auditoire  (il  y  avait  plus  de 
deux  cents  membres  présents)  lui  en  a  témoigné  sa  gratitude  en 
l'interrompant  souvent  par  des  bravos  qui  se  sont  renouvelés  avec 
plus  de  chaleur  encore  après  la  noble  et  touchante  allocution  pro- 
noncée par  le  président  fondateur. 

Du  compte  rendu  de  M.  Colmet  d'Aage  il  résulte  que  les  revenus  de 
l'association  se  sont  augmentés  d'une  somme  de  1,307  fr.  50,  et  que 
quatorze  pensions  nouvelles,  soit  de  180  fr.,  soit  de  300  fr.,  ont  pu 
être  accordées.  Le  rapporteur  a  successivement  passé  en  revue  les 
quatre  sources  différentes  auxquelles  puise  le  comité  pour  subvenir 
aux  besoins  sans  cesse  renaissants  et  aux  demandes  qui  lui  arrivent 
de  toutes  parts  :  1°  les  messes  et  concerts  organisés  par  le  président 
et  quelques  membres  du  comité;  2°  les  dons  faits  à  l'association; 
V  le  montant  des  cotisations  annuelles  ;  ka  et  enfin  le  produit  de  la 
rente  inaliénable  dont  l'association  est  propriétaire.  Chemin  faisant,  il 
n'a  oublié  aucun  de  ceux  qui  par  un  zèle  ardent,  par  de  généreuses 
sympathies  ont  signalé  leur  concours  à  la  grande  œuvre  commune. 
Dans  ce  nombre  le  nom  de  M.  Georges  Kastner  est  souvent  revenu  et 
a  reçu  le  témoignage  d'une  approbation  générale.  Le  rapporteur  a 
aussi  payé  un  juste  tribut  de  regrets  aux  hommes  de  talent  et  de 
cœur  enlevés  au  comité  par  une  mort  prématurée. 

En  terminant  son  travail,  M.  Colmet  d'Aage  a  insisté  sur  ce  point, 
que  si  une  seule  pensée,  une  seule  volonté  avait  suffi  pour  créer  une 
association  destinée  à  traverser  les  siècles,  le  devoir  de  tous  ses  mem- 
bres était  de  se  grouper  autour  du  fondateur  pour  l'aider  à  fortifier, 
à  compléter  son  ouvrage.  «  Aussi,  a-t-il  ajouté,  vous  tous  qui  êtes 
»  réunis  dans  cette  enceinte,  dites  à  tous  ceux  qui  aiment  et  qui  cul- 
»  tivent  les  arts,  ce  que  nous  avons  fait  avec  les  faibles  ressources 


»  dont  nous  pouvions  disposer;  dites-leur  qu'après  dix-sept  ans 
»  d'exercice  il  est  à  présent  près  de  cent  vieillards  et  infirmes  qui 
»  jouissent  d'une  pension  qui  leur  est  mcnsuellementpayée;  que  quatre 
»  orphelins  sont  élevés  par  nos  soins  ;  que  nous  donnons  des  secours 
»  à  nos  sociétaires  malheureux  ;  que  notre  avenir  est  assuré  par  la 
»  création  d'un  capital  inaliénable,  produit  de  nos  économies  et  de 
»  nos  travaux;  que  nous  avons  distribué  depuis  dix-sept  ans  en  pen- 
»  sions  et  secours  la  somme  de  197.941  fr.,  soit  : 

»  En  pensions 137,333  fr. 

i)  En  secours 60,608 


197,9!(1  fr. 


»  Somme  égale  . 

»  Ajoutez  que  pour  faire  partie  de  notre  noble  asssociation,  puis 
»  venir  en  aide  à  nos  confrères  dans  le  malheur,  on  ne  demande  à 
»  chacun  que  le  minime  sacrifice  de  50  c.  par  mois;  et  alors  vous 
»  ne  pourrez,  comme  nous,  que  répéter  ce  qui  déjà  s'est  dit  et  ce 
»  qui  se  dira  tant  de  fois  encore:  honneur  au  bienfaiteur  des  artistes, 
»  au  fondateur  de  notre  association,  à  M.  le  baron  Taylor  !  » 

Pour  cette  année,  les  membres  sortants  du  comité,  mais  rééligibles, 
étaient  MM.  Prumier  père,  Gouffé,  Couder,  Gastinel,  Klein,  Rignault 
aîné,  Dobigny-Derval,  Petiton,  Ancessy  aîné,  Michel  Lévy,  Colmet 
d'Aage.  11  y  avait  en  outre  un  'douzième  membre  à  nommer  en  rem- 
placement de  M.  Devaux,  l'un  de  ceux  dont  le  comité  déplore  la  perte. 
Le  scrutin  a  donné  les  résultats  suivants  :  M.  Prumier  père  a  obtenu 
180  suffrages;  Gouffé,  176;  Colmet  d'Aage,  166;  Couder,  162;  Do- 
bigny-Derval, 159;  Petiton,  158;  Maury,  119;  Michel  Lévy,  103; 
Ancessy  aîné,  90;  Abraham,  86  ;  Foulon,  8/i;  MM.  Gastinel  et  Lafon- 
taine,  78.  Le  comité  aura  dans  sa  prochaine  séance  à  statuer  sur 
celte  dernière  élection,  afin  de  savoir  auquel  des  deux  élus  elle  doit 
profiter. 


Ce  n'est  pas  sans  regret  que  nous  sommes  forcés  de  le  redire  : 
M.  P.  Scudo  manque  étrangement  de  mémoire,  ce  qui  l'expose  à  se 
mettre  en  contradiction  avec  lui-même  et  à  se  donner  les  plus  risibles 
démentis.  Quand  un  journal  est  obscur  et  sans  consistance,  comment 
se  fait-il  qu'un  homme  illustre,  un  homme  grave  recherche  avec  l'em- 
pressement le  plus  régulier  ses  éloges  et  même  sa  critique  chaque 
fois  qu'il  publie  un  ouvrage  ou  quelque  chose  d'approchant?  C'est 
pourtant  à  quoi  ne  manque  pas  M.  P.  Scudo  depuis  longues  années. 
Il  l'a  oublié  peut-être,  mais  il  nous  est  facile  de  le  lui  rappeler.  Nous 
avons  la  mauvaise  habitude  (dont  nous  nous  sommes  bien  trouvés 
parfois)  de  garder  toutes  les  lettres  qui  nous  sont  adressées  :  il  nous 
suffit  donc  de  fouiller  dans  la  collection  de  celles  de  l'éminent  con- 
frère qui  nous  accable  aujourd'hui  de  ses  dédains. 

Par  exemple,  à  la  date  du  %  juillet  1854,  il  nous  écrivait  une 
lettre  en  quatre  pages  commençant  par  ces  mots  :  «  J'ai  reçu  à  Ven- 
»  dôme,  où  je  suis  depuis  un  mois,  le  dernier  numéro  de  la  Gazette 
n  musicale,  où  vous  rendez  compte  d'un  livre  modeste  que  j'ai  pu- 
»  blié  sur  la  musique  ancienne  et  moderne.  Je  vous  remercie  non- 
»  seulement  des  éloges  que  contient  voire  appréciation  pleine  d'ur- 
»  banité,  mais  aussi  des  restrictions  nombreuses  dont  vous  avez  cru 
»  devoir  les  accompagner.  Ecrivain  indépendant,  j'aime  avant  tout 
»  la  liberté  de  discution  (sic)  et  je  ne  me  plaindrai  jamais  de  l'usage 
»  qu'on  pourra  faire  contre  moi  d'un  droit  inhérent  à  l'esprit  hu- 
»  main.  »  (Ici  viennent  trois  pages  apologétiques  sur  la  manière  dont 
l'auteur  a  usé  lui-même  du  droit  qu'il  reconnaît  à  tous,  et  la  lettre 
finit  ainsi  :)  «  Il  me  suffit  des  encouragements  que  je  reçois  de  l'opi- 
»  nion  publique  et  de  l'estime  dont  veulent  bien  m'honorer  des  écri- 
»  vains  aussi  distingués  que  vous,  Monsieur.  Agréez,  je  vous  prie, 
»  etc.,  etc.  » 

Autre  lettre,   en  date  du  27  juillet  1857  :  «  Je  viens  un  peu  tard, 


204 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»  mon  cher  Monsieur,  vous  remercier  de  l'excellent  article  que 
»  vous  avez  consacré  au  Chevalier  Sarti  dans  le  numéro  de  la 
»  Gazelle  musicale  du  28  juin.  Je  l'ai  lu  à  Vendôme  où  je  suis  en 
»  villégiature  depuis  six  semaines.  Il  m'a  fait  un  très-grand  plaisir. 
»  Vous  avez  très-bien  fait  ressortir  l'esprit  de  mon  livre,  et  vous  avez 
»  signalé  avec  la  courtoisie  qui  vous  est  naturelle  les  imperfections 
»  qui  me  sont  échappées  dans  l'exécution  d'une  œuvre  complexe.  Je 
>i  reconnais  avec  vous  et  d'autres  critiques  distingués  qui  se  sont  oc- 
»  cupés  de  mon  livre,  que  le  chapitre  sur  la  musique  de  Venise,  etc. 
»  Cependant  je  tiens  beaucoup  à  ce  chapitre,  ainsi  que  vous  l'avez 
»  judicieusement  fait  pressentir  à  vos  lecteurs,  etc.,  etc.  Voilà  mon 
»  excuse,  mon  cher  Monsieur,  aux  observatfons  très-justes  et  très- 
»  fondées  que  mon  livre  vous  a  suggérées.  Recevez  donc,  avec  mes 
»  sincères  remercîments,  l'assurance  de  mes  sentiments  distingués  et 
»  d'une  bonne  confraternité.  » 

14  février  1859.  «  En  vous  faisant  de  nouveau,  mon  cher  confrère, 
»  mes  compliments  sur  votre  vigoureuse  réponse  à  M***,  je  vous 
»  adresse  un  produit  de  mes  veilles,  comme  on  disait  autrefois,  que 
»  je  recommande  à  votre  bienveillance  éclairée.  Si  vous  ne  voyiez  pas 
»  d'inconvénient  à  citer  quelques  lignes  de  l'avanl-propos  dans  votre 
»  appréciation,  je  vous  en  serais  plus  particulièrement  obligé.  Agréez. 
»  je  vous  prie,  l'assurance  de  mes  sentiments  de  bonne  confraternité.  » 
Nous  fîmes  ce  que  désirait  l'auteur  du  volume  intitulé  Critique  et 
littérature  musicales.  L'article  de  la  Gazette  musicale  fut  même  re- 
produit dans  plusieurs  journaux  italiens. 

13  février  1860.  «  Mon  cher  Monsieur,  voici  le  volume  en  question 
»  {V Année  musicale)  et  l'article  sur  M***  dont  j'ai  eu  le  plaisir  de 
»  vous  entretenir.  Toute  réflexion  faite,  je  ne  vois  aucun  inconvénient 
»  à  le  reproduire  tout  entier,  si  vous  le  jugez  à  propos.  Je  vous  laisse 
»  la  liberté  de  faire  toutes  les  réserves  qu'il  vous  semblerait  nécessaire 
»  de  faire.  Agréez  l'expression  de  mes  sentiments  de  bonne  confra- 
»  ternité.  » 

Pour  cette  fois,  la  requête  ne  fut  pas  admise  ;  l'inconvénient  que 
notre  illustre  confrère  n'avait  pas  vu  de  ses  yeux  de  lynx,  nous 
l'aperçûmes  nous,  journalistes  obscurs,  de  nos  yeux  de  taupe,  et 
l'article  ne  fut  pas  reproduit.  Nos  lecteurs  savent  le  reste  :  ils  appré- 
cieront !  Après  tout  ce  qu'on  vient  de  lire,  nous  n'abuserons  pas  des 
avantages  de  notre  position  pour  renvoyer  à  M.  P.  Scudo  sa  bordée  de 
sarcasmes  éventés  et  d'insinuations  doucereuses,  à  la  façon  d'un 
personnage  célèbre  des  comédies  de  Beaumarchais.  Désormais  on  saura 
ce  que  signitie  le  mot  de  bonne  confraternité  dans  un  langage,  qui, 
nous  nous  en  glorifions,  n'a  jamais  été  le  nôtre. 

Ce  qui  reste  prouvé,  d'après  son  aveu  même,  c'est  que  lorsque 
M.  Scudo  appelle  la  vindicte  publique  sur  la  tête  d'un  fonctionnaire, 
il  ne  connaît  pas  plus  le  nom  de  ce  fonctionnaire  que  la  nature  de 
ses  fonctions. 

Il  parle  d'emplois  inutiles,  et  quoi  de  plus  inutile  que  le  sien,  qui 
consiste  à  décourager,  à  amoindrir  les  vivants,  avec  ou  sans  dédicace, 
au  bénéfice  des  morts,  qui  n'en  profitent  guère,  mais  dont  il  n'est 
pas  jaloux  ! 

Pensez-y  bien,  illustre  M.  Scudo,  vous  à  qui  celui  qui  écrit  ces 
lignes  n'a  jamais  rien  demandé  :  vous  êtes  l'obligé  du  journal  obscur 
et  sans  consistance,  dont  vous  avez  trop  souvent  réclamé  les  services, 
dont  vous  vous  êtes  trop  souvent  déclaré  l'excellent  confrère,  pour 
avoir  le  droit  d'en  parler  aujourd'hui  d'un  ton  si  grotesque  à  force 
d'être  arrogant. 

Paul  SMITH. 


NOUVELLES. 


**»  Les  représentations  de  Pierre  de  Méiicis  ont  été  interrompues  cette 
semaine  par  suite  d'un  accident  arrivé  dans  celle  de  lundi  à  Mme  Fer- 
raris.  Au  deuxième  acte,  l'éminente  artiste  avait  dansé  la  moitié  de 
son  pas  dans  le  ballet  des  Amours  de  Diane,  et  l'enthousiasme  du  public 
allait  croissant,  lorsqu'elle  dut  s'arrêter  sous  l'impression  subite  d'une  vive 
douleur  dans  une  jambe.  Elle  avait  éprouvé  ce  que  l'on  appelle  vulgai- 
rement un  coup  de  fouet.  C'est  un  accident  qui  n'a  rien  de  grave  fort 
heureusement  et  qui  n'exige  que  quelques  jours  de  repos.  Mercredi 
prochain  Mme  Ferraris  reprendra  son  rôle.  —  Vendredi  on  a  donné  les 
Huguenots  avec  Gueymard,  Mme  Barbot  et  Cazaux.  Le  chef-d'œuvre  de 
Meyerbeer  a  été  remarquablement  exécuté,  et  la  salle  était  pleine. 

„.**  Les  répétitions  de  Sémiramis  se  poursuivent  avec  beaucoup  d'acti- 
vité à  l'Opéra.  Obin  va  quitter  son  rôle  dans  Pierre  de  Médicis  pour 
étudier  celui  d'Assur.  Les  sœurs  Marchisio  obtiennent  beaucoup  de 
succès  aux  répétitions,  et  on  pense  toujours  que  l'ouvrage  de  Rossini 
pourra  être  représenté  dans  la  première  huitaine  de  juillet.  Ainsi  que 
nous  l'avons  dit,  les  décors  de  Sémiramis  seront  des  chefs-d'œuvre  d'art 
et  de  science,  et  les  peintres,  sous  l'habile  direction  de  M.  Flandin,  re- 
produiront l'antique  Babylone  avec  une  vérité  tenant  du  prodige.  Le  décor 
du  premier  acte  représentera  l'antique  cité  telle  qu'elle  était  en  Tan  1916 
avant  Jésus-Christ.  Le  décor  du  deuxième  acte  montrera  les  jardins  sus- 
pendus de  Sémiramis  ;  au  troisième  acte,  les  tombeaux  des  rois  assyriens 
dans  une  crypte  d'une  profondeur  immense,  empreinte  d'une  majesté 
sombre  et  terrible.  On  a  réservé  pour  le  tombeau  et  pour  l'apparition 
de  l'ombre  de  Ninus  des  merveilles  fantastiques;  et  quaut  aux  costumes, 
ils  seront  d'une  fidélité  et  d'une  richesse  sans  pareilles. 

„,**  Rien  n'est  encore  terminé  pour  l'engagement  de  Mme  Tedesco  à 
l'Opéra.  < 

a**  On  lit  dans  le  Moniteur  :  «  Quelques  journaux  annoncent  que  l'ad- 
ministration abandonne  le  projet  d'établir  l'Opéra  sur  le  boulevard  des 
Capucines,  et  proposent  de  modifier  les  alignements  de  ce  boulevard, 
ainsi  que  tout  le  système  des  grandes  voies  publiques  projetées  qui 
doivent  y  aboutir.  Les  assertions  de  ces  journaux  manquent  de  fonde- 
ment, et  leurs  propositions  sont  au  moins  inopportunes.  Le  projet  de 
reconstruction  de  l'Opéra  est  soumis  à  l'examen  de  la  commission  d'en- 
quête ;  rien  ne  donne  lieu  de  croire  que  l'avis  de  cette  commission  soit 
contraire  à  l'emplacement  proposé.  Le  percement  des  rues  nouvelles  qui 
doivent  aboutir  au  boulevard  d.?s  Capucines  ne  se  poursuit  qu'en  exé- 
cution de  la  loi  du  28  mai  1858  qui  a  approuvé  les  plans  arrêtés  et  le 
contrat  passé  entre  l'Etat  et  la  ville  pour  l'exécution  de  ces  iravaux. 
Quant  à  l'alignement  du  boulevard,  il  a  été  fixé  par  le  décret  du  14  no- 
vembre 1858,  rendu  après  enquête,  sur  l'avis  du  conseil  d'Etat.  » 

„%  La  célèbre  cantatrice  Giulia  Sanchioli  est  en  ce  moment  â  Paris. 

t*t  Le  Château  Trompette  et  le  Roman  cTEloire  occupent  tour  à  tour  la 
scène  de  l'Opéra-Comique.  La  barcarolle  et  la  délicieuse  romance  de  l'œu- 
vre nouvelle  d'Ambroise  Thomas  sont  constamment  bissées  et  valent  à, 
Montaubry  bravos  et  rappels.  Mlle  Monrose  est  de  plus  en  plus  char- 
mante dans  son  double  rôle  de  vieille  et  jeune  marquise,  et  la  pièce 
d'A.  Dumas  et  Leuven  amuse  comme  une  bonne  comédie  du  Théâtre- 
Français. 

„%  Le  théâtre  Lyrique  donnera  mardi  prochain  la  reprise  des 
Rosières,  opéra-comique  en  trois  actes,  de  Théaulon,  musique  d'Ilérold. 
Cet  ouvrage  est  destiné  à  alterner  avec  Orphée,  dont  Mme  Pauline 
Viardot  a  consenti  à  donner  encore  quelques  représentations. 

,,**  Le  directeur  du  théâtre  Lyrique  a  reçu  l'opéra  en  quatre  actes, 
écrit  par  Got.  du  Théâtre-Français;  il  a  pour  titre:  le  Moine  rouge,  et 
c'est  M.  Membrée  qui  en  a  composé  la  musique.  Le  sujet  de  la  pièce  est 
emprunté  a  une  légende  du  Nord,  riche  d'effets  fantastiques  et  très- 
saisissants. 

**„  Tamberlick  est  arrivé  a  Madrid  et  a  débuté  au  théâtre  de  la  Zar- 
zuela  par  le  rôle  d'Otello.  Si  l'on  en  doit  croire  les  journaux  et  les 
correspondances  de  la  localité,  le  célèbre  ténor  aurait  été  tout  d'abord 
accueilli  assez  froidement  et  son  talent  discuté.  Mais  â  Madrid  comme 
ailleurs  l'irrésistible  talisman,  Vut  dièse,  est  venu  fondre  la  glace,  et  les 
applaudissements  se  sont  fait  jour.  Il  y  a  eu  infiniment,  plus  de  sponta- 
néité pour  Mme  Kenneth,  qui  a  déployé  beaucoup  de  sentiment  et  de 
passion  dans  le  rôle  de  Desdemona.  Sa  cavatine  a  provoqué  des  bravos 
enthousiastes,  et  il  était  impossible  de  dire  avec  une  mélancolie  plus 
touchante  la  romance  du  Saule.  Les  honneurs  de  la  soirée  semblaient 
plutôt  pour  elle  que  pour  Tamberlick.  Bartholoni  a  très-bien  rendu  le 
rôle  do  Iago.  Aux  représentations  suivantes,  et  surtout  dans  Potiuto, 
Tamberlick  a  reconquis  ses  avantages.  Mme  Kenneth  a  été  très-belle 
dans  le  rôle  de  Pauline. 

»%  On  annonce  l'engagement  au  théâtre  Italien  de  Moscou  du  ténor 
Kraftzow  qui  a  donné,  cet  hiver,  à  Paris,  deux  concerts,  dans  lesquels  il 
s'est  fait  remarquer  par  une  jolie  voix  de  ténor. 


DE  PARIS. 


205 


*%  Mose  in  Egitto,  de  Rossini,  vient  d'être  donné  à  l'Académie  de 
musique  de  New- York,  avec  Susini,  Ferri,  Brignoli  et  Mlle  Paiti.  Les 
journaux  américains  annoncent  un  succès  immense. 

»*„  La  partition  de  Pianella,  opérette  de  Flotow,  pour  piano  et  chant, 
a  paru  hier.  —  La  charmante  valse-bolero  composé  par  Musard  sur  un 
motif  de  cet  opéra,  et  qui  obtient  un  si  grand  succès  chaque  soir  au  con- 
cert des  Champs-Elysées,  a  paru  également,  arrangée  pour  piano  par 
Desgranges.  Elle  est  illustrée  d'un  très-beau  portrait  de  Paul  Legrand 
dans  le  rôle  de  Scapin,  qu'il  remplit  si  plaisamment  dans  l'œuvre  nou- 
velle de  Flotow. 

*%  S.  Exe.  M.  de  Sabouroff ,  directeur  des  théâtres  impériaux,  vient 
de  recevoir  de  S.  M.  l'empereur  de  Russie  le  cordon  de  b.  Alexandre 
Piewski. 

„,**  La  messe  solennelle  en  la  majeur  de  M.  Leprévot,  exécutée  le 
lundi  de  ia  Pentecôte,  à  l'église  Sainte-Marguerite,  renferme  des  mélo- 
dies d'une  touchante  suavité,  des  harmonies  claires,  élégantes  et  distin- 
guées. Les  situations  dramatiques  du  Credo,  brillamment  développées, 
sont  surtout  traitées  avec  beaucoup  d'habileté.  M.  Charles  Bleuse,  maître 
de  chapelle  de  la  paroisse,  a  dirigé  l'exécution  de  cette  œuvre  avec  ce 
sentiment  exquis  des  nuances,  cette  haute  intelligence  qui  ont  fait  du 
chœur  de  Sainte-Marguerite  un  des  meilleurs  que  nous  ayons. 

„*„.  Samedi  dernier  chez  Bossini,  on  a  entendu  un  fort  beau  trio 
d'Adolphe  Blanc,  exécuté  par  M.  Bernard  Rie,  l'auteur  et  M.  Lebouc,  qui 
a  été  fort  applaudi  dans  un  solo  de  violoncelle.  Les  honneurs  de  la 
soirée  ont  été  pour  M.  Bernard  Rie,  qui  a  joué  deux  de  ses  composi- 
tion, l'Impromptu  et  le  Rouet.  M.  Rie  a  dû  recommencer  ce  dernier 
morceau,  qui  lui  a  valu  les  chaleureux  applaudissements  de  l'auditoire. 

t*t  Un  professeur  distingué,  M.  Herrenschneider,  a  fait  entendre 
mardi  dernier,  dans  la  salle  Beethoven,  plusieurs  de  ses  élèves.  Cette 
réunion  avait  pour  but  de  faire  apprécier  l'avantage  de  la  méthode  ra- 
tionnelle qu'il  a  adoptée  pour  l'étude  du  piano  et  de  la  nécessité  qu'il  y 
aurait  à  l'introduire  dans  l'enseignement.  Les  résultats  remarquables 
obtenus  par  M.  Herrenschneider  sont  la  meilleure  démonstration  qu'il 
pouvait  faire  de  cette  nécessité. 

*%  Outre  l'orchestre  de  Strauss,  les  habitués  de  Vichy  y  trouveront 
pendant  cette  saison  plusieurs  artistes  distingués,  au  nombre  desquels 
nous  citerons  Mme  Ribault-Altès,  de  l'Opéra;  M.  Delaunay-Riquier,  du 
théâtre  Lyrique,  Mlle  Lhéritier,  etc. 

s%  L'assemblée  générale  annuelle  de  la  Société  des  auteurs,  compo- 
siteurs et  éditeurs  de  musique  a  eu  lieu  le  13  mai  dernier.  L'ordre  du 
jour  se  composait  de  la  lecture  du  rapport  du  trésorier  sur  les  recettes 
et  les  dépenses,  de  la  lecture  du  rapport  annuel  du  président,  du  renou- 
vellement du  quart  des  membres  du  syndicat,  conformément  à  l'art.  12 
des  statuts.—  Du  rapport  de  M.  Crus,  trésorier,  il  résulte  que  les  per- 
ceptions de  l'exercice  1859-1860  se  sont  élevées  ù  fr.  110,448  31.  Les- re- 
cettes de  l'exercice  de  1838-1859  avaient  été  de  fr.  99,178  72.  C'est 
donc  une  augmentation  de  fr.  11,269  59.  L'avoir  de  la  caisse  sociale  est 
porté  aujourd'hui  à  fr.  33,998  47.  — 90  nouvelles  adhésions  données  par 
34  auteurs  de  paroles,  46  compositeurs  et  10  éditeurs  de  musique  por- 
tent à  847  le  nombre  des  sociétaires.  Un  arrêt  de  la  Cour  impériale  de 
Colmar  du  7  mars  1860,  et  plus  récemment  un  jugement  du  46  avril 
dernier,  rendu  par  le  tribunal  civil  de  Cherbourg,  viennent  de  compléter 
la  jurisprudence  relative  au  droit  des  compositeurs  en  matière  d'airs  in- 
tercalés dans  les  vaudevilles.  Ces  décisions  judiciaires  reconnaissent  ces 
principes  importants,  à  savoir  :  que  dans  les  œuvres  dramatiques,  les 
paroles  et  la  musique  constituent  une  propriété  commune  au  profit  des 
auteurs  et  des  compositeurs  ;  que  les  droits  de  chacun  s'étendent  et 
peuvent  s'exercer  pour  toutes  ces  parties  de  l'œuvre  commune,  qu'il 
s'agisse  des  paroles  ou  de  la  musique  ;  qu'aucune  pièce  ne  peut  être  re- 
présentée sans  le  consentement  de  tous  les  auteurs,  et  qu'enfin  aucunes 
substitutions,  aucuns  changements  ne  peuvent  être  faits  sans  le  consente- 
ment de  tous  les  ayants  droit.  A  la  suite  de  la  lecture  du  rapport,  l'as- 
semblée a  confirmé  la  nomination  de  M.  Poisot,  en  remplacement  de 
M.  Moniot,  démissionnaire.  MM.  Dufour-Brandus  et  Ettling,  membres 
sortants,  après  quatre  années  d'exercice,  ont  été  remplacés  au  syndicat 
par  MM.  Victor  Parizot,  compositeur,  et  A.  lkelmer,  éditeur. 

t**  On  annonce  une  édition  populaire  de  la  Biographie  de  Mozart,  par 
Otto  Jahn.  Cet  ouvrage  capital,  fruit  d'immenses  recherches,  qui  a  paru 
d'abord  en  quatre  forts  volumes,  sera  publié  par  livraisons;  il  y  en  aura 
vingt-six  en  tout. 

„%  La  séance  préparatoire  du  congrèspour  l'amélioration  du  plain-chant 
et  de  la  musique  d'église  a  eu  lieu,  comme  nous  l'avons  annoncé,  ven- 
dredi 25  mai,  dans  les  salons  d'Erard.  L'assemblée  était  nombreuse;  on 
y  remarquait  une  foule  d'ecclésiastiques  de  distinction,  des  artistes,  des 
hommes  de  lettres,  des  organistes,  des  maîtres  de  chapelle,  des  composi- 
teurs distingués,  deux  de  nos  brillants  généraux,  le  général  Mellinet  et 
le  général  Moline  de  Saint-Yon.  Après  le  discours  d'ouverture,  prononcé 
par  M.  l'abbé  Pelletier,  chanoine  d'Orléans,  promoteur  du  congrès,  l'as- 
semblée a  arrêté  le  programme  des  travaux  suivants,  où  sont  contenues 
toutes  les  questions  théoriques  et  pratiques  qui  seront  discutées,  débat- 
tues et  résolues  dans  le  congrès.  Voici  ce  programme.  Première  section: 
Histoire   de   la   musique  d'église  en  France;   Partie  grégorienne  et  non 


grégorienne;  indications  bibliographiques;  actes  du  saint-siége,  des 
concile*  et  des  évêques,  concernant  le  chant  et  la  musique.  — 
Deuxième  section:  Situation  présente  des  églises  des  villes  et  des  campa- 
gnes, sous  le  rapport  du  chant  et  de  la  musique  ;  enseignement  du 
chant,  de  la  musique  et  de  l'orgue  dans  les  écoles  normales  d'instituteurs 
et  d'institutrices,  les  séminaires,  les  maîtrises,  ses  résultats;  maîtres 
de  chapelle  et  organistes,  leur  nombre,  leur  répertoire,  les  ressources 
d'argent  et  d'exécution  dont  ils  disposent  ;  concours  des  sociétés 
chorales;  cantiques  en  langue  vulgaire,  usages  et  abus,  caractère  et 
défauts.  Troisième  section:  véritable  caractère  de  la  musique  d'église, 
vocale  et  instrumentale;  composition  ;  l'orgue,  son  style,  son  expres- 
sion, les  limites  de  cette  expression,  facture;  plain-chant,  sa  restitution, 
son  exécution,  soit  mélodique,  soit  psalmodique,  son  accompagnement  ; 
vœux  à  formuler  et  â  émettre;  principes  à  proclamer.  —  Après  l'adop- 
tion de  ce  programme,  l'assemblée  a  formé  son  bureau,  qui  se  compose 
ainsi  qu'il  suit:  président,  M.  l'abbé  Pelletier;  vice-présidents,  MM.  de 
La  Fage,  Laurentie,  F.  Benoist,  J  d'Ortigue  ;  secrétaire  général,  M.  Ro- 
butaux.  L'époque  définitive  du  congrès  a  été  fixée  à  la  deuxième  quin- 
zaine de  novembre.  Sa  durée  sera  de  cinq  jours.  11  s'ouvrira  par  une 
messe  du  Saint-Esprit,  en  plain-chant  et  en  musique,  et  un  sermon  pro- 
noncé par  un  des  ecclésiastiques,  membre  du  congrès.  Toutes  les  com- 
munications relatives  au  congrès  doivent  être  adressées  au  directeur 
de  la  Maitri  e. 

„**  L'hymne  à  la  Vierge  de  l'opéra  Stradella,  paroles  de  M.  Gustave 
Oppelt,  musique  de  M.  de  Flotow,  devient  de  plus  en  plus  populaire 
dans  toute  l'Italie,  où  on  l'exécute  comme  chant  patriotique.  La  maison 
Brandus-Dufour,  éditeur  de  l'œuvre  de  Flotow,  a  eu  l'heureuse  pensée 
de  publier  l'Hymne  à  la  Vierge,  tant  pour  ténor  et  chœurs  que  pour  voix 
de  contralto  ou  de  soprano. 

„,**  Les  Refrains  baroques,  tel  est  le  titre  de  la  nouvelle  ronde  chantée 
dans  les  Jours  gras  de  madame,  pièce  jouée  au  théâtre  du  Palais-Royal  ; 
l'auteur,  M.  S.  Mangeant,  a  intercalé  dans  le  refrain  une  série  d'airs  po- 
pulaires qui  produisent  le  plus  grand  effet.  On  a  composé  sur  la  même 
pièce  un  quadrille  qui  renferme  les  motifs  populaires  de  la  Plaine  des 
Vertus,  les  Barbistes  et  les  Barbettes. 

**„  Concert  Musard.  —  Le  célèbre  clarinettiste  Henry  Wuille,  profes- 
seur au  Conservatoire  de  Strasbourg,  traversant  Paris  pour  se  rendre  en 
Allemagne,  se  fera  entendre  au  concert  des  Champs-Elysées,  les  h,  o, 
6.  7,  8,  9  et  10  juin.  Toute  l'Allemagne  eonnaît  l'admirable  talent  de 
l'éminent  artiste  ;  un  grand  succès  lui   est  réservé  à  Paris. 

t*ç  En  annonçant  dimanche  dernier  la  mort  subite  du  célèbre  violo- 
niste André  Bobberechts.nous  rendions  hommage  aux  éminentes  qualités 
qui  le  distinguaient.  On  nous  communique  la  note  suivante  qui  complète 
son  éloge  :  —  Doué  au  suprême  degré  du  sentiment  musical  et  pénétré 
du  culte  du  beau,  Robberechts  consacra  sa  vie  à  l'enseignement  des 
chefs-d'œuvre  des  grands  maîtres,  préférant  cette  modeste  carrière  aux 
succès  que  son  style  large  et  pur,  son  jeu  brillant  et  chaleureux  lui 
assuraient  devant  le  public.  Sa  seule  ambition  était  de  propager  les 
grands  principes  de  la  musique  qu'il  avait  puisés  à  l'école  de  Baillot,  de 
Viotti,  de  Reicha,  et  qu'il  se  plaisait  à  transmettre  gratuitement  aux 
jeunes  artistes  qui  s'adressaient  à  lui,  tandis  qu'il  devait  sans  cesse  re- 
fuser les  offres  brillantes  qui  lui  étaient  faites  dans  la  plus  haute  société 
de  Paris,  pour  participer  à  ses  leçons.  Compositeur  élégant  et  gracieux, 
les  œuvres  qu'il  a  laissées  respirent  un  parfum  de  distinction  et  de  noble 
simplicité  qui  leur  donnent  un  charme  et  un  attrait  tout  particuliers.  La 
perte  de  cet  homme  de  bien  a  été  un  deuil  général  parmi  tous  ceux  à 
qui  il  a  été  donné  de  le  connaître,  et,  mus  par  un  sentiment  de  pieuse 
reconnaissance,  ses  élèves  ont  résolu  de  se  réunir  et  de  former  une 
souscription  pour  élever  a  sa  mémoire  un  monument  funèbre.  Ils  se 
font  un  devoir  d'en  informer  ceux  de  ses  amis  qui  pourraient  l'ignorer 
et  désireraient  se  joindre  à  eux.  Les  souscriptions  sont  reçues  chez 
MM    Pillet-Will  et  C°,  banquiers,  rue  de  la  Chaussée-d'Antin,  70. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


t*t  Rouen.  —  La  représentation  donnée  au  bénéfice  des  choristes  du 
théâtre  des  Arts  se  composait  de  la  Favorit-,  interprétée  par  Mlle  Wer- 
theimber  ;  l'éminente  cantatrice  a  rendu  le  rôle  de  Léonora  avec  sa  su- 
périorité ordinaire.  Dans  l'entr'acte,  l'orchestre  a  exécuté  la  Marche  aux 
[lambeaux,  de  Meyerbeor,  d'une  façon  irréprochable.  Le  dimanche,  20  mai, 
a  eu  lieu  la  clôture  de  la  saison  théâtrale. 

„%  Tours.  —  Le  concert  donné  le  18  mai  par  la  Société  de  Sainte- 
Cécile  au  profit  des  pauvres  a  été  une  véritable  solennité.  Les  honneurs 
de  la  soirée  ont  été  pour  Mme  Cabel.  L'éminente  artiste  a  dit  avec  une 
inimitable  perfection  les  couplets  de  Galathée;  mais  le  succès  le  plus  écla- 
tant, l'ovation  la  plus  brillante  étaient  réservés  à  l'air  de  VOmbrc,  du  Par- 
don de  Ploërmel,  cette  merveille  de  vocalises,  d'harmonie,  de  touchante 
mélodie  et  de  rhythme  entraînant.  Après  l'exécution  de  cette  pagesplen- 
dide,  Mme  Cabel  a  été  littéralement  couverte  de  bouquets  et  d'applaudis- 
sements. MM.  Henri,  Van  Gelder,  violoncellistes,  Amédée  Martin,  Hervé 
et  Roger  se  sont  fait  remarquer  et  applaudir  auprès  de  la  cantatrice  pa- 


20G 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


risienne.  L'orchestre  de  la  Société  a  exécuté  avec  beaucoup  de  perfection 
une  ouverture  de  M.  II.  Labit,  chef  de  musique  du  84'de  ligne,  le  chœur 
des  soldats  de  Faust  et  l'ouverture  de  Giralda,  un  des  chefs-d'œuvre 
d'Adam. 

*%  Lyon.  —  Nous  avons  eu  successivement  les  représentations,  au 
Grand-Théâtre,  de  Roger,  Tamberlick  et  Merly.  Après  la  Favorite,  dans 
laquelle  il  avait  produit  un  grand  effet,  Roger  a  joué  le  rôle  de  Raoul, 
des  Huguenot*,  avec  cette  supériorité  qui  en  avait  fait  le  premier 
chanteur  du  grand  Opéra.  Le  premier  et  le  quatrième  acte  lui  ont  valu 
des  applaudissements  enthousiastes.  Le  célèbre  artiste  est  parti  pour  Mar- 
seille. Tamberlick  a  chanté  deux  fois  Olhe'lo,  et  le  fameux  ut  dièse  a  pro- 
duit son  effet  accoutumé.  Merly  a  donné  trois  représentations  consacrées 
aux  Huguenuts,  Guillaume  Tell  et  le  Trovalore.  Il  a  été  fort  bien  accueilli. 
—  Henri  Herz  nous  a  donné  un  de  ces  magnifiques  concerts  comme  il  en 
sait  donner  seul,  et  qui  ont  le  privilège  d'attirer  tout  ce  que  notre  public 
renferme  d'artistes  et  d'amateurs.  Magnifique  exécution,  bravos,  rappels: 
tel  est  le  résumé  de  ce  concert,  semblable  en  cela  à  tous  ceux  qui  signa- 
lent l'apparition  du  grand  artiste  dans  notre  ville. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


t*t  Londres.  —  La  représentation  de  Semiramide  au  théâtre  de  Sa  Ma- 
jesté a  présenté  Mme  Titjens  dans  un  rôle  qui  lui  est  très-favorable  et 
comme  physique  et  comme  talent  ;  elle  y  a  eu  un  très-beau  succès. 
Mlle  lîrunet  a  débuté  dans  le  rôle  de  Gilda,  de  liigoletto,  elle  a  été  bien 
accueillie.  —  A  Covent-Garden  Mme  Nantier-Didiée  a  fait  sa  rentrée  dans 
laGasza  ladra  aux  applaudissements  chaleureux  du  public  qui  l'aime  beau- 
coup. —  Les  deux  théâtres  rivaux  vont  donner  simultanément  les 
Huguenots.  —  Au  théâtre  de  M.  Smith  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  sera 
interprété  par  MM.  Giuglini,  Gassier,  Everardi,  Vialetti ,  Mongini  (qui 
chantera  le  célèbre  Ralaplan),  et  Mmes  Borghi-Mamo,  Louise  Michal  (pre- 
mier début)  et  Titjens.  Avec  de  tels  noms,  la  soirée  ne  peut  manquer 
d'être  brillante.  —  On  monte  aussi  Ob, toi  pour  Mines  Titjens,  Brunetti , 
Lemaire,  Vaneri,  Alboni,  et  .MM.  Bélart,  Castelli,  Everardi,  Aldighieri, 
Mercuriali  et  Mongini.  —  La  saison  est  maintenant  dans  toute  sa  splen- 
deur :  les  salles  de  concert  se  remplissent  d'une  foule  attentive  à  écouter 
avec  le  mGme  recueillement  tantôt  les  œuvres  des  grands  maîtres  exé- 
cutées avec  une  rare  perfection  par  les  plus  célèbres  artistes;  tantôt  de 
la  musique  détestable  non  moins  détestablement  interprétée;  tant  il  est 
vrai  qu'en  Angleterre  il  y  a  un  public  pour  tout  et  pour  tous.  Parmi 
les  auditions  les  plus  remarquables,  il  faut  citer  celle  du  harpiste  Ober- 
thiir  a  Willis's-Rooms  :  c'est  un  artiste  d'un  grand  talent  et  dont  les 
compositions  sont  fort  remarquables.  Miss  Arabella  Goddard  s'est  fait 
brillamment  applaudir  en  jouant  avec  le  bénéficiaire  un  duo  qui  a  pro- 
duit beaucoup  d'effet.  La  même  artiste  a  obtenu  également  un  succès 
d'enthousiasme  au  dernier  concert  de  la  Société  des  Monday  popular 
concerts,  qui  faisait  exécuter  un  choix  d'œuvres  des  maîtres  italiens,  et 
où  elle  interprétait  une  sonate  de  Glementi  et  un  choix  de  leçons  de 
harpe  de  Scarlatti. 

„.*„,  Bruxelles.  —  Le  théâtre  de  la  Monnaie  vient  de  faire  une  surprise 
agréable  à  ses  abonnés  en  reprenant,  avant  la  clôture,  Giralda,  un  des 
plus  jolis  opéras  d'A.  Adam  et  qui  obtint  un  grand  succès  â  l'Opéra- 
Comique  lorsqu'il  y  fut  représenté.  Mlle  Boulart  avait  sans  doute  pres- 
senti que  le  rôle  de  Giralda  convenait  tout  à  fait  â  son  talent,  car  elle 
avait  choisi  cette  pièce  pour  son  bénéfice,  et  elle  a  été  en  cela  on  ne 
peut  plus  heureusement  inspirée  ;  son  succès  a  été  complet.  Elle  a  dé- 
licieusement joué  le  rôle  de  la  nouvelle  Psyché,  et  fait  valoir  avec  beau- 
coup de  finesse  les  mélodies  qui  abondent  dans  l'œuvre  d'Adam.  —  La 
Compagnie  italienne  a  donné  la  première  représentation  de  YElisire  d'a- 
more,  chanté  par  l'élite  de  ses  artistes  :  Mme  Lorini-Mariani,  MM.  Galvani, 
Squarcia  et  Ciampi.  La  jolie  partition  de  Donizetti  a  fait  le  plus  grand 
plaisir,  et  le  second  acte  surtout  a  été  fort  bien  rendu  et  fort  applaudi. 
—  Bériot  est  de  retour  de  Saint-Pétersbourg;  on  dit  qu'il  a  mis  à  profit 
son  séjour  en  Russie  pour  composer  un  opéra. 

**»  Carlsruhe.  —  La  première  Nuit  de  Walpurgis,  de  Mendelssohn,  a 
été  jouée  au  théâtre,  de  la  cour.  Cette  partition,  qu'on  écoute  avec  tant 
de  plaisir  dans  la  salle  de  concerts,  a  produit  un  effet  immense  sur  la 
scène,  où  les  situations  étaient,  en  quelque  sorte,  rendues  visibles. 

»%  Manhein.  —  Le  concours  ouvert  pour  un  prix  a  décerner  au  meil- 
leur quatuor,  est  resté  sans  résultat;  aucun  des  trente-huit  ouvrages 
qui  avaient  été  envoyés,  n'a  été  jugé  digne  du  prix;  quelques-uns  seu- 
lement ont  obtenu  une  mention  honorable. 

***  Leipzig.  —  Le  dernier  concert  du  Gewandhaus  a  été  dirigé  par  le 
maître  de  chapelle  Julius  Rietz,  qui  nous  a  quitté  récemment  pour  pren- 
dre la  direction  de  l'orchestre  delà  cour,  à  Dresde.  Lors  de  son  départ, 
M.  Rietz  a  reçu  ici  de  nombreux  témoignages  d'estime  et  d'affection  : 
l'Académie  de  chant,  dont  il  avait  été  directeur,  lui  a  offert  une  magni- 
fique montre  en  or  avec  sa  chaine;  le  comité  du  fonds  de  pension  lui 
a  fait  hommage  d'une  coupe  en  argent;  enfin  le  Maenner-Gesang-  Verein 
a  accompagné  son  ancien  directeur  a  la  gare  du  chemin  de  fer,  et  lui  a 
fait  ses  adieux  en  chantant  un  lied  de  Mendelssohn.  —  M.  Henri  Berh 


avait  renoncé  aux  honoraires  qui  lui  étaient  dus  pour  la  part  qu'il  avait 
prise  à  l'exécution  de  la  l'assion,  de  Bach,  le  vendredi  saint  ;  en  échange, 
il  avait  prié  l'orchestre  du  Gewandhaus  de  lui  jouer  un  beau  jour  deux 
symphonies.  Cette  demande  assez  originale  fut  favorablement  accueillie, 
et  dimanche,  20  mai,  M.  Behr  assistait  avec  sa  famille  à  l'exécution  de 
deux  symphonies,  l'une  de  Mendelssohn  et  l'autre  de  Beethoven.  —  Le 
même  jour  a  eu  lieu  le  deuxième  concert  de  la  société  Richard  Muller 
et  le  quatrième  concert  de  la  société  de  l'orchestre  des  amateurs. 

„.*„  Francfort-sur-Mein.  —  Les  professeurs  lîanf,  Henkcl,  Hilger  et 
Oppel  ont  obtenu  l'autorisation  de  créer  ici  une  école  de  musique;  cet 
établissement  ouvrira  l'automne  prochain. 

„**  Dusseldorf.  —  Les  artistes  convoqués  à  la  solennité  de  1860,  et  qui 
avaient  répondu  à  l'appel  de  l'habile  directeur  du  festival  Ferdinand 
Hiller,  étaient:  Joachim,  Stockhausen,  Aille  Schreck,  un  jeune  chanteur 
des  plus  heureusement  doué,  M.  Schnorr  von  Carosfeld  et  une  artiste 
célèbre  en  Allemagne,  Mlle  Jenny  iNey.  La  première  journée  a  été  con- 
sacrée à  l'exécution  de  Samson,  oratorio  de  Haendel,  suivi  de  la  sympho- 
nie en  si  bémol  de  Schumann.  C'est  Morel  qui  a  arrangé  pour  l'Alle- 
magne cette  œuvre  écrite  en  Angleterre,  et  il  avait  supprimé  un  grand 
nombre  de  morceaux;  M.  IJiller  a  rétabli  les  plus  dignes  d'être  entendus 
et,  entre  autres,  deux  airs  de  Samson  d'un  beau  caractère,  et  un  air  de 
Dalila,  qui  ont  été  fort  admirés  et  fort  applaudis.  En  général,  d'ailleurs, 
l'exécution  a  été  â  la  hauteur  de  l'œuvre.  Jamais  les  chœurs  n'ont  mar- 
ché avec  plus  d'ensemble,  de  correction  et  de  fermeté,  dans  l'attaque  et 
dans  la  mesure;  jamais  si  puissante  sonorité  n'avait  été  atteinte  dans  l'ex- 
plosion des  masses  vocales.  M.  Schnorr  qui  chantait  Samson  promet  à 
l'Allemagne  un  virtuose  du  plus  haut  mérite  ;  Mlle  Ney  a  dit  la  partie 
de  Dalila  avec  un  remarquable  sentiment  dramatique.  Hiller  adonné  tous 
ses  soins  à  l'exécution  de  la  symphonie  de  Schumann,  expression  la  plus 
caractérisée  de  la  fantaisie  et  du  romantisme  en  musique,  et  qui  contras- 
tait singulièrement  avec  la  simplicité  classique  de  l'œuvre  de  Haendel  ; 
aussi  a-t-eile  été  admirablement  interprétée.  Le  programme  de  la  se- 
conde journée  se  composait  du  Printemps  sacré ,  oratorio  héroïque 
composé  pjr  Ferdinand  Hiller  sur  les  paroles  du  docteur  Bischoff,  et  de 
l'Ipkigénie,  de  Gluck.  Le  concert  s'ouvrait  par  l'ouverture  des  Deux  jour- 
nées, de  Chérubini.  L'œuvre  de  notre  savant  maître  de  chapelle,  qui  re- 
cèle des  beautés  du  premier  ordre,  entre  autres  le  grand  air  de  la  prê- 
tresse de  Vesta  et  le  quatuor  sans  accompagnement,  a  soulevé  les  bra- 
vos de  la  salle  entière,  et  public  et  artistes  ont  fait  à  l'auteur  une  de  ces 
ovations  chaleureuses  qui  marquent  dans  la  vie  d'un  artiste.  L'Iphigénie 
a  mis  en  lumière  les  admirables  qualités  qui  distinguent  Mlle  Ney, 
et  surtout  la  puissance  dramatique  dont  elle  est  éminemment  douée  ;  elle 
a  dit  le  songe  d'iphigénie  avec  une  vérité  d'expression  saisissante.  Stock- 
hausen a  compris  et  rendu  avec  un  art  parfait  la  scène  du  sommeil  d'O- 
reste.  M.  Schnorr  é'ait  chargé  du  rôle  de  Pylade.  Le  festival  s'est  ter- 
miné le  troisième  jour  par  le  Concert  des  artistes,  dont  le  programme 
était  très-riche;  mais  une  indisposition  de  Stockhausen  a  furoé  d'en  re- 
trancher plusieurs  morceaux.  Quoi  qu'il  en  soit,  cette  journée  n'a  pas  été 
moins  intéressante  que  les  précédentes.  L'attention  se  concentrait  prin- 
cipalement sur  Joachim,  le  grand  virtuose  hanovrien,  qui  s'y  produisait 
dans  la  Romance  de  Beethoven,  dans  la  Passion  de  Bach,  et  dans  un 
concerto  de  sa  composition,  remarquable  surtout  par  l'admirable  talent 
avec  lequel  il  était  rendu.  Les  plus  chaleureux  applaudissements  inter- 
rompaient â  chaque  instant  le  célèbre  violonist  .  —  Inuiile  de  dire  qu'à 
chaque  journée  un  auditoire  où  se  remarquaient  les  personnages  les  plus 
illustres  se  pressait  malgré  le  mauvais  temps  dans  l'immense  salle  du 
Geisler's  garteu. 

„*„  Vienne.  —  Le  succès  de  Mlle  Lagrua  s'accroît  chaque  jour;  elle 
a  été  admirable  dans  VAssedio  di  Corinto.  La  représentation  au  béné- 
fice de  la  célèbre  cantatrice  se  composera  de  divers  fragments 
d'opéras.  On  y  exécutera  plusieurs  scènes  des  Huguenots,  de  Meyer- 
beer, en  italien,  et  la  bénéficiaire  chantera  l'air  d'Agathe  du  Frei- 
schiitz  en  langue  allemande.  —  L'Elisire,  de  Donizetti,  a  obtenu  un  bril- 
lant succès.  Comme  toujours,  Mme  Charton-Demeur  nous  a  ravis  par  la 
perfection  de  son  chant,  la  verve  entraînante  de  son  jeu  et  les  grâces 
de  sa  personne.  Fioravanti  s'est  montré  excellent  dans  le  rôle  du  char- 
latan. Plusieurs  morceaux  ont  été  redemandés.  Jusqu'ici  l'opéra  Italien  a 
donné  sept  ouvrages  :  Norma,  Lucrèce  Borgia,  le  Siège  di  Corinlhe,  Ri- 
guletto,  la  Traviata,  le  Barbier,  et  VEUsire  d'amore.  Pour  la  fin  de  la  sai- 
son on  annonce  Dun  Giovanni  avec  Mmes  Lagrua,  Charton-Demeur  et 
de  Roissy,  et  MM.  Graziani,  Beneventano,  Varcsi,  Milesi  et  ltokilanski. 
—  Rubinstein  est  ici  en  ce  moment  ;  le  célèbre  pianiste-compositeur  se 
propose  de  terminer  un  opéra  dont  le  texte  est  tiré  de  Yanku,  poème  de 
Charles  Beck. 

i%  Darmstadt.  —  A  l'occasion  du  cinquantième  aniversaire  de  l'exis- 
tence du  théâtre  de  la  cour,  on  y  a  donné  Titus,  de  Mozart.  Cette  repré- 
sentation a  été  précédée  de  l'exécution  de  l'ouverture  de  Samori,  par 
l'abbé  Vogler,  et  d'un  prologue.  Mlle  Emilie  Schmidt,  notre  prima 
donna,  a  été  magnifique  dans  1g  rôle  de  Sextus  :  le  duo  du  premier 
acte  (avec  Annius)  a  été  redemandé  au  milieu  d'acclamations  enthou- 
siastes et  d'une  pluie  de  bouquets. 

***  Berlin.  —  La  brillante  cantatrice  Mlle  Hucca,  qui  en  ce  moment 
obtient    un  si  beau  succès  à  Prague,  vient  d'être  engagée  au   théâtre 


DE  PARIS. 


207 


royal  de  l'Opéra.  Le  20  mai,  ce  théâtre  a  donné  Oberon  ;  pour  la  clôture 
on  annonce  le  Templier  et  la  Juive,  par  Marschner.  La  troupe  d'opéra- 
comique,  au  théâtre  Kroll  a  débuté  de  la  manière  la  plus  heureuse  par 
le  Fourbisseur  (Waffenschmicd),  de  Lortzing.  C'est  une  des  meilleures 
productions  de  cet  éminent  compositeur. 

***  h'œnigsberg.  —  Dinorah,  le  dernier  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer, 
vient  d'être  représentée  au  théâtre  avec  le  plus  éclatant  succès. 
Mlle  Holir,  chargée  d'interpréter  le  rôle  principal,  s'acquitte  très-habi- 
lement de  sa  tâche. 

***  Nvples,  24  mai.  —  11  est  temps  que  les  théâtres  royaux  soient 
réorganisés  de  manière  à  ce  qu'ils  reprennent  un  peu  de  la  faveur  qui 
les  abandonne  de  plus  en  plus.  Le  cahier  des  charges  de  San-Carlo  de- 
mande chaque  année  un  opéra  écrit  par  un  grand  maître,  et  pourtant  on 
n'y  donne  que  des  œuvres  tout  à  fait  secondaires.  La  saison  d'été  ne 
s'annonce  pas  comme  devant  être  brillante.  La  Favorite  qu'on  a  défi- 
gurée pour  l'adapter  à  un  libretto  ridicule,  Leonore  de  Gusman,  et  qui 
n'avait  pas  été  jouée  depuis  dix  ans,  a  été  accueillie  avec  indifférence. 
Mme  Vera-Lorini  seule  y  a  mérité  et  obtenu  des  applaudissements.  Il  est 
heureux  pour  Meyerbeer  que  l'on  ait  hésité  h  jouer  son  Prophète,  et  ce- 
pendant on  en  avait  bien  envie,  car  on  n'a  pas  oublié  les  magnifiques 
recettes  qu'a  produites  Robert  le  niable  joué  pendant  l'été  dans  des  con- 
ditions presque  aussi  mauvaises.  —  Au  théâtre  des  Florentins,  l'acteur 
Salvini,  qui  a  obtenu  autrefois  beaucoup  de  succès  à  Paris  avec  la  l'.is- 
tori,  fait  courir  tout  Naples;  on  loue  les  places  huit  jours  à  l'avance. 
L'aristocratie  napolitaine,   malgré  les  préoccupations  de   l'insurrection 


de  Sicile,  a  voulu  jouer  la  comédie  française,  italienne  et  napolitaine  ; 
quatre  magnifiques  représentations  ont  été  données  au  palais  Delafield 
cette  semaine.  —  Une  comédie  originxle  napolitaine  du  chevalier  de 
Durci  a  obtenu  un  succès  extraordinaire.  L'auteur  remplissait  le  rôle 
national  de  Pulcinella;  son  succès  a  été  prodigieux.  Mme  la  princesse 
de  Saint-Elia  et  la  belle  Mme  Delafield,  la  fauvette  des  salons  aristocra- 
tiques, ont  obtenu  chaque  soir  les  bravos  les  plus  frénétiques. 

„*„  Cunstantinople.  —  Une  société  de  musiciens  bohèmes,  sous  la  di- 
rection de  M.  Prohaska,  exécute  depuis  quelque  temps  à  Péra  des  mor- 
ceaux de  musique  allemande,  que  la  population  musulmane  écoute  avec 
ravissement.  Le  grand-turc  en  ayant  entendu  parler,  a  fait  venir  les 
artistes  étrangers  dans  son  palais,  où  ils  ont  eu  l'honneur  de  se  faire  en- 
tendre en  présence  du  chef  des  croyants. —  Le  6  mai  l'Association  alle- 
mande Teuionia  et  la  Liedertafel  ont  salué  le  retour  du  printemps  par 
une  fête  toute  artistique.  Ce  jour-là,  presque  toute  la  colonie  allemande 
s'est  rendue  à  Hunkiar  Skelessi,  un  des  plus  beaux  sites  du  Bosphore. 
Le  mauvais  temps  obligea  la  société  à  chercher  un  abri  dans  les  ruines 
de  la  papeterie  du  sultan  Sélim.  Plus  tard  le  ciel  s'étant  éclairci,  la  Lie- 
dertafel et  la  Teuionia  s'installèrent  sur  les  terrasses  de  l'établissement 
et  exécutèrent  les  plus  beaux  chants  de  leur  répertoire  avec  une  verve, 
une  vigueur  et  un  ensemble  qui  firent  une  impression  profonde  sur  les 
populations  grecques  et  musulmanes  que  la  solennité  avait  attirées.  Le 
soir  les  chanteurs  ont  fait  leur  entrée  à  Péra  avec  la  bannière  aux  cou 
leurs  allemandes  et  précédée  de  kawass. 

le  Directeur  :   S.   DUFOUR. 


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MÉDAILLE   D'AnGENT    DE   1"   CLASSE 
A    l'exposition    UNIVERSELLE    DE    PA11IS    1855. 

Facteur   «lu    Conservatoire    et   «le 
l'Académie  Impériale  de  Paris. 

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208 


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Les  Ilefrains  baroques,  ronde 2  50 

La  Plaine  des  Vertus,  roDde 2  50 

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Entrez  dans  la  danse,  romance 2  50 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette  2  50 

Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

l'igeon  vole,  valse-chansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.  2  50 

Les  Maisonnettes,  id.  2  50 

Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

Fi,  le  gourmand,  id.  2  50 

E,es  «Jours  gras  de  Madame. 

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SYLVAIN    MANGEANT. 

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OUUlLïllU  Exposition  1849;  Médaille  de  l" 
classe  Exposition  universelle  1S53.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

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positions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
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l'BMFAIT  BAJVGEKEtJX,  paroles  d'A.   Barbier. 
JFliEtJKS  U'IT A&SE ,  paroles  de  G.   Chàtenet. 

Chantées  par  GÉRÂLDY. 


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iiljrllullijll     DaA      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Saxomuitoninues.  Invention  à  la- 
quelle le  Juty  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iuppout  officiel  {Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

o  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  paiifaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


MAISON  H.  HERZ  Pil 


Manufacture     de 
anos,  4S,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

n  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  dn  volume  et  de  la 
bualité  du  son.  • 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


*"  médaille  (l'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  I  A  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

1"  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  isu4. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


Fadeur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

BUE   SAINT -GEORGES,    50 


1"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    U    COURONNE    0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

-o-^S-o- 

—  Seule  grande   médaille 


Seule  grande  médaille  dlionneur  à  1  Exposition  universelle  tle  Paris  (S §55). 

(Councif  WBetliil)  à  l'Exposition  universelle  de   Londres  (1851). 
Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  U  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES    FAMILLES    DES 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

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SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TROMBONES-SAX. 


SAXO-TROMBAS. 
SAXHORNS. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  i  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  I85W. 
Tous  les  instruments  a  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1S50. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  1S5%. 


ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonuance.   Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


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27e  Année. 


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10  Juin  1800. 


ON  S'ABONNE  t 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
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Paris. 24fr.paroJ 

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Étranger 34  "       *d. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche . 


GÂZET 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  Lyrique  :  les  Rosières,  opéra-comique  en  trois  actes,  pa- 
roles de  M.  Théaulon,  musique  d'Hérold  ;  les  Valets  de  Gascogne,  opéra-comi- 
que en  un  acte,  paroles  de  M.  Philippe  Gille ,  musique  de  M.  Dufresne,  par 
Léon  Durocher.  —  Henry  Wuille.  —  Revue  critique  :  Ouvrage  divers  re- 
latifs à  l'accompagnement  du  plain-chant  (3e  article),  par  Adrien  de  La 
l'.-ifre.  —  Revue  des  théâtres,  par  D.  A.  D.  Saint-Yves.  — Nouvelles 
et  annonces. 


THMTRE  LYRIQUE. 

LES  ROSIÈRES, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  M.  Théaulon,  musique 

f/'HÉROLD. 

LES  VALETS  DE  GASCOGNE, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  M.  Philippe  Gille,  musique 

de  M.  Dufresne. 

(Premières  représentations.) 

Les  Rosières  ont  été  représentées  ;iu  théâtre  Lyrique  le  5  juin,  et 
les  Valets  de  Gascogne  le  2.  Mais  qu'importe  ici  la  chronologie?  Le 
lecteur  est  probablement  plus  pressé  d'avoir  des  nouvelles  d'un  ou- 
vrage d'Hérold  dont  il  a  à  peine  entendu  parler,  que  de  tout  ouvrage 
moderne,  et  nous  sommes  convaincus  que  M.  Dufresne  cédera  vo- 
lontiers à  son  ancien  l'honneur  du  pas. 

Les  Rosières  sont  le  premier  opéra  qu'Hérold  ait  fait  jouer  à  Paris. 
C'est  le  27  janvier  1817  que  fut  jeté  pour  la  première  fois  au  par- 
terre de  la  salle  Feydeau  ce  nom  qui  allait  bientôt  devenir  si  célèbre. 
Les  Rosières  prouvèrent  aux  artistes  et  aux  amateurs  éclairés  que  la 
France  avait  un  compositeur  de  plus.  Leur  succès  fut  brillant  et  du- 
rable. Elles  ne  quittèrent  définitivement  le  répertoire  qu'en  1826. 
Est-ce  Marie  qui  les  en  chassa  ?  On  peut  le  supposer  sans  faire  crier 
à  l'invraisemblance.  Marie  est  une  partition  évidemment  supérieure 
h  l'autre.  La  pensée  y  est  plus  abondante,  plus  vigoureuse;  elle  se 
développe  plus  largement.  L'instrumentation  surtout  y  est  beaucoup 
plus  riche  et  plus  brillante.  Mais  on  trouve  dans  les  Rosières  le 
germe  de  toutes  les  qualités  qui  devaient  illustrer  la  trop  courte  car- 
rière d'Hérold,  la  facilité,  la  grâce  mélodique,  un  sentiment  très-vif 
et  très-fin  de  tout  ce  qui  constitue  l'élégance  du  style,  beaucoup  de 
tact  et  beaucoup  d'esprit.  L'auteur  n'y  court  pas  encore  après  les 
modulations  imprévues  ;  son  harmonie  est  simple  et  naturelle,  mais 
elle  est  déjà  remarquable  par  sa  correction  et  sa  clarté.  Dans  les  mor- 
ceaux d'ensemble,  les  parties  vocales  sont  très-habilement  ajustées.  A 


l'orchestre,  les  instruments  à  vent  sollicitent  rarement  l'attention  de 
l'auditeur  ,  mais  le  quatuor  est  toujours  écrit  magistralement. 

L'ouverture  est  fort  bien  faite.  On  y  reconnaît  tout  de  suite  que 
l'auteur  débutant  n'est  pas  fâché  d'établir  une  fois  pour  toutes  qu'il 
n'a  pas  volé  son  grand  prix,  que  ses  études  ont  été  sérieuses  et  com- 
plètes, qu'il  sait  tout  ce  qu'un  compositeur  doit  savoir.  Le  motif  prin- 
cipal y  est  traité  avec  cette  habileté  ingénieuse,  cette  abondance  fa- 
cile et  celte  richesse  de  détails  dont  Joseph  Haydn  a  donné  de  si 
beaux  exemples  dans  ses  symphonies,  ses  sonates  et  ses  quatuors. 

Le  commencement  du  premier  acte  est  un  peu  froid.  Le  chœur 
d'introduction  est  très -ordinaire.  Il  n'y  a  rien  à  eu  dire.  L'air  de 
Bastien  : 

Les  fillettes  du  village 

Ont  toutes  un  jo'i  minois, 

Mais  la  plus  belle,  la  plus  sage 

Est  cell'  qui  me  tient  sous  ses  lois,  etc., 

est  écrit  d'un  style  simple  et  naïf,  parfaitement  approprié  à  la  con- 
dition du  personnage  qui  le  chante.  Mais  il  ne  suffit  pas  qu'un  mor- 
ceau soit  convenable;  un  tour  plus  original,  un  peu  plus  de  mouve- 
ment et  de  verve  n'y  auraient  rien  gâté.  La  romance  du  comte  Ed- 
mond : 

Gentille  rosière, 

Toi  seule  me  plaît,  etc. , 

n'offre  rien  de  saillant.  C'est  seulement  aux  couplets  de  Mlle  Floretle  : 
De  ce  village 
Tous  les  garçons , 
que  le  génie  du  compositeur  se  révèle  enfin.  Il  n'y  a  là  qu'une  phrase  ; 
mais  elle  est  nette  ,  précise  ,  vive ,  piquante  ,  spirituelle  au  dernier 
point.  Hérold  fera  rarement  de  plus  heureuses  rencontres ,  même  à 
l'époque  où  son  talent  sera  complètement  développé. 

Arrivé  à  celte  hauteur,  il  n'en  descend  plus.  Le  quatuor  qui  suit  est 
très-court,  mais  il  est  plein  de  fraîcheur  et  de  grâce.  Le  chœur  villa- 
geois qui  termine  le  premier  acte,  très-court  aussi,  —  l'usage  des 
grands  finales  ne  s'était  pas  encore  introduit  à  l'Opéra-Comique,  ou 
du  moins  il  n'était  pas  obligatoire,  —  le  chœur,  disons-nous,  roule 
sur  des  phrases  aussi  élégantes  que  naïves. 

Au  second  acte ,  un  autre  chœur  est  bientôt  suivi  d'un  morceau 
d'ensemble  qui  n'est  pas  moins  remarquable  par  la  valeur  intrinsèque 
des  idées  que  par  le  mérite  de  la  facture.  Les  couplets  de  Mme  de 
Mondor,  —  à  laquelle  nous  ne  donnons  peut-être  pas  son  véritable 
nom,  —  sont  charmants  :  chant,  harmonie,  accompagnement,  tout  y 
est  également  distingué.  Il  y  a  moins  d'éloges  à  faire  peut-être  du  duo 


210 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


du  comte  Edmond  avec  Mme  de  Mondor  déguisée  en  rosière  ;  mais  la 
marche  des  gardes-chasse,  qui  -vient  ensuite,  est  un  morceau  des 
plus  rares.  Le  thème  en  est  aussi  fin  qu'élégant.  Après  que  les  violons 
l'ont  présenté,  les  instruments  à  vent  le  reproduisent,  et  le  premier 
violon  l'accompagne  alors  d'une  variation  en  triolets  de  l'effet  le  plus 
piquant. 

Rien  de  tout  cela  ne  vaut  pourtant  le  duo  du  troisième  acte  entre 
Bastien  et  Florette  : 

Laisse-moi,  Bastien,  laisse-moi, 
lequel  finit  en  trio.  On  voit  rarement  une  scène  aussi  bien  filée, 
pour  nous  servir  du  terme  consacré.  Le  chant  y  est  naturel,  gra- 
cieusement comique  et  singulièrement  expressif.  Il  peint  la  parole. 
Le  morceau  est  conduit  de  main  de  maître,  et  les  rentrées  y  sont 
amenées  avec  une  habileté  singulière.  On  remarquera  vers  la  fin,  lors- 
que Florette  s'aperçoit  que  Bastien  offensé  offre  ses  hommages  à 
Mlle  Cataut  Bertrand,  une  phrase  plaintive  qui  fait  le  plus  heureux 
contraste  avec  tout  ce  qui  précède  et  tout  ce  qui  va  suivre.  Elle  est 
touchante  et  ne  cesse  pourtant  pas  d'être  comique.  On  ne  saurait 
avoir  plus  d'esprit,  plus  de  goût  et  un  art  plus  délicat. 

Nous  voudrions  parler  encore  de  l'air  de  Florette  délaissée  et  pleu- 
rant sur  les  conséquences  de  son  ambilion  déçue,  et  d'une  autre  pe- 
tite marche  très-jolie,  et  puis  encore Mais  comment  parler  de 

tout?  Boileau,  le  législateur  du  Parnasse,  comme  on  disait  autrefois, 
déclare  qu'il  faut  savoir  se  borner.  Bornons-nous  donc,  quoique  nous 
ne  prétendions  nullement  à  l'honneur  de  nous  guinder  sur  le  Parnasse. 
Voilà  d'ailleurs  Mlle  Girard  qui  nous  appelle.  Elle  joue  le  rôle  de 
Florette  avec  esprit,  avec  finesse,  et  ce  je  ne  sain  quoi  qui  donne 
à  toutes  ses  créations  un  air  si  original.  Elle  chante  ses  couplets  du 
premier  acte,  son  duo  du  troisième,  etc.,  avec  autant  de  verve  que 
de  grâce.  Exécution  facile,  correcte,  brillante,  vive  intelligence,  goût 
exquis,  voix  charmante....  que  pouvez-vous  désirer  de  plus?  Nous  lui 
avons  reproché  longtemps  de  chevrotter  ;  elle  ne  chevrotte  plus,  et 
nous  sommes  obligé  de  la  louer  sans  restriction.  Rude  épreuve  pour 
un  critique  ! 

Mlle  Faivre  fait  de  grands  progrès.  Sa  prononciation  est  plus  nette 
et  sa  voix  mieux  posée.  Encore  quelques  efforts  et  ce  sera  une  de 
nos  plus  agréables  cantatrices.  M.  Fromant,  M.  Ricquier-Delaunay, 
Gabriel,  sont  bien  placés  dans  leurs  rôles,  et  ce  joli  ouvrage  est 
très-convenablement  exécuté. 

Nous  n'avons  encore  rien  dit  de  la  pièce  :  elle  est  fort  amusante, 
bien  faite,  vivement  menée.  Théaulon  avait  beaucoup  d'imagination, 
d'esprit,  de  gaieté,  et,  de  plus,  il  savait  écrire,  ce  qui  ne  gâte  ja- 
mais rien .  Son  comte  Edmond  qui  se  plaint  des  femmes  de  la  cour 
parce  qu'elles  ont  eu  pour  lui  trop  de  bontés,  —  le  fat!  —  et  qui 
veut  à  toute  force,  pour  se  venger  d'elles,  épouser  une  paysanne  ; 
son  sénéchal,  ses  baillis,  son  commandeur  travesti  en  juge  de  village, 
font  rire  le  parterre  à  chaque  mot  qu'ils  disent.  Le  drame  n'a  rien  de 
compliqué,  on  le  suit  sans  effort,  et  le  divertissement  ne  devient  ja- 
mais une  fatigue.  Il  a  une  autre  qualité  fort  précieuse  :  il  n'est  pas  trop 
long.  On  en  sort  la  tête  libre  et  l'on  rentre  chez  soi  de  bonne  humeur. 
Personne,  après  avoir  vu  les  Rosières,  ne  regrettera  sa  soirée.  Et 
personne  par  conséquent  ne  sera  tenté  de  chicaner  l'auteur  sur  l'in- 
vraisemblance de  sa  fiction. 

—  Nous  en  pouvons  bien  dire  autant  des  Valets  de  Gascogne.  Ce  sont 
deux  hobereaux  de  village  aussi  pauvres  que  glorieux,  et  qui, 
n'ayant  pas  de  quoi  payer  un  valet,  endossent  la  livrée,  et  se  servent 
eux-mêmes.  Il  va  sans  dire  que  le  maître  n'est  jamais  là  quand  on 
trouve  le  valet,  et  que  le  valet  est  toujours  sorti  lorsque  l'on  rencon- 
tre le  maître.  L'un  a  une  nièce  et  cherche  à  la  marier.  L'autre,  qui 
croit  à  l'existence  d'une  dot,  la  demande  en  mariage,  est  admis  sans 
examen,  à  cause  du  beau  nom  qu'il  porte,  et  vient  lui-même,  en  habit 
galonné,  annoncer  sa  prochaine  arrivée.  11  suit  de  là  une  scène  assez 


plaisante  des  deux  faux  valets,  qui  se  traitent  fort  cavalièrement,  se 
prennent  de  querelle,  et  se  battraient  si  l'on  n'y  mettait  ordre.  C'est 
l'amant  de  Mlle  Blanche,  M.  Blondel,  professeur  de  chant,  qui  leur  rend 
ce  service.  Blondel  a  surpris  le  secret  de  M.  le  marquis  de  Panillac,  et 
s'est  emparé  de  son  habit  de  cérémonie,  de  son  épée,  de  son  cha- 
peau à  trois  cornes.  Ainsi  accoutré,  rien  ne  l'empêche  de  lui  prendre 
aussi  son  nom.  Une  fois  lancé  dans  cette  aventure,  il  profite  de  ses 
avantages  et  traite  sans  miséricorde  le  pauvre  gentilhomme  qui  n'en 
peut  mais.  —  Allons  !  François,  prenez  ma  canne  et  mon  chapeau, 
allez  chercher  la  table,  mettez  le  couvert,  servez  le  potage,  versez  à 
boire  à  Mlle  Blanche  et  à  M  le  marquis  de  la  Basse-Boulaine,  etc.,  etc. 
On  voit  la  situation,  et  nous  n'en  dirons  pas  davantage.  Quand  il  a 
bien  turlupiné  son  rival,  et  qu'il  ne  trouve  plus  aucun  nouveau  tour 
à  lui  jouer,  il  le  démasque,  lui  rend  son  titre,  sa  canne,  son  chapeau, 
sa  houpelande  et  sa  perruque.  Les  deux  marquis  sont  couverts  d'un 
tel  ridicule  qu'ils  n'ont  plus  rien  à  lui  refuser.  Tout  cela  est  fou, 
assurément,  mais  on  rit  comme,  si  l'on  était  au  Palais-Royal. 

On  n'aurait  pourtant  pas  au  Palais-Royal  la  musique  de  M.  Dufresne, 
une  jolie  ouverture,  un  trio  et  un  quatuor  très-bien  faits,  un  duo  ré- 
jouissant,—  celui  des  deux  marquis  déguisés  en  valets  de  chambre, — 
et  quelques  couplets  fort  heureusement  tournés.  Mlle  Faivre,  M.  Gi- 
rardot,  M.  Wartel,  jouent  et  chantent  gaiement  ce  petit  ouvrage. 
M.  Potel,  qui  est  chargé  du  rôle  de  Blondel,  y  obtient  un  succès  dé- 
cidé comme  acteur  et  comme  chanteur.  11  a  de  l'intelligence,  Thabi- 
tude  du  théâtre  et  une  agréable  voix  de  ténor  dont  il  se  sert  ha- 
bilement. 

Avec  ces  deux  ouvrages  et  Orphée,  dont  la  vogue  dure  encore,  le 
théâtre  Lyrique  passera  doucement  le  mois  de  juin  et  se  consolera 
du  succès  d'estime  de  Fidelio.  Il  est  certain  qu'un  théâtre  non  subven- 
tionné ne  saurait  vivre  de  succès  d'estime. 

Léon  DUROCHER. 


HENRY  WUILLE. 

C'est  un  événement  musical  tout  à  fait  digne  d'une  mention  parti- 
culière que  le  début  à  Paris  de  cet  artiste,  qui  a  fait  sa  renommée  à 
Strasbourg,  à  Bade  et  autres  villes.  Pendant  l'hiver,  la  Société 
des  concerts  ou  celle  des  jeunes  artistes  se  seraient  empressées 
de  lui  ouvrir  leurs  portes.  Pendant  l'été,  il  s'est  fait  entendre  aux 
Champs-Elysées,  dans  les  concerts-Musard,  parce  que  la  foule  est  là, 
et  que  cette  foule  s'y  connaît. 

Henry  Wuille  appartient  à  l'élite  des  instrumentistes  extraordinaires 
qui  non-seulement  possèdent  leur  instrument  de  manière  à  profiter 
de  toutes  ses  ressources,  mais  qui  le  dominent,  le  transforment,  à  ce 
point  que  toute  comparaison  devient  impossible.  Nous  avons  des  cla- 
rinettistes du  talent  le  plus  élevé,  le  plus  pur,  du  style  le  plus  irré- 
prochable :  nous  n'en  avons  pas  un  qui  ressemble  à  Henry  Wuille. 
Avec  lui,  la  clarinette  prend  un  autre  son  que  celui  qu'on  lui  connaît 
en  général.  Au  lieu  de  cette  voix  éclatante,  mais  toujours  un  peu 
lourde,  un  peu  massive,  c'est  quelque  chose  d'aérien,  de  léger,  d'onc- 
tueux, qui  n'a  plus  rien  à  envier  à  la  brillante  volubilité  de  la  flûte,  ni  à 
la  rêveuse  tendresse  du  hautbois.  Henry  Wuille  est  doué  d'une  puis- 
sance de  respiration  sans  égale  :  il  aborde  aussi  facilemont  le  largo  le 
plus  soutenu  que  le  presto  le  plus  rapide.  Il  chante  avec  âme,  il  enfle 
et  éteint  le  son,  comme  il  veut  :  il  rend  le  lointain  des  échos  sans  le 
moindre  effort.  En  un  mot,  il  est  du  premier  ordre  des  virtuoses, 
pour  lesquels  la  nature  n'a  pas  moins  fait  que  l'art. 

Dans  la  fantaisie  de  Bender  sur  un  thème  à' A  Une,  dans  le  con- 
certino  du  même  compositeur,  il  a  déployé  toutes  les  qualités  solides 
et  brillantes  de  son  jeu.  Dans  ses  variations  bouffes  sur  l'air  de  Mal- 
brough,  dans  le  trille  vraiment  diabolique  dont  il  accompagne  sans 


DE  PARIS. 


211 


interruption  le  motif  de  l'air,  il  a  mis  au  jour  la  partie  fantastique  et 
pour  ainsi  dire  impossible.  Chaque  fois  qu'il  a  joué  ces  divers  mor- 
ceaux, on  aurait  entendu  voler  un  papillon  dans  la  salle  de  verdure, 
et  à  chaque  repos  c'étaient  des  applaudissements  sans  fin  que  l'artiste 
recevait  avec  une  modestie  charmante. 

Henry  Wuille  n'avait  que  dix  jours  à  nous  donner  :  un  engagement 
le  rappelle  à  Bade,  d'où  il  ne  s'éloignera  que  pour  le  festival  alsacien 
qui  doit  se  célébrer  à  Mulhouse  pendant  le  mois  de  juillet.  Quoique 
attaché  au  Conservatoire  et  au  théâtre  de  Strasbourg,  nous  ne  doutons 
pas  que  Paris  ne  trouve  moyen  de  l'obliger  à  revenir  d'ici  à  peu  de 
temps,  et  pour  ne  plus  nous  quitter. 


REVUE   CRITIQUE. 

OUVRAGES  DIVERS  RELATIFS  A  L'ACCOMPAGNEMENT  DU  PLAIN-CHANT. 

(3'  article)  (1). 

En  continuant  notre  revue  des  écrits  publiés  récemment  sur  l'ac- 
compagnement du  plain-chant ,  nous  trouvons  la  Méthode  pratique 
d'accompagnement  du  plain-chant  basée  sur  la  tonalité  ecclésias- 
tique et  sur  la  pratique  constante  du  moyen  âge,  par  L.  Bignon,  or- 
ganiste de  Notre-Dame  du  Mont  à  Marseille,  etc.  Si  je  ne  devais  pas 
plus  loin  parler  d'un  autre  ouvrage  qui  a  des  droits  tout  particuliers 
à  ma  sympathie ,  elle  appartiendrait  sans  réserve  au  travail  de 
M.  Bignon. 

A  mon  sens,  personne  plus  que  M.  Bignon  n'est  dans  le  vrai  quant 
à  l'accompagnement  du  plain-chant,  et  l'on  pourrait  même  dire  qu'il  est 
le  seul  qui  ait  cet  avantage.  Remarquons  avant  tout  que  pour  l'obte- 
nir il  lui  faut  mentir  en  partie  à  son  titre,  et  l'on  ne  saurait  trop 
l'en  féliciter.  Non,  Dieu  merci,  ce  n'est  point  la  pratique  constante  du 
moyen  âge  qu'il  vient  nous  exposer,  ce  n'est  point  la  barbare  et  gros- 
sière organalion  qui  pouvait  convenu'  à  ces  abominables  temps,  et 
qui  consistait  en  suites  de  quintes  ou  de  quartes  marchant  continuel- 
lement avec  le  plain-chant  et  dans  le  même  sens  que  lui  ;  ce  qu'en- 
seigne M.  Bignon,  c'est  l'harmonie  pure,  correcte,  élégante  qui  se 
forma  lorsque  la  divine  renaissance  vint  rendre  à  la  musique  comme 
aux  autres  arts,  comme  aux  sciences  et  aux  lettres,  cette  vigueur  et 
cette  couleur  qui  caractérisent  les  époques  où  l'esprit  humain  est 
dans  sa  force  et  se  plaît  à  enfanter  les  chefs-d'œuvre.  L'harmonie  que 
l'organiste  de  Marseille  veut  voir  adaptée  au  plain-chant  est  celle  dont 
l'expression  la  plus  élevée  et  la  plus  parfaite  brille  d'un  vif  éclat  dans 
les  œuvres  immortelles  de  Pierluigi,  de  Victoria  et  de  plusieurs  de 
leurs  contemporains. 

La  méthode  de  M.  Bignon  commence  par  un  texte  assez  étendu  dans 
lequel  je  ne  relèverai  pas  quelques  points  qui  me  semblent  erronés, 
parce  que  ces  erreurs  sont  tout  simplement  la  reproduction  de  ce  qui 
se  lit  en  beaucoup  d'autres  livres.  Je  crois  aussi  qu'il  n'était  pas  né- 
cessaire d'offrir  aux  lecteurs  la  nomenclature  du  diagramme  grec,  fort 
inutile  aujourd'hui,  et  que  Guido  avait  avec  pleine  raison  bannie  des 
livres  élémentaires. 

Abordant  positivement  son  sujet,  M.  Bignon  donne  en  quelques 
pages  les  règles  générales  de  son  système  d'accompagnement.  Ainsi 
que  je  viens  de  le  dire,  ce  système  n'est  autre  que  celui  qui  se  tire 
naturellement  des  exemples  fournis  par  les  compositeurs  du  xvie  siècle 
dans  leurs  compositions  vocales,  avec  cette  différence  que  ces  grands 
musiciens,  faisant  marcher  leurs  parties  en  toute  liberté,  employaient, 
selon  qu'il  leur  convenait,  les  notes  de  passage  et  les  dissonances 
préparées  et  sauvées  selon  les  règles,  tandis  que  M.  Bignon  réduit  son 
accompagnement  à  l'harmonie  consonnante,  note  contre  note,  qui  se 
trouve  encore  resserrée  par  la  nécessité  d'obtenir  pour  l'instrument 
un  doigté  convenable. 

(1)  Voir  le  n»  3. 


Après  avoir  donné  les  exemples  les  plus  nécessaires  pour  les  pas- 
sages embarrassants,  pour  ceux  que  les  anciens  traitaient  d'une  ma- 
nière particulière,  pour  l'introduction  des  accidents,  la  manière  de 
caractériser  les  cadences,  etc.,  l'auteur  parcourt  successivement  les 
huit  modes  en  donnant  pour  chacun  un  certain  nombre  de  pièces  des- 
tinées à  servir  de  modèles  et  fort  bonnes  en  effet  à  prendre  pour 
tels.  Peut-être  ne  s'arrête-t-il  pas  sur  chacun  d'eux  autant  qu'on  le 
désirerait:  ainsi  n'est-ce  pas  se  tirer  bien  vite  d'affaire  de  dire  que 
le  troisième  mode  ne  présente  rien  de  particulier  qu'à  la  finale, 
et  les  élèves  se  contenteront-ils  tous  de  n'en  pas  apprendre  davantage? 
Ensuite  était-il  bien  nécessaire  de  parler  de  pièces  de  ce  mode  qui  se 
terminent  en  lu  ?  On  ces  pièces  sont  étrangement  corrompues,  ou  elles 
n'existent  pas  en  tant  qu'appartenant  au  quatrième  mode,  et  elles 
doivent  être  renvoyées  au  neuvième  mode,  appelé  aussi  premier  en  a. 
Viennent  ensuite  des  avis  sur  la  transposition  dont  l'emploi  est  in- 
dispensable à  l'église  pour  assortir  le  plain-chant  aux  voix  qui  l'exé- 
cutent. A  la  fin  se  trouve  la  manière  d'accompagner  la  psalmodie  et 
ses  différentes  finales  avec  une  harmonie  convenable.  L'ouvrage  est 
terminé  par  des  notions  sur  le  plain-chant  musical,  espèce  bâtarde, 
à  laquelle,  les  deux  siècles  passés  ont  donné  en  France  une  attention 
qu'assurément  elle  ne  méritait  guère.  Ce  n'est,  à  vrai  dire,  le  plus 
souvent  que  de  la  mauvaise  musique  écrite  en  notes  carrées  et  n'ap- 
partenant au  plain-chant  que  parce  côté.  Par  une  bizarrerie  singulière, 
les  musiciens  accompagnent  souvent  le  plain-chant  comme  si  c'était  delà 
musique,  et  s'il  s'agit  de  plain-chant  musical,  qui  n'est  autre  chose  que 
de  la  musique,  ils  prétendent  le  traiter  comme  si  c'était  réellement  du 
plain-chant;  M.  Bignon  veut  que  chaque  chose  reprenne  sa  véritable 
place,  et  tout  le  monde  sera  de  son  avis. 

C'est  avec  raison  que  M.  Wackenthaler  ayant  à  publier  un  petit 
ouvrage  sur  la  matière  qui  nous  occupe,  l'a  intitulé  :  l'Art  d'accompa- 
gner le  plain-chant  romain;  mais  il  a  eu  tort  d'ajouter  au  sous-titre  : 
mè'hode  claire  et  facile  ;  non  que  son  ouvrage  manque  de  clarté  et 
qu'il  soit  difficile  à  comprendre,  mais  franchement  on  ne  peut  dire 
que  ce  soit  là  une  méthode.  L'idée  que  fait  naître  ce  mot  dans  l'es- 
prit suppose  une  disposition  des  matières  dans  un  ordre  tel  que  cha- 
que fait  ou  chaque  précepte  soit  une  déduction  de  principes  posés 
dès  le  commencement,  et  dont  le  reste  de  l'ouvrage  n'est  que  le  dé- 
veloppement. Or,  quoique  l'ordre  dans  lequel  M.  Wackenthaler  expose 
ses  idées  soit  fort  simple  et  fort  raisonnable,  il  n'offre  point  les  qua- 
lités que  je  viens  d'indiquer,  et  l'on  peut  même  dire  que  dans  son  plan 
elles  n'étaient  point  nécessaires. 


Adrien  de;  LA  FAGE. 


(La  fin  prochainement. 


REVUE  DES  THEATRES. 


La  fermeture  de  I'Odéox.  —  Les  adieux  de  Mme  Ristori. — Vaude- 
ville :  l'Envers  d'une  conspiration,  comédie  en  cinq  actes  ,  par 
M.  Alexandre  Dumas  père. —Palais-Royal  :  les  Trois  fils  de  Cadet 
Roussel,  vaudeville  en  trois  actes,  par  MM.  Varin,  Laurencin  et 
Michel  Delaporte.  —  Gaité  :  Une  pécheresse,  drame  en  cinq  actes, 
par  Mme  Régnault  de  Prébois  et  M.  Théodore  Barrière.  •— Giuque 
Impérial  :  Reprise  d'Héloïse  et  Abeilard,  drame  en  cinq  actes  et 
neuf  tableaux,  de  MM.  Anicet  Bourgeois  et  Francis  Cornu.  — 
Théatiie  Déjazet  :  le  Jeune  homme  au  riflard,  vaudeville  de 
MM.  Varin  et  Cadot  ;  la  Traite  d'un  nègre  blanc ,  pochade  en  deux 
tableaux,  par  M.  Guénéej  reprise  de  Pianella. 

L'été  commence  â  exercer  son  influence  habituelle  sur  les  théâtres. 
Plusieurs  d'entre  eux  ont  déjà  fermé  leurs  portes  pour  la  saison  ;  d'au- 
tres se  préparent  à  suivre  cet  exemple.  L'Odéon  a  fait  ses  adieux 
au  public  le  31  mai,  avec  le  Testament  de  César  Giraudot,  le  grand 
succès  de  l'hiver.  Les  Bouffes-Parisiens  sont  en  voyage.  Les  Délasse- 
ments-Comiques annoncent  leurs  dernières   représentations,   et  tout 


212 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


fait  supposer  que  nous  ne  les  reverrons  plus  qu'à  l'Eldorado, -qui  se 
dispose  à  les  recevoir.  Bientôt  viendra  le  tour  du  théâtre  Lyrique,  qui, 
lui  du  moins,  fera  encore  une  étape  au  boulevard  du  Temple  avant 
d'aller  habiter  son  nouveau  domicile  de  la  place  du  Châtelet. 

—  Le  séjour  de  la  Compagnie  italienne  à  Paris  ne  s'est  pas  pro- 
longé au  delà  du  29  mai.  Ce  jour  là,  Mme  Ristori  s'est  prodiguée  dans 
une  splendide  représentation  où  elle  a  joué  des  fragments  de  ses 
quatre  meilleurs  rôles,  comme  pour  quadrupler  les  regrets  qu'elle 
nous  laiste.  La  comédie  du  cornle  Giraud,  /  Gelosi  fortunati ,  la 
scène  de  Macbeth,  le  cinquième  acte  d'Elisabelta,  les  troisième  et  cin- 
quième actes  de  Maria  Stuarda,  tel  est  le  programme  de  la  soirée 
triomphante  dans  laquelle  Mme  Ristori  a  pris  congé  des  habitués  de 
la  salle  Ventadour. 

—  La  veille  du  départ  de  M.  Alexandre  Dumas  père  pour  son  voyag-e 
de  circumnavigation  dans  la  Méditerranée,  on  a  fait  quelque  bruit 
d'une  pièce  qu'il  destinait  à  la  Comédie  française,  et  dont  la  lecture 
aurait  été  brusquement  interrompue  par  une  discussion  relative  à  la 
prime  d'usage.  Cette  question,  soulevée  sans  motif  apparent  par  un 
membre  du  comité,  a  passé,  aux  yeux  de  bien  des  gens,  pour  un 
moyen  détourné  de  forcer  l'auteur  à  remporter  sa  pièce.  C'est  en 
effet  ce  qui  est  arrivé  :  M.  Dumas  père,  dont  la  patience  n'est  pas 
la  vertu  dominante,  n'a  pas  même  achevé  sa  lecture  et  a  couru 
offrir  son  œuvre  au  directeur  du  Vaudeville,  en  stipulant  avec  une 
sorte  de  crânerie  qu'il  ne  lui  serait  alloué  aucune  prime,  et  que  l'En- 
vers d'une  conspiration  serait  joué  en  plein  été.  Nous  avons  nommé 
l'objet  du  litige;  maintenant  que  chacun  peut  se  prononcer  à  son 
égard  en  connaissance  de  cause,  il  nous  reste  à  examiner  si  ses  dé- 
fauts sont  de  nature  à  justifier  le  comité  du  Théâtre-Français,  ou  si 
ses  qualités  répondent  suffisamment  à  la  présomptueuse  confiance  de 
M.  Dumas  père. 

On  connaît  le  sans-façon  avec  lequel  le  fécond  et  hardi  romancier 
traite  presque  toujours  l'histoire.  Son  procédé  est  invariable  :  étant 
donné  un  événement  célèbre  dont  les  principaux  acteurs  sont  forcé- 
ment indiqués,  il  y  mêle  un  ou  plusieurs  personnages  d'invention  qui 
tiennent  les  fils  de  l'intrigue,  et  il  y  distribue  à  doses  égales  la  fan- 
taisie et  la  réalité.  On  ne  peut  disconvenir  que  cette  olla  podrida 
n'amène  parfois  des  effets  pleins  d'intérêt  et  de  curiosité,  mais  à  quel 
prix  ?  Depuis  trop  longtemps  on  s'est  déshabitué  de  prendre  M.  Dumas 
père  au  sérieux,  et  il  n'a  plus  d'autres  titres  à  l'attention  que  celui 
d'amuseur.  Nous  croyons  que  sa  pièce  du  Vaudeville,  charpentée 
dans  les  mêmes  conditions  que  les  ouvrages  dont  nous  parlons,  n'est 
pas  faite  pour  le  réhabiliter. 

11  s'agit  de  la  conspiration  qui  rendit  le  trône  d'Angleterre  au  roi' 
Charles  II  et  à  la  reine  Catherine  de  Bragance  ;  voilà  pour  le  côté 
historique.  Quant  à  l'envers,  il  est  représenté  par  une  jeune  femme, 
lady  Ilamilton,  et  par  un  chevalier  d'aventure,  l'Ecossais  Evan  Mac 
Donald,  qui,  venu  à  Londres  pour  servir  le  parti  républicain,  contribue 
puissamment,  par  amour  pour  lady  Ilamilton  et  sans  qu'il  s'en  doute, 
au  rétablissement  de  la  royauté.  Dupuis,  l'ex-artiste  du  Gymnase,  a 
été  engagé  pour  le  rôle  de  Mac  Donald,  qui  prête  à  cette  pièce  les 
allures  les  plus  gaies.  Si  M.  Dumas  n'a  pas  eu  d'autre  ambition  que 
celle-là,  il  n'est  pas  impossible  que  le  public  lui  donne  raison  ;  mais  si 
l'on  se  reporte  au  temps  où  ce  dramaturge  n'affichait  pas  un  tel  dé- 
dain de  la  forme  littéraire,  on  ne  donnera  pas  tort  au  Théâtre- 
Français. 

—  Au  Palais-Royal  les  Trois  fils  de  Cadet  Roussel  ont  réussi, 
mais  non  sans  quelque  hésitation.  11  n'y  a  rien  de  plus  difficile  à 
mettre  en  scène  que  ces  types  grotesques,  passés,  pour  ainsi  dire,  à 
l'état  légendaire.  Et  quel  autre  personnage  a  subi  plus  de  métamor- 
phoses comiques  que  celui  de  Cadet  Roussel  ?  Nos  pères  l'ont  vu  dé- 
filer dans  plus  de  trente  pièces,  tour  à  tour  barbier  à  la  fontaine 
des  Innocents,  maître  d'école  à  Ckaillol,  professeur  de  déclama- 
tion, etc.,  ou  bien  an  café  des  Aveugles,  aux  Champs-Elysées,  dans 


l'île  des  Amazones,  ou  encore  —  et  ce  n'est  pas  la  moins  plaisante 
de  ses  incarnations,  —  dans  la  peau  d'un  esturgeon.  A  quelle  sauce 
n'a-t-on  pas  servi  ce  digne  frère  de  Jocrisse,  de  Janot  et  du  Jérôme 
Pointu?  Ce  n'est  donc  pas  une  petite  affaire  de  le  ressusciter  aujour- 
d'hui, voire  même  dans  sa  progéniture;  la  tradition  de  ses  anciens 
hauts  faits  lègue  à  ses  fils  des  exigences  presque  impossibles  à  satis- 
faire. Ne  soyons  donc  pas  trop  surpris  si  les  deux  premiers  actes  de  la 
nouvelle  bouffonnerie  du  Palais-Royal  ont  été  reçus  un  peu  froidement. 
Le  troisième  a  été  plus  heureux,  grâce  à  une  pantomime  arlequinade 
réglée  par  Paul  Legrand  et  enlevée  à  merveille  par  la  famille  de  Cadet 
Roassel,  Delannoy,  Brasseur,  Luguet,  Gil-Perès  et  Mlle  Dubouchet. 
Cette  bamboche  drolatique  s'appelle  le  Mariage  de  Cassandre  ou 
VEnfanl  du  rhinocéros.  On  a  aussi  fort  applaudi  la  Ronde  dit  pacha 
Mustapha,  qui  est  très-originale  et  qui  fait  honneur  à  l'imagination  de 
M.  Silvain  Mangeant,  le  chef  d'orchestre  du  théâtre. 

—  Le  drame  de  la  Gaîté,  Une  pécheresse,  ne  brille  ni  par  l'inven- 
tion,  ni  par  la  variété  des  combinaisons,  et  cependant  il  intéresse, 
il  émeut  et  provoque  les  larmes  dans  certaines  scènes  tracées  avec 
talent.  C'est  le  Passé  d'une  femme,  c'est  le  Livre  noir,  c'est  tout  ce 
que  vous  voudrez  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  c'est  une 
pièce  faite  par  un  homme  d'esprit  et  par  une  femme  de  cœur  :  nous 
n'en  voulons  pour  preuve  que  l'idée  seule  du  dénoûment.  Compro- 
mise par  quelques  imprudences  rétrospectives,  la  pécheresse  est  accu- 
sée de  trahison  par  son  mari  ;  elle  cherche  à  se  disculper.  «  Si  je  mens, 
s'écrie-t-elle,  que  Dieu  me  reprenne  mon  enfant.  »  Au  même  instant, 
le  pauvre  petit  meurt.  Le  père,  croyant  à  un  jugement  de  Dieu,  se  bat 
en  duel  avec  l'homme  qu'il  regarde  comme  son  rival  ;  mais  tout  à  coup 
la  mère  se  jette  entre  les  deux  adversaires  :  «  Tu  ne  m'as  pas  cru, 
dit-elle  à  son  mari,  et  pourtant  notre  enfant  existe  !»  —  Le  drame  de 
Mme  Regnault  de  Prébois  et  de  M.  Th.  Barrière  restera  longtemps  au 
répertoire  de  la  Gaîté. 

—  11  y  a  environ  vingt-cinq  ans  que  l'Ambigu  a  joué  pour  la  pre- 
mière fois  Héloise  et  Abeilard,  et  les  nombreuses  reprises  de  cette 
pièce  attestent  le  prodigieux  succès  qu'elle  obtint  alors ,  et  qui 
n'est  pas  encore  épuisé  à  l'heure  qu'il  est.  Le  Cirque  impérial  vient 
de  s'en  emparer,  et  pour  la  rajeunir,  il  lui  a  fait  les  honneurs  d'une 
mise  en  scène  magnifique.  Parmi  les  additions  faites  à  l'œuvre  pri- 
mitive, nous  mentionnerons  le  brillant  tournoi  qui  figure  à  présent 
au  troisième  tableau. 

—  Deux  petites  pièces  ont  fait  leur  apparition  au  théâtre  Déjazet, 
en  même  temps  que  la  reprise  de  Pianella,  interrompue  dès  ses  pre- 
mières représentations  par  un  regrettable  accident  dont  Halbleid  a  été 
victime.  L'artiste  qui  le  remplace  a  droit  à  des  encouragements. 
Quant  aux  deux  nouveautés  :  l'une,  le  Jeune  homme  au  ri/lard,  est 
un  joyeux  vaudeville  basé  sur  la  recherche  d'un  parapluie-talisman  ; 
l'autre,  la  Traite  d'un  nègre  blanc,  est  une  pochade  dont  la  princi- 
pale situation  est  empruntée  à  l'histoire  de  la  coupe  de  Joseph  vendu 
par  ses  frères  et  devenu  premier  ministre  de  Pharaon.  Monsieur  Ga- 
rât continue  à  remplir  la  salle. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


„*»  L'indisposition  de  Mme  Ferraris  se  prolongeant,  elle  a  dû  être 
remplacée  dans  le  rôle  de  Diane  par  Mlle  Villiers,  et  Pitrre  de  Médias  a 
été  représenté  vendredi. 

***  La  première  représentation  de  Sémiramis  aura  lieu  le  29  juin  ou 
le  2  juillet  au  plus  tard. 

„.**  La  direction  de  l'Opéra  vient  de  rengager  Wicart.  Il  rentrera  par 
le  rôle  d'Arnold,  de  Guillaume  Tell,  après  lequel  il  chantera  celui  de 
Raoul,  des  Huguenots. 

„*„,  L'engagement  de  Mme  Tedesco  a  été  signé  avant  hier.  La  célèbre 
cantatrice  doit  être  à  la  disposition  de  M.  Alphonse  Royer  le  I"  septem- 


DE  PARIS. 


213 


bre,  pour  commencer  les  répétitions  du  Tanhauser,  qui  doit  être  joué  à 
la  fin  de  janvier. 

t*„,  Mercredi  l'Étoile  du  Nord  a  rempli  la  salle  du  théâtre  de  l'Opéra- 
Comique.  Mme  Cabel  a  chanté  avec  sa  supériorité  ordinaire  le  rôle  de 
Catherine.  Troy  s'est  convenablement  acquitté  de  celui  de  Peters. 
Mlle  Belia,  Nathan  et  Caussade  remplissaient  les  autres  rôles.  Le  chef- 
d'œuvre  a  produit  son  effet  accoutumé.  —  Le  Roman  d'Elvire  et  Itita,  le 
Château-Trompette  et  V Habit  de  Mijlord  tiennent  l'affiche  les  autres  jours. 
—  On  répète  un  opéra  de  M.  Paul  Dupuch,  Gertruds,  qui  passera  après  le 
Petit  Chaperon  rouge,  dont  la  représentation  est  très-prochaine.  Voici  les 
noms  des  artistes  chargés  d'interpréter  l'un  des  populaires  chefs- 
d'œuvre  de  Boïeldieu  :  Rodolphe,  M.  Crosti  ;  Roger,  Warot:  le  bailli, 
Lemaire;  l'ermite,  Barrielle;  Rose-d'amour,  Mlle  Marimon;  Annctte, 
Belia. 

**»  Avant  la  clôture,  le  théâtre  Lyrique  donnera  une  nouvelle  opérette, 
Mailre  Palma,  annoncée  d'abord  sous  le  titre  de  Mariage  aux  èpées.  Le 
livret  est  de  MM.  Furpille  et  Gille,  et  la  musique,  le  coup  d'essai  de 
Mlle  Rivay.  La  Madone,  de  Lacombe,  doit  aussi  faire  son  apparition  très- 
prochainement. 

„,*,,  Le  directeur  du  théâtre  Lyrique  vient  d'engager  Mme  Wekerlin- 
Damoreau  pour  la  saison  prochaine. 

„%  Un  acte  de  bienfaisance  réunissait,  la  semaine  dernière  ,  à  Ver- 
sailles, un  nombreux  auditoire  ;  il  s'agissait  d'un  concert  organisé  au 
bénéfice  de  l'Asile  maternel  de  cette  ville.  Au  nombre  des  artistes  qui 
concouraient  à  cette  bonne  œuvre,  M.  Fr.  Brissou  s'est  fait  applaudir  â 
plusieurs  reprises,  en  exécutant  successivement,  sur  l'orgue  d'Alexandre, 
son  beau  trio  sur  Martha ,  et  le  duo  qu'il  a  également  composé  sur  le 
Pardon.  MM.  Portehaut  et  Mme  Lagnier  ont  chanté  avec  beaucoup  de 
succès  le  duo  des  Dragons  de  Villars.  La  séance  n'a  pas  été  moins  hono- 
rable pour  les  artistes  que  fructueuse  pour  l'institution. 

„*,,  Dimanche  dernier  a  eu  lieu  une  séance  des  plus  intéressantes  chez 
Rossini  :  M.  Wekerlin  faisait  entendre  son  Ode-symphonie  de  la  Mer,  œu- 
vre à  laquelle  il  vient  de  mettre  la  dernière  main.  Il  n'y  avait  pas 
moins  de  vingt  exécutants  pour  cette  lecture  au  piano,  qui  a  valu  au 
composkeur  les  éloges  les  plus  flatteurs  de  la  part  du  maître. 

„*x  A  la  dernière  réunion  musicale  qui  a  eu  lieu  chez  Rossini  avant 
son  départ  pour  la  campagne,  M.  Paul  Bernard,  après\avoir  exécuté  sa 
belle  transcription  de  la  Charité,  pour  le  piano,  a  fait  entendre  une  œuvre 
nouvelle  écrite  par  M.  Galope-d'Onquaire,  et  dont  il  a  composé  la  mu- 
sique. C'est  une  pastorale  bouffe  qui  a  pour  titre  Loin  du  bruit.  Joué  et 
chanté  avec  beaucoup  d'entrain  par  Sainte-Foy  et  Mlle  Mira,  cet  inter- 
mède a  obtenu  un  succès  du  meilleur  aloi.  La  gaieté  du  poème,  l'origi- 
nalité de  la  musique  ont  valu  aux  auteurs  des  félicitations  chaleureuses 
et  des  applaudissements  réitérés  dont  Rossini  a  donné  â  plusieurs  reprises 
le  signal. 

**„,  11  y  a  peu  de  jours,  A.  Goria,  l'éminent  pianiste,  désirant  faire 
apprécier  sa  méthode  d'enseignement,  avait  réuni  dans  les  salons  de 
Pleyel-Wolff,  mis  gracieusement  à  sa  disposition,  les  élèves  de  la  classe 
qu'il  a  fondée  il  y  a  six  mois.  Un  jury,  composé  des  frères  Herz,  de 
Marmontel,  Kruger,  Lefebure-Wely,  etc.,  devait  présider  à  cet  exercice- 
concours  et  distribuer  des  médailles  aux  élèves  les  plus  distingués. 
Dix  jeunes  filles  et  deux  jeunes  garçons  ont  concouru  ;  le  programme 
se  composait  du  rondo  de  Hummel  en  mi  bémol  et  de  l'allégro  du  con- 
certo de  Beethoven  en  ut  mineur.  Deux  médailles  d'argent  et  trois 
de  bronze  ont  été  décernées  par  ces  juges  compétents,  qui  ont  chaleu- 
resement  complimenté  Goria  sur  un  mode  d'enseignement  destiné  à  pro- 
duire les  meilleurs  résultats. 

„.*„.  Le  directeur  du  théâtre  de  l'Oriente,  à  Madrid,  vient  d'engager 
pour  la  saison  prochaine   le  célèbre  ténor  Fraschini. 

„,%  Mme  Borghi-Mamo,  que  le  directeur  du  théâtre  de  Sa  Majesté  a 
rengagée  pour  la  saison  prochaine,  vient  également  de  signer  un  enga- 
gement, pour  la  saison  du  carnaval  prochain,  avec  les  frères  Marzi,  direc- 
teurs du  théâtre  de  la  Scala,  à  Milan. 

„•%  Mme  Meillet,  qu'on  a  applaudie  pendant  plusieurs  années  au 
théâtre  Lyrique  en  compagnie  de  son  mari,  est  de  retour  â  Paris.  Elle 
vient  de  Marseille,  où  elle  avait  été  engagée  pour  la  saison  qui  vient  de 
finir,  et  où  elle  a  retrouvé  les  succès  qu'elle  avait  eus  à  Paris. 

„*„,  Mlle  Esther  Danhauser,  qui  a  tenu  avec  beaucoup  de  succès,  cet 
hiver,  l'emploi  de  dugazon  au  théâtre  de  Brest,  est  de  retour  à  Paris. 

***  Roger  est  revenu  de  sa  tournée  artistique  dans  le  midi.  C'est  à 
Bordeaux  qu'il  a  donné  ses  dernières  représentations  pour  la  clôture 
du  théâtre,  et  le  célèbre  ténor  y  a  trouvé  un  accueil  digne  de  sa 
réputation.  Le  Prophète  a  été  surtout  un  véritable  triomphe  pour 
lui.  —  Les  Dragons  de  Villars  ayant  pour  interprètes  Mlle  Lacombe 
et  M.  Colomyès  ont  été  salués  par  des  applaudissements  qui  promettent 
au  charmant  opéra  de  Maillart  une  brillante  ropriseâ  la  saison  prochaine. 
Cet  opéra  et  celui  de  Martha  ont  été  les  deux  succès  de  l'année. 

*%  Roger  doit  se  trouver  à  Bade  au  mois  d'août.  Il  y  est  engagé  pour 
chanter  avec  Mme  Miolan-Carvalho  un  opéra  inédit  deCh.  Gounod. 


„,**  M.  Ivan  Krafzoff,  ténor,  dont  on  a  annoncé  l'engagement  pour 
Moscou,  doit,  avant  de  se  rendre  dans  cette  ville,  chanter  pendant  trois 
mois  au  théâtre  italien  de  Saint-Pétersbourg. 

***  Le  mariage  de  Mlle  Mirés  et  de  M.  le  prince  de  Polignac  a  eu  lieu 
le  5  juin  dans  l'église  de  la  Madeleine,  richement  décorée  pour  cette 
cérémonie,  à  laquelle  assistait  une  affluence  énorme,  composée  de  per- 
sonnages appartenant  â  la  politique ,  â  l'administration ,  à  la  finance  , 
aux  arts,  aux  lettres  et  aux  sommités  du  monde.  Mgr  l'évêque  de  Mar- 
seille officiait  et  a  donné  la  bénédiction  nuptiale  aux  deux  époux.  La 
musique  de  la  messe,  exécutée  pour  cette  solennité,  a  été  composée  par 
le  prince  Edmond  de  Polignac ,  le  plus  jeune  des  quatre  frères  de  cette 
illustre  famille.  L'œuvre  de  M.  de  Polignac  a  été  fort  remarquée,  et  elle 
témoigne  d'études  sérieuses  de  la  part  de  l'auteur.  L'orchestration  en 
est  sobre  et  savante  à  la  fois,  et  la  mélodie  est  empreinte  de  ce  profond 
sentiment  religieux  qu'on  ne  trouve  que  dans  les  compositions  des  vieux 
maîtres.  L'exécution  de  cette  messe  par  des  artistes  choisis  dans  l'or- 
chestre de  l'Opéra  et  par  le  chœur  de  la  Madeleine ,  sous  la  direction 
de  son  maître  de  chapelle,  M.  Dietsch,  n'a  rien  laissé  à  désirer.  L'orga- 
niste de  la  paroisse,  M.  Saint-Saens,  était  au  grand  orgue,  et  quand 
Mgr  l'évêque  a  fait  son  entrée  dans  l'église,  il  a  exécuté  une  marche 
solennelle  d'un  très-beau  caractère,  et  qui  a  produit  sur  l'auditoire  une 
profonde  impression. 

***  11  vient  de  se  fonder  en  Russie  une  institution  qui  fait  honneur  â 
ce  pays.  La  Gazette  du  Nord  publiait  dans  son  avant-dernier  numéro  l'ex- 
posé de  la  situation  du  Fonds  de  secours  des  gens  de  lettres  et  des  savanis  en 
Russie.  Cette  Société,  fondée  depuis  peu  de  mois  par  l'élite  des  écri- 
vains russes  et  par  les  directeurs  des  principaux  journaux  et  revues,  dit 
la  Gazette  du  Nord,  n'est  pas  une  société  de  secours  mutuels.  Pour  par- 
ticiper à  ses  bienfaits,  il  suffit  d'être  un  homme  de  lettres  ou  de  science, 
d'être  présenté  par  un  membre  ou  d'écrire  simplement  au  comité.  Les 
veuves  et  les  orphelins  ont  aussi  droit  aux  secours.  Un  empressement  fort 
honorable  pour  le  caractère  national  s'est  produit  dans  toutes  les  régions 
du  monde  pour  aider  la  Société  à  atteindre  le  but  qu'elle  se  propose. 
L'empereur  et  sa  famille  ont  bien  voulu  souscrire  pour  un  versement  an- 
nuel de  1,300  roubles  argent  (5,200  fr.).  Les  hommes  de  lettres  les  plus 
célèbres  se  sont  engagés  à  donner  tant  pour  cent  sur  le  produit  de  leurs 
ouvrages;  plusieurs  artistes  ont  fait  de  même,  et  les  directeurs  des  prin- 
cipales revues  ont  résolu  de  payer  à  la  Société  un  droit  fixe  sur  chaque 
abonnement  à  leurs  publications.  Quelques  éditeurs  connus  ont  pris  un 
engagement  semblable  pour  les  livres  qu'ils  font  paraître,  et  beaucoup 
de  particuliers  n'appartenant  pas  à  la  littérature,  ni  à  la  science,  ni  à 
l'art  ont  versé  d'abondantes  contributions  comme  témoignage  de  leur  dé- 
vouement au  progrès  et  à  la  diffusion  des  lumières,  en  même  temps  que 
de  leur  respect  pour  ceux  qui  s'y  consacrent.  La  Société  a  déjà  pu  ac- 
corder des  pensions  annuelles  dont  le  montant  est  de  2,160  roubles 
argent  (8,610  fr.),  et  distribuer  en  secours  temporaires  la  somme  de 
1,300  roubles  argent  (5,200  fr.).  Son  capital,  qui  n'était  au  2  (14)  fé- 
vrier de  l'année  courante  que  de  8,536  roubles  argent  (34,144  fr.),  s'élève 
actuellement  à  la  somme  de  18,236  roubles  argent  (72,944  fr.)  Le  nom- 
bre des  associés  est  de  407.  M.  Sasonoff  annonce  que  la  Gazette  du  Nord 
ouvre,  en  faveur  du  Fonds  littéraire,  une  souscription  â  laquelle  elle  con- 
vie non-seulement  ses  compatriotes  présents  à  Paris,  mais  aussi  tous  ceux 
qui  s'intéressent  à  la  cause  et  à  la  liberté  de  la  pensée. 

„.%  Le  célèbre  pianiste  Henselt,  en  sa  qualité  d'inspecteur  général  des 
établissements  de  musique  de  Saint-Pétersbourg,  a  reçu  la  croix  de  che- 
valier de  l'ordre  de  Saint-Wladimir.  C'est  la  première  fois  que  cette  dé- 
coration que  l'empereur  confère  en  personne,  et  qui  d'ordinaire  n'est  ac- 
cordée qu'à   des    personnages  haut  placés,  l'aura  été  à  un  artiste. 

„.*„  Le  Messager  de  Nice  nous  apprend  que  notre  compatriote,  M.  Ka- 
pry,  le  jeune  et  brillant  pianiste  dont  nous  avons  eu  plusieurs  fois  occa- 
sion de  parler  avec  éloge,  vient  de  recevoir  de  S.  M.  l'impératrice  de 
Russie  une  très-belle  bague  en  or,  surmontée  d'un  saphir  entouré  de 
brillants.  Le  même  journal  annonce  également  que  cet  artiste  accom- 
pagne l'impératrice  à  Wildbad,  en  qualité  de  pianiste  de  S.  M. 

„*,  Le  chef  des  chœurs  du  Maennergesangverein,  Herbeck ,  à  Vienne, 
auteur  de  la  cantate  qui  a  été  chantée  lors  de  l'inauguration  du  monument 
érigé  à  l'archiduc  Charles,  a  reçu  de  l'empereur  d'Autriche  une  bague 
enrichie  de  diamants,  au  chiffre  de  Sa  Majesté. 

»*„  D'après  des  tableaux  statistiques,  il  y  aurait  aujourd'hui  en  Eu- 
rope 18,140  acteurs,  21,609  actrices,  1,733  directeurs  de  théâtre;  le 
nombre  des  personnes  qui  sont  attachées  à  un  titre  quelconque  aux  éta- 
blissements dramatiques  s'élèverait  à  82,216. 

4*t  Mme  Léon  Auffant,  qui  s'est  fait  connaître  par  plusieurs  œuvres 
distinguées,  a  composé,  sous  le  titre  de  Mon  étoile  et  mon  guide,  Prière  à 
l'ange  gardien,  dont  M.  Alph.  Cordier  a  écrit  les  paroles,  une  mélodie 
qu'elle  a  dédiée  à  S.  A.  I.  le  prince  impérial,  et  dont  S.  M.  l'impératrice 
a  daigné  agréer  l'hommage. 

„*,,  Nous  faisions  dernièrement  l'éloge  de  la  remarquable  transcription 
de  la  Berceuse,  du  Pardon  de  Ploërmcl,  composée  par  M.  F.  Dolmetsch  , 
pianiste  de  la  bonne  école,  qui  se  trouvait  de  passage  à  Paris.  Nous  ne 
pouvons  aujourd'hui  passer  sous  silence  quelques  autres  compositions 
du  même  auteur,   qui  se  distinguent  par  la  mélodie  comme  par  le 


214 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


style  ;  ce  sont  ses  trois  ballades,  op.  22;  ses  romances  sans  paroles,  op.  41 
et  ii,  et  la  Danse  bretonne,  op.  43  :  œuvres  qui  le  classeraient  vite  au 
nombre  des  bons  professeurs  de  Paris. 

»%  M.  Lebouc  vient  de  faire  paraître  une  transcription  pour  violon- 
celle avec  accompagnement  de  piano,  de  la  célèbre  Marche  funèbre  de 
Chopin.  Ce  morceau,  que  M.  Lebouc  a  fait  entendre  avec  succès  cet 
hiver,  ne  peut  manquer  d'être  bien  accueilli  par  les  amateurs  de  vio- 
loncelle. 

%*#  La  Rose  cHeste,  mélodie  poétique  de  M .  Buchet,  sera  mise  en  mu- 
sique prochainement. 


CHRONIQUE   DÉPARTEMENTALE. 


**„  Le  Mans,  —  La  foire  de  la  Pentecôte  nous  a  valu  une  série  de 
brillantes  représentations  données  par  la  troupe  lyrique  que  dirige 
M.  Rousseau.  Le  Pardon  de  Ploermel,  Galathée,  Martha  ont  été  joués 
successivement  et  aux  grands  applaudissements  du  nombreux  public 
accouru  pour  y  assister.  La  salle  était  comble  pour  le  Pardon,  qui  a  été 
interprété  de  ia  façon  la  plus  remarquable  par  Mme  Laurence-Cyriali, 
MM.  Saint-Brice  et  Sendré,  auxquels  s'étaient  joints,  pour  les  couplets 
et  le  quatuor  du  troisième  acte,  M  mes  Domergue  et  Mauraisin  et 
MM.  Laurence  et  Pouilley.  Après  la  magnifique  partition  de  Meyerbeer, 
Martha,  ce  charmant  opéra  de  Flotow,  dont  la  musique  est  si  sympathi- 
que aux  oreilles  françaises,  a  fait  le  plus  grand  plaisir,  et  a  valu  aux 
mêmes  artistes  de  chaleureux  applaudissements. 

***  Nantes. —  Après  le  grand  succès  obtenu  tout  d'abord  par  le 
Pardon  de  Ploermel,  notre  direction  théâtrale  l'a  donné  à  plusieurs  re- 
prises, et  chaque  fois  le  nouveau  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  a  attiré  la 
foule  et  provoqué  les  applaudissements.  —  Après  le  Pardon,  les  Dragons 
de  Villars  ont  été  l'ouvrage  heureux  de  la  saison  ;  Mlle  Borghèse,  qui  a 
créé  à  Paris  d'une  façon  si  originale  le  rôle  de  Rose  Friquet,  y  a  obtenu 
ici  un  véritable  triomphe.  Disons,  pour  être  juste,  qu'elle  était  admira- 
blement secondée  par  MM.  Carré,  Magne,  Charles  et  .Mlle  Courtois. 

***  Constantine.  —  C'est  par  un  des  chefs-d'œuvre  de  Meyerbeer, 
l'Étoile  du  Nord,  que  noire  théâtre  a  fait  sa  clôture.  Malgré  les  imper- 
fections de  l'exécution,  l'opéra  du  célèbre  maître  n'en  a  pas  moins  produit 
son  effet  habituel.  On  doit  des  éloges  à  Mme  Villette,  chargée  du  rôle  de 
Catherine  et  qui  s'en  est  acquittée  avec  verve  et  talent. 


CHRONIQUE   ETRANGERE. 


***  Bruxelles.  —  Le  théâtre  de  la  Monnaie  a  clôturé  sa  saison  par 
une  brillante  représentation  dans  laquelle  ont, reparu  presque  tous  les 
artistes  dugrand  Opéra  pour  lesquels  elle  a  été  une  véritable  ovation.  — 
La  troupe  italienne  a  clos  également  la  série  de  ses  représentations  par 
la  Sémiramide  ;  M.  Merelli  a  l'intention  de  se  rendre  à  Anvers  pour  en  don- 
ner quelques-unes.  —  Jacques  Offenbach  est  ici  depuis  quelques  jours,  et  il 
a  traité  avec  le  théâtre  dos  Galeries-Saint-Hubert  pour  y  donner  un  cer- 
tain nombre  de  représentations  auxquelles  on  peut  prédire  d'avance  une 
grande  vogue  et  un  succès  fructueux.  M.  Offenbach  nous  amène  ses  meil- 
leurs artistes  :  M  mes  Lise  Tautin,  Chabert,  Toslée,  Maréchal,  Cico,  Four- 
nier  ;  MM.  Léonce,  Désiré,  Guyot,  Tayau,  Duvernoy,  Desmont,  Marchand, 
Tautin,  Caillât,  Jean-Paul,  etc.  —  L'orchestre  sera  conduit  par  M.  A..  Var- 
ney.  —  Parmi  les  vingt-six  opérettes  que  donneront  les  Bouffes-Parisiens 
pendant  leur  séjour  à  Bruxelles,  plusieurs  sont  déjà  populaires  et  ne 
manqueront  pas  d'attirer  les  amateurs  de  spectacles  variés  et  amusants. 
Nous  citerons  entre  autres  :  les  Deux  aveugles,  les  Daines  de  la  Halle,  les 
Pantins  de  Violette,  le  Violoneux,  Une  nuit  blanche.  Deux  vieilles  Gardes,  le 
Major  Schlagmann,  Vent  du  soir,  Orphée  aux  enfers,  le  Mariage  aux  lan- 
ternes, le  Mari  à  la  porte,  Ba-ta-clan,  la  Chatte  métamorphosée  en  femme, 
Croquignole  XXXVI,  les  Petits  Prodiges,  la  Symphonie  de  l'avenir,  etc.  — 
A  la  séance  ordinaire  de  juin,  de  l'Académie  royale  de  Belgique  (classe 
des  Beaux-Arts),  M.  Fétis  père  a  voulu  donner  à  ses  confrères  la  primeur 
de  son  grand  ouvrage,  celui  qu'il  considère  comme  sa  dernière  œuvre  : 
l'Histoire  générale  de  la  musique,  travail  gigantesque  qui  va  bientôt  voir 
le  jour.  Ce  que  M.  Fétis  a  lu  à  l'Académie,  c'est  la  première  partie  de 
l'introduction  de  son  livre  ;  c'est  l'exposé  philosophique  des  fondements 
sur  lesquels  il  a  appuyé  son  édifice  ;  c'est  le  résumé  des  conclusions 
générales  auxquelles  il  est  arrivé.  La  classe  a  entendu  cette  commu- 
nication avec  un  vif  intérêt. 

,,**  Liège. —  Arban,  le  célèbre  cornet  à  piston,  professeur  au  Conser- 
vatoire de  Paris,  avait  été  appelé  pour  prendre  part  au  troisième  concert 


organisé  par  la  Société  du  Casino.  Il  a  été  le  héros  de  la  soirée,  et  le 
public  nombreux  qui  remplissait  le  vaste  salon  de  l'établissement  ne  se 
lassait  pas  d'admirer  les  effets  étonnants  qu'A-ban  a  su  tirer  de  cet 
instrument,  d'une  portée  d'ailleurs  si  restreinte,  les  contrastes  de  délica- 
tesse et  de  force  qu'il  obtient  ;  le  sentiment  et  l'expression  qu'il  apporte 
dans  son  jeu  ;  les  difficultés  inouïes  dont  il  triomphe.  Aussi  a-t-il  obtenu 
un  succès  complet  et  l'a-t-on  rappelé  après  chaque  morceau.  Le  concert 
avait  commencé  par  la  magnifique  Marche  de  Schiller,  de  Meyerbeer,  qu'on 
entendait  pour  la  première  fois,  et  qui  a  été  exécutée  avec  un  ensemble 
admirable  par  M.  Jules  Duguet,  l'habile  chef  d'orchestre  de  la  Société. 
Elle  a  produit  le  plus  grand  effet. 

**%  Rotterdam.  —  Outre  le  théâtre  hollandais  que  possède  notre  ville, 
M.  Verhulst,  le  célèbre  compositeur,  se  propose  de  fonder  ici  une  société 
lyrique  dans  le  but  de  faire  représenter  des  opéras  allemands 

***  Londres.  —  Les  deux  théâtres  Italiens  rivaux  ont  simultanément 
donné  les  Huguenots.  Si  le  théâtre  de  S.  M.  avait  pour  chanter  le  chef- 
d'œuvre  de  Meyerbeer,  Mme  Titjens,  MmeBorghi-llamo,Giuglini,  Gassieret 
Everardi,  Covent-Garden  mettait  en  ligne  Giulia  Grisi,  Mme  Miolan  Car- 
valho,  Mme  Nantier  Didiée,  charmante  dans  le  rôle  du  page  ;  Mario  et 
Eaure.  Un  ensemble  pareil  de  chaque  côté  était  de  nature  à  piquer  vi- 
vement la  curiosité  des  diletanti  ;  aussi  dans  chaque  camp  les  applau- 
dissements ont-ils  rivalisé  pour  fêter  la  magnifique  partition  du  maître. 
La  musique  allemande  avait  été  représentée  à  Covent-Garden  par  l'exé- 
cution de  Fidelio,  dans  lequel  MmeCzillag  avait  pu  faire  valoir  les  belles 
qualités  dont  elle  est  douée.  M.  Smith  ne  veut  pas  être  en  reste  avec 
son  voisin,  et  il  annonce  O'ieron,  chanté  par  Mme  Titjens,  Rezzia  ;  Mon- 
girii,  Uuon,  et  Mme  Alboni,  Puck,  avec  Mlle  Cucchi,  la  charmante  dan- 
seuse, dans  le  ballet. — Le  1er  juin,  le  Concert  du  Palais  de  Cristal,  dans 
lequel  chantent  les  artistes  du  théâtre  de  Sa  Majesté,  avait  attiré  près  de 
dix  mille  auditeurs.  Cet  empressement  était  motivé  par  la  première  ap- 
parition (first  appearance)  de  Mme  Alboni,  qu'on  n'y  avait  pas  encore 
entendue. 

„,**  Cobourg,  23  mai.  —  Aujourd'hui  on  a  publié  le  programme  du 
festival  de  chant  qui  doit  avoir  lieu  ici  les  21,  22  et  23  juillet. 

„,%  Wiesb'ule.  —  Tichatscheck,  qui  doit  donner  une  série  de  repré- 
sentations, a  débuté  dans  Lohengrin. 

***  Weimar.  —  Mme  Bûrde-Ney,  qui  s'est  fait  entendre  fréquemment 
dans  les  concerjs  de  la  cour,  a  dû  naturellement  exercer  une  puissance 
des  plus  marquées  sur  notre  public.  Ses  représentations  au  théâtre 
grand-ducal  ont  été  très-suivies,  et  celle  de  Don  Juan,  où  la  célèbre 
cantatrice  a  interprété  le  rôle  de  dona  Anna  d'une  manière  tout  à  fait 
supérieure,  a  été  pour  elle  l'occasion  d'un  véritable  triomphe. 

**%  Goettingen.  —  Depuis  plusieurs  années,  l'art  musical  esi  cultivé  à 
notre  université  avec  un  zèle  tout  particulier.  Il  existe  une  réunion  de 
chant  et  d'orchestre  sous  la  direction  de  M.  Hille,  qui  fait  en  outre  un 
cours  d'harmonie  et  de  théorie  musicale.  Une  autre  société  de  chant  est 
dirigée  par  un  pianiste  livonien,  M.  J.  0.  Grimm ,  qui  a  introduit  chez 
nous  les  œuvres  de  S.  Bach.  Une  troisième  association  vocale,  unique- 
ment consacrée  à  la  musique  d'église,  a  pour  chef  le  docteur  Kriiger, 
qui  doit  ouvrir,  pour  le  semestre  d'été,  un  cours  de  théorie  musicale  et 
d'histoire  générale  de  la  musique. 

„**  Ratisbonne,  30  mai.  —  Le  Pardon  de  Ploermel  a  été  représenté  sur 
le  théâtre  de  la  ville  avec  le  plus  grand  succès  On  a  retrouvé  dans  ce 
nouveau  chef-d'œuvre  tout  le  génie  et  tout  l'art  dont  Meyerbeer  a  donné 
tant  de  preuves.  Le  trio  final  du  premier  acte,  l'air  de  l'Ombre  au  se- 
cond, le  quatuor  et  la  romance  d'Hoël  au  troisième,  sont  au  niveau  des 
plus  belles  productions  de  leur  auteur.  Les  artistes  et  l'orchestre  ont 
concouru  largement  à  l'exécution  de  l'œuvre  et  de  manière  à  honorer 
notre  théâtre.  Le  décorateur,  le  machiniste  et  le  costumier  n'ont  rien 
épargné  pour  obtenir  justement  leur  part  d'éloges  et  de  gloire.  Il  n'est 
donc  pas  douteux  que  le  ^ardon  de  Ploermel  ne  s'établisse  pour  longtemps 
chez  nous,  et  ne  devienne  un  des  soutiens  du  répertoire. 

**„,  Leipzig.  —  Dans  le  courant  du  mois  de  mai,  le  théâtre  de  la  ville 
a  joué  Fidelio,  de  Beethoven  ;  le  Val  d'Andorre,  d'Halévy  ;  le  Freischutz, 
de  Weber;  Dinorah  (deux  fois,  13  et  27  mai),  de  Meyerbeer,  Monteechi 
e  Capuletti,  de  Bellini  ;  la  Fille  du  régiment,  de  Donizetti,  et  le  Maçon, 
d'Auber.  En  tout  sept  opéras  et  huit  représentations. 

„.%  Berlin.  —  Au  théâtre  Fr.  Wilhelmstadt  on  doit  donner  sous  peu 
Stradella,  de  M  de  Flotow,  pour  les  débuts  de  Mlle  Helferich.  — Le  succès 
de  la  reprise  de  :  le  Médecin  et  l'Apothicaire,  par  Dittersdorf,  se  soutient. — 
L'Académie  de  chant  a  offert  une  fête  au  conseiller  intime  Hellwig,  qui 
depuis  soixante  ans  fait  partie  de  cette  Société  célèbre,  et  la  ciirige  de- 
puis trente  ans.  L'Académie  a  exécuté  un  choral  de  Fasch,  son  fonda- 
teur; un  motet,  de  Haydn;  lied,  deGrell;  chœur  de  Jomelli,  Alléluia,  de 
Uaeniel.  —  La  première  représentation  de  la  reprise  de  :  le  Templier 
et  la  Juive  est  fixée  au  4  juin. 

„,**  Hambourg.  —  Après  avoir  charmé  le  public  dans  le  rôle  de  Di- 
norah, Mme  Frassini  n'a  pas  fait  moins  de  plaisir  dans  celui  de  Martha. 
Dans  la  Somnambule  elle  a  eu  également  un  beau  succès,  ainsi  que  Car- 
rion  ;  rarement  nous  avons  entendu  ces  deux  parties  interprétées  d'une 
manière  aussi  magistrale. 


DE  PARIS. 


215 


***  Vienne.  —  La  Société  académique  de  chant  s'est  rendue  à  Rade 
(près  Vienne)  pour  y  donner  une  sérénade  au  roi  Louis  de  ISavière.  qui 
réside  au  château  de  Weilbourg.  On  a  chanté  le  Walhallalied,  la  Patrie 
allemande,  etc.  Le  roi,  vivement  touché  de  cette  démarche,  a  remercié 
avec  effusion  le  comité  de  la  Société,  et  Ta  fortement  engagé  à  faire  une 
excursion  à  Munich  —  Mme  Ellinger  a  terminé  ses  représentations  par 
le  rôle  de  Fidès,  dans  le  Prophète  ;  Ortrud,  dans  Lohengrin,  et  de  Zaïde, 
dans  Don  Sébastien.  Le  théâtre  de  l'opéra  de  la  Cour  a  fait  sa  clôture  par 
Don  Juan. 

***  Copenhague.  —  Le  célèbre  quatuor  des  frères  Muller,  virtuoses  de 
la  chambre  à  Saxe-lleiningen,  a  donné  ici,  avec  le  plus  brillant  succès, 
une  série  de  concerts  où  ils  nous  ont  fait  entendre  un  choix  de  mor- 
ceaux de  musique  classique. 

»**  Saint-Pétersbourg,  30  mai.  —  De  1840  à  1850,  il  exista  dans  cette 
ville  une  société  symphonique  dont  les  statuts  avaient  été  sanctionnés 
par  le  gouvernement.  Cette  société  avait  cessé  faute  de  ressources, 
mais  pour  se  reconstituer  plus  tard.  Au  commencement  de  l'année  der- 
nière, ses  anciens  membres  se  réunirent  sur  l'invitation  de  l'un  d'entre 
eux,  chez  M.  le  comte  M.  Wielhorski,  qui,  avec  MM.  D.  Kanschine, 
V.  Kologrivoff,  A.  llubinstein  et  D.  Stassoff,  furent  élus  directeurs  Le 
projet  des  nouveaux  statuts  fut  soumis  à  la  sanction  impériale  et  con- 
firmé le  1"  mai  1859.  S.  A.  I.  Mme  la  grande-duchesse  Hélène  daigna 
prendre  la  société  sous  sa  protection  et  lui  faire  don  de  1,000  roubles 
(4,000  fr.).  S.  M.  l'empereur  et  S.  M.  l'impératrice  lui  assurèrent  une 


subvention  annuelle  l'un  de  500  roubles  (2,000  fr.),  l'autre  de  150 
(600  fr.).  Des  princes  et  des  princesses  acceptèrent  le  titre  de  mem- 
bres honoraires.  Conformément  au  paragraphe  7  des  statuts,  la  société 
a  dû  donner,  dans  le  courant  de  l'hiver,  dix  soirées  symphoniques  qui 
ont  commencé  le  28  novembre,  et  dont  le  but  principal  a  toujours  été 
l'exécution  de  grandes  compositions  instrumentales,  tant  pour  orchestre 
seul  que  pour  orchestre  avec  chœurs.  Le  comité  consultatif  s'est  occupé 
de  la  réception  de  ceux  qui  désiraient  entrer  dans  les  classes  de  chant. 
Sur  la  proposition  de  M.  Dargomysky,  il  a  mis  au  concours  une  can- 
tate sur  le  thème  du  Festin  de  Pierre  le  Grand,  de  Fouschkine,  en  allouant 
pour  la  meilleure  composition  une  médaille  d'or  et  une  prime  de  200  rou- 
bles (800  fr.),  et  pour  la  seconde  une  médaille  d'argent  et  une  prime 
de  125  roubles  (500  fr).  Le  comité  a  résolu  de  commencer  aussi  ses  opé- 
rations à  Moscou,  et  les  amateurs  de  chant  des  deux  sexes  ont  formé  un 
chœur  sous  la  direction  de  M.  Rubinstein,  dont  le  départ  pour  l'étran- 
ger a  momentanément  suspendu  les  exercices.  La  société  compte 
déjà  20  membres  honoraires,  111  membres  exécutants  et  479  membres 
titulaires.  Pendant  l'année  1S59,  ses  recettes  se  sont  élevées  à  15,285  rou- 
bles (61,140  fr.),  et  la  société  possède  en  caisse,  toutes  dépenses  faites, 
un  reliquat  de  5,633  roubles  (22,53-2  fr). 


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de  la  ville  de  Paris.) 

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(Le  prospectus  de  l'ouvrage  se  délivre  gratis  eu  s'adressant  aux  éditeurs  par  lettre 
affranchie.) 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


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Paris.    —   E.   GERARD  et  O  (COMPAGNIE  MUSICALE),    —    N°  18,    rue    Dauphine. 

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Paix  et  bonheur \     » 

Le  Départ  des  Marins 1     » 

La  Ronde  des  vendanges »  75 

Les  Statues  de  Prométhée 1     » 

Le  Réveil  du  jour »  75 

Le  Retour  des  proscrits : »  75 

Honneur  aux  enfants  du  génie >  75 

Hymne  à  la  nature 1  25 

Sérénade „  50 

Chant  de  guerre  des  Palicares  ...    \  25 

Douleur  et  Joie »  75 

Sérénade  espagnole 1     .. 

Chœur  bachique 75 


Heure  du  soir 

Cris  populaires  de  la  Provence. . . . 
La  Terre  promise  (Moïse  au  Sinaï) 
Chœur  de  démons  (Edcn) 


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20.  Les  Hébreux  dans  le  Désert  (Moïse  au  Sinaï) 4  25 

21 .  Hymne  à  Dieu 1    » 

22.  Chant  de  guerre  (Perle  du  Brésil) 1     .. 

23.  Deuxième  chœur  de  démons  (Eden) » 

24.  Chœur  des  marins  (Perle  du  Brésil) 4 

25.  Premier  chœur  d'anges  (Eden) » 

26 .  Prière  (Perle  du  Brésil) » 

27 .  Le  Chant  des  Moissonneurs 1 

28 .  Deuxième  chœur  d'anges  (Eden) » 

29.  Hymne  à  l'Harmonie >. 

30.  Cliceur  de  chasse 1 


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27e  Année. 


N°  23 


17  Ma  1860. 


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les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  am 
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REVUE 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse 30  n        id. 

Étranger M  «       (d. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  IHUSICÂ 


--^aaaAAAAAa/w- 


SOMMAIRE.  —  Mondonville  et  la  guerre  des  coins  (3'  article),  par  Arthur 
Pougin.  —  Concert  de  M.  L.  Wiesr,  par  AiIo7»he  Botte.  —  Festival  des 
orphéonistes  français  au  palais  de  Sydenhnm.  —  Nouvelles  et  annonces.- 


MONDONVILLE  ET  LA  GUEBRE  DES  COINS. 

(3e  article.)  (1) 

A  Grimm  se  joignirent  bientôt  le  baron  d'Olbach,  Rousseau,  dont  la 
fameuse  Lettre  sur  la  musique  française  obtint  un  si  grand  retentis- 
sement, l'abbé  de  la  Tanaye  et  beaucoup  d'autres  moins  célèbres. 
Cazotle  et  l'abbé  de  Voisenon  se  trouvaient  à  la  tête  du  parti  opposé. 
Ce  dernier  publia  un  opuscule  intitulé  Réponse  du  coin  du  roi  au  coin 
de  la  reine,  qui  contenait  d'assez  sages  réflexions,  portant  en  parti- 
culier sur  la  cause  de  la  querelle  ;  nous  en  extrairons  le  passage 
suivant  : 

«  J'avoue  que  je  ne  suis  pas  un  hypocrite  en  musique,  quoiqu'à 
»  présent  tout  en  fourmille.  On  fait  semblant  d'aimer  la  musique  ita- 
»  lienne  pour  faire  imaginer  qu'on  a  la  tète  bien  organisée  ;  l'incré- 
»  dulité  même  a  ses  dévets  de  vanité  :  on  est  impie  sans  principe  pour 
«  faire  croire  qu'on  a  la  tête  forte.  On  ne  veut  plus  être  soi.  Je 
»  comtois  beaucoup  de  bonnes  gens  qui  se  tuent  à  s'efforcer  d'être 
»  méchants  :  il  y  en  a  d'autres  qui  auraient  du  bon  sens  et  qui  ne 
»  veulent  avoir  que  de  l'esprit.  On  voit  des  femmes  froides  qui  se 
»  mettent  au  jeu  sans  avoir  de  dépense  à  faire  ;  il  n'y  a  pas  jusqu'à 
»  des  fermiers  généraux  qui  se  donnent  les  airs  de  se  ruiner  comme 
»  de  grands  seigneurs. 

»  A  présent  tout  est  réduit  en  airs.  C'est  par  cette  raison  que  la 
»  plupart  de  nos  François  exaltent  les  bouffons,  pour  se  donner  un 
»  vernis  d'étrangers  :  ils  se  croyent  obligés  de  sacrifier  nos  opéra, 
»  pour  faire  les  honneurs  de  la  nation  :  ils  mettent  d'abord  l.ulli  à  la 
»  dernière  place  ;  en  effet  c'est  là  qu'il  doit  être,  il  sera  toujours  le 
«  maître  de  la  maison. 

•  Je  ne  rends  pas  moins  de  justice  aux  autres  :  c'est  une  duperie 
»  que  les  goûts  exclusifs  :  les  femmes  mêmes  en  sont  revenues  : 
»  j'épouse  tous  les  plaisirs,  et  je  n'épouse  aucun  parti.  »  (Réponse 
du  coin  du  roi  au  coin  de  la  reine,  pages  2  et  3.) 

Puis,  pour  établir  son  impartialité,  voici  de  quelle  façon  accom- 
modante le  bon  abbé  établit  le  parallèle  des  deux  musiques  : 

«  La  musique  italienne  est  une  coquette  qui  croit  faire  des  mines, 
»  et  qui  souvent  ne  fait  que  grimacer  des  mots. 

(1)  Voir  le  n°  23. 


»  La  musique  françoise  est  une  femme  tendre  qui  peint  des  senti- 
»  ments.  J'accorde  les  ariettes  à  la  première  ;  mais  que  l'on  soit  équi- 
»  table  :  la  musique  italienne  fournit  de  fort  jolis  hors-d'œuvre  :  la 
»  musique  françoise  fait  le  fond  du  repas.» 

Un  auteur  comique,  de  Boissy,  dans  une  petite  comédie  en  vers 
intitulée  la  Frivolité,  et  représentée  à  la  Comédie  italienne,  non- 
seulement  se  moque  des  deux  partis  en  querelle,  mais  enveloppe  dans 
une  même  raillerie  l'Opéra,  les  Bouffons  et  jusqu'à  la  Comédie-Fran- 
çaise. Voici  un  des  passages  les  plus  saillants  de  cette  petite  pièce,  qui, 
du  reste,  n'avait  guère  d'autre  mérite  que  celui  de  l'à-propos.  C'est 
lUiss  Blav,  une  comédienne  anglaise,  qui  parle  ; 

J'étois  venue  en  France  apprendre  expressément 

La  décence,  le  goût,  la  grâce  et  l'agrément, 

Pour  les  joindre  à  la  force  où  nous  primons  à  Londre  ; 

Mais  je  me  suis  méprise  infiniment. 
Vos  spectacles  changés  ne  sont  plus  une  école. 
On  ne  voit  plus  régner  chez  eux 
Qu'un  plagiat  qui  me  désole, 
Et  qu'un  déplacement  affreux. 
C'est  l'Opéra  que  partout  on  copie. 
On  chante  au  Théâtre-François, 
Ou  comme  lui  plutôt  on  crie 
Des  vers  bouffis  faits  pour  mugir  exprès; 
La  troupe  italienne  en  tout  le  parodie, 
Et  lui  dérobant  ses  moutons 
Ne  quitte  plus  la  bergerie. 
Pour  avoir  sa  revanche  il  a  pris  leurs  bouffons. 
L'amour  qu'on  a  pour  eux  devient  le  goût  unique. 
Tout  paroît  travesti,  tout  est  lazzis,  chansons. 
Comme  on  outre  le  jeu,  l'on  charge  la  musique, 
Et  tout  Paris  n'est  plus  qu'un  Opéra-Comique. 

[La  Frivolité,  sceue  iv.) 

On  doit  dire  que  dans  cette  querelle  étrange,  qui  devait  se  renou- 
veler vingt-cinq  ans  plus  tard  avec  le  même  acharnement  lors  de  l'ar- 
rivée en  France  de  Gluck  et  de  Piccinni,  les  deux  partis  avaient  en- 
semble et  tout  à  la  fois  tort  et  raison.  Mais,  aveuglés  tous  deux  par 
la  violence  de  leur  discussion  et  la  passion  qu'ils  y  apportaient,  ré- 
solus d'ailieurs  à  ne  se  rien  concéder  l'un  à  l'autre,  ils  ne  voulaient 
point  convenir  ni  même  s'avouer  à  eux-mêmes  que  chacune  des  deux 
musiques  possédait,  avec  une  certaine  somme  de  défauts,  des  qua- 
lités réelles,  incontestables  et  surtout  très-distinctes.  Ils  ne  s'aper- 
cevaient pas  que  la  musique  française,  déclamatoire  jusqu'à  l'excès 
avec  Lulli,  pompeuse  et  traînante,  mais  noble  et  imposante  avec  Ra- 
meau, était  douée  d'un  sentiment  profond  et  d'une  vérité  d'accent 


218 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


réelle  qui,  plus  tard  alliée  aux  formules  italiennes,  devait  constituer 
un  jour  le  véritable,  drame  lyrique  dans  l'acception  la  plus  large  du 
mot;  que,  de  son  côté,  la  musique  italienne,  dénuée  de  force  et  sur- 
tout de  vérité  dramatique,  mais  vive  et  légère,  accorte  et  réjouissante, 
mélodieuse  autant  que  musique  peut  l'être,  avait  le  don  du  charme 
et  de  l'entraînement,  et  surtout  ce  je  ne  sais  quoi  de  sensuel  et 
de  passionné  qui  est  le  caractère  principal  des  races  méridionales,  et 
qui  vous  saisit  invinciblement  d'une  émotion  inconnue  lorsque  pour  la 
première  fois  il  vous  est  donné  de  le  ressentir.  Ils  ne  s'apercevaient 
pas  surtout  qu'ils  disputaient  dans  le  vide,  puisqu'ils  mettaient  en  pa- 
rallèle deux  choses  qui  n'avaient  entre  elles  aucun  rapport,  aucune 
affinité,  qui  étaient  aussi  éloignées  l'une  de  l'autre  que  le  vaudeville 
de  la  tragédie,  et  qui  n'avaient  de  commun  que  l'emploi  d'un 
seul  et  même  procédé,  l'orthographe  d'une  seule  et  même  langue, 
la  langue  musicale.  Dix  ans  plus  tard  cette  querelle  n'eut  pas  pris 
naissance,  ou  du  moins  elle  ne  se  fût  point  trouvée  dans  les  mêmes 
conditions  :  l'opéra-comique  était  formé,  et  il  eût  pu  seul  se  trouver 
en  comparaison  avec  les  intermèdes  italiens. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  parti  qui  s'intitulait  national  (celui  du  coin 
du  roi  et  de  la  musique  française)  songeait  sérieusement  à  faire  ex- 
clure les  bouffons  de  l'Académie  royale  et  à  les  renvoyer  au  delà  des 
Alpes.  Mais  pour  cela  il  fallait  un  prétexte,  et  ce  prétexte  ne  pou- 
vait se  trouver  que  dans  la  réussite  éclatante,  exceptionnelle,  d'un 
opéra  français.  On  s'adressa  d'abord  à  Rameau  pour  savoir  s'il  ne 
voudrait  pas  se  décider  à  écrire  un  nouvel  ouvrage  ;  mais  le  grand 
homme  ne  se  souciait  nullement  de  compromettre  dans  une  pareille 
querelle  la  réputation  qu'il  s'était  si  glorieusement  et  si  légitimement 
acquise.  D'ailleurs  il  avait  couru  sur  lui  une  assez  méchante  épi- 
gramme,  qui,  quoique  plate  et  sans  esprit,  n'avait  pas  laissé  que  de 
le  chagriner.  Voici  ce  joli  échantillon  du  sel  attique  que  l'on  prodi- 
guait alors  : 

Contre  la  moderne  musique, 

Voici  ma  dernière  réplique  : 

Si  le  difficile  est  le  beau, 

C'est  un  grand  homme  que  Rameau  ; 

Mais  si  le  beau,  par  aventure, 

N'était  que  la  simple  nature 

Dont  l'art  doit  être  le  tableau, 

C'est  un  pauvre  homme  que  Rameau. 

Le  seul  compositeur  qui,  à  défaut  de  Rameau,  pût  raisonnable- 
ment entrer  en  lice,  était  Mondonville,  dont  les  motets  avaient  eu 
beaucoup  de  retentissement,  et  qui,  par  son  récent  succès  du  Car- 
naval du  Parnasse,  s'était  mis  complètement  en  lumière.  Homme 
habile  et  insinuant  d'ailleurs,  il  avait  su  se  faire  à  la  cour  des  parti- 
sans zélés,  qui  certes  n'eussent  point  manqué  de  plaider  sa  cause 
dans  une  telle  affaire. 

On  avait  trouvé  dans  les  papiers  de  l'abbé  de  la  Marre  le  poëme 
inachevé  de  Titon  et  l'Aurore,  opéra  en  trois  actes.  Mondonville, 
qui  prétendait  se  poser  en  littérateur  non  moins  qu'en  musicien , 
avait  fait  retoucher  et  terminer  cet  ouvrage  par  l'abbé  de  Voisenon,  en 
ayant  grand  soin  de  donner  ces  remaniements  comme  siens,  y  avait 
ajouté  un  prologue  de  La  Motte  intitulé  Proincthce,  et  avait  mis  le 
tout  en  musique.  Sa  pièce  était  donc  toute  prête,  ce  qui  lui  était 
d'un  immense  avantage  sur  les  concurrents  qui  eussent  pu  se  présen- 
ter. De  plus,  Mme  de  Pompadour,  qui  avait  été  un  peu  la  cause  de 
sa  promple  fortune,  et  pour  laquelle  il  ne  laissait  échapper  aucune 
occasion  de  flatterie  et  d'adulation,  le  protégeait  toujours  ouverte- 
ment. Il  fut  donc  décidé,  vers  la  fin  de  novembre  1752,  que  les  étu- 
des de  Titon  et  l'Aurore  seraient  immédiatement  commencées  à  l'O- 
péra, et  que  tout  serait  mis  en  œuvre  pour  assurer  le  succès  de  cet 
ouvrage,  en  le  rendant  le  plus  éclatant  qu'il  serait  possible.  En  effet, 
la  pièce  fut  bientôt  mise  en  répétition,  les  études  s'en  poursuivirent 


activement,  et,  le  9  janvier  1753,  l'affiche  de  l'Opéra  en  annonçait 
la  première  représentation. 

Ce  fut  un  grand  jour  pour  Paris  que  celui  où  l'Académie  royale 
étala  pompeusement  sur  son  affiche  ce  titre  de  Titon  et  l'Aurore. 
Chacun  des  deux  partis  opposés  comptait  ses  forces,  se  disposant  de 
son  mieux  à  soutenir  les  siens,  et  la  lutte  qui  se  préparait  pour  le 
soir  au  milieu  d'une  sourde  agitation  étant  regardée  comme  devant 
être  tout  à  fait  décisive,  les  préparatifs  auxquels  elle  donnait  heu 
n'en  étaient  que  plus  importants  et  plus  considérables. 

Le  spectacle  était  annoncé  pour  cinq  heures  un  quart;  mais  l'em- 
pressement était  tel  que  dès  trois  heures  de  l'après-midi  les  abords 
du  Palais-Royal  étaient  envahis  par  la  foule  qui  venait  chercher  place. 
La  garde  habituelle  de  l'Opéra,  triplée  pour  une  circonstance  aussi 
extraordinaire,  fut  distribuée  par  détachements  dans  les  rues  adjacen- 
tes, et  M.  le  maréchal  de  Biron,  colonel  des  gardes  françaises,  reçut 
l'ordre  de  veiller  lui-même  et  en  personne  à  la  police  des  carrosses. 
L'ouverture  des  bureaux  put  donc  se  faire  dans  le  plus  grand  ordre  ; 
mais  l'encombrement  avait  été  si  grand,  les  assistants  étaient  si  nom- 
breux et  éprouvaient  tant  de  difficultés  à  se  placer ,  que,  malgré 
l'heure  indiquée  sur  l'affiche,  le  signal  du  commencement  de  l'ouver- 
ture ne  put  être  donné  avant  six  heures  moins  un  quart. 

Les  partisans  de  la  musique  française  avaient  eu  le  soin  de  s'ar- 
ranger de  façon  à  ne  point  subir  un  échec  et  au  contraire  à  assurer 
la  déroute  complète  de  leurs  ennemis.  A  cet  effet,  le  parterre  avait 
été  occupé,  avant  l'entrée  des  spectateurs ,  par  les  gardes  de  la  mai- 
son du  roi,  les  chevau-légers  et  les  mousquetaires;  les  autres  places, 
retenues  longtemps  à  l'avance,  se  trouvaient  prises  par  les  secta- 
teurs de  l'Opéra,  en  sorte  que  les  amis  des  malheureux  bouffons,  ne 
pouvant  se  loger  ailleurs,  durent  rester  confinés  dans  les  corridors  ou 
sur  les  derniers  bancs  de  l'amphithéâtre.  Ainsi  dispersés  et  désorien- 
tés, ils  perdaient  le  peu  de  force  que  leur  réunion  aurait  pu  leur  lais- 
ser, et  ils  tentèrent  vainement  une  protestation  qui  devait  inévitable- 
ment échouer.  De  plus,  la  pièce  avait  été  montée  avec  un  luxe  inouï 
de  décors  et  de  costumes;  les  deux  chanteurs  favoris  du  public,  Jé- 
liotte  et  la  gracieuse  Mlle  Fel,  étaient  chargés  des  principaux  rôles, 
et  enfin  Camargo,  la  fameuse  Camargo,  qui  l'année  précédente  s'était 
retirée  de  la  scène  dans  tout  l'éclat  de  son  talent,  avait  bien  voulu 
consentir  h  reparaître  dans  cette  solennité  et  à  se  montrer  de  nou- 
veau à  une  foule  qui  l'avait  toujours  idolâtrée.  Grâce  à  des  moyens 
si  puissants,  employés  sur  un  public  gagné  d'avance,  grâce  surtout 
aux  précautions  que  nous  avons  énumérées  plus  haut,  Titon  et  l'Au- 
rore obtint  un  succès  fou,  colossal,  et  sans  précédent  dans  les  an- 
nales de  l'Académie  royale  de  musique.  Ce  ne  furent,  depuis  le  com- 
mencement jusqu'à  la  fin  de  la  représentation,  qu'applaudissements 
frénétiques,  trépignements  et  rappels  incessants.  On  acclamait  tour  à 
tour  le  luxe  et  la  splendeur  des  décors,  la  fraîcheur  des  costumes,  les 
grâces  enchanteresses  de  la  Camargo,  la  voix  limpide  et  charmante 
de  Mlle  Fel,  le  jeu  sympathique  et  passionné  de  Jéliotle.  Les  applau- 
dissements éclataient  de  toutes  parts,  et  pour  l'auteur,  et  pour  l'or- 
chestre, et  pour  les  ballets.  Chacun  y  trouvait  son  comple  ;  c'était 
une  ivresse,  une  furie,  un  délire  comme  on  n'en  avait  jamais  vu,  et 
quand  les  mains  avaient  cessé  de  battre,  elles  recommençaient  à  bat- 
tre encore.  Bref,  le  succès  fut  complet,  la  victoire  décisive,  et,  im- 
médiatement après  la  représentation,  le  parti  triomphant  dépêcha  au 
roi  un  courrier  qui  lui  porta  la  nouvelle  de  ce  fait  important.  Peu 
de  temps  après,  le  renvoi  des  bouffons  fut  décidé  :  le  9  mars  115k  ils 
retournèrent  définitivement  dans  leur  pays,  et  l'Opéra  reconquit  enfin 
tous  les  avantages,  privilèges  et  immunités  de  son  ancien  monopole. 


Arthur  POUGIiN. 


{La  suite  prochainement. 


DE  PARIS. 


219 


CONCERT  DE  H.  L.  W1EST. 

Quoique  Allemand,  ou  tout  au  moins  ayant  fait  ses  études  musica- 
les en  Allemagne,  M.  L.  Wiest,  chef  de  la  chapelle  princière  de  Bu- 
charest,  est  un  violoniste  dont  l'intelligence  et  le  talent  se  sont  vi- 
vement épris  de  toutes  les  fantaisies  de  certaine  école  italienne  .  aussi, 
au  lieu  de  sévères  beautés,  de  nobles  et  grandes  inspirations,  d'oeu- 
vres méditées  et  de  longue  haleine,  n'a-t-il  fuit  entendre,  au  con- 
cert qu'il  donnait  lundi  salle  Beethoven,*  que  des  morceaux  légers 
de  sa  composition.  Sauf  dans  le  joli  caprice  sur  des  airs  na- 
tionaux valaques,  il  n'y  a  dans  les  ouvrages  de  M.  Wiest  ni  l'origina- 
lité ni  la  saveur  slave  qn'on  pensait  y  trouver  Cela  n'a  pas  empêché 
toutefois  d'apprécier  la  grâce,  la  gaieté  et  les  douceurs  répandues 
dans  Un  rêve  d'Italie,  dans  une  fantaisie  pastorale  et  dans  une  chan- 
sonnette américaine.  Si  ces  pages  n'ont  pas  permis  au  virtuose  de 
révéler  une  grande  pureté  et  une  grande  élévation  de  style,  elles  lui 
ont  suffi  pour  montrer  beaucoup  de  charme,  de  sensibilité,  d'habi- 
leté et  de  brio.  M.  Wiest  a  donc  été  fort  applaudi,  et  l'a  plus  d'une 
fois  mérité. 

Parmi  nos  jeunes  pianistes  il  en  est  peu  assurément  d'aussi  com- 
plets et  d'aussi  sûrs  d'eux-mêmes  que  Th.  Bitter.  Celui-ci  n'exagère 
pas  la  signification  de  quelques  notes,  comme  tant  d'autres;  il  va  droit 
son  chemin,  et  répand  sur  l'ensemble  une  netteté  ,  une  franchise,  un 
fini  tout  à  fait  rares.  Ses  gammes  sont  éblouissantes  de  clarté  et  de 
rapidité.  Si  on  peut  lui  signaler  parfois  quelques  rudesses  de  toucher, 
on  doit  le  louer,  en  revanche,  de  ne  pas  tomber  dans  cette  sensible- 
rie qui  affaiblit  et  corrompt  le  style.  Au  milieu  des  plus  douces  et  des 
plus  tendres  mélodies,  qu'il  soupire  d'ailleurs  délicieusement,  il  ne 
descend  jamais  aux  petits  artifices  de  rhythme  qui  défigurent  la  pen- 
sée des  maîtres  et  altèrent  leur  véritable  physionomie. 

Th.  Ritter  prêtait  gracieusemement  son  concours  à  M.  Wiest.  Nous 
ne  parlerons  pas  de  sa  Marche  nocturne  et  de  son  Impromptu,  qu'il 
a  joués  d'abord  :  on  sait  le  mérite  de  ces  deux  compositions  et  avec 
quelle  supériorité  l'auteur  les  exécute;  nous  aimons  mieux  nous  oc- 
cuper de  ses  deux  nouvelles  Pensées  mélodiques,  qui  ont  été  écou- 
tées avec  une  grande  sympathie  et  exécutées  d'une  façon  ravissante. 
Par  la  beauté  de  la  facture,  par  la  distinction  des  détails,  ces 
mélodies,  très  -  remarquables  et  bien  au  -  dessus  des  Muettes  qui 
se  publient  chaque  jour,  méritent  d'être  examinées  sérieuse- 
ment. Elles  sont  en  général  un  peu  courtes  et  manquent  quel- 
quefois d'unité.  Malgré  d'ingénieuses  rentrées,  de  savantes  soudures, 
d'exquises  harmonies,  on  sent  que  la  seconde  partie>n'est  pas  tou- 
jours logiquement  déduite  de  la  première,  qu'elle  n'en  est  pas  née 
immédiatement,  et  qu'enfin  c'est  plutôt  une  opposition  pour  faire  va- 
loir le  retour  de  l'idée  principale.  Au  point  de  vue  instrumental,  et 
surtout  sous  les  doigts  de  l'auteur,  cela  semble  charmant  et  propre  à 
montrer,  en-quelques  pages,  les  différentes  ressources  du  piano;  mais, 
comme  composition,  cela  manque  quelque  peu  d'homogénéité  :  aussi 
la  mélodie  qui  a  été  bissée  nous  parait-elle  bien  supérieure  à  la  pre- 
mière :  elle  est  mieux  faite,  mieux  conduite  et  plus  colorée.  Spiri- 
tuel, mélodieux  et  brillant,  ce  morceau,  très-habilement  traité,  nous  le 
répétons,  prouve  que  le  caprice,  la  fantaisie,  les  saillies  de  l'esprit 
sont  jusqu'à  présent  ce  qui  inspire  le  mieux  le  jeune  compositeur. 

Que  dire  de  la  partie  vocale,  sinon  ce  que  nous  avons  déjà  dit  tant 
de  fois  cet  hiver?  Qu'une  jolie  voix  a  bien  du  charme,  mais  que  la 
justesse  d'intonation,  la  netteté  et  l'élégance  des  vocalises,  l'intelli- 
gence des  maîtres  qu'on  interprète  ont  bien  aussi  leur  prix. 

Adolphe  BOTTE. 


FESTIVAL  DES  ORPHÉONISTES  FRANÇAIS 

Au  palais  de  Sydenliam. 

C'est  aujourd'hui  qu'a  lieu  à  la  salle  de  l'Alcazar,  rue  du  Faubourg- 
Poissonnière,  la  répétition  qui  doit  réunir  les  Sociétés  chorales  de 
Paris  et  du  département  de  la  Seine  et  le  choral  d'artistes  de  Paris. 
Dimanche  prochain  24,  dix  bateaux  à  vapeur  partant  de  Dieppe  et 
de  Calais  conduiront  à  Londres,  où  ils  resteront  une  semaine,  trois 
mille  lauréats  des  orphéons  de  France,  choisis  dans  les  deux  cents 
Sociétés  qui  les  composent  aujourd'hui  et  obéissant  à  leur  chef  intré- 
pide, M.  Delaporte.  Outre  la  gratuité  du  voyage  d'aller  et  retour,  des 
arrangements  pris  d'avance  assurent  à  la  phalange  musicale  la  nour- 
riture et  le  logement  pendant  la  semaine  à  un  prix  très-modéré . 

Voici  l'emploi  du  temps  des  orphéonistes  à  Londres  :  Arrivée 
le  dimanche  24  dans  l'après-midi,  installation  ;  —lundi,  à  Sydenham, 
répétition,  et  premier  concert  à  trois  heures  ;  —  mardi,  répétition, 
visite  au  palais  de  Cristal,  deuxième  concert  ;  —  mercredi,  prome- 
nade dans  Londres;  —  jeudi,  troisième  concert;  —  vendredi,  pro- 
menade; —  samedi,  fête  d'adieux;  —  dimanche,  retour  en  France. 
Voici  maintenant  la  liste  définitive  des  morceaux  qui  seront  exé- 
cutés : 

God  save  the  qucen  (arrangé  à  quatre  parties  pour  voix  d'hommes 
par  Camille  de  Vos)  ; 

Veni  Creator,  de  Besozzi  ; 
Fragment  du  Psaume  XIX,  de  Marcello  ; 
Choral  de  Léon  Haszler  (1601)  ; 
Choral  de  Henri  Scheidemann  (1604)  ; 
Chœur  des  prêtres  des  Mystères  d'Isis  (Mozart); 
Septuor  des  Huguenots  ; 
Cimbres  et  Teutons  (L.  Lacombe)  ; 
Les  Enfants  de  Paris  (A,  Adam)  ; 
La  Chapelle  (Beckér); 
Départ  du  chasseur  (Mendelssohn)  ; 
Le  Jour  du  Seigneur   (Kreutzer)  ; 
Le  Chant  des  montagnards  (Kucken)  ; 
Le  Chant  du  bivouac  (Kucken); 
La  Retraite  (Laurent  de  Rillé)  ; 
France!  France!  (Ambroise  Thomas); 
La  Nouvelle  alliance  (Halévy). 

Les  paroles  des  deux  derniers  chœurs  ont  été  spécialement  compo- 
sées à  l'occasion  de  cette  fête,  par  M.  J.-F.  Vaudin,  rédacteur  en  chef 
du  journal  VOrphéon. 

Le  programme  variera  à  chaque  concert  et  sera  composé  d'un  cer- 
tain nombre  de  morceaux  choisis  dans  le  répertoire  que  nous  venons 
de  donner.  Mais  le  beau  septuor  des  Huguenots,  qui  a  eu  tant  de 
succès  au  festival  de  Paris,  sera  chanté  aux  trois  concerts. 

La  Nouvelle  alliance,  d'Halévy,  sera  accompagnée  par  les  harpes. 
—  Certains chœurs  serontchantés  sans  accompagnement. — M.  Edouard 
Batiste,  organiste  de  Saint-Eustache,  touchera  l'orgue  pour  le  Veni 
Creator,  le  psaume  de  Marcello,  etc.  Enfin,  trois  nouveaux  morceaux 
seront  accompagnés  par  un  orchestre  militaire  :  le  septuor  des  Hu- 
guenots ;  France!  d'Ambroise  Thomas;  Cimbres  et  Teutons,  de 
Lacombe. 

11  avait  d'abord  été  question  de  musiques  anglaises  pour  cet  or- 
chestre militaire  ;  mais  il  en  a  été  décidé  autrement  :  M.  Delaporte  a 
engagé  la  musique  des  guides.  Outre  les  chœurs  dont  nous  venons 
de  parler,  où  ils  doivent  doubler  ou  accompagner  les  voix,  les  musi- 
ciens des  guides  répètent  trois  morceaux  qu'ils  joueront  seuls. 

Londres  prépare  une  réception  somptueuse  et  cordiale  aux  musi- 
ciens de  France  :  le  Rifle-Corps  s'apprête  à  fraterniser  avec  eux  :  la 
Société  harmonique  les  invite  à  une  de  ses  séances  ;  et  l'on  pense  que 
certains  théâtres  et  établissements  de  musique  leur  donneront  des  re- 
présentations gratuites. 


220 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


A  l'occasion  de  la  lutte  que  soutiennent  à  Londres  les  deux  direc- 
tions du  théâtre  Italien,  des  avantages  qui  en  résultent  pour  le  public, 
et  du  dévouement  qu'apportent  les  artistes  à  seconder  chacune  des 
entreprises  à  laquelle  ils  sont  attachés,  notre  confrère,  Achille  Denis, 
faisait  dans  un  des  derniers  numéros  de  la  Revue  et  Gazette  des 
Théâtres  des  réflexions  très-sensées,  auxquelles  nous  nous  associons 
pleinement,  et  que  nous  croyons  utile  de  reproduire. 

«  De  grands  talents,  des  réputations  européennes,  des  étoiles  de 
nos  premiers  théâtres  lyriques,  des  artistes  difficiles  et  susceptibles 
daignent  accepter  à  Londres  des  rôles  que,  pour  rien  au  monde, 
nous  en  sommes  convaincu,  ils  ne  consentiraient  à  jouer  à  Paris. 
Par  quel  miracle,  par  quelle  bonne  fortune  les  Anglais  peuvent-ils 
applaudir  Mme  Borghi  -  Mamo  et  Mme  Didiée  chantant  dans  les 
Huguenots  le  rôle  du  page  Urbain,  et  MM.  Gassier  et  Faure  celui 
de  Saint  -  Bris  ?  Le  public  de  l'Opéra  ne  sera  pas  témoin  de  ce 
fait,  qui  l'étonnerait  sans  doute,  mais  dont  il  serait  certainement 
charmé. 

»  Une  exécution  de  ce  genre  doit  rehausser  les  chefs-d'œuvre  et 
offrir  au  public  mille  jouissances  inconnues.  Nous  ne  comprenons  pas, 
pour  notre  compte,  qu'il  n'en  puisse  pas  être  de  même  à  Paris:  nous 
ne  comprenons  pas  surtout  les  raisons  qui  déterminent  un  chanteur 
de  premier  ordre  à  refuser  à  Paris  un  rôle  placé  au  second  plan,  et 
qu'il  accepte  sans  difficulté  à  Londres.  Question  d'argent,  nous  dira- 
t  on.  Ceci  nous  paraît  une  erreur.  L'argent  ne  lève  pas  toujours  les 
obstacles  soulevés  par  l'amour-propre.  Nous  ferions  volontiers  cette 
gageure,  à  savoir  que  les  considérations  d'argent  ne  détermineraient 
jamais  Mme  Borghi-Mamo  à  prendre  dans  les  Huguenots  le  rôle  d'Ur- 
bain, joué  par  Mme  Dussy,  ni  M.  Faure  à  remplacer  Coulon  dans  celui 
de  Saint-Bris. 

»  La  concurrence  peut  avoir  du  bon,  on  le  voit,  mais  cet  exemple 
que  nous  sommes  heureux  de  citer,  doit  démontrer  jusqu'à  l'évidence 
une  opinion  que  nous  avons  toujours  soutenue  :  c'est  qu'il  n'y  a  pas 
de  petits  rôles  dans  un  chef-d'œuvre  ;  c'est  que  l'artiste  ne  déroge  pas 
en  acceptant  dans  un  chef-d'œuvre  un  rôle  un  peu  sacrifié.  Le  jour 
où  l'amour-propre  cédera  devant  les  intérêts  de  la  grande  cause  de 
l'art,  nous  aurons  des  spectacles  pareils  à  ceux  que  la  haute  société 
anglaise  a  le  privilège  de  contempler  et  qui  doivent  quelque  peu  hu- 
milier l'orgueil  parisien.  Ceci  nous  ramène  donc  à  notre  thèse,  qui 
consiste  à  placer  le  répertoire  ancien  sons  la  protection  des  premiers 
sujets  qui  le  dédaignent  aujourd'hui,  qui  l'abandonnent  pour  se  con- 
sacrer exclusivement  aux  créations,  qui  accommodent  à  leur  guise  les 
rôles  qu'ils  se  sont  commandés,  qui  brisent  la  chaîne  des  grandes  tra- 
ditions que  leur  devoir  serait  de  conserver.  » 

Achille  Denis. 


Si  MM.  Emile  Chevé  et  Aimé  Paris  pouvaient  se  douter  du  tort 
qu'ils  se  font  et  du  ridicule  qu'ils  se  donnent,  par  leur  système  om- 
brageux, tracassier,  qui,  ne  souffrant  ni  observation  ni  critique,  et  ne 
visant  qu'à  l'intimidation,  procède  constamment  par  voie  de  menace, 
d'injure,  de  dénonciation  même,  ils  changeraient  de  tactique  à  l'ins- 
tant. Ce  que  nous  pouvons  leur  certifier,  c'est  qus  jamais  en  ce 
monde,  une  méthode  quelconque,  bonne  ou  mauvaise,  ne  s'est  éta- 
blie par  de  tels  moyens.  Us  se  tourmentent  comme  des  âmes  en  peine; 
ils  ont  beau  faire,  leur  méthode  n'en  est  pas  meilleure,  et  ils  en  de- 
viennent plus  insupportables.  Tantôt  l'un  d'eux  vous  écrit  pour  se 
plaindre  de  ce  qu'on  ne  le  nomme  pas  dans  une  brochure  où  l'on 
discute  son  œuvre  ;  tantôt  il  se  prévaut  de  ce  qu'on  l'a  nommé  pour 
vous  accabler  de  ses  répliques.  Tantôt  c'est  un  procès  qu'il  va  vous 
intenter,  tantôt  c'est  la  dissection  d'un  de  vos  livres  qu'il  va  entre- 


prendre avec  le  scalpel  de  son  beau-frère  le  médecin.  Une  fois  il  vous 
écrit  une  lettre  dans  laquelle  il  vous  demande  un  rendez-vous  pour 
vous  donner  des  éclaircissemenls  et  produire  des  pièces  justifi- 
catives. Sans  hésiter,  vous  accédez  à  sa  demande,  et  puis  il  vous  écrit 
derechef  pour  vous  déclarer  que,  ne  croyant  pas  devoir  se  présenter 
à  votre  domicile,  il  vous  attendra,  au  jour  et  à  l'heure  par  vous  dési- 
gnés, dans  le  jardin  du  Palais-Royal,  devant  le  café  de  la  Rotonde, 
afin  que  nul  tiers  importun,  ajoute-t-il,  ne  gêne  l'entretien  calme 
qu'il  a  sollicité.  Eu  vérité,  si  l'on  n'avait  les  preuves  en  main,  tout 
cela  serait  incroyable. 

Aujourd'hui  c'est  une  autre  affaire  :  il  s'agit  de  papier  timbré. 
M.  Aimé  Paris  était  venu  réclamer  de  nous  l'autorisation  de  répondre 
à  divers  articles  reproduits  dans  ce  journal,  et  nous  avions  dû  lui  ré- 
pondre que  nous  ne  lui  en  reconnaissons  pas  le  droit.  En  effet,  ces 
articles  ne  traitant  que  des  questions  d'art,  de  théorie,  de  méthodes 
et  non  de  personnes,  le  droit  n'existait  et  n'existe  aucunement.  D'ail- 
leurs, M.  Aimé  Paris  ne  nous  avait  pas  communiqué  sa  réponse,  la- 
quelle pouvait  être  inadmissible,  et  en  tout  cas,  d'après  son  écriture 
connue,  eût  été  certainement  illisible.  Au  contraire,  son  huissier  a  la 
main  assez  belle:  nous  avons  lu  son  manuscrit  couramment,  et  cela  nous 
décide  à  l'accueillir,  sous  toutes  réserves,  comme  dirait  M.  Aimé  Paris, 
l'avocat  retors  !  Gagner  un  procès  contre  lui,  ce  serait  encore  un  ennui, 
sans  parler  du  reste.  De  deux  maux  évitons  le  pire  :  nos  lecteurs 
voudront  bien  nous  pardonner:  une  fois  n'est  pas  coutume!  Que  nos 
adversaires  se  le  tiennent  pour  dit,  et  surtout  qu'ils  se  persuadent  qu'en 
les  aidant  à  se  faire  connaître  de  plus  en  plus,  il  s'en  faut  que  nous 
soyons  entièrement  désintéressés. 

A  M.  le  Directeur  de  la  Revue  et  Gazette  Musicale  de  Paius. 

Monsieur  le  Directeur, 

Nommés  l'un  et  l'autre,  ou  désignés  dans  la  critique  de  notre  œuvre  collective, 
nous  avons  vu  accueillir  par  un  refus  formel  la  demande  d'insertion  amiable  de 
notre  réponse  aux  articles  que  vous  avez  publiés  contre  nous  (1).  C'est  à  regret 
que  nous  recourons  a  un  acte  extra-judiciaire,  pour  éclairer  vos  lecteurs  ;  mais  ce 
devoir  est  devenu  d'autant  plus  impérieux  pour  nous,  que  depuis  votre  relus,  votre 
n°  du  6  mai  18G0  contient  un  article  signé  Wilhelm,  emprunté  à  la  Revue  contem- 
poraine du  30  avril  dernier,  et  précédé  de  quelques  lignes  non  signées,  dans 
lesquelles  nous  sommes  également  nommés. 

Même  en  admettant  qu'on  puisse  prouver  que  nous  sommes  dans  l'erreur,  quant 
à  la  didactique,  nous  avons  toujours  fait  ce  que  nous  croyons  courageux  et  loyal, 
en  mettant  notre  vrai  nom  en  toutes  lettres,  à  côté  des  noms  de  ceux  que  nous 
prenions  à  partie. 

Il  se  peut  que  nous  usions  des  droits  que  nous  nous  réservons  de  porter  plainte 
en  justice  contre  l'abus  de  l'anonyme  et  du  pseudonyme  :  nos  droits  restent  entiers 
à  cet  égard  (2). 

En  attendant,  nous  venons  remplacer  par  une  sommation  la  prière  dont  vous 
n'avez  pas  tenu  compte,  et  exiger,  au  nom  de  la  loi,  la  reproduction  dans  votre 
plus  prochain  numéro,  du  commencement  des  ligues  de  réponse  que  la  loi  nous 
accorde  (3). 

Nous  nous  plaisons  a  espérer  qu'en  cessant  de  refuser  d'admettre  la  suite  de  nos 
répliques  (li),  dont  nous  vous  enverrons  le  texte,  sans  recourir  d'abord  à  l'inter- 
vention de  l'huissier,  vous  ne  nous  forcerez  pas  à  grossir  le  chiffre  des  frais  dont 
la  restitution  fera  de  notre  part  l'objet  d'un  procès  civil,  si  vous  continuez  à  nous 
imposer  l'emploi  du  papier  timbré,  pour  repousser  les  agressions  du  journal  que 
vous  dirigez 

Notre  premier  à-compte  de  publicité  légalement  demandée  se  borne  donc,  pour 
aujourd'hui,  au  texte  du  résumé  imprimé  pages  70  et  71  de  la  Simple  réponse  (5) 
de  M.  Emile  Chevé,  texte  dont  le  manuscrit  est  à  la  suite  de  cette  lettre,  qu'il  doit 
suivre  dans  voire  plus  prochain  numéro. 

Nous  avons   l'honneur  d'être,   avec  une  considération  distinguée,  Monsieur  le 
Directeur, 

Vos  très-humbles  et  très-obéissants  serviteurs, 

Signé  :  Aimé  Pabis  ;    Emile  Cdevê. 
Paris,  le  6  juin  1850. 

(1)  «  On  ne  peut  refuser  ce  qu'on  ne  connaît  pas.  »  (Voltaire.) 

(2)  Nous  avons  déjà  traité  cette  question,  qui  ne  regarde  nullement  nos  adversaires. 
M.  "Aimé  Paris  devrait  se  rappeler  le  conseil  qu'il  a  reçu  au  parquet  de  M.  le  pro- 
cureur impérial,  lorsqu'il  s'y  est  rendu  bien  inutilement. 

(3)  ..  Ce  que  je  sais  le  mieux,  c'est  mon  commencement.  »  (Racine.) 

(4)  La  suite!.  ...  Ah!  mais  tout  beau  !  Nous  ne  sommes  nullement  disposés  à 
dire,  avec  l'auteur  d'Jlernani  : 

«  De  ta  suite,  j'en  suis  !  » 

(5)  Ce  résumé  ayant  déjà  été  imprimé  dans  la  Simple  réponse,  ces  messieurs 
supposent  donc  que  cette  Simple  réponse  a  trouvé  peu  de  lecteurs  {vel  duo,  vel 
nemo),  puisqu'ils  nous  obligent  a  en  donner  une  seconde  édition  qui,  dans  le  fait, 
sera  la  première. 


DE  PAI'.IS. 


221 


RÉSUMÉ. 

Que  le  lecteur  me  permette  de  résumer  la  question  telle  qu'elle  a  été  posée 
dans  la  brochure  de  mes  illustres  adversaires  et  dans  la  réponse  que  j'ai  l'honneur 
de  leur  faire. 

Les  idées  de  J.-J.  Rousseau  et  de  Galin  n'ayant  été  adoptées  par  aucun  homme 
spécial,  M.  Aimé  Pari?,  Mme  Chevé  (Emile)  et  moi,  nous  avons  eu  foi  en  ces  idées, 
et  nous  leur  avons,  depuis  plus  de  vingt  ans,  consacré  notre  vie  tout  entière. 

Multipliant  chaque  jour  et  partout  les  cours  et  les  expériences,  nous  avons,  de 
plus,  combattu  dans  nos  publications  ce  que  nous  croyons  être  l'erreur,  et  sou- 
tenu ce  que  nous  croyons  être  la  vérité. 

Les  progrès  très-grands  accomplis  récemment  dans  l'opinion  publique  ont  porté 
les  défenseurs  de  la  science  officielle  à  se  liguer  contre  notre  école,  qui,  depuis 
quelque  temps,  s'est  trouvée  en  butte  à  des  attaques  de  toute  nature  (1).    ■ 

Une  brochure  revêtue  de  vingt  et  un  noms  a  paru  en  février  dernier,  et  devait, 

au  dire  de   plusieurs,   anéantir  l'école  avec  ses   chefs Pour  atteindre  ce  but, 

parfaitement  avoué,  qu'ont  fait  nos  illustres  adversaires? 

1°  Au  lieu  de  prouver  que  leur  science  attaquée  par  nous  est  bien  l'expression 
des  faits,  qu'elle  est  vraie  et  qu'elle  conduit  à  une  pratique  rationnelle,  ils  affirment 
que  leur  science  est  parfaite. 

2°  Au  lieu  de  prouver  que  la  science  nouvelle  que  nous  proposons  n'est  pas  l'ex- 
pression des  faits  ,  qu'elle  est  fausse,  et  qu'elle  n'a  aucune  influence  utile  sur  la 
pratique,  ils  affirment  que  notre  science  est  fausse. 

3°  Nous  prouvons  par  des  exemples  comparatifs  que  l'écriture  et  la  langue  mu- 
sicales usuelles,  éminemment  vicieuses,  sont  un  empêchement  pour  le  plus  grand 
nombre  ;  et  que  l'écriture  et  la  langue  musicales  de  notre  Ecole,  éminemment  lo- 
giques, conduisent  le  plus  grand  nombre  à  un  succès  certain...  Ces  messieurs,  contre 
l'évidence  des  faits,  déclarent  que  leur  écriture  et  leur  langue  sont  parfaites,  et 
que  l'écriture  et  la  langue  de  Galin  sont  très-mauvaises. 

4°  Sur  le  témoignage  de  milliers  de  personnes  et  d'un  très-grand  nombre  de  pro- 
fesseurs de  l'ancienne  école,  nous  déclarons  bons  et  nous  proposons  des  exercices 
pratiques,  dont  la  puissance  est  immense,  comparée  à  celle  des  exercices  pratiques 
usités  dans  l'école  ancienne...  Nos  adversaires  affirment  que  leurs  exercices  sont 
excellents  et  que  les  nôtres  sont  puérils. 

5°  Dans  toutes  les  écoles  :  écoles  élémentaires,  écoles  secondaires,  écoles  supé- 
rieures, on  se  plaint  de  n'avoir  pas  de  lecteurs  pouvant  lire  un  chœur  à  première 
vue  ;  cet  état  d'ignorance  au  point  de  vue  de  la  lecture  musicale,  est  un  fait  de 
notoriété  publique...  Eh  bien!  ces  messieurs  affirment  que  partout  on  lit:  à 
l'Orphéon,  à  l'école  communale,  à  la  salle  d'asile... 

6°  Dans  l'espoir  de  nous  tuer  moralement  (2)  et  après  une  lutte  incessante  de 
plus  de  vingt  ans,  où  nous  avons  toujours  combattu  à  découvert,  contre  des  ad- 
versaires cachés,  —  ces  messieurs  réunissent  en  faisceau  toutes  les  paroles  que  nous 
ont  arrachées  la  colère  et  l'indignation,  et  nous  les  reprochent,  en  taisant  avec 
soin  toutes  les  causes  qui,  les  ayant  provoquées,  les  expliquent  et  les  justi- 
fient (3). 

7°  Tout  ce  que  nous  avons  écrit  à  l'adresse  de  l'écriture  musicale  des  gram- 
maires et  des  grammairiens,   on  ne  craint   pas  —  contre  toute  justice  et  toute 

vérité  —  de  nous  le  faire  adresser  à  Haëndel,  Bach,  Mozart,  Beethoven,  Rossini 

dont  nous  n'avons  jamais  parlé  qu'avec  l'admiration  qu'ils  méritent. 

8°  En  tronquant  les  textes  que  l'on  cite  de  moi,  on  me  lait  dire  toute  autre 
chose  que  ce  que  j'ai  écrit,  et  l'on  en  profite  pour  me  lancer  des  sarcasmes  les  plus 
amers  ,et  les  moins  mérités. 

9°  On  passe  sous  silence  des  expériences  faites  par  centaines,  et  l'on  ne  tient 
aucun  compte  du  jugement  des  hommes  spéciaux  qui  —  quoique  nos  ennemis  na- 
turels —  nous  ont  donné    approbation  pleine  et  entière,  après  examen  sérieux. 

10°  Au  lieu  de  réfuter  sérieusement  une  théorie  assez  forte  pour  vous  avoir  con- 
traints de  vous  réunir  tous  contre  moi,  vous  faites  une  brochure  qui  ne  contient  pas 
un  mot  de  science,  qui  n'est  qu'un  sarcasme  d'un  bout  à  l'autre,  et  qui  ne  peut 
malgré  son  affectation  d'urbanité,  dissimuler  la  malveillance  qui  y  règne  de  la 
première  à  la  dernière  ligne  (4). 

11°  Ce  qui  est  écrit  et  signé  par  d'autres,  on  le  met  à  mon  compte  et  on  me 
le  reproche. 

12°  Les  choses  les  plus  fausses,  on  les  affirme  ;  les  faits  les  plus  authentiques,  on 
les  nie. 

13°  Enfin,  dans  une  question  si  grave,  puisqu'il  s'agit  de  rendre  la  lecture  mu- 
sicale un  fait  aussi  général  que  l'est  cehiide  la  lecture  de  la  langue  mater- 
nelle, ces  messieurs  se  contentent  de  juger  sur  pièces,  en  refusant  absolument  de 
voir  à  l'œuvre  l'instrument  nouveau  qu'ils  condamnent  sans  le  connaître;  et 
j'ai  le  droit  de  dire,  sans  le  connaître,  puisqu'ils  ne  l'ont  point  vu  à  l'œuvre 

Ces  messieurs  ont  commis  un  anachronisme  :  aujourd'hui  la  parole  d'honneur 
n'est  plus  suffisante  dans  les  questions  scientifiques;  il  faut  des  faits  prouvés  et 
des  déductions  rigoureuses. 

Les  faits  ? Ils  sont  de  notre  côté.  Partout  on  lit  chez  nous  (5). 

Les  déductions? Que  le  lecteur  compare  les  deux  brochures  !  (6). 

Signé  :  Emile  Chevé. 
30  mars  1860. 

(1)  Nos  adversaires  voudraient  intervertir  les  rôles.  Ce  sont  eux  qui  ont  attaqué 
sans  relâche,  et,  à  la  fin,  on  s'est  défendu. 

(2)  On  ne  tue  moralement  ni  physiquement  ceux  qui  se  suicident, 

(3)  Nos  adversaires  ont  inventé  un  moyen  de  justification  parfaitement  commode. 
«  Nous  étions  en  colère,  disent-ils,  nous  étions  indignés  !  »  Mais  en  colère,  pour- 
quoi ?  Indignés  de  quoi?  De  ce  qu'on  ne  voulait  pas  adopter  votre  méthode  pour 
l'enseignement  public?  En  effet,  voilà  un  grand  crime  !  Mais  vous  a-t-on  jamais  em- 
pêché de  la  pratiquer?  Du  reste,  pas  plus  que  l'ivresse,  la  colère  et  l'indignation  ne 
sont  des  excuses. 

(Il)  MM.  Emile  Chevé  et  Aimé  Paris  se  plaignent  de  la  malveillance  peu  dissimulée 
de  la  brochure  : 

Quis  tuleril  Gracchos  de  sedilione  quer entes? 

(5)  Partout  on  lit  chez  nous  !  Cette  phrase  n'est  pas  claire.  M.  ÉmileChevé  en- 
tend-il que  partout,  dans  son  école,  on  étudie  la  lecture  musicale,  et  qu'on  y  réussit 
plus  ou  moins  bien,  plus  ou  moins  vite?  Alors  il  n'avance  rien  que  de  très-naturel, 
de  très-ordinaire,  et  toutes  les  écoles  peuvent  en  dire  autant.  Mais  s'il  soutient  que 


Enfin  nous  en  voilà  quittes  et  nos  lecteurs  aussi!  Quel  dommage  que 
nous  ne  puissions  les  venger!  MM.  EmileChevé  et  Aimé  Paris  ont 
aussi  un  journal,  le  sublime  du  ridicule,  espèce  de  pamphlet  hebdoma- 
daire, invariablement  divisé  en  deux  parts  :  glorification  de  la  méthode 
Gâlin-Paris-Chevé.  et  apothéose  de  ses  pontifes,  anathème  sur  toutes 
les  autres  méthodes  et  sur  tous  les  autres  professeurs.  Si  cet  homme- 
là  était  volable!  disait-on  à  propos  d'un  poëte  de  la  poche  duquel 
sortait  un  manuscrit.  Et  nous  disons,  nous  :  Si  la  Réforme  musicale 
était  lisible  !  Si  ce  journal  avait  quelque  valeur  ?  Malheureusement  il  n'est 
créé  à  d'autre  fin  que  d'être  expédié  yralis  à  ceux  qu'on  aime  peu, 
chaque  fois  qu'il  contient  quelque  chose  qu'on  présume  pouvoir  leur 
être  désagréable,  et  comme  on  y  met  beaucoup  de  zèle,  l'envoi  de- 
vient bientôt  presque  régulier.  Fasse  le  ciel  que  les  membres  du  comité 
de  patronage  s'avisent  de  le  parcourir  seulement  une  ou  deux  fois  : 
nous  n'en  demandons  pas  davantage.  Par  le  ton  et  le  style  des  écri- 
vains, ils  jugeront  la  portée  de  la  doctrine. 

Vous  qui  prétendez  avoir  recueilli  l'héritage  de  Jean-Jacques  Rous- 
seau, convenez  que  vous  suivez  bien  mal  son  exemple.  Quand  il  vint 
à  Paris,  n'apportant  pour  tout  bien  que  son  système  tle  notation  chif- 
frée, et  que  l'Académie  des  sciences  l'eut  repoussé,  il  se  résigna,  sans 
mot  dire.  Quand  Rameau  l'eut  convaincu  d'erreur,  il  reconnut  que 
Rameau  avait  raison.  Et  vous,  héritiers  de  Rousseau,  que  faites-vous 
depuis  tant  d'années?  Vous  continuez  ses  traditions  à  peu  près  comme 
des  sectaires  violents  et  fanatiques  continuent  celles  du  maître  divin. 

S.  D. 


NOUVELLES. 


„%  La  représentation  donnée  vendredi  à  l'Opéra  offrait  beaucoup 
d'attrait  h  la  curiosité.  Wicart,  premier  ténor  du  théâtre  de  la  Monnaie 
à  Bruxelles,  engagé  pour  quatre  représentations  prises  sur  son  congé  , 
se  montrait  de  nouveau  sur  notre  première  scène  lyrique  et  chantait  le 
rôle  d'Arnold  dans  Guillaume  Tell.  Chacun  désirait  constater  les  progrès 
remarquables  faits  par  cet  artiste  depuis  sa  première  apparition  à  l'Opéra, 
progrès  qu'une  brillante  répétition  préalable  s'était  déjà  chargée  de  di- 
vulguer. Disons  tout  d'abord  que  Wicart  s'est  encore  élevé  au-dessus  de 
ce  qu'on  avait  pu  dire,  et  que  son  succès  a  été  aussi  grand  que  mérité. 
Il  est  donc  fort  à  désirer  qu'à  l'expiration  de  son  engagement  son  talent 
soit  acquis  au  public  parisien.  La  voix  de  Wicart  est  étendue,  bien  tim- 
brée, mordante  surtout  dans  les  notes  élevées  ;  il  a  chanté  avec  beau- 
coup de  sentiment  et  dans  le  meilleur  style  le  duo  du  deuxième  acte 
avec  Mlle  Hamackers  ;  dans  le  trio  avec  Dumestre  et  Coulon,  il  s'est 
montré  tour  à  tour  énergique  et  passionné.  Mais  c'est  à  l'air  Asile 
héréiitaire  qu'on  l'attendait;  la  première  partie,  rendue  avec  une 
expression  exquise,  lui  a  valu  de  chaleureux  applaudissements,  suivis 
de  nombreux  rappels  après  la  strette  :  Amis,  secondez  ma  vaillance, 
qui  termine  ce  morceau,  et  dont  Wicart  a  vaillamment  franchi  recueil. 
—  Guillaume  Tell  sera  représenté  une  seconde  fois,  et  Wicart  chantera 
ensuite  deux  fois  le  rôle  de  Raoul  dans  les  Huguenots. 

a,*^  La  commission  nommée  pour  l'examen  de  remplacement  de 
l'Opéra  e-t  composée  de  MM.  Chaix-d'Est-\nge,  président;  Caristie,  ar- 
chitecte, ;  Cornudet,  Eugène  Scribe,  Varin,  L.  Véron,  Denière.  Le  rap- 
port a  été,  dit-on,  déposé  et  conclut  en  faveur  de  l'emplacement  du 
boulevard  des  Capucines. 

„,%  L'Etoile  du  Nord  avait  été  affichée  hier;  une  indisposition  a  fait 
changer  le  spectacle. 

t*#  Le  succès  des  Rosières  va  grandissant  à  chaque  représentation.  La 
partition  d'Hérold  est  interprétée  avec  un  ensemble  remarquable.  Mlle 
Girard  et  Mlle  Faivre  méritent  à  un  haut  degré  les  applaudissements 
qu'on  leur  prodigue;  Fromant,  Lesage  et  Ricquier-Delaunay  les  secondent 
bien;  Gabriel  a  donné  un  cachet  remarquable  de  naturel  au  rôle  du  sé- 
néchal, qu'il  joue  en  bon  comédien.  —  Les  Valets  de  Gascogne  accompa- 
gnent fort  bien  les  Rosières;  la  pièce  est  fort  amusante  et  la  partition  de 
M.  Dufresne  fait  grand  plaisir. 

chez  lui  tout  le  monde  arrive  à  lire  également  bien,  également  vite,  nous  nous  per- 
mettrons de  lui  faire  observer  qu'il  sort  du  domaine  de  la  science  et  de  l'expérience 
pour  entrer  dans  le  vaste  champ  des  docteurs  dont  l'élixir  guérit  de  tous  les  maux. 
(G)  C'est  demander  beaucoup  :  à  l'impossible  nul  n'est  tenu. 


222 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


„.%  Les  divers  théâtres  de  Paris  ont  célébré  par  des  cantates  l'an- 
nexion de  Nice  et  de  la  Savoie  à  la  France.  A  l'Opéra,  trois  belles  stro- 
phes de  Méry,  musique  de  J.  Cohen,  chantées  par  Dumestre,  Dufrène  et 
Mlle  Uey.  —  A  l'Opéra-Comique,  France  et  Savoie,  paroles  de  M***,  mu- 
sique de  M.  Matton.  —  Au  théâtre  Lyrique,  France  et  Savoie. —  Au  théâtre 
Déjazet,  France  et  Savoie,  paroles  de  M.  Ch.  Bridault,  et  musique  de  Fr. 
Barbier. 

**,  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout 
genre  pendant  le  mois  de  mais  dernier,  se  sont  élevées  à  la  somme  to- 
tale de  4,206,"523  fr.  40  c. 

,,*„  La  Patrie  annonçait  ces  jours  derniers  qu'on  se  prépare  à  cons- 
truire un  théâtre  sur  un  des  côtés  du  square  des  Arts  et  Métiers,  et 
qu'on  se  propose  d'y  appliquer  toutes  les  améliorations  réclamées  par 
le  public  qui  paie  à  la  perte  le  droit  d'assister  commodément  au  spec- 
tacle, d'y  être  en  toute  sécurité,  d'y  respirer  un  air  pur,  de  voir  à  son 
aise,  d'entendre  facilement  et  bien.  Ainsi,  pour  la  première  fois  depuis 
que  l'on  construit  à  Paris  de  ces  sortes  d'édifices,  celui-ci,  qui,  dit-on, 
portera  le  nom  de  théâtre  du  Prince-Impérial,  sera  construit  selon  toutes 
les  règles  du  bon  sens  et  dans  les  meilleures  conditions  d'hygiène,  de 
salubrilé,  d'aération,  de  perspective,  de  sonorité,  d'éclairage,  de  circu- 
lation large  et  facile.  Ce  serait,  si  nous  sommes  bien  informés,  une  com- 
pagnie anglaise  qui  construirait  ce  théâtre  sur  les  plans  de  deux  ingé- 
nieurs français,  approuvés  par  l'Empereur.  La  Presse  dit  de  son  côté  : 
«  On  assure  que  le  futur  théâtre  du  Cirque-Impérial,  qui  s'élève  en  ce 
moment  sur  le  quai  de  la  Mégisserie  et  la  place  du  Châtelet  et  qui  doit 
être  terminé  dans  l'espace  de  dix-huit  mois,  vient  d'être  loué  par  la 
ville  à  M.  llostein,  moyennant  un  loyer  annuel  de  210,000  fr.  M.  Hos- 
tein,  bien  que  son  privilège  de  directeur  n'ait  plus  que  sept  ans  à  cou- 
rir, aurait  consenti  cette  location  pour  vingt  ans  et  resterait  garant  du 
bail  pendant  toute  la  durée  de  cette  période,  fût-il  ou  non  maintenu 
dans  ses  fonctions  de  directeur.  En  déduction  de  ce  prix,  il  aurait  à 
percevoir  les  loyers  des  quatre  boutiques  et  appartements  qui  seront 
établis  aux  quatre  angles  du  théâtre.  Le  théâtre  voisin,  destiné  à  deve- 
nir théâtre  Lyrique,  n'a  pas  encore  de  locataire.  M.  Carvalho  se  pro- 
posait de' traiter,  lorsqu'il  a  cru  devoir  donner  sa  démission  de  di- 
recteur. » 

n%  Deux  artistes  italiens  en  grand  renom,  Mme  Sanchioli  et  M.  Baz- 
zini,  font  en  ce  moment  une  tournée  en  France  avec  un  succès  cons- 
tant. Ils  ont  donné  des  concerts  à  Mulhouse,  à  Montbéliard,  à  Besançon, 
et  vont  en  donner  un  au  théâtre  de  Strasbourg,  Nous  en  rendrons 
compte  d'après  notre  correspondant  de  cette  ville. 

„*,  On  annonce  l'arrivée  prochaine  à  Paris  du  célèbre  ténor  Nie- 
matin. 

$%  Mosè  in  Egitto,  de  Rossini,  vient  d'être  donné  à  l'Académie  de 
musique  de  New-York,  avec  Susini,  Ferri,  Brignoli  et  Mlle  Patti.  Les 
journaux  américains  annoncent  un  succès  immense. 

t%  Dans  un  concert  d'adieu  donné  il  y  a  quelques  jours  au  théâtre 
Carcano,  à  Milan,  Sivori  a  joué  une  fantaisie  nouvelle  intitulée  Chilena 
(la  Chilienne),  composée  sur  un  thème  national  de  cette  magnifique  ré- 
gion américaine.  Cette  composition  pleine  d'effet,  consiste  en  variations 
brillantes  d'un  genre  neuf,  surtout  celle  qui  précède  le  finale,  véritable 
tourbillon  de  notes  exécutées  avec  autant  de  rapidité  que  de  précision. 
Les  applaudissements  et  les  masses  de  fleurs,  auxquelles  se  mêlait  une 
couronne  de  lauriers,  ont  accueilli  l'adieu  du  prodigieux  virtuose. 

„,*»  Mardi  dernier  à  l'église  de  la  Trinité,  a  été  célébré  le  mariage  de 
Mlle  Pauline  Thys  avec  M.  Charles  Sébault,  docteur  médecin.  Ce  ma- 
riage, décidé  depuis  quelques  années  déjà,  était  le  vœu  de  Mme  Thys, 
qui  en  avait  fixé  elle-même  l'époque  au  12  juin,  date  religieusement 
respectée  par  les  deux  familles.  L'assemblée,  composée  des  parents  et 
amis  des  conjoints  et  d'artistes,  était  fort  nombreuse. 

„%  Un  journal  italien  annonce  le  prochain  mariage  de  l'ambassadeur 
prussien  à  Stuttgard,  comte  de  Schullemburg,  avec  Mlle  Pannetrat,  du 
théâtre  de  l'Opéra-Comique. 

„*„  Dans  la  Revue  de  l'année  théâtrale  que  donnent  les  journaux  de 
musique  de  Bruxelles  et  dans  l'appréciation  des  ouvrages  représentés, 
on  lit  ce  qui  suit  :  «  Un  vrai  succès,  très-grand  et  très-mérité,  c'est  le 
Pardon  de  Ploermel.  On  a  tout  dit  sur  cette  œuvre  ingénieuse  et  char- 
mante dont  notre  public  a  compris  et  apprécié  toutes  les  beautés  de 
détail,  quand  l'exécution  a  bien  voulu  respecter  le.  caractère  et  la  couleur 
de  l'œuvre.  Mlle  Boulart  aidant,  et  aussi  M.  Aujac,  et  même  M.  Cannait, 
nous  retrouverons  l'année  prochaine  le  Pardon  de  Ploermel  au  premier 
rang  du  répertoire.  » 

„*„,  Dans  le  concert  donné  la  semaine  dernière  par  Karl  Ruf,  on  a 
remarqué  avec  un  certain  étonnement  le  talent  déployé  par  Mlle  Angèle 
Cordier,  qui  prêtait  son  concours  au  bénéficiaire.  Sortie  du  Conserva- 
toire pour  entrer  à  l'Opéra-Comique,  cette  jeune  cantatrice  s'y  produit 
rarement,  en  sorte  que  ses  progrès  ont  été  peu  remarqués  ;  mais  la  façon 
dont  elle  a  chanté  au  concert  de  M.  Ruf  doit  appeler  l'attention  sur  elle. 
On  peut  dire  qu'elle  a  eu  les  honneurs  de  la  soirée  en  chantant  avec 
une  justesse  irréprochable,  un  organe  sonore  et  très-bien  timbré",  avec 
une  agiliié  merveilleuse  des  variations  brillantes  sur  un  air  de  la  Moli- 
nara  de  Paisiello.  Elle  a  enlevé  tous  les  suffrages  et  provoqué  les  applau- 


dissements les  plus  enthousiastes.  11  y  a  dans  Mlle  Cordier  l'étoffe  et  l'a- 
venir d'une  cantatrice  de  premier  rang. 

*%  Conformément  au  vœu  exprimé  par  la  dernière  assemblée  géné- 
rale de  la  Société  des  auteurs ,  compositeurs  et  éditeurs  de  musique  , 
une  assemblée  extraordinaire  spéciale  aura  lieu  aujourd'hui  dimanche 
17  juin,  à  deux  heures  après  midi  très-précises,  chez  M.  Soufleto,  facteur 
de  pianos,  rue  Montmartre,  161.  MM.  les  sociétaires  sont  instamment 
priés  d'assister  à  cette  réunion. 

***  Le  lundi  de  la  Pentecôte  a  eu  lieu  la  première  représentation  de 
la  Passion  à  Ober-Ammergau  ;  l'affluence  était  si  grande  que  plus  de 
deux  mille  personnes  n'ont  pu  être  placées.  Parmi  les  assistants  on  re- 
marquait le  nonce  du  pape,  prince  Chigi,  avec  tout  le  personnel  de  la 
nonciature. 

**„  Une  commission,  composée  de  sommités  littéraires  et  administra- 
tives, se  réunira  cette  année,  par  les  soins  du  ministre  d'Etat,  pour  exa- 
miner et  discuter  les  questions  qui  se  rattachent  au  principe  de  la 
propriété  littéraire. 

„*„,  La  musique  du  régiment  d'artillerie  monté  de  la  garde  impériale, 
sous  l'habile  direction  de  M  Klosé,  vient  de  commencer  ses  concerts  au 
parc  de  Versailles.  Le  programme  est  composé  avec  goût,  et  on  a  sou- 
vent l'occasion  d'applaudir  des  solistes  d'un  talent  réel,  tels  que  MM.  Le- 
rouge,  sous-chef,  premier  prix  du  Conservatoire  ;  François,  trombone  ; 
Schlottmann,  cornet  à  pistons;  Roger,  baryton;  Neuberth,  contralto,  et 
Mayeur,  saxophone,  lauréat  du  Conservatoire,  qui  s'est  fait  justement 
remarquer  dans  l'ouverture  de  Diana  Vernon,  de  Charles  Manry.  Il  y 
aura  concert  dimanche,  mardi  et  jeudi  de  trois  à  cinq  heures,  et  nous 
recommandons  aux  amateurs  de  bonne  musique  celui  de  mardi,  où  on 
exécutera  une  fantaisie  sur  Sémiramis,  l'ouverture  de  Diana  Vernon,  et 
une  fantaisie  sur  le  "ardon  de  Ploermel,  arrangée  d'une  manière  tout 
à  fait  remarquable  par  M.  Klosé. 

„.**  La  Revue  contemporaine,  dans  sa  partie  musicale,  s'exprimait  der- 
nièrement en  .  ces  termes  sur  un  ouvrage,  «  dont  l'auteur,  M.  H.  Pa- 
ii  nofka,  s'est  fait  un  nom  si  honorable  dans  le  professorat  et  a 
»  publié  une  excellente  méthode  intitulée  :  l'Art  de  chanter.  Mais 
»  pour  chanter  il  faut  de  la  voix;  pour  bien  chanter  il  faut  une  voix 
»  fraîche  et  pure  dont  le  timbre  ne  se  soit  pas  éraillé  dans  des  exercices 
»  barbares.  Voilà  pourquoi  M.  Panofka,  revenant  en  quelque  sorte  sur 
»  ses  pas,  a  composé  l'Abécédaire  vocal,  ce  qui  signifie  une  méthode  pré- 
»  paratoire  de  chant  pour  apprendre  à  émettre,  à  poser  sa  voix  et  à 

»  vocaliser 

»  Il  n'en  existait  pas,  M.  Panofka  le  dit  avec  raison,  avant  PAbècélairt  vocal, 
»  composé  par  lui  avec  la  finesse  d'intelligence,  la  sagacité,  le  soin  qu'il 
»  apporte  à  toute  chose,  et  d'abord  â  son  enseignement.  A  une  époque 
»  où  les  belles  voix  se  paient  si  cher  et  conduisent  si  haut  les  mortels 
»  qui  en  sont  doués,  n'est-ce  pas  à  la  fois  rendre  un  important  service 
«  et  faire  une  bonne  spéculation  que  d'enseigner  aies  ménager  dès  l'en- 
»  fance,  à  les  économiser  pendant  la  jeunesse,  par  conséquent  à  doubler, 
»  tripler,  quadrupler  même  son  capital?  C'est  à  M.  Panofka  que  l'idée 
»  en  appartient,  à  lui  que  la  reconnaissance  en  sera  duo.  » 

***  La  célèbre  virtuose  Miska  Hauser  donne  en  ce  moment  des  concerts 
à  Constantinople  ;  le  sultan  lui  a  conféré  l'ordre  du  Medschidjé. 

***  Le  deuxième  volume  de  l'autobiographie  de  Spohr  vient  de  paraî- 
tre ;  l'auteur  y  donne  des  détails  sur  son  séjour  â  Vienne,  sur  ses  rela- 
tions avec  Beethoven  (1805-1815). 

***  Le  neuvième  volume  des  œuvres  de  S.  Bach,  publié  par  la  Société 
S.  Bach  à  Leipzig,  vient  de  paraître  ;  il  contient  exclusivement  des  com- 
positions pour  musique  de  chambre. 

***  Tous  les  jours,  au  théâtre  Lyrique,  de  midi  à  une  heure,  jusqu'au 
30  juin,  audition  pour  les  personnes  qui  désirent  entrer  dans  les 
ch  Burs  (hommes  et  dames).  On  est  prié  de  se  présenter  avec  un  mor- 
ceau de  musique. 

„%,  Le  maestro  Alexandre  Paër,  fils  du  célèbre  compositeur  de  ce 
nom,  vient  de  mourir  à  Rome. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE 

ij*j  Londres. —  Les  deux  théâtres  italiens  donnent  fréquemment  des 
représentations  extraordinaires  le  lundi.  Lundi  dernier,  le  théâtre  de 
Sa  Majesté  jouait  Scmiramide.  Mardi,  Il  Baïbiete,  avec  Mme  Borghi-Mamo, 
qui  a  chanté  le  fameux  air  de  Santa  Lunia,  arrangé  par  Braga,  avec  un 
immense  succès.  Jeudi,  dans  Itigoletto,  Mlle  Brunet  a  continué  ses  débuts 
psr  le  rôle  de  Gilda;  la  Traviata  est  annoncée  pour  cette  jeune  canta- 
trice.— A  Covent-Garden,  /  Paritani,  avec  Mme  Peuco,  qui  a  succédé  à 
Mme  Grisi  dans  le  rôle  d'Elvire,  défrayaient  la  représentation  extraordi- 
naire de  lundi.  Mardi  Dinorah  a  été  donné  à  Covent-Garden.  Le  nouveau 
chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  assure  chaque  fois  qu'il  est  représenté  une 
brillante  recette  â  M.  Gye.  Au  désir  d'entendre  cette  admirable  partition, 
si  pleine  de  fines  et  délicates  mélodies,  et  qui  a  été  appréciée  par  le 
public  anglais  à  sa  véritable  valeur,  se  joint  l'attrait  d'y  voir  réunis  trois 
artistes  qui  l'interprètent  merveilleusement,  et  qui  tout  d'abord  ont  su 


DE  PARIS. 


223 


captiver  la  faveur  générale,  c'est  Mme  Carvalho,  c'est  Faure  et  Cardoni. 
Talent  de  comédien,  perfect'on  du  chant,  ensemble  irréprochable,  voilà 
ce  qui  assure  à  cet  opéra  la  supériorité  sur  tous  les  autres  ouvrages  dn 
répertoire  et  qui  explique  le  crescendo  de  son  succès.  —  Hier  a  dû  être 
donnée  au  théâtre  de  Sa  Majesté  la  Lucia,  chantée  par  Mlle  Titjens. — 
Jeudi,  on  a  joué  Fra  Diavolo.  —  On  annonce  pour  lundi  18,  au  même 
théâtre,  un  grand  concert  vocal  et  instrumental  donné  en  commun  par 
miss  Arabella  Goddard  et  Léopold  de  Meyer.  —  M.  Gye  a  rengagé  le  ba- 
ryton Graziani  pour  les  deux  saisons  de  1861-1862,  à  raison  de  10,000  fr. 
par  mois. 

„*„  Rruxelles.—  On  lit  dans  Y  Année  musicale,  ouvrage  que  M.  Scudo, 
critique  de  la  Reçue  des  dtux  Mondes,  vient  de  publier  à  Paris  :  «  En 
Belgique,  cette  mauvaiee  contrefaçon  de  la  France,  on  ne  chante  et  on 
ne  joue  que  les  opéras  et  les  pièces  de  théâtre  qui  viennent  de  Paris. 
Bruxelles  possède  un  Conservatoire  de  musique  dirigé  par  un  homme 
très-capable,  M.  Fé'tis,  et  qui,  tous  les  ans,  produit  un  grand  nombre 
d'habiles  instrumentistes  et  d'excellents  musiciens.  MM.  Vieuxtenips, 
Servais,  Limnander,  Guewaert  (sic),  Mmes  Gueymard,  à  l'Opéra,  et  Cabel, 
à  TOpéra-Comique,  sont  des  artistes  différents  dont  la  Belgique  peut 
s'honorer  sans  doute  ;  toutefois  l'art  moderne  d'un  pays  si  actif,  si  libre 
et  si  heureusement  gouverné,  manque  complètement  de  caractère  et  de 
distinction,  et  la  musique  belge,  si  tant  est  qu'il  y  en  ait  une,  est  aussi 
équivoque  que  la  langue  française  qu'on  parle  à  Bruxelles,  à  Gand  et  à 
Liège, qui  possède  aussi  un  Conservatoire  royal  qui  a  la  prétention  de  ne 
pas  être  une  succursale  de  celui  de  la  capitale.  Bruxelles  n'a  d'autre 
langue  littéraire  que  la  langue  qu'on  écrit  à  Paris  ;  on  y  reproduit  tout 
ce  qui  se  fait  à  Paris,  jusqu'au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens  !  Il  faut 
avoir  une  vocation  décidée  pour  la  contrefaçon.  »  Cette  citation  inspire 
au  Journal  de  Gand  la  réflexion  suivante  ;  «  En  présence  de  cette  litté- 
rature de  que-que  et  de  qui-qui,  on  ne  peut  s'empêcher  de  trouver  déli- 
catement tourné  le  compliment  que  M.  Scudo  nous  adresse  sur  notre 
ignorance  de  la  langue  française.  Est-ce  qu'il  ne  voudrait  pas  se  faire  le 
professeur  de  cette  langue  en  Belgique?  »  —  La  Compagnie  Merelli  a 
traité,  dit- on,  avec  le  propriétaire  de  la  salle  du  théâtre  National,  ce  qui 
lui  permettrait  d'avoir  une  saison  de  trois  mois,  de  février  à  avril. —  La 
troupe  des  Bouffes-Parisiens  a  commencé  ses  représentations,  qui  sont 
très-suivies:  le  Mariage  aux  lanternes;  le  Mari  à  la  porte;  la  Demoiselle 
en  loterie,  etc.,  etc.,  ont  obtenu  un  très-grand  succès.  Lundi,  Orphée 
aux  enfers. 

*%  Berlin. —  La  reprise  du  Templier  et  la  Juive  vient  d'obtenir  un 
grand  succès.  Cet  opéra,  le  plus  populaire  de  ceux  qu'a  écrits  Slarschner, 
avait  eu,  à  sa  première  apparition,  à  lutter  contre  les  œuvres  de  deux 
rivaux  redoutables,  Weber  et  Spohr;  il  ne  fut  pas  apprécié  alors  à  sa 
juste  valeur.  Cette  fois,  Marschner  a  eu  sa  revanche  ;  on  a  rendu  justice 
à  la  puissance  dramatique  qui  respire  dans  plusieurs  morceaux,  aux  mé- 
lodies gracieuses,  aux  richesses  instrumentales  qui  distinguent  cette 
partition.  Le  rôle  de  Rebecca  a  été  pour  Mme  Koester  l'occasion  d'un 
nouveau  triomphe. —  Une  nuit  à  Grenade,  opéra  de  Kreutzer,  a  été  très- 
bien  accueillie  à  la  salle  Kroll. —  Slradella,  opéra  de  Flotow,  est  en  pos- 
session constante  de  la  faveur  publique  ;  il  a  attiré  la  foule  sur  denx 
théâtres  à  la  fois,  celui  de  Kroll  et  celui  de  Frédéric-Guillaume  ;  on  fait 
bisser  à  chaque  représentation  le  duo  entre  les  deux  brigands  et  l'hymne 
à  la  Vierge.  C'est  un  succès  égal  à  celui  de  Martha. 

»%  Vienne,  —  Le  théâtre  italien  fera  sa  clôture  le  28  juin  prochain. 
Pour  la  prochaine  saison  allemande  on  annonce  la  première  représenta- 
tion du  Pardon  de  Ploërmel  ;  le  rôle  de  Dinorah  sera  chanté  par  Mme 
Frassini. 

*%.  Breslau.  —  La  Feuille  de  l'église  catholique  de  Breslau  annonce  la 
mise  au  concours  d'un  prix  qui  sera  décerné  â  l'auteur  de  la  meilleure 
messe  à  quatre  voix,  de  peu  d'étendue,  avec  texte  latin  et  accompagne- 
ment d'orgue;  le  terme  de  ce  concours  est  fixé  au  1"  septembre  1860. 
Les  manuscrits  devront  être  adressés  au  maître  de  chapelle  du  dôme, 
M.  Brosig,  à  Breslau.  —  L'opérette  bouffe,  le  Numéro  66,  par  Offenbach, 
a  été  joué  ici  avec  le  plus  grand  succès.  Le  texte  allemand  est  de  M.  Ries- 
ling. —  Mme  Lasslo-Doria  est  engagée  comme  prima  donna  au  théâtre 
de  la  Cour  â  Cobourg-Gotha  :  elle  nous  a  fait  ses  adieux  dans  la  Lucia 
de  Donizetti. 
t*t  Munich.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  donné  quatre  fois  avec  un 


succès  toujours  croissant  ;  Mlle  Schwarzbach  est  fort  applaudie  dans  le 
rôle  de  Dinorah.  —  La  Société  d'oratorios  a  clos  la  saison  par  la  Cantate 
de  Noël,  des.  Bach,  et  des  fragments  de  l'oratorio  Susanne,  de  Haendel. 
—  On  annonce  la  prochaine  réapparition  d'Iphigénie  en  Auli  le,  de  Gluck, 
que  nous  n'avons  pas  entendue  depuis  trente-quatre  ans.  Le  rôle  prin- 
cipal sera  interprété  par  Mlle  Stoeger. 

„**  Koenigsberg.  —  Pour  la  représentation  du  5  juin,  le  prince  ré- 
gent avait  choisi  le  Pardon  de  Ploërnul;  Son  Altesse  l'a  honoré  de  sa 
présence. 

t\  Trieste,  30  mai.  —  Robert  le  Diable  a  été  représenté  la  semaine 
dernier  au  grand  théâtre  Mauroner  pour  les  débuts  de  Mme  Amalia 
Jackson  qui  chantait  le  rôle  d'Isabelle.  Le  succès  de  la  jeune  cantatrice 
a  été  des  plus  brillants.  Elle  a  été  couverte  d'applaudissements  à  maintes 
reprises,  notamment  après  l'air  de  Grâce. 

„**  Boston.  —  Le  14  avril  a  été  donné  le  cinquième  et  dernier 
concert  philharmonique.  On  y  a  exécuté  la  quatrième  symphonie  de 
Beethoven.  —  Les  œuvres  nouvelles  que  les  concerts  philharmoniques 
nous  ont  fait  connaître  sont:  l'ouverture  de  Dinorah.  par  Meyerbeer ; 
celles  cVUriel  Acosta,  par  Schindelmeister,'et  les  Préludes,  de  Liszt.  Pour 
le  1"  mai  l'on  attend  la  troupe  d'opéra  qui  doit  donner  dix  représen- 
tations . 


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Par  F.-J.  FÉTIS 

Maître  de  chapelle  du  roi  des  Belges, 
Directeur  du  Conservatoire  royal  de  musique  de  Bruxelles. 


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LE  ROMAN  D'ELVIRE 

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Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette  2  50 

Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

Pigeon  vole,  valse-chansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.  2  50 

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Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

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ùUUlLïilU     Exposition   1849;   Médaille   de    V 
classe.  Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Ex 
positions,  des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  so 
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Éi'JEWlPJLÏirT  »ATV«KEREUX,  paroles  d'A.   Barbier. 
.FliEURS  19'flTABiïE,  paroles  de  G.  Chàtenet. 

Chantées  par  GÉRALDY. 


ALPHONSE    SAX      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Saxomniloniques.  Invention  à  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

M.  Alpbonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  cire 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'AbbcvihV,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


MAISON    H.     HERZ     piano™Ys,C)"e«Wa 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  môme  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jur}*.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  a 
l'audition  des  pianos  a  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séauce  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'ôtre  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  • 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


i"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAK 


I"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION   DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


I"  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 

-°-®<&o- 


Crnnde  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT  ■  GEORGES,    50 

Seule  grande  médaille  «'honneur   à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (1855).  —  Seule  grande   médaille» 

(Votmcil  itlettal)  à  l'Exposition  universelle  «le   Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

inventeur  des  familles  des 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 


SAX-TUBAS. 
SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TUOMBONES-SAX. 


SAXO-TROMBAS. 
SAXHORNS. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  -t  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  I85i>. 
Tous  les  instruments  à  pistons  avec   addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1850. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants  ;  inv.  brev.  eu  1 85». 


ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


PARIS.  —  IMPRIMERIE  CENTRALE   DE  NAPOLÉON  CHAIX   ET  C",  RUE  BERGÈRE,  30. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


No  26. 


24  Juin  1860. 


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les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
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Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


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GAZETTE  EIUS1C 


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jtvcc  le  prochain  numéro,  nos  abonnés  recevront 
la  VALSE  BOLÉRO  de  B»I.4:*ELLA.  composée  par  llv- 
simi.  et  exécutée  avec  le  plus  grand  succès  aux  con- 
certs des  Cnamps-Elysées. 


SOMMAIRE.  —  Mondonville  et  la  guerre  des  coins  (4°  article),  par  Arthur 
Pougin.  —  Théâtre  Lyrique  :  Maître  Palma,  opéra-comique  en  un  acte,  pa- 
roles de  MM.  Furpillc  et  Gillc,  musique  de  Mlle  Rivay,  par  Léon  llurocher. 

—  Chants  de  l'armée  française  (5e  et  dernier  article),  par  tàeorg-es  Kastner. 

—  Revue  des  théâtres,   par  D.   A.  D.  Saint- Yves.    —  Nouvelles  et  an- 
nonces. 


MONDONVILLE  ET  LÀ  GUEBRE  DES  COINS. 

(4e  article.)  (1) 
V. 
Parvenu  par  son  récent  triomphe  à  la  plus  haute  faveur,  Mondon- 
ville fit  représenter,  vers  la  fin  de  l'année  suivante,  sa  fameuse  pas- 
torale de  Daphnis  et  Alcimadure,  opéra-ballet  en  trois  actes  et  un 
prologue,  qui  devait  établir  définitivement  sa  réputation.  Cette  pièce 
obtint  un  1res- grand  succès,  dû  surtout  à  deux  causes  particulières  : 
la  première,  c'est  que  —  circonstance  sans  précédent  à  l'Opéra  — 
l'auteur  en  avait  fait  lui-même  les  paroles  et  la  musique  ;  la  seconde, 
c'est  que  le  librello  en  était  écrit  en  dialecte  languedocien,  patois 
très  -doux  et  presque  aussi  favorable  à  la  musique  que  la  langue 
italienne.  Né  dans  le  Midi,  élevé  au  milieu  d'une  population  qui 
n'employait  pour  ainsi  dire  pas  d'autre  langage,  Mondonville  était 
naturellement  très-familier  avec  ce  dialecte ,  qu'il  avait  parlé  pres- 
que exclusivement  pendant  toute  son  enfance  et  une  partie  de  sa 
jeunesse.  Celte  singularité,  nouvelle  à  Paris,  et  aussi  le  jeu  de-Jé- 
liotte,  de  Latour  et  de  Mlle  Fel,  qui  remplissaient  les  principaux  rôles 
de  l'ouvrage  et  qui,  étant  Méridionaux  ainsi  que  l'auteur,  parlaient 
parfaitement  le  patois,  ne  contribuèrent  pas  peu  à  sa  réussite.  Da- 
phnis et  Alcimadure  fut  représenté  à  Fontainebleau,  sur  le  théâtre 
de  la  cour,  le  29  octobre  et  le  k  novembre  1754.  Fort  bien  accueillie 
par  les  grands  seigneurs  et  les  courtisans  qui  formaient  le  public  ha- 
bituel de  ces   représentations  de  gala,  la  pièce  fut  donnée  ensuite  à 

(1)  Voir  le  n°  25. 


l'Opéra  le  29  décembre,  et  y  obtint,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  plus 
haut,  un  brillant  succès. 

Cependant,  le  double  mérite  de  Mondonville  comme  auteur  des 
paroles  et  de  la  musique  de  sa  pastorale,  était  beaucoup  moins  grand 
qu'on  ne  l'avait  cru  d'abord.  On  ne  tarda  pas  en  effet  à  recon- 
naître que  le  sujet  et  les  principaux  incidents  du  poëme  avaient  été 
empruntés  par  lui  à  une  pièce  très-populaire  dans  le  Midi  et  connue 
sous  le  litre  de  F  Opéra  de  Fronlicjnan  ;  quant  à  la  musique,  on  s'a- 
perçut bientôt  aussi  que  les  motifs  les  plus  importants  rappelaient 
certains  airs  villageois  du  Languedoc,  et  même  que  certaines  phrases 
démontraient  un  plagiat  évident  commis  au  préjudice  de  divers  in- 
termèdes italiens.  Le  mérite  principal  de  l'auteur  cousistait  donc  parti- 
culièrement dans  la  fidélité  scrupuleuse  de  sa  mémoire.  Pour  ce  qui 
est  de  la  valeur  intrinsèque  de  l'ouvrage,  on  fut  à  même  de  l'apprécier 
complètement  lorsqu'en  1768,  à  la  sollicitation  de  quelques  person- 
nes influentes,  il  le  remit  au  théâtre,  traduit  par  lui-même  en  fran- 
çais. Soit  que  Legros  et  Mme  Larrivée,  qui  avaient  repris  les  rôles 
créés  par  Jéliolle  et  Mlle  Fel,  y  apportassent  moins  de  talent  que 
leurs  devanciers,  soit  que  —  ainsi  qu'on  l'a  dit  —  la  naïveté  du  jar- 
gon méridional  devînt  fade  et  niaise  à  la  traduction,  toujours  est-il 
que  cette  reprise  fut  très-froidement  accueillie  et  que  la  pièce,  ainsi 
transformée,  n'obtint  qu'un  très-petit  nombre  de  représentations.  La 
grande  qualité  tic  celte  traduction  est  d'avoir  élé  faite  d'une  façon  si 
exacte  que  l'on  n'eut  besoin,  dans  la  partition ,  que  de  mettre  les 
vers  français  au-dessous  des  vers  languedociens  qui  y  correspon- 
daient, sans  faire  un  seul  changement  à  la  notation. 

A  la  mort  de  Royer,  qui  arriva  le  11  janvier  1755,  Mondonville 
obtint,  avec  Caperan,  la  direction  du  concert  spirituel  ;  tous  deux  s'as- 
socièrent avec  la  veuve  du  défunt,  et,  grâce  à  l'activité  de  Mondon- 
ville,' cette  administration  fut  une  des  plus  heureuses  de  l'établisse- 
ment. Pendant  sept  ans  et  demi  qu'il  fut  à  la  tête  du  concert,  puis- 
qu'il ne  l'abandonna  qu'au  mois  de  juillet  1762,  époque  à  laquelle 
expirait  son  bail,  il  y  fit  connaître  quatre  nouveaux  motets;  c'est 
aussi  pendant  le  temps  de  sa  direction  qu'il  y  fit  entendre  les  pre- 
miers oratorios  qui  furent  exécutés  à  Paris.  A  l'époque,  en  effet,  où 
il  composa  ses  trois  drames  religieux,  ce  genre  de  musique,  qui  avait 
pris  naissance  en  Italie,  n'avait  point  encore  franchi  les  Alpes.  Le 
premier,  intitulé  les  Israélites  au  mont  Oreb,  fut  représenté  dans 
la  quinzaine  de  Pâques  de  l'année  1758;  les  paroles  en  étaient  de 
l'abbé  de  Voisenon  ainsi  que  celles  du  second,  qui  avait  pour  titre  les 
Fureurs  de  Saûl,  et  qui  fut  donné  l'année  suivante,  à  la  même  épo- 
que ;  le  dernier,  qu'on  nommait  les  Titans,  et  dont  les  paroles 
étaient  en  partie  tirées  du  prologue  d'un  opéra  de  Fontcnelle,  fut  joué 


226 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALi 


pendant  la  semaine  de  la  Passion  de  1762.  Ces  trois  ouvrages  obtin- 
rent un  grand  succès.  Du  reste,  le  titre  seul  d'une  œuvre  de  Mon- 
donville  sur  l'affiche  du  concert  spirituel  exerçait  une  telle .  in- 
fluence, que  lorsque  Dauvergne  vint  à  lui  succéder  dans  la  direc- 
tion de  cette  entreprise,  il  dut,  pour  obtenir  le  droit  déjouer  la  mu- 
sique de  son  prédécesseur,  dont  il  avait  cru  d'abord  pouvoir  se  passer, 
subir  toutes  les  exigences  de  celui  ci.  Voici  la  preuve  de  ce  que 
nous  avançons  :  lorsque  Mondonville  quitta  l'administration  du  con- 
cert, il  emporta  toutes  ses  partitions;  Dauvergne,  ne  se  doutant  pas 
de  l'attrait  irrésistible  qu'elles  avaient  pour  le  public,  ou  du  moins 
espérant  compenser  cette  perle  très-préjudiciable  au  répertoire  par 
des  morceaux  inédits,  songea  à  offrir  à  ses  habitués  des  œuvres  nou" 
velles  ;  mais  malgré  l'impulsion  progressive  qu'il  avait  donnée  à  son 
administration,  malgré  les  efforts  qu'il  fit  pour  plaire  aux  spectateurs, 
ceux-ci  réclamèrent  avec  tant  d'instances  les  motets  et  les  oratorios 
de  Mondonville,  qu'il  lui  fallut  enfin  s'entendre  avec  ce  dernier;  or  il 
ne  consentit  à  laisser  exécuter  ses  œuvres  qu'aux  conditions  suivan- 
tes :  1°  qu'il  lui  serait  payé  27,000  livres  comptant;  2°  qu'il  dirige- 
rait lui-même  l'exécution  de  ses  morceaux;  3"  et  enfin,  qu'on  les 
laisserait  reposer  pendant  deux  années.  Quelque  onéreuses  que  lu' 
parussent  de  telles  conditions,  Dauvergne  dut  les  subir,  sous  peine 
de  voir  périr  son  administration  naissante. 

Le  9  mai  1758,  sous  ce  titre  :  les  Fêles  de  Paphos,  Mondonville 
avait  fait  représenter  à  l'Académie  royale  les  deux  actes  de  Vénus  et 
Adonis  et  Bacchus  et  Erigone,  qu'il  avait  composés,  ainsi  que  nous 
l'avons  vu,  à  l'instigation  de  Mme  de  Pompadour,  pour  le  théâtre  des 
petits  appartements  ;  il  y  en  ajouta  un  troisième  qui  portait  le  titre  de 
l'Amour  et  Psyché.  Selon  sa  coutume,  il  se  donna  pour  l'auteur  uni- 
que de  ce  dernier,  bien  que  i'abbé  de  Voisenon  en  eût  réellement  fait 
les  paroles.  En  17G2,  il  fit  jouer  à  Fontainebleau,  au  théâtre  delà 
cour,  ce  même  acte  de  V Amour  et  Psyché,  qui  fut  encore  repris  à 
l'Opéra  quelques  années  plus  tard. 

En  1765,  Mondonville  refit  la  musique  du  Thésée  de  Quinaull;  j] 
en  retrancha  le  prologue  et  conserva  les  récitatifs  de  l'ancienne  mu- 
sique de  Lulli.  Ce  fut  là  une  tentative  malheureuse.  La  pièce  parut 
d'abord  à  la  cour  où  elle  fut  très-froidement  accueillie,  et  vint  tomber 
à  plat  à  l'Académie  royale  le  13  janvier  1767.  Elle  n'y  fut  jouée  que 
trois  fois,  et  l'auteur  eut  l'humiliation  de  la  voir  remettre  à  la  scène 
avec  la  musique  primitive.  Voici  ce  que  dit  à  ce  sujet  un  journal  du 
temps:  «  M.  Mondonville  s'est  avisé  de  remettre  en  musique  l'opéra 
»  de  Thésée,  psalmodié,  il  y  a  cent  ans,  par  l'ennuyeux  Lulli. . .  Son 
»  opéra  est  précisément  aussi  plat  et  aussi  pauvre  que  celui  de  Lulli. 
»  C'est  une  psalmodie  tout  aussi  assoupissante,  et  il  n'y  a  pas  le  plus 
»  faible  motif  de  préférence  de  l'un  sur  l'autre.  » 

En  1768,  Mondonville  obtint  de  l'administration  de  l'Opéra  une 
pension  de  1,000  livres  ;  la  même  année  il  fit  représenter  à  ce  théâtre 
sa  traduction  française  de  Daphnis  et  Alcimadure,  et,  en  1771,  il  y 
donna  son  dernier  ouvrage,  les  Projets  de  l'Amour,  ballet  héroïque 
en  trois  actes.  11  s'occupa  ensuite  très-activement  de  traduire  le  Thémis- 
tocle  de  Métastase,  qu'il  voulait  mettre  en  musique,  cl  l'on  prétend 
que  l'ardeur  extraordinaire  qu'il  apporta  dans  ce  travail  contribua 
considérablement  à  altérer  sa  santé  et  à  abréger  ses  jours.  11  mourut 
en  effet  peu  de  temps  après  l'avoir  entrepris,  dans  la  maison  de  cam- 
pagne qu'il  possédait  à  Belleville,  le  8  octobre  1772. 


Arthur  POUGI.N. 


(La  suite  prochainement.) 


THEATRE  LYRIQUE. 

MAITRE  PAOI1, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  FunriLLE  et  Gille, 
musique  de  Mlle  Rivât. 

(Premiire  représentation  le  17  juin  1860.) 

Ce  n'est  pas  le  dimanche,  ordinairement,  qu'on  joue  les  pièces 
nouvelles,  et  il  est  encore  plus  rare  qu'on  en  fasse  dès  le  premier 
jour  un  lever  de  rideau.  Quelles  sont  les  causes  de  ce  procédé  in- 
solite ?  Nous  l'ignorons,  et,  n'étant  pas  curieux  naturellement,  nous 
n'avons  fait  aucun  effort  pour  «  pénétrer  ce  mystère,  »  qui,  nous 
aimons  à  le  croire,  n'a  rien  «  d'infernal.  »  Toujours  est-il  que  Maître 
Palma  ayant  commencé  à  une  heure  qui  s'accordait  mal  avec  les  ha- 
bitudes de  la  vie  parisienne  et  la  longueur  du  voyage,  nous  n'avons 
pu  entendre  ni  l'ouverture,  ni  l'exposition.  Nous  avons  compris  seule- 
ment que  M.  Contarini,  formidable  duelliste,  a  tué  ou  croit  avoir  tué 
en  combat  singulier  son  ami  Salviati  ;  qu'il  est  venu  se  cacher  à  Pa- 
doue  avec  sa  fille  Marta,  pour  se  dérober  aux  recherches  de  la  justice 
et  à  la  vengeance  des  Salviati;  que,  pour  dépister  les  limiers  de  la 
police  vénitienne,  il  s'est  fait  orfèvre;  qu'un  beau  jeune  homme  vient 
chaque  jour  coller  son  visage  aux  vitres  de  la  boutique  ;  que  Mlle 
Maria  s'est  empressée  de  voir  en  ce  beau  jeune  homme  un  amoureux, 
et  lui  a,  du  premier  coup,  «  rendu  amour  pour  amour  ;  »  que,  pen- 
dant l'absence  du  faux  artisan,  le  beau  jeune  homme  s'introduit  chez 
lui  et  demande  à  Marta  des  bijoux  ;  que  Marta  lui  répond  :  —  A  quoi  bon 
dissimuler?  Je  ne  suis  pas  aussi  sotte  que  vous  le  croyez.  Ce  ne  sont 
pas  des  bijoux  que  vous  voulez,  c'est  mon  cœur.  Eh  !  bien,  Monsieur, 
adressez-vous  à  mon  père,  et,  pour  être  sûr  de  le  trouver  chez  lui, 
venez  ce  soir  à  l'heure  du  souper. 

Voilà,  certes,  qui  est  original,  et  l'on  conviendra  que  les  jeunes 
filles  n'ont  pas  coutume  de  faire  ainsi  les  premiers  pas,  et  d'aller  au 
but  d'une  allure  si  franche  et  si  décidée.  —  Après  tout,  c'est  peut- 
être  l'usage  à  Padoue.  —  Ce  que  nous  avons  plus  de  peine  à  nous  ex- 
pliquer, c'est  que  le  beau  jeune  homme,  ainsi  invité  à  souper  par 
Marta,  revienne  un  moment  après,  donne  sa  bourse  à  l'apprenti  Gi- 
letti,  et  lui  commande  de  préparer  un  souper  dans  cette  même  bou- 
tique, pour  lui  et  pour  Marta.  11  se  délie  apparemment  de  la  cuisine 
de  l'orfèvre.  Là-dessus,  arrive  Contarini.  Le  beau  jeune  homme  le 
prend  ou  feint  de  le  prendre  pour  un  rival.  —  Allons,  mon  cher,  dé- 
guerpissez !  Vous  êtes  de  trop  ici.  J'en  suis  fâché  pour  vous,  mais 
c'est  moi  que  Marta  préfère,  et  je  vais  souper  avec  elle  tout  à  l'heure. 
—  On  devine  ce  qui  s'ensuit,  querelle,  insolences,  provocations. 
D'abord  Contarini  refuse  de  se  battre,  mais  le  beau  jeune  homme 
réussit  à  lui  faire  perdre  patience,  et  les  deux  héros  croisent  le  fer. 
Une.  deux!  bien  attaqué,  bien  paré,  bien  riposté.  Contarini  est  habile, 
mais  son  adversaire  ne  l'est  pas  moins,  et  Contarini  est  enfin  obligé 
d'en  venir  à  certaine  botte  secrète  avec  laquelle  il  a  tué  Salviati. 
C'est  où  l'aulre  l'attendait.  Il  pare  la  botte  secrète  absolument  comme 
si  elle  ne  l'était  pas,  et  s'adressant  à  la  cantonade  :  —  Entrez,  Mes- 
sieurs, notre  homme  est  trouvé.  —  La  porte  s'ouvre.  Sbires,  magis- 
trat en  robe  rouge.  On  entoure  Contarini,  qui  se  rend.  Le  beau  jeune 
homme  a  réussi.  Cet  amoureux  était  un  agent  de  police.  Il  parait 
que  la  fameuse  botte  secrète  était  le  secret  de  tout  le  monde,  et  que, 
de  plus,  elle  était  l'unique  trait  du  signalement  de  Contarini.  Le  ma- 
gistrat verbalise,  ou  en  fait  le  semblant.  —  Allons,  Monsieur,  signez 
ce  procès-verbal.  —  Contarini  signe.  —  A  vous,  Mademoiselle;  si- 
gnez aussi.  —  Pourquoi  cela?  dit  Contarini.  —  Parce  que  ce  procès- 
verbal  est  un  contrat  de  mariage  ;  que  monsieur,  que  vous  prenez 
pour  un  commissaire  de  police,  est  un  notaire,  et  que  je  suis,  moi, 
Lorenzo  Salviati,  fils  du  vieil  ami  que  vous  croyez  avoir  tué  et  qui  se 
porte  à  merveille.  J'ai  dressé  ce  guet-apens  pour  réconcilier  nos 
deux  familles. 


DE  PARIS. 


l27 


Embrassons-nous,  Monsieur,  que  tout  soit  dit  ! 
L'amitié  doit  unir  les  gens  d'esprit. 

Si  vous  avez  vu  jamais  une  pièce  aussi  ingénieusement  fabriquée, 
nous  Tirons  dire  à  Padoue. 

La  musique  est  écrite  avec  naturel  et  facilité ,  parfois  même  avec 
assez  de  grâce.  Il  y  a  un  fort  joli  air  que  chante  Marta,  air  à  deux 
mouvements,  précédé  d'un  petit  bout  de  récitatif.  Vandante  est  ten- 
dre et  un  peu  mélancolique.  L'allégro  est  une  valse  brillante  et  co- 
quette. Mlle  Moreau  chante  fort  bien  ce  morceau ,  qui  est  beaucoup 
plus  difficile  à  exécuter  que  l'air  de  l' Ombre  heureuse,  dans  Orphée. 
Il  y  a  deux  romances  assez  agréables , ,  dites  par  Conlarini  et  par 
Marta  au  commencement  de  la  pièce  ;  puis  le  père  et  la  fille  unissent 
leurs  voix  dans  un  petit  duo  qui  ne  manque  ni  de  mouvement 
ni  de  fraîcheur.  Le  rôle  de  Lorenzo  Salviati  n'est  pas  aussi  mélo- 
dieux, et  c'est  dommage,  car  M.  Potel,  qui  en  est  chargé,  a  une  voix 
charmante  et  sait  s'en  servir  ;  son  duo  avec  Contarini,  quand  il  le 
provoque  et  veut  le  forcer  à  se  battre,  —  duo  qui  devient  trio  par  l'in- 
tervention de  Marta,  —  est  bruyant  sans  être  énergique  :  il  n'y  a  là 
ni  l'accent  ni  la  couleur  qu'on  y  voudrait  voir  et  que  la  situation  exi- 
geait. Les  autres  morceaux  ne  méritent  guère,  à  notre  avis ,  qu'on 
les  cite.  Nous  avons  déjà  dit  pourquoi  nous  ne  pouvions  dire  rien  de 
l'ouverture.  La  musique  de  Mlle  Rivay  est  correcte  et  chantante;  son 
instrumentation  n'a  pas  un  grand  éclat,  mais  elle  est  douce  et  sans 
prétention.  Les  diverses  sonorités  de  l'orchestre  s'y  marient  dans  un 
harmonieux  ensemble,  el,  en  général,  elle  accompagne  fort  bien  les 
voix. 

Ce  petit  ouvrage  est  exécuté  fort  proprement  par  Mlle  Moreau  , 
M.  Potel,  M.  Lesage  et  M.  Lcgrand. 

Léon  DUROCIIER. 


CHAHTS  DE  L'ARMÉE  FRANÇAISE, 

Par  GEORGES  KASTNEIt. 
(ô=  et  dernier  article.)  (1) 

Un  exemple  de  poésie  guerrière  très-curieux  et  datant  aussi 
du  vnc  siècle,  nous  a  été  conservé  dans  une  Vie  de  saint  Fa- 
ron  ,  évêque  de  Meaux ,  attribuée  à  Hildegaire,  autre  évêque  de 
la  même  ville  sous  Charles  le  Chauve.  C'est  un  chant  de  iriomphe 
en  vers  monorimes  destiné  à  célébrer  la  victoire  remportée  en 
622  par  Clolaire  II  (Hold-IIard)  sur  les  Saxons.  On  y  exalte  la 
charité  de  saint  Faron,  qui  sauva  de  la  mort  les  députés  vaincus.  Il  ne 
reste  de  ce  chant  que  les  deux  passages  ci-après  : 

De  Chlothario  est  canere  rege  Francorum 

Qui  ivit  pugnare  in  gentem  Saxonum; 

Quam  graviter  provenisset  missis  Saxonum, 

Si  non  fuissot  inclytus  Faro  de  gente  Burgundionum  (2) 


Quando  veniunt  in  terram  Francorum, 
Instinctu  Dei  transeunt  per  urbem  Meldorum 
Ne  interficiantur  a  rege  Francorum  (3). 

(1)  Voir  le  n°  46  de  l'année  1859. 

(2)  On  présume  qu'il  y  a  une  lacune  entre  ce  vers  et  les  suivants  qni  semblent 
être  les  derniers  du  poème.  Hildegaire  le  donne  à  entendre,  puisqu'il  met  ici  :  «  Et 
infine  liujus  carminis.  » 

(3)  Les  deux  fragments  qu'on  vient  de  lire  ont  été  transcrits  de  différentes  ma- 
nières. Souvent  le  premier  contient  ces  légères  variantes  :  De  Clotario  canere  est 
rege  Francorum.  —  Qui  ivit  pugnare  contiu  Saxonum.  La  RavalUere,  Poésies 
du  roi  de  Navarre,  t.  I,  p.  193,  a  complété  le  quatrain  du  second  fragment  avec 
deux  interpolations  de  Hildegaire.  Son  texte  porte  : 

Quando  veniunt  in  terram  Francorum, 
Faro  ubi  erat  princeps,  missi  Saxonum. 
«  Quand  les  envovés  saxons  vinrent  dans  la  terre  des  Francs  où  Faron  était  prince.  » 


«  Chantons  Clotaire,  le  roi  des  Francs,  qui  alla  combattre  la  na- 
»  tion  saxonne.  Certes,  il  serait  bien  arrivé  malheur  aux  envoyés 
»  saxons,  sans  l'illustre  Faron,  de  race  bourguignonne. 

»  Quand  les  envoyés  saxons  vinrent  dans  la  terre  des  Francs,  par 
»  une  inspiration  de  Dieu,  ils  passèrent  par  la  ville  de  Meaux,  de 
»  peur  d'être  pris  par  le  roi  des  Francs.  » 

Sidoine  Apollinaire  qui,  dans  une  de  ses  lettres,  reproduit  les  frag- 
ments de  cette  chanson,  nous  apprend  qu'elle  fut  chantée  à  pleine 
voix,  magna  vociferatione,  dans  tout  le  royaume.  Le  biographe  de 
saint  Faron,  parlant  de  la  victoire  de  Clotaire,  atleste  la  même  chose. 
«  On  composa  sur  cette  victoire,  dit-il,  un  chant  populaire  qui,  à 
cause  de  sa  rusticité,  volait  de  bouche  en  bouche  (1).  » 

Cependant  le  latin  barbare  qu'on  vient  de  lire  n'a  ni  rhylhme  ni 
cadence.  Les  auteurs  de  Y  Histoire  littéraire  de  la  F  tance  n'y  voient 
avec  raison  qu'une  mauvaise  prose  mise  en  plus  mauvais  vers.  Plu- 
sieurs écrivains  soupçonnent  que  ce  n'est  point  là  le  texte  original, 
mais  une  simple  traduction  de  ce  texte.  Ils  pensent  que  celte  chan- 
son fut  composée  primitivement  en  langue  vulgaire,  la  seule  qui  fût 
parfaitement  intelligible  aux  militaires,  au  peuple  et  aux  femmes. 
Ils  sont  même  d'avis  que  les  petits  vers  mnémoniques  de  l'original 
théotistique  ont  été  imités  dans  la  traduction  latine.  Quelques  monosyl- 
labes reclifiés  suffisent,  suivant  eux,  pour  rétablir  le  rhythme  primi- 
tif (2).  En  tout  cas,  ce  chant  eût  été  peu  propre  à  seconder  les 
mouvements  de  la  danse,  et  peut-être  la  marche  du  soldat,  si  les 
paroles  et  la  mélodie  n'en  avaient  pas  été  suffisamment  rhylhmées. 
La  même  remarque  s'applique  à  toutes  les  poésies  de  celte  époque 
qui,  par  la  nature  de  leur  contenu,  devaient  plus  particulièrement 
s'adresser  au  peuple  et  à  l'armée. 

Dans  les  siècles  suivants,  les  pièces  latines  composées  par  des  clercs 
sur  des  sujets  héroïques  tendent  à  imiter  les  formes  savantes  de  la 
poésie  des  anciens.  Ce  sont  pour  la  plupart  des  œuvres  laborieuse- 
ment conçues,  et  qui  trahissent  les  prétentions  du  poète  au  style  bril- 
lant et  fleuri.  Il  est  douteux  que  celles  que  l'on  a  pu  recueillir  jus- 
qu'à ce  jour  aient  été  très-populaires,  surtout  parmi  les  soldats.  Ce- 

(1)  «  Ex  qua  Victoria  carmen  publicum  juxta  rusticitatem  por  omnium  pêne 
»  volitabat  ora  ita  canentium  :  fœminœquc  choros  inde  plaudendo  componebant.  » 
(Ap.  Dom  Bouquet,  t.  III,  p.  505.)  —  M.  J.  de  Rathaïl,  en  citant  ce  passage  dans 
son  opuscule  sur  l'Existence  d'une  épopée  franke,  en  a  donné  une  traduction 
qui  ne  répond  pas  tout  à  fait  au  sens  de  l'interprétation  à  laquelle  on  s'est  tenu 
jusqu'à  présont.  Il  traduit  ainsi  :  «  Ce  fut  à  l'occasion  de  cette  victoire  que  parut 
un  cliant  si  populaire  qu'il  volait  de  bouebe  en  bouche,  jusqu'au  fond  des  campa- 
gnes, où  tout  le  monde  le  chantait,  même  les  femmes  "qui  le  disaient  en  formant 
des  rondes  et  en  battant,  des  mains.  »  Enfin,  ailleurs  on  lit  :  «  La  grossièreté  même 
de  la  poésie  servit  à  la  faire  voler  de  bouche  en  bouche,  et  les  femmes  elles-mêmes 
accompagnaient  les  hommes  en  chœur.  »  On  voit  par  là  qu'il  y  a  plusieurs  ma- 
nières d'entendre  le  latin. 

(2)  Chlotar  est  cancre 
De  rege  Francorum, 
Qui  ivit  pugnare 

In  gentem  Saxonum. 

Quam  provenisset, 

Si  missis  Saxonum 

lncly'  non  fuisset 

Faro  de  Burgundium. 

(Barrois,  Éléments  de  linguistique.) 
Cette  manière  de  changer  la  physionomie  d'un  texte  connu  en  supprimant  ou 
en  y  ajoutant  des  mots,  est,  si  je  ne  #ie  trompe,  ce  que  les  savants  désignent  sous 
le  nom  de  restitution.  C'est  au  moyen  de  ce  procédé  ingénieux,  trop  ingénieux, 
peut-être,  que  l'ou  croit  être  parvenu  à  découvrir  dans  les  légendaires  et  dans  les 
anciennes  gestes  latines,  entre  autres  dans  le  Gcsta  Dagoberti,  des  vestiges  de 
chants  mérovingiens  semblables  à  ceux  que  l'on  possède  sur  la  victoire  de  Clo- 
taire H,  mais  beaucoup  plus  anciens.  Toutefois,  l'authenticité  de  ces  frustes  débris, 
arrachés  pour  ainsi  dire  de  force,  et  par  le  plus  laborieux  des  enfantements,  aux 
ouvrages  qui  semblent  les  receler,  n'est  pas  encore  prouvée  aux  yeux  du  plus  grand 
nombre.  Du  reste,  on  peut  consulter  à  ce  sujet  un  intéressant  travail  do  M.  Lc- 
normant,  publié  dans  la  Bibliothèque  de  l'École  des  chartes,  t.  Ie',  p.  321. 


228 


P.EVUE  ET  GAZE'ITE  MUSICALE 


pendant  j'en  indiquerai  plusieurs  qui  me  paraissent  avoir  eu  quelque 
chance  pour  l'être,  soit  à  cause  de  l'événement  qu'elles  célèbrent, 
soit  pour  tout  autre  motif.  Les  personnes  qui  désirent  en  connaître 
les  textes  pourront  recourir  au  précieux  recueil  de  poésies  latines 
publié  par  M.  Edélestand  du  Méril.  Elles  y  sont  transcrites  et  anno- 
tées avec  le  plus  grand  soin.  Une  des  plus  intéressantes,  au  point  de 
vue  du  sujet  qui  nous  occupe,  est  l'Ode  alphabétique  sur  la  bataille 
de  Fonlenay  ou  Fontanet,  livrée  le  25  juin  841,  entre  les  fils  de  Louis 
le  Débonnaire  (1).  Elle  a  pour  auteur  un  Franc,  nommé  Angelbert, 
qui  joua  un  rôle  actif  dans  l'action  sanglante  dont  on  lui  doit  le  ré- 
cit (2).  Nous  ne  la  possédons  pas  tout  entière,  car  les  strophes  com- 
mençant par  les  dernières  lettres  de  l'alphabet  nous  manquent,  mais 
nous  en  avons  la  mélodie  qu'on  voit  très-lisiblement  notée  en  signes, 
selon  l'usage  d'alors,  au-dessus  des  vers  de  la  première  strophe  dans 
le  manuscrit  n°  1154  de  la  Bibliothèque  impériale.  Cette  mélodie  se 
compose  de  trois  phrases  de  huit  mesures  chacune.  Quoique  fort  sim- 
ple et  présenlant  quelque  analogie  avec  nos  vieux  airs  de  noëls,  elle 
est  assez  bien  caractérisée  pour  le  temps,  et  dut  contribuer  h  rendre 
populaire  l'œuvre  du  poète.  Je  citerai  ensuite  un  hymne  funèbre  en 
l'honneur  d'Eric,  du;  de  Frioul,  qui  se  distingua,  dans  les  années  796 
ou  797,  par  plusieurs  expéditions  contre  les  Huns  ou  les  Avares,  sur 
lesquels  il  remporta  des  avantages  considérables.  Ce  poëme,  que  l'on 
attribue  généralement  à  saint  Paulin,  patriarche  d'Aquilée,  contempo- 
rain de  Charlemagne,  figure  aussi,  texte  et  musique,  comme  le  docu- 
ment qui  précède,  dans  le  manuscrit  de  la  Bibliothèque  impériale  in- 
diqué plus  haut.  Ce  manuscrit  contient,  en  outre,  parmi  des  chants 
populaires  très-curieux,  une  complainte  sur  la  mort  de  Charlemagne, 
composée,  à  ce  qu'on  présume,  peu  de  temps  après  l'événement  qui 
en  est  le  sujet,  vraisemblablement  en  814  ou  815;  puis  une  autre 
pièce  du  même  genre  sur  la  mort  de  l'abbé  Hug,  fils  naturel  de  Char- 
lemagne et  de  Régine,  que  Louis  le  Débonnaire  fit  tonsurer,  et  qui 
perdit  la  vie  dans  une  rencontre  à  main  armée  avec  le  jeune  roi  Pépin. 
Si  je  mentionne  encore  un  chant  sur  l'arrivée  de  Lothaire,  je  me 
trouve  avoir  épuisé  la  liste  des  chansons  historiques  en  langue  latine, 
qui,  de  toutes  celles  que  nous  a  léguées  le  ixc  siècle,  méritaient  le 
plus  de  fixer  ici  notre  attention. 

Si,  durant  la  période  carlovingienne,  les  chants  guerriers  en  langue 
latine  jouirent  encore  d'une  certaine  popularité,  à  plus  forte  raison 
les  chants  héroïques  en  langue  vulgaire  (3)  eurent-ils  le  privilège  de 
charmer  la  foule.  C'était  probablement  des  chants  de  ce  genre  qu'Al- 
béric,  moine  des  Trois-Fonlaines,  qui  écrivait  dans  le  xinc  siècle,  avait 
vus,  qu'il  cite  dans  sa  chronique,  sous  le  titre  de  Herokœ  canlilenœ, 
et  d'après  lesquels  il  fait  mention  des  victoires  remportées  par  Char- 

(1)  Elle  commence  ainsi: 

Aurora  cura  primo  mane  tetram  noctem  dividens, 
Sabbatum  non  illud  fuit,  sed  Saturni  dolium; 
De  fraterna  rupta  pace  gaudet  drcmon  impius. 
Bella  clamant  hinc  et  inde,  pugna  gravis  oritur; 
Fratcr  fratri  mortem  parât  ;  nepoti  avunculus  ; 
Filius  nec  patri  suo  exhibet,  quod  menait. 
Voyez  Edélestand  du  Méril,  Poésies   populaires,  p.    2^9-251.  —  Les  faits  qui 
amenèrent  cette   bataille  sont  racontés  par  Nilhard,  dans  le  second  livre  du  De 
dissenllonibus  ftliorum  Ludovici  Pli, 

(2)  Il  s'est  nommé  dans  la  strophe  suivante  : 

Hoc  autem  scelus  peractum,  quod  descripsi  rhythuiice, 
Angelbertus  ego  vidi,  pugnansque  cum  aliis, 
Solus  de  multis  rcmattsi  prima  fontis  acie. 
Angelbert  est  donc  un  des  plus  anciens  soldats-poètes  dont  le  nom  figure  dans 
nos  annales. 

(3)  Par  langue  vulgaire,  je  n'entends  pas  ici  seulement  la  langue  romane,  rus- 
tique ou  gallicane,  laquelle  commença  d'être  en  usage  sous  le  règne  de  Charle- 
magne, mais  je  comprends  aussi  sous  cette  dénomination  les  dialectes  tudesques, 
comme  l'idiome  franc,  lingua  francia,  dérivé,  suivant  M.  Ampère,  du  haut  alle- 
mand, et  qu'on  appelle  quelquefois  langue  théoliitique. 


les  le  Chauve,  en  866,  sur  Gérard  de  Vienne,  duc  des  Deux-Bourgo- 
gnes. On  ne  peut  douter  qu'il  n'y  en  ait  eu  un  nombre  très-considé- 
rable, et  cependant  on  n'en  a  cité  qu'un  seul  jusqu'à  présent  qui  se 
soit  conservé  jusqu'à  nous  dans  son  cadre  original  et  dans  sa  forme 
première.  Ce  qui  ajoute  à  l'intérêt  que  présente  ce  poëme  historique, 
c'est  qu'il  est  du  petit  nombre  des  documents  en  langue  franque  échap- 
pés aux  ravages  du  temps.  11  renferme  cent  dix-huit  versets  rimes  et 
divisés  par  strophes,  et  célèbre  la  victoire  que  Louis  II,  roi  de  Neus- 
trie,  fils  de  Louis  le  Bègue,  remporta  sur  les  Normands,  à  Saucourt, 
en  880  ou  881.  On  présume  qu'il  fut  composé  peu  de  temps  après 
cette  bataille,  et  environ  un  an  avant  la  mort  du  jeune  roi  Louis,  en 
faveur  duquel  il  exprime  un  souhait  de  longue  et  heureuse  vie  qui  ne 
fut  pas  exaucé.  Le  caractère  en  est  religieux  et  le  ton  solennel.  Peut- 
être  est-il,  comme  on  le  dit,  l'œuvre  d'un  moine  (1).  On  assure  qu'il 
fut  longtemps  populaire  sur  les  bords  du  Rhin,  en  Belgique  et  dans 
une  partie  du  nord  de  la  France.  Les  Allemands  le  placent  au  nombre 
de  leurs  chants  nationaux. 


REVUE  DES  THEATRES. 


Les  à-propos  et  les  cantates  du  14  juin.  —  Vabiétés  :  la  Fille  du 
diable,  vaudeville  fantastique  en  cinq  actes  et  huit  tableaux,  par 
MM.  Clairville,  Siraudin  et  Lambert  Thiboust.  —  Porte-Sai\t- 
Maktin  :  le  Gentilhomme  de  la  montagne,  drame  en  cinq  actes 
et  huit  tableaux,  par  M.  Alexandre  Dumas.  —  Ambigu  :  Reprise  du 
Juif  errant,  drame  en  cinq  actes  et  dix-sept  tableaux,  par  MM.  Di- 
naux  et  Dennery. 

La  solennité  du  14  juin  a  été  célébrée  de  diverses  manières  parles 
théâtres  parisiens,  toujours  à  l'affût  des  circonstances.  Sans  parler 
des  scènes  lyriques,  nous  citerons  le  Chant  des  Niçois,  de  M.  Léopold 
Amat,  exécuté  au  Vaudeville;  l'Aigle  aie  sommet  des  Alpes,  ode  pa- 
triotique de  M.  Méry,  à  la  Porte-Saint-Martin  ;  les  cantates  du  Palais- 
Royal,  du  théâtre  Déjazet,  et  mieux  encore  les  à-propos  improvisés 
par  la  Galté  et  le  Cirque-Impérial,  l'Enfant  de  la  Savoie,  de  MM.  Du- 
tertre  et  Vulpian  ;  Jusqu'aux  Alpes,  de  M.  Albert  Monnier.  Il  fut  un 
temps,  sous  la  Restauration  et  sous  le  premier  Empire,  où  le  zèle  des 
auteurs  était  stimulé  en  pareille  occasion  par  des  récompenses  offi- 
cielles ;  aujourd'hui  il  est  gratuit  et  n'en  est  que  plus  ardent,  et  par 
conséquent  plus  méritoire. 

—  Malgré  le  démenti  persistant  donné  à  la  saison  par  l'état  de 
l'atmosphère,  les  grandes  pièces  d'été  ont  commencé  leur  tournée 
annuelle  sur  la  ligne  des  boulevards.  Les  Variétés  ont  ouvert  la 
marche  par  la  Fille  du  diable,  vaudeville  fantastique  en  huit  tableaux, 
de  MM.  Clairville,  Siraudin  et  Lambert  Thiboust.  L'idée  baroque,  folle 
d&  cette  féerie  vaut  bien  la  peine  d'être  racontée,  quand  ce  ne  serait 
que  pour  montrer  jusqu'où  peut  aller  la  fantaisie  si  on  lui  lâche  un 
peu  la  bride.  Sachez  donc  qu'il  est  inscrit  au  livre  des  destins  que 
le  diable  n'aura  d'autre  progéniture  que  des  garçons  tant  que  sa 
femme  lui  sera  fidèle,  mais  que  Mme  Satan  aura  une  fille  si  elle  s'avise 
de  donner  un  coup  de  canif  dans  le  contrat.  Or,  c'est  précisément 
ce  qui  arrive  :  la  reine  des  enfers  s'est  laissée  séduire  par  les  grâces 
de  son  coiffeur  et  l'arrêt  fatal  s'est  accompli.  Satan,  furieux,  enlève 
l'enfant  à  sa  mère,  et  comme  il  est  stipulé  au  même  livre  des  destin?, 
que  si  la  jeune  fille  atteint  l'âge  de  dix-huit  ans  sans  avoir  fait  un  seul 
faux  pas,  elle  appartiendra  définitivement  à  la  terre,  il  veille  sur  elle 
avec  la  sollicitude  la  plus  vertueuse,  afin  d'en  être  à  jamais  débar- 
rassé. Mais  le  diable  s'est  fait  accompagner  là-haut  par  son  notaire 
Rocaillon,  qui  a  tout  juste  l'intérêt  contraire,  parce  qu'il  nourrit  l'es- 
poir de  devenir  le  gendre  et  le  successeur  de  son  maître.  Cette  lutte 
secrète  de  Satan  et  de  son  acolyte,  à  laquelle  Diavoline  apporte  l'ap- 

(I)  M.  Willems  n'est  pas  éloigné  de  l'attribuer  a  Hucbald,  qui  était  à  la  fois 
poète  et  musicien,  et  qui  florissait  à  Saint-Arnaud  vers  l'époque  marquée  par  l'é- 
vénement dont  il  s'agit. 


DE  PARIS. 


229 


point  de  ses  dispositions  naturelles,  donne  lieu  à  des  situations  très- 
variées,  très-amusantes  et  très-originales.  Il  va  sans  dire  qu'après 
bien  des  péripéties  scabreuses,  Diavoline  parvient  au  terme  fixé 
par  les  destins  sans  le  plus  petit  accroc  à  sa  vertu,  et  qu'elle  épouse 
un  jeune  bachelier  espagnol,  pendant  que  Satan  retourne  avec  Rocail- 
lon  dans  son  infernal  empire. 

Le  tableau  le  plus  applaudi  de  celle  pièce,  montée  avec  un  grand 
luxe  de  décors  et  de  costumes,  est  celui  des  débuts  de  Diavoline  à  l'O- 
péra. Mlle  Judith  Ferreyra  y  exécute  avec  Raymond  un  ballet  pastoral, 
intitulé  les  Amours  d'une  rose,  dont  l'effet  est  charmant.  Le  rôle  de 
Satan  est  joué  par  Christian,  qui  s'y  travestit  cinq  ou  six  fois  avec  une 
prestesse  et  une  habileté  qu'on  ne  peut  comprendre,  même  après 
avoir  vu.  Il  y  a  en  somme  dans  ce  vaudeville  fantastique  les  éléments 
d'un  succès  qui  traversera  victorieusement  les  fortes  chaleurs,  si  le 
ciel  se  décide  à  nous  en  envoyer. 

—  Dans  cette  prévision,  la  Porte-Saint-Marlin  vient  de  donner  un 
exemple  utile  à  suivre.  Une  partie  de  la  salle  a  été  transformée  en  un 
jardin  pittoresque,  qui  s'élève  à  la  place  du  parterre,  et  qui  est  en- 
touré de  chaises  et  de  fauteuils  en  fer,  avec  coussins  de  cuir.  Le  cor- 
ridor des  premières  est  devenu  une  serre  remplie  de  fleurs  et  d'arbus- 
tes ;  trois  loges  de  face  ont  été  supprimées  pour  former,  en  regard 
delà  scène,  une  corbeille  fleurie,  au-dessous  de  laquelle  se  dresse  un 
massif  de  rochers  couverts  de  plantes  marines.  Du  centre  de. ces  ro- 
chers s'élance  une  cascade  qui  retombe  dans  un  bassin  circulaire,  et 
pendant  les  enlr'actes  une  gerbe,  capricieusement  éclairée  par  les 
reflets  du  gaz,  s'épanouit  au  milieu  du  bassin,  dont  les  bords  sont 
garnis  également  de  fleurs,  de  plantes  et  de  verdure.  On  ne  saurait 
rien  imaginer  de  plus  élégant  et  de  plus  gracieux  que  l'aspect  de  ce 
jardin,  dont  les  merveilles  suffiraient  à  la  fortune  du  théâtre,  quand 
bien  même  le  spectacle  qu'il  offre  aux  yeux  ravis  des  spectateurs, 
n'aurait  pas  pour  complément  un  drame  nouveau  de  M.  Alexandre 
Dumas  père. 

Il  y  a  quelques  années  que  l'ami  et  le  biographe  de  Garibaldi,  au- 
près de  qui  il  est  en  ce  moment  à  Palerme,  a  publié  dans  le  Mousque- 
taire un  roman  de  cape  et  d'épée,  intitulé  El  Salleador.  C'est  de  ce 
livre  que  sont  tirés  les  principaux  incidents  du  Gentilhomme  de  la 
Montagne,  selon  la  coutume  adoptée  aujourd'hui  par  M.  Dumas  père, 
qui  ne  se  met  plus  guère  en  frais  d'imagination  pour  le  théâtre, 
comme  au  temps  à'Anlony  et  de  la  lotir  de  Nesle.  Mais  puisque  ce 
procédé  commode  lui  réussit  et  satisfait  son  ambition,  ce  n'est  pas  à 
nous  d'y  trouver  à  redire,  quels  que  soient  nos  regrets  d'assister  au 
suicide  volontaire  d'une  organisation  aussi  éminemment  dramatique.  Si 
encore  les  productions  actuelles  du  romancier  n'étaient  pas  traitées 
avec  le  même  dédain  des  qualités  puissantes  qui  firent  autrefois  sa  re- 
nommée! Le  Salleador  étant,  selon  toute  apparence,  fort  peu  connu 
de  nos  lecteurs,  nous  leur  révélerons,  aussi  succinctement  que  possi- 
ble, les  faits  et  gestes  de  ce  bandit  de  bonne  maison. 

A  la  suite  d'un  duel,  le  seùor  don  Fernand  de  Torillas  est  protégé 
contre  les  alguazils  par  des  brigands,  qui  lui  proposent  de  le  prendre 
pour  chef.  Le  premier  exploit  du  gentilhomme  de  la  montagne  s'a- 
dresse h  un  vieux  compagnon  de  Christophe  Colomb,  don  Velasquez 
de  Haro,  qui  revient  du  Mexique  avec  sa  fille  dona  Flor.  La  généro- 
sité de  Fernand  à  leur  égard  les  engage  à  obtenir  sa  grâce  du  roi  don 
Carlos  ;  mais  celui-ci  la  refuse  d'abord,  et  ne  l'accorde  que  sur  l'inter- 
cession d'une  petite  bohémienne,  qui  est  sa  sœur  de  la  main  gauche, 
et  qui  aime  le  bandit.  Le  roi  met  pour  condition  à  cette  faveur  que  la 
bohémienne  Ginesta  entrera  au  couvent.  Plus  tard,  don  Fernand  fait 
encore  des  siennes,  et  va  jusqu'à  lever  la  main  sur  son  propre  père. 
Cette  fois,  il  n'y  a  plus  de  rémission  possible,  et  Fernand  est  sur  le 
point  de  passer  un  fort  mauvais  quart  d'heure,  lorsqu'on  apprend 
qu'il  n'est  pas  le  fils  de  l'homme  qu'il  a  frappé,  et  que  son  véritable 
père  est  don  Velasquez  de  Haro,  qui  vient  d'être  revêtu  de  la  dignité 
de  grand  justicier.  Le  vieillard  s'en   démet  pour  ne  pas  [avoir  à  con- 


damner son  fils,  et  le  roi,  rendu  indulgent  par  la  décision  de  la  diète 
de  Francfort  qui  vient  de  le  nommer  empereur  d'Allemagne,  pardonne 
une  seconde  fois,  accorde  à  don  Fernand  la  main  de  sa  sœur  Ginesta, 
et  fait  don  Velasquez  vice-roi  du  Mexique. 

Ce  drame,  comme  on  en  peut  juger  par  cette  courte  analyse,  ne 
repose  sur  aucune  élude  sérieuse  de  sentiments  ou  de  passions  ;  c'est 
un  pêle-mêle  d'aventures  amusantes  et  parfois  attachantes  auxquelles 
il  ne  faut  pas  demander  davantage  ;  sa  portée  littéraire  nous  échappe, 
mais  le  public  nous  a  prouvé  qu'elle  n'était  pas  indispensable,  en 
donnant  raison  à  l'auteur. 

—  A  l'Ambigu,  encore  un  drame  tiré  d'un  livre,  et  d'un  livre  qui  a 
joui  en  son  temps  d'une  certaine  célébrité.  C'est  le  Juif-Errant, 
d'Eugène  Sue,  arrangé,  en  1849,  pour  la  scène  par  MM.  Dinaux  et 
Dennery.  Bien  différent  du  Salleador,  le  roman  d'E.  Sue  a  été  assez 
lu  pour  que  nous  n'ayons  pas  besoin  d'en  rappeler  les  innombrables 
combinaisons.  Elles  ne  forment  pas  moins  de  dix-sept  tableaux,  parmi 
lesquels  on  distingue  la  mer  de  glace,  la  tempête,  la  vallée  de  Josaphat 
et  la  magnifique  apothéose  de  la  fin.  La  bacchanale  du  onzième 
tableau,  dansée  par  Espinosa  et  par  Mme  Montplaisir,  serait  irrépro- 
chable si  on  pouvait  la  raccourcir  un  peu.  Nous  devons  une  mention 
au  directeur  Chilly  pour  le  rôle  de  Rodin  qu'il  a  créé  naguère,  et  au 
régisseur  Albert,  qui  a  reparu  dans  cette  pièce  après  une  assez 
longue  absence  de  la  scène  sur  laquelle  il  a  tant  brillé  jadis. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


»*,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  l'avènement  du  diapason  normal 
a  eu  lieu  mercredi  dernier.  Le  spectacle  se  composait  du  Comte  Ory  et 
de  la  Sylphide.  L'exécution  générale  s'est  bien  trouvée  d'un  chan- 
gement qui  ne  peut  offrir  que  des  avantages  aux  chanteurs,  sans  nuire 
à  l'éclat  de  l'orchestre.  Tout  a  donc  marché  pour  le  mieux,  sauf  quelques 
légères  dissidences,  qu'il  sera  toujours  temps  de  signaler;  mais,  nous 
l'espérons,  elles  s'empresseront  do  disparaître. 

**,.  Une  chute  de  M.  Wicart,  à  la  répétition. des  Huguenots,  ne  lui  a  pas 
permis  de  chanter  cette  semaine  le  rôle  de  Raoul.  Ce  sera  pour  demain. 
Mme  Ferraris  reprend  la  semaine  prochaine  son  rôle  dans  le  ballet  de 
Pierre  de  Médkis,  donné  deux  fois  cette  semaine.  Mercredi  dans  la  syl- 
phide, Mlle  Emma  Livry  a  été  comme  toujours  admirable  de  grâce,  de 
force  et  de  légèreté. 

„*,,  Par  arrêté  de  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat  en  date  du  18  juin, 
M.  Alfred  Beaumont  a  été  nommé  directeur  du  théâtre  impérial  de  l'O- 
péra-Comique,  en  remplacement  de  M.  Nestor  Roqueplan ,  démission- 
naire. De  longues  négociations  ont  précédé  cet  événement,  et  tant 
qu'elles  ont  duré,  nous  nous  sommes  imposé  un  silence  absolu.  A 
côté  de  l'action  ministérielle,  dont  rien  ne  doit  gêner  l'exercice,  il  y  a 
les  arrangements  pécuniaires,  que  des  indiscrétions  peuvent  contrarier. 
Trop  d'intérêts  divers  sont  attachés  à  l'existence  d'un  théâtre  pour  qu'il 
soit  permis  d'en  parter  tout  haut  et  â  toute  heure.  Si,  au  point  de  vue 
de  l'art,  les  directions  théâtrales  sont  justiciables  du  public,  il  n'en  sau- 
rait être  de  même  au  point  de  vue  des  affaires.  C'est  là  un  principe 
que  nos  confrères  de  la  presse  oublient  trop  souvent,  et  que  nous  avons 
le  droit  de  rappeler  parce  que  nous  ne  nous  en  sommes  jamais  départi, 
et  que  nous  le  considérons  comme  une  sauvegarde  indispensable. 

*%  M.  Nestor  Roqueplan  a  présenté  â  son  successeur,  M.  Alfred 
Beauinont,  tout  le  personnel  de  l'Opéra-Comique.  —  Le  1er  juillet,  Mon- 
taubry  et  MmeCabel  prennent  leur  congé.  Hier,  la  charmante  cantatrice 
a  chanté  délicieusement  le  beau  rôle  de  Catherine,  dans  V Étoile  du  Nord  ; 
la  salle,  envahie  par  la  foule  des  étrangers  qu'attire  à  Paris  l'exposition 
agricole,  était  comble.—  De  leur  côté,  Montaubry  et  Mlle  Monrose  don- 
nent avant  leur  départ  les  dernières  représentations  du  Roman  dîEloire, 
opéra  dans  lequel  ils  ont  créé  si  brillammment  les  deux  principaux 
rôles,  et  qui  désormais  sera  l'un  des  plus  attrayants  du  répertoire.— 
Remis  de  sa  longue  indisposition,  Couderc,  après  trois  mois  d'absence, 
rentrera  dans  les  premiers  jours  de  juillet. —  La  semaine  prochaine  aura 
lieu,  pour  les  débuts  de  Mlle  Marimon,  la  reprise  du  Petit  chaperon 
rouge. 

„**  Quelques  changements  ont  déjà  eu  lieu  dans  le  personnel  admi- 
nistratif du  théâtre  de  l'Opéra-Comique.  Gomme  au  théâtre  impérial  de 
l'Opéra,  les  musiciens  de  l'orchestre  sont  désormais  soumis  au  régime 
de  la  cravate  blanche. 


230 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


t\  On  annonce  pour  mardi  26  juin,  au  même  théâtre,  une  repré- 
sentation à  bénéfice  qui  excitera  un  vif  intérêt.  M.  Roger  y  jouera  le 
1,r  acte  de  la  Dame  blanche  et  chantera  le  duo  de  la  Heine  de  Chypre  avec 
M.  Bonnehée.  Le  2e  acte  d'il  Barbiere  sera  exécuté  par  M.  Crosti  et 
Mlle  Trebelli,  du  théâtre  Italien  de  Madrid.  Un  intermède  musical,  où 
l'on  entendra  Mme  Cabel,  M.  Bonnehée,  les  frères  Lionnet;  une  lecture 
par  M.  Samson  ;  la  Famille  Poisson,  par  les  artistes  de  la  Comédie- 
Française  ;  la  Famille  improvisée,  par  M.  Henri  Monnier,  ajoutent  aux 
séductions  de  ce  brillant  programme. 

z%  Mario  a  été  engagé  par  M.  Calzado  pour  toute  la  saison  pro- 
chaine. 

„%  La  clôture  du  théâtre  Lyrique  aura  lieu  le  30  juin.  Mme  Ugalde, 
dans  GilBlas;  Mme  Viardot,  dans  Orphée,  donn  ent  leurs  dernières  repré- 
sentations. Les  Rosières  ont  été  jouées  trois  fois  cette  semaine  avec 
grand  succès.  Le  spectacle  était  complété  par  les  Valets  de  Gascogne, 
qui  ont  de  plus  en  plus  conquis  la  faveur  du  public. 

***  Lundi  prochain  aura  lieu  la  clôture  du  théâtre  Déjazet.  Un  des 
bons  acteurs  de  ce  théâtre  qui  l'avait  quitté  pour  les  Variétés,  Tissier,  y 
rentrera  pour  la  réouverture. 

***  Le  directeur  du  théâtre  de  l'Oriente  à  Madrid  a  engagé  les  deux 
barytons  Giraldoni  et  Marra,  de  même  que  Mlle  Sarolta.  —  Les  repré- 
sentations de  Tamberlick  ont  été  interrompues  par  une  indisposition  de 
Mme  Kenneth. 

*%  Le  théâtre  de  l'Opéra,  à  Vienne,  ayant  fait  sa  clôture  le  22,  le 
directeur,  M.  Salvi,  est  allé  donner  des  représentations  à  Pesth  ;  il  a  em- 
mené M  mes  Lagrua,  de  Itoissi,  Tati,  et  MM.  Graziani,  Beneventano  et 
Varesi. 

**»  1,' Indépendance  annonçait  ces  jours  derniers  que  M.'  de  Sabouroff 
avait  engagé  Mme  Uistori  et  toute  sa  troupe  pour  les  trois  mois  de  no- 
vembre a  janvier,  à  raison  de  300,000  fr  ,  les  frais  d'enlretien  de  la 
troupe  restant  à  la  charge  de  Mme  Uistori. 

„**  La  saison  de  Bade  sera  riche  en  nouveautés  cette  année.  Après 
l'opéra  de  MM.  Gounod  et  Carré,  chanté  par  Roger  et  Mme  Carvalho  au 
commencement  d'août,  viendront  en  septembre  la  comédie  écrite  en 
collaboration  par  Mlle  Aug.  Brohan  et  M.  II.  de  Pêne,  une  nouvelle  pièce 
de  Méry  et  le  grand  festival  de  Berlioz.  —  Une  véritable  curiosité,  ce 
sera  l'opéra  de  Vivier,  composé  sur  les  paroles  de  Méry  et  Cormon,  et 
qui  clora  le  programme  de  M.  Benazet.  Il  nous  a  été  donné  d'entendre 
quelques  fragments  de  cette  œuvre,  et  nous  pouvons  dire  qu'elle  partici- 
pera grandement  de  l'originalité  bien  connue  du  célèbre  corniste. 

£%.  M.  Louis  Manotte,  directeur  do  l'Orphéon  dunkerquois ,  vient 
d'arranger  pour  solo  de  ténor  et  chœur  pour  voix  d'homme,  la  mélodie 
irlandaise  intercalée  dans  Marta,  de  Flotow,  et  populaire  depuis  long- 
temps, sous  le  titre  de  la  Dernière  rose  de  l'été.  L'arrangement  de  M.  L. 
Manotte  est  d'une  difficulté  moyenne,  qui  le  rend  accessible  à  la  plus 
grande  partie  des  sociétés  chorales.  L'introduction  et  le  finale,  parfaite- 
ment coupés,  font  de  la  mélodie  irlandaise  un  délicieux  morceau  qui 
peut  être  exécuté,  soit  comme  sérénade,  soit  comme  chœur  de  concert. 
Cette  publication  est  une  bonne  fortune  pour  les  sociétés  orphéoniques, 
aussi  nous  empressons-nous  de  la  signaler  à  leur  attention. 

***  Une  souscription  vient  d'être  ouverte  au  profit  de  Mme  Couvé- 
Hameau,  petite-nièce  du  compositeur  célèbre.  On  souscrit  au  Conserva- 
toire impérial  de  musique  et  de  déclamation.  S.  M.  l'Empereur  a  donné 
500  fr. 

**»  Le  célèbre  ténor  Niemann,  du  théâtre  de  Hanovre,  a  été  appelé  a 
chanter  devant  Sa  Majesté  l'Empereur  et  les  souverains  allemands  réunis 
à  Bade.  Son  succès  devant  l'auguste  assemblée  a  été  très-grand,  et  selon 
toute  apparence  l'engagement  qui  le  lie  au  théâtre  de  Hanovre  sera 
résilié  en  faveur  de  notre  première  scène  lyrique.  M.  Niemann  sera  à 
Paris  la  semaine  prochaine. 

***MlleBury,  cantatrice  allemande  distinguée,  qui  a  chanté  à  l'Opéra 
italien  de  Londres,  est  en  ce  moment  à  Paris. 

***  Plusieurs  journaux  avaient  annoncé  le  prochain  mariage  de 
Mlle  Pannelrat,  de  l'Opéra-Comique,  avec  un  grand  personnage.  Cette 
nouvelle  est  dénuée  de  fondement. 

»*„  La  Société  d'Euterpe,  à  Vienne,  a  admis  au  nombre  de  ses  membres 
le  duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha. 

***  Dans  un  concert  donné  récemment  à  Saint-Germain  au  bénéfice 
d'un  artiste  malheureux,  on  a  beaucoup  applaudi  M.  Henri  Ilerwyn , 
violoniste  de  l'école  de  Vieuxtcmps  et  do  Bériot.  M.  Ilerwyn  y  a  exé- 
cuté une  nouvelle  fantaisie  qu'il  a  composée  sur  Faust,  et  qui  a  produit 
une  vive  sensation.  Du  reste,  ce  n'est  pas  seulement  Paris  qui,  à  maintes 
reprises,  a  pu  apprécier  le  talent  hors  ligne  de  M  Ilerwyn.  Sydney,  Pesth, 
Constantinople,  retentissent  encore  des  applaudissements  qu'il  y  a  obtenus. 

„%  S.  M.  l'Empereur  a  daigné  autoriser  la  musique  du  régiment  des 
guides  a  accompagner  les  orphéonistes  français  â  Londres.  Le  départ 
des  trois  mille  chanteurs  a  lieu  aujourd'hui,  ainsi  que  nous  l'avons  an- 
noncé ;  les  formalités  de  passe-port  leur  ont  été  évitées  par  les  soins  du 
ministère  de  l'intérieur.  Ils  seront  logés  dans  deux  immenses  bâtimenls 
appropriés  à  toutes  les  exigences  de  l'hygiène  et  du  bien-être.  La  presse 
anglaise  est  unanime  dans  ses  cordiales  sympathies  pour  cette  puissante 


manifestation.  Il  se  forme  à  Londres  un  comité  de  patronage  du  festival 
composé  de  vingt-cinq  des  membres  les  plus  inûuents  de  la  chambre 
des  communes  et  de  quelques  notabilités  de  la  Cité. 

„*„  A  l'occasion  du  voyage  de  LL.  MM.  Impériales  en  Savoie  et  de 
leur  passage  à  Aix,  un  bal  splendide  aura  lieu  au  Casino  ;  il  sera  pré- 
cédé d'un  brillant  concert  qui  doit  réunir  plusieurs  artistes  distingués 
au  nombre  desquels  on  peut  citer  Mlle  Marie  Sax,  MM.  Cazaux  et  Dulau- 
rens  ;  ils  interpréteront  une  cantate  de  circonstance  dont  la  musique  a 
été  composée  par  M.  Sain  d'Arod.  On  doit  y  entendre  aussi  M.  Gozora, 
le  spirituel  diseur  de  chansonnettes,  qui  a  obtenu  un  si  grand  succès 
l'hiver  dernier  dans  les  principaux  salons  de  Lyon,  et,  pour  la  partie 
instrumentale,  deux  virtuoses  qui  y  résident  habituellement,  le  pianiste 
Ferd.  de  Croze,  et  M.  Arnstein,  l'éminent  violoniste  hongrois. 

.***  Un  peintre  allemand,  M.  Amberger,  a  découvert  à  Bàle,  dans  un 
coin  de  la  boutique  d'un  marchand  de  bric-à-brac  ,  un  portrait,  resté 
inconnu  jusqu'ici,  de  Schiller.  La  parfaite  ressemblance  en  ayant  été 
constatée  par  la  fille  du  grand  poète,  Mme  la  baronne  de  Gleichen,  le 
grand-duc  de  Saxe-Weimar  en  a  fait  l'acquisition,  et  l'a  euvoyé  au 
Schiller- Haus  de  Weimar. 

„.*„,  Le  21  de  ce  mois  aura  lieu,  au  salon  de  conversation  à  Bade, 
une  grande  soirée  musicale.  Mme  Sanchioli  et  M.  Bazzini  ont  été  enga- 
gés par  M.  Benazet  pour  cette  solennité. 

„.**  Parmi  les  dernières  publications  de  musique  sérieuse,  il  en  est  une 
qui  a  particulièrement  fixé  l'attention  des  amateurs  :  c'est  l'œuvre  4  de 
M.  Edouard  Batiste,  organiste  du  grand  orgue  de  Saint-Eustache  et  pro- 
fesseur au  Conservatoire  impérial  de  musique.  Cette  œuvre  renferme 
deux  communions  pour  l'orgue  qui  se  distinguent  par  l'enchaînement 
logique  des  idées,  le  charme  des  mélodies  et  la  correction  d'une  harmo- 
nie toujours  élégante.  Quant  à  l'entente  des  combinaisons  do  mélanges 
et  des  accouplements  de  claviers,  on  peut  s'en  rapporter  à  l'auteur;  qui 
possède  l'orgue  le  plus  complet  de  Paris  et  qui  sait  en  faire  apprécier 
toutes  les  richesses.  Aussi,  nous  pensons  qu'il  avait  en  vue  son  gigan- 
tesque instrument,  quand  il  a  ésrit  en  tète  de  chaque  morceau  des  notes 
où  il  explique  quels  sont  les  registres  qui  conviennent  à  chaque  clavier. 
Cependant  nous  pouvons  dire  avec  certitude  à  ceux  de  MM.  les  orga- 
nistes qui  n'ont  â  leur  disposition  qu'un  petit  orgue,  que  deux  claviers  à 
la  main  et  un  pédalier  suffiront  ù  l'exécution  des  deux  nouvelles  com- 
positions de  M.  Edouard  Batiste. —  F.  Benoist. 

**„  Nous  recevons  de  M.  G.  Oppelt  la  lettre  suivante  : 
«  Monsieur  le  directeur, 

«  Permettez-moi  de  réclamer  de  votre  bienveillance,  l'insertion  dans 
votre  estimable  journal  de  la  déclaration  suivante  faite  par  M.  de  Fiô*- 
tow,  dans  le  but  de  prévenir  le  désagrément  de  voir  plusieurs  auteurs 
se  charger  de  la  composition  des  paroles  françaises  de  son  nouvel 
opéra. 

«  Je  déclare,  par  cet  écrit,  reconnaître  et  donner  mon  approbation 
»  exclusive  au  libretto  français  écrit  spécialement  pour  mon  opéra  : 
»  le  Meunier  de  Méran  (der  Millier  von  Méran),  par  Gustave  Oppelt.  Je 
»  le  prie  d'en  informer  en  mon  nom  l'Association  des  auteurs  et  com- 
»  positeurs  dramatiques  de  Taris,  ainsi  que  MM.  les  directeurs  de 
»  théâtre  et  éditeurs  de  musique,  que  cette  disposition  peut  éventuelle- 
»  ment  intéresser. 

i.  Schwerin,  le  12  juin  1800. 

»  Signé  :  Frédéric  de  Flotow, 

»  Intendant  du  théâtre  de  la  Cour  et  chambellan  de  S.  A.  H.  le 

»  grand-duc  de  Mccldenbourg - Scli  werin .  » 

»  Veuillez  agréer,  etc. 

»  Gustave  OnrEi/r. 
»  Ce  W  juin  1860.  » 

„,%  Malgré  l'inclémence  de  la  saison,  la  foule,  aussitôt  que  la  pluie 
veut  bien  faire  relâche  pour  une  soirée,  se  porte  aux  concerts  Musard. 
On  peut  voir  à  l'entrée  de  ce  bel  établissement  des  groupes  composés 
de  l'élite  de  la  société  parisienne  formés  en  cercle,  causant  et  recevant 
des  visites  comme  dans  leurs  aristocratiques  salons.  Cette  fleur  de  r,obles;e 
qui  se  donne  rendez-vous  dans  un  jardin  où  la  meilleure  musique 
charme  les  oreilles  sans  fatiguer,  le  ton  de  bonne  compagnie  qui  y  règne 
font  aujourd'hui  des  concerts  des  Champs-Elysées  un  endroit  à  part 
destiné  à  être  de  plus  en  plus  fréquenté.  L'orchestre  de  Musard  s'y 
montre  d'ailleurs  d'une  supériorité  remarquable,  et  la  variété  de  ses 
programmes  a  droit  de  satisfaire  les  plus  exigeants.  On  parle  de  dispo- 
ser dans  le  jardin  un  immense  vélum  destiné  â  mettre  le  public  à  l'abri 
en  cas  de  pluie  subite.  On  ne  peut  que  féliciter  M.  de  Besselièvre  de 
cette. nouvelle  amélioration. 

„.*.,.  Mme  Félix,  née  Melotte,  femme  de  l'excellent  acteur  du  Vaude- 
ville, vient  de  mourir  à  la  suite  d'une  longue  et  douloureuse  maladie. 

.j,*x  La  fièvre  jaune  sévit  â  Rio-Janeiro  avec  la  dernière  violence.  Le 
théâtre  est  fermé  depuis  quinze  jours,  et  l'épidémie  vient  d'enlever  Eche- 
verria,  chanteur  de  talent.  La  Tosi,  sa  femme,  est  en  convalescence.  Au 
nombre  des  morts  se  trouve  également  la  Isachele  Luchini. 

.^L'espace  nous  manque  pour  régler  définitivement  nos  comptes  avec 
MM.  Aimé  Paris  et  Emile  Chevé;  mais  que  ces  messieurs  prennent  pa- 
tience :  ce  qui  est  différé  n'est  pas  perdu. 


DE  PARIS. 


231 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 

**„  Bruxelles.—  La  troupe  d'Offenbach  continue  le  cours  de  ses  joyeuses 
représentations  qui  attirent  la  foule  au  théâtre  des  Galeries-Saint-Hubert. 
La  Chatte  métamorphosée  en  femme,  le  Sou  de  Lise,  le  petit  Cousin,  la  Rose  de 
Saint-Flourb.  la  musique  vive  et  alerte,  laVeuveGrapin,  petit  chef-d'jeuvrc 
de  Flotow,  ont  défrayé  la  semaine.  Le  \a\ir  £C Orphée  aux  enfers  va  bientôt 
venir.  Offenbach  est  allé  à  Berlin. pour  assister  aux  répétitions  de  cette 
opérette  qu'on  y  monte  en  ce  moment.  —  La  réouverture  du  théâtre 
de  la  Monnaie  est  fixée  au  1er  septembre  prochain.  Voici  les  noms  des 
artistes  rengagés  par  M.  Quélus.  Pour  le  grand  opéra:  MM.  Wicard, 
Carman,  Depoitier,  Marchot,  Ilenault  et  Borsary  ;  Mlle  Elmire  (en  rem- 
placement de  Mlle  Saunier), ;vimes  Vandenhaute,  Dupuy. —  Pour  l'opéra- 
comique  :  MM.  Jourdan  (en  remplacement  de  M.  Audran),  Aujac,  Mengal, 
Ferré  ;  Mmes  Boulart,  Côbe,  Muller,  Meuriot. 

,%  Hanovre.  —  Mme  Noltès,  qui  depuis  quatorze  ans  appartenait  au 
théâtre  de  la  Cour,  a  fait  ses  adieux  au  public  dans  le  rôle  de  Valen- 
tine  (Huguenots).  Le  soir,  le  corps  de  musique  des  gardes  du  corps  a 
donné  une  sérénade  à  l'éminente  cantatrice,  qui  est  vivement  regrettée. 

***  Francfort.  —  M.  Niemann,  ex-ténor  du  roi  de  Hanovre,  se  trouve 
parmi  nous  depuis  le  7  ;  il  a  chanté  avec  un  brillant  succès  dans  le 
Prophète,  Joseph,  le  Trovalore  et  la  Juive. 

„%  Berlin.  —  Marlha  a  été  représenté  cette  semaine  au  théâtre 
royal  de  l'Opéra;  il  y  avait  foule. 

1*2  Vienne.  —  Le  5  juin  a  eu  lieu  la  représentation  au  bénéfice  de 
Mlle  Lagrua,  composée  de  deux  actes  de  A'omo,  d'un  fragment  du  Tro- 
valore et  de  deux  airs  bouffes.  Dans  Norma,  Mlle  Lagrua  a  obtenu  un 
succès  qui  fera  époque  dans  nos  annnles  dramatiques  ;  il  faut  remonter 
jusqu'aux  plus  beaux  jours  de  Jenny  Lind  pour  trouver  un  point  de  com- 
paraison. Laquelle  des  deux  a  le  mieux  chanté  l'air  Casta  diva?  Les 
avis  sont  partagés,  et  ce  fait  seul  suffit  pour  constater  l'immense 
effet  que  Mlle  Lagrua  vient  de  produire.  Après  la  représentation, 
il  y  a  eu  applaudissements  sans  fin ,  acclamations,  pluie  de  bouquets  et 
de  fleurs,  au  milieu  desquelles  voltigeaient  des  sannets  signés  :  Studenti 
italiani  délia  quarta  galleria.  —  Le  théâtre  de  la  Cour  a  donné,  du 
.17  juillet  1859  au  31  mai  18G0,  217  représentations  d'opéras,  sur  les- 
quelles Meyerbeer  en  compte,  à  lui  seul,  35;  Mozart,  23;  Wagner,  23; 
Donizetti  et  Weber,  chacun  20  ;  Lortzing,  16;  Auber  et  Verdi,  1 1;  Halévy, 
10  ;  de  Flotow,  1;  Beethoven,  7;  Rossirii,  6,  et  Gluck,  2.  Le  Hof-Burgtheater, 
où  l'on  joue  le  drame,  la  comédie  et  la  tragédie,  reçoit  sur  la  cassette 
•npériale  une  subvention  annuelle  de  84,000  florins;  le  théâtre  de  l'opéra 
de  la  Cour,  240,000  florins.  « 

,*„,  Saint-Pélersbourg.  —  Il  y  a  eu  le  19  mai  à  la  chapelle  des  chantres 
de  la  cour,  en  présence  de  nombreux  amateurs,  un  examen  remarquable 
des  élèves  de  la  classe  instrumentale.  C'était  le  premier  depuis  l'ouverture 
de  cette  classe,  qui  remonte  au  Tr  janvier  1859.  Avant  la  séance,  on  a 
exposé  dans  un  compte  rendu  le  but  de  la  fondation  et  les  succès  déjà 
obtenus.  Aujourd'hui,  31  élèves  prennent  des  leçons:  15  étudient  le 
violon,  4  le  violoncelle,  2  la  contre-basse,  8  le  piano,  1  la  flûte  et  1  la 
clarinette.  L'examen  a  commencé  par  le  chant  de  l'hymne  national,  avec 
accompagnement  d'orchestre.  A  la  fin,  on  a  distribué  aux  élèves  des 
listes  d'approbation  et  des  récompenses  consistant  en  œuvres  musicales. 
Cette  belle  cérémonie  a  excité  un  vif  intérêt  et  provoqué  des  bravos 
sympathiques  :  l'attention  se  portait  surtout  sur  l'honorable  directeur  de 
la  chapelle,  M.  A.  F.  Lvoff,  à  cause  de  sa  coopération  active  à  cette  bonne 
œuvre.  Pendant  l'examen,  l'excellent  directeur  suivait  les  élèves  et  les 
encourageait  avec  une  sollicitude  toute  paternelle  :  il  les  a  remerciés 
ensuite  d'une  voix  émue,  qui  a  trouvé  un  écho  dans  leurs  cœurs. 

„,*„  Rome,  4  juin.  —  Am'elo  est  le  premier  drame  lyrique  mis  en  mu- 
sique par  le  jeune  maestro  Luigi  Moroni,  né  en  cette  ville.  Les  rôles 
principaux  étaient  remplis  par  la  Boccherini,  Negrini  et  Coletti  ;  les 
autres  avaient  pour  interprètes  Bossi,  Bazzoli  et  Decaroli.  Parmi  les 
causes  qui  ont  nui  au  succès  de  la  partition,  il  faut  signaler  la  tristesse 
et  la  monotonie  du  libretto.  Les  chœurs  et  l'orchestre  ont  fait  de  leur 
mieux. 


x**  Naples.  —  Au  théâtre  nuoeo  vient  d'être  représenté,  sous  le  titre 
de  Monzu  Gnazio  ou  le  Pcrruqier  et  la  fiancée,  un  nouvel  opéra  de  M.  Ni- 
colas d'Arienzo.  Ce  jeune  maestro  qui  n'a  pas  encore  atteint  dix-huit 
ans,  n'a  pas  seulement  composé  une  œuvre  musicale,  supérieure  à  ce 
qu'on  pouvait  attendre,  de  son  âge,  mais  il  a  fait  de  la  musique  agréable, 
originale  et  gaie.  Nous  ne  pouvons  que  féliciter  sa  famille. d'une  si  belle 
preuve  de  génie  précoce  donnée  par  le  neveu  du  poète  chéri  d'Arienzo. 
L'ouvrage  a  été  fort  applaudi  et  le  compositeur  rappelé  plus  de  six  fois 
de  suite.  Monzu  Gnazio  a  été  interprété  par  la  Zacconi,  le  ténor  Scanna- 
pieca,  la  basse  Zoboli  et  le  bouffe  Fioravanti  qui  ont  beaucoup  contri- 
bué au  succès.  Un  pareil  succès  est  le  présage  d'une  brillante  carrière. 

„,*„.  New-York.  —  Maretzek  a  ouvert  sa  nouvelle  saison  le  mois  passé 
par  Nabuco.  11  apporte  avec  lui  un  répertoire  largement  fourni  qui 
contient  entre  autres  :  ilartha,  de  Flotow,  et  le  Bravo,  de  Mercadante. 
La  troupe  chantante,  qui  est  revenue  de  sa  tournée  dans  le  Sud,  doit 
exécuter  au  jardin  d'hiver  /  Ma*nadieri,  drame  musical  imité  des  Bri- 
gands de  Schiller.  Mme  Cortesi  est  de  retour,  avec  sa  troupe,  de  l'île 
de  Cuba  ;  elle  compte  se  rendre  à  Boston  pour  y  donner  des  représen- 
tations. 


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232 


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Paris.    — 


Ancienne  Maison  MEISSOSSIUK 

E.   GERARD  et  O  (COMPAGNIE  MUSICALE),    —    &  18,    rue    Dauphine. 
EN    VENTE:  ^ 

PAROLES    DE    E.    THÉAULON 


Musique  de 


Opéra-comique 
en  trois  actes. 


W»  HEIIOEjD 

Morceaux  détachés  avec  accompagnement  de  Piano,  par  Léo  DEL1BES 

OUVERTURE  POUR  PIAKO,  PRIX  :  6  FRANCS. 

PREMIER  ACTE 


Opéra-comique 
en  trois  actes. 


Prix  marqué. 


1.  Introduction  et  chœur  :   Livrons-nous  à  V allégresse.   ...  6  » 

2.  Air  chanté  par  M.  Fromamt  :  Les  Fillettes  de  ce  village  .  5  » 

3.  Air  chanté  par  M.  Deiaunay-Ricquier:  Gentille  rosière  .  5  » 
k.  Ronde  chantée  par  Mlle  Girard  :  De  ce  village 2  50 

5.  Quatuor  chanté  par  Mmes  Girard,  Vadé,  MM.  Delaunay- 

Piicqi'ier  et  Gabriel  :  Demeurez,  aimable  Florette  .    .  9  » 

6.  Finale  et  chœur  :  Quel  beau  jour  et  quel  plaisir    ....  6  » 

DEUXIÈME  ACTE 

7.  Morceau  d'ensemble  :  Quel  maintien  enchanteur 9    » 

8.  Romance  chantée  par  Mlle  A.  Faivre  :  Je  suis  sage,  fob- 
■      tins  la  rose 2  50 

Partition  pour  niano  et  chant,  met  :  1S  fi\ 

Quadrille  par  MUSARD.  —  Prix  marqué  :  k  francs  50  centimes. 

POUR  PARAITRE  LE  30  JUIN  : 

L.  Dancla.  —  Duo  pour  violon  et  violoncelle  sur  les  motifs  favoris  des  Rosières 

Musard.       —  Quadrille  pour  orchestre Prix  liet  •  •  • 

Id.    '  Le  même  pour  piano Prix  marqué 


Prix  marqué. 

9.  Duo  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  et  M.  Delacnay-Ricquier: 

Plaisir  extrême,  heureux  moment 6     » 

10.  Finale:  Jeunes  beautés,  avant  peu  parmi  vous 9     » 


TROISIÈME    ACTE 

11.  Air  chanté  par  Mlle  A.  Faivre:  Adieu,  rose  à  peine  éclose     2  50 

12.  Trio  chanté  par  Mlles  Girard,  Faivre  et  M.   Fromvat  : 
Laisses-moi,  Bastien,  laisses-moi 7  50 

12  bis.  Duo  extrait  du  trio  :  Laisses-moi,  Bastien,  laisses-moi.  6  » 

13.  Petit  air  chanté  par  Mlle  Girard  :  Ah!  ah!  faut-il  à  mon 
âge! 2  50 

14.  Finale  :  Le  Destin  trompe  mon  espérance 9  » 


1  25 
h  50 


Publiée   par  G.   KESANDUS  et  S.  DUFOUK,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  1e 


PIANO 

Brassin  (L.).  Air  varié  (2e  morceau  de  salon)  de  Vieuxtemps, 

transcrit  (sous  presse) 9    » 

Badarzcivska .    La   Prière  d'une   Vierge,  arrangée  pour  le 

piano  ;\  quatre  mains 6     » 

nolmctscli.  Op.  49.  Transcription  de  la  Berceuse  du  Pardon  de 

Ploërmel '. 7  50 

Ilellcr  (Stephen).  Op.  94.  Tableau  de  genre 7  50 

IIcss  (Charles).  Op.  60.  Bouquet  de  mélodies  du  Roman  d'Eloire  7  50 

Kettcrcr.  Op.  6'».  Fantaisie-Transcription  sur  le  Roman  di1  Elvire  7  50 

«laell.  Ombre   légère,  air  du  Pardon  de  Ploërmel,   caprice  valse  7  50 

—  Transcription  du  chœur  d'enfants  du  Prophète 6     » 

—  Le  Carillon,  morceau  élégant 7  50 

K.ongucYïlIc.  Fantaisie  dramatique  sur  Stradella,  de  Flotow  ..  7  50 

XIciHlclfcMoDin .  La  Pileuse,  romance  sans  paroles 5    » 

Meyerlieer.  Polonaise  pour  piano,  extraite  du  2°  entr'acte  de 

Slrucnsce 7  50 

—  Schiller-Marsch,  arrangée  pour  le  piano  par  Chariot 7  50 

_                            —               a  4  mains  par  E.  Wolff. 10    » 

A»  oBtT  (F..).  Chanson  polonaise 7  50 

—  Duo  i\  quatre  mains  sur  Stradella,  de  Flotow 10    » 


Mnsaral.  Valse-Bolero  sur  Pianelh,  de  Flotow  (ornée  du  portrait 
photographié  de  Paul  Legrand  dans  le  rôle  de  ScapiD). . . 

Arnan.  Marx  et  Etling.  Quadrilles  et  polka  sur  le  Roman 
d' Elvire 


4  50 


Alard  (A.).  Op.  36.  Fantaisie  de  concert  sur  la  Muette  de  Por- 
tiez, pour  violon  avec  ace.  de  piano 

Ilcrman  et  Hellcrer.  Grand  duo  brillant  pour  piano  et  vio- 
lon sur  le  Pardon  de  Ploërmel 

Eiutgcn.  Deux  mélodies  de  Maria  pour  violon  ou  violoncelle 
avec  ace.  do  piano 

Durand  (Aug.).  Souvenirs  de  Guillaume  Tell,  pour  orgue  de 
salon 

Frelon  (L.-F.-A.).  Fantaisie  de  concert  sur  la  Part  du  Diable, 
pour  orgue  et  piano 


10  » 

10  » 

6  .. 

5  » 


MUSIQUE  VOCALE 

Oh!  belle  étoile,  oh!  doux  regard,  mélodie  d'Alexandre  Reichardt., 

Mélodie  irlandaise  de  Martha  (de  Flotow),  solo  pour  ténor  et  chœur 

pour  voix  d'hommes,  arrangée  par  L.  Manotte 


My  dear  contre  -basse 
Plantade. . . 


TttOIS    CIIlTiSOXXr/irTES    COMIQUES 
Chantées  r.\n  Bertuelier  et  Bloisdelet. 

fantaisie  d'outre-Manche ,   de  Bourget  et 


Bibi-Bamban,  chanson  nègre,  de  Bourget  et  Offenbach 

La  Triangulation,  à-propos  comique,  paroles  et  musique  de  Gaultier 


3  » 
3  » 
3     » 


P.VRI3.  —  rSlI'UIMEKEE   CEIVTRALE    DE   KAPOI.ÉOX   CIEYIX    ET   Cc,  ItVE   BERGÈBE.   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N0  27. 


ON  S'ABONNE  1 

Dons  les  Départements  ot  à  l'Iîtranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,   les  Libraires,  st  aui 

Bureaux  des  Messageries  et  des  Posles. 


1er  juillet  1860. 

PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

poris 24  fr.  par  an 

Départements,  lklgique  et  Suisse....     30  n        iû- 

Étranger 34  m       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


SIC  AL 


--^aa^JVWVTjw^- 


Sos  abonnés  reçoivent,  avec  le  numéro  de  ce  jour, 
la  VALSE  BOLÉRO  de  PIANELLA,  composée  par  31  n- 
SABtip,  et  exécutée  avec  le  plus  grand  succès  aux  con- 
certs des  Champs-Elysées.  • 


SOMMAIRE.  —  Fragments  de  l'introduction  d'une  histoire  générale  de  la  musique, 
par  Ft'tis  père. — Les  orphéonistes  français  à  Londres. — Nouvelles  et  annonces. 


FRAGMENTS 

DE  L'INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

(Ouvrage   inédit.) 
Premier  fragment  (1). 

Otl  ne  commencera  pas  cette  histoire  par  la  recherche  de  l'origine 
de  la  musique,  ainsi  que  l'ont  fait  la  plupart  des  historiens  de  cet 
art,  et  l'on  ne  posera  pas  la.  question  du  nom  de  son  inventeur, 
parce  que  tout  démontre  que  l'homme  porte  en  lui-même  les  prin- 
cipes de  ses  chants,  à  savoir,  l'instinct  de  la  formation  des  sons  par 
sa  voix,  et  la  conception  des  rapports  de  ces  sons,  dans  leurs  intona- 
tions et  dans  leurs  durées.  L'art  tout  entier  s'engendre  de  ces  prin- 
cipes :  ils  lui  ont  donné  l'existence  chez  tous  les  peuples,  et  l'on  ne 
peut  douter  qu'ils  l'eussent  fait  renaître,  si,  par  impossible,  quelque 
catastrophe  avait  pu  l'anéantir. 

De  la  différence  des  intonations  des  sons,  et  de  celle  du  temps  plus 
ou  moins  long  pendant  lequel  ils  frappent  l'oreille,  naît  instinctive- 
ment la  pensée  de  leur  arrangement  dans  un  certain  ordre.  Cet  or- 
dre, variable  à  l'infini,  donne  pour  résultats,  d'une  part,  une  progres- 
sion ascendante,  depuis  le  son  le  plus  grave  jusqu'au  plus  aigu,  et  une 
progression  descendante  depuis  le  plus  aigu  jusqu'au  plus  grave; 
d'autre  part,  une  progression  croissante  de  durée,  depuis  le  son  le 
plus  court  jusqu'au  plus  long,  et  une  progression  inverse  ou  décrois- 
sante. 

Une  multitude  d'intonations  possibles  existe  entre  le  son  le  plus 
grave  et  le  plus  aigu  ;  mais  un  certain  nombre  seulement  affectent 
l'oreille  de  différences  facilement  appréciables  et  qui  peuvent  être 
déterminées.  Les  progressions  a  cendantes  et  descendantes  de  sons 
déterminés  ont  été  formulées  de  diverses  manières ,  suivant  les 
temps  et  les  lieux,  et  des  noms  différents  leur  ont  été  donnés.  Les 

(1)  On  sait  que  M.  Fétis  s'occupe  principalement  de  deux  grands  ouvrages,  une 
Biographie  universelle  des  musiciens,  dont  la  seconde  édition  se  publie,  et  une 
Histoire  générale  de  la  musique.  De  ce  dernier  ouvrage  sont  extraits  les  frag- 
ments que  l'on  va  lire,  et  dont  notre  illustre  collaborateur  a  bien  voulu  nous  accor- 
der la  communication. 


formules  de  sons  déterminés  qui  sont  les  bases  de  la  musique  des 
Européens  modernes  et  des  peuples  qui  en  sont  issus  ont  reçu  les 
noms  d'échelles  et  de  gammes. 

A  l'imitation  des  sons  de  sa  voix,, l'homme,  secondé  par  le  hasard 
qui  lui  a  fait  découvrir  les  qualités  sonores  de  certains  corps,  a  cons- 
truit des  instruments  dont  quelques-uns  sont  monophones  ou  ne  pro- 
duisent qu'un  seul  son,  et  d'autres  par  lesquels  on  peut  faire  enten- 
dre des  échelles  d'intonations  diverses  plus  ou  moins  étendues. 
Ceux-ci  présentent,  dans  les  variétés  de  leurs  sons,  des  phénomènes 
analogues  à  ceux  de  la  voix  humaine.  Les  sons,  quelle  qu'en  soit  la 
durée,  se  produisent  nécessairement  dans  le  temps;  car  durée  et  temps 
sont  synonymes  dans  leur  application  concrète.  Les  proportions  rela- 
tives de  ces  durées  fournis^sm'.es  éléments  de  ce  qu'on  appelle  en 
musique  la  mesure  du  tenij)S:  ou  simplement  la  mesure. 

Après  que  les  hommes  doués  des  organes  de  la  voix  et  de  l'ouïe 
eurent  formé  des  sons  et  eurent  remarqué  les  différences  de  leurs 
intonations,  ils  comprirent  que  la  diversité  des  sons  contenus  dans 
les  échelles  ascendanles  et  descendantes  sont  susceptibles  de  combi- 
naisons diverses  dans  leurs  successions  ;  ces  combinaisons,  plus  ou 
moins  heureuses,  formèrent  les  chants. 

Par  des  observations  semblables,  on  remarqua  que  la  diversité  de 
durée  des  sons  peut  engendrer  des  combinaisons  symétriques  de  plu- 
sieurs espèces,  d'où  vinrent  les  rhythmes.  Des  deux  genres  de  com- 
binaisons d'intonation  et  de  durée  on  forma  les  mélodies. 

Quel  que  fût  l'état  sauvage  dans  lequel  les  navigateurs  ont  trouvé 
certaines  populations  de  l'Océanie,  elles  avaient  des  chants  de  certaine 
espèce.  Celles  même  chez  qui  l'on  n'a  point  aperçu  d'instruments 
polyphones  avaient  des  tambours  qui  leur  servaient  à  marquer  le 
rhythme  de  leurs  accents  et  de  leurs  gestes. 

Il  est  donc  évident  que  ce  serait  méconnaître  l'origine  véritable  de 
la  musique,  que  de  rechercher  historiquement  quel  a  pu  être  l'inven- 
teur de  cet  art  dans  l'antiquité  ;  ou  bien  encore  de  se  demander  si  le 
chant  des  oiseaux  ou  d'autres  bruits  naturels  n'en  ont  pas  fourni  le 
modèle.  Lorsque  Lucrèce  —  bizarre  anomalie  d'un  poëte  matéria- 
liste —  nous  dit  en  vers  harmonieux  :  «  Le  chant  flexible  des  oi- 
»  seaux  fut  imité  par  la  voix  longtemps  avant  qu'une  suave  mélodie  ' 
»  s'unît  aux  vers  faciles  pour  charmer  l'oreille  des  humains;  le  souffle 
»  des  zéphyrs,  résonnant  dans  le  creux  des  roseaux,  apprit  à  enfler 
»  d'agrestes  pipeaux,  et  par  de  lents  progrès,  la  flûte,  pressée  entre 
»  des  doigts  agiles ,  mêla  sa  douce  plainte  aux  chants  harmonieux. 
»  Son  usage  naquit  du  loisir  des  bergers  au  sein  des  solitudes  et  des 
»  sombres  forêts;  »  Lucrèce,  dis-je,  méconnaît  la  noble  origine  de 
l'art,  comme  il  a  méconnu  la  cause  première  de  l'existence  du  monde. 


234 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Par  l'émission  spontanée  de  certaines  successions  des  sons  de  sa 
voix,  l'homme  a  partout  obéi  à  l'une  des  plus  puissantes  impulsions 
de  son  organisation  physique  et  morale.  En  développant  progressive- 
ment le  cercle  de  ses  idées  et  les  facultés  de  son  imagination,  il  a  élevé 
ces  rudiments  à  la  dignité  d'art.  L'histoire  des  premières  combinai- 
sons qui  conduisirent  l'espèce  humaine  vers  ce  but  se  confond  par- 
tout avec  la  fable  ;  mais  il  en  est  ainsi  de  toute  chose.  Au  milieu  de 
ces  fables  ,  une  chose  est  digne  de  remarque  :  c'est  que  la  musique 
fut  considérée  comme  un  si  grand  bienfait  par  les  premiers  hommes, 
qu'elle  est  le  seul  art  dont  l'invention  fut  attribuée  aux  dieux. 

On  tomberait  dans  une  sérieuse  erreur  si  l'on  se  persuadait,  par 
une  fausse  interprétation  de  ce  qui  vient  d'être  dit,  que  tous  les 
peuples  sont  arrivés  aux  mêmes  résultats  dans  leur  musique,  ayant  eu 
le  même  point  de  départ;  car,  d'une  part,  les  différences  physiolo- 
giques qui  se  font  remarquer  dans  la  conformation  de  ces  peuples  ; 
de  l'autre,  le  climat,  l'éducation,  les  mœurs  et  mille  circonstances 
diverses,  ont  pu  faire  produire  par  la  voix  humaine  des  séries  diffé- 
rentes de  sons,  accoutumer  l'oreille  à  de  certaines  successions  d'into- 
nations plutôt  qu'à  d'autres,  et  conséquemment  donner  naissance  à 
des  conceptions  de  l'art  plus  ou  moins  divergentes  entre  elles.  Or, 
c'est  précisément  ce  qui  est  arrivé,  ainsi  que  cela  sera  démontré  dans 
le  cours  de  cette  histoire. 

En  l'état  actuel  des  choses,  nous  avons  la  certitude  :  1°  que  plu- 
sieurs nations  placent  les  intonations  des  sons  à  des  intervalles  qui 
blessent  l'oreille  des  autres  peuples  ;  2°  qu'il  en  est  d'autres  qui,  ayant 
des  successions  identiques  d'intonation,  les  disposent  de  manières 
différentes  dans  leurs  gammes,  d'où  résultent  des  conceptions  de  l'art 
peu  analogues  ;  3°  que  chez  certains  peuples  anciens,  le  rhythme  de 
la  musique  fut  absorbé  par  le  mètre  de  la  poésie,  et  que  le  contraire 
a  lieu  dans  la  musique  des  Européens  modernes  ;  k°  et  enfin,  que 
dans  toute  l'antiquité  et  chez  les  nations  orientales  de  l'époque 
actuelle,  la  musique  n'est  constituée  que  par  le  rhythme  et  par  la 
mélodie,  tandis  que  chez  les  Européens  et  dans  leurs  colonies  du 
nouveau  monde,  l'harmonie  simultanée  des  sons  a  été  ajoutée  aux 
autres  éléments  de  la  musique,  et  en  a  l'ait  un  art  plus  complet,  plus 
élevé. 

Un  seul  moyen  nous  est  donné  pour  nous  instruire  de  l'histoire  de 
la  musique  dont  les  peuples  de  l'antiquité  firent  usage  :  c'est  d'exa- 
miner avec  attention  ce  qui  existe  encore  en  certaines  parties  de 
l'Orient;  c'est  enfin  d'étudier  celte  musique  en  elle-même,  au  lieu  de 
l'ajuster  à  nos  habitudes,  ainsi  qu'aux  sentiments  qu'elle  éveille  en 
nous.  Ce  serait  en  vain  qu'on  essaierait  de  comprendre  l'histoire 
ancienne  de  la  musique,  si  l'on  n'admettait  préalablement  qu'elle  a  pu 
être  dans  des  conditions  autres  que  celles  de  la  musique  actuelle. 
N'avons-nous  pas  la  preuve  que  la  musique  européenne  a  subi  de  com- 
plètes transformations,  et  que  la  gamme,  qui  en  est  le  principe,  n'est 
plus  aujourd'hui  ce  qu'elle  était  il  y  a  trois  siècles?  Des  attractions  de 
sons,  des  combinaisons  autrefois  inconnues,  des  enchaînements  nou- 
veaux d'harmonie,  des  périodes  rhythmiques,  des  accents  passionnés, 
expressifs,  ont  été  introduits  dans  l'art  à  une  époque  qui  est  une  des 
plus  intéressantes  de  son  histoire  :  ces  éléments  n'y  existaient  pas 
auparavant.  Si  nous  comparons  les  résultats  de  transformations  si 
importantes,  si  radicales,  avec  les  produits  de  la  musique  antérieure, 
nous  y  reconnaîtrons  à  peine  le  même  art.  Cependant  cette  musique 
ancienne,  si  différente  de  la  nôtre,  avait  assez  de  valeur  en  elle-même 
pour  charmer  les  grandes  intelligences  des  xve  et  xvie  siècles. 

Ne  nous  y  trompons  pas  :  la  nature  même  de  la  musique  exige 
qu'il  en  soit  ainsi.  Cet  art  n'est  pas  destiné  à  produire  des  manifes- 
tations d'idées  déterminées,  ou  des  représentations  d'objets  exté- 
rieurs, ainsi  que  font  la  poésie,  la  peinture  et  l'art  statuaire,  mais  bien 
à  faire  naître  des  émotions  et  exprimer  des  sentiments  dont  les  mo- 
difications sont  infinies.  Les  poëmes  d'Homère,  de  Pindare,  de 
Théocrite,  d'Anacréon,  ont  enfanté  la  poésie  de  l'antiquité  latine,  du 


moyen  âge  et  des  temps  modernes.  On  en  trouve  quelque  chose 
dans  les  productions  des  génies  les  plus  indépendants.  Homère  et 
Virgile  vivent  encore  dans  l'apocalypse  poétique  du  Dante,  et  les  créa- 
tions originales  du  poète  florentin  ont  inspiré  ses  successeurs.  La 
tragédie  d'Eschyle,  d'Euripide  et  de  Sophocle  se  retrouve  en  partie 
dans  la  tragédie  moderne.  Les  statues  et  bas-reliefs  de  nos  artistes 
ne  diffèrent  point  par  le  but  des  produits  du  ciseau  de  Phidias  et  de 
Praxytèle.  A  l'art  des  peintres  grecs  la  peinture  moderne  n'ajoute 
que  la  perspective  et  des  nuances  plus  savantes  de  coloris  ;  quant  à 
l'objet  de  la  représentation,  quant  à  la  forme,  rien  n'a  changé.  La 
musique,  au  contraire,  vague  dans  son  essence  autant  que  sublime 
dans  ses  effets,  n'a  d'identique  dans  la  multiplicité  de  ses  détermina- 
tions que  le  temps  et  le  scn.  Chez  les  peuples  de  l'Inde,  à  la  Chine, 
chez  les  Arabes,  chez  les  Grecs,  dans  la  psalmodie,  dans  les  combi- 
naisons harmoniques  des  xiv%  xve  et  xvic  siècles,  dans  les  mélodies 
populaires  des  diverses  nations,  enfin  dans  les  productions  drama- 
tiques ou  instrumentales  des  compositeurs  de  nos  jours,  l'art  est  si 
peu  semblable  à  lui-même  qu'on  serait  tenté  de  lui  attribuer  des 
origines  différentes.  L'imitation  delà  nature  est,  dans  certaines  limites, 
le  principe  des  arts  du  dessin  ;  la  création  libre  et  spontanée  est 
celui  de  la  musique. 

Une  seule  idée  relative  à  cet  art  a  traversé  les  siècles,  à  savoir, 
celle  d'une  harmonie  universelle  établie  par  la  création,  et  de  sons 
à  la  fois  formidables  et  doux  produits  par  les  mouvements  des  sphères 
lancées  dans  l'espace,  d'où  résulteraient  des  accords  ineffables  et  des 
concerts  dont  la  musique  de  l'homme  ne.  serait  qu'une  émanation  : 
idée  poétique  et  profonde  dont  on  aperçoit  les  premières  indications 
dans  la  théogonie  et  dans  la  cosmogonie  des  plus  anciens  peuples 
orientaux  ;  idée  dont  Pythagore  a  fait  une  des  bases  de  sa  doclrine  ; 
idée  reproduite  et  propagée  par  les  disciples  de  ce  grand  homme,  puis 
par  les  néoplatoniciens,  et  qu'on  retrouve  à  Rome  vers  la  fin  de  la 
république  comme  aux  derniers  jours  de  l'empire;  idée  enfin  dont  la 
réalité  supposée  égara  d'illustres  savants  modernes  dans  leur  entre- 
prise pour  sa  démonstration  mathématique.  Notre  histoire  fera  voir 
comment  l'humanité  tout  entière  a  protesté  par  la  multiplicité  des 
formes  de  l'art  contre  cette  sorte  de  fatalisme  qui  n'en  eût  permis 
qu'une  seule. 

Les  savants  dont  les  travaux  ont  eu  pour  objet  de  pénétrer  les 
mystères  de  l'origine  des  peuples  ont  reconnu  que  les  caractères  par 
lesquels  ils  diffèrent  ou  se  ressemblent  sont  l'organisation  physiolo- 
gique, les  rapports  des  langues  et  le  principe  religieux.  Nous  nous 
proposons  de  démontrer  dans  cette  histoire  que  les  différences  et  les 
analogies  de  principes  qui  sont  les  bases  des  systèmes  de  musique 
ne  sont  pas  moins  caractéristiques,  et  que  plusieurs  de  ces  systèmes 
ont  des  types  primordiaux  qui  subsistent  encore  en  Orient,  nonobs- 
tant les  modifications  qu'ils  ont  subies  en  certains  lieux  par  le  mélange 
des  races  ou  par  des  circonstances  particulières.  En  la  considéiant  h 
ce  point  de  vue,  l'histoire  de  la  musique  ne  peut  être  séparée  des 
études  ethnographiques  ;  car  on  ne  peut  saisir  les  analogies  et  les 
divergences  des  principes  de  cet  art,  et  en  suivre  les  transformations 
que  par  la  connaissance  du  développement  de  l'espèce  humaine,  des 
caractères  radicaux  par  lesquels  se  distinguent  les  différentes  familles, 
des  mouvements  et  des  migrations  de  celles-ci  ;  enfin  de  leurs  mé- 
langes par  les  invasions  et  les  conquêtes  et  des  influences  exercées 
réciproquement  les  unes  sur  les  autres. 

La  filiation  des  peuples  est  un  problème  dont  la  solution  certaine 
ne  peut  être  espérée.  L'établir  historiquement  sera  toujours  impos- 
sible, parce  que  les  premiers  mouvements,  les  premières  migrations 
de  l'espèce  humaine  sont  antérieurs  à  la  civilisation  ainsi  qu'à 
l'histoire.  On  ne  peut  faire  un  pas  dans  les  recherches  sur  ce  sujet, 
sans  entrer  aussitôt  dans  le  champ  des  conjectures  ;  trop  heureux  si 
l'on  y  rencontre  quelques  probabilités  dont  les  rapprochements  fassent 
luire  un  éclair  dans  les  ténèbres  !  Cependant  c'est  de  cette  filiation 


DE  PARIS. 


235 


même  des  races  que  dépend  l'éclaircissement  des  questions  les  plus 
intéressantes  concernant  certaines  idées  communes  et  fondamentales 
de  morale,  de  religion,  de  philosophie,  d'art,  ainsi  que  les  rapports 
des  langues. 

Deux  opinions  sont  en  présence  à  l'égard  de  l'origine  des  races 
primitives  :  leurs  luttes,  déjà  fort  anciennes,  ne  leur  ont  pas  fait  faire 
un  pas  vers  la  conciliation.  Suivant  la  première  de  ces  opinions,  les 
contrées  les  plus  belles  du  monde  connu  des  anciens  auraient  été  habi- 
tées dans  l'origine  par  des  peuples  autocHthones,  c'est-à-dire  nés  du 
sol  sur  lequel  ils  étaient  placés.  La  plupart  des  nations  civilisées  de 
l'antiquité,  les  Egyptiens,  les  Grecs,  les  peuples  de  l'Italie,  les  Hindous, 
les  Scythes  et  les  Celtes,  avaient  cette  tradition  de  leur  origine. 
Aujourd'hui  même,  les  descendants  des  Scandinaves  ne  doutent  pas 
que  leurs  premiers  pères  n'aient  vu  le  jour  dans  les  contrées  qu'ils 
habitent  encore.  Des  historiens  nationaux  se  sont  faits  les  échos  de 
ces  traditions,  et  le  célèbre  géographe  Malte-Brun,  né  leur  compatriote, 
a  épuisé  sa  vaste  érudition  à  établir  qu'il  en  fut  ainsi  de  la  plupart 
des  grandes  nations  mentionnées  par  l'histoire,  dans  la  plus  haute 
antiquité. 

L'opinion  contraire,  soutenue  par  des  érudits  de  premier  ordre, 
distingue  différents  types  dans  les  races  primitives  de  l'humanité.  Elle 
établit,  par  certains  rapprochements,  la  parenté  des  variétés  d'un 
même  type,  et  suppose,  à  l'aide  des  grandes  constructions  grossières  ap- 
pelées cyclopcennes.  lesquelles  sont  toutes  composées  de  blocs  informes 
superposés,  et  subsistent  encore  en  Europe  comme  en  Asie  de  même 
que  sur  tous  les  points  écartés  du  monde  connu  des  anciens,  ainsi  qu'à 
l'aide  de  rapports  de  langues  évidents  entre  des  peuples  séparés  par 
d'immenses  espaces  ;  elle  suppose,  disons-nous,  d'après  ces  données  et 
s'appuyant  sur  des  traditions  recueillies  par  les  historiens  les  plus 
anciens,  de  grandes  migrations  opérées  à  des  époques  très-éloignées, 
et  dont  les  plus  anciennes  se  perdent  dans  la  nuit  des  temps.  Ce  n'est 
que  dans  cet  ordre  de  choses  et  d'idées  que  nous  pouvons  trouver  la 
démonstration  des  rapports  qui  ont  existé  entre  les  divers  systèmes 
de  musique  de  l'antiquité  :  nous  nous  rallions  donc  à  l'opinion  de  ces 
archéologues,  sans  nous  effrayer  de  l'accusation  d'hypoLhèse  qu'on  ne 
manquera  pas  de  nous  adresser  ;  car  où  l'histoire  se  tait,  l'hypothèse 
est  une  nécessité.  Elle  peut  même  acquérir  une  valeur  positive,  si  elle 
s'appuie  sur  des  inductions  tirées  de  la  nature  des  choses,  et  si 
elle  les  étaie  de  tous  les  témoignages  traditionnels  qui  sont  à  sa 
disposition. 

La  conformation  du  globe  terrestre  montre  partout  des  traces  de 
grands  cataclysmes  qui  ont  bouleversé  le  monde  à  des  époques  diffé- 
rentes ;  mais  il  y  a  lieu  de  croire  que  ces  immenses  révolutions 
physiques  ont  précédé  la  création  de  l'homme,  car  aucun  fossile 
humain  ne  se  mêle  aux  débris  des  générations  antédiluviennes.  De  ce 
fuit  incontestable,  les  naturalistes  et  les  géologues  ont  conclu  que  la 
formation  organique  la  plus  récente  est  celle  de  l'homme.  La  Genèse 
ainsi  que  d'autres  traditions  écrites,  de  la  plus  haute  antiquité,  parlent 
d'un  déluge  qui  dévasta  la  terre  et  fit  périr  de  grandes  populations  ; 
mais  ce  grand  événement  paraît  avoir  été  postérieur  aux  catastrophes 
prodigieuses  qui  ont  modifié  la  forme  du  globe  et  englouti  les  pre- 
miers produits  de  la  création.  Les  peuples  les  plus  anciens  avaient 
conservé  la  tradition  d'événements  semblables.  Les  souches  primitives 
de  ces  peuples,  dont  on  ne  retrouve  les  traces  que  sur  le  penchant 
des  plus  hautes  montagnes,  présentent  trois  variétés  de  conformation 
si  distinctes,  que  d'illustres  savants  n'ont  point  hésité  à  les  considérer 
comme  ayant  échappé  aux  destructions  du  déluge  sur  des  points  diffé- 
rents de  la  surface  du  globe  terrestre.  Cuvier,  dont  les  opinions  ont 
un  grand  poids  en  ces  matières,  ne  reconnaît  que  trois  races  diffé- 
rentes, à  savoir  la  race  blanche,  qu'il  nomme  caucasiquc,  la  jaune  ou 
mongolique,  la  noire  ou  éthiopienne  (1).  D'autres  ont  ajouté  à  ces 
types  radicaux  la  race  brune  des  Malais  et  les  peaux  rouges  de  l'Amé- 

(1)  Le  Règne  animal  distribué  d'après  son  organisation,  t.  I,  édit.  de  1829. 


rique;  cependant  les  observations  d'anatomie  comparée  faites  sur  ces 
races  ont  fait  voir  que  leurs  caractères  physiologiques  ne  les  séparent 
pas  absolument  des  trois  premières  races  :  elles  semblent  en  être  un 
produit  mélangé,  dans  lequel  le  sang  caucasien,  mongolique'Ou  nègre 
est  plus  ou  moins  dominant.  Le  teint  seul  n'a  pas  paru  constituer  de 
différence  essentielle  de  conformation,  et  l'on  a  pensé  que  les  popu- 
lations dont  il  s'agit  peuvent  avoir  eu  pour  origine  des  tribus  de  l'an- 
tiquité asiatique,  égarées  sur  l'Océan. 

Les  recherches  les  plus  patientes  et  les  plus  exactes  faites  dans  ces 
derniers  temps,  semblent  démontrer  que  la  race  blanche  primitive,  à 
laquelle  se  rattachent  toutes  les  familles  indo-persanes  et  caucasien- 
nes, descendit,  après  que  les  eaux  du  dernier  déluge  se  furent  reti- 
rées ,  de  Y  Himalaya,  chaîne  des  plus  hautes  montagnes  de  la  terre, 
laquelle  sépare  le  Thibet  de  l'Indoustan,  et  que  cette  race  se  fixa,  d'un 
côté,  dans  la  Bactriane,  de  l'autre,  dans  la  vallée  de  Cachemire.  Des 
Bactriens  sortirent,  dans  les  temps  postérieurs,  toutes  les  peuplades 
qui  vivent  dans  l'histoire  sous  les  noms  de  Perses,  d'Arméniens, 
d'ibériens,  d'Arab's,  de  Chaldëens,  d'Assyriens,  de  Phéniciens, 
d'Égyptiens,  d'Hébreux,  de  Cappadociens,  de  Mèdes,  de  Pélasges 
de  l'Asie  Mineure  et  de  la  Grèce,  de  Scythes,  et  toutes  celles  qui 
plus  tard,  sous  différents  noms,  s'étendirent  dans  la  Germanie,  en 
Italie  et  dans  la  Gaule.  De  simples  hordes  qu'ils  étaient  originaire- 
ment, ces  peuples  devinrent  avec  le  temps  de  grandes  nations.  Ce  fut 
en  Asie  qu'ils  prirent  d'abord  leur  plus  grand  développement,  par- 
ticulièrement dans  la  partie  de  l'Asie  centrale  comprise  entre  les  li- 
mites orientales  du  Caucase  et  l'Himalaya.  De  là  leur  est  venu  le 
nom  de  peuples  caucasiens.  Leurs  caractères  physiologiques  étaient 
le  teint  plus  ou  moins  blanc,  les  traits  du  visage  réguliers,  le  nez  droit 
et  les  yeux  horizontaux.  A  l'égard  de  l'organisation  morale  de  tous  les 
peuples  sortis  de  la  souche  blanche,  partout  et  dans  tous  les  temps 
elle  présente  les  caractères  des  facultés  de  progrès  et  de  perfectibilité 
dont  les  limites  sont  indéfinies.  Depuis  les  temps  les  plus  reculés 
jusqu'à  nos  jours,  l'histoire  présente  le  tableau  de  leurs  progrès  in- 
cessants, en  dépit  des  obstacles  et  des  égarements  plus  ou  moins 
prolongés  où  ils  tombent  parfois. 

Les  ethnologues  placent  au  second  degré  de  l'intelligence  la  race 
jaune  ou  mongolique.  Elle  est  caractérisée  physiologiquement  par  la 
face  aplatie,  le  nez  gros  et  épaté,  le  front  carré,  les  pommettes 
saillantes,  les  yeux  étroits  et  obliques,  la  barbe  rare,  les  cheveux 
droits  et  noirs,  le  teint  olivâtre.  On  conjecture  que  cette  race,  si  dif- 
férente de  la  blanche,  a  échappé  au  déluge  sur  la  cime  des  monts 
Altaï,  grande  chaîne  qui  sépare  la  Sibérie  de  la  Kalmoukie,  et  forme 
l'extrémité  septentrionale  du  grand  plateau  central  de  l'Asie.  La 
population  mongolique  se  divise  en  diverses  branches,  dont  les  prin- 
cipales sont:  1°  la  chinoise,  qui  comprend  les  Chinois  proprement 
dits,  les  Japonais,  les  habitants  de  la  Cochinchine,  du  Tonquin,  de  la 
Corée,  du  Laos  et  des  îles  Philippines,  Mariannes  et  Carolir.es;  2°  la 
'mongole,  placée  à  l'est  de  l'Asie,  qui,  sous  les  noms  de  Mo-igols  et 
de  Huns,  fut  autrefois  la  terreur  de  l'Asie  et  de  l'Europe,  et  dont  les 
descendants  dégénérés  errent  aujourd'hui  dans  les  vastes  plaines  de 
l'Asie  orientale.  Cette  famille  se  divise  en  Monjols  proprement  dits  et 
en  Kalmouks  ;  3°  la  famille  tunyousc,  qui  comprend  deux  variétés, 
à  savoir  :  les  Mandchoux,  maîtres  de  la  Chine  depuis  deux  siècles,  et 
les  Tungouses  nomades,  véritables  barbares  sans  industrie,  sans  his- 
toire, sans  littérature,  mais  chez  lesquels  la  musique  n'est  ;pas  négli- 
gée. L'ensemble  des  familles  mongole  et  tungouse  est  en  général 
désigné  par  le  nom  de  Tartare  ou  Tatare.  A  peine  y  a-t-il  lieu  de 
mentionner  dans  une  histoire  de  la  musique  les  malheureuses  popula- 
tions sibériennes,  dont  les  plus  nombreuses  sont  les  Samoyèdes, 
répandus  sur  les  côtes  de  la  mer  Glaciale,  les  Kamtchadales  et  les  Kou- 
rils.  Ecrasés  par  la  rigueur  d'un  climat  affreux,  ces  infortunés  ont 
cependant  quelques  notions  de  l'art  consolateur,  et  charment  leur 
existence  végétative  par  des  chants  mélancoliques. 


236 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Organisé  pour  s'élever  jusqu'à  un  certain  degré  de  perfectionnement, 
la  race  mongolique  ne  paraît  pas  pouvoir  le  dépasser  :  elle  y  reste 
stationnaire.  Ainsi,  les  Chinois,  qui  cultivent  les  sciences  physiques  et 
mathématiques,  particulièrement  l'astronomie  ;  qui  pratiquent  l'agri- 
culture, la  navigation  et  les  arts  mécaniques;  enfin,  qui  ont  connu 
longtemps  avant  les  Européens  la  boussole, 'l'imprimerie  et  la  poudre  à 
canon  :  cette  même  nation  n'a  plus  fait  de  progrès  dans  ces  connais- 
sances depuis  plusieurs  siècles.  Ils  considèrent  leur  immobilité  comme 
la  perfection. 

Si  les  rapports  de  religion  et  les  systèmes  de  langues  établissent  l'i- 
dentité des  peuples  de  la  race  mongolique  aussi  bien  que  leur  confor- 
mation physiologique,  il  en  est  de  même  à  l'égard  de  leur  conception 
de  la  musique,  laquelle  est  parfaitement  analogue  chez  les  Chinois, 
les  Mandchoux,  les  Mongols,  les  Japonais,  les  Cochinchinois,  les  Co- 
réens, les  Tunquinois,  et  même  chez  les  Malais  qui  peuplent  la  pres- 
qu'île de  Malacca  et  les  îles  de  Sumatra,  de  Java,  des  Célèbes  et  de 
Timor.  Que  ceux-ci,  différents  par  le  teint,  forment  une  race  dis- 
tincte, comme  l'ont  pensé  plusieurs  savants,  ou  qu'ils  ne  soient, 
suivant  une  autre  opinion,  qu'un  mélange  des  familles  blanche  et 
mongolique,  avec  un  caractère  plus  prononcé  de  celle-ci,  l'analogie 
de  leur  système  de  musique  avec  celui  des  peuples  mongoliques  de 
race  pure  n'est  pas  moins  évidente. 

Chez  tous  ces  peuples,  l'arrangement  des  sons  dans  les  gammes  ou 
modes  est  tel,  que  les  demi-tons  n'y  sont  presque  jamais  employés, 
et  que  leur  suppression  bannit  toute  tendance  d'un  son  vers  un  autre. 
Cette  rude  tonalité  donne  à  la  musique  des  peuples  mongoliques  le 
caractère  le  plus  étrange.  L'usage  immodéré  d'une  multitude  d'ins- 
truments de  percussion-,  tels  que  des  tambours  de  toute  forme  et  de 
toute  dimension,  des  appareils  de  lames  métalliques  qu'on  frappe  avec 
des  marteaux,  des  gongs,  des  cloches,  tamtams,  pierres  sonores,  en- 
fin des  figures  d'animaux  qui  portent  sur  le  dos  des  timbres  cor- 
respondants aux  degrés  de  l'échelle  musicale,  et  qu'on  frappe  avec 
des  barres  de  bois  dur,  caractérisent  aussi  la  musique  des  peuples 
mongoliques.  Les  relations  de  Thunberg  et  d'autres  voyageurs  sur  le 
Japon,  la  Cochinchine,  le  Tonquin  et  la  Corée,  ainsi  que  les  rapports 
les  plus  récents  des  Anglais  sur  la  Chine,  s'accordent  à  présenter  les 
concerts  de  ces  pays  comme  un  affreux  charivari  de  pareils  instru- 
ments. Il  en  était  ainsi  dans  l'antiquité,  car  la  lecture  attentive  des 
livres  chinois  sur  la  musique  démontre  qu'elle  n'a  pas  varié  dans 
l'espace  de  plus  de  huit  cents  ans. 

Au  degré  le  plus  bas  de  l'échelle  organique  de  l'espèce  humaine 
doit  être  placée  la  race  éthiopienne  ou  nègre.  Les  caractères  physio  ■ 
logiques  de  cette  race  sont  la  couleur  plus  ou  moins  noire  de  la  peau, 
l'angle  facial  aigu,  la  mâchoire  et  les  pommettes  saillantes,  le  crâne 
comprimé,  le  front  déprimé,  le  nez  gros  et  épaté,  les  lèvres  épaisses, 
et  les  cheveux  laineux  et  crépus.  Echappée  à  la  destruction  sur  la 
cime  des  monts  Alkurar,  ou  de  la  Lune,  dans  la  grande  catastrophe 
du  déluge,  el  e  s'est  répandue  ensuite  dans  l'Ethiopie,  et  c'est  d'elle 
que  sont  issues  toutes  les  peuplades  nègres  d'Afrique.  Inférieures  en 
intelligence  aux  autres  races,  ces  peuplades  n'ont  qu'une  civilisation 
rudimentaire.  Livrées  à  une  éternelle  enfance  sociale  qu'entretient 
l'absurde  religion  du  fétichisme,  elles  sont  aujourd'hui  dans  la  même 
situation  où  elles  devaient  être  il  y  a  quelques  milliers  d'années. 
Toutes  cultivent  la  musique  ;  mais  leurs  chants  barbares  et  leurs  ins- 
truments grossiers  n'appartiennent  pas  à  une  véritable  conception 
de  l'art,  si  imparfaite  qu'on  la  suppose. 

Ce  que  nous  enseigne  l'histoire  des  développements  de  l'espèce 
humaine,  en  raison  de  l'organisation  physiologique  et  morale  des  ra- 
ces, est  vrai  pour  la  musique  comme  pour  tout  ce  qui  est  du  domaine 
du  sentiment  et  de  l'inLelligence.  La  perfectibilité ,  ainsi  que  la  fa- 
culté de  transformation,  résultent  pour  cet  art,  comme  pour  toutes 
choses,  de  lois  établies  par  la  création  dans  la  destination  des  races. 
Ces  lois  se  montrent  dans  la  conception  des  systèmes  primordiaux  de 


la  musique  avec  une  évidence  si  saisissante,  pour  quiconque  étudie 
avec  attention  le  point  de  départ  des  peuples  les  plus  anciens,  qu'il 
devient  possible  de  démontrer  que  les  transformations  diverses  chez 
certaines  nations,  jusqu'à  la  situation  actuelle  de  l'art,  de  même  que 
l'absence  de  transformations  et  de  progrès  chez  d'autres  peuples,  ont 
été  des  nécessités  logiques.  Nous  espérons  avoir  mis,  dans  notre 
Histoire  de  la  musique,  la  démonstration  de  cette  vérité  à  l'abri  de 
toute  critique  fondée. 

FÉTIS  père. 
[La  suite  prochainement.) 


En  attendant  que  nous  donnions  une  relation  complète  du  voyage 
des  orphéonistes  français  en  Angleterre,  constatons  dès  aujourd'hui 
l'excellent  accueil  qu'ils  ont  reçu  et  le  début  triomphal  qui  a  signalé 
leur  arrivée.  C'est  lundi  dernier  qu'ils  se  sont  fait  entendre  pour  la 
première  fois  au  palais  de  Sydenham.  La  réunion  était  magnifique  : 
trois  mille  orphéonistes  et  la  musique  des  guides  pour  exécutants  avec 
un  auditoire  de  plus  de  douze  mille  personnes. 

Le  premier  morceau  a  été  le  God  save  the  queen  chanté  en  anglais 
par  les  orphéonistes,  qui  ont  ensuite  exécuté  les  morceaux  suivants  : 

Première   partie. 

Veni  Creator Besozzi. 

Chant  du  Bivouac Kiicken. 

Départ  du  Chasseur Mendelssohn. 

Septuor  des  Huguenots Meyerbeer. 


Deuxième  partie. 


Les  Enfants  de  Paris. 

0  Isis  

La  Retraite 

Le  Jour  du  Seigneur. 
France  !  France  ! . . . . 


Adam. 

Mozart. 

Laurent  de  Rillé. 

Kreutzer. 

A.  Thomas. 


On  doit  de  justes  éloges  à  M.  Delaporte,  président  des  orphéonistes, 
et  à  M.  Ed.  Batiste,  son  second. 

L'excellente  musique  des  guides,  dirigée  par  M.  Mohr,  s'est  sur- 
passée dans  l'exécution  des  ouvertures  de  Zampa,  d'Oberon,  d'une 
fantaisie  sur  des  motifs  de  Giralda  et  de  variations  sur  une  mélodie 
bohémienne,  composées  par  l'habile  chef  de  cette  musique  sans  rivale 
en  Europe.  Les  applaudissements  ont  redoublé  lorsque  les  guides 
ont  attaqué  l'hymne  national  avec  une  vigueur  toute  britannique. 

D'après  le  Morning  Advei  User  «  le  second  concert  des  orphéo- 
n  nisles  a  été  une  véritable  ovation  internationale,  »  et  le  Globe 
ajoute  que  le  troisième  devait  attirer  plus  de  monde  encore  que  les 
deux  précédents. 

La  musique  des  guides  est  populaire  en  Angleterre,  où  elle  s'est 
fait  entendre  en  1854  dans  un  concert  donné  au  profit  de  la  So- 
ciété française  de  bienfaisance,  placée  sous  le  haut  patronage  de 
S.  M.  l'Impératrice,  et  dont  S.  Exe.  l'ambassadeur  de  France  est 
président.  Sur  le  désir  exprimé  par  M.  le  comte  de  Persigny,  un 
concert  de  même  nature  a  dû  être  donné  hier  samedi,  dans  Saint- 
James  hall. 


Ecce  itcriim  M.  Aimé  Paris  en  compagnie  de  M.  Emile  Chevé.  La 
première  condition  d'une  réponse,  pour  être  légalement  admissible, 
c'est  de  répondre  à  quelque  chose.  Avez-vous  des  faits  à  rectifier,  des 
dates  à  rétablir,  des  erreurs  matérielles  à  signaler?  Le  droit  de  ré- 
pondre vous  appartient  sans  aucun  doute  ;  mais  si  vous  n'articulez 
rien  de  semblable,  si  vous  restez  toujours  sur  le  terrain  de  la  polé- 
mique, alors  nous  devons  vous  le  rappeler,  dans  le  sens  légal,  argu- 


DE  PARIS. 


237 


menter,  controverse!1,  disputer,  ce  n'est  pas  répondre.  Vous  n'avez 
pas  plus  le  droit  de  nous  contraindre  à  proclamer  qun  votre  système 
est  admirable,  que  vous  n'avez  le  moyen  de  nous  le  persuader. 

Depuis  le  commencement  du  débat,  M.  Aimé  Paris  s'occupe  à  cher 
cher  quelle  est  la  main  qui  a  tracé  dans  plusieurs  numéros  de  ce  jour- 
nal quelques  lignes,  que  tuut  le  monde  pouvait  écrire,  sous  la  garantie 
du  gérant.  Pour  lui,  le  nom,  c'est  tout;  il  ignore  donc  que  mieux 
vaut  ne  pas  signer  des  choses  raisonnables,  que  d'en  signer  de  ridi- 
cules, et  qu'une  seule  des  fameuses  Provinciales,  qui  ne  furent  jamais 
signées,  est  préférable  à  des  monceaux  d'écrits  au  bas  desquels  s'é- 
talent en  toutes  lettres  les  noms  et  qualités  de  leurs  auteurs. 

Cependant  M.  Aimé  Paris  est  parvenu  à  découvrir  (quelle  décou- 
verte !)  qu'il  se  pourrait  bien  que  M.  Wilhelm,  de  la  Hernie  contem- 
poraine, fût  la  même  personne  que  M.  Paul  Smith,  de  la  Revue  et. 
Gazette  musicale,  et  que  cette  personne  eût  un  troisième  nom  plus 
sérieux,  plus  réel,  ce  qui  ferait  d'elle  une  espèce  de  trinité  dans  le 
genre  de  celle  Galin-Pàris  Chevé  !  Quoi  donc?  Prétendriez-vous  au 
monopole  de  la  trinité,  par  hasard?  Qu'importe  qu'il  n'y  ait  qu'une 
seule  personne  en  trois  noms,  si,  sous  les  trois  noms,  on  a  toujours 
et  partout  dit  les  mêmes  choses?  —  Comment,  qu'importe?  N'est-ce 
donc  rien  que  de  grossir  ainsi  le  nombre  de  nos  adversaires?  —  Eh! 
bien,  rayez  en  deux,  si  cela  vous  convient  :  il  vous  en  restera  bien 
assez  pour  vous  faire  perdre  votre  cause. 

Voyez  un  peu  quelle  est  votre  maladresse  !  M.  Edouard  Monnais, 
à  qui  vous  en  voulez,  ainsi  qu'à  tant  d'autres,  est  un  des  vingt-trois 
signataires  de  la  brochure  qui  combat  vos  doctrines  :  il  a  signé  aussi 
la  lettre  en  réponse  à  celle  du  comité  de  patronage,  comme  membre 
de  la  commission  de  surveillance  du  chant.  Ses  opinions  sont  donc 
bien  connues,  et  il  n'a  aucune  raison  pour  les  cacher.  S'il  lui  plaît 
d'écrire  sous  d'autres  noms,  ce  n'est  donc  pas  par  crainte  ou  par 
hypocrisie.  11  lui  suffit'de  lever  la  visière  pour  vous  prouver  qu'il  n'a 
dans  la  question  d'autre  intérêt  que  celui  de  l'art,  de  la  raison,  de 
l'expérience.  Et  vous,  messieurs  Aimé  Paris  et  Emile  Chevé,  pouvez - 
vous  en  dire  autant  ? 

Un  de  nos  confrères  l'écrivait  l'autre  jour  ;  «  M.  Emile  Chevé  fait 
»  des  cours  gratuits,  il  faut  le  croire  puisqu'il  l'affirme  ;  mais  il  vend 
»  ses  livres,  autrement  il  ne  les  imprimerait  pas.  S'il  les  vend,  il  doit 
»  en  retirer  une  rémunération  honorable.  Si  on  ne  les  achète  pas,  que 
»  devient  son  enseignement?  à  quoi  est-il  bon  ?  _» 

Voilà  donc  qui  est  bien  entendu.  Vous  donnez  des  consultations  gra- 
tuites, mais  vous  vendez  vos  élixirs  et  vos  onguents  ! 


Aux  vingt-trois  signataires  de  la  brochure  ayant  pour  titre  :  Ob- 
servations de  quelques  musiciens,  et  de  quelques  amateurs  sur  la 
méthode  de  musique  de  M.  le  docteur  Emile  Chevé,  il  faut  en  ajou- 
ter un  vingt-quatrième,  compositeur  célèbre ,  académicien  comme 
plusieurs  d'entre  eux.  et  dont  le  témoignage  ne  sera  pas  suspect, 
puisqu'il  n'est  pins  mêlé  aux  querelles  de  ce  monde.  Nous  voulons 
parler  d'Adolphe  Adam,  qui  dans  une  biographie  de  J.-J.  Rousseau, 
considéré  au  point  de  vue  musical,  s'est  exprimé  sur  la  question  du 
chiffre  avec  la  lucidité  ordinaire  de  son  savoir  et  de  son  esprit  (1). 
Après  avoir  rappelé  l'objection  capitale  faite  par  Rameau  sur  le  vice 
d'une  notation  qui  oblige  à  tout  lire  sans  permettre  de  rien  deviner, 
Adolphe  Adam  continue  en  ces  termes  :  «  L'argument  était  sans  ré- 
»  plique  :  il  l'est  encore  au  bout  d'un  siècle  ,  quand  des  essais  du 
»  même  genre  veulent  se  renouveler.  Les  commençants  auront 
»  l'air  d'aller  fort  vite  avec  cette  méthode  ;  les  premières  lectures 
»  qu'on  leur  fera  faire  se  composant  de  combinaisons  fort  simples, 
»  l'esprit  suffira  pour  les  résoudre;  il  sera  insuffisant  dès  que  les 
»  complications  arriveront.  Ce  système  ne  pourra  d'ailleurs  s'appli- 

(1)  Voyez  Souvenirs  d'un  musicien,   page  193. 


»  quer  qu'à  une  partie  isolée,  mais  il  serait  inadmissible  pour  la  par- 
»  tition,  où  vingt  et  quelquefois  trente  parties  réunies  en  accolades 
»  doivent  être  embrassées  d'un  seul  coup  d'oeil  et  lues  comme  une 
»  seule  ligne,  quoique  écrites  sur  vingt  ou  trente  lignes  différentes. 
»  11  faut,  pour  cette  opération  si  rapide,  que  l'œil  soit  frappé  par  un 
»  dessin  :  des  chiffres  ou  des  signes  uniformes  ne  pourraient  jamais 
»  atteindre  ce  but.  »  Personne,  excepté  peut-être  M.  Aimé  Paris,  ne 
contestera  la  valeur  de  ce  témoignage  d'outre-tombe. 

S.  D. 


NOUVELLES. 

„.*„  Par  suite  du  changement  de  spectacle  occasionné  à  l'Opéra  par 
l'indisposition  de  Wicard  et  qui,  la  semaine  dernière,  a  fait  ajourner  les 
Ilugumuts,  Mme  Ferraris  avait  repris,  aux  acclamations  du  public,  son 
rôle  de  Diane,  dans  Pierre  de  Médicis.  La  célèbre  danseuse  est  partie 
pour  Londres,  où  elle  est  engagée  pour  plusieurs  représentations  par 
M.  Smith,  directeur  du  théâtre  de  Sa  Majesté.  Elle  sera  de  retour  le  1er  août. 

t*t  Sémiramis  sera  représentée  vendredi  prochain  ;  la  répétition  gé- 
nérale aura  lieu  mardi. 

„,*.,.  Comme  nous  l'avons  déjà  dit,  le  diapason  normal  fonctionne  à 
l'Opéra.  M.  Cavaillé-Coll  a  dû  transformer  l'ancien  orgue  de  la  scène, 
celui  de  Robert  le  Diable,  en  un  nouvel  instrument,  qui  n'est  pas  encore 
placé,  mais  dont  on  fait  le  plus  grand  éloge. 

,*„,  Après  avoir  labirieusement  examiné  tous  les  projets,  la  Commission 
en  est  revenue  à  celui  du  gouvernement  pour  la  reconstruction  de 
l'Opéra;  mais,  tenant  compte  des  critiques  dont  il  avait  été  l'objet,  elle 
l'a  notablement  modifié.  Le  nouvel  Opéra  aura  toujours  fi6  mètres  de 
façade  sur  70  de  profondeur  ;  mais  la  place  sera  agrandie  de  l'espace 
primitivement  destiné  à  deux  rues  latérales  ;  de  plus,  leur  suppression 
permettra  d'ajouter  au  bâtiment  principal  deux  cours  couvertes,  l'une 
réservée  pour  l'entrée  exclusive  des  voitures  de  la  cour,  l'autre  pour 
celles  du  public.  Les  deux  rues  Lafayette  et  de  Rouen,  portées  de  15  à 
20  mètres  de  largeur,  viendront  aboutir  sur  la  nouvelle  place,  qu'un 
boulevard  de  30  mètres  de  large  reliera  au  carrefour  Gaillon,  tandis  que 
deux  rues  de  20  mètres  de  largeur  chacune  aboutiront  l'une  à  la  façade 
orientale  de  la  Madeleine,  l'autre  à  la  piace  de  la  Bourse,  près  du  théâtre 
du  Vaudeville. 

**t  La  représentation  extraordinaire,  qui  a  eu  lieu  mardi  dernier  au 
théâtre  de  l'Opéra-Comique,  a  été  à  la  fois  une  bonne  action  et  une 
bonne  affaire.  Le  public  s'y  est  porté  en  foule,  attiré  par  un  programme 
dont  nous  avons  donné  la  composition  et  qui  réunissait  tant  de  noms  ai- 
més :  ceux  de  Bressant,  Augustine  Brohan,  Edile  Riquer,  Samson,  Henri 
Monnier,  Roger,  Bonnehée,  Sainte-Foy,  Berthelier,  Lemercier,  les  frères 
Lyonnet.  Un  seul  nom  était  peu  connu  encore,  celui  de  Mlle  Trebelli, 
jeune  cantatrice,  élève  de  Wartel,  et  dont  l'heureux  début  s'est  fait  à 
Madrid  dans  la  dernière  saison.  La  nouvelle  venue  a  chanté  un  fragmeut 
du  Barbier  deSéville,  l'air  Vna  uoee  et  le  duo  suivant  avec  Crosti,  qui  l'a 
fort  bien  secondée  ;  elle  a  dit  ensuite  le  brindisi  de  Lucrezia  Borgia.  Sa 
voix  de  mezzo  soprano  possède  d'éminentes  qualités  :  timbre,  légèreté  , 
justesse,  ce  qui,  joint  à  une  physionomie  charmante,  promet  une  artiste 
de  premier  rang.  Roger  s'est  signalé  dans  le  duo  de  la  Reihv  de  Chypre, 
dans  le  premier  acte  de  la  Dame  blanche.  Samson  a  joué  seul  une  scène 
à  deux  personnages  tirée  d'une  comédie  inédite  :  on  l'a  justement 
applaudi  pour  deux,  comme  acteur  et  auteur.  La  salle  n'avait  pu  suffire 
au  nombre  des  aspirants,  et  l'on  n'y  aurait  pas  placé  une  épingle.  Il  faut 
s'en  réjouir  doublement,  puisque  la  recette  avait  pour  but  de  libérer  du 
service  le  fils  d'un  artiste  honorable.  Le  nouveau  directeur,  M.  Beau- 
mont,  avait  garanti  d'avance  la  libération,  et  il  y  trouvera  du  bénéfice: 
on  ne  pouvait  désirer  mieux. 

3%  Mme  Ugalde  vient  d'être  engagée  à  l'Opéra-Comique  et  reparaîtra 
cette  semaine  dans  Galathée,  opéra  qu'elle  a  créé  avec  tant  d'éclat. 
Mlle  Wertheimber,  chargée  du  rôle  de  Pygmalion,  a  consenti  à  retarder 
son  congé  de  quelques  jours  pour  faciliter  cette  rentrée  de  l'éminente 
cantatrice.  —  Jourdan,  le  charmant  ténor,  chantera  mercredi  pour  la 
première  fois  le  rôle  de  Georges  Brown  dans  la  Dame  blanclie.  —  Le 
Petit  Chaperon  rouge  sera  représenté  dans  la  première  quinzaine  du 
mois.  —  Mme  Faure  jouera  le  rôle  de  Rose-d'Ainour  ;  M,  Crosti  celui  de 
Rodolphe;  M.  Warot  celui  de  Roger.  Enfin  la  rentrée  de  Gouderc  aura 
lieu  le  1S  juillet  dans  un  opéra  nouveau  de  M.  Eugène  Gautier,  intitulé  : 
Crispin  médecin . 

„*,  Montaubry  et  Mme  Cabel  vont  nous  quitter;  mais  Montaubry  re- 
prendra son  service  le  1S  juillet.  Berthelier,  dont  l'engagement  a  été 
renouvelé  pour  trois  années,  a  renoncé  à  son  congé. 


REVl-E  ET  GAZETTE  MUSICALE 


*%  Nous  avons  dit  que  la  nouvelle  direction  du  théâtre  de  l'Opéra- 
Comique  avait  apporté  des  modifications  dans  le  personnel  de  l'adminis- 
tration. Ces  changements  sont  assez  importants  :  M.  Alfred  Beaumont 
signe  et  délivre  lui-même  les  billets  de  faveur.  M.  Achille  Denis  reste 
attaché  à  l'administration  pour  le  service  des  communications  aux  jour- 
naux et  la  correspondance.  M.  Leroy,  régisseur,  se  retire.  Il  n'est  tou- 
tefois point  remplacé  par  M.  Dutertre,  auteur  dramatique  et  ancien 
secrétaire  du  théâtre  de  la  Porte-Saint-Martin,  ainsi  que  plusieurs  jour- 
naux l'ont  annoncé.  Le  titre  qui  paraît  le  mieux  s'appliquer  aux  fonctions 
de  11.  Dutertre,  dans  l'administration  nouvelle,  est  celui  de  secrétaire 
général. 

***  Un  avis  publié  ces  jours-ci  porte  que  les  entrées  de  faveur  sont 
suspendues  à  l'Opéra-Comique,  et  que  les  ayants  droit  sont  priés 
d'adresser  leurs  réclamations  par  écrit  â  l'administration. 

**„  Quelques  journaux  ont  annoncé  que  MM.  Carmouche  et  I.acombe 
ont  retiré  leur  opéra  en  un  acte,  la  Madone,  qui  devait  être  représenté 
avant  la  fermeture  du  théâtre  Lyrique.  Cette  nouvelle  est  absolument 
dénuée  de  fondement. 

a,**  Le  directeur  du  théâtre  Lyrique  vient  de  demander  à  M.  S.  Man- 
geant un  opéra-comique  en  un  acte  pour  la  saison  prochaine.  La  dernière 
production  de  ce  compositeur,  la  Ronde  du  sultan  Mustapha,  obtient 
tous  les  soirs  au  Palais-Royal  les  honneurs  du  Us. 

***  Le  17  de  ce  mois,  à  l'audience  des  criées,  a  été  mis  en  vente,  sur 
la  mise  à  prix  de  200,000  fr.,  le  petit  théâtre  Choiseul,  dont  M.  Offenbach 
est  locataire.  L'immeuble  a  été  adjugé  moyennant  293,000  fr.  à  M.  Le- 
noir,  avoué  de  A).  Charles  Comte,  l'un  des  copropriétaires,  après  une 
vive  résistance  de  l'avoué  de  M.  Offenbach,  qui  a  poussé  les  enchères 
jusqu'à  292,500  fr. 

*%  Les  deux  théâtres  de  la  place  du  Châtelet  s'élèvent  ;  les  fondations 
des  monuments  destinés  au  théâtre  Lyrique  sont  déjà  au  niveau  du  sol, 
et  les  travaux  de  déblai  de  Ja  salle  édifiée  pour  recevoir  le  théâtre  Im- 
périal sont  exécutés  depuis  longtemps. 

„*t  Un  journal  a  annoncé  que  Meyerbeer  mettait  en  musique  un  li- 
bretto  de  Molchiorre  Sacchero,  intitulé  Charlotte  Corday,  et  destiné  au 
théâtre  San  Carlo  de  Kaples.   Cette  nouvelle  est  dénuée  de  fondement. 

„*„  Une  décision  fort  importante,  musicalement  parlant,  vient  d  être 
prise  en  Russie  :  S.  M.  l'empereur  a  décidé  que  le  1e'  septembre  pro- 
chain l'orchestre  des  théâtres  impériaux  serait  mis  au  diapason  adopté 
par  la  commission  française.  M.  le  général  Lwoff,  dont  la  haute  position 
dans  l'art  est  connue  de  toute  l'Europe,  a  obtenu  de  Sa  Majesté  une 
somme  de  45,000  fr.,  donnée  en  indemnité  aux  artistes  pour  les  substi- 
tutions d'instruments  nécessitées  par  cette  mesure.  Cette  nouvelle  ré- 
sulte de  la  communication  faite  par  l'honorable  maître  de  chapelle,  frère 
de  M.  le  général  Lwoff,  qui  se  trouve  en  ce  moment  à  Paris,  avec  Al.  Sa- 
bouroff,  directeur  du  théâtre  impérial  à  Saint-Pétersbourg. 

„*„  Mme  Charton-Demeur  est  de  retour  à  Paris,  où  elle  va  prendre 
quelques  mois  de  repos. 

„,**  Une  nouvelle  expérience  du  procédé  Carteron  contre  l'incendie 
vient  dêtre  faite  à  la  douane  de  Lyon,  et  le  résultat  en  a  été  assez 
concluant,  pour  que  l'application  de  ce  procédé  aux  théâtres  doive  être 
considérée  comme  mesure  d'utilité  publique. 

**„,  Les  nombreux  admirateurs  du  grand  talent  de  Stephen  Heller 
apprendront  avec  plaisir  que  sa  dernière  composition,  Tableau  de  genre, 
a  paru. 

„.*„  S.  M.  l'impératrice-mère  de  Russie  a  daigné  faire  remettre  à 
M.  Georges  Pfeiffer,  pianiste-compositeur,  une  bague  enrichie  de  dia- 
mants avec  une  lettre  des  plus  flatteuses.  Cet  artiste  s'était  fait  entendre 
chez  Sa  Majesté,  et  son  beau  talent  lui  avait  valu  les  suffrages  de 
l'auguste  princesse. 

**„  La  Schiller-Marsch  de  Meyerbeer  est  dès  à  présent  adoptée  par 
toutes  les  Sociétés  philharmoniques,  et  n'obtient  pas  moins  de  succès 
à  l'étranger  qu'en  France.  Publiée  en  Allemagne,  elle  vient  aussi  de 
paraître  en  Angleterre  et  en  Italie,  et  a  été  applaudie  récemment  dans 
des  concerts  à  Bruxelles,  à  Berlin  et  à  Dresde. 

»%  La  transcription  de  l'air  varié  (2°  morceau  de  salon),  de  Vieux- 
temps,  composée  par  L.  Brassin  et  exécutée  par  le  célèbre  pianiste  avec 
tant  de  succès  dans  ses  concerts  â  Paris  pendant  l'hiver  dernier,  vient 
de  paraître. 

„%  S.  M.  Guillaume  III,  roi  des  Pays-Bas,  vient  de  nommer  le  célèbre 
violoncelliste  Alexandre  Batta  officier  de  l'ordre  grand-ducal  de  la  Cou- 
roune  de  chêne. 

***  Les  amis  de  l'art  musical  remarquent  depuis  un  certain  nombre 
d'années  les  efforts  on  ne  peut  plus  honorables  que  font  plusieurs  pe- 
tites villes  de  nos  départements  pour  ne  pas  rester  en  arrière  des  loca- 
lités plus  importantes:  elles  font  ouvrir  des  classes  de  musique  dans  les 


écoles  communales,  elles  encouragent  les  exécutions  de  messes  dans  les 
églises,  enfin  elles  font  construire  des  orgues  destinées  à  augmenter  la 
pompe  du  culte  et  le  goût  de  la  musique  religieuse.  Dernièrement  en- 
core on  inaugurait  dans  la  petite  ville  de  Bailleul  (Nord)  un  excellent 
instrument  construit  par  M.  Aristide  Cavaillé-Coll,  qui  ne  cesse  de  pour- 
suivre dans  ses  travaux  ce  point  de  perfection  auquel  l'artiste  conscien- 
cieux tend  toute  sa  vie.  La  solennité,  organisée  par  les  soins  de  M.Nie- 
dermeyer,  avait  attiré  à  Bailleul,  dans  l'église  de  Saint-Amaud,  l'élite  du 
clergé  et  des  amateurs  du  département.  On  a  entendu  un  Ave  Maria , 
solo  et  chœur,  de  AI.  Siedermeyer;  un  O  Salutaris,  de  Rossini,  etc.  L'or- 
gue a  été  tenu  alternativement  par  M.  Loret,  professeur  à  l'école  de 
musique  religieuse  de  M.  Niedermeyer,  et  AI.  Permann,  élève  de  la  même 
école,  qui  ont  fait  valoir  avec  beaucoup  de  talent  le  mérite  de  l'instru- 
ment nouveau,  dont  tout  le  monde  a  loué  la  sonorité  puissante  et  la 
belle  harmonie. 

***  On  attend  à  Néris-les-Bains  Mlle  Emilie  Cuérette  ,  élève  de  Du- 
prez,  engagée  pour  la  saison  des  eaux.  Cette  jeune  personne  ,  dont  le 
gracieux  talent  fait  honneur  aux  leçons  du  célèbre  professeur,  s'est  fait 
entendre  la  semaine  dernière  avec  un  grand  succès,  dans  une  messe  de 
mariage  à  Saint-AIandé,  où  elle  a  chanté,  l' Ave  Maria  de  Gounod. 

***  M.  Ch.  Soullier  vient  de  publier,  sous  le  titre  de  Paris  neuf,  un 
volume  composé,  de  quarante-quatre  satires  en  vers  sur  la  capitale  de  la 
France  vers  le  milieu  du  xixe  siècle,  et  orné  de  gravures  représentant 
les  monuments  de  Paris.  C'est  un  ouvrage  qui  se  distingue  par  beau- 
coup de  verve  et  d'originalité. 

s,**  C'est  mardi  prochain  que  Musard  doit  faire  exécuter  par  son  bril- 
lant orchestre  le  fameux  quadrille  du  Sultan  Mustapha. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„,*„,  Londres,  26  juin. —  Dans  les  premiers  jours  de  juillet,  Tamberlick 
fera  sa  rentrée  au  théâtre  de  Covent-Garden  dans  le  Prophète,  et  la  saison 
sera  close  le  i  août.  Le  même  théâtre  a  repris  Maria,  et  le  succès  de 
l'œuvre  n'a  pas  été  moins  brillant  qu'à  son  apparition  première,  il  y  a 
deux  ans.  Sauf  le  rôle  de  lady  Henriette,  que  chante  aujourd'hui 
Aime  Penco,  la  distribution  n'a  pas  changé.  Sans  faire  oublier  Aime  Bo- 
sio,  si  charmante  sous  le  costume  de  Aiarta,  Aime  Penco  ne  lui  est  pas 
restée  inférieure.  Elle  a  délicieusement  chanté  avec  Alario  la  romance  : 
Qui  sola  vergin,  rosa,  que  l'on  a  redemandée,  et  Mario  a  dû  répéter  aussi 
l'air  qu'il  chante  si  bien  :  M'appari  iult'  amor.  Graziani  a  dit  l'air  à  boire 
avec  toute  sa  verve.  Aime  Nantier-Didiée,  Tagliafico,  Zelger,  n'ont  mérité 
que  des  éloges.  La  seconde  représentation  des  Huguenots  avait  été  retar- 
dée par  le  malheur  qui  a  frappé  Mario  et  Mlle  Grisi,  en  leur  enlevant 
leur  plus  jeune  fille.  On  l'a  donnée  enfin,  et  le  chef-d'œuvre  n'a  rien 
perdu  pour  attendre.  Demain,  27,  aura  lieu  un  graud  concert,  dans  la 
première  partie  duquel  on  entendra  Ronconi,  Gardoni,  Faure,  Graziani, 
Aimes  Carvalho  et  Grisi.  Dans  la  seconde  partie,  on  aura  une  représenta- 
tion avec  décors  et  costumes  de  l'Orphée  italien,  de  Gluck.  Aime  Csillag 
jouera  Orphée,  Aime  Penco,  Eurydice,  Mme  Nantier-Didiée,  l'Amour,  et 
c'est  Aime  Carvalho  qui  chantera  l'air  de  l'ombre  heureuse.  —  Au 
théâtre  de  Sa  Majesté,  Oberon  est  fort  bien  rendu  par  Mlle  Titjens, 
Aimes  Alboni,  Brunet,  Vaneri,  MM.  Belart,  Everardi,  Mongini.  C'est  un 
peu  pour  Mme  Alboni  qu'on  a  donné,  samedi  23,  le  Mariage  s  cret,  de 
Cimarosa.  Aime  Lotti  délia  Santa  chantait  Carolina,  Giuglini  Paolino, 
l'excellent  bouffe  Chmpi  Geronimo  et  Everardi  le  comte.  Ciampi  avait 
débuté  dans  le  Barbier  par  le  rôle  de  Bartolo,  de  façon  à  se  placer  tout 
près  de  Lablache.  Cassier  est  toujours,  après  Ronconi,  le  meilleur  des 
Figaros.  Dans  Lucia  s'est  produit  un  autre  débutant,  AI.  Steger,  du 
théâtre  impérial  de  Vienne.  C'est  un  ténor  de  force  dont  la  voix,  par 
trop  vibrante,  a  produit  un  fâcheux  effet.  Pour  la  seconde  représenta- 
tion, Mongini  devait  le  remplacer;  mais  on  a  donné  Lucrezia  Borgia.  — 
Les  concerts  sont  au  moment  de  leur  activité  la  plus  grande.  S.  AI. 
la  reine  en  a  donné  un  dans  son  palais,  où  Mme  Borghi-Mamo  a  chanté. 
Le  duc  do  Wellington  a  reçu  à  Apsley-IIouse  S.  AI.,  le  prince  Albert,  le 
comte  de  Flandres  et  toute  la  haute  aristocratie  anglaise  et  étrangère. 
Les  artistes  engagés  étaient  ceux  du  théâtre  de  Covent-Garden,  Aimes  Car- 
valho, Nantier,  Csillag,  A1M.  Gardoni,  Alario,  Ronconi,  Belletti  et  Graziani. 
—  Le  prince  Albert  a  posé  dernièrement  à  Alaybury,  près  Woking,  la 
première  pierre  du  Dramatic-Collegc.  Cet  établissement,  qui  a  été  créé, 
par  souscription,  est  destiné  à  venir  en  aide  aux  artistes  dramatiques 
indigents,  ainsi  qu'à  leurs  familles.  —  L'événement  de  la  quinzaine  mu- 
sicale a  été  le  concert  annuel  de  Bénédict,  l'un  des  chefs  d'orchestre 
du  théâtre  de  Sa  Majesté.  On  a  donné  le  Stabat,  de  Rossini,  avec  Giu- 
glini, Everardi,  Vialetti,  Mme  Alboni,  qui  a  chanté  d'une  façon  adorable 
Fac  ut  portem,  et  Aille  Titjens,  qui,  remise  à  peine  d'une  indisposition, 
a  dit  d'une   façon    remarquable   la  stance    Inflammatus.  Puis  venaient 


239 


l'Are  Maria  de  Mendelssohn,  par  les  dames  de  l'Association  vocale,  —  la 
Sehiller-Manch  de  Meyerbeer,  7—  le  petit  acte  bouffon  de  la  Prova  d'un 
opéra  séria,  —  enfin,  le  dernier  acte  (VOtello,  où  lime  Borghi-.Mamo  a 
soulevé  l'enthousiasme. —  La  Société  philharmonique  a  donné,  par  ordre, 
un  concert  dans  la  salle  a'Hanover-Square.  La  reine  y  assistait  avec  le 
roi  des  lîelges,  les  princesses  Alice  et  Hélène.  —  Les  concerts  deSaint- 
James-Mall  et  de  la  Société  d'harmonie  sacrée  sont  toujours  très-suivis. 
—  11  n'est  pas  facile  de  se  poser  à  Londres  comme  pianiste.  Léopold  de 
Meyer  et  miss  Arabella  Goddard  sont  toujours  en  possession  de  l'ad- 
miration générale.  —  C'est  à  Saint-James-Hall  que  le  prince  Georges 
Galitzin  a  donné  son  concert  russe,  au  bénéfice  de  Garibaldi.  Le 
prince  conduisait  l'orchestre;  INongini  et  Mme  SaintonDolby  ont 
chanté  un  duo  de  sa  composition  ;  on  a  exécuté  aussi  un  chœur  russe 
de  Bortuianski,  un  trio  et  un  air  de  danse  tirés  d'un  opéra  de  Glinka 
(l'auleur  de  la  Vie  pour  le  czar),  etc.  —  11  y  aura  deux  autres  concerts 
russes,  le  6  et  le  15  juillet. 

„%  Bruxelles.  —  Le  public  qui  afflue  au  théâtre  des  Galeries- Saint- 
Hubert  attendait  avec  impatience  le  début  d'un  des  meilleurs  comiques 
de  la  troupe  d'Offenbach,  Léonce.  Il  vient  de  se  montrer  dans  deux  ou- 
vrages capitaux  du  répertoire  des  Bouffes,  Mesdames  de  la  halle  et  les 
Petits  prodiges.  11  y  a  obtenu  un  succès  de  fou  rire.  Les  Dames  de  la 
halle  sont  un  des  produits  les  mieux  réussis  du  compositeur;  il  y  a  dé- 
ployé toute  la  variété  de  son  talent  ;  les  couplets  du  tambour-major, 
pleins  de  mélodie  et  du  rhythme  le  plus  franc,  ont  été  accueillis  par  les 
bravos  et  les  applaudissements.  A  demain  Orphée  aux  enfers. 

„,%  Wiesbade.  —  Tichatscheck  a  terminé  ses  représentations  au  théâtre 
de  la  Cour  par  le  rôle  d'Eléazar,  dans  la  Juive,  d'Halévy. 

„,*,  Fribourg.  —  Le  festival  de  chant  que  nous  avons  annoncé  a  eu 
lieu  au  milieu  d'un  concours  immense;  quatre-vingt-deux  sociétés  vo- 
cales s'y  étaient  rendues.  Dans  le  nombre  on  en  a  remarqué  deux  ve- 
nant de  France;  l'une  de  Colmar  et  l'autre  de  Paris.  Le-grand  duc  et  la 
grande-duchesse  de  Bade,  ainsi  que  le  ministre  de  l'intérieur,  ont  honoré 
cette  solennité  de  leur  présence. 

»*»  Zwickm.  —  On  vient  de  célébrer  ici  le  50e  anniversaire  de  la 
naissance  de  Robert  Schumann;  le  8  juin  a  eu  lieu  le  concert,  et  le  len- 
demain on  a  mis  à  découvert  la  table  commémorative  et  le  portrait-mé- 
daillon de  Schuman n„  qui  ont  été  fixés  à  la  façade  de  la  maison  où  naquit 
le  célèbre  compositeur. 

„%  Berlin.  -  Goethe  aussi  va  avoir  ici  sa  statue.  Le  comité  chargé  de 
diriger  l'exécution  du  monument,  a  élu  pour  président  Jacob  Grimm,  le 
célèbre  philologue. —  La  clôture  des  représentations  de  l'Opéra  a  eu  lieu 
le  20  juin. —  La  Muette  de  Portici  a  clôturé  les  représentations  de  l'Opéra 
royal,  qui  seront  suspendues  pendant  deux  mois.  — Aux  Opéras-Comiques 
(salles  d'été),  de  Kroil  et  de  Frédéric- Guillaume,  les  Noces  de  Figaro, 
Stradella  et  le  Di.cteur  et  l'Apothicaire  attirent  beaucoup  de  monde. 
Orphée  aux  enfers  vient  d'y  être  rsprésenté  et  a  obtenu  un  très-grand 
succès.  Offenbach  dirigeait  l'orchestre.  —  L'éditeur  G.  Bock  a  organisé  une 
série  de  six  concerts  à  grand  orchestre  dont  les  programmes  seront  des 
plus  attrayants.  Arban,  le  célèbre  cornettiste  de  Paris,  s'y  fera  entendre 
incessamment. —  Une  solennité  unique  sans  doute  dans  les  annales  de 
l'art  musical,  c'est  le  3,000e  concert  que  le  directeur  de  musique 
Charles  Eichelberg  \ient  de  donner  ici.  L'orchestre  avait  été  organisé 
sur  une  échelle  colossale  :  30  premiers  violons,  20  deuxièmes  violons, 
20  basses  de  viole,  16  violoncelles,  20  contre-basses  ;  en  tout,  150  artistes- 
L'exécution  des  nombreux  morceaux  portés  au  programme  et  parmi  les- 
quels figurait  la  Schiller-Marsch,  de  Ueyerbeer,  a  été  dirigée  successive- 
ment par  les  chefs  de  musique  Liebig,  Engel,  Fliege,  G.  Michaelis  et 
le  bénéficiaire. 

„%  hreslau.  —  Le  10  juin  dernier  on  a  donné  la  250°  représentation 
du  Freischiitz.  En  1805,  Ch.  M.  de  Weber  était  chef  d'orchestre  au 
théâtre  de  cette  ville,  où  il  a  écrit  la  partition  de  son  opéra  Mbezahl. 

é%  Saxe-Mriningm.  —  Notre  théâtre,  qui  jusqu'à  ce  jour  avait  été 
exploité  par  un  imprésario,  est  devenu  récemment  théâtre  delà  Cour. 


A  la  tête  de  l'administration  se  trouve  un  des  aides  de  camp  du  duc,  le 
baron  de  Stein.  L'orchestre  que  dirige  le  maître  de  chapelle  de  la  cour, 
M.  Bott,  compte  parmi  ses  membres  les  célèbres  frères  Huiler,  de  Bruns- 
wick. 

„*„,  Schicerin.  —  Le  premier  festival  du  Mecklenbourg  a  eu  lieu. 
Mme  Krebs-Michalesi,  de  l'opéra  de  la  Cour  à  Dresde,  a  chanté, 
le  premier  jour,  la  partie  de  Mica,  dans  Samton,  oratorio  de  Haendel, 
et  dans  le  concert  du  lendemain,  divers  morceaux  qui  tous  ont  été  cou- 
verts d'applaudissements.  Le  grand-duc  de  Jieeklenbourg-Schwerin  a 
fait  remettre  à  Mme  Michalesi  un  bracelet  enrichi  de  pierres  fines.  — 
Le  théâtre  de  la  Cour  a  fait  sa  clôture  par  la  reprise  de  Jessonda.  Il 
rouvrira  avec  Faust,  de  Goethe,  le  28  août,  jour  anniversaire  delà  nais- 
sance de  l'auteur. 

***  Maijencc —  Les  fêtes  à  l'occasion  du  quatrième  festival  du  Mittel- 
Bhein  (tUiin  central)  dureront  quatre  jours,  dont  deux  sont  réservés 
pour  la  paitie  musicale  ;  en  voici  le  programme  :  Premier  jour,  ouver- 
ture de  Beethoven  ;  Israël  en  Egypte,  oratorio  de  Haendel  ;  —  deuxième 
jour,  fragments  cVAkeste,  de  Gluck  ;  deux  chœurs  a  capella,  l'un  de  Pales- 
trina  et  l'autre  de  Mozart  ;  symphonie  en  ut  mineur,  de  Beethoven  ;  la 
première  nuit  de  Walpurgis,  de  Mendelssohn.  Les  chœurs  se  composent 
des  Sociétés  de  chant  de  Mayence,  Darmstadt,  Manheim,  Wiesbaden  et 
Worms.  Les  solistes  sont  :  Mme  Dustmann-Meyer  (Vienne),  Mlle  Sehreck 
(Bonn),  MM.  Schnorr  (Dresde)  et  Kindermann  (Munich).  Directeur, 
M.  Marpurg. 

***  Vienne,  23  juin.  —  La  troupe  italienne  a  donné  un  concert  au 
profit  de  l'Association  académique  de  chant.  Mlle  Lagrua  a  fait  enten- 
dre le  grand  air  du  freischiitz  et  Erlkoenig,  de  Schubert,  au  milieu  des 
acclamations  enthousiastes  de  l'auditoire.  Mlle  Lagrua  a  partagé  les  hon- 
neurs de  la  soirée  avec  Mme  Charton-Demeur,  qui  a  pareillement  élec- 
trisé  la  salle  en  chantant  avec  son  talent  habituel  un  air  de  Nozze  di 
Figaro  et  un  autre  de  Marco  Spada.  M.  Belletti,  de  l'orchestre  du  théâtre 
Italien  à  Paris,  s'est  fait  applaudir  dans  un  concerto  de  sa  composition 
pour  clarinette.  L'archiduchesse  Sophie  et  l'archiduc  Charles  assistaient 
au  spectacle. 

„**  Stockholm.  —  Les  concerts  d'Ole-Bull  et  de  Vieuxtemps  ont  donné 
beaucoup  d'intérêt  à  la  saison  actuelle.  Ole-Bull  s'est  fait  entendre 
quatre  fois  avec  le  plus  brillant  succès  devant  un  nombreux  auditoire. 
—  Les  cérémonies  du  couronnement  n'ont  pas  empêché  Vieuxtemps  de 
faire  de  fort  bonnes  affaires.  Pendant  son  séjour  dans  notre  capitale, 
l'éminent  violoniste  a  été  nommé  membre  honoraire  de  l'Académie  royale 
de  musique  ;  de  plus,  le  roi  de  Suède  lui  a  conféré  l'ordre  deG.  Wasa. — 
Une  violoniste  âgée  de  ssize  ans,  Mlle  Amélie  Bido,  de  Vienne,  a  fait  preuve 
de  talent  et  d'une  bonne  éducation  musicale.  —  On  attend  Mme  Jenny 
Lind-Goldschmidt  qui  doit  nous  revenir  après  une  absence  prolongée; 
la  célèbre  cantatrice  passera  l'été  dans  les  environs  de  la  capitale. 


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Entrez  dans  la  danse,  romance 2  50 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette  2  50 

Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

Pigeon  vole,  valse-chansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.  2  50 

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Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

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ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  (le  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
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perfectionnement. 

Instruments  f*S:ixomnitonitt.iies.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
acré  la  plus  belle  page  dans  son  iuppout  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

M.  Alphonse  Sax,  pat  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

ci  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  ele  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Preveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système,  lïue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


MAISON    H.    HERZ    pianos™4S,CJTH!  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

*  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  60  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  te  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.   > 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


1 "  iiié«Dnllle  tl'or 

Exposition  nationale  française  de  1869. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1869. 

-I"  méilnillo  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  lnnli. 

HJ-^Œ-O- 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1863  PAU 


Fadeur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


1"  médaille 

Exj  osilion  nationale  belge  de  1861. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE     0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1S65). 

Grniidc  humIiiIIIc  tl*or 

dit  Mérite  de  Prusse  (1S66). 


Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (1855).   —  Seule  grande   médaille 

(Voitncil  JTJfetltit)  à  l'Exposition   universelle  «le   liOiidres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  lu  Garde  impériale. 

■  INVENTEUR    DES    FAMILLES    DES 

GORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRI-.-BASSES-SAX. 

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TUOMBONES-SAX. 


Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  a  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  185». 
Tous  les  instruments  à  pistons   avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  BS5S>. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants  ;  iuv.  brev.  en  1  S5«. 


ou  cvlindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonuauce,   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


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27e  Année. 


B*  28. 


ON  S'ABONNE  S 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


g  Juillet  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

paris 24  (r.  par  on 

Départements,  Belgique  et  Suisse 30  «       id- 

Étranger ^4  -»       id. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETTE  KWSICALE 


— '\AAAAAAAA/w^ — 


SOMMAIRE.  —  Mondcraville  et  la  guerre  des  coins  (5e  et  dernier  article),  par 
Arthur  Pougin.  —  Les  Orphéonistes  français  à  Londres.  —  Correspon- 
dance :  Bade.  —  Revue  des  théâtres,  par  D.  A.  D.  Saint-I'ves.  — Nou- 
velles et  annonces. 


MONDONVILLE  ET  LÀ  GUERRE  DES  COINS. 

(5e  et  dernier  article.)  (1) 
VI. 

On  doit  convenir  que  si  Mondonville  acquit  de  son  vivant  une 
grande  célébrité ,  il  la  dut  bien  moins  à  son  talent  qu'aux  cir- 
constances dans  lesquelles  il  se  trouva  placé  et  aussi  à  certaines 
particularités  de  son  caractère.  Esprit  insinuant,  homme  habile  et 
doué  d'une  certaine  souplesse  d'humeur  dans  ses  relations  avec  les 
grands,  il  sut  se  faire  à  la  cour  des  auxiliaires  puissants  qui  lui  furent 
utiles  en  plus  d'une  occasion.  Les  courtisans  et  les  grands  seigneurs 
n'étaient  point  fâchés  d'avoir  quelqu'un  à  opposer  au  grand  Rameau, 
qui,  fort  de  son  génie  et  de  son  intelligence,  s'occupait  peu  de  plaire 
aux  hommes  de  cette  classe,  et  conservait  toujours  avec  eux  une 
franchise  rude  et  fière  à  laquelle  ils  n'étaient  point  habitués,  et  qui 
ne  laissait  pas  que  de  les  indisposer  vivement  contre  lui. 

Mondonville,  ainsi  que  nous  l'avons  dit  déjà,  possédait  un  talent 
vraiment  remarquable  sur  le  violon.  Lorsque ,  à  son  arrivée  à 
Paris,  il  débuta  au  concert  spirituel  et  s'y  fit  connaître  comme  vir- 
tuose, il  y  produisit  une  véritable  sensation.  Il  y  trouva  un  nommé 
Guignon,  ainsi  que  lui  violoniste  habile,  dont,  après  avoir  été  le 
rival,  il  devint  l'intime  ami.  Au  lieu  de  chercher  à  se  nuire  l'un 
l'autre,  les  deux  artistes  eurent  le  bon  esprit  de  réunir  leurs  ta- 
lents; ils  charmaient  l'oreille  des  dilettanii  du  concert  parla  façon 
supérieure  dont  ils  exécutaient  des  duos  et  des  symphonies  concer- 
tantes pour  deux  violons.  La  réputation  de  Mondonville  comme  ins- 
trumentiste était  donc  justement  méritée  ;  mais  nous  ne  pouvons  nous 
empêcher  de  faire  remarquer  encore  que  les  circonstances  le  favo- 
risèrent d'une  façon  tout  exceptionnelle  et  furent  pour  beaucoup  dans 
les  brillants  succès  qui  signalèrent  sa  carrière  de  compositeur.  Sous 
ce  rapport  il  a  été  loué  par  ses  contemporains  au  delà  de  toute  me- 
sure. Nous  avons  vainement  feuilleté  ses  partitions  dramatiques  dans 
l'espoir  d'y  rencontrer  quelque  chose  de  saillant,  et  nous  n'avons 
trouvé  qu'un  seul  morceau  qui  mérite  d'êlre  signalé,  c'est  le  chœur  : 
Vous  qui  volez  sans  cesse  sur  nos  traces. . . 

(1)  Voir  le  n°  26. 


qui  ouvre  la  quatrième  scène  du  premier  acte  dans  le  Carnaval  du 
Parnasse.  Ce  chœur,  écrit  presque  tout  entier  en  style  de  canon,  est 
d'une  facture  extrêmement  remarquable.  Il  débute  avec  franchise  par 
une  phrase  de  soprani  qui  semblerait  être  un  sujet  de  fugue,  et  que 
reprennent  ensuite  les  basses  à  la  quarte  inférieure  ;  le  morceau  est 
écrit,  d'un  bout  à  l'autre,  sur  des  marches  harmoniques  en  imitation 
qui  sont  d'un  excellent  effet;  de  plus,  il  est  d'une  grande  sonorité. 
Mais  nous  lui  reprocherons  d'abord  de  n'être  pas  en  rapport  avec  les 
paroles  ;  en  second  lieu,  d'être  trop  tourmenté,  comme,  du  reste, 
toute  la  musique  de  Mondonville.  Nous  nous  rappelons,  au  sujet  de 
cette  pièce,  une  épigramme  qui  courut  lors  d'une  des  reprises  que 
l'on  en  fit.  C'était  en  1759,  si  nous  ne  nous  trompons;  l'adminis- 
tration de  l'Opéra  avait  fait  de  grandes  dépenses  de  mise  en  scène  que 
ne  purent  couvrir  les  maigres  receltes  obtenues  avec  cet  ouvrage,  qui 
pourtant,  lors  de  sa  première  apparition,  avait  eu  un  certain  succès. 
C'est  alors  qu'un  malin  fit  courir  le  quatrain  suivant  : 

On  habille,  on  décore  en  vain 
Un  opéra  si  misérable. 
C'est  servir  des  mets  à.  la  diable 
Dans  la  vaisselle  de  Germain  (1). 

A  notre  grand  regret,  nous  n'avons  pu  nous  procurer  ni  les  motets 
ni  les  oratorios  de  ce  compositeur.  Quant  à  sa  musique  dramatique, 
qui  occupe  une  place  considérable  dans  l'ensemble  de  ses  œuvres, 
puisqu'il  fit  représenter  six  opéras  et  un  ballet,  nous  venons  de  citer 
le  seul  fragment  qui  nous  en  ait  paru  réellement  remarquable.  Mon- 
donville était  très  bon  harmoniste  ;  il  écrivait  très-purement  et  ses 
morceaux  sent  soigneusement  instrumentés  ;  mais  cette  instrumenta- 
tion même  était  beaucoup  trop  difficile  pour  le  temps  où  il  vivait, 
et  nous  sommes  convaincu  que  les  violons,  particulièrement,  n'ont 
jamais  exécuté  d'une  façon  qui  pût  le  satisfaire  les  traits  maladroi- 
tement compliqués  qu'il  écrivait  pour  eux. 

La  cause  de  cette  difficulté  inutile  qu'on  découvre  dans  son  or- 
chestration se  fait  comprendre  par  le  peu  de  fond  de  ses  idées.  En 
effet,  ces  idées  sont  d'une  pauvreté  extrême,  pour  ne  pas  dire  d'une 
nullité  complète;  pour  voiler  de  son  mieux  cette  indigence  d'imagina- 
tion, il  recherche  les  combinaisons  extraordinaires,  entasse  notes  sur 
notes,  et  surcharge  ce  que  nous  appelons  le  remplissage  d'une  multi- 
tude de  dessins  impuissants  à  racheter  l'absence  du  feu  sacré  dont  il 
est  privé.  En  voulant  donner  un  intérêt  particulier  à  chaque  instru- 
ment, il  arrive  à  des  mouvements  confus,  à  un  verbiage  inutile  et 
cent  fois  trop  compliqué. 

(1)  Célèbre  orfèvre  souvent  nommé  par  Voltaire  dans  ses  poésies  légères. 


242 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Il  résulte  nécessairement  de  lout  cela  que  sa  musique  est  contour- 
née et  tourmentée  à  l'excès,  et  que  derrière  ce  fouillis  inextricable  de 
doubles  et  de  triples  croches  se  cachent  une  platitude  et  une  pé- 
nurie extrêmes  dans  la  mélodie.  Son  style  a  toujours  beaucoup  d'em- 
phase et  de  prétention  ;  de  noblesse  et  de  véritable  grandeur,  jamais. 
En  un  mot,  Mondonville  sait,  mais  il  emploie  mal  son  savoir  ;  il  ne 
veut  pas  —  ou  ne  peut  pas  —  avoir  la  naïveté  charmante  ni  la  ten- 
dre gaieté  de  Mouret,  en  même  temps  qu'il  brise  ses  ailes,  lorsqu'il 
essaye  d'atteindre  à  la  hauteur  et  à  la  puissance  de  Rameau.  Du  reste, 
sa  vogue  ne  fut  que  de  peu  de  durée  ;  et  ce  qui  vient  à  l'appui  de 
notre  appréciation,  c'est  que  ses  ouvrages  ne  furent  jamais  remis 
au  répertoire  et  que,  vingt  ans  après  sa  mort,  ceux-là  seuls  qui  l'a- 
vaient connu  pouvaient  se  les  rappeler. 

Nous  sommes  assez  fondé  à  supposer  que  la  musique  religieuse  de 
Mondonville  avait  les  mêmes  défauts  et  les  mêmes  qualités  que  sa 
musique  dramatique  ;  nous  avons  eu  entre  les  mains  le  second  re- 
cueil de  ses  pièces  pour  le  clavecin  avec  accompagnement  de  violon, 
qui  sont  en  quelque  sorte  de  petits  motets,  la  partie  de  violon  n'étant 
faite  que  pour  remplacer  au  besoin  une  partie  de  chant,  écrite  sur 
les  paroles  de  différents  psaumes.  Le  recueil  est  dédié  par  son  auteur 
à  monseigneur  l'évêque  de  Rennes,  et  porte  en  tête  une  épigraphe 
tirée  de  l'ode  IV  du  troisième  livre  des  Odes  d'Horace.  C'est  toujours 
le  même  abus  de  notes  joint  à  la  même  pauvreté  de  mélodie;  mais 
ces  défauts  paraissent  encore,  s'il  se  peut,  plus  sensibles  dans  la  mu- 
sique religieuse,  laquelle,  ne  pouvant  se  sauver  par  les  agréments  du 
style,  doit  toujours  être  claire  et  naturelle,  et  exige  avant  tout  de  la 
simplicité,  de  l'élévation  et  une  véritable  grandeur.  Cependant  nous 
ne  pouvons  être  de  l'avis  de  Grimm,  qui  traitait  Mondonville  de  mu- 
sicien de  guinguette;  tout  en  avouant  qu'il  manquait  des  hatites 
qualités  exigées  par  la  composition  musicale ,  nous  devons  convenir 
aussi  que  son  défaut  n'était  point  la  trivialité. 

Nous  avons  dit  que  Mondonville  était  extrêmement  prétentieux  et 
bouffi  de  vanité  ;  sa  manie  de  se  poser  en  homme  de  lettres  a  pu  le 
prouver  suffisamment,  car  nous  avons  fait  voir  que  plusieurs  des 
poëmes  de  ses  opéras,  publiés  sous  son  nom,  étaient  réellement  dus  à 
l'abbé  de  Voisenon.  Mais  une  preuve  plus  palpable  encore  de  l'ex- 
cessif amour-propre  qui  le  dominait  se  trouve  dans  l'idée  saugrenue  qui 
lui  vint  un  jour  de  mettre  en  musique  le  privilège  de  la  librairie  qui 
se  trouvait  à  la  suite  d'une  de  ses  partitions,  Louis,  par  la  grâce 
de  Dieu,  etc.,  etc.;  il  mit  son  idée  à  exécution,  et  il  prétendait  faire 
chanter  ainsi  un  numéro  de  la  Gazette  de  Hollande  tout  comme  une 
scène  d'opéra. 

11  lui  arriva  un  jour  une  aventure  assez  singulière  :  un  littérateur 
de  sa  connaissance,  qui  avait  fait  recevoir  un  poëme  à  l'Opéra,  lui 
confie  son  ouvrage  en  le  priant  de  le  mettre  en  musique  et  de  s'en 
occuper  aussitôt,  léliotte  devant  jouer  dans  la  pièce  et  comptant  sur 
un  grand  succès.  Notre  homme  promet  de  s'y  mettre  incontinent; 
mais  les  jours,  les  semaines  et  les  mois  se  passent  sans  qu'il  y  mette 
la  main  et  en  écrive  une  seule  note.  Chaque  fois  que  le  poëte  lui 
demandait  des  nouvelles  de  son  opéra,  Mondonville  lui  répondait  in- 
variablement :  —  Je  m'en  occupe,  mon  cher;  il  avance,  ce  sera  bien- 
tôt fini.  —  Cependant,  après  deux  années  de  remises  continuelles,  le 
poëte  impatienté,  vient  un  matin  au  saut  du  lit  trouver  le  composi- 
teur et  lui  dit:  —  Eh  bien!  voyons,  où  en  sommes-nous?  —  J'ai 
terminé,  lui  répond  celui-ci.  —  Pas  possible?  —  Complètement!  — 
En  ce  cas,  voyons.  —  Volontiers.  Mondonville  alors  se  met  à  fouiller 
partout  chez  lui,  sachant  bien  qu'il  ne  trouvera  pas  la  musique  qu'il 
n'a  pas  faite  ;  enfin,  après  avoir  ouvert  ses  portefeuilles,  bouleversé 
tous  ses  tiroirs  :  —  Je  ne  puis  trouver  ma  partition,  dit-il,  je  ne  sais 
où  je  l'ai  fourrée  ;  mais  c'est  égal  ;  je  la  sais  par  cœur,  voilà  ton 
poëme,  je  vais  le  faire  entendre  cela.   Il  se  met  alors  au  clavecin, 


improvise  l'opéra  tout  entier,  et  le  poëte  enchanté  court  chez  Jéliotte 
lui  annoncer  cette  heureuse  nouvelle. 

Mondonville  n'était  point  méchant;  sa  société  était  fort  agréable  et 
il  ne  manquait  point  d'esprit.  M.  Fétis  affirme  qu'il  était  fort  avare  ; 
que,  grâce  à  cette  avarice,  il  avait  amassé  une  assez  jolie  fortune,  et 
que  ce  vice  affreux  était  poussé  chez  lui  à  un  tel  degré  qu'il  mourut 
sans  vouloir  recevoir  aucun  secours  de  la  médecine.  Ce  que  nous 
pouvons  affirmer,  c'est  que  nulle  part  ailleurs  nous  n'avons  trouvé  trace 
d'une  pareille  accusation.  Quant  à  la  fortune  que  Mondonville  avait 
amassée,  il  nous  semble  que  sa  position  était  assez  brillante  et  s'était 
dessinée  d'assez  bonne  heure  pour  que,  sans  se  priver  de  rien,  il  pût 
l'avoir  acquise.  Violoniste  de  la  chambre  du  roi  à  vingt-deux  ans, 
maître  de  la  chapelle  de  Versailles  à  vingt-neuf,  directeur  pendant 
près  de  huit  années  du  concert  spirituel,  ayant  fait  représenter  plu- 
sieurs ouvrages  qui  eurent  beaucoup  de  retentissement,  et,  par  des- 
sus tout  cela,  s'étant  marié  fort  avantageusement,  en  voilà,  selon 
nous,  plus  qu'il  n'en  faut  pour  justifier  le  bien  assez  considérable 
qu'il  laissa  au  fils  unique    né  de  son  union  avec  Mlle  de  Boucon  (1). 

Sa  veuve,  du  reste,  fit  de  lui,  à  sa  mort,  le  plus  bel  éloge  qu'une 
femme  puisse  adresser  à  la  mémoire  de  son  époux  :  «  Le  bien  qu'on 
a  a  à  dire  de  ses  talens,  dit-elle  à  ceux  qui  l'entouraient,  est  bien 
»  au-dessous  de  ce  qu'on  doit  dire  de  son  caractère  et  de  son  cœur. 
»  11  eut  toutes  les  vertus,  et  je  ne  lui  connus  jamais  un  vice  après 
»  vingt-cinq  ans  de  mariage.  » 

Arthur  POUGIN. 


LES  ORPHÉONISTES  FRANÇAIS  A  LONDRES. 

Les  chants  ont  cessé,  mais  l'impression  se  prolonge  d'échos  en 
échos,  et  laissera  des  traces  durables.  Une  fête  musicale  s'est  trans- 
formée en  événement  politique  et  social.  Rien  ne  saurait  donner  une 
idée  de  l'enthousiasme  sympathique  avec  lequel  nos  compatriotes  ont 
été  reçus  par  nos  voisins.  Jamais  hospitalité  plus  cordiale  n'avait  été 
exercée  par  les  enfants  d'une  grande  nation  envers  ceux  d'une  autre. 
Raconter  en  détail  toutes  les  scènes  émouvantes  de  ce  pèlerinage, 
d'un  genre  si  neuf  et  d'un  intérêt  si  vif  par  son  but  et  ses  résultats, 
nous  serait  impossible  aujourd'hui.  Nous  nous  bornerons  à  continuer 
la  relation  sommaire,  commencée  il  y  a  huit  jours  ;  et  d'abord  nous 
transcrirons  le  fragment  d'une  correspondance  empruntée  au  dernier 
numéro  de  la  Revue  et  gazette  des  théâtres  : 

»  2  juillet  1S60. 

»  Les  quatre  concerts  donnés  par  les  orphéonistes  français,  au  palais 
de  Sydenham,  ont  obtenu  un  succès  croissant,  et  le  quatrième,  qui  a 
eu  lieu  samedi  dernier,  quoique  ce  jour,  le  dernier  du  mois,  fût  con- 
sacré à  la  liquidation,  n.'a  pas  réuni  moins  de  15  à  20,000  personnes. 
C'était  une  furie,  un  enthousiasme  et  des  transports  que  je  renonce  à 
décrire. 

»  Le  programme,  cependant,  différait  peu  de  ceux  des  précédents 
concerts  ;  mais  il  y  avait  dans  l'empressement  du  public  autre  chose 
que  l'amour  de  la  musique  vocale  ;  il  y  avait  parti  pris  de  rendre  aux 
yeux  de  tous  l'hospitalité  aussi  généreuse  que  possible,  et  de  prouver 
que,  de  la  part  de  la  population  britannique  du  moins,  l'entente  cor- 
diale n'était  pas  un  vain  mot. 

»  On  a  donc  applaudi  avec  frénésie,  dans  ce  concert  d'adieu,  le 

(1)  Le  fils  do  Mondonville,  né  à  Paris  en  1748,  une  année  environ  après  le  ma- 
riage de  son  pure,  fut,  ainsi  que  lui,  un  habile  violoniste.  A  l'âge  de  dix-neuf  ans  il 
publia  un  recueil  de  six  sonates  pour  violon  et  basse,  seul  échantillon  qu'il  ait 
laissé  de  son  talent  do  compositeur.  Il  s'adonna  ensuite  au  hautbois  et  en  joua 
dans  les  concerts  avec  un  certain  succès.  Il  mourut  à  Paris ,  en  1808 ,  âgé  de 
soixante  ans. 


DE  PARIS. 


243 


septuor  des  Huguenots;  le  Chant  du  bivouac,  le  Betour  du  chas- 
seur, le  Jour  'du  Seigneur,  les  Enfants  de  Paris,  la  Chapelle,  la 
Retraite  et  le  France  !  France  !  composé  pour  le  festival  de  Londres 
par  M.  Ambroise  Thomas  ;  on  a  fait  une  ovation  à  l'excellente  mu- 
sique des  guides,  dont  la  perfection  et  l'ensemble  ne  laissent  rien  à 
désirer.  Puis  la  foule  ayant  crié  bis  au  dernier  couplet  de  France] 
France  !  les  orphéonistes  se  sont  levés  en  masse,  et  ont  entonné  le 
God  save  the  Queen,  qui  avait  commencé  le  concert.  Les  An- 
glais ont  répondu  à  cette  galanterie  en  attaquant  en  masse  le  Chant 
national  français,  et  les  accords  de  vingt  mille  voix  ont  fait  trembler 
les  voûtes  de  cristal  de  l'admirable  palais  de  Sydenbam. 

»  A  la  suite  du  concert,  un  immense  banquet  d'environ  A, 000  cou- 
verts a  eu  lieu  dans  la  grande  galerie.  Il  était  offert  aux  orphéonistes 
par  une  souscription  couverte  en  quelques  heures  par  des  membres 
du  Parlement,  des  notabilités  de  la  ville  et  de  la  Cité.  M.  J.  Paxton, 
de  la  Chambre  des  communes,  directeur  de  la  compagnie  du  Palais 
de  Cristal,  présidait.  Une  table  était  spécialement  réservée  à  la  presse 
de  Paris  et  de  Londres.  Une  affiche  placardée  sur  un  pilier  désignait 
quatre  toasts  :  A  la  Reine!  A  l'Empereur!  Aux  Orphéonistes!  A  l'Al- 
liance ! 

»  M.  Paxton  a  porté  les  deux  premiers,  qui  ont  excité  d'unanimes 
applaudissements.  Un  membre  du  comité,  qu'on  m'a  dit  être  un  mi- 
nistre, a  porté  le  toast  aux  orphéonistes,  et  c'est  M.  Bright,  du  Parle- 
ment, l'ami  de  Cobden,  et  l'un  des  plus  fervents  adeptes  de  la  paix, 
qui  a  bu  à  l'alliance  entre  deux  grandes  nations  rivales.  «  Je  suis 
»  aussi  Français  que  vous,  »  a-t-il  dit  à  nos  orphéonistes,  et  ceux-ci 
l'ont  acclamé  de  trois  hurrahs  formidables. 

»  Après  ces  quatre  toasts  officiels,  annoncés  chacun  par  une  fan- 
fare, MM.  Delaporte,  Vaudin  et  Eugène  d'Auriac  ont  pris  la  parole  et 
bu  successivement  à  l'Angleterre,  à  l'accord  entre  les  nations,  à  la 
généreuse  hospitalité  britannique,  etc.  Des  tonnerres  d'applaudisse- 
ments éveillaient,  pour  ainsi  dire,  à  chaque  mot,  les  échos  endormis 
dans  la  vaste  serre  ordinairement  silencieuse. 

»  Au  dehors,  une  foule  immense  attendait  la  sortie  des  orphéo- 
nistes. Ils  ont  repris  leurs  bannières  après  le  banquet  et  ont  com- 
mencé à  se  diriger  vers  la  gare  de  Sydenham,  afin  de  rentrer  à 
Londres.  Deux  corps  de  musique,  riflemen  et  artillerie,  placés  sur  la 
grande  terrasse,  n'ont  cessé  de  jouer  pendant  tout  le  défilé.  Un  déta- 
chement de  volontaires  fraternisait  avec  nos  chanteurs.  Deux  haies 
compactes  d'hommes  et  de  femmes  élégantes  s'étendaient  sur  leur 
passage.  Ce  qu'on  a  échangé  d'embrassements,  de  serrements  de 
mains,  de  protestations  d'amitié  éternelle,  est  vraiment  incroyable. 
Un  drapeau  tricolore  a  été  partagé  parmi  les  Anglais,  et  chaque  gentle- 
man ornait  sa  boutonnière  d'un  fragment  de  couleur.  On  a  vu  des 
ladies,  remarquables  par  leur  beauté  et  par  leur  toilette,  enlever  les 
insignes  de  nos  orphéonistes  et  en  orner  leurs  corsages;  d'autres, 
plus  enthousiastes  encore,  couper  une  mèche  de  leur  belle  chevelure 
et  les  offrir  à  la  France  dans  la  personne  d'un  de  ses  enfants. 

»  Le  défilé  a  duré  longtemps.  Commencé  à  neuf  heures,  il  n'était 
pas  terminé  à  minuit,  grâce  à  ces  interruptions,  à  ces  embrassements 
prolongés.  Quoique  partant  de  cinq  en  cinq  minutes,  les  trains  ne 
suffisaient  point  au  service  entre  Sydenham  et  London-Bridge.  Les 
derniers  touristes  ne  sont  arrivés  dans  le  quartier  central  qu'à  une 
heure  et  demie  ou  deux  heures  du  matin,  et  la  ville  de  Londres  a  en- 
tendu toute  la  nuit  les  chants  nationaux  français  et  anglais,  car  les 
orphéonistes,  devant  partir  dimanche  matin  pour  rentrer  chez  eux, 
ont  jugé  à  propos  de  ne  pas  se  coucher  du  tout.  Le  départ  a  pré- 
senté les  mêmes  incidents  et  reproduit  les  mêmes  scènes  d'effusion 
cordiale.  » 

Pendant  leur  séjour  à  Londres,  les  orphéonistes  ont  trouvé  l'occa- 
sion de  faire  une  bonne  œuvre  ;  ils  n'y  ont  pas  manqué.  Comme 
nous   le  disions  il  y   a  huit  jours,  il   existe,  sous  la  présidence  de 


S.  Exe.  le  comte  de  Persigny,  ambassadeur  de  France,  une  société 
dont  le  but  est  de  fournir  des  secours  aux  Français  nécessiteux  qui 
habitent  l'Angleterre  ;  c'est  une  noble  et  généreuse  pensée,  partagée 
par  plusieurs  membres  de  l'aristocratie  anglaise.  Cette  société  don- 
nait à  Saint-James  Hall  un  concert  le  samedi  30  juin.  M.  le  comte  de 
Persigny  avait  demandé  le  concours  des  chanteurs  français;  il  ne 
pouvait  être  refusé. 

MM.  Schlosser  frères,  qui  avaient  prêté  leur  concours  à  M.  Delaporte 
dans  tous  les  préparatifs  du  festival,  choisirent  cent  orphéonistes,  et  le 
soir,  malgré  les  fatigues  du  jour  même,  nos  excellents  compatriotes  firent 
leur  apparition  à  Saint-James  Hall.  Ce  fut  pour  eux  un  triomphe,  et  un 
triomphe  mérité.  Là,  devant  un  public  d'élite,  ils  chantèrent  avec 
une  rare  supériorité  les  morceaux  qui  avaient  obtenu  le  plus  de  suc- 
cès aux  grands  concerts.  L'exécution  fut  parfaite  et  digne  des  meil- 
leurs artistes.  Il  est  impossible  de  rendre  l'impression  produite  par 
ces  cent  voix,  presque  toutes  belles,  pures  et  sonores,  disant  avec  la 
précision  la  plus  admirable  et  le  fini  le  plus  complet  ces  vigoureuses 
mélodies. 

Le  concert  a  été  des  plus  brillants.  Jules  Lefort  y  a  obtenu  un  de 
ces  succès  auxquels  il  est  depuis  longtemps  accoutumé.  La  musique 
des  guides  a  été  couverte  d'applaudissements  ;  enfin  on  voyait  "que 
chacun  avait  à  cœur  de  rendre  brillante  cette  soirée  consacrée  à  une 
œuvre  de  bienfaisance  nationale. 

Dès  la  veille,  le  vendredi,  M.  le  comte  de  Persigny  avait  reçu 
les  directeurs  des  différentes  Sociétés  chorales  qui  lui  ont  été  pré- 
sents par  M.  Delaporte.  Voici  à  peu  près  textuellement  les  pa- 
roles qui  leur  ont  été  adressées  par  Son  Excellence  : 

«  Messieurs, 

»  Je  suis  heureux  de  vous  voir  en  Angleterre.  Je  sais  et  j'apprécie 
toutes  les  difficultés  que  vous  avez  rencontrées  pour  venir  jusqu'ici.  Je 
vous  félicite  des  succès  qui  ont  couronné  tant  d'efforts,  et  personnel- 
lement je  vous  ai  écoutés  avec  le  plus  grand  plaisir. 

»  Vous  êtes  venus  dans  la  Grande-Bretagne  pour  y  faire  entendre 
les  chants  avec  lesquels  vous  avez  parcouru  la  France  ;  mais  votre 
mission  s'est  agrandie. 

»  Si  j'avais  été  consulté  sur  votre  projet,  je  n'aurais  peut-être  pas 
osé,  en  présence  des  difficultés  politiques  survenues  pendant  ces  der- 
niers mois  entre  la  France  et  l'Angleterre,  conseiller  une  pareille 
tentative  de  fraternisation.  Mais  le  succès  a  dépassé  toutes  les  pré- 
visions. Le  peuple  anglais  a  prouvé  par  la  cordialité  avec]laque!le  il 
vous  a  accueillis,  qu'il  a  au  fond  du  cœur  pour  la  France  plutôt  des 
aspirations  de  rapprochement  et  de  sympathie  que  des  sentiments  de 
défiance  et  de  haine  qu'on  a  semblé  lui  supposer  dans  les  régions 
élevées  de  ce  pays. 

»  Vous  le  voyez,  Messieurs,  votre  mission,  née  d'une  pensée  fra- 
ternelle, aura  eu  une  véritable  influence  politique.  Je  vous  remercie 
donc,  au  nom  de  l'Empereur,  d'avoir  fait  taire,  par  vos  voix,  toute 
idée  d'antagonisme  entre  deux  peuples  dont  l'union  forte  et  sincère 
peut  seule  assurer  au  monde  les  bienfaits  de  la  civilisation.  »  (Accla- 
mations.) 

Par  sa  réponse  à  M.  le  comte  de  Persigny,  M.  Delaporte  a  digne- 
ment couronné  l'honorable  mission  qu'il  vient  de  remplir  avec  tant 
de  dévouement  et  de  zèle. 


CORRESPONDANCE. 

Bade,  6  juillet. 

La  saison  de  Bade  a  été  inaugurée  cette  année  par  un  préluda  politique 
qui,  dit-on,  n'est  que  le  précurseur  d'un  concert  européen,  dont  le  pro- 
gramme a  été  arrêté  ici.  Souhaitons  que  dans  l'exécution  il  n'y  ait  point 
de  dissonances,  point  de  modulations  imprévues,  et  que  l'avenir  qu'on 
nous  prépare  ressemble,  non  pas  ix  la  musique  de  l'avenir,  mais  plutôt 


m 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


à  la  musique  de  Palestrina,  pure  et  sereine,  et  qui,  malgré  toute  sa  ri- 
chesse, ne  sort  pas  de  Vaccord  parfait. 

La  saison  musicale  s'est  ouverte  par  un  concert  qui  sera  suivi  d'un 
grand  nombre  d'autres  où,  comme  pendant  les  saisons  précédentes,  on 
entendra  les  artistes  les  plus  distingués  de  Paris. 

Certes  le  programme  d'un  concert  musical  ne  peut  pas  se  comparer  à 
celui  dont  nous  parlions  tout  à  l'heure  ;  cependant  il  a  bien  aussi  ses 
difficultés,  et  le  public,  malheureusement  les  artistes  eux-mêmes,  ne 
s'en  rendent  pas  suffisamment  compte.  Que  diriez-vous  d'un  poëme  d'opéra 
où  plusieurs  airs  ou  duos  se  suivraient?  Vous  le  trouveriez,  et  avec  rai- 
son, mal  coupé,  car  une  des  premières  conditions  d'un  bon  poëme  est 
la  variété  ;  et  le  compositeur  qui  dans  un  opéra  écrirait  plusieurs  mor- 
ceaux de  suite  dans  le  même  ton ,  dans  la  même  mesure  ou  du  même 
caractère,  encourrait  également  de  votre  part  le  reproche  de  manquer 
de  discernement,  de  ne  pas  savoir  calculer  ses  effets  !  Eh  bien,  il  en 
est  de  même  d'un  programme  :  plusieurs  morceaux  lents  qui  se  suivent, 
deux  airs  à  roulades  l'un  après  l'autre,  trois  morceaux  dans  le  même 
ton  peuvent  rendre  un  concert  monotone,  ennuyeux  même  ;  tout  cela 
soit  dit  sans  application  au  premier  concert  donné  ici. 

Un  fragment  du  septuor  de  Hummel,  son  chef-d'œuvre,  ouvrait  la 
séance  ;  il  a  été  très-bien  rendu  par  MM.  Billet,  Rucquoy,  Doerschel,  Ste- 
nebrûggen,  Grodvolle,  Cosmann  et  Hartmann.  Cosmann  a  chanté  quel- 
ques morceaux  sur  le  violoncelle;  Gleichauf,  un  violon  de  l'école  de 
Vieuxtemps,  dont  il  rappelle  la  qualité  de  son  à  la  fois  large  et  moelleux, 
a  fait  entendre  une  rêverie  et  une  fantaisie  de  son  maître.  Billet,  le  pia- 
niste favori  du  public  brillant  de  Nice,  a  joué  avec  un  entrain  et  une 
précision  remarquables  le  septuor  et  un  rondo  espiègle  et  coquet  de 
Weber.  Mlle  Sanchioli,  qui  nous  a  fait  entendre  l'air  du  Barbier  et  un  air 
de  la  Donna  del  lago,  a  une  très-belle  voix  et  elle  sait  chanter  ;  cepen- 
dant nous  lui  rappellerons  le  mot  de  Buffon  :  Le  style,  c'est  l'homme  ; 
et  nous  lui  dirons  :  Le  style,  c'est  l'artiste  ! 

J.  R. 


Une  autre  lettre  que  nous  recevons  à  l'instant  même,  nous  apporte 
les  nouvelles  suivantes  : 

«  Les  deuxième  et  troisième  concerts  ont  été  superbes,  grâce  surtout 
à  M.  Laub,  cet  admirable  violoniste  qui,  avec  Vieuxtemps  et  Joachim,  est 
aujourd'hui  à  la  tête  de  nos  virtuoses,  surtout  quand  il  s'agit  de  l'exé- 
cution de  bonne  et  grande  musique  classique,  ce  qui  ne  l'empêche  pas 
d'exécuter  avec  une  pureté  irréprochable  les  choses  les  plus  difficiles, 
telles  que  les  variations  d'Othello,  d'Ernst,  le  Lutin,  de  Bazzini,  etc.,  etc. 
Il  a  joué  avec  un  talent  hors  ligne  les  fragments  du  grand  trio  de 
Beethoven  avec  Mlle  Caussemille  et  Cossmann,  les  variations  et  le  finale 
de  la  grande  sonate  de  Beethoven,  dédiée  à  Kreutzer,  avec  Mlle  Causse- 
mille. Cette  dernière  a  fait  des  progrès  sensibles  depuis  deux  ans  :  net- 
teté, élégance,  sentiment,  telles  sont  ses  principales  qualités.  On  l'a  vi- 
vement applaudie  dans  les  deux  concerts  où  elle  s'est  fait  entendre.  Un 
violoncelliste,  M.  Didio,  qui  nous  était  parfaitement  inconnu,  n'a  pas 
obtenu  un  accueil  très-llatteur  ;  son  jeu  est  froid  et  monotone,  et  il 
avait  de  plus  choisi  des  morceaux  qui  ne  lui  étaient  pas  favorables.  En 
fait  de  chant,  nous  n'avons  pas  été  gâtés;  nous  n'avons  à  citer  jusqu'à 
ce  moment  que  Mlle  Litschner,  une  hongroise  qui  a  obtenu  en  1859 
le  premier  prix  du  Conservatoire  à  Paris,  et  qui  a  chanté  l'hiver  dernier 
à  Marseille. 

»  Hier  nous  est  arrivé  la  nouvelle  d'un  grand  festival,  qui  doit  avoir 
lieu  à  Arnheim  (Hollande),  les  9,  10  et  11  août,  une  fête  qui  sera  sans 
doute  d'autant  plus  intéressante,  qu'elle  est  donnée  par  la  fameuse 
Société  Maatscheppi ;  dans  ces  occasions,  qui  ne  se  renouvellent  que  tous 
les  six  à  sept  ans,  elle  se  distingue  toujours.  Le  programme  promet 
beaucoup.  Nous  y  lisons,  outre  le  Samson,  de  Ilaendel,  Lorely,  de  Hiller, 
Elie,  de  Caenen  ;  ouverture  et  chœurs  de  Lucifer,  par  van  Eijken,  lé 
Lobgesang,  de  Mendelssohn,  une  nouvelle  symphonie,  par  Verhulst,  e't  la 
7e  symphonie,  de  Beethoven.  Le  dernier  jour  est  destiné  à  un  'grand 
concert  dans  lequel  on  entendra  les  plus  célèbres  artistes  de  l'Europe. 
Que  peut-on  demander  mieux? 


BEVUE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  Début  d'Ariste  dans  l'Ecole  des  maris  ;  reprise 
du  Cœur  et  la  dot,  comédie  en  quatre  actes,  de  M  F.  Mallefille. — 
Vaudeville  :  La  femme  doit  suivre  son  mari,  comédie  de  M.  De- 
lacour  ;  Toute  seule,  vaudeville  de  M.  E.  Plouvier  et  J.  Adenis  ;  te 
Trésor  de  Biaise,  comédie  de  M.  ***,_  Palais-Roval  :  le  Capi- 
taine Georgette,  vaudeville  de  MM.  Siraudin,  Delacour  et  G.  Har- 
mant. —  Gajté  :   la   Petite  Pologne,  drame  en   cinq   actes,  par 


MM.  Lambert  Thiboust  et  E.  Blum. —  Cirque  Impérial  :  le  Ba- 
taillon de  la  Moselle,  drame  militaire  en  cinq  actes  et  treize  ta- 
bleaux, par  MM.  A.  Monnier  et  E.  Martin. 

La  Comédie-Française  a  commencé  le  défilé  des  débutants  auxquels 
elle  consacre  habituellement  cette  partie  de  l'année.  Le  premier  qui 
s'est  offert  à  l'appréciation  du  public  est  un  ex-amoureux  de  l'Odéon, 
qui,  sous  le  nom  d'Ariste,  a  laissé  d'excellents  souvenirs  parmi  les 
habitants  de  la  rive  gauche.  Le  rôle  de  Valère,  de  l'Ecole  des  maris, 
dans  lequel  il  vient  de  se  montrer  sur  la  scène  de  la  rue  Richelieu, 
lui  a  été  très-favorable.  A  en  juger  par  ce  début,  l'ancien  répertoire 
comptera  en  lui  un  de  ces  interprètes,  de  plus  en  plus  rares,  qui 
gardent  le  culte  des  bonnes  et  saines  traditions. 

L'exemple  donné  récemment  par  l'auteur  de  V Aventurière  a  séduit 
M.  Mallefille,  dont  on  a  repris  le  Cœur  et  la  dot,  comédie  en  cinq 
actes,  réduits  à  quatre  et  remaniés  avec  beaucoup  de  soin.  Cette 
pièce,  assez  bien  accueillie  dans  sa  nouveauté,  continue  à  faire  plaisir, 
bien  moins  par  les  douteux  agréments  de  son  sujet  et  de  sa  contexture 
que  par  la  manière  remarquable  dont  elle  est  jouée.  Le  côté  masculin 
y  est  représenté  par  Beauvallet,  Régnier,  Delaunay,  Got,  et  le  côté 
féminin  par  Mlles  Augustine  Brohan,  Fix,  Jouassin  et  Figeac.  Quelle 
plus  charmante  réunion  de  talents  !  Et  comment  un  auteur  pourrait-il 
trébucher  avec  de  pareils  soutiens  ? 

—  Le  code  civil  a  déjà  défrayé  bien  des  comédies,  et  les  commen- 
taires de  messieurs  les  professeurs  delà  Facullé  ont  été  souvent  battus 
en  brèche  par  ceux  de  messieurs  les  vaudevillistes,  qui  expliquent  le 
droit  à  leur  manière.  C'est  ainsi  qu'aujourd'hui  le  Vaudeville  nous  dé- 
montre que  la  femme  doit  suivre  son  mari pour  savoir  ce  qu'il 

fait  et  où  il  porte  ses  pas.  11  est  vrai  que  cette  prescription  n'est  pas 
exempte  d'inconvénients  aussi  bien  pour  la  femme  que  pour  le  mari,  et 
que  le  ménage  ainsi  compris  n'est  pas  absolument  le  paradis  sur  terre. 
Mais  il  y  a  là  un  paradoxe  plaisant,  et  le  public  du  dimanche  devant 
lequel  il  a  été  développé  s'en  est  fort  diverti  ;  que  d'étudiants  vou- 
draient bien  en  dire  autant  des  leçons  de  l'école  ! 

Ce  même  théâtre  du  Vaudeville  a  complètement  renouvelé  son 
affiche  avec  deux  autres  pièces  qui  ont  suivi  la  première  de  fort 
près.  Une  veuve,  Mme  Christine  de  Ténac,  vit  toute  seule  dans  son 
château;  deux  jeunes  gens  y  demandent  l'hospitalité,  et  l'un  d'eux 
est  un  peintre  qui  aime  Christine  depuis  l'enfance  et  qui ,  pour  lui 
rester  fidèle,  a  refusé  les  meilleurs  partis.  Mme  de  Tinac ,  déguisée 
en  soubrette ,  acquiert  la  preuve  de  cette  merveilleuse  constance  et 
la  récompense  par  le  don  de  sa  main.  Marivaudage  léger,  mais  spi- 
rituel ;  Mme  Pierson,  toute  seule,  le  sauvera  quelque  temps  de  l'oubli. 

Aimez-vous  les  tableaux  villageois  ?  Vous  plait-il  d'entendre  parler 
le  patois  de  certains  romans  de  Mme  Sand  ?  Saluez  alors  le  Trésor 
de  Biaise,  un  vrai  trésor  caché  dans  une  armoire  de  paysan.  Biaise, 
sans  le  savoir,  a  propagé  la  croyance  de  ce  trésor  pour  donner  un 
mari  à  sa  protégée,  la  petite  Jeannette.  La  ruse  est  découverte,  mais 
Pierre  n'en  persiste  pas  moins,  et  dans  sa  joie  il  brise  la  vaisselle  de 
la  maisonnette,  et  y  trouve  pour  de  bon  les  écus  inventés  par  Biaise. 
Cette  bluette  est  le  début  au  théâtre  de  M.  Muller,  l'auteur  de  la 
Mionnette.  Son  nom  n'est  pas  sur  l'affiche ,  mais  c'est  le  secret  de 
la  comédie. 

—  Au  Palais-Royal,  c'est  aussi  à  la  faveur  du  dimanche  que  le  Capi- 
taine Georgette  a  fait  son  apparition  ,  sans  bruit  et  sans  accident. 
Un  M.  Fizelier  a  débuté  avec  assez  de  bonheur  dans  le  rôle  d'un 
pioupiou  dévoué  fanatiquement  à  une  jolie  grisette  qui  l'a  racheté 
du  service. 

—  Si  un  écrivain,  qui  est  mort  l'année  dernière  après  avoir  vécu 
longtemps  dans  la  Bohême  parisienne,  n'avait  pas  consacré  un  livre  à 
la  description  des  localités  habitées  spécialement  par  les  petits  mé- 
tiers, bien  des  gens  ignoreraient  l'existence  de  ces  sortes  de  pha- 
lanstères, perdus  dans  la  grande  ville,  et  qui  tendent  d'ailleurs  à 
s'effacer  tout  à  fait  pour  faire  place  aux  cités  ouvrières.  C'est  parmi 


DE  PARIS. 


245 


ces  curieux  vestiges  du  passé  qu'il  faut  ranger  la  Petite  Pologne  dont 
la  Gaîté  a  entrepris  de  nous  faire  connaître  les  usages  et  les  mœurs. 
Mais  avant  d'y  entrer,  le  spectateur  est  forcé  de  passer  par  Toulon 
certain  jour  que  le  bagne  a  laissé  échapper  un  de  ses  pensionnaires. 
Le  forçat  poursuivi  s'est  réfugié  chez  un  jeune  peintre  qui  veut  le 
livrer;  Pierre  Renaud,  pour  l'attendrir,  lui  offre  le  partage  d'une 
somme  de  500,000  francs  qu'il  a  cachés  en  lieu  sûr.  Le  peintre  re- 
fuse :  une  lutte  s'engage,  le  forçat  est  tué,  et  voilà  pourquoi  nous 
retrouvons  à  Paris  Lucien  Gérard,  le  peintre,  à  la  tête  d'une  fortune 
rondelette.  Seulement  cette  richesse  mal  acquise  ne  le  met  pas  à 
l'abri  du  remords,  et  il  vient  à  penser  qu'il  ne  retrouvera  un  peu  de 
repos  que  lorsqu'il  aura  découvert  la  fille  de  l'homme  assassiné  par 
Pierre  Renaud  pour  lui  voler  son  portefeuille.  Cette  recherche  le  con- 
duit à  la  Petite  Pologne,  située  au  fond  du  faubourg  Saint-Honoré,  et 
qui  a  été  remplacée  en  partie,  vers  la  fin  du  siècle  dernier,  par  les 
frais  ombrages  et  les  temples  grecs  du  parc  de  Monceaux.  A  la  Petite 
Pologne  Lucien  rencontre  non-seulement  la  jeune  fille  en  question 
sous  les  traits  d'une  bouquetière,  mais  encore  le  fils  du  forçat  qu'il 
a  tué  à  Toulon.  Est-il  besoin  d'ajouter  que  la  réparation  la  plus 
complète  dénoue  de  la  manière  la  plus  satisfaisante  ce  drame  popu- 
laire, habilement  fait  et  non  moins  bien  interprété?  Lucien  Gérard, 
c'est  Dumaine,  le  lion  actuel  du  boulevard  du  Temple.  Le  forçat  et 
son  fils  sont  joués  par  le  même  acteur,  et  cet  acteur,  c'est  Charles 
Péray  qui  s'est  fait  applaudir  successivement  à  l'Ambigu,  aux  Va- 
riétés, puis  à  la  Gaîté,  où  il  vient  de  faire  une  rentrée  triomphante. 
Les  éléments  à  la  fois  dramatiques  et  comiques  de  la  Petite  Pologne 
garantissent  à  cette  pièce  une  longue  série  de  représentations.  N'est- 
ce  pas  ce  mélange  de  rires  et  de  larmes  qui  a  éternisé  le  succès  du 
Courrier  de  Lyon?  Un  fort  agréable  lever  du  rideau,  intitulé  la  Pre- 
mière chasse  de  Polissard,  a  été  donné  en  même  temps  que  la  Petite 
Pologne,  et  le  nom  de  l'auteur,  M.  Jules  Delahaye,  a  été  accueilli 
par  les  bravos. 

—  L'illustration  de  ce  fameux  Bataillon  de  la  Moselle,  d'où  sont 
sortis  tant  de  chefs  héroïques,  et  qui  a  fait  bravement  les  premières 
campagnes  de  la  révolution  sans  vêtements,  sans  chaussures  et  sans 
pain,  revenait  de  droit  au  Cirque  impérial.  Tout  l'intérêt  du  drame 
est  dans  les  faits  et  gestes  de  ces  courageux  volontaires,  dont  l'épopée 
commence  aux  rives  du  Rhin,  et  se  termine  à  la  bataille  de  Monte- 
notte.  Cependant,  l'intrigue  mêlée  à  leurs  exploits  est  plus  que  suffi- 
sante pour  remplir  les  treize  tableaux  de  cette  pièce  militaire.  Un 
jeune  fermier  accompagne  à  la  frontière  la  baronne  de  Rennevée,  son 
ancienne  maîtresse.  Le  père  du  jeune  homme,  vieux  grognard  de  la 
république,  vient  chercher  son  fils  jusqu'à  Coblenlz,  et  est  fait  pri- 
sonnier par  les  émigrés.  11  périra,  si  son  fils  ne  prend  pas  du  service 
dans  l'armée  de  Condé.  Cette  obligation  entraîne  la  condamnation  à 
mort  du  jeune  fermier  en  France.  Mais  Bonaparte  devient  premier 
consul,  et  la  baronne  de  Rennevée  obtient  da  lui  la  grâce  de  son  sau- 
veur. Une  brillante  mise  en  scène  encadre  celte  action,  où  la  poudre 
n'est  pas  épargnée  ;  les  décors  sont  fort  beaux,  et,  ce  qui  ne  gâte 
rien,  la  gaîté  la  plus  franche  anime  presque  toujours  la  scène.  M.  de 
Groot,  l'habile  chef  d'orchestre  du  Cirque  impérial,  a  écrit  pour  cette 
pièce  une  musique  vraiment  digne  d'être  remarquée.  La  ronde  des 
Castors  et  surtout  celle  du  Bataillon  de  la  Moselle  en  sabots,  qui  sont 
chantées  par  Darcier,  ne  peuvent  manquer  d'acquérir  une  rapide 
popularité.  La  dernière  obtient  chaque  soir  les  honneurs  du  bis. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


„%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  les  Huguenots  ont  été  donnés 
mercredi  pour  le  début  de  Wicard  dans  le  rôle  de  Raoul.  On  ne 
saurait  lui   contester    plusieurs  des  qualités    principales   que   ce  rôle 


demande.  Il  en  a  la  voix  plutôt  que  le  physique  ;  il  en  rend  bien  cer- 
taines parties,  mais  l'ensemble  manque  de  cet  idéal  que  plusieurs  de 
ses  devanciers  savaient  lui  donner.  Mme  Barbot  montre  toujours  beau- 
coup de  talent  dans  le  rôle  de  Valentine.  La  charmante  voix  de 
Mlle  Hamackers  se  développe  avec  tous  ses  avantages  dans  le  rôle  de 
Marguerite  :  la  jeune  artiste  a  fait  des  progrès  remarquables.  Quant 
à  l'exécution  générale  de  l'ouvrage,  il  y  aurait  beaucoup  de  choses 
à  dire:  pour  aujourd'hui,  ne  parlons  que  du  mouvement  accéléré  que 
l'on  donne  à  certains  morceaux.  Par  exemple,  jamais  le  chœur  des 
Baigneuses  n'a  été  conduit  aussi  vite  :  il  est  marqué  Poco  anlante,  et  c'était 
presque  un  allegro.  La  situation  indique  pourtant  qu'il  vaut  mieux  ra- 
lentir que  presser.  Dans  d'autres  endroits,  la  voix  des  chanteurs  ne  sem- 
blait pas  encore  parfaitement  d'accord  avec  le  nouveau  diapason. 

„,*„,  La  première  représentation  de  Sémiramis  est  annoncée  pour  de- 
main. On  dit  qu'à  la  répétition  générale  les  sœurs  Marchisio  ont  pro- 
duit le  plus  grand  effet. 

**„,  Le  célèbre  ténor  Niemann  s'est  fait  entendre  à  l'Opéra  dans  une 
audition  privée,  à  la  suite  de  laquelle  son  engagement  a  été  décidé. 
C'est  le  rôle  de  Jean  de  Leyde  dans  le  Prophète  qu'il  choisirait  pour  son 
début. 

„**  Roger  a  reparu  jeudi  dernier  à  l'Opéra-Comique  dans  Haydée.  Ce 
retour  du  célèbre  ténor  sur  le  premier  théâtre  de  ses  succès  avait  attiré 
beaucoup  de  monde.  Il  n'a  du  reste  tenu  qu'à  lui  de  se  croire  aux  pre- 
miers jours  où  il  créa  avec  tant  de  talent  le  rôle  de  Lorédan  ;  l'accueil 
qu'il  a  reçu  a  été  des  plus  chaleureux,  et  les  applaudissements  de  toute 
la  salle  lui  ont  été  prodigués.  Le  lendemain  Mme  Ugalde  rentrait  en 
possession  de  son  rôle  dans  Galathée  :  on  eût  pu  dire  également  d'elle 
qu'elle  ne  l'avait  jamais  quitté;  sans  rien  perdre  de  sa  verve,  eile  a 
montré  dans  son  chant  un  goût  plus  sévère  et  l'on  ne  saurait  trop  l'en 
féliciter.  Mme  Wertheimber  a  été  admirable  dans  Pygmalion. 

a**  L'engagement  de  Crosti  est  renouvelé . 

*%  Mlle  Marimon,  qui  a  cédé  son  rôle  du  Chaperon  rouge  à  Mme  Faure- 
Lefebvre,  débutera  prochainement  dans  les  Diamants  de  la  couronne. 

***  C'est  le  1b  août,  et  non  le  45  juillet,  que  Montaubry  reprendra 
son  service  à  l'Opéra-Comique. 

**».  Mme  Cabel  est  partie  pour  Londres,  où  elle  va  chanter  au  théâtre 
de  Sa  Majesté. 

„,**  Mlle  Dupuy  est  rentrée  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique  dans  le 
Chercheur  d'esprit  et  Haydée. 

3,*4  II  est  possible  que  la  reprise  du  Chaperon  rouge  n'ait  lieu  que 
vers  la  fin  de  la  semaine  prochain  ou  au  commencement  de  l'autre. 

„%  Tamberlick  est  à  Londres,  où  il  va  chanter  Jean  de  Leyde,  du 
Prophète;  il  ne  reviendra  pas  pour  la  saison  prochaine  au  théâtre  Italien. 
M.  Calzado  a  engagé  le  ténor  Pancani  pour  les  deux  derniers  mois  de 
cette  saison. 

**„,  MmeBorghi-Mamo  est  engagée  au  théâlre  de  Bologne  pour  la  grande 
saison  ,  elle  y  chantera  quatorze  fois. 

,,%  La  clôture  du  théâtre  Lyrique  a  eu  lieu  le  samedi  de  l'autre  se- 
maine avec  Orphée  et  les  Valets  de  Gascogne. 

„.*,.  Mercredi  les  portes  du  même  théâtre  se  sont  rouvertes  pour  une 
représentation  au  bénéfice  de  M.  Quinchez,  régisseur  général.  Le  pro- 
gramme était  composé  d'Orphée,  d'un  intermède  dans  lequel  on  a  en- 
tendu Mme  Ugalde,  Faivre,  M.M.  Balanqué  et  Ribes,  du  théâtre  de  Stras- 
bourg; le  spectacle  se  terminait  par  les  Valets  de  Gascogne,  pièce  dont  le 
comique  franc  et  la  musique  charmante  ont  fait  le  plus  grand  plaisir. 

t*„  Le  succès  que  le  théâtre  Lyrique  a  obtenu  avec  Orphée  engagerait, 
dit-on,  à  monter  la  saison  prochaine  Alceste,  de  Gluck.  Mme  Viardot  y 
chanterait  le  principal  rôle. 

.p.**  Déjà  depuis  quelques  années  les  théâtres  de  l'Opéra-Comique,  le 
théâtre  Lyrique  et  celui  des  Bouffes-Parisiens  avaient  adopté  l'usage  de 
faire  photographier,  dans  leurs  costumes,  les  artistes  qui  avaient  créé 
les  rôles  d'un  opéra  nouveau.  La  direction  de  l'Opéra  a  voulu,  de  son 
côté,  appliquer  la  photographie  à  la  perpétuité  de  la  tradition.  Elle  fait 
en  ce  moment  photographier  les  costumes  de  Pierre  de  îVèdicis,  et  à 
l'avenir  cette  intelligente  mesure  sera  prise  pour  tous  les  opéras.  La 
Comédie-Fxançaise,  qui,  bien  plus  encore  que  l'Opéra,  vit  de  traditions, 
ne  saurait  manquer  d'adopter  cette  méthode,  et  de  transmettre  ainsi  à 
ses  successeurs  de  précieux  documents  qu'elle  n'a  malheureusement  pas 
pu  recevoir  elle-même  de  ses  devanciers. 

„%  Le  rapport  de  la  commission  d'enquête  sur  l'emplacement  à  don- 
ner à  l'Opéra  est  maintenant  soumis  à  l'examen  du  conseil  des  bâtiments 
civils.  La  sagesse  et  l'expérience  de  ses  membres  ne  peuvent  manquer 
de  porter  la  lumière  sur  une  question  si  intéressante  pour  la  ville  de 
Paris  et  pour  l'histoire  de  l'art  national. 

„*„  L'Académie  des  beaux-arts  a  jugé  hier  samedi  le  concours  de 
composition  musicale.  —  1"  grand  prix  :  M.  Emile  Paladilhe,  élève  de 
M.  Halévy  ;  —2°  grand  prix:  M.  Ad. -Ed. -Marie  Deslandres,  élève  de 
M.  Le  Borne.  —  Mention  honorable:  M.  Isidore-Edouard  Legouix,  élève 
de  MM.  Ambroise  Thomas  et  Reber. 

,%  Le  ténor  Alessandro  Bettini  est  de   retour  à  Taris,  après  avoir 


246 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


chanté  avec   grand  succès  à  Barcelone   pendant  la  saison.   A.  Bettini 
chantera  la  saison  prochaine  à  Saint-Pétersbourg. 

„,*,„  A  l'expiration  de  son  engagement  au  théâtre  Italien  de  Paris, 
c'est-à-dire  pour  la  saison  de  1861-62,  Graziani  fera  partie  de  la  troupe 
du  théâtre  italien  de  Saint-Pétersbourg.  Il  a  été  engagé  pour  deux  ans 
par  S.  Ex.  M.  de  Sabouroff. 

*%  Mlle  Marie  Battu  est  partie  pour  Bade,  où  elle  doit  chanter  dans 
deux  concerts. 

,*„  S.  Ex.  M.  de  Sabouroff,  intendant  général  des  théâtres  impériaux 
de  Russie,  est  de  retour  à  Paris. 

*%  Léopold  de  Meyer  jouit  à  Londres  d'une  vogue  telle  qu'il  a  été  en- 
gagé successivement  pour  vingt-huit  concerts.  Le  dernier  était  celui  de 
Benedict,  pour  lequel  il  a  composé  tout  exprès  un  morceau  à  deux  pianos 
sur  liohert  le  Diable.  Exécuté  par  le  bénéficiaire  et  l'auteur,  ce  morceau 
a  produit  un  effet  magnifique  et  a  été  bissé.  Le  célèbre  pianiste  a  com- 
posé aussi  une  fantaisie  charmante  sur  Dinorah.  Au  grand  concert  donné 
par  Sa  Majesté  le  27  juin,  en  présence  du  roi  des  Belges,  du  duc  de 
Flandre,  du  duc  de  Saxe-Cobourg,  et  autres  personnages  éminents,  il  a 
exécuté  cette  fantaisie,  lorsque  la  reine,  qui  s'était  approchée  du  piano 
avec  les  augustes  auditeurs,  lui  demanda  un  second  morceau.  Pendant 
les  mois  d'octobre  et  de  novembre,  Léopold  de  Meyer  fera  une  tournée, 
avec  la  troupe  italienne  de  Beale.  Ensuite  il  doit  venir  à  Paris,  et  nous 
faire  entendre  ses  productions,  parmi  lesquelles  se  trouve  une  Victoria- 
Polka,  de  la  plus  brillante  facture. 

»%  Le  théâtre  italien  San-Carlos  de  Lisbonne,  administré  par  l'Etat, 
vient  d'être  cédé  à  M.  Frondoni  avec  une  subvention  d'environ  150,000  fr. 
pour  une  saison  théâtrale  de  six  mois. 

t%  M.  A.  Reichardt,  qui  s'est  fait  applaudir  plusieurs  saisons  de  suite 
sur  les  scènes  italiennes  de  Londres  en  qualité  de  ténor,  et  dont  la  char- 
mante voix  et  l'excellente  méthode  ont  été  également  appréciées  dans 
plusieurs  concerts  à  Paris,  vient  de  se  révéler  sous  un  jour  nouveau  en 
composant  en  Angleterre  des  romances  délicieuses.  L'une  d'elles,  publiée 
sous  le  titre  de  Thou  art  so  near  and  yet  so  far,  a  obtenu  un  tel  succès 
que  plus  de  dix  mille  exemplaires  en  ont  été  vendus  dans  l'espace  de 
quelques  mois.  Cette  vogue  cesse,  au  surplus,  d'étonner,  quand  on  a  en- 
tendu cette  mélodie,  empreinte  d'une  douceur  infinie  et  avec  laquelle 
s'identifient  admirablement  les  paroles.  Nous  sommes  rarement  dans  le 
cas  de  donner  de  la  publicité  à  un  morceau  si  bien  réussi  ;  c'est  donc 
avec  la  certitude  de  le  voir  bien  vite  accueilli  en  France  que  nous  en 
annonçons  la  publication  sous  le  titre  de  0  belle  étoile,  6  doux  regard. 
Nous  nous  tromperions  fort  si  ce  bijou  musical  n'était  pas  avant  peu 
populaire  à  Paris. 

*%  Deux  morceaux  remarquables  pour  orgue  de  salon  viennent  de 
paraître  :  une  fantaisie  sur  des  thèmes  de  la  l'art  du  Diable,  par  A.  Fre- 
lon, et  un  souvenir  de  Guillaume  Tell,  par  Durand.  Nous  croyons  pou- 
voir prédire  un  grand  succès  à  ces  compositions  d'une  exécution  facile 
et  d'un  brillant  effet. 

»**  A  Toulouse,  pour  l'inauguration  de  ses  nouveaux  salons,  S.  Exe.  le 
maréchal  Niel  avait  réuni  dernièrement  l'élite  de  la  société  de  cette 
ville.  Dans  une  pareille  réunion  la  musique  ne  devait  pas  faire  défaut, 
et  Mme  Teresa  Milanollo,  comme  son  mari  M.  Parmentier,  aide  de-camp 
du  maréchal,  ne  pouvaient  se  soustraire  à  la  demande  générale  de  se 
faire  entendre  dans  quelques  nouvelles  productions.  Mme  Teresa  Mila- 
nollo a  excité  l'enthousiasme  du  brillant  auditoire  dans  une  nouvelle 
composition  sur  la  Favorite,  et  par  deux  romances  nouvelles:  le  bap- 
tême et  l'Extase,  dont  Mlle  Talexy  a  bien  voulu  se  faire  l'interprète. 
Les  romances  de  M.  Parmentier  :  la  Cloche,  Priez  pour  moi  et  l'Hirondelle 
de  l'exilé,  ont  été  vivement  applaudies,  et  on  a  dû  se  souvenir  que  déjà 
Kœrner  avait,  par  les  chants  de  sa  lyre,  augmenté  l'éclat  de  sa  gloire 
militaire. 

„**  Un  grand  festival  musical,  à  l'instar  de  ceux  de  l'Allemagne,  se 
prépare  à  Namur  pour  le  22  juillet  prochain.  Les  Saisons,  de  Haydn,  y 
seront  exécutées  par  un  très-grand  nombre  d'artistes  et  d'amateurs, 
sous  la  direction  de  M.  Ch.  Hanssens.  L'orchestre  se  composera  de  plus 
de  deux  cents  exécutants,  choisis  parmi  les  plus  distingués  qu'il  y  ait  en 
Belgique  et  ù  l'étranger.  Le  Conservatoire  royal  de  Bruxelles  y  prendra 
part. 

„*„  Charles  John,  le  compositeur-pianiste,  vient  de  quitter  Paris  pour 
l'Allemagne,  où  il  se  propose  de  séjourner  quelque  temps. 

„%  A  Dieppe  une  réunion  d'artistes  d'élite,  dirigée  par  M.  Placet,  an- 
cien chef  d'orchestre  du  théâtre  Lyrique,  a  inauguré  le  1"  juillet  les 
concerts  offerts  chaque  jour  dans  le  grand  pavillon  des  fêtes  au  bord  de 
la  mer.  L'exécution  des  chefs-d'œuvre  des  grands  maîtres  n'a  rien  laissé 
à  désirer,  et  c'est  un  attrait  de  plus  pour  les  baigneurs  de  Dieppe. 

t*.t  Parmi  les  papiers  appartenant  a  la  succession  de  feu  le  bibliothé- 
caire Spicker,  se  trouvent  trois  compositions  dramatiques  de  Gluck  ;  elles 
faisaient  partie,  avec  Orfeo,  d'un  drame  musical  que  le  maestro  écrivit 
en  1769  à  Parme,  pour  les  fêtes  qui  avaient  lieu  à  l'occasion  d'un 
mariage. 

*%  M.  J.-Ch.  Hess  vient  de  composer  sur  le  rxoman  d'Elvire  un  de  ces 
bouquets  de  mélodies  qu'il  arrange  si  bien  et  qui  ont  le  mérite  de  résumer 


en  un  petit  nombre  de  pages  brillantes  et  faciles  toute  la  fleur  d'une 
œuvre  lyrique.  L'auteur  de  ce  charmant  opéra  a  lui-même  compli- 
menté M.  Hess  sur  sa  nouvelle  production,  destinée  à  lui  valoir  un  succès 
de  plus. 

*%  La  fête  que  la  jolie  ville  de  Château-Thierry  donne  annuellement 
en  l'honneur  de  Jean  de  la  Fontaine  puisait  cette  fois  un  attrait  nouveau 
dans  le  charmant  concert  que  M.  Flamand  avait  organisé  pour  cette  so- 
lennité avec  autant  de  goût  que  de  dévouement.  M.  Flamand  est  un  véri- 
table artiste,  et  son  talent  lui  donnerait  le  droit  de  briller  au  premier 
rang  à  Paris,  si  sa  modestie  ne  lui  faisait  préférer  en  province  une  exis- 
tence moins  élevée  peut-être,  mais  plus  utile.  N'est-ce  pas,  en  effet,  bien 
mériter  de  l'art  que  de  propager,  de  faire  aimer  partout  la  bonne  musi- 
que ?  Après  le  concert  que  M.  Flamand  a  donné  le  '1  de  ce  mois,  il  ne 
doutera  pas  que  ses  efforts  aussi  bien  que  son  talent  ne  soient  pleine- 
ment appréciés  ;  une  salle  comble  et  les  applaudissements  les  plus  vifs 
ont  dû  lui  en  donner  la  preuve  évidente.  MM.  Ketterer,  Sighicelli  et 
Mutel  étaient  venus  de  Paris  pour  apporter  à  leur  digne  confrère  le 
concours  de  leur  talent.  M.  Ketterer  a  trouvé  à  Château-Thierry  le 
même  accueil  sympathique  auquel  la  grande  capitale  l'a  habitué  ;  le 
mérite  de  ses  compositions  y  est  pour  autant  que  le  charme  de  son 
exécution.  M.  Sighicelli  dans  le  Carnaval  de  Venise,  d'Ernst,  et  M.  Mutel 
avec  quelques  morceaux  de  chant  fort  agréables,  ont  partagé  les  hon- 
neurs de  la  séance.  L'excellente  musique  d'harmonie  de  la  fabrique 
de  M.  Gauthrot  a,  comme  les  années  précédentes,  puissamment  contri- 
bué à  l'éclat  de  la  fête. 

***  Parmi  les  adversaires  d'Adolphe  Sax,  les  uns  contrefont  ses  inven- 
tions, les  autres  osent  se  prétendre  diffamés  par  sa  défense.  Telle  est 
l'origine  de  l'action  intentée  contre  l'habile  facteur  par  le  sieur  Kretzsch- 
mann,  et  qui  vient  de  recevoir  son  dénouement  à  la  6e  chambre  de  police 
correctionnelle  de  la  Seine.  Nos  lecteurs  ne  liront  pas  sans  intérêt  le 
jugement  rendu  conformément  aux  conclusions  de  M.  l'avocat  impérial 
qui  fait  justice  des  incroyables  prétentions  du  sieur  Kretzschmann.  — 
«  Attendu  qu'aux  termes  de  l'article  319  du  code  d'instruction  crimi- 
nelle, Sax  avait  le  droit  de  discuter  et  d'attaquer  le  témoignage  de 
Kretzschmann  dans  le  procès  en  contrefaçon  intenté  par  lui  contre  Besson; 
—  attendu  qu'aux  termes  de  l'article  23  de  la  loi  du  17  mai  1819,  au- 
cune action  n'appartient  à  un  témoin  dont  le  témoignage  est  attaqué 
dans  des  conclusions  écrites  ou  imprimées,  produites  au  cours  d'une  ins- 
tance, si  elle  ne  lui  est  réservée  par  les  tribunaux  ;  —  attendu  au 
surplus  que,  dans  l'espèce,  Sax  n'a  fait  qu'user  de  son  droit  en  contes- 
tant avec  énergie  la  véracité  de  la  déposition  de  Kretzschmann  alors 
qu'il  est  établi  jusqu'à  l'évidence  par  les  propres  écrits  dudit  Kretzsch- 
mann ,  que  loin  d'être  un  témoin  désintéressé  et  digne  de  foi,  il  était 
l'ennemi  acharné  de  Sax  et  prêtait  un  concours  très-actif  à  son  adver- 
saire; —  attendu  en  conséquence  qu'il  y  a  lieu  de  déclarer  Kretzsch- 
man  non  recevable  dans  sa  demande  ;  —  par  ces  motifs,  déclare 
Kretszchmann  non  recevable  dans  sa  demande,  renvoie  Sax  des  lins  de 
la  citation  ;  condamne  Kretzschmann  aux  frais.» — M.  Kretzschman  a  ap- 
pelé de  ce  jugement. 

*%  Les  quelques  beaux  jours  que  vient  de  nous  accorder  l'avare  été 
de  1860  ont  été  pour  les  concerts  Musard  l'occasion  d'une  recrudescence 
d'auditeurs.  Au  nombre  des  morceaux  nouveaux  exécutés  par  son  excel- 
lent orchestre,  il  faut  placer  une  fantaisie  nouvelle  de  M.  Cohen,  lau- 
réat du  Conservatoire,  sur  le  Prophète.  Elle  a  obtenu  un  grand  succès. 
Musard  a  eu  l'heureuse  idée  d'ajouter  à  son  répertoire  l'ouverture 
à'Olympie.  On  sait  que  cet  opéra  de  Spontini,  après  avoir  eu  seulement 
quelques  représentations  à  Paris,  obtint  en  Allemagne  un  succès  mé- 
rité. L'ouverture  est  une  très-belle  symphonie  qui  sera  entendue  avec 
plaisir.  La  veuve  du  célèbre  maestro  doit  assister  aux  répétitions  pour 
s'assurer  que  les  mouvements  ont  été  bien  conservés.  Musard  prépare 
également  la  charmante  ouverture  de  Pianella,  de  Flotow,  remaniée  par 
le  compositeur  pour  un  grand  orchestre. 

„*„  Emmanuel  Guttierez,  maître  de  chapelle  à  la  cour  de  Madrid, 
composa  lui-même  son  épitaphe,  dont  voici  la  traduction  :  a  Ci-gît  Don 
»  Emmanuel  Guttierez,  maître  de  chapelle  du  roi  son  seigneur.  Lorsqu'il 
»  monta  au  ciel,  Dieu  dit  à  ses  anges  :  «  Maintenant,  taisez-vous  et 
»  laissez  jouer  Guttierez.  » 

t%  Une  très  ancienne  célébrité  théâtrale  vient  de  s'éteindre  dans 
l'obscurité  et  le  dénûment  :  Mme  Werdy,  plus  connue  sous  le  nom  de 
Mlle  Vohs,  qui  fut  jadis  une  des  gloires  du  théâtre  allemand,  est  morte 
à  Francfort-sur- Mein,  dans  sa  quatre-vingt-troisième  année.  C'est 
Mlle  Vohs  qui  a  joué  le  rôle  de  Marie  Stuart,  lors  de  la  première  repré- 
sentation de  cette  tragédie,  en  présence  de  Schiller  et  de  Goethe  ;  elle  y 
produisit  un  effet  immense.  Les  principaux  rôles  de  son  répertoire  étaient 
en  outre:  Thékla  [WalUnstein),  Phèdre  (traduction  de  Schiller),  Louise 
(Intrigue  et  Amour)  et  Jeanne  d'Arc  (de  Schiller). 

»*,,,  Un  pianiste  compositeur  qui  jouissait  d'une  réputation  méritée, 
A.  Goria,  a  succombé  vendredi  soir  à  onze  heures,  aux  suites  d'une 
congestion  cérébrale,  qui  l'avait  déjà  frappé  une  fois  il  y  a  une  couple 
de  mois.  L'art  musical  perd  en  lui  un  professeur  de  talent  et  générale- 
ment aimé.  Goria  est  auteur  d'œuvres  nombreuses  et  estimées. 


DE  PARIS. 


247 


CHRONIQUE   ÉTRANGÈRE. 

***  Londres,  3  juillet.  —  La  représentation  d'Orphée  à  Covent-Garden 
n'avait  pas  attiré  autant  de  monde  que  l'on  pouvait  l'espérer,  et  il  faut 
avouer  qu'elle  n'a  pas  produit  beaucoup  d'effet.  Sauf  le  premier  air 
d'Orphée,  le  grand  duo  du  troisième  acte  et  l'air  :  J'ai  perdu  mon  Eury- 
dice, qu'on  a  fort  applaudis,  le  public  est  demeuré  froid.  Mme  Csiliag, 
qui  chantait  le  rôle  principal,  et  Mme  Penco  celui  d'Eurydice,  ont  eu 
les  honneurs  de  la  soirée;  Mmes  Carvalho  et  Nantier-Didiée  ont  mé- 
rité aussi  des  bravos  dans  les  rôles  de  l'Ombre  heureuse  et  de  l'Amour. 

*%  Bruxelles.  —  La  troupe  d'Offenbach  vient  de  nous  quitter,  pour 
aller  poursuivre  ailleurs  le  cours  de  ses  succès.  C'est  par  un  triom- 
phe qu'elle  a  clôturé  ses  représentations.  Orphée  n'a  pas  été  moins  goûté 
par  notre  public  que.  par  celui  de  Paris  ;  cette  suprême  expression  de  la 
fantaisie  portée  au  théâtre  a  produit  complètement  l'effet  attendu,  et 
sans  son  départ  forcé,  Offenbach  aurait  pu  compter  sur  une  longue 
suite  de  représentations  de  son  œuvre,  sinon  la  meilleure,  au  moins  la 
plus  excentrique. 

***  Cobourij .  —  Le  programme  des  fêtes  de  chant  pour  les  22,  23  et 
24  juillet,  est  déjà  arrêté.  Le  principal  concert  aura  lieu,  le  22,  à  l'église 
Saint-Maurice  ;  le  23,  excursion  à  la  villa  Rosenau  ;  le  soir,  exécution  de 
diverses  pièces  de  chant  dans  le  parc,  etc.  Parmi  les  chœurs  qui  doivent 
être  chantés  dans  ces  diverses  solennités  se  trouve  l'hymne  que  le  duc 
de  Saxe-Co bourg  a  dédié  aux  réunions  de  chant  Liedertafels  et  Saenger- 
Ii'ranz  de  Wurzbourg. 

3%  Stuttgart.  —  Le  24  juin,  nous  avons  eu  la  première  représentation 
de  la  Nuit  de  la  Saint  Jean,  texte  et  musique  par  Gustave  Pressel.  Pres- 
que tous  les  morceaux  ont  été  applaudis.  Le  jeune  maestro  a  été  rap- 
pelé après  le  premier  acte  et  à  la  fin  du  spectacle.  A  l'église  du  château 
a  été  exécuté  récemment  un  motet  nouveau  du  maître  de  chapelle  de  la 
cour,  Kucken,  et  il  a  produit  une  impression  profonde. 

„**  Berlin.  —  Le  23  juin  a  eu  lieu  la  première  représentation  d'Orphée 
aux  enfers,  opéra-bouffe  d'Offenbach,  texte  allemand,  par  Dechmann.  La 
pièce,  montée  avec  le  plus  grand  soin,  a  obtenu  un  magnifique  succès. 
C'étaient  coup  sur  coup  des  explosions  de  folle  joie,  accompagnée  de 
bravos  et  d'acclamations  sans  fin  :  huit  morceaux  ont  été  redemandés. 
Offenbach,  qui  dirigeait  l'orchestre;  Deichmann,  l'auteur  des  paroles 
allemandes,  et  tous  les  auteurs  ont  été  rappelés  après  le  deuxième  et 
le  quatrième  acte.  En  outre,  Mlle  Limbactf(Ëurydice)  a  eu  les  honneurs 
d'un  rappel  spécial.  —  Au  théâtre  Victoria,  Mlle  Legrain,  la  charmante 
danseuse  de  Paris,  continue  à  enthousiasmer  le  public. 

j*â  Breslau.  —  Mme  Jauner-Krall,  qui  était  en  représentation,  a  fait 
ses  adieux  par  le  rôle  de  Martha,  dans  la  charmante  partition  de  Flotow. 
Mme  J.-Krall  a  fort  bien  chanté,  surtout  le  lied  de  la  rose,  et  le  grand 
air  du  quatrième  acte. 

„*„,  Stockholm.  —  Mme  Jenny-Lind  Goldschmidt  est  arrivée  ici  le  17  juin, 
à  bord  du  steamer  Sivea:  un  grand  nombre  de  ses  admirateurs  lui  ont 
fait  un  accueil  enthousiaste.  La  célèbre  cantatrice,  qui  est  accompagnée 
de  son  mari  et  de  ses  deux  enfants,  compte  passer  l'été  daus  une  villa 
aux  environs  de  la  capitale. 

t*t  Saint-Pétershourg.  — L'ancien  théâtre  du  Cirque,  maintenant  théâtre 
de  S.  A.  I.  la  grande-duchesse  Marie,  est  près  d'être  achevé.  Son  arran- 
gement intérieur  est  d'une  rare  magnificence.  De  riches  dorures,  des 
loges  commodes,  de  larges  escaliers  et  de  vastes  galeries  servant  de 
communication  aux  différents  étages,  font  de  cette  construction  l'un  des 
théâtres  les  plus  remarquables  de  l'Europe.  On  assure  que  cette  magni- 
fique salle  est  destinée  principalement  aux  représentations  de  l'Opéra 
russe,  qui,  dit-on,  a  aussi  ses  nouveautés  toutes  prêtes.  On  étudie  un 
nouvel  ouvrage,  le  Prisonnier  du  Caucase,  dont  le  sujet  est,  ainsi  que  nous 
l'avons  dit ,  emprunté  au  poëme  de  Pouschkine  ;  cet  opéra  est  la 
première  œuvre  musicale  de  M.  Kui,  officier  aux  gardes.  On  dit  aussi 
qu'une  autre  parlition  du  compositeur  russe  M.  Villebois,  sous  le  titre 
de  Natacha,  aurait  été  mise  en  répétition.  Des  connaisseurs,  qui  ont 
entendu  quelques  fragments  de  cette  œuvre  nouvelle,  dans  des  cercles 
privés,  en  ont  depuis  longtemps  parlé  avec  éloge.  {Journal  de  Saint-Pé- 
tersbourg (français). 

„,%  Gènes,  26  juin.  —  Un  concert  composé  d'éléments  magnifiques  et 
destiné  à  laisser  un  long  souvenir  a  été  donné  hier  au  théâtre  Paganini 
par  la  Société  de  secours  mutuels  des  artistes  musiciens.  La  moitié  du 
produit  était  réservée  à  la  cause  nationale.  Le  nom  de  Meyerbeer,  la 
présence  de  Tamburini  suffisaient  à  remplir  la  salle.  Le  célèbre  chan- 
teur a  dit  avec  tout  son  talent  plusieurs  morceaux  de  son  riche  réper- 
toire, la  cavatine  de  la  Sonnambula,  l'air  deMaumelto  II,  le  duo  du  Bar- 
biere  avec  Mlle  Agrone,  etc.  La  seconde  partie  du  concert  commençait 
par  l'ouverture  du  "ardon  de  PU/ërmel,  et  l'on  peut  dire  sans  hésiter 
que  c'est  là  une  des  œuvres  les  plus  grandes,  les  plus  profondes  que  le 
génie  Ae  Meyerbeer  ait  enfantées.  Tout  y  est  réuni,  conception,  colo- 
ris, marche  dramatique,  effet  prodigieux.  11  ne  fallait  pas  moins  que  le 
talent  supérieur  de  notre  excellent  chef  d'orchestre,  llariani,  et  l'habi- 
leté des  artistes  qu'il  dirige  pour  atteindre  à  la  hauteur  de  l'immortel  chef- 
d'œuvre.  A  peine  l'ouverture  était-elle  finie  qu'on  la  redemaudait  à  grands 
cris,  et  la  seconde  exécution  a  encore  dépassé  la  première.  Parmi  les 


morceaux  chantés  par  Mme  Agrone,  la  romance  du  Prophète  doit  être 
citée  ;  un  chœur  de  VAssedio  di  Leyda,  du  maestro  Petrella,  terminait  le 
concert. 

„*„,  Milan.  —  Sivori  et  Bottesini  se  sont  réunis  pour  donner  un  con- 
cert au  profit  de  la  cause  nationale.  L'un  et  l'autre  ont  reçu  l'accueil 
si  bien  dû  à  leur  talent  et  à  leur  renommée.  Sivori  s'est  surpassé  par 
la  manière  dont  il  a  rendu  son  fabuleux  Carnaval  de  Venise,  et  un  duo 
de  violon  et  contre-basse,  composition  magistrale  de  Bottesini,  a  terminé 
cette  belle  fête  musicale. 


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Opéra-comique 
en  trois  actes. 


Morceaux  détachés  avec  accompagnement  de  Piano,  par  Léo  DEL1BES 

OIVERTI  RE  FOUR  P1AXO,  PRIX  :  e  FRAWCS. 


PREMIER  ACTE 


Prix  marqué. 
6      » 


50 


1 .  Introduction  et  chœur  :  Livrons-nous  à  l'allégresse 

2.  Air  chanté  par  M.  Fromant  :  Les  Fillettes  de  ce  village  .  5 

3.  Air  chanté  par  M.  Delaunay-Ricquier  :  Gentille  rosière  .  5 

4.  Ronde  chantée  par  Mlle  Girard  :  De  ce  village 2 

5.  Quatuor  chanté  par  Mmes  Girard,  Vadé,  MM.  Delaunay- 

Ricquier  et  Gabriel  :  Demeurez,  aimable  Florette  .    .  9     •> 

6.  Finale  et  chœur  :  Quel  beau  jour  et  quel  plaisir    ....  6    » 

DEUXIÈME   ACTE 

7.  Morceau  d'ensemhle  :  Quel  maintien  enchanteur 9    » 

8.  Romance  chantée  par  Mlle  A.  Faivre  :  Je  suis  sage,  j'ob- 

tins la  rose 2  50 


Prix  marqué. 
9.  Duo  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  et  M.  Delaunay-Ricquier: 

Plaisir  extrême,  heureux  moment 6     » 

10.  Finale:  Jeunes  beautés,  avant  peu  parmi  vous 9    » 

TROISIÈME   ACTE 

1 1 .  Air  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  :  Adieu,  rose  à  peine  éclose    2  50 

12.  Trio  chanté  par  Mlles  Girard,  Faivre  et  M.   Fromant  : 

Laissez-moi,  Bastien,  laissez-moi 7  50 

12  bis.  Duo  extrait  du  trio  :  Laissez-moi,  Bastien,  laissez-moi.     6     » 

13.  Petit  air  chanté  par  Mlle  Girard  :  Ah!  ah!  faut-il  à  mon 

âge! 2  50 

14.  Finale  :  Le  Destin  trompe  mon  espérance 9     » 

«a  fr. 


Partition  jbojii"  piano  et  irliitiil.  nt't 
POUR    PARAITRE    INCESSAMMENT 

Ii.  Bancla.  —  Duo  pour  violon  et  violoncelle  sur  les  motifs  favoris  des  Rosières 

2$ïusard.       —  Quadrille  pour  orchestre ■. Prix  net .  .  . 

Id.  Le  même  pour  piano Prix  marqué 


1  25 

k  50 


POUR  PARAITRE  INCESSAMMENT 
OBESE  G.  «RAJVBÎUS  ET  S.  DUFOUIK,  ÉBMTEaJKS,   I03,  MUE   DE   RICHELIEU, 

Nouvelle  série  de  50  numéros 

DE 

LA    LYRE   FRANÇAISE 


Choix  d'Airs  d'Opéras,  Duos,  Romances,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  Auteurs  anciens  et  modernes 


152 

153. 

CHANSON. . . 

154. 

Polka  chantée. 

155. 

BOLERO  .... 

156. 

Ariolli' militaire 

157. 

COUPLETS  . . 

158. 

ROMANCE. . . 

159. 

COUPLETS  . . 

160. 

AIR 

161. 

COUPLETS  .  . 

162. 

ROMANCE .  .  . 

163. 

BARCAROLLE 

164 

COUPLETS . . 

165. 

COUPLETS  .  . 

166. 

ROMANCE. . 

167. 

BARCAUOLLE 

168. 

169. 

Chanson  hngu . 

170. 

Cavalinc  ilu  page 

171 

AIR 

172. 

COUPLETS  . . 

173. 

174. 

ARIETTE  .  .. 

175. 

ROMANCE.  .  . 

Nina,  jolie  et  sage Actéon Auber. 

Ali!  pour  un  jeune  cœur...   Cheval  aie  bronze..       — 

La  grenouille  aux  camélias.  Les  deux  Pêcheurs  O/Jenbac/i. 

Versez,  moi  j'aime  le  doux.  Deux  vieilles  gardes  Dellbes. 

Dans  les  défilés Diamants  de  la  eonronne  Auber: 

Quand  le  dragon  abien  trottù.Drngons  île  Villars  Maillart. 

Grâce  à  ce  vilain  ermite  ...  —  

Il  est  un  enfant  d'Israël L'Enfant  prntlig'ue  Auber. 

Beau  cavalier L'Etoile  du  Mord..    Meyerbeer 

Des  roses,  partout  des  roses  La  Fée  aux  roses..  Halévy. 

Que  de  mal,  de  tourment..   La  Fiancée Auber. 

Un  ciel  serein  et  sans  nuage  —  — 

Le  gondolier  Adèle Fra  SSinvoîo — 

Pour  toujours,  disait-elle ...  —  — 

O  mon  habit,  mon  bel  habit  Giralda Adam . 

Sois  immobile Guillaume  Tell Rossini. 

Glisse,  ma  gondole Mayilée Auber. 

Unis  par  la  naissance —  

Pifl\  palf Les  nusrucnots Meyerbeer 

i.Nobles  seigneurs,  salut _ 

L'épreuve  est  tout  à  fait. . .  tJoconde Aicolo. 

Parmi  les  filles  du  canton. .  —  

Ne  nous  trahissez  pas  tous.  Lestocq Auber. 

Ah!  voyez  donc!  ah! Ilartha Flotow. 

Bois  paisible,  vert  feuillage.  —  — 


IBines  de  la  Siïalle. 
BU u elle  de  Portici 

Le  3iabab , 

Le  Philtre 

Le  Portefaix 

Le  Prophète 


couplets  . .  La  lune  et  le  soleil 

barcarolle  Amis,  la  matinée  est  belle 

romance.  . .  Mon  oncle  a  dit 

ballade  ...  La  reine  Yseult 

bonde Une  princesse  de  Grenade 

arioso  ....  Ah  !  mon  fils,  sois  béni. . 

hymne Roi  du  ciel  et  des  auges. . 

cavatine  . .  Le  roi  sommeille Robert  Bruce. . . 

sicilienne  .  O  fortune,  à  ton  caprice...  Robert  le  I>iable 
Valse  infernale  Noirs  démons,  fantômes, 

air Le  bel  état 

air Dans  une  symphonie. . . 

ronde Un  jambon  de  Bayonne. 

romance.  . .  Le  violon  brisé 

canzonetta  Achetez,  voici  des  orangi 


191.  DASSIER. 

102.  — 

103. 

194. 


GKRALDY... 
LABARRE... 


196. 
197. 
19S. 
199. 
200. 


vDcuiie  fille  et  fauvette.. 

Aimer  et  soufTrir 

Adieu,  patrie! 

La  Lettre  au  bon  Uicu. 

Ln  Fille  d'Otaïli 

La  Fiancée  du  Kicphte 
Le  Vieil  pendant  l'ornar 

Mèrc-çTand 

Marguerite 

Ces  Plaintes  de  la  Jeune 


Le  Serment 

B^e    Toréador 

'S'romb-nl-c«-zar . . 

Le  Violoneux 

Xerlinc 

Romance. 


Offenbach. 

Auber. 

Halévy. 

Auber. 

Garnis. 

Meyerbeer 

Rossini. 


Auber. 
Adam. 
Offenbach. 


Simple  lus 
Romance. 


CHAQUE  N°,  »5  c.  NET. 


EDITION    POPULAIRE 


re Mélodie. 

Nocturne  à  3  voix. 

Mélodie. 

:  fille  — 

CHAQUE  N°,  <55  c.  NET. 


paris.  —  IHIMUMI  un:  i  i:\ir\i.c  ni:  wpoi.kon  cuaix 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N°  29. 


1S  Juillet  18G0. 


OH  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  cliez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT  : 

Poris. 24  fr.  par  Ql 

Départements,  lîvlgique  et  Suisse...      30.»       id. 

Étranger 34  <>       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


II    w 


-  -w\n/\f\/\r  JW/vvv— 


SOMMAIRE.  —  Théàt  re  impérial  de  l'Opéra  :  Sémiramis,  opéra  en  quatre  actes 
paroles  de  M.  Méry,  musique  de  Rossini,  par  Panl  Smith.  —  Conservatoire 
impérial  de  musique  et  de  déclamation  ;  exercice  des  élèves.  —  Beethoven,  chef 
d'orchestre,  par  iLouis  Spohr.  —  Revue  critique  :  Ouvrage  divers  relatifs  à 
l'accompagnement  du  phin-chant  (4e  et  dernier  article),  par  Adrien  de  I>a 
Page.  — Bibliograpl  ie  musicale.  — Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA. 

SËMîIîAHBg, 

Opéra  en  quatre  actes,  paroles  d?  M.  Méry,  musique  de  Rossini. 

(Première  représentation  le  9  juillet  1S00.) 

Si  l'on  a  souvent  traduit,  si  l'on  continue  encore  n  traduire 
des  opéras  étrangers  pour  notre  grande  scène  lyrique,  if  n'en 
faut  pas  conclure  que  l'art  et  le  public  ne  demandent  rien  autre 
chose  en  France  qu'en  Italie  ou  qu'en  Allemagne.  Les  exemples 
sont  là  pour  prouver  le  contraire  :  on  ne  s'établit  solidement  chez 
nous  qu'avec  des  œuvres  bien  différentes  de  celles  qui  réussissent  le 
plus  à  Milan,  à  Naples,  à  Venise,  à  Vienne,  à  Prague  et  à  Berlin.  Les 
traductions  passent,  les  ouvrages  originaux  restent  seuls.  Se  borner  à 
traduire  même  des  chefs-d'œuvre,  c'est  faire  trop  bon  marché  de 
certaines  conditions  auxquelles  tous  les  hommes  de  génie  ont  voulu 
se  soumettre,  lorsqu'ils  sont  venus  écrire  pour  nous  les  Iphigénies, 
Armide,  Didon,  OEdipe  à  Colone,  la  Vestale,  Guillaume  Tell,  Ro- 
bert le  Diable,  les  Huguenots,  le  Prophète,  la  Favorite,  dont  l'inspi- 
ration s'est  pliée  aux  lois  de  l'art  français  pour  s'imposer  à  l'Europe 
entière. 

Cela  dit  et  posé  pour  l'honneur  des  principes,  qui  ne  serait  heu- 
reux d'accueillir  des  productions  d'un  ordre  aussi  élevé  que  Sémira- 
mis, le  dernier  des  enfantements  d'un  illustre  maestro  dans  sa  pa- 
trie, le  point  culminant  de  l'art  italien  à  la  On  du  premier  quart  de  ce 
siècle?  Sémiramis  fut  représentée  pour  la  première  fois  à  Venise 
dans  le  carnaval  de  1823;  Elisabetta  Colbrand,  devenue  Mme  Ros- 
sini, chantait  le  principal  rôle,  et  Filippo  Galli  celui  d'Assur.  S'il  y 
avait  quelque  chose  à  critiquer  dans  cet  ouvrage  de  proportions  si 
vastes,  c'était  sa  grandeur  même;  c'était  l'exubérante  richesse,  l'é- 
tendue inusitée,  et  aussi  un  peu  la  régulière  monotonie  de  ses  mor- 
ceaux, taillés  sur  le  patron  des  monuments  de  Babylone.  Du  reste,  on 
y  retrouvait  cette  imagination  puissante  qui  avait  révolutionné  tout 
un  genre  et  fait  dire  avec  tant  de  justesse  par  Stendhal  que  «   dans 


»  le  genre  ennuyeux  de  Vopera  séria,  Rossini  portait  une  vie  incon- 
»  nue  avant  lui.  » 

Peut-être  eût-il  dû  choisir  un  autre  sujet,  et  s'il  eût  travaillé  pour 
nous,  à  coup  sûr  il  se  serait  gardé  d'en  revenir  à  cette  sombre  légende 
dont  notre  vieille  tragédie  avait  si  souvent  usé,  jusqu'à  ce  que  Vol- 
taire trouvât  moyen  de  s'en  servir  comme  de  passe-port  à  une  imita- 
tation  de  Shakspeare  et  à  l'apparition  de  l'ombre  du  père  d'Hamlet. 
Un  revenant  en  plein  théâtre,  c'était  quelque  chose  de  neuf  dans  une 
tragédie,  entre  Mérope  et  YOrphelin  de  la  Chine  !  Mais  de  nos  jours, 
et  même  en  1823,  celte  innovation  avait  bien  perdu  de  son  charme. 
Le  grand  Opéra  aussi,  dès  l'anuée  1802,  avait  eu  sa  Sémiramis  voltai- 
rienne,  ornée  par  Catel,  l'harmoniste  correct,  d'une  élégante  partition. 
11  n'y  avait  donc  plus  guère  d'intérêt  pour  cette  exhumation  d'une 
reine  victorieuse  et  conquérante,  mais  dont  la  physionomie,  ressem- 
blant trop  à  celle  des  Jocaste  et  des  Gertrude,  n'offrait  de  trait 
distinctif  que  son  goût  pour  les  expéditions  lointaines,  les  édifices 
immenses  et  les  enivrantes  voluptés  ;  c'est  ainsi  que  la  caractérise 
une  antique   inscription  :  «  La    nature   m'a    donné  le   corps  d'une 

»  femme;  mes  actions  m'ont  égalée  au  plus  vaillant  des  hommes 

»  Avant  moi,  aucun  Assyrien  n'avait  vu  de  mers  :  j'en  ai  vu  quatre 
»  que  personne  n'abordait  et  je  les  ai  soumises  à  mes  lois...  J'ai  pavé 
»  de  mon  argent  des  chemins  où  l'on  ne  voyait  que  les  traces  des  ani- 
»  maux  sauvages;  et  au  milieu  de  ces  travaux,  j'ai  trouvé  du  temps 
»  pour  mes  plaisirs  et  pour  ceux  de  mes  amis.  » 

Cet  élément  précieux  de  nouveauté  qui  manquait  à  Sémiramis,  ne 
pouvait-on  le  chercher  dans  l'éclat  d'une  mise  en  scène  rajeunie  par 
les  découvertes  de  la  science  et,  avant  tout,  dans  la  distribution  de 
ses  rôles  principaux  ?  Il  y  a  près  de  deux  années,  un  bruit  soudain, 
merveilleux,  dont  ce  journal  fut  le  premier  écho,  se  répandit  au  delà 
des  Alpes.  Deux  jeunes  filles,  deux  sœurs,  Carlotta  et  Barbara  Mar- 
chisio,  venaient  de  débuter  dans  Sémiramis,  à  Venise,  sa  ville  natale, 
sur  le  théâtre  San  Benedelto.  Et  ce  début  n'avait  pas  été  seulement 
un  succès,  mais  un  triomphe,  un  transport,  une  fureur  !  Deux  sœurs 
qu'on  ne  connaissait  pas,  et  dont  l'une  possédait  un  soprano  char- 
mant, frais,  pur,  sympathique;  l'autre,  un  contralto  plein  et  sonore, 
vocalisant  et  montant  avec  la  même  aisance  ;  deux  sœurs  capables 
de  jouer  et  de  chanter,  celle-ci  le  rôle  de  Sémiramis,  celle-là,  le  rôle 
d'Arsace  !  En  fallait-il  plus  pour  exciter  le  fanatisme,  le  délire  ?  En 
effet,  l'enthousiasme  eut  bientôt  dépassé  toute  mesure.  La  France 
voulut  savoir  au  juste  à  quoi  s'en  tenir  sur  le  phénomène,  et  elle 
expédia  un  ambassadeur,  qui,  sans  perdre  le  temps  à  examiner  ces 
jumelles  de  la  musique,  jugea  plus  court  d'en  faire  la  conquête  au 


250 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


nom  de  la  France  et  de  les  engager  pour  le  théâtre  de  l'Opéra.  Voilà 
comment  du  même  coup  nous  avons  eu  Sérniramis  et  les  sœurs  Mar- 
chisio.  Qui  donc  aurait  songé  à  séparer  le  couple  chantant,  nobile 
par,  à  emmener  une  sœur  sans  l'autre  ?  Et,  de  même,  qui  seulement  eût 
conçu  l'idée  de  les  séparer  de  Sérniramis  1 

Eh  bien ,  maintenant  que  nous  avons  vu  et  entendu,  nous  sommes 
forcé  de  reconnaître  que  le  prodige  n'est  pas  tout  à  fait  aussi  prodi- 
gieux que  l'avait  proclamé  la  renommée.  Les  sœurs  Marchisio  ont  de 
la  voix  et  savent  chanter  ;  ce  sont  de  plus,  nous  assurent  leurs  amis, 
d'excellentes  musiciennes,  mais  ce  ne  sont  encore,  à  beaucoup  près, 
ni  des  Pasta,  ni  des  Sontag,  ni  des  Giulia  Grisi,  ni  desPisaroni,  ni  des 
Alboni  et  autres  cantatrices  universellement  célèbres.  Pour  être  rigou- 
reusement juste,  il  faut  constater  que,  le  premier  jour,  Carlotta,  la 
soprano,  la  Sérniramis,  succombait  à  des  émotions,  à  des  terreurs  qui 
lui  permettaient  à  peine  d'ouvrir  la  bouche  lorsqu'elle  entra  en 
scène  ;  et  pourtant,  à  l'acte  suivant,  le  courage  et  la  voix  lui  revin- 
rent assez  pour  qu'on  ne  doutât  plus  de  son  talent,  et  qu'on  ne  l'ap- 
plaudît plus  uniquement  pour  la  rendre  à  la  vie.  Barbara ,  le 
contralto,  l'Arsace,  nous  a  semblé  plus  calme  et  plus  sûre  d'elle- 
même  ;  on  a  pu  la  juger  sur-le-champ,  et,  quoique  sa  voix  n'ait  pas 
les  notes  graves  qui  sont  de  l'emploi,  lui  décerner  des  bravos  en 
conscience.  Comme  actrices,  les  sœurs  Marchisio  ne  sont  encore  que 
des  élèves  annonçant  des  dispositions  et  donnant  quelquefois  plus  que 
des  espérances.  Leur  taille  est  petite;  leur  visage,  dont  les  traits 
diffèrent  autant  qu'il  est  possible  à  des  sœurs,  ne  se  ressemble  que 
par  une  sorte  d'étrangelé  plutôt  indienne  qu'italienne.  C'est  donc 
comme  cantatrices  qu'elles  se  présentent  surtout,  et  qu'un  avenir  les 
attend.  Pour  Carlotta,  l'air  du  second  acte,  Doux  rayon  de  l'amour, 
a  été  le  plus  favorable,  le  mieux  rendu  et  le  mieux  reçu.  Pour  Barbara, 
c'est  l'air  d'entrée  :  Me  voici  donc  à  Babylone;  pour  toutes  les  deux 
ensemble,  c'est  le  fameux  duo  du  troisième  acte  :  Eh  bien,  frappe  ta 
mère,  avec  son  délicieux  andante  :  Jour  d'épouvante  et  d'allégresse, 
dont  le  bis  traditionnel  au  théâtre  Italien  s'est  reproduit  à  l'Opéra. 
Par  prudence  sans  doute  on  avait  allégé  la  tâche  des  deux  sœurs  en 
retranchant  l'autre  duo,  si  beau  pourtant:  Garde-moi  ce  beau  zèle\ 
Probablement  on  aura  voulu  garder  l'effet  de  l'union  vocale  d'Arsace 
et  de  Sérniramis  pour  l'acte  qui  touche  le  plus  à  la  conclusion  de 
l'œuvre  :  Tout  est  bien  qui  finit  bien.  Par  malheur,  le  quatrième 
acte,  où  il  n'y  a  que  l'air  d'Assur  et  un  trio  de  peu  d'effet,  se  termine 
à  l'Opéra,  comme  au  théâtre  Italien,  par  une  espèce  de  cligne-musette, 
dont  le  seul  résultat  dramatique  a  toujours  été  d'engager  à  la  retraite 
la  presque  totalité  des  spectateurs. 

Si  l'on  voulait  rendre  à  Obin  un  service  d'ami,  on  ne  pouvait 
mieux  faire  que  de  lui  confier  le  rôle  d'Assur,  même  après  Galli  et 
Tamburini.  Nous  ne  dirons  pas  qu'il  les  surpasse,  ce  serait  le  tromper 
et  lui  nuire,  mais  nous  voyons  avec  plaisir  un  artiste  français,  un 
élève  de  notre  Conservatoire  soutenir  aussi  vaillamment  le  parallèle 
avec  deux  excellents  artistes  italiens.  Obin  chante  et  joue  ;  il-  réunit 
les  avantages  de  la  taille,  de  la  figure,  du  regard,  du  geste  et  de  la 
voix.  Dans  les  autres  rôles  de  valeur  bien  moins  grande,  Coulon, 
Dufresne,  Fréret,  Mlle  Bengraf,  ne  dépensent  que  tout  juste  ce  qu'il 
faut  de  talent  et  profitent  de  l'occasion  pour  faire  des  économies. 

Le  ballet  se  compose  musicalement  d'un  air  ou  deux  empruntés  à 
Moïse,  et  d'un  autre  air  écrit  par  M.  Carafa,  l'ami  fidèle  de  l'illustre 
maestro,  le  I'atrocle  de  cet  Achille,  qui  persiste  à  rester  sous  sa 
lente  et  à  laisser  la  victoire  se  décider  pour  lui,  mais  sans  lui. 

Et  pourtant  quel  spectacle  magnifique,  imposant,  radieux,  que  celte 
restitution  de  la  superbe  Babylone,  pour  laquelle  on  dirait  que  l'on  a 
retrouvé  à  point  nommé  les  ruines  de  Ninive  !  Tant  do  savants  archéo- 
logues n'ont  donc  pas  travaillé  en  vain  !  Le  grand  Opéra  profite  de 
leurs  profondes  recherches  :  Ninive  aura  étonné  le  monde  une  se- 


conde fois.  Et  quels  costumes  éblouissants  !  que  d'or  semé  h  pleines 
mains!  que  de  couleurs  répandues  à  profusion!  que  c'armures,  de  col- 
liers, de  bracelets,  de  diadèmes!  Il  n'y  a  que  1'intrcduclion  titanique, 
hiéroglyphique,  écrite  par  M.  Méry,  le  poétique  traducteur  du  texte 
italien,  qui  soit  encore  plus  étincelante,  plus  chatoyante  et  miroitante 
que  la  mise  en  scène  exécutée  sous  l'influence  et  par  les  ordres  du 
directeur,  M.  Alphonse  Royer. 

Paul  SMITH. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION. 

Exercice  des  élèves. 

Le  premier  acte  du  Comte  Ory  et  Vlrato  composaient  cet  exercice, 
qui  précède  de  si  peu  les  concours.  Aussi  n'en  parlerons-nous  qu'avec 
toute  la  brièveté  possible,  pour  ne  pas  nous  exposer  h  tomber  bientôl  dans 
les  redites.  Le  Comte  Ory  avait  pour  interprètes  principaux  trois  élèves 
pensionnaires,  MM.  Mendioroz,  ténor,  Petit  et  Gourdin,  basses-tailles, 
Mlles  Barelly,  Maillard,  Pfotzer  et  Renouleau.  Ces  jeunes  gens  et  ces 
jeunes  personnes  ont  presque  tous  d'excellentes  voix,  plus  ou  moins 
assouplies  par  l'étude  ;  dans  le  nombre,  il  y  en  a  certainement  plu- 
sieurs que  les  théâtres  lyriques  ne  tarderont  pas  à  s'approprier,  trop 
tôt  peut-être;  mais  au  siècle  de  la  vapeur  el  de  l'électricité,  tout  le 
monde  se  presse  et  craint  de  se  laisser  distancer.  C'est  la  faute  du 
siècle  ! 

Dans  Vlrato,  le  même  M. Gourdin  et  le  même  M.  Petit  jouaient  les 
rôles  de  Scapin  et  de  Pandolfe.  M.  Capoul,  autre  ténor  de  qualité,  non 
moins  précieuse  que  M.  Mendioroz,  tenait  celui  de  Lysandre;  M.  Mirai, 
celui  du  docteur  Balouard;  Mlles  Céronetti  el  Rozés  se  présentaient  sous 
le  costume  d'Isabelle  et  de  Kérine.  Déjà  la  bouffonnerie  deMarsollier, sur 
laquelle  Méhul  croyait  avoir  écrit  de  la  musique  italienne,  a  été 
essayée,  il  y  a  quelque  huit  ans,  mais  il  s'en  faut  que  l'exécution  ait 
été  aussi  satisfaisante  que  celle  de  jeudi  dernier.  M.  Gourdin  surtout 
s'est  distingué  dans  le  rôle  écrit  pour  Martin,  et  désormais  impossible 
à  toute  voix  humaine.  L'auditoire  le  savait  aussi  bien  que  nous,  et 
l'a  prouvé,  en  applaudissant  l'élève  pour  son  courage  à  braver  les 
difficultés,  même  quand  il  ne  lui  était  pas  donné  de  les  vaincre. 
M.  Capoul  a  fort  plaisamment  dit  et  chanté  les  charmants  couplets  :  Si 
je  perdais  mon  Isabelle,  et  le  quatuor  :  Femme  jolie  et  du  bon  vin,  a 
joyeusement  couronné  l'œuvre. 

Arrêtons-nous:  l'heure  des  concours  sonne,  et  dans  la  distribution 
de  l'éloge  ou  de  la  critique,  nous  ne  voudrions  pas  nous  mettre  en  op- 
position avec  leurs  arrêts.  Laissons  donc  passer  leur  justice;  mais  pour 
être  aussi  juste  qu'elle,  constatons  que  malgré  l'émotion  du  dan- 
ger présent,  la  préoccupation  des  luttes  prochaines,  l'exercice  a 
très-bien  œar  ché  du  commencement  à  la  fin,  et  qu'une  large  part 
du  succès  revient  à  M.  Pasdeloup,  chef  d'orchestre  ordinaire  et  ex- 
traordinaire de  ces  juvéniles  solennités. 

P.  S. 


BEETHOVEN,  CHEF  D'ORCHESTRE. 

Au  printemps  de  l'année  1813,  le  célèbre  compositeur  Louis  Spohr 
alla  se  fixer  à  Vienne  ;  le  comte  Pallfy  l'avait  engagé  comme  maître 
de  chapelle  au  Thcater  an  der  Wien,  dont  il  était  propriétaire  à  cette 
époque. 

Dans  un  des  plus  curieux  chapitres  de  son  autobiographie,  dont 
le  deuxième  volume  vient  de  paraître,  Spohr  nous  a  laissé  un  récit 
très-amusant  de  ses  relations  avec  Beethoven,   récit  qui  renferme, 


DE  PARIS. 


251 


en  outre,  quelques  nouvelles  indications  et  dont  voici  une  traduction 
scrupuleusement  fidèle. 

«  Dès  rncn  arrivée  à  Vienne,  j'allai  voir  Beethoven  ;  ne  l'ayant  pas 
trouvé  chez  lui,  je  laissai  ma  carte.  J'espérais  le  rencontrer  dans  une 
des  réunions  musicales  auxquelles  j'étais  fréquemment  invité  ;  mais 
bientôt  j'appris  que  depuis  que  sa  surdité  avait  acquis  un  degré  d'in- 
tensité qui  l'empêchait  d'entendre  un  morceau  de  musique  dans  son 
entier,  on  ne  le  voyait  plus  dans  aucun  cercle  musical,  et  qu'il  était 
devenu  misanthrope.  Je  tentai  de  nouveau  la  chance  d'une  visite  ;  ce 
fut  encore  inutilement.  Enfin,  contre  toute  attente,  je  le  rencontrai  au 
restaurant,  où  j'allais  tous  les  jours  avec  ma  femme.  J'avais  déjà  donné 
un  concert  à  Vienne  ;  j'y  avais  fait  exécuter  deux  fois  mon  oratorio  ; 
les  journaux  viennois  en  avaient  parlé  favorablement  ;  je  n'étais  donc 
plus  un  inconnu  pour  Beethoven  lorsque  je  me  présentai  à  lui;  il  me 
fit  un  accueil  des  plus  gracieux.  Nous  primes  place  à  la  même  table  ; 
il  devint  très-expansif  au  grand  élonnement  de  la  société  :  d'ordinaire 
sombre  et  taciturne,  il  restait  immobile,  les  yeux  fixés  sur  un  même 
point.  Toutefois,  c'était  une  rude  besogne  de  se  faire  entendre  ;  il  fallait 
crier  à  être  entendu  dans  les  pièces  voisines.  Dès  lors,  Beethoven 
vint  souvent  à  ce  restaurant  et  me  fil  une  visite,  de  sorte  que  nous  ne 
lardâmes  pas  à  nous  lier.  Il  avait  des  manières  tant  soit  peu  rudes, 
pour  ne  pas  dire  plus  ;  toutefois,  sous  ses  épais  sourcils  il  y  avait  un 
regard  loyal. 

u  Après  mon  retour  de  Gotha,  je  le  rencontrais  de  loin  en  loin  au 
Theàter  an  der  Wicn,  immédiatement  derrière  l'orchestre,  où  le  comte 
Palffy  lui  avait  donné  une  place  de  faveur.  Après  la  représentation, 
il  m'accompagnait  d'ordinaire  chez  moi,  et  passait  le  reste  de  la  soirée 
avec  nous.  Dans  ces  moments-là,  il  était  souvent  très-aimable  envers 
Doretle  (la  femme  de  Spohr)  et  avec  les  enfants.  Il  parlait  rarement 
musique.  Lorsque  cela  lui  arrivait,  ses  jugements  étaient  sévères  et 
formulés  d'une  manière  absolue,  comme  si  toute  contradiction  était 
impossible.  Il  ne  s'intéressait  pas  le  moins  du  monde  aux  travaux 
d'autrui  :  aussi  n'eus-je  jamais  le  courage  de  lui  montrer  les  miens. 
Un  thème  favori  de  conversation  était  pour  lui,  à  cette  époque, 
l'administration  du  prince  Lobkowilz  et  du  comte  Palffy,  dont  il 
faisait  une  critique  sévère.  Contre  ce  dernier,  il  s'emportait  en  injures, 
souvent  même  dans  l'enceinte  du  théâtre,  de  manière  à  être  entendu 
non-seulement  du  public  au  sortir  de  la  salle,  mais  du  comte  Palffy 
lui-même  dans  son  cabinet.  Cela  me  mellait  dans  un  cruel  em- 
barras, et  je  m'efforçais  de  détourner  la  conversation  vers  d'autres 
sujets. 

»  La  brusquerie  parfois  choquante  dans  les  manières  de  Beetho- 
ven provenait  de  la  surdité  à  laquelle  il  n'avait  point  encore  appris  à 
se  résigner,  et  trouvait  aussi  son  explication  dans  sa  position  gênée. 
Il  n'était  pas  économe,  et  avait  de  plus  le  malheur  d'ê;re  volé  par  son 
entourage.  Souvent  il  manquait  même  du  nécessaire.  Dans  les  premiers 
temps  de  notre  liaison,  comme  il  était  resté  plusieurs  jours  sans  venir 
au  restaurant,  je  lui  dis  :  «  Vous  n'avez  pas  été  malade?  — 
»  C'est  ma  botte  qui  était  malade,  me  répondit-il;  et  comme  je 
»  n'en  ai  qu'une  seule  et  unique  paire,  j'étais  aux  arrêts  dans  ma 
»  chambre.  » 

»  Au  bout  d'un  certain  temps,  ses  amis  le  tirèrent  d'embarras. 
Fidelio,  qui  avait  clé  donné  dans  des  conjonctures  fâcheuses,  en  I8O/1 
ou  1805,  lors  de  l'occupation  de  Vienne  par  les  Français,  et  avait  eu 
peu  de  succès,  fut  repris  par  les  régisseurs  du  théâtre  Kaernlhner- 
Thor  pour  une  représentation  à  leur  bénéfice.  Bcelhoven  s'était  dé- 
cidé à  écrire  une  seconde  ouverture  (celle  en  mi)-,  un  lied  pour  le 
geôlier  et  le  grand  air  de  Fidelio  (avec  cor  obligé),  et  de  faire 
quelques  changements  à  la  partition.  Sous  celle  nouvelle  forme, 
Fidelio  eut  un  grand  succès  et  une  longue  suite  de  représentations. 
Le  premier  soir,  le  compositeur  fut  appelé  plusieurs  fois  sur  la  scène 
et  fixa  de  nouveau  l'attention  du  public.  Ses  amis  profitèrent  de  ce 


moment  favorable  pour  organiser  un  concert  à  son  bénéfice  dans  la 
grande  salle  des  Redoutes,  où  devaient  être  exécutées  les  dernières 
œuvres  de  Beethoven.  Tout  ce  qui  savait  frotter  les  cordes  d'un  instru- 
ment, tout  ce  qui  savait  souffler  dans  un  cuivre  ou  dans  un  bois 
quelconque,  tout  ce  qui  savait  chanter,  fut  invité  à  concourir  à 
cette  solennité  :  parmi  les  artistes  de  quelque  valeur,  pas  un  ne  fit 
défaut. 

»  Mon  orchestre  et  moi,  nous  prîmes  naturellement  part  au  concert, 
et  pour  la  première  fois  je  vis  Beethoven  diriger.  Quoiqu'on  m'en  eût 
averti,  je  n'en  fus  pas  moins  extrêmement  surpris.  Il  s'était  habitué 
à  marquer  les  diverses  nuances  de  l'expression  musicale  par  les  mou- 
vements les  plus  bizarres  du  corps.  Quand  venait  un  sforzando,  ses 
deux  bras,  qu'il  tenait  croisés  sur  la  poitrine,  s'écartaient  violem- 
ment. Pour  le  piano,  il  se  baissait,  et  d'autant  plus  bas  qu'il  voulait 
qu'il  fût  marqué.  Quand  suivait  un  crescendo,  il  se  redressait  peu  à 
peu,  et  au  forte,  il  faisait  un  bond  en  l'air;  parfois,  pour  renforcer 
le  forte,  il  criait  lui-même  à  travers  le  bruit,  sans  le  savoir. 

»  Seyfried,  à  qui  je  fis  part  de  mon  étonnement,  me  raconta 
un  accident  tragi-comique,  lequel  était  arrivé  au  dernier  concert  de 
Beethoven  au  Theater  an  der  Wien. 

»  Beethoven  jouait  sur  le  piano  un  nouveau  concerto  de  sa  compo- 
sition ;  mais  dès  le  premier  tutti,  il  oublie  qu'il  était  soliste,  s'élance 
de  son  siège  et  se  met  à  diriger  à  sa  manière.  Au  premier  sforzando, 
il  projette  les  bras  des  deux  côtés  par  un  si  grand  écart,  qu'il  ren- 
verse les  deux  flambeaux  de  son  pupitre.  Le  public  se  mit  à  rire  : 
Beethoven  fit  recommencer  le  tout.  Craignant  qu'au  même  passage 
le  même  accident  ne  se  renouvelât,  Seyfried  fit  placer  à  côté  de 
Beethoven  deux  enfants  de  chœur,  et  leur  fit  tenir  les  flambeaux. 
L'un  d'eux  s'approche  sans  défiance,  et  jette  les  yeux  sur  le  cahier  de 
musique  ouvert  sur  le  pupitre.  Quand  le  fatal  sforzando  éclate,  l'en- 
fant reçoit  de  la  main  droile  du  compositeur  un  coup  si  violent  que, 
dans  son  effroi,  il  laisse  tomber  le  flambeau.  L'autre,  plus  prudent 
suivait  d'un  œil  attentif  tous  les  mouvements  de  Beethoven,  et  il  eut 
le  temps  de  se  baisser  pour  esquiver  le  coup.  Si  la  première  fois  le 
public  avait  ri,  celte  fois  il  se  laissa  aller  à  une  jubilation  folle.  Là- 
dessus,  Beethoven  entre  dans  une  telle  fureur  que,  dès  les  premiers 
accords  du  solo,  il  brisa  une  douzaine  de  cordes.  Tous  les  efforts  que 
firent  les  véritables  amateurs  pour  rétablir  la  tranquillité  et  l'attention 
restèrent  sans  résultat.  Le  premier  allegro  du  concerto  fut  donc  entiè- 
rement perdu  pour  les  auditeurs.  Depuis  cette  catastrophe,  Beethoven 
ne  voulut  plus  jamais  donner  de  concert. 

»  Celui  qu'avaient  organisé  ses  amis  fut  des  plus  fructueux.  Aux 
nouvelles  compositions  du  maître,  on  fit  un  accueil  des  plus  sympa- 
thiques, notamment  à  la  symphonie  (la  septième)  ;  la  deuxième  partie, 
qui  est  admirable,  fut  redemandée  :  elle  fit  sur  moi  une  impression 
profonde  et  durable.  L'orchestre  marcha  parfaitement,  malgré  les  ex- 
centricités de  son  chef. 

»  La  salle  était,  comble,  le  public  applaudissait  avec  enthousiasme  ; 
encouragés  par  ce  succès ,  les  amis  de  Beethoven  organisèrent  un 
deuxième  concert,  qui  produisit  une  recette  presque  aussi  forte  que 
le  premier.  Pour  le  moment,  le  compositeur  se  trouvait  donc  à  l'abri 
de  la  gêne  ;  toutefois  on  dit  qu'il  eut  encore  à  lutter  contre  des  em- 
barras financiers  plus  d'une  lois  avant  sa  mort. 

»  Jusqu'à  cette  époque  on  ne  remarqua  chez  lui  aucune  trace  d'épui- 
sement de  la  force  productive  ;  mais  la  surdité  dont  il  était  affligé 
allant  toujours  en  croissant,  son  imagination  dut  s'en  ressentir.  Ses 
aspirations  à  l'originalité  ne  pouvaient  plus,  comme  auparavant,  être 
dirigées  par  l'ouïe.  Faut-il  donc  s'étonner  que  ses  productions  soient 
devenues  de  jour  en  jour  plus  baroques,  plus  incohérentes  et  plus 
inintelligibles  !  A  la  vérité,  il  y  a  des  gens  qui  croient  les  compren- 
dre, et,  clans  leur  joie,  les  placent  bien  au-dessus  de  ses  œuvres  précé- 


252 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


dénies.  Je  ne  suis  pas  du  nombre,  et  j'avoue  sans  détour  n'avoir 
jamais  pu  goûter  les  dernières  compositions  de  Beethoven.  Dans  cette 
catégorie,  je  range  même  la  9«  symphonie,  dont,  malgré  quelques 
éclairs  de  génie,  les  trois  premières  parties  me  semblent  de  beaucoup 
inférieures  aux  huit  symphonies  précédentes.  Quant  a  la  quatrième 
partie,  je  la  trouve  tellement  monstrueuse,  tellement  triviale  dans  la 
manière  dont  l'Ode  à  la  joie,  de  Schiller,  y  est  comprise,  que  j'en 
suis  encore  à  me  demander  comment  un  tel  génie  a  pu  l'écrire  !  C'est 
pour  moi  une  preuve  de  plus  de  l'absence  de  goût,  de  sentiment  du 
beau  que  j'avais  remarqué  déjà  chez  Beethoven  à  Vienne. 

»  Louis  SPOHR.  » 


REVUE  CRITIQUE. 

OUVRAGES  DIVERS  RELATIFS  A  L'ACCOMPAGNEMENT  DD  PLAIN-CHANT. 

(4e  et  dernier  article)  (1). 

M.  Wackenthaler,  depuis  longues  années  maître  de  chapelle  et  or- 
ganiste de  la  cathédrale  de  Strasbourg,  est  un  artiste  de  haut  mérite 
qui  vient  d'apporter  à  l'accompagnemeut  du  plain-chant  le  tribut  de 
son  talent  et  de  son  expérience.  Il  ne  fait  d'ailleurs,  qu'exposer  la  pra- 
tique traditionnelle  et  les  règles  données,  comme  il  le  dit,  par  des 
hommes  qu'on  peut  citer  comme  autorité  :  c'est  celle  des  organistes 
allemands,  tant  luthériens  que  catholiques.  Elle  consiste  à  ne  faire 
usage  que  des  accords  parfaits  majeurs  ou  mineurs,  quelle  que  soit 
d'ailleurs  la  tonalité  et  la  modalité  de  la  mélodie  originaire  sur  laquelle 
on  doit  traiter  l'harmonie,  et  qui  dans  ce  cas  se  place  à  sa  partie  su- 
périeure. 

Ce  système  n'est  pas  sans  inconvénients  :  à  la  vérité  l'on  n'y  fait 
entendre  que  les  accords  les  plus  purs  et  les  plus  harmonieux,  mais 
on  doit  avouer  aussi  que  les  successions  ne  sont  pas  toujours  aussi 
pures  et  aussi  harmonieuses  que  les  accords;  que  l'on  trouve  souvent 
l'accord  mineur  où  l'on  voudrait  l'accord  majeur  et  réciproquement  ; 
que  certaines  fausses  relations  sont  inévitables  ;  que  les  basses  sont  le 
plus  souvent  d'une  monotonie  tout  à  fait  fatigante  ;  enfin  que  l'ampleur 
même  de  cette  forme  d'accompagnement  finit  par  n'être  pas  agréable 
à  l'oreille,  ainsi  que  les  mets  les  plus  sains  et  les  plus  nourrissants 
ne  tardent  pas  à  laisser  le  palais  sans  aucune  sensation  agréable  s'ils 
reparaissent  chaque  jour  sur  la  table. 

La  marche  suivie  par  l'suteur  est,  comme  je  le  disais  il  y  a  un 
instant,  fort  simple  et  fort  naturelle  :  il  donne  successivement  la 
gamme  de  chacun  des  huit  modes  avec  l'harmonie  qui  leur  convient 
dans  le  système  qu'il  a  suivi  ;  ensuite  il  examine  les  cas  les  plus  ordi- 
naires dans  lesquels  se  présente  telle  ou  telle  note,  et  donne  la  ma- 
nière de  l'accompagner  en  conséquence. 

C'est  sans  doute  par  suite  d'une  distraction  que  M.  Wackenthaler 
n'a  donné  le  tableau  de  l'étendue  des  modes  qu'après, avoir  entamé  ce- 
qui  concernait  le  premier  tableau  qui  aurait  dû  se  montrer  dès  le 
commencement  ;  c'est,  du  reste,  une  faute  qui  ne  tire  nullement  à 
conséquence. 

Quand  M.  Wackenlhaler  a  établi  quel  accompagnement  doit  être 
donné  à  chacune  des  notes  de  l'échelle  du  mode,  il  fait  suivre  ces 
exemples,  qui  sont  de  simples  fragments,  de  ce  qu'il  appelle  des 
modèles  réalisés,  c'est-à-dire  des  pièces  complètes  accompagnées 
d'après  les  règles  qu'il  a  posées.  Quelquefois,  sans  remplir  les  pagej, 
M.  Vackenthaler  ajoute  de  courts  préludes  dans  le  slyle  familier  aux 
organistes  allemands,  et  l'on  ne  peut,  à  cet  égard,  que  lui  reprocher 
sa  parcimonie,  car  toutes  ces  petites  pièces  sjnt  remarquables  par 
leur  correction  et  leur  élégance. 

(1)  Voir  le  n"  2k. 


La  petite  Méthode  élémentaire  d'harmonisation  du  plain-chant, 
expressément  composée  pour  les  commençants  sans  maîtres,  par 
Georges  Schmitt,  organiste  de  Saint-Sulpice  et  professeur  à  l'Ecole  de 
musique  religieuse,  est  conçue  dans  un  sens  fort  différent  de  l'ouvrage 
précédent.  L'auteur  a  réellement  voulu  donner  une  méthode  en  la 
resserrant  dans  le  moins  d'espace  possible,  et  en  faisant  un  livre  tel- 
lement pratique  que  les  élèves  pussent  l'étudier  et  profiter  de  l'en- 
seignemeut  tout  comme  s'ils  eussent  eu  le  secours  d'un  maître. 

Il  a  donc  parlé  avec  une  grande  précision  des  gammes,  des  inter- 
valles, des  accords  et  de  leurs  renversements  ;  et  comme  il  n'admet 
que  l'accord  parfait  et  celui  de  septième  dominante,  il  entre  aussitôt 
dans  une  série  d'exercices  sur  ces  accords,  présentés  sous  leurs  dif- 
férentes faces  dans  les  modes  majeur  et  mineur.  Chacun  de  ces  exer- 
cices est  présenté  dans  les  trois  positions  que  peut  prendre  la  main 
droite.  D'autres  exercices  suivent  et  présentent  l'accord  parfait  et  ses 
renversements  avec  mélange  des  trois  positions  et  dans  différents 
modes.  Plus  loin,  autres  exercices  du  même  genre,  mais  avec  intro- 
duction de  l'accord  de  septième  et  de  ses  renversements.  Toutes  ces 
pièces  sont  écrites  note  contre  note,  à  l'exception  de  quelques  pas- 
sages des_  dernières,  destinés  à  faire  prendre  à  l'élève  ^habitude  de 
passer  deux  ou  un  plus  grand  nombre  de  notes  de  la  main  droiLe  pour 
une  seule  de  la  main  gauche. 

Arrivé  à  ce  point,  M.  Schmitt  donne  les  moyens  d'appliquer  à  l'ac- 
compagnement du  plain-chant  les  règles  qu'il  a  posées.  11  passe  en 
revue  les  huit  gammes  du  plain-chant  et  présente  pour  chaque  mode, 
d'abord  la  manière  d'hannonisar  son  échelle  tant  en  dessus  qu'en  des- 
sous, puis  des  exemples  pris  dans  les  livres  lithurgiques  et  revêtus 
d'une  harmonie  à  deux,  trois  ou  quatre  parties.  Quoique  le  doigté 
n'offre  aucune  difficulté,  on  en  trouve  ici  l'indication,  l'ouvrage  étant 
destiné  à  de  jeunes  élèves  qui  peuvent  n'avoir  pas  plus  de  connais- 
sance du  clavier  qu'ils  n'en  ont  de  l'harmonie. 

D'après  ce  qui  vient  d'être  dit,  on  a  compris  que  le  système  d'ac- 
compagnement de  M.  Schmitt  appartient,  de  même  que  celui  de 
M.  Jaillet,  dont  j'ai  parlé  précédemment,  au  style  moderne,  et  il  faut 
bien  croire  que  M.  Schmitt  a  eu  de  bonnes  raisons  peur  le  préférer  : 
c'est  sans  doute  la  facilité  d'étude  et  le  besoin  de  contenter  notre 
oreille,  habituée  à  l'effet  de  sa  sensible,  de  la  quinte  mineure,  du 
triton,  de  la  septième,  etc.,  qui  l'auront  déterminé.  On  doit  savoir 
en  effet  que  M.  Schmitt,  qui  nous  enseigne  ici  un  style  moderne,  lequel 
aux  yeux  de  certains  docteurs,  équivaut  à  une  morale  très-relàchée, 
ïst  non  seulement  un  très-habile  exécutant  dans  les  deux  styles,  mais 
aussi  très-bon  compositeur  dans  l'un  et  l'autre  ;  et  il  faut  bien  qu'il  en 
soit  ainsi,  puisque  les  morceaux  de  sa  façon  qu'il  a.  publiés  dans  son 
beau  Musée  de  l'organiste  (1)  dont  j'ai  plusieurs  fois  parlé  dans  la 
Gazelle,  s'y  trouvent  associés  à  ceux  des  plus  grands  compositeurs 
et  organistes  classiques  et  modernes,  et  occupent  leur  place  sans  jar 
mais  faire  mauvaise  figure.  Dire  cela,  n'est-pas  en  faire  le  plus  bel 
éloge  î 

Adrien  de  LA  FAGE. 


BIBLIOGRAPHIE  MUSICALE. 

S.  l'onrr  de  Léon.  —  Mélodie  irlandaise  de  l'opéra  de  Maria, 
transcrite  cl  varice  pour  piano. 

Dans  le  grand  nombre  de  transcriptions  qui  ont  été  inspirées  par  le 
charmant  opéra  do  M.  de  rlotow,  il  y  aurait  injustice  à  ne  pas  si- 
gnaler d'une  manière  toute  spéciale  les  jolies  variations  que  le  pia- 
niste liavrais,  Ponce  de  Léon,  a  composées  sur  la  Mélodie  irlandaise, 
qui  est  à  juste  titre  regardée  comme  la   perle  de  cette  partition. 

(1)  Le  nfusc'c  de  l'organiste,  100  morceaux  d'orgue  classiques  et  modernes,  rédi- 
ges par  Georges  Schmitt;  Ouvrage  terminé. 


de  paris; 


253 


C'est  un  morceau  d'étude  qui  exige  déjà  une  certaine  force,  m?is 
sans  être  inabordable  pour  les  élèves  qui  ont  surmonté  les 
premières  difficultés  de  l'instrument.  A  vrai  dire,  ses  développe- 
ments sont  extrêmement  modestes,  et  se  bornent  à  une  seule  et 
unique  modification  du  thème.  Mais  ce  petit  morceau  est  écrit  avec 
un  goût  parfait,  avec  un  soin  extrême,  et  porte  la  trace  des  qua- 
lités estimables  qui  ont  fait  avantageusement  connaître,  comme 
professeur,  comme  exécutant  et  comme  compositeur,  le  pianiste 
de  S.  M.  la  reine  douairière  d'Espagne. 


Talon.  —  Quinzième  grand  solo  pour  la  flûte,  avec  accompagnement 
de  deux  violons,  alto  et  basse,  ou  de  piano. 

Le  nom  de  Tulou  est  une  recommandatbn  suffisante  pour  tonte 
œuvre  dont  il  décore  le  frontispice,  et  devrait  nous  dispenser 
d'ajouter  aucun  commentaire  à  l'annonce  d'un  morceau  placé  sous 
son  artistique  patronage.  Kous  pensons  toutefois  que  les  personnes 
qui  font  leur  spécialité  de  l'instrument  auquel  Tulou  à  dû  son 
immense  réputation,  nous  sauront  gré  des  quelques  lignes  que  nous 
consacrerons  ici  à  la  louange  du  dernier  solo  que  l'habile  profes- 
seur a  composé  pour  les  concours  du  Conservatoire.  L'heure  de  la 
retraite  qui  vient  de  sonner  pour  lui,  après  de  si  longs  et  de  si 
nombreux  services,  et  qui  lui  a  fait  céder  sa  classe  à  Dorus,  son 
digne  élève,  prête  à  ce  morceau  l'apparence  d'un  souvenir  légué 
par  le  maître  aux  disciples  dont  il  se  sépare.  Aussi  n'en  semb'e  t-il 
que  plus  précieux,  et  doit-il  être  recommandé  plus  particulièrement 
aux  artistes  chez  qui  la  mémoire  de  Tulou  n'est  pas  destinée  à  mou- 
rir avec  son  enseignement.  Ce  quinzième  solo,  que  le  professeur- 
virtuose,  avec  moins  de  modestie,  aurait  pu  appeler  un  concerto, 
renferme  en  abrégé  tous  les  effets  de  mécanisme  et  d'expression  qui 
sont  du  domaine  de  la  flûte.  Quoi  de  plus  gracieux  que  les  divers 
motifs  de  la  première  rentrée,  et  de  plus  charmant  que  l'andanté 
six-huit  de  la  seconde?  Ge  n'est  pas  avec  les  éléments  variés  qui 
se  succèdent  dans  ce  morceau  et  surtout  dans  sa  brillante  péro- 
raison que  les  élèves  admis  au  concours  pourraient  courir  le  ris- 
que d'assoupir  l'aréopage  chargé  de  les  juger  La  jeunesse  et  la 
sève  de  l'inspiration  sous  laquelle  il  a  été  écrit  nous  font  espérer 
que,  si  Tulou  a  définitivement  renoncé  au  professorat  officiel,  il  n'a 
pas  dit  du  moins  son  dernier  mot  comme  compositeur. 


CIi.  Dancla.  '■ —  Sixième  pltit  air  varié  pour  violon,  avec 
accompagnement  de  piano. 

Il  est  bien  peu  de  maîtres  qui  se  dévouent  à  l'instruction  de  leurs 
élèves  avec  une  plus  compf  te  abnégation,  et  en  même  temps  avec 
une  plus  louable  sagacité  que  Ch.  Dancla,  le  jeune  et  habile  profes- 
seur du  Conservatoire.  Lorsqu'il  pourrait  sans  peine  aborder  un  genre 
de  composition  plus  sérieux  et  plus  profitable,  il  consacre  une  bonne 
part  de  ses  inspirations  aux  progrès  de  l'enseignement  élémentaire. 
On  trouve  un  peu  de  tout  d.ms  son  œuvre  déjà  considérable  :  une 
méthode,  des  études  mélodiques,  caractéristiques,  des  duos  pour 
violons,  des  duos  concertants  pour  violon  et  piano,  des  quatuors, 
des  symphonies  et  un  très-joli  choix  d'airs  variés.  Les  six  derniers 
qu'il  a  livrés  au  public,  et  qui  sont  d'une  exécution  facile,  ont  pour 
thèmes  de  charmants  motifs  choisis  dans  les  opéra  de  Pacini,  de 
liossini,  de  fiellini,  de  Donizetti,  de  Boïeldieu  et  de  Mercadante. 
Il  sont  paru  successivement,  et  les  cinq  premiers  ont  été  accueillis 
avec  une  faveur  que  le  sixième  ne  peut  manquer  de  partager.  Le 
thème,  emprunté  à  Mercadante,  est  un  cantubde  très-simple  et  ce- 
pendant très-expressif,  un  de  ces  chants  qui  vont  à  l'àme,  et  qu'on 
ne  peut  oublier  dès  qu'on  ies  a  entendus  II  donne  lieu  à  trois 
variations  d'un  caractère  distinct,  et  dont  la  dernière  est  même 
d'un  effet  brillant.  L'accompagnement  de  piano  "st  également  d'une 
grande  facilité,  ot  sauf  dans  une  courte  introducion  ou  dans  des 
ritournelles  de  quatre  mesures,  il  s'efface  tout  à  fait  devant  la 
partie  principale.  La  précaution  e-t  excellente  pour  ne  jamais 
manquer  d'accompagnateurs,  réclamât-on  leurs  secours  à  l'impro- 
viste. 

Y. 


Il  existe  certains  talents  modestes  et  timides,  lesquels,  ignorant  la 
maxime  si  pratiquée  de  nos  jours  :  Que  le  savoir-faire  vaut  souvent 
mieux  gve  le  savoir,  se  tiennent  en  dehors  de  la  réclame  et  de  l'in- 
trigue, laissant  au  temps  ou  au  hasard  le  soin  de  les  produire  un  jour 


et  de  les  faire  arriver.  Travailleurs  infatigables,  ne  vivant  que  pour 
l'étude  et  le  perfectionnement  de  leur  art,  ils  polissent  leur  œuvre 
avec  une  patience  que  rien  ne  peut  rebuter.  Aussi,  lorsque  le  mo- 
ment est  venu,  le  public  est-il  tout  étonné  de  se  trouver  en  face  d'une 
célébrité  dont  la  veille  encore  il  ne  soupçonnait  pas  l'existence,  et  de 
lire  une  belle  page  de  plus.  M.  Magnus  est  une  de  ces  natures  rares 
qui,  renfermant  tout  ce  qui  constitue  le  véritable  mérite  et  mène  à  la 
célébrité,  semblent  s'ignorer  elles-mêmes.  Virtuose  d'une  grande  force 
M.  Magnus  s'est  livré  à  la  composition,  et  la  science  musicale  a  été 
pour  lui  l'objet  des  études  les  plus  consciencieuses.  C'est  à  Londres, 
au  commencement  de  la  saison,  qu'il  s'est  révélé  par  deux  morceaux 
composés  sur  les  Huguenots  et  sur  Dinorah;  les  Anglais  ont  acclamé 
ces  deux  œuvres  magistrales  avec  l'enthousiasme  qui  distingue  nos 
voisins  d'outre-Manche,  et  le  jeune  auteur  a  dû  les  jouer  à  maintes 
reprises  dans  tous  les  concerts  où  il  s'est  fait  entendre.  M.  Magnus  ne 
pouvait  s'inspirer  mieux  que  des  chefs-d'œuvre  de  Meyerbeer  :  aussi 
lui  ont-ils  porté  bonheur  et  l'ont-ils  désormais  classé  dans  les  hautes 
sphères  artistiques.  Son  Grand  caprice  sur  les  Huguenots,  qu'il  vient 
de  livrer  à  l'impression,  est  une  des  œuvres  les  plus  distinguées  qui 
aient  paru  sur  cet  opéra  ;  et  quant  à  la  fantaisie  sur  Dinorah,  qui  ne 
verra  le  jour  que  1  hiver  prochain,  nous  pouvons  la  donner  comme 
admirablement  traitée  et  reproduisant  de  la  façon  la  plus  originale  et 
la  plus  heureuse  les  délicieuses  mélodies  de  Meyerbeer. 

S.  D. 


KOWELLES. 


H.*t  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Sémiramis  a  été  donnée  trois  fois 
dans  la  dernière  semaine. 

,',  On  a  mis  à  l'étude  la  repri-e  du  Prophète,  qui  sera  chanté  par 
Mme  Tedesco  et  dueymard.  —  Michot  doit  incessamment  s'essayer  dans 
le   rôle   de  Raoul,  des  Huguenots. 

„,%  La  semaine  a  été  fructueuse  pour  l'Opéra-Comique.  Roger  et 
lime  Ugalde  ont  alterné  dans  les  représentations  de  la  Dame  blanche,  de 
l-alatée  et  de  l' ambassadrice ,  et  chaque  fois  le  public  a  rempli  la  salle, 
prodiguant  à  l'un  et  à  l'autre  de  ces  artistes  aimés  les  plus  chaleureux 
applaudissements.  Un  début  a  eu  lieu  en  outre  :  celui  de  M.  Laget, 
longtemps  applaudi  à  Toulouse,  et  qui  a  paru  dimanche  dans  le  rôle  de 
Tracolin,  du  Toréador,  i,!.  Laget  possède  des  qualités  réelles,  mais  en 
même  temps  des  habitudes  de  province  dont  il  devra  se  débarrasser.  Il 
faudra,  d'ailleurs,  avant  de  le  juger,  l'entendre  clans  des  rôles  plus  im- 
portants. 

„*„  Le  succès  obtmu  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique  par  Roger  et 
Mme  Ugalde  a  fait  ajourner  pour  quelque  temps  encore  la  première  re- 
présentation du  Petit  Chaperon  rouge. 

***  Roger,  avant  son  départ  très-prochain  pour  Bade,  chantera  le 
Domino  noir  avec  Mme  Ugalde. 

„**  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout 
genre,  pendant  le  mois  de  juin  dernier,  se  sont  élevées  à  1,020,170  fr. 
22  centimes. 

„%  Mlle  Emy  Lagrua  est  attendue  sous  peu  de  jours  à  Paris,  où  elle 
passera  six  semaines,  après  quoi  elle  retournera  à  Saint-Pétersbourg  pour 
remplir  le  brillant  engagement  qui  ly  rappelle  pour  deux  ans.  Les 
représentations  qu'elle  vient  ne  donner  â  Pesth,  où  une  partie  de  la 
troupe  du  théâtre  de  Vienne  s'était  rendue  après  la  clôture  de  l'Opéra, 
ont  été  pour  la  célèbre  cantatrice  l'occasion  de  nouveaux  triomphes.  La 
Aoruia  et  Léonora,  du  Trovat  re,  rôles  dans  lesquels  elle  a  déployé  la 
puissance  dramatique,  la  magnifique  voix  et  le  grand  style  qui  la  distin- 
guent â  un  si  haut  degré,  ont  provoqué  les  bravos  enthousiastes  de  la 
salle,  et  ce  n'est  pas  sans  un  sensible  regret  que  les  amateurs  de  Pesth 
ont  vu  réduites  â  un  si  petit  nombre  les  représentations  données  par 
M.  Salvi. 

t*t  Mme  Charton-Demeur  vient  do  contracter,  pour  la  saison  pro- 
chaine, un  brillant  engagement  au  théâtre  de  l'Oriente  â  Madrid. 

t*t  M.  et  Mme  Barbot  viennent  d'être  engagés  pour  la  saison  d'automne 
au  théâtre  de  Bologne,  où  se  trouvera  également  Mme  Borghi-Mamo. 
Le  directeur  monte  pour  eux  le  Prophète,  dans  lequel  Mme  Borghi-Mamo 


254 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


chantera  le  rôle  de  Fidès,  Mme  Barbot  celui  de  Bertha,  et  son  mari  celui 
de  Jean  de  Leyde. 

***  Dans  un  beau  concert  donné  à  Lille  au  bénéfice  d'un  artiste, 
Mme  Arnold,  cantatrice  distinguée  de  cette  ville,  s'est  fait  remarquer 
et  chaleureusement  applaudir  par  la  manière  dont  elle  a  chanté  l'air  de 
l'Ombre,  du  Pardon  de  Ploërmel.  Plusieurs  artistes  et  amateurs  ont  con- 
couru à  cette  œuvre,  de  bienfaisance. 

»*„  Les  journaux  italiens,  en  donnant  la  liste  des  chanteurs  engagés 
au  théâtre  Carcano  de  Milan,  annoncent  que  le  premier  ouvrage  qui  y 
sera  monté  est  le  Prophète,  de  Meyerbeer. 

„%  Le  maestro  Pacini  vient  do  terminer  un  opéra-bouffe,  le  Muletier 
de  Tolède,  sur  les  paroles  du  poète  Concetti,  et  il  travaille  à  un  autre 
opéra,  Berta,  sur  un  libretlo  de  Piave. 

„%  M.  Merelli  fils  vient  d'ajouter  à  sa  troupe  Mlle  Trebelli,  dont  nous 
avons  fait  connaître  les  succès  récents  à  Madrid. 

„*„  Mme  Miolan-Carvalho  vient  d'être  engagée  par  le  directeur  des 
théâtres  royaux  de  Berlin  pour  chanter  douze  fois  pendant  le  mois  de 
septembre. 

„,*„  Le  célèbre  Moschelès,  à  qui  l'école  du  piano  est  redevable  de  si 
grands  progrès,  est  en  ce  moment  à  Paris,  où  il  compte  passer  une  quin- 
zaine de  jours. 

„*„  Litolff  est  à  Wiesbade,  occupé  à  organiser  un  festival  musical  qui 
aura  Heu  le  24  août. 

.*,  Une  pianiste  irlandaise  d'un  grand  talent,  Mlle  Flynn,  de  Dublin, 
vient  d'arriver  à  Paris. 

„.%  Un  artiste  qui  a  beaucoup  de  succès  à  la  Havane,  le  baryton  Flo- 
renza,  vient  d'arriver  à  Paris. 

.*,.  Nous  recommandons  à  l'attention  des  amateurs  une  fort  jolie  mé- 
lodie de  M.  Edmond  Cottin,  composée  sur  les  paroles  de  M.  Francis 
Tourte  et  dédiée  a  M.  Grégory.Ganesco.  Elle  a  pour  titre  VEtoile  du  pê- 
cheur. 

,*,  M.  Soriano  Nuertes  vient  do  publier  la  dernière  livraison  de  son 
Histoire  de  musique  espagnole,  depuis  l'arrivée  des  Phéniciens  jusqu'à  Vannée 
1850.  Nous  rendrons  prochainement  compte  de  cet  important  ouvrage 
qui  nous  donne  des  renseignements  sur  la  musique  d'un  pays  que,  jus- 
qu'à présent,  on  a  fort  peu  connu  sous  ce  rapport. 

„%  Henri  Ketten,  après  s'être  fait  entendre  et  applaudir  dans  son 
concert,  donné  à  Londres  dans  llanover  square  room,  a  été  appelé  à 
Osborne'  devant  la  reine.  D'abord  il  y  a  joué  d'une  manière  admirable 
une  valse  de  Chopin  et  un  morceau  d'Alkan,  et,  sur  la  demande  de 
Sa  Majesté,  il  a  dû  exécuter  plusieurs  de  ses  propres  compositions  iné- 
dites ou  improvisées.  Le  prince  Albert  ayant  choisi  quelques  thèmes 
d'Auber,  Ketten  a  improvisé  une  grande  fantaisie  de  manière  à  surpren- 
dre et  -a  charmer  ses  augustes  auditeurs. 

%  En  parlant  dimanche  dernier  d'une  fantaisie  sur  les  motifs  du 
Prophète,  exécutée  avec  d'autres  morceaux  nouveaux  aux  concerts 
Musard.'nous  avons  dit  qu'elle  avait  pour  auteur  M.  Cohen,  lauréat  du 
Conservatoire  ;  mais  il  faut  lire,  M.  Léonce  Cohen,  lauréat  de  l'Institut, 
qui  a  obtenu  le  grand  prix  de  Rome  et  donné  une  opérette  au  théâtre 
des  Bouffes-Parisiens. 

*„  Les  éditeurs  du  Ménestrel  viennent  d'acquérir  la  propriété  de  la 
Sémiramis,  de  Rossini,  traduction  française  de  Méry.  Ils  vont  en  consé- 
quence,— indépendamment  des  airs  détachés  pour  chant,  des  transcrip- 
tions, arrangements  et  morceaux  de  danse  pour  piano,— publier  la  parti- 
tion de  Sémiramis  avec  paroles  françaises,  récitatifs,  airs  de  ballet,  points 
d'orgue  et  tous  autres  détails  conformes  à  la  représentation  de  l'Opéra. 
Cette  édition-modèle,  grand  in-8°,  revue  et  corrigée  avec  un  soin  reli- 
gieux, sera  gravée  largement  sur  planches  dites  du  Conservatoire,  et  les 
cinq  cents  premiers  exemplaires,  imprimés  sur  papier  vélin,  ornés  du 
portrait  de  Rossini,  seront  réservés  aux  premiers  souscripteurs.—  On 
souscrit  au  Ménestrel,  2  bis,  rue  Vivienne.  Prix  net  de  la  partition,  piano 
et  chant  :  20  francs  (franco). 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


,*,  Londres,  12  juillet.  —  Le  théâtre  de  Covent-Garden  vient  enfin  de 
donner  le  Prophète  :  Tamberlick  y  a  fait  un  début  triomphal  :  Mlle  Czil- 
lag  chantait  le  rôle  de  Fides,  Mme  Corbari  celui  de  Bertha  ;  Mlle  Zina 
dansait  dans  le  divertissement.  Dernièrement,  le  Barbier  de  Séoille,  de 
Rossini,  et  l'Orphie,  de  Gluck  ont  été  joués  dans  une  môme  soirée.  — 


Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  M.  Smith,  l'habile  directeur,  fait  aussi  des 
merveilles,  et  la  brillante  revanche  par  lui  donnée  à  Weber  en  repre- 
nant son  Oberon,  porte  ses  fruits.  Il  est  vrai  que  cette  reprise  équivaut  à 
une  pièce  nouvelle.  Oberon  a  été  revu,  corrigé,  diminué  de  prose,  enrichi 
de  musique,  dont  les  autres  ouvrages  de  Weber  ont  fait  les  frais.  C'est 
à  la  main  habile  et  savante  de  M.  Benediet  que  ces  additions  heureuses 
sont  dues:  il  a  emprunté  quatre  morceaux  à  Eunjanthe  pour  en  enrichir 
Oberon,  notamment  les  traits  brillants  qui  appartiennent  au  finale  du 
premier  de  ces  opéras,  et  un  duo  très-remarquable.  La  partition 
ainsi  complétée  a  pour  interprètes  :  d'abord,  Mlle  Titjens,  la  meil- 
leure Rezia  possible,  et  puis  Mongini,  Belart,  Gassier,  Everardi  et 
Mme  Alboni,  qui  disent,  comme  on  ne  l'a  jamais  dit,  le  duo  de  la  Garonne. 
Mmes  Vaneri  et  Lemaire  achèvent  l'ensemble  et  concourent  à  ce  succès 
vraiment  productif.  Oberon  remplit  seul  le  spectacle  et  la  salle.  La  mise 
en  scène  est  admirable.  Depuis  l' Enfant  prodigue  d'Auber,  on  n'a  rien  vu 
de  si  riche,  de  si  éblouissant,  de  si  varié  dans  aucun  opéra  ni  ballet. 
—  Les  concerts  populaires  du  lundi  ont  commencé.  Le  premier  était 
dédié  â  Beethoven,  le  second  à  Mozart,  le  troisième  à  tous  les  grands 
maîtres,  quoique  sur  le  programme  tous  leurs  noms  n'eussent  pas  trouvé 
place.  Le  succès  de  ces  concerts  est  tout  à  fait  sans  précédent.  —  L'a 
fantaisie  de  Léopold  de  Meyer  sur  les  thèmes  de  Dinorah  obtient  sur  les 
pianos  le  même  succès  que  l'air  de  l'Ombre  avec  toutes  les  voix  qui  le 
chantent  dans  tous  les  concerts.  Le  pianiste-lion,  comme  l'appelle  Ber- 
lioz, a  lui-même  délicieusement  improvisé  sur  cet  air  dans  une  ma- 
tinée musicale  donnée  par  M.  Deprét.  —  13  juillet.  La  clôture  de 
la  saison  régulière  pour  le  théâtre  de  Sa  Majesté  a  eu  lieu  par  une 
représentation  extraordinaire  dans  laquelle,  outre  l'exécution  de  Lu- 
crèce Bôrgia,  la  célèbre  danseuse,  Mme  Ferraris,  et  la  première  chan- 
teuse de  l'Opéra-Comique,  Mme  Cabel,  faisaient  leur  réapparition  à 
Londres  :  la  première  dans  un  ballet-divertissement,  et  la  seconde  en 
chantant  le  fameux  air  de  l'Ombre,  de  Dinorah.  —  Mme  Ferraris  a  ob- 
tenu un  succès  que  lui  assurera  toujours  son  immense  talent.  —  Quant  à 
Mme  Cabel,  quoique  l'idée  de  présenter  pour  la  première  fois  une 
artiste  d'un  mérite  aussi  éminent,  à  onze  heures  et  demie  passées, 
a  un  auditoire  déjà  fatigué  d'une  séance  de  trois  heures,  ne  fût  pas  plus 
heureuse  que  celle  de  la  faire  paraître  dans  une  seule  scène  d'une  œuvre 
qu'elle  joue  tout  entière  avec  une  remarquable  perfection,  néanmoins  le 
public  a  fait  à  la  célèbre  cantatrice  française  l'accueil  le  plus  cordial,  et 
s'est  montré  enchanté  de  la  revoir.  L'exécution  de  l'air  de  l'Ombre  a 
a  été  de  tous  points  admirable,  et  les  applaudissements  les  plus  en- 
thousiastes ont  rappelé  Mme  Cabel  sur  la  scène.  Demain  soir  elle  débu- 
tera complètement  par  la  Figlia  del  reggimento. 

„,%  Bruxelles.—  M.  de  Bériot,  le  célèbre  violoniste,  a  fait  entendre, 
l'autre  jour,  dans  une  soirée  intime,  plusieurs  fragments  d'un  opéra- 
comique  qu'il  a  composé  en  Russie,  et  que  M.  Gevaert  a  orchestré.  Des 
mélodies  faciles,  beaucoup  de  fraîcheur  et  d'originalité,  telles  sont  les 
qualités  qui  distinguent  cet  ouvrage,  reçu,  dit-on,  à  l'Opéra-Comique 
de  Paris,  pour  y  être  joué  cet  hiver. 

t*t  Zofmgen  (Suisse;.  —  Le  festival  d'Argovie  a  eu  lieu  le  22  et  23 
juin  à  Zofingen.  La  Société  musicale  de  cette  ville,  avec  le  concours 
d'un  certain  nombre  d'artistes  d'Argovie,  a  exécuté  Saiil,  oratorio  de 
Ililler.  Les  chœurs  et  l'orchestre  comptaient  trois  cents  exécutants  ;  il 
y  avait  quatorze  contre-basses  et  soixante  violons.  Le  lendemain  (23 
juin)  au  matin,  l'admirable  symphonie  en  ut  mineur  de  Beethoven,  a  été 
dignement  exécutée  par  cent-trente  instrumentistes. 

a,**  Manheim.  —  La  TonhaUe  avait  mis  au  concours  un  prix  destiné  à 
l'auteur  de  la  meilleure  partition  pour  une  opérette  intitulée  l'Anneau 
d'amour  (Uebesring)  ;  ce  prix  a  été  décerné  à  M.  E.  Kraehmer,  maître  de 
chapelle  à  Augsbourg;  M.  E.  Meth'fessel  a  obtenu  le  premier  accessit. 
Il  y  avait  en  tout  vingt-quatre  concurrents  ;  les  juges  du  concours 
étaient  MM.  Hetsch,  Ililler  et  V.  Lachner.  —  Le  théâtre  de  la  ville  a 
reçu  l'opérette  couronnée,  Panneau  d'amour.  —  M.  Kraehmer  écrit  en 
ce  moment  la  partition   d'un  opéra-comique  en  trois  actes  :  le  Vétéran. 

/„,  Andernach  (sur  le  Rhin)-  —  Le  8  juillet  a  eu  lieu  ici  un  festival 
et  concours  de  chant,  auquel  ont  pris  part  les  sociétés  vocales  de  six 
villes  de  première  classe,  et  de  vingt  et  une  petites  villes  et  bourgs. 

„*,  Dresde.  —  Tichatscheck  est  de  retour.  Après  avoir  fait  sa  rentrée 
dans  Rienzi,  il  a  chanté  le  rôle  de  Raoul,  dans  les  Huguenots,  avec  un 
grand  succès,  et  a  partagé  les  honneurs  de  la  soirée  avec  Mme  Burdo- 
Ney  (Valentine),  qui  est  aujourd'hui  l'une  des  plus  éminentes  cantatrices 
de  l'Allemagne. 

*  Francfort-sur-Mein.  —  La  troupe  italienne  de  Merelli  donne  ici  des 
représentations  qui  sont  très-suivies  ;  l'une  des  plus  brillantes  a  été  celle 
àeNorma  ;  la  salle  était  comble.—  M.  Muller,  jusqu'ici  directeur  de  mu- 
sique à  Munster  (Westphalie),  vient  d'être  nommé  directeur  de  la  Société 
Sainte-Cécile,,  en  remplacement  de  Messer,  décédé.  —  Vieuxtemps  est 
de  retour  de  ses  pérégrinations  artistiques  dans  le  Nord. 

„\  Berlin.—  La  librairie  Stargardt  publie  le  catalogue  d'une  collection 
des  plus  curieuses,  contenant  une  partie  de  la  succession  du  professeur 


DE  PARIS. 


255 


Dehn,  et  un  certain  nombre  d'ouvrages  anciens  sur  la  théorie  de  la  mu- 
sique, par  Drescler,  Forkel  Gerbert,  bassus,  Lippius,  Marpurg,  Matheson, 
Praetorius  et  autres.  Parmi  les  autographes,  on  cite  une  lettre  de  Bee- 
thoven, une  composition  de  Graun  et  trois  symphonies  inédites  de 
Mozart. 

,.*.,  Vienne.  —  C'est  le  16  juillet  que  doit  commencer  la  saison  alle- 
mande ;  le  personnel  de  la  troupe  est  à  peu  près  au  complet.  Parmi  les 
ouvrages  nouveaux  qui  seront  joués  dans  le  cours  de  la  saison,  on  cite 
le  Par  Ion  de  Ploe'rmel;  puis  les  Enfants  des  Landes,  opéra  en  quatre  actes, 
de  Rubinstein  ;  Wanda,  par  Doppler  ;  Aima,  par  Thomas  Loewe  ;  le 
Vaisseau  fantôme,  par  liiehard  Wagner.  C'est  Mlle  Frassini  qui  chantera 
le  rôle  de  Dinorah  dans  le  Pardon  de  Ploermel.  JIM.  Beck  et  Walter  chan- 
teront les  rôles  de  Hoël  et  de  Corentin.  La  saison  allemande  s'ouvre, 
comme  on  voit,  sous  des  auspices  favorables,  et  s'annonce  comme  devant 
être  des  plus  intéressantes.  M.  Forst,  régisseur  du  théâtre  Josephstadt, 
vient  de  recevoir  le  privilège  d'une  nouvelle  salle  de  spectacle,  qui  devra 
être  construite  à  Funfhaus,  de  sorte  que  la  capitale  de  la  monarchie  au- 
trichienne possédera  bientôt  sept  théâtres. 

„%  Hanovre.  —  Le  roi  vient  de  doubler  les  appointements  du  célèbre 
violoniste  Joachim,  directeur  des  concerts  de  la  cour. 

t*t  Stockholm.  —  La  saison  musicale  a  été  marquée  par  la  présence 
de  deux  artistes  illustres  à  différents  titres,  Mil.  Ole-Bull  et  "Vieuxtemps. 


Ces  deux  violonistes  ont  donné  des  concerts  ;  mais  ceux  d'Ole-Bull  seuls 
ont  été  très-suivis.  Vieuxtemps  a  donné  les  siens  dans  un  moment  peu 
opportun,  à  l'époque  du  couronne  nent  ;  toutefois  il  a  été  nommé  mem- 
bre d'honneur   de  l'Académie  de  musique  et  décoré  de  l'ordre  de  Wasa. 

„*„,  Bucharest. —  La  troupe  hongroise  d'opéra  trouve  un  excellent  ac- 
cueil auprès  de  l'aristocratie  walaque  :  ses  représentations  sont  très- 
suivies.  Le  directeur  et  sa  troupe  reçoivent  constamment  des  marques 
de  sympathie. 

„%  Pesth.  —  Le  10  juillet,  dernière  représentation  italienne.  Après  la 
clôture,  Salvi  doit  se  rendre  à  Bergame. 

le  Directeur  :   S  .  DUFOUR . 


Chez  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOVR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu. 


(Edition  populaire),  choix 
d'airs  d'opéras ,  duos ,  roman- 
ces, etc.,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  auteurs  anciens  et 
modernes. 

200  livraisons.  —  Pkix  de  chaque  :  25  c.  net. 


Publiée   par  G.   SRANDUS  et  S.  DUFOUlEê,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  1er. 


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Air  varie  aie  VieuxfempSt 

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Op.  60.  —  Prix  :  7  fr.  50. 


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La  Pileuse,  romance  sans  paroles.  —  Prix  :  5  fr. 


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La  même  à  quatre  mains,  par  Wolff 10    » 


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L'OUVERTURE 

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Publication  nouvelle 


TABLEAU  DE  GEN 

Op.  94. 


ALPHONSE  SAX 


brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement . 

Instruments  SaxomnUonïqiics.  Invention  &  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iuppout  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extrails  : 

«  M.  Alplionsc  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  truus  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'tine  justesse  paiifaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Hue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayctte,  à  Paris. 


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!S,  rue  de  la 


MAISON  H.  HERZ  „u 

Victoire,  à  Pu 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  11  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontest; 
ble.  Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n'  28. 

»  Knfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
el  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  II.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  te  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son. 


En  vente  chez  A.  Ih'ELMER  et  Cc,  éditeurs, 
11,  rue  Itovgemont. 

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Les  Refrains  baroques,  ronde 2  50 

La  Plaine  des  Vertus,  ronde 2  50 

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Le  Nouveau  Pourceaugnac,  partition  in-8°, 

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Dodo,  l'enfant  do,  romance 2  50 

Entrez  dans  la  danse,  romance 2  50 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette    2  50 
Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

Pigeon  vole,  valse-chansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.    2  50 

Les  Maisonnettes,  id.  2  50 

Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

Fi,  le  go.urmand,  id.  2  50 

Les  «Ponrs  gras  «te  Madame. 

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SYLVAIN    MANGEANT. 

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CftlTfl  TTA  facteur  de  pianos,  médaille  d'or, 
ÙXjUihhlV  Exposition  1849;  Médaille  de  X" 
classe  Exposition  universelle  1S55.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Ex- 
positions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  v.a  laisse  rien  a  désirer  sous  le  dou- 


(Extraildi:  rapport  officiel  au  Jury  de  l'Exposition  ble  rapport   de  la   quantité  et  de  la  qualité   du  son 


universelle  de  Paris.) 


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Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  0  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

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DÉC9IUTI0N    DE    l»    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

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du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


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invention  brevetée  en  «95». 
Tous  les  instruments  a  pistons   avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1850. 
Système  d'instruments  à  pistous  ascendants;  inv.  brev.  en  1S5«. 


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ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

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bales, etc.,  etc. 


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REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT  1 

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Étranger 34  "       ™. 

'  Le  Journal  parait  le  Dimanche, 


GAZETTE  MUSICALE 


/■j"J"'J\AAATiAaa^- 


SOMMA1RE.  —  Des  carillons  et  cloches,  nouvelles  recherches  (1er  article),  par 
Adrien  de  I>a  Page.  —  Conservatoire  impérial  de  musique  et  de  déclama- 
tion :  concours  à  huis  clos.  —  Biographie  universelle  des  musiciens  et  biblio- 
graphie générale  de  la  musique,  par  Fétis  père  (3B  article),  par  Paul 
Smith.  —  Un  virtuose  à  Melbourne,  par  «I.  Ituesberg.  —  Correspondance: 
festival  de  Mulhouse,  cinquième  réunion  des  chanteurs  alsaciens,  par  Auguste 
Conïert.  —  Nouvelles  et  annonces. 


DES  CARILLONS  ET  CLOCHES. 

Nouvelles   recherches  (1). 
(Premier  article.) 

Quelques  lecteurs  de  la  Gazette  musicale  se  souviennent  peut- 
être  de  plusieurs  articles  donnés  en  1856,  où  l'on  a  traité  avec  une 
certaine  étendue  des  carillons  et  des  carillonneurs.  Ces  articles  ayant, 
à  l'époque  à  laquelle  ils  parurent,  valu  à  l'auteur  des  félicitations 
auxquelles,  comme  bien  pensez,  il  a  été  fort  sensible,  il  n'a  pas 
perdu  ce  sujet  de  vue  ,  et  a  recueilli  plusieurs  documents  nou- 
veaux dont  il  se  croit  obligé  de  donner  communication  à  ceux  qui 
avaient  si  bien  accueilli  ses  précédentes  élucubrations. 

Avant  tout  je  veux  arrêter  le  sens  d'un  terme  dont  il  se  pourra 
que  je  me  serve  dans  le  courant  de  cet  article,  et  la  ebose  est  d'au- 
tant plus  nécessaire  que  l'acception  dans  laquelle  je  l'emploierai 
est  oubliée  dans  les  dictionnaires. 

Un  bateleur  ou  balteleur  n'est  plus  pour  nous,  comme  le  marque 
le  Dictionnaire  de  l'Académie  française,  qu'un  faiseur  de  tours  de 
passe-passe,  ou,  comme  le  dit  l'ancien  Dictionnaire  comique  de  Jo- 
seph Le  Roux,  «  un  charlatan,  un  opérateur  qui  vend  des  drogues 
en  public  sur  un  théâtre,  un  tabarin  qui  fait  des  bouffonneries  sur  un 
théâtre  pour  mieux  débiter  son  orviétan.  C'est  de  ce  nom,  ajoute  le 
même  auteur,  qu'on  appelle  tous  les  grands  parleurs  qui  vantent 
leur  mérite  ou  leurs  talents  au  préjudice  de  la  vérité.  »  11  se  donne 
aussi  aux  saltimbanques,  danseurs  de  corde,  charlatans,  joueurs  de 
farces,  etc.,  et  l'on  en  fait  application  dans  l'occurrence  quand  on 
dit  d'un  bouffon  de  société  qu'il  fait  le  batteleur ,  que  c'est  un 
batleleur. 

Or  tout  ceci  ne  nous  apprend  pas  le  sens  originaire  du  mot  pris  dans 
son  acception  naturelle  et  reposant  sur  sa  base  étymologique.  Un  bal- 
teleur était  un  carillonnent-  qui  battait  les  cloches,  c'est-à-dire  qui  en 
agitait  le  balai  pour  les  faire  résonner  dans  l'ordre  voulu. 

(1)  Voyez  la  Gazette  musicale-,  année  1855,  p.  351,358,  572,407. 


Des  cérémonies  analogues  à  celles  que  l'on  pratique  lors  de  l'in- 
troduction de  cloches  nouvelles  dans  une  église  étaient  aussi  en  usage 
pour  les  carillons,  mais  avec  moins  d'éclat,  parce  que  les  fondeurs 
apportaient  les  clochettes  toutes  fondues  et  n'opéraient  pas  sur  les 
lieux. 

Dans  les  comptes  de  la  paroisse  de  Saint-Pierre- de-Roye  (Somme), 
relevés  par  M.  de  la  Fons-Melicocq,  on  trouve  des  renseignements 
détaillés  sur  la  dépense  faite  à  l'occasion  de  trois  cloches  coulées  par 
un  fondeur  nommé  maître  Jehan,  qui,  pour  son  travail  comme  pour 
les  plommas  (le  plombage)  et  le  r/ngrossement  de  deux  petites  cloches, 
reçoit  vingt-six  livres  seize  sols.  Pour  la  plus  grosse  des  trois,  nom- 
mée Marie,  Jehan  reçoit  douze  livres  seize  sols. 

Ce  compte  nous  fait  connaître  qu'en  1Z|92,  époque  de  la  fonte  des 
cloches,  il  était  d'usage  que  ceux  qui  en  faisaient  les  commandes 
fissent  toutes  les  fournitures  et  payassent  tous  les  déboursés  quel- 
conques qu'occasionnait  l'opération ,  le  maître  fondeur  n'ayant  à  ré  • 
clamer  que  le  prix  de  sa  façon. 

Les  opérations  du  fondeur  commençaient  au  moment  où  l'on  fai- 
sait le  moule  des  cloches  et  ne  se  terminaient  pas  lorsqu'elles  avaient 
été  desobies  (déterrées),  mais  seulement  après  leur  baptême.  On  four- 
nissait au  fondeur  le  métal  et  la  mit3ille  (mitraille),  l'étain,  le  fil  d'ar- 
chal,  la  terre  à  mouler,  le  charbon:  on  lui  payait  le  loyer  du 
moule;  on  lui  faisait  creuser  la  fosse,  laver  les  cendres;  on  lui  don- 
nait des  hommes  de  peine  pour  l'aider,  lui  et  ses  souffleurs  ;  on  le 
nourrissait,  lui  et  son  monde,  tant  que  durait  le  travail  ;  à  plusieurs 
reprises  on  payait  le  vin,  on  donnait  des  gants  au  maître  fondeur  et 
à  son  valet,  etc.  Nous  voyons  enfin  que  la  chemise  des  cloches  ap- 
partenait au  fondeur  et  que  cette  fois  il  s'éleva  quelques  difficultés, 
car  il  fallut  la  payer  h  maître  Jehan,  à  qui  apparemment  elle  n'avait 
pas  été  livrée  ;  on  prétendait  que  cette  indemnité  regardait  les  parrain 
et  marraine,  mais  ils  se  refusèrent  à  cette  dépense  et  il  fallut  que  la 
commune  y  suppléât.  Elle  dut  à  cet  effet  payer  vingt-huit  sols. 

Ce  compte  est  tellement  circonstancié  que  nous  y  trouvons  ce  qu'a- 
vait coûté  l'empesage  desdites  chemises  :  la  commune  en  avait  été 
quitte  pour  dix-huit  deniers.  11  est  plus  intéressant  encore  d'y  re- 
trouver le  prix  du  métal  qui  était  alors  de  vingt-sept  deniers  la  livre, 
celui  de  la  mitraille  de  dix-huit,  celui  de  l'étain  de  trois  onzains 
(trente-trois  deniers).  Une  journée  d'homme  de  peine  se  payait  alors 
dix-huit  deniers  ;  la  nourriture  du  fondeur  et  de  tout  son  monde 
était  comptée  à  raison  d'une  livre  par  jour.  Il  est  aussi  assez  remar- 
quable que  le  jour  où  l'on  desobait  les  cloches,  on  payait  le  clergé 
de  l'église  pour  qui  elles  étaient  faites. 

Les  baptêmes  de  cloches  n'étaient   pas  toujours  très-magnifiques, 


2D8 


REVCK  ET  GAZETTE  MUSICALE 


mais  on  ne  manquait  cependant  jamais  d'y  boire  et  d'y  manger.  Dans 
un  compte  de  l'église  de  Montauban  près  Arras  (Pas-  de-Calais),  égale- 
ment examiné  par  M.  de  La  Fons-Mélicocq,  on  voit,  à  un  baptême  de 
cloches,  quatre  livres  dix  sols  pour  le  vin,  cervoise  (bierre)  et  acces- 
soires payés  pour  le  baptême  des  clocqs  ;  on  y  mange  un  agneau, 
qui  coûte  vingt-quatre  sols,  et  le  cuisinier  qui  a  fait  le  dîner  reçoit 
cinq  sols  trois  deniers.  Tout  porte  à  croire  que  les  gros  personnages 
du  lieu  avaient  envoyé  en  nature  le  complément  du  festin.  En  cette 
occasion  encore,  le  doyen  qui  a  baptisé  la  cloche  ne  se  laisse  pas 
oublier,  et  on  lui  alloue  vingt-huit  sols. 

Bien  des  raisons  me  font  croire  que  ce  maître  Jehan  était  Jean, 
d'Amiens,  fondeur  de  la  cloche  qui  se  trouve  encore  à  Rouen  dans  le 
bâtiment  appelé  la  Tour  de  la  grosse  horloge,  sur  le  listel  de  laquelle 
son  nom  est  porté  ;  et  puisque  j'en  suis  sur  le  chapitre  des  cloches, 
qu'on  me  pardonne  sur  celle-ci  une  digression  de  quelques  lignes, 
car  il  y  a  lieu  de  faire  à  son  occasion  une  observation  qui  n'est  pas 
dénuée  d'intérêt. 

11  existait  anciennement  à  Rouen  une  cloche  appelée  Rembol  ou 
Bouvel,  que  Charles  VI  prit  aux  Rouennais  pour  les  punir  d'une  insur- 
rection qui  avait  éclaté  en  1390,  et  dont  il  donna  le  métal  à  deux  de 
ses  panneLiers. 

11  fallut  plus  tard  remplacer  cette  cloche,  ce  qui  se  fit  par  les  soins 
de  Roger  le  Feron  et  des  riches  habitants  de  la  vide;  l'inscription  ne 
porte  point  de  date,  mais  doit  nécessairement  appartenir  au  xve  siècle, 
puisque  le  beffroi,  appelé  Tour  de  la  grosse  horloge,  ne  fut  achevé 
qu'en  1398.  La  cloche  qu'il  renferme  fut  dès  lors  et  a  toujours  été 
appelée  la  cloche  d'argent.  Pas  un  bourgeois  de  la  ville  qui  ne  croie, 
en  conséquence,  qu'elle  renferme  une  grande  quantité  d'argent,  et 
jusqu'à  ces  derniers  temps,  c'eût  été  une  grave  irrévérence  et  même 
une  véritable  injure  de  témoigner  à  cet  égard  la  plus  légère  incer- 
titude. 

Cependant,  il  y  a  quelques  années,  un  chimiste  distingué  et  peu 
soucieux  des  superstitions  locales,  M.  Girardin,  voulant  s'éclairer  une 
bonne  fois  sur  la  vérité  du  fait,  soumit  à  l'analyse  chimique  quelques 
grammes  de  métal  enlevés  à  cette  cloche  au  moyen  de  la  lime,  et  un 
examen  attentif  lui  démontra  que  sur  100  parties  en  poids,  l'alliage 
offrait  71  parties  de  cuivre,  26  d'étain,  1/8  de  zinc,  1/2  de  fer.  Or,  la 
plupart  des  cloches  sont  fondues  dans  les  proportions  de  7«S  parties  de 
cuivre  sur  22  d'étain  :  les  autres  métaux  qu'on  y  rencontre  ne  s'y 
trouvent  qu'accidentellement,  et  sont  introduits  soit  pour  faciliter 
l'alliage,  soit  pour  en  diminuer  le  prix,  en  augmentant  les  bénéfices  du 
fondeur. 

L'analyse  ci-dessus  indiquée  démontre  que  la  cloche  à'argent  n'en 
contient  pas  un  atome,  et  il  est  fort  vraisemblable  que  beaucoup  d'au- 
tres vieilles  cloches,  dans  lesquelles  on  prétendait  qu'il  en  était  entré 
une  grande  quantité,  n'en  renferment  pas  davantage. 

Mais,  va-t-on  dire,  comment  accorder  ce  résultat  avec  le  fait  bien 
notoire  et  alors  très-fréquent  de  l'apport  fait  par  des  personnes  ri- 
ches, lors  de  la  fonte  d'une  cloche,  de  quelques  pièces  de  leur  argen- 
terie qu'elles  précipitaient  elles-mêmes  dans  la  matière  en  fusion,  et 
que  la  vanité  plus  encore  que  la  piété  faisait  quelquefois  monter  à  des 
valeurs  considérables  ?  Comment  concilier  la  soustraction  du  métal 
précieux  avec  la  publicité  donnée  à  la  fonte  des  cloches? 

C'est  précisément  là  que  j'en  voulais  arriver.  L'explication  est  des 
plus  simples. 

Quiconque  a  visité  une  fonderie  sait  qu'on  y  fait  usage  d'un  four- 
neau dit  à  réverbère,  dont  la  partie  supérieure  présente  un  trou  pra- 
tiqué directement  au-dessus  du  foyer  ;  ce  trou,  dont  on  se  sert  aussi 
pour  introduire  le  combustible,  est  séparé  de  la  sole  du  four  sur 
laquelle  les  matières  sont  mises  en  fusion.  Dans  ladite  ouverture  était 
jeté  l'argent  qui  tombait  ainsi,  non  dans  le  bronze  liquéfié,  mais  dans 
le  foyer,  d'où  il  coulait  ensuite  dans  le  fond  du  cendrier.  C'était  là 


que  le  fondeur  savait  fort  bien  le  retrouver  lorsque  la  cérémonie  était 
terminée  et  l'atelier  désert. 

C'est  sans  doute  ce  qui  arriva  lorsque  la  nouvelle  cloche  destinée 
à  remplacer  le  Rouvel  fut  fondue  avec  grande  pompe,  et  que  tous  les 
riches  bourgeois,  croyant  augmenter  la  beauté  de  son  timbre,  por- 
tèrent de  grandes  quantités  de  pièces  à'argent  qu'ils  eurent  eux- 
mêmes  l'honneur  de  précipiter  dans  le  fourneau,  d'où  il  se  rendit  di- 
rectement dans  la  cassette  de  maître  Jean,  notre  honnête  fondeur  qui, 
pour  la  paix  de  sa  conscience  et  aussi  pour  la  satisfaction  de  son 
amour-propre,  eut,  n'en  doutez  pas,  le  plaisir  d'entendre  dire  aux 
connaisseurs  du  temps  que  la  beauté  du  son  de  la  Grosse-Horloge  ve- 
nait de  l'immense  quantité  de  métal  précieux  qu'elle  renfermait,  et 
de  voir  s'établir  la  dénomination  de  cloche  A'argent,  nom  qui  lui 
convenait  assez,  car  chacun  savait  ce  qu'elle  avait  coûté  ;  le  bon  Jean, 
d'Amiens,  savait  seul  ce  qu'elle  avait  rapporté,  et  l'on  peut  croire 
que  jamais  secret  ne  fut  mieux  gardé. 

Adrien  de  LA  PAGE. 
{La  suite  prochainement .) 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION. 

Concours  ù  liais  clos. 

Quatre  jours  de  la  dernière  semaine  ont  été  consacrés  aux  concours 
à  huis  clos.  En  voici  les  résultats  dans  l'ordre  même  où  ces  différents 
concours  ont  eu  lieu. 

Séance  du  lundi,  16  juillet. 

Ohgue  (professeur,  M.  Benoist).  —  1er  prix,  M.  Fissot;  2e  premier 
prix,  M.  Chauvet;  2e  prix ,  M.  Paladilhe  ;  1er  accessit,  M.  Diémer; 
2e  accessit,  M.  Péron. 

CoNTRE-Poiivr  et  Fugue.  ■ —  1er  prix  ,  M.  Fissot,  élève  de  M.  Am- 
broise  Thomas;  2e  prix,  M.  Diémer,  élève  du  même;  1"  accessit, 
M.  Roques,  élève  du  même  ;  2e  accessit,  M.  Duhot,  élève  de  M.  Le- 
borne;  3e  accessit,  M.  Goblin,  élève  du  même. 

Séance  du  mardi,  17  juillet. 

Solfège. —  Premières  médailles. —  MM.  Crongny,  élève  de  M.  Ba- 
tiste ;  Péreuil,  jeune,  élève  de  M,  Durand  ;  Allouard,  élève  de  M.  Sa- 
vard  ;  Heurard,  élève  de  M.  Durand  ;  Charpentier,  élève  de  M.  Savard  ; 
—  Mlles  Pointaux,  élève  de  Mlle  Raillard  ;  Cellier,  élève  de  M.  Lebel  ; 
Chœl,  élève  de  M.  Batisle  ;  Laudoux  aînée,  élève  de  M.  Lebel  ;  Le- 
comte,  élève  de  M.  Batiste  ;  Delage,  élève  de  Mme  Maucorps;  Cornu, 
élève  de  M.  Lebel  ;  Chart,  élève  de  Mme  Maucorps. 

Deuxièmes  médailles.  —  MM.  Arnoud,  élève  de  M.  Durand  ;  Joly, 
élève  de  M.  Batiste  ;  Suiste,  élève  du  même  ;  Chaffet,  élève  de  M.  Sa- 
vard ;  Gasser,  élève  du  même.  —  Mlles  Picard,  élève  de  Mlle  Mercié- 
Porte  ;  Raux,  élève  de  M.  Goblin  ;  Boutoille,  élève  de  Mme  Doumic  ; 
Davis,  élève  de  M.  Lebel  ;  Rifaut,  élève  de  Mme  Mercié-Porte  ;  Ca- 
vailhés,  élève  de  Mme  Maucorps  ;  Girardot,  élève  de  M.  Lebel  ;  Tissot, 
élève  du  même;  Riester,  élève  de  Mlle  Hersant. 

Troisièmes  médailles. —  MM.  Cavalier,  élève  de  M.  Batisle  ;  Bibès, 
élève  de  SI.  Henri  Duvernoy  ;  Bautain,  élève  de  M.  Jouas  ;  Wenner, 
élève  du  même. —  Mlles  Dupire,  élève  de  Mme  Maucorps;  Anspacher, 
élève  de  M.  Lebel  ;  Connerose,  élève  de  Mlle  Raillard  ;  Malpass, 
élève  de  Mlle  Hersant;  Mangot,  élève  de  M.  Batiste;  Creutznach, 
élève  de  Mlle  Hersant. 

Séance  du  mercredi  18  juillet. 

Coxtue-basse  (professeur,  M.  Labro).  —  1er  prix,  M.  Bricard  ; 
2°  prix,  M.  Héblot  ;  1"  accessit,  M.  Baute  3=  ;  2e  accessit,  M.  Ber- 
nard 2e. 


259 


Harpe  (professeur,  M.  Prumier). —  Pas  de  premier  ni  de  second 
prix;  1er  accessit,  M.  Pickaërt;  2e  accessit,  Mlle  Landoux  lre. 

Harmonie  et  accompagnement  (classe  des  hommes  ;  professeur, 
M.  Bazin).  —  1er  prix,  M.  Hess  ;  2e  prix,  M.  Sicg  ;  1er  accessit, 
M.  Lepot-Delahaye  ;  2e  accessit,  M.  Boulard  2e;  3e  accessit,  M.  Espin 
y  Perez.—  (Classe  des  femmes.)  1er  prix,  Mlle  Deshays-Meifred, 
élève  de  M.  Bienaimé  ;  2°  prix,  Mlle  Rouget  de  Lisle,  élève  de  Mme  Du- 
fresne  ;  1 cr  accessit,  Mlle  Schwab,  élève  de  la  même  ;  2e  accessit, 
Mlle  Leclercq,  élève  de  M.  Bienaimé. 

Séance  du  jeudi  1 9  juillet. 

Harmonie.  —  1er  prix,  M.  Perrot,  élève  de  M.  Reber  ;  2e  prix, 
M.  Girard,-  élève  de  M.  Elwart;  1er  accessit,  M.  Massenet,  élève  de 
M.  Reber;  2e  accessit,  M.  Godefroy,  élève  du  même. 

Etude  du  clavier.  —  lre  mention  d'encouragement,  Mlle  Roulle, 
élève  de  Mme  Emile  Réty;  Mlle  Hoffer-Kohler,  élève  de  la  même; 
2e  mention  d'encouragement,  Mlle  Bouteille,  élève  de  Mlle  Jousseiin  ; 
Mlle  Irabault,  élève  de  Mme  E.  Réty. 

Demain  lundi,  les  concours  publics  commenceront  et  dureront 
jusqu'à  la  fin  du  mois.  En  voici  l'ordre  et  la  marche  :  Lundi  23  juillet, 
déclamation  dramatique,  tragédie  et  comédie  ;  mardi  24,  chant;  mer- 
credi 25,  piano  ;  jeudi  26,  opéra  comique  ;  vendredi  27,  violoncelle 
et  violon  ;  samedi  28,  grand  opéra;  lundi  30  et  mardi  31,  instru- 
ments à  vent. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

ET 

atlBIjIOGRA.F'MIE   «ÉJttÉRALE    1»E   Si  A   TOUSSAI1  E. 

Deuxième  édition,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié, 

Par   F.-.B.   FETIS. 

(3&  article)  (1). 

Nous  avons  indiqué  en  termes  généraux  la  méthode  suivie  par 
notre  illustre  collaborateur  pour  donner  un  caraclère  entièrement 
neuf  à  son  grand  et  utile  ouvrage.  Désirant  montrer  avec  quelle  force 
de  volonté  savante  et  laborieuse  il  avait  poursuivi  pendant  vingt- 
cinq  ans  la  tâche  qu'il  s'était  imposée,  nous  avons  choisi  l'article 
Beethoven,  l'un  des  meilleurs  de  la  première  édition  sans  aucun  doute, 
et  dont  néanmoins  la  valeur  ainsi  que  l'élendue  ont  plus  que  doublé 
dans  la  seconde.  Le  même  travail  de  révision  et  de  transformation 
se  remarque  dans  la  plupart  des  articles  principaux  :  nous  nous  bor- 
nerons à  citer  les  suivants  :  Âaron  (Pietro) ,  Abailard,  Agaz-sari, 
Agricola  (Alexandre),  Alday,  saint  Ambroise,  Auber,  la  famille  des 
Bach,  Bcllini,  Beyle,  Bischofj,  Boccherini,  Boely,  Bohrer,  etc.,  etc. 
Tous  ces  morceaux  se  sont  enrichis  de  recherches ,  d'observations, 
et  il  faut  en  dire  autant  de  beaucoup  d'autres  d'importance  moindre, 
sur  lesquels  l'attention  de  Fauteur  aurait  pu  glisser  sans  encourir 
aucun  reproche. 

Parmi  les  articles  auxquels  M.  Fétis  n'a  eu  que  quelques  lignes  à 
ajouter,  comme  complément  nécrologique  et  bibliographique,  se  dis- 
tingue celui  qu'il  avait  écrit  pour  notre  célèbre  Bai/lot,  l'un  des  chefs 
les  plus  regrettés  de  l'école  française  du  violon.  En  effet,  cet  article 
excellent  offrait  le  modèle  d'une  narration  simple,  exacte,  instructive, 
sobre  de  détails,  mais  pleine  de  faits  dignes  d'être  rappelés.  Si  l'é- 
crivain se  permettait  d'y  intervenir  personnellement ,  ce  n'était  que 
pour  mieux  relever  et  faire  comprendre  le  mérite  de  l'artiste  dont  il 
retraçait  la  vie.  Nos  lecteurs  vont  en  juger.  A  l'époque  où  le  ministre 
Chaptal  posa  la  première  pierre  de  la  bibliothèque  et  de  la  grande 
salle  des  concerts  (août  1801),  M.  Fétis  était  depuis  quelques  mois 
élève  du  Conservatoire.  «  La  cérémonie,  dit-il,   fut  suivie  d'un  con- 

(1)  Voiries  n"  11  tt  21. 


»  cert  improvisé.  Arrivé  depuis  peu  de  ma  province,  tout  était  nou- 
»  veau  pour  moi;  toutefois,  bien  que  fort- ignorant,  je  comprenais 
»  par  instinct  la  possibilité  du  beau,  et  j'apercevais  jusqu'où  il  pou- 
»  vait  aller.  Aussi  dois-je  avouer  que,  lorsque  j'entendis  Rode  jouer  à 
»  un  concert  de  Mme  Grassini  son  septième  concerto,  bien  que  je 
»  fusse  charmé  par  ce  jeu  si  élégant,  si  pur,  si  brillant  et  si  jeune, 
»  je  ne  fus  point  étonné.  J'avais  compris  d'avance  que  pour  jouer  du 
»  violon  avec  perfection  il  fallait  en  jouer  ainsi.  Mais  j'éprouvai 
»  dans  le  même  temps  deux  sensations  auxquelles  je  n'étais  pas  pré- 
»  paré,  et  dont  l'ébranlement  est  encore  présent  à  ma  pensée.  La 
»  première  fut  causée  par  l'audition  de  VIphigénie  en  Tauride,  de 
»  Gluck.  Je  ne  connaissais  pas  Gluck.  Malheureux  que  j'étais  !  Sa 
'»  musique  ne  ressemblait  à  rien  de  ce  que  j'avais  entendu  aupara- 
»  vant  -,  c'était  un  monde  nouveau  pour  moi,  et  plusieurs  mois  se 
»  passèrent  avant  que  je  pusse  songer  à  autre  chose.  Eh  bien  !  une 
»  émotion  d'un  genre  aussi  neuf  pour  mon  âme  fut  colle  que  je  res- 
»  sentis  à  la  séance  dont  je  viens  de  parler,  lorsque  j'entendis  Bail- 
»  lot  jouer  un  trio  (c'était  en  fa  mineur,  je  m'en  souviens)  accompa- 
»  gné  par  Rode  et  par  de.  Lamare.  Là,  je  compris  tout  à  coup  que  le 
»  violon  peut  être  autre  chose  qu'un  instrument  bien  joué,  et  sous 
»  l'impression  des  accents  passionnés  de  l'artiste,  qui  m'inondaient 
»  d'un  plaisir  inconnu,  je  me  fis  tout  d'abord  l'idée  de  sa  mission  et 
»  de  son  avenir;  mission  qu'il  a  remplie  dans  toute  son  étendue, 
»  avenir  qui  s'est  réalisé  tel  que  je  l'avais  prévu.  » 

L'article  d'Adam  (Adolphe)  rentre  dans  la  catégorie  de  ceux  qui  ont 
dû  grandir  avec  les  artistes  auxquels  ils  étaient  consacrés.  Le  bio- 
graphe a  religieusement  constaté  les  progrès  qu'ils  ont  faits  en  uu 
quart  de  siècle,  et  quelquefois  il  lui  est  arrivé  de  modifier  les  juge- 
ments qu'il  avait  portés  sur  eux  d'après  leurs  oeuvres  primitives. 
Sous  ce  rapport,  rien  de  plus  remarquable  que  le  second  article  écrit 
sur  Berlioz  (Hector),  où,  malgré  les  dissidences  prononcées  qui  les 
séparent  et  auxquelles  M.  Fétis  ne  renonce  pas,  le  compositeur,  le 
critique  et  l'écrivain  sont  placés  à  un  point  de  vue  tout  autre  que  dans 
le  premier,  et  occupent  le  rang  qui  appartient  à  ce  que  nous  connais- 
sons de  plus  élevé  dans  les  régions  de  l'art,  de  l'intelligence  et  de  la 
renommée. 

Ce  n'est  pas  seulement  de  nos  jours  ou  dans  les  temps  qui  s'en 
rapprochent  que  M.  Fétis  a  trouvé  des  sujets  d'articles  nouveaux. 
L'antiquité  la  plus  reculée  lui  en  a  également  fourni,  comme  par 
exemple,  Alcée,  le  poëte-musicien,  que  la  première  édition  avait  omis 
el  que  nous  restitue  la  seconde,  avec  le  spécimen  du  vers  aclaeïquc, 
dont  il  fut  l'inventeur,  et  la  tradition  de  ses  véhémentes  attaques 
contre  Pittacus,  l'un  des  sept  sages  de  la  Grèce,  qui  ne  mérita  jamais 
mieux  ce  titre  qu'en  pardonnant  à  son  ennemi,  quand  la  défaite  et  la 
fuite  l'eurent  jeté  entre  ses  mains.  Les  annales  de  la  Perse  et  de 
l'Arabie  ont  été  aussi  fouillées,  et  nous  ont  donné  les  noms  d'Abou- 
Aloufa,  auteur  d'un  Traité  de  musique  pour  le  chant  et  les  instruments 
qu'on  joue  avec  la  bouche  et  aiec  les  doigts,  rapporté  en  Europe  par 
Chardin,  eld'A/farabi,  célèbre  philosophe,  qui  a  compris  l'art  musical 
dans  ses  éludes.  L'analyse  de  l'ouvrage  d'Abou-Aloufa  contient  la 
figure  du  manche  de  VEoudo,  ou  luth,  avec  sa  division  et  les  noms 
des  cordes,  ainsi  que  des  cases  :  sa  doctrine  est  la  division  de  l'octave 
en  vingt-quatre  parties  ou  quarts  de  ton  :  «  La  musique,  dit-il,  est  une 
»  ville  divisée  en  quarante-deux  quartiers,  dont  chacun  a  trente-deux 
»  rues  (circulations  ou  gammes)  ;  d'où  il  suit  que  le  nombre  de  mo- 
»  des  fondamentaux  et  dérivés  de  la  musique  persane  est  de  treize  cent 
»  quarante-quatre.  » 

En  retouchant  l'article  de  la  célèbre  cantatrice  Aguiari,  dont  par- 
lent les  lettres  de  Mozart  père  et  fils,  M.  Fétis  a  jugé  à  propos  d'y 
insérer  le  spécimen  que  Wolfgang  donne  d'un  trait  exécuté  par  h 
voix  prodigieuse  de  cette  artiste,  connue  alors  sous  le  nom  de  la 
Uastardella,  parce  qu'elle  était  fille  naturelle  d'un  grand  seigneur. 
Son  père  la  lit  élever  dans  un  couvent,   où  elle  reçut  des  leçons   de 


260 


REVUE  ET  GAZE'ITE  MUSICALE 


chant  de  l'abbé  Lambertini.  En  1764,  elle  débuta  à  Florence,  et  en- 
viron dix  ans  après  elle  fut  appelée  à  Londres  par  les  propriétaires 
du  Panthéon,  où  se  donnaient  alors  les  concerts  que  patronnait  l'aris- 
tocratie. «  Les  entrepreneurs,  dit  le  biographe,  consentirent  à  lui 
»  payer  l'énorme  somme  de  cent  livres  sterling  par  soirée  (2,500  fr.), 
»  quoiqu'elle  n'eût  voulu  s'engager  qu'à  chanter  deux  morceaux  dans 
»  chaque  concert.  »  Il  n'y  a  donc  rien  de  nouveau  sous  le  soleil,  ni 
sous  le  lustre  des  théâtres  !  La  gamme  a  eu  ses  acrobates  longtemps 
avant  que  le  Niagara  rencontrât  ses  Blondin! 

La  seconde  édition  de  la  Biographie  universelle  des  musiciens  n'en 
est  qu'à  son  premier  tome  :  nous  avons  toute  la  lettre  A  ;  mais  la  lettre  B 
n'est  pas  épuisée,  et  déjà  nous  pouvons  citer  une  foule  de  noms  nou- 
veaux que  la  première  édition  avait  laissés  dans  l'ombre,  soit  qu'ils 
n'eussent  pas  encore  mérité  d'en  sortir,  soit  que  par  une  distraction 
bien  involontaire  on  les  eût  oubliés.  Voici  dans  le  nombre  plusieurs 
articles  que  nous  remarquons  :  Alard  (Delphin),  notre  célèbre  vio- 
loniste ;  Alizard,  le  chanteur;  Alary  (Jules),  le  compositeur  et  le 
professeur;  Albertaszi  (Emma);  Alboni,  Altès,  Adorno,  Balfe,  Bar- 
roilhet,  Bassi  (Louis),  Ba«a (Alexandre),  Battanchon,Bazin(François), 
Bazzini,  Beaulieu,  élève  de  Méhul,  l'un  des  premiers  pensionnaires  de 
Rome  et  le  fondateur  de  V Association  musicale  de  l'Ouest  ;  Bêcher,  le 
docteur  et  le  compositeur  qui  périt  si  malheureusement  ;  les  deux  Bêc- 
her, l'organiste  et  le  professeur,  le  compositeur  et  le  musicologue  ; 
Bennali,  le  médecin  de  la  voix  humaine;  Blanchard,  notre  ancien 
collaborateur;  le  baron  Blein,  Blondeau ,  Blvmenlhal,  Bocquillon- 
Wilhem,  le  créateur  de  l'Orphéon.  Toutes  les  notices  qui  se  rappor- 
tent à  ces  noms,  traitées  avec  un  soin  extrême,  abondent  en  faits, 
en  anecdotes,  en  détails,  dont  l'histoire  de  la  musique  moderne  fera 
son  profit,  et  qui,  en  attendant,  répondront  à  la  curiosité  naturelle  de 
tous  les  lecteurs,  artistes  et  gens  du  monde. 

Quant  à  nous,  au  lieu  d'en  détacher  quelques  lambeaux  pour  jus- 
tifier l'éloge  que  nous  décernons  à  l'œuvre  totale,  nous  choisirons 
parmi  ces  notices,  et  nous  en  reproduirons  quelques-unes  dans  les 
colonnes  de  ce  journal,  persuadé  qu'en  pareille  occurrence,  afin  de 
ne  pas  se  répéter  sans  cesse,  et  de  rendre  à  un  écrivain,  à  un  artiste, 
à  un  savant  de  l'ordre  le  plus  élevé  ce  qu'il  a  droit  de  demander  à  ses 
juges,  la  plus  juste  et  la  plus  sure  façon  de  louer,  c'est  de  citer. 

Paul  SMITH. 


UN  VIRTUOSE  À  MELBOURNE  ">. 

Melbourne,  dont  la  population  s'élève  à  près  de  150,000  âmes,  est 
située  au  centre  de  la  colonie  Victoria  :  c'est  la  capitale  de  tout  le 
district.  Un  boulevard  partant  du  port  la  traverse  dans  toute  sa  lon- 
gueur :  il  est  coupé  à  angles  droits  par  de  belles  rues  larges  et  tirées 
au  cordeau,  avec  des  hôtels  splendidement  meublés  et  des  maisons 
comme  des  palais  qui  viennent  de  sortir  de-  terre.  On  y  travaillait 
encore  çà  et  là  :  c'était  la  toiture  qui  manquait  ou  les  cadres  des 
fenêtres  ou  les  lambris;  et  dans  ces  demeures  inachevées  on  trouvait 
déjà  des  appartements  pourvus  de  lourds  rideaux  de  damas,  de 
glaces,  etc.,  tant  on  avait  hâte  de  s'y  établir.  Des  milliers  d'individus 
de  toute  sorte  de  couleurs,  de  races  et  de  costumes,  aux  physionomies 
les  plus  diversement  bizarres,  se  pressaient  au  milieu  du  bruit  inces- 
sant des  équipages,  des  omnibus,  des  camions  ;  c'était  un  vacarme 
qui  durait  nuit  et  jour,  pareil  au  sourd  roulement  de  la  mer  :  c'était  à 
donner  le  vertige  au  voyageur  récemment  débarqué. 

J'avais  employé  plusieurs  heures  à  parcourir  la  ville,  et  j'avais 
trouvé  partout  la  même  activité,  le  même  bruit.  Le  soleil  allait  se 
coucher  lorsque  je  rentrai  à  l'hôtel,  où  j'attendais  le  ténor  qui,  pen- 
dant ce  temps,  avait  couru  chez  tous  les  journalistes,  t;hez  tous  les 

(l)  Pérégrination  d'un  virtuose  autrichien.  Tome  II.  Leipsig,  1859. 


directeurs  de  spectacles  et  chez  les  chefs  de  toutes  les  sociétés  mu- 
sicales, pour  régler  les  préparatifs  du  concert  qui  offraient  de  grandes 
difficultés.  En  effet  toute  une  nuée  de  chanteurs,  de  cantatrices,  de 
virtuoses ,  de  danseuses  s'était  abattue  sur  la  ville  et  avait  loué 
toutes  les  salles  de  concert  ou  les  avait  retenues  pour  plusieurs  se- 
maines à  l'avance. 

Voici  la  relation  exacte  de  la  première  représentation  théâtrale  à 
laquelle  j'assistai  à  Melbourne  ;  j'y  fis  la  connaissance  d'un  nouvel 
opéra  de  Balfe,  intitulé  la  Fée  Kéolanthe.  L'opéra  est  fort  couru  ;  la 
décoration  de  la  salle  est  d'une  richesse  éblouissante.  A  l'amphi- 
théâtre des  premières  se  tiennent  les  ladies  du  haut  parage  qui, 
dans  leur  pruderie  toute  anglaise,  dans  leur  austérité  puritaine  que 
jamais  ne  vient  éclairer  un  sourire,  restent  là  roides  et  immobiles,  et 
semblent  rivées  à  leur  place.  Au  contraire  les  gentlemen  ne  se  gênent 
guères  :  à  demi-couchés  sur  leur  siège,  dans  une  nonchalance  dé- 
daigneuse, ils  fument  leur  cigare  et  lorgnent  les  loges  du  premier 
rang,  sans  s'inquiéter  le  moins  du  monde  de  ce  qui  se  passe  sur  la 
scène.  Les  loges,  où,  il  faut  le  dire,  jamais  une  véritable  lady  ne  met 
le  pied,  sont  le  paradis  des  houris  du  demi-monde  ;  encadrées  dans  de 
belles  tentures  de  velours  nacarat,  inondées  de  la  lumière  éblouis- 
sante du  gaz  et  entourées  d'un  cercle  d'adorateurs,  vous  y  voyez  les 
beautés  aventurières  de  tous  les  pays  :  des  Françaises,  des  Espagnoles, 
des  Créoles,  les  unes  fières  et  hardies  sous  leur  costume  Bloomer,  les 
autres  pour  la  plupart  magnifiquement  accoutrées,  couvertes  de  fleurs 
et  de  dentelles,  étincelantes  de  pierreries  :  elles  se  penchent  à  la  ba- 
lustrade, prennent  des  attitudes  provoquantes,  fument  le  panatellas, 
jasent  et  rient,  ou  font  jouer  l'éventail  dont  elles  pourraient  très-bien 
se  passer,  le  plus  grand  nombre  de  ces  dames  ne  rougissant  plus. 

L'opéra  de  Balfe,  véritable  caravansérail  de  tous  les  lieux  communs 
de  la  musique,  était  bien  ce  qu'il  fallait  à  un  pareil  auditoire.  L'or- 
chestre était  un  chaos:  chanteurs  et  chanteuses  détonnaient  à  l'envi, 
criaient  la  fin  de  leurs  morceaux  à  tue-tête  avec  accompagnement  de 
fanfares  et  au  milieu  d'un  tonnerre  d'applaudissements.  Le  ténor 
était  ce  qu'il  y  avait  de  plus  supportable  par  la  raison  qu'il  n'avait 
pas  de  voix,  mais  la  basse- taille  parcourut  consciencieusement,  pr.r 
ordre  alphabétique,  toute  la  série  des  défauts  et  des  balourdises  d'un 
mauvais  chanteur.  Quant  aux  dames,  elles  n'avaient  aucune  méthode; 
leur  unique  ressource  était  le  trémolo  et  toujours  le  trémolo. 

Toutes  les  salles  étant  louées ,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut ,  il  ne 
me  restait  plus  d'autre  ressource  que  de  me  mettre  à  la  merci  d'un 
directeur  de  spectacle,  envers  lequel  je  pris  l'engagement  de  jouer 
pendant  douze  soirées  consécutives ,  à  partir  des  derniers  jours  du 
mois  de  mai.  J'avais  été  précédé  à  Melbourne  d'une  réputation  déjà 
ancienne,  et  pendant  plus  de  six  semaines  les  journaux  de  la  ville 
s'étaient  occupés  de  moi  ;  aussi  à  mon  premier  concert  on  étouffait 
dans  la  salle.  Selon  la  mode  du  pays,  un  ballet  précéda  la  solennité 
musicale.  Au  lever  de  la  toile,  une  Française  svelte,  douée  d'une  gracilité 
élégante  de  formes  et  de  la  physionomie  la  plus  piquante,  vint  bondir 
sur  la  scène  en  faisant  voltiger  coquettement  sa  courte  jupe  de  den- 
telles ;  une  explosion  d'applaudissements  accueillit  cette  gracieuse 
apparition,  et  l'orchestre,  qui  traduisait  très -habilement  ses  pirouettes 
et  ses  entrechats,  finit  par  lui  donner  une  salve  étourdissante  de  trom- 
pettes et  de  timbales.  Mais  voilà  qu'il  survient  une  créole  dans  toule 
la  splendeur  juvénile  de  la  beauté,  avec  une  richesse  voluptueuse  de 
formes  et  des  yeux  ravissants,  grands,  langoureux  et  du  plus  beau  noir: 
un  cri  d'enthousiasme  salue  la  nouvelle  venue,  et  les  deux  ballerines  se 
disputent  les  honneurs  de  la  soirée  dans  une  tarentelle  échevelée. 
Au  milieu  de  la  lutte,  la  Française  glisse  et  tombe  ;  la  créole  accourt 
pour  la  relever;  d'un  bond  sa  rivale  se  dresse  sur  ses  jambes,  fond, 
la  main  haute,  sur  sa  trop  compatissante  camarade,  et  en  pleine  scène, 
aux  yeux  du  public,  lui  applique  un  vigoureux  soufflet. 

Ivres  de  haine  et  de  colère,  les  deux  femmes  s'attaquent  et  se  pren- 
nent aux   cheveux  au  milieu  des  vociférations  et  des  rires  joyeux 


DE  PARIS. 


261 


du  poulailler .  Le  public  resta  spectateur  assez  indifférent  de  ce  com- 
bat singulier  jusqu'à  ce  qu'on  fût  obligé  d'emporter  la  créole  évanouie. 
Ses  partisans  voulurent  faire  arrêter  celle  à  qui  était  restée  la  victoire; 
mais  elle  aussi  avait  ses  amis  qui  accoururent  à  sa  défense  :  alors  se 
livra  un  véritable  assaut:  une  partie  du  parterre  s'élance  sur  la  scène, 
en  franchissant  l'orchestre  ;  les  basses,  les  violons  sont  brisés  ;  des 
nuages  de  poussière  s'élèvent  dans  la  salle,  les  femmes  poussent  des 
cris  au  milieu  de  la  foule  ;  je  prends  mon  violon  à  deux  mains  et  me 
sauve  à  toutes  jambes,  comme  si  le  diable  et  tout  l'enfer  étaient  dé- 
chaînés contre  moi,  jusqu'à  mon  hôtel,  trop  heureux  d'avoir  atteint  le 
port  et  de  me  voir  à  l'abri  de  la  tempête;  je  me  jette  hors  d'ha- 
leine dans  un  fauteuil,  et  j'allume  mon  cigare  que  j'aspire  avec 
bonheur.  «  Adieu  Melbourne,  demain  je  pars,  »  m'écriai-je  en  m'élan- 
çant  de  mon  siège.  «  Vous  partez,  s'écria  le  directeur  de  spectacle, 
qui  venait  d'entrer  chez  moi,  et  avait  entendu  ces  dernières  paroles, 
mais  sachez,  par  le  diable,  que  je  m'y  oppose,  »  me  cria-t-il  dans  l'o- 
reille d'une  voix  éclatante  et  il  me  présenta  notre  traité  :  «Voyez,  c'est 
votre  signature  ;  vous  ne  m'échapperez  pas.  »  Je  le  suppliai  de  me 
faire  grâce  au  moins  pour  ce  jour-là,  les  tempes  me  battaient,  j'éprou- 
vais des  maux  de  cœur  :  il  fut  sans  pitié,  le  bourreau  ,  il  me  dit  que  le 
public  demandait  à  cor  et  à  cri  que  le  concert  commençât,  sinon  il 
fallait  rembourser  l'argent,  et  on  menaçait  de  démolir  la  salle.  Je  dus 
le  suivre. 

Un  effroyable  vacarme  accueillit  mon  entrée,  et  je  ne  pus  me 
défendre  d'une  vive  anxiété.  L'ouverture  de  Don  Juan  devait  ouvrir 
la  solennité  ;  mais  les  instruments  étaient  brisés,  les  artistes  avaient 
fui,  le  chef  d'orchestre  avait  gagné  le  large,  et  le  sigaor  Potesini  vint 
faire  des  excuses.  Toutefois  le  calme  ne  se  rétablit  que  sur  la  pro- 
messe du  directeur  de  faire  exécuter  l'ouverture  de  Don  Juan.  A  mi- 
nuit enfin  je  montai  sur  l'estrade  ;  quand,  après  un  profond  salut, 
je  me  fus  mis  à  la  tête  du  corps  de  musique,  je  vis  toutes  les  lorgnettes 
et  tous  les  binocles  se  braquer  sur  moi.  Au  moment  où  je  donnai  le 
signal,  un  constable  parut  sur  la  scène  armé  de  son  bâton  blanc  et 
ordonna  la  fermeture  du  théâtre  au  nom  du  gouverneur.  La  salle  se 
remplit  de  soldats  de  la  colonie,  et  cinq  minutes  après  le  parterre 
était  désert.  Dans  tout  Melbourne  il  n'y  avait  pas  de  plus  heureux 
mortel  que  moi  en  ce  moment. 

Le  lendemain,  les  journaux  de  Melbourne  adressèrent  une  verte  ré- 
primande au  public.  «  Que  pensera  de  nous  l'Europe,  le  inonde  civi- 
lisé, (lisait  entre  autres  V Argus,  si  des  artistes  qui  viennent  chez  nous 
en  bravant  les  périls  d'une  navigation  sur  l'Océan,  sont  si  peu  honorés  ? 
si  l'art  est  avili  à  ce  point  ?  »  Ces  paroles  firent  impression  ;  le  len- 
demain je  jouai  au  milieu  des  marques  les  plus  flatteuses  de  sym- 
pathie et  d'estime. 

La  colonie  Victoria,  fondée  en  Australie,  il  y  a  vingt- deux  ans,  a 

aujourd'hui,  d'après  les  documents  officiels,    un    revenu  annuel    de 

75  millions  de  francs. 

J.  DUESBERG. 


CORRESPONDANCE. 

Festival  de  Mulhouse. 

Cinquième  réunion  des  chanteurs  alsaciens. 

Loin  de  s'endormir  sur  leurs  lauriers  d'outre-Manche,  les  vaillants 
orphéonistes  d'Alsace  et  des  départements  limitrophes  accouraient  en 
foule  samedi  passé,  là  juillet,  à  Mulhouse,  pour  fêter  leur  cinquième 
réunion.  Il  y  avait  en  tout  trente-quatre  sociétés  françaises,  puis  le 
Kirchen-musikgesanr gercin  de  Mayence,  et  des  députations  de  Zurich, 
Francfort,  Lahr  et  Fribourg  en  Brisgau;  total,  1,200  chanteurs. 

La  ville  de  Mulhouse,  ce  Manchester  français,  a  grandiosement  fait  les 
choses;  il  n'y  a  qu'une  voix  de  la  part  de  tous  ses  hôtes  pour  louer  l'ac- 
cueil magnifique  qui  leur  avait  été  réservé,  et  élever  aux  nues  l'hospi- 
talité mulhousienne  ;  l'on  sait  du  reste  depuis  longtemps  que  l'hospi- 
talité la  plus  patriarcale  est  une  vertu  classique  de  l'Alsace. 


Dimanche,  à  une  heure,  après  avoir  été  présentés  aux  autorités  de  Mul- 
house, les  chanteurs  réunis  en  un  cortège  vraiment  imposant,  se  ren- 
dirent musique  en  tête  à  la  loge  du  festival,  en  parcourant  les  rues  de 
la  ville,  toutes  décorées  et  pavoisées  avec  un  goût  exquis,  et  excitant 
partout  sur  leur  pa-sage  le  plus  vif  enthousiasme  ;  les  bouquets  pleuvaient 
de  toutes  parts! 

A  trois  heures,  commençait  le  concert  vocal  sous  la  direction  de 
M.  Liebé,  le  savant  professeur  de  Strasbourg.  Sans  donner  une  analyse 
détaillée  de  tous  les  chœurs,  nous  citerons  les  principaux:  le  Salut  aux 
chanteurs,  de  M.  Heyberger,  musicien  distingué  de  Mulhouse,  a  digne- 
ment ouvert  la  séance;  les  paroles  dues  à  M.  Davin,  l'infatigable  secré- 
taire du  Comité  local,  sont  des  plus  poétiques,  aussi  nos  lecteurs  nous 
permettront-ils  d'en  reproduire  ici  la  première  strophe: 

Salut  amis  !  Salut  !. . .  Salut  à  vos  bannières! 
La  cité  du  travail  veut  sa  part  de  vos  chants; 
î'ils  de  la  paix!  pour  qui  s'effacent  les  frontières, 
Mulhouse,  en  vous  fêtant,  croit  fêter  ses  enfants. 

A  l'admirable  Einlracht  de  Mozart,  a  succédé  le  chœur  général  : 
Frauenlub,  de  M.  Gênée,  ex-Jirecteur  de  la  Société  de  Mayence.  Cette  belle 
composition,  véritable  ballade  germanique,  a  été  applaudie  comme  elle 
le  méritait.  Un  autre  chœur  général:  le  Chant,  dû  également  à  la  colla- 
boration de  M VI.  Heyberger  et  .Davin,  mérite  aussi  une  mention  spéciale. 

L' Harmonie,  scène  chorale  de  M.  Liebé,  composée  pour  la  circonstance 
et  dédiée  aux  orphéonistes  alsaciens,  remplissait  à  elle  seule  la  deuxième 
partie  du  programme.  Cette  œuvre  remarquable,  quoique  parfois  un  peu 
trop  savante  et  partant  obscure,  contient  cependant  des  beautés  de 
premier  ordre  ;  entre  autres:  les  Ouvriers,  chœur  fort  original  et  très- 
bien  chanté  par  la  Chorale  de  Thann;  les  Sollats,  morceau  chevaleresque 
enlevé  avec  beaucoup  d'entrain  par  ['Orphéon  de  Colmar;  enfin,  la  Chorale 
de  Strasbourg  a  rendu  dans  la  perfection  les  Laboureurs,  sans  contredit 
le  morceau  le  mieux  réussi  de  tout  l'ouvrage,  aussi  a  t-il  été  bissé.  Un 
refrain  large  et  grandiose,  chanté  par  toutes  les  sociétés,  formait  la  pé- 
roraison de  chacun  de  ces  chœurs.  En  préférant  l'œuvre  de  M.  Liebé  à 
des  compositions  moins  difficiles  peut-être,  les  orphéonistes  alsaciens  ont- 
ils  fait  preuve  de  reconnaissante  courtoisie  envers  le  directeur  infati- 
gable et  dévoué  de  toutes  les  grandes  fêtes  chorales  de  l'Alsace? 

Parmi  les  chœurs  de  la  troisième  parlie  du  programme,  mentionnons 
le  bel  Ave  Maria  de  Teresa  Milanollo,  et  la  chanson  de  Roland  du  Guil- 
laume Tell  <ie  Grétry,  arrangée  par  Gounod,  chantée- par  toutes  les  sociétés 
réunies;  Auf  dem  Meere  de  M.  Liebé,  exécuté  par  la  société  de  Mayence  ; 
enfin,  un  délicieux  chœur  allemand:  Zum  Wald  de  Becker,  terminait  ce 
premier  concert,  auquel  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  donner  notre 
assentiment  sans  réserve. 

En  revanche,  le  concert  instrumental  de  lundi  a  été  des  plus  remar- 
quables; qu'on  se  figure  une  phalange  musicale  de  près  de  150  exécu- 
tants choisis,  et  constituant  un  orchestre  comme  peu  de  villes  en  pos- 
sèdent; ajoutez  à  cela  un  chef  éminent  comme  M.  Hasselmans,  direc- 
teur du  Conservatoire  de  Strasbourg,  et  l'on  comprendra  alors  avec 
quelle  perfection  ont  dû  être  rendues  la  Symphonie  pastorale  de  Bee- 
thoven et  l'ouverture  du  Freischulz,  ces  deux  admirables  idylles  tout 
empreintes  de  la  poésie  des  bois  et  des  champs.  La  charmante  ouverture 
du  Père  Gaillard  a  valu  à  M.  Iteber,  ce  digne  fils  de  Mulhouse,  une 
homérique  ovation. 

Un  superbe  quintette,  de  Lindpaintner,  pour  flûte,  hautbois,  clari- 
nette, basson  et  cor,  a  fourni  à  MM.  Rucquoy,  Fritsche,  Wuille,  UscU- 
mann  et  Stenebruggen,  professeurs  au  Conservatoire  de  Strasbourg, 
l'occasion  de  faire  applaudir  leur  talent  hors  ligne.  Ce  quintette  fourmille 
de  détails  ravissants,  et  toutes  les  parties  sont  combinées  et  écrites  avec 
le  soin  consciencieux  qui  distinguait  si  particulièrement  l'auteur  du 
Jocko,  du  Vampire  et  de  bien  d'autres  compositions  du  plus  grand  mé- 
rite, malheureusement  trop  peu  connues  en  France. 

Mile  Lacombe,  du  théâtre  de  Bordeaux,  a  convenablement  chanté 
l'arioso  du  Prophète,  l'air  des  Bijoux  de  Faust,  et  0  mon  Fernand!  de  la 
Favorite. 

Voici  venir  un  des  épisodes  les  plus  intéressants  de  cette  belle  séance  : 
M.  François  Schwab,  de  Strasbourg,  déjà  bien  connu  des  lecteurs  de  la 
Gazette,  continue  à  faire  mentir  le  proverbe  :  On  n'est  jamais  prophète 
dans  son  pays.  Sa  fantaisie  brillante  pour  clarinette  a  soulevé  dans  la 
salle  un  tonnerre  d'applaudissements,  et  a  valu  au  jeune  compositeur 
les  honneurs  du  rappel.  1!  est  juste  d'ajouter  que  la  fantaisie  était  exé- 
cutée par  Wuille,  le  clarinettiste  sans  pareil  et  dont  tout  Taris  accla- 
mait dernièrement  le  jeu  vraiment  admirable.  Enfin,  pour  le  bouquet, 
la  Société  de  Mayence  a  fort  bien  interprété  le  Marschlied,  de  Lux.  — 
Nous  ne  parlerons  que  pour  mémoire  du  banquet  somitueux  offert  aux 
invités,  des  feux  d'artifice  et  de  l'illumination  vraiment  féerique,  en- 
fin du  bal,  qui  a  été  dés  plus  animés.  Un  fait  remarquable  a  constater, 
c'est  la  bonne  tenue  de  la  nombreuse  population  ouvrière  pendant  toute 
la  durée  du  festival,  ce  qui  prouve  une  fois  de  plus  quelle  heureuse 
influence  exercent  sur  toutes  les  classes  ces  belles  fêtes  où  l'harmonie 
règne  en  souveraine. 


262 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Terminons  en  votant  de  sincères  rerr.ereîments  au  comité  local,  dont 
le  zèle,  le  dévouement  et  l'amabilité  ont  été  si  bien  secondés  pa~  tous 
les  habitants  de  Mulhouse. 

Auguste  CONVERT. 


IOBVELLES. 

„,*,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Sémiramis  a  encore  défrayé  tous 
les  spectacles  de  la  semaine.  Le  succès  de  l'œuvre  et  des  artistes  est 
constaté  par  l'élévation  progressive  des  recettes. 

„%  Les  débuts  de  Mme  Vandenheuvel-Duprez  et  de  Mlle  Marie  Sax  sont 
prochains.  Ils  auront  lieu  dans  Rohertle  Diable.  MmeVandonheuvel  chantera 
le  rôle  de  la  princesse,  et  Mlle  Sax  celui  d'Alice.  A  Gueymard  et  à  Belval 
sont  réservés  ceux  de  Robert  et  de  Rertram.  Mlle  Zina  Richard  dansera 
le  rôle  de  l'abbesso.  Les  chœurs  sont  répétés  avec  soin  et  les  costumes 
seront  refaits  à  neuf.  Dans  les  premiers  jours  d'août  aura  lieu  cette 
reprise  du  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  qui  alternera  avec  Sémiramis. 

„*„.  La  nouvelle  direction  du  théâtre  de  l'Opéra-Comique  continue  à 
varier  son  répertoire.  Le  Songe  d'une  nuit  d'été  a  été  donné  lundi  pour  la 
rentrée  de  Carré,  engagé  par  M.  Beaumont,  et  qui  s'est  montré  agréable 
chanteur  et  bon  comédien  dans  le  rôle  de  Shakspcare.  Mlle  Monrose  a 
été  charmante  dans  celui  de  la  reine,  et  Crosti  plein  de  rondeur  et  de 
gaieté  dans  Falstaff.  Mardi,  Couderc  a  reparu  dans  V Avocat  Palhelin;  on 
sait  ce  qu'il  a  fait  de  ce  type  si  éminemment  comique  :  le  public  l'a 
accueilli  par  une  véritable  ovation.  Le  même  soir,  Mme  Ugalde  chantait 
le  rôle  de  Marie,  de  la  Fille  du  régiment;  enfin,  après  avoir  chanté  mer- 
credi, devant  une  salle  pleine,  Georges,  de  la  Dame  blanche,  Roger  a 
paru  vendredi  avec  Mme  Ulgalde  dans  le  Domino  noir.  La  salle  était,  com- 
ble, et  beaucoup  d'amateurs  n'avaient  pu  y  pénétrer  Nous  ne  saurions 
exprimer  le  plaisir  avec  lequel  on  a  retrouvé  les  deux  artistes  dans  un 
charmant  ouvrage  qui  semble  avoir  été  fait  pour  eux.  Roger,  qui  dans 
ses  débuts  avait  joué  ce  rôle  d'Horace,  créé  par  Couderc,  ne  s'y  est  pas 
montré  moins  remarquable  qu'alors  par  sa  diction,  sa  voix,  son  jeu  su- 
périeur. C'est  toute  une  première  jeunesse  qui  lui  revient,  et  que 
l'Opéra-Comique  peut  seul  lui  rendre.  Mme  Ugalde  aussi  a  brillé  comme 
actrice  et  cantatrice  :  plus  que  jamais,  elle  rappelle  Mme  Damoreau  par 
l'ensemble  de  sa  personne.  Avec  un  peu  de  modération  dans  sa  verve 
vocale,  elle  la  rappellera  tout  a  fait  par  son  chant. 

„,*,,  Roger  a  chanté  hier  au  soir  pour  la  dernière  fois  avant  son  départ 
pour  Bade. 

t*t  [Ma,  opéra-comique  en  un  acte,  musique  posthume  de  Donizetti, 
vient  de  paraître  chez  l'éditeur  Lemoine.  Partition  pour  piano  et  chant, 
airs  détachés,  quadrilles,  valses,  polkas,  fantaisies,  etc. 

„,*„  Le  Corps  législatif,  dans  sa  séance  de  vendredi,  a  accueilli  la  de- 
demande  d'A.  Sax  en  prolongation  de  ses  brevets.  Une  loi  a  été  votée 
qui  fixe  à  cinq  années  cette  prolongation  pour  les  saxhorns  et  les  saxo- 
trombas.  Tout  le  monde  applaudira  à  cet  acte  de  sollicitude  du  gouver- 
nement en  faveur  d'un  artiste  dont  le  mérite  et  la  persévérance  ont  pu 
seuls  égaler  les  tribulations. 

„%  Le  jury  de  l'exposition  de  Montpellier  a  décerné  à  M.  Paul  Martin, 
de  Toulouse,  une  médaille  d'or  (rappel)  que  cet  habile  facteur  a  su  mé- 
riter par  la  supériorité  de  ses  instruments.  M.  Moitessie.r  a  obtenu  une 
médaille  d'argent.  Cette  exposition,  remarquable  à  plus  d'un  titre,  ren- 
fermait un  nombre  considérable  de  pianos,  signés  par  dix  ou  douze  fac- 
teurs, et  constatant  un  progrès  réel. 

„*„  Le  journal  l'Orphéon  annonce  que  M.  Delaporte  a  donné  sa  démis- 
sion de  président  de  la  Commission  des  Sociétés  chorales  de  Paris. 

„%  Une  solennité  religieuse  et  musicale  s'est  célébrée  dimanche  der- 
nier, 5  juillet,  dans  l'église  de  Montmorency.  M.  le  baron  Taylor  avait 
obtenu  de  M.  le  curé  de  cette  église  qu'une  messe  y  fût  chantée,  et  que 
le  produit  de  la  quête  et  des  chaises  fût  versé  dans  la  caisse  de  se- 
cours et  pensions  de  l'Association  des  artistes-musiciens  Plusieurs  de 
nos  artistes  les  plus  distingues  avaient  bien  voulu  prêter  leur  con- 
cours à  cette  jeuvre  de  piété  charitable.  M.  Bataille,  qu'on  retrouve 
toujours  en  pareille  circonstance,  a  chanté,  avec  le  talent  qu'on  lui  con- 
naît, le  Credo,  de  Dumont,  un  0  salalaris,  de  Beethoven,  et  un  Ave  ve- 
rum,  de  Plàntade.  Mlle  llenrion  a  dit  VAve  Maria,  de  Gounod,  avec  ac- 
compagnement de  cor  anglais,  harpe  et  orgue  ;  M.  Warot  un  sanctus,  de 
L.  Soumis,  et  un  Agnus,  de  C.  Prumier.  M.  Triébert  a  exécuté  sur  le 
hautbois  un  offertoire  de  Leprévost.  C'est  M.  Delibes  qui  t  nait  l'orgue, 
et  M.  C.  Prumier  la  harpe.  Les  dames  quêteuses  étaient  Mines  Ma- 
deleine Brohan,  Favart  et  Fleury,  et  la  quête  s'est  ressentie  de  la 
grâce  qu'elles  ont  mise  à  remplir  leur  touchant  ministère. 

»*„  Une  société  des  plus  nombreuses  et  des  plus  élégantes  se  presse 
tous  les  soirs  dans  les  magnifiques  salons  des  concerts  de  Vichy,  où  se 


font  entendre  des  artistes  du  plus  grand  mérite  :  parmi  eux,  le  violo- 
niste Roméo  Accursi  a  surtout  le  privilège  de  charmer  et  de  transporter 
son  auditoire.  Rien  de  plus  suave  et  de  plus  entraînant  que  son  jeu. 
C'est  surtout  dans  la  nouvelle  Fantaisie  d'Alard  sur  la  Muette,  exécutée 
par  l'élève  en  véritable  maître,  qu'il  soulève  les  applaudissements  fré- 
nétiques de  toute  la  saPe.  11  l'a  jouée  déjà  plusieurs  fois,  et  on  ne  se 
lasse  pas  de  l'entendre.  La  variation  en  suns  harmoniques  produit  tou- 
jours un  effet  prodigieux. 

»**  Les  deux  frères  Vieniawski  sont  à  Paris.  Henri,  le  violoniste, 
épousera  dans  quinze  jours  une  nièce  d'Osborne. 

,.*„.  Nous  avons  dit  les  succès  obtenus  par  le  célèbre  violoniste  Bazzini 
dans  la  tournée  artistique  qu'il  vient  de  faire  dans  le  Midi.  A  Dijon,  trois 
concerts  consécutifs  ont  à  peine  suffi  à  rassasier  l'empressement  ex- 
traordinaire des  dilettanii  de  cette  ville,  qui  lui  ont  fait  une  véritable 
ovation.  Son  excursion  dans  l'Est  avec  Mme  Sanchioli,  la  dramatique  in- 
terprète de  Fidès,  n'a  pas  été  moins  triomphale,  et  leurs  concerts  à  Be- 
sançon, Mulhouse,  Colmar,  etc.,  ont  partout  attiré  la  foule  et  commandé 
les  applaudissements.  En  dernier  lieu,  aux  bords  du  Rhin,  à  Baden,  à 
Wiesbaden,  Hombourg,  où  les  avaient  appelés  de  brillants  engagements, 
les  deux  artistes  n'ont  pas  été  moins  bien  accueillis.  Ils  viennent  d'ar- 
river à  Paris. 

„.%  On  écrit  des  Eaux-Bonnes  (Pyrénées),  que  M.  Nathan  et  Mme  Four- 
nier  viennent  d'y  donner,  dans  le  salon  des  Princes,  un  concert  qui  a 
obtenu  le  plus  grand  succès.  On  connaît  les  excellentes  qualités  qui  dis- 
tinguent M.  E.  Nathan  comme  violoncelliste  et  comme  compositeur.  C'est 
à  ce  double  titre  qu'il  a  été  applaudi  et  acclamé.  Sa  Berceuse  surtout,  pe- 
tit chef-d'œuvre  de  grâce  et  de  distinction,  a  été  jouée  à  ravir. 
Mme  F'ournier,  pianiste  d'un  véritable  talent,  l'a  vaillamment  secondé. 

**„  La  musique  aussi  est  appelée  à  resserrer  le  lien  que  l'annexion  de 
Nice  à  la  France  vient  de  consacrer.  Cette  ville  renferme,  on  le  sait,  des 
artistes  et  des  amateurs  distingués;  l'un  de  ces  derniers,  M.  le  comte 
de  Cesoles  a  passé  quelques  jours  à  Paris  seulement,  où  il  était  appelé  par 
des  affaires  importantes,  ce  qui  ne  l'a  pas  empêché  de  faire,  chez  notre 
célèbre  violoniste  Alard,  sa  partie  dans  un  quatuor.  On  lui  avait  offert 
les  honneurs  du  premier  violon,  et  à  une  matinée  chez  madame  la  mar- 
quise de  B***,  dans  laquelle  à  M.  de  Lwoff,  dont  le  talent  comme  alto  est 
très-distingué,  se  trouvaient  réunis  MM.  Franchomme  et  Georges  Pfeiffer. 
Ce  dei'nier  a  fait  exécuter  quelques-unes  de  ses  compositions  que  ma- 
dame la  marquise  de  B***  avait  désiré  entendre.  M.  de  Lwoff  possède  un 
très-excellent  alto  italien  qui  est  depuis  longtemps  dans  sa  famille  et  pour 
lequel  un  artiste  niçois,  C.  Gimelle,  a  fait  un  étui,  véritable  chef- 
d'œuvre  de  marqueterie;  cette  boîte  représente,  sur  un  fond  noir,  des 
fleurs,  des  attributs  de  musique  et  les  armes  du  propriétaire.  Une  par- 
ticularité curieuse  de  ce  dessin  aux  couleurs  éclatantes,  c'est  qu'outre 
son  admirable  exécution,  toutes  les  parties  sont  en  bois  indigènes  et  en 
essences  du  territoire  de  Nice:  le  figuier  a  fourni  le  fond  noir  plus  riche 
de  ton  que  l'ébène;  le  caroubier,  le  rouge  des  fleurs;  le  citronnier,  les 
pages  de  musique  empruntées  à  Mozart  et  à  Haydn  ;  l'olivier  et  l'oranger 
complètent  la  mosaïque,  et  témoignent  à  la  fois  du  talent  de  l'habile 
ouvrier  qui  s'en  est  chargé  et  des  richesses  forestières  de  Nice.  Les  armes 
de  la  famille  Lwoff  présentent  encore  ce  détail  intéressant,  au  point 
de  vue  musical,  qu'un  fragment  de  l'hymne  national  russe,  dont  M.  le 
général  Lwoff  est  l'auteur,  y  a  été  ajouté  par  l'ordre  de  l'empereur 
Nicolas  ,  récompensant  ainsi  l'heureuse  création  de  cette  œuvre 
patriotique. 

„%  La  saison  des  eaux  est  cette  année  très-brillante  à  Néris.  Mlle  Emilie 
Guérette,  cette  élève  de  Duprez,  dont  nous  avons  annoncé  le  départ, 
s'est  fait  entendre  plusieurs  fois  au  salon  de  conversation,  et  y  a  obtenu 
un  succès  complet.  Au  service  qui  a  été  célébré  pour  S.  A.  1.  le  prince 
Jérôme,  elle  a  chanté  l'.-iue  Maria,  de  Gounod,  sur  le  Prélude  de  Bach, 
et  a  reçu,  à  cette  occasion,  les  félicitations  de  Mgr  l'évèque  de  Moulins, 
qui  officiait  ce  jour-là  Les  concerts  de  salon  ont  mis  aussi  en  relief  12 
talent  expressif  et  correct  d'un  jeune  violoncelliste  belge,  qui  a  obtenu 
le  prix  d'honneur  de  la  classe  de  Servais,  au  Conservatoire  de  Bruxelles. 

**„,  Les  compositions  de  M.  A.  Rosselloty,  comme  nous  l'avons  dit  déjà, 
ont  un  cachet  d'originalité  qui  les  font  rechercher  des  amateurs  de  mu- 
sique, de  danse.  La  dernière  publication  de  ce  jeune  compositeur,  inti- 
tulée Flocons  de  neige  (souvenir  des  Pyrénées),  ne  peut  que  confirmer 
l'opinion  que  nous  avons  émise  sur  le  succès  complet  qui  attend  cette 
nouvelle  suite  de  valses  pour  le  piano. 

t\  M.  Théophile  Deschamps,  rédacteur  en  chef  du  Monde  dramatique, 
continuant  la  série  des  biographies  qu'il  a  commencée  il  y  a  quelque 
temps,  vient  de  publier  celle  de  Mlle  Olympia  Corilla,  une  de  nos  dan- 
seuses à  la  mode,  et  qu'on  a  si  fort  applaudie  tout  dernièrement  au 
théâtre  impérial  du  Cirque. 

t*t  La  saison  continue  à  se  montrer  inclémeute  pour  tous  les  établis- 
sements en  plein  air,  et  l'été  de  1860  sera  inscrit  par  eux  comme  une 
date  néfaste.  Telle  est  cependant  la  force  de  l'impulsion  donnée,  que, 
malgré  les  averses,  malgré  le  froid,  malgré  l'humidité  le  public,  qui  a  pris 


DE  PARIS. 


263 


sous  sa  protection  le  Concert  Musard,ne  peut  se  décider  à  lui  faire  faux 
bond.  11  faut  espérer  que  les  chaleurs  caniculaires  d'août  ne  feront  pas 
défaut  à  M.  de  Besselièvre,  et  lui  offriront  une  indemnité  bien  méritée. 

*%  Un  de  nos  compositeurs  les  plus  distingués,  M.  Amédée  Mereaux. 
professeur  à  Rouen,  vient  de  faire  une  perte  douloureuse  dans  la  per- 
sonne de  sa  femme,  qui  a  succombé  le  10  juillet. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


***  Londres,  18  juillet.—  C'était  jouer  gros  jeu  que  de  se  présenter 
comme  l'a  fait  Mme  Cabel,  à  la  fin  d'une  saison,  et  à  la  fin  d'une  soirée, 
pour  chanter  toute  seule  un  air  tel  que  celui  de  l'Ombre,  dans  Dinorah. 
Vous  savez  déjà  quel  a  été  son  triomphe,  et  l'on  peut  ajouter  que  jamais, 
en  aucun  lieu  du  monde,  elle  n'avait  été  l'objet  d'ovation  plus  enthou- 
siaste et  plus  hospitalière  que  celle  qu'elle  a  reçue  du  public  anglais. 
Maintenant  voilà  la  charmante  artiste  sûre  d'elle-même  et  de  la  brillante 
fortune  qui  l'attend  pour  la  saison  prochaine  Quand  on  l'aura  vue  et  en- 
tendue dans  le  rôle  entier  de  Dinorah,  sa  création  si  originale  et  si  hardie, 
on  la  trouvera  bien  plus  digne  encore  des  honneurs  qu'on  lui  a  décernés! 
— Troisgrandes  représentations  d'O&eron,  ouvrage  qui  réunit  tout  le  person- 
nel des  artistes  du  théâtre  de  Sa  llajesté,  et  dans  lequel  se  distinguent 
surtout  Mmes  Alboni,  Titjens  et  Mongini,  sont  données  au  bénéfice  du 
directeur,  M.  T,  Smith.  La  dernière  de  ces  soirées  extraordinaires  est 
annoncée  pour  lundi  23  juillet.  —  Au  théâtre  de  Covent-Garden,  le 
Prophète,  de  Meyerbeer,  a  reparu  magnifiquement.  Tamberlick  y  a  sou- 
tenu sa  renommée,  et  les  autres  artistes,  Mme  Csillag  en  tète,  ne  lui 
sont  pas  restés  inférieurs.  Avec  la  mise  en  scène  dont  cette  reprise  est 
accompagnée,  nous  ne  doutons  pas  que  le  Prophète,  exilé  de  notre 
scène  depuis  cinq  ans,  ne  s'y  rétablisse  pour  ne  la  plus  quitter.  — 
La  matinée  annuelle  de  Louis  Engel  n'a  pas  dérogé  à  l'usage.  L'excellent 
artiste,  dont  l'admirable  talent  sur  l'harmonium  ne  connaît  pas  de  rival, 
a  retrouvé  l'affluen'ce  ordinaire  de  ses  auditeurs  et  1  éclat  de  son  succès. 
Comme  solos,  il  a  joué  une  fantaisie  sur  Don  Vasquale,  une  autre  sur 
des  airs  irlandais  et  écossais,  et  la  Marche  de  Garibaldi,  toutes  œuvres 
de  lui,  et  dont  la  dernière  est  fort  remarquable.  MM.  liecker  et  Blu- 
menthal;  lui  prêtaient  leur  concours.  Jules  Lefort  a  chanté  une  nou- 
velle composition  vocale  due  à  M.  Engel,  et  qui  promet  de  devenir  po- 
pulaire. Mme  Lemmens-Sherrington,  Parepa  et  Solieri  se  sont  fait  en- 
tendre aussi  dans  cette  séance,  à  laquelle  le  répertoire  français  des 
orphéonistes  avait  fourni  trois  morceaux. 

„,*„.  Vienne. —  La  construction  d'une  nouvelle  salle  d'opéra  de  la  cour 
est  décidée.  Le  nouveau  théâtre,  qui  s'élèvera  sur  l'emplacement  compris 
entre  la  porte  de  Carinthie  et  une  rue  qui  sera  percée,  formera  un  rectan- 
gle ayant  57  toises  de  long  sur  une  largeur  de  50  toises.  Un  concours  vient 
d'être  ouvert  à  ce  sujet  ;  des  prix  de  3,000,  de  2,000  et  de  1,000  thalers 
seront  décernés  aux  auteurs  des  trois  meilleurs  projets  ;  les  architectes 
étrangers  peuvent  prendre  part  au  concours,  dont  le  terme  est  fixé  au 
10  janvier  1861.  La  subvention  allouée  au  théâtre  de  la  cour  se  monte 
aujourd'hui  à  210,001)  florins. 

„%  Rutisbonne.  ■ —  La  Société  d'oratorios  qui  s'est  formée  ici  sous  les 
auspices  du  procureur  du  roi,  M.  Koehler,  et  de  M.  Lang,  négociant,  a 
exécuté  devant  des  auditeurs  invités  un  hymne  de  Beethoven  pour  quatre 
voix  solo  et  chœur  ;  un  hymne  de  Mendelssohn  et  le  95e  psaume  de  Men- 
delssohn. 

t%  Wiesbaden.  —  La  troupe  italienne  de  Merelli  a  joué  hier  ici  le 
Rarbier  de  Séville  devant  un  nombreux  auditoire. —  Au  Kursaal  nous  avons 
eu  un  fort  beau  concert,  où  se  sont  fait  entendre  MM.  llazzini,  Folz  et 
Jaell,  ainsi  que  Mme  Sanchioli.  L'orchestre  du  théâtre  y  a  exécuté,  pour 
la  première  fois,  Loreley,  ouverture  de  M.  Schindelmeister,  qui  a  fait  le 
plus  grand  plaisir  et  qu'on  a  vivement  applaudie.—  Pour  le  mois  d'août 
nous  attendons  le  célèbre  ténor  Niemann,  qui  est  engagé  à  notre  théâtre 
pour  six  représentations. 


.,,%  Kaisnslautirn.  —  Le  26  août,  aura  lieu  le  premier  festival  du  pala- 
tinat,  dans  la  grande  salle  de  la  halle  aux  blés.  Trente-trois  sociétés  de 
chant  prendront  part  au  concert. 

%*  Francfort-sur-Mein,  12  juillet.  —  Depuis  le  25  juin,  la  Société  ita- 
lienne de  Merelli  a  donné  ici  dix  représentations  :  la  dernière,  celle  de 
Sémiramis,  de  Rossini,  a  eu  lieu  hier  au  soir;  la  salle  était  comble.  Le 
chef-d'œuvre  du  célèbre  maestro  sera  joué  une  seconde  fois. 

i*t  Hambourg.  —  Après  une  courte  interruption,  Dinorah,  de  Meyer- 
beer, vient  d'être  remise  au  répertoire  :  c'est  Mlle  Eggeling  qui  chante 
le  rôle  de  Dinorah. 

„%  Rielfeld.  —  Le  festival  de  chant  de  l'Allemagne  du  nord  aura  lieu 
dans  cette  ville  les  20,  21  et  22  juillet  ;  vingt-neuf  liedertafels  prendront 
part  à  cette  solennité. 

,*»  Darmstadt.  —  Pour  le  50°  anniversaire  de  sa  fondation,  le  théâtre 
de  la  Cour  a  donné  Titus,  de  Mozart.  A  ce  théâtre,  depuis  le  4  septembre 
1859  au  23  mai  1800,  il  y  a  eu,  pour  l'Opéra,  soixante-seize  représenta- 
tions. Parmi  les  ouvrages  qu'on  a  entendus  le  plus  souvent  figurent  : 
Hienzi,  Gustave  ou  le  bal  masqué,  les  Huguenots,  les  Vêpres  siciliennes.  Ont 
été  joués  pour  la  première  fois,  Dinorah,  Rienzi,  Linda  di  Chamouny. 
Reprises  :  l'Étoile  da  Nurd,  Norma,  Cendrillon,  Tannhauser,  etc. 

t%  Gitssen  (grand-duché  de  Hesse).  —  Le  19  juillet,  aura  lieu  une  so- 
lennité commémoratiye  en  l'honneur  du  célèbre  compositeur  Louis 
Spohr.  Un  de  ses  anciens  élèves,  l'éminent  violoniste  et  maître  de  cha- 
pelle de  Saxe-Meiningen,  J.-F.  Bott,  dirigera  le  concert,  où  l'on  exécutera 
l'ouverture  de  Jessonda,  l'ouverture  du  Berg-geist  (le  génie  de  la  monta- 
gne), et  Hymne  à  la  musique  {Die  Weihe  der  Toene).  Parmi  les  solistes 
qui  se  feront  entendre,  on  cite  MM.  Graff,  maître  de  concert  de  la  cour,  et 
A  Neff,  clarinette  de  la  chapelle  électorale  à  Cassel  ;  Mlles  Wetzenstein, 
cantatrice,  et  le  ténor  Erber,  tous  les  deux  du  théâtre  de  cette  ré- 
sidence. 

j.%  Prague. —  Le  directeur  de  musique,  M.  Skraup,  nous  quitte  pour 
se  rendre  en  Hollande,  où  il  doit  diriger  l'orchestre  de  l'opéra  d'Amster- 
dam et  de  Rotterdam  pendant  la  saison  prochaine,  du  mois  de  septem- 
bre 1860  jusqu'au  Ie1'  mai  1861. 

fc%  Milan,  15  juillet.  —  /  Varenli  apparenti,  paroles  de  M.  Marcello, 
musique  du  maestro  Gibelli,  ont  obtenu  au  théâtre  Re  un  succès  d'estime, 
dont  la  première  chaleur  s'est  calmée  assez  vite  :  c'est  un  vaudeville  de 
M.  Scribe  qui  a  fourni  le  sujet  du  libretto.  —  On  annonce  à  la  Scala  un 
concert  au  profit  des  blessés  de  Sicile,  et  dans  lequel  Bottesini,  Cavallini, 
revenu  de  Saint-Pétesbourg,  Mmes  Moro  et  Lesniewska  se  feront  en- 
tendre. 


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20  Juillet  1860. 


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Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


SOMMAIRE.  —Des  carillon!'  et  cloches,  nouvelles  recherches  (2e  article),  par 
Adrien  de  La  Page.  —  Conservatoire  impérial  de  musique  et  de  déclama- 
tion :  concours  publics.  —  La  critique  musicale  en  Allemagne,  par  Albert 
LefaiYre.  —  Correspondance:  festival  de  Provins,  par  Em.  Mathieu  de 
Monter.  —  Revue  des  théâtres,  par  D.  A.  D.  SaintYves.  —  Nou- 
velles et  annonces. 


DES  CARILLONS  ET  CLOCHES. 

IVouvelles   recherches. 

(4e  article.)  (1) 

Maintenant,  revenons  aux  carillons  par  un  document  authentique 
qui  n'est  pas  dépourvu  d'importance  musicale.  Il  date  de  1548  et 
concerne  l'établissement  à  Béthune,  dans  le  clocher  de  Saint- Wast  : 
o  D'un  certain  accord  de  dix  cloches  (un  carillon)  faict  à  grands 
fraiz,  pour  alicier  et  athirer  le  peuple  à  dévotion,  et  hanter  la  nouvelle 
église.  « 

Il  paraît  qu'alors  les  carillons  étaient  comme  le  sont  aujourd'hui, 
du  moins  quelquefois,  les  orgues  de  nos  églises,  soumis  à  une  exper- 
tise :  le  carillon  dont  il  vient  d'être  parlé  fut  sans  doute  critiqué,  et 
pour  lever  les  doutes  il  fallut,  en  1559,  mander  à  Béthune  Rogier  de 
Lille,  maître  batteleur,  demeurant  à  la  Bassée,  a  lequel,  après  avoir 
battelé  lesd.  cloches  par  deux  jours  en  présence  de  plusieurs  mussi- 
ciens  ad  ce  évoquez,  ont  trouvé  lesd.  accords  de  cloches  deffectif  seu- 
lement es  cloches  qui  s'enssuivent,  assçavoir  en  la  Vme  moienne,  le 
sol,  y  a  à  dire  à  double  environ  demy  ton  ;  sy  est  sygillé  et  raccour- 
chie  par  dessaubz  au  destrumenl  de  la  cloche.  It.  la  III"10  grosse  est 
aussy  trop  grosse  pour  octave  de  desseure.  lt.  la  VIme  tient  aussy  du 
bas  a'iencontre  de  son  octave.  Pour  ces  causes  ne  sont  lesd.  cloches 
à  recepvoir,  tant  et  jusquesque  le  tout  sera  mis  en  estât  suffisamment. 
Auquel  Mc  Rogier  pour  son  voiaige,  lui  a  esté  faict  XXXI  sols.  » 

Plus  tard,  lorsque  la  même  église  achète  à  Jacques  Mohenot,  fon- 
deur de  cloches  à  Chocques  «  cinq  clochettes  pesant  ensemble  60  tb., 
pour  estre  pendues  au  beffroy  et  servir  tant  au  battelaige  que  ap- 
peaulx  (2)  des  heures,  »  il  est  convenu  qu'elles  devront  être  de  bonne 
harmonie,  selon  et  ainsi  qu'il  sera  juç/é  par  musiciens.  Si  d'un  côté 
les  acquéreurs  de  cloches  avaient  droit  de  ne  point  accepter  celles 
qui  étaient  déclarées  défectueuses,  de  son  côté  le  fondeur,  s'il  n'était 

(1)  Voir  le  n"  30. 

(2)  Petits  timbres  ou  clochettes  destinés  à  marquer  les  quarts  d'heure  ou  demi- 
quarts  d'heure  ;  acception  omise  par  l'Académie. 


pas  bien  payé  ou  s'il  n'était  pas  payé  aux  termes  convenus,  avait  droit 
de  reprendre  ses  cloches,  et  les  à-compte  reçus  lui  étaient  légitime- 
ment acquis. 

Un  autre  document  relatif  à  la  même  église  et  daté  de  1575  nous 
fait  connaître  que  Jean  Wignon,  batteleur  de  Saint-Wast,  était  aux 
appointements  de  douze  livres  par  an  pour  conduire  et  mener  les 
appeaulx  de  l'horloge  :  «  il  est  tenu  de  mectre  les  nottes  à  lad. 
orloge,  pour  jouer  chansons  honnestes  et  plaisantes  et  non  diffam  a- 
toires,  pareillement  hymes  selon  l'occurrence  du  temps  et  la  règle 
de  l'église,  tant  à  l'heur  que  demy  heure,  et  de  batteler  les  nuietz  et 
jour  des  festes  de  Chandeleur  et  Saint-Bartholomy,  avec  le  nuict  et 
jour  de  la  procession  de  Saint-Wast  et  tous  aultres  jours  de  récréa- 
tion quy  se  feront  en  lad.  ville.  » 

Voilà  qui  était  bien  travailler  pour  douze  francs  par  an,  même  à 
l'époque  indiquée.  Peut-être  y  avait-il  avec  cela  quelques  gratifications. 

On  voit  qu'ici  Jean  Wignon  cumulait,  d'après  un  usage  assez  com- 
mun que  j'ai  indiqué  dans  un  de  mes  anciens' articles,  les  fonctions 
de  carillonneur  ou  batteleur,  et  celles  de  noUur'$:-.  cylindre  mécanique 
qui  marche  avec  l'horloge  et  se  fait  entendre  aux  heures,  demi  -heures 
et  quarts.  A  cet  égard  les  choses  sont  réglées  de  différentes  manières 
selon  l'usage  des  localités. 

Voici  celui  de  la  cathédrale  de  Reims  :  à  chaque  heure  on  entend 
l'hymne  ou  la  prose  de  la  fête  la  plusjoisine,  selifc  l'ordre  du  calen- 
drier ecclésiastique,  et  qu'il  faut  par  conséquent  disposer  sur  le  cylin- 
dre chaque  fois  qu'il  doit  y  avoir  changement.  Les  airs  de  la  demi- 
heure,  du  quart  et  des  trois-quarts  sont  invariablement  les  mêmes  :  au 
quart,  les  quatre  notes  do  si  re  mi  correspondent  au  Pcccalores  des 
litanies  des  saints;  à  la  dernière,  le  chant  qui  s'adapte  au  répons 
bref  In  manus  tuas  Domine ,  commendo  spirilum  meum  ;  aux  trois- 
quarts,  la  continuation  de  la  phrase  du  quart  répondant  aux  paroles 
Te  rogamus  audi  nos. 

Tout  cela  est  sans  doute  fort  religieux  et  fort  respectable,  mais  peu 
amusant. 

Aussi  dans  les  villes  qui  possèdent  des  carillons,  lorsqu'il  y  a  des 
fêtes  publiques  ou  lorsqu'il  entre  dans  les  fonctions  du  carillonneur  de 
jouer  à  certains  jours  qui  ne  sont  signalés  par  aucune  solennité  reli- 
gieuse, par  exemple  au  jour  de  marché,  joue-t-il  presque  toujours  des 
airs  plus  ou  moins  connus. 

L'usage  de  carillonner  les  jours  de  marché  n'est  qu'un  raffinement 
de  l'usage  bien  plus  ancien  et  toujours  pratiqué  d'annoncer  au  moyen 
des  cloches  et  clochettes  l'ouverture  des  marchés  publics.  Cette  ma- 
nière de  rassembler  la  foule  remonte  à  une  très-haute  antiquité,  et 
me  fournit  l'occasion  de  rappeler  un  fait  assez  singulier  raconté  par 


266 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


le  géographe  Strabon  :  «  Un  musicien  de  grande  réputation  ayant  té- 
moigné aux  habitants  d'une  des  îles  de  Carie  le  désir  de  s'y  faire 
entendre,  prit  jour  à  cet  effet  ;  une  réunion  nombreuse  se  forma  sur 
la  place  publique,  et  il  commença  son  concert,  chantant  et  jouant  de 
la  lyre  de  manière  à  captiver  l'attention  de  l'auditoire.  On  admirait 
son  talent  et  on  l'applaudissait,  quand  tout  à  coup  la  cloche  qui  aver- 
tissait de  l'ouverture  du  marché  au  poisson  se  fit  entendre  ;  tous  laissè- 
rent là  le  pauvre  musicien,  à  l'exception  d'un  seul  qui  demeura  près 
de  lui.  L'artiste  se  crut  obligé  de  le  remercier,  pensant  en  lui-même 
que  dans  cette  île  si  peu  musicale  il  avait  trouvé  du  moins  un  appré- 
ciateur de  son  mérite  et  de  l'art  qu'il  professait;  mais  quel  fut  son 
étonnement  quand  cet  homme ,  qui  était  extrêmement  sourd,  ne  ré- 
pondit à  ses  remercimenls  qu'en  lui  demandant  si  la  cloche  du  marché 
au  poisson  avait  sonné.  Sur  la  réponse  affirmative  du  musicien ,  le 
sourd  s'y  rendit  comme  les  autres,  et  le  concertiste  demeura  seul  sur 
la  place,  lançant  de  justes  imprécations  contre  la  barbarie  de  ces  in- 
sulaires. 

On  s'est  quelquefois  récrié  sur  le  choix  des  airs  qui  se  jouaient  sur 
les  carillons,  sans  songer  que  tout  carillon  est  essentiellement  un  ins- 
trument d'allégresse;  que  sa  situation  dans  le  clocher  des  églises  n'est 
le  plus  souvent  qu'une  circonstance  accidentelle  ;  on  l'y  place  pour 
qu'il  soit  entendu  de  plus  loin  et  produise  dans  l'air  un  effet  plus 
agréable  ;  s'en  servir  pour  des  airs  lugubres  n'est  autre  chose  que  le 
dénaturer  et  détruire  la  pensée  dans  laquelle  il  a  été  conçu. 

Je  ne  parle  pas  de  ces  airs  d'église  fort  courts  que  l'on  note  sur  le 
cylindre,  ni  même  de  quelques-uns  que  le  carillonneur  peut  jouer  de 
temps  à  autre;  mais  je  veux  dire  que  dans  les  conditions  ordinaires, 
l'association  des  petites  cloches  demande  des  morceaux  légers  et  gra- 
cieux. C'est  par  abus  de  termes  que  l'on  a  nommé  carillons  les  pièces 
qui  se  jouent  sur  l'orgue  la  veille  du  jour  des  morts  et  dont  j'ai  parlé 
précédemment  (1).  Ni  par  rapport  aux  cloches  qui  les  exécutent,  ni 
à  l'égard  des  orgues  qui  en  imitent  l'effet,  ce  ne  sont  là  des  carillons, 
ce  sont  des  clas  ou  glas  à  trois  ou  quatre  cloches  mises  en  volée  dans 
un  ordre  convenu ,  de  manière  que  les  tons  de  chaque  cloche  se 
succèdent  régulièrement;  et  comme  il  s'agit  ici  de  grosses  cloches, 
il  faut  pour  leur  donner  le  branle  autant  de  sonneurs  qu'il  y  a  de 
cloches,  tandis  que  le  carillonneur  est  toujours  seul. 

Carillonner  à  l'occasion  des  morts  eût  été  un  contre-sens.  Dans  le 
pays  où  les  carillons  sont  le  plus  en  usage,  c'est-à-dire  dans  les  Flan- 
dres, ce  sont  toujours  des  airs  de  joyeuses  chansons,  et  l'on  en  fait 
souvent  des  danses,  comme  nous  l'avons  vu  dans  les  articles  précités 
pour  le  carillon  de  Dunkerque.  Cela  est  si  vrai  qu'autrefois  lorsque 
celui  de  la  Samaritaine  à  Paris,  dont  j'ai  aussi  parlé,  se  faisait  enten- 
dre, les  ramoneurs  se  rassemblaient  sur  le  quai  et  formaient  des 
danses  fort  animées  et  fort  nombreuses. 

On  a  vu  que  les  carillonneurs  étaient  distincts  des  sonneurs;  les 
places  des  premiers  étaient  mises  au  concours.  Il  y  avait  une  hiérar- 
chie convenue:  tous  les  sonneurs  s'humiliaient  comme  de  raison  de- 
vant les  maîtres  carillonneurs;  mais  les  carillonneurs  de  tout  le  diocèse 
devaient  à  leur  tour  hommage  au  carillonneur  métropolitain.  Comme 
plusieurs  églises  possédaient  des  carillons  sans  être  assez  riches  pour 
payer  des  carillonneurs  à  l'année,  elles  s'arrangeaient  pour  en  avoir  aux 
fêtes  principales,  et  surtout  aux  fêLes  de  patrons  ou  autres  auxquelles, 
par  une  raison  quelconque,  elles  devaient  donner  plus  de  solennité. 


Adrien  de  LA  FAGE. 


(La  suite  prochainement.) 


(1)  Voyez  Gazette  musicale,  année  185G,  p.  374. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION. 

Concours    publics. 

La  déclamation  dramatique  occupait  cette  année  la  première  séance, 
et  lundi  les  néophytes  du  grand  art  de  bien  dire  les  vers  et  la  prose 
classiques  ont  comparu  devant  leurs  juges.  11  y  avait  d'une  part  deux 
tragédiens  et  quatre  tragédiennes  ;  de  l'autre,  dix  comédiennes  et 
cinq  comédiens.  Plusieurs  de  ces  jeunes  gens  et  de  ces  jeunes  per- 
sonnes ont  montré,  sinon  du  talent,  au  moins  des  dispositions  qui 
méritaient  d'être  encouragées,  et  c'est  ce  qu'a  fait  le  jury  en  leur 
décernant  des  prix  et  des  accessits  dans  l'ordre  suivant  : 

Tragédie  (hommes)  :  1er  prix,  M.  Godfrin,  élève  de  M.  Beauvallet; 
2e  prix,  à  l'unanimité,  M.  Laroche,  élève  de  M.  Régnier.  (Femmes)  : 
1er  prix,  aussi  à  l'unanimité,  Mlle  Tordeus,  élève  de  M.  Provost  ; 
2e  prix,  Mlle  Rousseil,  élève  de  M.  Régnier.  1"  accessit,  Mlle  Ponsin, 
élève  de  M.  Provost;  2e  accessit,  Mile  Binda,  élève  de  M.  Beau- 
vallet. 

Comédie  (hommes)  :  Pas  de  1er  prix  ;  2e  prix,  M.  Coquelin  et  M.  La- 
roche, tous  deux  élèves  de  M.  Régnier.  1er  accessit,  M.  Malard, 
élève  du  même  professeur.  [Femmes)  1"  prix,  Mlles  Regny,  élève  de 
M.  Régnier,  et  Ponsin,  élève  de  M.  Provost;  2e  prix,  Mlle  Dambri- 
court,  élève  de  M.  Régnier.  1<" accessit,  Mlle  Rousseil,  élève  du  même; 
2e  accessit,  Mlles  Petitet  et  Manvoy,  éièves  de  Mlle  Augustine  Bro- 
han. 

La  séance  de  mardi,  consacrée  au  chaut,  n'a  pas  mis  en  ligne 
moins  de  onze  concurrents  et  de  vingt-cinq  concurrentes.  Les  cri- 
tiques sévères  trouveront  encore  que  c'était  trop,  et  peut-être  n'au- 
ront-ils pas  tort;  mais  ce  que  nous  pouvons  affirmer,  c'est  que,  sur 
la  quantité,  les  belles  et  jolies  voix  étaient  assez  nombreuses  pour 
que  le  Conservatoire  n'encoure  pas  le  reproche  de  manquer  à  sa 
mission.  Avec  les  sujets  distingués  qui  ont  subi  l'épreuve,  plus  d'un 
théâtre  rajeunira  sa  troupe.  A  la  manière  dont  M.  Petit  a  dit  l'air  de 
Sémiramis,  et  M.  Morere  celui  de  la  Juive,  on  doit  croire  à  leur  ave- 
nir. Nous  en  dirons  autant  de  M.  Gourdin,  qui  aurait  obtenu  une  dis- 
tinction plus  haute  si  la  cabalette  de  l'air  des  Brigands,  de  Merca- 
dante,  par  sa  tournure  trop  italienne  n'eût  détruit  l'excellent  effet  du 
cantabile.  M.  Capoul  a  trouvé  un  écueil  du  même  genre  dans  l'air  de 
ténor  emprunté  à  Sémiramis,  et  qu'on  supprime  depuis  longtemps. 
Les  femmes  avaient  été  plus  heureuses  dans  le  choix  de  leurs  airs, 
notamment  Mlle  Balbi,  qui  a  fort  bien  chanté  celui  de  Robert  le 
Diable:  En  vain  j'espère;  Mlle  Baretty  celui  de  Norma,  Mlle  Pfotzer 
celui  des  Puritains,  Mlle  Cico  celui  du  Pré  aux  C'eres,  Mlle  Ene- 
quiste  celui  du  Siège  de  Corinlhe,  Mlle  Brou  de  Lavessière  celui  de 
Moïse.  Voici  le  résultat  de  ce  remarquable  concours  : 

Hommes  :  1"  prix,  M.  Petit,  élève  de  M.  Révial  ;  2e  prix,  M.  Mo- 
rere, élève  du  même.  1"'  accessit,  M.  Gourdin,  élève  de  M.  Fontana; 
2e  accessit,  M.  Mirai,  élève  de  M.  Laget,  et  M.  Mendioroz,  élève  de 
M.  Fontana;  3°  accessit,  MM.  Duplan,  élève  de  M.  Révial,  et  Péront, 
élève  de  M.  Laget. 

Femmes  :  1er  prix,  Mlle  Balbi,  élève  de  M.  Grosset,  et  Mlle  Pfolzer, 
élève  de  M.  Giuliani;  2e  prix,  Mlle  Baretty,  élève  de  M.  Laget,  et 
Mlle  Cico,  élève  de  M  Révial.  1"  accessit,  Mlle  Enequiste,  élève  de 
M.  Masset,  et  Mlle  Brou  de  Lavessière,  élève  de  M.  Révial  ;  2°  accessit, 
Mlle  Dupin,  élève  du  même,  et  Mlle  Piadal  1",  élève  de  .M.  La- 
get; 3°  accessit,  Mlle  Herluison,  élève  de  M.  Fontana,  et  Mlle  Labbé, 
élève  de  M.  Battaille. 

A  la  suite  des  élèves  couronnés  par  le  jury,  ne  serait- il  pas  juste 
de  citer  les  accompagnateurs  qui  ont  su  se  faire  applaudir  par  l'audi- 
toire ?  Le  jeune  Alphonse  Duvei  noy  s'est  signalé  entre  tous  par  le  ta- 
lent délicat  et  pur  qu'il  a  déployé  dans  l'exécution  de  quelques  belles 
ritournelles. 

Ceci  nous  servira  de  transition  pour  passer  au  concours  de  piano 


DE  PARIS. 


267 


qui  avait  lieu  le  lendemain,  mercredi,  et  dans  lequel  nous  retrouve- 
rons un  autre  Duvernoy  qui  marche  sur  les  traces  de  son  frère.  Le 
sixième  concerto  de  Henri  Herz  avait  été  choisi  pour  les  hommes, 
au  nombre  de  quatorze,  elle  quatrième  de  Moschelès  pour  les  femmes, 
au  nombre  de  trente  et  une.  On  a  remarqué  que  Moschelès  assistait  à 
la  séance  et  prenait  des  notes  sur  chacune  des  concurrentes.  Les 
prix  et  accessits  ont  été  distribués  ainsi  qu'il  suit  : 

Hommes  :  1er  prix,  M.  Colomer,  élève  de  M.  Marmontel  ;  2e  prix, 
à  l'unanimité,  M.  David,  élève  de  M.  Laurent.  1er  accessit,  M.  Edmont 
Duvernoy  et  M.  Frantzen,  élèves  de  M.  Marmontel;  2e  accessit, 
M.  Weigand,  élève  du  même  ;  3e  accessit,  M.  Gallois,  élève  de 
M.  Marmontel,  et  Bernard,  élève  de  M.  Laurent:  ;  k'  accessit,  à  l'una- 
nimité, M.  Hess,  élève  de  M.  Marmontel. 

Femmes  :  1er  prix,  à  l'unanimité,  Mlle  Sabatier-Blot,  élève  de 
Mme  Farrenc,  et  Mlle  Wilden,  élève  de  M.  Henri  Herz;  2e  prix, 
Mlle  Peschel,  élève  du  même.  1er  accessit,  Mlle  Deshays-Meifred, 
élève  de  Mme  Coche,  et  Mlle  Blanc,  élève  de  M.  Lecouppey;  2°  ac- 
cessit, Mlle  Lechesne,  élève  du  même,  et  Mlle  Barnnrd ,  élève  de 
M.  Henri  Herz  ;  3e  accessit,  Mlle  Coche,  élève  de  sa  mère,  et  Mlle  Har- 
douin  lle,  élève  de  M.  Henri  Herz. 

L'opéra-comique  remplissait  toute  la  séance  de  jeudi  :  le  Songe 
d'une  nuit  d'été,  Galathée,  le  Barbier  de  Séville,  les  Mousquetaires, 
Manon  Lescaut,  ont  fourni  les  scènes  les  plus  souvent  jouées,  et  dans 
lesquelles  les  élèves  ont  été  le  plus  heureux.  Nous  reviendrons  sur  le 
talent  que  plusieurs  y  ont  montré  ;  pour  aujourd'hui,  nous  ne  pou- 
vons qu'enregistrer  leurs  noms. 

Hommes  :  l*'  prix,  à  l'unanimité,  MM.  Gourdin  et  Petit,  élèves  de 
M.  Mocker  ;  2e  prix,  M.  Capoul,  élève  du  même;  l<:r  accessit,  M.  Men- 
dioroz,  élève  de  M.  Morin  ;  2e accessit,  M.  Géraizer,  élève  du  même; 
3e  accessit,  M.  Dervieux,  élève  de  M.  Mocker. 

Femmes  :  1er  prix,  à  l'unanimité,  Mlle  Baretty,  élè  e  de  M.  Mocker  ; 
2e  prix,  à  l'unanimité,  Mlle  Balbi,  élève  du  même;  1er  accessit,  à 
l'unanimité,  Mlle  Bolin,  élève  du  même,  et  Mlle  Herluison,  élève  du 
même  ;  2e  accessit,  Mlles  Durant  et  Saint-Aguet,  élèves  de  M.  Morin; 
3e  accessit,  Mlles  Gallino,  élève  de  M.  Morin,  à  l'unanimité  ;  Maillard, 
élève  de  M.  Mocker,  et  Rozés,  élève  de  M.  Morin. 

Les  concours  de  violoncelle  et  de  violon  avaient  lieu  vendredi.  Par 
une  exception  assez  rare,  une  jeune  fille  a  pris  part  au  premier,  et 
trois  au  second.  Parmi  ces  dernières,  deux  se  sont  signalées  par  un 
talent  tout  à  fait  remarquable,  qui  leur  a  valu  les  suffrages  de  l'audi- 
toire et  du  jury,  et  ce  n'est  certainement  pas  par  égard  pour  leur  sexe 
que  des  prix  leur  ont  été  décernés. 

Violoncelle  :  Ier  prix,  à  l'unanimité,  M.  Hernoud,  élève  de 
M.  Franchomme  ;  2e  prix,  M.  Dabaud,  élève  du  même  ;  1e''  accessit, 
à  l'unanimité,  M.  Loys,  élève  du  même.  Pas  de  second  accessit.  3e  ac- 
cessit, Mlle  Clauss,  élève  de  M.  Chevillard. 

Violom  :  1er  prix,  Mlle  Boulay,  élève  de  M.  Alard  ;  2e  prix, 
Mlle  Castellan  et  M.  Weingaertner,  élèves  du  même  ;  1"  accessit, 
MM.  Colonne,  élève  de  M.  Sauzay  ;  Willaume,  élève  de  M.  Massart-; 
Lévy,  élève  de  M.  Alard;  2e  accessit,  M.  Lelong,  élève  de  M.  Sauzay, 
et  Aubéry,  élève  de  M.  Alard  ;  3e  accessit,  M.  Muratet,  élève  de 
M.  Dancla. 

Avant  de  terminer,  réparons  une  omission  que  nous  avons  commise 
dimanche  dernier  en  donnant  le  résultat  du  concours  de  solfège. 
A  la  nomenclature  des  élèves  qui  ont  obtenu  des  premières  médailles, 
il  faut  ajouter  Mlle  Petit  (Marie)  et  Mlle  Petit  (Louise),  élèves  de 
Mme  Maucorps  ;  à  celle  des  troisièmes  médailles,  M.  Delannoy,  élève 
de  M.  Batiste. 

Nous  nous  bornerons  à  transcrire  les  noms  des  élèves  qui  se  sont 
distingués  hier  samedi  dans  le  concours  de  grand  opéra. 

Hommes  :  1"  prix,  M.  Peschard,  élève  de  M.  Duvernoy;  2°  prix, 
MM.  Gourdin  et  Morére,  élèves  du  même:  pas  de  premier  accessit; 
2°  accessit,  M.  Dervieux,  élève  de  M.  Levasseur. 


Femmes  :  1"  prix,  Mlle  Brou,  élève  de  M.  Duvernoy;  2°  prix,  Mlle 
Enequiste,  élève  de  de  M.  Levasseur  ;  1er  accessit,  Mlle  Baretty,  élève 
de  M,  Duvernoy  ;  2e  accessit,  Mlle  Dupin,  élève  du  même  ;  3°  accessit, 
Mlles  Rozés,  élève  du  même,  et  Pradal,  élève  de  M.  Levasseur. 


La  Revue  contemporaine,  dans  son  numéro  du  15  de  ce  mois,  con- 
tenait un  article  remarquable  sur  la  critique  musicale  en  Allemagne, 
à  propos  d'un  ouvrage  (1)  dont  nous  nous  occuperons  bientôt  nous- 
mêmes.  En  attendant,  voici  la  conclusion  de  l'article  dans  lequel  sont 
combattues  les  doctrines  d'après  lesquelles  il  ne  faudrait  considérer 
que  deux  choses  dans  la  musique,  l'action  que  la  ^ociôté  exerça  sur 
elle,  et  l'influence  qu'elle  exerce  à  son  tour  sur  la  société  : 

«  Il  suit  de  là  que  M.  Riehl  assignera  dans  sa  république  une  grande 
place  aux  compositeurs.  Ils  devront  concourir  aux  bonnes  mœurs, 
à  la  religion,  enseigner  les  enfants,  soutenir  les  hommes  faits,  con- 
soler les  vieillards.  L'art  musical  sera  un  sacerdoce,  une  prédication  ; 
il  montera  en  grade  ;  mais,  en  revanche,  une  lourde  part  de  respon- 
sabilité lui  sera  dévolue.  Si  les  mœurs  s'énervent,  si  les  vertus  civi- 
ques dégénèrent,  si  l'Etat  penche  vers  sa  ruine,  la  musique  sera 
coupable  de  haute  trahison  ;  c'est  sur  elle  que  la  vindicte  des  ma- 
gistrats devra  s'exercer.  Le  musicien  ne  pourra  donc  plus,  comme 
autrefois,  se  retrancher  dans  son  art  et  planer  au-dessus  des  agita- 
tions politiques,  travaillant  pour  le  roi,  pour  la  ligue,  indifféremment. 
Ses  chants  étant  l'expression  de  certains  principes,  de  certains  sys- 
tèmes politiques,  il  ne  peut  plus  changer  de  maître,  et  chacune 
de  ses  variations  acquiert  la  portée  et  produit  les  conséquences  d'une 
apostasie.  Adieu  l'insouciance,  ce  privilège  si  précieux  de  l'artiste; 
adieu  la  philosophie  aimable  et  légère  ;  ""adieu  cette  sérénité  épicu- 
rienne, source  de  gracieuses  inspirations.  Le  compositeur  est  un 
homme  public,  un  personnage  dans  l'Etat.  Il  faut  qu'il  se  prononce 
sur  toutes  les  questions,  qu'il  adopte  un  drapeau,  qu'il  épouse  avec 
ardeur  toutes  les  passions  nationales.  Autrement  ses  chants  seront 
sans  couleur,  sans  portée,  indignes  d'occuper  ses  concitoyens.  «  Tra- 
vaillons pour  accomplir  de  grandes  choses!  »  telle  doit  être  sa  pen- 
sée de  tous  les  matins,  lorsqu'il  se  met  à  l'ouvrage  ;  car  la  musique 
n'est  plus  un  vulgaire  plaisir,  c'est  un  rouage  essentiel  de  la  vie  pu- 
blique, un  agent  moralisateur. 

»  Le  musicien  doit  donc  changer  complètement  son  genre  de  vie; 
ses  études  même  doivent  changer  de  nature.  L'harmonie,  le  contre- 
point, cette  base  de  l'éducation  musicale,  ne  sont  plus  désormais 
des  accessoires.  Est-ce  la  qu'il  creusera  les  problèmes  dont  nous 
attendons  de  lui  la  solution?  Sa  pensée  doit  s'ouvrir  de  larges  hori- 
zons; il  lui  faut  d'immen--es  matériaux  ;  les  richesses  accumulées  des 
siècles  doivent  concourir  à  la  féconder.  Qu'il  pâlisse  donc  sur  les 
livres,  qu'il  délaisse  son  clavier  pour  les  bibliothèques,  qu'il  fouille 
les  arcanes  de  l'antiquité,  qu'il  explore  tous  les  mystères  du  cœur 
humain,  toutes  les  avenues  de  l'intelligence.  Qu'il  s'élève  à  l'univer- 
salité du  philosophe  et  de  l'homme  d'Etat,  car  ce  n'est  qu'à  ce 
titre  qu'il  peut  se  poser  en  instituteur  et  remplir  sa  mission  dans  la 
société. 

»  Et  l'art,  que  va  t-il  retirer  de  celte  transformation  ?  Les  mélodies 
en  auront-elles  plus  de  grâce?  Un  parfum  plus  suave  s'exhalera:t-il 
de  cette  langue  divine?  Hélas!  tout  ce  que  nous  souhaitons,  c'est  que 
tant  d'efforts,  tant  de  science  n'étouffent  pas "dans  la  musique  toute 
inspiration.  En  écoutant  les  œuvres  cosmogoniques  de  nos  jours,  ces 
poèmes,  ces  grandes  leçons  adressées  à  l'intelligence,  ne  se  prend-on 
pas  souvent  à  regretter  le  temps  où  la  musique,  sans  afficher  aucune 
prétention,  chantait  d'instinct  pour  le  plaisir  des  oreilles?  Pour 
plaire,  pour  verser  son  baume  dans  les  cœurs,   elle  n'avait  pas  be- 

(1)  Musikalische  Charactcr-Kœpfe,  par  Riehl. 


268 


REVUE  ET  GAZEÏTE  MUSICALE 


soin  de  s'imposer  tant  de-  labeurs,  de  creuser  si  profondément  les 
arcanes  de  la  science.  Son  domaine  est  agrandi,  son  rôle  plus  con- 
sidérable :  soit;  mais  qu'importe  tout  cela,  si  sa  beauté  primitive 
s'efface,  si  ses  parures  d'emprunt  la  font  paraître  vieille  et  ridée, 
privée  de  toute  séduction  ?  Peut-être  la  fraîcheur,  la  naïveté,  l'ab- 
sence de  recherche  étaient-elles  le  secret  de  son  empire.  Son  secret? 
Il  est  dans  le  gosier  du  rossignol,  dans  le  timbre  argenté  de  la  jeune 
fille;  mais  il  faut  en  jouir  sans  le  connaître,  sans  approcher  de  l'om- 
brageuse Psyché  le  flambeau  indiscret  de  la  science.  La  lumière  l'ef- 
farouche, l'odeur  de  l'huile  la  fait  disparaître. 

»  Qu'est-ce  donc  que  l'art?  Nous  n'avons  pas  la  prétention  de  le 
définir,  mais  il  nous  semble  que  sa  mission  est  moins  d'agir  sur  les 
idées  que  de  vivifier  l'âme  par  d'intimes  jouissances.  Est  ce  que  la 
poésie  doit  prouver  quelque  chose  ?  Non.  La  poésie  émeut,  ravit, 
transporte,  mais  elle  n'ajoute  rien  à  nos  connaissances  ;  elle  ne  pro- 
cure à  l'esprit  que  des  songes  d'or.  La  vérité,  l'erreur,  lui  sont  pres- 
que indifférentes,  elle  les  prend  sans  les  distinguer.  Si  même  elle  a 
quelques  préférences,  n'est-ce  pas  pour  la  fiction,  pour  le  merveil- 
leux et  l'imaginaire?  Avec  quel  amour  elle  se  reporte  au  temps 
d'autrefois,  aux  époques  de  crédulité  et  d'ignorance  populaires!  On 
dirait  qu'elle  regrette  les  progrès  de  l'intelligence,  comme  si  l'esprit 
humain,  en  s'émancipant,  devait  échapper  à  son  influence  et  la  re- 
léguer au  rang  des  frivolités.  Les  poètes  eux-mêmes,  quand  ils  sor- 
tent du  monde  fantastique  pour  entrer  dans  la  vie  positive,  se 
sentent  gênés  par  la  poésie.  Eux-mêmes  renoncent  à  l'art  de  Virgile 
quand  ils  aspirent  au  rôle  de  penseurs  sérieux.  Quelques-uns  même 
vont  plus  loin  et  la  renient  publiquement  comme  «  un  art  de  bala- 
dins, »  bon,  tout  au  plus,  pour  les  loisirs  d'un  jeune  homme,  indigne 
d'occuper  les  méditations  d'un  homme  grave.  La  poésie,  disent- 
ils,  est  un  exercice  puéril;  c'est  le  lit  de  Procuste  de  la  pensée; 
elle  défigure  toutes  nos  conceptions,  affaiblit  les  ressorts  de  l'intelli- 
gence. Ainsi  s'exprimait,  il  y  a  peu  de  temps,  le  plus  grand  poète 
de  notre  siècle. 

»  Si  ces  attaques  sont  fondées,  elles  s'adressent  à  la  musique  bien 
plus  encore  qu'à  la  poésie  ;  car  le  champ  de  la  première  est  beaucoup 
moins  vaste,  ses  ressources  sont  infiniment  plus  bornées  ;  elle  ne 
puise  pas  ses  matériaux  dans  le  domaine  intellectuel.  Elle  ne  pro- 
duit que  des  sensations  ;  ses  plus  grands  effets  ne  sont,  comme  on 
aurait  dit  au  xvme  siècle,  qu'un  ébranlement  du  système  nerveux. 
11  est  peut-être  à  regretter  que  Condillac  n'en  ait  pas  fait  l'objet 
d'une  de  ses  savantes  analyses  ,  car  nulle  faculté  de  l'entendement 
n'est  plus  dans  le  ressort  de  la  philosophie  expérimentale.  Nulle 
n'est  plus  matérielle,  plus  physique  dans  son  développement.  L'ins- 
tinct musical,  disons-le  franchement,  ne  figure  pas  parmi  les  élé- 
ments constitutifs  de  l'esprit  humain.  La  pensée  et  la  musique  se 
meuvent  dans  des  sphères  toutes  différentes;  elles  ne  se  prêtent  mu- 
tuellement aucun  secours.  Prenons,  examinons  une  à  une  les  diverses 
facultés,  les  diverses  opérations  de  l'intelligence,  pas  une  ne  se  for- 
tifie par  la  musique  ou  ne  s'affaiblit  par  son  absence.  Nous  voyons 
bien  des  gens  du  monde,  des  amateurs  s'écrier  avec  emphase  que 
la  musique  est  pleine  pour  eux  de  révélations.  A  ce  compte,  les  ha- 
bitués de  l'Opéra  seraient  les  plus  profonds  penseurs  de  la  terre  ;  un 
abonnement  au  Conservatoire  serait  plus  fructueux  pour  l'esprit  que 
tous  les  livres  et  toutes  les  académies.  Malheureusement,  ce  n'est 
point  a  l'Opéra,  ni  dans  les  concerîs  que  l'homme  de  science  prend 
ses  degrés  et  cherche  son  initiation.  La  musique  est  muette  pour  lui 
et  ne  veut  rien  lui  dire.  Mozart,  Beethoven,  Haydn,  Rossini,  les  par- 
titions, les  symphonies  les  plus  expressives,  les  plus  géniales,  comme 
dirait  M.  Riehl,  n'aplaniront  pas  à,  l'intelligence  une  difficulté,  ne  lui 
épargneront  pas  une  demi-heure  de  travail.  On  pourrait  même  aller 
plus  loin  et  soutenir  que  la  musique,  loin  d'être  un  secours  pour 
l'esprit,  endort,  amollit  nos  facultés  par  ses  vapeurs  énervantes.  Puis- 
santes sont  les  séductions  de  l'enchanteresse  ;  heureux  sommes-nous 


de  les  subir  et  d'y  succomber  ;  mais  qu'avons-nous  besoin  d'y  mettre 
de  l'orgueil,  et  de  nous  en  faire  un  mérite,  comme  si  notre  dilettan- 
tisme était  une  fonction  sociale,  un  service  rendu  à  l'humanité. 

»  L'art  et  la  science  sont  donc  deux  choses  tout  à  fait  distinctes,  et 
la  critique  musicale  devrait  tenir  compte  plus  qu'elle  ne  le  fait 
de  cette  différence.  Elle  s'adresse  aux  rêveurs,  aux  personnes  d'ima- 
gination :  rien  de  mieux  ;  mais  alors  pourquoi  dogmatiser?  Pourquoi 
faire  des  théories,  comme  si  son  terrain  était  celui  de  la  science? 
D'autre  part,  si  quelque  raisonneur  se  présente  et  veut  discuter  froi- 
dement les  principes  posés,  on  s'écrie  qu'il  n'a  pas  le  sentiment  des 
choses  artistiques  ;  on  le  récuse  en  se  moquant  de  sa  ridicule  pré- 
tention. Ceux-là  sont  artistes  qui  jugent  par  le  goût,  parle  sentiment, 
et  non  avec  une  rigueur  pédantesque.  11  serait  plus  franc  de  dire  : 
ceux-là  sont  artistes  qui  se  laissent  persuader  par  des  métaphores, 
et  qui  cèdent  sans  résistance  à  l'étourdissement  de  paroles  pom- 
peuses. Ce  n'est  pas  que  nous  reprochions  à  la  critique  musicale  les 
tours  de  force  vraiment  prodigieux  qu'elle  accomplit  tous  les  jours 
en  fait  d'imagination  et  de  style.  Bien  au  contraire  ,  nous  sommes 
les  premiers  à  demander  qu'elle  nous  amuse  de  la  sorte.  Nous  la  re- 
mercions des  brillantes  féeries  qu'elle  sait  substiluer  à  nos  impres- 
sions. Nous  tenons  seulement  à  ne  pas  les  prendre  pour  des  systèmes 
ou  pour  des  explications  scientifiques.  La  fantaisie,  pour  être  la  bien- 
venue, ne  doit  pas  affecter  l'air  d'un  enseignement 

»    Albert  LEFAIVRE.  » 


CORRESPONDANCE. 

Fontenay-Sair.t-Brice,  près  Provins,  27  juillet  1860. 
Monsieur  le  directeur, 

Le  dixième  concours  d'Orphéons  du  département  de  Seine-et-Marne  a 
eu  lieu  dimanche  dernier,  à  Provins.  Au  pied  de  ces  forteresses  que  traça 
la  main  de  César;  à  l'ombre  de  ce  palais  où  Thiébault,  le  chevaleresque 
amant  de  Blanche  de  Castille.  fit  peindre  autrefois  ses  virelays  d'amour, 
dans  cette  ville  qui  rappelle  les  luttes  et  la  poésie  du  xm°  siècle,  se  sont 
rassemblées  les  Sociétés  chorales  de  la  Brie,  de  la  Champagne,  de  l'Ar- 
tois, de  la  Picardie  et  de  l'Ile-de-France:  deux  mille  chanteurs  environ 
réunis  dans  une  pensée  commune  de  concorde  et  d'émulation. 

La  fête  a  duré  deux  jours,  et  elle  eût  été  complète  si  le  soleil 
eût  daigné  sourire  aux  «  haies  en  fleurs,  aux  petits  bois ,  aux  fermes 
et  aux  fermières  »  que  chanta  notre  pauvre  et  cher  Hégésippe  eirant 
aux  bords  de  la  Voulzie.  Les  concours  de  chant  ont  été  ouverts  sous  la 
Halle  et  dans  le  salon  d'Apollon  ;  celui  des  musiques  d'harmonie  a  eu  lieu 
sur  les  promenades.  Les  trois  jurys  se  composaient  de  MM.  Niedermeyer, 
Elw.irt,  Delsarte,  Besozzi,  Peffès,  Camille  de  Vos,  Laurent  de  Bille,  Jonas, 
Dauverné,  Dufresne,  Couderc,  Triébert  et  Cokken.  Je  vous  citerai  parmi 
les  Sociétés  couronnées  :  la  Choralede  l'Odéon.  qui  a  parfaitement  exécuté 
la  Retraite  de  Soubre;  les  Enfants  de  Lutéce,  VOrphéonde  Samt-Denis;  dont 
le  chœur  :  le  Rffrain  des  Mineur?,  composé  par  son  chef  M.  Monestier,  a 
été  fort  remarqué,  les  Enfants  'le  l'aris,  VOrphéon  de  Ai eaux ,  la  Société 
chorale  de  file  Saint-Denis,  les  Orphéons  de  Chatenaij,  de  Brou,  de  B'ay- 
sur-Seine,  les  Élevés  de  l  institution  Jacquier  (Nogent-sur-Seine),  les  Enfants 
des  écoles  comiHunales  de  saint-Leu,  de  Nangis  et  de  Provins  ;  jeunes  et 
vaillantes  pépinières  qui  apporteront  plus  tard  à  l'institution  orphéoni- 
que,  officiellement  organisée,  un  contingent  nombreux  de  voix  mâles  et 
de  sociétaires  disciplinés. 

Le  soir,  après  (a.  distribution  des  prix,  qui  a  permis  à  M.  de  Bourgoing, 
l'honorable  préfet  de  Seine-et-Marne,  d'affirmer  une  fois  de  plus,  en  un 
langage  chaleureux  et  élevé,  les  sympathies  qui  l'unissent,  suivant  ses 
expressions,  «  aux  hommes  de  cœur  qui  chantent  pour  Dieu,  pour  la  pa- 
trie et  pour  les  arts  ».  orphéonistes  et  musiciens  ont  envahi  les  prome- 
nades enserrant  sous  leurs  ormes  contemporains  des  croisades  les  séduc- 
tions brillantes  et  sonores  des  fêtes  populaires.  On  eût  dit  la  fête  des 
lanternes,  un  kaléidoscope  de  lueurs  et  de  feux  se  profilant  en  guirlan- 
des scintillâmes  dans  des  profondeurs  de  forêts  qui  font  oublier  Versailles. 
Au  milieu  de  ces  bruits,  sous  ces  allées  ombreuses,  on  voyait  passer, 
monsieur  le  directeur,  les  orphéonistes  qui  ont  suivi  Delaporte  à  Londres, 
il  y  a  un  mois,  lors  de  ce  festival  historique  dont  les  fatigues  m'ont  ravi 
l'honneur  de  raconter  ici  les  enthousiasmes  et  les  résultats  grandioses. 
Applaudis  en  Angleterre  par  tout  un  peuple,  ilssont  venus  se  faire  cou- 
ronner a  Provins,  et  comme  pour  relier  en  un  symbole  poétique  ces 
deux  étapes  de  leur  histoire,  ils  portaient  sur  la  poitrine,  attachaient  à 
leur  bannière  cette  rose  de  pourpre,  fleur  du  Saaron  dont  Thibault  ap. 


DE  PARIS. 


269 


porta  le  plant  de  Palestine,  et  qu'Edmond  de  Lancastre  prit  pour  devise, 
opposant  son  incarnat  à  la  blancheur  de  la  rose  d'York. 

Durant  leur  séjour  à  Provins,  les  représentants  de  la  presse  ont  ren- 
contré chez  M.  Pierre  Dupont  l'hospitalité  la  plus  charmante  et  la  plus 
courtoise  :  par  moment  on  eût  cru  que  la  vraie  fête  était  à  Saint-Rrice, 
tant  les  ombrages  résonnaient  de  refrains,  tant  le  poëte  nous  révélait,  de 
cette  pittoresque  résidence,  en  prodigue,  ces  chants  larges  et  ces  mélo- 
dies sereines  qui  exaltent  dans  leur  inspiration  tout  ce  que  la  nature  dit 
au  penseur  et  à  l'homme  de  bien.  —  «  Monsieur,  a  répondu  M.  le  séna- 
teur Lebrun,  l'auteur  de  Marie  Stuart,  au  poëte  qui  venait  de  chanter  à 
la  fin  du  banquet,  je  ne  savais  pas  que  vous  fussiez  ici;  mais  je  veus  de- 
vinais aux  sentiments  que  vos  vers  expriment  et  que  chacun  est  heureux 
d'applaudir.  » 

Aujourd'hui,  monsieurle  directeur,  les  orphéonistes  ont  quitté  Provins, 
et  les  hôtes  de  Saint-Brice  ont  pris  congé  ne  l'artiste  dont  la  Vigne,  les 
Bœuf* ,  les  Louis  d'or,  ont  dégrossi  ,  pour  ainsi  dire,  les  voix  des  tra- 
vailleurs, et  vigoureusement  préparé  dans  les  campagnes,  dans  les  centres 
manufacturiers,  l'œuvre  studieuse  de  l'Orphéon. 

Mais  les  souvenirs  de  ce  concours  et  de  cette  grande  assemblée  de 
chanteurs,  d'artistes,  d'administrateurs,  d'écrivains,  ne  sauraient  rester 
stériles.  Bien  loin  de  là,  ils  contribueront  puissamment,  j'en  ai  la  certi- 
tude au  développement  du  chant  choral  dans  Seine-et-Marne.  Le  progrès 
de  .'orphéon  français  s'explique,  se  traduit  par  ces  fêtes  qui  parlent  une 
langue  éloquente  aux  populations  des  campagnes,  et  les  convertissent  à 
l'harmonie,  à  l'art,  bien  mieux  que  ne  le  font  les  théories  du  livre  ou 
les  enseignements  du  journal.  En  ceci,  l'exemple  est  souverain  :  grâce  à  son 
action,  le  mouvement  du  chant  populaire  s'accentue  de  jour  en  jour  da- 
vantage dans  les  provinces  les  plus  rebelles  jusqu'à  présenta  l'adoption 
des  idées  modernes.  Les  laboureurs,  les  artisans,  tous  ceux  qui  creusent 
dans  la  terre,  dans  le  bois,  dans  les  métaux,  le  rude  sillon  du  travail, 
comprennent  quedesfètesne  pourraientê're  dédiées,  et  des  honneurs  ren- 
dus à  une  œuvre  illusoire.  Peu  à  peu  le  bon  sens  vient  en  aide  à,  leurs 
impressions.  Us  se  réunissent,  ils  chantent  à  leur  tour.  C'est  ainsi  que 
l'Orphéon  gagne  du  terrain  en  propageant  les  saines  notions  de  l'art,  de 
la  morale  et  de  l'émulation;  c'est  ainsi  que,  servant  la  cause  du  droit  et 
de  l'ordre,  la  musique  devient  un  élément  civilisateur  que  l'on  ne  saurait 
dédaigner.  A  ces  divers  titres,  monsieur  le  directeur,  vous  vous  inté- 
ressez depuis  longtemps  déjà  aux  manifestions  artistiques  de  l'Orphéon 
français  et  aux  vaillantes  initiatives  d'Eugène  Delaporte;  vos  sympathies 
retrouveront  cetie  année  les  sociétés  chorales  de  France  à  Beaucaire,  à 
Nîmes,  à  Besançon,  à  Saint-Dizier. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  directeur,  l'expression  de  mes  sentiments 
distingués. 

Em.  Mathieu   de  MONTER. 


BEVUE  DES  THÉÂTRES. 

Gymnase  :  reprise  des  Favx  bonshommes.  —  Vaudeville  :  reprise 
de  la  Vie  de  Bohème  et  de  la  Tentation.  —  Palais-Royal  :  L"s 
Mémoires  de  Mi  mi- Bamboche,  roman  en  cinq  chapilres  mêlés  de 
couplels,  par  MM.  Eugène  Grange  et  Lambert  Thiboust;  iou-yo  po, 
vaudeville  de  MM.  Delacour  et  Adolphe  Choler.  —  PoitTE-SAiNT- 
Maktin  :  reprise  des  Étudiants,  de  Frédéric  Soulié. 

La  température  anormale  dont  nous  sommes  affligés  a  tellement 
pris  au  dépourvu  tous  nos  théâtres ,  que  c'est  tout  au  plus  si,  dans 
l'espace  de  trois  semaines,  ils  nous  ont  offert  une  seule  nouveauté  de 
quelqueimportance.  Chaque  année,  à  pareille  époque,  les  directeurs  goû- 
tent les  plaisirs  de  la  villégiature,  les  comédiens  vont  en  vacances,  et  les 
auteurs  prennent  les  eaux.  Il  est  si  bien  reconnu  qu  il  n'y  a  rien  à 
faire  contre  les  ardeurs  de  la  canicule,  que  chacun  tire  de  ton  côté,  et 
que,  s'il  survient  un  dérangement  subit  dans  l'ordre  des  saisons,  per- 
sonne n'est  a  son  poste  pour  en  profiler.  C'est  précisément  ce  qui  ar- 
rive aujourd  hui  ;  le  public  ne  demanderait  pas  mieux  que  de  passer 
ses  soirées  au  spectacle  ;  mais,  à  peu  d'exceptions  près,  que  fait-on 
pour  l'y  attirer?  Les  pièces  nouvelles  manquent  presque  complète- 
ment sur  la  place,  et,  faute  de  mieux,  on  a  recours  à  des  reprises. 

Le  Gymnase  emprunte  les  Faux  bonshommes  au  répertoire  du 
Vaudeville,  et  tout  l'attrait  de  celte  exhumation  repose  sur  la  compa- 
raison à  établir  entre  les  interprètes  des  deux  théâtres.  Sous  ce  point 
de  vue  les  avis  sont  assez  partagés  ;  nous  n'interviendrons  pas  dans 
le  débat.   La  comédie  de  MM.  Barrière  et  Capendu  a  pris  rang  désor- 


mais parmi  les  meilleures  de  l'époque  contemporaine»  Son  effet  ne 
pouvait  être  douteux  au  Gymnase,  pas  plus  qu'au  Vaudeville,  et  nous 
nous  bornerons  à  constater  qu'en  dépit  de  la  différence  du  jeu  des  ar- 
tistes, le  succès  a  été  le  même  au  boulevard  Bonne-Nouvelle  qu'à  la 
place  de  la  Bourse. 

—  Le  Vaudeville  a  repris  la  Vie  de  Bohême,  cetle  autre  comédie 
modèle,  qui  restera  une  des  plus  remarquables  esquisses  des  mœurs 
de  notre  temps.  Les  représentations  de  cette  pièce,  dont  on  a  d'ail- 
leurs abusé  depuis  les  Variétés,  ont  été  bientôt  interrompues  pour  la 
rentrée  de  Brindeau  dans  la  Tentation,  où  cet  ancien  sociétaire  de  la 
Comédie-Française  a  joué  le  rôle  de  Gontran,  créé  parLafont.  Malheu- 
reusement l'ouvrage  de  M.  Octave  Feuillet  n'a  pas  conservé  ,  beau- 
coup plus  que  celui  de  M.  Henri  Murger,  le  don  d'attraction  qu'il  avait 
dans  sa  nouveaulé,  et  ce  n'est  pas  avec  des  reprises  de  ce  genre  que 
le  Vaudeville  bénéficiera  des  faveurs  inespérées  dont  le  ciel  se  montre 
prodigue  en  pure  perte. 

—  Au  nombre  des  prévoyants,  nous  rangerons  le  Palais-Royal,  qui 
n'a  eu  pourtant  d'autre  mérite  que  de  spéculer  à  propos  sur  un  des 
plus  grands  scandales  du  jour.  Nous  ne  comprenons  pas,  à  vrai  dire, 
tout  le  bruit  qui  s'est  fait  à  l'occasion  de  cette  baladine  que  l'on 
nomme  Rigolboche.  Mais  enfin  il  existe,  et,  si  nous  ne  craignions  pas 
de  nouslaisser  entraîner  un  peu  loin  dans  u  e  voie  des  plus  sca- 
breuses, nous  prouverions  peut-être  que  l'autorisation  donnée  à  une 
scène  du  boulevard  de  produire  en  public  cette  demoiselle  est  la 
principale  cause  de  sa  célébrité.  Aussi  longtemps  que  l'éclat  de  ses 
triomphes  chorégraphiques  eût  été  circonscrit  dans  l'enceinte  du  Casino 
Cadet,  pas  un  biographe  n'eût  songé  à  écrire  des  Mémoires,  et  à 
étaler  sa  disgracieuse  photographie  aux  vitrines  de  tous  nos  libraires. 
Elle  fût  resLée  l'idole  d'un  petit  cercle  de  gandins  idiots,  et  son  nom 
serait  encore  inconnu,  à  l'heure  qu'il  est,  aux  trois  quarts  des  innom- 
brables badauds  de  l'asphalte,  qui  manipulent  ces  sortes  de  réputa- 
tions. Les  Délassements -Comiques  ont  donc  enfanté  les  Mémoires  de 
Rigolboche  ;  deux  jeunes  auteurs  ont  protesté  chaleureusement,  en 
publiant  une  brochure  intitulée  :  A  bas  Rigolboche  ,  mais  leurs  voix 
impuissantes  n'ont  pas  empêché  le  Palais-Royal  d'afficher,  à  son  tour, 
les  Mémoire  de....  Mimi  Bamboche,  pseudonyme  transparent  à  travers 
lequel  resplendit  l'auréole  de  la  trop  fameuse  acrobate.  Passe  encore 
si  cette  pièce  eût  été  la  satire  de  Rigolboche  et  de  ses  stupides  admi- 
rateurs; mais  loin  de  là:  le  Roman  en  cinq  chapitres,  de  MM.  Eugène 
Grange  et  Lambert-ïhibousi  n'est  autre  chose  que  la  glorification  d'une 
femme  qui,  par  dépit  amoureux,  dispute  la  palme  des  bals  publics  à 
une  rivale,  monte  sur  les  planches,  fait  faire  ses  mémoires,  et  finale- 
ment ramène  son  infidèle,  sans  cesser  un  seul  instant  de  mériter  le 
prix  de  vertu.  Etait-ce  bien  la  peine  de  se  placer  sous  l'invocation  de 
sainte  Rigolboche  pour  aboutir  à  une  pareille  banalité  ?  Ce  n'est  pas 
notre  avis,  mais  c'est,  sans  doute,  celui  de  la  direction  du  Palais- 
Foyal,  qui  a,  dit-on,  rencontré  une  mine  d'or  dans  les  Mémoires  de 
Mimi  Bamboche.  Convenons,  du  reste,  que  Mlle  Schneider  est  char- 
mante dans  le  principal  rôle,  qu'elle  danse  fort  agréablement,  et  qu'elle 
chante  avec  beaucoup  de  goût  les  airs  nouveaux  de  M.  Sylvain  Man- 
geant. 

On  joue  au  même  théâtre  une  facétie  chinoise  assez  plaisante,  sous 
le  titre  excentrique  de  Fou-yo-po.  Il  s'agit  de  deux  Parisiens  tombés, 
on  ne  sait  comment,  dans  une  famille  de  braves  mandarins  qui  les 
font  voir  à  leurs  compatriotes  pour  de  l'argent,  sans  qu'ils  s'en  dou- 
tent. Les  Parisiens  finissent  par  découvrir  le  pot  aux  roses,  et  se 
vengent  en  enlevant  deux  Chinois  auxquels  ils  se  proposent  d'infliger 
la  peine  du  talion  dans  leur  patrie.  L'idée  de  cette  bouffonnerie  est 
suffisamment  drôle  et  justifie  l'accueil  favorable  qu'on  lui  a  fait. 

—  Le  drame  des  Etudiants,  par  Frédéric  Soulié,  a  été  représenté 
pour  la  première  fois  à  l'Ambigu  il  y  a  une  quinzaine  d'années,  et  est 
resté  pendant  fort  longtemps  au  répertoire  de  ce  théâtre.  Une  action 
intéressante,  égayée  par  de  nombreux  rôles  comiques,  une  interpréta- 


270 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


tion  brillante,  plusieurs  airs  de  M.  Artus  devenus  populaires,  telles 
étaient  les  qualités  qui  firent  alors  le  succès  de  cette  pièce.  A  la 
Porte-Saint-Martin,  où  l'on  vient  de  la  reprendre,  l'effet  n'a  pas  en- 
tièrement répondu  à  ce  qu'on  était  en  droit  d'attendre  de  ses  antécé- 
dents. Mais  peut-être  la  faute  en  est-elle  à  la  distribution,  qui,  sous 
bien  des  rapports,  a  semblé  inférieure  à  celle  du  théâtre  voisin. 
Néanmoins,  si  cette  reprise  ne  peut  être  comparée  à  celle  de  la  Clo- 
scrie  des  genêts,  dont  les  recettes  ont  été  productives,  elle  fournira 
une  carrière  assez  longue  pour  donner  le  temps  à  la  célèbre  féerie 
du  Pied  de  mouton,  revue  et  corrigée  ,  d'entrer  en  ligne  avec 
toutes  ses  merveilles. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

„,*,,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Sémiramis  a  été  jouée  lundi  et  ven- 
dredi ;  la  salle  était  comble  à  la  dernière  représentation;  les  deux  sœurs 
Marchisio,  familiarisées  aujourd'hui  avec  leur  public,  montrent  beaucoup 
plus  d'assurance,  et  les  belles  qualités  qu'elles  possèdent  se  révèlent  de 
jour  en  jour  davantage.  Le  magnifique  duo  d'Arsace  et  de  Sémiramis 
est  toujours  bissé  avec  acclamation.  —  Pierre  de  Méiicis  a  été  donné 
mercredi  devant  une  nombreuse  et  brillante  réunion.  — Robert  le  Diable 
avec  Mme  Vandenheuvel-Duprez  et  Mlle  Marie  Sax  sera  représenté 
vendredi  prochain  ou  le  lundi  suivant. 

***  Rog3r  a  fait  ses  adieux  mercredi  au  public  de  l'Opéra-Comique 
dans  la  Dame  blanche.  A  la  représentation  précédente  de  cet  opéra, 
donnée  devant  une  salle  comble,  le  célèbre  chanteur  avait  été  l'objet 
d'une  manifestation  des  plus  flatteuses  à  laquelle  il  avait  dû  céder 
en  promettant  de  jouer  une  fois  de  plus  avant  son  départ  pour 
Bade.  C'est  par  ce  rôle  de  Georges,  dans  lequel  il  avait  su  retrouver  tout 
le  charme  et  le  talent  de  ses  premières  années,  qu'il  a  pris  congé  du 
nombreux  auditoire  accouru  pour  l'entendre.  Jamais  triomphe  n'a  été 
plus  complet,  et  l'idée  d'avoir  ramené  Roger  au  berceau  de  ses  premiers 
succès  doit  être  comptée  à  M.  Beaumont  comme  un  acte  d'habile  admi- 
nistration. —  Jeudi;  la  Fille  du  régiment,  chantée  par  Mme  Ugalde  et 
Jourdan,  avait  attiré  beaucoup  de  monde.— Vendredi,  Carré  continuait  ses 
débuts  dans  Haydée.  Nous  avons  retrouvé  chez  cet  artiste  les  qualités 
que  nous  lui  connaissions,  fortifiées  par  l'expérience;  il  a  montré  beau- 
coup de  distinction  clans  le  rôle  sympathique  de  Lorédan.  Sa  voix  est 
agréable  et  il  la  conduit  avec  beaucoup  de  goût.  La  scène  du  songe  a 
été  bien  détaillée  ;  l'air  de  bravoure  :  Elle  est  d  toi  1  a  été  dit  avec  cha- 
leur, et  en  somme  M.  Carré  a  réussi.  —  La  reprise  du  Petit  chaperon 
rouge  aura  lieu  cette  semaine.  —  Incessamment  la  comédie  d'Uau- 
teroche ,  Crispin  médecin ,  dont  la  représentation  avait  souffert  des 
difficultés  maintenant  aplanies  ;  le  titre  seul  sera  changé,  et  Couderc 
remplira  le  rôle  du  médecin. 

,.*„,  Mme  Miolan-Carvalho  est  de  retour  à  Paris.  La  célèbre  cantatrice 
va  partir  pour  Spa  où  elle  est  attendue  ;  elle  se  rendra  ensuite  à  Bade 
et  de  là  à  Berlin  pour  remplir  les  divers  engagements  qu'elle  a  con- 
tractés. 

***  On  se  préoccupe  déjà,  de  la  future  saison  italienne  ;  on  sait 
que  si  Tamberliclc.  ne  revient  pas,  Mario  a  été  engagé  pour  les  six  der- 
niers mois,  et  Pancani  pour  mars  et  avril.  Graziani,  Gardoni,  Badiali, 
Zucchini,  Angelini  ;  Mmes  Alboni,  Penco,  Marie  Battu,  reviennent  et  com- 
poseront un  ensemble  des  plus  complets.  —  La  Sonnambula  ouvrira  la 
saison,  et  la  semiramide,  interprétée  par  Mmes  Alboni,  Penco  et  Ba- 
diali, offrira  un  point  de  comparaison  piquant  avec  la  sémiramis  de 
l'Opéra.  —  Le  Mariage  secret,  1  Italiana  in  Algieri,  opéras  dont  la  courte 
durée  ne  remplit  pas  suffisamment  la  soirée,  seront  renforcés  par  des 
ouvrages  en  un  acte  pris  dans  l'ancien  répertoire  italien.  On  voit  que 
M.  Calzado  ne  néglige  rien  pour  satisfaire  ses  abonnés  et  pour  s'assurer 
une  fructueuse  récolte. 

***  Les  deux  grandes  séances  de  l'Orphéon  de  la  ville  de  Paris  auront 
lieu  aujourd'hui,  29  juillet,  et  dimanche  prochain  5  août,  dans  la  salle 
du  Cirque  Napoléon,  sous  la  direction  de  MM.  François  Bazin  et  Pasde- 
loup,  directeurs  de  l'enseignement  du  chant  dans  les  écoles  communa- 
les. Voici  le  programme  de  la  première  séance  :  Première  partie  : 
1"  Veni  Creator,  de  Bezosi  ;  2°  le  Médecin  Tant-Mieux  et  le  Médecin  Tant- 
Pis,  de  F.  Bazin;  3°  Angélus,  de  Papin  ;  i°  la  Garde  passe  (voix  d'hom- 
mes), de  Grétry;  5"  0  salutaris,  d'Auber;  6°  le  Couvre-feu,  de  F.  Halévy. 
Deuxième  partie  :  1"  .Invocation,  de  Pasdeloup  ;  2°  le  Printemps  (voix 
d'hommes),  de  Von  Callo  ;  3°  les  Vendanges ,  d'Orlando  de  Lassus  ; 
t\°  Faust  (voix  d'hommes),  de  Gounod  ;  5"  Cantique,  de  Haydn  ;  Vive 
lEmpereur:  de  Gounod. 

***  Il  y  a  quelques  jours,  on  a  entendu  dans  le  concert  de  Mlle  Vie- 
ning,   une   jeune   pianiste,  élève   de  M.  Lecouppey,  et    connue  par 


ses  succès  au  Conservatoire.  Mlle  Remaury  a  exécuté  avec  beaucoup  de 
verve  et  de  brio  le  concerto  de  Hummel  et  la  tarentelle  de  Stephen 
Heller;  ce  dernier  morceau  a  été  bissé  chaleureusement,  et  la  jeune 
artiste  a  été  rappelée  avec  enthousiasme. 

,.**  Le  concours  instrumental  et  vocal  des  élèves  du  conservatoire 
de  Milan  a  eu  lieu  le  8  juillet;  les  journaux  signalent  comme  s'étant 
fait  particulièrement  remarquer,  Mlle  Weismann,  contralto,  qui  a  chanté 
V Exilé  de  Grenade,  de  Meyerbeer,  et  le  grand  air  de  la  Semiramide. 

***  Un  des  premiers  effets  du  régime  constitutionnel  octroyé  à  Naples 
par  le  roi,  a  été  de  rendre  au  répertoire  du  théâtre  San-Carlo  plus  de  la 
moitié  des  opéras  italiens  interdits  antérieurement  par  la  censure.  En 
outre,  le  corps  de  ballet  s'est  empressé  d'en  profiter  pour  se  débarras- 
ser des  affreux  caleçons  verts  qui  faisaient  le  désespoir  des  célébrités 
chorégraphiques.  Aussi  tous  les  soirs  les  sylphides  de  San-Carlo  sout- 
elles  accueillies  par  de  frénétiques  applaudissements.  —  La  direction  a 
engagé  pour  la  saison  prochaine  le  ténor  Pancani,  Negrini,  Colletti,  la 
Steffenone,  la  Vera-Lorini  et  la  première  danseuse  Mlle  Boschetti. 

*■%.  L'appareil  vocal,  dans  l'homme,  est  d'une  délicatesse  extrême  et 
d'une  excessive  susceptibilité;  de  là  les  affections  nombreuses,  plus  ou 
moins  graves,  qui  attaquent  ce  précieux  organe  chez  les  personnes  que 
leur  position  astreint  à  en  faire  un  plus  fréquent  usage.  C'est  donc 
rendre  un  véritable  service  aux  prédicateurs,  aux  orateurs,  aux  pro- 
fesseurs, aux  chanteurs,  à  tous  ceux  qui  ont  l'habitude  de  parler  ou  de 
chanter  en  public,  que  de  leur  signaler  les  pastilles  du  docteur  Ed- 
mond, dont  l'efficacité  souveraine  a  été  reconnue  par  les  sommités  mé- 
dicales pour  préserver  ou  guérir  de  l'aphonie, *de  l'enrouement,  de 
toute  altération  de  la  voix,  quelle  qu'en  soit  la  cause,  et  qui  rendent 
presque  immédiatement  à  l'appareil  vocal  sa  sonorité,  sa  pureté  et  toute 
sa  fraîcheur. 

»%  Jeudi  a  été  exécutée  au  Concert  Musard  l'ouverture  d'Olympie,  de 
Spontini.  Ce  morceau,  que  les  amateurs  ont  eu  rarement  l'occasion  d'en- 
tendre à  Paris,  offrait  un  vif  attrait  de  curiosité  ;  on  y  retrouve  le 
grand  style  de  l'auteur  de  la  Vestale,  et  l'orchestre  de  Musard,  auquel 
Mme  Spontini  avait  bien  voulu  donner  les  indications  nécessaires,  l'a 
admirablement  interprété  ;  il  a  produit  le  plus  grand  effet,  et  il  faut 
féliciter  le  jeune  et  habile  chef  d'orchestre  d'en  avoir  enrichi  son 
répertoire.  La  Marche  turque  de  V  Enlève  ment  au  sérail,  orchestrée  par 
Pascal,  le  Quadrille  de  Mustafa,  les  solos  de  Legendre,  de  Moreau,  de  De- 
merssmann,  sont  applaudis  chaque  soir  ;  aussi  les  concerts  des  Champs- 
Elysées  continuent-ils  à  attirer  l'élite  de  la  société  parisienne. 

„*,,  Mardi  prochain  31  juillet,  en  l'église  de  Saint-Eugène,  aura  lieu, 
à  dix  heures  très-précises,  un  service  de  bout  de  l'an  célébré  pour  le 
repos  de  l'âme  d'Aug.  Panseron. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

**„  Lyon,  23  juillet.  —  Une  société  d'artistes. et  d'amateurs  s'était 
réunie  dernièrement  dans  les  salons  de,  M.  Prost  pour  entendre  quelques 
morceaux  de  musique  de  chambre  de  M.  E.  Albert,  compositeur,  venu  de 
Paris,  et  dont  les  œuvres  s'adressent  particulièrement  aux  exécutants 
pour  qui  celles  de  Mozart,  Beethoven  et  autres  grands  maîtres  offrent 
de  trop  grandes  difficultés.  Le  succès  qu'a  obtenu  M.  Albert  le  décidera 
sans  doute  à  venir  cet  hiver  organiser  ici  un  concert  important.  Jîn 
attendant,  il  va  se  faire  entendre  à  Montpellier,  Cette,  Avignon  et  Mar- 
seille. 

„%  Bordeaux.  —  Le  comité  d'administration  de  la  Société  Sainte- 
Cécile,  sur  le  rapport  du  jury  du  concours  d'opéra-comique,  a,  dans  sa 
séance  du  19  juillet,  décerné  le  prix  à  MM.  de  Bruge  et  Montcavrel, 
auteurs  de  la  pièce  intitulée  :  Une  Aventure  sous  la  Ligue.  Un  avis  ulté- 
rieur fera  connaître  les  conditions  du  concours  musical,  qui  sera  très- 
prochainement  ouvert. 

„,*„,  Nice.  —  Nous  avons  possédé  pendant  quelques  jours  un  jeune 
compositeur  dont  les  œuvres  musicales  jouissent  en  Italie  et  en  France 
d'une  juste  renommée.  M.  Pierre  Perny,  dont  le  nom  indique  l'origine 
française,  retrouve  la  patrie  de  ses  pères  par  la  réunion  de  Nice  à  l'Em- 
pire. Parmi  les  nombreux  ouvrages  qu'il  a  publiés  en  France,  en  Alle- 
magne et  en  Russie,  on  a  beaucoup  remarqué  sa  marche  triomphale 
intitulée  :  Guerre  et  Victoire,  composée  â  la  suite  de  nos  triomphes  en 
Italie,  et  dédiée  â  S.  M.  l'Empereur  Napoléon  III.  Un  hymne  national, 
publié  en  1848,  fut  la  première  révélation  du  talent  de  M.  Perny.  dont 
les  autres  compositions  n'ont  pas  démenti  les  brillantes  espérances  que 
ce  début  avait  fait  naitre. 


CHRONIQUE    ETRANGERE 


„*„  Lon  Ires,  23  juillet.  —  Au  théâtre  de  Sa  Majesté  ,  Mme  Cabel  a 
continué,  dans  la  Fille  du  régiment ,  le  succès  qu'elle  avait  obtenu  dans 
l'air  de  l'Ombre  du  Pardon  de  Plo'ermel.  On  a  trouvé  qu'elle  donnait  au 


DE  PARIS. 


271 


personnage  de  Marie  un  caractère  de  vivacité  spirituelle  et  gracieuse  qui 
contraste  avec  la  tournure  un  peu  irop  hardie  et  soldatesque  de  Mlle  Pic- 
colomini,  sa  devancière  dans  ce  rôle.  Belart  et  Ciampi  sont  très-bien 
placés  à  côté  d'elle  dans  les  rôles  de  Tonio  et  de  Sulpice.  Mongini,  qui 
avait  terminé  son  engagement,  a  dû  être  rappelé  par  le  directeur, 
M.  Smith,  pour  continuer  les  représentations  d'Oberon,  qui  ne  marchait 
plus  sans  lui.  —  Le  Prophète  et  les  Huguenots  ont  alterné  au  théâtre  de 
Covent-Garden  avec  tout  le  succès  possible.  Après  Martha  on  a  joué  Ri- 
goletto,  et  Mme  Carvalho-Miolan  a  dû  s'essayer  dans  le  rôle  de  Gilda.  — 
Un  grand  concert,  composé  d'un  choix  de  morceaux  et  de  l'Orphée,  de 
Gluck,  a  été  donné  récemment;  ce  qu'il  y  avait  de  mieux,  c'était  l'ou- 
verture d'Oberon  et  le  serment  de  Guillaume  Tell ,  exécuté  par  Tamber- 
lick,  Lucchesi,  Polonini.  Tagliafico,  Patriossi,  Faure,  l'orchestre  et  les 
chœurs. —  Le  31  juillet  doit  avoir  lieu,  au  jardin  de  Surrey,  un  grand 
concert  au  bénéfice  de  la  veuve  de  Jullien.  Les  talents  les  plus  distin- 
gués de  Londres,  et  MM.  Jules  Lefort  et  Engel  participeront  à  eette  bonne 
œuvre. 

$%  Bade.  —  Mlle  Marie  Battu  n'est  pas  accueillie  ici  avec  moins  de 
sympathie  qu'au  théâtre  Italien  de  Paris.  Dans  les  deux  concerts  pour 
lesquels  elle  avait  été  engagée  par  M.  Benazet,  avec  MM.  Vieuxtetnps  et 
Jacquart,  et  qui  ont  eu  lieu  les  12  et  19  juillet,  e'ie  a  chanté  les  cavati- 
nes  de  la  Sunnambula  et  de  Rigoletto  ,  le  grand  air  des  Puritains  et  le 
rondo  final  de  Cenerentola.  Ce  dernier  morceau  lui  a  valu  une  ovation 
telle  que  M.  Benazet  l'a  engagée  pour  un  troisième  concert  où  elle  devra 
le  redire.  La  princesse  Marie  de  Bade,  duchesse  Hamilton,  a  voulu  en- 
tendre chez  elle  la  jeune  cantatrice,  ainsi  que  Vieuxtemps;  elle  lui  a 
demandé  le  (inale  de  la  Sonhambula  et  quelques  romances  françaises.  Là 
encore,  son  succès  a  été  aussi  grand  que  le  permettait  l'étiquette  dans 
un  salon  rempli  de  tètes  couronnées.  —  Le  corps  de  musique  de  la 
garnison  prussienne  de  Iîastadt,  lequel  a  été  réorganisé  par  le  chef  de 
musique  Wieprecht,  donne  des  concerts  très-suivis  devant  la  Conversation. 
Récemment  il  y  a  fait  entendre  le  Réveil  du  lion,  par  Kontsky  ;  la  Chasse, 
de  Stephen  Ileller  ;  la  Marche  cosaque,  de  Wehle,  et  pour  le  bouquet, 
la  Schiller  Marsch,  de  Meyerbeer.  Ces  divers  morceaux  ont  été  arrangés 
pour  musique  d'harmonie  par  M.  Wieprecht.  —  Voici  les  noms  des  prin  ■ 
cipaux  ai-tistes  qui  doivent  être  entendus  cette  année  aux  concerts  de 
Bade  :  Sivori,  Piatti,  Cossniaim,  vieuxtemps,  Sighicelli,  Batta,  Mlle  Oc- 
tavie  Caussemille,  Mlle  Labeda,  Mlle  Guiaud  ;  Roger,  Bussine;  Mme  Car- 
valho,  Mlle  Battu,  Mlle  Marimon  ;  Mlle  Litschner;  Vivier,  Renard,  Bon- 
nehée  ;  Mlle  Monrose  ;  Jacquard,  Sainte-Foy,  etc.,  etc. 

„,%  spa.—  Au  concert  du  16,  M.  Laub,  violoniste  allemand,  a  fait 
applaudir  un  talent  des  plus  remarquables.  A  M  Laub  vont  succéder 
MmeMiolan-Carvalho  et  M.  Jehin  Prume  notre  compatriote,  violoniste,  dont 
les»succès  en  Russie,  en  Allemagne  et  en  Belgique  ont  été  des  plus  brillants. 
Le  contingent  du  mois  d'août  n'est  pas  moins  riche  :  il  compte  sept  fêtes, 
sept  concirts,  pourrions-nous  dire,  dont  l'un  est  donné  par  Vivier,  le 
célèbre  corniste.  Celui-ci  aura  lieu  dans  le  grand  salon  de  la  Redoute. 
Des  six  autres,  deux  se  donneront  également  à  la  Redoute  ;  quant  aux 
quatre  derniers,  ils  auront  pour  théâtre  la  Place-Royale,  la  promenade 
des  Sept-IJeures  et  la  Géronstère. 

*%  Arnheim.  —La  Société  pour  l'encouragement  de  la  musique  orga- 
nise un  festival  pour  les  9,  10  et  11  août.  Premier  jour  :  symphonie  de 
Verhulst;  Sa/nson,  de  Haendel.  Deuxième  jour:  ouverture  et  chœur 
de  Lucifer,  tragédie  de  Vondel,  par  J.-A.  Van.F.yken;  Loreley,  deHiller; 
Etie  au  mont  Oreb,  par  Coenen  ;  hymne,  par  Mendelssohn.  Troisième 
jour  :  psaume  84,  par  Verhulst,  et  septième  symphonie  de  Beethoven. 
L'orchestre  sera  dirigé  par  Verhulst. 

„,%  Vienne. —  Outre  les  pièces  nouvelles  :  Dinorah,  de  Meyerbeer  ; 
Aima,  de  M.  Loevve,  etc.,  que  le  théâtre  de  l'opéra  de  la  cour  doit  repré- 
senter pendant  la  saison,  on  remettra  à  la  scène:  Orphée,  de  Gluck; 
les  Mousquetuires  de  la  Reine,  d'Ilalévy  ;  l'Enfant  prodigue,  d'\uber. 
M.  Dessof,  de  llesse-Cassel,  a  été  engagé  comme  maître  de  chapelle,  en 
remplacement  de  Stegmayer.  Pour  le  22  juillet,  on  annonce  les  Hugue- 


nots :  Mme  Harriès-Wippern,  du  théâtre  royal  de  Berlin,  qui  est  ici  en 
représentation,  chantera  le  rôle  de  Marguerite. 

„*„  Berlin. —  Le  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  rouvrira  le  2  août  par 
Aladin.  —  Le  succès  d'Orphée  aux  Enfers,  par  Offenbach,  se  soutient  au 
théâtre  Frédéric-Wilhelmstadt.  —  La  saison  d'opéra,  sous  la  direction  de 
M.  Meswadba,  a  commencé  le  6  mai  :  jusqu'au  18  juillet,  on  a  donné  : 
Martha,  six  fois;  Straâella,  neuf  fois;  Freischiitz,  six  fois  ;  Czar  et  char- 
pentier, quatre  fois  ;  le  Maçon,  d'Auber,  deux  fois,  etc.;  en  tout,  quarante- 
neuf  représentations  dans  l'espace  d'un  peu  plus  de  deux  mois. 

4%  Gênes,  23  juillet.  —  Une  belle  symphonie,  intitulée  la  Chasse,  et 
dont  l'auteur  est  M.  le  comte  Graziani,  faisait  partie  du  concert  donné 
au  théâtre  Paganini,  et  dans  lequel  on  a  exécuté  avec  tant  de  succès  l'ou- 
verture de  Dinorah,  de  Aleyerbeer.  Quoique  venant  après  ce  chef-d'œuvre, 
la  Chasse  a  produit  aussi  un  effet  remarquable. 

„■%  Saint-Pétersbourg.  —  Afin  de  mettre  la  direction  de  sa  chapelle  et 
celle  des  théâtres  impériaux  en  mesure  d'adopter  le  diapason  nor- 
mal, Sa  Majesté  l'empereur  vient  de  confier  à  M.  le  général  Lvoff 
une  somme  de  45,000  fr.  pour  la  réparation  des  vieux  instruments 
de  l'orchestre  et  l'achat  d'instruments  nouveaux  reconnus  indispensa- 
bles.—  L'automne  prochain,  sera  représenté  l'opéra  dramatique  en  deux 
actes  que  M.  Villebois  avait  achevé  dès  1834  et  qui  a  pour  titre  Natarcha, 
ou  les  Brigands  du  Volga,  paroles  de  Krestovsky.  M.  Villebois  prépare 
également  une  collection  de  chansons  russes  au  nombre  d'environ 
cent,  dans  leurs  mélodies  originales,  qu'il  se  propose  de  publier  pro- 
chainement. Le  jeune  Taborovsky,  parti  il  y  a  quatre  ans  pour 
Bruxelles,  afin  de  se  perfectionner  dans  l'étude  du  violon,  sous  la  direction 
des  professeurs  Léonard  et  Oamcke,  vient  de  rentrer  à  Saint-Pétersbourg 
après  avoir  obtenu  le  premier  grand  prix  au  concours  du  Conservatoire. 
Taborovsky  a  donné  sur  sa  route  des  concerts  à  Cologne,  à  Berlin  et  dans 
d'autres  villes  d'Allemagne,  et  il  y  a  obtenu  les  suffrages  des  critiques 
les  plus  sévères. —  S.  Exe.  M.  de  Sabcurolf  a  commandé  au  célèbre  facteur 
Debain  un  orgue  pour  notre  grand  théâtre—  Nous  attendons  incessam- 
ment le  retour  de  la  Rosati,  qui  va  se  mettre  en  route  de  Paris  pour 
les  études  du  ballet  par  lequel  elle  doit  faire  sa  rentrée. —  Les  diamants 
de  la  danseuse,  Mlle  Frieclberg,  pour  la  restitution  desquels  une  récom- 
pense de  500  thalers  avait  été  promise  l'année  dernière,  ont  été  trouvés 
dans  une  boîte  à  allumettes  saisie  chez  un  nommé  G...,  arrêté  récem- 
ment à  Mulheim,  où  il  faisait  partie  d'une  bande  de  voleurs  exploitant 
les  chemins  de  fer.  L'or  avait  été  fondu. 


AVIS. 

MM.  les  Directeurs  de  théâtre  sont  informés  que  la  Grande  Par- 
tition et  les  Parties  d'Orchestre  du  Bornait  «î'EKviire ,  opéra- 
comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas  et 
de  Leuven,  musique  de  M.  Ambroise  Thomas,  viennent  de  paraître 
chez  MM.  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu, 
au  1". 

Le  Directeur  :   S.    DtIFOUn  . 


P1UX  ACCOIIDÉ  A  l'unanimité  A  l'exposition 

UNIVERSELLE    DE   LONDRES   3  851. 

l'oui'iiiNKpiir  des  Ministères  <Ie  lu 
Guerre  et  «le  lu  ^SurEnc  iGe  ffrauce. 

Agent    à    Londres 

JDLLIEN  ET  C", 

214  ,   Régent   Street. 


MAISON  FONDÉE  EN  1803. 

INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN     CUIVRE 


COURTOIS 


88,   rue  îles  JfMnrais  -  Saint  ■  Muvtiw*  >   S  S 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MÉDAILLE    D'ARGENT   DE   lrc   CLASSE 

A   l'exposition    universelle   de   PARIS   1855. 

Facteur   fin    Conservatoire   et   «le 
l'Académie  înipcriiilc  de  Paris. 

Agent  à  Saint-PiHersbourg  : 

A.  BOTTNER, 

Perspect.  Pvewsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées;  elle  garantit  héellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


272 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Publiée   par  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  Ie 

MUSIQUE  DE  PIANO  NOUVE 


Brassin  (L.).  Air  varié  (2e  morceau  de  salon)  de  Vieuxtemps, 

transcrit 9    » 

Badarzewska .    La    Prière  d'une    Vierge,   arrangée   pour  le 

piano  à  quatre  mains 6     » 

Uolmetsch.  Op.  49.  Transcription  de  la  Berceuse  du  Pardon  de 

i'ioërmel 7  50 

Ileller  (Steplien).  Op.  94.  Tableau  de  genre 7  50 

Iles»  (Charles).  Op.  60.  Bouquet  de  mélodies  du  Roman  d'Eloire  7  50 

Kettcrer.  Op.  64.  Fantaisie-Transcription  sur  le  Roman  oV Elvire  7  50 

•laell .   Ombre   létjère,  air  du  Pardon  de  Ploërmel,   caprice  valse  7  50 

—  Transcription  du  chœur  d'enfants  du  Prophète 6     » 

—  Le  Carillon,  morceau  élégant 7  50 

Longuevîlle.  Fantaisie  dramatique  sur  Stradella,  de  Flotow  ..  7  50 


Slcndelssnhn .  La  Fileuse,  romance  sans  paroles 5    » 

Meyerneer.  Polonaise  pour  piano,  extraite  du  2e  entr'acte  de 

Struensèe 7  50 

—  Schiller-iVarsch,  arrai/gée  pour  le  piano  par  Chariot 7  50 

—  —                à  4  mains  par  E.  Wolff. 10     » 

Ylolff  (E.)    Deux  chansons  polonaises 7  50 

—  Duo  a  quatre  mains  sur  Stradella,  de  Flotow 10    » 


Hliisard.  Valse-Bolero  sur  Pianell  i,  de  Flotow  (ornée  du  portrait 

photographié  de  Paul  Legrand  dans  le  rôle  de  Scapin)...     5     » 

Arban,  Marx,  et  Ettifng.  Quadrilles  et  polka  sur  le  Roman 

d'Elvire h  50 

Strauss.  Valses  sur  le  Pardon  de  Ploërmel  (3e  édition) 5     » 


lie  1er  août  sera  mise  en  vente  la 

NOUVELLE  SÉRIE  DE  50  NUMÉROS 

DE 

Ejm  Lyre  M^rtënçeëêse 

Choix  d'Airs  d'opéras.  Duos,  Romances,  etc.,  sans  accompagnement  de  Piano. 

Format  in-8°.  Edition  populaire.  Chaque  n°  :  25  cent. 

CHEZ  G.  BRANDUS  ET  S.  DUFOUR,    ÉDITEURS,   103,  RUE  DE  RICHELIEU,  AU  1". 


ALllil/HoIi    oAÀ      brevets  d'invention  et  de 

perfectionnement . 

Instruments  Saxomnitonique».  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iurPOBT  officiel  (Ins- 
truments  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

"  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  a  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

o  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  paiifaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Bue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


MAISON  H.  HERZ  piLn^T  i^rZTàe  lî 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n*  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  urre  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

„  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  1)0  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac 
cordé,  A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  te  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

{Extrait  dit  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Rougemonl. 

MUSIQUE    DE    CHANT 

MANGEANT. 

Les  Befrains  baroques,  ronde 2  50 

La  Plaine  des  Vertus,  ronde 2  50 

HIGNARD. 
Le  Nouveau  Pourceauynae ,  partition  in-8°, 

pour  piano  et  chant net    6    » 

Romances^pour  pensionnats. 
BLANCHARD. 

Dodo,  l'enfant  do,  romance 2  50 

Entrez  dans  la  danse,  romance 2  50 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette    2  50 
Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

eon  vole,  valse-cliansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.     2  50 

Les  Maisonnettes,  id.  2  50 

Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

Fi,  le  gourmand,  id.  2  50 

Ecs  Jours  gras  de  Madame. 

Quadrille   pour   piano,   par 

SYLVAIN    MANGEANT. 

A  2  moins U  50  —  .-1-1  mains. .....     4  50 

Pour  orchestre 9     » 


OftïTFÏ  Ï"FA  facteur  de  pianos.  Médaille  d'or, 
ûUUlIiLlU  Exposition  1849;  Médaille  de  V 
classe  Exposition  universelle  1855.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  a  toutes  les  Ex- 
positions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
fSag'asin,  rue  .lloiilmarl re,   161. 


1"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

11Q  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844- 

-o-S>S-<>- 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PAr.IS  EN  1843  PAU 


Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE     DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


Fadeur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE    SAINT -GEORGES,    50  ■*»©«- 

Seule  gi-aude  médaille  d  honneur   à  l'Exposition  universelle  de   Paris  («855).   —Seule  grande   médaille 
(Cntntcil  jVSeiltil)  à  l'Exposition   universelle  de   Londres  (1*51). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES     FAMILLES    DES 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRt-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  il  pistons 

ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance,   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 

Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


CLA1RONS-SAX.    , 
TUOMBONES-SAX. 


SAXO-TROMl'.AS.  SAX-TUBAS. 

SAXHORNS.  SAXOPHONES. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  is."ïï>. 
Tous  les  instruments  à  pistous  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  i**.»o. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  iuv.  brev.  en  185«. 


CENTRALE  DE  NAPOLEON  CUAI  X 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


N°  32. 


g  Août  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dai)3  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  am 
Bureau*  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

pari3., 24  fr.  par  an 

Départements,  Uclgique  et  Suisse —     30  n       id. 

Étranger 34  »       id. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETTE 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra  :  Robert  le  Diable,  débuts  de 
Mme  Vandenheuvel-Duprez  et  de  Mlle  Marie  Sax.  —  Théâtre  impérial  del'O- 
péra-Comique:  reprise  du  Petit  Chaperon  rouge,  opéra-comique  en  trois  actes, 
paroles  de  M.  Théaulon,  musique  de  Boïeldieu,  par  D.  A.  D.  Saint-"ïfTes. 
—  Conservatoire  impérial  de  musique  et  de  déclamation  :  concours  publics.  — 
Orphéon,  première  séance  solennelle  au  Cirque  Napoléon.  —  Ecole  de  musique 
religieuse  de  Paris.  —  Nouvelles   et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPERA. 

Haltère    le   Sfiaùle.  —  Débuts  de  lime  Vamlenlieuvel- 
Daprez  et  de  Mlle  Marie  Sax. 

C'était  la  /|25c  représentation  du  chef-d'œuvre ,  et  il  n'y  avait  pas 
moins  de  deux  débuts  à  la  fois,  celui  de  Mme  Vandenheuvel-Duprez, 
dont  le  nom  s'entoure  d'une  double  auréole,  et  celui  de  Mlle  Marie 
Sax,  astre  nouveau  qui  s'est  levé  tout  récemment  à  l'horizon  du 
théâtre  Lyrique  pour  passer  au  firmament  de  l'Opéra.  Nous  laissons  à 
penser  quelle  foule  se  pressait  dans  la  salle  et  dans  ses  alentours. 
Une  œuvre  nouvelle  n'aurait  pas  excité  de  curiosité  plus  vive,  d'em- 
pressement plus  général. 

Disons  tout  de  suite  ce  que  sans  doute  on  a  deviné  déjà.  La  fille  du 
grand  ténor  a  remporté  une  victoire  décisive  dans  le  rôle  de  la  prin- 
cesse Isabelle,  créé  par  Mme  Damoreau,  continué  par  Mme  Dorus,  et, 
de  l'avis  des  connaisseurs,  depuis  cette  dernière,  nulle  cantatrice  ne 
l'a  rempli  avec  plus  d'éclat,  de  charme  et  de  talent  réel  que  Mme  Van- 
denheuvel-Duprez. Dans  l'air  si  justement  célèbre  :  En  vain,  j'espère, 
elle  s'est  signalée  par  un  admirable  point  d'orgue.  Au  quatrième  acte 
elle  a  dit  l'air  de  Grâce  avec  une  perfection  sans  égale;  aussi  l'a-t-on 
rappelée  à  grands  cris.  Faut-il  dire  que  dans  les  morceaux  d'ensem- 
ble, dans  quelques  notes  graves  la  force  et  l'ampleur  lui  ont  quelque- 
fois manqué  ?  Mais  qui  peut  tout  avoir  ?  L'essentiel  est  de  posséder  ce 
qui  domine  et  fait  oublier  le  reste. 

Chargée  du  rôle  d'Alice,  ce  rôle  qui  a  servi  à  tant  de  débuts  heu- 
reux, Mlle  Marie  Sax,  qui  a  fait  de  notables  progrès,  y  a  paru  de  ma- 
nière à  donner,  pour  l'avenir,  de  grandes  espérances.  Sa  voix  est 
richement  timbrée,  sympathique  ;  elle  n'a  besoin  que  d'un  peu  d'ex- 
périence pour  en  ménager  les  ressources,  en  régler  les  effets.  Somme 
toute,  c'est  une  acquisition  excellente,  dont  notre  première  scène 
lyrique  doit  tirer  un  merveilleux  parti.  Elle  a  été  rappelée  à  la 
chute  du  rideau. 


Le  rôle  de  Robert  a  toujours  été  le  plus  beau  du  répertoire  de 
Gueymard,  qui  s'y  est  montré  vendredi  en  pleine  possession  de  sa 
voix  puissante  et  dramatique  ;  Belval  ne  s'est  pas  moins  bien  acquitté 
du  rôle  de  Bertram,  et  Mlle  Zina  Richard,  à  peine  arrivée  de  Londres, 
a  bien  vite  revêtu  la  robe  de  l'abbesse  qui  se  réveille  à  la  voix 
d'un  damné  pour  se  livrer  encore  une  fois  au  plaisir  :  impossible 
de  saisir  l'occasion  avec  plus  de  charme  et  de  légèreté. 

Pour  cette  représentation,  qui  avait  tout  l'air  d'une  reprise,  presque 
tous  les  costumes  avaient  été  renouvelés,  en  attendant  qu'on  renouvelle 
aussi  les  décors,  et  il  faut  se  hâter,  si  l'on  veut  arriver  avant  la 
500e  représentation,  laquelle,  selon  toute  probabilité,  ne  se  fera  pas 
longtemps  attendre. 

R. 


THEATRE  IKPÉRIAL  DE  L'OPÉRA-COMIQUE. 

ME  PETIT  CHAPEKOIV  BOUGE, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  M.  Théaulon,  musique  de 
Boïeldieu. 

(Reprise  le  jeudi  2  août  1860.) 

Enfin  a  eu  lieu  celle  semaine  la  représentation  du  Chaperon  de- 
puis fi  longtemps  promise.  Préparée  par  les  soins  de  M.  Roqueplan, 
à  qui  en  revient  l'idée,  elle  a  été  retardée  successivement  par  les  pre- 
miers travaux  de  la  nouvelle  direction,  puis,  dans  les  derniers  jours, 
par  une  indisposition  de  Crosti.  Du  reste  M.  de  Beaumont  a  utilisé  ces 
longs  délais  d'une  façon  assez  méritoire  pour  qu'on  ne  lui  en  fasse 
pas  un  reproche. 

Boïeldieu  venait  d'entrer  à  l'Institut,  on  remplacement  de  Méhul, 
lorsqu'il  fit  la  musique  du  Vêtit  Chaperon  rouge,  représenté  le 
30  juin  1818;  aussi  a-t-on  dit  de  cet  opéra  que  c'était  son  discours 
de  réception.  Jusque-là  sa  vie  artistique  avait  été  fort  active  ;  le  Cha- 
peron avait  été  précédé  d'assez  près  par  Jean  de  Paris,  la  Fête  du 
village  voisin  et  le  Nouveau  seigneur.  Mais  à  compter  de  ce  moment, 
soit  qu'il  fût  fatigué,  soit  qu'il  se  recueillît  devant  l'invasion  des 
formes  nouvelles,  il  ne  travailla  plus  avec  la  même  assiduité.  Il  mit 
douze  ans  à  composer  les  Voilures  versées,  la  Dame  blanche  et  les 
Deux  nuits.  Si  donc,  en  empruntant  une  expression  plus  spécialement 
consacrée  aux  peintres,  la  première  manière  de  Boïeldieu  se  termine 
à  son  départ  pour  la  Russie ,  le  Chaperon  peut  être  consid 
comme  le  point  culminant  de  sa  seconde  manière,  et,  à  ce  titre,  il 
mérite  tout  l'intérêt  qui  va  s'attacher  à  cette  reprise. 


274 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Le  grand  succès  de  la  Cendrillon,  de  Nicolo,  antérieure  de  quelques 
années  au  Chaperon,  n'a  certainement  pas  été  étranger  à  l'idée  de 
transporter  aussi  ce  dernier  sur  la  scène.  La  mode  était  alors  aux 
contes  de  Perrault,  et  il  eût  été  bien  surprenant  que  l'une  de  ses  affa- 
bulations les  plus  charmantes  et  les  plus  populaires  échappât  à  la 
main  des  arrangeurs.  11  est  vrai  qu'il  y  a  dans  ce  conte  une  plus 
forte  dose  de  naïveté  enfantine  que  dans  tous  les  autres,  et  qu'il  n'offre 
pas  les  ressources  dramatiques  qui  se  rencontrent  par  exemple  dans 
Cendrillon.  Il  ne  fallait  pas  moins  que  l'esprit  inventif  de  Théaulon, 
un  auteur  de  la  bonne  roche,  pour  tirer  trois  actes  d'une  donnée 
aussi  puérile,  et  encore  n'en  est-il  pas  venu  à  bout  sans  peine.  Le  petit 
chaperon  a  été  transformé  par  lui  en  un  talisman  prolecteur  de  la 
vertu,  auquel  il  a  opposé  un  anneau  magique,  autre  talisman,  falla- 
cieux artisan  de  séduction.  La  mère-grand  a  fait  place  à  un  bon  er- 
mite quelque  peu  sorcier,  et  le  loup  est  devenu  un  coureur  d'aven- 
tures à  la  façon  de  Joconde.  Mais  ici  la  substitution  était  indiquée  par 
la  moralité  de  Perrault  dans  laquelle  on  voit 

Que  les  jeunes  enfants, 

Surtout  de  jeunes  filles, 
Belles,  bien  faites  et  gentilles, 
Font  très-mal  d'écouter  toutes  sortes  de  gens  ; 
Et  que  ce  n'est  pas  chose  étrange 
S'il  en  est  tant  que  le  loup  mange; 
Je  dis  le  loup,  car  tous  les  loups 
Ne  sont  pas  de  la  même  sorte. 
Il  en  est  d'une  humeur  accorte, 
Sans  bruit,  sans  fiel  et  sans  courroux, 
Qui,  privés,  complaisants  et  doux, 
Suivent  les  jeunes  demoiselles 
Jusque  dans  les  maisons,  jusque  clans  les  ruelles. 
Mais,  hélasl  qui  ne  sait  que  ces  loups  doucereux 
De  tous  les  loups  sont  les  plus  dangereux? 

Le  baron  Rodolphe  est  justement  de  cette  espèce,  et  lorsque,  re- 
vêtu du  froc  de  l'ermite,  il  adoucit  sa  voix  pour  dire  à  Rose-d' Amour: 
Tira  la  bobinelte,  la  chevillette  cherra,  on  est  bien  près  de  prendre 
au  sérieu-t  le  fameux  dialogue  :  «  Ma  mère-grand  que  vous  avez  de 

grandes  dents!  —  C'est  pour  te  manger »  Heureusement  le 

véritable  ermite  intervient  assez  à  propos  pour  empêcher  le  méchant 
loup  de  manger  le  petit  chaperon,  et  le  "conte  amendé  par  Théau- 
lon, se  dénoue  par  le  mariage  de  Rose-d'Amour  avec  le  comte  Roger 
qui  s'est  fait  aimer  d'elle  sous  le  nom  d'Alain,  berger  portant  une 
houlette  et  un  chalumeau. 

Grâce  à  la  musique  de  Boïeldieu,  grâce  surtout  h  la  manière  dont 
elle  était  interprétée,  cette  féerie  primitive,  habillée  à  la  vieille  mode, 
a  brillé  dans  son  temps  d'un  certain  éclat,  et,  pendant  bien  des  années, 
a  occupé  un  rang  très-distingué  au  répertoire  de  l'Opéra-Cbmique.  A 
cette  époque,  les  principaux  rôles  étaient  tenus  par  Martin,  Ponchard, 
Lesage,  Mmes  Gavaudan,  Boulanger  et  Desbrosses,  c'est  â-dire  par  les 
meilleurs  artistes  dont  ce  théâtre  ait  conservé  la  mémoire  depuis  le 
commencement  du  siècle.  Le  personnage  du  baron  Rodolphe  était  si 
bien  approprié  au  talent  et  au  goût  de  Martin,  qu'il  le  choisit  pour 
un  de  ses  rôles  de  rentrée,  en  1832,  quand  il  fit  une  dernière  appa- 
rition sur  la  scène  qui  lui  avait  valu  tant  et  de  si  beaux  triomphe?. 
Après  Martin,  nous  ne  nous  souvenons  pas  d'avoir  vu  le  baron  Ro- 
dolphe joué  par  personne  que  par...  Couderc,  oui  vraiment,  Cou- 
derc  qui  l'avait  pris  pour  ses  débuts,  et  qui  y  préludait  à  son  prochain 
et  éclatant  succès  du  Chalet. 

Aujourd'hui,  il  faut  bien  en  convenir,  le  Chaperon  a  perdu,  en  partie, 
les  attraits  qu'il  avait  autrefois,  et  cependant,  ainsi  que  nous  l'avons 
dit  en  commençant,  nous  ne  saurions  blâmer  MM.  Roqueplan  et  de 
Beaumont  d'avoir  songé  à  nous  le  rendre.  La  partition  de  Boïeldieu, 
quoique  fort  loin  de  la  Dame  blanche,  des  Voitures  versées  et  même 
de  quelques-unes  des  œuvres  qui  les  ont  précédées,  n'en  est  pas  moins 
bonne  à  entendre.  On  y  trouve,  comme  dans  tous  les  opéras  du  com- 


positeur rouennais,  de  délicieuses  mélodies,  de  très-gracieux  motifs, 
et,  de  plus,  on  y  peut  constater,  en  remontant  à  ses  premiers  ouvra- 
ges, les  progrès  immenses  qu'il  avait  accomplis  dans  l'art  de  faire 
servir  l'harmonie  à  la  réalisation  de  ses  idées  ;  son  orchestre  y  est 
plus  nourri,  et  le  dessin  des  accompagnements  y  est  mieux  disposé  ; 
c'est  la  préface  de  la  Dame  blanche. 

Si  la  reprise  du  Chaperon  n'a  pas  répondu  complètement  à  l'effet 
qu'on  était  en  droit  d'en  attendre,  il  ne  faut  donc  pas  en  accuser 
Boïeldieu.  Avant  de  remonter  cet  opéra,  la  direction  aurait  peut-être 
dû  consulter  davantage  les  éléments  dont  elle  pouvait  s'entourer.  En 
dehors  de  toute  comparaison,  et  selon  leur  mérite  personnel,  les  artis- 
tes qui  ont  concouru  à  cette  reprise  sont,  à  coup  sûr,  très-capables 
de  rendre  de  bons  services.  Mais  sont-ils  tous  à  leur  place  dans  le 
Chaperon  ? 

Crosti,  plein  de  zèle  et  d'excellentes  intentions,  possède  en  outre 
une  fort  jolie  voix  de  baryton.  Ce  n'est  pas  sa  faute  si  le  temps  lui  a 
manqué  pour  acquérir  l'expérience  nécessaire  à  l'interprétation  du 
rôle  de  Rodolphe,  et  s'il  n'a  pu  faire  oublier  que  ce  rôle  a  été  écrit 
pour  la  voix  exceptionnelle  de  Martin.  Néanmoins,  il  a  plus  d'une  fois 
obtenu  des  applaudissements  mérités,  notamment  dans  l'air  :  Anneau 
charmant,  si  redoutable  aux  belles,  dans  les  deux  duos  du  deuxième 
acte,  et  dans  celui  du  troisième,  où  il  a  chanté  avec  infiniment  de 
goût  les  délicieux  couplets  :  Robert  disait  à  Claire. 

Mme  Faure-Lefebvre ,  qui  faisait  sa  rentrée  par  le  rôle  de  Rose- 
d'Amour,  est  plus  près  de  la  tradition.  Elle  a  du  charme,  de  la  finesse; 
mais  si  elle  n'y  prend  garde,  elle  laissera  gâter  ses  qualités  louables 
par  un  peu  trop  d'afféterie.  Sous  le  rapport  du  chant ,  nous  n'avons 
rien  à  lui  reprocher  ;  nous  lui  devons  même  des  compliments  sincères 
pour  l'esprit  et  la  grâce  avec  lesquels  elle  a  dit  la  fameuse  ronde  : 
Depuis  longtemps,  gentille  Annette,  ainsi  que  son  duo  du  deuxième 
acte  avec  Rodolphe. 

Quand  il  n'y  aurait  dans  le  rôle  du  comte  Roger  que  la  suave  ro- 
mance :  Le  noble  éclat  du  diadème,  pour  faire  valoir  la  bonne  édu- 
cation d'un  chanteur,  cela  seul  suffirait,  et  nous  devons  dire  que 
Warot  n'a  pas  failli  à  celte  occasion  favorable. 

Barrielle  est  très-convenablement  placé  dans  le  personnage  de  l'er- 
mite, et  Lemaire  est  fort  plaisant  sous  les  traits  de  Job,  le  magister. 
Mme  Casimir  n'a  que  quelques  mots  à  débiter  ;  elle  est  par  consé- 
quent au-dessus  de  sa  tâche.  Quant  à  Mlle  Zoé  Bélia,  c'est  la  pre- 
mière fois  que  nous  la  voyons  dans  un  rôle  comique  ;  nous  l'enga- 
geons à  prendre  des  leçons  de  Mlle  Lemercier.  Elle  chante,  du  reste, 
fort  gentiment  ses  couplets  :  Il  m'a  demandé  le  bouquet. 

En  somme,  et  avec  les  réserves  que  nous  avons  faites,  la  repré- 
sentation du  Chaperon  a  marché  aussi  bien  que  possible.  Tout  le 
monde  a  fait  bravement  son  devoir,  depuis  l'orchestre  jusqu'aux 
chœurs,  aux  danseuses,  aux  décorateurs  et  aux  machinistes.  Les  deux 
ballets  du  premier  et  du  deuxième  actes  ont  paru  bien  dessinés,  et  le 
rêve  de  Rose-d'Amour  a  produit  un  effet  des  plus  agréables . 

Quelques  jours  avant  la  reprise  du  Petit  Chaperon  rouge,  nous  avons 
assisté  à  une  représentation  des  Diamants  de  la  couronne,  qui  emprun- 
tait un  certain  intérêt  au  début  de  Mlle  Marimon  dans  le  rôle  de 
Catarina.  Nous  n'avons  à  juger  Mlle  Marimon  ni  comme  actrice,  ni 
comme  chanteuse;  elle  a  fait  ses  preuves  au  théâtre  Lyrique,  où  ses 
diverses  créations  l'ont  désignée  au  choix  de  la  direction  de  l'Opéra- 
Comique.  Le  doute  ne  pouvait  porter  que  sur  l'accueil  plus  ou  moins 
cordial  qui  lui  serait  fait  par  le  public  de  ce  théâtre.  Dès  les  premiers 
mots,  dès  les  premières  notes,  sa  cause  a  été  gagnée,  et  ce  n'était 
certes  pas  une  petite  affaire  de  mener  à  bien  le  rôle  écrasant  de  cette 
reine  de  Portugal,  battant  les  grands  chemins  à  la  tête  d'une  troupe 
de  faux-monnayeurs  ou  trônant  dans  toute  sa  gloire  au  palais  de  Lis- 
benne.  C'est  principalement  au  deuxième  acte  que  tous  les  suffrages 
se  sont  déclarés  en  sa  faveur,  lorsqu'elle  a  abordé  les  vocalises  du 
boléro  :  Dans  les  défilés  des  montagnes.  Pour  notre  part,  nous  nous 


DE  PARIS. 


275 


faisons  un  plaisir  de  ratifier  sans  aucune  réticence  le  jugement  de  la 
grande  majorité  des  spectateurs  en  engageant  toutefois  Mlle  Mari- 
mon  à  se  souvenir  de  préférence  des  excellentes  leçons  qu'elle  a 
reçues  de  Mme  Damoreau. 

D.  A.   D.  SAINT-YVES. 


CONSERVATOIRE  IMPERIAl  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION. 

Concours    publics. 

Le  concours  de  grand  opéra  devait  ramener  sur  la  scène  plusieurs 
des  élèves  qui  s'étaient  distingués  déjà  dans  celui  d'opéra-comique. 
A  ce  propos,  disons  qu'il  conviendrait  de  fixer  plus  nettement  les  li- 
mites des  deux  genres.  Celles  du  second  sont  élastiques  au  point 
qu'on  y  rencontre  souvent  des  ouvrages  et  des  scènes  qui  pourraient 
fort  bien  appartenir  à  l'autre.  Au  théâtre,  cela  peut  être  un  avan- 
tage ;  au  Conservatoire  c'est  un  inconvénient.  Est-ce  réellement  de 
l'opéra-comique  que  certains  fragments  d'I/aydée,  du  Songe  d'une 
nuit  d'été,  de  Galathée,  où  il  n'y  a  que  du  chant  et  à  peine  quel- 
ques lignes  de  dialogue?  Comment  juger  si  les  élèves  sont  en  état 
de  satisfaire  à  l'une  des  conditions  essentielles  du  concours,  celle  de 
savoir  parler?  C'est  justement  par  ce  talent,  dont  plusieurs  de  ses 
émules  n'avaient  pas  assez  donné  de  preuves,  que  Mlle  Rolin  s'est 
signalée  dans  une  scène  de  la  Fée  aux  Roses.  Mlle  Saint-Aguet  dans 
une  scène  de  Manon  Lescaut,  et  Mlle  Gallino  dans  une  autre  du 
Mauvais  œil  ont  aussi  montré  qu'elles  avaient  la  parole  agréable  et 
juste,  sans  quoi  l'opéra-comique  n'existe  pas. 

Le  grand  opéra  n'exige  pas  une  somme  de  talent  plus  grande,  au 
contraire  ;  mais  il  demande  une  somme  de  forces  physiques  plus 
rare  ;  de  là  vient  le  haut  prix  des  sujets.  De  là  vient  aussi  que  onze 
élèves  femmes  seulement  se  présentaient  à  ce  concours,  tandis  qu'il 
y  en  avait  vingt  à  celui  d'opéra-comique.  Le  nombre  des  hommes 
était  de  sept  dans  l'un  et  dans  l'autre.  M.  Peschard,  qui  l'année  der- 
nière avait  remporté  le  second  prix  plutôt  comme  chanteur  que 
comme  acteur  dans  une  scène  de  la  Muette,  a  montré  de  sensibles 
progrès  dans  le  quatrième  acte  de  la  Favorite,  et  prouvé  qu'il  pou- 
vait jouer  quand  il  le  voulait.  A  notre  avis,  c'est  une  espérance  pour 
notre  première  scène  lyrique,  et  nous  le  pensons  également  de 
M.  Morére,  autre  ténor  plus  passionné,  plus  vigoureux,  mais  de  taille 
petite,  qui  a  produit  beaucoup  d'effet  dans  le  trio  de  Guillaume  Tell 
et  dans  le  troisième  acte  d'Otelto.  Le  jury  ne  lui  a  décerné  qu'un 
second  prix,  parce  qu'il  a  encore  des  progrès  à  faire,  et  qu'on  doit 
espérer  qu'il  les  fera.  Dans  son  état  actuel,  il  nous  semble  déjà  très- 
digne  d'attention  et  supérieur  à  des  artistes  qu'on  a  cru  devoir  en- 
lever à  d'autres  théâtres.  Parmi  les  femmes,  Mlle  Brou  de  Lavessière 
est  la  seule  qui  puisse  passer  immédiatement  de  l'école  au  théâtre  : 
elle  a  une  voix  de  mezzo-soprano  plus  solide  que  légère  ;  dans  le 
rôle  de  Desdémone,  elle  a  victorieusement  enlevé  son  premier  prix. 
Mlle  Baretty,  qui  a  obtenu  un  premier  accessit,  ne  concourait,  nous 
aimons  à  le  croire,  que  pour  s'exercer  dans  un  genre  qui  ne  sera 
jamais  le  sien,  comme  on  dit  souvent  de  la  tragédie,  pour  mieux  as- 
souplir son  organe  et  exceller  plus  sûrement  dans  la  comédie. 

D'anciens  élèves  du  Conservatoire,  M.  Laget,  non  la  basse-taille, 
le  ci-devant  chanteur,  aujourd'hui  professeur,  mais  le  ténor  léger  qui 
concourait  lui-même  en  1841,  et  qui,  malgré  les  dix-neuf  ans  écou- 
lés ,  n'en  est  pas  moins  léger  toujours  et  agréable  à  entendre  ; 
MM.  Casaux  et  Périé,  de  l'Opéra,  M.  Boutines  n'ont  pas  dédaigné  de 
venir  assister  leurs  jeunes  camarades  dans  ces  jours  d'épreuve.  As- 
sister, c'est  fort  bien,  l'intention  est  excellente,  mais  le  fait  ne  s'y 
joint  pas  toujours.  Par  exemple  quand  une  voix  comme  celle  de 
M.  Casaux,  habituée  aux  vastes  enceintes,  fortifiée  par  la  pratique  ct 
e  temps,   vient  faire  gronder  son  tonnerre  dans  une  bonbonnière 


étroite  comme  celle  de  la  rue  Bergère,  que  deviennent  les  pau- 
vres assistés  dont  les  faibles  accents   se   perdent  dans   le  fracas? 

Le  concours  de  violon  n'avait  pas  eu  jusqu'ici  d'analogue  par  son 
ensemble  et  ses  résultats  :  trois  jeunes  filles  comparaissaient  dans  la 
lice  où  l'on  ne  voit  ordinairement  que  des  hommes,  et  de  ces  trois 
jeunes  filles,  l'une,  âgée  de  quatorze  ans,  Mlle  Boulay,  a  remporté 
seule  un  premier  prix  ;  l'autre,  âgée  de  quinze  ans,  Mlle  Castellan,  a  ob- 
tenu le  second  prix  avec  l'un  des  concurrents  mâles,  M.  Weingaertner, 
qui  ne  compte  pas  moins  de  dix-huit  printemps  ;  tous  les  trois  sont 
élèves  d'Alard.  Déjà  au  concours  de  violoncelle  une  jeune  fille  du 
nom  de  Clauss,  et  dont  les  deux  sœurs  cultivent  le  violon,  avait  mé- 
rité un  modeste  accessit.  Que  signifie  celte  invasion  féminine  dans  le 
royaume  des  instruments  à  cordes?  Serait-ce  que  menacées  de  plus 
en  plus  dans  celui  du  piano  par  la  foule  toujours  grossissante  des 
hommes,  les  femmes  se  réfugient  sur  le  terrain  que  beaucoup  de 
ceux-là  délaissent?  Il  y  a  des  exemples  si  séduisants!  le  nom  des 
Milanollo,  celui  des  Ferni  rayonne  d'un  éclat  si  vif!  Ce  qu'il  y  a  de 
certain,  c'est  que  Mlle  Boulay  s'annonce  comme  une  virtuose  capable 
de  disputer  le  sceptre  du  violon  aux  hommes  qui  ne  demanderaient 
pas  mieux  que  de  le  lui  interdire  en  vertu  d'une  espèce  de  loi  salique 
qui  n'existe  rulle  part.  Mlle  Boulay  a  déployé  dans  l'exécution  d'un 
des  beaux  concertos  de  Viotti  une  vigueur,  une  élégance,  une  jus- 
tesse, un  style  qui  l'ont  mise  hors  de  pair.  On  peut  être  fort  bon 
violoniste  et  ne  pas  atteindre  à  ce  niveau,  parce  que  l'étude  n'y  suffit 
pas  et  que  la  nature  y  fait  plus  que  l'étude.  C'est  donc  une  nouvelle 
Milanollo  que  le  concours  de  cette  année  a  mise  en  lumière.  Pour 
triompher  il  eût  fallu  que  ses  émules  fussent  au  moins  ce  qu'avaient 
été  en  pareille  occurrence  les  Wieniawski ,  les  Lotto,  les  Sarasate, 
mais  nul  d'entre  eux  no  les  a  égalés  ;  il  y  avait  la  différence  du  talent 
au  génie.  On  a  reproché  à  Mlle  Boulay  quelques  erreurs  dans  le 
morceau  de  lecture;  les  autres  en  avaient  commis  autant  qu'elle,  à 
l'exception  d'un  seul,  le  jeune  Muratet,  élève  de  Dancla  et  âgé  de 
quinze  ans,  qui  a  déchiffré  en  digne  lauréat  de  solfège,  et  obtenu 
le  troisième  accessit  comme  Mlle  Boulay  le  premier  prix,  seul  et 
sans  partage.  D'ailleurs  ces  erreurs  ne  sauraient  compter  comme 
fautes  musicales  :  ce  sont  des  éblouissements,  des  vertiges  insépa- 
rables d'une  lecture  en  public  après  les  émotions  et  les  fatigues  du 
concerto. 

Deux  séances  ont  été  consacrées  aux  instruments  à  vent.  La  flûte,  le 
hautbois,  la  clarinette,  le  basson,  le  cor  ordinaire  el  le  cor  à  pistons 
remplissaient  la  première  ;  la  trompelte,  le  trombone,  le  cornet  à 
pistons,  le  saxophone  et  le  saxhorn  la  seconde.  M.  le  général  Mellinet, 
qui  préside  avec  un  zèle  si  éclairé  à  la  réorganisation  de.  nos  musiques 
militaires,  faisait  partie  du  jury  le  premier  jour  ;  une  indisposition  su- 
bite l'a  seule  empêché  de  revenir  le  lendemain  s'asseoir  parmi  les 
juges. 

Flûte  (professeur,  M.  Dorus).  —  1er  prix,  M.  ïaffanel;  2°  prix, 
M.  Génin  ;  1"  accessit,  M.  Hitzmann  ;  2e  accessit,  M.  Stenosse. 

Hautbois  (professeur,  M.  Verroust).  —  Ie1"  prix-,  à  l'unanimité, 
M.  Lalliet;  2^  prix,  aussi  à  l'unanimité,  M.  Fourcade;  1er  accessit, 
M.  Magnien  ;  2e  accessit,  à  l'unanimité,  M.  Raine. 

Clarinette  (professeur,  M.  Klosé).—  1"  prix,  M.  Mayeur  ;  2e  prix,  à 
l'unanimité,  M.  Blcger;  1"  accessit,  M.  Pteynatid;  2°  accessit,  M.  Fichu  ; 
3e  accessit,  M.  Demandez. 

Basson  (professeur,  M.  Cokken).  —  1"  prix,  M.  Vasseur  ;  pas  de 
second  prix;  1"  accessit,  M.  Canus. 

Cor  (professeur,  M.  Gallay),  —  1."  prix,  à  l'unanimité,  M.  Ghilain; 
2"  prix,  à  l'unanimité,  M.  Garique. 

Cor  à  pistons  (professeur,  M.  Meifred).  —  V  prix,  M.  Bunet; 
2"  prix,  M.  Pignant,  à  l'unanimité  tous  les  deux. 

Trompette  (professeur,  M.  Dauvern'é).  —  Pas  de  premier  prix; 
2e  prix,  à  l'unanimité,  M.   Mignot  ;  1«  accessit,  M.  Losse. 

Trombone  (professeur,   M.  Dieppo).  —  Pour  la  première  fois,  on  a 


276 


REVUE  ET  GAZE'ITE  MUSICALE 


jugé  séparément  les  élèves  qui  jouent  du  trombone  à  coulisses  et  du 
trombone  à  pistons.  Trombone  à  coulisses,  1"  prix,  M.  Villebichot  ; 
2e  prix,  M.  Lautier  ;  1er  accessit,  M.  Roger.  Trombone  à  pistons, 
lcrprix,  M.  Sallis  ;  2*  prix,  M.  Noël,  tous  les  deux  à  l'unanimité  ; 
Ie'  accessit,  M.  Hermann  ;  2°  accessit,  à  l'unanimité,  M.  Reboul. 

Cornet  à  pistons  (professeur,  M.  Forestier). —  1e'  prix,  M.  Jandot; 
2e  prix,  à  l'unanimité,  M.  Bourdeau  ;  1"  accessit  (de  même)  , 
M.  Beaslas. 

Saxophone  (professeur,  M.  Adolphe  Sax). —  1"  prix,  M.  Elfrique  et 
M.Burrus;  2°  prix,  M.  Heid  et  M.  Reverand;  1er  accessit,  M.  Berteu  et 
M.  Cerami  ;  2e  accessit,  M.  Massât  ;  3e  accessit,  M.  Pourchez. 

Saxhorn  (professeur,  M.  Arban).  —  1er  prix,  à  l'unanimité, 
M.  Neuberth  ;  2°  prix  (de  même),  M.  Dimier  ;  1er  accessit  (de  même), 
M.  Flahaut;  2e  accessit  (de  même),  M.  Vautrin  ;  3°  accessit,  M.  Voiluret 
(de  même),  et  M.  Adam. 

Sans  entrer  à  l'égard  de  ces  divers  concours  dans  des  détails  trop 
étendus,  nous  devons  dire  que  celui  de  flûte  a  brillamment  marqué 
l'avènement  de  M.  Dorus  au  professorat  et  celui  de  l'instrument  ré- 
formé par  Bôhm  au  Conservatoire.  Tous  les  élèves,  civils  ou  mili- 
taires, se  sont  distingués  par  un  excellent  style  ;  celui  qui  a  obtenu  le 
premier  prix,  M.  Taffanel,  entré  dans  la  classe  en  même  temps  que 
le  professeur,  n'avait  pris  de  leçons  que  de  lui,  et  n'est  âgé  que  de 
quinze  à  seize  ans. 

Dans  le  concours  du  hautbois,  on  a  remarqué  le  jeune  Fourcade, 
enfant  de  onze  ans,  qui  joue  en  homme  et  presque  en  maître.  Son 
second  prix  de  cette  année  doit  être  suivi  d'un  premier. 

Ce  qu'on  regrette  de  plus  en  plus  pour  le  basson,  le  cor  ordinaire 
et  le  cor  à  pistons,  c'est  la  rareté  des  élèves  qui  lient  à  des  causes 
contre  lesquelles  il  est  difficile  de  lutter. 

Au  contraire  les  classes  d'instruments  nouveaux  se  peuplent  d'élè- 
ves nombreux,  et  qui,  par  une  transformation  rapide,  arrivent  tous  en 
peu  de  mois  à  faire  preuve  de  talent.  Cet  incontestable  avantage  dont 
jouissent  le  saxophone  et  le  saxhorn  s'explique  par  l'excellente  con- 
formation des  instruments  aussi  bien  que  par  le  zèle  des  professeurs. 
A  ce  double  titre,  M.  Adolphe  Sax,  inventeur  et  professeur,  réclame 
une  large  part  d'éloges.  Parmi  les  onze  élèves  qu'il  a  fait  entendre, 
on  n'en  citerait  pas  un  seul  qui  jouât  comme  un  novice  :  ils  ont  tous 
du  goût  et  du  style  ;  ils  jouent  de  manière  à  faire  plaisir,  et  pourtant, 
quant  à  la  durée  de  leurs  études,  ils  ne  sont,  à  vrai  dire,  que  des 
commençants.  Même  justice  à  rendre  à  M.  Arban  pour  les  six  élèves 
qu'il  a  produits  et  dont  tous  ont  obtenu  de  légitimes  récompenses. 

Le  trombone  h  pistons,  qui  en  était  à  son  second  concours,  rentre 
aussi  dans  les  inventions  de  M.  Adolphe  Sax,  et,  pour  la  seconde  fois, 
il  a  soutenu  victorieusement  le  parallèle  avec  le  trombone  à  coulisses, 
dont  on  ne  pouvait  vaincre  les  difficultés  qu'avec  des  années  :  aujour- 
d'hui les  années  sont  changées  en  mois. 

Hier  samedi,  la  distribution  des  prix  s'est  faite  avec  la  solennité 
accoutumée.  M.  Jules  Pelletier,  secrétaire  général  du  ministre  d'État, 
présidait  la  séance  et  l'a  ouverte  par  un  discours  que  nous  ne  pou- 
vons reproduire  aujourd'hui  ;  mais  ce  n'est  que  partie  remise  au  nu- 
méro prochain,  et  en  même  temps  nous  reviendrons  sur  plusieurs  des 
lauréats  qui  ont  figuré  dans  l'exercice  musical  et  dramatique. 

P.  S. 


ORPHÉON 

Première  séance  solennelle  au  Cirque  Xanoléon 

(Dimanche  29  juillet.) 

L'orphéon  a  changé  de  chefs,  et,  malgré  l'axiome    qui  veut  qu'un 


tréne  soit  trop  étroit  pour  être  partagé,  la  succession  de  M.  Gounod 
a  passé  aux  mains  de  MM.  Pasdeloup  et  Bazin.  On  conçoit  que  les 
nouveaux  directeurs  aient  rencontré  des  difficultés  dont  la  solution  a 
demandé  du  temps,  et  que  les  deux  solennités  annuelles  aient  dû  être 
retardées.  Du  reste,  pourvu  qu'elles  arrivent ,  l'époque  n'importe 
guère,  et  ce  ne  sont  pas  les  chaleurs  qui,  cette  année,  en  auront  fait  re- 
gretter l'ajournement. 

Jamais  la  vaste  salle  du  cirque  n'avait  été  aussi  remplie  de  chan- 
teurs et  d'auditeurs  que  dimanche  dernier.  M.  le  préfet  de  la  Seine  s'y 
était  rendu  avant  l'heure.  Les  orphéonistes,  enfants  et  adultes,  étaient 
au  nombre  de  quatorze  ou  quinze  cents,  et  les  notabilités  n'avaient  pas 
laissé  dans  le  parquet  une  place  vacante  non  plus  que  le  public  sur  les 
gradins.  L'exécution  a  commencé  à  deux  heures  précises  par  le 
Domine  salvum  entonné  avec  vigueur  et  ensemble.  C'est  à  M.  Ba- 
zin que  le  sort  avait  confié  la  direction  de  la  première  partie  du  pro- 
gramme, et  en  cela  le  sort  s'était  montré  intelligent,  puisque  dans  cette 
partie  se  trouvait  un  morceau  de  sa  composition,  de  même  qu'il  y  en 
avait  un  de  M.  Pasdeloup  dans  la  seconde.  M.  Bazin  n'a  pas  abordé 
sans  émotion  son  emploi  de  chef  de  l'immense  orchestre  vocal,  moins 
facile  à  guider  qu'un  orchestre  ordinaire,  mais  il  s'est  promptement 
aguerri  et  désormais  il  reprendra  le  bâton  de  mesure  en  toute  con- 
fiance. Le  Veni  Creator,  de  M.  Besozzi,  chœur  général  d'un  beau 
style  religieux  et  sévère,  était  suivi  d'un  autre  chœur  pour  toutes  les 
voix,  le  médecin  Tant-Pis  et  le  médecin  Tant-Mieux,  dont  le  carac- 
tère est  bien  différent.  En  s'inspirant  du  texte  de  la  Fontaine,  M.  Bazin 
s'est  souvenu  de  l'exemple  donné  par  M.  Gounod  dans  la  Cigale  et  la 
Fourmi,  le  Corbeau  et  le  Renard  :  il  a  traité  sa  petite  comédie  parle 
même  procédé,  et  lui  a  donné  la  même  allure,  ce  qui  fait  que  le  mor- 
ceau plaît  beaucoup  à  ceux  qui  le  chantent  et  à  ceux  qui  l'enten- 
dent. L' Angélus,  chœur  d'enfants,  dont  l'auteur  est  M.  Papin,  l'un  des 
professeurs  de  l'institution,  a  quelque  chose  de  simple,  d'ingénu,  et 
contrastait  avec  le  chœur  traditionnel  de  Grétry,  la  Garde  passe,  que 
chantent  seulement  les  hommes  et  qui  ne  manque  jamais  son  effet.  Un 
suave  et  gracieux  O  Salutarisde  M.  Auber,  et  le  Couvre-jeu,  du  Juif- 
Errant  d'Halévy,  chœur  à  proportions  larges  et  à  combinaisons  so- 
nores, terminaient  la  première  partie. 

Avec  la  seconde,  M.  Pasdeloup  entrait  en  scène  comme  chef  d'or- 
chestre et  compositeur;  son  chœur  général,  V Invocation,  est  d'un 
bon  style  et  n'a  d'autre  prétention  que  d'introduire,  de  préparer  à 
des  morceaux  plus  amples.  Le  Printemps,  chœur  pour  voix  d'hommes, 
ne  vaut  pas  à  beaucoup  près  le  chœur  général  d'Orlando  Lasso,  les 
Vendanges,  où  la  main  du  maître  se  fait  sentir  partout.  C'est  là  un 
morceau  d'étude  qui  doit  toujours  resier  au  répertoire,  quoique  l'effet 
n'en  soit  pas  saisissant  et  coûte  plus  d'efforts  qu'il  ne  rapporte  de 
bravos.  11  faut  en  dire  autant  du  cantique  d'Haydn,  grande  et  calme 
inspiration,  fort  bien  placée  dans  les  écoles,  mais  qui  dans  une  séance 
publique  aurait  gagné  à  être  dite  avant  le  chœur  d'hommes  tiré  de 
Faust,  morceau  brillant,  chaleureux,  et  dont  le  rhythme  militaire  re- 
mue si  vivement  la  fibre  française.  Un  bis  unanime  l'a  fait  répéter, 
ainsi  que  la  Garde  passe,  et  le  chœur  général,  Vive  l'Empereur  !  dont 
l'auteur  est  aussi  M.  Gounod,  a  couronné  cette  séance,  qui  sera  ins- 
crite parmi  les  meilleures  journées  de  l'Orphéon. 

Ainsi  ont  débuté  les  nouveaux  directeurs,  dont  l'union  fera  la  force, 
et  qui  réussiront  d'autant  mieux  dans  leur  tâche  commune,  que  chacun 
y  apportera  des  qualités  diverses,  destinées  avec  le  temps  à  se  fondre 
et  à  se  compléter.  Le  suprême  mauvais  goût,  la  suprême  imprudence, 
ce  serait  de  les  opposer  l'un  à  l'autre  et  de  semer  entre  eux  le  mau- 
vais grain,  qui  de  deux  collaborateurs  risquerait  de  faire  deux  ennemis. 

Aujourd'hui  dimanche,  à  deux  heures,  seconde  séance  solennelle. 

P.  S. 


DE  PARIS. 


277 


ÉCOLE  DE  MUSIQUE  RELIGIEUSE  DE  PARIS. 

Les  concours  de  l'Ecole  de  musique  religieuse  de  Paris,  dirigée  par 
M.  L.  Niedermeyer,  viennent  d'avoir  lieu  en  présence  du  comité  de  sur- 
veillance des  études  dont  M.  le  prince  Poniatowski  est  président.  On 
sait  que  le  but  de  cette  institution,  en  faveur  de  laquelle  S.  Exe.  le  mi- 
nistre des  cultes  a  fondé  trente-six  demi-bourses,  misés  à  la  disposition 
de  l'épiscopat  français,  est  de  former  pour  toute  la  France  des  organis- 
tes et  des  maîtres  de  chapelle,  et  que  des  diplômes  sont  délivrés  par  le 
ministre  à  ceux  des  élèves  qui  se  sont  particulièrement  distingués.  Déjà 
un  grand  nombre  de  villes  importantes  sont  en  possession  de  maîtres 
de  chapelle  et  d'organistes  sortis  de  l'école. 

Le  résultat  des  concours  de  cette  année  a  été,  de  l'avis  unanime  du 
jury,  on  ne  peut  plus  satisfaisant.  La  distribution  des  prix  aura  lieu  au 
mois  d'octobre  prochain;  nous  n'attendrons  pas  cette  époque  pour  faire 
connaître  le  nom  des  lauréats. 

Composition  musicale.  —  Prix  :  Louis  Lack,  boursier  de  Mgr  l'évêque 
de  Quimper.  1  °r  accessit  :  Eugène  Gigout,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de 
Nancy  ;  2«  accessit  :  Albert  Jessel,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de  Strasbourg. 

Contre-point  et  fugue. —  Prix  :  Joseph  Permann,  boursier  de  Mgr  l'évê- 
que do  Strasbourg. 

Harmonie  (  2e  division  ).  —  Prix  ex  œquo  :  Gabriel  Fauré,  boursier  de 
Mgr  l'évêque  de  Pamiers ,  et  Léon  Vasseur,  boursier  de  Mgr  l'évêque 
d'Arras.  1er  accessit  :  Emile  Lehmann  ,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de 
Strasbourg;  2e  accessit  :  Stanislas  Pilinski,  boursier  de  S.  Em.  le  cardi- 
nal archevêque  de  Paris.  Mention  honorable  :  Ernest  Legrand,  boursier 
de  Mgr  l'évêque  de  Nantes. 

Orgue  (1"  division).—  Rappel  du  1er  prix  de  1859,  Eugène  Gigout,  déjà 
nommé.  1er  prix  donné  par  S.  Exe.  le  ministre  des  cultes:  Joseph  Per- 
mann, déjà  nommé;  2e  prix:  Léon  Vasseur.déjà  nommé.  1t"accessit:  Léon 
Bodovillée,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de  Cliâlons  ;  2e  accessit  :  Edmond 
Audran,  boursier  de  Mgr  l'archevêque  de  Paris.  Mention  honorable  :  Al- 
bert Jessel,  déjà  nommé.  —  2e  division.  1er  prix:  Emile  Lehmann,  déjà 
nommé;  2e  prix  :  Adolphe  Dietrich,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de  Stras- 
bourg. Accessit  ex  œquo  :  Auguste  Joly,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de 
Verdun,  et  Stanislas  Pilinski,  déjà  nommé.  Mention  honorable  :  François 
llochstetter,  boursier  de  Mgr  l'évêque  de  Strasbourg. 

Plain-chant  (faux  bourdon,  écrit,  accompagnement  et  transposition  à 
première  vue).  —  Rappel  du  \<*  prix  de  18b9  :  Eugène  Gigout,  déjà 
nommé.  1er  prix  donné  par  S.  Exe.  le  ministre  des  cultes  :  Joseph  Ber- 
trand, boursier  de  Mgr  l'évêque  d'Arras;  2e  prix  :  Joseph  Termann,  déjà 
nommé. 

Piano  (Ve  division).  —  1"  prix  :  Gabriel  Fauré  ,  déjà  nommé;  2e  pre- 
mier prix  :  Adam  Laussel,  boursier  de  Mgr  l'archevêque  de  Paris;  2°  prix: 
Eugène  Gigout,  déjà  nommé.  1e'  accessit  :  Adolphe  Dietrich,  déjà  nommé; 
2°  accessit  :  Emilo  Lehmann,  déjà  nommé.  Mention  honorable  :  Joseph 
Permann  ,  déjà  nommé.  —  2e  division.  Prix  :  Auguste  Dreyer,  boursier 
de  Mgr  l'évêque  de  Strasbourg.  .1e1'  accessit  :  Théodore  Laurent,  boursier 
de  Mgr  l'évêque  d'Autun;  2e  accessit  :  Jules  Tridemy,  boursier  de  Mgr  l'é- 
vêque de  Verdun. 


Nous  recevons  la  lettre  suivante,  dont  on  nous  demande  l'inser- 
tion : 

«  Paris,  le  3  août  1860. 
»  Monsieur, 

»  Plusieurs  journaux  ontanroncé  d'après  V Orphéon  que  M.  E.  Dela- 
porte  venait  de  donner  sa  démission  de  président  du  comité  de  l'Asso- 
ciation des  sociétés  chorales  de  Paris.  Mais  ces  journaux  se  sont  abstenus 
d'exposer  les  causes  de  cette  démission;  il  est  nécessaire  de  les  signaler 
sommairement.  M.  Delaporte  a  renoncé  à  ce  titre  qui  impose  des  de- 
voirs vis-à-vis  de  l'autorité,  parce  que  le  comité  de  l'Association  s'est 
engagé  depuis  quelque  temps  dans  une  voie  où  ne  peuvent  le  suivre 
des  esprits  d'ordre  et  des  caractères  qui  ont  souci  de  leur  dignité. 

»  Après  avoir  fondé  en  1855  l'Association  des  sociétés  chorales  de 
Paris,  et  lui  avoir  consacré  depuis  cette  époque  son  temps  et  son  ac- 
tivité, avec  un  complet  désintéressement,  M.  Delaporte  s'est  retiré  li- 
brement au  mois  de  mai  dernier,  devant  une  opposition  turbulente  et 
stérile,  qui  exerce  aujourd'hui  sur  le  comité  une  influence  regrettable. 
Cette  démission  de  M.  Delaporte  ne  change  en  rien  la  posilion  qu'il  oc- 
cupe vis-à-vis  les  Sociétés  cliorales  des  départements  ;  nous  n'en  voulons 
pour  preuve  que  l'éclatant  succès  des  festivals  de  Paris  et  de  Londres. 
Il  est  toujours  le  chef  reconnu  et  acclamé  des  orphéonistes  de  France. 

»  L.  F.  VAUDIN.  » 


NOUVELLES. 

„**  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Sémiramis  a  été  donnée  deux 
fois  cette  semaine  et  toujours  devant  une  salle  pleine.  On  y  applaudit 
chaleureusement  Obin    et  les  sœurs  Marchisio. 

*%  Renard  vient  de  débuter  avec  succès  à  Bordeaux  dans  Guillaume 
Tell. 

„.%  On  remarquait  à  la  dernière  représentation  de  Sémiramis  Mines 
Borghi-Mamo,  Czillag  et  Amalia  Ferraris,  revenues  de  Londres  après 
la  clôture  de  la  saison. 

***  Le  mauvais  temps  aidant,  les  recettes  de  l'Opéra-Comique  ont  atteint 
une  moyenne  très-élevée.  On  reprendra  lundi  V Etoile  du  Nord  dans  laquelle 
Mme  Ugalde  chantera  le  rôle  de  Catherine.  —  M.  Beaumont  a  reçu  un 
opéra  comique  en  trois  actes,  paroles  de  M.  Eugène  Grange,  musique  de 
M.  Duprato  ;  le  titre  est  Salvator  Rosa.  Crosti  jouera  le  rôle  principal  qui 
avait  été  écrit  pour  M.  Faure.  —  Le  titre,  —  définitif,  cette  fois,  -  de 
l'opéra  de  M.  Gautier,  où  Couderc  doit  créer  le  rôle  principal,  est  le  Doc- 
teur  Mirobolan. 

***  Berthelier  vient  de  se  faire  entendre  à  Reims,  dans  un  graud 
concert  organisé  par  les  musiciens  de  la  ville  et  qui  a  été  fort  brillant. 
Le  spirituel  artiste  y  a  obtenu  un  succès  étourdissant.  Il  a  dit,  comme 
il  sait  les  dire,  quatre  de  ses  plus  charmantes  chansonnettes  :  Pile  ou 
face,  Bibi-Bamban,  le  Boursier,  VHumour  britannique,  qui  ont  produit  une 
véritable  sensation. 

»*t  Le  théâtre  Lyrique,  place  du  Châtelet,  est  déjà  construit  jusqu'à 
la  naissance  du  premier  étage.  Le  rez-de-chaussée  est  arcade  à  peu  près 
comme  l'Odéon. 

t*i  MmoEmmy  Lagrua  est  à  Carlsbad.  Elle  arrivera  à  Paris  cette  semaine. 
La  Gazetta  dei  Teatri  rapporte  qu'une  députation  de  jeunes  gens  de  Pesth 
lui  a  offert  à.  la  suite  de  sa  dernière  représentation  de  Norma,  un  ma- 
gnifique poignard  destiné  à  armer  le  bras  de  la  prêtresse  druidique.  La 
lame  de  ce  poignard  est  en  argent  ;  le  manche,  doré  et  orné  de  pierres 
précieuses,  porte  cette  inscription  :  Alla  signorina  Lagrua,  la  yioventù 
di  Pest.  —  1860. 

***  La  direction  du  théâtre  de  Turin  vient  de  donner  une  représenta- 
tion du  Barbier,  avec  Mme  Giuseppina  Fioli,  Giannini  et  Vittorio  Can- 
toni.  Le  Pirate  fait  beaucoup  d'éloge  de  la  Fioli,  qui  a  donné  plusieurs 
représentations  successives  avec  un  très- grand  succès. 

+%  La  célèbre  cantatrice,  Mme  I'.osine  Stoltz,  est  toujours  à  Londres; 
en  septembre,  elle  ira  à  Lyon  où  elle  est  engagée. 

**„  Les  artistes  engagés  jusqu'à  présent  par  le  maestro  Fabricca  pour 
Lisbonne,  sont  :  Mmes  Gazzaniga-Malaspina,  Elisa  Uensler,  Emilia  Bellini  ; 
MM.  Antonio  Agresti,  Neri  Baraldi,  Antonucci. 

„,**  La  troupe  d'Offenbach  exploite  en  ce  moment  le  théâtre  de  Lyon. 
Le  maestro-directeur  est  lui-même  à  Paris  très-occupé  à  terminer  la  par- 
tition qu'il  prépare  pour  le  théâtre  de  l'Opéra-Comique  et  la  musique  du 
ballet  destiné  à  .Mlle  Emma  I.ivry.  L'une  et  l'autre  œuvre  doivent  être 
représentées  vers  le  mois  d'octobre. 

„,%  Mme  Cabel  est  de  retour  de  Londres  où  elle  a  obtenu  un  si  beau 
succès  au  théâtre  de  Sa  Majesté.  Dans  4'une  de  ses  dernières  représenta- 
tions, après  avoir  chanté  deux  fois  l'air  de  l'ombre,  du  Pardon  de  Ploe'r- 
mel,  elle  a  dû  reparaître  et  chanter  encore  une  fois,  et  devant  le  rideau 
baissé,  ce  morceau  qu'elle  dit  d'une  manière  si  admirable. 

t*t  A  peine  la  saison  de  Londres  est-elle  terminée  que  l'habile  et 
actif  directeur  du  théâtre  de  Sa  Majesté,  M.  Smith,  a  pourvu  aux  néces- 
sités de  la  saison  prochaine,  et  s'est  assuré  une  troupe  d'élite.  11  vient 
d'engager  pour  trois  ans  Mme  Titjens  —  Mario  —  Mongini  —  Belart  — 
Everardi  —  Ciampi.  Il  a  en  outre  engagé  Mme  Grisi,  pour  son  adieu 
à  l'Angleterre,  Mmes  Borgi-Mamo,  Alboni,  Lotti  et  Gassier,  —  MM.  Giu- 
glini,  Vialelti  et  Gassier.  11  est  difficile  de  rencontrer  une  réunion  pareille 
d'artistes  d'élite. 

*%  Les  grands  théâtres  de  l'étranger  s'apprêtent  à  monter  l'hiver 
prochain  le  Pardon  de  Pluërmel;  Mme  Charton-Demeur  va  le  chantera 
Madrid,  et  l'ouvrage  fait  partie  du  programme  de  celui  de  Lisbonne. 

„*„,  Le  ténor  Alessandro  Bettini,  du  théâtre  impérial  Italien  de  Saint- 
Pétersbourg,  avait  été  appelé  à  prendre  part  aux  derniers  concerts  de 
Bade.  Il  a  fait  applaudir  sa  charmante  vo  x  et  son  excellente  méthode; 
il  n'a  pas  eu  moins  de  succès  dimanche  au  concert  organisé  par  le  maire 
de  Meudon  au  profit  des  pauvres  de  la  commune,  et  pour  lequel  le  gé- 
néral Jacqueminot  avait  gracieusement  prêté  et  fait  décorer  son  oran- 
gerie. 

t*t  Lefort,  quî  a  chanté  avec  le  plus  grand  succès,  dans  plusieurs  con- 
certs à  Londres, '.la  délicieuse  romance  de  Reichardt  avec  les  paroles  an- 
glaises, se  propose  de  la  chanter  à  Paris  en  français.  0  belle  étoile,  6  doux 
regard  va  trouver  dans  cette  interprétation  un  gage  de  plus  de  la  vogue 
qui  lui  est  réservée. 

„.*„  Les  sociétés  philharmoniques  apprendront  avec  plaisir  que  l'ou- 
verture à  grand  orchestre  du  Roman  d'Elvire  vient  de  paraître. 


278 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


*%  M.  Auguste  Horschelt,  maître  de  ballet  du  théâtre  Royal  de  Stutt- 
gart et  artiste  d'un  grand  talent,  vient  d'arriver  à  Paris. 

***.Un  des  principaux  immeubles  du  boulevard,  le  théâtre  du  Cirque, 
appartenant  â  M.  Dojean,  a  été  acquis  par  la  ville  pour  l'achèvement  du 
boulevard  du  Prince-Eugène,  au  prix  de  2,140,000  fr. 

t*t  II  vient  de  se  former  à  Florence  une  commission  pour  l'érection 
d'un  monument  à  la  mémoire  de  L.  Chérubini.  Cette  commission,  qui 
a  pour  promoteur  M.  le  professeur  Ferdinand  Morini,  compte  dans  ses 
rangs  le  duc  di  San  Clémente,  le  marquis  Pompée  Azzelino  et  le  profes- 
seur Edouard  Fantacchiotti,  ce  dernier  choisi  pour  l'exécution  du  monu- 
ment. C'est  un  bel  hommage  rendu  au  grand  compositeur  qui  avait  pris 
la  France  pour  son  pays  d'adoption. 

.%  A  l'occasion  du  festival  du  Rhin  central  le  grand-duc  de  Hesse 
vient  d'accorder  la  médaille  en  or  pour  les  arts  et  les  lettres  à  M.  Mar- 
purg,  maître  de  chapelle  à  Mayence. 

„*i  On  écri  t  de  Bruxelles  que  les  concours  du  Conservatoire  royal  de 
musique  ont  été  magnifiques  cette  année.  Les  élèves  couronnés  de 
M.  Lemmens  pour  l'orgue,  de  Mme  Pleyel  et  de  M.  Dupont  pour  le 
piano,  de  Servais  et  de  Léonard  pour  le  violoncelle  et  le  violon,  sont 
de  véritables  artistes  et  possèdent  des  talents  qui  feraient  partout  sen- 
sation. 

»%  Le  violoniste  Léonard  et  sa  femme  ont  passé  quelques  jours  à  Paris. 
Ils  étaient  appelés  à  Caen  pour  prendre  part  à  un  très-beau  concert  qui 
vient  d'y  être  donné  et  où  ils  ont  obtenu  leur  succès  ordinaire.  Le 
célèbre  professeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles  y  est  retourné  pour  les 
concours. 

*%  Les  préparatifs  les  plus  considérables  commencent  à  se  faire  de  toutes 
parts  pour  le  prochain  voyage  de  Leurs  Majestés  Impériales  en  Savoie,  et 
les  fêtes  qui  leur  seront  offertes  par  la  ville  de  Chambéry  semblent  devoir 
porter  à  la  fois  un  caractère  civil,  militaire,  religieux  et  artistique.  Le 
programme  doit,  dit-on,  indiquer  un  bal,  une  revue;  il  est  aussi  ques- 
tion d'une  visite  à  l'église  métropolitaine,  dans  laquelle  serait  chanté 
très-solennellement  le  Te  Deum,  comme  expression  religieuse  de  l'en- 
thousiasme des  populations,  depuis  leur  annexion  à  la  France.  A  ce  pro- 
pos, toutes  les  ressources  vocales  sont  mises  en  activité  pour  étudier  le  Te 
Deum  impérial  de  M.  de  Sain  d'Arod,  ouvrage  très-remarquable,  qui,  après 
avoir  été  agréé  par  Sa  Majesté,  a  eu  le  privilège  d'être  choisi  l'année  der- 
nière pour  être  exécuté  le15août  à  Notre-Dame  de  Paris  dans  la  triple  so- 
lennité de  la  paix,  du  retour  de  l'armée  d'Italie  et  de  la  fête  de  l'Empereur. 
Les  écoles  communales,  séminaires,  la  maîtrise  de  la  cathédrale,  la  Société 
chorale,  tous  sont  â  l'œuvre  sous  la  direction  des  plus  habiles  pro- 
fesseurs, alin  de  fournir  un  contingent  vocal  qui  devra  remplir  les  voûtes 
de  la  métropole.  Aux  nombreux  éléments  dont  dispose  Chambéry  vien- 
dront encore  s'en  ajouter  d'autres,  choisis  parmi  les  amateurs  les  plus 
distingués  qu'il  y  ait  à  Lyon  dans  l'art  musical,  et  qui  doivent  être 
amenés  par  cet  éminent  compositeur  de  musique  religieuse. 

„,%  Au  théâtre  lie  de  Milan  s'est  produite  une  cantatrice  anglaise  qui 
pourrait  lutter  avec  les  Italiennes,  la  signora  Lumley,  nièce  du  fameux 
■imprésario.  Elle  a  été  fort  applaudie  non-seulement  pour  la  beauté  de  son 
organe,  mais  aussi  pour  son  excellente  méthode  et  pour  l'art  avec  lequel 
elle  chante. 

***  Kriiger  est  parti  pour  Stettin  où  il  prend  ses  vacances  pour  se 
prépaver  à  de  nouveaux  succès  l'hiver  prochain. 

„.*„.  Le  roi  de  Saxe  vient  d'amnistier  Richard  Wagner,  compromis  dans 
les  événements  de  1848.  Le  décret  d'amnistie  a  été  envoyé  à  M.  Wagner 
à  Paris  par  voie  télégr  aphique. 

„.*„  Tout  le  monde  connaît  la  délicieuse  mélodie  irlandaise  introduite 
par  M  de  Flotow  dans  son  opéra  de  Màrtha.  M.  Louis  Manotte,  directeur  de 
l'Orphéon  dunkerquois,  a  eu  l'heureuse  iilée  de  l'arranger  en  chœur 
pour  les  sociétés  chorales.  Cet  arrangement,  on  ne  peut  mieux  réussi, 
est  destiné  à  un  grand  succès. 

**„  Une  nouvelle  édition  de  la  Prière  d'une  vierge  de  Radarzewska  a 
été  publiée  cette  semaine  ;  des  tirages,  s'élevant  à  /i,000  exemplaires, 
n'ont  pas  épuisé  le  succès  hors  ligne  qu'obtient  ce  morceau. 

„/%  La  collection  d'airs  d'opéras,  duos,  romances,  etc,  publiée  en  édi- 
tion populaire  â  très-bon  marché  sous  ce  titre  :  la  Lyre  française,  vient 
de  s'enrichir  de  cinquante  numéros  nouveaux,  qui  en  portent  aujour- 
d'hui le  nombre  à  deux  cents. 

„*<,  En  annonçant  queMM.  Martin  et  Moitessier,  de  Toulouse,  avaient  ob  - 
tenu  à  l'exposition  -le  Montpellier  le  premier  le  rappel  de  la  médaille 
d'or,  et  le  second  une  médaille  d'argent,  nous  avons  omis  de  mentionner 
M.  Bonnifas  qui  a  obtenu  une  médaille  d'argent  de  1'°  classe. 

**„,  Samedi  11  août,  dans  les  salons  de  Markowski,  rue  de  Buffault,  12, 
grande  fête  offerte  aux  écrivains  Mané  Thecel,  Phares,  Nemo,  Pierre  et 
Jean.  On  n'y  sera  admis  que  sur  billets  pris  d'avance  et  délivrés  chez 
M.  Markowski. 

t*%  Nous  recommandons  à  nos  lecteurs  une  valse  qui  vient  de  paraître 
et  qui,  peut-être,  est  un  peu  tard  venue  vu  le  baptême  qu'elle  a  reçu 
à  sa  naissance.  L'œuvre  de  M.  Uenrion  de  Solènes  porte  en  effet  le  titre 
de  Valse  de  Monttbello  et  elle  est  dédiée  au  vainqueur  de  cette  mémorable 
journée,  M.  le  général  Forey.  .Mais   qu'importe   le  titre,  lorsque,  comme 


celui-ci,  un  morceau  est  élégant,  heureux  dans  ses  motifs,  et  révèle 
chez  son  auteur  assez  de  savoir  pour  écrire  des  œuvres  beaucoup  plus 
importantes  !  Nous  espérons  donc  et  nous  prédisons  pour  cet  hiver  à  la 
Valse  de  Montebello  un  brillant  succès  de  salon. 

„,*,,  Parmi  les  articles  relatifs  à  des  musiciens,  et  que  M.  Denne-Baron 
a  écrits  pour  la  Nouvelle  biographie  générale,  publiée  par  M.  Firmin  Didot, 
plusieurs  méritent  d'être  remarqués,  notamment  celui  de  Lulli.  Nous 
saisirons  la  première  occasion  pour  mettre  nos  lecteurs  à  même  d'en 
apprécier  le  mérite. 

***  Le  dernier  ministère  de  l'instruction  publique  de  l'Emilie  ayant 
eu  connaissance  qu'il  exisi  lit  dans  la  bibliothèque  palatine  de  Vodène 
une  collection  de  musiq  i<;  des  xvi»  et  xvn"  siècles,  abandonnée  aux 
souris  et  aux  vers,  et  qu'une  autre  collection  également  précieuse  du 
xviii0  siècle  se  trouvait  dans  le  palais  national  ,  ordonna  leur  réu- 
nion. M.  Angelo  Catelani,  maître  de  chapelle  de  la  cathédrale  et 
conservateur-adjoint  de  la  Bibliothèque,  très-savant  dans  la  bibliographie 
et  la  littérature  musicales,  a  été  chargé  récemment  par  le  gouvernement 
de  dresser  un  catalogue  de  ces  œuvres  musicales  ,  parmi  lesquelles  se 
trouvent  de  nombreux  ouvrages  de  Stradella,  dont  certains  ne  sont  pas 
connus.  Ce  catalogue,  enrichi  de  notes  biographiques,  bibliographiques 
et  historiques,  doit  être  publié. 

***  Le  ciel  continue  à  tenir  rigueur  au  concert  des  Champs-Elysées  ; 
toutefois,  dès  que  la  pluie  fait  relâche,  les  amateurs  en  prennent  la 
route.  L'ouverture  d'Olympie,  de  Spontini,  nouvellement  mise  au  réper- 
toire de  Musard,  a  été  fort  goûtée  ;  incessamment  on  nous  annonce 
celle  de  Pianclla,  de  Flotcrvv.  Le  Siècle  avait  élevé  quelques  plaintes 
contre  la  sévérité  du  contrôle  envers  les  dames  arrivant  sans  cavalier, 
sévérité  qui  aurait  exposé  une  honorable  famille  à  s'en  voir  refuser  l'en- 
trée. M.  de  Besselièvre,dans  une  lettre  adressée  au  rédacteur,  M.  Edmond 
Texier,  proteste  contre  l'inexactitude  de  ce  fait,  en  insistant  sur  le  peu 
de  probabilité  que  des  dames  honorables  vinssent  seules  dans  un  endroit 
public,  dépourvu  de  places  gardées  ou  de  loges,  au  risque  de  s'exposer  à 
un  voisinage  masculin  qui,  même  sans  intention,  pourrait  être  pour  elles 
désagréable  ou  compromettant. 

,,*„,  Les  journaux  américains  annoncent  la  mort  de  Lola  Montés.  La 
célèbre  ballerine  a  succombé  à  une  attaque  d'apoplexie,  après  une  agonie 
qui  a  duré  douze  jours. 

„%  Le  conseiller  aulique  Teichmann,  secrétaire  général  de  l'inten 
dance  des  théâtres  royaux,  est  mort  le  16  juillet  à  Berlin.  M.  Teich- 
mann, auteur  de  diverses  productions  littéraires  et  dramatiques,  jouissait 
de  l'estime  générale;  il  avait  été  en  relation  avec  Goethe,  Tieck  et  autres 
célébrités  littéraires. 

***  Un  service  anniversaire  en  la  mémoire  d'Auguste  Panseron  réu- 
nissait mardi  dernier  bon  nombre  de  ses  parents  et  amis  dans  l'église 
Saint- Eugène.  Parmi  les  morceaux  composés  par  lui  et  qui  faisaient 
parlie  du  service,  on  a  remarqué  un  Pie  Jesu  à  quatre  voix,  et  un  Lacry- 
mosa  à  cinq  voix  d'hommes,  écrit  dans  le  style  du  plain-chant  et  d'un 
effet  éminemment  religieux.  L'exécution  en  a  été  remarquable  et  bien 
propre  à  rendre  encore  plus  vive  l'émotion  des  assistants. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

„..**  Saint-ilalo.  —  Le  premier  concert  du  Casino  a  eu  lieu  vendredi 
27  juillet.  Mlle  de  la  Pommeraye,  du  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  et  Se- 
ligmann,  l'excellent  violoncelliste,  avaient  "été  engagés  pour  y  prendre 
part.  Mlle  de  la  Pommeraye  a  chanté  avec  beaucoup  d'âme  et  d'expres- 
sion l'air  d'Orphée  :  J'ai  perdu  mon  Eurydice,  la  cavatine  de  Pierre  de 
Médicis  et  une  très-jolie  valse  de  sa  composition  ;  elle  a  dû  être  satis- 
faite de  l'accueil  qu'elle  a  reçu.  Encore  sous  le  charme  de  la  voix  de  la 
jeune  artiste,  nous  ne  devions  pas  être  moins  ravis  par  les  accents  du 
violoncelle  de  Seligmann.  Après  avoir  montré  dans  son  morceau  de  con- 
cert sur  Norma  toute  la  puissance  et  la  variété  des  ressources  de  son 
instrument ,  il  lui  était  donné  de  nous  faire  pleurer  dans  VÈloge  des 
larmes;  on  n'a  pas  plus  d'âme,  plus  d'expression:  aussi  un  tonnerre 
d'applaudissements  a-t-il  accueilli  l'artiste  après  ce  morceau.  Les  bravos 
ont  recommencé  après  l'exécution  de  la  Captive,  tirée  de  son  album  al- 
gérien. Rappelé  avec  acclamation ,  Seligmaun  a  gracieusement  cédé  à 
l'empressement  de  son  brillant  auditoire  en  jouant  VAve  Maria,  de  Schu- 
bert, au  lieu  de  VÈloge  des  larmes  qu'on  lui  redsmandait.  Nous  ne  nous 
étonnons  plus  qu'avec  un  pareil  talent,  Seligmann  soit  convié  à  toutes 
les  belles  fêtes  musicales.  —  On  nous  promet  pour  le  prochain  concert 
le  célèbre  violoniste  Alard  et  Mlle  Cambardi. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 

„%  Londres,  31  juillet.  —  La  vogue  ù'Oberon  continue  de  façon  à  ce 
que  la  clôture  du  théâtre  de  Sa  Majesté  sera  retardée  d'une  semaine. 
Lucie  de  Limmermoor  et  le  dernier  acte  de  la  Favorite  ont  été  donnés 
pour  le  bénéfice  de  Giuglini.  —  Au  ihéâtre  de  Covent-Garden  la  reprise 
de  Rigoktto  a  eu  lieu.  Mme  Carvalho  chantait  le  rôle  de  Gilda,  et  Mario 


DE  PARIS. 


279 


celui  du  duc  de  Mantoue.  La  représentation  extraordinaire  {extra-per- 
formance) du  Prophète  a  témoigné  des  progrès  immenses  de  l'exécution . 
Tamberlick  et  Mme  Czillag  y  ont  montré  un  talent  sans  reproche.  Cette 
soirée  a  été  la  plus  belle  de  la  saison.  —  Le  Julien-Festival,  sous  la  di- 
rection de  Benedict,  est  annoncé  pour  ce  soir  avec  le  concours  de  Mme  Ai- 
boni  et  d'une  foule  d'excellents  artistes:  M  mes  Catherine  Hayes,  Gassier, 
Maria  Brunetti,  Louisa  Vinning,  Weiss,  Enrichetta  Camille,  Poole,  Pal- 
mer,  Laura  Baxter,  Brougham,  Kate  Banoe,  Parepa  et  miss  Arabella 
Goddard;  MM.  Gassier,  Weiss,  Wilbye  Cooper,  Léonard,  Patey  et  Sims 
Reeves.  Chreur  :  The  vocal  As  o-Aation  qui  compte  deux  cents  membres 
sous  la  direction  de  Benedict.  L'orchestre  sera  composé  :  1"  des  princi- 
paux membres  des  orchestres  de  Covent-Garden  et  du  théâtre  de  Sa 
Majesté  ;  2"  des  solistes  de  l'ancien  orchestre  de  Julien  ;  3°  de  la  mu- 
sique des  grenadiers  de  la  garde  sous  la  direction  de  M.  P.  Godfrey; 


4°  de  celle  des coldstream  guards;  5°  de  celle  des  fusiliers  gardes,  dirigées 
par  M.  Godfrey  junior.  Les  chefs  d'orchestre  sont  MM.  Alfred  Mellon, 
James  Pecck,  Emile  Berger  et  Benedict.  On  doit  exécuter  plusieurs  mor- 
ceaux de  Julien,  et  notamment  la  dernière  valse  qu'il  avait  composée 
et  qui  est  demeurée  inédite. 

„.*„  Linz. —  Le  Pardon  de  PI  ërmel  doit  être  représenté  incessamment 
à  notre  théâtre  ;  on  espère  que  le  rôle  de  Dinorah  aura  pour  interprète 
la  célèbre  cantatrice  Marra-Volmer,  qui  se  trouve  en  ce  moment  dans 
cette  ville. 

***  Hambourg. —  M.  de  Lenz,  l'auteur  bien  connu  de  Beethoven  et  ses 
trois  styles,  vient  de  publier  un  supplément  à  cet  ouvrage,  sous  le  titre 
de  Beethoven,  chez  Hoffmann  et  Campe,  libraires-éditeurs. 

le  Directeur  :    S.    UUKOIiH. 


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Choix  d'Airs  d'Opéras,  Duos,  Romances,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  Auteurs  anciens  et  modernes 


1.  coorLETs...  Ah!  quelle  nuit! Le  Domiuo  unir.        Auber. 

2.  —  Qui  je  suis?...  une  fée....  .  —  — 

3.  romance...  Quanddelanuitl'épais nuage  L'Éclair.  Halévy. 
Allez,  suivez  votre  pensée..  L'Enfant  prodigue.  Auber. 


5.  couplets...   En  sa  demeure L'Etoile  du  Surcl. 

6.  cavatine...  Pour  tant  d'amour La  Favorite 

7.  romance...  Un  ange,  une  femme  inconnue  — 

8.  —  Oui,  chaque  jour  je  viens..   La  Fée  aux  roses. 

9.  duo Entendez-vous  1 La  Fiancée. 

10.  tyrolienne.  Montagnard  ou  berger — 

11.  couplets...  Je  voulais  bien Fra  Diavolo. 

11 2.  ronde Voyez  sur  cette  roche — 

13.  romance.  ..  Pendant  la  fête  une  inconnue  Guido  et  Gïnevra. 

14.  —  Sombres  forêts,  désert  triste  Guillaume  Tell. 

15.  barcarolle.  Ah!  que  Venise  est  belle!  .  Daydre. 
lC.  couplets.  . .  C'est  la  corvette Sflaydéc. 

17.  romance...  Plus  blanche... Les  Huguenots. 

18.  air Rachel,  quand  du  Seigneur.  La  «Suive. 

19.  cavatine...  Ferme  tes  yeux,  la  fatigue.  La  Muette  de  Portici.  Auber. 

20.  romance...  Ferme  ta  paupière,  dors...  La  Fart  du  Diable.      — 

21.  alr Je  suis  sergent Le  Fhiltre.  — 

22.  ronde Mes  amis,  écoutez  l'histoire.  Le  Postillon  de  Lonj .   Adam. 

23.  Ain Souvenir  du  jeune  âge Le  Pré  aux  Clercs.    Hérold. 

2a.  pastorale..  Pour  Bertha,  moi  je  soupire  Le  Prophète.  Meyerbeer. 

25.  cavatine...  Triste  exilé La  Reine  de  Chypre.  Halévy. 

26.  évocation..  Nonnes  qui  reposez Robert  le  Diable.    Meyerbeer. 

27.  romance...  Va!  dit-elle,  va,  mon  enfant!  —  — 

28.  couplets...   O  dieu  des  flibustiers La  Sirène.  Auber. 

romance...  Marguerite  qui  m'invite Le  Val  d'Andorre.    Halévy. 


Meyerbeer. 
Donizetti. 


Halévy. 
Auber. 


Halévy. 

Rossini. 

Auber. 

Ailier. 

Meyerbeer. 

Halévy. 


Auber. 


30.  Toute  la  nuitsuivant  sa  trace 

«1.  couplets.  . .  11  est,  dit-on,  un  beau S. 'Ambassadrice 

32.  air Que  ces  murs  coquets — 

33.  romance...  Le  trouble  et  la  frayeur  ... .   Le  Domino  noir..  — 
3j.  aragonaise.  La  belle  Inès  fait  florès —  — 

35.  air O  monFernand,  tous  lesbiens  La  Favorite Donizetti. 

3G.         —  Ange  si  pur  que  dans  un  songe  —  — 

37.  duo Va-t'en  d'ici,  de  cet  asile...  ■ —  — 

38.  couplets.  . .  Il  dit  qu'à  sa  noble  patrie. . .   Raydée Auber. 

39.  romance...  A  la  voix  séduisante —  — 

40.  —  Il  va  venir,  et  d'elfroi La  Juive Halévy. 

41.  cavatine.  . .  Ne  repoussez  pas La  Muette  de  S'ortici.  Auber 

42.  air Bocage  épais.   Les  Mousquetaires  de  la  Reine.  Halévy 

43.  couplets...  Le  cardinal,  dans  sa  colère  .  —  — 

44.  duo Les  rendez-vous  de  noble...  Le  Pré  aux  Clercs.   Hérold. 

45.  —  Vous  qui  delà  chevalerie...   La  Reine  de  Chypre.  Halévy 

46.  cavatine...  Robert,  toi  que  j'aime Robert  le  Uiable..  Meyerbeer 

47.  ronde Prends  garde,  montagnard. .    La  Sirène Auber. 

48.  chanson...  Voilà  le  sorcier Le  Val  d'Andorre.   Halévy. 

49.  romance  . . .  Faudra-t-il  donc  pâle —  — 

50.  —  Le  soupçon,  Thérèse — 

51.  Ain Humble  fille  des  champs. . 

52.  cantique Heureux  qui  ne  respire. . . 

53.  cavatine,...  Mes  chères  sœurs 

54.  prière Veille  sur  eux  toujours L'Fto 

55.  récit  et  air.  Jardins  de  l'Alcazar 

56.  cavati 


Charles  VI 

Le  Domiuo  noii 


, ..  Halévy. 
. . .  Auber. 


57.  romance.. 

58.  cavatine. 

59.  AIR 

60.  ROMANCE.. 

61.  LÉGENDE. . 

62.  nOMANCE.. 

63.  CAVATINE. 

64.  ROMANCE.. 


iln  Nord .  Meyerbeer. 

Favorite Donizetti. 

Rêve  heureux  du  jeune  âge.  Giralda Adam. 

Ange  des  cieux -  — 

Tu  l'as  dit, oui,  tu  m'aimes. .  Les  Huguenot»  . ...  Meyerbeer. 
Ah!  pour  moi  quelle  peine..  «leaunot  et  Colin..  Nicolo. 
Dans  un  délire  extrême «Seconde — 


Le  «Bu il  ern 


Pour  expier  envers  lui.  . . . 
A  moi  ta  sœur  et  ton  amie . . . 

Dieu,  que  ma  voix La  «luivc 

Je  l'ai  sauvé  celui.   Les  Mousquetaires  de  la 

65.  extr.  du  duo  Mieux  vautmourirque  rester  La  Muette  de  Port 

66.  barcarolle.  Chantons gaîment la barcarc. 

67.  —  Voyez  du  haut  de  ces  rivages. 

68.  Coupl.  du  lalac.  Le  destin  comble  mes  vœux. 

69.  air Vous  me  connaissez  tous. . . 

70.  rarcarolle.  Je  suis  riche,  vous  êtes  belle, 

71.  air.....    ..  Mon  petit  mari...  Le  Po 

72.  romance Souvenirs  du  jeune  âge. .. . 

73.  Ain Ce  soir  j'arrive  donc 

74.  ronde A  la  fleur  du  bel  âge —  — ■ 

75.  ballade....  Jadis  régnait  en  Normandie.  Robert  le  Diable..  Meyerbeer. 


Le  Nabab  

Le  Pbiltre 


. .  Halévy. 


Halévy. 
Auber. 


stilli 

Le  I 


iOiieJumeau.  Adam. 
X  Clercs.  Hérold. 


76.  BLUMENTHAL..  Le  Chemin  dn  Paradis Mélodie. 

77.  DASSIER Ce    que  j'aime Romance. 

78.  —  Marcel  le  marin Romance  dramatique. 

79.  —  Pour  les  pauvres,  merci — 

80.  —  Trop  tard — 

81.  —  One  vengeance  corse Chant  dramatique. 

82.  —  Va-t'en,  je   t'aime Mélodie. 

83.  DUPREZ La  Vie  d'une  fleur Pastorale. 

84.  HALÉVY La  Venta Boléro. 

85.  KUCKEN Ave  Maria Prière. 

86.  LABARRE L'Anneau  d'argent Léyende. 

87.  —  La  Pauvre  négresse Romance. 

88.  MEMBRÉE L'Ondine  et  le   Fêcheur Ballade. 

8a.  MEYERBEER...  Chanson    de  mai Mélodie. 

90.  — .  Guide  au   bord  ta  nacelle...  — 

PI.  —  Le  Moine — 

92.  —  La  Sérénade 

9j.  PANSERON Au  revoir,  Louise 

94.  —  Demain   on  vous    marie 

95.  PROCH Le  Cor  des  Alpes 

96.  SCHUBERT  (F.).  Adieu 

97.  —  Ave  Maria 

98.  —  La  jeune    Religieuse... 

99.  —  La   Sérénade 

109.  TROUPENAS...   Le  Rravo 

101.  couplets  ..   Quand  on  est  fille,  hélss!..  Cheval  de  Bronze.  Auber. 

102.  air Veiller  sans  cesse 14e  Comte  Ory Rossini. 

103.  ballade...   Castilbêta Les  deux  Pécheurs  Offenbach 

104.  couplets  ..  Vivent  la  pluie Diamants  de  la  Couronne  Auber. 

105.  air Heup!  heup!  mule  chérie..   Dragons  de  Villars. Maillart. 

106.  romance...   Ne  parle  pas,  Rose 

107.  air Il  m'aime,  espoir  ch 


Romance. 
Mélodie. 


Prière. 
Mélodie. 


Romance. 


108.  couplets..  Ah!  dans  l'Arabie. . 

109.  romance...  J'ai  tout  perdu,  Seigneur. 

110.  — 

111.  Couplets  à  2  1 

112.  romance.  . 

113.  — 

114.  BALLADE.  . 
COUPLETS 


L'Enfant  prodigue  Auber. 
L'Etoile   du  Xord.  Meyerbeer 


Auber. 


Adam. 


Halévy. 
Rossini. 


O  jours  heureux  de  joie. 

Sur  son  bras  m'appuyant..  — 

En  dormant,  c'est  à  moi...  La  Fée  aux  Roses.   Halévy. 
Près  de  toi  je  crois  revivre.  — 

Si  je  suis  infidèle La  Fiancée 

Garde  à  vous — 

116.  air Je  vois  marcher Fra  Diavolo 

117.  barcarolle  Agnès,  la  jouvencelle — 

118.  air Rêve  si  doux Giralda 

119.  duo O  dieu  d'amour — 

120.  grand  air  .  Quand  renaîtra Guido  et  Ginevra  , 

121.  barcarolle   Accours  dans  ma  nacelle. . .  Guillaume  Tell. . . 

122.  air Asile  héréditaire —  ~ 

123.  Clian>onbaclii<|.  Enfants  de  la  noble  Venise.  lïaydée Auber. 

124.  Couplets  milil.  Rataplan Les   Huguenots. .. .   Meyerbeer 

125.  couvre  feu.  Rentrez,  habitants  de  Paris.  —  — 

126.  air J'ai  longtemps  parcouru. . .  «loconde JF" 

127.  romance...  Seule  ici,  fraîche  rose Martha Flotow. 

128.  Clians.  du  porter  Mes  chers  amis — 

129.  romance...   Lorsqu'à  mes  yeux —  _  ~~ 

130.  couplets..    Aubeaujourdclanii-carèmo  Mmes  de  la  halle.   O//en0ac/i. 

131.  barcahoile  Ouel  plaisir  de  flotter «»b-ron Webcr. 

132.  chanson...  Pierrot  est  un  joli  pantin..    Pantins  de  »  îolette.-lrinm. 

133.  air Le  singulier  récit La  Part  du   BMnble  Auber. 

134.  —  La  coquetterie Le  Philtre ._.       — 

135.  romance...  Assis  au  pied  d'un  hêtre.. .   Postillon  «le  Loi..,.  Adam. 

136.  duo Me  voilà,  oui  c'est  elle Poupée  de  Wuremh.     — 

137.  complainte   Donnez  à  la  pauvre  femme.  Le  Prophète ...   Meyerbeer. 

138.  Air  lioiilfv  an  '1.  Oh!  Paris,  séjour  charmant  Rêve  d'uue  unit  d'été  OffenbaC/t. 

139.  couplets..  Quand  j'ai  quitté Robert  le  Diable..    Meyerbeer 

140.  ro\de Le  violoneux  du  village Le  Violoneux Offenbac/l. 

141.  DASSIER Le  Chêne  du   llialile Romance. 

142.  —  Marine — 

Stances  à  l'éternité Mélodie. 

Le  Retour  des  Promis Canlabile  andaloux. 

Sérénade  moresque Mélodie. 

La  ■■■■pille Chansonnette. 

Lr.  Ita rq ue  légère Mélodie . 

Cantique  du  Trappiste — 

lia  Poste — 

Le  Roi  des  Aulnes — 


143.  DELSARTE.... 

144.  J.  DKSSAUER. 

145.  F.  KUCKEN... 
140.  Tu.  LABARRE. 

147.  MEYERBEER., 

148.  — 

149.  F.  SCHUBERT. 

150.  — 


CHAQUE  N°,  «.-»  f.   NET. 


EDITION  POPULAIRE 


CHAQUE  N°,  «S  o.  NET. 


280 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Ancienne  Maison  MEISSONNIEB 

Paris.    —    E.  GÉRARD  et  O  (COMPAGNIE  MUSICALE),    —    NM8,    rue    Dauphine. 


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Choix  d'Airs  d'Opéras,  Duos,  Romances,  de,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  Ailleurs  anciens  et  modernes 


156. 
157. 
158. 
159. 
160. 


1C3. 
164. 
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168. 
169. 
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471. 
172. 
173. 
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Ain 

CHANSON.  . . 

Polka  chantée. 

BOLÉRO  .... 

Ariette  militaire 

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ROMANCE. . . 
COUPLETS . . 

Ain 

COUPLETS . . 
ROMANCE. . . 
BARCAnOLLE 
COUPLETS . . 
COUPLETS  . . 


ROMANCE . . 
BARCAROLLE 


AIR 

Chanson  liugu. 
Caïaline  lin  page 

Ain 

couplets  . . 
nuo 


Nina,  jolie  et  sage Actéon Auber. 

Ali  !  pour  un  jeune  cœur...   Cheval  «le  bronze. .       — 

La  grenouille  aux  camélias.  Les  deux  Pêcheurs  Offenbacli. 

Versez,  moi  j'aime  le  doux.  Deux  vieilles  gardes  bellbes. 

Dans  les  défilés Diamants  de  la  couronne  Auber. 

Quand  le  dragon  a  bien  trotté.  Dragons  de  Villars  Malllarl. 

Grâce  à  ce  vilain  ermite  ...  — 

11  est  un  enfant  d'Israël. .. .  L'Enfant  prodigue  Auber. 

Beau  cavalier L'Etoile  du  I\Toril..    Meyerbeer 

Des  roses,  partout  des  roses  La  Fée  aux  roses..  Matévij. 

Que  de  mal,  do  tourment..   La  Fiancée Auber. 

Un  ciel  serein  et  sans  nuage  —  ■ — 

Le  gondolier  Adèle Fra  Dînvolo — 

Pour  toujours,  dirait-elle  ...  — 

O  mon  habit,  mon  bel  habit  Giraldn Adam. 

Sois  immobile Ciuillaume  Tell. . . .  fiossinl. 

Glisse,  ma  gondole Ilaydcc Auber. 

Unis  par  la  naissance. . . . 


PilT,  putT. 
Nobles  seigneurs,  salut . . . 
L'épreuve  est  tout  à  fait. . . 
Parmi  les  filles  du  canton. 
Ne  nous  trahissez  pas  tous 

Ah  !  voyez  donc  !  ah  ! 

Bois  paisible,  vert  feuillage 


Ilnirucnots  . 


Meyerbeer 


•Joroude Nicolo. 


Lestocq. 
Illartha. 


. .  Auber. 
.  . .  Flotow . 


176. 
177. 
178. 
179. 
180. 
181. 
182. 
183. 
184. 
185. 
186. 
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189. 
190. 
191. 
192. 
193. 
194. 
195. 
196. 
197. 
198. 
109. 
200. 


couplets  . .  La  lune  et  le  soleil 

barcarolle  Amis,  la  matinée  est  belle., 

romance..  .  Mon  oncle  a  dit 

ballade  ...  La  reine  Yseult 

ronde Une  princesse  de  Grenade. . 

ARioso  ....  Ah  !  mon  fils,  sois  béni. . . . 

hymne Roi  du  ciel  et  des  anges. . . . 

cavatine  . .  Le  roi  sommeille 

sicilienne  .  O  fortune,  a  ton  caprice... 
Valse  infernal»  Noirs  démons,  fantômes. .. , 
Ain Le  bel  état 


Unies  de  la  Halle.    Offcnbach. 
Muette  de  Portici.  Auber. 

Le  Nabab Halccij. 

Le  Philtre Auber. 

Le  Portefaix Gomis. 

Le  Prophète Meyerbeer 


Robert  Bruce 

Hobert  le  Diable. . 


Rossini. 
Meyerbeer 


Le  Serment iuber. 

Adam. 


Ain Dans  une  symphonie Le   Toréador. 

bonde Un  jambon  de  Bayonne.. ..  Tromb-al-ca-zar  . . .   Offenbacll. 

romance.  . .  Le  violon  brisé Le  Violoneux — 

canzonetta  Achetez,  voici  des  oranges. .  Zcrllne Auber. 

DASSIER olenne  fille  et  fauvette Romance. 

Aimer  e*  souffrir — 

Ailie il,  patrie! — 

La  Lettre  au  bon  Dieu Simple  histoire. 

La  Fille  d'Otaïti Romance. 

La  Fiancée  du  Klcpbte — 

Le  Vœu  pendant  l'orage....  Mélodie. 

Mère-grand Nocturne  à  2  voir. 

Marguerite Mélodie. 

Les  Plaintes  île  la  jeune  fille  — 


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(Voir  à  la  paye  précédente  le  catalogue  des  150  numéros  publiés  précédemment.) 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


N°  33. 


ON  S'ABONNE  : 

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les  Mnrchnnds  de  Musique,  lis  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  Mi.ssugt.Ties  et  des  Postes. 


12  Août  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  paron 

Départements,  Belgique  et  Suisse....     30  •>       Jd. 

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Le  Journal  paraît  le  Dimanche, 


AZETTE 


SICALE 


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Nos  abonnes  reçoivent,  avec  le  numéro  de  ce  jour, 
la  charmante  romance  d*A.  BiiciiiBnr,  dont  noms 
avons  parlé:  OU!  BEIXE  ÉTOILE,  OU!  DOUX  REGARD. 


SOMMAIRE.  —  Des  carillons  et  cloches,  nouvelles  recherches  (3e  et  dernier 
article),  par  Atlricn  de  E>a  Eag^e.  —  Conservatoire  impérial  de  musique  et 
de  déclamation:  distribulim  des  prix.  —  Revue  critique,  par  Ado'piic 
Botte.    — Correspondance:  Bade.  —  Nouvelles  et  annonces. 


DES  CARILLONS  ET  CLOCHES. 

rïouTelles   recherches . 

(3e  et  dernier  article)  (1). 

Il  paraît  qu'au  siècle  passé  il  y  eut  en  France  des  carillonneurs 
capables  de  le  disputer  aux  plus  habiles  quant  à  l'agilité.  On  en  cite 
un  qui  exerçait  ses  talents  à  Lyon  et  qui  avait  parié  contre  un  habile 
violoniste  de  la  ville  qu'il  jouerait  sur  les  cloches  un  solo  fort  difficile 
que  le  premier  exécutait  sur  son  instrument;  le  carillonneur  gagna 
le  pari. 

A  la  fin  du  siècle  dernier,  cloches  et  carillons  étaient  en  France 
dans  l'état  le  plus  florissant;  fondeurs,  sonneurs,  carillonneurs  vi- 
vaient et  trinquaient  tous  en  parfaite  intelligence,  sans  pourtant  con- 
naître encore  les  vers  de  M.  le  comte  de  Celano,  dans  lesquels  il  est 
dit  : 

L'union  fait  la  force,  et  la  fraternité, 

Où  la  cloche  n'est  pas,  n'a  jamais  existé  (1). 

La  fraternité  avait  toujours  existé  parmi  ces  braves  gens  dont  la 
main  ne  quittait  la  cloche  que  pour  prendre  le  verre.  Ils  n'avaient 
aucun  besoin  de  décrets  qui  la  proclamassent,  et  lorsque  vinrent  ces 
décrets,  toute  la  classe  sonnante  de  la  nation  fut  étrangement  sur- 
it) Voir  le  n°  31. 

(1)  M.  do  Celano  est  auteur  d'un  poème  en  cinq  chants  intitulé  les  Cloches,  com- 
posé en  société  avec  M.  Edouard  Gourdon.  Décidé  que  je  suis  à  dire  des  auteurs  et  du 
livre  tout  le  bien  possible,  j'avertirai  que  M.  de  Celano  est  membre  du  collège  hé- 
raldique de  France,  et  M.  Gourdon  auteur  d'une  Histoire  des  églises  de  Paris. 
Quant  au  livre,  c'est  un  joli  petit  volume  in- 16,  imprimé  avec  beaucoup  de  luxe  à 
Paris,  en  1848.  Les  deux  vers  cités  dans  le  texte  ne  donnent  qu'une  tres-faible 
idée  de  beaucoup  d'autres,  bien  faits  pour  égayer  la  matière. 


prise  de  les  voir  escortés  d'autres  décisions  qui  mettaient  les  cloches 
à  la  fonte. 

Tous  les  Quasimodo  de  l'époque,  aussi  amoureux  de  leurs  cloches 
que  l'était  le  célèbre  personnage,  création  si  originale  de  M.  Victor 
Hugo  dans  son  roman  de  Notre-Dame  de  Paris,  furent  dans  un  véri- 
table désespoir.  Les  maîtres  de  clocher,  qu'en  certains  diocèses,  no- 
tamment dans  celui  du  Pucq,  on  nommait  abbés  de  chœur,  et  qui  por- 
taient le  même  habit  que  les  chanoines,  crurent  fermement  que  le  feu 
refuserait  son  action  dans  un  cas  où  il  devait  avoir  un  résultat  si 
funeste.  Ils  virent  avec  douleur  leurs  espérances  déçues  :  les  clo- 
ches se  transformèrent  en  canons  qui  servirent  du  moins  à  re- 
pousser l'ennemi,  et  en  gros  sous  qui  n'enrichirent  pas  beaucoup  la 
nation  et  ne  l'empêchèrent  pis  d'avoir  recours  aux  assignats. 

L'exécution  des  décrets  qui  décidaient  la  fonte  des  cloches  entraî- 
nait d'inévitables  longueurs:  les  représentants  que  l'on  envoyait  en 
mission  étaient  chargés  d'en  activer  les  effets,  et  prenaient  en  ce 
sens  des  arrêtés  parfois  très-curieux.  En  voici  un  échantillon,  que 
les  lecteurs  nous  sauront  gré  d'avoir  remis  sous  leurs  yeux  : 

«N.  N.,  représentant  du  peuple ,  considérant  que,  depuis  quinze 

ou  dix-huit  siècles,  les  cloches  rompent  la  tête  aux  gens  raisonna- 
bles, et  qu'il  est  temps  enfin  qu'en  expiation  elles  aillent  la  casser  à 
l'ennemi  ;  considérant  que  les  peuples  libres  ne  doivent  connaître  que 
le  son  du  tambour  et  du  canon  ;  voulant  assurer  la  pleiue  et  entière 
exécution  de  la  loi  du  3  juillet,  arrête  : 

«  Toutes  les  cloches,  sans  exception,    seront  descendues,  brisées, 
et  le  métal  en  provenant  sera  envoyé  à  la  plus  prochaine  fonderie.  » 
On  laissait  toutefois  une  cloche  aux  communes  qui  possédaient  une 
horloge,  pour  servir  de  timbre  à  sonner  les  heures. 

De  tels  arrêtés  sont  bientôt  rendtis;  mais  avec  toute  la  bonne 
volonté  possible,  même  en  supposant  qu'elle  se  rencontre  également 
de  to.is  les  côtés,  ils  ne  sont  ni  aussi  promptement,  ni  aussi  aisé- 
ment mis  à  exécution.  D'abord  peu  de  représentants  en  mission 
avaient  le  temps  de  faire  exécuter  par  eux-mêmes  les  arrêtés  qu'ils 
rendaient,  parce  qu'on  leur  envoyait  des  successeurs  ;  ensuite,  dans 
l'espèce  qui  nous  occupe,  les  opérations,  surtout  dans  les  communes 
isolées,  exigeaient  du  temps  et  des  moyens  matériels  dont  on  ne  pou- 
vait toujours  disposer.  Ensuite,  la  prochaine  fonderie  pouvait  être 
quelquefois  fort  éloignée  et  avoir  des  abords  peu  praticables.  Enfin, 
dans  beaucoup  de  lieux,  on  ét-it  enchanté  de  trouver  des  impossibi- 
lités d'obéir  à  des  injonctions  qui  contrariaient  les  goûts  et  les  habi- 
tudes du  plus  grand  nombre. 

Aussi  a-t-on  reconnu  en  ces  derniers  temps  que,  malgré  l'immense 
quantité   de    cloches   détruites    depuis    soixante-dix  ans,   il   restait 


282 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


encore  dans  les  quatre-vingt-six  départements  qui  composaient  ia 
France  en  1856,  au  moins  trente  mille  cloches  d'une  assez  forte  di- 
mension (1).  Il  existe  même  encore  quelques  carillons,  mais  ils  n'ont 
à  peu  près  aucune  importance,  et  je  ne  m'y  arrêterai  pas. 

Ce  n'est  pas  dès  le  commencement  de  la  révolution  que  ceux  qui 
existaient  alors  cessèrent  de  se  faire  entendre  :  tout  au  contraire  à 
Paris,  lors  de  la  fédération,  ils  retentissaient  tous  d'airs  joyeux,  parmi 
lesquels  s'en  trouvait  un  qui  devint  dès  lors  fort  célèbre  ;  je  veux 
parler  de  celui  sur  lequel  furent  en  ce  temps  composées  des  paroles 
fort  connues,  que  tout  le  peuple  chanta  lorsqu'il  se  mit  à  l'œuvre 
pour  les  travaux  de  nivellement  du  champ  de  Mars,  où  devaient  se 
réunir  les  députés  des  provinces  pour  l'ouverture  de  l'assemblée  na- 
tionale. Elle  fut,  l'on  s'en  souvient,  précédée  d'une  messe  en  plein 
air,  célébrée  solennellement  par  Talleyrand  de  Périgord,  et  la  der- 
nière qu'il  ait  dite,  car  il  quitta  l'Eglise  presque  aussitôt  après. 

Ce  carillon  était  l'air  favori  de  Marie- Antoinette,  qui  le  chantait  fort 
souvent,  ne  se  doutant  guère,  hélas  !  que  ce  serait  un  de  ceux  qu'elle 
entendrait  en  allant  au  supplice.  Comme,  en  France,  les  paroles  d'un 
air,  même  lorsque  ces  paroles  ne  sont  qu'une  adaptation,  ou  selon  le 
terme  technique,  quoique  fort  impropre,  une  parodie ,  sont  toujours  ce 
qui  frappe  ou  occupe  le  plus,  on  nomma  Carillon  national  le  couplet 
dont  les  paroles  primitives  étaient  : 

Ah  !  ça  ira,  ça  ira,  ça  ira, 

La  liberté  s'établira. 
Ah  !  ça  ira,  ça  ira,  ça  ira, 
Malgré  les  méchants  tout  réussira. 

C'était  là  un  chant  purement  joyeux,  dont  la  mélodie  avait  un  carac- 
tère d'entrain  et  d'allégresse  merveilleusement  convenable  à  un  mo- 
ment où  tout  le  monde  vivait  d'espoir  ;  il  fut  trop  tôt  transformé,  par 
la  substitution  de  paroles  infâmes  et  atroces,  en  un  cri  de  mort  dont 
tout  honnête  homme  aurait  rougi  de  souiller  sa  bouche  ;  on  avait 
alors  plus  que  jamais  oublié  que  ce  n'était  réellement  qu'un  air  de 
cloches- qui  avait  d'abord  retenti  au-dessus  des  églises. 

Quoique  en  ces  derniers  temps  on  ait  proposé,  relativement  k  la 
construction  de  celles-ci,  de  revenir  à  beaucoup  d'idées  ridicules  fort 
sagement  abandonnées,  on  n'a  pas  encore  pensé  à  établir  dans  celles 
que  l'on  a  érigées  des  carillons,  et  les  cloches  même  ont  été  traitées 
comme  objets  de  peu  d'importance.  Assurément  l'on  a  eu  raison  :  en 
dernière  analyse,  si  c'est  là  de  la  musique,  c'est  une  musique  de  bar- 
bares, et  il  est  d'autant  plus  raisonnable  de  prendre  les  cloches  pour 
ce  qu'elles  valent,  qu'au  milieu  de  tant  d'industries  qui  ont  fait  des 
progrès  tenant  du  prodige,  l'industrie  campanaire  n'a  fait  que  ré- 
trograder. 

Au  moyen  âge,  on  ornait  les  cloches,  on  leur  donnait  des  formes 
gracieuses,  on  en  faisait  des  objets  d'art  ;  aujourd'hui,  ce  ne  sont  plus 
que  des  machines  sonnantes  ;  si  du  moins  elles  sonnaient  bien  !  Mais 
de  toutes  celles  que  l'on  a  fondues  en  ces  derniers  temps,  pas  une  n'a 
égalé  les  anciennes  pour  le  timbre  et  la  sonorité  :  la  plupart  même 
se  sont  trouvées  tout  à  (ait  mauvaises. 

Il  faut  pourtant  dire  que  ce  genre  d'industrie  a  cherché  en  dernier 
lieu  à  se  mettre  un  peu  en  mouvement  ;  mais  en  quel  sens  !  On  a 
essayé  de  substituer  au  métal  ordinaire  des  cloches  l'acier  fondu  de 
Prusse,  et  à  l'Exposition  universelle  de  1855  on  a  pu  voir  des  cloches 
de  ce  genre  qui  sortaient  des  aciéries  de  Bochum,  en  Westphalie;  il  y 
en  avait  môme  une  d'assez  forte  dimension  ;  elles  avaient  toutes  un 
assez  beau  son,  mais  trop  sourd  pour  bien  répondre  à  leur  desti- 
nation. 

Ces  cloches  d'acier,  si  elles  eussent  été  adoptées,  offraient  sur  les 
autres  l'mcontestable  avantage  du  bon  marché  que  l'on  recherche  tant 
aujourd'hui,  et  après  lequel  cependant  il  ne  faudrait  pas  courir  aux 

(1)  Voyez  les  articles  de  M.  l'abbé  Bernard  dans  les  Annales  archéologiques,  de 
M.  Didron. 


dépens  de  tout  le  reste.  Les  cloches  d'acier  pourraient  peut-être  pré- 
senter certains  avantages  pour  les  carillons,  si  l'on  en  établissait 
encore  aujourd'hui.  Mais  quel  que  soit  le  métal  que  l'on  emploie,  quelle 
que  soit  la  manière  dont  on  s'y  prenne  pour  le  mettre  en  fusion  et  le 
mouler,  on  ne  fera  plus  de  ces  cloches  qui  se  mettaient  d'elles-mêmes 
en  branle  lorsque  des  reliques  de  saints  passaient  à  leur  portée, 
ainsi  qu'il  arrivait  inévitablement  au  moyen  âge.  C'est  que  si  les  clo- 
ches de  ce  temps  ne  ressemblaient  pas  aux  nôtres,  les  oreilles  et  les 
intelligences  de  la  même  époque  étaient  aussi  fort  différentes.  Les 
gens  d'alors  ne  s'en  tenaient  pas  à  l'Évangile,  qui  recommande  de 
croire  sans  avoir  vu  :  ils  croyaient  sans  avoir  entendu. 

La  foi,  si  vive  alors  en  toute  chose,  l'était  surtout  à  l'endroit  des 
cloches;  on  ne  pouvait  concevoir  un  pays,  une  ville,  un  hameau  qui 
en  fût  dépourvu,  et  c'est  avec  raison  que  l'excellent  Monteil,  dans 
son  Histoire  des  Français  des  divers  états  (xive  siècle),  met  en  scène 
le  bedeau  de  Saint-Gatien,  de  Tours,  qui  disait  souvent  :  «  Babylone, 
Athènes,  Carlhage,  Rome,  qui  n'avaient  pas  de  cloches,  devaient 
être  de  fort  drôles  de  villes  !  »  Et  il  se  mettait  à  rire  à  gorge  dé- 
ployée. 

Peut-être  un  jour  viendra-t-il  où  quelque  personnage  qui  ne  sera 
pas  bedeau  de  Saint-Gatien,  dira  :  Rome,  Paris,  Londres,  Vienne  et 
une  multitude  d'autres  villes  avaient  des  cloches  et  même  des  carillons  ; 
ce  devaient  être  de  fort  drôles  de  villes.  Et  il  rira  de  tout  aussi  bon 
cœur  que  le  bedeau  de  la  cathédrale  de  Tours. 

Adrien  de  LA  FAGE. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DECLAMATION. 

Distribution   îles   prix. 

La  distribution    des  prix  a    suivi  de  près  les  derniers  concours  ; 
comme  les  deux  années  précédentes,  la  séance  solennelle  était  prési- 
dée par  M.  J.    Pelletier,  conseiller  d'Etat,  secrétaire  général  du  mi- 
nistère d'Etat,  qui  l'a  ouverte  par  le  discours  suivant  : 
«  Messieurs, 

«  Nous  voici  arrivés  à  la  fin  d'une  année  de  travaux  dont  les  concours 
ont  montré  le  bon  emploi,  et  nous  allons  dans  peu  d'instants  vous  distri- 
buer les  récompenses  que  vous  avez  méritées.  Délégué  par  S.  Exe.  le 
ministre  d'Etat  pour  présider  à  cette  séance,  je  me  réjouis  de  la  mission 
qui  me  ramène  à  côté  de  votre  illustre  et  cher  directeur,  au  milieu  de 
grands  artistes  et  de  professeurs  célèbres.  Mais,  avant  de  vous  remettre 
ces  récompenses,  je  voudrais,  en  quelques  mots  rapides,  et  sans  trop 
retarder  les  satisfactions  de  cette  journée,  vous  faire  part  des  réflexions 
qu'elle  m'inspire.  Pour  beaucoup  d'entre  vous,  pour  tous  ceux  qui  ont 
terminé  le  cours  de  leurs  études,  elle  est  bien  solennelle  et  doit  compter 
dans  leur  existence  ;  elle  marque  en  effet  la  limite  qui  sépare  le  temps  de 
la  préparation  de  celui  de  la  lutte.  Ce  soir,  ils  ne  seront  plus  d<-s  élèves, 
ils  seront  des  artistes.  Désormais  livrés  à  eux-mêmes,  ayant  vu  s'écouler 
déjà  les  années  heureuses  et  insouciantes,  ils  iront  affronter  ce  long 
combat  de  la  vie,  où  l'on  ne  triomphe  qu'en  déployant  autant  de  persé- 
vérance que  d'élan,  autant  de  résignation  que  de  courage. 

»  Au  moment  où  des  camarades,  des  amis  vont  dire  adieu  à  cette  pai- 
sible enceinte  et  échanger  l'inoffensive  émulation  de  l'école  contre  les 
périlleuses  rivalités  du  monde,  n'est-il  pas  bon  de  faire  avec  eux  un 
retour  sur  le  passé,  de  jeter  un  regard  sur  l'avenir,  d'estimer  leurs 
ressources,  de  prévoir  leurs  besoins,  de  les  armer  contre  les  dangers, 
contre  les  fatigues,  contre  les  découragements  qui  les  attendent?  Us  ne 
doivent  pas  se  le  dissimuler,  aucune  de  ces  épreuves  ne  leur  sera  épar- 
gnée; car,  dans  aucune  carrière,  elles  ne  sont  épargnées  à  personne. 
Ils  auront  à  lulter  contre  leurs  rivaux,  contre  les  événements  et  contre 
eux-mêmes.  Mais  cette  perspective,  si  elle  doit  les  garder  de  trop  de 
présomption,  ne  doit  pas  leur  inspirer  trop  de  défiance.  L'examen  at- 
tentif de  leurs  forces,  la  comparaison  des  conditions  actuelles  avec  les 
conditions  anciennes  du  théâtre,  doivent  leur  montrer  qu'ils  ont  peu  à 
craindre  de  leurs  rivaux,  et  que,  s'ils  triomphent,  ils  n'auront  rien  à  en- 
vier à  leurs  prédécesseurs. 

»  L'instruction  qu'ils  ont  trouvée  ici  est  un  puissant  instrument  mis 
en  leurs  mains.  Us  peuvent  tout  en  espérer,  s'ils  s'exercent  à  le  manier 
avec  pers  stance  et  s'ils  s'ingénient  à  lui  demander  tout  ce  qu'il  peut 
rendre.  C'est  lorsqu'ils  se  trouveront  en  face  de  concurrents  n'ayant  pas 


DE  PARIS. 


283 


ce  fonds  sérieux  d'études -qu'ils  en  apprécieront  la  valeur.  Us  verront 
alors  quelle  supériorité  donnent  la  connaissance  de  la  tradition  et  l'ob- 
servation des  règles.  Ils  se  convaincront  que  jamais  le  travail  n'a  pu 
gêner  l'inspiration,  la  comprimer  dans  son  essor  ou  l'arrêter  dans  son 
développement.  Les  plus  grands  artistes  de  notre  temps,  ceux  chez  qui 
la  personnalité  s'est  montrée  la  plus  accusée,  l'originalité  la  plus  vive, 
le  talent  le  plus  spontané,  avaient  passé  par  le  Conservatoire  et  fait  ce 
stage  des  études  sérieuses.  Avant  d'inventer,  ils  avaient  appris,  beaucoup 
et  longtemps  appris. 

»  Soyez-en  persuadés,  Messieurs,  il  faut  commencer  par  l'assiduité, 
par  le  travail,  par  la  peine,  si  l'on  veut  finir  par  le  talent  et  par  le  suc- 
cès. Dans  l'art  comme  dans  la  nature,  toutes  les  routes  qui  montent 
sont  ardues,  et  l'on  n'atteint  les  hauteurs  qu'à  la  sueur  de  son  front. 
Ce  sont  les  routes  qui  descendent  qui  sont  faciles  et  séduisantes.  Main- 
tenez donc  vos  regards  fixés  vers  le  but  que  vous  voulez  atteindre,  ne 
vous  laissez  décourager  -ni  par  les  difficultés  de  l'étude  ni  par  les  anxié- 
tés des  premiers  essais.  Si  vous  êtes  véritablement  artistes,  vous  en 
triompherez.  Plus  favorisés  même  que  ceux  qui  sont  venus  avant  vous, 
vous,  trouverez  des  compensations  qu'ils  n'ont  pas  connues  et  des  avan- 
tages qu'ils  n'auraient  pas  osé  espérer. 

»  J'ai  entendu  des  esprits  éminents  regretter  les  anciennes  conditions 
du  théâtre,  soutenir  qu'elles  étaient  plus  favorables  au  culte  de  l'art  que 
les  conditions  actuelles.  Je  ne  saurais  partager  leur  avis.  Jadis,  nous 
disent-ils,  le  public  était  moins  nombreux  et  plus  éclairé  que  de  nos 
jours.  La  foule  n'allait  guère  àla  comédie;  c'était  un  plaisir  réservé  aux 
oisifs  et  à  quelques  rares  amateurs.  Le  public  était  donc  presque  tou- 
jours le  même;  le  répertoire  n'était  pas  beaucoup  plus  varié.  On  con- 
naissait aussi  bien  nos  chefs-d'œuvre  dans  la  salle  que  sur  la  scène.  On 
savait  les  beautés  d'un  rôle,  on  en  prévoyait  les  difficultés.  On  applau- 
dissait l'artiste  à  outrance  ou  on  le  tançait  vertement,  car  c'était  le 
temps  où  le  public  savait  encore  applaudir  et  siffler.  Pour  plaire  à  ces 
esprits  choisis  que  l'habitude  rendait  plus  difficiles  encore,  les  artistes, 
nous  dit-on,  faisaient  des  efforts  que  ne  peut  plus  exiger  d'eux  une  foule 
inconnue  et  confuse,  sans  cesse  renouvelée,  qui  a  plus  de  curiosité  que 
de  goût,  et  que  doit  remporter  le  lendemain  le  train  aveugle  qui  l'a  ap- 
portée la  veille. 

»  C'est  ainsi  que  s'expriment  les  enthousiastes  du  temps  passé.  Je  ne 
crois  pas  qu'ils  soient  justes  dans  leurs  regrets,  et,  si  je  compatis  à 
leurs  doléances,  je  ne  saurais  m 'associer  à  leurs  accusations.  Le  présent 
vaut  bien  le  passé  et  notre  temps  vaut  bien  le  leur. 

»  Si  les  conditions  du  théâtre  sont  changées,  les  règles  de  l'art  ne  le 
sont  pas.  Etait  ce  donc  si  profitable  à  l'art  de  débiter  pour  la  centième 
fois  la  même  tirade  ou  de  chanter  pour  la  millième  fois  le  même  air  de- 
vant les  mêmes  personnes,  élégantes  et  polies,  j'en  conviens,  mais  sus- 
ceptibles à  l'excès,  exigeantes  et  absolues  dans  leurs  idées  et  leur  goût? 

»  Ce  goût  même,  que  l'on  nous  prône,  était -il  toujours  bien  suret 
bien  dégagé  de  toute  mode?  Ces  délicats  ne  tombaient-ils  pas  quelque- 
fois dans  l'excès  et  n'imposaient-ils  pas  la  recherche?  Car,  il  ne  faut 
pas  s'y  tromper,  Messieurs,  autrefois,  en  fait  de  théâtre,  c'était  ce  pu- 
blic restreint  qui  seul  posait  les  règles  et  seul  rendait  les  arrêts.  Les 
artistes  devaient  s'y  soumettre  et,  de  gré  ou  non,  s'y  conformer  ou 
disparaître.  Je  trouve  qu'il  est  non  moins  difficile  et  plus  glorieux  d'im- 
poser son  sentiment  que  de  subir  celui  des  autres,  de  dominer  le  public 
que  de  le  flatter.  Cette  foule  que  l'on  dédaigne  est  plus  docile  que  les 
raffinés  que  l'on  vanté;  elle  n'est  ni  moins  compréhensive  ni  moins  sen- 
sible. Si  elle  n'a  pas  toutes  les  ténuités  des  esprits  blasés,  elle  a  toutes 
les  délicatesses  des  cœurs  naïfs,  et  si  elle  n'apprécie  pas  les  beautés 
convenues,  elle  sait  comprendre  les  beautés  vraies. 

»  Est-ce  vous,  Messieurs,  qui  lui  reprocherez  de  se  renouveler  sans 
cesse  et  de  se  faire,  pour  tous  les  points  du  monde,  la  messagère  de 
votre  gloire?  A  cô:é  de  ses  millions  de  voix  éclatantes  et  jeunes,  regret- 
terez-vous  la  vieille  ftenommée  aux  cent  bouches? 

«  Croyez-moi,  Messieurs,  vous  n'avez  rien  à  regretter,  ['lus  peut-être 
pour  vous  que  pour  tous  ses  autres  enfants,  la  civilisation  moderne 
s'est  montrée  généreuse  et  facile. 

t  La  société  d'autrefois,  si  avide  des  plaisirs  de  la  scène,  était  bien 
sévère  pour  ceux  qui  les  lui  donnaient.  Son  orgueil  se  refusait  à  distin- 
guer parmi  les  comédiens,  et  les  confondait  tous  dans  le  même  ostra- 
cisme. Notre  société  répartit  plus  justement  ses  disgrâces  et  ses 
faveurs  et  n'a  d'exclusion  systématique  pour  personne.  Si  elle  s'éloigne 
sans  regrets  de  ceux  qui  les  premiers  s'écartent  d'elle,  elle  sait  récom- 
penser partout  le  travail,  honorer  partout  le  talent,  et  respecter  partout 
ceux  qui  se  respectent  eux-mêmes. 

»  Loin  de  nous  perdre  en  des  lamentations  ingrates,  félicitons-nous 
donc,  Messieurs,  d'être  de  notre  temps  et  de  notre  pays  ;  d'appartenir  à 
cette  terre  des  nobles  initiatives,  à  cette  France  impériale,  agrandie  et 
enviée,  qui  a  des  sympathies  pour  toutes  les  bonnes  causes,  des  dévoue- 
ments pour  toutes  les  idées  généreuses,  et  que  ses  plus  fiers  rivaux 
ne  peuvent  qu'admirer  quand  ils  veulent  être  justes,  imiter  quand  ils 
veulent  être  grands.  » 

Ce  discours  ,  que  de  légitimes  applaudissements  ont  interrompu  à 


plusieurs  reprises,  contient  beaucoup  d'idées  d'une  justesse  incontes- 
table, et  une  thèse,  qui  l'est  un  peu  moins,  sur  les  conditions  anciennes 
et  actuelles  du  théâtre,  relativement  à  l'art  et  aux  artistes.  Le  pour 
et  le  contre  peuvent  être  également  soutenus  par  d'excellents  esprits, 
et  la  conclusion  peut  varier  sans  cesser  d'être  bonne  :  cela  dépend 
du  point  de  vue  où  l'on  se  pose.  A  celui  du  Conservatoire,  la  conclu- 
sion de  M.  J.  Pelletier  est  certainement  la  meilleure,  puisqu'il  s'agit 
d'encourager  des  jeunes  gens  à  l'entrée  d'une  carrière  difficile.  D'ail- 
leurs n'est-il  pas  toujours  plus  sage  et  plus  sain  de  se  persuader  que 
le  temps  où  l'on  vit  est  le  meilleur,  puisqu'on  n'a  pas  la  liberté  d'en 
changer  ? 

Dans  l'intermède  qui  a  suivi  la  distribution,  les  élèves  qui  ont 
obtenu  des  premiers  prix  de  chant,  de  déclamation  dramatique  et 
lyrique  se  sont  fait  entendre.  M.  Petit  a  fort  bien  chanté  l'air  de 
Zaïre,  Mlle  Balbi  celui  du  Concert  à  la  Cour  et  Mlle  Pfotzer  celu 
de  Robert  le  Diable  :  En  vain  j'espère.  La  jeune  violoniste,  Mlle  Bou- 
lay,  est  venue  redire  le  concerto  de  Viotti,  enrichi  par  Alard  d'un  ma- 
gnifique point  d'orgue  que  son  élève  a  rendu  en  virtuose  de  premier 
ordre.  C'était  la  seule  instrumentiste  admise  dans  ce  programme  où  ii 
ne  pouvait  y  avoir  place  pour  tout  le  monde.  Ensuite  M.  Godfrin  et 
Mlle  Tordeus  ont  joué  l'une  des  grandes  scènes  d' Andromaque  ; 
Mlles  Régny,  Ponsin  et  M.  Laroche  un  fragment  des  Femmes  savantes. 
M.  Gourdin  et  Mlle  Baretty  ont  dit  une  scène  de  Galathée  ;  M.  Peschard 
et  Mlle  Brou  presque  tout  le  quatrième  acte  de  la  Favorite.  Ainsi  que 
les  concours  de  cette  année  en  général,  l'intermède  a  paru  remarquable 
par  le  nombre  et  le  mérite  des  jeunes  sujets  qu'il  a  mis  en  évidence. 
C'est  au  théâtre  que  le  publie  et  la  critique  retrouveront  bientôt  la 
plupart  d'entre  eux. 

P.  S. 


REVUE   CRITIQUE. 

Tithleau  «Je  genre,  tic  Sleplacn   ISeller. 

Quoiqu'il  soit  toujours  assez  difficile  de  faire  passer  dans  l'esprit 
de  ses  lecteurs  quelque  chose  du  plaisir  qu'on  a  ressenti,  nous  allons 
essayer  de  donner,  non  pas  une  analyse,  mais  une  idée  du  dernier  ou- 
vrage de  Stephen  Heller  :   Tableau  de  genre,  que  nous  venons  délire. 

Par  exemple,  si  l'on  nous  demandait  ce  que  c'est  qu'un  tableau  de 
genre  en  musique,  et  en  musique  de  piano  surtout,  nous  serions  assez 
embarrassé  de  répondre  ;  mais  ce  que  nous  pourrions  dire,  c'est  qu'il 
ne  faut  pas  attacher  à  un  titre  plus  d'importance  qu'il  n'en  a,  et  que 
cette  exquise  et  pathétique  composition,  d'un  seul  mouvement,  alle- 
gro assai,  bien  rhythmée,  pleine  d'animation,  de  fanfares  éclatantes, 
brille  par  une  passion  et  une  ardeur  auxquelles  ne  nous  a  pas  toujours 
accoutumé  l'auteur  de  si  suaves  rêveries,  de  si  mélancoliques  petites 
pièces  et  de  si  ravissantes  études. 

En  effet,  quelle  variété,  quelle  sonorité,  quelle  largeur  de  style  et 
quelle  vie  dans  ces  phrases  si  amples,  coupées  par  des  accents  dé- 
chirants confiés  aux  basses  et  traversées  par  des  soupirs  et  des  san- 
glots !  La  péroraison  surtout  est  superbe.  La  phrase  du  début  y  re- 
vient en  octaves,  accompagnée,  cette  fois,  par  des  pédales  supérieures 
de  tonique  et  de  dominante.  Toute  cette  fin  est  vraiment  magnifique  : 
on  se  sent  entraîné,  ébloui  par  ce  tutti  formidable ,  qui  semble  un 
fragment  emprunté  à  quelque  grande  symphonie,  et  qui  laisse  si  bien 
deviner  toutes  les  fougues  et  toutes  les  puissances  de  l'orchestre. 

Assurément  un  musicien  un  peu  exercé  devinera  l'instrumentation 
en  parcourant  ces  pages  où  s'épanouissent  en  se  pressant  tant  de 
sentiments  divers,  où  les  cris  d'une  chasse  hardie  se  mêlent,  au 
drame,  où  le  calme  succède  à  l'onge,  d'expressifs  récitatifs,  de  sou- 
dains apaisements  à  de  sombres  fureurs,  à  de  rapides  explosions  de 
joie,  de  colère  et  d'amour. 


- 


284 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


A  la  bonne  heure  !  voilà  bien  le  piano  traité  à  la  façon  des  vieux  maî- 
tres et  comme  l'aiment  les  vrais  musiciens  :  il  n'essaie  pas  de  remplacer 
la  pensée  par  une  gymnastique  plus  ou  moins  ingénieuse  ;  là  toutes 
les  notes  portent,  se  tiennent  et  ont  un  sens.  Tantôt  elles  se  détachent 
isolément,  tantôt  elles  se  groupent  et  jaillissent  en  masse  ou  s'écoulent 
en  dessins  ravissants  et  délicatement  travaillés  qui  soutiennent  forte- 
ment et  élégamment  le  tissu  mélodique. 

Une  admirable  unité  règne  dans  ce  morceau;  il  n'y  a  pas  un  trait 
parasite,  et  l'on  y  sent  un  dédain  profond  pour  tout,  ce  qui  ne  con- 
duirait ni  à  l'expression  ni  au  développement  de  l'idée.  11  y  règne 
aussi  un  sentiment  tonal  qui,  au  milieu  des  plus  neuves,  des  plus 
savantes  harmonies  grosses  de  dissonances,  ne  s'égare  pas  un  seul 
instant. 

En  résumé  celte  nouvelle  œuvre  colorée ,  remplie  de  verve, 
d'audace  et  d'élans  poétiques  nous  paraît  complète.  C'est  l'une  des 
plus  émouvantes  qu'ait  tracées  la  plume  ingénieuse,  éloquente  et 
fine  de  Stephen  Ileller.  Elle  ne  sera  peut-être  pas  comprise  de  tous, 
car  elle  est  bien  loin  des  publications  frivoles  qui  paraissent  chaque 
jour,  mais  elle  ne  saurait  manquer  d'obtenir  les  suffrages  des  intelli- 
gences cultivées. 

Adolphe  BOTTE. 


Nous  publierons  dans  notre  prochain  numéro  la  suite  de  l'important 
travail  de  M.  Fétis  père  sur  l'Histoire  générale  de  la  musique. 


CORRESPONDANCE. 

Bade,  6  août  1800. 

On  continue  de  travailler  ici  avec  un  soin  toujours  croissant  la  culture 
dramatique  et  musicale.  Arrosées  par  la  pluie  d'or  dont  ce  petit  coin  de 
terre  a  le  privilège,  les  pièces  et  les  partitions  poussent  à  vue  d'œil  et 
se  hâtent  d'éclore  dans  de  brillants  salons,  au  bruit,  toujours  sans  mé- 
lange, des  bravos  d'un  auditoire  trop  poli  pour  faire  autre  chose  qu'ap- 
plaudir et  admirer. 

Tout  est  charmant,  divin;  aucun  mot  ne  le  blesse! 

Le  théâtre  de  Bade  ressemblerait  beaucoup  à  un  théâtre  de  la  cour  s'il 
y  avait  une  cour,  ou  à  un  théâtre  d'amateurs  si  c'étaient  des  amateurs 
et  non  des  artistes  qui  en  formassent  la  troupe.  Du  reste  on  y  respire 
une  telle  atmosphère  de  bienveillance,  et  même  d'enthousiasme, qu'avec 
la  meilleure  volonté  du  monde  on  ne  sait  trop  à  quoi  s'en  tenir  sur  la 
valeur  réelle  des  rouvres  qui  s'y  donnent.  Les  journaux  du  lieu  et  des 
alentours  ne  s'exprimant  pas  sur  un  autre  ton  que  l'auditoire  même,  pro- 
longent vos  incertitudes,  et  comme  dans  cette  harmonie  élogieuse  un 
seul  mot  de  critique  jetterait  une  fâcheuse  dissonance,  on  se  garde  bien 
de  le  risquer., 

Prenez  donc  ce  que  nous  allons  vous  dire  pour  un  simple  écho  du 
salon  Louis  XtV  dans  lequel  vient  d'apparaître  un  nouvel  opéra,  la 
Colombe,  paroles  de  MM.  Michel  Carré  et  Jules  Barbier,  musique  de 
M.  Gounod.  Avant  cet  opéra,  nous  avions  eu  le  Marquis  Jacquot,  vaude- 
ville dont  l';iuteur  est  M.  Edouard  Martin  ;  mais  vous  vous  souciez  peu 
de  vaudeville,  et  nous  passons  sans  attendre  à  la  Colombe,  c'est-à-dire 
au  Faucon,  car  les  auteurs  du  libretto  se  sont  bornés  à  remettre  sur  le 
métier  le  conte  de  Bocace  et  de  la  Fontaine,  comme  l'année  dernière  ils 
s'étaient  contentés  d'enjoliver  pour  le  môme  théâtre  le  Philémon  et  Baucis 
•d'Ovide  et  du  même  fablier.  Le  faucon  s'est  donc  métamorphosé  en  une 
colombe,  qu'un  jeune  seigneur  florentin  a  baptisée  du  nom  de  Sylvie,  en 
mémoire  d'une  femme  qu'il  adorait  au  point  de  se  ruiner  pour  elle,  et 
dont  les  lèvres  se  sont  un  jour  posées  sur  le  charmant  oiseau.  Le  libretto 
suit  à  peu  près  la  même  marche  que  le  conte  ;  cependant  il  est  juste  de 
dire  que  les  auteurs  l'ont  heureusement  modifiée  en  y  introduisant  un 
nouveau  personnage,  celui  d'un  bipède  emplumé  dont  la  réputation 
balance  l'estime  dont  jouit  la  colombe.  Ce  bipède  est  un  perroquet  dont 
la  belle  Aminte  est  propriétaire  et  la  belle  Sylvie  jalouse,  en  sorte  qu'elle 
meurt  d'enyie  de  posséder  la  colombe  pour  l'emporter  sur  sa  rivale. 
Comme  dans  le  conte,  elle  vient  chez  celui  qui  l'aime  toujours  et  qui  lui 
sacrifierait  sa  vie:  quoi  d'étonnant  à  ce  que,  pour  dissimuler  la  détresse 
de  sa  table,  il  sacrifie  celle  de  l'oiseau  chéri  ?  Mais  la  Providence,  sous  la 
forme  de  Mnzet,  jeuue  paysan  resté  au  service  d'Horace,  son  parrain,  et 
qui  remplit  près  de  lui  l'office  d'un  nouveau  Caleb,  a  trouvé  moyen 
d'empêcher  le  sacrifice.  Horace  et  Sylvie  croient  avoir  mangé  la  co- 
lombe, et  tout  à  coup  on  découvre  que  le  perroquet  a  fait  les  frais  du 
festin. 


Grand  succès  pour  le  libretto  :  succès  encore  plus  grand  pour  la  mu- 
sique :  succès  pour  les  artistes,  Roger,  Balanqué,  Mmes  Carvalho  et 
Faivre  !  Enfin  succès  pour  tout  et  pour  tous,  y  compris  M.  Oudshoorn,  le 
violoncelliste,  qui,  dans  l'introduction,  exécute  à  ravir  une  mélancolique 
ritournelle;  pour  M.Wuille,  et  l'andantino  ravissant  que  soupire  sa  clari- 
nette ;  pourM.  Grodvolle,  et  le  solo  de  violon  joué  par  lui  dans  l'entr'acte  ; 
enfin  pour  M  Kœnnemann,  l'habile  chef  d'orchestre,  qui  a  rempli  sa 
tâche  nouvelle  avec  un  vrai  talent. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  chaque  morceau  de  la  partition,  dans  la- 
quelle l'inspiration  fine ,  élégante  et  souvent  touchante  de  M.  Gounod 
se  retrouve  avec  tout  son  charme.  De  même  que  Pierrot  demandait  jadis 
ce  que  l'on  faisait  des  vieilles  lunes,  quelquefois  aussi  on  voudrait  sa- 
voir ce  que  deviennent  tous  les  chefs-d'œuvre  que  Bade  enfante  chaque 
année.  Mais  si  la  Colombe  en  est  un  véritable,  il  faut  croire  que  vous 
l'entendrez  à  Paris,  et  alors  vous  me  saurez  bon  gré  d'avoir  abrégé  mon 
analyse. 

La  construction  de  notre  théâtre  marche  maintenant  à  grands  pas  ; 
les  grandes  œuvres  sont  terminées,  et  l'architecte  fait  tous  ses  efforts 
pour  mettre  le  bâtiment  sous  toit  avant  l'hiver.  On  espère  que  la 
décoration  intérieure  sera  prête  au  commencement  de  l'année  1862. 
C'est  le  célèbre  Muhlendorf,  de  Manheim,  appelé  l'an  dernier  à 
Paris,  par  la  direction  de  l'Opéra-Comique,  pour  les  décorations  du 
Pardon  de  Ploèrmel,  qui  est  chargé  de  la  partie  des  machines.  L'inau- 
guration aurait  lieu  pour  notre  saison  de  1862,  par  un  opéra  d'Hector 
Berlioz. 


NOUVELLES. 

*%  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  a  donné  cette  semaine  deux  re- 
présentations de  Sémiramis  et  la  426»  de  Robert  le  Diable. 

„,*„.  Samedi  prochain  on  donnera  à  ce  théâtre  une  grande  représenta 
tion  extraordinaire  au  profit  des  chétiens  d'Orient. 

„*„  Mme  Ferraris  rentrera  le  15  août  dans  les  amours  de  Diane,  de  Pierre 
de  Médicis,  opéra  choisi  pour  le  spectacle  gratis  donné  à  l'occasion  de 
la  fête  de  l'Empereur. 

*%  Mme  Vandenheuvel-Duprez  doit  faire  son  second  début  dans  le 
rôle  de  Marguerite  des  Huguenots  ;  Mlle  Sax  dans  celui  de  Rachel,  de  la 
Juive. 

„%  A  l'occasion  delà  fête  du  15  août,  Aimé  Maillard  a  composé  un 
chant  d'allégresse  dont  les  paroles  sont  de  M.  Cormon,  et  qui  sera  exé- 
cuté au  théâtre  impérial  de  l'Opéra. 

„%,  La  reprise  du  Prophète  avec  Mme  Tedesco  dans  le  rôle  de  Fidès, 
est  fixée  aux  premiers  jours  de  septembre. 

***  Mme  Caroline  Barbot  fera  ses  adieux  au  public  vers  la  mi-septembre 
dans  le  rôle  de  Valentine,  des  Huguenots. 

**„  Mlle  Carlolta  llarchisio  étudie  le  rôle  de  Mathilde,  de  Guillaume 
Tell,  et  le  contre-alto,  Mlle  Barbara,  celui  d'Azucena,  du  Trouvère. 

*•■%..  Les  répétitions  du  ballet  composé  par  M.  de  Saint-Georges  pour 
Mlle  Emma  Livry,  avec  la  musique  d'Offenbach,  suivent  leur  cours. 
La  scène  se  passe  dans  les  sites  pittoresques  de  la  Circassie,  et  on 
dit  merveille  du  rôle  que  doit  y  remplir  la  jeune  et  déjà  célèbre  bal- 
lerine. 

„,*„  Le  second  début  de  Mlle  Marie  Sax  dans  le  rôle  d'Alice,  de  Robert 
le  Diable,  a  confirmé  largement  les  espérances  données  par  le  premier. 
Plus  maîtresse  de  son  émotion,  la  jeune  artiste  a  pu  donner  un  essor 
complet  à  ses  moyens,  et  faire  admirer  l'étendue,  l'égalité  et  "la  pureté 
de  sa  magnifique  voix.  Dans  son  air  du  troisième  acte  et  le  duo  avec 
Bertram  qui  le  suit,  dans  le  trio  sans  accompagnement ,  mais  surtout 
dans  le  célèbre  trio  du  cinquième  acte,  elle  a  été  à  plusieurs  reprises 
justement  et  chaleureusement  applaudie.  Quant  à  Mme  Vandenheuvel- 
Duprez,  nous  ne  pouvons  que  répéter  ce  que  nous  disions  dans  notre 
dernier  numéro  sur  la  manière  pai  faite  dont  elle  chante  les  parties  du 
rôle  de  la  princesse  qui  n'exigent  point  une  grande  force  vocale.  L'air: 
De  grâce,  est  un  véritable  triomphe  pour  elle. 

„..%  La  représentation  de  l'Étoile  du  Nord,  donnée  mercredi  au  théâtre 
de  l'Opéra-Comique,  avait  attiré*.beaucoup  de  monde  ;  on  était  curieux 
de  revoir  Mme  Ugalde  dans  le  rôle  de  Catherine  auquel  elle  avait  im- 
primé, dans  certaines  parties,  le  cachet  original  de  son  talent.  Son 
premier  air  le  Bonnet  sur  l'oreille,  la  ronde  Bohémienne,  la  prière  et 
barcarolle  Veille  sur  eux,  lui  ont  valu  de  chaleureux  applaudisse- 
ments ;  elle  a  été  rappelée  à  la  fin  du  premier  acte  et  à  la  fin  du 
spectacle. 

***  Mme  Ugalde,  qui  avait  joué  avec  beaucoup  de  succès  au  théâtre 
Lyrique  l'opéra  de  M.  Gaspors,  Ma  tante  dort,  a  obtenu  qu'il  fût 
transporté  â  l'Opéra-Comique,  où  il  sera  représenté  incessamment. 

***  La  direction  du  théâtre  de  l'Opéra-Comique  vient  de  recevoir  un 
livret  en  trois  actes,  intitulé  la  Villa  Medicis,  écrit  par  Mil.  Nestor  Ro- 
queplan  et  Victorien  Sardou.  Mais  si  nous  en  croyons  quelques  indiscré- 


DE  PAKIS. 


285 


tions  le  nom  du  spirituel  prédécesseur  do  M.  de  Beau  mont  abriterait 
celui  d'une  des  célébrités  féminines  du  Théâtre-Français.  La  musique 
de  cette  pièce,  dont  le  sujet  est  puisé  dans  le  domaine  de  la  fantaisie, 
serait,  dit-on,  confiée  à  deux  compositeurs. 

*%  Faure  est  de  retour  à  Paris,  plus  décidé  que  jamais,  après  son 
succès  en  Angleterre,  à  suivre  la  carrière  du  chant  italien.  Plusieurs 
engagements  brillants  lui  sont  proposés  en  ce  moment.  En  attendant, 
le  directeur  du  théâtre  de  Covent-Garden  se  Test  attaché  pour  trois 
ans. 

»**  On  annonce  comme  très-prochaine,  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique, 
la  première  représentation  du  Docteur  Mirobolan. 

.%  Lefébure-Wély  a  composé  la  musique  d'un  opéra-comique  en  trois 
actes,  les  Recruteurs,  paroles  de  M.  Amédée  de  Jalllais,  qui  vient  d'être 
reçu  par  M.  de'  Beaumont. 

t*t  M.  Calzado  vient  de  gagner  un  procès  assez  important  contre 
M.  deSaint-Salvi,  agissant  au  nom  des  propriétaires  de  la  salle,  qui  ré- 
clamaient un  supplément  de  loyers  pour  avoir  prolongé  la  saison  d'un 
mois.  Le  tribunal  adécidé  que  M.  Calzado  louait  la  salle  à  l'année  et  qu'il 
avait  droit  d'en  jouir  toute  l'année. 

„*„  Le  théâtre  Déjazet  reprendra  le  1e1'  septembre  Monsieur  Gant. 
Tessier  y  remplacera  Bâche  qui  rentre  au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens. 
Au  même  théâtre,  on  donnera  le  Mariage  en  l'air,  opérette  de  SI.  Déja- 
zet, jouée  au  théâtre  Lyrique  en  1852.  Mlle  Géraldine  chantera  le  rôle 
créé  par  Mlle  Guichard.  Nous  reverrons  également  Pianella,  la  charmante 
opérette  de  M.  Flotow,  dont  le  succès  a  été  interrompu  par  la  fermeture 
du  théâtre. 

»%  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout 
genre  pendant  le  mois  de  juillet,  se  sont  élevées  â  la  somme  de  932,81 3  fr. 
79  c,  ce  qui  constitue  une  différence  de  87,356  fr.  43  c.  en  moins  sur 
le  mois  de  juin  précédent. 

,%  Le  théâtre  de  Bologne  fait  de  grands  préparatifs  pour  monter  di- 
gnement le  Prophète.  On  sait  que  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  sera  in- 
terprété par  Mme  Borghi-Mamo  et  M.  et  Mme  Barbot. 

**»  La  réouverture  du  théâtre  de  X Oriente,  à  Madrid,  aura  lieu  le  1  "'  ou 
le  2  octobre.  Voici  la  composition  de  la  troupe  engagée  par  le  direc- 
teur :  Prime  donne  :  Mmes  Julienne  Dejean,  Charton-Demeur,  Sarolta  , 
Méric-Lablache,  Calderon  ;  tenori  :  MM.  Fraschini,  Morini,  Ronzi  ;  bari- 
toni  :  MM.  Giraldoni,  Marra;  bassi  :  MM.  Bouché,  Manfredi  ;  buffo  co- 
mico  :  M.  Rovere. 

**„.  S'il  faut  en  croire  le  journal  Trovatore,  le  nombre  des  chanteurs 
et  des  cantatrices  est  aujourd'hui  en  Italie  de  1,730.  Sur  ce  chiffre  il  y 
a  44  0  prime  donne,  330  ténors,  280  barytons,  160  basses-tailles,  80  bouf- 
fes, etc.  En  outre  l'Italie  possède  1,670  danseurs  et  danseuses,  à  savoir: 
180  premières  danseuses  di  rango  francese,  220  premières  danseuses  di 
rango  italiano;  110  premiers  danseurs,  970  danseurs  et  danseuses  mezzo 
carattere,  40  maîtres  de  ballet. 

t*t  S.  Exe.  M.  de  Sabouroff  vient  d'engager,  pour  les  théâtres  de 
Moscou  et  de  Saint-Pétersbourg,  une  jeune  artiste,  Mlle  Lagramanti, 
pour  tenir  en  second  les  rôles  de  contralto. 

.„*,t  L'orphéon  a  tenu  dimanche  dernier  sa  seconde  séance  solennelle, 
devant  un  auditoire  aussi  nombreux  qu'à  la  première.  Bien  n'avait  été 
changé  au  programme.  Les  divers  morceaux  ont  été  exécutés  dans  le 
môme  ordre  et  n'ont  pas  produit  moins  d'effet.  Les  exécutants,  enfants 
et  adultes,  dépassaient  le  chiffre  de  quinze  cents.  M.  le  préfet  de  la  Seine 
assistait  encore  à  cette  séance  et  a  donné  plusieurs  fois  le  signal  des 
applaudissements. 

„.*,,.  Le  grand  concert  offert  tous  les  ans  à  l'élégant  public  de  Bade, 
et  organisé  avec  un  luxe  princier  p?.r  M.  Bénazet,  aura  lieu  le  27  août. 
En  voici  le  programme  :  1°  Ouverture  des  Francs-Juges  de  M.  Berlioz; 
2°  fragments  du  premier  acte  d'Orphée,  de  Gluck,  chantés  par  Mme  Viar- 
dot  ;  3"  grand  concerto  en  ré  mineur,  composé  et  exécuté  par  M.  Vieux- 
temps;  4°  air  chanté  par  Itnger  ;  5°  cavatine  chantée  par  Mme  Carvalho  ; 
6°  chœur  et  ballet  des  sylphes  de  la  Damnation  de  Faust,  de  M.  Berlioz: 
les  soli  seront  chantés  par  MM.  Eberius  et  Oberhofer,  de  la  chapelle  du- 
cale de  Carlsruhe;  7°  adagio  et  finale  de  l'a  symphonie  en  si  bémol  de 
Beethoven;  8°  prélude  de  Bach,  avec  solo  de  violon,  chant  et  orchestre, 
arrangé  par  M.  Gounod  :  le  solo  de  chant  sera  chanté  par  Mme  Carva- 
lho; 9°  fragments  du  concerto  de  violoncelle  de  Molique,  exécutés  par 
M.  Jacquart;  10»  air  d'Orphée  (J'ai  perdu  mon  Eurydice),  chanté  par 
Mme  Viardot;  11°  h  roi  des  Aulnes,  de  Schubert,  chanté  avec  orchestre  par 
Roïer;  12"  ouverture  d'Eunjanthe,  de  Weber.  Les  chœurs  et  l'orchestre, 
composés  des  artistes  de  Bade,  de  la  chapelle  grand-ducale  de  Carlsruhe 
et  de  Strasbourg,  seront  dirigés  par  M.  II.  Berlioz. 

„*„  Dimanche  dernier  un  concours  d'orphéons  a  eu  lieu  dans  les 
Arènes,  à  Beaucaire.  Dix-sept  villes  s'y  étaient  donné  rendez-vous.  Elles 
formaient  quatre  divisions.  La  division  supérieure,  composée  des  sociétés 
d'Avignon,  a  remporté  un  prix  exceptionnel.  Les  trois  autres  divisions 
comptaient  les  villes  de  Pernes,  Sommières  et  Sorgues.  Sommières  a  ob- 
tenu le  premier  prix.  Dans  la  deuxième  concouraient  Arles,  Istres,  Mar- 
seillais Nîmes  et  Vauvert.  Marseillan  a  obtenu  la  médaille  d'or.  Les 
villes  de  Cette,  Alais,  fiivesargues,  Châteauneuf-Calcernier,  Courthezon, 


Maraussan,  Mouriès  et  Beaucaire  étaient  comprises  dans  la  troisième 
division,  dont  les  deux  premiers  prix  ont  été  obtenus  par  l'Orphéon  et 
la  Société  philharmonique  de  Cette. 

*%  Un  concoure  d'orphéons  aura  lieu  le  12  de  ce  mois  à  Tonneins 
(Lot-et-Garonne).' M.  A.  Elvvart,  invité  par  la  commission,  est  parti  pour 
aller  présider  cette  manifestation  chorale  à  laquelle  plus  de  vingt-cinq 
Sociétés  orphéoniques  doivent  prendre  une  part  active. 

t*t  Le,  Temps,  illustrateur  universel,  a  publié  dans  son  sixième  numéro 
Anila  Garibaldi.  légende  d'un  proscrit,  paroles  de  M.  Léon  llalévy, 
musique  de  A.  Elwart.  Nous  avons  eu  l'occasion  d'entendre  cette  mélo- 
die dans  une  réunion  particulière;  elle  était  chantée  par  Mlle  Angèle 
Cordier,  artiste  d'un  charmant  talent,  que  l'Opéra-Comique  où  elle  a 
fait  d'heureux  débuts  laisse  trop  dans  l'ombre. 

*%  Voici  le  programmé  de  la  solennité  musicale  qui  sera  donnée  le 
vendredi  24  août,  à  sept  heures  du  soir,  dans  la  grande  salle  du  Kursaal 
de  Wiesbaden,  par  Henri  Litolff,  avec  le  concours  de  Mlle  Emilie  Sehmidt, 
première  chanteuse  du  théâtre  Grand-Ducal  de  Hesse-Darmstadt  ;  Mme  L. 
de  Sievers,  de  Paris;  MM.  Cari  Formes,  Cari  Schneider  et  Auer,  violo- 
niste de  Vienne.  Première  partie:  1°  ouverture  A'Oberon  ,  de  Weber; 
2°  chœur  do  la  Flûte  enchantée,  de  Mozart  ;  3°  quatrième  concerto 
symphonique  pour  piano  et  orchestre  ;  a,  allegro  con  fuoeo;  b,  andante  re- 
ligiuso;  c,  scherzo,  exécuté  par  l'auteur,  M.  Litolff;  4°  grand  air  de  Titus, 
de  Mozart,  chanté  par  Mlle  Sehmidt  ;  5°  andante  et  finale  du  troisième 
concerto-symphonique  (  national  hollandais)  ,  exécutés  par  l'auteur , 
M.  Litolff.  —  Deuxième  partie  :  1°  les  Girondins,  ouverture  dramatique, 
de  Litolff;  V  air  de  la  Flûte  enchantée  :  O  Isis  et  Osiris,  de  Mozart,  chanté 
par  Ch.  Formes  ;  3°  marche  funèbre  et  rondo  du  concerto  pour  violon 
(Eroïca),  de  Litolff,  exécutés  par  M.  Auer  ;  4"  solos  pour  orgue  d'Alexan- 
dre avec  orchestre  ,  exécutés  par  l'auteur,  Mme  de  Sievers  ;  (  pour  la 
première  fois  en  Allemagne)  5°  fragments  de  l'opéra  inédit  Rodrigue  de 
Tolède:  a,  grande  scène  chantée  par  Mlle  Emilie  Sehmidt;  6,  scène  et 
finale  du  quatrième  acte,  chantés  par  Mlles  Emilie  Sehmidt,  Mlle  Neffer- 
dorf,  MM.  Ch.  Formes,  Ch.  Schneider  et  Chœur.  —  Le  piano  sort  des  ate- 
liers de  la  maison  Erard  ;  l'orgue  est  de  la  maison  Alexandre  père  et  fils. 

./■„,  Parmi  les  brochures  inspirées  par  l'expédition  des  orphéonistes 
français  en  Angleterre,  nous  citerons  celle  qui  a  pour  titre  :  Le  voyage 
comique  et  orphéonique  des  trois  mille  Français  à  Londres,  par  Benjamin 
Gastineau,  et  le  Festival  de  Londres  et  l'Orphéon  dunkerquois . 

„*»  Mercredi  dernier,  8  août,  le  mariage  de  M.  Henri  Wieniavvski 
avec  Mlle  Isabelle  Bessie-IIampton  a  été  célébré  en  l'église  Saint-André 
(cité  d'Anlin). 

4*s  La  Liedcrlafel  de  Mayence  vient  d'accorder  le  diplôme  de  membre 
honoraire  au  célèbre  baryton  Stockhausen  qui,  au  deuxième  concert 
du  dernier  festival,  s'est  si  gracieusement  offert  à  remplacer  M.  Kin- 
dermann  pris  d'un  enrouement  subit. 

»%  S.  M.  la  reine  d'Espagne  a  fait  remettre  à  D.  Alard,  le  célèbre 
violoniste,  la  croix  d'officier  de  l'ordre  de  Charles  III. 

t**  Bené  Favarger,  l'excellent  pianiste  compositeur  dont  les  ouvrages 
jouissent  d'une  vogue  exceptionnelle  en  Angleterre  et  en  France  ,  se 
trouve  à  Paris,  et  a  fait  entendre  cette  semaine,  dans  une.  réunion  in- 
time, ses  nouvelles  compositions.  Nous  y  avons  particulièrement  remar- 
qué deux  morceaux  d'une  grâce  exquise,  intitulés  :  Caliban  et  l'Escarpo- 
lette, ainsi  que  des  fantaisies  d'un  très-grand  effet  sur  les  Huguenots,  le 
Comte  Ory  et  Martha.  Nous  croyons  devoir  signaler  d'avance  aux  pianis- 
tes ces  morceaux,  qui  paraîtront  dans  quelques  semaines. 
-  J't  Les  parties  d'orchestre  de  l'ouverture  de  Pianella,  de  Flotow,  qui 
obtient  un  si  grand  succès  aux  concerts  Musard ,  viennent  de  paraî- 
tre. 

„*,,,  L'appareil  vocal,  dans  l'homme,  est  d'une  délicatesse  extrême  et 
d'une  excessive  susceptibilité;  de  là  les  affections  nombreuses  plus  ou 
moins  graves,  qui  attaquent  ce  précieux  organe  chez  les  personnes  que 
leur  position  astreint  à  en  faire  un  plus  fréquent  usage.  C'est  donc 
rendre  un  véritable  service  aux  prédicateurs,  aux  orateurs,  aux  profes- 
seurs, aux  chanteurs,  à  tous  ceux  qui  ont  l'habitude  de'parler  ou  de 
chanter  en  public,  que  de  leur  signaler  les  pastilles  du  docteur  Edmond, 
dont  l'efficacité  souveraine  a  été  reconnue  par  les  sommités  médicales 
pour  préserver  ou  guérir  do  l'aphonie,  de  l'enrouement,  de  toute  alté- 
ration de  la  voix,  quelle  qu'en  soit  la  cause,  et  qui  rendent  presque  im- 
médiatement à  l'appareil  vocal  sa  sonorité,  sa  pureté  et  toute  sa  fraî- 
cheur. 

„,*„.  M.  Touzé,  chanoine  honoraire  de  Reims,  vicaire  de  Saint-Gervais, 
auteur  de  plusieurs  compositions  distinguées,  a  voulu  payer  son  tribut 
à  l'intérêt  qu'inspirent  les  chrétiens  d'Orient;  sous  ce  titre  :  le  Deuil  de 
la  Syrie,  il  vient  de  publier  une  élégie  pleine  d'expression,  avec  accom- 
pagnement de  piano  et  d'orgue,  qui  se  vend  au  profit  des  malheureux 
de  ces  contrées,  et  qui  ne  peut  manquer,  sous  le  double  rapport  du  mé- 
rite et  de  la  charité,  de  trouver  de  nombreux  acquéreurs.  Elle  se  vend  au 
magasin  Brandus,  chez  Retté  et  C°. 

**„  La  bibliothèque  musicale  provenant  de  la  succession  de  feu  le 
professeur  Fischhoff,  à  Vienne,  a  été  achetée  pour  le  compte  de  la  bi- 
bliothèque de  Berlin.  Cette  riche  collection  ne  contient  pas  moins  de 
3,978  pièces. 


286 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


2*t  Depuis  le  9  août  les  Champs-Elysées  offrent  aux  visiteurs  de  cette 
belle  promenade  un  attrait  de  plus.  Après  huit  mois  de  séjour  à  Sébas- 
topol,  après  quatre  ans  de  travail,  M.  le  colonel  Langlois  vient  de  livrer 
à  la  curiosité  publique,  dans  l'immense  rotonde  construite  à  cet  effet  au- 
près du  palais  de  l'Exposition,  le  panorama  de  la  prise  de  MalakoQ'.  On 
se  souvient  encore  du  panorama  de  la  bataille  d'Eylau  qui  pendant  une 
période  de  plusieurs  années  captiva  l'attention,  nou  seulement  des  Pa- 
risiens, mais  encore  de  tous  les  étrangers  qui  venaient  visiter  la  capi- 
tale. La  prise  de  la  tour  de  Malakoff  offre  un  aspect  plus  saisissant  en- 
core. Placé  dans  la  tour  même,  sur  le  dernier  étage  que  les  Russes 
avaient  conservé  et  dans  lequel  ils  avaient  concentré  tous  leurs  moyens 
de  défense,  le  spectateur  embrasse  la  vue  entière  du  champ  de  bataille, 
des  armées  russes,  anglaise  et  française,  de  Sébastopol,  de  la  mer  Noire 
et  des  flottes  des  deux  nations  ennemies.;  il  assiste  à  tous  les  épisodes 
de  cette  lutte  sanglante  pour  la  reproduction  de  laquelle  le  colonel 
Langlois  a  rapporté  photographiés  tous  les  souvenirs  encore  récents  des 
lieux,  des  hommes  et  des  choses.  On  ne  peut  sans  l'avoir  vu  se  faire  une 
idée  de  la  vie  qui  anime  ce  gigantesque  tableau  et  des  détails  infinis 
qu'il  récèle.  Dimanche  dernier  dans  l'après-midi,  l'Empereur,  accom- 
pagné du  prince  impérial,  est  venu  le  visiter.  Le  maréchal  Pélissier  ac- 
compagnait Sa  Majesté  et  lui  a  expliqué  les  scènes  principales  de  cette 
page.  L'Empereur  vivement  intéressé  est  resté  plus  d'une  heure  au  pa- 
norama des  Champs-Elysées. 

***  Encore  quinze  jours  et  l'orchestre  Musard  aura  quitté  les  Champs- 
Elysées.  Comme  pour  se  faire  regretter  davantage,  ses  vaillants  artistes 
redoublent  d'ensemble  et  de  perfection;  et  jamais  ses  programmes  n'ont 
été  plus  variés.  On  peut  dire  que  c'est  lui  qui  a  fait  connaître  à  la  gé 
nération  actuelle  des  amateurs,  l'ouverture  d'Ohjmpie  ;  rarement  on  a 
mieux  exécuté  la  magnifique  Schiller-Marsch,  de  Meyerbeer,  et  chaque 
soir,  dans  le  genre  gracieux,  on  applaudit  la  mélodieuse  ouverture  de 
Flotow,  Pianella,  page  qui  figurerait  dignement  en  tête  d'un  opéra  en 
trois  actes.  Comme  tous  les  établissements  qui  comptent  sur  le  soleil, 
celui  de  M.  de  Besselièvre  a  été  rudement  éprouvé  par  l'inclémence  de 
la  saison;  mais  l'habile  et  intelligent  entrepreneur  ne  se  découragera 
pas,  car  il  a  doté  l'une  de  nos  plus  belles  promenades  d'un  attrait 
incontestable  et  qui  réunit  toutes  les  conditions  les  plus  heureuses  pour 
durer. 

„%  Une  place  de  violoncelle  étant  vacante  à  l'orchestre  du  théâtre 
impérial  de  l'Opéra,  un  concours  aura  lieu  le  vendredi  17  août,  à  neuf 
heures  du  matin.  Se  faire  inscrire  à  l'administration. 

„.*„,  Musard  annonce  pour  jeudi  prochain  un  grand  concert  extraor- 
dinaire au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie. 

%*%  Le  passage  Sandrié  et  les  maisons  environnantes  sont  en  pleine 
démolition  pour  faire  place  aux  constructions  de  la  nouvelle  salle  d'opéra. 
Le  Conseil  municipal  a  voté  à  l'unanimité  le  dernier  projet  qui  lui  a  été 
soumis  pour  cette  reconstruction. 

»%  Le  violoncelliste  Anton  Troeg,  autrefois  professeur  au  Conserva- 
toire de  Prague  et  en  dernier  lieu  attaché  à  l'orchestre  de  l'opéra  de  la 
Cour,  à  Vienne,  est  mort  dans  cette  capitale  à  l'âge  de  quarante-deux 
ans.  Parmi  les  nombreux  élèves  qu'il  a  formés  on  cite  Seifert,  a  Saint- 
Pétersbourg,  Ludovic  r.xver  et  Kortzer,  à  Brûnn. 

**„,  Le  24  juillet,  est  mort  à  Malines,  M.  Nicolas-Joseph  Mathieu  (né  à 
Champton,  le  24  janvier  1816),  professeur  de  musique  à  Louvain,  ancien 
élève  du  Conservatoire  de  Bruxelles,  où  il  remporta  le  premier  prix  de 
chant,  en  1840,  ancienne  basse-taille  au  théâtre  de  la  Monnaie,  ancien 
directeur  du  théâtre  royal  d'Anvers.  11  s'est  suicidé  en  se  précipitant 
sur  les  rails  du  chemin  de  fer  à  Malines.  au  moment  de  l'arrivée  du 
convoi. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

t*t  Bordeaux,  6  août.  —  Des  expériences  curieuses  ont  eu  lieu  jeudi, 
2  août  dans  les  salons  de  l'Académie  impériale  de  Bordeaux,  en  présence 
d'une  nombreuse  réunion.  Elles  avaient  pour  objet  la  démonstration  de 
la  méthode  de  M.  Sudre,  inventeur  de  la  langue  musicale  et  de  la  télé- 
phonie. On  sait  que  M.  Sudre  s'est  proposé  de  doter  l'humanité  d'une 
langue  nouvelle  et  universelle,  et  il  n'est  assurément  pas  un  homme 
sérieux  qui  mette  en  doute  l'utilité  de  la  solution  d'un  pareil  problème. 
L'inventeur  qui  avait  M""  Sudre  pour  gracieuse  interprète,  a  développé 
de  la  manière  la  plus  claire  et  laplus  satisfaisante  son  ingénieux  système 
de  communication.  Par  des  expériences  concluantes  il  a  prouvé  que  dé- 
sormais les  aveugles  avaient  une  langue  commune  avec  les  muets,  et 
qu'indépendamment  de  la  transmission  des  ordres  militaires  qu'il  opère 
avec  une  extrême  facilité,  son  système  s'appliquait  même  à  la  re- 
production dos  noms  propres.  Dans  cette  séance,  qui  dura  une  heure 
environ,  l'Académie  ne  cessa  de  donner  à  l'inventeur  des  marques  de  la 
plus  vive  satisfaction.  Nous  concevons  que  M.  le  baron  de  Uumboldt, 
après  avoir  assisté,  en  1854,  à  Berlin,  a  plusieurs  séances  données  par  le 
célèbre  inventeur,  terminât  ainsi  une  de  ses  lettres  :  «....  Je  mo  hâte  de 
»  vous  transmettre  cette  nouvelle  en  vous  renouvelant  l'expression  de 
»  l'admiration  qui  est  due  a  votre  puissant  talent  inventif  et  combi- 
»  notoire ,  » 


***  Boulogne-sur-Mer .  —  11  y  aura  lundi,  13  août,  à  l'établissement  des 
bains,  concert  donné  par  M.  lîeichardt.  On  y  entendra  M"»  Alboni,  la  cé- 
lèbre cantatrice;  Benedict,  le  grand  compositeur,  qui  accompagnera  et 
jouera  un  solo  de  piano;  Paque,  le  violoncelliste;  Louis  Engel,  le  propa- 
gateur de  l'harmonium,  et  le  bénéficiaire  lui-même,  le  favori  delà  ville, 
qui  chantera  sa  charmante  romance:  Oh\  belle  étoilel  Oh  !  doua;  regard  ! 
[Thouart  sonear)  et  Comment  est-ce  arrivé  ?  romance  d'Engel,  popularisée 
à  Londres  par  Jules  Lefort.  — Les  visiteurs  de  distinction  abondent  ici  : 
dans  le  nombre  il  faut  citer  Lablache,  fils  du  grand  chanteur,  et  l'un  des 
premiers  professeurs  de  chant  â  Londres;  Moschelès  et  sa  fille,  celle-ci 
pianiste  remarquable,  quoique  amateur  ;  la  duchesse  de  Bassano,  et 
beaucoup  d'Anglais  des  premières  familles  des  trois-royaumes. 

„,*.,  Fête  de  l'exposition  bisontine-  Un  concours^musical  aura  lieu  à  Besan- 
çon le  23  septembre  prochain  et  sera  suivi  le  lendemain,  24,  d'un  grand 
festival  destiné  à  clôturer  les  fêtes  de  l'exposition,  et  qui  sera  donné 
sur  la  promenade  de  Chamars.  Les  sociétés  chorales,  les  fanfares  et  mu- 
siques d'harmonie  de  France  et  de  l'étranger,  qui  désireront  prendre 
part  à  ce  concours,  devront  se  faire  insciire  â  la  mairie  de  notre  ville 
avant  le  b  septembre.  Chacune  d'elle  aura  à  faire  connaître:  4°  son 
nom  comme  société;  2"  sa  résidence;  3°  le  nombre  de  ses  membres 
exécutants;  4°  le  nom  de  son  chef;  S"  la  division  dans  laquelle  elle 
désire  concourir.  Le  tirage  au  sort  pour  l'ordre  d'audition  dans  le  con- 
cours aura  lieu  le  6  septembre,  à  l'hôtel  de  ville  de  Besançon.  Chaque 
société  appelée  à  concourir  pourra  s'y  faire  représenter.  Pour  tous 
autres  renseignements,  s'adresser  à  M.  le  maire  de  Besançon,  président 
de  la  commission  de  l'exposition . 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 

„**  Londres,  8  août.  —  Le  théâtre  royal  italien  de  Covent-Garden  a 
brillamment  terminé  la  saison  avec  le  Prophète.  Ce  chef-d'œuvre,  admi- 
rablement rendu  par  Tamberlick  et  Mme  Czillag,  avec  un  orchestre  et 
des  chœurs  d'un  mérite  supérieur,  une  mise  en  scène  splendide,  a  eu  les 
honneurs  de  la  saison.  Dans  les  rôles  secondaires,  Neri-Baraldi  s'est 
particulièrement  distingué.  La  saison  s'est  composée  de  56  représenta- 
tions :  sur  ce  nombre,  Meyerbeer  en  a  eu  19;  Bellini,  5  ;  Flotow,  /j; 
Bossini,  4;  Beethoven,  4;  Gluck,  4;  Verdi,  3;  Donizetti,  3,  etc. — 
Mlle  Artot  va  se  marier,  dit-on,  à  M.  John  Thomas,  harpiste  de  la  reine, 
jeune  artiste  plein  de  talent  et  d'avenir. 

***  Bruxelles.  —  Un  compositeur  distingué,  M.  Bordèse,  est  en  ce 
moment  à  Bruxelles,  où  il  a  été  admis  à  l'honneur  de  présenter  à 
Mgr  le  duc  de  Brabant  la  messe  solennelle  qu'il  a  composée  pour  le 
baptême  du  compte  de  Hainaut.  —  M.  Bordèse  vient  de  terminer  pour 
la  maison  Schott  frères,  sous  le  titre  de  l'Esprit  et  le  Cœur,  une  opérette 
en  un  acte,  spécialement  composée  pour  être  exécutée  dans  les  salons, 
ou  dans  les  pensionnats.de  demoiselles.  Elle  n'exige  que  le  concours  de 
quatre  demoiselles  et  ne  nécessite  point  de  grands  frais  de  décors.  Le 
sujet  en  est  charmant  et  l'ouvrage  est  de  M.  A.  Flan,  l'auteur  de  tant  de 
ravissantes  productions.  Quant  à  la  musique,  elle  ne  le  cède  en  rien  â  ce 
que  M.  Bordèse  a  composé  de  plus  frais  et  de  plus  gracieux.  L'opérette 
comporte  en  tout  une  ouverture,  une  cavatine,  un  air  et  une  romance, 
un  duetto  et  un  duo,  le  tout  terminé  par  un  finale  du  plus  grand  effet. 

%*tSpa.  —  La  soirée  musicale  que  nous  avions  annoncée  et  à  laquelle 
devaient  concourir  Mme  Miolan-Carval.ho  et  Jehin  Prume,  a  eu  lieu  le 
27  juillet,  et  elle  avait  attiré  non-seulement  toute  la  société  d'élite  qui 
peuple  en  ce  moment  notre  ville,  mais  encore  un  grand  concours  d'a- 
mateurs des  localités  environnantes.  L'éminente  cantatrice  a  chanté 
quatre  morceaux,  le  grand  air  du  Pré  aux  Clercs,  l'air  de  l'abeille,  de 
la  Reine  Topaze,  la  romance  des  Noces  de  Figaro  et  l'air  d'Actéon.  Dans 
chacun  de  ces  morceaux,  d'un  genre  différent,  elle  a  déployé  cette  ad- 
mirable méthode,  cette  douceur,  cette  suavité  exquise  des  demi-teintes 
dont  elle  possède  seule  le  secret.  Aussi  a-t-elle  soulevé  les  applaudis- 
sements les  plus  enthousiastes,  surtout  lorsqu'avec  une  grâce  char- 
mante elle  a  répété  la  chanson  de  l'Abeille  et  l'air  des  Noces. 
M.  Jehin-l'rume,  notre  jeune  compatriote,  déjà  digne  du  nom  que 
lui  a  transmis  son  oncle,  s'est  fait  entendre  dans  une  fantaisie  de 
sa  composition.  On  a  vivement  applaudi,  son  jeu,  l'habileté  de  ses 
doigts  et  la  facilité  avec  laquelle  il  triomphe  des  plus  grandes  difficultés. 
—  Pour  demain,  10  août,  est  annoncé  le  concert  de  Vivier,  avec  le  con- 
cours de  Mlle  François  et  de  Franco-Mendés,  et  pour  le  22,  nous  au- 
rons une  fête  qui  aura  du  retentissement:  car  elle  est  donnée  pour 
l'inauguration  d'une  nouvelle  promenade,  que  l'édilité  spadoise  a  baptisée 
de  promenade  Meyerbeer.  C'est  M .  Féchevin  Servais  qui  en  a  fait  la 
proposition  dans  les  termes  suivants:  «  Parmi  les  visiteuis  célèbres  qui 
honorent  notre  ville  de  leur  présence,  aucun  ne  nous  a  été  plus  fidèle 
et  n'est  entouré  d'une  gloire  plus  universelle  que  Meyerbeer.  l'un  des 
plus  grands  artistes  de  l'époque.  Depuis  irente-deux  ans  que  l'illustre 
maître  vient  ù  Spa,  nos  montagnes  qu'il  affectionne  tant,  lui  ont  inspiré 
plus  d'un  de  ces  chants  tour  â  tour  énergiques  et  suaves  qui  font  les 
délices  du  inonde  musical.  Nous  pouvons  sans  témérité  revendiquer  un 
peu  comme  nôtre  ce  brillant  génie,  car  on  sait  généralement  qu'il  n'est 
pas  une  de  ses   productions,  à   partir  du  succès  populaire   et  toujours 


DE  PARIS. 


287 


jeune  de  Iiob~rt  le  Diable  jusqu'à  sa  dernière  création,  le  Pardon  de  Pluër- 
mel,  qui  n'ait  reçu  son  germe  ou  qui  ne  se  soit  développée  parmi  nous. 
La  promenade  Meyerbeer  rappellera  à  chaque  pas  les  œuvres  du  grand 
maître  :  Ici,  le  repos  d'Alice  ;  là,  le  pont  de  Bertram  ;  plus  loin,  la  cas- 
cade de  Ploërmel,  le  Ibosquet  de  Dinorah,  etc.  Ce  monument,  taillé  en 
pleine  nature,  n'aura  pas  la  destinée  de  bien  d'autres  plus  solides  en 
apparence  ;  loin  de  subir  les  outrages  du  temps,  il  aura  l'avantage  de 
grandir  et  de  reverdir  à  chaque  printemps.  Ce  sera  comme  la  musique 
éternellement  belle  de  Meyerbeer,  à  qui  vous  consacrerez  ce  souvenir.  » 
Le  conseil  communal  a  adopté  par  acclamation  la  proposition  de 
M.  Servais. 

***  Berlin. —  Le  19  juillet,  jour  anniversaire  de  la  mort  de  la  reine 
Louise  de  Prusse,  a  eu  lieu  une  solennité  funèbre  à  l'église  Louise  (Luisen- 
Iîirche)  ;  on  y  a  exécuté  des  fragments  de  Paulus  et  du  Messie,  et  le 
Requiem,  de  Mozart  —  La  célèbre  prima  donna,  Mme  Jachmann-Wagner, 
est  partie  pour  Varsovie,  où  elle  est  engagée  pour  une  série  de  repré- 
sentations. —  Orphée  aux  enfers,  par  Offenbach,  en  est  à  la  30e  repré- 
sentation. —  Le  2  août  les  représentations  ont  repris  au  théâtre  royal 
de  l'Opéra;  on  avait  choisi  pour  cette  solennité,  la  Lampe  merveilleuse, 
ballet  du  Hoguet. 

**,,.  Mayence. —  Le  premier  concert  du  festival  du  Miltel-Rhein  (Rhin 
central)  a  eu  lieu  le  22  juillet.  Dès  14  heures  du  matin,  la  salle  était 
comble.  Bientôt  parurent  le  roi  Louis  de  Bavière,  le  grand-duc  et  la 
grande-duchesse  de  Hesse,  qui  prirent  place,  avec  leur  suite,  dans  la  loge 
qui  avait  été  construite  pour  les  recevoir.  Aussitôt  la  solennité  commença 
par  l'ouverture  que  Beethoven  écrivit,  en  1822,  pour  la  fête  de  l'empe- 
reur d'Autriche.  L'oratorio,  Israël  en  Egypte,  chef-d'œuvre  qui  renferme 
des  beautés  du  premier  ordre,  f«t  exécuté,  ainsi  que  l'ouverture,  avec 
une  précision  et  une  verve  qui  électrisèrent  l'auditoire.  Presque  tous  les 
morceaux  furent  bissés.  Le  duo  des  basses  (MM.  Kindermann  et  Beckerj, 
dans  la  deuxième  partie,  reçut  une  triple  salve  d'applaudissements.  Les 
solistes,  Mme  Dustmann-Meyer,  de  Vienne  ;  Mlle  Schreck,  de  Bonn  ; 
M.  Schnorr  de  Carolsfeld,  de  Dresde,  eurent  également  leur  part  des  té- 
moignages de  sympathie  du  public.  A  une  heure,  après  le  concert,  une 
promenade  en  bateaux  eut  lieu  sur  le  Rhin.  Les  chanteurs,  les  canta- 
trices, les  artistes  invités  s'embarquèrent  à  bord  de  quatre  magnifiques 
steamers  pavoises  ;  un  cinquième  avait  été  réservé  pour  le  roi  de  Ba- 
vière, le  roi  de  Hollande,  le  grand-duc  et  la  grande-duchesse  de  Hesse  et 
les  personnes  qui  les  accompagnaient.  Chaque  embarcation  avait  son 
orchestre  ;  cette  harmonieuse  Armada  se  mit  en  mouvement  au  bruit 
des  instruments  et  du  canon.  Partout  sur  son  passage  les  populations 
rassemblées  sur  les  bords  du  fleuve  saluaient  la  flottille  de  leurs  acclama- 
tions ;  des  barques  nombreuses,  ayant  à  bord  des  réunions  de  chant, 
venaient  la  rejoindre.  Le  soir,  au  retour,-  des  fusées  partirent  des  di- 
verses embarcations,  etc.  A  10  heures  du  soir,  la  flotte  rentra  dans  le 
port  de  Mayence  ;  une  brillante  assemblée  dans  les  salons  du  grand-duc 
de  Hesse  termina  cette  fête  magnifique.  —  Le  23  juillet  a  eu  lieu  le 
deuxième  concert  du  festival.  On  y  a  exécuté,  entre  autres,  la  sympho- 
nie en  ut  mineur  de  Beethoven,  et  la  Première  nuit  de  Walpurgis,  par 
Mcndelssohn.  Le  solo  de  basse-taille  a  été  chanté  par  Stockausen  ;  le 
célèbre  chanteur,  qui  assitait  à  la  solennité,  s'était  offert  à  remplacer 
M.  Kindermann,  qui  venait  d'être  pris  d'un  enrouement  subit  :  inutile 
d'ajouter  que  la  reconnaissance  du  public  s'est  manifestée  à  plusieurs 
reprises  par  des  applaudissements  mérités  à  tous  égards.  A  la  fin  du  con- 
cert les  vivat  répétés  de  l'auditoire  accompagnés  des  fanfares  de  l'or- 
chestre, ont  salué  le  maître  de  chapelle  Marpurg,  qui  avait  organisé  et 
dirigé  le  festival  avec  autant  de  zèle  que  de  talent. 

t%Beme.  —  Le  festival  a  duré  deux  jours.  Dans  léchant  artistique, 
c'est  l'Harmonie  de  Zurich  qui  a  obtenu  le  premier  prix.  Les  autres  prix 
ont  été  accordés  à  la  Liedertafel  de  Baie,  à  celles  de  Berne,  de  Coïre  et 
de  Saint-Gall.  Dans  le  chant  populaire  pour  voix  d'hommes,  Rappors- 
will  a  emporté  le  premier  prix,  Bâle  le  deuxième  prix. 

„*„  Vienne. —  A  la  suite  des  examens  des  élèves  du  Conservatoire,  a 
eu  lieu  la   distribution  des   prix.  Pendant  la   dernière   année  scolaire, 


336  élèves  ont  suivi  les  cours  :  sur  ce  nombre,  7  ont  reçu  des  médailles 
d'argent  ;  il  y  a  eu,  en  outre, '21  prix  et  72  mentions  honorables. 

**„  Sakbourg. —  Le  Mozartéum  est  une  réunion  d'artistes  salariés,  qui, 
sous  la  direction  du  célèbre  compositeur  M.  Faux,  exécute  tous  les  di- 
manches et  jours  de  fête  des  messes,  des  vêpres,  des  litanies  et  autres 
morceaux  de  musique  religieuse  de  Mozart,  Beethoven,  Joseph  et  Michel 
Haydn,  Hummel,  Aiblinger,  Eybler,  Drobiseh,  Nikolaï,  Reissiger.  Le  di- 
recteur, M.  Faux,  a  écrit  plusieurs  messes  d'un  beau  style  et  une  litanie 
en  ut  majeur  pour  quatre  voix  et  orchestre  ;  nous  avons,  en  outre,  la 
chapelle  de  l'église  collégiale  de  Saint-Pierre  ;  cette  chapelle  est  un  peu 
déchue  de  son  ancienne  renommée,  qui  avait  atteint  son  apogée  de 
1842-50.  Durant  ces  huit  années,  le  célèbre  compositeur,  chevalier 
Neukomm,  venait  passer  l'été  auprès  d'un  ami  de  sa  jeunesse,  l'abbé 
Nagenzaun,  et  y  dirigeait  l'exécution  de  ses  propres  œuvres.  Le.  cha- 
pitre de  Saint-Pierre  conserve  plusieurs  de  ces  compositions  en  ma- 
nuscrit. 

**.<,  Hambourg.  —  Dans  une  fort  bonne  représentation  des  Hugue- 
nots, nous  avons  eu  occasion  d'apprécier  le  talent  remarquable  de 
Mlle  Schmidt,  de  Darmstadt,  qui  a  joué  et  chanté  le  rôle  de  Valentine 
de  manière  à  mériter  plusieurs  fois  les  honneurs  du  rappel. 

„.%  Cologne.  —  Le  28  juillet,  la  Société  italienne  Mérelli  a  commencé 
une  nouvelle  série  de  six  représentations  :  elle  jouera  le  Barbieièik  Sé- 
ville,  Don  Juan,  Lucrèce  Borgia,  le  Mariage  secret  et  Don  Pasquale. 

,%  Wiesbaden.  —  Seligmann  est  attendu  pour  le  festival  du  17  cou- 
rant. 

%*#  Ems.  —  Notre  ville  est  en  ce  moment  le  rendez-vous  de  l'aristo- 
cratie de  tous  les  pays.  —  Elle  assistait  hier  à  un  brillant  concert 
donné  par  Henri  Herz,  Mlle  de  la  Morlière  et  Mlle  Marie  Cruvelli.  Herz  a 
merveilleusement  joué  un  grand  concerto  et  trois  de  ses  plus  belles  fan- 
taisies. Mlle  de  la  Morlière  a  chanté  avec  beaucoup  d'art  et  le  plus 
grand  succès  deux  romances,  le  Brindisi  d' Herculanum  et  la  sérénade  de 
Cil  Blas.  Mlle  Cruvelli  a  dit  un  grand  morceau  de  Titus,  de  Mozart,  et 
deux  autres  morceaux.  Déjà  au  kursaal  nous  avions  entendu  les  frères 
Lionnet,  Alfred  Jaell,  Louis  Jung,  M""'  Burde-Ney,  une  étoile  allemande, 
et  Laub,  le  premier  violon  d'Allemagne.  Nous  attendons  maintenant  Vi- 
vier, Geraldi,  Piath,  Mme'  Cambardi,  Saint-Urbain,  etc.  —  Offenbach  nous 
a  quittés  ces  jours-ci  pour  retourner  à  Paris.  Il  était  venu  à  Ems  pour 
se  reposer,  et  il  a  trouvé  le  moyen  de  terminer  son  opéra-comique  en 
trois  actes  ,  le  Roi  Barhouf,  paroles  de  Scribe  et  Boisseaux,  qui  va  entrer 
en  répétition. 

„,**  Graz.—  Le  compositeur  et  éditeur  de  musique  Cari  E vers  a  reçu 
la  croix  d'officier  du  Medschidié,  du  sultan,  auquel  il  avait  dédié  son 
recueil  de  Chansons  d'amour. 


AVIS. 

MM.  les  Directeurs  de  théâtre  sont  informés  que  la  Grande  Par- 
tition et  les  Parties  d'Orchestre  du  ïSwmssïas  a5'Ei*-5a-e ,  opéra- 
comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas  et 
de  Leuven,  musique  de  M.  Ambroise  Thomas,  viennent  de  paraître 
chez  MM.  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu, 
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Offenbach 3 

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et  musique  de  Gaultier 3 


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perfectionnement . 

Instruments  Saxpmnitonique».  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iupport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trons  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  Corme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  c'te  seulejient  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1336.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Hue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayctte,  a  Paris. 


11» 


■  facture     de 


pianos,  iS,  rue  de  la 


MAISON  H.  HERZ 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  d 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u 
nanimité  des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia 
nos  de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  oi 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


:  chez  A.  IKELMEH  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Iîougemont. 


MUSIQUE    DE    CHANT 

MANGEANT. 

Les  Refrains  baroques,  ronde 2  50 

La  Plaine  des  Vertus,  ronde 2  50 

HIGNARD. 

Le  Nouveau   Pourceauynac ,  partition  in-8°, 

pour  piano  et  chant net    6    » 

Romances  pour   pensionnats,  par 

BLANCHARD. 

Dodo,  l'enfant  do,  romance 2  50 

Entrez  dans  la  danse,  romance 2  50 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette  2  50 

Madame  est  sur  la  sellette,  id.  2  50 

Pigeon  vole,  valse-chansonnette 2  50 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.  2  50 

Les  Maisonnettes,  id.  2  50 

Monsieur  Jeudi,  id.  2  50 

Fi,  le  gourmand,  id.  2  50 

Les  Jours  gras  de  Madame, 

Quadrille   pour   piano,   par 
SYLVAIN    MANGEANT. 

A  2  mains h  50  —  Ai  mains 4  50 

Pour  orchestre 9     » 


C'AIT!1!  TTA  facteur  de  pianos,  médaille  d'or, 
oUUlLlllU  Exposition  IS49;  Médaille  de  l" 
classe  Exposition  universelle  1S55.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Ex- 
positions, des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
ISagusin,  rue  Uontmart re,  ICI. 


Exposition  nationale  française  de  1840. 

DÉCORATION  DE  LU  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1840. 

1 ,c  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


IANOFACTDRE  D'INSTRUMENTS  DE  MDSIQOE  EN  CDIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAU 


MMQIzW, 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


1"  méiliiille 
Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE     0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 

Grnndc  iiicdjiille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


Seule  si-iHiiii'   médaille 


Seule  ai'Hiiile  médaille  d'Honneur   a  l'Exposition  universelle  de  Paris  (SS55) 

(t'nuttcil  IfBeiial)  à  l'Exposition  universelle  de   Londres  (1*51). 
Organisiteur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  h  Garde  impériale. 

INVENTEUR   DES    VANILLES    DES 

CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 


SAX-TUBAS. 
SAXOPHONES. 


CLAIRONS-SAX. 
TROMBONES-SAX. 


SAXO-TROMBAS. 
SAXHORNS. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  1  S5î>. 
Tous  les  instruments  à  pistons   avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  i»5». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  i§5«. 


ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saso-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.    Flûtes,  Clarinettes,    Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


PARI».  —  lui  KmCRIE  CENTRALE 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N°  34. 


10  Août  1860. 


ON  S'ABONNE  I 

Dans  les  flernrtoments  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Mnrchnnds  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Bureaux  des  BU-ssngerics  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr, para» 

Départements,  llilgiquu  et  Suisse —    30  »       id. 


...    34  ..       id. 
Lu  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETT 


~^Mf>J\PJ>S\PjW^ 


SOMMAIRE.  —  Fragments  de  l'introduction  d'une  histoire  générale  de  la  musique 
(2°  fragment),  par  Fétis  père.  —  Piron  et  Rameau,  par  Adrien  tic  La 
Page. —  lievue  des  théâtres,  par  lï.  A.  D.  Sain  (Yves.  —  Nouvelles 
et  annonces. 


FRAGMENTS 

DE  L'INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

(Ouvrage   inédit.) 

Deuxième  fragment  (1). 

Vers  l'an  2500  avant  Jésus-Christ,  ou  deux  siècles  plus  tard,  sui- 
vant d'autres  calculs  chronologiques,  commença  la  grande  migration 
d'une  multitude  d'Indiens  septentrionaux.  Elle  s'avança  lentement 
vers  l'Ouest  et  le  Nord,  laissa  dans  l'Asie  mineure  des  colonies  qui 
furent  les  souches  des  populations  lydienne  et  phrygienne;  puis  elle 
entra  en  Europe  par  la  Tauride,  où  s'établirent  quelques  tribus  con- 
nues sous  le  nom  de  Cimmêriens.  Arrivés  sur  le  Danube,  les  Indo- 
Scythes, suivant  toute  probabilité,  se  partagèrent  en  trois  rameaux 
dont  un  se  dirigea  vers  l'Italie,  pendant  qu'un  autre  entrait  dans  les 
Gaules,  poussant  devant  lui  les  Ibères,  produits  d'une  migration  plus 
ancienne  sortie  de  l'Arménie.  Une  partie  de  ces  Ibères  se  réfugia  en 
Espagne,  et  l'autre  en  Italie,  vers  la  Sardaigre.  Le  troisième  ra- 
meau s'établit  d'abord  dans  la  Thrace,  puis  s'avança  progressivement 
dans  la  Grèce  et  la  peupla.  Les  premiers  habitants  de  la  Grèce  pro- 
duits par  ce  rameau  d'émigrants  ont  été  connus  sous  le  nom  de  Pé- 
lasges. 

Ces  Pélasges,  premiers  habitants  de  la  Grèce,  et  dont  le  nom  si- 
gnifie étrangers,  furent  civilisés  par  plusieurs  colonies  de  Phéniciens 
et  d'Egyptiens.  La  première,  sous  la  conduite  d'Inachus,  était  com- 
posée de  pasteurs  phéniciens,  égyptiens  et  arabes  :  elle  bâtit  Argos, 
vers  l'an  1970  avant  J.-C.  Cécrops,  à  la  tête  d'une  colonie  d'Egyp- 
tiens, aborda  dans  l'Altique,  et  y  jeta  les  fondements  des  bourgades 
dont  se  composa  plus  tard  Athènes.  Cadmus  fut  le  chef  de  la  troi- 
sième colonie,  entièrement  composée  de  Phéniciens  ;  il  s'établit  dans 
la  Béotie  en  l'année  1594  avant  l'ère  chrétienne  et  y  bâtit  la  ville 
de  Thèbes.  Enfin,  des  Egyptiens,  dirigés  par  Danaùs,  furent  la  qua- 
trième et  dernière  colonie.  Elle  arriva  dans  l'Argolide  en  1586.  Peu 
nombreuses,  et  trop  faibles  pour  songer  à  faire  des  conquêtes,  ces 
colonies  vécurent  en  bonne  intelligence  avec  les  Pélasges,  et  conlri- 

(1)  Voir  le  n°  27. 


buèrent  puissamment  aux  progrès  de  leur  civilisation.  Toutefois,  ceux- 
ci  n'apparaissent  dans  l'histoire  que  comme  un  peuple  dégénéré. 

A  l'égard  des  Pélasges  qui  s'étaient  dirigés  vers  l'Italie,  ils  y  en- 
trèrent par  le  Nord,  chassant  devant  eux  les  Ibères  qui  s'y  étaient 
retirés,  et  qui  passèrent  en  Sicile,  où  ils  furent  connus  sous  le  nom 
de  Sicani.  Quelques  tribus  de  ces  Pélasges  s'emparèrent  de  la  Sardai- 
gne,  puis  ils  s'avancèrent  dans  la  Toscane,  sous  le  nom  de  Thyrrènes 
ou  Thyrréniens.  Plus  tard,  ce  qui  resta  de  cette  population  fut  appelé 
Tasci  ou  Etrusques,  après  que  les  Rhasbnes,  nation  venue  des  Alpes 
tyroliennes,  les  eurent  vaincus  et  se  furent  mêlés  avec  eux.  Le 
royaume  d'ELrurie  ne  commença  qu'en  l'an  992  avant  l'ère  chré- 
tienne. 

Une  autre  colonie  de  Pélasges,  sortie  de  la  Grèce  sous  la  conduite 
d'OEnotrus,  s'était  fixée  dans  le  Latium  environ  1790  ans  avant  J.-C.: 
elle  y  fonda  la  monarchie  des  Sabins.  On  a  quelquefois  confondu 
cette  branche  pélasgique  avec  la  première  (celle  des  Thyrréniens),  et 
cette  erreur  a  jeté  quelque  confusion  dans  l'histoire  des  premiers 
temps  de  l'Italie.  Il  est  vraisemblable  que  les  colonies  thyrréniennes, 
s'avançant  progressivement  dans  l'Italie  méridionale,  peuplèrent  la 
Campanie,  l'Apulie  et  le  royaume  de  Naples,  jusqu'à  l'extrémité  de  la 
péninsule.  A  l'époque  de  l'invasion  des  Rhasènes,  une  partie  de  ces 
Thyrréniens  se  réfugia  en  Sicile,  y  prit  le  nom  de  Siculi,  et  se  mêla 
aux  Sicani,  qui  en  avaient  été  les  premiers  habitants.  En  dépit  des 
efforts  persévérants  des  érudits,  une  obscurité  profonde,  invincible 
environne  le  berceau  des  anciens  peuples  de  l'Italie,  tels  que  les 
Ombriens,  qui  occupaient  une  partie  de  la  Romagne  ;  les  Osques  de  la 
Campanie,  nation  civilisée  dont  la  langue  nous  est  connue  par  les 
tables  eugubines  et  par  quelques  inscriptions  ;  les  Auzones,  les  Eques 
et  les  Volsques,  qui  étaient  de  la  même  famille,  et  enfin  les  Samnites, 
qui  occupaient  une  partie  de  l'Àbruzze. 

Aux  temps  antérieurs  aux  époques  historiques  appartient  aussi  le 
rameau  indo-scythe  identique  avec  les  Pélasges  qui,  sous  le  nom  de 
Celtes,  pénétra  dans  les  Gaules,  en  remontant  le  cours  du  Danube,  et 
ne  put  s'avancer  qu'avec  lenteur;  car  les  contrées  qu'il  traversait  of- 
fraient encore  de  toutes  parts  les  traces  de  la  grande  catastrophe  di- 
luvienne, dans  de  vastes  marécages  d'un  abord  difficile  et  dangereux. 
De  grands  fleuves  et  des  rivières  considérables,  tels  que  le  Rhin,  le 
Rhône,  la  Saône,  la  Moselle  et  la  Meuse,  présentaient  de  sérieux  ob- 
stacles aux  mouvements  de  translation  de  ces  hommes  dépourvus  des 
ressources  de  la  civilisation.  Remonter  ces  fleuves  jusqu'auprès  de 
leur  source  était  sans  doute  leur  direction  ordinaire.  Aux  premiers 
temps  de  l'histoire,  nous,  voyons  la  nation  celtique  établie  dans 
une  grande  partie  des  Gaules,  sous  le  nom  de  Gais  ou  GacU,  traduit 


290 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


par  Galli  chez  les  écrivains  de  Rome,  et  dont  les  Français  ont  fait 
Gaulois.  . 

Arrêtons-nous  et  voyons  quelles  conséquences  nous  pouvons  tirer, 
pour  l'histoire  de  la  musique,  de  l'identité  d'origine  de  lous  les  peu- 
ples caucasiens,  de  ceux  de  l'Asie  mineure,  de  la  Grèce  et  d'une 
grande  partie  de  l'Europe.  Mais,  dira-t-on,  quelles  garanties  avons- 
nous  de  celte  identité  ?  Nous  l'avons  déjà  dit  :  il  ne  peut  y  avoir  de 
garantie  certaine  de  faits  antérieurs  à  toute  histoire  ;  mais  les  histo- 
riens de  l'antiquité  ont  recueilli  des  traditions  qui  remontent  jusqu'à 
l'enfance  des  nations.  Ces  traditions,  recueillies  avec  soin,  étudiées 
avec  persévérance,  et  controversées  par  des  érudits  d'une  haute  por- 
tée, ont  été  l'objet  de  mémoires  et  de  livres  où  se  trouvent  des  déve- 
loppements sur  ces  questions  délicates  qui  ne  peuvent  trouver  place 
ici  (1).  La  linguistique,  science  toute  moderne,  est  venue  prêter  son 
appui  aux  travaux  des  ethnologues.  11  y  a  longtemps  que  Leibnitz  a 
dit  que  l'origine  des  peuples  ne  se  révèle  que  par  les  affinités  des 
langues  ;  Klaproth  s'est  appuyé  sur  cette  grande  autorité  dans  son 
Asia  polyglotte  (2),  et  M.  Eichhoff  a  dit  avec  beaucoup  de  justesse  : 
«  L'histoire  des  langues  est  la  base  de  celle  des  nations.  Au  milieu 
»  des  épaisses  ténèbres  qui  couvrent  les  premiers  âges  du  monde, 
»  parmi  tant  d'erreurs  et  de  fables  dont  chaque  peuple  a  environné 
»  son  berceau,  elle  est  comme  un  fil  conducteur  qui  nous  dirige,  si- 
»  non  avec  certitude,  du  moins  avec  méthode  et  probabilité,  en 
»  marquant  dans  la  famille  humaine  des  analogies  et  des  différences, 
»  en  caractérisant  chaque  génération  successive,  et  en  signalant  sur 
»  le  sol  mobile  des  traces  de  son  rapide  passage,  que  tant  d'événe- 
»  ments  postérieurs  semblaient  avoir  effacé  sans  retour  (3).  »  Un  cor- 
tège imposant  d'autorités  se  présents  pour  constater  les  rapports  de 
la  langue  zend  des  Perses  avec  le  sanscrit,  qui  est  la  plus  ancienne 
des  langues  de  l'Inde  et  la  source  de  toutes  les  autres,  ainsi  que  les 
rapports  de  ces  langues  primitives  avec  les  idiomes  grec,  latin,  ger- 
maniques et  celtiques.  Les  auteurs  les  moins  favorables  à  la  commune 
origine  des  langues  européennes,  parmi  lesquels  on  remarque  l'histo- 
rien Niebuhr,  avouent  qu'elles  ont  des  points  nombreux  de  contact, 
et  que  dans  celles  qu'on  désigne  soùs  le  nom  ù.' indo-européennes,  on 
trouve  quelques  centaines  de  mots,  lesquels  servent  à  exprimer  les 
idées  élémentaires  et  les  choses  naturelles  en  rapport  avec  les  be- 
soins primitifs  de  l'homme,  dont  les  analogies. sont  évidentes.  Or,  ce 
sont  précisément  ces  points  de  contact  qui  doivent  se  rencontrer 
entre  des  peuples  issus  d'une  même  souche,  dont  la  séparation  s'est 
opérée  dans  des  temps  antérieurs  aux  idées  civilisatrices.  Par  les 
progrès  de  la  civilisation,  des  nouvelles  idées  se  produisent,  des  faits 
nouveaux  se  manifestent  de  jour  en  jour,  et  les  langues  s'enrichissent 
de  mots  destinés  à  leur  désignation.  C'est  dans  ces  mots  nouveaux 
que  les  analogies  disparaissent  entre  les  langues,  et  que  chacune  prend 
un  caractère  particulier. 

Ce  rapide  résumé,  fait  dans  le  but  déterminé  de  notre  ouvrage,  ne 
peut  présenter  qu'une  indication  sommaire  des  rapports  primitifs  des 
religions  des  peuples  anciens  qui  appartiennent  à  la  race  blanche.  Chez 
tous,  le  principe  fondamental  est  le  panthéisme,  à  l'exception  de  la 
famille  hébraïque,  qui  s'éleva  jusqu'à  la  connaissance  d'un  seul  Dieu 
créateur  de  l'univers.  Chez  les  Hindous,  les  Egyptiens,  les  Phéniciens, 
les  Grecs,  les  Etrusques,  les  Romains,  les  nations  germaniques  et  slaves, 
enfin  chez  les  Celtes,  le  panthéisme  se  combine  avec  l'idolâtrie,  et 
chez  les  plus  anciens  de  ces  peuples,  avec  la  doctrine  de  l'incarnation. 

(1)  Los  ouvrages  les  plus  importants  sur  cette  matière  sont  indiqués,  et  les  opi- 
nions discutées  dans  les  notes  de  notre  introduction  a  l'Histoire  générale  de  la 
mimique;  notes  trop  multipliées  et  trop  étendues  pour  la  place  réservée  à  ces  frag- 
ments. 

(2)  Dans  la  préface  de  la  deuxième  édition.  Paris,  1831. 

(3)  ParolUle  des  langues  de  l'Europe  et  de  l'Inde.  Paris,  1830,  in-4°,  p.  7-8. 


L'analogie  de  conformation  physique,  les  traditions  historiques,  les 
affinités  de  langues,  le  rapport  des  idées  fondamentales  sur  lesquelles 
reposent  les  formes  des  anciennes  religions,  et  les  monuments  les  plus 
antiques  se  réunissent  donc  pour  démontrer  l'origine  commune  de  tous 
les  peuples  qui  appartiennent  à  la  race  blanche,  et  pour  donner  toute 
la  probabilité  désirable  de  la  filiation  indiquée  précédemment  de  ces 
peuples,  les  seuls  qui  ont  reçu  de  Dieu  les  facultés  nécessaires  pour 
progresser  sans  relâche  dans  la  science  et  vers  le  but  moral  de  leur 
existence,  comme  aussi  pour  se  transformer  incessamment  dans  la  cul- 
ture de  l'art.  Une  dernière  considération,  non  moins  générale,  non 
moins  importante,  va  se  réunir  aux  autres  pour  achever  de  constater 
l'identité  de  cette  race,  et  la  filiation  des  peuples  qui  en  sont  issus  : 
nous  voulons  parler  des  rapports  primitifs  qui  existent  dans  la  con- 
ception des  systèmes  musicaux  chez  les  nations  indo-caucasiennes , 
rapports  non  moins  évidents  que  ceux  de  langues,  et  qui  sont  les  bases 
réelles  de  l'histoire  de  l'art. 

C'est  une  opinion  généralement  admise  que  la  disposition  des  sons 
connue  aujourd'hui  dans  la  musique  des  peuples  européens,  et  dont 
nos  gammes  majeure  et  mineure  présentent  les  formules,  est  le  pro- 
duit d'une  loi  fondamentale,  immuable,  et  que  la  musique  diatonique, 
c'est-à-dire  celle  dont  les  sons  se  suivent  à  de  certains  intervalles 
appelés  tons  et  demi-tons,  est  la  musique  de  la  nature.  Suivant  la 
doctrine  des  théoriciens  et  des  historiens  de  l'art,  celte  conception 
des  rapports  des  sons  aurait  précédé  toutes  les  autres.  Quelle  que 
soit  l'opposition  qu'on  ait  à  redouter  en  attaquant  des  idées  si  bien 
enracinées,  nous  n'hésitons  pas  à  déclarer  qu'elles  sont  absolument 
contraires  aux  vérités  qu'enseignent  des  monuments  d'une  antiquité  et 
d'une  autorité  certaines.  Non-seulement  la  musique  diatonique  n'est 
pas  la  plus  ancienne  dont  on  a  fait  usage,  mais  on  peut  démontrer 
qu'aucun  des  peuples  de  l'antiquité  ne  l'a  connue  originairement  et 
que  la  plupart  en  ont  toujours  ignoré  l'existence.  Il  n'est  pas  difficile 
d'établir  par  des  preuves  aussi  incontestables  que  celles  des  affinités 
des  langues  l'existence  d'un  système  d'intervalles  de  sons  autre  que 
le  diatonique  chez  tous  les  peuples  primitifs,  et  de  faire  voir  avec 
évidence  quels  ont  été  les  modes  de  transformations  par  lesquels  on  a 
été  conduit  progressivement  de  ce  système  primordial  au  système 
diatonique  perfectionné  de  la  musique  moderne. 

Les  traités  de  musique  les  plus  anciens  et  les  plus  authentiques  que 
nous  trouvons  dans  la  littérature  sanscrite  démontrent  que  le  système 
antique  de  celte  musique  était  intimement  lié  aux  idées  religieuses  des 
habitants  primitifs  de  l'Inde,  ainsi  qu'à  leurs  systèmes  cosmogonique 
et  philosophique.  Le  plus  ancien  de  ces  ouvrages,  a  pour  auteur 
Soma,  musicien  et  poète  hindou,  qui  vient  plusieurs  siècles  avant 
l'ère  de  la  chrétienté.  W.  Jones  et  S.  Ouseley,  qui  ont  publié  des 
extraits  de  ce  livre,  lui  attribuent  même  une  très  haute  antiquité,  car 
elle  ne  remonterait  pas  à  moins  de  trois  mille  ans.  On  y  voit  que 
les  musiciens  de  l'Inde  ayant  établi  dans  la  musique  un  système  com- 
plet qui  correspond  à  l'octave,  quant  à  ses  limites,  divisaient  cette 
étendue  en  vingt-deux  parties  un  peu  plus  fortes  que  des  quarts  de 
ton,  car  vingt-quatre  de  ceux-ci  correspondraient  aux  douze  demi- 
tons  contenus  dans  l'octave  de  la  musique  européenne.  Comme  celle-ci 
la  musique  ancienne  des  Hindous  avait  une  gamme  composée  de  sept 
sons  qui  avec  le  huitième,  nécessaire  pour  compléter  l'octave,  for- 
maient sept  intervalles  entre  lesquels  les  vingt-deux  parties  de  cette 
octave  étaient  inégalement  réparties,  à  savoir,  en  intervalles  composés 
de  deux,  trois  ou  quatre  de  ces  parties  appelées  snttis,  en  sorte 
qu'aucun  de  ces  intervalles  ne  correspondait  exactement  au  demi-ton 
ni  au  ton  de  la  musique  diatonique.  Ces  éléments  étaient  distribués 
d'une  manière  différente  dans  les  trente -six  gammes  ou  modes  de  l'an- 
cienne musique  de  l'Inde,  et  les  sons  qui  les  composaient  étaient 
altérés  suivant  le  mode,  tantôt  d'un  sruti  ascendant,  tantôt  d'un 
sruti  descendant.  Dans  certains  modes  un  ou  deux  sons  étaient  sup- 
primés, tandis  que  d'autres  étaient  altérés.   Des  traités  de  musique 


DE  PARIS. 


291 


postérieurs  de  plusieurs  siècles  à  celui  de  Soma,  par  exemple  le  San- 
gita  Narayana  et  le  Sângita  Dcrpana,  indiquent  des  modes  qui  dif- 
fèrent de  noms,  de  nombres  et  de  formes,  ce  qui  fut  sans  doute  le  ré- 
sultat de  modifications  produites  par  le  temps;  mais  le  principe  des 
petits  intervalles  des  sons  y  domine  toujours. 

Aucun  traité  de  la  musique  de  la  Perse  ne  remonte  à  une  anti- 
quité aussi  reculée  que  celle  de  l'ouvrage  de  Soma  ;  aucun  n'est  écrit 
dans  l'idiome  send.  La  plupart  de  ceux  que  nous  connaissons  sont 
ou  des  traductions  d'ouvrages  sanscrits  traduits  en  persan  moderne, 
ou  des  traités  dont  l'ancienneté  ne  va  pas  au  delà  du  xme  siècle  de 
l'ère  chrétienne.  Les  théories  des  auteurs  persans  sont  incohérentes 
et  contradictoires  entre  elles,  parce  qu'elles  exposent  ou  l'ancienne 
doctrine  de  la  musique  de  l'Inde,  ou  cette  même  doctrine  déjà  altérée 
par  le  mélange  d'élémenis  étrangers,  ou  le  système  particulier  de  la 
musique  persane,  ou  celui  des  Arabes,  qui,  sous  les  kalifes,  furent 
les  dominateurs  du  pays,  ou  même  des  théories  européennes  qui  sem- 
blent y  avoir  pénétré  vers  les  derniers  temps  des  croisades.  La  doc- 
trine musicale  des  Persans  modernes,  qui  vraisemblablement  est  issue 
des  anciens  Perses,  et  doit  avoir  eu  la  même  origine  que  la  musique 
des  Hindous,  divise  les  intervalles  des  sons  par  quarts  de  ton,  en 
sorte  qu'elle  en  place  vingt- quatre  dans  l'étendue  de  l'octave.  Leurs 
instruments  de  musique  sont  construits  conformément  à  cette  division. 
Les  musiciens  persans  qui  se  trouvaient  à  Bagdad,  et  qu'Amurat  IV  em- 
mena en  esclavage  à  Constantinople  en  1647,  introduisirent  en  Turquie 
la  musique  basée  sur  ce  système  :  elle  y  était  encore  en  usage  vers  la 
fin  du  xvme  siècle,  ainsi  que  nous  l'apprend  Toderini  (1),  bon  musi- 
cien, qui  vécut  à  Constantinople  depuis  1781  jusqu'en  1786.  Comme 
les  Hindous,  les  Persans  ont  des  modes  dans  lesquels  certaines  notes 
sont  supprimées,  et  dont  les  gammes  ont  aussi  pour  notes  initiales 
tous  les  sons  du  système.  Or  l'analogie  de  ce  système  avec  celui  de 
l'Inde,  et  l'antiquité  bien  constatée  de  celui-ci,  ne  permettent  pas  de 
douter  que  la  musique  des  anciens  Perses  a  été  identique  à  celle  des 
Persans  modernes,  et  que  leur  échelle  de  sons  fut  divisée  par  quarts 
de  "tons. 

De  même  que  les  langues  sémitiques  n'ont  pas  conservé  dans  leurs 
formes  autant  d'analogie  avec  le  zend  et  le  sanscrit  que  les  langues 
européennes,  bien  que  Klaproth  ait  fait  voir  les  rapports  nombreux  de 
celle-ci  avec  le  chaldéen  (2),  de  même  le  système  de  la  musique  arabe 
s'éloigne  un  peu  des  systèmes  hindou  et  persan.  Vingt-quatre  petits 
intervalles  divisent  l'octave  dans  la  musique  persane,  vingt-deux  dans 
l'ancienne  musique  de  l'Inde  ;  mais  dans,  la  musique  des  Arabes,  il 
n'y  a  que  dix-sept  intervalles  pour  la  même  étendue,  parce  que  les 
tons  sont  divisés  par  tiers,  et  que  les  deux  demi-tons  de  l'échelle  sont 
égaux  à  ceux  de  la  gamme  diatonique.  A  quelle  époque  s'est  ainsi 
modifié  le  type  primitif  ?  Il  serait  impossible  de  résoudre  aujourd'hui 
ce  problème  d'une  manière  satisfaisante  ;  cependant  si  l'on  remarque 
que  dans  l'antiquité  la  plus  reculée,  les  Hébreux,  les  Chaldéens,  les 
Modes,  les  Syriens  et  les  Phéniciens  avaient  réduit  les  lettres  de  leur 
alphabet  à  vingt-deux,  et  même  qu'à  l'époque  où  la  première  colonie 
phénicienne  aborda  en  Grèce,  l'alphabet  qu'elle  y  porLa  n'était  com- 

(1)  Lilleratura  lurchesca,  t.  I,  cap.  xvi.  Il  ajouie  (p.  232)  :  La  musique  tur- 
que est  lajm(.m.c  que  la  persane  moderne  (la  musica  turchesca  è  persiana  mo- 
to»). Les  renseignements  récents  que  nous  ayons  reçus  de  voyageurs  en  Perse 
prouvent  que  toutes  les  mélodies  y  sont  formées  de  petits  intervalles  de  son»,  et 
qu'on  finit  par  s'accoutumer  à  ces  relations  étranges  de  sons  et  par  y  prendre  goût. 
Dans  son  livre  intéressant  intitulé  Trois  ans  en  Judée,  M.  Gérardy  Saintine  dit 
aussi:  «  Vivez  quelque  temps  parmi  les  Orientaux,  habituez  votre  oreille  aux 
»  sons  fantastiques,  capricieux  de  cette  musique  sauvage,  et  vous  serez  étonné  d'y 
»  trouver  un  charme  étrange,  quelque  chose  qui  diffère  essentiellement  des  sensa- 
»  tions  musicales  produites  par  l'harmonie  européenne.  Cette  gamme  par  quarts 
»  de  tons,  qui  blessait  d'abord  votre  tympan  effarouché,  perdra  ce  caractère  d'in- 
n  tonations  vagues  et  fausses,  etc.  » 

(2)  Voyez  son  Mémoire  sur  les  langues  sémitiques,  dans  le  livre  du  baron  de 
Mérian  intitulé  :  Principes  de  l'élude  comparée  des  langues. 


posé  que  de  seize  lettres,  tandis  que  l'alphabet  sanscrit  a  cinquante- 
deux  lettres,  classées  suivant  toutes  les  nuances  d'intonations  de  la 
voix  ;  que  les  langues  sémitiques  anciennes  n'ont  pas  de  voyelles 
exprimées  par  des  caractères,  et  que  l'usage  des  points  qui  en  tien- 
nent lieu  dans  les  divers  dialectes  arabes  est  relativement  moderne, 
tandis  qu'il  y  a  huit  voyelles  simples  et  quatre  diphtongues  dans  la 
langue  sanscrite  ;  enfin,  que  toutes  les  nations  de  l'Asie  occidentale 
écrivent  de  droite  à  gauche,  et  que  le  sanscrit  s'écrivait  de  gauche 
à  droite,  on  comprendra  que  les  modifications  introduites  dans  le 
système  musical  primitif  ont  dû  se  faire  dans  des  temps  aussi  anciens, 
ou  à  peu  près,  et  que  la  première  colonie  qui  s'établit  dans  VAram, 
lequel  contenait  la  Syrie,  la  Chaldée,  la  Mésopotamie,  l'Assyrie  et 
l'Elam,  a  dû,  parvenue  à  un  certain  degré  de  civilisation,  fournir 
le  modèle  de  toutes  les  langues  anciennes  et  modernes  du  pays,  et 
poser  les  bases  du  système  de  musique  que  nous  voyons  encore  en 
usage  dans  ces  contrées. 

Lorsqu'on  examine  avec  attention  l'immobilité  des  choses  dans 
l'Orient  et  l'attachement  de  ses  populations  à  leurs  usages,  à  leurs 
mœurs,  on  se  persuade  sans  peine  que  la  musique  y  a  dû  être  connue 
à  son  origine  telle  à  peu  près  qu'elle  est  aujourd'hui,  et  que  le  sys- 
tème des  dix-sept  intervalles  usité  parmi  les  musiciens  du  pays,  et 
dont  on  trouve  l'exposé  dans  les  traités  de  musique  arabe,  y  a  existé 
de  tout  temps  et  a  dû  être  en  même  temps  celui  des  autres  familles 
de  la  postérité  de  Sem,  à  savoir  :  les  Syriens,  les  Chaldéens,  les  Phéni- 
ciens, les  Assyriens,  les  Babyloniens,  les  Hébreux  et  vraisemblablement 
celui  des  Egyptiens.  Si  ce  système  n'a  pas  les  nuances  d'intonations 
délicates  et  richement  modulées  de  la  musique  de  l'Inde,  il  est  ce- 
pendant composé  d'intervalles  sensiblement  plus  petits  que  ceux  de 
la  musique  européenne,  car  au  lieu  de  dh-sept  intervalles  dans  l'oc- 
tave, nous  n'en  avons  que  douze  (1). 

Le  goût  des  peuples  de  l'Asie  occidentale  à  l'égard  de  la  musique 
ne  se  caractérise  pas  seulement  par  la  petitesse  des  intervalles  des 
sons,  mais  aussi  par  la  multiplicité  des  modes,  c'est-à-dire  des  divers 
ordres  d'arrangement  de  ces  sons.  Les  Arabes  de  nos  jours  ont  dans 
leur  musique  les  modes  multipliés  que  nous  remarquons  dans  l'an- 
cienne musique  des  Hindous  et  chez  les  Persans  :  il  en  est  de  même 
des  Arméniens.  Il  y  a  donc  lieu  de  croire  que  ces  peuples  primitifs 
ont  conservé  les  principes  de  l'art  originaire,  et  que  ce  que  nous 
connaissons  aujourd'hui  de  cet  art  est  analogue  à  ce  qu'il  fut  dans 
les  premiers  temps. 

A  l'égard  des  nations  qui  se  sont  formées  par  la  première  migra- 
tion indo-scythe,  c'est-à-dire  des  Pélasges,  des  Celtes,  des  Etrusques 
et  autres  peuples  de  l'Europe,  une  étude  attentive  des  sources  de 
l'art  dans  l'antiquité  nous  fait  voir  que  le  principe  indien  n'a  pas  eu 
moins  de  part  dans  leur  musique  primitive  que  dans  leurs  langues. 

FÉTIS  père. 
(La  fin  de  ce  fragment  prochainement. } 

(1)  Il  en  est  du  chant  arabe  comme  de  la  musique  persane  ;  on  finit  par  s'y 
accoutumer  avec  le  temps.  Le  compositeur  Neukomm,  qui  visita  l'Algérie  peu  d'an- 
nées après  la  conquête  de  ce  pays,  nous  écrivait  à  ce  sujet  le  17  septembre  1835  : 
«  Lorsque  j'arrivai  a  Alger,  voulant  tout  connaître,  je  parcourais  avec  intérêt  les 
»  rues  habitées  par  le  peuple  arabe,  et  même  des  espèces  de  bouges  où  l'on  fume, 
»  ce  que  je  déteste,  en  prenant  du  café,  que  je  n'aime  pas  davantage.  Mes  oreilles 
ii  y  étaient  fréquemment  mises  a  la  torture  par  des  ràcleurs  d'espèces  de  guitaies 
»  qui  chantaient  faux  à  me  faire  fuir.  Mais,  mon  cher  ami,  le  croirez-vous  ?  mon 
»  oreille  s'est  insensiblement  pervertie,  et  j'ai  fini  par  tiouver  un  certain  charme 
»  mélancolique  à  entendre  ces  vagues  canlilèncs  qu'on  a  d'abord  de  la  peine  a 
»  discerner,  à  cause  des  tremblements  et  des  traits  ridicules  dont  les  misérables 
»  chanteurs  les  enveloppent.  Connaissez-vous  cette  singulière  musique  ?  Si  cela  est, 
»  expliquez-m'en,  je  vous  prie,  les  principes,  etc.  » 


292' 


REVUE  ET  GAZE'ITE  MUSICALE 


PIRON  ET  RAMEAU. 

Il  vient  de  paraître  à  Lyon,  imprimerie  de  Louis  Perrin,  un  petit 
volume  in-16  Jésus,  imprimé  avec  luxe  et  contenant  treize  lettres 
inédites  d'Alexis  Piron  adressées  à  Maret,  secrétaire  de  l'Académie  de 
Dijon  et  père  du  duc  de  Bassano. 

On  y  trouve  quelques  renseignements  sur  Rameau,  né,  comme  l'on 
sait  à  Dijon,  de  même  que  l'auteur  de  la  Métromanie.  Ainsi  que  de 
la  plupart  des  musiciens  de  son  temps,  on  a  pu  dire  de  lui  que  toute 
son  âme  et  son  esprit  étaient  dans  son  clavecin  ;  quand  il  l'avait  fermé, 
il  n'y  avait  plus  personne  au  logis. 

Piron,  et  Rameau  vécurent  quarante  ans  à  Paris  sans  s'être  vus  en 
tout  la  durée  d'un  jour.  Le  musicien  allait  presque  tous  les  matins 
dîner  chez  quelque  riche  financier  qui  tenait  à  grand  honneur  de 
hoire  avec  lui,  ce  qui  ne  déplaisait  pas  à  Rameau,  de  son  côté  assez 
amateur  du  bon  vin,  comme  Bourguignon  qu'il  était,  surtout  quand 
il  le  buvait  sans  bourse  délier.  Tenant  à  se  comporter  vaillamment  h 
table,  il  se  rendait  vers  onze  heures  aux  Tuileries  pour  gagner  de 
l'appétit. 

«  Je  me  trouvais  quelquefois  à  la  même  heure  dans  le  jardin,  dit 
Piron;  il  m'apercevait  le  premier,  me  huchait  de  loin  et  accourait  à 
moi;  je  le  voyais  venir  à  l'aide  de  ma  lorgnette  :  ce  n'était  plus  qu'un 
long  tuyau  d'orgue  en  l'absence  du  souffleur.  Après  m'avoir  meurtri 
les  joues  du  choc  des  siennes,  nous  nous  efforcions  d'entrer  le  pre- 
mier en  conversation  ;  sa  grosse  voix  lui  donnait  le  pas.  Il  me  parlait 
musique  et  basse  fondamentale;  je  lui  parlais  d'Homère  et  de  Cor- 
neille. Nous  nous  donnions  de  l'algèbre  par  les  oreilles,  à  tour  de 
rôle;  il  s'impatientait  à  la  fin,  il  envoyait  la  poésie  où  je  n'ose  dire, 
mais  où  je  renvoyais  la  musique  aussitôt.  Cela  finissait  tout  naturelle- 
ment par  nous  envoyer  tous  deux  où  nous  venions  d'envoyer  les 
beaux-arts,  jusqu'au  revoir  et  sans  rancune,  sauf  à  recommencer  à 
la  première  rencontre.  » 

Piron  ajoute  que  ce  grand  homme,  dont  la  gloire  rejaillit  sur  les 
Dijonnais,  ses  compatriotes,  les  honora  toute  sa  vie  de  la  plus  par- 
faite indifférence  et  du  plus  profond  oubli,  comme,  sans  sa  réputation, 
ils  eussent  fait  à  son  égard.  11  le  peint  d'ailleurs  à  peu  près  comme 
l'ont  fait  tous  ses  contemporains,  n'ayant  en  sa  faveur  que  le  bruit  de 
ses  triomphes  harmoniques  ;  pour  tout  le  reste,  intéressé,  dur,  glo- 
rieux, insociable,  d'un  caractère  sombre,  n'aimant,  n'estimant  per- 
sonne, ne  voyant  que  ses  chambrées,  n'écoutant  que  l'orchestre  et 
les  applaudissements,  et  ne  goûtant  en  somme  que  la  mélodie  des  écus 
du  trésorier  de  l'Opéra.  11  nous  apprend  qu'il  en  laissa  100,000  au 
service  d'une  veuve,  d'un  gendre  et  d'un  fils  qui  ne  le  pleurèrent 
point,  mais  qu'en  récompense  il  fut  bien  chanté  par  le  corps  des  mu- 
.  siciens  dans  des  messes  de  Requiem  farcies  de  sa  propre  musique. 
«  Ils  auraient  volontiers  dansé  des  ballets  sur  sa  tombe,  car,  dit  encore 
le  malin  poète,  tout  cela  était  une  réjouissance  de  rivaux  que  sa  supé- 
riorité fatiguait.  » 

Si  les  musiciens  chantaient  la  messe  pour  Rameau,  on  voit  que  le 
poêle  lui  faisait  une  assez  étrange  oraison  funèbre. 

Comme  dans  le  reste  des  lettres  de  Piron  il  ne  se  trouve  rien  de 
musical,  nous  n'avons  à  en  parler  ici  que  pour  dire  qu'elles  sont 
toutes  on  ne  peut  plus  spirituelles;  que  l'on  peut  y  admirer  sans  cesse 
l'intarissable  gaieté  de  ce  poêle  qui  octogénaire  et  aveugle,  et  de  plus 
attaqué  d'une  péripneumonie,  mot  à  tuer,  dit-il,  les  quatre  fils 
Aymon  et  à  guérir  leur  cheval,-  ne  cesse  de  plaisanter  sur  tous  les 
sujets,  de  harceler  les  gens  qu'il  n'aime  pas  et  de  manifester  le  plus 
vif  attachement  et  la  plus  tendre  reconnaissance  pour  ceux  qu'il 
aime,  tout  en  ouvrant  inutilement  deux  grands  yeux  qui,  par  cela 
même,  achèvent  de  se  crever. 

Mais  les  yeux  d'un  Bourguignon  ne  s'obscurcissent  jamais  au  point 
de  lui  cacher  la  place  de  son  verre.  Piron  a  vu  le  sien  jusqu'au  der- 


nier jour,  et  ses  dernières  poésies  étaient,  comme  il  le  pensait  bien, 
de  nature  à  le  rappeler  dans  la  mémoire  des  bons  pantagruélistes. 

Ces  lettres,  dont  nous  devons  la  publication  à  M  Henri  Joliet,  Di- 
jonnais, grand  amateur  de  bonne  musique  et  savant  hors  ligne  en  his- 
toire, littérature  et  antiquités  bourguignonnes,  sont  aussi  faites  pour 
rappeler  le  souvenir  de  Piron  ;  il  n'imita  point  Rameau  dans  l'oubli  de 
sa  ville  natale,  qu'il  avait  pourtant  quittée  bien  jeune.  On  le  voit  encore 
dans  ses  lettres,  fidèle  au  goût  du  terroir,  déplorer  la  décadence  d'un 
siècle  dans  lequel  les  confitures  ont  pris  la  place  du  fromage,  et  où 
l'on  ne  finit  pas  une  bouteille  entre  huit  ou  dix  convives  de  vingt  à 
trente  ans.  Pas  d'homme  plus  gai,  pas  de  plus  digne  Bourguignon 
que  lui. 

Adrien  de  LA  FAGE. 


REVDE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  L'Africain,  comédie  en  quatre  actes  et  en  prose, 
par  M.  Charles  Edmond.  —  Vaudeville  :  Ce  qui  plait  aux  femmes, 
pièce  en  trois  actes,  par  M.  Ponsard.  —  Cirque-Impérial  :  Reprise 
de  la  Poule  aux  œufs  d'or,  féerie  en  vingt  et  un  tableaux]  par 
MM.  Dennery  et  Clairville. 

La  littérature  dramatique  est  toujours  en  vacances,  et  n'a  pas  l'air 
de  s'apercevoir  du  parti  qu'elle  aurait  pu  et  qu'elle  pourrait  encore 
tirer  de  ce  renversement  des  saisons  qui  s'obstine  à  transformer  nos 
mois  d'été  en  un  automne  pluvieux.  Deux  pièces  nouvelles  et  une  re- 
prise, voilà  au  total  de  quoi  se  compose  le  bilan  des  trois  dernières 
semaines. 

L'une  de  ces  nouveautés,  qui  se  qualifie  de  comédie  en  quatre  actes, 
a  pour  titre  l'Africain,  et  a  été  représentée  au  Théâtre-Français. 
L'auteur,  M.  Charles  Edmond,  aurait  pu,  tout  aussi  bien,  l'appeler, 
un  mélodrame,  et  l'adresser  à  la  Pôrte-Saint-Martin.  N'avons-nous 
pas  déjà  au  boulevard  la  Femme  à  deux  maris?  La  soi-disant  comédie 
de  M.  Charles  Edmond  est  évidemment  de  la  même  famille  que 
l'œuvre  célèbre  de  Guilbert  de  Pixéricourt.  La  donnée  s'en  retrouve 
aussi  dans  les  romans  de  Balzac  et  de  Georges  Sand.  Qu'on  nous  per- 
mette quelques  mots  d'analyse,  et  le  lecteur  les  reconnaîtra,  sans 
que  nous  ayons  besoin  de  les  nommer. 

Le  comte  Mattei,  marié  depuis  fort  peu  de  temps  à  une  jeune  Vé- 
nitienne, est  forcé  de  s'expatrier  pour  fuir  ses  créanciers.  Il  se  ré- 
fugie en  Afrique  sous  la  domination  française,  et  là,  pour  mieux 
prendre  ses  sûretés,  il  substitue  son  individualité  à  celle  d'un  indi- 
gène qui  meurt  près  de  lui  à  l'hôpital  des  suites  d'une  blessure  reçue  à 
la  bataille  dTsly.  Le  Kabyle  est  enterré  sous  le  nom  de  Léoni  Mattei, 
et  Léoni  Mattei  reparaît  dans  le  monde  sous  le  nom  du  caïd 
Hamza. 

Seize  années  s'écoulent;  la  comtesse  Mattei,  qui  n'a  eu  aucune  raison 
de  mettre  en  doute  la  mort  de  son  mari,  a  épousé  en  secondes  noces  un 
Français,  M.  de  Lancy.  Mais  un  certain  baron  Bénadier,  soupirant 
éconduit  de  la  comtesse,  découvre  par  hasard  l'existence  du  premier 
époux,  et  pour  se  venger  de  la  femme  qui  repousse  ses  hommages,  il 
attire  à  Paris  le  caïd  Hamza. 

La  situation  se  devine  aisément  :  les  deux  maris  sont  en  présence. 
L'Africain  n'hésiterait  pas  à  céder  la  place  à  M.  de-Lancy  ;  mais  il  a 
une  fille,  et  l'amour  paternel  entre  en  lutte  dans  son  cœur  avec  ses 
sentiments  de  générosité  naturelle.  Cependant  la  courtoisie  l'emporte; 
il  commence  par  punir  le  baron  de  sa  trahison  en  le  tuant  en  duel  ; 
puis,  devant  la  préférence  hautement  manifestée  par  sa  fille  pour 
M.  de  Lancy  qui  l'a  élevée,  il  s'enfuit  éperdu,  sans  que  l'on  sache 
d'une  manière  positive  si  Mme  de  Lancy  continuera  à  vivre  dans  la 
fausse  position  qu'il  lui  a  faite,  ou  si  elle  en  sera  délivrée  par  un 
suicide. 


DE  PARIS. 


293 


Avions-nous  tort  de  dire  que  cette  pièce  était  plutôt  un  mélodrame 
qu'une  comédie?  Il  n'y  manque  absolument  que  la  catastrophe  finale 
pour  que  les  productions  de  ce  genre  les  mieux  caractérisées  n'aient 
rien  à  lui  envier.  On  y  rencontre  d'ailleurs  des  scènes  qui  rachètent 
ce  vice  d'origine  ;  la  seconde  partie  surtout  renferme  des  situations 
attachantes  et  habilement  traitées.  Et  puis,  il  faut  en  convenir,  l'in- 
terprétation est  excellente  :  Geffroy  est  parfait  dans  le  rôle  du  caïd 
Hamza;  Mme  Guyon  a  de  très-belles  inspirations  dans  celui  de 
Mme  de  Lancy,  et  Leroux  fait  supporter,  à  force  de  talent  et  de 
verve,  le  personnage  antipathique  du  baron  Bénadier. 

—  La  seconde  nouveauté  que  nous  avons  annoncée"  au  lecteur  est 
•  de  M.  Ponsard,  l'auteur  académicien  de  l'Honneur  et  l'argent.  C'est 
une  fantaisie  bizarre  dont  le  titre  seul,  hâtons-nous  de  le  dire  afin 
que  personne  ne  s'y  méprenne,  appartient  à  Voltaire.  M.  Ponsard, 
l'un  des  chefs  de  l'école  du  bon  sens,  ne  s'est  pourtant  pas  signalé 
jusqu'à  ce  jour  par  de  grandes  hardiesses,  et  l'on  ne  s'attendait 
guère  à  le  voir  dépasser  d'un  seul  coup  les  plus  audacieux  novateurs 
du  théâtre  moderne.  Si,  par  ce  parti  pris  de  singularité,  il  a  cher- 
ché le  bruit  et  le  scandale,  il  n'y  a  que  trop  réussi.  Dès  les  pre- 
mières représentations  de  Ce  qui  plaît  aux  femmes,  la  pièce,  en  butte 
à  de  violents  orages,  a  été  suspendue  par  ordre  ministériel:  aussi  les 
convenances  nous  eussent-elles  imposé  la  loi  de  n'en  pas  parler. 
Mais  les  modifications  consenties  par  M.  Ponsard  l'ayant  fait  repa- 
raître sur  l'affiche  du  Vaudeville,  nous  n'avons  plus  de  motifs  aujour- 
d'hui pour  ne  pas  formuler  notre  avis  à  son  égard. 

Une  comtesse  jeune,  belle  et  veuve  se  meurt  d'ennui  quoiqu'elle 
soit,  ou  peut-être  parce  qu'elle  est  entourée  de  nombreux  adorateurs. 
L'un  d'entre  eux,  qui  de  plus  est  son  cousin  et  ne  manque  pas  d'es- 
prit, lui  propose  d'accorder  une  journée  à  chacun  de  ses  soupirants, 
et  de  choisir  celui  qui  aura  su,  dans  cet  espace  de  temps,  inventer 
une  combinaison  capable  de  lui  faire  oublier  son  humeur  noire.  La 
comtesse  accepte  cette  idée,  et  l'épreuve  commence  Nous  n'avons 
pas  à  nous  occuper  de  ce  qu'imagine  la  majorité  des  concurrents  ad- 
mis à  ce  steeple-chase  de  nouvelle  espèce  ;  leurs  prouesses  ne  sor- 
tent pas  de  la  coulisse.  Deux  seulement  nous  donnent  un  échantillon 
de  leur  ingéniosité,  l'un  par  une  splendide  féerie  dont  il  offre  le 
spectacle  à  la  comtesse,  et  l'autre,  le  cousin,  qui  s'est  réservé  le  der- 
nier jour,  en  conduisant  sa  cousine  dans  une  mansarde  pour  lui  en- 
seigner les  jouissances  de  la  chanté.  La  grande  dame,  sensible  à  la 
leçon,  lui  décerne  à  l'instant  le  prix  du  tournoi. 

Que  faut-il  conclure  de  tout  ceci  ?  Que  la  bienfaisance  est  ce  qui 
plaît  aux  femmes.  M.  Ponsard  l'affirme,  et  nous  voulons  bien  le 
croire,  quoi  que  Voltaire  en  dise.  Mais,  puisque  M.  Ponsard  est  en 
train  de  prêcher,  il  eût  pu  faire,  ce  nous  semble,  un  sermon  plus 
amusant.  Sa  pièce  comporte  trois  actes  :  le  premier  est  une  composi- 
tion sans  valeur  aucune  ;  le  second,  où  la  danse  se  mêle  agréablement 
à  la  poésie,  est  un  hors-d'œuvre  resplendissant  de  beaux  vers  et 
de  généreux  sentiments,  mais  enfin  c'est  un  hors-d'œuvre.  Quant  au 
troisième,  c'est  du  réalisme  tout  pur  ;  la  misère  des  femmes  y  est 
peinte  sous  des  couleurs  tellement  sombres  que  le  public  a  de  la  peine 
à  s'y  faire,  même  depuis  les  changements. 

Nous  devons  toutefois  constater  que  Voila  podrida  de  M.  Ponsard 
remplit  chaque  soir  la  salle  du  Vaudeville.  Mais  est-ce  bien  un  succès 
solide,  et  quand  la  curiosité  sera  salisfiite,  Ce  qui  plaît  aux  femmes 
plaira-t-il  longtemps  à  tout  le  monde  ?  Le  doute  est  au  moins 
permis. 

—  La  reprise  de  la  Poule  aux  œufs  d'or,  immense  féerie  en  vingt 
et  un  tableaux,  a  été  accueillie  au  Cirque  Impérial  avec  un  enthou- 
siasme extraordinaire.  C'est  bien  là  le  spectacle  qu'il  faut  aux  collé- 
giens: de  la  danse,  des  décors,  des  trucs,  des  costumes,  et,  brochant 
sur  le  tout,  la  prose  et  les  couplets  de  MM.  Dennery  et  Clairville,  en- 


jolivés par  la  musique  de  M.  de  Groot,  dont  les  plus  charmants  mor- 
ceaux ont  été  composés  pour  Mme  Coraly  Geoffroy,  une  transfuge  des 
Bouffes-Parisiens,  qui,  avant  de  s'arrêter  au  boulevard  du  Temple,  a 
fait  récemment  une  station  à  l'Opéra-Comique. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

„%  Le  15  août,  à  l'occasion  de  la  fête  de  S.  M.  l'Empereur,  lous  les 
théâtres  ont  donné  des  représentations  gratis.  Robert  le  Diable  avait  été 
choisi  par  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  pour  cotte  solennité.  Après  le 
deuxième  acte  de  Hubert,  le  chant  d'allégresse  de  M\I.  Cormon  et  Aimé 
Maillart  (les  deux  nouveaux  chevaliers  de  la  Légion  d'honneur)  a  été 
exécuté  avec  beaucoup  de  succès.  Les  solos  étaient  chantés  par  Du- 
mestre. 

*%  Lundi  a  été  représentée  Sémiramis  et  venc'redi  Robert  le  Diable. 
Dès  le  matin  le  bureau  de  location  était  assiégé  par  une  foule  compacte 
et  empressée  d'entendre  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer;  la  salle  était 
comble,  et  la  recette  s'est  élevée  à  9,500  fr.  Le  succès  de  Mme  Vanden- 
heuvel  et  de  Mlle  Marie  Sax  grandit  à  chaque  représentation. 

»%  Mme  Gueymard-Lauters  va  chanler  le  rôle  de  Valentine  dans  les 
Huguenots. 

„%  Hier  samedi  a  eu  lieu  à  l'Opéra  la  représentation  extraordinaire 
donnée  au  profit  des  chrétiens  d'Orient.  Elle  se  composait  de  Sémiramis 
et  d'un  pas  nouveau  dansé  par  Mme  Ferraris  pour  cette  solennité. 
•  .%  Le  théâtre  de  l'Opéra-Comique  avait  choisi  pour  la  représentation 
gratis  du  15  août  Fra  Diavolo  et  Maître  Pathelin.  Montaubry  était  re- 
venu tout  exprès  pour  prêter  le  charme  de  son  talent  â  l'interprétation 
du  chef-d'œuvre  d'Auber;  le  public  exceptionnel  devant  lequel  il  chan- 
tait lui  a  prodigué  des  applaudissements  qui  ont  dû  le  flatter.  Mme  Faure 
a  été  la  délicieuse  Zerline  que  nous  connaissons  et  a  partagé  son  suc- 
cès. Entre  les  deux  pièces  une  cantate,  Vive  l'Empereur,  paroles  de 
M.  Beaumont,  musique  de  M.  J.  Cohen,  a  été  chantée  avec  beaucoup 
de  feu  par  Montaubry  et  les  artistes  des  chœurs. 

**„.  Cm  a  joué  hier  de  nouveau  V Étoile  du  Nord  au  théâtre  de  l'Opéra- 
Comique.  —  La  direction  annonce  comme  prochaine  la  reprise  de  la  Part 
du  Diable,  ouvrage  dans  lequel  Mlle  Monrose  prendra  le  rôle  de  Carlo  Bros- 
chi  ;  la  jeune  cantatrice  est,  dit-on,  charmante  sous  le  costume  mascu- 
lin, et  Auber  s'est  montré  si  satisfait  de  la  manière  dont  elle  interprète 
sa  partition,  qu'il  a  enrichi  plusieurs  des  airs  qu'elle  chante  de  fiori- 
ture* et  de  points  d'orgue  nouveaux,  —  L'opéra  comique  en  trois  actes 
annoncé  sous  le  titre  de  Une  révolte  dans  l  Inde,  est  entré  en  répétition. 
Mmes  Ugalde  et  Crosti  y  rempliront  les  principaux  rôles.  —  Le  programme 
de  la  représentation  qui  sera  donnée  au  bénéfice  des  chrétiens  d'Orient 
n'est  pas  encore  publié. 

%%  Nous  annoncions  dans  notre  dernier  uuméro  que  la  direction  de 
l'Opéra-Comique  venait  de  recevoir  un  livret  de  MM.  Nestor  Roqueplan 
et  Sardou,  sous  ce  titre  :  la  Villa  Médicis.  A  ce  propos,  M.  Battu,  ancien 
chef  d'orchestre  de  l'Opéra,  nous  écrit  que  cette  annonce  est  sans 
doute  inexacte,  puisqu'il  y  a  deux  ans  environ,  il  a  remis  à  M.  Nestor 
Hoqueplan,  alors  directeur,  un  manuscrit  de  feu  Léon  Battu,  son  fils, 
portant,  le  même  titre,  et  que,  sur  sa  demande,  ce  manuscrit  lui  a  été 
rendu  tout  demièreineut,  avec  trois  autres  livrets  déposés  par  son  fils 
lui-même  :  le  Puits  qui  parle,  le  Testament  de  Faublas  et  le  Cousin  de  Ma- 
rivaux. 

t%  Le  théâtre  Italien  a  publié  son  programme.  Voici  par  ordre  alpha- 
bétique les  noms  des  artistes  engagés  pour  la  saison  1860-1861 .  Soprani, 
Mmes  Marie  Battu.  I'enco  ;  contralti,  Mmes  Alboni,  Ede  ;  comprimarie, 
Mmes  Varona,  Vestri  ;  premiers  ténors,  MM.  Gardoni,  Mario,  I'ancani  ; 
ténors  comprimari,  MM.  Cappello,  Morley  ;  barytons,  MM.  Badiali,  Gra- 
ziani  ;  tasses,  MM.  Angelini,  Patriossi  ;  premier  bouffe,  M.  Zucchini  ; 
seconds  râles,  Mme  Leva,  MM.  Cazaboni,  Soldi  ;  chef  d'orchestre,  M,  I3o- 
netti  ;  maître  de  chant,  M.  Uranio  Fontana  ;  chef  des  chœurs,  M.  Chiara- 
monte.  Le  répertoire  so  composera  des  ouvrages  suivants  :  Semiramide, 
II  Barbiere,  Cenerentola,  Otello,  de  Rossini  ;  Norma,  I  Puritani,  Sonnam- 
bula,  de  Bellini  ;  Poliuto,  Lucia  di  Lammermoor,  Regina  di  Golconda, 
Furioso,  de  Donizetti  ;  Giuramenlo,  Eleonora,  de  Mercadante;  il  Ratio  in 
mascherq,  la  Traviata,  il  Trovatore,  Rigoletto,  Ernani,  de  Verdi  ;  Don  De- 
siderio,  du  prince  Poniatovvski  ;  Maria,  de  Flotow;  la  Serva  padrona,  de 
Pcrgolèse  ;  Il  Malrimonio  segreto,  de  Cimarosa  ;  Don  Giovanni,  le  Nozze 
di  Figaro,  de  Mozart.  D'après  cette  liste,  nous  aurons,  comme  ouvrages 
nouveaux,  les  Nozze  di  Figaro,  la  Regina  di  Golconda,  Furioso,  Eleonora  , 
il  Rallo  in  Maschera  et  la  Serva  padrona. 

.„**  Le  directeur  du  théâtre  Lyrique  est  de  retour  à  Paris  et  s'occupe 
de  sa  réouverture,  fixée  au  lcr  septembre.  Mme  Viardot  a  été  rengagée 
pour  jouer  Alccste  et  Iphigénie;  plusieurs  ouvrages  nouveaux  importants 
sont  â  l'étude  :  un   opéra   de    Scribe  et   Clapisson,  en   trois  actes;  un 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


opéra  de  Cormon  et  Aimé  Maillart  ;  trois  actes  de  Grisar,  paroles  de 
Dumanoir  et  d'Ennery.  En  outre  on  répète  activement  Crispin,  rival  de 
son  maUre,  revu  par  Bertboud,  et  dont  M.  Sellenick  a  écrit  la  musique. 
—  M.  Itety  a  engagé  Mlle  Gilliess,  premier  prix  de  l'année  dernière  au 
Conservatoire.  Deux  opéras-comiques  en  un  acte  sont  également  tout 
prêts,  Une  bonne  nuit,  musique  de  M.  Ilignard,  paroles  de  MM.  Verne  et 
Carré;  Aslaroth,  paroles  de  M.  Boisseaux,  musique  de  M.  Debillemont. 

***  Orphée  inaugurera  le  1Gr  septembre  la  réouverture  du  théâtre  des 
Bouffes-Parisiens. 

„.**  Le  théâtre  de  la  Gaité  prépare  avec  activité  la  reprise  du  Fils  du 
Diable,  drame  en  onze  tableaux,  de  MM.  Paul  Féval  et  Saint- Yves,  joué 
dans  l'origine  à  l'Ambigu.  C'est  Dumaine,  l'acteur  favori  du  public  ha- 
bituel des  boulevards,  qui  remplira  le  rôle  d'Otto,  créé  par  Montdidier, 
actuellement  en  Russie.  On  dit  que  M.  Fossey,  l'habile  chef  d'orchestre 
du  théâtre,  a  composé,  tout  exprès  pour  cette  reprise,  une  ronde  très- 
gaie  et  très-originale  qui  se  chantera  dans  l'acte  de  la  Rotonde  du  Temple. 
Aussitôt  que  le  succès  de  la  Petite  Pologne  baissera,  le  Fils  du  Diable 
prendra  l'affiche. 

**,„  A  l'occasion  de  la  fête  de  S.  M.  l'Empereur,  ont  été  nommés  che- 
valiers de  l'ordre  de  la  Légion  d'honneur,  MM.  Uévial,  professeur  au 
Conservatoire  de  musique;  Aimé  Maillart,  compositeur  de  musique; 
Gevaërt,  id. 

„*„  Ont  été  aussi  nommés  chevaliers  du  même  ordre,  MM.  Léon  Laya, 
auteur  dramatique;  Victor  Séjour,  id.;  Cormon,  id.;  Saint-Victor, 
homme  de  lettres;  Laeaussade,  id.;  Paul  Dalloz,  l'un  des  directeurs 
gérants  du  Moniteur  universel. 

„.**  La  même  distinction  a  été  accordée  â  M.  L.  Danel,  de  Lille,  qui 
s'occupe  avec  tant  de  zèle  des  établissements  de  musique  et  de  bienfai- 
sance. 

,**  M.  Mérimée  a  été  promu  au  grade  de  commandeur,  et  M.  Francis 
Wey,  président  honoraire  de  la  Société  des  gens  de  lettres,  à  celui 
d'officier  du   même  ordre. 

.*,  S.  M.  l'Empereur  vient  de  faire  remettre  à  M.  Frédéric  Barbier, 
auteur  de  la  cantate  France  et  Savoie,  chantée  avec  succès  au  théâtre 
Déjazet,  une  très-belle  médaille. 

*%  M.  Adolphe  de  Groot,  chef  d'orchestre  du  théâtre  du  Cirque,  et 
compositeur  distingué,  a  reçu  une  grande  médaille  d'argent  de  S.  M.  l'Em- 
pereur à  l'occasion  de  sa  belle  cantate  sur  l'annexion  de  Nice. 

„,*„,  S.  Exe.  M.  de  Sabouroff,  directeur  des  théâtres  impériaux  de 
Russie,  a  quitté  Paris  hier  pour  retourner  à  Saint-Pétersbourg. 

„,%  Rossini  possède  une  collection  des  portraits  de  Mozart.  Der- 
nièrement M.  Henri  Schlesinger,  éditeur  à  Berlin,  lui  en  ayant  fait 
remettre  un  qui  manquait  à  sa  précieuse  galerie,  le  grand  maître  l'en 
a  remercié  par  la  lettre  suivante  en  date  du  20  juillet:  «  Pregiatissimo 
sgr.  Enrico  !  Mi  corre  debito  viscontrare  il  di  lei  amabilissimo  fo- 
glio  16  d.  d.,  ed  a  pari  tempo  effrhie  mille  ringraziamonti  per  il  prezioso 
dono  che  le  ô  piaciuto  farmi  del  ritratto  di  Mozart;  questa  immagine  bene 
ricorda  il  Titano  musicale  in  cui  pareggiano  il  Genio  e  la  Scienza  :  mi  è 
tanto  più  caro  questo  dono  poichè  (in  una  età  più  matura)  è  di  perfetta 
assomiglianza  ad'un  medaglioncino  regalatomi  dalP  illustre  e  caro  amico 
mio  Meyerbeer.  La  mia  riconnoscenza  per  lei  uguaglia  l'ammirazione  che 
ebbi  ognofa  pel  sommo  Compositore  Alemanno.  Pieno  di  calda  riconnos- 
cenza mi  do  l'onore  di  dirmi  di  Lei  obig.  e  dev.  Servitore 

Gioacuiwo  ROSSINI.  »  (1) 
***  La  Cour  de  cassation,  dans  son  audience  du  10  août,  a  rejeté  le 
pourvoi  de  M.  Gustave  Besson,  condamné  comme  contrefacteur  des  ins- 
truments de  musique  de  M.  Adolphe  Sax.  Cet  arrêt  termine,  pour  ainsi 
dire,  la  longue  série  de  procès  que  M.  Sax  a  eus  à  soutenir  depuis  qua- 
torze ans  contre  ses  contrefacteurs. 

»*•»  A  la  suite  du  succès  de  la  Colombe,  à  Bade,  M.  Bénazet  a  de- 
mandé aux  auteurs  du  livret,  MM.  Michel  Carré  et  Jules  Barbier,  d'é- 
crire, pour  la  saison  prochaine,  un  autre  poème  d'opéra,  dont  M.  F. 
Schwab,  de  Strasbourg,  fera  la  musique. 

„*„  Camille  Sivori,  le  célèbre  violoniste,  a  passé  ces  jours-ci  à  Paris 
revenant  de  Milan,  où  il  a  donné  successivement  dix-sept  concerts,  dont 
deux  au  bénéfice  des  pauvres  et  trois  au  profit  de  la  cause  de  Gari- 
baldi  ;  ces  derniers  ont  produit  13,000  fr.  que  Sivori  a  fait  tenir  au  vail- 
lant champion  de  la  liberté  italienne.  Appelé  a  Bade  pour  pren- 
dre part  aux  concerts  do  M.  Bénazet,  Sivori,  sur  l'invitation  du  prince 
régent  de  Prusse,  se   rendra  ensuite   en  Allemagne. 

**,  Le  concert  au  bénéfice  de  Mme  veuve  Jullien  a  eu  lieu  à  Surrey- 
Gardeus  avec  un  éclat  extraordinaire.  On  y  comptait  plus  de  quinze  mille 

(1)  o  Tres-cstimablc  M.  Henri,  Je  dois  répondre  a  votre  très-aimable  lettre  du 
»  1G  courant,  et  en  mémo  temps  vous  offrir  mille  remereîments  pour  le  précieux 
»  cadeau  que  vous  avez  bien  voulu  me  faire  du  portrait  do  Mozart.  Celte  image 
•>  rappelle  bien  le  Titan  musical  en  qui  se  réunissent  le  génie  et  la  science,  et  le 
«  cadeau  m'en  est  d'autant  plus  cher  que  (dans  un  âge  plus  mûr)  elle  ressemble 
»  parfaitement  a  un  petit  médaillon  que  m'a  donné  mon  illustre  et  cher  ami  Meyer- 
»  béer.  Ma  reconnaissance  pour  vous  égale  l'admiration  que  j'ai  toujours  eue  pour 
»  le  grand  compositeur  allemand.  Rempli  de  cette  reconnaissance  chaleureuse,  j'ai 
»  l'honneur  de  me  dire  votre  obligé  et  dévoué  serviteur.      GioAcmivo  ROSSINI.  » 


personnes.  Le  temps  était  magnifique.  Le  concert,  divisé  en  quatre  par- 
ties, a  offert  un  véritable  intérêt.  La  dernière  valse  composée  par  Jul- 
lien a  eu  les  honneurs  du  bis.  La  recette  s'est  élevée  à  un  chiffre  qui 
a  dépassé  30,000  fr.  Mme  Jullien  a  suivi  pour  la  composition  du  pro- 
gramme les  traditions  de  son  regrettable  mari.  La  plupart  des  célèbres 
artistes  étrangers  actuellement  à  Londres,  et  ils  sont  nombreux,  y  figu- 
raient chacun  pour  son  morceau.  Ajoutez  les  deux  orchestres  des 
théâtres  italiens  et  les  quatre  corps  de  musique  de  la  garde  royale  an- 
glaise. 

„,%  Dernièrement,  dans  la  salle  Pleyel,  se  donnait  en  l'honneur  du  cé- 
lèbre Moschelès  une  matinée  musicale  curieuse,  à  tous  égards,  et  dans 
laquelle  M.  Farrenc,  dont  on  connaît  les  recherches  et  les  connaissances 
archéologiques  en  musique,  a  fait  exclusivement  entendre  delà  musique 
des  xvi%  XVIIe  et  xvm°  siècles.  On  a  particulièrement  remarqué  la  grande 
fugue  de  Bach,  composée  pour  l'orgue,  qui  terminait  la  séance,  et  que 
M.  Georges  Peiffer  a  magistralement  exécutée  sur  le  piano  pédalier. 
Elève  de  sa  mère  et  quoique  jeune  encore,  M.  Peiffer  est  déjà  un  grand 
artiste,  et  le  plus  bel  avenir  s'ouvre  devant  lui. 

„**  Le  planiste  Louis  Brassin,  qui  s'est  fait  entendre  à  Paris  cet  hiver, 
a  donné  tout  récemment,  à  Wiesbaden,  un  concert  qui  a  parfaitement 
réussi.  Le  virtuose  et  le  compositeur  ont  été  également  goûtés  et  applau- 
dis. L'air  varié  de  Vieuxtemps,  transcrit  pour  le  piano  par  M.  Louis 
Brassin,  a  particulièrement  fait  plaisir.  M.  Brassin  a  quitté  Wiesbaden 
pour  se  rendre  à  Aix-la-Chapelle,  où  il  a  donné  un  concert  le  15  du 
courant. 

**„  Une  découverte  aussi  intéressante  pour  la  science  que  pour  l'art 
musical  vient  d'être  faite,  par  M.  Bordas,  dans  un  endroit  voisin  de  Pé- 
rigueux  et  appelé  le  Petit  Paradis.  C'est  un  instrument  naturel,  formé  de 
pierres  antédiluviennes  et  rendant,  avec  un  timbre  de  son  tout  particu- 
lier, une  échelle  chromatique  d'une  octave  et  demie  d'étendue.  Plusieurs 
de  ces  pierres  chantantes  sont  des  pétrifications  d'os  'et  d'écorce  d'ar- 
bre. Rien  ne  saurait  donner  l'idée  de  ia  musique  étrange,  à  la  fois  char- 
mante et  poétique,  qui  s'exhale  de  cet  instrument,  unique  peut-être,  et 
que  les  savants  ont  nommé  lithophone.  Le  lithophone  est  tel  que  la  na- 
ture l'a  formé.  C'est  une  voix  nouvelle  ajoutée  à  toutes  celles  que  nous 
a  fait  connaître  M.  Oscar  Comettant  dans  son  étude,  récemment  publiée 
par  le  Siècle,  sur  les  Harmonies  de  la  Mature.  Cette  curiosité  artistique 
est  visible  gratuitement  chez  M.'  Bordas,  hôtel  Favart,  place  de  l'Opéra- 
Comique. 

.,.*„,  La  Société  Bach  vient  de  faire  paraître  le  neuvième  volume  des 
œuvres  du  grand  maître.  M.  Rust,  qui  a  dirigé  cette  publication,  a  joint 
à  ce  volume  une  curieuse  notice  sur  la  construction  du  clavecin  du 
temps  de  Bach.  On  comprend  de  quelle  utilité  cette  notice  sera  pour 
les  pianistes  qui  voudront  exécuter  ses  compositions. 

t*H.  Voici  les  morceaux  de  la  Sémiramis  de  Rossini,  traduction  fran- 
çaise de  Méry,  sous  presse  ou  déjà  publiés  par  les  éditeurs  du  Ménestrel: 
1°  l'andante,  avec  points  d'orgue,  du  grand  duo  chanté  par  les  sœurs 
Marchisio,  —  orné  de  leur  portrait,  —  morceau  qui  sera  immédiatement 
suivi  des  autres  airs  détachés,  duos,  trios  et  quatuors  ;  2°  ce  même  an- 
dante,  ainsi  que  l'ouverture  â  deux  et  quatre  mains,  transcrits  pour  piano 
par  Paul  Bernard;  3"  trois  transcriptions  variées  par  Ch.  Neustedt,  l'au- 
teur des  transcriptions  des  A'oces  de  Figaro  et  de  l'Orphée ,  de  Gluck  ; 
4"  un  impromptu-fantaisie  de  Besozzi  ;  5°  une  grande  fantaisie  dramati- 
que de  J.  Ascher  ;  6"  un  quadrille  et  une  grande  valse  de  Musard  ;  7°  une 
fantaisie  mignonne  et  des  Souvenirs,  pour  les  petites  mains,  par  II.  Vali- 
quet  et  J.-L.  Battmann;  8°  la  polka  des  Niniviénnes,  de  Philippe  Stutz  , 
sur  l'air  de  ballet  de  Carafa.  Quant  à  la  partition,  piano  et  chant,  de 
Sémiramis,  paroles  françaises  et  italiennes,  avec  récitatifs,  airs  de  ballets, 
points  d'orgue  et  tous  autres  détails  conformes  à  la  représentation  de 
l'Opéra,  elle  paraîtra  du  1"  au  15  septembre.  Cette  édition-modèle  du 
chef-d'œuvre  de  Rossini,  revue  et  corrigée  avec  le  plus  grand  soin,  sera 
gravée  largement  sur  planches  dites  du  Conservatoire.  Les  cinq  cents 
premiers  exemplaires,  imprimés  sur  papier  vélin,  ornés  du  portrait  de 
Rossini  et  de  dessins  représentant  les  scènes  capitales  de  chaque  acte, 
seront  réservés  aux  premiers  souscripteurs.  —  Écrire  franco  aux  éditeurs 
du  Ménestrel,  2  bis,  rue  Vivienne,  en  accompagnant  chaque  demande  d'un 
mandat  de  20  fr. 

s..**  Mme  Sanchioli,  la  célèbre  cantatrice  italienne,  vient  de  donner 
au  Havre  deux  concerts  en  compagnie  de  l'éminent  violoniste  Bazzini. 
La  salle  des  bains  Frascati  s'est  trouvée  trop  petite  pour  contenir  la 
foule  accourue  pour  entendre  les  deux  artistes,  qui  ont  été  applaudis 
avec  enthousiasme.  De  retour  à  Paris  avant-hier,  ils  viennent  de  repartir 
pour  Boulogne  où  ils  sont  engagés  aux  concerts  donnés  par  l'administra- 
tion des  bains. 

„*„.  Les  bains  d'Uriage,  Allevard,  Lucerne,  etc.,  viennent  tour  à  tour 
de  posséder  Ferdinand  de  Croze,  l'éminent  pianiste,  qui,  eu  compagnie 
de  Gozora.  a  donné  plusieurs  concerts  très-suivis  et  honorés  entre 
autres  de  la  présence  de  Mgr  le  comte  de  Ghainbord,  de  S.  A.  R.  Mme  la 
duchesse  de  Parme  et  d'une  foule  d'étrangère  de  distinction.  M.  de  Croze 
a  obtenu  un  immense  succès  en  jouant  son  Etude-polka  et  sou  Crescendo 
qui  ne  manque  jamais  son  effet.  La  pluie,  de  Nadaud,  le  Chemin  du  para- 
dis,de  Blumenthal,  la  Lettre  au  bon  Dieu,  de Géïaldy,  chantés  par  Gozora, 
ont  été  chaleureusement  applaudis.  —  Les  deux  artistes  ont  été  engagés 


DE  PARIS. 


295 


à  Aix  pour  le  concert  qui  sera  donné  à  S.  M.  l'empereur  Napoléon  à  son 
passage  dans  cette  ville. 

**„  Il  se  présente  pour  les  amateurs  qui  cultivent  le  chant,  le  piano 
ou  le  violon,  une  charmante  perspective  pour  passer  agréablement  leurs 
soirées  d'automne  et  d'hiver.  M.  Blève,  facteur  de  pianos,  rue  de  Va- 
lois, 33,  tiendra  dans  son  salon,  trois  fois  par  semaine,  des  réunions 
d'amateurs,  dans  lesquelles  chaque  personne  de  la  société  pourra  se  faire 
entendre,  soit  seule,  soit  dans  un  duo,  trio  ou  quatuor.  11  n'y  aura 
d'auditeurs  que  les  exécutants  et  les  parents  qui  accompagneront  les 
dames.  On  pourra  même  déchiffrer  pour  le  chant  à  la  partition.  Ce 
sera  tout  à  fait  de  la  musique  de  chambre  exécutée  comme  en  famille. 
S'adresser,  pour  être  admis  et  pour  les  renseignements,  à  M.  Blève, 
de  midi  à  3  heures. 

**„.  Le  concert  extraordinaire  qui  devait  se  donner  au  bénéfice  des 
chrétiens  de  Syrie,  jeudi  dernier,  au  concert  Musard,  a  été  remis,  à 
cause  du  mauvais  temps,  au  mardi  21  août. 

t*t  La  semaine  qui  finit  a  compté  deux  ou  trois  soirées  sans  pluie, 
et  la  foule  n'a  pas  manqué  d'en  profiter  pour  aller  écouter  l'excellente 
musique  du  concert  des  Champs-Elysées.  Nous  devons,  à  cette  occasion, 
rectifier  une  erreur  que  nous  avons  commise,  dans  notre  dernier  numéro, 
en  disant  que  le  1 cr  septembre  verrait  la  clôture  de  ces  concerts  ;  c'est 
le  1er  octobre  seulement  qu'elle  aura  lieu.  A  l'un  des  derniers,  le  public 
a  remarqué  et  vivement  applaudi  un  des  solistes  de  Musard,  Moreau, 
qui,  sur  l'ophicléide,  a  rendu  un  air  de  Mayseder  avec  une  perfection  et 
une  délicatesse  dont  cet  instrument  paraissait  incapable.  M.  Moreau  est 
un  artiste  d'un  grand  talent,  et  son  nom  sur  le  programme  des  con- 
certs organisés  par  les  sociétés  philharmoniques,  les  établissements 
de  bains,  etc.,  offrirait,  nous  n'en  doutons  pas,  un  grand  attrait  de 
curiosité. 

***  M.  Angel  Woelffle,  organiste  de  la  cathédrale  d'Angoulème  et 
pianiste,  à  peine  âgé  de  vingt-cinq  ans,  vient  de  succomber  ù  une  maladie 
aiguë. —  L'art  perd  en  lui  un  homme  de  talent  et  d'avenir  qui  aurait  fait 
honneur  a  son  pays. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


t*t  Boulogne-sur-Mer .  —  Lé  premier  concert  organisé  par  les  soins  de 
l'administration  des  bains  a  été  fort  brillant.  Mme  Alboni,  MM.  Engel  Rei- 
chardt,  avaient  été  engagés  pour  y  concourir,  et  toute  l'élite  de  la  société 
et  des  étrangers  a  couvert  d'applaudissements  ces  éminents  artistes. 
Reichardt  a  chanté  avec  un  sentiment  et  une  expression  indicibles  sa 
délicieuse  romance  :  Oh  I  belle  étoile'.  Oh\  doux  regard  !  dont  la  vogue 
ne  sera  pas  moindre  en  France  qu'en  A  ngleterre. 

,*„  Nice.  —  La  Revue  de  Nice  donne  des  détails  intéressants  sur  les 
jeunes  chanteurs  de  la  chapelle  russe,  qui  font  sensation  en  ce  moment 
dans  notre  ville  :  ce  sont  des  enfants  de  neuf  à  treize  ans.  Avant  leur  dé- 
part ils  se  sont  fait  entendre  en  public  ;  ils  ont  chanté  des  airs,  des 
chœurs,  des  barcarolles,  des  scènes  entières  d'opéras  avec  un  talent  sur- 
prenant, sous  la  direction  de  M.  Lamakiel,  qui  est  le  maître  de  chapelle 
de  l'impératrice  de  Russie  et  du  comte  Scheremetieff. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


***  Berlin,  28  août.  —  A  l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  naissance 
de  Gœthe,  il  y  aura,  pendant  quatre  jours  consécutifs,  des  représenta- 
tions théâtrales  :  le  27,  Le  Lieutenant  du  roi,  par  Gutzkow,  concert  mili- 
taire, sous  la  direction  de  M.  Wieprecht  ;  le  28,  Frédèrique  à  Sesenheim, 
opérette  par  Eberwein  ;  Frère  et  sœur,  par  Gœthe  ;  le  29,  Gœihe-Marsch, 
par  Liszt;  ks  Caprices  des  amoureux,  par  Gœthe;  Calme  sur  la  mer,  par 
Beethoven  ;  Nuit  de  Walpurgis,  par  Mendelssohn  ;  la  Transfiguration, 
fragment  de  Faust,  deSchumann;  le  30,  la  Foire  à  Plundersweiler,  par 
Gœthe,  concert.  Les  recettes  seront  remises  au  caissier  du  comité  chargé 
de  l'érection  du  monument  de  Gœthe. 

Hanovre,  —  On  annonce  que  c'est  Stéger  qui  doit  remplacer  Niemann 
au  théâtre  de  la  Cour. 

»*„  Weimar.  —  Macbeth,  opéra  de  Chelard,  qui,  après  avoir  été  froi- 
dement accueilli  à  Paris,  obtint  un  grand  succès  en  Allemagne,  doit  être 
remis  en  répétition  au  théâtre  de  la  Cour. 

„*„  Vienne.  —  Ander  doit  faire  sa  rentrée  au  théâtre  Kaernthner-Thor 
par  le  rôle  de  Jean  de  Leyde,  dans  le  Prophète.—  Rubinstein  a  terminé 


sa  nouvelle  partition  qu'il  vient  de  remettre  à  l'administration  du  théâtre 
de  la  Cour.  —  La  direction  du  théâtre  Italien  est  décidément  donnée 
à  M.  Salvi,  qui  commencera  ses  représentations  en  avril,  pour  les  finir 
à  la  fin  de  juillet. 

»*,  Spa,  11  août.  —  En  dépit  de  la  rigueur  du  temps,  notre  saison 
est  très-brillante.  C'est  hier  qu'a  eu  lieu  dans  le  grand  salon  de  la  Re- 
doute le  beau  concert  organisé  par  les  soins  de  l'administration  des 
jeux  et  sur  le  programme  duquel  figurait  le  num  de  Vivier,  prestige  im- 
manquable pour  assurer  le  succès  de  la  fête.  Vivier  s'est  montré  dans 
cette  occasion  solennelle  à  la  hauteur  de  sa  réputation.  Il  a  exécuté  un 
cantabile  de  sa  composition  avec  une  netteté,  une  justesse  de  sons  qui 
tiennent  du  prodige.  Un  autre  morceau,  également  de  lui  et  intitulé 
la  Chasse,  a  enlevé  les  applaudissements  frénétiques  de  l'auditoire,  qui 
en  a  demandé  à  grands  cris  une  seconde  audition.  La  courtoisie  de 
l'artiste  n'a  pas  été  inférieure  a  son  talent.  Une  cantatrice  de  Nantes, 
Mlle  Honorine  François,  a  chanté  avec  un  talent  véritable  l'air  de  Jean- 
notel  Colin,  la  valse  de  Faust  et  le  grand  air  des  Puritains.  La  voix  de 
Mlle  François  est  sympathique;  elle  a  été  écoutée  avec  plaisir  et  applau- 
die. M.  Francd-Mendés,  violoncelle-solo  de  S.  M.  le  roi  des  Pays-Bas, 
a  fait  preuve  d'un  talent  réel  en  exécutant  plusieurs  de  ses  composi- 
tions. Enfin  l'orehjstre  de  la  Redoute,  sous  la  direction  de  M.  Guillaume,  a 
interprété  avec  verve  et  ensemble  l'ouverture  du  Diable  au  moulin,  de 
Gevaert.  Le  piano  était  tenu  par  M.  Charles  Grossmann,  jeune  et  habile 
artiste  qui  accompagne  admirablement. 

Rotterdam.  —  M',  de  Vriès,  directeur  du  Théâtre-Hollandais  à  Amster- 
dam, se  propose  de  créer  ici  un  opéra  allemand;  pour  encourager  l'en- 
treprise, le  haut  commerce  a  réuni  un  capital  de  80,000  florins,  dont  les 
intérêts  seront  servis  à  M.  de  Vriès  à  titre  de  subvention. 

t*s  Stockholm. —  Dans  l'académie  suédoise  de  musique,  ont  été  intro- 
duites des  réformes  importantes.  Parmi  les  chaires  que  l'on  y  a  nouvelle- 
ment créées,  nous  avons  remarqué  celle  d'histoire  et  d'esthétique  et 
une  autre  pour  l'art  d'accorder  les  pianos.  Feu  le  comte  Oxenstiern  a 
légué  à  la  Bibliothèque  royale  sa  riche  collection,  contenant  des  parti- 
tions depuis  Lully  jusqu'à  II.  Berlioz,  depuis  Keiser  jusqu'à  Iï.  Wagner, 
et  depuis  Palestn'na  jusqu'à  Verdi.  Le  professeur  et  bibliothécaire  Drake 
est  occupé  à  en  dresser  le  catalogue. 

*%.  Copenhague. —  Marlha,  de  Flotow,  a  obtenu  un  brillant  succès; 
cette  partition,  remplie  des  plus  gracieux  motifs,  a  fréquemment  soulevé 
les  applaudissements  d'un  nombreux  public.  Le  nouveau  ballet  de  Bour- 
nonville  :  Loin  du  Danemark,  a  fait  plaisir. 

**„,  Trieste.  —  Dinorah  est  un  des  premiers  ouvrages  qui  vont  être 
représentés  sur  notre  théâtre.  Le  dernier  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  sera 
monté  avec  beaucoup  de  luxe. 

„..%  Gènes.— On  travaille  activement  à  la  restauration  complète  du  théâtre 
Carlo-Felice.  La  salle  sera  d'une  richesse  et  d'une  élégance  qui  la  met- 
tront en  état  de  rivaliser  avec  les  plus  beaux  théâtres  de  l'Europe.  La  pro- 
chaine saison  promet  d'être  très-brillante. 

**,.,  Milan.  —  Nous  aurons  deux  opéras  nouveaux  pour  la  saison  d'au- 
tomne :  l'Assedio  di  Firenze,  de  Bottesini,  qui  n'a  point  encore  été  re- 
présenté en  Italie,  et  Leone  Isauro,  du  jeune  maestro  Cianchi,  de  Florence, 
auteur  de  plusieurs  œuvres  représentées  avec  succès  dans  sa  patrie,  et 
notamment  de  Salvator  Rosa. —  Les  sœurs  Ferai  viennent  de  donner  un 
beau  concert  au  théâtre  Carignano. 

*%  Naples.  —  La  subvention  du  théâtre  San-Carlo  a  été  portée  de 
60,000  ducats  à  80,000  ;  c'est  aujourd'hui  le  théâtre  le  mieux  rente  do 
toute  l'Italie.  L'école  de  danse,  qui  est  fort  déchue  de  son  ancienne  splen- 
deur, doit  être  réorganisée  ;  c'est  de  cette  école  que  sont  sorties  les  cé- 
lèbres ballerines  Taglioni,  Carlotta  et  Fanny  Grisi. 

a**  Pesth. —  Au  théâtre  allemand  on  vient  de  mettre  à  l'étude  Joseph, 
de  Méhul. —  Le  pianiste  Boskowitz  a  donné,  avant  son  départ  pour 
l'Allemagne,  un  brillant  concert  au  profit  du  monument  Szechenyi. —  Le 
célèbre  violoniste  Miska-Hauser  vient  d'arriver  dans  notre  capitale,  où  il 
se  propose  de  donner  des  concerts. 


AVIS. 

MM.  les  Directeurs  de  théâtre  sont  informés  que  la  Grande  Par- 
ai les  Parties  d'Orchestre  du  ftComaià  «B'Elvire  ,  opéra- 
comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Alexandre  Dumas  et 
de  Leuven,  musique  de  M.  Ambroise  Thomas,  viennent  de  paraître 
chez  MM.  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu, 
au  1er. 


296 


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L.  Bancla.  —  Duo  pour  violon  et  piano  sur  les  motifs  favoris  des  Rosières Prix  marqué     6     » 

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F.  Hérold 

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Pile  ou  Face,  de  V.  Bourget  et  G.  Baneux 2  50 

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publiées  en  partition  et  en 
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Dans  les  Dépnrlements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  libraires,  et  oui 
Pureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  3». 


REVUE 


26  Août  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  on 

Départements,  Belgique  et  Suisse....     3U  -»       id. 
Étranger 34  «       id. 


GAZETTE 


©^   FJkms. 


-^\AA/\fvA/\/\rjw\. — 


SOMMAIRE.  —  Histoire  du  Conservatoire  impérial  de  musique  et  de  déclamation, 
par  Lassabathie  (1"  article),  par  Paul  Smith.  —  Bibliographie  musicale, 
par  Adrien  de  lia  Fage.   —  Revue  critique,  par  Adolphe  Botte.  — 

Nouvelles  et  annonces. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DËCLAIATIOÏÏ, 


Par  LASSABATUIË. 


(1er  article.) 


C'est  à  l'Église  que  nous  devons  l'idée  cl  le  titre  de  ces  établisse- 
ments qui,  désormais,  ne  servent  plus  qu'au  théâtre.  La  création  en 
remonte  à  l'époque  de  la  renaissance  musicale  en  Italie.  Dès  que  le 
besoin  de  chanteurs  se  fît  sentir,  on  comprit  qu'il  fallait  ouvrir  des 
écoles  pour  en  former.  11  De  s'agissait  encore  ni  de  grands  airs,  ni  de 
rondos,  ni  de  cavatines  ;  on  ne  chantait  que  les  louanges  de  Dieu , 
mais  on  tenait  à  ce  qu'elles  fussent  chantées  le  mieux  possible.  Le 
premier  Conservatoire  apparut  à  Naples  en  1537,  sous  l'invocation  de 
Santa  Maria  di  Loreto ,  et  dès  le  commencement  du  siècle  suivant 
la  même  ville  en  comptait  trois  autres ,  soutenus  en  grande  partie 
par  les  ressources  de  la  charité.  Venise  en  eut  aussi  bientôt  un  nombre 
égal  ;  mais  par  une  singularité  curieuse,  tandis  que  ceux  de  Naples 
étaient  exclusivement  consacrés  à  l'éducation  des  hommes ,  ceux  de 
Venise  ne  recevaient  que  des  femmes.  On  ne  pouvait  obvier  plus  sû- 
rement au  danger  du  rapprochement  des  sexes. 

La  France  suivit  bien  tard  l'exemple  donné  par  l'Italie.  En  1784, 
une  école  de  chant  et  de  déclamation  avait  été  fondée  par  le  baron  de 
Breteuii  pour  fournir  des  sujets  au  grand  Opéra  qui,  jusqu'alors,  s'é- 
tait pourvu  de  chanteurs  dans  les  maîtrises  des  cathédrales.  Le  Con- 
servatoire ne  date  que  de  l'année  1795,  et  l'on  n'ignore  pas  que  la  né- 
cessité du  recrutement  des  musiques  militaires  (la  France  avait  alors 
quatorze  armées!),  habilement  exploitée  par  Sarrette,  fut  un  des  prin- 
cipaux motifs  qui  déterminèrent  la  Convention  à  en  décréter  le  prin- 
cipe. La  Restauration  essaya  de  briser  cette  œuvre  nalionale,  agran- 
die et  dotée  par  le  premier  Empire,  mais  le  Conservatoire  se  montra 
plus  fort,  plus  vivace  que  l'antique  dynastie,  qui  le  laissa  debout 
lorsqu'elle  vint  à  tomber.  La  révolution  de  Juillet,  la  révolution  de 
Février  se  gardèrent  bien  de  toucher  à  ce  que  leur  avait  légué  leur 
gigantesque  sœur  aînée,  et  le  second  Empire  tint  à  honneur  de  suivre 
les  traditions  du  premier.   Ainsi  le  Conservatoire  est  venu  jusqu'à 


nous,  h  travers  les  événements  de  tout  genre,  les  critiques  de  toute 
sorte,  et  ne  s'en  est  porté  que  mieux.  C'est  aujourd'hui  le  plus  émi- 
nent  des  Conservatoires,  qui  se  sont  multipliés  en  Europe,  ainsi  que 
les  écoles  succursales  en  France.  Il  ne  lui  manquait  plus  qu'un  his- 
torien, et  M.  Lassabathie  s'est  chargé  de  le  lui  fournir.  A  dire  le 
vrai  (d'autres  que  nous  en  ont  déjà  fait  la  remarque),  son  livre  n'est 
pas  précisément  ce  qu'on  appelle  une  histoire  :  c'est  plutôt  une  table 
chronologique,  où  tous  les  faits  importants  sont  inscrits  à  leur  date  : 
c'est  de  plus  un  précieux  recueil  de  documents  peu  connus,  de  rap- 
ports, de  lettres,  qui  abondent  en  détails  intéressants,  en  révélations 
piquantes,  et,  dès  la  publication  de  l'ouvrage,  nous  nous  étions  pro- 
mis d'en  donner  un  échantillon  à  nos  lecteurs.  L'occasion  long- 
temps attendue  s'étant  enfin  présentée,  nous  nous  empressons  de  la 
saisir. 

Comment  s'élonner  des  attaques  dont  le  Conservatoire  de  Paris  est 
encore  si  souvent  l'objet,  quand  on  voit  que  cette  habitude  de  déni- 
grement, de  moquerie,  de  négation  a  précédé  même  sa  naissance? 
On  F  iquait  déjà  dans  cette  petite  école  royale  du  baron  de  Hre- 
teuil,  et  il  faut  voir  avec  quelle  vigueur  de  bon  sens,  de  conscience 
e.'  de  juste  fierté  Gossec  la  défendait  dans  une  lettre  à  M.  de  la  Ferlé. 
L'écume  n'exisiait  que  depuis  deux  ans  et  demi,  et  on  l'accusait  déjà 
de  ne  rien  produire  !  Gossec  répondait  à  ce  reproche  et  à  bien  d'au- 
tres :  «  Une  expérience  de  quarante  ans  dans  la  musique,  un  talent 
»  qui  m'a  donné  quelque  réputation  dans  l'Europe,  quoiqu'on  en  ait 
»  négligé  l'usage  à  Paris  et  à  la  cour,  une  connaissance  du  théâtre, 
»  l'équité  et  la  bonne  foi,  dont  je  ferai  toujours  profession,  mon  respect 
»  et  mon  dévouement  enfin  pour  tout  ce  qui  vous  intéresse,  Monsieur, 
»  semblent  m'autoriser  à  démentir  toutes  ces  assertions,  à  rompre  le 
»  fil  d'une  trame  perfide,  et  à  combattre  les  moyens  que  la  mauvaise 
»  foi  emploie  pour  vous  faire  prendre  une  idée  défavorable  du  travail, 
»  des  progrès  et  des  avantages  de  cette  école.  Sont-ce  des  personnes 
»  de  l'art  qui  souillent  le  poison  ?  Elles  ne  sont,  dans  ce  cas,  que  plus 
»  dangereuses,  étant  plus  persuasives  pour  celles  qui  n'en  sont  pas.  Mais 
»  daignez  croire,  Monsieur,  qu'il  est  des  personnes  de  l'art  qui  rai- 
»  sonnent  fort  maladroitement  de  leur  art  même. . .  Croyez  aussi 
»  qu'il  en  est  qui,  sous  le  manteau  de  l'intérêt,  couvrent  quelque 
»  perfidie.  » 

Et  le  loyal  Gossec,  qui,  à  la  façon  de  notre  grand  Corneille,  ne 
craignait  pas  de  rappeler  lui-même  ses  titres  et  de  dire  ce  qu'il  en  pen- 
sait, continuait  son  plaidoyer,  en  accumulant  les  preuves  à  l'appui. 
«  Celte  école,  contre  qui  l'on  s'élève,  que  l'on  se  plaît  à  décrier,  et 
»  dont  on  veut  prouver  l'inutilité,  n'a-t-elle  pas  donné  les  aperçus 
»  les  plus  favorables  ?  La  représentation  de  Ho/and  qu'elle  a  donnée 


REVOE  KT  GAZETTE  MuSÏCALÊ 


»  au  théâtre  des  Menus,  suffirait  seule  pour  la  défense.  Cette  repré- 
»  sentation,  donnée  au  bout  de  dix-huit  mois  d'école,  avec  des  élèves 
»  tirés  du  néant  et  do  la  plus  profonde  ignorance,  des  élèves  à  qui 
n  nous  avions  déjà  donné  des  talents  au  bout  de  ce  terme,  quoique 
»  les  ayant  commencés  tous  par  l'alphabet  de  chaque  science  que  l'on 
»  professe  à  l'école,  cette  représentation,  dis-je,  ne  tenait-elle  pas  du 
»  miracle?  N'y  a-t-on  pas  entendu,  indépendamment  des  premiers 
»  sujels,  qui  s'y  sont  distingués,  tous  ces  enfants  rendre  les  chœurs, 
»  j'ose  le  dire,  avec  plus  de  précision  et  de  justesse  qu'à  l'Opéra? 
»  N'ont-ils  pas  exécuté  merveilleusement,  l'année  dernière,  à  différents 
»  examens,   vous    présent,   Monsieur,    des  chœurs   de    Dardâmes, 

»  d'Echo  et  Narcisse  et  d' Athalie? Ces   enfants,  malgré  le 

»  grand  nombre,  sont  tellement  avancés  qu'ils  sont  requis  pour 
m  toutes  les  musiques  qui  se  font  dans  les  églises  de  Paris,  où  ils 
»  sont  très-utiles,  ainsi  qu'au  Théâtre-Français,  pour  les  intermèdes, 
»  tels  que  dans  Bayard,  aux  fêtes  particulières  où  il  y  a  des  chœurs, 
»  notamment  à  Brunoy,  chez  Monsieur,  où  ils  furent  demandés  lors 
»   du  dernier  voyage  que  le  roi  y  fit.  » 

Do  ce  passage  de  sa  lettre  il  résulte  que  Gossec  ne  regardait  pas 
comme  indispensable  aux  progrès  des  élèves  l'obligation  de  rester 
hermétiquement  cloîtrés  dans  leurs  classes,  et  qu'au  contraire  il  se 
félicitait  de  toutes  les  occasions  qui  s'offraient  à  eux  de  faire  de  la  mu- 
sique. De  même,  à  Naples,  dans  l'origine  des  Conservatoires,  les  élè- 
ves allaient  exercer  leur  art  non-seulement  dans  les  chapelles  de  la 
ville,  mais  dans  des  provinces  éloignées,  aux  fêles  solennelles,  sous 
la  direction  d'un  de  leurs  maîtres.  Ils  chantaient  les  litanies  aux  pro- 
cessions, le  Libéra  nos,  Domine  aux  funérailles  des  personnes  riches; 
plus  tard,  ils  remplissaient  même  les  fonctions  de  choristes  dans  les 
théâtres,  et  participaient  à  toutes  les  solennités  musicales  du  royaume. 

Mais  savez-vous,  parmi  les  artistes  français,  quels  éLaient  ceux  qui 
s'opposaient  le  plus  fortement  à  la  création  d'une  école  ?  Gossec  le 
constate  dans  sa  lettre  :  c'étaient  les  artistes  de  l'Opéra.  «  Cepen- 
»  dant,  écrivait-il,  l'Opéra  ne  veut  pas  qu'il  existe  une  école.  Pourquoi 
»  donc  l'administration  aime-t-elle  mieux  rester  toujours  dans  la  né- 
»  cessité  de  recourir  à  la  verge  de  fer  ou  à  la  prière  pour  faire  mou- 
»  voir  l'Opéra  ? 

»  Pourquoi  les  acteurs  font-ils  la  loi?  C'est  faute  de  sujets. 

»  Et  l'Opéra  ne  veut  pas  qu'il  y  ait  une  école  !   » 

Ici  Gossec  entrait  dans  la  question  brûlante  du  moment,  et  traçait 
l'esquisse  du  personnel  de  notre  scène  lyrique  en  traits  propres  à  faire 
réfléchir  les  étemels  louangeurs  du  passé. 

«  L'Académie  ne  voit-elle  pas  Mme  Saint-IIuberti  courir  à  grands 
»  pas  vers  son  déclin?  Qui  la  remplacera?  Sera-ce  Mlle  Gavaudan 

»  cadette,  Mlles  Maillard  et  Dozon? Trois  de  nos  jeunes  acteurs 

»  principaux  ne  sont- ils  pas  épuisés  par  les  maladies?  Sera-ce  les 
»  sieurs  Saint-Aubin,  Martin,  Duchant,  Chardini  et  Châteaufort  qui  les 
»  remplaceront?  Croit-on  que  les  sieurs  Lainez  et  Moreau,  sur  qui 
»  pèse  tout  le  fardeau  de  l'Opéra,  pourront  soutenir  encore  longtemps 
»  celle  charge  ? 

»  Et  l'Académie  ne   veut  point  qu'il  exisle  une  école  !  » 

Elle  le  voulait  si  peu,  ses  artistes  affichaient  un  si  profond  dédain 
pour  les  élèves  de  l'école,  qu'ils  refusaient  tous  de  se  commetlre  avec 
eux  devant  le  public.  «  Quelqu'un  de  l'Opéra,  écrivait  encore 
»  Gossec,  ne  m'a-t-il  pas  rappelé  que  l'on  craignait  de  donner  Ho- 
»  land  avec  trois  débutants  de  l'école,  parce  qu'en  cas  d'incommo- 
>  dilé,  aucun  sujet  de  l'Opéra  ne  voudrait  les  doubler?  N'est-ce  pas 
»  là,  Monsieur,  une  puérilité  des  plus  misérables  ?  »  Oui ,  nous 
sommes  de  l'avis  de  Gossec,  et  nous  pensons,  comme  lui,  que,  lors- 
que des  sujets  de  l'école  débutaient  à  l'Opéra,  ils  entraient  dans  son 
bercail;  et  que,  faisant  alors  partie  de  son  troupeau,  ils  mangeaient 


tous  au  même  râtelier-,  et  qu'ère  conséquence  personne  ne  se  trouvait 
compromis.  Le  langage  est  naïf,  mais  le  raisonnement  n'en  est  pas 
moins  juste.  Du  reste,  les  temps  sont  bien  changés  ;  les  opinions  et 
les  mœurs  aussi,  nous  aimons  à  le  croire. 

Paul  SM1TD. 
{La  suite  prochainement .) 


BIBLIOGRAPHIE  MUSICALE. 

DÉCOUVERTE  DES  ANCIENS    VERNIS   ITALIENS   EMPLOYÉS   POUR 
LES  INSTRUMENTS  A  CORDES  ET  A  ARCHETS, 

Par  31.  Eugène  SI  ABl.AXU. 

Paris,  1850,  in-18,  imprimerie  Lahure  et  C 

On  sait  de  quelle  juste  réputation  jouissent  parmi  les  connaisseurs 
les  instruments  à  cordes  fabriqués  en  Italie  aux  trois  derniers  siècles 
par  les  célèbres  luthiers  crémonais.  Au  nombre  des  qualités  qui  les 
distinguent  se  trouve  à  un  éminent  degré  la  beauté  des  vernis ,  qui 
peuvent,  de  l'avis  de  tout  le  monde,  être  regardés  comme  parfaits, 
tant  pour  le  jaune  que  pour  le  rouge. 

Or  aujourd'hui,  ces  anciens  vernis  ont  cessé  d'être  en  usag-e,  et 
l'on  suppose  communément  que  les  formules  des  luthiers  crémonais 
ne  sont  pas  parvenues  jusqu'à  nous.  Celte  opinion  paraît  être  une 
erreur  au  moins  par  rapport  aux  élèves  qu'ils  ont  formés,  puisque 
ceux-ci,  sauf  quelques  différences  dans  la  nuance  de  coloration,  em- 
ploient des  vernis  à  peu  près  identiques  aux  leurs. 

Si  ces  vernis  élaient  bons  et  s'ils  avaient  paru  convenables  depuis 
l'époque  où  la  facture  des  instruments  avait  pris  de  l'importance, 
comment  et  pourquoi  les  a-t-on  abandonnés  et  en  a-t-on  même,  se- 
lon l'opinion  commune,  perdu  le  secret? 

M.  Eugène  Mailand  explique  la  chose  d'une  manière  fort  naturelle. 
L'art  de  fabriquer  les  vernis  demeura  dans  l'enfance  jusque  vers  la 
fin  du  xvnc  siècle  ;  alors  cette  industrie  subit  une  véritable  révolution 
par  suite,  entre  autres  causes,  des  changements  qu'y  introduisit  l'im- 
portation de  la  gomme  laque  et  les  efforts  tentés  pour  dissoudre  le 
succin  et  le  copal  dur.  Il  en  résulta  qu'après  le  milieu  du  siècle  sui- 
vant, les  formules  empiriques  dont  on  s'était  servi  jusqu'alors  furent 
délaissées,  et  la  composilion  des  vernis  réglée  d'après  les  procédés  de 
la  science. 

Evidemment  ce  changement  consliluait  un  progrès;  comment  alors 
se  fait-il  que  l'on  regrette  aujourd'hui  les  vernis  plus  anciens ,  et 
comment  ne  retrouve-t-on  rien  qui  les  remplace  aussi  bien  qu'on  le 
voudrait  ?  Le  voici  :  c'est  que  le  nouveau  système  de  fabrication  four- 
nissait des  vernis  excellents,  mais  d'une  application  peu  favorable  à 
la  lutherie.  Ce  n'était  pas  celle  industrie  qu'on  avait  eue  en  vue,  et  le 
progrès  s'était  fait  dans  un  autre  sens. 

Ainsi  que  le  remarque  M.  Mailand,  on  a  obtenu  outre  du  brillant 
une  grande  solidité,  et  les  vernis  actuels  peuvent  se  vanter  de  résis- 
ter autant  que  possible  aux  principales  causes  de  destruction.  Ce  sont 
là  sans  doute  des  qualités  précieuses,  «  mais,  ajoute  notre  auteur,  ce 
ne  sont  pas  précisément  celles  qui  importent  le  plus  à  la  lutherie,  qui 
a  besoin  avant  tout  d'une  souplesse  constante  et  durable.  »  Or  il  est 
certain  que  nos  meilleurs  vernis  ne  sont  ni  aussi  souples  ni  aussi  trans- 
lucides que  les  anciens,  et  si  l'on  considère  que  l'application  d'un 
mauvais  vernis  peut  gâter  un  bon  instrument  au  moins  pour  longtemps, 
on  concevra  qu'il  ne  s'agit  pas  seulement  en  ceci  d'une  affaire  d'or- 
nement, mais  d'une  chose  fort  essentielle  à  la  beauté  du  son,  à  la 
résonnance  générale  de  toule  la  boîte  sonore,   et  surtout  à  la  con- 


I)E  PAiïiS. 


servation  de  l'instrument,  car  Félix  Savart  a  fort  bien  prouvé  qu'un 
violon  laissé  sans  vernis  se  détériore  au  bout  de  peu  d'années. 

M.  Mailand  a  donc  cherché  d'abord  à  bien  connaître  quelle  était 
la  composition  des  vernis  italiens  aux  deux  siècles  passés  :  on  sait 
qu'à  cet  égard  on  ne  s'exprimait  encore  au  commencement  du  nôtre 
qu'avec  beaucoup  de  mystère;  or,  le  mystère  appeknt  le  mystère, 
il  en  résultait  que  personne  ne  voulait  communiquer  ses  formules,  en 
déclarant,  bien  entendu,  qu'elles  étaient  les  meilleures,  et  que  si 
celles  des  anciens  luthiers  valaient  mieux,  il  n'y  fallait  plus  songer 
puisqu'elles  étaient  perdues. 

Comment,  dira-t-on,  n'avoir  pas  eu  recours  à  l'analyse  chimique?  . 
C'est  qu'elle  eût  offert  peu  de  ressources,  parce  que  les  résines  et  le 
véhicule  qui  a  servi  à  les  dissoudre  sont  oxydés  depuis  longtemps,  et 
que  d'ailleurs  on  ne  se  soucie  pas  de  soumettre  les  instruments  an- 
ciens restés  en  bon  état  à  une  opération  qui  les  détériorerait  et  en 
diminuerait  la  valeur.  M.  Mailand  a  donc  dû  suivre  une  marche  dif- 
férente. 

Il  a  recherché  clans  les  auteurs  contemporains  quel  élait  l'état  de 
la  fabrication  des  vernis  aux  époques  auxquelles  travaillaient  les  célè- 
bres luthiers  italiens.  Il  nous  donne  ainsi  les  procédés  d'ALENis  dans 
ses  Secrets  des  arts,  1550  :  de  Fioravanti,  Miroir  universel  des  arts 
et  des  sciences,  1564;  d'AuDA,  Recueil  abrégé  des  secrets  merveilleux, 
1663;  de  Zahm,  Oculvs  arti/icialis,  1685;  de  Christophe  Morley, 
Collectanœa  chimicœa  Lydensia,  1692  ;  de  Coronelli,  Epitome  cos- 
mographique, 1693  ;  de  Pomey,  Histoire  générale  des  drogues,  1694 
et  1735;  de  Bonanni,  Traité  des  vernis,  1713. 

M.  Mailand  examine  ce  qu'il  peut  y  avoir  à  prendre  et  à  rejeter 
dans  ces  différentes  recettes,  et  cherche  à  bien  établir  quelles  qua- 
lités doivent  posséder 'les  vernis  destinés  aux  instruments.  11  remar- 
que avec  raison  que  depuis  un  demi-siècle,  on  s'est  un  peu  trop  pré- 
occupé de  la  solidité  du  vernis  sans  songer  que  cette  qualité  néces- 
saire sans  doute  n'est  pas  l'unique  à  acquérir.  Il  s'étonne  qu'un 
homme  d'aussi  grand  mérite  que  Savart,  et  qui  avait  fait  des  ins- 
truments à  cordes  une  étude  aussi  approfondie,  préfère  le  vernis  à 
l'huile  au  vernis  à  l'esprit-de-vin,  et  donne  des  formules  qui  ne  peu- 
vent convenir  qu'à  des  travaux  d'ébénisterie. 

Ce  qui  doit  paraître  fort  singulier,  c'est  qu'on  ne  semble  pas 
encore  savoir  d'une  manière  bien  positive  si  l'ancien  vernis  des 
facteurs  crémonais  était  à  l'alcool  ou  à  l'huile.  La  première  opinion  est 
la  plus  répandue,  mais  il  s'en  faut  qu'elle  soit  à  l'abri  de  toute  dis- 
cussion. 

M.  Mailand  se  fait  à  ce  sujet  une  objection  importante  :  «  Mais, 
nous  dira-t  on,  les  luthiers  crémonais  avaient  peut-être  le  secret  d'un 
vernis  qui  n'était  pas  dans  le  commerce  et  qui  a  été  perdu  avec  eux. 
A  cela  nous  répondrons  que  nous  comprenons  bien  qu'une  personne 
ait  pu,  faisant  mieux  que  ses  concurrents,  avoir  un  secret  qu'elle  ait 
emporté  avec  elle  en  mourant  ;  mais  qu'il  n'est  pas  supposable  un 
instant,  qu'une  chose  qui  a  existé  plus  d'un  siècle  et  qui  s'est  trans- 
mise pendant  plusieurs  générations  de  luthiers,  soit  restée  se- 
crète. Elle  devait  nécessairement  être  connue  de  tout  le  monde, 
et  n'a  été  abandonnée  qu'au  moment  où  un  progrès  considé- 
rable s'est  fait  dans  la  fabrication  des  vernis.  On  croyait  trouver 
mieux,  ce  qui  prouverait  au  besoin  qu'on  n'avait  pas  autre  chose  que 
ce  qui  se  faisait  dans  le  commerce.  Objectera-t-on  qu'il  y  a  des  dif- 
férences entre  les  vernis  de  tel  ou  tel  maître,  c'est  possible;  mais  cela 
ne  prouverait  qu'une  chose,  c'est  que  les  uns  savaient  mieux  les  ap- 
proprier et  les  employer  que  les  autres.  » 

Après  de  nombreuses  expériences  faites  sur  quantité  de  violons 
d'auteur,  M.  Mailand  en  arrive  à  cette  conclusion  que,'  malgré  diffé- 
rentes variations  dans  la  manière  de  faire,  les  luthiers   de    la  bonne 


époque  restaient  tous  fidèles  au  principe  de  n'employer  que  des 
résines  souples  qu'ils  nlliaient'à  celles  qui  ont  du  liant,  et  qu'ils  main- 
tenaient dans  cet  état  par  le  véhicule  dans  lequel  elles  étaient  dis- 
soutes. 

Dans  la  seconde  partie  de  son  livre,  M.  Mailand  traite  en  premier 
lieu  de  Vencollage  des  instruments.  On  a  douté  que  les  anciens  luthiers 
encollassent,  et  l'on  a  cru  le  plus  ordinairement  qu'ils  appliquaient 
leur  vernis  immédiatement  sur  le  bois  ;  tel  n'est  pas  l'avis  de  notre 
auteur  qui  seulement  croit  que  l'ancien  encollage  était  fort  léger.  La 
nécessité  de  l'encollage  n'est  pas  douteuse  pour  lui  et  il  en  donne  de 
fort  bonnes  raisons. 

Cette  préparation  étant  reconnue  nécessaire,  quelle  est  la  meilleure 
formule  à  employer?  M.  Mailand  en  donne  plusieurs,  et  ici  encore 
il  recommande  de  se  méfier  de  certains  procédés  applicables  à 
la  seule  ébénislerie,  et  qui  ont  plus  d'une  fois  séduit  les  luthiers  vul- 
gaires. 

Passant  ensuite  à  la  coloration  des  essences,  M.  Mailand  entre  dans 
des  détails  fort  étendus  et  dans  lesquels  nous  ne  pouvons  pas  le 
suivre;  il  rend  compte  des  opérations  par  lui  faites  à  ce  sujet  et  qui 
l'ont  conduit  à  proposer  avec  confiance  ce  qu'il  offre  aujourd'hui  au 
public.  Il  CBoit  avoir  bien  fixé  les  matières  dont  se  servaient,  sinon 
toujours,  au  moins  le  plus  généralement,  les  anciens  luthiers  ;  il  avoue 
qu'il  peut  y  avoir  du  doute  sur  sa  manière  de  faire  dissoudre  les  ré- 
sines de  sandragon  et  de  gomme  -gutte,  lesquelles,  selon  lui,  ser- 
vaient à  colorer  les  essences,  mais  peu  importe,  dit-il,  si  nous  arri- 
vons au  même  résultat. 

11  indique  alors  les  procédés  à  suivre  pour  obtenir  la  dissolution 
des  matières  colorantes  dans  l'alcool,  la  coloration  applicable  aux 
essences,  et  enfin  les  modifications  à  donner  au  ton  rouge.  Il  a  soin 
en  outre  de  rendre  compte  de  plusieurs  expériences  par  lui  faites  et 
qui  n'ont  point  amené  de  résultat  satisfaisant,  ne  serait-ce  que  pour 
éviter  aux  personnes,  qui  chercheraient  après  lui,  de  retomber  dans 
des  essais  infructueux. 

Il  ne  lui  reste  plus  alors  qu'à  s'occuper  du  vernis  proprement  dit, 
c'est-à-dire  des  résines  à  introduire  dans  l'essence,  de  manière  à  com- 
poser un  vernis  brillant,  souple,  liant  et  qui  puisse  résister  à  l'aclion 
des  frottements,  «  qualités  essentielles  que  possédaient  ceux  des  an- 
ciens maîtres.  »  M.  Mailand  entre  dans  tous  les  détails  nécessaires 
sur  les  préparations  à  faire,  les  précautions  à  prendre,  les  remèdes  à 
employer  lorsque  l'application  ne  se  présente  pas  telle  qu'on  l'atten- 
dait. «  On  voit,  dit-il  en  terminant,  que  ces  opérations  ne  présentent 
aucune  difficulté  ;  et  nous  espérons  avoir  rendu  les  manipulations 
assez  pratiques  pour  qu'elles  soient  à  la  portée  de  tous,  et  que  chaque 
luthier  puisse  faire  par  lui-même  son  vernis.  Cela  est  toujours  préfé- 
rable, parce  qu'il  est  le  meilleur  appréciateur  de  ce  qui  convient  à 
son  instrument.  » 

C'est  en  effet  pour  tout  le  monde  que  M.  Mailand  a  voulu  travailler, 
c'est  toute  la  lutherie  qu'il  appelle  au  partage  de  ses  découvertes,  et 
nous  ne  pouvons  assez  féliciter  le  savant  et  laborieux  amateur  de  ses 
vues  larges  et  généreuses.  On  lui  offrait  des  avantages  pour  exploiter  de 
compagnie  les  améliorations  à  obtenir  par  suite  des  procédés  nou- 
veaux qu'il  propose  dans  le  but  de  faire  aussi  bien  que  les  anciens. 
En  les  abandonnant  au  domaine  public,  il  a  voulu  que  toute  l'industrie 
luthière,  mais  surtout  que  l'art  musical  recueillit  le  fruit  de  ses  utiles 
recherches.  Il  serait  bien  à  désirer  que  les  amateurs  qui  ont  à  disposer 
de  leur  temps  en  entreprissent  souvent  de  semblables  et  qu'elles  abou- 
tissent à  d'aussi  satisfaisants  résultats 

Adrien  de  I.A  PAGE. 


300 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


REVUE  CRITIQUE. 

Alfreil  Jaell:  caprice-valse  sur  le  Pardon  de  Ploermel  ;  tran- 
scription du  Prophète;  le  Cari/Ion.  —  liouis  Brassin  :  tran- 
scription de  Y  Air  varié ,  de  Henri  Vieuxtemps.  —  Alphonse 
SiOBi^ueviKc  :  fantaisie  dramatique  sur  Stradelîa.  —  Jf.-Cl». 
Hess:  bouquet  de  mélodie  sur  le  Roman  d'Elvire. —  Auguste 
Durand  :  souvenirs  de  Guillaume  Tell.  —  Ii.-F.-A.  Frelon  : 
fantaisie  fie  concert  sur  la  Part  du  Diable.  —  Alexandre  Rei- 
cliardt  :  Oh!  belle  étoile  !  oh  !  doux  regard]  mélodie.  — WIu- 
sard  :    valse-boléro  sur  Pianella. 

Ceux  qui,  cet  hiver,  ont  entendu  l'éminent  pianiste  Alfred  Jaell 
se  rappellent  sans  doute  l'immense  plaisir,  la  profonde  sensation 
qu'ils  éprouvèrent  en  lui  entendant  jouer,  entre  autres  choses ,  son 
caprice-valse  sur  le  Pardon  de  Ploermel,  sa  transcription  du  Pro- 
phète, et  son  morceau  de  salon  le  Carillon.  Il  arrive  souvent  qu'en 
parcourant  chez  soi  des  compositions  dont  on  avait  été  charmé  au 
concert,  grâce  a  une  merveilleuse  exécution,  on  n'y  retrouve  ni 
l'âme,  ni  la  vie  qu'elles  semblaient  avoir.  Cette  fois,  hâtons-nous  de 
le  dire  ,  nul  ne  sera  déçu  :  ce  sont  des  mélodies  de  Meyerbeer,  et 
le  piano,  tout  en  restant  orné  des  traits  les  plus  harmonieux,  des  ar- 
pèges les  plus  brillants,  s'est  rarement  montré  aussi  gracieux  et 
aussi  chantant. 

Le  chœur  d'enfants,  du  Prophète,  attaqué  par  la  basse,  est  délicieu- 
sement accompagné  par  la  main  droite.  Ce  sont  d'abord  de  ravissants 
murmures,  des  accords  argentins  voltigeant  en  staccato  jusqu'aux 
plus  hauts  sommets  du  clavier;  puis  le  chant  s'élargit,  il  éclate  en 
octaves  con  bravura.  Cette  belle  sonorité,  succédant  aux  délicates 
inflexions  de  la  mélodie,  sans  avoir  pourtant  rien  de  heurté,  rien  de 
violent,  produit  un  contraste  d'une  irrésistible  puissance.  Si  quelques 
effets,  quelques  dispositions  de  parties  semblent  être  empruntés  à  la 
manière  large  de  Thalberg,  si  les  octaves  s'étalent  majestueusement 
au  médium,  en  revanche  Alfred  Jaell  marie  toujours  si  heureusement 
les  notes  aiguës  aux  grosses  notes  de  l'harmonie,  qu'elles  rappellent 
jusqu'à  un  certain  point  les  sons  harmoniques  (dont  usent  et  abusent 
beaucoup  de  violonistes),  et  qu'elles  donnent  à  sa  musique  une  grande 
originalité,  une  physionomie  très-poétique,  très-rêveuse  et  très-fine. 

Dans  le  caprice  sur  l'air  de  VOmbre,  il  y  a  de  délicieux  échos  qui 
imitent  à  ravir  les  dialogues  des  voix  et  de  l'orchestre,  des  points  d'or- 
gue qui  ne  tombent  pas,  sous  prétexte  d'être  brillants,  dans  celte 
prolixité  si  peu  agréable  à  ceux  qui  veulent  retrouver,  avant  tout,  la 
pensée  musicale  du  maître  qu'on  transcrit  ;  il  y  a  aussi  des  modula- 
tions qui  attestent  du  savoir  et  un  sentiment  parfait  de  l'harmonie. 

Mélancolique  et  expressif,  le  thème  du  Carillon  est  d'une  grande 
suavité.  Les  variations  imitatives  et  chantantes  exigent  une  finesse 
et  une  délicatesse  toute  féminine  Le  chant,  exécuté  par  le  pouce  , 
accompagné  d'arpèges  en  triolets,  rappelle,  il  est  vrai,  bien  des  pages 
qui  semblaient  avoir  enlevé  à  celte  combinaison  un  peu  de  sa  fraî- 
cheur et  de  son  éclat ,  mais  il  est  soutenu  en  tierces  par  la  main 
gauche  avec  un  charme  et  un  bonheur  que  peu  de  pianistes  ont  en- 
core rencontrés. 

—  Compositeur  lui-même,  et  compositeur  distingué,  Louis  Brassin 
vient  de  transcrire,  avec  autant  de  tact  que  d'habileté,  une  des  plus 
jolies  compositions  de  Henri  Vieuxtemps  :  son  deuxième  morceau  de 
salon.  Les  variations  sont  choses  as~ez  difficiles  à  transplanter  d'un 
instrument  à  un  autre,  et  il  était  à  craindre  qu'elles  perdissent  un  peu 
de  leur  brillant  et  de  leur  véritable  couleur  ;  que  le  staccato,  par 
exemple,  qui,  sous  l'archet  du  maître,  avait  tant  de  séductions,  ne 
parût  froid  et  n'entraînât  à  des  doigtés  exceptionnels  et  insuffisants. 
Aussi,  nous  n'oserions  affirmer  que  le  jeune  pianiste  ait  triomphé  de 
toutes  ces  difficultés  ;  mais  il  s'est  montré  plein  de  goût  dans  l'accom- 
plissement de  sa  tâche.  Il  a  fait  dire  au  clavier  tout  ce  que  le  clavier 


pouvait  dire,  et  les  dileltanti  lui  devront  un   morceau  des   plus  re- 
marquables. 

—  Dans  une  jolie  partition  comme  Stradelîa,  choisir  était  une  diffi- 
culté ;  M.  Longueville  nous  paraît  l'avoir  tranchée  en  prenant  un  plus 
grand  nombre  de  motifs.  A  chaque  page  de  sa  ravissante  fantaisie, 
c'est  une  nouvelle  figure,  nn  nouveau  thème,  une  situation  différente. 
Ici  l'amour  cha*nte,  là  la  jalousie  gronde  sourdement  pour  éclater 
bientôt,  puis  la  prière  fait  entendre  ses  purs  accents  ;  car  dans  Stra- 
delîa, M.  de  Flotovv  a  chanté  sur  tous  les  modes,  hors  sur  le  mode 
ennuyeux  que  les  Grecs  ignoraient  et  que,  dit-on,  nous  connaissons 
si  bien,  On  a  tant  abusé  du  mot  bijou  musical  que  nous  n'osons  nous 
en  servir  ;  disons  donc  tout  simplement  que  l'arrangement  de  M.  de 
Longueville  est  de  ceux  qui  arrivent  vite  à  la  popularité.  Il  contient, 
ce  qui  défie  et  détrône  la  musique  trop  contre-pointée,  la  grâce,  la 
jeunesse,  le  sourire  et  les  larmes  ;  toutes  belles  et  bonnes  choses  que 
les  plus  profondes  combinaisons  de  l'esprit  ne  donnent  pas,  et  qui 
auront  éternellement  le  privilège  de  satisfaire  le  goût  de  la  foule 
intelligente. 

—  Bien  des  petiles  mains  joueront  le  charmant  morceau  de  Charles 
Hess  sur  le  Roman  d'Elvire.  Tout  à  fait  facile  et  arrangé  avec  cette 
habileté  qui  distingue  l'auteur  et  qui  lui  a  déjà  valu  tant  de  succès 
dans  des  œuvres  plus  sérieuses,  ce  bouquet  de  mélodies  offre,  en 
quelques  pages,  la  finesse,  la  mélancolie,  la  rare  distinction  qui  carac- 
térisent tout  ce  qu'a  tracé  la  plume  noble  et  savante  de  M.  Ambroise 
Thomas.  Pleine  de  gaieté  par  le  mouvement  de  valse  qui  la  termine, 
cette  fantaisie,  presque  enfantine,  est  aussi  pleine  d'élévation  par  un 
certain  andantino  où  se  reconnaissent  aisément  l'harmonie,  si  sobre 
et  si  pure,  la  mélodie  si  franche  et  si  passionnée  du  maître. 

La  voix  humaine  est  une  enchanteresse,  l'orchestre  un  magicien, 
et  nous  doutons  toujours  un  peu  de  la  valeur  intrinsèque  d'une  œuvre 
qui  a  d'aussi  irrésistibles  interprètes ,  nous  ne  la  reconnaissons  pour 
entièrement  belle  que  quand  elle  a  passé  par  l'arrangement  où  elle 
laisse  tant  de  prestiges.  Eh  bien  !  les  mélodies  du  Roman  d'Elvire 
défient  l'épreuve  ;  elles  en  sortent  charmantes  et  variées.  Dans  le  petit 
morceau  de  Charles  Hess,  il  y  a  plus  d'idées,  plus  de  science  que 
dans  beaucoup  d'autres  pages  plus  longues,  plus  difficiles  et  plus 
compliquées. 

—  Sous  ce  titre  :  Y  Orgue  des  salons,  se  publient  des  œuvres  dignes 
de  l'attention  et  de  la  sympathie  des  connaisseurs.  Bien  entendu  qu'en 
allant  dans  les  salons,  l'orgue  se  fait  mondain,  gracieux  et  aimable  : 
plus  de  fugues  sévères,  plus  de  combinaisons  sérieuses.  Pour  se  faire 
bien  voir,  il  a  tous  les  goûts  du  jour. 

Les  deux  morceaux  que  nous  avons  sous  les  yeux  sont  des  souvenirs 
de  Guillaume  Tell  et  de  la  Part  du  Diable.  Le  premier  est  de  M.  Au- 
guste Durand.  L'auteur  a  choisi  le  beau  chœur  d'introduction  du  pre- 
mier acte,  le  pas  de  soldats  et  plusieurs  autres  motifs.  Le  second, 
écrit  pour  orgue  et  piano,  est  de  M.  Frelon.  A  quelques  nuances  près, 
la  même  habileté,  la  même  connaissance  des  ressources  de  l'instru- 
ment se  font  remarquer  dans  ces  deux  fantaisies.  Ce  n'est  plus  l'orgue 
comme  l'aiment  exclusivement  les  délicats  ;  mais  c'est,  néanmoins, 
quelque  chose  de  charmant.  Plus  moelleux  que  le  piano,  il  en  a  sou- 
vent le  brillant.  Dans  la  fantaisie  de  concert  sur  la  Part  du  Diable, 
les  sons  des  deux  instruments  se  mêlent  d'une  façon  très-harmonieuse: 
le  piano  babille  pendant  que  l'orgue  chante,  et,  de  cette  alliance,  il 
résulte  des  effets  qui,  pour  des  compositeurs  aussi  distingués  que 
M .  Frelon,  sont  une  nouvelle  mine  à  e -tploiter  et  prometleut  des  succès 
dont  l'art,  aussi  bien  que  les  salons,  ne  peut  que  profiter. 

—  Pourquoi  les  petites  compositions  vocales,  les  romances,  les 
mélodies  obtiennent-elles  assez  rarement  depuis  quelques  années  une 
de  ces  vogues  qui  portèrent  si  loin  les  noms  de  Panseron,  de  Masini, 
de  Loïsa  Pugel  et  de  plusieurs  autres  compositeurs  ?  A  notre  avis,  il 
faut  s'en  prendre  à  la  confusion  de  style  qui  a  envahi  aussi  ce  char- 


DE  PARIS. 


301 


tnant  domaine.  Où  il  ne  faudrait  qu'une  note,  la  note  de  la  tendresse 
et  de  la  simplicité,  on  veut  à  tout  prix  montrer  de  la  science,  de  la 
recherche.  M.  A.  Reichardt,  qui  est  un  excellent  chanteur,  n'a  em- 
ployé ni  grosses  modulations,  ni  accompagnements  chargés,  ni  retards 
prétentieux,  et  sa  mélodie  :  Oh  !  belle  étoile  !  oh  !  doux  regard  !  dra- 
matique en  certains  endroits  et  pleine  d'accents  vraiment  élégiaques, 
est  franche,  limpide  et  parfaitement  bien  écrite  pour  la  voix.  La  sen- 
sibilité, la  naïveté  qui  régnent  dans-  cette  composition  assez  déve- 
loppée, charmeront  tous  ceux  que  la  froide  analyse  et  l'abus  des 
fortes  épices  harmoniques  n'ont  pas  encore  blasés. 

—  La  spirituelle  partition  de  M.  de  Flotow,  Pianetla,  écoutée  avec 
tant  de  plaisir  au  théâtre  Déjazet,  a  inspiré  à  Musard  une  valse-bolero 
que  les  auditeurs  des  remarquables  concerts  des  Champs-Elysées  ont 
fort  goûtée  et  que  goûteront  aussi  les  pianistes  qui  vont  s'emparer  à 
leur  tour  de  celte  page  facile  et  si  bien  venue.  L'auteur  de  Maria  et 
de  Stradella  éparpille  dans  ses  œuvres  les  plus  légères  des  trésors 
de  grâce  et  d'harmonie  ;  aussi  rien  de  plus  dansant,  de  plus  charmant 
que  cette  valse-boléro.  Musard  a  été  rarement  mieux  inspiré.  M.  E.  Des- 
granges, en  arrangeant  tous  ces  délicieux  motifs,  s'est  souvenu  et  de  la 
belle  exécution  de  l'orchestre  et  des  jolis  détails  que  l'opérette  con- 
tient. Une  mélodieuse  introduction  précède  le  tempo  di  boléro,  puis 
l'esprit  et  la  gaîté  éclatent.  Le  joli  rhythme  de  la  valse  renferme 
cette  fois  —  ce  qui  ne  lui  arrive  pas  toujours  —  les  mélodies  les  plus 
sémillantes  et  des  airs  coquets  à  faire  danser  et  damner  les  gens  les 
plus  graves. 

Adolphe  BOTTE. 


Nous  avons  fait  connaître  dans  notre  avant-dernier  numéro  la  dé- 
cision prise  par  le  conseil  communal  de  Spa,  et  votée  par  acclama- 
tion, de  donner  à  la  promenade  de  Barisart  à  la  Géronstère,  qui  vient 
d'être  achevée  et  qui  sera  inaugurée  au  printemps  prochain,  le  nom 
de  Promenade  Meyerbeer. 

Voici  la  charmante  réponse  qui  vient  d'être  faite  à  cette  communi- 
cation par  l'illustres  maestro  : 

«  Schwalbach,  12  août  1860. 

»  Messieurs, 

»  Absent  de  Berlin  depuis  un  mois  et  voyageant  presque  conti- 
nuellement depuis  cette  époque,  ce  n'est  qu'hier  que  m'est  parve- 
nue la  lettre  que  vous  m'avez  adressée  à  Berlin. 

»  Je  ne  saurais  vous  exprimer,  Messieurs,  combien  je  suis  touché 
de  l'honneur  que  vous  projetez  de  me  faire,  en  voulant  donner  mon 
nom  à  la  nouvelle  promenade  de  Barisart  à  la  Géronstère. 

»  Cette  marque  de  sympathie  me  flatte  d'autant  plus  qu'elle  me 
vient  de  cette  ville  de  Spa,  si  chère  à  mon  cœur;  car  je  dois  à  ses 
sources  bienfaisantes  l'affermissement  de  ma  santé,  à  ses  sites  pitto- 
resques des  inspirations  et  de  doux  loisirs,  à  ses  habitants  un  accueil 
cordial  et  bienveillant  depuis  un  grand  nombre  d'années. 

»  Cette  nouvelle  expression  des  sympathies  que  vous  me  portez 
ne  saurait  augmenter  davantage  mon  attachement  et  ma  reconnais- 
sance pour  Spa  :  mais  c'est  un  lien  de  plus  qui  m'attache  à  votre 
ville,  dont  j'ose  presque  me  regarder  comme  l'enfant  adoptif,  croyance 
que  vous  venez  de  fortifier  en  inscrivant  mon  nom  sur  l'une  de  vos 
promenades. 

»  Veuillez  agréer,  Messieurs,  l'expression  des  sentiments  les  plus 
distingués  de  votre  très-dévoué  et  reconnaissant, 

»   MEYERBEER.  » 


NOUVELLES. 

„*t  L'opéra  a  joué  lundi  Pierre  de  Méd'cis,  mercredi  Sémiramis  et  ven- 
dredi les  Huguenots  pour  la  continuation  des  débuts  de  Mme  Vandenheu- 
vel-Duprez.  Le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  avait  attiré  une  affluence 
énorme,  et  la  salle  était  littéralement  comble.  Mme  Vandenheuvel  n'a 
pas  euvnoins  de  succès  dans  le  rôle  de  Marguerite  que  dans  celui  de  la 
princesse  Isabelle.  Après  l'air  Oh  '  beau  pays  de  la  Touraine  !  détaillé  avec 
une  rare  perfection,  et  qui  a  provoqué  de  chaleureux  applaudissements, 
Mme  Vandenheuvel,  dans  le  duo  avec  lïaoul,  qui  le  suit,  ne  s'est  pas 
montrée  seulement  cantatrice  du  plus  grand  talent,  mais  encore  très- 
habile  comédienne.  Elle  a  eu  dans  la  phrase  :  Ah  !  si  fêlais  coquette!  des 
intentions  d'une  finesse  et  d'un  enjouement  qui  lui  appartiennent  en 
propre,  et  qui  ont  donné  à  ce  morceau  célèbre  un  cachet  de  nouveauté 
remarquable  et  un  charme  tout  particulier.  Cueymard-Raoul  a  suivi 
l'artiste  sur  ce  terrain  ;  il  a  été  plein  d'élégance  et  de  distinction.  Le 
grand  duo  du  quatrième  acte  a  produit  son  effet  ordinaire  ;  Mme  Barbot 
y  a  déplojé  beaucoup  de  passion,  Gueymard  l'a  dignement  secondée,  et 
les  deux  artistes  ont  été  rappelés  à  la  chute  du  rideau.  Belval  a  très- 
bien  tenu  le  rôle  de  Marcel  et  Cazaux  celui  de  Saint-Bris.  En  un  mot, 
cette  représentation,  par  l'ensemble  qu'a  offert  l'exécution,  par  la  brillante 
composition  de  la  salle,  par  l'attention  du  public  à  écouter,  par  sa 
chaleur  à  applaudir,  peut  compter  comme  une  des  plus  belles  qui  aient 
accueilli  l'œuvre  immortelle  du  grand  maestro. 

■*%  La  rentrée  de  Mme  Tedesco  aura  lieu  par  le  rôle  de  Fidès, 
du  Prophète,  qui  sera  représenté  le  samedi  9  septembre  au  bénéfice  de  la 
Caisse  des  pensions. 

***  La  représentation  extraordinaire  donnée  au  bénéfice  des  chrétiens 
de  Syrie,  a  produit  une  recette  de  9,700  fr. 

%%  L'opéra-comique  annoncé  sous  le  titre  d'une  Révolte  dans  l'Inde 
est  le  même  que  celui  de  Scribe  et  Offenbach,  qui  a  reçu  le  titre  défi- 
nitif du  Roi  Barkouf,  et  qui  sera  joué  par  Crosti,  berthelier,  Mme  l'galde, 
Mlle  Jïelia,  etc. 

\*t  La  reprise  de  la  Part  du  Diable  a  fourni  à  Mlle  Monrose  l'occasion 
de  se  montrer  dans  un  rôle  tout  nouveau  pour  elle,  celui  de  Carlo 
Broschi,  si  bien  créé  par  Mme  Rossi-Caccia,  qu'elle  n'a  pu  ni  voir,  ni 
entendre.  La  jeune  cantatrice  s'est  acquittée  de  sa  tache  difficile  avec 
un  talent  dont  les  progrès  se  manifestent  de  jour  en  jour,  et  cette  der- 
nière épreuve  contribuera  encore  à  les  hâter. 

**»  Le  Pardon  de  Ploermel  sera  bientôt  remis  au  répertoire.  C'est 
Mlle  Monrose  qui  doit  chanter  le  rôle  de  Dinorah. 
**„,  Demain  lundi,  première  représentation  du  Docteur  Mirobolan. 
t*t  M.  Calzado  introduit  le  nouveau  diapason  à  l'orchestre  du  théâtre 
Italien.  Dans  une  quinzaine  de  jours  tous  les  nouveaux  instruments  se- 
ront prêts.  Le  diapason  de  ce  théâtre,  était  l'un  des  plus  élevés  des  théâ- 
tres de  Paris.  Cette  mesure,  dont  le  directeur  s'impose  tous  les  frais,  sera 
très-favorable  aux  chanteurs. 

***  Nous  avons  fait  connaître  sommairement  dans  notre  dernier  nu- 
méro le  programme  du  théâtre  Lyrique  pour  sa  prochaine  saison  théâ- 
trale; nous  complétons  aujourd'hui  nos  renseignements.  Ainsi  la  re- 
présentation d'ouverture  se  composera  de  Crispin,  rival  de  son  maître, 
qui  sera  joué  pas  MM.  Balanqué,  Fromant,  Wartel,  Legrand,  Leroy; 
Mmes  A.  Faivre,  Durand  et  Duclos,  et  de  V Auberge  des  Ardennes,  opéra- 
comique  en  un  acte  de  MM.  M.  Carré  et  Verne,  musique  de  M.  Aristide 
Ilignard,  pour  les  débuts  de  M.  Verdellet.  Viendront  ensuite  la  reprise 
des  Dragons  de  Villars  pour  la  rentrée  de  M.  Grillon  et  les  débuts  de 
Mlle  Hoziès  qui  se  continueront  dans  le  rôle  de  Gil  Blas;  celle  du  Val 
d'Andore,  ave  M.  Battaille  dans  le  rôle  qu'il  a  créé.  Au  mois  d'octobre, 
première  représentation  des  "écheurs  de  Catane,  opéra-comique  en  trois 
actes,  de  MM.  Cormon  et  Carré,  musique  de  M.  Maillart.  Pour  la  rentrée 
de  Mme  Miolan-Carvalho,  reprises  de  Faust,  des  Noces  de  Figaro,  de  la 
Fanchonnette,  de  Philèmon  et  Baucis.  Reprise  d'Orphée  pour  la  rentrée  de 
Mme  P.  Viardot  et  les  débuts  de  Mlle  Oprawil,  son  élève.  A  partir  de 
décembre,  première  représentation  d'un  opéra-comique  en  trois  actes 
de  M.  Clapisson,  de  plusieurs  ouvrages  en  un  acte,  d'une  pièce  en  trois 
actes  de  M.  Semet,  d'une  autre  de  M.  Reyer,  et  enfin  d'un  opéra-co- 
mique en  cinq  actes  dont  la  musique  sera  conliée  â  cinq  jeunes  com- 
positeurs. 

»*»  Après  une  tournée  départementale  qui  n'a  été  qu'une  série  de 
triomphes,  la  troupe  des  Bouffes-Parisiens  se  prépare  â  faire  sa  rentrée 
sur  le  sol  natal.  Le  théâtre  Choiseul  ouvrira  ses  portes  du  1«'  au 
S  septembre,  et  c'est  Orphée  qui  sera  la  pièce  de  réinstallation,  Orphée  à 
qui  un  succès  immense,  général,  a  donné  un  nouveau  baptême,  Orphée 
que  la  Belgique  et  l'Allemagne  ont  acclamé.  I.a  première  nouveauté  qui 
sera  offerte  au  public  sera  les  Musiciens,  opéra  en  deux  actes,  confié  à 
trois  jeunes  compositeurs,  MM.  Ilignard,  Delibes  et  Erlanger.  Otl'enbach 
prépare  avec  Hector  Crémieux  une  grande  pièce  en  deux  actes  et  quatre 
tableaux,  c'est-à-dire  un  succès. 

„,%  Des  offres  très-brillantes  avaient  été  faites  à  M.  Faure  â  son  re- 
tour de  Londres.  Nous  apprenons  qu'il  a  accepté  celles  de  la  direction 
du  théâtre  royal  do  Berlin  où  il  se  rendra  au  commencement  de  I  hiver. 


302 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


„**  Mme  Czillag,  la  cé'èbre  cantatrice,  a  été  engagée  aux  conditions 
les  plus  brillantes  pour  l'année  prochaine  par  M.  Ullman,  directeur  de 
l'Opéra  à  New-VorL 

„*„  Mlle  Natalie  Escliborn,  plus  connue  dans  le  monde  théâtral  sous 
le  nom  de  Frassini,  vient  d'épouser,  à  Hambourg,  le  prince  Ernest  de 
Wurtemberg.  La  bénédiction  nuptiale  a  été  donnée  le  18  août  par  le 
pasteur  Van  Ahsen,  à  l'hôtel  Keller  qui  est  la  propriété  de  M.  Escliborn 
père.  Le  dimanche  suivant,  le  prince  et  sa  jeune  épouse  sont  partis  pour 
la  villa  qu'il  possède  dans  les  environs  de  Cobourg. 

**„.  Géraldy  est  de  retour  de  son  excursion  a  Bourbonne-les-Uains, 
où  il  a  donné  deux  concerts  dont  l'un  au  bénéfice  des  pauvres.  Dans  le 
premier  il  a  été  secondé  par  un  pianiste  de  Langres,  M.  Alvvens,  dont 
l'exécution  brillante,  jointe  au  choix  toujours  habile  de  ses  morceaux,  a 
enlevé  tous  les  suffrages.  Delà  il  s'était  rendu  à  Ems  où  il  s'est  l'ait 
entendre  à  côté  de  Mines  Cambardi,  Charlotte  Dreyfus  et  Ketterer. 
Une  foule  nombreuse  s'était  rendue  à  l'appel  de  ces  célèbres  artistes,  et 
leur  a  prodigué  les  plus  chaleureux  applaudissements. 

**„  M.  Willert  Beale  était  à  Paris  cette  semaine.  Le  célèbre  impré- 
sario est  à  la  veille  d'effectuer  sa  tournée  dans  les  provinces  d'Angle- 
terre, qu'il  a  l'habitude  de  visiter  annuellement  pendant  les  mois  de 
septembre,  octobre  et  novembre,  avec  une  troupe  composée  d'artistes 
les  plus  éminents.  Cette  année  il  a,  dans  ce  but,  engagé  Mmes  Grisi, 
Viardot,  Gassier  et  Mme  Orvil,  ainsi  que  MM.  Mario,  Graziani,  Ciampi, 
Angelo  Luise,  Fallard  et  Kinne.  Indépendamment  de  cette  excursion 
artistique,  M.  Beale  a  engagé  la  célèbre  cantatrice  Clara  Novello,  ainsi 
que  M.  Léopold  de  Meyer,  et  la  Société  chorale  des  Glees  et  Madri- 
gaux, sous  la  direction  de  M.  Lande,  pour  donner  pendant  deux  mois 
une  série  de  concerts  au  palais  de  cristal  de  Sydenham.  Mme  Clara  No- 
vello fera  dans  ces  concerts  ses  adieux  au  public  anglais. 

„%  La  jeune  et  jolie  pianiste  polonaise,  Mlle  Hedwige  Brezowska, 
vient  d'épouser  M.  le  comte  Méjan,  consul  général  de  France  à  la  Nou- 
velle-Orléans. 

,t*.:,  Les  courses  du  Mans  ont  été  l'occasion  d'un  festival  brillant.  Parmi 
les  morceaux  qui  ont  produit  le  plus  d'effet,  nous  citerons  l'ouverture 
du  Gitano,  de  M.  Cherouvrier,  lauréat  de  l'Institut,  et  Minuit,  grande 
ballade,  paroles  et  musique  du  même  auteur,  qui  a  fourni  à  Mlle  Lapom- 
rneraye,  de  l'Opéra,  l'occasion  d'un  nouveau  succès.  Le  style  pur,  l'ex- 
pression pathétique,  le  talent  en  un  mot  qu'elle  a  déployé  et  sa  belle 
voix  ont  soulevé  des  applaudissements  enthousiastes.  Une  romance  de  la 
composition  de  la  jeune  cantatrice  a  été  redemandée.  Mlle  Dupire,  du 
Conservatoire,  a  fort  bien  exécuté  un  morceau  de  Ilerz  et  une  sonate 
de  Pixis  ;  et  un  amateur,  M.  lîrice,  qui  joue  du  hautbois  en  véritable 
artiste,  a  obtenu  le  plus  grand  succès  dans  une  fantaisie  de  sa  compo 
sition. 

'„,%  Mme  Louisa  Jung,  pianiste  distinguée,  qui  s'est  fait  entendre  a 
Paris  cet  hiver,  vient  de  donner  à  Ems  et  à  Kreutznach  des  concerts 
qui  ont  attiré  beaucoup  de  inonde.  Elle  y  a  exécuté  divers  morceaux 
d'un  genre  différent  de  VVeber,  Chopin,  Wieniawski,  Mathias,  qui  lui 
ont  valu  des  applaudissements  aussi  chaleureux  que  mérités.  Des  artistes 
de  talent,  M.  Laub,  violoniste,  Mme  Bertini,  Folz,  le  flûtiste,  prêtaient 
leur  concours  à  Mine  Jung. 

»'%  Mme  T.  VVartel  est  l'une  des  artistes  que  nous  suivons  avec  le  plus 
d'intérêt  sur  la  terre  étrangère  et  dont  les  succès  peuvent  seuls  nous 
alléger  l'absence.  Nous  sommes  heureux  de  pouvoir  annoncer  que  cette 
excellente  virtuose  et  professora  s'est  fait  en  une  année  une  meilleure 
position  que  bien  d'autres  en  dix.  Elle  a  fondé  un  cours  de  musique  de 
chambre,  dont  la  faveur  est  grande  dans  la  société  d'élite.  Le  concert 
donné  par  elle  a  été  l'un  des  plus  brillants  et  des  plus  productifs  de  la 
saison. 

„,*„,  Depuis  que  Paganini  et  Ernst  ont  composé  et  rendu  populaires 
les  variations  du  Carnaval  de  Venise,  d'innombrables  imitations  et  arran- 
gements de  ce  célèbre  morceau,  la  plupart' pour  le  piano,  ont  été  pu- 
bliés, et  parmi  ces  derniers,  celui  de  Charles  Voss  s'est  placé  en  première 
ligne.  Mais  un  arrangement  pour  le  piano  à  quatre  mains  manquait,  et 
cette  lacune  a  été  souvent  regrettée  par  les  professeurs  et  les  pianistes. 
Ils  apprendront  donc  avec  plaisir  que  le  Carnaval  de  Venise  de  Charles 
Voss,  arrangé  à  quatre  mains,  paraîtra  cette  semaine. 

**„  La  ville  de  Cambrai  met  au  concours  le  projet  de  construction 
d'un  théâtre  devant  contenir  de  onze  à  douze  mille  places,  sur  un  péri- 
mètre de  85  mètres  de  longueur  et  de  20  à  22  de  largeur.  Le  théâtre 
sera  isolé. 

»%  Nous  rappelons  aux  Sociétés  chorales  et  fanfares,  ainsi  qu'au  pu- 
blic, qu'un  concours  général  d'orphéons  aura  lieu  à  Besançon  le  diman- 
che 23  septembre.  Cette  solennité  empruntera  un  caractère  exception- 
nel à  l'exposition  universelle  ouverte  â  Besançon  ,  depuis  le  21  juin 
dernier,  et  qui  appelle  de  tous  les  points  de  la  France  un  grand  con- 
cours do  visiteurs. 

**,  Amédéc  Meneaux,  le  célèbre  professeur  et  critique  de  Iloucn,  est 
en  ce  moment  à  Paris. 

:|,,,:;j,  I  a  remarquable  partition  que  Louis  Lacombe  a  écrito  pour  le  drame 
de  M.  Paulin  Niboyet  va  être  enfin  exécutée  par  des  chœurs  et  un  or- 


chestre dignes  de  cet  ouvrage  et  de  la  réputation  de  ses  auteurs. 
VAmour  doit  être  bientôt  représenté  à  Anvers,  au  Grand-Théâtre,  sous 
la  direction  de  M.  Calabresi.  Nous  nous  en  réjouissons  pour  Louis  La- 
combe et  pour  les  Anversois,  car  l'Hymne  à  Schiller  (premier  acte) ,  où 
déborde  si  largement  l'enthousiasme  d'une  jeunesse  reconnaissante,  le 
chœur  des  gardes  de  nuit  et  le  Miserere  sont  des  pages  d'un  puissant 
coloris,  d'une  inspiration  soutenue  et  d'une  science  toute  magistrale. 

**»  Au  nombre  des  dernières  nouveautés  exécutées  au  concert  des 
Champs-Elysées,  on  a  remarqué  et  vivement  applaudi  l'ouverture  du 
Roman  d'Elvire,  d'Ambroise  Thomas.  L'orchestre  de  Musard  l'a  admira- 
blement exécutée. 

**,.  S.  M.  le  roi  de  Portugal  a  fait  remettre  au  violoniste  Herman  la 
croix  de  chevalier  de  l'ordre  de  Saint-Jacques. 

„..**  L'administration  du  théâtre  Lyrique  a  l'honneur  d'informer  MM.  les 
artistes  musiciens  que  les  places  de  violon  solo  et  de  violoncelle  solo 
étant  vacantes  dans  l'orchestre  de  ce  théâtre,  un  concours  aura  lieu  le 
lundi  27  courant,  à  l'effet  de  pourvoir  à  ces  vacances.  On  est  prié  de  se 
faire  inscrire  d'avance  au  théâtre. 

„*„  On  annonce  la  mort  du  violoniste  Ilausmann,  décédé  le  10  juillet 
à  Edimbourg,  où  il  était  employé  comme  directeur  de  musiaue. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

**„  Boulogne-sur-Mcr .  —  Une  séance  solennelle  de  musique  religieuse 
vient  d'avoir  lieu  dans  notre  ville  à  l'occasion  de  l'inauguration  du 
grand  orgue  de  l'église  Saint-Nicolas.  Ce  magnifique  instrument  sorti 
des  ateliers  de  MM.  Merklin,  et  Schutze,  célèbres  facteurs  de  Paris  et 
de  Bruxelles,  d'où  sont  sorties  également  les  grandes  orgues  de  Saint- 
Eustache  de  Paris,  des  cathédrales  de  Rouen,  de  Bourges,  de  Murcie 
(Espagne),  et  où  se  construisent  maintenant  les  grandes  orgues  des  ca- 
thédrales d'Arras,  de  Dijon,  de  Lyon,  de  Notre-Dame  de  Paris  et  de  l'église 
Saint-Philippe  du  Boule,  a  excité  l'admiration  de  l'auditoire  d'élite  qui 
remplissait  notre  vaste  église.  Après  la  bénédiction  solennelle  de  l'ins- 
trument par  M.  le  grand  doyen,  MM.  Edouard  Batiste,  professeur  au 
Conservatoire  impérial  de  musique,  organiste  de  Saint-Eustache  de  Paris, 
Sergent,  organiste  de  la  métropole  de  Paris,  et  Alex.  Guilmant,  orga- 
niste de  Saint-Nicolas,  ont  fait  entendre  successivement  tous  les  effets 
de  l'orgue,  et  la  maîtrise,  à  laquelle  s'étaient  joints  des  amateurs  de  la 
ville,  ont  exécuté  plusieurs  morceaux  de  Haendel,  Mozart,  Haydn,  Men- 
delssohn,  Rossini  et  Gounod,  sous  la  direction  de  M.  A.  Guilmant, 
maître  de  chapelle;  Mlle  L.  Guilmant  tenait  l'orgue  d'accompagnement. 
Nous  n'avons  que  des  éloges  à  adresser  sur  la  manière  remarquable 
dont  les  morceaux  de  chant  ont  été  interprétés,  et  sur  le  talent  déployé 
par  les  organistes  que  notre  ville  élait  heureuse  de  posséder.  On  a 
beaucoup  remarqué  la  Prière  en  mi,  de  Lenimens,  et  la  fugue  en  sul 
mineur,  de  Bach,  par  M.  Guilmant,  le  bel  Offertoire,  de  M.  Sergent,  et 
surtout  un  morceau  d'orçiae  et  une  communion,  joués  avec  une  grande 
délicatesse  de  sentiment  musical  et  un  tact  exquis  des  choses  mélodi- 
ques par  leur  auteur,  M.  Edouard  Batiste.  Ces  deux  suaves  mélodies, 
empreintes  d'un  cachet  tout  céleste,  ont  eu  les  honneurs  de  cette  re- 
marquable et  imposante  solennité. 

£%  Lille.  —  L'une  des  plus  anciennes  succursales  du  Conservatoire 
de  musique  de  Paris,  celle  de  notre  ville,  prend  de  plus  en  plus  des 
proportions  considérables  depuis  qu'elle  est  dirigée  par  M.  Magnien. 
Près  de  trois  cents  élèves  en  font  partie,  Quatre  ou  cinq  classes  nou- 
vellement élablies,  jointes  à  celles  qui  existaient  déjà,  en  font  une  école 
des  plus  complètes  qui,  chaque  année,  envoie  à  la  capitale  des 
élèves  dont  un  bon  nombre  se  place  au  premier  rang.  Cette  école  vient, 
dans  sa  dernière  distribution  de  prix,  de  se  distinguer  de  nouveau  par 
le  concert  qui  a  précédé  la  remise  des  couronnes.  Un  chœur  nombreux 
avec  accompagnement  d'orchestre,  tiré  du  Faust,  de  Gounod,  a  été  dit 
avec  un  ensemble  remarquable  sous  la  conduite  du  directeur  qui  se 
charge  de  cet  emploi  pour  les  exécutions  générales.  l'ans  cette  audi- 
tion, les  soli  qui  ont  eu  le  plus  de  succès  sont,  sans  contredit,  ceux  de 
violoncelle  et  de  hautbois.  Quant  à  la  partie  vocale,  on  a  surtout  ap- 
plaudi Mlles  Dufossez  et  Devaux,  dans  l'air  du  Comte  Onj  et  dans  celui 
de  Robin  des  Bois.  Il  en  a  été  de  même  à  l'égard  de  M.  Dupuis  dans  l'air 
ùelUa-aniello,  et  de  MM.  Vitaux,  Lepers  et  Frémeaux  dans  le  trio  de  Cuil- 
laume  Tell.  Dans  ce  morceau  capital,  M.  Vitaux  s'est  distingué  princi- 
palement dans  l'andante  qu'il  a  dit  avec  distinction.  Ce  ténor  monte 
sans  effort,  et  c'est  dans  cette  condition  qu'il  a  fait  entendre  un  ut  dièse 
de  poitrine.  11  faut  ajouter  que  l'exécution  de  ce  concert,  grâce  aux 
soins  de  la  direction,  a  eu  lieu  conformément  au  diapason  normal. 
Deux  allocutions  prononcées  par  le  directeur  et  M.  le  maire  de  Lille, 
ont  précédé  l'appel  des  lauréats  qui,  tous,  ont  été  reçus  chaleureu- 
sement par  l'auditoire  compacte  qui  se  pressait  dans  les  salons  de 
l'Académie. 

*%  Touion.  —  Le  8  courant  a  eu  lieu  dans  l'église  Saint-Louis  l'inau- 
guration d'un  grand  orgue  do  16  pieds,  construit  par  la  maison  Stoltz 
et  Ce,  de  Paris.  L'instrument,  qui  a  trois  claviers  à  mains  et  un  clavier 


DE  PAK1S. 


303 


de  deux  octaves  de  pédales  séparées,  est  composé  de  trente-deux  jeux 
dont  la  belle  exécution  a  émerveillé  MM.  les  ingénieurs  et  artistes  ap- 
pelés à  expertiser  ce  nouvel  instrument.  En  effet,  la  maison  Stoltz  et  C° 
occupe  une  place  à  part  par  l'excellence  de  ses  produits  et  la  modicité 
de  ses  prix.  M.  J.-Ch.  Iles.s,  venu  exprès  de  Paris  pour  faire  entendre 
cet  orgue,  a  laissé  un  beau  souvenir  de  son  talent  dans  le  midi  de  la 
France.  Tous  les  jeux  ont  parlé  le  meilleur  langage,  tous  les  genres  de 
la  musique  religieuse  se  sont  fait  entendre.  L'orgue  et  les  artistes  qui 
l'ont  touché  nous  ont  paru  du  premier  choix.  M.  Thurner,  organiste  à 
Marseille,  a  partagé  avec  M.  Hess  les  honneurs  de  la  journée.  Ces  deux 
maîtres  éminents  ont  tour  à  tour  occupé  l'attention  des  assistants  pen- 
dant une  heure  et  demie  sans  qu'elle  se  soit  jamais  lassée.  L'assemblée 
était  nombreuse  et  distinguée  ;  M.  l'archiprètre  de  Toulon,  ci-devant  curé 
à  Saint-Louis  pendant  vingt  ans,  a  béni  le  nouvel  orgue.  Il  était  entouré 
de  MM.  les  curés  de  la  ville  et  de  la  banlieue,  d'un  grand  nombre  dec- 
.  clésiastiques,  des  autorités,  des  officiers  de  l'armée,  des  professeurs  de 
musique  et  des  dilettanti  de  la  société  toulonnaise.  La  journée  a  été  belle 
pour  M.  Stoltz,  l'habile  et  consciencieux  facteur. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


„%  Londres.  —  Depuis  quinze  jours,  la  magnifique  salle  florale  atte- 
nant à  Covent-Garden  est  envahie  par  les  amateurs  des  promenades- 
concerts  implantés  à  Londres  par  Juliien.  M.  A.  Mellon  a  entrepris  une 
série  de  ces  concerts  avec  le  concours  du  prince-artiste  Galitzin.  Cette 
spacieuse  salle  se  prête  merveilleusement  à  ces  sortes  de  fêtes.  L'or- 
chestre, conduit  tour  à  tour  par  M.  A.  Mellon  et  par  le  prince  Galitzin,  est 
irréprochable.  On  admire  chaque  soir  les  charmantes  vocalises  de 
Mlle  Parepa  et  la  belle  voix  de  M.  Wilbye  Cooper.  Les  chœurs  appar- 
tiennent à  l'Opéra  italien,  c'est  dire  que  ce  sont  les  meilleurs  que  nous 
possédions.  —  L'impulsion  donnée  par  Eugène  Delaporte  à  la  musique 
chorale  par  la  récente  visite  des  orphéonistes  à  Londres,  a  déjà  porté 
ses  fruits.  Deux  sociétés  sont  en  pleine  voie  d'organisation  et  n'at- 
tendent que  le  concours  do  quelque  ami  de  l'art  pour  se  constituer  en 
comité.  Nous  verrions  avec  plaisir  l'une  de  ces  sociétés  françaises 
prendre  le  nom  des  Enfants  de  Luièce  et  d'Albion,  en  souvenir  de  la 
brillante  démonstration  qui  a  eu  lieu,  il  y  a  deux  mois,  au  Palais  de 
Cristal.  —  Parmi  les  ouvrages  nouveaux  qu'il  avait  annoncés  le  direc- 
teur de  l'Opéra  italien  de  Covent-Garden  devait  jouer  Stralella  deFlotow. 
L'auteur  de  cet  ouvrage  devait  y  faire  quelques  additions  qui  ne  sont 
pas  arrivées  à  temps,  M.  Gyt,  a  donc  été  forcé  de  l'ajourner  à  la  saison 
prochaine. 

„,*„,  Bruxelles.  —  Déjà  presque  tous  les  artistes  de  notre  première 
scène  lyrique  sont  arrivés,  et  les  répétitions  vont  commencer.  Tout  le 
monde  est  généralement  d'accord  que  M.  Quélus,  dans  les  nouveaux 
engagements  qu'il  a  contractés,  a  eu  la  main  heureuse.  —  Parmi  les 
artistes  nouveaux  qui  feront  partie  de  sa  troupe,  nous  voyons  figu- 
rer le  nom  de  Mlle  Litschner.  Ce  nom  inconnu  de  la  plupart  des 
habitués  du  théâtre  de  la  Monnaie,  ne  l'est  pas  à  Paris  et  encore  moins 
dans  le  midi  de  la  France.  Mlle  Litschner  a  fait  partie  de  la  troupe  que 
M.  Letellier  dirige  àMarseilleetelle  en  était  une  des  étoiles.  Elle  y  a  rem- 
pli les  emplois  de  premières  chanteuses  légères  de  grand  opéra.  Parmi  les 
grands  succès  de  la  jeune  cantatrice,  nous  citerons  les  rôles  de  Mathilde, 
de  Guillaume  Tell,  ceux  de  Lucie  et  de  la  reine  dans  les  Huguenots. 

„%  Vienne.  —  Au  théâtre  de  la  Cour,  on  a  mis  en  répétition  la  Fian- 
cée, cl'Auber.  Le  rôle  principal  sera  chanté  par  M.  Wachtel.  Karl  Treu- 
mann  a  passé  avec  Offenbach  un  traité  qui  assure  au  premier  le  droit 
exclusif  de  faire  jouer  à  Vienne  les  ouvrages  de  l'auteur  d'Orphée  aux 
enfers.  M.  Treumann  a  obtenu,  comme  on  sait,  le  privilège  d'un  nouveau 
théâtre;  la  salle  est  en  voie  de  construction. 

„,*„.  Carlsruhe.  —  Pioger  vient  de  reparaître  sur  le  théâtre  de  la  Cour 
où  il  a  chanté  le  rôle  de  George  Brovvn  et  do  Itaoul  avec  un  succès  égal 


à  son  talent  ;  c'est  toujours  la  même  élégance,  la  même  verve  et  la  même 
puissance  dramatique.  Après  le  duo  du  quatrième  acte  des  Huguenots, 
Roger  a  été  salué  d'un  triple  rappel. 

.%  Berlin.  —  Mme  Miolan-Carvalho  est  attendue  dans  notre  capitale 
où  elle  est  engagée  pour  une  série  de  repré-eniations;  avant  de  se  ren- 
dre ici,  la  célèbre  cantatrice  doit  se  faire  entendre  à  Spa  et  à  Bade. 

„,**  Brunswick.  —  Pour  l'ouverture  de  la  saison  le  théâtre  de  la  Cour 
doit  donner  Dinorah.  C'est  Mlle  Eggeling  qui  chantera  le  principal  rôle 
déjà  interprété  par  elle  avec  succès  à  Hambourg. 

*%  Hambourg.  —  Parmi  les  nombreux  artistes  qui  sont  ici  en  repré- 
sentation, nous  citerons  Mlle  Lita,  de  Dre;de,  qui  a  obtenu  un  brillant 
succès  dans  le  rôle  de  Marguerite,  des  Huguenots.  Cette  jeune  cantatrice 
a  également  réussi  dans  le  rôle  de  Dinorah.  Mlle  Schmitt,  qui  nous  a  fait 
ses  adieux  dans  celui  de  Fidès,  a  été  l'objet  d'une  ovation. 

»*»  Tœplitz.  —  Le  premier  festival  de  la  Bohême  a  eu  lieu  dans  cette 
ville  les  12  et  13  août.  Ont  pris  part  à  cette  intéressante  solennité  18  so- 
siétés  bohèmes,  8  sociétés  moraves,  1  société  prussienne  et  14  yenues  de- 
S.'ixe;  ce  qui  fait  un  total  de  3S  associations  de  chant  avec  4,600  chan- 
teurs. 

,,%  Saint-Pétenbourg,  fi/t7  août.  —  Un  brillant  concert  vient  d'être 
donné  dans  une  des  grandes  salles  du  palais  Anglais,  à  Péterhof,  au 
profit  de  l'hospice  Nicolas  de  cette  localité.  Il  avait  été  organisé  par  le 
compositeur  Dutsch  ;  les  artistes  qui  y  ont  pris  part  étaient  Mlle  Léo- 
nova,  MM.  Antoine  Kontski,  Tabarovski,  Seiffert,  Wurin  et  Pétroff.  Parmi 
las  morceaux  exécutés  on  cite  un  duo,  chanté  par  Mlle  Léonova  et  M.  Pé- 
troff, tiré  d'un  nouvel  opéra  composé  par  Dutsch  et  intitulé  les  Rivales, 
qui,  dit-on,  sera  représenté  au  mois  de  décembre,  et  auquel  on  croit 
pouvoir  prédire  du  succès  si  l'on  en  juge  par  les  morceaux  qu'on  a  eu 
l'occasion  d'entendre  déjà.  La  musique  de  Dutsch  répond  parfaitement 
au  sujet  intéressant  du  poëme  ;  elle  est  dramatique  et  d'un  sentiment 
vrai,  s'écoute  facilement  et  renferme  des  effets  scéniques  qui  du  pre- 
mier coup  saisissent  les  masses.  —  Le  1er  octobre  prochain  doit  être 
ouvert  à  Varsovie  le  Conservatoire  musical  si  généralement  attendu  et 
désiré,  et  dont  M.  Apollinaire  Kontski,  en  ce  moment  à  Pétersbourg,  a 
été  nommé  directeur.  C'est  le  28  août  (8  septembre  n.  st.)  1859  que 
M.  Kontski  a  reçu  l'autorisation  suprême  de  réaliser  l'idée  d'un  insti- 
tut musical  à  Varsovie,  à  la  condition  que  le  capital  de  fondation,  éva- 
lué approximativement  à  45,000  r. ,  serait  déposé  à  la  banque  dans  l'es- 
pace de  six  mois;  le  fondateur  a  été  en  même  temps  autorisé  à  recevoir 
des  dons  de  50l>  r.  de  la  part  des  fondateurs  de  bourses,  et  même  des 
sommes  moindres  pour  en  former  des  bourses  également.  Le  gouverne- 
ment s'est  déclaré  prêt  à  concéder  les  édifices  nécessaires  pour  l'éta- 
blissement, et  il  a  pris  l'engagement  d'assigner  les  sommes  utiles  pour 
les  reconstructions  et  réparations,  de  donner  2,000  r.  par  an  et  d'accor- 
der quelques  prérogatives  aux  maîtres  et  à  ceux  des  élèves  qui  auraient 
achevé  avec  succès  leur  éducation  musicale  dans  l'établissement.  Non- 
seulement  les  magnats  polonais,  le  clergé,  les  propriétaires,  les  fonc- 
tionnaires, mais  les  artisans  même  ont  apporté  leurs  dons,  comprenant 
la  nécessité  d'un  institut  qui  put  rendre  inutiles  aux  élèves  les  voyages 
dispendieux  à  l'étranger  pour  se  perfectionner  dans  toutes  les  bran- 
ches de  l'art  musical,  en  même  temps  qu'il  fournirait  les  moyens  de 
compléter  des  orchestres  et  d'obtenir  des  artistes  et  des  maîtres  pour 
tous  les  instruments.  En  outre  l'on  a  organisé  à  Varsovie,  au.  profit 
de  cette  fondation,  quatre  festivals  qui  ont  produit  une  recette  con- 
sidérable, et  dans  plusieurs  villes  populeuses  du  royaume  on  a  aussi 
donné  des  concerts  d'amateurs  au  profit  de  l'institut.  En  ce  moment  le 
capital  nécessaire  est  déposé  à  la  banque,  tous  les  instruments  sont  là, 
et  le  Conservatoire  compte  déjà  sur  sa  liste  deux  cent  cinquante  can- 
didats. La  rétribution  annuelle  est  très-modérée  comparativement  à 
d'autres  instituts  du  même  genre;  elle  est  fixée  à  50  r.,  tandis  qu'au 
Conservatoire  de  Leipzig  elle  est  de  75  r. 

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FANTAISIES  POUR  LE  PIANO  SUR  DES  MOTIFS  FAVORIS  D'AU.  ADAM,  AUBER,  MEYERBEER,  R0SSINI,  ETC., 

Par    J.    RUMMEL 


Fra  Diavolo.  .  . 
Guillaume  Tell. 
a.e  Comte  Gry.    . 


lrc    SERIE   DEJA    PUBLIEE  ! 

.   .     Auber.       I  h.  I>e  Domino  noir Auber. 

.   .     Piossini.        5.  Les  Diamants  de  la  couronne,  id. 

3.   i-e  Comte  Ory Auber.       I   6.  t>a  Muette  «le  Portici  .    .     Auber. 

Chaque  :  6  francs. 
POUR  PARAITRE    PROCHAINEMENT  (2e  série)  : 

1.  Le  Pardon  de  Ploërmel  ....     Meyerbeer.   I   h.  Robert  le  Diable Meyerbeer. 

2.  Stradella Meyerbeer.      5.  Martha De  Flotow. 

3.  Le  Postillon  de  Langjumeau  .   .     Adam.  |   6.  Les  Dragons  de  Villars .    .   .   .     Maillard. 


SOUFLETO 

classe 


facU'ur   de   pianos.    Médaille    d'or 
Exposition  1 849 ;  Médaille   de   X" 
lion  universelle  1855.  Spécialité  de  pia- 
nos pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Ex 
positions,  des  récompenses  méritées  par  l'excellence  de 
ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation  est 
justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un 
nouveau  modèle  de  piano  droit,  cordes  obliques,  grand 
format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer  sous  le  dou- 
ble rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son. 
Magasin,  rue  Montmartre,  lfii  . 


ALPHONSE    bAX      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Sasomnitoni«nies.  Invention  à  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus"  belle  page  dans  son  rapport  officiel  {[ns- 
Irumenls  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  «  (Page  1333.) 

u  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
■ésolu  le  problème  d'une  justesse  pmifaitf.  pour  les 
nslrumcnls  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  ebaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 
Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


15 1: 


ifacture     de 

48,  rue  de  la 


MAISON  H.  HERZ 

Victoire,  à  Paris. 

"  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  a  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n"  28. 

Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  .'iu  obtinrent,  à  l'unanimité  des  sutfrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unamsiité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  • 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


i"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  iSIt'J 

DÉCORATION  DE  LA  tÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1869. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1S43  PAR 


1"  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  18il. 

DECORATION    DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


1™  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  18a4 


Grande  médaille  d*or 

Facteur  de  la  Maison  mililaire  de  rtinnercur.  </«  mente  de  Prusse  (me). 

RUE   SAINT -GEORGES,    50  ^§>«&o- 

Seule  grande  médaille  d'honneur   à  1  Exposition  universelle  de  Paris  (1955).   -Seule  grande   médaille 

(Vnttttcil  JtSeilitl)  à  l'Exposition  universelle  île   Eondres  (I8»l). 

Organis  iteur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  U  Garde  impériale. 

INVENTKLR    DES    FAMILLES   DES 

ownTnOMIUS  SAX-TUBAS  CLA.IRONS-SAX.  CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

Iaxhobns  Saxophones.  trombones-sÀx.  clarinettes  basses-sax.  basson-sax^  cuivre  et  en  b&is). 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ;  l  Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
inventinn  brevetée  en  lSSî>.  ou  cylindres,  les  mêmes  forme  baxo-lromba. 

Tous  les  instruments  a  pistous  avec  addition  d'une  ou  plusieurs  Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes  Clarinettes, ■  »»"5*« 
clefs;  invention  brevetée  en  1S5».  Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Lym 

Svstèm'e  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  I S5«.     I      baies,  etc.,  etc. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  1 

Dana  les  Départements  et  à  l'étranger,  chez 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et 
Hureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  36. 


2  Septembre  1860. 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 94  fr.  par  on 

Départements,  Uelgiquc  cl  Suisse,  - .      30  »        îd- 

lilrungcr 34  »       id. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


■M  '  F. 

— '\nn/\J\r\AAAA/w^ 


SOMMAIRE.  —  Fragments  de  l'introduction  d'une  histoire  générale  de  la  musique 
(suite  et  fin  du  2e  fragment),  par  Fétis  père.  —  Théâtre  impérial  de  l'O- 
péra-Comique:  le  Docteur  Mirobolan,  opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de 
MM.  Cormon  et  Trianon,  musique  de  M.  E.  Gautier,  par  D.  A.  D.  Saint- 
Yves.  —  Revue  critique,  par  Adrien  de  La  Fage.  —  Un  opéra  inédit 
de  Gluck,  par  l.indner.  —  Nouvelles  et  annonces. 


FRAGMENTS 

DE  L'INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

(Ouvrage   inédit.) 

Suite  et  fin  du  deuxième  fragment  (1). 

Les  plus  anciennes  traces  d'un  système  régulier  de  tonalité  dans 
la  musique  des  Grecs  se  trouvent  dans  le  peu  qu'on  sait  concernant 
le  poëte-musicien  Olympe  qui,  né  dans  la  Mysie,  contrée  de  l'Asie 
Mineure,  et  cpnséquemment  Pélasge  d'origine,  vécut  environ  deux 
siècles  avant  le  siège  de  Troie.  Je  démontrerai,  dans  l'histoire  de  la 
musique  des  Grecs,  qu'à  cetle  époque  le  système  de  la  musique  pé- 
lasgienne  était  celui  de  l'octave  divisée  par  vingt-quatre  quarts  de 
ton,  et  que  cet  intervalle  y  était  fréquemment  employé  ;  on  y  verra 
enfin  que  le  système  diatonique,  c'est-à-dire  la  combinaison  des  tons 
et  des  demi-tons,  y  était  absolument  étranger.  L'identité  du  système 
primitif  de  la  musique  des  Grecs  avec  celui  de  la  Perse  était  complète: 
son  origine  orientale  n'est  pas  douteuse.. 

Vers  l'an  1600  avant  l'ère  chrétienne,  Deucalion,  fils  de  Promé- 
thée,  vint  des  environs  du  Caucase,  à  la  tête  d'une  colonie,  s'établir 
dans  la  Thessalie  et  y  régna.  Ses  deux  fils,  Hellen  et  Amphictyon, 
rassemblèrent  ses  sujets,  qui  s'étaient  retirés  sur  de  hautes  monta- 
gnes pour  échapper  à  la  grande  inondation  partielle  connue  sous  le 
nom  de  déluge  de  Deucalion,  et  se  partagèrent  ses  Etats.  Hellen 
donna  son  nom  au  peuple  qu'il  gouvernait,  et  ses  fils  ou  petits-fils 
Eolus,  Doras,  Ion  et  Achœus,  devinrent  les  chefs  des  quatre  grandes 
tribus  dont  se  composaient  les  Hellènes,  lesquelles  sont  connues  dans 
l'histoire  sons  les  noms  de  Doriens,  Eoliens,  Ioniens  ou  Iastiens,  et 
Acheens.  Devenus  nombreux  et  puissants,  les  Hellènes  firent  la  guerre 
aux  Pélasges,  les  chassèrent  du  pays  ou  se  mêlèrent  avec  eu-c.  Héroï- 
ques dans  les  combats,  particulièrement  les  Doriens,  mais  ignorants 
et  barbares,  ils  firent  rétrograder  d'abord  la  civilisation  de  la  Grèce. 
Les  guerres  que  se  firent  ensuite  les  tribus  helléniques  occasionnèrent 

(1)  Voir  le  n°  34. 


à  plusieurs  reprises,  pendant  plus  de  trois  siècles,  des  déplacements 
de  populations  entières  ;  enfin,  lés  Achéens  se  fixèrent  dans  l'Egiale, 
qui  prit  d'eux  le  nom  i'Achaïe ;  une  partie  des  Ioniens  se  mêla  aux 
Eoliens  dans  l'Attique  ;  le  reste  se  répandit  dans  les  îles  de  la  mer 
Egée  et  fonda  des  colonies  dans  l'Asie  Mineure.  Quant  aux  Doriens,  ils 
s'emparèrent  de  l'Argolide,  de  la  Laconie,  de  la  Messénie,  d'une  partie 
du  Péloponèse,  et  des  îles  de  Crête  et  de  Mégare.  Plus  tard,  ils  en- 
voyèrent, ainsi  que  les  Eoliens,  des  colonies  dans  l'Asie  Mineure. 
Tous  ces  mouvements,  auxquels  il  faut  avoir  égard  pour  bien  en- 
tendre les  transformations  qui  s'opérèrent  dans  la  musique  des  Grecs, 
furent  accomplis  vers  le  milieu  du  xue  siècle  avant  l'ère  chré- 
tienne. 

Après  que  les  Pélasges  eurent  été  chassés  ou  soumis  par  les  Hellè- 
nes, et  surtout  après  la  destruction  du  royaume  de  Troie,  qui  rendit 
les  Grecs  maîtres  d'une  grande  partie  de  l'Asie  Mineure  et  réduisit  les 
Phrygiens  en  esclavage,  les  éléments  de  la  langue  pôlasgique  se  fon- 
dirent insensiblement  dans  l'hellénique,  et  ceux  de  la  tonalité  musi- 
cale, également  originaires  de  l'Inde,  commencèrent  à  se  transformer. 
Alors  s'opéra  un  changement  considérable  dans  la  constitution  de 
l'échelle  des  sons  de  la  musique  grecque  ;  car  au  principe  pélasgique 
de  la  division  de  l'octave  par  quarts  de  ton,  principe  sur  lequel  re- 
posait ce  qu'on  a  appelé  le  genre  enharmonique  d'Olympe,  succéda 
le  principe  hellénique  de  la  classification  des  sons  contenus  dans  les 
mêmes  limites  par  des  intervalles  de  tiers  et  de  deux  tiers  de  ton  ; 
ce  qui  constitua  un  genre  nouveau  qu'on  appela  chromatique,  c'est-à- 
dire  coloré,  mais  qui  n'était  en  réalité  qu'une  forme  du  genre  enhar- 
monique, moins  ancienne  que  l'autre,  ainsi  que  l'a  fort  bien  remarqué 
le  savant  Boerkh  (1),  bien  qu'il  n'ait  aperçu  l'origine  de  l'une  ni  de 
l'autre.  Dans  ce  deuxième  genre  enharmonique  de  la  musique  des 
Grecs,  se  montre  une  analogie  remarquable  avec  le  système  tonal  des 
Arabes,  dont  j'ai  signalé  l'existence  probable  chez  tous  les  peuples 
sémitiques  dès  la  plus  haute  antiquité.  D'où  était  donc  venu  dans  là 
Grèce  ce  genre  nouveau  de  musique  substitué  à  celui  des  Pélasges  ? 
On  ne  peut  lui  trouver  d'origine  qu'en  supposant  que  les  Hellènes 
l'avaient  apporté  des  contrées  caucasiennes,  leur  première  demeure  ; 
car  rien  niarrive  sans  cause,,  et  la  seule  qu'on  puisse  indiquer  ici  ré- 
side dans  les  rapports  des  nations  de  l'Asie  occidentale  entre  elles. 

Il  est  essentiel  de  ne  pas  se  tromper  sur  la  signification  du  mot  de 
système  appliqué  à  la  musique  de  ces  temps  anciens  et  barbares  ;  car 
il  n'y  avait  point  alors  d'autre  musique  que  les  chants  populaires  des 
diverses  nations.   Le  système  tonal  d'un  peuple,  dans  ces  temps  re- 


(1)  De  Mctris  Pinclari,  lib.  III,  cap.  x;  in  Pirul.  op.. 


Ier,  p.  250. 


306 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE; 


culés,  n'est  autre  chose  que  sa  manière  de  chanter  :  il  réside  tout 
entier  dans  la  tradition. 

La  diversité  des  modes  de  la  musique  grecque  et  les  formes  de  ces 
modes  confirment  l'origine  orientale  de  cette  musique.  Deux  de  ces 
modes  étaient  pélasgiques ,  à  savoir,  le  phrygien  et  le  lydien;  les 
trois  autres,  appelés  ionien  ou  iaslien,  colien  et  dorien,  étaient  hellé- 
niques. Les  noms  qui  leur  étaient  donnés  indiquent  l'usage  habituel 
qu'en  faisait  dans  leurs  chants  chacune  des  peuplades  dont  se  forma 
la  nation  grecque.  A  ces  formes  s'ajoutèrent  plus  tard  les  transpo- 
sitions de  leurs  formes,  à  des  degrés  plus  élevés  ou  plus  bas  dans 
l'échelle  des  sons,  par  des  procédés  mécaniques  qui  seront  exposés  en 
leur  lieu. 

Dans  les  premiers  temps  de  la  musique  grecque  constituée  en  art 
élémentaire,  et  lorsque  le  genre  enharmonique  était  le  seul  connu  , 
chaque  mode  pouvait  recevoir  plusieurs  formes,  par  des  arrangements 
divers  des  altérations  des  sons  de  l'octave  :  or  celte  coïncidence  avec 
les  formes  diverses  des  modes  de  la  musique  antique  de  l'Inde  est 
une  indication  nouvelle  de  la  filiation  des  peuples  dont  nous  avons 
esquissé  le  tableau. 

La  transformation  complète  de  la  musique  grecque,  et  la  création 
du  système  diatonique,  devenu  la  base  de  la  musique  européenne  du 
moyen  âge,  commencèrent  par  la  substitution  du  tétracorde,  ou  série 
de  quatre  sons,  à  Ja  division  simple  de  l'octave.  C'est  dans  ce  nouveau 
système,  dont  la  conception  sera  expliquée  quand  il  en  sera  temps, 
que  s'introduisit  dans  la  musique  le  genre  chromatique  proprement 
dit,  lequel  fut  appelé  par  les  Grecs  chromatique  ionique.  Dans  ce 
genre,  le  demi-ton  fut  substitué  au  tiers  de  ton,  qui  disparut  ;  mais 
celte  innovation  importante  ne  fut  que  l'intermédiaire  par  lequel  on 
arriva  au  genre  diatonique,  dans  lequel  les  sons  de  l'échelle  furent 
placés  à  des  intervalles  de  tons  el  de  demi-tons  inégalement  répartis. 
Alors  fut  achevée  une  des  plus  grandes  révolutions  dont  l'histoire  de 
la  musique  ait  conservé  le  souvenir  ;  alors  sortit  enfin  du  chaos  ce 
genre  diatonique,  considéré,  par  une  erreur  singulière,  comme  le  seul 
qui  soit  en  rapport  avec  l'organisalion  humaine,  tandis  qu'il  n'a  été 
que  le  fruit  de  lents  progrès  chez  une  nation  éminemment  intelligente 
et  perfectible. 

11  est  à  remarquer  que  ce  genre  diatonique  n'est  point  encore  celui 
de  la  musique  européenne  des  temps  modernes,  le  seul  qui  ait  toutes 
les  conditions  nécessaires  à  l'art  complet  ;  il  en  est  même  très-éloigné, 
car  les  modes  divers  sont  basés  sur  des  différences  de  constitutions 
d'octaves,  c'est-à-dire  sur  les  variétés  de  positions  des  demi-tons, 
suivant  que  l'un  ou  l'autre  son  déterminé  devient  l'initial  d'un  mode. 
Si,  d'après  certains  calculs  qui  paraissent  fondés  et  qu'on  trouvera 
dans  le  cours  de  cet  ouvrage,  la  formation  du  genre  diatonique  peut 
être  rapportée  au  ixe  siècle  avant  J.-C,  il  n'aura  pas  fallu  moins  de 
deux  mille  cinq  cenls  ans  pour  passer  de  ce  système  à  celui  de  la 
musique  moderne,  dont  les  gammes  sont  toutes  formées  d'une  manière 
uniforme;  car  celui-ci  ne  s'est  révélé  au  génie  d'un  grand  musicien, 
par  l'harmonie,  que  dans  les  dernières  années  du  xvip  siècle,  ou  dans 
les  premières  du  xvne. 

11  est  nécessaire  que  je  déclare  ici  que  tout  ce  qu'on  vient  de  lire 
concernant  l'origine  et  les  transformations  du  système  musical  des 
Grecs  ne  provient  pas  de  renseignements  positifs  de  l'histoire,  car 
une  profonde  obscurité  couvre  tout  ce  qui  est  antérieur  au  temps  de 
Pylhagore,  et  l'on  ne  commence  à  rencontrer  quelques  indications 
précises  sur  la  nature  de  celle  musique  qu'environ  cinq  cents  ans 
avant  J.-C.  Les  bases  de  la  génération  et  des  transformations  des  to- 
nalilés  de  l'ancienne  musique  grecque  ne  peuvent  se  trouver  que  par 
des  rapprochements  d'indications  fugitives  et  des  faits  dont  l'enchaîne- 
ment n'est  saisi  qu'au  moyen  d'études  minutieuses,  patientes,  héris- 
sées de  difficultés.  A  vrai  dire,  tout  cela  est  dans  le  domaine  de 
l'hypothèse  ;  mais  l'hypothèse  nécessaire,  celle  qui  ressort  de  la  na- 


ture des  choses,  est  aussi  de  l'histoire  à  défaut  de  documents  cer- 
tains. 

Les  Pélasges  qui  entrèrent  en  Italie  à  deux  époques  assez  rap- 
prochées, les  premiers  sans  chef  connu,  les  autres  sous  la  conduite 
d'OEnolrus,  et  qui  s'établirent,  les  premiers  dans  la  Toscane,  les 
autres  dans  le  Latium,  avaient,  comme  nous  l'avons  fait  voir,  la 
même  origine  que  ceux  qui  peuplèrent  la  Grèce  et  appartenaient  à 
la  même. migration  indo-scythe.  Du  mélange  des  premiers  avec  les 
Rhasènes,  peuple  de  la  même  origine  qui  s'élait  arrêté  longtemps  dans 
la  Rhétie,  sortirent  les  Tnsei  ou  Etrusques,  et  des  compagnons 
d'OEnotrus  vinrent  les  Sabins  et  autres  peuples  lat;ns.  Le  système 
musical  de  ces  peuples  ne  nous  est  pas  connu,  mais  l'identité  qu'ils 
ont  avec  les  Pélasges  de  la  Grèce,  les  rapports  plus  remarquables  en- 
core de  la  langue  latine  avec  le  sanscrit  que  ceux  de  la  langue  grec- 
que avec  celle-ci,  l'analogie  parfaite  du  style  étrusque  avec  le  plus 
ancien  style  grec  dans  les  arts  du  dessin,  enfin  la  similitude  frap- 
pante des  instruments  de  musique  représentés  sur  les  vases  peints 
recueillis  dans  l'ancienne  Etrurie,  dans  la  Campanie  et  l'Apulie  (par- 
ties actuelles  du  royaume  de  Kaples  et  de  la  Calabre)  avec  ceux  des 
monuments  grecs  parvenus  à  notre  connaissance,  tout  enfin  nous 
porte  à  croire  que  le  système  tonal  de  tous  les  peuples  du  l'antique 
Italie  a  dû  être  originairement  pélasgien,  c'est-à  dire  identique  avec 
le  plus  ancien  système  de  la  musique  des  Grecs  dont  la  source  ou  les 
sources  furent  les  tonalités  antiques  de  l'Inde  et  de  la  Perse. 

Les  mêmes  probabilités  existent  pour  les  Hénètes,  ancêtres  des 
populations  actuelles  de  l'Illyrie  et  de  la  Dalmatie,  ainsi  que  les  Vé- 
nèles  du  territoire  de  Venise,  tous  de  même  souche  non  mélangée. 
On  sait,  en  effet,  que  les  Hénètes  et  les  Yénètes  étaient  des  Troyens 
échappés  à  la  destruction  de  leur  patrie,  qui,  sous  la  conduite  d'An- 
tenor,  avaient  fondé  des  colonies  dans  la  Thrace,  dans  l'Illyrie,  en 
Dalmatie  et  sur  les  côtes  de  l'Adriatique.  Or,  les  Troyens  étaient 
Phrygiens,  ceux-ci  Pélasges,  et  les  Pélasges  provenaient  de  la  pre- 
mière migration  indo-scythe.  Nul  doute  que  leur  système  tonal  ne 
fût  l'enharmonique  d'Olympe,  leur  compatriote,  et  que  parmi  leurs 
chants  ne  se  trouvassent  ceux  que  ce  poëte-musicien  avait  composés 
plusieurs  siècles  avant  leur  émigration.  Plus  tard,  ces  Hénètes  et  ces 
Vénètes  devinrent  la  souche  des  races  slaves,  par  leur  union  avec 
les  Sarmates.  Par  une  étude  attentive  des  mélodies  anciennes  des 
populations  slaves,  des  Finlandais,  des  Dalmates,  des  Illyriens,  on  est 
frappé  .d'étonnement  par  l'analogie  de  certains  types  avec  ceux  des 
airs  de  l'Inde  les  plus  anciens.  Cette  analogie  n'est  pas  moins  évi- 
dente dans  les  chants  de  ces  populations  errantes  qui  parcourent  la 
Russie,  la  Pologne,  la  Hongrie  et  la  Croatie,  et  ailleurs,  sous  les  noms 
de  Ziç/ennes  ou  Zinganes,  et  sont  connues  vulgairement  sous  le  nom 
de  Bohémiens.  Ce  peuple  singulier,  qui  ne  s'est  mêlé  à  aucun  antre, 
a  conservé  dans  sa  langue  des  rapports  si  nombreux  avec  le  sanscrit, 
qu'elle  en  semble  un  dialecte.  On  croit  que  son  émigration  de  l'Inde 
date  des  temps  les  plus  anciens ,  temps  antérieurs  à  toute  histoire. 
Suivant  une  tradition  rapportée  par  Burnouf,  des  Hindous  dégénérés 
et  dégradés  par  tous  les  vices  auraient  été  frappés  de  malédiction  et 
forcés  de  s'éloigner  du  pays  à  une  époque  qui  se  perd  dans  la  nuit 
des  temps.  Si  les  Zigennes  ou  Zinganes,  sans  patrie,  sans  demeures 
fixes  et  sans  culte,  descendent  de  ces  Hindous  maudits,  la  malédic- 
tion pèse  encore  sur  eux.  Le  chant  consolateur  seul  leur  est  resté  avec 
la  danse. 

A  l'égard  des  Sicani  et  des  Siculi  qui  peuplèrent  la  Sicile,  les  rap- 
ports de  leur  langue  et  de  leur  système  tonal  avec  l'ancienne  musique 
de  l'Inde  ont  dû  s'affaiblir  rapidement;  car  les  Phéniciens,  qui  se 
mêlèrent  à  eux  et  bâtirent  les  villes  de  Panorme  (Palerme)  et  de  Le- 
lybée,  durent  modifier  le  système  pélasgique  des  premiers  habitants 
du  pays  par  l'introduction  d'éléments  qui  appartenaient  au  système 
arabe.  Les  rapports  de  certains  poèmes  chantés,  encore  en  usage 
dans  la  Sicile,  avec  le  Cantique  des  cantiques  de  la  Bible,  lesquels 


DE  PARIS. 


307 


ont  été  remarqués  par  un  savant  voyageur,  ainsi  que  ceux  des  mélo- 
dies populaires  des  Siciliens  avec  les  chants  arabes,  donnent  beaucoup 
de  vraisemblance  à  ces  conjectures. 

FÉTIS  père. 


THEATRE  MPËRIAL  DE  L'OPÉRA-COMIQUE. 

LE  DOCVEUK  J7Hlê©BS3HBi.%.%. 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  Cokmon  et  Trianon, 
musique  de  M.  E.  Gautier. 

(Première  représentation  le  28  août  18C0.) 

Pour  rendre  à  César  ce  qui  appartient  à  César,  le  régisseur,  chargé 
d'annoncer  les  auteurs,  aurait  dû  ajouter  que  la  pièce,  arrangée  par 
MM.  Cormon  et  Trianon  ,  était  d'Hauteroche  et  s'appelait  Crispin 
médecin.  Mais  il  parait  que  la  Comédie-Française  a  exigé  que  l'on 
déguisât  ce  nouvel  emprunt  fait  à  son  répertoire ,  et  que  c'est  sur 
ses  réclamations  qu'on  l'a  nommé  le  Doctevr  Mirobolan. 

Du  resle,  celte  manière  d'appropriation  musicale  n'en  est  pas  au- 
jourd'hui à  ses  débuts.  Certains  chefs-d'œuvre,  tels  que  Don  Juan, 
le  Barbier  de  Séuille,  les  Noces  de  Figaro,  ont  été  mis  hors  de  cause 
par  le  génie  des  compositeurs.  Mais  on  ne  s'est  pas  arrêté  là,  et  il 
fut  un  temps,  vers  la  fin  du  siècle  dernier  et  vers  le  commencement 
de  celui-ci,  où  les  nombreux  théâtres  lyriques  qui  existaient  alors  ne 
se  firent  aucun  scrupule  de  puiser  a  pleines  mains  dans  les  œuvres 
de  Molière,  de  Regnard,  de  Dufresny  et  de  vingt  autres  maîtres  de  la 
scène.  L'abus  alla  si  loin,  qu'un  auleur  journaliste  crut  devoir  le  com- 
battre par  une  comédie  en  vers  intitulée  :  le  Misan'hrope  en  opcr  .- 
comique. 

De  nos  jours  on  semble  revenir  à  ces  fâcheux  errements,  et,  si  l'on 
n'y  prend  garde,  nous  verrons  se  réaliser  la  prévision  satirique  que 
nous  venons  de  citer.  Nos  faiseurs  de  livrets  sont-ils  donc  si  à  court 
d'imagination  qu'ils  ne  puissent  rien  trouver  que  dans  le  fonds  d'au- 
trui?  Et  sont  ils  eux-mêmes  si  hostiles  à  leurs  intérêts,  qu'ils  n'y 
regardent  pas  à  deux  fois  avant  d'abandonner  une  partie  de  leurs 
droits  au  domaine  public,  lorsque,  avec  un  peu  plus  de  peine,  ils 
pourraient  les  conserver  tout  entiers. 

Ce  système  nous  a  valu,  c'est  vrai,  les  gracieuses  partitions  du  Mé- 
decin malgré  lui  et  de  l'Avocat  patelin;  mais  nous  croyons  ferme- 
ment que  MM.  Gounod  et  Bazin  auraient  été  tout  aussi  bien  inspirés 
par  des  ouvrages  nouveaux. 

En  admettant  d'ailleurs  le  recours  à  l'ancien  répertoire,  la  comédie 
d'Hauteroche  était-elle  digne  de  fixer  le  choix  de  trois  hommes  d'es- 
prit et  de  goût?  Malgré  le  succès  délire  qu'elle  a  obtenu,  nous  n'ose- 
rions l'affirmer.  Crispin  médecin  a  été  représenté  pour  la  première 
fois,  à  l'hôtel  de  Bourgogne,  en  167?i,  c'est-à-dire  à  une  époque  où 
les  comédies  de  Molière,  et  notamment  la  dernière,  avaient  mis  à 
l'ordre  du  jour  la  guerre  des  épigrammes  contre  la  Faculté.  Le  pu- 
blic de  ce  temps -là  accueillait  ce  genre  de  comique  avec  la  même 
faveur  que  nous  avons  témoignée,  depuis  quelques  années,  à' la  ques- 
tion de  l'agiotage  et  à  celle  des  Filles  de  marbre.  Hauteroche,  en  se 
conformant  à  l'exemple  de  son  illustre  rival,  était  loin  d'apporter 
au  service  de  cette  cause  le  talent  incisif  que  Molière  a  déployé  jus- 
que dans  ses  productions  les  plus  légères.  Mais  comme  lui  comédien, 
il  possédait  à  fond  l'art  des  effets  de  scène,  et  savait  par  ce  moyen 
dissimuler  tout  ce  qui  lui  manquait  au  point  de  vue  de  l'intrigue  et 
surtout  du  dialogue.  Le  sujet  de  Crispin  médecin  existe  à  peine;  l'al- 
lure en  est  basse  et  triviale.  Pourtant  cette  comédie  s'est  soutenue 
au  répertoire  pendant  près  de  deux  siècles.  A  cela,  il  y  a  plusieurs 
raisons,  la  première,  nous  l'avons  indiquée,  c'est  l'air  do  famille  que 
la  critique  imaginée  par  Molière  contre  l'ignorance  des  docteurs  de 
son  siècle  lui  prête  avec  les  excellentes  boutades  des  maîtres  ;  la  se- 


conde, c'est  le  brio  du  rôle  de  Crispin,  créé  par  Raymond  Poisson,  et 
qui  a  toujours  été  tenu  par  de  très-bons  acteurs  ;  enfin,  la  troisième 
et  la  plus  évidente,  c'est  l'abondance  des  jeux  de  scènes,  trouvés  en 
partie  par  l'auteur- comédien,  en  partie  consacrés  par  la  tradition  et 
qui  font  de  cette  pièce  une  grosse  farce,  d'un  goût  souvent  douteux, 
mais  d'un  comique  presque  toujours  irrésistible. 

Qu'y  a-t  il  dans  les  trois  actes  d'Hauteroche?  Un  Gérante  qui  veut 
épouser  une  jeune  fille  aimée  par  son  fils.  Le  valet  de  celui-ci,  Crispin, 
s'introduit  chez  le  docteur  Mirobolan  pour  mettre  obstacle  à  ce  ma- 
riage ;  mais  il  ne  vient  à  bout  de  son  entreprise  que  grâce  à  la  bonne 
volonté  des  deux  vieillards.  C'est  tout.  Comme  ingrédients  épisodiques, 
ajoutons  que  Crispin,  pour  ne  pas  se  laisser  surprendre  chez  le  doc- 
teur Mirobolan,  est  obligé  de  passer  pour  un  pendu  sur  le  point 
d'êLre  disséqué,  et  que,  las  de  ce  rôle  périlleux,  il  endosse  la  robe 
noire  du  médecin,  et  donne  des  consultations  qui  aboutissent  inva- 
riablement à  l'ordonnance  de  pilules  purgatives. 

Le  mérite  de  cette  donnée  burlesque  réside  dans  les  lazzi  de  Cris- 
pin lorsqu'il  est  couché  sur  la  table  de  dissection,  et  dans  ses  ridi- 
cules contre- sens  lorsqu'il  fait  le  docteur  et  qu'il  veut  parler  le  latin 
du  Médecin  malgré  lui  ou  du  Malade  imaginaire. 

MM.  Cormon  et  Trianon  ont  facilement  réduit  ces  trois  actes  en  un 
seul.  Parmi  les  drôleries  que  la  tradition  leur  a  léguées,  ils  n'avaient 
que  l'embarras  du  choix;  aussi  ont-ils  eu  soin  d'élaguer  tout  ce  qui 
aurait  pu  choquer  par  trop  les  yeux  ou  les  oreilles  du  public  un  peu 
prude  de  l'Opéra-Comique.  Ce  qu'ils  ont  gardé  suffit  à  faire  de  la  re- 
présentation de  leur  pièce  un  inextinguible  éclat  de  rire. 

M.  Eugène  Gautier,  qui  a  écrit  la  musique  du  Docteur  Mirobolan, 
est  un  des  bons  élèves  de  M.  Halévy.  Le  théâtre  Lyrique  lui  est  re- 
devable de  plusieurs  partitions  à  succès;  il  a  fait  applaudir  à  l'Opéra- 
Comique  celle  du  Mariage  extravagant. 

Nous  avons  foi  dans  l'avenir  de  M.  Gautier  ;  ses  inspirations  sont 
faciles  et  spirituelles,  son  style  est  correct  et  distingué;  nous  ne  con- 
naissons pas  beaucoup  déjeunes  compositeurs  qui  possèdent  à  un  aussi 
haut  degré  la  science  de  l'harmonie.  Son  orchestre  est  une  étince- 
lante  mosaïque,  où  chaque  nuance  est  à  la  place  qui  lui  est  propre  et 
concourt  à  un  ensemble  des  plus  séduisants. 

Si,  avec  toutes  ces  qualités,  M.  Gautier  mérite  un  reproche,  c'est 
celui  d'affectionner  un  genre  dans  lequel  ses  véritables  aptitudes 
nous  semblent  quelque  peu  déplacées.  11  n'a  pas,  selon  nous,  la  veine 
franchement  comique,  et  nous  sommes  convaincu  que  la  grâce  et  la 
finesse  trouveraient  en  lui  un  meilleur  interprète  que  la  bouffonnerie. 
Ainsi,  dans  le  Docteur  Mirobolan,  il  y  a  de  fort  jolis  détails;  mais  on 
y  chercherait  vainement  un  seul  morceau  qui  répondît  d'une  manière 
complète  aux  intentions  grotesques  de  l'ancien  auteur  des  paroles. 

L'ouverture  est  une  page  symphonique  à  coup  sûr  très-élégante  ; 
mais  ce  n'est  pas  parce  qu'il  y  a  dans  l'introduction  un  de  ces  effets 
de  basson  à  l'aide  desquels  on  a  coutume  aujourd'hui  d'indiquer  cer- 
taines situations  burlesques,  que  le  sentiment  général  du  morceau 
pourrait  faire  illusion  sur  sa  portée  réelle. 

A  la  faveur  des  mêmes  restrictions,  nous  louerons  volontiers  le 
quintette  de  la  demande  en  mariage,  les  couplets  à  deux  voix  :  Géralde 
est  son  nom  ;  le  duo  de  Crispin  et  de  Dorme;  la  rencontre  des  deux 
médecins,  où  reparaît  la  phrase  du  basson  de  l'ouverture;  le  quintette 
de  la  consultation,  dans  lequel  sont  intercalés  les  gracieux  couplets 
de  Géralde  :  la  joie  et  la  mélancolie,  et  enfin  le  morceau  final,  ter- 
miné par  le  joyeux  ensemble  :   la  soupe  nous  attend. 

Nous  avons  réservé  pour  le  bouquet  l'air  de  Crispin,  et  par-dessus 
tout  les  couplets  du  grand  Simon,  qui,  en  dépit  de  quelques  modula- 
tions ambitieuses,  ont  un  cachet  suffisamment  original  ;  le  public  a  eu 
raison  de  les  faire  répéter, 

Généralement,  le  Docteur  Mirobolan  est  plutôt  interprété  par  des 
comédiens  que  par  des  chanteurs,  et  ce  n'est  pas  un  mal.  Couderc 
est,  comme  toujours,  parfait  dans  le  rôle  de  Crispin.  Mlle  Leinercier 


308 


REVUE  ET  GAZKiTE  MUSICALE 


joue  à  merveille  celui  de  Dorine.  Le  docteur,  c'est  Lemaire,  qui,  cette 
fois,  peut  se  livrer  à  la  charge,  sans  qu'on  ait  le  droit  de  l'accuser 
d'outrer  son  personnage.  Berlhelier  n'a  qu'une  scène  et  qu'un  air  ; 
mais  la  scène  a  fait  rire  aux  larmes  et  l'air  a  été  bissé.  Les  autres  rôles 
sont  très-convenablement  rendus  par  Prilleux,  Warot,  Duvernoy, 
Mines  Révilly,  Bousquet  et  Prost. 

D.  A.   D.   SAINT-YVES. 


,    REVUE   CRITIQUE. 

SUL    NUOVO   R.    ISTITUTO    MUSICALE   Dl    FIRENZE, 
cenno  tJi  A.  Kasevi.    Firenze,  ISfiO. 

Le  gouvernement  royal  de  Toscane  a  nommé  une  commission  char- 
gée d'examiner  l'état  présent  et  les  besoins  des  écoles  musicales  an- 
nexées à  l'Académie  des  beaux-arts  de  Florence,  et  de  proposer  les 
améliorations  susceptibles  de  les  faire  répondre  au  but  pour  le- 
quel elles  ont  été  instituées.  Cette  commission  est  composée  de 
MM.  Azzolino,  Cassamovata,  Mariotli  et  Basevi,  auteur  de  la  présente 
brochure . 

Elle  a  dû  songer  d'abord  à  la  dépense  qu'occasionnerait  l'établisse- 
ment d'un  nouvel  Institut  musical  ;  et  pour  y  subvenir,  elle  n'a  trouvé 
d'autre  moyen  que  d'ajouter  à  la  somme  que  l'on  dépensait  pour  le 
Lycée  musical,  celle  qui  était  consacrée  à  la  chapelle  grand-ducale, 
aujourd'hui  supprimée.  Elle  propose  d'accorder  des  indemnités  aux 
artistes  de  cette  chapelle  qui  ne  seront  pas  employés  dans  le  nouvel 
établissement. 

La  deuxième  section  de  Y  Académie  des  beaux- arts,  qui  renfermait  la 
musique  (la  première  appartenant  aux  arts  du  dessin),  en  serait  dé- 
tachée, et  formerait  dans  le  nouvel  Institut  musical  une  Académie  mu- 
sicale composée  de  membres  résidants  et  de  membres  correspondants. 
Tous  les  membres  résidants  devraient  être  compositeurs,  le  nombre 
en  serait  limité,  et  ils  ne  pourraient  être  élus  sans  avoir  donné  des 
preuves  positives  de  leur  habileté. 

A  celte  académie  appartiendrait  le  droit  de  conférer  le  diplôme  de 
capacité  aux  élèves  dont  les  études  seraient  terminées  et  de  juger  les 
concours.  Dans  son  sein  serait  pris  un  conseil  de  censure  ou  de  sur- 
veillance composé  de  trois  membres  chargés  des  examens  d'admis- 
sion, des  changements  des  classes,  des  méthodes  d'enseignement  à  pré- 
férer, de  la  direction  des  concerts,  etc. 

L'enseignement  comprendrait  : 

1°  Le  contre-point  et  la  composition,  un  maître  et  un  sous-maître; 

2°  Le  chant,  un  maître  de  perfectionnement  enseignant  aussi  la  dé- 
clamation et  surveillant  la  mise  en  scène,  un  maître  de  chant  et  un 
sous-maître  ; 

3°  Le  solfège,  un  maître  qui  dirigerait  aussi  l'école  chorale,  deux 
sous-maîtres,  l'un  pour  les  hommes,  l'autre  pour  les  femmes  ; 

4°  Les  chœurs;  les  maîtres  de  solfège  sus-indiqués,  auxquels  un  aide 
sera  joint,  enseigneront  la  bonne  exécution  des  ouvrages  de  musique 
classique,  théâtrale  et  ecclésiastique  ; 

5°  L'orgue  et  l'accompagnement  pratique,  un  maître; 

6"  Le  piano  comme  instrument  d'exécution,  un  maître  ; 

7°  Le  piano  comme  instrument  d'accompagnement,  un  maître  ; 

8°  Le  violon  et  la  viole,  un  maître  et  un  sous-maître; 

9°  Le  violoncelle,  un  maître  ; 
10°  La  contre-basse,  un  maître; 
11°  Les  instruments  à  vent  en  bois  ,  un  maître  ; 
12°  Les  instruments  à.  vent  en  cuivre,  un  maître. 

La  commission  ne  se  dissimule  pas  l'insuffisance  d'un  seul  maître 
pour  chaque  classe  d'instruments  à  vent;  mais,  comme  elle  le  dit 
avec  raison,  peu  vaut  mieux  que  rien  ;  et  d'ailleurs  dans  le  cas  où  se 
présenteraient  des   élèves  curieux   d'apprendre   un    instrument  peu 


connu  des  maîtres,  ceux-ci  pourront  demander  au  gouvernement  un 
aide  temporaire  qui  recevra  une  gratification  mensuelle. 

La  nouvelle  école,  dépendante  de  l' Institut  musical,  se  trouvera 
ainsi  pourvue  de  plusieurs  classes  qui  manquaient  à  l'ancien  Lycée. 
Nous  approuvons  singulièrement  la  division  des  classes  de  piano  en 
classes  d'exécution  et  d'accompagnement,  et  l'introduction  de  classes 
pour  l'exécution  des  chœurs. 

Il  nous  semble  que  la  commission  n'a  pas  assez  divisé  et  réparti 
entre  plusieurs  professeurs  l'enseignement  du  chant  ;  elle  avoue  la 
décadence  de  cette  branche,  la  première  de  toute  exécution  ;  elle  se 
borne  à  recommander  l'attention  dans  le  choix  des  professeurs,  mais 
il  faut  aussi  qu'ils  soient  en  nombre  suffisant.  Dans  le  chant  propre- 
ment dit,  il  est  impossible  à  un  seul  professeur  de  donner  ses  soins  à 
un  nombre  démesuré  d'élèves. 

La  commission  admet  aussi  avec  beaucoup  de  raison  l'emploi 
d'élèves  répétiteurs  venant  en  aide  aux  professeurs  et  qui  reçoivent 
des  gratifications  d'encouragement. 

Il  est  un  autre  point  dont  on  doit  lui  savoir  gré  et  pour  lequel  en 
mon  particulier  je  lui  voue  une  bien  sincère  reconnaissance  :  ce  sont 
ses  efforts  pour  remettre  en  honneur  la  musiqne  classique.  Je  traduis 
M.  Basevi  :  «  La  commission  a  pris  en  sérieuse  considération  l'igno- 
rance, et  qui  pis  est,  l'aversion  de  beaucoup  de  compositeurs  en  ce 
qui  concerne  la  musique  classique,  seule  capable  de  ramener  le  bon 
goût  et  de  sauver  l'art  d'une  décadence  inévitable.  » 

A  cet  effet,  V Institut  musical  donnerait  dans  le  cours  de  chaque 
année  plusieurs  concerts,  grands  et  petits.  Dans  ces  derniers,  on  exé- 
cuterait des  trios,  quatuors,  quintettes  et  autres  morceaux  de  musique 
vocale  ou  instrumentale  à  petit  orchestre  dus  a  des  auteurs  réputés 
classiques.  Dans  les  grands,  on  entendrait  les  compositions  à  g.'and 
orchestre  et  à  grandes  masses  vocales. 

On  espère  que  le  nouvel  Institut  musical  de  Florence  sera  ouvert 
vers  la  fin  de  l'année.  Puisse-t-il  avoir  une  longue  et  glorieuse  exis- 
tence !  Puisse-t-il  rendre  à  l'Italie  cette  quantité  de  grands  composi- 
teurs, de  délicieux  chanteurs  qu'on  y  rencontrait  partout  autrefois  ! 
Puisse-t-il  empêcher  de  dire  que  les  idées  modernes  ont  été  destruc- 
trices des  beaux  arts  !  Puisse-t-il  leur  rendre  cette  vie  qui  semble 
chaque  jour  s'affaiblir  davantage  et  qu'une  alimentation  sage,  substan- 
tielle et  généreuse  pourra  seule  leur  faire  retrouver  ! 

Ne  nous  étonnons  pas  de  voir  la  Toscane  et  surtout  Florence  parler 
la  première  en  ce  sens.  C'est  bien  ici  un  peuple  d'artistes.  Mille 
préoccupations,  mille  inquiétudes  tourmentent  les  esprits  ;  des  habi- 
tudes sécu'aires  vont  être  abandonnées  ;  on  leur  en  substilue  de  nou- 
velles qui  diminuent  incontestablement  l'importance  locale  et  indivi- 
duelle. A  quoi  cependant  pensent  surtout  les  Florentins,  à  profiter 
d'une  occasion  qui,  comme  le  dit  M.  Basevi,  ne  se  présentera  peut-être 
plus  pour  organiser  un  Institut  musical. 

C'est  là  ce  qui  doit  nous  rassurer  et  ne  pas  nous  laisser  sans 
espoir  quant  a  l'avenir  des  beaux-arts,  et  surtout  de  la  musique,  dans 
la  péninsule  ausonienne. 

Et  en  ce  qui  touche  spécialement  la  Toscane,  le  plus  doux  vœu 
que  puissent  émettre  ses  plus  chaleureux  amis  n'est-il  pas,  qu'annexée 
ou  autonome,  grand-duché  ou  province,  ou  même  simple  département, 
elle  demeure  toujours  la  terre  classique  de  l'art,  le  sol  fécond  de  la 
renaissance,  le  beau  pays  des  Médicis,  et  que  Florence  reste  toujours 
l'Athènes  de  l'Italie. 

Adrien  de  LA  FAGE. 


UN  OPÉRA  INÉDIT  DE  GLUCK. 

Au  mois  de  septembre  1754,  le  feld-maréchal    Joseph-Frédéric  de 
Saxe   Hildburghausen  donnait,  dans  son  château   de  Schlosshof,  à 


DE  PARIS. 


309 


l'empereur  François  Ier  d'Allemagne,  une  fête  qui  dura  plusieurs 
jours.  La  musique  y  jouait  un  rôle  important.  Le  20  septembre,  fut 
exécutée  une  pièce  de  circonstance,  Il  vero  ommagio,  qui  avait  été 
mise  en  musique  par  le  maître  de  chapelle  de  la  cour,  Bonno  ;  le 
lendemain,  on  représenta  le  Cinesi  (les  Chinoises),  drame  musical, 
texte  de  Métastase,  musique  de  Gluck.  L'impératrice  Marie-Thérèse 
se  trouvait  parmi  les  spectateurs.  La  pièce  fut  jouée  par  les  dames 
Tesi  Tramontani,  Heinisch,  Starzer  et  le  chanteur  Triberth.  La  mise 
en  scène  était  d'une  magnificence  inouïe.  Dittersdorf,  qui  était  alors 
au  service  du  prince  comme  violoniste,  et  assistait  à  la  solennité,  en 
parle  dans  son  autobiographie.  «  Les  décors,  dit  entre  autres  le  cé- 
lèbre compositeur,  étaient  tout  à  fait  dans  le  goût  chinois  et  transpa- 
rents :  les  vernisseurs,  les  doreurs  et  les  sculpteurs  y  avaient  em- 
ployé toutes  les  ressources  de  leur  art.  Mais  ce  qui  donnait  surtout  à 
la  décoration  un  éclat  éblouissant,  c'étaient  des  prismes  de  verre  qui 
avaient  été  polis  dans  les  fabriques  de  la  Bohême.  Les  barres  de 
cristal,  qui  étaient  exactement  engrenées  les  unes  dans  les  autres, 
avaient  été  adaptées  aux  vides,  qu'on  recouvre  d'ordinaire  de  papier 
huilé.  On  ne  saurait  se  faire  une  idée  du  merveilleux  spectacle 
qu'offraient  les  prismes,  où  se  reflétaient  d'innombrables  lumières.  Et 
avec  cela,  la  divine  musique  de  Gluck!...  C'était  une  féerie.  » 
L'empereur  visita  la  scène  après  la  chute  du  rideau  et  se  fit  remettre 
quelques-uns  de  ces  prismes  ;  par  son  ordre,  la  pièce  fut  jouée  une 
seconde  fois  l'hiver  suivant  au  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour.  Avant 
son  départ,  il  envoya  à  chacun  des  deux  compositeurs  Gluck  et  Bonno 
une  tabatière  en  or  renfermant  100  ducats. 

Voici  maintenant  le  sujet  de  l'opéra  de  Métastase  : 
Trois  jeunes  filles  chinoises  délibèrent  sur  le  choix  d'un  amusement 
qui  puisse  charmer  leur  ennui  ;  survient  un  jeune  homme  qui  est  le 
frère  de  l'une  des  trois  jouvencelles  et  qui  est  amoureux  de  Sirène, 
l'une  de  ses  compagnes  :  il  a  visité  l'Europe  et  a  séjourné  quelque 
temps  il  Paris.  Au  premier  moment,  les  jeunes  beautés,  effarouchées, 
veulent  renvoyer  l'intrus;  elles  finissent  par  céder  à  ses  instances,  et 
lui  permettent  de  prendre  part  au  divertissement  projeté  qui  consiste 
en  ceci  :  une  scène  de  grand  opéra,  une  pastorale  et  une  scène 
d'opéra-comique  seront  successivement  improvisées,  ainsi  que  la  mu- 
sique correspondant  à  chacun  de  ces  trois  genres. 

D'abord  apparaît  Andromaque  au  moment  où  l'on  veut  lui  arracher 
son  fils  Astyanax  et  où  Pyrrhus  vient  pour  la  contraindre  à  le  suivre 
à  l'autel.  Lisinga — c'est  la  demoiselle  chinoise  chargée  du  rôle  d'An- 
dromaque  —  chante  après  un  récitatif  : 

Prenditi  il  figlio  —  ah  no .' 
E  troppo  crudelta 
Eccomi  —  oh  Dei  che  fo  ? 
Pi' ta  consiglio,  etc. 

Puis  vient  la  scène  pastorale.  Silango,  ainsi  s'appelle  le  jeune 
homme,  joue  le  rôle  de  Tirsis  ;  dans  un  récitatif  suivi  d'un  air,  il  fait 
des  reproches  à  sa  chère  Licoris  sur  sa  froideur.  Licoris  est  repré- 
sentée par  Sirène,  celle  des  trois  jeunes  fleurs  du  céleste  empire  que 
Silango  aime.  Licoris  proteste  de  son  amour  pour  lui,  tout  en  lui  fai- 
sant remarquer  qu'il  ne  dépassera  jamais  certaines  limites  :  ' 
Caro  Tirsi,  io  voglio  amarti, 
Ma  no  voglio  delirar,  etc. 

Finalement  la  troisième,  Tangia,  qui  est  un  peu  jalouse  de  Sirène, 
joue  le  rôle  d'un  jeune  homme  suffisant  qui  a  voyagé  à  l'étranger, 
parle  avec  ravissement  de  la  vie  parisienne  et  croit  que  personne  ne 
saurait  lui  résister.  Ensuite  on  discute  le  mérite  de  ces  trois  genres 
de  musique  ;  on  trouve  le  grand  opéra  trop  sérieux,  la  pastorale  en- 
nuyeuse ;  quant  à  l'opéra-comique,  il  pourrait  facilement  dégénérer  en 
satire  et  en  personnalité.  On  se  décide  à  faire  venir  des  musiciens 
pour  se  donner  le  plaisir  de  la  danse. 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  faire  observer  que  la  tâche  du  compo- 


siteur consistait  à  écrire  pour  chaque  scène  une  musique  caractéris- 
tique. Le  biographe  de  Gluck,  A.  Schmidt ,  passe  le  Ciwsi  sous 
silence  par  une  excellente  raison,  c'est  qu'il  ne  connaissait  pas 
l'ouvrage.  Il  dit,  page  53  :  «  On  ignore  où  se  trouve  aujourd'hui  cette 
partition.  »  Or,  elle  existe,  ou  du  moins  il  y  en  a  une  copie  à  la  bi- 
bliothèque royale  de  Berlin,  mais  le  titre  n'en  est  pas  tout  à  fait  exact. 
Au  dos  du  volume  on  distingue  bien  encore  ces  mots  :  le  Cinesi  clal 
sgr.  Gluck  ;  mais  il  plut  au  sieur  Gœlchau,  qui  avait  l'ouvrage  en  sa 
possession,  d'écrire  à  la  première  page  du  volum'e  qui  était  restée  en 
blanc,  ainsi  qu'en  lête  de  la  première  page  de  la  partition  :  l'Eroe 
Cinese  di  Metastasio. 

En  effet  le  célèbre  poète  italien  a  également  écrit  un  opéra  por- 
tant ce  titre,  mais  il  n'a  rien  de  commun  avec  le  Cinesi. 

Outre  les  récitatifs,  qui  offrent  quelques  traits  intéressants,  l'ouvrage 
renferme  les  morceaux  suivants  : 

Ouverlvrr. —  Lisinga  (contr'alto),  récitatif  obligé.  Air:  Prenditi, 
avec  accompagnement  de  cors. 

Silango  (ténor).  Air  :  Son.  lungi  e  non  mi  brami. 

Sirène  (soprano) .  Air  :  Non  sperar. 

Tangia  (contr'alto) .  Air  :  Ad  un  «<o,  ad  un'  occhiata,  avec  accom- 
pagnement de  flûtes  et  de  cors. 

Chant  final  pour  les  quatre  personnages  de  la  pièce  :  Toli  il  piede 
in  lieli  giri,  avec  hautbois  et  cors. 

Ce  quatuor  e;t  le  morceau  le  plus  faible  de  la  partition  avec  l'air  de 
Silango,  qui  a  été  écrit  uniquement  dans  le  but  de  mettre  le  chanteur 
à  même  de  faire  valoir  toutes  les  ressources  de  son  art. 

L'air  de  Sirène  offre  un  caractère  plus  marqué  ;  quoique  surchargé 
de  roulades  et  grâce  à  une  tournure  chromatique  qui  revient  plusieurs 
fois,  il  produit  un  excellent  effet.  L'air  du  jeune  fat  Tangia  est  d'un 
comique  de  bon  aloi ,  rehaussé  par  les  sons  du  cor  faisant  écho. 
Quant  au  tragique  morceau  chanté  par  Lisinga,  c'est  un  chef-d'œuvre 
d'expression  dramatique  ;  il  peut  soutenir  la  comparaison  avec  les 
airs  de  ce  genre  dans  Iphigénie  en  Aulide,  etc. 

Comme  à  une  exécution  réputée  parfaite  venait  se  joindre  le  luxe 
de  la  mise  en  scène,  on  s'explique  parfaitement  que,  longtemps  après, 
Dittersdorf  parle  encore  avec  ravissement  de  cet  ouvrage.  Une  chose 
digne  de  remarque,  c'est  qu'aucun  des  morceaux  cités  ci-dessus  ne 
~se  retrouve,  que  nous  sachions,  dans  un  des  opéras  que  Gluck  écrivit 
par  la  suite.  La  partition  entière,  mais  en  tout  cas  l'air  de  Lisinga  et 
l'air  de  Tangia  mériteraient  d'être  arrangés  pour  piano  et  d'être  pu- 
bliés ;  car  l'opéra  des  Cinesi,  à  notre  avis,  est,  comme  œuvre  d'art, 
d'une  haute  valeur,  à  part  même  le  nom  do  Gluck,  et  qui  n'offre  pas 
seulement  un  intérêt  historique. 

Les  deux  pièces  de  Bonno  dont  il  a  été  question  plus  haut  datent, 
d'après  Métastase,  de  1743  et  de  1752.  La  partition  de  Y'Isolà  disabi- 
tata  se  trouve  à  la  suite  de  celle  de  Gluck  :  c'est  de  la  bonne  mu- 
sique de  maître  de  chapelle,  dans  le  goût  du.  temps,  mais  qui  n'offre 
du  reste  rien  de  saillant. 

0.  LINDNER. 


NOUVELLES. 

^*»  Demain  lundi  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  donnera  les  Hugue- 
nots, pour  la  continuation  des  débuts  de  Mme  Vandenheuvel-Duprez.  Le 
départ  de  Mme  liarbot  étant  prochain,.  Mme  Gueymard-Lauters  étudie 
activement  le  rôle  de  Valentine.  —  De  lundi  en  huit  aura  lieu  la  repré- 
sentation du  Trouvère  pour  la  continuation  des  débuts  de  Mlle  Barbara 
Marchisio  et  du  ténor  Michot. 

*  Des  pourparlers  d'engagement  ont  eu  lieu  entre  la  direction .  de 
l'Opéra  et  Faure.  Celui  d'Obin  a  été  renouvelé. 

„*„  L'absence  momentanée  de  Cazaux, appelé  à  Chambéry  pour  chanter 
dans  le  Te  Deum  célébré  à  l'occasion  du  voyage  de  LL.  MM.  IL,  n'a 
pas  permis  qu'on  donnât,  mercredi,  à  l'Opéra,  la  deuxième  représentation 


310 


HEVIE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


des  Huguenots  avec  Mme  Vandenheuvel-Duprez.  Robert  le  Diable  lui  a  été 
substitué,  et  il  a  été  représenté  devant  une  salle  comble,  qui  a  prodigué 
les  plus  vifs  applaudissements  à  la  célèbre  cantatrice  et  à  sa  vaillante 
partenaire,  Mlle  Marie  Sax.  —  Lundi  et  vendredi  on  a  joué  Sémiramis. 

***  L'Opéra-Comique  a  repris,  lundi,  le  Caïd,  dans  lequel  Mme  Ugalde 
a  retrouvé  toute  la  verve  qui  avait  fait  de  son  rôle  une  création  excep- 
tionnelle pour  la  célèbre  cantatrice.  Son  succès,  surtout  au  deuxième 
acte,  a  été  très-vif,  et  elle  a  été  à  plusieurs  reprises  chaleureusement 
applaudie.  Le  rôle  du  tambour-major  convient  on  ne  peut  mieux  à 
Barrielle.  La  représentation  a  été  un  instant  troublée  par  un  accident 
qui  n'a  pas  eu  heureusement  de  suites  graves.  Dans  la  scène  où  Fatma 
paraît  à  la  fenêtre,  un  quinquet  accroché  au  portant  a  communiqué  le 
feu  au  léger  vêtement  de  Mlle  Prost,  chargée  de  ce  rôle  ;  de  prompts 
secours  ont  heureusement  éloigné  tout  danger,  et  la  jeune  artiste  en  a 
été  quitte  pour  la  peur;  le  rideau  qu'on  avait  baissé  s'est  relevé  peu 
d'instants  après,  et  Mlle  Prost  a  pu  continuer  la  pièce. 

*%  Hier  samedi,  le  théâtre  Lyrique  a  fait  sa  réouverture  avec  deux 
partitions  nouvelles,   Crispin,   rival  de  son  maître,  et    l'Auberge  des  Ar- 


**„  L'opéra  de  Semet,  paroles  de  Lockroy  et  Mestepès,  qui  figure  sur 
le  programme  du  théâtre  Lyrique,  a  pour  titre  Oridiné.  —  M.  Gounod 
termine  pour  le  même  théâtre  sa  partition  de  la  Heine  Balkis. 

***  Le  directeur  des  Bouffes-Parisiens  vient  de  recevoir  une  opéreite 
de  MM.  Nerée-Desarbres  et  Nuitter  :  le  Testament  de  Sganarelle. 

**„,  Duprez  a  donné,  ces  jours  derniers,  sa  matinée  annuelle  au  profit 
des  pauvres  de  la  commune  de  Valmondois,  dont  il  est  maire.  Mme  Van- 
denheuvel-Duprez en  a  fait  principalement  les  honneurs  en  chantant  six 
morceaux,  dont  plusieurs  ont  été  redemandés.  Elle  était  assistée  par 
Mlles  Marie  Brunetti,  Godfrend  et  Léon  Duprez,  son  frère.  Le  maître  de 
tous  ces  artistes  faisait  aussi  sa  partie. 

***  Le  nouveau  diapason  va  fonctionner  ù  l'ouverture  de  la  saison  aux 
théâtres  de  Lyon  et  de  Lille.  Des  fonds  suffisants  ont  été  votés  à  cet  effet 
par  les  conseils  municipaux  de  ces  deux  villes. 

s*t  Hier  samedi,  le  théâtre  royal  de  la  Monnaie,  a  Bruxelles,  a  rouvert 
par  le  Pardon  de  Ploe'rmel. 

***  Miss  Pyne  et  M.  Ilarrison,  les  directeurs  de  l'opéra  anglais  de 
Covent-Garden,  ont  passé  cette  semaine  par  Paris,  se  rendant  à  Berlin. 
Miss  Pyne  est  une- excellente  chanteuse  légère  qui,  l'hiver  passé,  a 
créé  le  rôle  de  Dinorah,  dans  le  dernier  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer, 
avec  un  tel  succès  qu'elle  l'a  chanté  plus  de  cinquante  fois  et  l'a  rendu 
populaire  en  Angleterre.  Elle  compte  le  reprendre  cet  hiver,  et,  en 
attendant,  l'opéra  anglais  ouvrira  par  le  Domino  noir  traduit,  et  dans 
lequel  elle  chantera  le  rôle  d'Angèle. 

*%  La  réouverture  du  théâtre  impérial  italien  de  Saint-Pétersbourg 
devant  avoir  li  :u  le  M  septembre,  les  artistes  commencent  à  quitter 
Paris  pour  se  rendre  à  leur  poste  ;  Mlle  Emmy  Lagrua  est  partie  hier  ; 
le  ténor  Alessandro  Bettini  est  parti  également.  Tamberlick  partira 
quelques  jours  plus  tard. 

***  Le  célèbre  ténor  Niemann,  après  avoir  chanté  à  Wiesbaden  avec 
un  éclatant  succès,  est  de  retour  à  Paris. 

***  Le  jeune  virtuose  Sarasate  se  rend  en  Espagne,  son  pays  natal, 
pour  y  recueillir  les  bravos  qu'on  ne  peut  manquer  de  décerner  à  l'un 
des  plus  dignes  représentants  de  l'école  française.  M.  Sarasate  retrou- 
vera certainement  à  Madrid,  à  Barcelone,  les  ovations  dont  il  a  été 
l'objet  à  Paris. 

*%  IL  Ilerz  est  de  retour  à  Paris. 

„*„  Braga  écrit  en  ce  moment  la  musique  d'un  opéra  pour  Mme  Bor- 
ghi-Mamo,  engagée  à  Bologne  et  à  ililan  pour  la  saison. 

„%  H.  Panofka,  qui  a  passé  la  saison  à  Bade,  est  revenu  cette  se- 
maine à  Paris. 

***  M.  le  docteur  Edouard  Hanslick,  professeur  d'esthétique  musicale 
à  l'Université  de  Vienne,  vient  aussi  d'arriver  en  cette  ville. 

„*»  Dans  une  matinée  musicale  donnée,  jeudi  23  août,  à  Spa  par,  Mlle 
François  et  Franco- M endès,  l'éminent  violoncelliste  a  fait  exécuter  un 
très-beau  quintette  do  sa  composition,  et  joué  une  fantaisie  sur  la 
Donna  del  Lago;  le  mérite  de  ces  œuvres  et  le  talent  de  virtuose  que 
possède  â  un  si  haut  degré  M.  Franeo-Mendès  lui  ont  valu  de  légitimes 
applaudissements. 

***  Un  grand  concert  religieux  historique  et  classique  sera  donné,  le 
14  septembre  prochain,  à  Boulogne-sur-Mer,  sous  la  direction  de  M.  Char- 
les Vervoitte,  maître  de  chapelle  de  Saint-Roch.  M.  Vervoitte  fera  exé- 
cuter par  les  chanteurs  et  instrumentistes  qu'il  dirige  à  Paris,  divers 
fragments  des  morceaux  les  plus  célèbres  de  toutes  les  écoles  depuis  le 
xi«  jusqu'au  xvin0  siècle. 


**t  Le  15  août,  Mlle  E.  Doche  a  donné  a  Vichy  une  fort  jolie  soirée, 
dans  laquelle  l'intermède  musical  nous  a  montré  M.  Anschûtz  comme 
excellent  pianiste  et  très-bon  compositeur.  Un  brillant  avenir  est  ré- 
servé à  ce  jeune  artiste,  qui  s'est  fait  applaudir  c  haleureusement  dans 
un  andante  et  qn  galop  de  sa  composition,  et  en  prenant  une  belle 
part  à  l'exécution  du  prélude  de  Bach  avec  Bernardin,  Accursi  et 
Wagner. 

**.,,  Parmi  les  œuvres  nouvelles  d'Arthur  Kalkbrenner  qui  sont  en 
voie  de  publication  chez  l'éditeur  Saint-Hilaire,  il  en  est  une  que  nous 
ne  saurions  trop  signaler  aux  amateurs  de  grande  musique  vocale,  et 
qui  joint  à  des  qualités  remarquables  un  puissant  intérêt  d'actualité.  Dieu 
le  veut!!!...  tel  est  le  titre  de  cette  cantate  dont  les  paroles  sont  dues 
à  Paul  Saunière;  et  jamais  les  deux  jeunes  auteurs  ne  se  sont  élevés  à 
ce  degré  de  grandeur  et  de  chaleureux  enthousiasme  Ce  sera  cer- 
tainement |par  son  importance,  par  la  largeur  et  la  beauté  du  style  et 
des  mélodies,  le  morceau  de  prédilection  de  tous  les  ténors,  et  nous 
l'entendrons   dans    les  concerts  de  la  saison  prochaine. 

**„  On  écrit  de  Swinemunde  que  l'éminent  pianiste-compositeur 
W.  Kriiger  a  donné,  au  profit  des  pauvres,  un  très-beau  concert  dans 
lequel  ont  bien  voulu  se  faire  entendre  plusieurs  dames  de  la  haute 
société.  Krûger  y  a  joué  avec  le  plus  grand  succès  une  sonate  de  Bee- 
thoven et  plusieurs  morceaux  de  sa  composition.  Mme  Scheremberg,  can- 
tatrice de  la  cour  de  Munich,  avait  voulu  concourir  à  cette  bonne  œuvre 
et  s'était  gracieusement  mise  à  sa  disposition. 

**„,  Prudent  met  en  ce  moment  la  dernière  main  â  une  grande  fantaisie 
sur  le  Pardon  de  Ploe'rmel  ;  telle  que  nous  l'avons  entendue,  l'œuvre 
nouvelle  de  l'éminent  pianiste  est  destinée  à  faire  sensation. 

„.*•*  La  charmante  partition  des  Rosières,  d'Hérold,  vient  de  paraître  à 
la  maison  E.  Gérard  et  O,  éditeurs,  rue  Dauphine.  Le  récent  succès  que 
cette  œuvre  a  obtenu  au  théâtre  Lyrique  est  loin  d'être  épuisé  ;  il 
grandira  encore  cet  hiver  et  prendra  place  au  répertoire,  à  côté  de  Zampa 
et  du  Pré  aux  Clercs. 

„*„  La  vogue  des  concerts  Musard  aux  Champs-Elysées  ne  se  ralentit 
pas.  Le  beau  temps  semble  vouloir  revenir,  et  avec  lui  la  foule  accourt 
chaque  soir  dans  ce  délicieux  jardin  musical. 

„.*„.  Le  célèbre  danseur  Richard  Flexmore  vient  de  mourir  à  Londres. 
Sa  spécialité  était  l'imitation  bouffonne  des  ballerines  en  réputation  : 
Taglioni,  Carlotta,  Grisi,  Cerritto,  etc.  Il  avait  épousé  Mlle  Auriol,  fille 
du  fameux  clown  français.  Flexmore,  dont  le  taleut  était  très-populaire 
en  Angleterre,  n'avait  que  trente-huit  ans. 

***  Le  compositeur  Silcher,  directeur  du  Lieder-Kranz  de  Stuttgard, 
est  mort  le  26  août  dans  cette  ville. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„,*„  Marseille.  —  Notre  directeur,  M.  Montelli ,  a  complété  sa  troupe 
d'opéra  français  et  italien.  Les  principaux  artistes  que  nous  y  remar- 
quons sont  Renard,  de  l'Académie  impériale  de  musique,  Roger  (en  re- 
présentation), Merly,  Odezenne;  limes  Gayraud,  Saunier,  Dalmont  (Mes- 
macker),  Erambert;  et,  pour  la  troupe  italienne,  Mmes  Monténégro,  Brioli 
Nicolao,  Elvira  Brambilla,  Sannier,  Marsili,  etc.;  et  MM.  Pardini,  Corsi, 
A.  Bettini,  Merly,  Vare;e,  Marra,  Marcusi,  Nerini,  Lorens,  etc. 

»%  Boulogne-sur-Mer,  29  août.  —  Pendant  ce  mois  les  séances  musi- 
cales se  sont  multipliées  :  après  la  brillante  soirée  de  l'établissement 
des  bains  et  trois  représentations  de  l'Alboni,  un  très-beau  concert  vient 
d'être  donné  par  la  Société  philharmonique.  Pour  la  partie  vocale  , 
Mlle  Raretty,  lauréat  du  Conservatoire,  a  obtenu  un  triomphe  d'autant 
plus  flatteur  que  le  public  était  encore  sous  le  charme  de  l'illustre  vir- 
tuose. La  vois  expressive  et  sympathique  de  M.  Archainbaud  a  fait  une 
vive  sensation  sur  l'auditoire,  qui  a  chaleureusement  applaudi  cet  ex- 
cellent chanteur.  Pour  la  partie  instrumentale,  MM.  Armingaud  et  Lu- 
beck,  ont  été  couverts  d'applaudissements,  et  particulièrement  dans  la 
sonate  en  ut  mineur  de  Beethoven,  dite  avec  la  perfection  qu'exige  ce 
genre  de  musique. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„.%  Bade,  29  août.  —  Voici  la  quatrième  année  que  Berlioz  a  la 
mission  d'organiser  ici  un  concert  qui  est  toujours  l'événement  de  la 
saison.  Lundi  dernier,  à  huit  heures,  la  graucle  salle  de  la  Conversation 
s'ouvrait  pour  cette  solennité,  â  laquelle  Roger,  Vieuxtemps,  Jacquard, 
Mmes  Viardot  et  Carvalho  prenaient  une  part  active.  Comme  â  l'ordinaire, 
les  chœurs  et  l'orchestre  se  composaient  d'artistes  de  Bade,  de  Carls- 
ruhe  et  de  Strasbourg.  Berlioz  y  faisait  entendre  son  ouverture  des 
Francs  juges  et  un  fragment  de   la  Damnation  de  Faust   (récitatif,   air, 


DE  PARIS. 


311 


chœur  des  gnomes  et  dessylphes,  sommeil  de  Faust,  ballet  des  sylphes), 
dont  les  solos  étaient  chantés  par  MM.  Eberius  et  Eberhoffer,  de  la 
chapelle  de  Carlsruhe.  Ces  deux  œuvres  si  belles  et  si  fortes  ont  pro- 
duit tout  leur  effet,  plus  que  leur  effet  même,  accompagnées  qu'elles 
étaient  d'éclairs  flamboyants  et  de  roulements  de  tonnerre  que  le  ciel 
mêlait  à  leurs  harmonies.  Dans  l'adagio  et  le  finale  de  la  symphonie  en 
si  bémol  de  Beethoven  et  dans  l'ouverture  i'Eurîjantke,  Berlioz  n'avait 
plus  que  la  tâche  de  chef  d'orchestre  ;  mais  on  sait  ce  qu'elle  devient 
entre  ses  mains.  Le  succès  de  Mme  Viardot  dans  deux  fragments  d'Or- 
phée, surtout  dans  l'air  J'ai  perdu  mon  Eurydice,  a  été  immense  ;  on  lui 
a  redemandé  l'air.  On  a  redemandé  aussi  le  prélude  de  Bach,  exécuté 
par  M.  Grodvolle,  premier  violon-solo  de  Bade,  par  le. jeune  Duvernoy,  l'ex- 
cellent pianiste,  par  M.  Engel,  le  virtuose  privilégié  de  l'orgue  Alexandre, 
et  chanté  par  MmeCarvalho,  qui  avait  déjà  vocalisé  les  variations  du  Car- 
naval de  Venie.  Le  grand  concerto  joué  par  Vicuxtemps  est  un  peu  mo- 
notone, mais  il  y  a  des  passagps  d'un  charme  irrésistible.  Quoique  ve- 
nant à  la  fin  d'un  concert  si  long  et  si  brillant,  Jacquard  a  trouvé  en- 
core des  bravos,  lioger  n'avait  donc  pas  tout  enlevé  en  chantant  l'air  de 
Joseph  et  le  Roi  dis  aulnes  avec  une  rare  maestria  et  un  accent  admi- 
rable.— Le  célèbre  aniste  vient  de  signer,  en  qualité  de  chanteur  italien, 
un  engagement  pour  le  mois  de  septembre  avec  le  directeur  du  théâtre 
Victoria  de  Berlin.--  Mmes  Viardot  et  Carvalho  sont  engagées  également 
à  ce  théâtre  pour  chanter,  entre  autres  choses,  l'une  Orfeo,  de  Gluck, 
l'autre  Dinorah ,  de  Meyerbeer.  — La  g.-ande-duchessû  Hélène  a  voulu  en- 
tendre Mme  Viardot  en  séance  particulière,  et  le  lendemain  lui  a  envoyé 
un  magnifique  bracelet  —  11.  Engel  aussi  est  invité  par  la  princesse  de 
Prusse  à  donner  une  matinée  intime  pour  elle  seule  et  ses  invités  dans 
le  salon  Louis  XLV  que  M.  Benazet  a  mis  à  sa  disposition.—  Le  20,  avaiteu 
lieu,  dans  le  salon  Louis  Xlll,  décoré  splendidement  et  où  brillaient  au 
premier  rang  de  fauteuils  S.  A.  B.  Mme  la  princesse  de  Prusse,  S.  A.  1. 
Mme  la  grande-duchesse  Hélène  de  Russie,  S.  A.  le  duc  régnant  de  Nas- 
sau, etc.,  un  grand  concert  dans  lequel  on  a  applaudi  une  belle  ouver- 
ture de  M.  Greive  dirigée  par  lui-même.  Mme  Miolan-Carvalho,  Roger 
et  Ualanquê  ont  brillamment  rempli  la  partie  vocale.  Mlles  Caussemille 
et  Guiaud  tenaient  le  piano.  Sivori  s'est  surpassé  dans  l'exécution  de 
son  nouveau  morceau,  les  Folies  d'Espagne,  avec  accompagnement  d'or- 
chestre. L'effet  qu'a  produit  le  célèbre  violoniste  a  été  immense,  et  il 
a  soulevé  un  tonnerre  d'applaudissements  qui  se  sont  répétés  lorsque, 
au  lieu  d'un  deuxième  solo  annoncé,  Sivori  a  joué  avec  Piatti  un  duo 
concertant  pour  violon  et  violoncelle  sur  des  motifs  de  Guillaume  Tell. 

„*„  Spa.  —Nous  avons  eu  un  très-beau  concert  donné  par  l'harmonie 
de  la  Redoute  et  la  Société  musicale  de  Sainte-Marie  d'Ognies,  auxquelles 
s'était  joint  l'excellent  corps  de  musique  des  guides,  sous  la  direction 
de  M.  Bender,  chef  de  musique  du  roi  des  Belges,  artiste  du  plus  grand 
mérite.  Un  grand  nombre  de  morceaux  importants  ont  été  exécutés  par 
chacun  de  ces  orchestres  avec  un  ensemble  et  une  perfection  admi- 
rables ;  de  ce  nombre  était  la  Bénédiction  des  poignards,  des  Huguenots, 
dont  l'effet  a  été  immense.  Cette  fête  avait  attiré  une  affluence  énorme. 

t%  Wiesbaden.  —  Le  concert  annoncé  par  Litolff  a  eu  lieu.  La 
grande  publicité  donnée  à  ce  festival  avait  attiré  une  foule  immense. 
Le  célèbre  artiste  s'est  montré,  s'il  est  possible,  encore  supérieur  à  sa 
réputation.  11  a  joué  son  quatrième  concerto  symphonique  avec  la 
puissance,  la  vigueur  et  l'expression  qu'on  lui  connaît.  Outre  l'andante 
et  le  finale  de  son  troisième  concerto  symphonique,  il  a  dirigé  l'exécu- 
tion de  son  ouverture  do  Maximilien  Robespierre  et  d'un  fragment  de  son 
opéra  Rodrigo  von  Toledo.  Ce  fragment  était  chanté  par  des  artistes  célèbres 
en  Allemagne.  Mlle  Schmi'  t,  notamment,  jeune  et  belle  personne,  douée 
d'une  voix  puissante,  étendue  et  sympathique,  Karl  Formés  et  M.  Schnei- 
der, ténor  de  notre  théâtre.  Cette  belle  musique  a  produit  une  grande 
impression  sur  la  foule.  Le  jeune  Auer,  violoniste  hongrois,  âgé  de 
quatorze  ans  à  peine,  et  qui  est  déjà  d'une  force  surprenante,  et 
Mme  Siewers,  artiste  d'un  grand  talent  et  qui  a  joué  sur  l'orgue  un 
concerto-symphonie  de  sa  composition,  se  sont  également  fait  entendre 
avec  un  grand  succès  dans  ce  concert  de  Litolff.  Au  nombre  des 
personnes  d'élite  qui  y  assistaient,  on  remarquait  Mlle  Louise  de  La- 
rochefoueaiilt,  fille  du  comte  "Wilfrid  de  Larochefoucault,  petite-fille  du 
duc  de  Larochefoucault,  ambassadeur  en  Prusse  sous  l'Empire,  nièce 
de  la  princesse  Borghèse  et  du  duc  d'Estissac,  qui  doit,  dit-on,  le  mois 
prochain,  échanger  le  nom  illustre  qu'elle  porte  contre  celui  de 
Mme  Henri  Litolff. 

***  Berlin.  —  Les  représentations  de  la  troupe  italienne  de  Merelli 
au  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  commenceront  au  mois  d'octobre. 
Notre  capitale  aura  donc  cet  hiver  deux  théâtres  italiens.  Au  mois  de 
septembre  Mme  Miolan  Carvalho  doit  donner  à  l'Opéra  de  la  cour  une 
série  de  représentations.  On  l'entendra  successivement  dans  :  Lucia, 
Somnambule,  Noces  de  Figaro,  Fra  Diavolo.  (m  ne  dit  pas  si  Mine  Miolan 
Carvalho  chantera  en  français  ou  en  italien.  M.  Faure,  le  célèbre  bary- 
ton de  Paris  est  attendu  pour  le  mois  de  novembre. 

„%  Francforts. -M.  —  Pour  le  centième  anniversaire  de  la  naissance 
de  Chcrubini  (8  septembre),  on  a  mis  en  répétition  Faniska;  cet  ou- 
vrage a  été  écrit  par  le  célèbre    maestro  en  1805  à  Vienne,  où  il  fut 


représenté  l'année  suivante,  le  6  février.  —  Dans  la  petite  salle 
de  la  maison  Mozart  (Mozart  Haus),  devant  un  auditoire  invité,  a  été 
représenté  un  opéra-comique  nouveau,  intitulé  :  la  Cour  du  grand-duc  ; 
l'auteur  de  cette  partition,  qui  a  été  favorablement  accueillie,  est 
Vi.  Gollmick. 

***  Vienne.  —  L'Opéra  de  la  Cour  va  devenir  de  nouveau  une  entre- 
prise particulière.  En  dehors  de  la  subvention  annuelle,  la  caisse  de 
l'Etat  devant  encore  venir  en  aide  à  celle  de  cet  établissement,  le  gou- 
vernement a  trouvé  que  les  charges  qu'il  occasionnait  devenaient  trop 
lourdes  dans  les  circonstances  actuelles.  —  Nous  venons  d'avoir  une 
magnifique  représentation  du  Prophète  ;  Ander,  qui  faisait  sa  rentrée  par 
le  rôle  de  Jean  de  Leyde,  a  été  l'objet  d'une  ovation. 

»*4  Dantzig.—  A  partir  du  18  septembre  une  troupe  italienne,  sous  la 
direction  de  M.  Carlos  de  Paëz,  doit  donner  à  notre  théâtre  une  série  de 
représentations.  Une  des  prime-donne  est  Mme  Seeman  Paëz:  les  autres 
artistes  font  partie  de  la  société  italienne  de  Londres;  ils  sont  attendus 
ici  prochainement  ainsi  que  le  chef  d'orchestre  Moderati. 

*%  Stuitgard.  —  Pendant  la  saison  commencée  le  4  septembre  de 
l'année  passée  et  terminée  le  29  juin  dernier,  il  y  a  eu  75  représen- 
tations d'opéras,  parmi  lesquels  se  trouvent  cinq  ouvrages  de  Meyer- 
beer. Dinurali  a  été  jouée  4  fois;  les  Huguenots,  2;  Robert  le  Diable,  2;  le 
Prophète,  1  ;  l'Etoile  du  Nord,  1.  Bossini  a  eu  8  représentations;  Verdi,  8; 
Mozart,  7;  de  Flotow,  o,  avec  Martha  et  Slradella. 

3,*t  Leipzig.  —  Un  concert  monstre  a  eu  lieu  en  l'honneur  du  direc- 
teur de  musique  Zœlner  dont  les  lieder  jouissent  d'une  réputation  mé- 
ritée. Parmi  les  morceaux  exécutes  par  une  réunion  de  cinq  cents  chan- 
teurs, on  a  surtout  remarqué  une  hymne  de  la  composition  du  duc  c'a 
Saxe-Cobourg.  —  M.  Niemann,  qui  adonné  ici  en  tout  six  représenta- 
tions, a  obtenu  un  véritable  triomphe  clans  le  rôle  de  Raoul  des  Hugue- 
nots, qu'il  a  chanté  d'une  manière  admirable. 

i%  Varsovie.  —  Le  chef  d'orchestre  Moniuszko  est  un  infatigable 
compositeur.  Dans  l'espace  de  deux  ans  il  nous  a  donné  quatre  opéras 
et  il  vient  d'en  commencer  un  cinquième.  A  la  vérité  les  trois  derniers, 
la  Comtesse,  flis  et  Jawnuta,  ne  peuvent  soutenir  la  comparaison  avec 
Halha,  le  premier  en  date;  mais  en  somme  ses  productions  sont  toujours 
sympathiques  au  public.  —  Notre  gazette  musicale,  Ruch  Muzyezrii,  en 
est  à  la  quatrième  année.  —  Incessamment  nous  allons  avoir  un  institut 
(conservatoire)  musical  :  le  directeur  est  nommé,  les  fonds  sont  assurés 
pour  six  ans. 

**„,  Hermansladt.  —  Incessamment  nous  entendrons  Dinorah,  le  der- 
nier chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  que  le  public  attend  avec  impatience. 

,*s  Stockholm.  —  Après  Ole  Bull  et  Vicuxtemps,  dont  nous  avons  déjà 
mentionné  les  succès,  nous  avons  entendu  plusieurs  virtuoses  d'un  vrai 
mérite  :  Willmann,  baryton  ;  le  maître  de  la  chapelle  de  la  cour,  Lach- 
ner  ;  les  pianistes  Mmes  Hilde  Tegerslrom  et  Clara  Magnus.  Dans  un 
concert,  on  a  exécuté  Titus,  opéra  de  Mozart  ;  dans  un  autre,  a  chanté 
une  jeune  paysanne,  Christina  Is'ielsson,  dont  l'éducation  musicale  se 
fait  aux  frais  de  quelques  amateurs  enthousiastes.  A  la  soirée  de  Lachner, 
sa  fille  Julie  a  joué  le  concerto  en  ut  mineur  de  Beethoven  ;  on  y  a 
exécuté  en  outre  l'ouverture  de  Loreley,  de  Lachner;  la  symphonie  hé- 
roïque de  Beethoven. 

„*„  Brescia.  —  L'ouverture  du  théâtre  pour  la  saison  de  foire  a  eu 
lieu  par  le  Vittore  l'isani,  interprété  par  la  Galetti-Gianoli,  Mauro  Zacchi 
et  Cornago.  Les  honneurs  de  la  soirée  ont  été  pour  la  Galetti,  jeune 
cantatrice  douée  d'une  voix  exceptionnelle  et  dont  le  talent  dra- 
matique est  des  plus  remarquables.  On  a  bissé  la  cabalette  de  son 
duo  avec  le  ténor,  et  plusieurs  fois  dans  le  cours  de  la  représentation 
elle  a  été  rappelée  avec  enthousiasme.  Elle  a  chanté  depuis  la  Norma, 
qui  ne  lui  a  pas  valu  moins  de  succès.  On  la  compare  à  la  Malibran,  à 
Sophie  Cruvelli,  et  chacun  s'accorde  à  lui  prédire  les  plus  hautes  des- 
tinées. 

,*i  Nev>York.  —  Les  éditeurs  Massen  Brothers  viennent  d'acquérir  la 
propriété  du  Musical  World,  qu'ils  ont  fondu  avec  leur  Revietv  ;  ce 
journal  paraîtra  désormais  sous  le  double  titre  de  :  Musical  Recieiv  and 
musical  )Vorld. 


Chez  G.  BRANDDS  et  S.  DUFOVR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu. 


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ces, etc.,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  auteurs  anciens  et 
modernes. 

200   LIVRAISONS.  —  PllIX   DE   CHAQUE    :    25    C.   NF.T. 


312 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Ancienne  Maison  HEISSOMME» 


Paris.    —    E.   GÉRARD  et  Ce  (COMPAGNIE  MUSICALE),    —    N°  18,    rue    Dauphine. 

LES    ROSIERES 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  THÉAULON,  musique  de 

F.  Hérold 

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PREMIER  ACTE  Prix  marqué. 


1.  Introciuclion  et  chœur  :   Livrons-nous  à  l'allégresse.   ...  6 

2.  Air  chanté  par  M.  Fromast  :  Z"s  Hlletles  de  ce  village   .  5 

3.  Air  chanté  par  M.  Delaunay-Ricquiur  :  Gentille  rosière  .  5 
k.  Ronde  chantée  par  Mlle  Girard  :  De  ce  village  ......  2 

5.  Quatuor  chanté  par  Mmes  Girard,  Vadé,  MM.  Delaunay- 

Riçquier  et  Gabriel  :  Demeurez,  aimable  Florelle  .    .  9 

6.  Finale  et  chœur  :   Quel  beau  jour  et  quel  plaisir    ....  6 

DEUXIÈME  ACTE 

7.  Morceau  d'ensemble  :  Quel  maintien  enchanteur 9 

8.  Romance  chantée  par  Mlle  A.  Faivre  :  Je  suis  sage,  j'ob- 

tins la  rose 2 


Prix  marqué. 

9.  Duo  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  et  M.  Delalnay-Ricqiier: 

Plaisir  extrême,  heureux  moment 6    » 


10. 


50 


Xi.  Dancla. 

2HUSARD. 


Finale:  Jeune:;  beautés,  avant  peu  parmi  vous 

TROISIÈME    ACTE 

11.  Air  chanté  par  Mlle  A.  Faivre:  Adieu,  rose  à  veine  eclose 

12.  Trio  chanté  par  Mlles  Girard,  Faivre  et  M.   Fromant  : 
Laisses-moi,  Bastien,  laissez-moi 

12  bis.  Duo  extrait  du  trio  :  Laissez-moi,  Bastien,  laissez-moi. 

13.  Petit  air  chanté  par  Mlle  Girard  :  Ah!  ah!  faut-il  à  mon 
âge  ! 

14.  Finale  :   Le  Destin  trompe  mon  espérance 9 

Partition  in-8°  piano  et  chant.  —  Prix  net  :  12  fr. 

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Pile  ou  Face,  de  E.  Bourget  et  G.  Baneux 2  50 

lie  Dîner  «le  nia  Vante,  de  E.  Bourget  et  Lhuillier 2  bO 

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Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  BARBIER  et  CARRÉ,  musique  de 

GIAGOMO    MEYERBEER 


L'OUVERTURE 

En  grande  partition 24 

Les  parties  d'orchestre 24 

Arrangée  pour  le  piano 9 

Pour  le  piano  à  quatre  mains 12 

Pour  2  violons,  2  cornets,  chaque 5 


Grande  Partition.  —  Parties  d'orchestre. 
LA  PARTITION 

Avec  paroles  françaises,  in-4°,  net 

La  même,  in  8°,  net 

Avec  paroles  italiennes,  in- 8»,  net 

Arrangée  pour  piano  seul,  in-8°,  net. 


Récitatifs. 

LES  AIRS  DE  CHANT 

30     »      Avec  paroles  françaises.  Avec  paroles  italii 
1 8     »  Les  airs  arrangés 

18     »      Pour  deux  violons  ou  violon  seul. 
10     »      Pour  deex  cornets  ou  cornet  seul. 
Pour  deux  flûtes  ou  flûte  seule. 


POUR  LE  PIANO 

ASCHER.  —  Illustration 

BERNARD  (PAUL).  —  Reviens  à  loi,   transcription 

BEYER.  —  Boiifiuet  «le  mélodies 

Id.        Op.  36.  Petite  i'mitaisie 

BURGMULIER.  —  Grande  valse  «le  salon 

COMETTANT.  —  Transcript  ion-fantaisie 

CRAMER  (J.).  —  Fantaisie-valse  sur  l'air  de  l'Ombre 

CRAMER  (H.).'—  Fleurs  d'opéra,  mélange 

CROISEZ.  —  Morceau  «le  salon 

DOLMETSCH.  —  Transcription  brillante  de  la  Berceuse 

G0R1A.  —  Op.  95.  Fantaisie  dramatique 7 

HESS  (C).  —  »ê*erie 6 

JAELL  (A  )   —  Ombre  légère,  caprice-valse 7 

RALKRENNÉR  (A.).  —  Mosaïque  brillante 7 

KETTERER.  —  Op.  88.  Fantaisie-transcription 7 

KRUGER  —  Transcription  brillante  de  la  Berceuse 7 

KUNC  (ÀLOYS).  —  Fantaisie 6 

LECARPENTIER.  —  Meux  bagatelles,  chaque 5 

LEDUC.  —  Fantaisie  élégante  et  facile. 5 

ROSELLEN.  —  Op.  167.  Fantaisie  brillante 7 


salon. 


TALEXY.  —  Folkn-maziirha  d 

VINCENT.  —  Transcriptions 7 

A  QUATRE  MAINS 

BEYER.  —  Op.  112.  Petite  fantaisie 7 

BURGMULLER.  —  «ramle  valse  «le  salon 9 

CROISEZ.  —  Souvenirs,  duo  facile 7 

WOLFF.  —  Réminiscences,  grand  duo  dramatique 10 


Pour  piano  à  quatre  mains,  net 25 

Arrangements,  Fantaisies,    Transcriptions  : 

POUR    DIVERS    INSTRUMENTS 

HERMAN.  —  Morceau  «le  salon  p.  violon  avec  ace.  de  piano  9     » 

KETTERER  ET  HERMAN.  —  Grand  duo  pour  piano  et  violon  10     » 

GD1CHARD.  —  Fantaisie  pour  violon,  flûte  ou  cornet  seul..  6     » 

Id.       Les  mômes,  avec  ace.  de  piano,  chaque 7  50 

jj;£_  —  Morceau  «le  salon  p.  violoncelle  avec  ace.  de  piano  7  50 

SELIGMANN.  —  Souvenir  pour  violoncelle  et  piano 7  50 

C0N1NX.  —  Fantaisie  pour  flûte  avec  ace.  de  piano 7  50 

TULOD.  —  Grande  fantaisie   pour   flûte  et  piano 9     » 

BRISSON.  —  méditation  sur  le  Chœur  religieux,  pour  har- 
monium, piano  et  violon  ou  violoncelle 7  50 

Id.       Duo  brillant  pour  harmonium  et  piano 7  50 

ENGEL.  —  Fantaisie  «-lésante  pour  harmonium  seul.  ...  6     » 

Id!       Fantaisie  brillante  poi.r  harmonium  et  piano  9     » 

JANCODRT.  —  Mosaïque  pour  harmonie  militaire 18     » 

Id.       Fantaisie  et  redowa  pour  harmonie  militaire.  18     » 

MUSIQUE  DE  DANSE 

Quadrilles,  par  ARBAN,  pour  piano  et  à  quatre  mains h  50 

Quadrilles,  par  MARX Id. ..  av.  orchestre.  4  50 

Valses,  par  STRAUSS Id. . .  av.  orchestre.  6     » 

Valses,  par  ETTLING 5     » 

Polka,,  par  BOUSQUET h     " 

Redowa,  par  MUSARD 4     •> 

Scbottlscli,  par  DESGRANGES 4     » 

Polka-Mnzurka,  par  TALEXY 6     » 


50 


50 


CENTKAAE 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULE VARB  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Aimée. 


N°  37. 


OH  S'ABONNE  1 

pans  les  Départements  et  â  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 

Purcaus  des  Messageries  et  des  Postes. 


9  Septembre  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  (r. paroi 

Départements,  Uelgique  et  Suisse...      .'ÏO  «       id. 

Étranger M  »       "d. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  IHUSiC 


^ m   p^miia 


■^MTj\j\l\f\f\TJv^ — 


SOMMAIRE.  —  Histoire  du  Conservatoire  impérial  de  musique  et  de  déclamation, 
par  Lassabathie  (2e  et  dernier  article),  par  Paul  Smitli.  —  Théâtre  Lyri- 
que :  réouverture;  Crispin  rival  de  son  maître,  comédie  de  Lesage,  arrangée 
par  M***,  mise  en  musique  par  M.  Sellenick;  l'Auberge  des  Ardennes,  opéra- 
bouffon  en  deux  actes,  paroles  de  MM.  Michel  Carré  et  Jules  Barbier,  musique 
de  M.  Aristide  Hignard  ;  reprise  d«s  Dragons  de  Yillars,  par  ILéon  Dnro- 
cher.  —  Revue  des  théâtres,  par  ».  A.  D.  Saint-Yves.  —  Nouvelles 
et  annonces. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION, 

Par  I,.4S*ABATIIIE. 
(21  et  dernier  article)  (1). 

Le  reproche  banal  qu'on  ne  manque  presque  jamais  d'adresser  à 
l'élève  du  Conservatoire  qui  pour  la  première  fois  met  le  pied  sur  la 
scène,  c'est  de  n'être  pas  un  artiste  complet.  Reprochez  au  conscrit 
de  n'avoir  pas  les  qualités  du  vétéran,  ce  sera  tout  aussi  raisonnable  ! 
Mais  comme,  du  reste,  il  n'y  a  rien  de  nouveau  sous  le  soleil,  l'inven- 
tion du  terrible  grief  ne  date  pas  d'hier,  et,  il  y  a  plus  de  soixante- 
dix  ans,  Gossec  était  obligé  de  défendre  les  élèves  de  l'Ecole  royale 
en  prouvant  que  les  artistes  ne  poussent  pas  comme  les  champignons, 
et  qu'avec  les  plus  belles  dispositions  du  monde  il  faut  encore  du 
temps  et  de  l'exercice.  Ce  système  d'argumentation  parfaitement 
simple  nous  a  valu  de  la  part  du  célèbre  compositeur  une  série  de 
notes  qui  ne  manquent  pas  d'un  certain  intérêt  sur  le  personnel  que 
le  grand  Opéra  possédait  alors.  Dans  le  dénombrement  qu'il  on  a 
fait  se  rencontrent  plusieurs  noms  d'artistes  dont  la  célébrité  est  venue 
jusqu'à  nous,  et  que  nous  sommes  habitués  à  contempler  de  loin 
dans  leur  costume  de  théâtre.  Les  notes  de  Gossec  ont  l'avantage  de 
nous  les  montrer  de  près  et  en  déshabillé. 

«  Maintenant,  dit-il  dans  sa  lettre,  il  s'agit  de  voir  qui  des  sujets 
»  de  l'école  formés  par  nous,  ou  de  ceux  de  l'Opéra  formés  par  le 
»  public,  le  théâtre  et  le  Magasin  (2),  ont  mis  le  plus  de  rapidité 
dans  leurs  progrès. 

1"  «  La  demoiselle  Sàint-Huberti,  entrée  bonne  musicienne  il  y  a 

(1)  Voir  le  n"  35. 

(2)  C'était  le  nom  d'une  ancienne  école  de  chant  et  de  danse  pour  les  jeunes 
fdles  établie  rue  Saint-Nicaise. 


»  huit  ans  à  l'Opéra,  ayant  joué  et  chanté  pendant  un  bon  nombre 
»  d'années  sur  tous  les  théâtres  de  l'Allemagne  et  de  la  Prusse,  a  été 
»  quatre  ans  mauvaise,  rejetée  du  public,  renvoyée  de,  l'Opéra  et  re- 
»  prise  ensuite  sous  M.  Devisme,  devenue  passable  h  la  cinquième 
»  année,  bonne  à  la  sixième  et  excellente  à  la  septième.  »  Voilà  sans 
doute  un  apprentissage  qui  devait  compter  et  un  exemple  encoura- 
geant pour  les  vocations  d'un  épanouissement  difficile.  Gluck  n'en  eut 
que  plus  de  mérite  à  deviner  celle  de  Mme  Sàint-Huberti,  alors  que, 
chargée  d'un  petit  rôle  dans  Armide,  elle  venait  aux  répétitions  tou- 
jours vêtue  de  la  même  robe  noire  et  que  ses  camarades  se  moquaient 
de  sa  mise  en  l'appelant  madame  la  Ressource.  —  Oui,  s'écria  Gluck 
avec  sa  franchise  brusque  et  sa  voix  rude,  oui,  vous  avez  raison, 
la  ressource  de  l'Opéra! 

2°  «  Mlle  Maillard,  après  avoir  joué  et  chanté  sur  divers  théâtres, 
»  entra  à  l'Opéra  il  y  a  six  ou  sept  ans,  où  maintenant  elle  n'est 
»  pas  encore  dans  tout  son  éclat.»  Gossec  disait  vrai:  Mlle  Maillard 
avait  encore  des  progrès  à  faire  pour  arriver  à  toute  son  importance, 
Le  rôle  à' Armide  fut  un  de  ses  meilleurs  au  temps  de  sa  haute  for- 
tune, et  puis  elle  finit  par  jouer  celui  de  la  Haine  quand  sonna 
pour  elle  l'heure  du  déclin.  C'est  la  progression  ordinaire. 

3°  «  Mlle  Gavaudan  l'aînée,  depuis  dix  ans  à  l'Opéra,  n'a  encore 
»  rien  appris  avec  la  plus  charmante  voix  du  monde. 

4°  »  Mlle  Gavaudan  cadette,  depuis  cinq  à  six  ans,  a  fait  de  faibles 
»  progrès  avec  une  très-belle  voix. 

5"  »  Mlle  Joinville,  depuis  huit  à  neuf  ans,  ne  vaut  encore  rien. 

6°  »  Mlle  Buret  l'aînée,  depuis  six  ans,  idem. 

7»  u  Mlle  Audinot,  entrée  sous  M.  Devisme,  ne  sait  chanter  que 
»  Coiinette;  ensuite  on  ne  sait  à  quelle  sauce  la  mettre.  »  Excusez, 
de  grâce,  la  naïveté  de  l'expression. 

Tel  était  le  chapitre  des  femmes.  Celui  des  hommes  suit  immé- 
diatement. 

1°  «  M.  Chéron,  entré  bon  musicien  et  avec  la  superbe  voix  qu'on 
»  lui  connaît,  sous  M.  Devisme,  a  été  pendant  quatre  ans  aussi  mau- 
»  vais  acteur  que  mauvais  chanteur.  Il  a  du  naturel,  mais  il  est  encore 
»  à  cent  lieues  de  son  prédécesseur  Larrivée  et  vient  demander  des 
»  conseils  à  l'école. 

2°  »  Le  sieur  Rousseau,  depuis  huit  à  neuf  ans  à  l'Opéra,  où  il  est 
»  entré  excellent  musicien,  ne  se  montre  que  depuis  quatre  ans.  11 
»  chante  très-bien  maintenant  et  s'est  formé  lui-même  dans  celte 
»  partie. 

3n  »  Le  sieur  Lays,  depuis  six  à  sept  ans  à  l'Opéra,  entré  bon  mu- 
n  sicien,  n'est  quelque  chose  aux  yeux  du  public  que  dans  ta  Cara- 
»  vanc.  Il  excelle  dans  le  chant,  où  il  s'est  formé  lui-même.  »  Comme 


314 


REVUE  ET  GAZETTE  .MUSICALE 


son  contemporain,  le  célèbre  Martin,  de  l'Opéra -Comique,  qui  ne  de- 
vait aussi  qu'à  lui-même  son  talent  de  chanteur,  il  finit,  à  force  de 
jouer,  par  se  former  comme  acteur,  et  il  en  donna  la  preuve  dans  le 
Rossignol,  où  il  chantait  si  bien  le  rôle  du  bailli,  l'ami  de  tous  les 
pères,  le  père  de  tous  les  enfants. 

k"  «  Le  sieur  Martin  (bien  différent  de  celui  dont  le  nom  précède) 
»  ne  vaut  et  ne  vaudra  jamais  rien. 

5°  »  Le  sieur  Lainez,  quoique  nullement  musicien,  est  donc  le  seul 
»  sujet  de  l'Opéra  qui  ait  montré  des  progrès  rapides,  qui  soit  devenu 
»  bon  acteur  en  peu  de  temps,  parce  que  la  nature  l'avait  doué  d'une 
»  intelligence  rare  en  lui  refusant  la  voix. 

6°  »  Le  sieur  Moreau,  depuis  douze  à  treize  ans  à  l'Opéra,  n'a 
»  pas  encore  acquis  et  n'acquerra  jamais  un  talent  éminent  :  sujet 
»  d'utilité. 

7°  »  Le  sieur  Chardini,  depuis  six  ans  à  l'Opéra,  a  fait  quelques 
»  progrès;  mais,  quoique  très-bon  musicien,  il  ne  sera  jamais  qu'un 
»  sujet  d'utilité  comme  le  sieur  Moreau. 

»  Enfin  il  y  a  encore  à  l'Opéra  un  nombre  de  petits  sujets  qui 
»  restent  derrière  la  porte  pour  empêcher  qu'on  ne  la  ferme,  et  à  qui 
»   ce  poste  est  assigné  pour  la  vie.  » 

Belle  conclusion  et  digne  de  l'exorde,  du  moins  quant  au  style; 
mais  ici  le  style  ne  faisait  rien  à  l'affaire;  Gossec  avait  pour  lui  la 
raison,  et  de  plus  brillants  écrivains  n'auraient  pas  mieux  plaidé  sa 
cause.  Il  fallait  en  France  une  école  de  chant  tout  comme  il  faut  des 
écoles  de  droit,  de  médecine,  et  l'on  devait  se  garder  de  lui  deman- 
der l'impossible,  c'est-à-dire  qu'en  moins  de  deux  années  on  y  for- 
mât des  arlisLes  accomplis  de  tout  point. 

Avant  que  cette  école  fût  fondée  chez  nous,  on  n'avait  d'autres 
pépinières  de  sujets  chantants  que  les  maîtrises.  Malgré  les  regrets 
éloquents,  les  touchantes  élégies  que  leur  destruction  excita,  malgré 
les  plaintes  que  nous  avions  souvent  entendu  formuler  à  cet  égard 
par  des  hommes  à  qui  noire  confiance  est  acquise,  nous  nous  étions 
toujours  douté  qu'une  maîtrise  de  cathédrale  ne  pouvait  réaliser  le 
type  idéal  d'une  école  de  chant  dramatique.  Avec  quel  plaisir  n'avons- 
nous  pas  trouvé  notre  opinion  pleinement  justifiée  par  un  document 
précieux,  Observations  sur  l'état  de  la  musique  en  France,  qui  furent 
lues  à  l'assemblée  générale  des  membres  du  Conservatoire  par  le  di- 
recteur Sarrette  le  5  ventôse  an  X  (24  février  1802)  !  Les  maîtrises 
venaient  à  peine  d'être  abolies,  tous  les  membres  de  l'assemblée  les 
avaient  vu  fonctionner  et  savaient  à  quoi  s'en  tenir  sur  leur  valeur. 
L'appréciation  qu'en  faisait  Sarrette  n'eût  p;is  manqué  de  contradic- 
teurs en  cas  d'erreur  de  compte.  Après  avoir  rappelé  que  l'instruc- 
tion musicale,  étant  restée  entièrement  subordonnée  aux  usages  du 
culte,  n'avait  pu  suivre  la  marche  rapide  des  sciences  et  des  arts 
depuis  le  règne  de  Louis  XIV ,  Sarrette  s'exprimait  en  ces  termes  : 

«  Les  moyens  de  conservation  et  de  production  de  l'art  musical 
»  en  France  se  trouvèrent  donc  circonscrits  dans  l'enseignement  des 
»  maîtrises.  Quels  étaient  ces  moyens?  Quant  à  la  composition,  le 
»  contre-point,  plus  particulièrement  employé  pour  la  musique  d'église, 
»  était  seul  enseigné  ;  on  s'abstenait  absolument  du  genre,  drama- 
»  tique  :  l'étude  instrumentale  se  bornait  à  l'orgue  et  au  serpent  ;  dans 
»  quelques-unes  des  maîtrises  on  enseignait  le  basson  et  le  violon- 
»  celle,  mais  rien  de  plus.  Quant  à  la  mns:que  chantée,  l'on  sait 
»  combien  celle-ci  dans  les  églises  de  France  était  éloignée  de  la  pu- 
»  reLé  et  de  la  grâce  de  la  mélodie  italienne  ;  encore  n'enseignait-on 
»  le  chant  dans  ces  écoles  que  jusqu'à  l'âge  où  la  voix  mue,  parce 
»  que  jusque-là  les  élèves  enfants  de  chœur  fiaient  utiles  pour  reni- 
»  plir  les  parties  de  dessus  ;  lorsque  ce  terme  arrivait,  ils  étaient  rem- 
»  placés  par  d'autres  enfants  et  renvoyés  avec  une  modique  somme. 
»  Parmi  ceux  qui  n'avaient  pas  conservé  de  voix,  les  uns  se  livraient 


»  à  l'étude  des  instruments,  les  autres  embrassaient  un  état  différent; 
»  ceux  dont  la  voix  après  la  mue  avait  acquis  les  qualités  néces- 
»  saires  au  chant,  se  destinaient  ordinairement  à  remplir  les  places 
»  de  chantres  bénéficiaires  dans  les  chapitres  ou  de  choristes  dans  les 
»  églises;  mais  ces  élèves,  abandonnés  après  une  première  éducation 
»  aussi  imparfaite,  dépourvus  de  bonnes  méthodes  pour  cultiver  leurs 
»  moyens,  viciaient  toujours  leur  voix,  la  rendaient  dure  et  criarde, 
»  parce  que  leur  but  comme  leur  instruction  avait  été  de  faire  en- 
«  tendre  les  chants  du  culte,  du  lutrin  au  porche,  et  tout  ce  qui 
»  pouvait  leur  faire  atteindre  ce  but  était  bon,  si  défectueux  que 
»  pût  être  la  méthode  qu'ils  employassent. 

»  Les  plus  belles  de  ces  voix  furent  appelées  par  l'ancien  gouver- 
»  nement  à  recruter  la  chapelle  royale  et  l'Opéra  :  elles  eurent  alors 
»  des  occasions  plus  favorables  à  leur  culture.  Dans  le  nombre  on 
»  distingue  quelques  artistes  qui  ont  acquis  une  réputation  méritée 
»  sur  la  scène  lyrique,  mais  il  faut  convenir  que  c'est  en  changeant 
»  de  méthode  qu'ils  se  sont  formés.  » 

Donc  les  maîtrises,  qui  coûtaient  fort  cher,  ne  rendaient  à  notre 
musique  nationale  que  des  services  incomplets.  L'étude  des  instru- 
ments y  était  peu  cultivée;  presque  tous  les  musiciens  de  nos  armées 
nous  venaient  d'Allemagne,  nos  orchestres  de  théâtre  même  se  rem- 
plissaient d'artistes  étrangers.  On  y  formait  non  des  chanteurs,  mais 
des  chantres,  et  de  plus  les  femmes  en  étaient  totalement  exclues. 
«  Quelle  que  fût,  ajoute  Sarrette,  l'utilité  d'un  enseignement  aussi 
»  dispendieux  que  celui  des  cathédrales  (1),  quels  furent  ses  résultats 
»  dans  toutes  les  parties  de  l'art?  A  commencer  par  les  compositeurs, 
»  il  n'en  est  sorti  qu'un  très-petit  nombre,  parmi  lesquels  peu  se  dis- 
»  tinguèrent;  elles  n'ont  produit  aucun  virtuose  dans  la  partie  ins- 
»  trumentale,  et,  à  quelques  exceptions  près,  les  chanteurs  qu'elles 
»   ont  formés  n'ont  pas  dépassé  la  médiocrité.  » 

Le  Conservatoire  s'éleva  sur  les  ruines  des  maîtrises,  de  l'Ecole 
royale  de  chant  et  de  déclamation  et  d'une  école  de  musique  mili- 
taire que  Sarrette  et  Gossec  avaient  déjà  fondée.  C'était  comme  une 
arche  sainte  ouverte  dans  le  naufrage  social  ;  mais  par  malheur  tous 
les  aspirants  ne  pouvaient  y  être  accueillis.  «  On  concevra  facile- 
»  ment,  disait  Sarrette,  que  beaucoup  d'artistes,  atteints  par  la  des- 
»  traction  des  anciennes  institutions.se  pressèrent  autour  du  nouvel 
»  établissement  et  y  demandèrent  des  places,  mais  le  Conservatoire 
»  ne  pouvait  pas  les  réunir  tous;  dès  lors  il  compta  au,  nombre  de 
»  ses  détracteurs  une  grande  partie  de  ceux  qui  ne  furent  point 
»  admis  dans  son  sein.  Ces  mécontents  rallièrent  à  leur  cause  les 
»  esprits  inquiets  et  ambitieux  qui  craignirent  que  l'art  ne  fit  des 
»  progrès  et  qu'il  ne  se  formât  d^s  artistes  qui  partageassent  avec 
»  eux  les  applaudissements.  Dès  lors  un  système  de  calomnie  fut  di- 

»  rigé  contre  le  Conservatoire » 

Les  envieux  mourront,  mais  non  jamais  l'envie. 

Le  système  dont  parle  Sarrette  devait  se  perpétuer  :  le  Conserva- 
toire n'a  pas  d'ennemis  plus  constants,  plus  violents  que  les  professeurs 
qui  n'en  sont  pas  et  qui  voudraient  en  être.  Ajoutez  à  cette  foule 
toujours  grossissante  les  parents  et  amis  des  élèves  qui  n'ont  pas 
obtenu  de  premier  prix,  quelquefois  les  élèves  mêmes  qui  ont  été  le 
mieux  traités  et  qui  trouvent  du  plaisir  à  battre  le  sein  de  leur 
nourrice.  Cela  donne  un  certain  air  d'indépendance  et  de  supériorité  ! 
On  cite  le  propos  d'un  de  ces  élèves  superbes  à  qui  l'on  rappelait  ce 
qu'il  devait  aux  leçons  de  ses  professeurs.  &  Des  professeurs  au 
»  Conservatoire!....  Est-ce  qu'il  y  en  a?  J'y  arriverai  sans  doute,  et 
»  alors  il  y  en  aura  un  !  »  Le  mal  est,  non  pas  que  de  jeunes  étour- 
neaux  disent  de  telles  folies,  mais  que  ces  folies  soient  prises  au  sé- 
rieux par  des  gens  qui  devraient  être  sages.   Malgré  des  exemples 

(1)  Les  cinq  cents  écoles  établies  alors  coûtaient  environ  10  millions. 


DE  PARIS,. 


315 


non  moins  nombreux  qu'illustres,  nous  persistons  à  trouver  de  mau- 
vais goût  cette  éternelle  moquerie  des  élèves  du  Conservatoire,  ce 
persilïlage  convenu  d'un  établissement  qu'on  nous  envie  et  qu'on 
imite.  C'est  un  sujet  rebattu  qui  prête  beaucoup  plus  aux  pauvres 
d'esprit  qu'aux  riches.  Il  nous  semble  aussi  que  les  critiques  de- 
vraient toujours  s'informer,  s'enquérir,  en  un  mot  savoir  avant  de 
critiquer.  Dernièrement  encore,  dans  un  feuilleton,  d'ailleurs  plein  de 
convenance  et  de  bon  esprit,  nous  lisions  qu'au  Conservatoire  les 
classes  de  chant  avaient  un  double  tort,  celui  de  ne  se  tenir  que 
deux  fois  par  semaine  et  celui  d'être  composées  de  vingt-cinq  élèves  ! 
Voilà  comme  on  écrit  l'histoire!  Eh  bien!  les  classes  de  chant  ont 
lieu  tous  les  deux  jours  et  il  n'y  a  jamais  que  douze  élèves  au  plus  ! 
En  général,  les  critiques  ne  se  piquent  pas  d'une  exactitude  plus  ri- 
goureuse. Dans  un  autre  article  beaucoup  pius  vieux  et  aussi  moins 
bienveillant,  nous  trouvions  un  jour  Vépitome  des  qualités  sans  les- 
quelles on  ne  pouvait  se  permettre  d'enseigner  le  chant  au  Conser- 
vatoire. Des  études  sérieuses  sur  le  style  des  divers  temps,  une  sorte 
de  science  historique,  y  étaient  exigées  surtout,  et  quelques  lignes  plus 
bas  nous  lisions  que  Bordogni,  qui,  de  l'aveu  du  critique,  ne  savait 
rien  de  tout  cela,  n'en  avait  pas  moins  été  un  excellent  professeur 
et  avait  formé  d'excellents  élèves.  Ceci  peut  passer  pour  un  effet  inat- 
tendu de  logique  transcendante. 

Cependant,  nous  l'avouerons,  il  est  un  point  sur  lequel  le  Conser- 
vatoire n'a  pas  pleinement  répondu  à  sa  mission.  Gossec,  l'un  de  ses 
créateurs,  se  flattait  que,  grâce  au  nombre  des  artistes  qui  sortiraient 
de  son  sein,  nos  théâtres  seraient  en  position  de  dicter  des  lois  au 
lieu  d'en  recevoir,  et  que  les  sujets  de  premier  ordre  viendraient 
humblement  frapper  à  la  porte  des  directeurs,  sollicitant  la  faveur 
d'un  engagement.  Illusions  !  vaines  promesses  !  Au  lieu  de  cet  âge 
d'or,  que  voyons-nous?  Une  hausse  excessive  dans  les  prétentions  et 
les  traitements,  un  budget  toujours  trop  pesant,  des  talents  trop 
rares!...  Le  bon  Gossec  se  trompait  donc?....  Non  pas;  mais  lors- 
qu'avec  son  ami  Sarrette  il  concevait  le  plan  du  Conservatoire,  il  ne 
l'instituait  que  pour  Paris,  pour  la  France  ;  car  alors,  sauf  quelques 
villes  de  Flandre  et  d'Allemagne,  dans  quel  coin  de  l'univers  aurait-on 
voulu  d'un  chanteur  français?  Aujourd'hui  quelle  différence!  Le 
chanteur  français  est  recherché  partout,  dans  le  nouveau  monde 
comme  dans  l'ancien,  en  Angleterre  comme  en  Espagne,  et  même  en 
Italie,  Yalma  parens  des  chanteurs  et  de  la  musique  !  Et  d'où  vient 
cet  étrange  revirement  dans  la  condition  de  nos  artistes?  A  quelle 
cause  l'attribuer,  sinon  à  l'existence  même  de  ce  Conservatoire  où 
ils  se  forment  presque  tous,  à  l'éducation  qu'ils  y  reçoivent  et  qui  les 
met  en  état  de  se  présenter  partout.  Le  Conservatoire  a  donc  large- 
ment contribué  aux  progrès  de  l'art  du  chant  en  France,  quoique  la 
tradition  critique  affirme  toujours  avec  le  même  aplomb  qu'on  y  en- 
seigne fort  mal  à  chanter. 

Ouvrez  le  livre  de  M.  Lassabathie,  parcourez  ces  listes  volumi- 
neuses qu'il  a  soigneusement  recueillies;  voyez  y  revivre  et  s'agiter 
toutes  ces  générations  d'élèves  qui  se  sont  succédé  pendant  tant  d'an- 
nées, se  passant  les  uns  aux  a.itres  le  flambeau  de  l'étude,  l'étincelle 
du  talent  !  Lisez  ces  règlements,  ces  comptes  rendus,  ces  discours  où 
la  parole  s'appuie  sur  le  fait,  vous  ne  douterez  plus  que  malgré  ses 
défauts,  ses  erreurs,  malgré  ses  veines  bonnes  ou  mauvaises,  où  la  na- 
ture lui  vient  plus  ou  moins  en  aide,  le  Conservatoire  ne  serve  à 
quelque  chose,  et  que  si  toute  la  gloire  de  Sarrette  consiste  à  l'avoir 
fondé,  de  sa  direction  aussi  rejaillissent  quelques  rayons  sur  les  fronts 
lumineux  de  Cherubini  et  d'Auber. 

Paul  SMITH. 


THÉÂTRE  LYRIQUE. 

RÉOUVERTURE 

Urîspîi»  rival  de  son  maître,  comédie  de  Lesage,  arrangée 
par  M***,  mise  en   musique  par  M.  Sellenick.  —  I/Anfoeirge 

tïem  Ardeiianes ,  opéra-bouffon  en  deux  actes ,  paroles  de 
MM.  Michel  Carré  et  Jules  Barbier,  musique  de.  M.  Aristide 
Hignard.  —  Reprise  des  ESrngom»  elle  WiBîan-s. 

Crispin  rival  de  son  maître  est  une  si  vieille  comédie,  on  l'a  tant 
jouée,  elle  a  si  peu  quitté  le  répertoire  du  Théâtre-Français,  qu'il 
nous  semble  absolument  superflu  d'en  faire  ici  l'analyse. 

Nous  nous  permettrons  seulement  d'examiner  si  c'était  un  ouvrage 
auquel  la  musique  pût  s'adapter  facilement  et  avec  succès,  comme 
il  est  arrivé  pour  le  Barbier  de  Séville,  le  Mariage  de  Figaro,  le 
Mariage  secret,  etc. 

Crispin.  rival,  est  une  comédie  d'intrigue  comme  le  Barbier.  Et 
même  Crispin  commence  au  théâtre  Lyrique,  comme  le  Barbier  au 
théâtre  Italien,  par  une  aubade  qu'un  amant  donne  à  sa  maîtresse. 
Ici  et  là  vous  voyez  au  lever  du  rideau  le  soupirant  en  manteau  cou- 
leur de  muraille  et  la  guitare  à  la  main ,  précédé  ou  suivi  d'un 
choeur  de  musiciens  enrôlés  pour  l'accompagner.  Valère  exhale  en 
mélodies  son  amoureuse  flamme  sous  les  fenêtres  de  sa  belle,  comme 
le  comte  Almaviva.  Valère  compte  sur  les  services  de  Crispin,  comme 
Almaviva  sur  ceux  de  Figaro.  Mais  la  ressemblance  s'arrête  là.  Cris- 
pin, au  lieu  de  servir  son  maître,  imagine  de  travailler  pour  lui- 
même,  sans  avoir  un  autre  but  que  celui  de  s'emparer  de  la  dot,  et 
de  disparaître  immédiatement.  L'intrigue,  une  fois  engagée  dans 
cette  voie,  n'en  sort  plus,  et  la  question  qui  se  débat  pendant  toute 
la  pièce  est  de  savoir  si  le  bonhomme  Oronte  perdra  ou  ne  perdra 
pas  ses  vingt  mille  écus.  Cela  est  bien  peu  musical.  La  musique  est 
faite  pour  exprimer  les  passions  nobles  et  désintéressées,  pour  pein- 
dre les  mouvements  du  cœur.  Les  bons  opéras  sont  ceux  qui  nous 
font  oublier  les  préoccupations  matérielles  de  la  vie,  qui  nous  trans- 
portent loin  du  inonde  réel,  dans  le  pays  de  l'idéal  et  de  la  fantaisie. 
On  peut  rire  un  instant  des  ruses  et  de  l'impudence  d'un  valet  fripon 
qui  s'efforce  de  dépouiller  un  vieillard  imbécile,  mais  il  n'inspire 
aucun  intérêt  ;  il  ne  peut  faire  naître  aucune  émotion  ;  il  ne  dit  rien 
au  cœur,  et  c'est  au  cœur  seulement  que  la  musique  s'adresse. 

Si  on  eût  donné  un  peu  plus  de  place  à  la  passion  de  Valère,  à 
la  tendresse  d'Angélique,  à  leurs  espérances,  à  leurs  craintes,  à  leur 
douleur,  quand  ils  ont  lieu  de  croire  qu'ils  vont  être  séparés  pour 
toujours,  il  y  aurait  eu  là  de  quoi  inspirer  un  musicien.  L'expression 
de  ces  passions  opposées  lui  aurait  permis  de  varier  ses  couleurs, 
de  multiplier  les  contrastes,  d'attaquer  dans  l'âme  du  spectateur  des 
cordes  qu'on  y  trouve  toujours  et  qui  ne  demandent  qu'à  vibrer. 
Mais  Crispin  et  son  complice  Labranche  sont  continuellement  sur  le 
premier  plan,  et  l'on  finit  par  être  bien  las  de  les  y  voir.  Il  vient 
un  moment  où  l'on  trouve  la  pièce  trop  longue,  où  l'on  éprouve  le 
désir,  nous  avons  presque  dit  le  besoin  de  la  voir  finir.  Si  on  l'ar- 
rêtait immédiatement  avant  ce  moment-là,  on  lui  assurerait  de  nom- 
breuses représentations  qu'elle  n'aura  probablement  pas  si  elle  reste 
comme  elle  est. 

Pour  cela  il  faudrait  avant  tout  la  remettre  en  un  acte.  Lesage 
avait  parfaitement  compris  qu'un  pareil  sujet  ne  devait  point  rester 
trop  longtemps  sous  les  yeux  du  spectateur,  et  surtout  qu'on  ne  de- 
vait pas  le  lui  présenter  deux  fois.  Où  était  la  nécessité  de  couper 
en  deux  et  de  séparer  par  un  entr'acte  une  suite  de  scènes  si  bien 
liées  l'une  à  l'autre  qui  doivent  courir  vers  le  dénoûment  et  n'y  sau- 
raient arriver  trop  tôt  ? 

L'auteur  de  la  musique,  M.  Sellenick,  est,  dit-on,  chef  de  musique 


316 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


dans  un  de  nos  vaillants  régiments.  Il  n'y  paraît  guère  dans  sa  par- 
tion.  ...  —  à  moins  toutefois  qu'on  ne  doive  attribuer  à  sa  position 
le  soin  qu'il  a  eu  d'éviter  le  bruit,  les  effets  de  force,  les  éclats  de 
trompette  et  de  trombone,  ainsi  que  le  cachet  gracieux  et  sentimen- 
tal qu'il  a  imprimé  au  rôle  de  Valère.  S'il  a  voulu  en  effet  surprendre 
son  monde  et  tromper  l'attente  du  public,  il  ne  pouvait  pas  mieux 
s'y  prendre,  et  il  a  parfaitement  réussi.  Son  orchestre  est  générale- 
ment très-doux  et  peu  chargé  de  détails.  Le  quatuor  en  est  toujours 
la  partie  principale  et  les  instruments  à  vent  n'y  jouent  qu'un  rôle 
épisodique.  On  y  remarque  pourtant  çà  et  là  quelques  détails  assez 
piquants.  Il  y  a  au  commencement  de  l'ouverture  un  solo  de  clari- 
nette d'nn  style  élégant  et  noble, —  un  peu  trop  majestueux  peut-êlre 
pour  la  circonstance.  La  seconde  partie  —  allegro  à  deux  temps  — 
renferme  quelques  phrases  assez  heureusement  tournées,  mais  rap- 
pelle trop  à  certains  moments  le  refrain  populaire  :  La  bonne  aven- 
ture, 6  gail 

Le  premier  chœur  (l'aubade)  se  chante  sotto  voce  et  quasi  sans 
accompagnement  ;  il  est  plein  de  grâce  et  d'harmonie,  et  révèle 
parmi  les  exécutants  de  charmantes  voix  de  ténor.  11  faut  louer  ce 
morceau  sans  réserve.  Les  couplets  de  Valère,  auxquels  ce  chœur 
serf  pour  ainsi  dire  de  cadre,  sont  fort  gracieux  aussi  ;  ils  ont  cet 
air  noble,  (/niant  et  doux  que  Trissotin  attribue  aux  odes  de  Vadius. 

L'air  bouffe  de  Crispin  a  du  mouvement  et  ne  manque  pas  de  gaieté. 
Il  y  a  au  milieu  un  passage  très-chantant  et  d'un  tour  agréable.  Nous 
devons  signaler  aussi,  dans  le  duo  entre  Crispin  et  son  ami  Labranche, 
la  phrase  : 

Esprit  d'audace, 
Souplesse  et  grâce,  etc  , 

phrase  bien  dessinée,  bien  rhythmée,  et  qui  a  beaucoup  de  caractère. 
Elle  gagnerait  à  être  chantée  sans  affectation.  On  n'est  guère  plaisant 
lorsque  l'on  fait  tant  d'efforts  pour  l'être. 

Le  premier  acte  finit  par  un  petit  bout  de  sextuor  qui  a  bien  peu 
de  valeur,  à  notre  avis.  Ni  l'idée  mélodique,  si  tant  est  qu'il  y  en  ait 
une,  ni  l'harmonie,  ni  les  dispositions  vocales,  ni  l'accompagnement 
instrumental,  ne  méritent  qu'on  s'y  arrête.  Passons  donc  au  second 
acte.  Nous  y  trouverons  d'abord  un  trio  entre  Lisette,  Angélique  et 
Valère,  où  ce  dernier  personnage  chante  une  mélodie  assez  gracieuse  : 
Lisette,  on  nous  sépare,  etc.  C'est  un  élégant  solo,  encadré  dans  un 
trio  fort  médiocre.  L'auteur  ne  paraît  pas  avoir  suffisamment  étudié 
l'art  de  faire  manœuvrer  les  voix,  de  tirer  parti  de  leur  réunion,  de 
développer  un  long  morceau,  de  conduire  un  dialogue  musical.  Il  a  eu 
plus  de  succès  dans  le  petit  air  de  Lisette  : 

Tromper  une  fillette, 

Se  jouer  des  parents,  etc. 

Le  style  de  ce  morceau  n'est  peut-être  pas  très-naturel  ;  mais  il  a 
de  l'originalité,  une  allure  décidée,  je  ne  sais  quoi  de  piquant  et  d'in- 
cisif qui  lui  ont  valu  les  applaudissements  de  la  salle  entière  et  les 
honneurs  du  bis.  Ajoutons  ici,  entre  parenthèses,  un  fait  dont  M.  Réty, 
le  nouveau  directeur,  ne  saurait  être  trop  loué.  C'est  que  messieurs  les 
claqueurs  ont  fonctionné,  à  cette  représentation,  avec  une  réserve 
singulière,  et  qu'ils  n'ont  point  paru  une  seule  fois  vouloir  imposer  au 
public  leur  admiration.  M.  Sellenick  a  donc  obtenu  cette  fois  des 
applaudissements  spontanés,  sincères,  et  un  succès  véritable.  Cela  est 
rare,  aujourd'hui  et  méritait  bien  d'être  constaté. 

Nous  ne  dirons  rien  du  trio  entre  Oronte  et  les  deux  valets.  Le 
duo  qui  suit  contient  du  moins  un  assez  joli  passage  sur  ces  paroles 
grotesques  : 

Avec  l'argent  tout  est  salubre, 

Mais  tans  argent  tout  est  lugubre. 

La  mélodie  à  trois  temps  que  l'auteur  a  mise  là  est  nette,  bien 
rhythmée,  et  les  deux  voix  marchent  l'une  à  coté  de  l'autre  avec 
beaucoup  d'aisance.  Ce  n'est  pas  la   faute   de  l'auteur  si  M.  Balanqué 


exécute  sa  partie  un  peu  lourdement.  —  Parlerons-nous  "du  dernier 
air  de  Valère?  Il  est  si  petit,  si  petit,  que  nous  avons  bien  de  la 
peine  à  le  retrouver  dans  nos  souvenirs.  Il  nous  semble  que  cette 
fois  M.  Sellenick  a  poussé  le  goût  de  la  simplicité  jusqu'à  l'excès,  jus- 
qu'à l'affectation. 

Son  second  finale  ne  vaut  guère  mieux  que  le  premier,  quoiqu'il 
soit  développé  beaucoup  plus  largement.  A  cet  égard,  M.  Sellenick  a 
besoin  d'étudier  encore  et  de  s'exercer.  Mais  son  instrumentation, 
—  si  elle  n'a  pas  beaucoup  d'éclat  —  est  raisonnable  et  suffisante,  et 
il  y  a  de  l'aisance,  de  la  souplesse,  quelquefois'  même  de  l'élégance 
dans  sa  mélodie. 

Fromant  chante  la  partie  de  Crispin  avec  une  voix  fraîche  et  un 
timbre  flatteur  qui  conviendraient  mieux  à  un  rôle  d'amoureux  qu'à 
un  rôle  de  valet  fripon.  Mlle  Faivre  joue  avec  une  verve  piquante  celui 
de  la  soubrette,  qui  va  si  bien  à  son  œil  vif  et  à  son  petit  nez  re- 
troussé. Nous  avons  dit  tout  à  l'heure  quel  succès  elle  obtient  dans 
ses  couplets  :  une  bonne  part  de  ce  succès  lui  appartient. 

Le  rôle  d'Angélique  est  rempli  par  Mlle  Durand,  nouvelle  recrue, 
dont  le  talent  n'est  pas  encore  parvenu  à  sa  maturité.  M.  Wartel  fait 
de  grands  progrès  comme  acteur.  Il  joue  avec  naturel  et  bonhomie 
le  rôle  d'Oronte,  et  avec  une  certaine  originalité  celui  du  père  Richard 
dans  Y  Auberge  des  Ardennes,  à  laquelle  il  est  bien  temps  que  nous 
arrivions. 

Cette  auberge  des  Ardennes  inspire  d'étranges  terreurs  à  un  pauvre 
diable  d'huissier  que  l'orage  force  à  y  prendre  gîte,  et  qui  a  peut- 
être  vu  jouer  à  Mouzon,  sa  ville  natale,  V Auberge  des  Adrets  par 
quelque  troupe  ambulante.  M.  Julien,  le  fils  de  la  maison,  dent  son 
arrivée  malencontreuse  a  troublé  la  première  nuit  conjugale,  exploite, 
pour  se  venger,  sa  poltronnerie,  et  lui  fait  croire  qu'il  est  tombé 
dans  un  coupe-gorge.  Vous  devinez  le  reste,  ami  lecteur,  sans  qu'on 
vous  importune  des  détails.  M.  Aristide  Hignard  a  brodé  sur  ce  ca- 
nevas une  petite  partition  où  nous  avons  principalement  remarqué  un 
air  bouffe  : 

Ah  !  quel  doux  espoir  ! 
Je  dors  comme  un  loir," 

où  il  y  a  de  la  gaieté,  de  la  verve,  et  bon  nombre  de  facéties  musicales 
qui  n'ont  rien  d'affecté.  C'est  une  qualité  assez  rare  dans  la  musique 
française.  La  chanson  : 

Lisette  est  une  bonne  fille, 
mérite  également  une  mention.  Claudine,  pour  effrayer  l'huissier, 
chante  la  chanson  de  Lisette  sur  Pair  du  brigand.  Les  paroles  et  la 
musique  forment  un  assez  plaisant  contraste.  Nous  n'avons  guère  pu 
juger  les  morceaux  que  chante  Julien,  le  rôle  ayant  été  donné  à  un 
jeune  ténor  que  la  peur  avait  pris  à  la  gorge.  Il  ne  savait  ce  qu'il 
faisait,  ni  ce  qu'il  chantait,  d'où  il  est  résulté  que  nous  ne  savons  pas 
ce  que  nous  avons  entendu.  M.  Girardot  a  l'esprit  fin,  la  physionomie 
originale  et  la  frayeur  comique  :  il  est  très-amusant  dans  le  rôle  de 
l'huissier  terrifié  et  mystifié.  La  pièce  fait  donc  rire,  et  c'est  tout  ce 
qu'on  peut  lui  demander. 

Quelques  jours  après  la  réouverture,  le  théâtre  Lyrique  a  eu  la 
bonne  pensée  de  reprendre  les  Dragons  de  Villars,  qui  obtinrent  un 
si  brillant  succès  il  y  a  quelques  années.  Ce  succès  s'est  reproduit 
partout  où  l'on  a  joué  la  pièce,  soit  en  France,  soit  à  l'étranger.  C'est 
qu'il  y  a  là  tout  ce  qui  fait  réussir  les  partitions  :  une  mélodie  abon- 
dante, des  effets  harmoniques  souvent  remarquables,  une  instrumen- 
tation très-soignée,  originale,  riche,  haute  en  couleur.  On  a  revu  cet 
excellent  ouvrage  avec  un  plaisir  extrême.  Le  chœur  des  dragons, 
celui  des  huguenots  fugitifs,  les  couplets  de  l'ermite,  ou  plutôt  sur 
l'ermite,  qui  sonne  et  résonne,  le  duo  du  maréchal  des  logis  avec 
Rose  Friquet,  le  trio  de  ces  deux  personnages  avec  la  fermière,  le 
duo  de  Rose  avec  Sylvain,  et  tant  d'autres  morceaux  que  nous  pour- 
rions citer,  ont  été  applaudis  avec  un  entrain  peu  ordinaire.  La  musi- 


DE  PARIS. 


317 


que  de  M.  Aimé  Maillart  a  obtenu  la  consécration  du  temps  :  elle 
dure  ;  cela  n'a  jamais  été  commun,  et  devient  plus  rare  de  jour  en 
jour. 

Mlle  Rosiez,  qui  a  remplacé  Mlle  Borghèse  dans  le  rôle  de  Rose 
Friquet,  n'a  pas  toute  la  vigueur,  tout  le  moulant,  toute  l'originalité 
de  sa  devancière  ;  mais  elle  a  de  la  finesse,  de  la  grâce  et  une  voix 
très-agréable,  quand  la  phrase  musicale  ne  descend  pas  trop  bas.  Elle 
a  aussi  de  l'expression,  delà  passion,  —  une  passion  délicate  et  con- 
tenue,—  qui  a  eu  beaucoup  de  succès,  au  second  acte,  dans  le  duo 
entre  Sylvain  et  Rose  Friquet.  Mlle  Girard  est  dans  le  rôle  de  la  fer- 
mière ce  qu'elle  est  partout,  une  actrice  qui  pétille  d'esprit,  une  can- 
tatrice d'une  habileté  peu  ordinaire.  M.  Cœuille  a  une  voix  délicieuse, 
et  chante,  en  vérité,  fort  bien.  Comme  acteur,  il  a  encore  quelque  chose 
à  faire.  Il  prononce  très-bien  en  chantant,  et  assez  mal  en  parlant: 
cela  n'est-il  pas  bizarre  ?  M.  Grillon  a  la  voix  charmante  aussi,  et 
chante  fort  bien,  mais  il  n'est  pas  encore  assez  franchement  mauvais 
sujet.  On  dirait  parfois  qu'il  lui  reste  des  scrupules.  Des  scrupules  à 
un  dragon  !  fi  donc  ! 

Quant  à  M.  Girardot,  il  n'y  a  que  des  compliments  à  lui  faire. 

Léon  DUROCHER. 


REVUE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  Débuts  de  Guichard  dans  Britannicus  et  dans 
Horace  et  Lydie;  débuts  de  Mlle  Ponsin  dans  l'Ecole  des  vieillards. 
— [Odéon  :  réouverture,  le  Parasite,  comédie  en  un  acte  et  en  vers, 
par  M.  Edouard  Pailleron  ;  les  Mariages  d'amour,  comédie  en  cinq 
actes  et  en  prose,  par  M.  Ernest  Dubreuil.  —  Gymnase  :  la  Folle 
du  logis,  comédie  en  quatre  actes,  par  M.  Latour  Saint-Ybars  ;  re- 
prise de  Si  jeunesse  savait  !  vaudeville  de  M.  Mellesvill.e. —  Vaude- 
ville :  reprise  des  Mères  repenties,  drame  en  quatre  actes,  par 
M.  Mallelille.  —  Gaitê  :  reprise  du  Fils  du  Diable,  drame  en  cinq 
actes  et  onze  tableaux,  par  MM.  Paul  Féval  et  Saint- Yves. 

Les  théâtres  se  réveillent  enfin,  et  sortent  de  leur  longue  torpeur. 
Voici  l'époque  des  réouvertures  ;  les  provisions  d'hiver  sont  faites  ;  on 
les  signale  à  l'horizon;  quelques  ballons  d'essai  sont  déjà  lancés; 
viennent  les  soirées  d'automne,  et  les  affiches,  entièrement  renouve- 
lées, offriront  un  menu  aussi  varié  qu'appétissant. 

En  attendant  les  pièces  de  résistance,  la  Comédie  française  procède 
à  ses  débuts  annuels.  Guichard,  qui  a  fait  ses  premières  armes  à  l'Am- 
bigu en  1847,  et  qui  depuis  s'est  distingué  à  l'Odéon,  n'a  pas  craint 
d'aborder  le  fameux  rôle  de  Néron,  dont  le  souvenir  de  Talma  est 
devenu  inséparable.  Heureusement  pour  Guichard  que  la  génération 
actuelle  n'est  pas  a  même  de  comparer.  Malgré  le  discrédit  où  la  tra- 
gédie est  tombée  depuis  la  mort  de  Mlle  Rachel,  il  a  plus  d'une  fois 
arraché  les  applaudissements  des  connaisseurs,  notamment  dans  l'ad- 
mirable scène  de  l'altercation  avec  Agrippine,  qui  avait  Mme  Guyon 
pour  interprète. 

Pour  son  deuxième  début,  Guichard  a  joué  le  rôle  d'Horace  dans  la 
charmante  comédie  inspirée  à  M.  Ponsard  par  le  Donec  gratus  erim 
du  poëte.  Cette  épreuve  lui  a  été  plus  favorable  encore  que  la  pre- 
mière, et  nous  fait  supposer  que  le  Théâtre-Français  s'attachera  d'une 
manière  définitive  ce  jeune  comédien,  intelligent  et  consciencieux. 

Le  rôle  d'Hortense,  créé  par  Mlle  Mars  dans  V Ecole  des  vieillards, 
nous  a  montré  aussi,  sous  un  jour  des  plus  avantageux,  une  jeune  et 
jolie  débutante,  Mlle  Ponsin,  qui  a  sa  place  marquée  auprès  de 
Mlle  Plessy  et  de  Mlle  Madeleine  Brohan. 

—  Fidèle  à  sa  promesse,  l'Odéon  a  fait  sa  réouverture  le  1er  sep- 
tembre, avec  deux  pièces  nouvelles.  L'une  est  en  vers,  et  s'appelle 
le  Parasite  ;  l'autre  est  en  prose,  et  se  nomme  les  Mariages  d'amour. 

Du  combien  d'études  antiques  la  Ciguë  de  M.  Emile  Augier  n'a-t- 
elle  pas  été  le  modèle  et  le  prétexte!  Autrefois,  tout  rhétoricien   qui 


aspirait  aux  honneurs  de  la  scène  rimait  sa  tragédie  classique  sur 
les  bancs  du  collège  ;  maintenant  c'est  une  étude  grecque  ou  latine 
qui  a  remplacé  la  tragédie.  Un  acte  au  lieu  de  cinq,  et  un  thème  tout 
préparé  par  les  travaux  de  chaque  jour,  il  est  clair  qu'il  y  a  bénéfice 
pour  les  lycéens.  Aussi,  que  de  moutons  de  Panurge  !  Donc,  l'auteur 
du  Parasite,  M.  Edouard  Pailleron,  est  un  tout  jeune  homme  qui 
jette,  comme  tant  d'autres,  sa  gourme  classique.  Mais,  de  plus  que 
d'autres,  il  entre  en  lice  avec  de  louables  dispositions  qu'il  ne  tiendra 
qu'à  lui  de  transformer  en  un  talent  réel.  -Son  vers  est  concis,  bien 
frappé,  tel  qu'il  doit  être  dans  une  comédie  grecque  ;  à  part  quelques 
vulgarités,  l'esprit  n'y  manque  pas,  et,  il  faut  bien  le  dire,  le  sujet 
est  hardi  pour  un  adolescent.  Myrrhine  attend  son  mari  qui  a  disparu 
le  jour  même  de  ses  noces,  et  refuse  d'écouter  les  consolations  d'un 
galant  qu'elle  ne  peut  épouser.  Par  jalousie,  une  jeune  esclave  per- 
suade à  un  parasite  du  nom  d'Eaque  de  venir  jouer  auprès  de  Myrr- 
hine le  rôle  de  l'époux  voyageur.  Avons-nous  besoin  d'insister  sur 
la  situation  graveleuse  à  laquelle  donne  lieu  l'exécution  de  cette  ruse? 
Il  est  vrai  que  les  convenances  sont  sauvées  par  la  nouvelle  de  la 
mort  de  son  mari,  et  par  le  mariage  de  Myrrhine  avec  son  pré- 
tendant. 

Que  de  choses  dans  ce  titre  :  les  Mariages  d'amour  !  non  qu'il  offre 
à  l'imagination  un  champ  bien  neuf  et  tout  à  fait  inexploité,  mais  il 
est  assez  vaste  pour  qu'après  la  moisson,  on  y  trouve  à  glaner  long- 
temps encore.  M.  Ernest  Dubreuil  a-t-il  eu  cette  bonne  fortune?  c'est 
ce  qu'il  reste  à  savoir.  Deux  frères  sont  eu  présence,  guidés  tous 
deux, dans  leurs  projets  d'union,  par  un  rare  désintéressement.  L'un, 
Georges,  le  peintre,  épouse  une  jeune  fille  pauvre,  mais  non  sans 
s'assurer  qu'elle  est  digne  de  lui:  il  est  heureux.  L'autre,  Henri,  le 
médecin,  entre,  les  yeux  fermés,  dans  une  famille  dont  la  position 
apparente  offre  tontes  les  garanties  désirables.  Mais  à  peine  marié,  il 
s'aperçoit  que  sa  belle-mère  a  spéculé  sur  l'amour  que  lui  a  inspiré 
sa  fille,  pour  supposer  une  dot  qui  n'existe  pas.  Le  drame  résulte 
des  roueries  odieuses  de  cette  belle-mère,  et  de  l'indignation  bien 
naturelle  du  gendre  désillusionné.  La  leçon  est  vraie,  mais  répulsive; 
elle  est  d'ailleurs  sans  dénoûment  possible.  Tous  les  replâtrages  du 
monde  ne  feront  pas  qu'Henri  n'ait  été  trompé  dans  ses  espérances 
et  que  son  âme  n'en  garde  une  amertume  qui  rejaillira  tôt  au  lard 
sur  son  bonheur  conjugal.  Les  développements  de  la  pièce  de 
M.  Dubreuil  se  ressentent  de  ce  vice  d'origine  ;  il  y  règne  un  certain 
embarras  qui  a  failli  plus  d'une  fois  en  compromettre  le  succès.  Si  du 
moins,  la  vigueur  et  l'originalité  du  pinceau  déguisaient  la  mauvaise 
disposition  du  dessin  !  Par  malheur,  le  tableau  ne  brille  pas  par  le 
coloris,  et  la  seule  figure  qui  s'en  détache,  celle  de  la  belle-mère, 
n'est  pas  faite  pour  lui  gagner  beaucoup  de  sympathie.  M.  Ernest 
Dubreuil  n'en  est  plus  à  ses  débuts  en  littérature,  mais  il  est  assez 
jeune  pour  se  corriger  de  ses  défauts. 

—  A  l'exemple  de  M.  Ponsard,  voici  un  autre  poëte,  l'auteur  de 
Virginie  et  du  Vieux  de  la  Montagne,  M.  Latour  Saint-Ybars,  puis- 
qu'il faut  le  nommer,  qui  déserte  à  son  tour  les  hautes  cimes  de  l'art 
pour  s'abattre  sur  le  sol  prosaïque  des  théâtres  de  genre.  C'est  au 
Gymnase  qu'il  est  allé  demander  asile  pour  sa  Folle  du  logis,  une 
jeune  fille  qui  n'a  rien  de  commun,  ainsi  qu'on  pourrait  le  croire, 
avec  cette  autre  folle  du  logis  qu'on  appelle  l'imagination.  Mlle  Mar- 
celine est,  dans  toute  l'acception  du  terme,  une  franche  étourdie 
dont  la  tête  tourne  à  tous  les  vents.  On  se  ferait  difficilement  une 
idée  de  tous  ses  caprices,  de  toutes  ses  tyrannies  devant  lesquels  cha- 
cun s'incline.  A  la  veille  de  se  marier  avec  un  brave  garçon  plein 
de  raison  et  de  droiture,  elle  refuse  tout  à  coup  de  signer  le  contrat, 
parce  qu'elle  a  entrevu  dans  la  foret  de  Saint-Germain  un  jeune 
gandin  qui  l'a  préservée,  en  passant,  d'une  chute  de  cheval.  L'amou- 
reux éconduit  provoque  son  rival;  mais  dès  les  premiers  mots  il  re- 
connaît à  qui  il  a  affaire  ;  au  lieu  de  se  batire  avec  lui,  il  paie  ses 
dettes  et  lui  cède  sa  place  auprès  de  Marceline.  Effectivement  celle-ci 


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RE VLE  F.T  GAZETTE  MUSICALE 


ne  larde  pas  à  découvrir  la  nullité  de  son  sauveur  et  elle  est  trop 
heureuse  de  revenir  à  son  premier  fiancé.  C'est  fort  bien;  décidé- 
ment les  voilà  mari  et  femme  ;  mais  qui  nous  garantit  que  la  folle  du 
logis  ne  sera  pas  un  peu  folle  dans  son  ménage  ?  Le  passé  de  Mar- 
celine est  si  peu  rassurant  !  Tant  il  est  vrai  que  l'avis  rara  du  théâtre, 
c'est  un  bon  dénoûment.  Pourquoi  aussi  M.  Latour  Sainl-Ybars  a-t-il 
fait  infidélité  à  la  poésie  ?  Ce  n'est  certes  pas  par  impuissance  ;  nous 
n'en  voulons  pour  preuve  que  les  beaux  vers  lus  le  même  soir  que 
sa  pièce  au  Cymnase  par  Pierre  lierton  pour  appeler  la  pitié  des 
spectateurs  sur  les  victimes  du  Liban. 

Ce  môme  théâtre  a  repris  un  très-agréable  vaudeville  de  M.  Mé- 
lesville,  intitulé  Si  jeunesse  savait!  Le  rôle  de  Richelieu,  créé  par 
Derval  au  Palais-Royal,  est  toujours  tenu  par  cet  acteur,  qui  y  re- 
trouve son  succès  d'autrefois. 

—  En  fait  de  reprises  importantes,  signalons  celle  des  Mères  repen- 
ties, un  drame  de  M.  Mallefille,  qui  vient  de  paraître  au  Vaudeville, 
avec  Mme  Marie  Laurent,  et  celle  du  Fils  du  Diable,  un  drame  de 
l'Ambigu,  interprété  d'une  manière  très-remarquable  par  Dumaine,  à 
la  Gaîté,  et  dont  nous  ferions  peut-être  l'éloge  si,  à  côté  du  nom  de 
M.  Paul  Féval,  ne  figurait  pas  le  nom  qu'on  lit  au  bas  de  cette 
revue. 

D.  A.   D.  SAINT-YVES. 


EOPELLES. 

a**  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  a  donné  lundi  les  Huguenots ,  mer- 
credi Srmiramis  et  vendredi  les  Elfes  avec  le  Comte  Ory. 

„'%  C'est  vendredi  14  ou  lundi  17  que  sera  joué  le  Prophète  pour  la 
rentrée  de  Mme  Tedesco  dans  le  rôle  de  Fidès. 

t*t  Le  ballet  de  .Mlle  Taglioni  se  répète  activement;  on  espère  qu'il 
sera  prêt  pour  le  15  octobre. 

„,**  Au  théâtre  de  l'Opéra-Comique  Montaubry  est  rentré  cette  se- 
maine par  Fra  Diavolo  qui  avait  attiré  beaucoup  de  monde.  On  sait 
avec  quel  talent  réminent  artiste  interprète  le  rôle  principal  du  chef- 
d'œuvre  d'Auber.  Il  a  chanté  surtout  avec  une  perfection  inimitable  la 
barcarole  du  deuxième  acte,  et  la  salle  entière  a  éclaté  en  applaudis- 
sements. Mme  Faure-Lefèbre,  délicieuse  Zerline,  et  Berthelier,  d'un 
comique  parfait  dans  l'Anglais,  ont  vaillamment  contribué  au  succès. 

„*»  Deux  bonnes  nouvelles:  Montaubry  va  prendre  dans  le  Petit  cha- 
jeroti  rouge  le  rôle  de  Rodolphe  qui  lui  avait  été  destiné  d'abord,  et 
celui  de  Georges  dans  la  Dame  blanche,  remontée  à  cet  effet  avec  des 
décors  neufs.  Mlle  Marimon  chantera  le  rôle  d'Anna,  et  M.  Mocker  celui 
de  Dickson. 

„,%  Le  départ  du  premier  ténor  de  l'Cpéra-Comique  avait  interrompu 
les  représentations  du  Roman  d'Eloire  ;  la  charmante  partition  d'Ambroise 
Thomas  reprend  aujourd'hui  sa  place  sur  l'affiche  du  théâtre  de  1  "Opéra- 
Comique,  et  les  amateurs  pourront  de  nouveau  applaudir  Mile  Monrose 
dans  le  rôle  de  la  marquise  qu'elle  a  créé  avec  tant  de  talent. 

»*„  Le  directeur  du  théâtre  de  l'Opéra-Comique  a  reçu  Maître  Claude, 
un  acte  de  M.  de  Saint-Georges,  musique  de  J.  Cohen. 

,,*„  Le  théâtre  des  Bouffes-Parisiens  a  fait  hier  sa  réouverture  par 
Orphée  aux  enfers  avec  l'élite  de  la  troupe. 

:t*.t  Le  temps  a  été  assez  beau  lundi  pour  que  le  concert  Musard  ait 
pu  donner  sa  soirée  au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie.  Il  y  avait  beau- 
coup de  monde  et  la  recette  a  été  bonne. 

***  Meyerbeer,  qui  a  passé  quelques  jours  à  Paris,  se  rendant  aux  bains 
de  mer,  part  aujourd'hui. 

„,%  La  semaine  dernière  a  eu  lieu  â  Blois,  dans  la  salle  des  Etats,  le 
concert  organisé  par  la  direction  du  Figaro  au  profit  des  pauvres  de  la 
localité  Une  réunion  des  plus  célèbres  artistes  avait  été  convoquée  pour 
cette  bonne  œuvre,  et  ils  se  sont  empressés  de  se  rendre  à  l'appel  de 
M.  de  Villemessant.  Une  représentation  de  Galathée,  autorisée  par  le 
directeur  de  l'Opéra-Comique,  précédait  le  concert.  Mmes  Uugalde  et 
Wertheimber,  MM.  Poncliard  et  Sainte-Foy  ont  interprété  l'œuvre 
de.  Victor  Massé  avec  le  talent  qu'on  leur  connaît,  et  nous  devons 
ajouter  qu'ils  se  sont  surpassés.  Le  programme  du  concert  était  fort 
riche  :  le  duo  de  Moïse,  chanté  par  Tamberlick  et  Faure;  le  boléro  des 
Vêpres  siciliennes,  par  Mlle  Battu;  l'évocation  des  nonnes  de  Robert  le 
Diable,  par  Levasseur  ;  des  chansonnettes,  par  Sainte-Foy  ;  pour  la 
deuxième   partie,  l'air  du  Chalet,  par   Faure;  le  rondeau  de   la   Ccne- 


rentola,  par  Mlle  Battu;  l'air  de  Jérusalem,  par  Tamberlick;  la  Com- 
plainte de  Cil  Blas,  par  Mme  Ugalde,  et  le  trio  de  Guillaume  Tell,  par 
Tamberlick,  Faure  et  Levasseur;  enfin  le  Sylphe,  fantaisie  jouée  sur 
le  violoncelle  par.J.  Offenbach.  L'énumération  de  ces  morceaux  et  les 
noms  des  artistes  qui  les  chantaient  rendent  tout  commentaire  inutile; 
disons  seulement  qu'à  la  fin  du  concert  tous  ont  été  rappelés  par  une 
acclamation  unanime  qui  témoignait  assez  de  l'admiration  de  l'assis- 
tance, et  que  le  produit  du  concert  s'est  élevé  au  chiffre  significatif  de 
14,000  fr.! 

£\  Nous  avons  annoncé  le  grand  concert  religieux  et  historique  qui 
sera  donné  le  14  septembre  à  Boulogne-sur-Mer  au  profit  de  l'œuvre  de 
Notre-Dame,  sous  la  direction  de  M.  Ch.  Vervoitte,  maître  de  chapelle 
de  l'église  Saint-Iïoch  à  Pai  is.  Voici  les  noms  des  artistes  qui  ont  bien 
voulu  prêter  leur  concours  gratuit  à  cette  bonne  œuvre.  MM.  Bussine, 
Cazaut,  Quesne  et  Ilayet,  chanteurs  solistes  à  Saint-Koch  ;  MM.  Barthé- 
lémy, Boze,  Espaignet,  Van  Haute,  membres  de  "l'Académie  impériale  de 
musique;  Chardard,  directeur  de  l'Ecole  de  musique  de  Boulogne  ;  Ba- 
tiste, organiste  de  Saint-Eustache  ;  Sergent,  organiste  de  la  cathédrale 
de  Paris,  et  plusieurs  autres  artistes. 

t*#  Louis  Engel  a  fait  à  Bade  les  honneurs  de  l'orgue  Alexandre  à 
S.  A.  11.  Mme  la  princesse  de  Prusse.  Le  timbre  doux  et  mélodieux  de 
l'instrument,  les  sons  expressifs  que  le  célèbre  artiste  sait  en  lirer,  la 
perfection  de  son  exécution  et  les  nouveaux  effets  qu'il  en  a  obtenus 
ont  excité  au  plus  haut  point  l'intérêt  de  Son  Altesse  Royale,  qui  s'est 
fait  donner  des  explications  minutieuses  sur  la  soufflerie,  les  registres  et 
la  combinaison  des  jeux.  Avant  de  partir,  Son  Altesse  Boyale  a  daigné 
exprimer  dans  les  termes  les  plus  flatteurs  à  M.  Engel  tout  le  plaisir 
que  lui  avait  causé  cette  audition. 

t**  Roger  a  donné  trois  représentations,  à  Carlsruhe,  dans  le  cou- 
rant du  mois:  il  a  chanté  la  Dame  blanche,  les  Huguenots  et  le  Prophète. 
Dans  ce  dernier  opéra,  il  a  été  rappelé  sept  fois. 

**„  Le  Pardon  de  Ploè'rmel  sera  représenté  au  commencement  de  la 
saison  d'hiver  à  New-York.  Le  directeur  de  l'Académie  de  musique  de 
cette  ville,  M.  Ullmann.  a  engagé  à  cet  effet  une  des  premières  canta- 
trices de  l'Allemagne.  Elle  doit  créer  en  Amérique  le  rôle  de  Dinorah. 

**#  L'Institut  de -France  (académie  des  beaux-arts,  section  de  musi- 
que) vient  d'accorder  sa  haute  approbation  à  un  nouveau  travail  de 
M.  Stéphen  de  la  Madelaine,  intitulé  :  Leçon  écrite  sur  l'air  dTAnnette 
du  Freischiilz.  Ce  curieux  et  important  travail  est  extrait  d'un  ouvrage 
qui  va  paraître  sous  le  titre  de:  Eludes  pratiques  de  musique  vocale  pour 
faire  suite  aux  Théories  complètes  de  chant  du  même  auteur,  dont  la 
Revue  musicale  a  publié  les  premiers  chapitres  il  y  a  quelques  années. 

**„.  Nous  avions  annoncé  qu'à  l'arrivée  de  LL.  MM.  IL  à  Chambérj',  le 
Te  Deum  impérial  de  la  composition  de  M.Sain-d'Arod  serait  chanté  à  l'é- 
glise métropolitaine.  On  nous  communique  sur  cette  solennité  quelques 
détails  que  nous  nous  empressons  de  mettre  sous  les  yeux  de  nos  lec- 
teurs :  «  Les  chœurs  étaient  composés  de  plus  de  deux  cents  voix  choi- 
sies dans  les  écoles  de  la  ville,  de  la  Société  chorale  de  Chambéry  et 
d'une  Société  chorale  de  Lyon;  la  partie  instrumentale,  écrite  pour  un 
orchestre  de  symphonie  militaire,  était  confiée  à  la  belle  musique  du 
54°  d'infanterie,  à  laquelle  s'étaient  réunis  un  grand  nombre  de 
professeurs  et  d'amateurs  instrumentistes  venus  de  Lyon  et  qui  renfor- 
çaient de  la  façon  la  plus  heureuse  la  masse  des  exécutants.  Cazaut, 
l'excellente  basse  de  l'Opéra,  avait  été  mandé  de  Paris  pour  chanter  les 
soli  avec  M.  Peront,  lauréat  du  Conservatoire,  et  M.  Mermant,  premier 
ténor  du  grand  théâtre  de  Gand.  S.  M.  l'Impératrice  a  particulière- 
ment remarqué  la  beauté  de  cette  œuvre  et  la  perfection  avec  laquelle 
elle  a  été  exécutée.  Deux  jours  après,  M.  Sain-d'Arod  a  organisé  à 
Aix-les-Bains  un  très  beau  concert  où  se  trouvaient  réunis  Cazaut, 
MM.  Peront,  Mermant,  pour  la  partie  vocale,  Mme  Mancel,  M.  de  Croze, 
Arnstein,  Laussel,  Duport,  etc. 

***  M.  fluerta,  le  célèbre  guitariste,  que  plusieurs  journaux  avaient 
fait  mourir  à  Nice,  il  y  a  quelques  mois,  vient  d'arriver  à  Paris  où  il 
compte  se  faire  entendre  plusieurs  fois  dans  le  courant  de  la  prochaine 
saison.  La  réputation  qui  précède  M.  Iluerta  nous  est  un  sûr  garant  du 
succès  qui  attend  l'éminent  virtuose. 

„,*.,,  Voici  le  tableau  de  la  troupe  du  théâtre  royal  de  San-Carlos,  de 
Lisbonne,  pour  la  saison  d'hiver,  sous  la  direction  de  l'imprésario  Cor- 
radini  :  prime  donne,  Marietta  Gazzaniga  et  Ferranti  Kennet  ;  prima 
mezzo  soprano  et  contralto,  Mme  Galli-.Marié  ;  premiers  ténors, 
Agresti  et  Neri  Baraldi  ;  premier  baryton,  Fagotti  ;  première  basse,  An- 
tonucci. 

„%  Mme  Charton-Demeur  part  mardi  pour  Madrid  ;  un  léger  accident 
qu'a  éorouvè  l'éminente  cantatrice  en  descendant  de  voiture  l'a  retenue 
quelques  jours  de  plus  à  Paris. 

„,%  Au  mois  de  juillet  dernier,  nous  appellions  l'attention  sur  un 
pianiste-compositeur  aussi  distingué  que  modeste,  M.  D.  Magnus.  Après 
avoir  donné  dans  les  Pyrénées  et  à  Bayonne  quinze  concerts  des  plus 
suivis,  dans  lesquels  l'exécution  de  sa  belle  fantaisie  sur  les  Huguenots 
a  produit  le  plus  grand  effet,  M.  Magnus  est  revenu  à  Paris  où  nous 
l'entendrons  cet  hiver. 


DE  PARIS. 


319 


»*„  Les  sociétés  chorales  ont  souvent  regretté  qu'il  n'existât  pas  de 
recueils  de  chœurs  d'opéras  arrangés  pour  quatre  voix  d'hommes.  Il 
leur  sera  agréable  d'apprendre  qu'incessamment  paraîtront  les  princi- 
paux chœurs  des  opéras  d'Auber,  Meyerbeer,  Rossini,  etc.,  arrangés 
pour  les  orphéons. 

t*t  S.  M.  la  reine  d'Espagne  vient  d'accepter  de  la  manière  la  plus 
gracieuse  la  dédicace  du  chant  guerrer  composé  par  M.  S.  Ponce  de 
Léon,  à  l'occasion  des  victoires  de  l'armée  espagnole  au  Maroc. 

,*,  C'est  le  30  septembre  que  fermeront  les  concerts  des  Champs- 
Elysées  ;  mais,  si  l'on  en  croit  certains  bruits,  nous  n'en  serions  pas 
privés  cet  hiver,  et  l'issue  du  procès  perdu  par  M.  Sari  contre  la  proprié- 
taire de  l'Eldorado  laissant  libre  ce  local,  construit  et  approprié  pour  une 
salle  de  concert,  Musard  pourrait  bien  y  planter  son  bâton  de  chef 
d'orchestre.  En  attendant,  les  quelques  belles  soirées  de  ces  jours  der- 
niers y  ont  ramené  la  foule,  et  les  programmes  ont  été  fort  heureuse- 
ment variés  :  la  Schiller  Marsch,  la  polonaise  de  Slruensée,  la  redowa  sur 
le  Pardon  de  Ploërmel,  celle  du  Prophète,  sont  toujours  en  possession  de 
la  faveur  publique.  Une  charmante  ouverture  d'Aimé  Maillart,  le  Moulin 
des  tilleuls,  a  fait  le  plus  grand  plaisir.  Enfin,  les  solistes  Demerssmann, 
Legendre,  Moreau,  rivalisent  chaque  soir  de  perfection. 

t*„  Des  lettres  de  Lisbonne  confirment  la  nouvelle  de  la  mort  de  Luigia 
Bianchi,  charmante  prima  donna  applaudie  sur  les  principaux  théâtres 
d'Europe.  Elle  a  succombé  le  13  juillet  â  une  longue  et  douloureuse  ma- 
ladie. 

CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„,*,,.  Cherbourg.  —  A  l'occasion  de  l'ouverture  du  congrès  scientifique, 
dont  la  27e  session  a  eu  lieu  dans  notre  ville,  M.  José  Barrière  a  écrit 
la  partition  d'une  cantate  de  M.  Delachapelle.  Cette  œuvre  du  directeur 
fondateur  de  la  Société  de  Sainte-Cécile  de  Cherbourg  a  été  parfaite- 
ment exécutée  dimanche  dernier  par  les  membres  de  la  Société,  déjà 
deux  fois  couronnés  aux  deux  seuls  concours  orphéoniques  auxquels  ils 
ont  pris  part,  à  Caen  en  1858,  et  à  Paris  en  4859.  M.  Desquènes,  ténor, 
qui  possède  une  jolie  voix  ,  a  été  très-applaudi  dans  la  cantate  de 
M.  José  Barrière.  A  la  séance  d'inauguration  du  congrès,  M.  A.  Elwart 
a  prononcé  un  discours  sur  le  passé,  le  présent  et  l'avenir  de  l'Orphéon  en 
France  Ce  discours  a  été  très-goûté,  et  M .  A  Elwart,  en  indiquant  les  moyens 
de  répandre  l'instruction  morale  chez  les  orphéonistes,  a  obtenu  l'ap- 
probation de  l'assemblée.  Le  lendemain  lundi,  une  messe  du  Saint-Esprit, 
écrite  à  quatre  voix  d'hommes,  sans  accompagnement,  par  M.José  Barrière, 
a  été  exécutée  à  l'église  Sainte-Trinité,  en  présence  du  congrès  réuni. 
VO  salutaris,  solo  de  hautbois,  composé  et  exécuté  par  M.  Antonio  Bar- 
rière, et  accompagné  par  les  voix  du  chœur,  a  été  également  très-re- 
marque. 

**t  Strasbourg,  2  septembre.  —  Hier,  la  jeune  élève  du  Conservatoire 
de  Paris  qui  a  remporté  le  premier  prix  de  violon  au  concours  de  cette 
année,  Mlle  Marie  Boulay,  a  donné  un  concert  des  plus  brillants.  C'était 
un  hommage  rendu  par  elle  à  sa  ville  natale,  qui  l'en  a  remerciée  par 
son  empressement  à  venir  l'entendre  et  â  l'applaudir.  Déjà,  dans  une 
soirée  particulière,  elle  avait  ravi,  étonné  un  petit  nombre  d'auditeurs. 
Pans  le  concert  qui  a  eu  lieu  dans  le  foyer  du  théâtre,  elle  a  soulevé  des 
transports  d'enthousiasme,  en  jouant  le  beau  concerto  de  Viotti,  enrichi 
du  magnifique  point  d'orgue,  composé  par  Alard  pour  son  élève.  Une 
berceuse  avec  sourdine,  de  Reber  (redemandée),  deux  fantaisies  d'Alard, 
sur  Linda  et  le  Trovatore,  ont  fourni  autant  de  triomphes  à  la  charmante 
artiste,  qui  n'en  a  semblé  que  plus  gracieuse  et  plus  modeste,  ce  qui 
n'est  pas  de  moins  bon  augure  pour  son  caractère  que  pour  son  talent. 

**„.  Marseille. —  La  réouverture  du  grand  théâtre  a  eu  lieu  par  l'opéra 
de  Guillaume  Tell. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„,%  Bruxelles.  —  Dimanche  dernier,  le  Théâtre-Royal  a  rouvert  ses 
portes  au  public,  convié  à  une  représentation  du  chef-d'œuvre  qui  a 
principalement  défrayé  le  répertoire  de  l'an  passé,  le  Pardon  de  Ploër- 
mel. Dans  cette  pièce  faisaient  leur  rentrée  des  artistes  sûrs  d'avance 
de  la  sympathie  de  leur  auditoire.  En  première  ligne  Mlle  Boulart,  qui 
a  été  accueillie  par  d'interminables  salves  de  bravos.  Notre  prima  donna 
nous  est  revenue  avec  une  voix  plus  souple  et  plus  fraîche  que  jamais, 
avec  les  mêmes  qualités  dramatiques  que  nous  avons  toujours  tant  ap- 
préciées chez  cette  artiste.  L'air  de  VOmbre  a  été  pour  Mlle  Boulart  un 
véritable  triomphe.  M.  Aujac  n'a  pas  reçu  moins  bon  accueil,  et  c'était 
justice.  Le  public  sait  combien  de  services  rend  au  théâtre  M.  Aujac, 
et  il  lui  a  bruyamment  témoigné  sa  satisfaction.  La  rentrée  de  M.  Car- 
man  s'est  faite  aux  applaudissements  prolongés  de  toute  la  salle.  Malgré 
un  rhume  opiniâtre  dont  quelques,  traces  subsistent  encore,  notre  excel- 
lent baryton  s'est  montré  à  la  hauteur  de  sa  réputation.  C'est  tout  dire. 
—  Lundi,   pour  la  rentrée  des  artistes  du  grand  Opéra,  on  a  joué    la 


Favorite.  MM.  Wicart,  Carman,  Depoitier  ;  Mmes  Elmire  et  Delechaux  y 
ont  été  salués  des  plus  vifs  applaudissements.  —  Mardi  voyait  le  début 
de  Jourdan  dans  Huydée.  L'impression  produite  par  cet  artiste  lui  a 
été  toute  favorable.  Le  public  de  Bruxelles  a  confirmé  le  jugement 
porté  depuis  longtemps  par  celui  de  Paris  sur  le  mérite  de  Jourdan, 
qui  vient  de  conquérir  bravement  chez  nous  l'emploi  de  premier  ténor 
de  l'Opéra-Comique.  —  Samedi,  au  Parc,  a  eu  lieu  la  réouverture  du 
nouveau  théâtre,  honorée  de  la  présence  de  LL.  AA.  RR.  le  duc  et 
la  duchesse  de  Brabant.  On  a  admiré  les  heureux  changements  apportés 
à  la  salle.  La  décoration  on  est  charmante.  —  Le  premier  grand  opéra 
qui  sera  monté  cette  saison  au  Théâtre-Royal  sera  YHerculanum,  de  Fé- 
licien David.  Viendra  ensuite  un  grand  opéra  dont  M.  Hanssens  a  com- 
posé la  musique  sur  un  libretto  versifié  par  un  de  nos  poètes  les  plus 
justement  renommés.  —  Un  journal  de  Paris  annonce  que.  M.  Lumley, 
l'habile  impressario,  vient  d'obtenir  la  direction  du  théâtre  national 
du  Cirque  à  Bruxelles.  Ce  théâtre  serait  desservi,  â  partir  du  4"  octobre, 
par  une  troupe  italienne  lyrique,  parmi  laquelle  on  pourrait  déjà  citer 
des  noms  célèbres. 

***  Spa.—  Le  concert  donné  par  Louis  Brassin  a  réuni  la  plus  brillante 
assemblée.  De  mémoire  d'amateur  on  n'avait  pas  entendu  ici  de  pianiste 
de  cette  force.  Grâce,  sentiment,  puissance,  dextérité,  ce  jeune  artiste 
possède  tout  cela.  11  a  joué  plusieurs  morceaux  de  sa  composition  en 
provoquant  les  applaudissements  les  plus  enthousiastes.  L'administration 
des  jeux,  cédant  au  vœu  général,  a  engagé  M.  Louis  Brassin  pour  un 
grand  festival  qui  aura  lieu  le  21  septembre,  et  elle  lui  a  fait,  en  outre, 
de  brillantes  propositions  pour  la  saison  de  1861. 

*%  Baie.  —  On  attendait  avec  impatience  la  comédie  écrite  par 
Mlle  Aug.  Brohan,  en  collaboration  avec  M.  H.  de  Pêne,  un  des  critiques 
de  la  presse  parisienne  le  plus  en  vogue  et  le  plus  sympathique.  A  la 
campagne  (tel  est  le  titre  de  la  pièce)  vient  d'être  joué  deux  fois  de 
suite.  La  princesse  de  Prusse  et  le  prince  de  Nassau  honoraient  la  pre- 
mière représentation  de  leur  présence.  Empruntée  aux  mœurs  de  la 
société  actuelle,  marquée  au  cachet  du  bon  ton,  écrite  d'un  style  char- 
mant, elle  a  fait  le  plus  grand  plaisir.  Le  rôle  que  Mlle  Brohan  s'est  ré- 
servé dans  son  œuvre  pétille  de  mots  spirituels  et  qui  gagnent  encore, 
dits  par  l'admirable  comédienne.  Sainte-Foy  est  des  plus  amusants  dans 
le  rôle  d'un  sportroann  devenu  antiquaire;  Mlle  Favart  a  représenté  au 
naturel  une  charmante  miss  anglaise  vivant  de  feuilles  de  rose  et  de  la 
contemplation  des  astres  et  du  ciel  bleu  ;  Bressant  est  d'une  grande 
distinction  dans  le  personnage  du  comte  Raynald,  et  il  a  chanté  avec  un 
talent  digne  de  l'Opéra-Comique  un  grand  air  écrit  exprès  pour  cette  co- 
médie par  le  prince  Poniatowski.  —  Le  13  est  fixé  pour  la  représenta- 
tion de  la  comédie  de  Méry,  jouée  par  Mlle  Madeleine  Brohan,  Bressant 
et  Régnier.  L'opéra  de  Vivier  terminera  la  saison. 

*%  Francfort.  —  Marsckner,  de  retour  de  son  voyage  à  Paris,  est 
depuis  quelques  jours  parmi  nous.  En  son  honneur,  le  théâtre  de  la 
ville  a  joué  le  Vampire.  Le  célèbre  compositeur  a  bien  voulu  hono- 
rer de  sa  présence  une  fête  musicale  donnée  à  son  intention  par  le 
Liederkranz. 

£*£  Vienne. —  Mme  Czillag  ne  rentre  pas  à  l'Opéra  de  la  cour,  comme 
on  l'avait  annoncé  :  la  célèbre  cantatrice  part  pour  New -York,  où  elle 
a  un  engagement  de  six  mois,  à  raison  de  10,000  fr.  par  mois. —  Du  6  au 
26  août,  l'Opéra  de  la  cour  a  donné  :  les  Huguenots,  le  Postillon  de  Long- 
jumeau,  Satanella,  la  Dame  blanche,  Dm  Juan,  les  Gaies  commères  de 
Windsor,  Bélisaire,  le  Prophète,  V Etoile  du  Nord,  Lohengrin.  —  L'opéra  de 
Rubinstein,  les  Enfants  des  Landes,  sera  représenté  clans  le  courant  de 
novembre  —  Le  théâtre  Treumann  doit  ouvrir  avec  Geneviève  de  Bra- 
bant, opéra-  bouffe  d'Offenbach. 

,/•%,  Berlin. —  Le  28  août,  jour  anniversaire  de  la  naissance  de  Goethe, 
le  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  a  donné  Faust,  avec  la  musique  compo- 
sée partie  par  le  prince  Radzivvill,  partie  par  Lindpaintner.  La  repré- 
sentation donnée  au  profit  du  monument  de  Goethe  était  précédée  d'un 
excellent  prologue,  écrit  pour  la  solennité  par  Adami,  et  récité  par 
Dessoir.  Cette  étude  littéraire,  qui  survivra  à  la  circonstance  qui  l'a 
inspirée,  a  été  saluée  d'un  tonnerre  d'applaudissements. 

t*t  Naples. —  Le  nouvel  opéra  du  maestro  Petrella,  il  Folelto  di  Gresg, 
vient  d'avoir  un  très-grand  succès  sur  notre  théâtre  del  Fonda.  Depuis 
la  première  jusqu'à  la  dernière  note,  il  a  fait  fanatisme.  L'auteur  a  été 
rappelé  vingt  fois.  Les  chanteurs  Scalese  et  Guicciardi  ont  fait  merveille. 
La  Nera-Lorini  a  soulevé  un  véritable  enthousiasme,  et  les  plus  vives 
acclamations  l'interrompaient  à  chaque  phrase.  L'effet  de  l'opéra  entier  a 
été  indescriptible  et  fera  époque  à  Naples.  Les  rappels  et  les  bis  ont  été 
innombrables. 

***  Milan.—  Le  théâtre  de  la  Scala  a  ouvert  avec  V.hsedio  di  Firenze, 
de  Bottezini  ;  cette  œuvre  avait  pour  interpr^-tes  la  signora  Fiorentini, 
Claudina  et  Valentini,  Cristiani  Gio,  Cotogni  Antonio,  Délia  Costa,  Cesare, 
Alessandrini  Luigi. 


320 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  €J.  BRATVWUS  et  S.  BUJFOUB,  éditeurs,  IO$,  rue  «le  Richelieu,  au  t". 


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RÂGONS  D 


Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.   LOCKEOY  et  CORMO  Y,  musique  de 


GRANDI".  PAUTITION, 
400  fr. 


PARTIES  D'ORCHESTRE, 

(lOO  fr. 


La  Partition  pour  piano  et  chant,  in-8°,  net 15  fr.    I    OuTerture  pour  piano  seul,  7  fr.  SO  ;  à  quatre  mains 

La  même,  arrangée  pour  piano  seul,  in-8°,  net 10  fr.    |    Pour  orchestre,   18  fr.   —  Pour  harmonie  militaire  . 

AIRS  DÉTACHÉS  DE  CHANT  : 


1er  ACTE 

Chœur.  Heureux  enfants  de  la  Provence 3     » 

Chanson  provençale.  Biaise  qui  partait,  en  mer  s'en  allait 4     » 

Ariette  militaire.  Quand  le  dragon  a  bien  trotté  5     » 

i*.  La  même,  pour  ténor 5     » 

Air.  Maître  Thibaut,  vos  mules  sont  charmantes 6     » 

Romance.  Ne  parle  pas,  Rose,  je  t'en  supplie 2  50 

is.  La  même,  en  sol,  pour  baryton 2  50 

Duo.  Allons,  ma  chère,  allons,  voici  mon  verre 9    » 

Coupleis  de  l'ermite.  Grâce  à  ce  vilain  ermite , 5     » 

Chanson  de  soldats.  Pour  séduire,  une  fillette 2  50 


2"  ACTE 

9 .   Villanclle.  Ah  1  tra  la,  ah  !  tra  la 4 

10.  Duo.  Moi  jolie!  moi  jolie! 9 

1 1 .  Trio.  C'est  là,  c'est  là,  voilà 10 

12.  Chœur  et  Prière 5 

3°  ACTE 

13 .  Chœur .  Vous  savez  la  nouvelle 3 

1 4 .  Chanson  à  boire .  Le  sage  qui  s'éveille 3 

15.  Air.  Il  m'aime,  espoir  charmant 6 

16.  Cantabile.  Il  m'accuse,  il  me  croit  coupable 3 


ARRANGEMENTS  : 


Bargmuller.   —  Valse  de  salon  pour  piano 6     » 

Croise*.  Fantaisie  élégante  pour  piano 6     » 

(••tria.  —  Fantaisie  de  salon  pour  piano 9     » 

liecariventier.   —  Bagatelle  pour  piano 5     » 

liongueville.  —  Fantaisie  pour  piano 6     » 

Mare  Burty .  —  Caprice  pour  piano 8  50 

Talexy.  —  Fantaisie  élégante  pour  piano 7  50 

Woli'f .  —  Duo  pour  piano  à  quatre  mains 9     » 


Ettling.   —  Suite  de  valses,  pour  piano 5  « 

€»aston  de  Lille.   —  Polka  pour  piano 4  » 

H.   Marx.  — ■  Schottisch  pour  piano 4  » 

ITIgisard.   —  Quadrille  pour  piano  el  à  quatre  mains 4  50 

Talevy.   —  Polka-Mazurka 5  » 

Dallée.  —  Pas  redoublé  pour  harmonie  militaire 6  » 

Id.           Deux  mosaïques  pour  harmonie  militaire,  ch...  12  » 

LES  AIES  arrangés  pour  violon  seul,  2  suites,   chaque 6  » 


LES   VALETS   DE  GASC 


Partition  piano  et  chant,  prix  net  :  8  fr 


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Oiiéra-eoseiitiue  en  un  acte,  naroles  de  M.  PHILIPPE  GILLE,  musique  de 

DUFRESNE 


Partition  piano  et  chant,  prix  net:  8  fr. 


SCH1LLER-MARSCH  et  GRANDE  CANTATE 

Avec  chœur,  poésie  de  E.  PEAU. 
Composées  à  l'occasion  du  festival  donné  à  Paris  pour  la  célébration  du  100e  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller, 

PAR 

dmeomo  Mvyerheer 

Grande  partition 24    »        Arrangée  pour  le  piano. .       9    »   i  Grande  partition  (avec  paroles  françaises  et  allemandes) 24    » 

Parties  d'orchestre 24    »        Arrangée  à.  4  m.  par  Wolff    10     »   1  Avec  accompagnement  de  piano,  format  iu  8° net.      4    » 


OUVERTURE    et    POLONAISE 


La  grande  Partition,  prix  :  25  francs. 
Arrangée  pour  le  piano 9    »   |  Arrangée  à  quatre  mains  , 


10     » 


PAitir..  —  iur 


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27e  Année. 


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ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  ûm 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


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16  Septembre  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  (r.  par  QO 

Départements,  Belgique  et  Suisse....     20  ■»       id. 

Étranger 31  »       id. 

Le  Journal  [Kir.iît  h:  Dimanche, 


GAZETTE 


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Avec    le    prochain   numéro,    nos   abonnés    recevront 

LA  FlliEUSE,  romance   sans   paroles   de    SlE»nEi.ssoHX- 
Babihoidy. 


SOMMAIRE.  —  Fragments  de  l'introduction  d'une  histoire  générale  de  la  musique 
(3°  fragment),  par  B?étis  père.  —  Revue  critique,  par  Adolphe  ESolle.  — 
—  Correspondance  :  Bade.  —  Nouvelles  et  annonces . 


FRAGMENTS 

DE  L'INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

(Ouvrage   inédit.) 

Troisième  fragment  (1). 

Les  études  les  plus  minutieuses  faites  sur  les  populations  indigènes 
et  primitives  de  l'Amérique  n'ont  pu  les  faire  rattacher  d'une  ma- 
nière certaine  à  aucune  des  grandes  races  de  l'ancien  monde.  Par  la 
conformation  de  la  tète  et  des  traits  du  visage,  les  unes  semblent  se 
rapprocher  de  la  souche  caucasienne  ;  d'autres,  de  la  race  mongolique; 
mais  leur  teint  rouge  de  cuivre  et  l'absence  presque  complète  de  la 
barbe,  paraissent  leur  donner  une  autre  origine.  Dans  le  Mexique,  on 
distinguait,  au  moment  de  la  conquête,  sur  l'étendue  d'un  vaste  ter- 
ritoire, sept  peuples  qui  différaient  par  des  nuances  de  conforma- 
tion, de  mœurs  et  de  langage.  Le  Pérou  offrait  de  semblables  va- 
riétés (2).  Cependant  l'état  avancé  de  la  civilisation  dans  ces  contrées 
et  les  rapports  de  cette  civilisation  avec  celle  de  plusieurs  grandes 
populations  de  l'Asie,  ne  permettent  pas  de  douter  de  la  part  qu'ont 
eue  ces  populations  dans  la  formation  de  celles  du  Mexique  et  du  Pé- 
rou, quelque  difficulté  qu'il  y  ait  d'ailleurs  d'expliquer  de  si  longues 
excursions  avec  les  faibles  ressources  de  l'art  de  la  navigation  dans 
ces  temps  reculés  (3). 

Parmi  les  peuples  que  les  Espagnols  trouvèrent  en  Amériqne]  au 
moment  de  la  découverte,  les  Alzèques  du  Mexique  et  les  Quichuas 
du  Pérou  se  distinguaient  par  des  connaissances  variées,  et  par  une 

(1)  Voir  le  n°  36. 

(2)  Jo.  De  Laet,  Novus  orbis,  p.  243. 

(3)  Cf.  De  Laet,  ,Yo(œ  ad  dlssertationem  Hugonis  Grotii  de  origine  genlium 
americanontm  (Paris,  1643,  in-8°),  et  Georges  Horn,  de  Originhbus  americanis, 
lib.  1 V  Ga  Haye,  1052,  in-12). 


civilisation  relativement  avancée.  Lorsque  Cortez  parvint  au  Mexique 
en  1519,  les  habitants  de  celte  riche  contrée  pratiquaient  l'architec- 
ture, la  musique,  la  peinture,  la  sculpture  et  l'astronomie;  ils  avaient 
une  écriture  hiéroglyphique  et  une  autre  écriture  phonétique,  comme 
les  Egyptiens  ;  enfin,  on  trouvait  dans  leur  empire  des  routes,  des 
canaux  et  de  grandes  villes,  dont  la  principale  (Palenque)  renfermait 
plus  de  trois  cent  mille  habitants.  Ce  qui  subsiste  de  celte  remarqua- 
ble civilisation,  nonobstant  les  dévastations  exercées  par  les  Espa- 
gnols et  les  ravages  du  temps,  atteste  les  heureuses  facultés  intellec- 
tuelles des  Mexicains. 

Les  Quichuas  ou  Péruviens  ne  leur  cédaient  pas  en  aptitude  pour 
les  sciences  et  les  arts.  A  l'époque  de  l'invasion  de  leur  pays  par 
les  Espagnols  sous  la  conduite  de  Pizarre  (1525),  leur  architecture 
civile  et  militaire,  la  beauté  de  leurs  temples,  de  leurs  routes,  parmi 
lesquelles  il  y  en  avait  d'une  étendue  immense  dans  les  Andes,  leurs 
canaux  d'irrigation,  leurs  vases,  habits,  armes,  instruments  de  mu- 
sique, ornements  de  tout  genre,  enfin  leurs  institutions  politiques  et 
religieuses  témoignent  du  haut  degré  d'avancement  qu'avait  atteint 
celte  nation.  Sa  langue,  douce,  riche,  harmonieuse,  avait  favorisé  son 
génie  poétique,  qui  se  manifestait  par  des  chants  dont  on  a  conservé 
des  fragments  remarquables  par  leur  originalité. 

Des  découvertes  récentes  ont  fourni  les  moyens  nécessaires  pour 
étudier  les  constitutions  tonales  de  la  musique  de  ces  peuples  in- 
téressants, et  sont  venues  confirmer  les  conjectures  sur  leur  origine 
orientale;  car  des  analogies  saisissantes  existent  entre  ces  constitu- 
tions tonales  et  celles  des  modes  musicaux  des  anciens  peuples  de 
l'Asie,  particulièrement  avec  le  système  tonal  des  Hindous.  Comme 
dans  celui-ci,  on  trouve  chez  les  Quichuas  du  Pérou  des  formes  mé- 
lodiques dans  lesquelles  certaines  notes  sont  supprimées,  d'autres  qui 
admettent  des  sons  intermédiaires  entre  ceux  des  demi-tons  et  dont 
les  intonations  varient  en  raison  de  certains  buts  d'expression.  La 
construction  des  instruments  à  vent,  parmi  lesquels  se  trouvent  plu- 
sieurs espèces  de  flûtes,  dont  une,  comme  Yarghouk  des  Arabes,  fait 
entendre  une  note  tenue  de  basse  en  bourdon,  et  une  syrinx  de  huit 
tuyaux  dont  l'accord  est  analogue  à  certains  instruments  en  usage 
dans  plusieurs  contrées  de  l'Asie  et  qui,  par  les  trous  latéraux  de 
quelques-uns  de  ses  tuyaux,  rappelle  le  système  de  construction 
du  cheng  chinois  ;  de  plus,  parmi  les  instruments  à  cordes,  est  une 
sorte  de  guitare  à  cinq  cordes  ou  à  sept,  semblable  à  Veoud  arabe  ou 
persan,  et  qui,  comme  celui-ci,  est  susceptible  de  divers  genres  d'ac- 
cord de  ses  cordes.  De  ces  monuments  mis  à  notre  disposition,  nous 
avons  tiré,  par  des  rapprochements  délicats  avec  ce  que  nous  connais- 
sons de  l'ancienne  musique   orientale,   des  lumières  précieuses  sur 


322 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'identité  de  l'ancienne  doctrine  musicale  de  l'Inde  avec  les  faits  dé- 
montrés par  ces  mêmes  monuments.  Un  instrument  à  cordes,  quelle 
que  soit  son  antiquité,  s'il  n'a  sur  le  manche  les  traces  de  la  division 
des  cordes  par  lesquelles  se  formaient  les  intonations,  un  tel  instru- 
ment, disons-nous,  est  une  voix  éteinte,  parce  que  ses  cordes  sont 
rompues  et  que,  les  eût-il  conservées,  leur  accord  serait  altéré  et 
n'aurait  plus  de  signification  tonale;  mais  une  flûte  retrouvée  dans 
un  tombeau  après  trente  siècles  est  une  voix  vivante  qui  révèle  le 
passé.  C'est  ainsi  que  les  flûtes  égyptiennes  des  musées  de  Florence, 
de  Turin  et  de  Leyde,  tirées  des  hypogées  ,  nous  disent  d'une  manière 
certaine  quel  fut  dans  l'ancienne  Egypte  le  système  de  division  des 
intervalles  des  sons,  parce  que  la  perce  des  trous  du  tube,  remon- 
tât-elle au  temps  du  roi  Menés,  produira  atout  jamais  des  intonations 
invariables. 

Après  celte  excursion  incidente  dans  la  musique  du  nouveau 
monde,  revenons  à  notre  examen  sommaire  des  diverses  phases  du 
système  indo-européen  et  des  circonstances  qui  ont  déterminé  ses 
variations. 

La  fin  des  temps  héroïques  de  la  Grèce,  l'adoucissement  des  mœurs 
de  ses  habitants,  ainsi  que  les  progrès  de  leur  génie  dans  l'art  et  dans 
la  science,  datent  des  poèmes  d'Homère,  environ  trois  cents  ans  après 
la  guerre  de  Troie,  ou  neuf  cents  ans  avant  l'ère  chrétienne.  Vers  le 
même  temps,  Lycurgue  donne  des  lois  à  Sparte,  et  fournit  à  la  Grèce 
le  premier  modèle  d'une  constitution  politique.  La  royauté  ,  depuis 
longtemps  abolie  à  Athènes,  disparaît  successivement  d'Argos,  de 
l'Elide,  de  CoritHhe,  de  l'Arcadie,  de  la  Messénie,  et,  dès  le  vii"  siè- 
cle avant  Jésus-Christ,  tous  les  États  de  la  Grèce  sont  constitués  en 
républiques.  Seule,  Lacédémone  conserve  la  forme  du  gouvernement 
monarchique.  Vers  la  même  époque,  Rome,  fondée  dans  l'année  753, 
commence  l'essai  de  ses  forces  contre  les  petits  Etats  qui  l'environ- 
nent, et  prélude  à  la  conquête  du  monde. 

Attaquée  par  les  puissants  rois  ce  Perse,  Darius  et  Xercès,  la  Grèce 
donne  à  l'univers  le  beau  spectacle  d'une  poignée  de  héros  qui  osent 
se  mesurer  avec  d'innombrables  armées  pour  la  liberté  de  la  patrie. 
La  défense  du  passage  des  'lhermopyles  par  Léonidas  à  la  tête  de 
quelques  Spartiates,  et  les  victoires  prodigieuses  de  Marathon,  de  Sa- 
lamine,  de  Mycale  et  de  Platée,  assurent  l'indépendance  de  la  Grèce 
(Z|90-Z|79  ans  avant  Jésus-Christ)  et  dispersent  ou  anéantissent  les 
immenses  armées  asiatiques  qui  l'avaient  envahie.  Alors  commencent 
les  plus  beaux  temps  du  développement  intellectuel  des  Grecs  :  la  poé- 
sie, l'éloquence,  la  philosophie,  les  arts  font  de  rapides  progrès,  et 
le  génie  grec  se  manifeste  dans  des  œuvres  qui  excitent  encore  l'ad- 
miration universelle. 

Vers  la  même  époque  (environ  480  ans  avant  Jésus-ChrisL)  ou  peu 
auparavant,  la  musique  de  ce  grand  peuple  était  devenue  purement 
diatonique  ;  car,  bien  que  les  auteurs  de  traités  de  cet  art  et  les  his- 
toriens parlent  longtemps  encore  après  des  genres  chromatiques  et 
enharmoniques,  ils  n'existaient  plus  qu'en  théorie.  Aristote  dit  que 
de  son  temps  (384-322  avant  l'ère  chrétienne)  il  n'existait  plus  de 
musicien  dont  la  voix  fût  assez  exercée  aux  petits  intervalles  des 
sons  pour  pouvoir  chanter  les  nomes  ou  mélodies  d'Olympe.  Les  ef- 
forts faits  par  Timothée  de  Milet,  Phrynès.  et  Philoxône  pour  ramener 
la  musique  an  genre  chromatique,  et  pour  la  rapprocher  de  son  ori- 
gine orientale,  furent  sans  succès,  parce  que  les  organes  s'étaient 
accoutumés  à  ne  produire  et  entendre  que  les  intervalles  de  sons 
d'une  intonation  plus  facile  et  plus  saisissable.  Cette  musique  nouvelle 
excitait  chez  les  Grecs  des  transports  d'enthousiasme.  Les  anciens 
jeux  olympiques,  isthmiques,  pylhiqûes  et  néméens,  souvent  inter- 
rompus autrefois,  étaient  alors  régulièrement  célébrés  :  ils  émurent 
louie  la  Grèce  par  le  talent  des  artistes  qui  s'y  présentaient,  et  par 
celui  des  poètes  qui  chantaient  les  succès  des  vainqueurs  dans  les 
concours. 

Quel  était  le  caractère  esthétique  de  la  musique  des  Grecs  à  cette 


époque  de  parfaite  constitution  politique  et  sociale?  En  d'autres  ter- 
mes, en  quoi  consistaient  ses  beautés,  ses  formes,  ses  moyens  d'action, 
et  comment  les  musiciens  grecs  parvenaient-ils  à  émouvoir  jusqu'à 
l'enthousiasme  une  nation  sensible  et  spirituelle,  dont  le  génie  dans 
les  autres  arts  a  produit  des  œuvres  d'une  beauté  achevée?  Nous 
l'ignorons  et  l'ignorerons  toujours;  car  un  art  ne  peut  être  connu  que 
par  ses  monuments.  Or,  ceux  de  la  musique  des  Grecs  paraissent 
anéantis  pour  jamais.  Les  eussions-nous,  d'ailleurs,  nous  n'en  pour- 
rions tirer  que  peu  de  lumière,  car  les  moyens  d'interprétation  certaine 
nous  manquent.  Quelques  misérables  fragments  ont  été  retrouvés 
par  des  érudits,  et  l'on  en  a  cherché  la  signification  au  moyen  de  cer- 
taines indications  fournies  par  les  écrivains  grecs.  Vingt  traductions 
complètement  différentes  en  ont  été  faites.  Mais  tous  ces  efforts  d'é- 
rudition et  de  patience  n'ont  abouti  qu'à  des  résultats  plus  ou  moins 
ridicules.  Il  y  a  plus  :  on  n'a  pu  même  se  mettre  d'accord  sur  le  mode 
de  récitation  des  vers  grecs,  ni  sur  la  signification  absolue  du  syslème 
de  la  métrique.  Or,  la  poésie  était  si  intimement  liée  à  la  musique  dans 
l'antiquité,  qu'on  ne  peut  en  quelque  sorte  séparer  l'une  de  l'autre. 
Avec  si  peu  de  connaissance  de  ce  qu'était  en  soi  l'œuvre  produite 
par  l'union  de  ces  deux  arts,  comment  a-t-on  pu  se  persuader  qu'on 
parviendrait  à  connaître  ce  qu'était  celui  de  ces  arts  dont  on  ne  possède 
rien?  L'histoire  de  la  musique  grecque  est  pour  nous  d'un  intérêt  qui  ne 
peut  être  méconnu  ;  mais  c'est  par  le  système  de  sa  tonalité  qu'elle 
doit  fixer  notre  attention,  parce  que  cette  tonalité  est  l'ouvrage  des 
Grecs  ;  leur  exquise  intelligence  en  a  découvert  les  éléments  au  sein 
des  tonalités  irrationnelles  de  l'Orient  qui  avaient  charmé  leur  enfance 
sociale.  Cette  œuvre  immortelle,  il  nous  l'ont  léguée  ;  car  c'est  cette 
même  tonalité  diatonique  qui  est  devenue  le  point  de  départ  de  toute 
la  musique  du  moyen  âge,  de  la.  renaissance  et  des  temps  modernes. 
D'où  vient  donc  que,  de  tous  les  historiens  de  la  musique,  pas  un 
seul  n'ait  aperçu  cette  vérité,  la  seule  qui  soit  incontestable  dans  ce 
qu'on  sait  de  l'art  mélodique  des  Grecs? 

Les  rivalités  d'Athènes,  de  Sparte  et  de  Thèbes,  les  guerres  qui 
en  furent  les  conséquences,  et  surtout  la  guerre  sacrée,  occasionnée 
par  le  pillage  du  temple  de  Delphes  par  les  Phocéens,  préparèrent  la 
chute  de  la  Grèce  ;  car  ces  événements  affaiblirent  les  républiques  qui, 
seules,  auraient  pu  s'opposer  à  la  domination  étrangère,  et  les  mirent 
à  la  merci  de  Philippe,  roi  de  Macédoine,  et  de  son  fils  Alexandre. 
Ce  conquérant  acheva  d'épuiser  les  forces  de  la  Grèce,  en  transpor- 
tant ses  meilleurs  soldats  en  Asie,  où  la-plupart  trouvèrent  un  tom- 
beau. En  vain  de  grands  citoyens,  à  la  tête  desquels  se  placent 
Aratus  et  Philopœmen,  essayèrent-ils  de  rendre  à  leur  patrie  son  an- 
cienne vigueur,  leurs  efforts  et  ceux  de  la  ligue  achéenne  ne  purent 
empêcher  le  mal  que  fit  la  ligue  des  Etoliens,  en  appelant  l'étranger 
dans  le  pays.  Les  longues  guerres  que  se  firent  les  deux  ligues  four- 
nirent aux  Romains  un  prétexte  pour  s'immiscer  dans  leurs  dissen- 
sions. Après  avoir  soumis  l'Illyrie,  ceux-ci  anéantirent  les  royaumes 
de  Macédoine  et  d'Epire,  et  l'asservissement  de  la  Grèce  entière  fut 
achevé  par  eux  l'an  146  avant  l'ère  chrétienne.  Devenue  dès  lors  une 
des  provinces  des  Etals  romains,  sous  le  nom  d'Achaïe,  cette  patrie 
des  grands  hommes  et  des  grandes  choses  cessa  d'avoir  une  existence 
propre  et  marcha  rapidement  vers  son  déclin. 

Après  la  conquête  de  la  Grèce  par  les  Romains,  les  artistes  aban- 
donnèrent en  foule  leur  patrie  pour  aller  chercher  fortune  à  Rome, 
à  Naples,  en  Egyple,  et  dans  quelques-unes  des  villes  principales  de 
l'Asie.  Dès  lors,  le  système  de  la  musique  grecque  devint  exclusive- 
ment celui  des  Romains.  C'était  le  même  système  qu'on  trouvait  dans 
les  villes  grecques,  telles  qu'Alexandrie  et  Smyrne,  ainsi  que  dans  les 
îles  de  l'Archipel  et  dans  les  colonies  de  l'Asie  Mineure.  Objet  des 
travaux  des  théoriciens,  qui  lui  donnaient  pour  base  des  principes 
différents,  il  donnait  lieu  à  de  vaines  disputes  dans  sa  partie  spécula- 
tive ;  mais  identique  dans  sa  pratique,  la  musique  grecque  était  la 
même  à  Athènes,  à  Rome,  en  Egypte,  et  partout  où  les  artistes  de  la 


DE  PARIS. 


323 


nation  pénétraient.  Les  philosophes  seuls  prenaient  quelque  intérêt  aux 
discussions  des  pythagoriciens  et  des  aristoxéniens  ;  mais  les  musiciens 
de  profession  ne  s'inquiétaient  ni  des  proportions  numériques  des 
premiers,  ni  du  système  empirique  des  autres.  En  général,  les. 
hommes  pratiques  ont  peu  de  penchant  pour  l'étude,  et  recherchent 
ce  qui  est  simple  et  d'une  intelligence  facile.  C'est  ainsi  que,  nonobs- 
tant les  classifications  des  modes  de  la  tonalité  conservée  dans  tous 
les  ouvrages  didactiques,  sauf  certains  dissentiments  sur  leur  désigna- 
tion et  sur  leur  nombre,  la  plupart  des  chanteurs  et  des  instrumentistes 
avaient  réduit  la  pratique  habituelle  de  l'art  à  un  seul  mode  appelé 
lydien,  vers  le  premier  siècle  de  l'ère  chrétienne,  ainsi  que  nous  le 
démontrerons  en  son  lieu.  C'est  pour  cette  cause  que,  dans  le  iv  siècle, 
un  écrivain  grec,  nommé  Alypius,  présenta  dans  un  livre  spécial 
tous  les  modes,  au  nombre  de  quinze,  avec  leurs  signes  de  notation, 
sous  la  forme  du  mode  lydien,  ne  les  diversifiant  que  par  leur  degré 
initial  dans  l'échelle  chromatique.  Cette  vérité  n'a  été  aperçue  et 
comprise  que  par  le  savant  Perne.  Toutefois,  la  classification  des  mo- 
des, au  nombre  de  sept,  proposée  par  Ptolémée  deux  siècles  aupara- 
vant, était  restée  dominante  dans  l'Église  grecque,  et  l'on  y  avait 
seulement  ajouté  un  huitième  mode  à  l'aigu.  Ce  fut  le  principe  de  ce 
système  de  modes  qui  s'introduisit  dans  l'Église  latine  au  111e  siècle 
et  y  produisit  les  résultats  qu'on  verra  dans  la  suite  de  ce  fragment. 

FÉTIS  père. 
{La  suite  prochainement.) 


REVUE   CRITIQUE. 

Edouard  Wolff  :  Scuilleh-Marscii  ,  de  Meyerbeer ,  arrangée  à 
quatre  mains.  Deux  chansons  polonaises.  —  CSiarles  Voss  : 
caprice  brillant  sur  le  Carnaval  de  Venise,  arrangé  à  quatre 
mains. 

L'année  dernière,  pour  célébrer  le  100e  anniversaire  de  la  nais- 
sance de  Schiller,  Meyerbeer  écrivit  sa  belle  marche  triomphale  : 
Schiller-Marsch.  L'Allemagne  eut  ainsi,  pour  fêter  sa  gloire  littéraire, 
une  gloire  musicale  à  la  hauteur  de  tout  ce  qu'elle  enfanta  jamais  de 
grand  et  d'illustre.  Ceux  qui  s'intéressent  encore  aux  nobles  concep- 
tions, qui  se  passionnent  pour  toutes  les  belles  choses  de  l'esprit,  du 
cœur  et  de  l'intelligence,  ont  salué  de  leurs  bravos  enthousiastes  la 
nouvelle  œuvre  du  maître,  et  ils  étaient  nombreux  ;  car  malgré  le 
scepticisme  et  le  matérialisme  qui  nous  envahissent  de  toute  part, 
on  s'aperçoit  vite  que  l'art  est  ce  qu'il  y  a  de  mieu:c  à  cultiver  et  à 
aimer. 

M.  Chariot,  musicien  modeste,  instruit,  et  capable  de  créer  lui- 
même  des  choses  remarquables,  mais  qui  jusqu'à  présent  s'est  con- 
tenté de  traduire  les  pensées  des  maîtres,  avait  déjà  transcrit  cette 
dernière  composition  avec  beaucoup  d'habileté,  de  goût  et  de  talent. 
A  son  tour,  E.  Wolff  vient  d'arranger,  mais  à  quatre  mains,  cette  ma- 
gnifique page. 

Les  ouvrages  écrits  pour  l'orchestre  conservent  toujours  une  phy- 
sionomie, une  valeur  et  une  richesse  musicales  qui  leur  sont  propres, 
et  que  les  œuvres  écrites  spécialement  pour  le  piano  n'ont  que  bien 
rarement  ;  aussi  ces  deux  transcriptions  sont-elles  pleines  et  com- 
plètes. 

Dans  le  morceau  d'Edouard  Wolff,  le  premier  motif,  allegretto 
maëstoso,  qui  revient  après  chaque  mélodie  et  les  encadre  toutes, 
rappelle  bien  le  quatuor  des  instruments  à  cordes  qui,  seul  d'abord, 
attaque  avec  une  douceur  et  une  délicatesse  infinies  ce  chant  si  franc, 


si  tonal  et  d'une  si  belle  simplicité.  Ce  qui  est  difficile  à  deux 
mains  ne  l'est  évidemment  plus  à  quatre  ,  et  cette  disposition  de 
parties  permettait  à  Ed.  Wolff  de  rendre  mieux  que  Chariot  quel- 
ques effets  de  l'inimitable  orchestration  de  Meyerbeer.  Ainsi,  la  perle 
mélodique  de  l'œuvre,  le  magnifique  cantabile  en  si  bémol,  remar- 
quable surtout  par  la  simplicité  de  l'harmonie,  —  car  les  huit  pre- 
mières mesures,  d'un  sens  déjà  complexe  et  d'une  éloquence  rare,  ne 
sont  accompagnées  que  par  les  accords  de  tonique  et  de  dominante, — 
a  été  fort  bien  disposée  par  le  pianiste  ;  le  chant  est  à  la  deuxième 
partie,  à  l'unisson  du  violoncelle  qui,  dans  la  partition,  se  marie  avec 
tant  d'élégance  et  d'ardeur  à  la  clarinette  et  au  basson  ;  de  vigoureux 
arpèges  sont  exécutés  par  la  première  partie,  qui  reproduit  ainsi 
l'harmonieux  effet  que  Meyerbeer  a  demandé  aux  harpes.  Cette  mé- 
lodie, la  plus  délicieuse  de  toutes,  si  nous  ne  nous  trompons,  tantôt 
simple,  tantôt  modulée  d'une  façon  si  riche  et  si  pénétrante,  suffirait 
à  faire  vivre  cette  marche,  mais  elle  n'est  pas  seule  ;  car  cette  com- 
position est  abondante  en  motifs  colorés,  vigoureux  et  bien  venus.  Ici 
c'est  une  fanfare  en  /«bémol,  qui  retentit  éclatante  et  belliqueuse,  les 
instruments  à  cordes  se  taisent,  et  l'on  est  étonné  qu'une  aussi  mer- 
veilleuse sonorité  puisse  s'obtenir  pendant  le  silence  de  tant  de  par- 
ties; là  c'est  une  sombre;  et  ténébreuse  mélodie  en  ut  mineur,  qui 
gronde  sourdement  ;  les  bassons,  les  trompettes  gémissent  ;  puis,  la 
sérénité  revient,  et  un  chant  d'une  suavité  angélique  se  fait  entendre. 
Ces  motifs,  dans  leur  sévère  unité,  contrastent  singulièrement  entre 
eux  ;  ils  se  rehaussent  mutuellement,  et,  par  leur  dissemblance,  se 
prêtent  un  vif  éclat.  Dans  le  thème  principal  qui,  descendant  aux  basses, 
est  accompagné  par  le  trémolo  des  violons  et  des  altos,  développé, 
dialogué,  coupé  par  tout  ce  que  la  modulation  a  de  caprices,  de  sé- 
ductions et  d'enchantements,  Meyerbeer  a  des  coquetteries.de  style  ra- 
vissantes qui  fonL  naître  dans  l'esprit  de  l'auditeur  le  désir  et  la  curio- 
sité. Après  mille  surprises,  mille  excursions  dans  des  tonalités  éloi- 
gnées et  inattendues,  mais  toujours  d'une  admirable  clarté,  ce  motif 
reparaît  enfin,  agrandi  cette  fois  par  une  instrumentation  nouvelle, 
par  de  nouveaux  accompagnements,  et  va  se  perdre  dans  une  péro- 
raison ardente,  guerrière  et  pathétique,  où  les  marches  d'harmonie 
sont  traitées  avec  un  bonheur  qui  leur  donne  une  piquante  originalité, 
une  fraîcheur  adorable,  et  où  toutes  les  pompes  de  l'apothéose  écla- 
tent dans  un  immense  tutti. 

Le  morceau  d'Edouard  Wolff  est  fort  bien  fait,  très-brillant,  et 
on  y  retrouve  entières  la  pensée  et  l'harmonie  du  maître,  qui,  quoi- 
que dépouillées  de  la  magie  de  son  orchestre,  restent,  ainsi  trans- 
crites, belles,  pures  et  élevées. 

—  Rien  de  plus  original,  de  plus  gracieux,  de  plus  mélodique  que 
les  deux  chansons  polonaises  d'Edouard  Wolff.  Sont-ce  des  chants  du 
pays?  Est-ce  un  écho  de  la  patrie  aimée  qu'il  vient  de  noter  et 
d'idéaliser?  Nous  l'ignorons.  Cependant  nous  serions  tenté  de  le  croire, 
à  la  teinte  rêveuse,  aux  longs  silences  inattendus,  aux  harmonies 
bizarres  parfois ,  mais  toujours  pleines  d'une  saveur  pénétrante, 
aux  terminaisons  étranges,  aux  rhythmes  piquants  et  brisés,  aux 
accents  religieux  des  cadences  plagales  qui  terminent  ces  amoureuses 
romances,  à  la  mélancolie  profonde  et  concentrée,  enfin  au  sourire 
mêlé  de  larmes  qu'on  aperçoit  au  milieu  de  ces  notes  plaintives  jus- 
que dans  leur  gaieté.  Quoi  qu'il  en  soit,  ces  deux  morceaux  sont  pleins 
de  poésie,  de  tendresse  et  de  feu.  Le  piano  chante  au  lieu  de  babiller, 
et  il  y  a  de  la  passion  et  de  l'élégance  dans  ces  mélodies,  qui  n'ont 
cependant  que  quatre  pages. 

— 11  nous  reste  à  peine  assez  de  place  pour  parler  de  l'arrange- 
ment à  quatre  mains  de  l'un  des  plus  charmants  morceaux  de  Charles 
Voss.  Pourtaut,  nous  dirons  que  c'est  un  délicieux  caprice,  extrême- 
ment brillant  et  peu  difficile.  L'auteur,  après  tant  d'autres,  a  brodé 
sur  le  Carnaval  de  Venise  de  jolies  variations  ;  il  a  imité  les  plus 
aimables  et  les  .plus  délicates  fantaisies  des  violonistes.    L'humour, 


324 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'esprit,  la  légèreté,  brillent  dans  ce  morceau,  qui  se  prêtait  mieux 
que  tout  autre  à  la  transcription  à  quatre  mains  qui  vient  d'en  être 
publiée. 

Adolphe  BOTTE. 


CORRESPONDANCE. 

Bade,  12  septembre  1860 

Voici  un  fragment  de  dialogue  recueilli  au  débarcadère  : 

—  Comment!  vous  venez  à  Bade  par  le  temps  qu'il  fait? 

—  Que  voulez- vous?  il  faut  bien  changer  de  pluiel 

Tel  est  en  effet  le  seul  motif  déterminant  pour  voyager  cette  année. 
On  s'ennuie  d'être  toujours  mouillé  de  la  même  façon,  et  on  veut  voir 
si  par  hasard  il  n'en  existerait  pas  une  qui  eût  un  peu  moins  de  désa- 
grément. 

A  Bade,  il  pleut  en  musique.  Dès  le  matin,  à  sept  heures  ;  à  trois  heu- 
res de  l'après-midi,  et  le  soir,  encore  à  sept  heures,  installez-vous  sur  la 
promenade  :  vous  serez  arrosé  musicalement.  Vous  recevrez  à  la  fois  les 
douches  d'harmonie  que  vous  enverront  les  musiciens  cantonnés  dans 
le  kiosque,  et  celles  dont  il  plaira  aux  nuages  humides  de  vous  gra- 
tifier. 

Après  cela,  la  pluie  a  ses  moments  de  relâche,  mais,  soyez  tranquille, 
la  musique  ne  vous  manquera  jamais.  J'admire  en  vérité  la  constance 
intrépide  de  ces  pliai  anges  sonores,  tantôt  militaires,  tantôt  civiles; 
tantôt  composées  uniquement  d'instruments  à  vent,  tantôt  mêlant  les 
cordes  au  bois  et  au  cuivre  1  Que  ce  soient  des  Badois,  des  Autrichiens 
ou  des  artistes  de  Strasbourg,  de  Carlsruhe,  leur  ponctualité  est  la  même  : 
rien  ne  trouble  leur  ensemble,  rien  n'ébranle  leur  aplomb.  Parmi  eux  se 
rencontrent  des  solistes  de  premier  ordre,  à  la  tête  desquels  se  distingue 
toujours  Arban,  qui,  vous  le  savez,  a  le  triple  talent  de  virtuose,  de 
compositeur  et  de  chef  d'orchestre.  Arban  ne  joue  ordinairement  que 
deux  fois  par  semaine,  et  ce  sont  autant  de  fêtes  pour  l'auditoire  nomade, 
qui  s'arrête  pour  l'entendre,  l'applaudir  et  ne  se  remet  en  marche  que 
lorsque  tout  est  consommé.  Wuille,  l'admirable  clarinettiste  que  vous 
avez  entendu  à  Paris  aux  concerts  Musard,  partage  souvent  avec  Arban- 
les  honneurs  de  la  soirée.  Ce  dernier  a  composé  sur  les  motifs  du  Tro- 
valore  une  fantaisie  très- intéressante,  qui  les  réunit  tous  deux  dans  sa 
dernière  partie,  où  le  Miserere  s'exécute  presque  aussi  complètement 
qu'au  théâtre.  Arban,  avec  son  cornet,  remplace  le  primo  tenore;  Wuille, 
avec  sa  clarinette,  la  prima  donna,  et  des  choeurs  accompagnent  ces  deux 
voix,  dont  aucune  voix  humaine  n'égalerait  l'expressive  et  dramatique 
pureté. 

La  musique  ne  se  borne  pas  à  ces  manifestations  quotidiennes  qui 
bravent  les  éléments  :  il  y  a  les  grands  concerts,  donnés  dans  de  ma- 
gnifiques salons,  étincelants  d'or  et  de  parures,  sous  les  feux  de  mille 
et  mille  bougies.  Le  concert,  dirigé  par  Berlioz,  venait  à  peine  de  finir, 
qu'un  autre  s'organisait  à  l'occasion  de  la  fête  du  grand-duc  et  au  profit 
de  l'hôpital  de  Bade.  M.  Bénazet  pense  à  tout  le  monde  :  plus  il  devient 
riche,  et  plus  il  tient  à  ce  que  les  pauvres  aient  leur  bonne  part.  Donc, 
il  a  noblement  fait  les  choses  en  convoquant  des  artistes  renommés, 
Sivori,  Servais,  Faure.  Il  y  avait  un  orchestre  conduit  par  Krennemann, 
excepté  pour  le  premier  morceau,  dont  l'auteur,  M.  Greive,  s'était  ré- 
servé la  direction.  Ce  morceau  est  une  ouverture  de  concert  déjà  connue 
à  Paris,  et  qui  tout  d'abord  a  pleinement  satisfait  les  connaisseurs  en 
l'art  d'écrire.  On  y  sent  l'étude  et  jusqu'à  l'inspiration  de  Weber;  l'or- 
chestre l'a  rendue  avec  une  délicatesse  qui  ne  laisse  aucune  nuance 
passer  inaperçue.  Dantan  était  là,  et,  au  rapport  de  quelqu'un,  le  célèbre 
sculpteur,  fidèle  à  ses  habitudes,  disait  que  beaucoup  de  musiciens  au- 
raient voulu  être  à  la  place  de  Greive,  pour  être  aussi  bien  exécutés;  mais 
c'est  une  calomnie,  et  nous  dénonçons  le  rapporteur  comme  auteur  de 
cet  affreux  jeu  de  mots. 

Sivori  et  Servais  ont  comparu  deux  fois  chacun  sur  l'estrade.  A  qui 
décerner  le  prix  ?  Dieu  nous  garde  de  prononcer  entre  deux  talents 
d'une  originalité  si  marquée,  d'une  portée  si  haute!  La  fantaisie  des 
Fleurs  de  Naples  et  la  Prière  de  Moïse  se  placent  au  même  rang  que 
l'Hommage  à  Lafont  et  Maître  Corbeau.  Le  programme  annonçait  le  con- 
certo eu  ut  mineur  de  Beethoven.  Mme  Rosa  Escudier-Kastnera  eu  le  bon 
esprit  de  ne  dire  qu'un  fragment  de  cette  œuvre  immense  pour  laquelle 
Liszt  lui-même  ne  serait  pas  de  trop.  Dans  quelques  morceaux  détachés, 
elle  a  de  plus  montré  une  vigueur  et  une  maestria  très-remarquables 
chez  une  femme. 

Faure  et  Mlle  Masson  nous  ont  chanté  des  airs  et  des  duos  dont  le 
choix  nous  a  paru  quelquefois  singulier.  Par  exemple,  le  duo  de  l'auber- 
giste Girot  et  de  la  gentille  Nicette  dans  le  Pré  aux  Clercs  convient-il 
mieux  au  chanteur  qu'à  la  cantatrice,  et,  pour  exhumer  avec  succès  le 
vieil  air  d'Ariodant,  femme  sensible,  Faure  n'avait  il  pas  besoin  de  l'être 
un  peu  plus?  entendons-nous,  non  pas  vieux,  mais  sensible. 


Si  des  concerts  publics  nous7passions  aux  concerts  intimes,  nous 
aurions  à  parler  surtout  de  Mlle  Caussemille,  la  jeune  pianiste,  dont  le 
talent  s'est  développé  avec  tant  d'éclat  depuis  deux  années.  C'est  la 
virtuose  en  chef  de  la  villa  Bénazet,  où  l'on  se  connaît  en  musique  et 
où  l'on  en  fait  d'aussi  bonne  que  partout  ailleurs. 

Mais  tandis  que  nous  écrivons,  voilà  le  soleil  qui  se  met  à  luire.  On 
a  remarqué  que  tous  les  jours  des  courses  ont  été  favorisés  de  ses 
rayons.  Pour  peu  que  cela  dure,  Bade  et  ses  environs  rentreront  dans 
leurs  droits  et  prérogatives.  On  n'y  viendra  plus  seulement  pour  changer 
de  pluie,  mais  pour  y  retrouver  des  plaisirs  dont  l'attrait  ne  varie  pas. 

R. 


NOUVELLES. 

„*„,  L'Opéra  a  donné  lundi  le  Trouvère,  pour  la  continuation  des  débuts 
de  Michot  et  de  Mlle  Barbara  Marchisio.  Mlle  Barbara  a  très-bien  chanté 
le  rôle  d'Azucena,et  notamment  la  scène  du  deuxième  acte,  après  laquelle 
elle  a  été  rappelée  d'une  façon  unanime.  M.  Michot  est  en  voie  de  pro- 
grès, et  a  été  très-applaudi  dans  tous  les  passages  qui  ne  demandent  que 
du  senliment  et  de  la  douceur,  mais  il  a  un  peu  manqué  de  force  dans 
toutes  les  parties  vigoureuses  du  rôle  de  Manrique.  lia  bien  dit  surtout 
la  cavatine  et  le  Miserere,  après  lequel  il  a  été  acclamé  et  rappelé. 
Mme  Gueymard  est  toujours  une  Léonore  accomplie,  et  son  succès  a  été 
des  plus  complets. 

x*,,:  Mercredi,  Sémiramis,  avec  les  sœurs  Marchisio,  Obin  et  Dufrêne , 
avait  attiré  beaucoup  de  monde.  Vendredi,  on  a  joué  Robert  le  dia'Ae 
devant  une  salle  comble.  Mmes  Marie  Sax,  Vandenheuvel-Duprez,  MM. 
Gueymard  et  Belval,  ont  admirablement  interprété  le  chef-d'œuvre  du 
maître. 

„.%  La  reprise  du  Prophète  est  retardée  de  quelques  jours,  par  une  in- 
disposition de  Mme  Tedesco. 

,*„  Ainsi  que  nous  l'avions  annoncé,  le  Roman  d'Elvire,  si  bien  inter- 
prété par  Mme  Monrose  et  par  Montaubry,  a  repris  dimanche  sa  place 
au  répertoire  de  l'Opéra-Comique.  La  délicieuse  barcarole  du  second 
acte,  les  stances  Suisje  l'hirondelle?  et  la  romance  du  troisième  acte 
ont  été  pour  les  deux  charmants  artistes  l'occasion  d'un  véritable  triom- 
phe. Hier  samedi,  a  eu  lieu  avec  le  même  succès  la  seconde  représenta- 
tion de  la  reprise  de  l'œuvre  d'Ambroise  Thomas. 

*%  Mercredi,  Mlle  Monrose  a  chanté  la  Part  du  Diable.  La  jeune  et 
vaillante  artiste  s'est  complètement  incarnée  dans  le  rôle  de  Carlo,  qu'elle 
joue  et  chante  avec  autant  d'esprit  que  de  verve.  Les  applaudissements 
ne  lui  ont  pas  fait  défaut. 

%  La  représentation  au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie  est  annoncée 
pour  demain  lundi.  En  voici  le  programme  :  1°  les  Chaises  a  porteurs  ; 
2»  le  premier  acte  de  l'Etoile  du  Nord  ;  3°  première  représentation  à  ce 
théâtre  de  Ma  tante  dort;  k°  intermède  :  scène  et  duo  de  Château-Trom- 
pette, par  Mme  Lemercier  et  Berthelier;  trois  morceaux  du  Pardon  de 
Vloermel:  le  chœur  du  deuxième  acte;  l'air  de  l'Ombre,  par  Mlle  Mon- 
rose et  le  Chant  du  chasseur,  par  llarrielle  ;  5°  deuxième  acte  de  Fra  Dia- 
volo;  6"  cantate.  Avec  un  semblable  programme,  la  salle  sera  trop  étroite 
pour  contenir  les  amateurs  de.  bonne  musique,  stimulés  cette  fois  dou- 
blement et  par  l'appel  de  la  charité,  et  par  une  représentation  hors 
ligne. 

*s  Les  répétitions  de  la  pièce  de  MM.  Scribe,  Boisseaux  et  Offenbach, 
se  poursuivent  avec  la  plus  grande  activité.  —  Montaubry  se  fera  en- 
tendre dans  le  Petit  chaperon  rouge  et  dans  le  Domino  noir.— On  prépare 
la  reprise  du  Val  d'Andorre  avec  Mme  Faure,  Mlle  Marimon,  MM.  Bar- 
rielle,  Ponchard  et  Carré.  —  L'Eventail,  opéra-comique  en  un  acte, 
paroles  de  Mil.  Barbier  et  Carré,  musique  de  M.  Boulanger,  a  été  mis  à 
l'étude. 

a*,  M.  Beaumont  vient  de  recevoir  un  opéra-comique  en  trois  actes  de 
MM.  Dumanoir  et  Victor  Massé,  ayant  pour  titre  le  Lutrin  et  une  pièce 
en  deux  actes  et  en  vers,  de  MM.  Dartoy  et  Besselièvre,  intitulée  l'Age 
d'or,  dont  M.  Duprato  est  chargé  d'écrire  la  musique. 

t\  Le  procédé  Carteron,  qui  rend  ininflammable  les  bois,  toiles  et 
étoffes,  vient  d'être  adopté  à  l'Opéra-Comique. 

**„,  Le  théâtre  Lyrique  a  donné  quatre  fois  cette  semaine  les  Dragons 
de  Villars.  Vendredi  a  eu  lieu  la  100e  représentation  de  la  délicieuse 
partition  d'Aimé  Maillart,  dont  le  succès  est  encore  bien  loin  d'être 
épuisé.  Mlle  Boziès,  familiarisée  avec  le  public  parisien,  gagne  chaque 
soir  comme  comédienne  et  comme  cantatrice  et  obtient  chaque  soir 
un  nouveau  triomphe.  Depuis  dimanche,  Mlle  Faivre  a  remplacé 
Mlle  Girard  dans  le  rôle  de  Georgette  ;  elle  s'y  est  fait  applaudir. — 
L'Enlèvement  au  sérail  et  Crispin  rical  de  son  maître  ont   alterné  avec 


DE  PARIS. 


325 


les  Dragons  de  Villars.  —  La  reprise  du  Val  d'Andorre  aura  lieu  dans 
le  courant  de  la  semaine  prochaine.  C'est  Mlle  Roziès  qui  chantera  le 
rôle  de  Georgette,  Battaille  rentrera  en  possession  du  rôle  du  vieux 
chevrier,  une  de  ses  créations  les  plus  spleudides,  et  Mlle  Girard  jouera 
Rose-de-Mai. 

**„  Les  Valets  de  Gascogne,  ont  reparu  sur  l'affiche  du  théâtre  Lyrique. 
La  charmante  partition  de  M.  A.  Dufresne  obtient,  comme  l'année  der- 
nière, un  succès  très-honorable.  Parmi  les  morceaux  les  plus  applaudis, 
nous  citerons  le  duo  bouffe  des  maîtres-valets  et  les  couplets  :  Connais- 
sez-vous mon  domestique  ?  qui  valent  chaque  soir  à  Girardot  une  véritable 
ovation. 

*%  M.  Ch.  Rety  vient'  de  recevoir  les  Dragées  de  Suzette,  un  acte, 
paroles  de  M.  Jules  Delahaye,  et  le  Buisson  vert,  paroles  de  M.  Michel 
Carré,  musique  de  M.  Gastinel,  l'auteur  de  VOpéra  aux  fenêtres,  opérette 
jouée  avec  beaucoup  de  succès  aux  Bouffes-Parisiens. 

t%  Nous  avons  publié  déjà  le  programme  du  théâtre  Italien.  La  réou- 
verture est  fixée  au  2  octobre.  La  Sonnambula,  de  Bellini,  inaugurera 
la  nouvelle  saison.  Mlle  Battu  et  M.  Gardoni  chanteront  les  principaux 
rôles.  Le  second  opéra  dans  lequel  paraîtra  Mlle  Battu  sera  la  Marta,  de 
F.  de  Flotow.  La  jeune  cantatrice  sera  secondée  par  Mario,  Graziani  et 
Mlle  Edenska,  le  nouveau  contralto. 

„*„  Le  théâtre  Déjazet  a  fait  sa  réouverture  vendredi  par  Monsieur 
Garai,  la  première  représentation  de  Matelot  et  fantassin,  vaudeville  en 
un  acte,  et  le  Docteur  Tam-Tam,  opérette  de  M.  F.  Barbier.  Dans  cette 
dernière  pièce,  on  a  beaucoup  applaudi  Tissier,  qui  rentrait  dans  le  rôle 
du  docteur  Bémolini,  M.  Geoffroy,  jeune  transfuge  des  Bouffes,  et  enfin 
Mlle  Rey,  qui  affrontait  pour  la  première  fois  le  public  et  qui  a  obtenu 
un  succès  honorable.  —  Incessamment  aura  lieu  la  reprise  de  l'iandli, 
de  F.  de  Flotow. 

$%  Les  recettes  des  théâtres  de  Paris  se  sont  élevées,  pendant  le  mois 
d'août,  à  la  somme  de  1,115, 130  fr.  21  c.  Dans  ce  chiffre,  les  théâtres 
impériaux  figurent  pour  273,003  33  ;  les  théâtres  secondaires,  pour 
646,093  08,  et  enfin  les  concerts,  bals,  etc.,  etc.,  pour  -196,033  80.  Les 
recettes  du  mois  correspondant  de  l'année  1859  n'avaient  été  que  de 
643,881  fr.  13  c. 

**.,,  Un  grand  concours  d'orphéons,  organisé  par  les  associations  des 
artistes  musiciens  de  France  et  les  sociétés  chorales  de  la  Seine,  aura 
lieu  à  Livry-Sévigné,  le  dimanche  23  septembre,  à  midi.  Le  concours 
sera  précédé  d'une  messe  solennelle  qui  sera  chantée  par  une  des  so- 
ciétés chorales  de  la  division  supérieure. 

.  **,.  Roger  a  quitté  Bade  dimanche  dernier  pour  se  rendre  à  Wiesbaden, 
où  il  doit  donner  trois  représentations  ;  de  là  le  célèbre  ténor  se  rendra 
à  Manheim,  puis   à  Hambourg  et  à  Berlin. 

+*t  Cédant  aux  désirs  de  plusieurs  artistes  et  amateurs  venus  de  la 
province  et  de  l'étranger  pour  recevoir  ses  conseils,  M.  Ch.  Stamaty  a 
donné,  dans  les  salons  de  MM.  Pleyel-Wolff  et  Ce,  une  soirée  intime  dans 
laquelle  il  a  fait  entendre  celles  de  ses  compositions  qui  pouvaient  mettre 
le  plus  en  relief  les  qualités  si  diverses  de  son  jeu.  Dans  les  différents 
morceaux  qu'il  a  exécutés ,  entreautres  sa  sonate,  sa  fantaisie  sur 
Richard,  sa  Valse  des  oiseaux,  et  Souffle  de  printemps,  il  a  su  tour  à 
tour  captiver  et  charmer  son  auditoire  par  l'exécution  la  plus  chaleu- 
reuse et  les  accents  les  plus  sympathiques  ;  enfin,  secondé  par  un 
instrument  merveilleux,  i!  s'est  montré  une  fois  de  plus  le  pianiste- 
compositeur  que  nous  connaissons  et  que  nous  avons  si  souvent  ap- 
précié. 

x*x  M.  Joseph  Wieniawski,  venant  de  Ilombourg  et  Wiesbaden,  est  ar- 
rivé à  Paris. 

„**  Strasbourg,  Montpellier  et  Bayonne  viennent  de  mettre  à  l'étude 
le  Pardon  de  Ploermel.  Toutes  les  grandes  villes  de  la  province  s'empres- 
sent d'ailleurs  de  remonter  le  grand  succès  de  la  saison  dernière. 

.**  Mlle  Trebelli  vient  de  quitter  Paris  pour  se  rendre  à  Berlin. 

»*„,  Les  amateurs  de  la  musique  de  Mozart  apprendront  sans  doute 
avec  intérêt  qu'on  à  découvert,  parmi  les  trésors  de  la  Bibliothèque 
royale  de  Munich,  un  autographe  jusqu'ici  inconnu  de  Mozart,  et  qui 
ne  se  trouve  cité  nulle  part.  C'est  l'air  italien,  pour  soprano,  Fret  cento 
affanni  e  cento.  Cet  air  a  été,  d'après  l'inscription  qu'il  porte,  écrit  par 
Mozart  à  Milan,  en  1770,  alors  qu'il  n'avait  que  quatorze  ans,  et  pendant 
qu'il  faisait  exécuter  avec  un  grand  succès  sa  quatrième  composition 
dramatique,  l'opéra  Mitridate  rè  di  Ponto. 

„%  M.  Angelo  Cunio,  pianiste-compositeur  encore  inconnu  à  Paris, 
mais  dont  les  œuvres  ont  en  Angleterre  une  valeur  et  une  vogue  incon- 
testables, va  publier  à  Paris  quatre  morceaux  auxquels  nous  prédisons 
un  véritable  succès  ;  en  voici  les  titres  :  Constance,  allegretto  ;  Mon  para- 
dis, andante  grazioso;  Vivacité,  caprice  galop,  et  Idylle,  andante. 

„,**  Du  11  au  14  septembre,  aura  lieu  un  festival  à  Worchester  :  le 
programme  se  compose  entre  autres  de  à  oratorios  :  Paulus,  les  Choses 


dernières,  Elie  et  le  Messie;  de  plus,  16  morceaux   tirés  de  la  Création, 
de  Haydn,  et  2/j  morceaux  tirés  de  Judas  Machabee. 

t*»Mlle  Charlotte  de  Tiefensée,  qui  s'est  fait  entendre  à  plusieurs  re- 
prises avec  suesès  à  Paris,  il  y  a  quelques  années,  après  avoir  parcouru 
brillamment  l'Allemagne  et  la  Russie,  n'a  pas  été  moins  bien  accueillie  à 
Londres,  où  elle  a  passé  la  dernière  saison.  Mlle  Charlotte  de  Tiefensée 
possède  une  fort  belle  voix  de  soprano,  qui  descend  facilement  aux  notes 
basses  du  contralto,  et  à  laquelle  le  travail  a  donné  une  grande  agilité. 
Mlle  de  Tiefensée  a  chanté  non-seulementdans  les  grands  concerts  publics 
de  Hanover-square-room,  du  théâtre  italien  de  Covent  Garden,  à  Floral- 
Hall,  etc.,  mais  elle  a  eu  l'honneur  d'être  invitée  à  Buckingham  palace, 
au  concert  de  la  cour,  et  de  chanter  devant  S.  M.  la  reine  Victoria,  le 
prince  Albert  et  les  autres  membres  de  la  famille  royale,  qui  lui  ont 
témoigné  de  la  manière  la  plus  flatteuse  leur  satisfaction. 

***  Une  pétition  des  directeurs  des  principaux  théâtres  allemands, 
concernant  les  réformes  à  introduire  dans  l'organisation  des  établisse- 
mentsdramatiques.vient  d'être  adressée  aux  souverains  de  l'Allemagne.  Ce 
document  important  a  été  rédigé  par  une  commission  composée  de 
MM.  Achenbach,  de  Mannheim  ;  Dingelstedt,  de  Weimar,  et  Edouard 
Devrient,  de  Carlsruhe. 

t%  Les  journaux  du  Midi  parlent  avec  beaucoup  d'éloges  d'un  de 
nos  pianistes-compositeurs  les  plus  distingués,  M.  Emile  Albert,  qui 
vient  d'y  donner  plusieurs  concerts  très-suivis.  Nous  lisons  entre  autres 
dans  la  Gazette  du  Midi,  de  Marseille  :  «  Lundi  dernier,  dans  les  salons 
de  M.  Clary,  une  assemblée  nombreuse  et  brillante  avait  répondu  à 
l'appel  de  M.  Albert,  qui  s'est  montré  tout  à  fait  à  la  hauteur  de  ce  qu'on 
attendait  de  lui.  Le  jeu  de  M.  Albert  est  d'une  netteté  et  d'une  élégance 
parfaites  ;  bien  qu'il  exécute  des  traits  familiers  aux  prestidigitateurs  du 
piano,  ce  n'est  pas  la  difficulté  précisément  que  recherche  cet  artiste 
plein  de  goût;  c'est  grâce  au  charme  d'un  style  tour  à  tour  simple, 
brillant,  et  toujours  distingué,  qu'il  obtient  des  effets  réservés  au  seul 
talent  véritable.  Les  compositions  de  M.  Albert  sont  remarquables  par 
la  science  harmonique  et  la  facilité  des  mélodies  ;  on  sent  que  l'auteur 
s'inspire  de  l'école  allemande,  sans,  toutefois,  en  avoir  contracté  les 
défauts.  Ses  trois  études  mélodiques  sont  empreintes  principalement  de 
cette  inspiration.  »  Parmi  les  morceaux  de  divers  genres  dont  se  com- 
posait le  programme  de  cette  soirée,  ceux  qui  ont  été  les  plus  applau- 
dis sont  :  le  Trio  de  salon,  pour  piano,  violon  et  violoncelle  ;  Etudes 
mélodiques;  les  Folies  d'Espagne,  morceau  de  genre,  et  Michelemmà, 
variations  brillantes  sur  un  air  napolitain. 

»*„  Pour  répondre  aux  nombreuses  demandes  qui  sont  parvenues  aux 
éditeurs  au  sujet  des  chœurs  dont  nous  avons  parlé  dans  notre  dernier 
numéro,  nous  sommes  priés  d'annoncer  que  la  collection  du  Répertoire 
des  Orphéons  et  des  Sociétés  chorales  paraîtra  dans  le  courant  de  la  se- 
maine prochaine.  Cette  première  série  se  composera  de  vingt  chœurs 
tirés  des  opéras  d'Auber,  de  Flotow,  Gluck,  Halévy,  Maillart,  Meyer- 
beer  et  Rossini. 

t%  On  parle  d'instituer  en  Italie  une  grande  fête  littéraire  dans  le 
genre  des  solennités  qui  ont  eu  lieu  l'année  dernière  en  Allemagne,  pour 
célébrer  le  100e  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller.  Cette  fête  est 
fixée  provisoirement  à  l'année  1866.  La  principale  cérémonie  serait  l'i- 
nauguration, à  Florence,  de  la  statue  de  Dante  Alighieri,  dont  l'exécution 
est  confiée  au  sculpteur  Enrico  Pazzi,  de  Ravenne.  Le  gouvernement 
piémontais  s'est  inscrit  à  la  souscription  nationale  pour  la  somme  de 
400  francesconi. 

»*„  On  lisait  dernièrement  dans  un  des  courriers  de  Paris  de  V Indé- 
pendance belge:  «  A  propos  de  l'Opéra,  on  se  remue  beaucoup  en  ce  mo- 
ment dans  le  monde  diplomatique  russe,  pour  y  faire  représenter  en- 
core un  ouvrage  posthume  d'un  compositeur  russe  nommé  Bortniansky; 
c'est  le  prince  russe  W...,  qui  s'est  mis  entête  défaire  représenter 
l'opéra  de  Bortniansky  à  Paris.  Il  compte  d'abord  pour  populariser  cette 
musique  donner  à  Paris  plusieurs  concerts.  Pour  cela  il  fait  venir  de 
Saint-  Pétersbourg  une  Société  de  chanteurs  russes  appartenant  pres- 
que tous  à  la  chapelle  impériale  qui  se  compose  d'un  corps  d'artistes 
dont  l'exécution  est  admirable  et  n'a  pas  de  rivale  au  monde.  L'E- 
glise grecque  n'admet  l'intervention  d'aucun  instrument  de  musique 
dans  ses  cérémonies  religieuses.  Ces  chanteurs  sont  donc  exercés  à  exé- 
cuter de  la  musique  sans  accompagnement.  C'est  seulement  à  la  chapelle 
de  Russie  que  l'on  emploie  des  voix  de  basses-contre,  moins  rares  en 
ftussio  que  partout  ailleurs,  et  dont  la  portée  s'étend  quelquefois  jus- 
qu'au la  grave,  deux  notes  au-dessous  de  l'«(  à  vide  du  violoncelle. 
L'effet  de  ces  voix  doublant  â  l'octave  les  parties  de  basses-tailles  est  ini- 
maginable. Ce  sont  de  véritables  contre-basses  humaines  dont  on  ne  peut 
se  faire  une  idée  sans  les  avoir  entendues.  Le  corps  de  chanteurs  rus- 
ses, amenés  par  le  prince  W. . .,  compte  plusieurs  de  ces  basses-contre, 
et  notamment  un  homme  qui  a  une  grande  réputation  de  talent  en 
Russie,  M.  Ivan  Norrowine,  qui  aura  à  Paris  autant  de  succès  avec  sa 
voix  que  Bottesini  avec  sa  contre-basse.  L'opéra  de  Bortniansky  que  le 
prince  W. . .  veut  faire  représenter  à  Paris,  a  été,  assure-t-on,  retrouvé 
dans  les  papiers  de  ce  compositeur.  Le  poème  avait  été  écrit  parPousch- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


kine.  Dans  cet  opéra  il  y  a  plusieurs  chœurs  sans  accompagnement.  Ce 
sont  ces  chœurs  que  nous  entendrons  dans  les  concerts.  Bortniansky, 
compositeur  totalement  ignoré  en  France,  était  maître  de  chapelle  de 
l'empereur  de  Russie  et  a  exercé  cet  emploi  depuis  1782  jusqu'à  1826, 
époque  de  sa  mort.  Sa  musique  emprunte  tout  son  effet  au  judicieux 
emploi  des  masses  chorales  dont  il  connaissait  toutes  les  ressources. 
C'est  de  l'harmonie  correctement  écrite  acquérant  une  grande  valeur 
à  l'exécution.  La  civilisation  est  toute  nouvelle  en  Russie.  L'art  n'y 
compte  pas  de  tradition  dans  le  passé.  Toute  la  musique  qu'on  exécute 
à  la  chapelle  de  l'empereur,  toute  la  musique  russe  que  Ton  exécute 
dans  les  concerts,  date  du  xvmc  siècle. 

»*„  Au  nombre  des  nouvelles  publications  pour  le  piano  dont  ia  vogue 
paraît  assurée,  nous  signalerons  les  œuvres  13,  14  et  15  d'Aloys  Kunc; 
cette  dernière  surtout,  intitulée  l'Hirondelle  du  prisonnier,  sera  l'un  des 
beaux  succès  de  la  Saison  musicale.  N'oublions  pas  non  plus  de  men- 
tionner le  nouveau  caprice  de  F.  Dolmetsch  :  Refrain  militaire,  morceau 
très-bien  réussi,  et  que  nous  recommandons  à  l'attention  des  pianistes. 

„**  Le  compositeur  Louis  Boehner,  le  prototype  du  maître  de  cha- 
pelle Jean  Kreyssler,  bien  connu  des  nombreux  admirateurs  d'Hoffmann, 
a  laissé  une  sonate  fort  originale  qui  vient  de  paraître  à  Gotha. 

3%  Pendant  que  l'Opéra  voit  grandir  chaque  soir  le  succès  de  Sémira- 
mis,  les  éditeurs  du  Ménestrel  mettent  sous  presse  une  édition  modèle  de 
ce  chef-d'œuvre  de  Rossini,  ornée  d'un  double  portrait  de  l'illustre 
maître:  l'un  daté  de  Naples  1820,  l'autre  de  Paris  1860,  et  de  des- 
sins de  M.  Belin,  représentant  les  scènes  capitales  de  l'ouvrage.  Quant  à 
la  musique  avec  accompagnements  et  rentrées  d'orchestre  aux  points 
d'orgue  des  sœurs  Marchisio,  de  M.  Obin,  et  autres  détails,  les  amateurs 
auront  une  partition  des  plus  complètes,  des  plus  correctes;  clairement 
et  largement  gravée  sur  planches  du  Conservatoire;  conforme  en  tout  à  la 
représentation  de  l'Opéra,  avec  la  traduction  française  de  Méry,  sans 
omission  du  texte  italien.  Voilà,  certes,  de  quoi  séduire  les  500  pre- 
miers souscripteurs;  aussi  s'inscrit-on  avec  le  même  empressement  au 
bureau  de  location  de  l'Opéra  pour  la  représentation,  et  au  bureau  du 
Ménestrel  pour  la  nouvelle  partition. 

**„,  Le  Casino  vient  de  faire  sa  réouverture,  mais  Arban  étant  à  Bade, 
il  né  fera  sa  rentrée  avec  son  orchestre  que  le  1er  octobre  pour  l'inau- 
guration des  concerts. 

„**  M.  Antor,  doyen  des  artistes  musiciens  du  théâtre  royal  de  la 
Monnaie  et  l'un  de  ses  meilleurs  violons,  vient  de  mourir  à  Bruxelles  à 
l'âge  de  soixante-dix  ans.  Il  était  entré  à  l'orchestre  en  1803. 

„%  Jean-Louis  Heiberg,  le  créateur  du  vaudeville  danois,  est  mort, 
dans  sa  soixante-neuvième  année,  à  Bonderux  (Seeland)  :  il  était  né  à 
Copenhague,  le  14  décembre  1791,  et  commença  par  étudier  la  médecine, 
à  laquelle  il  renonça  bientôt,  pour  se  consacrer  au  théâtre.  A  l'âge  de 
vingt-trois  ans,  il  écrivit  un  Don  Juan  pour  le  théâtre  des  Marionnettes. 
Plus  tard,  il  s'éprit  pour  les  drames  de  Calderon,  qu'il  imita  dans  une 
pièce  qui  fut  jouée  en  1817.  De  1819  à  1822,  il  vécut  à  Paris,  où  son 
goût  pour  le  vaudeville  lui  fit  concevoir  l'idée  de  ses  Singspiel  (pièces  â 
ariettes),  qu'il  introduisit  sur  la  scène  danoise,  et  qui  sont  de  véritables 
comédies  nationales. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„,*,  Lyon.  —  La  direction  du  Grand-Théâtre  vient  d'engager  pour  trois 
mois,  avec  faculté  de  renouveler  le  traité,  la  célèbre  Mme  ritoltz,  aujour- 
d'hui au  théâtre  de  Lisbonne.  Mlle  Rey-Ballà\  qui  a  déjà  obtenu  de  grands 
succès  à  Lyon,  doit  reparaître  à  la  fin  de  ce  mois.  En  attendant,  Mlle  Cos- 
tan,  première  chanteuse  de  Montpellier,  supporte  vaillamment  le  poids 
du  répertoire.  M.  Bovier-Lapierre  a  fait  son  deuxième  début  dans  Robert 
le  Diable  ;  il  a  parfaitement  réussi.  Le  chef-d'œuvre  du  maître  servait 
en  même  temps  de  pièce  de  rentrée  à  M.  Mathieu,  première  basse  de 
grand  Opéra. 

**%  Dunkerque.  —  A  l'occasion  des  fêtes,  V Orphéon  a  donné  un  grand 
concert  auquel  ont  pris  part  Mme  Sanchioli,  une  des  premières  canta- 
trices de  l'Italie,  et  le  violoniste  Buzzini.  Les  deux  artistes  ont  été  reçus 
membres  honoraires  do  l'Orphéon  dunkerquois.  Mme  Sanchioli  doit  se 
faire  entendre  le  17  à  Boulogne,  puis  se  rendre  à  Nice,  où  elle  est  en- 
gagée pour  chanter  le  Prophète. 

„*,,  Arras.  —  Notre  Société  philharmonique  avait  convoqué  pour  son 
concert  annuel  trois  célébrités  qui  lui  assuraient  d'avance  un  triple 
succès  :  Graziani,  Mme  Nantier-Didiée  et  Servais.  Aussi  la  foule  assiégeait- 
elle  d'avance  la  salle,  empressée  d'entendre  ces  sommités  artistiques. 
Mme  Nantier  n'a  pas  eu  de  peine  à  provoquer  de  nombreuses  salves  d'ap- 
plaudissements, en  chantant  l'air  de  V Italienne  à  Alger,  la  ballade  du 
Trouvère,  la  romance  de  Maria  di  Rohan,  et  avec  Griaziani  les  duos  de 
Marta  et  de  la  Traviata.  Graziani,  de   son  côté,    l'émineut   artiste  du 


théâtre  Italien,  a  dit  de  sa  belle  voix  l'air  de  la  Slraniera,  la  romance 
de  Maria  Padilla  et  Io  t'amero,  de  Stranzieri;  il  a  constamment  captivé 
son  auditoire,  et  partagé  le  triomphe  de  Mme  Nantier-Didiée.  La  partie 
tnstrumentale  était  tenue  par  l'illustre  Servais  qui,  dans  son  adagio  re- 
ligioso  et  suivi  d'un  rondeau  militaire,  dans  une  fantaisie  slave,  égale- 
ment de  sa  composition,  et  dans  son  caprice  si  original  de  Maître  Corbeau, 
a  déployé  toutes  les  ressources  de  son  immense  talent.  EnfiD,  comme 
morceau  symphonique,  notre  habile  chef  d'orchestre,  M.  François  Lam- 
ber,  nous  faisait  entendre,  pour  la  première  fois,  la  marche  composée 
par  Meyerbeer,  en  l'honneur  de  Schiller.  Le  caractère  grandiose  de 
cette  marche  et  l'ensemble  avec  lequel  elle  a  été  rendue  ont  produit  la 
plus  grande  sensation.  La  fête  a  été  complète  de  tout  point. 

„.**  Carcassonne.  —  On  annonce  comme  très-prochaine  la  première 
représentation  de  Simon  de  M  ml  fort,  opéra  inédit,  paroles  de  M.  Louis 
Metgé,  musique  de  M.  Germain.  Les  frais  de  cette  nouvelle  tentative  de 
décentralisation  seront  supportés  par  une  souscription  locale,  en  faveur 
de  laquelle  la  ville  s'est  inscrite  pour  1,000  fr. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„.%  Londres.  —  L'opéra  anglais  ouvrira  au  théâtre  de  Sa  Majesté  le 
8  octobre  par  le  Robin  Ho  d,  de  Macfarrens.  —  Les  concerts  donnés 
sous  la  direction  de  M.  Alfred  Mellon  à  Floral-Hall  sont  toujours  très- 
suivis.  Cette  vogue  s'explique  d'ailleurs  par  la  variété  du  programme, 
qui  tantôt  est  composé  de  musique  légère  et  tantôt  de  musique  reli- 
gieuse, et  des  oratorios  des  grands  maîtres. 

„*»  Bruxelles.  —  Mlle  Listscher  a  débuté  dans  Guillaume  Tell.  La  peur 
paralysait  tellement  la  débutante  qu'il  serait  peu  équitable  de  la  juger 
d'après  cette  première  audition. 

„%  Spa.  —  Le  7  septembre  a  eu  lieu  dans  le  grand  salon  de  la  Re- 
doute un  concert  auquel  ont  pris  part  Mme  de  Guingand,  M.  Puhem, 
professeur  de  cornet  à  piston  et  de  trompette  au  Conservatoire  de 
Bruxelles,  et  M.  Gits,  professeur  do  piano  à  Londres.  Mme  de  Guingand 
est  un  talent  jeune  et  agréable  ;  elle  a  chanté  avec  beaucoup  de  goût  et 
de  sentiment  les  trois  airs  qu'elle  a  empruntés  au  Pardon  de  Ploërmel,  à 
V Ambassadrice  et  aux  Dragons  de  Villars. 

t,*i,  Hambourg.  —  Car'.  Formés,  qui  a  donné  ici  quelques  représenta- 
tions, est  surson  départ. — La  première  nouveauté  que  nous  entendrons  dans 
cette  saison  est  Diane  de  Solange,  par  le  duc  de  Saxe-Gotha.  —  La  re- 
prise du  Pardon  de  Ploërmel  a  été  des  plus  brillantes.  Mlle  Lita  s'est  sur- 
passée dans  le  rô'e  de  Diuorah  ;  aussi  la  partition  et  les  artistes  ont-ils 
été  accueilis  avec  un  véritable  enthousiasme. 

t%  Berlin.  —  M.  Marx,  directeur  de  musique  à  l'Université,  et  le 
maître  de  chapelle  Dorn,  sont  chargés  d'écrire  les  différentes  composi- 
tions qui  doivent  être  exécutées  pour  le  50e  anniversaire  de  la  création 
de  l'Université.  —  Orphée  aux  enfers  se  maintient  toujours  au  répertoire. 
Le  nombre  des  représentations  a  déjà  dépassé  le  chiffre  de  soixante.  — 
Mme  Miolan-Carvalho  débutera  très-prochainement  à  l'opéra  Royal  dans 
le  Harbier.  La  charmante  cantatrice  parisienne  chantera  tous  les  airs 
en  italien  et  dira  le  dialogue  en  français.  Les  autres  rôles  seront  joués 
et  chantés  en  allemand.  —  Roger  est  engagé  à  l'opéra  italien  du  théâtre 
Victoria  de  cette  ville. 

**„,  Vienne.  —  M.  Eckert  s'est  démis  de  ses  fonctions  de  directeur  de 
l'opéra  de  la  Cour,  dont  l'administration  est  confiée  provisoirement  à 
M.  Schober,  régisseur  en  chef.  La  situation  de  cet  établissement  ne  pa- 
raît pas  être  des  plus  prospères  :  le  déficit  va  croissant  d'année  en  année. 
Les  pièces  nouvelles  qu'on  nous  avait  promises  sont  ajournées  d'une 
saison  à  l'autre.  —  Le  maître  de  chapelle  de  la  cour,  Randhartiger,  se 
propose  de  faire  ériger  un  monument  a,  Beethoven  aux  environs  de 
Vienne,  près  de  Heiligenstadt  ;  le  sculpteur  Fernkorn  s'est  offert  à  mo- 
deler et  à  faire  fondre  la  statue  de  Beethoven  à  ses  frais.  Pour  faire 
face  aux  dépenses  préparatoires,  M.  Randhartiger  doit  donner  à  Hei- 
ligenstadt un  concert  auquel  Bubinstein  prêtera  son  appui.—  Le  4  sep- 
tembre, reprise  de  Fra  Diavolo  ;  le  rôle  principal  a  été  chanté  par 
M.  Wachtel. 

„,%  Brunswick.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel 
vient  d'obtenir  le  plus  éclatant  succès. 

„*»  Leipsig.  —  Dans  le  courant  d'août,  le  théâtre  de  la  ville  a  repré- 
senté les  opéras  suivants  :  Zampa,  de  Hérold  ;  le  Prophète,  de  Meyer- 
beer (Jean  de  Leyde,  Niemann);  la  Juive,  d'ilalévy  (Eléazar,  Niemann); 
Huguenots  (Rabul,  Niemann);  Tunnhaeuser,  de  Wagner  (Niemann)  ;  la 
Dame  blanche,  de  Boïeldieu. 

t%  Munich.—  Il  vient  de  nous  arriver  une  société  d'artistes  qui  se 
qualifie  :  Première  chapelle  nationale  musicale  de  Pesth,  et  qui  offre  beau- 
coup d'intérêt.    L'orchestre  se  compose  de   trois  premiers  violons,  de 


DE  PARIS. 


327 


trois  seconds  violons,  basse  de  viole,  contre-basse  et  du  cimbal,  instru- 
ment à  vingt-huit  cordes;  on  enjoué  en  les  frappant  avec  deux-baguei- 
tes  dont  les  extrémités  sont  enveloppées  de  coton.  Ces  douze  instruments 
produisent  un  merveilleux  effet,  surtout  dans  l'exécution  des  mélodies 
et  danses  nationales,  toutes  notées  dans  le  mode  mineur.  Le  public  les 
salue  d'applaudissements  enthousiastes  et  ne  se  lasse  pas.de  les  en- 
tendre. 

„%  Hanovre.  —  M.  Steger,  de  Vienne,  remplacera  le  ténor  Memann. 
M.  Steger  recevra  la  somme  de  5,000  écus  pour  une  année. 


■Chez  G.  BRANDUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu  (au  1e'), 


Le  Pardon   de   Ploë'rme.l  vient  d'entrer   en   répé- 


„,**  Copenhagu 
tition. 

„*„.  Milan.  —  Le  théâtre  de  la  Scala  vient  de  donner  ia  première  re- 
présentation de  VAssedio  di  Firenza,  du  maestro  G.  Bottesini.  Cet 
opéra  a  été  accueilli  assez  froidement,  non  pour  la  musique  qui 
renferme  de  grandes  beautés,  mais  à  cause  de  l'exécution  qui  a  été 
faible.  Bottesini  a  été  beaucoup  applaudi,  mais  n'a  pas  été  rappelé  ; 
somme  toute,  beaucoup  d'éloges  mais  peu  d'enthousiasme.  Le  public  de 
la  seconde  représentation  a  accueilli  plus  chaleureusement  l'œuvre  du 
jeune  maître,  et  nous  sommes  certains  que,  si  l'exécution  devient  meil- 
leure, VAssedio  di  Firenza  prendra  au  répertoire  une  place  fort  honorable. 
—  Un  autre  jeune  compositeur,  le  maestro  Cagnoni,  auteur  du  fameux 
Don  Bucefalo,  a  fait  représenter  sur  notre  théâtre  avec  un  grand  succès 
un  nouvel  opéra,  il  Vecchio  délia  montagna.  —  JI.  le  marquis  Jules  Ter- 
zaghi  a  été  nommé  directeur  des  théâtres  royaux  de  cette  ville. 


LE  RÉPERTOIRE  DU  CHANTEUR  n=lx^ 

chant  des  plus  célèbres  compositeurs  anciens  et  modernes,  classés  pour 
les  différentes  voix. 

18   VOLUMES   FORMAT    Ifi-8". 

Prix  du  volume  :    lïit.  net;  richement  relié  :  16  fr.  net. 
Chaque  volume  contient  23  morceaux,  avec  paroles  françaises  ou  italiennes. 

1  volume  contenant  G©  morceaux  appropriés  aux 
exercices  «le  chant  dans  les  pensionnai»». 

U|  VDC  CDAMPAIQF  (Edition  populaire),  choix 
Lin  IL  rOHll^JUdË,  d>irs  d'opéras,  duos,  roman- 
ces, etc.,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  auteurs  anciens  et 
modernes. 

200  livraisons.  —  Prix  de  chaque  :  25  c.  nf.t. 


facteur    de   pianos,    médaille    d'or,  Exposition   1849;   Mé- 
daille de  1"  classe  Exposition  universelle  1855.  Spécialité 
de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les  Expositions,  des  récompenses 
méritées  par  l'excellence  de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la  réputation 
est  justement  établie.  Elle  vient  de  mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de 
piano  droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne  laisse  rien  à  désirer 
sous  le  double  rapport  de  la  quantité  et  de  la  qualité  du  son.  Magasin, 
rue  lloiiluiarf re,  161. 


MAISON    H.     IlEiIMi    pianos,  AS,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  môme  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  a  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  ■ 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


En  vente  chez  A.  IKELMER  et  C,  éditeurs, 
11,  rue  Rougcmont. 


î§oe  de:  chant 

MANGEANT. 

Les  Refrains  baroques,  ronde 2 

La  Plaine  des  Vertus,  ronde 2 

HIGNARD. 

Le  Nouveau  Pourceaugnac,  partition  in-8°, 

pour  piano  et  chant net    6 

Romances  pour  pensionnats,  par 

BLANCHARD. 

Dodo,  l'enfant  do,  romance 2 

Entrez  dans  la  danse,  romance 2 

Je  vous  vends  mon  corbillon,  chansonnette  2 

Madame  est  sur  la  sellette,    '         id.  2 

Pigeon  vole,  valse-cnansonnette ♦.  2 

Petit  bonhomme  vit  encore,  chansonnette.  2 

Les  Maisonnettes,  id.  2 

Monsieur  Jeudi,  id.  2 

Fi,  le  gourmand,  id.  2 

S.i'n  «lours  gras  «te  Madame. 

Quadrille   pour   piano,   par 

SYLVAINl  MANGEANT. 

A  2  mains k  50  —  A  4  mains 4 

Pour  orchestre 9     » 


ALPHONSE  SAX 


(«JUNIOR  ).     —    Neuf 
brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement. 

Instruments  !$;ixniiiiiitoiii<jiies.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  (Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  do  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécauisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


Cher,  «.  BKANnus  et  S.   ULFOUR,  éditeurs,    103,  rue  Rlcnelieu,  au  1". 

LE  ROMAN  D'ELVIRE 

Opéra- comique  en  trois  actes,  parles  de   MM.   AEXAISDRE  DUMAS  et   DE  LEUVEPf  ;  musique  de 

THOMAS 

Partition  in-8°.  (De  l'institut.)  Prix  net  s  15  fr. 

Les  Airs  détachés  avec  accompagnement  de  Piono,  par  Bazille. 

en.  1IKSS».  —  Bouquet  de  mélodie 7  50    |    KETTERER.  —  Fantaisie-transcription 7  60 

Quadrille  par  Arban.  —  Polka   par  Ettling. 


328 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS.' 


Chez  E.  GERARD  et  Cie  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,  18,  à  Paris. 


UÙWB1  IkltWK 


t 


Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  THÉAULON,  musique  de 

F.  Hérold 

Partition  in-S°,  piano  et  chaut,  disposée  pour  la  conduite  île  l'orcuegtre,  prix  net  :   i«  fr. 
Parties  d'orchestre,  prix  marqué  :  «OO  fr. 


MORCEAUX  DÉTACHÉS  AVEC  ACCOMPAGNEMENT  DE  PIANO,  PAR  LÉO  DELIBES.  -  OUVERTURE  POUR  PIANO,  PRIX:  6  FR-;  POUR  ORCHESTRE,  PRIX  :   15  FR. 

Prix  marqué. 

9.  Duo  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  et  M.  Delaunay-Ricquier: 

Plaisir  extrême,  heureux  moment 6     » 


PREMIER  ACTE  P»*  marqué. 

1.  Introduction  et  chœur  :  Livrons-nous  à  l 'allégresse .   ...     6  » 

2.  Air  chanté  par  M.  Fromamt  :  Les  Fillettes  de  ce  village  .     5  » 

3.  Air  chanté  par  M.  Delaunay-Ricquier  :  Gentille  rosière  .     b  » 

4.  Ronde  chantée  par  Mlle  Girard  :  De  ce  village 2  50 

5.  Quatuor  chanté  par  Mmes  Girard,  Vadé,  MM.  Delaunay- 

Ricquier  et  Gabriel  :  Demeurez,  aimable  Florette   .    .     9  .> 

6.  Finale  et  chœur  :  Quel  beau  jour  et  quel  plaisir    ....     6  » 

DEUXIÈME  ACTE 

7.  Morceau  d'ensemble  :  Quel  maintien  enchanteur 9  » 

8.  Romance  chantée  par  Mlle  A.  Faivre  :  Je  suis  sage,  j'ob- 

tins la  rose 


2  50 


10.  Finale:  Jeunes  beautés,  avant  peu  parmi  vous 9 

TROISIÈME    ACTE 

11.  Air  chanté  par  Mlle  A.  Faivre  :  Adieu,  rose  à  peine  éclose  2  50 

12.  Trio  chanté  par  Mlles  Girard,  Faivre  et  M.   Fromaxt  : 

Laissez-moi,  Bastie7i,  laissez-moi 7  50 

12  bis.  Duo  extrait  du  trio  :  Laissez-moi,  Bastien,  laissez-moi.  6    » 

13.  Petit  air  chanté  par  Mlle  Girard  :  Ah!  ah;  faut-il  à  mon 

âge! 2  50 

14."  Finale:  Le  Destin  trompe  mon  espérance 9     » 


arocvEA.iTTEs  iîivebsses 


OLIVIER   METRA 

Mêïasueolie,  suite  de  va'ses  pour  piano.  Prix  marqué 6     » 

pour  orchestre  complet.  Prix  net.  1  80 

_                  _               pour  petit  orchestre.   Prix  net.    .    .  1  25 

I^e  Reiidcaî-vons,  polka-mazurka  pour  piano.  Prix  marqué.  .  4  » 
_                          pour  orchestre.  Prix  net  .   .  I  25 


CHARLES   GOURLIER 

I>es  ©«seaux  du  fou,  fantaisie  pour  piano  et  violon  sur  les 

motifs  de  la  romance  de  Ferdinand  Michel.  Prix  marqué.   .     9    » 

TjroBïeiine,  variations  originales  pour  piano  et  violon  sur  un 

thème  favori  de  Mme  Malibran.  Prix  marqué 7  50 


TRIX    ACCORDÉ   A   L'UNANIMITÉ   A    l'EXPOSITlON 
UNIVERSELLE   DE    LONDRES   1851. 

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ouerre  et  de  lu  Marine  île  France. 

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JDLLIEN  ET  C°, 

214  ,   Régent    Street. 


MAISON  FONDÉE  EN  1803. 

INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVRE 


,011 


88,   rue  ttes  Marais  -  Saint  -  Martin ,   88 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MÉDAILLB    D'ARGENT    DE   lre   CLASSE 
A     L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE     PARIS    1855. 

t'arlriir    du    Conserratoire   et   de 
V Académie  Impériale  de  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

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Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


t"  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  184.9. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 

lr°  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAU 


lr°  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    OE    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Grande  médullle  d'or 

du  Mérite,  de  Prusse  (1846). 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur 

RUE   SAINT  ■ GEORGES,    50 

Seule  grande  médaille  d  honneur   à  1  Exposition  universelle  de  Paris  («S3S);   ~  Sf",e  S,am,e   ■»««1«»lle 

(Vauncit  Metlal)  à  l'Exposition  universelle  de  Londres  («S*»;. 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES    FAMILLES   DES     • 

TOMBAS.  SAX-TUBAS^  2*£°«f„  »SBS?'  ^KYx^SlSlf^ 


SAXHORNS. 


SAXOPHONES. 


TROMBONES-SAX. 


Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres; 

invention  brevetée  en  185». 
Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une  ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  issu. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  185». 


CLARINETTES  BASSES-SAX. 

Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes  Bassons, 
Caisses  roulautes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales ,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


»IIHUE  CENTRALE   DE   NAPOLKON  l.H 


•,  HUE  bercèri:,  20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Dcpnrtcments  et  a  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aut 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


S*  39. 


REVUE 


23  Septembre  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Uelgique  cl  Suisse —     ai)  u        id. 

Étranger 34  >i       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


mm  p^îiïs, 


-wwjwrjvfjw^ 


Nos  siltonnés  reçoivent,   avec   le   numéro  de  ce  jour, 
I..4  FILEVSE,  romance   sans   paroles   de    .»!Ii;.ydi;i.i>.soiu\- 

BitBTlIOlBÏ, 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opëra-Comique:  représentation  au  bénéfice 
des  clirétiens  de  Syrie;  Ma  tante  dort  ;  Mlle  Monrose  dans  le  rôle  do  Dinorah  ; 
le  Petit  Chaperon  rouge.  —  Biographie  universelle  des  musiciens,  par  I?étis 
père.  —  Correspondances  :  Vichy,  par  Adolphe  Botte  ;  Saint-Dizier,  par 
Em.  Mathieu  de  Slontcr.  —  Brevets  de  M.  Sas.  —  llevue  des  théâtres, 
par  !>.   A.  O.  Saint-Yves.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉBÀ-COIIQUE. 

Représentation  au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie.  — 
UStt  tante  dort,  ■ —  mile  Monrose  dans  le  rôle  de 
Dinorali.  —  E*e  Petit  VHtifieram   vowge. 

Les  éléments  choisis  par  M.  Beaumont  pour  la  représentation  qu'il 
a  donnée  lundi  au  bénéfice  des  chrétiens  de  Syrie  étaient  de  nature 
à  rendre  celle  représentation  aussi  brillante  que  fructueuse  ,  et  son 
attente  a  été  de  tout  point  justifiée.  La  salle  était  fort  bien  remplie. 
Comme  nouveauté  principale.  Mlle  Monrose  préludait  dans  l'air  de 
YOmbre  du  Pardon  de  Ploërmel  au  rôle  de  Dinorah  qu'elle  va  bientôt 
aborder.  Une  petite  pièce,  transfuge  du  théâtre  Lyrique,  faisait  sa  pre- 
mière apparition,  et  l'interprétation  de  tout  ce  qui  devait  être  représenté 
avait  été  confiée  à  l'élite  de  la  troupe  :  aussi  la  soirée,  qui  s'est  prolongée 
jusqu'à  près  d'une  heure  et  demie  du  matin,  n'a-t-elle  été  qu'une  longue 
suite  d'applaudissements,  de  bis  et  de  rappels.  —  Dans  les  Chaînes  à 
porteurs,  Couderc  s'est  montré  charmant,  et  Mlle  Lemercier  pleine  de 
verve  et  d'entrain.  Un  des  chefs-d'œuvre  de  Meyerbeer  :  V Étoile  du 
Nord,  était  la  partie  sérieuse  et  dramatique  de  la  représentation. 
On  sait  avec  quelle  supériorité  Mme  Ugalde  chante  le  rôle  de  Cathe- 
rine ;  elle  a  été/appelée  à  la  chute  du  rideau.  Un  petit  incident  s'est 
produit  au  moment  où  on  allait  commencer  le  premier  acte,  qui  de- 
vait seul  être  donné.  Le  public  avait  cru  que  l'ouverture  devait 
le  précéder  :  il  a  donc  demandé  à  grands  cris  celle  ouverture  ;  le 
régisseur   n'a   pas    eu   de  peine   à  faire  comprendre  à   l'assistance 


que  l'exécution  du  morceau  ne  figurant  point  au  programme,  la  di- 
rection n'avait  pas  dû  penser  qu'il  serait  demandé  et  ne  s'élait  point 
pourvue  du  double  orchestre  d'instruments  de  Sax  indispensable  pour 
l'exécuter.  Après  l'allocution  de  M.  Palianti,  le  rideau  s'est  levé  sur 
le  chœur  d'introduction,  et  l'œuvre  du  maître  a  été  écoutée  avec  une 
religieuse  attention. 

Le  petit  opéra  de  Caspers,  Ma  tante  dort,  dont  le  succès  avait 
été  si  franc  au  théâtre  Lyrique,  n'a  nullement  perdu  en  passant  à 
l'Opéra-Comique.  La  mélodie,  la  gaieté  qui  y  régnent  d'un  bout  à  l'autre 
n'ont  pas  été  moins  bien  appréciées  au  boulevard  des  Italiens  qu'au 
boulevard  du  Temple,  où  il  a  élé  interprété  avec  une  rare  perfection 
de  chant  et  d'orchestre.  Le  rôle  de  Martine  avait  été  une  excellente 
création  pour  Mme  Ugalde,  et  elle  s'y  est  encore  surpassée  lundi. 
Elle  a  dit  avec  un  comique  parfait  les  couplets  de  Scapin  est  mort, 
qui  ont  été  bissés,  et  le  délicieux  quatuor  deia  tante  dort  a  fait 
aussi  le  plus  grand  plaisir.  Le  rôle  de  Meillet  (Scapin)  était  échu  à 
Mocker,  qui  s'en  est  parfaitement  tiré.  Ponchard  a  su  faire  valoir  ce- 
lui du  chevalier.  On  a  rappelé  à  la  fln  Mme  Ugalde  et  Mocker. 

L'un  des  principaux  attraits  de  la  soirée  offerts  à  la  curiosité  du 
public  était  l'intermède,  qui  réunissait  trois  morceaux  du  Pardon  de 
Ploërmel;  aussi  était-il  attendu  avec  impatience  par  les  amateurs, 
empressés  d'établir  une  comparaison  entre  Mlle  Monrose  et  Mme  Cabel 
dans  l'exécution  de  l'air  devenu  si  célèbre  d'Ombre  légère.  Disons 
tout  de  suite  que  la  jeune  cantatrice  y  a  obtenu  un  succès  aussi  franc 
que  mérité.  Sa  voix  légère  et  souple  s'est  jouée  de  la  difficulté  des 
vocalises  répandues  dans  cet  admirable  morceau,  et  elle  l'a  joué  aussi 
bien  que  chanté,  avec  une  grâce,  une  distinction  et  une  intelligence 
qui  lui  ont  valu  de  chaleureux  bravos.  Cet  essai  fait  très-heureuse- 
ment augurer  de  la  manière  dont  elle  tiendra  le  rôle  de  Dinorah  lors- 
qu'elle aura  à  l'interpréter  tout  entier.  Les  amateurs  avaient  encore 
présent  au  souvenir  l'admirable  effet  produit  par  Barrielle  dans  l'au- 
dit du  Chasseur.  Cet  effet  s'est  renouvelé  lundi,  et  augmenté  si 
c'est  possible.  Après  le  duo  bouffe  du  Château  Trompette,  chanté 
de  la  façon  la  plus  plaisante  par  Berthelier  et  Mlle  Lemercier,  la  dé- 
licieuse musique  de  Fra  Diavolo,  si  bien  interprétée  par  Montaubry, 
a  fait  oublier  au  public  l'heure  déjà  très-avancée,  et  l'a  retenu  jusqu'à 
la  fin  de  cette  splendide  soirée,  dignement  close  par  la  cantate  de 
MM.  Beaumont  et  Cohen,  déjà  acclamée  à  la  solennité  du  15  août. 

On  a  repris  le  Petit  Chnperôh  rouge.  Nous  avons  rendu  compte 
de  cet  important  ouvrage  il  y  a  quelques  jours  à  peine,  et  nous 
n'aurions  pas  à  nous  en  occuper  si  le  rôle  du  comte  Rodolphe  n'avait 
pas  changé  d'interprète.  Montaubry  s'est  montré  comme  d'habitude 
le  comédien  hors  ligne  et  le  chanteur  élégant  que  nous  connaissons. 


330 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Lui  seul  du  reste  dan?  le  personnel  de  l'Opéra-Comique  pouvait  ac 
cepter  sans  faiblir  ce  rôle,  l'une  des  plus  belles  créations  de  Martin 
et  dont  plusieurs  passages  ne  sont  pas  dans  sa  voix.  Mme  Faure- 
Lefebvre  a  partagé  avec  Montaubry  le  succès  de  cette  représentation. 
M.  Warot  fait  chaque  jour  de  nouveaux  progrès;  il  a  dit  avec  un 
goût  exquis  la  romance  du  premier  acte. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

Par  F.-J.   Fétig. 
[Deuxième  édition,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié.) 

BALFE    (MICHEL-GUILLAUME). 

Balfe,  dont  le  nom  de  famille  est  Balph,  est  né,  le  15  mai  1808,  à 
Limerick  en  Irlande,  et  non  à  Dublin,  comme  il  est  dit  dans  le  Con- 
versalions-Lcxicon.  Doué  de  la  plus  heureuse  organisation  pour  la 
musique,  il  apprit  le  chant  et  le  piano  presque  en  se  jouant,  et  ne 
'fit jamais  d'étude  sérieuse  de  la  composition;  cependant  il  a  obtenu 
des  succès  comme  chanteur  avec  une  voix  médiocre,  il  accompagna 
au  piano  avec  beaucoup  d'intelligence  et  de  verve,  il  posséda  beau- 
coup d'habileté  dans  la  direction  des  orchestres;  enfin  il  a  improvisé 
une  vingtaine  d'opéras  peu  remarquables  par  l'invention,,  mais  où  il 
y  a  de  l'instinct,  un  bon  sentiment  d'harmonie  et  la  connaissance  de 
l'instrumentation .  Homme  d'esprit,  d'ailleurs,  et  plein  de  confiance  en 
lui-même,  il  a  su  tirer  de  ses  facultés  plus  d'avantages  qu'el'es  ne 
semblaient  en  promettre.  Son  père  et  le  musicien  Horn  furent  ses 
premiers  maîtres,  et  ses  progrès  furent  si  rapides,  qu'il  put  se  faire 
entendre  en  public  dès  l'âge  de  sept  ans,  dans  un  concerto  de  Viotti. 
Arrivé  à  Londres  à  peine  âgé  de  seize  ans,  il  chanta  le  rôle  du  chas- 
seur dans  quelques  représentations  du  Freyschûtz.  Dans  le  même 
temps  il  entra  dans  un  des  petits  théâtres  de  Londres  en  qualité  de 
chef  d'orchestre.  En  1825  il  lit  un  voyage  à  Rome  avec  une  riche 
famille  anglaise.  Dans  l'année  suivante,  il  écrivit  à  Milan  la  musique 
du  ballet  de  La  Permise,  pour  le  théâtre  de  la  Scala.  Arrivé  à  Paris, 
à  la  fin  de  cette  même  année  1825,  il  débuta  au  théâtre  Italien  sous 
le  nom  de  Balfi,  dans  le  rôle  de  Figaro  du  Barbier  de  Séville.  Sa  voix 
de  baryton  mal  timbrée  et  son  inexpérience  de  la  scène  étaient  des 
obstacles  trop  sérieux  pour  qu'il  pût  réussir  à  côté  des  excellents 
chanteurs  qui  brillaient  alors  sur  cette  scène. 

Peu  de  temps  après,  il  retourna  en  Italie.  Engagé  à  Plaisance  au 
printemps  de  1830,  il  y  chanta  pendant  toute  la  saison  ;  puis  il  se 
rendit  en  Sicile,  chanta  au  théâtre  de  Palerme,  et  y  donna  son  pre- 
mier opéra  sous  le  titre  de  I  Rivali.  En  1832  il  était  à  Florence,  où 
il  fit  jouer  l'opéra-bouffe  tin  Awertimcnto.  A  Milan,  il  chanta  en  1833 
au  théâtre  Carcano,  où  il  fit  représenter  Enrico  IV  al  passo  délia 
Marna,  nouvel  opéra  de  sa  composition  dans  lequel  Mlle  Roser,  de- 
venue sa  femme  depuis  peu  de  temps,  chanta  le  premier  rôle.  Les 
réminiscences  nombreuses  que  le  public  remarqua  dans  cette  parti- 
tion en  empêchèrent  le  succès.  Après  avoir  chanté  à  Bologne,  Balfe 
obtint  un  engagement  pour  le  théâtre  de  la  Fenice  à  Venise.  Ce  fut 
là  qu'il  eut  la  malheureuse  idée  de  mutiler  le  Crociato  de  Meyerbeer, 
en  y  introduisant  des  morceaux  de  sa  composition,  et  d'autres  de 
Rossini  et  deDonizetti.  L'indignation  de  l'Italie  contre  cet  acte  de  bar- 
barie obligea  Balfe  à  s'éloigner  de  ce  pays.  Arrivé  à  Londres  en  1835, 
il  y  donna  des  leçons  de  chant  et  écrivit  pour  le  théâtre  italien  YAs- 
sedio  di  la  Rochelle,  opéra  en  trois  actes  qui  eut  quelque  succès. 
Mme  Malibran  ayant  été  engagée  au  printemps  de  1836  pour  jouer 
l'opéra  anglais  au  théâtre  de  Drury-Lane,  Balfe  écrivit  pour  elle  The 
Maki  of  Artois,  dont  le  sujet  avait  beaucoup  de  ressemblance  avec 
celui  du  ballet  et  de  l'opéra  de  Clan',  joués  longtemps  auparavant  à 


Paris.  Peu  scrupuleux  sur  le  choix  des  idées,  il  en  avait  pris  dans 
plusieurs  partitions  en  vogue  pour  fabriquer  la  sienne  ;  mais  une 
valse  de.  Strauss,  dont  il  avait  fait  un  air  chanté  par  Mme  Malibran 
avec  une  verve  merveilleuse,  assura  le  succès  de  cet  ouvrage.  Le  27 
mai  1837,  il  donna  au  même  théâtre  Jeanne  Gray,  opéra  en  trois 
actes,  qui  ne  réussit  pas.  Dans  l'année  1838,  Balfe  fit  représenter  à 
Londres  Àmalia,  or  the  love  test  (Amélie  ou  l'amour  éprouvé),  puis 
Fahtaff;  Jeanne  d' Arc  fut  jouée  en  1839.  Tout  cela  était  écrit  trop 
rapidement  pour  prendre  place  parmi  les  belles  œuvres  d'art  ;  ce- 
pendant les  connaisseurs  reconnurent  des  progrès  dans  Falsiiff, 
sous  le  rapport  de  l'originalité  du  style.  Le  Diadesté,  joué  en  1839, 
ne  réussit  pas.  Chargé  de  la  direction  de  l'orchestre  du  théâtre  de 
Drury-Lane,  Balfe  ne  donna  pas  d'ouvrage  nouveau  en  1840;  dans  cette 
même  année  et  dans  la  suivante,  il  fit  des  voyages  en  Irlande  et  en 
Ecosse  avec  sa  femme  et  le  célèbre  pianiste  Thalberg,  pour  y  donner 
des  concerts.  A  son  retour  à  Londres,  il  fit  jouer  Kéolanthe,  opéra 
romantique  qui  ne  réussit  que  médiocrement.  Dans  l'été  de  1842, 
Balfe  fut  chargé  de  la  direction  de  la  grande  fête  musicale  de  Nor- 
■wich.  Peu  de  temps  après,  il  partit  pour  Paris,  où  il  écrivit  le  Pvils 
d'amour,  qui  fut  représenté  à  l'Opéra-Comique  au  mois  d'avril  1843. 
Cet  ouvrage,  dépourvu  d'originalité,  mais  où  il  y  a  du  mouvement  et 
de  la  distinction  dans  l'harmonie,  a  eu  du  succès  et  a  été  joué  à  l'é- 
tranger comme  en  France.  The  Bohemian  Girl  (la  Jeune  bohémienne), 
jouée  à  Hambourg,  sous  le  litre  de  la  Gitana,  et  à  Vienne  sous  celui 
de  die  Zigeunerin,  marqua  du  progrès  dans  le  talent  de  Balfe,  et  fit 
voir  qu'il  avait  été  sensible  à  la  critique  des  journaux  de  Paris.  Cet 
ouvrage  fut  joué  pour  la  première  fois  à  Londres,  en  1844.  Dans  la 
même  année  l'auteur  fit  représenter  à  l'Opéra-Comique  de  Paris  les 
Quatre  fils  Aymon,  en  trois  actes.  De  tous  ses  ouvrages,  c'est  celui 
dont  le  succès  a  été  le  plus  général,  en  France,  dans  toutes  les  gran- 
des villes  de  l'Allemagne,  en  Angleterre  et  en  Hollande.  Quoiqu'on  y 
remarque  toujours  la  négligence  et  la  trop  grande  facilité  du  compo- 
siteur, on  ne  peut  nier  que  ce  ne  soit  sa  meilleure  production  et 
qu'il  ne  s'y  trouve  de  jolies  choses.  Depuis  cette  époque,  Balfe  a  écrit 
aussi  la  Fille  de  la  place  Saint-Marc;  l'Etoile  de  Séville,  en  1846, 
pour  l'Opéra  de  Paris,  et  qui  ne  réussit  pas,  quoique  les  principaux 
rôles  fussent  chantés  par  Gardoni  et  par  Mme  Stoltz;  The  Bond-man 
l'Esclave),  dans  la  même  année,  et  The  itJaid  of  honour  (la  Fille 
d'honneur);  mais  ces  ouvrages  ont  fait  peu  de  sensation. 

Lorsque  M.  Costa,  suivi  de  tout  l'orchestre  qu'il  dirigeait,  quitta  le 
théâtre  de  la  Reine  pour  passer  à  celui  de  Covent-Garden,  M.  Lumley 
chargea  Balfe  de  l'organisation  d'un  autre  orchestre  et  lui  en  confia 
la  direction.  Dans  ces  fonctions,  il  a  fait  preuve  de  beaucoup  d'habi- 
leté, d'intelligence  et  dégoût;  mais  l'entreprise  ayant  cessé  en  1852, 
il  partit  pour  l'Allemagne. 

Balfe,  très-bon  maître  de  chant,  avait  publié  à  Londres,  en  1852, 
un  ouvrage  élémentaire  de  chant  intitulé  :  Indispensable  studtes  for  a 
soprano  voice,  in-fol.  A  son  retour  à  Londres  en  1855,  il  y  a  fait  pa- 
raître une  méthode  de  chant,  et  a  donné  au  commencement  de  1859 
Satanella,  opéra  romantique  en  trois  actes,  qui,  d'après  les  journaux, 
a  obtenu  un  brillant  succès,  et  qui  est  considéré  en  Angleterre  comme 
son  meilleur  ouvrage. 


CORRESPONDANCE. 

Vichy,  15  septembre  1860. 

Vichy  possède  incontestablement  le  plus  bel  établissement  thermal  de 
France  et  le  plus  fréquenté  par  l'aristocratie  de  tous  les  pays.  Pourquoi 
donc  la  musique  n'y  est-elle  pas  représentée  par  un  choix  d'œuvres 
d'un  goût  plus  élevé  ?  Pourquoi  n'y  retrouve,  t-on  pas  comme  à  Bade, 
comme  à  Spa,  comme  dans  beaucoup  d'autres  villes  d'eau,  les  grands 
talents  qu'on  applaudit  à  Paris?    Pourquoi   n'y    entend-on  aucun  de 


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nos  chanteurs,  de  nos  cantatrices  et  virtuoses  les  plus  célèbres  ?  Nous 
ne  savons.  Pourtant,  avec  le  très-petit  orchestre  qu'il  possède  et  qu'il 
dirige  très-habilement,  il  serait  facile  à  Strauss,  ce  nous  semble,  de 
faire  goûter  plus  souvent  à  ses  auditeurs  quelques  beaux  morceaux 
symphoniques. 

Cette  année,  grâce  à  la  pluie,  pas  de  douces  causeries  dans  le  parc, 
pas  de  promenades  dans  la  campagne  de  l'Allier,  déjà  presque  aussi 
belle  que  celle  de  l'Auvergne  :  on  allait  donc  forcément  au  salon.  Chaque 
soir,  il  y  avait  concert  ou  représentation  théâtrale'.  Avec  une  toute  pe- 
tite troupe,  les  représentations  ont  primé  les  concerts.  La  monotonie 
des  programmes  a  rendu  facile  une  supériorité  que  tout  le  monde  re- 
grettait. 

Mme  Bertrand  et  Mlle  Raton  ou  Quand  on  veut  tuer  son  chien,  joués  fort 
gentiment  par  Caillât,  André,  par  Mmes  Paër  et  Lovely,  sont  peut-être 
des  vaudevilles  très-amusants,  d'un  goût  très-fin  ;  les  chansonnettes, 
dites  par  Caillât  et  Bousquet,  sont  peut-être  très-spirituelles  ;  mais,  pour 
notre  part,  et  nous  n'étions  pas  le  seul,  au  lieu  de  vaudevilles,  nous 
eussions  préféré  quelque  charmant  proverbe  d'Alfred  de  Musset  ou  d'Oc- 
tave Feuillet  ;  au  lieu  de  chansonnettes,  de  valses,  de  polkas,  de  mazur- 
kas, de  schottischs,  quelques  magnifiques  pages  de  Mozart  ou  de  Beetho- 
ven eussent  bien  mieux  fait  notre  affaire. 

Malgré  toute  l'influence  de  la  musique,  nous  ne  pensons  pas  que  les 
airs  de  danse  soient  considérés  comme  faisant  partie  du  traitement  ;  nous 
le  croyons  d'autant  moins  que,  dans  ses  ouvrages  sur  Vichy,  qui  font  auto- 
rité, notre  aimable  et  savant  docteur  Durant-Fardel,  tout  excellent  musi- 
cien qu'il  est,  n'en  a  jamais  rien  dit. 

L'un  des  plus  jolis  concerts  que  nous  ayons  entendus,  a  été  donné,  non 
dans  les  salons  de  l'établissement,  mais  à  l'hôtel  Germot.  Une  société 
d'élite  y  assistait.  Mlle  Pagez,  élève  du  Conservatoire,  avait  organisé  cette 
charmante  matinée.  La  jeune  artiste  possède  une  belle  voix  de  contralto, 
une  méthode  déjà  suffisante  et  un  excellent  sentiment  musical.  En  com- 
pagnie de  Mme  Ribault,  elle  a  chanté  avec  beaucoup  d'âme  îe  beau  duo 
du  Giuramento,  et  seule,  l'air  de  la  Favorite,  dans  lequel  elle  a  été  très- 
applaudie.  Le  violoniste  Accursi,  Mlle  Gaillard,  dans  un  morceau  de 
Prudent,  et  surtout  Ph.  Lamoury,  qui,  en  exécutant  une  ravissante  fan- 
taisie de  Servais,  a  déployé  autant  d'habileté  que  d'expression,  ont  été 
aussi  très-sympatiquement  accueillis. 

Depuis  qu'elle  a  quitté  l'Opéra,  Mme  Ribault  semble  choisir  de  préfé- 
férence  les  morceaux  du  répertoire  italien,  pour  lesquels,  ce  me  semble, 
sa  voix  et  sa  manière  de  phraser  ne  sont  pas  faites.  Pourtant,  dans  quel- 
ques-uns des  derniers  concerts,  elle  a  obtenu  beaucoup  de  succès.  Après 
avoir  dit,  avec  finesse  et  expression,  de  très-jolies  mélodies  d'Alfred 
Mutel.elle  a  fait  apprécier  toutes  les  qualités  dramatiques  de  sa  méthode, 
en  chantant  d'une  façon  remarquable  les  délicieux  couplets  du  troisième 
acte  de  Robert  le  Diable  et  le  grand  air  de  Robin  des  Bois. 

Adolphe  BOTTE. 


Saint-Dizier,  21  septembre  1880. 

Il  y  a  un  mois  à  peine,  un  journal  consacré  au  compte  rendu  de 
l'exposition  industrielle  et  agricole  de  Saint-Dizier,  publiait  en  tête  de 
ses  colonnes  l'annonce  d'un  concours  de  Sociétés  chorales  et  de  musiques 
d'harmonie.  «  Chaque  siècle,  disait  cet  avis,  a  son  esprit,  ses  mœurs 
et  ses  plaisirs.  Les  orphéons  sont  la  joie  du  peuple  et  la  fête  de  tous. 
Dans  les  mains  de  leur  fondateur  et  chef,  M.  Eugène  Delaporte,  ils 
tiennent  haut  et  ferme  la  bannière  du  progrès  artistique  et  ont  su  s'il- 
lustrer à  Paris  et  à  Londres.  Toutes  les  villes  qui  ont  eu  des  concours 
d'orphéon^ les  ont  salués  avec  enthousiasme.  C'est  donc  pour  Saint- 
Dizier,  qui  va  avoir  le  sien,  une  bonne  fortune  à  laquelle  le  départe- 
ment de  la  Haute-Marne  applaudira.  » 

Dimanche  dernier,  les  Sociétés  musicales  de  cinq  départements  se  réu- 
nissaient donc  dans  une  petite  ville  perdue  au  milieu  des  vignes  et 
jusqu'à  ce  jour  ignorée  pour  l'art  sous  l'épais  brouillard  de  ses  forges 
et  de  ses  haut-fourneaux.  Hier,  Provins,  la  poésie,  le  souvenir,  le  passé, 
les  fleurs,  les  hautes  murailles,  les  ménestrels,  les  cours  d'amour,  les 
chevauchées  d'une  mystérieuse  époque.  Aujourd'hui,  Saint-Dizier,  l'in- 
dustrie, le  travail,  le  présent,  les  usines,  le  minerai,  les  hommes  de 
forte  race  pour  qui  battre  le  fer  est  un  jeu.  C'est  ainsi  que  la  musique 
rassemble  en  une  cordiale  étreinte  les  deux  points  extrêmes  de  cette 
antique  Champagne  qui  donne  le  fer  aux  labeurs,  aux  combats  de  la 
France  ;  le  vin  aux  banquets,  aux  joyeux  loisirs  des  deux  mondes  ! 
N'est-ce  point  une  belle  œuvre  que  celle  qui  arborait  son  drapeau,  em- 
blème de  concorde,  dans  ces  îles  du  Jard  où  la  guerre  fit  couler,  sous 
François  Ier,  tant  et  de  si  noble  sang?  N'est-ce  point  un  touchant  spec- 
tacle que  celui  de  l'envahissement  pacifique  de  l'art  dans  une  contrée 
tributaire  de  l'industrie,  au  milieu  de  populations  vouées  aux  rudes  tra- 
vaux de  la  métallurgie  et  de  la  viniculture?  Et  au  moment  où  l'archéo- 
logue voit  défiler  le  long  des  vieux  remparts  assiégés  par  Charles-Quint, 
défendus  par  Sancerre  et  ses  routiers,  les  compagnies  souriantes  de  ces 


artisans  chanteurs  que  tout  dernièrement  à  Londres  sir  Richard  Cobden 
appelait  avec  un  si  gracieux  à-propos  «  la  grande  armée  de  la  paix,  » 
le  penseur  est  heureux  de  songer  à  ce  principe  de  modération  inhérent 
à  l'orphéon,  qui  substitue  la  bienveillance,  l'honnêteté,  la  paix  aux  ri-' 
valités  du  présent  comme  aux  luttes  des  âges  lointains. 

Les  concours  ont  commencé  à  l'issue  d'une  messe  de  Nicou-Choron, — 
pastiche  de  divers  styles,  —  dont  la  Société  philharmonique,  dirigée  par 
M.  Pirron,  n'a  pu  dissimuler  l'incohérence.  Les  sociétés  chorales  de 
Montmartre,  Epinay,  Joinville,  Wassy,  Chaumont,  Bar-le-Duc,  Troyes, 
lieims,  .Metz  et  Nancy,  ont  concouru  devant  un  jury  présidé  par  M.  Nie- 
dermeyer.  L'orphéon  de  Chaumont  a  remporté  la  grande  médaille  d'or, 
prix  d'honneur  donné  par  l'Empereur.  Reims,  Metz,  Nancy,  Joinville,  ont 
obtenu  les  premiers  prix  de  leurs  divisions  respectives.  Les  morceaux 
d'épreuve  avaient  été  laissés  au  choix  des  sociétés.  Parmi  ceux  dont 
l'exécution  a  été  le  plus  remarquable,  je  citerai  le  Salut  auv  chanteurs, 
d'Ambroise  Thomas,  le  f'abliau  des  deux  nuits ,  de  Boïeldieu,  un  Lied,  de. 
Mendelssohn,  et  les  Enfants  de  Paris,  d'Adam. 

MM.  Dauverné,  Cokken,  Triébert  et  Couder,  composaient  le  jury  du 
concours  des  musiques  et  fanfares.  Les  premiers  prix  ont  été  décernés 
aux  sociétés  de  Ville-sur-Saulx  et  de  Reims  ;  les  seconds,  celles  d'Ancer- 
ville,  de  Saint-Dizier  et  de  Meaux. 

M.  le  baron  de  Lespérut,  député  de  la  Haute-Marne,  désireux  d'activer 
dans  ce  département  la  propagation  du  chant  choral,  et  de  reconnaître 
l'empressement  avec  lequel  certains  orphéons  ont  répondu  à  l'appel  de  la 
commission  du  concours,  a  offert  trois  médailles,  que  le  jury  a  décernées 
séance  tenante.  La  distribution  des  récompenses  n'a  donc  fait  que  peu 
de  mécontents,  et  aucune  société  n'a  pu  voir  d'épigramme  dans  le  dis- 
cours de  bienvenue  de  l'honorable  M.  Mahuet,  maire  de  la  ville. 

Aussi,  la  fête  de  nuit  s'est-elle  ressentie  de  cette  allégresse  générale. 
En  Champagne,  l'orphéon  aime  assez  à  tremper  son  choral  dans  un 
verre,  et  l'aï  a  baptisé  de  sa  mousse  d'argent  les  médailles  du  concours. 
L'exposition  avait  constellé  son  parc  de  lueurs  et  de  feux.  La  musique 
jouait  dans  les  kiosques  illuminés  ;  le  vent  apportait  l'écho  de  fanfares 
sonnées  sous  de  lointaines  futaies  embrasées  par  des  feux  de  Bengale. 
Grande  était  la  foule,  grand  aussi  le  plaisir  1  Au  soir  d'un  jour  bien  em- 
ployé, il  est  doux,  dit  Montaigne,  de  s'ésbahir  Un  peu.  Certes,  Montaigne 
eût  été  heurpux  en  cette  occurence,  et  le  vieux  philosophe  eût  souri  de 
bon  cœur  au  cortège  nocturne  des  chanteurs  et  des  instrumentistes  re- 
gagnant, bras  dessus,  bras  dessous,  la  station  du  chemin  de  fer.  Les 
instrumentistes  chantaient,  les  orphéonistes  instrumentaient,  et  tout 
allait  pour  le  mieux  dans  cette  meilleure  des  sérénades  dédiée  aux 
coteaux,  aux  arbres  du  chemin  et  aux  ombres  protectrices  de  la 
nuit  ! 

11  n'y  a  pas  de  fête  sans  lendemain,  et,  fidèle  au  vieil  adage,  la  Société 
philharmonique  donnait  le  lendemain  un  concert  qu'elle  a  ouvert  en  in- 
terprétant avec  goût  l'ouverture  de  Montana  et  Stéphanie.  Mlle  Pages  et 
M.  Bounet  se  sont  fait  applaudir  dans  la  partie  vocale,  le  second  surtout 
pour  la  façon  pleine  de  charme  dont  il  a  dit  l'air  de  Galathée. 

Si  je  ne  craignais  d'imiter  ces  voyageurs  impitoyables  qui  s'étonnent 
de  rencontrer  la  civilisation  dans  les  contrées  nouvelles  pour  eux,  je 
vous  dirais  que  la  musique  est  en  grand  honneur  à  Saint-Dizier.  Du  ma- 
tin au  soir  les  pianos,  dans  un  but  concertant,  donnent  le  lai.  des 
violons  remplis  de  bonne  volonté.  On  prémédite  des  duos;  on  conspire 
pour  des  quatuors;  on  invente  des  cannes-pupitre;  que  sais-je  encore? 
Heureux  pays  que  celui  où  une  cavatine  endort  les  soucis  et  abrège  les 
heures  séculaires  de  la  vie  de  province!  Et  combien  ils  ont  de  poésie 
dans  leur  austère  simplicité  ces  orphéons  de  la  famille,  où,  dans  la  tiède 
atmosphère  du  foyer  domestique,  se  répètent  les  mélodies  de  nos  pères, 
les  ariettes  du  passé,  chants  pétris  d'esprit  et  de  grâce  que  l'enfant 
murmure  en  s'endormant,  et  qui  salueront  plus  tard  sa  réception  au 
seuil  hospitalier  de  la  société  chorale. 

Em.  Mathieu  de  MONTER. 


Le  Bulletin  des  lois  vient  d'enregistrer  le  texte  de  celle  qui  pro- 
roge de  cinq  années  les  brevets  de  M.  Adolphe  Sax.  Un  acte  de  haute 
justice  ,  qui,  après  une  lutte  acharnée  de  dix  ans ,  assure  enfin  à 
l'inventeur  d'une  nombreuse  famille  d'instruments  nouveaux  la  jouis- 
sance paisible  et  le  fruit  de  ses  inventions,  ne  saurait  recevoir  une 
trop  grande  publicité.  C'est  à  ce  titre  que  nous  reproduisons  le  texte 
de  la  loi  rendue  en  faveur  de  M.  Adolphe  Sax,  ainsi  que  les  deux  re- 
marquables rapports  faits  au  Corps  législatif  à  ce  sujet,  et  qui  ont 
amené  l'heureux  résultat  dont  se  félicitent  aujourd'hui  tous  les  amis 
de  l'art  et  les  appréciateurs  du  mérite. 


332 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Corps  législatif  (session  1860). 
Annexe  au  procès-verbal  delà  séance  du  20 juin  18C0. 

PROJET  DE  LOI 

Relatif  à  la  prolongation  de  durée  de  deux  brevets  accordés  en  1845  et  1864 
au  sieur  Sax,  fabricant  d'  instruments  de  musique. 

PRÉCÉDÉ 

Du  décret  de  présentation  et  de  l'exposé  des  motifs,  transmis  sur  les  ordres 
de  l'Empereur,  par  le  ministre  d'État,  au  président  du  Corps  législatif. 

NAPOLÉON, 
Tar  la  grâce  de  Dieu  et  la  volonté  nationale  Empereur  des  Français, 
A  tous  présents  et  à  venir,  salut; 
Avons  décrété  et  décrétons  ce  qui  suit  : 

Art.  ).,■.  _  sera  envoyé  au  Corps  législatif,  par  notre  ministre  d'Etat, 
le  projet  de  loi  délibéré  en  conseil  d'Etat  et  relatif  à  la  prolongation  de 
deux  brevets  accordés,  en  4845  et  1846,  au  sieur  Sax,  fabricant  d'instru- 
ments de  musique. 

Art.  2.  —  SIM.  Le  Play  et  le  comte  Dubois,  conseillers  d'État,  sont 
chargés  de  soutenir  la  discussion  de  ce  projet  de  loi  devant  le  Corps 
législatif  et  le  Sénat. 

Art.  3.  —  Notre  ministre  d'Etat  est  chargé  de  l'exécution  du  présent 
décret. 
Fait  au  palais  de  Fontainebleau,  le  26  juin  1860. 

Signé  :  NAPOLÉON. 
Par  l'Empereur  :  Pour  ampliation  : 

Le  ministre  d'État,  Le  conseiller  d'État,  secrétaire  général, 

Signé  :  Achille  Fould.  Signé  :  J.  Pelletier. 

EXPOSÉ  DES  MOTIFS 
D'un  projet  de  loi  relatif  à  la  prolongation  de  durée  de  deux  brevets  d'inven- 
tion, accordés  en  1845  et  1846  au  sieur  Sax,  fabricant  d'instruments  de 
musique. 

Messieurs, 
Le  premier  brevet  délivré  à  M.  Sax,  le  13  octobre  1845,  a  pour  objet 
une  famille  d'instruments  en  cuivre,  que  l'inventeur  a  désignée  sous  le 
nom  collectif  de  Saxolromba.  Elle  appartient,  comme  les  trombones, 
les  ophicléïdes,  etc.,  à  la  classe  d'instruments  à  vent  dans  laquelle  les 
lèvres  font  fonction  d'anche.  Elle  offre,  lorsqu'on  la  compare  aux  instru- 
ments antérieurement  connus,  des  caractères  de  nouveauté  et  de  per- 
fectionnement qui,  depuis  quatorze  ans,  sont  sans  cesse  contestés  par 
les  contrefacteurs,  sans  cesse  confirmés  par  les  tribunaux  et  par  toutes 
les  autorités  qui  ont  eu  à  se  prononcer  dans  ces  longs  débats. 

Le  deuxième  brevet,  délivré  le  21  mars  1846,  a  pour  objet  une 
autre  famille  d'intruments  en  cuivre  nommés  Saxophones.  Ceux-ci  of- 
frent la  combinaison  de  l'embouchure  à  anche  simple,  et  d'un  tube  à 
clefs  de  construction  spéciale.  Personne  n'en  a  contesté  la  nouveauté  ; 
mais  l'inventeur  n'a  évité  cet  écueil  que  pour  donner  contre  un  autre. 
Pendant  longtemps,  il  n'a  trouvé  que  quelques  artistes  capables  de  faire 
usage  de  ces  instruments  :  cet  usage  a  commencé  seulement  à  se  ré- 
pandre dans  ces  dernières  années,  depuis  que  M.  Sax  a  formé  des  élèves 
dans  une  classe  spéciale,  instituée  au  Conservatoire  impérial  de  mu- 
sique. 

La  loi  du  5  juillet  1844,  concernant  les  brevets  d'invention,  est  fort 
laconique  en  ce  qui  concerne  les  prolongations  :  elle  se  borne  à  déclarer 
dans  son  article  15,  que  :  «  la  durée  des  brevets  ne  pourra  être  pro- 
longée que  par  une  loi.  » 

Toutes  les  autorités  qui  ont  eu  à  se  prononcer  au  sujet  de  la  seconde 
application  (  I  )  qu'il  s'agit  de  faire  de  cet  article,  reconnaissent  que  les  pro- 
longations de  brevets  ne  doivent  être  accordées  qu'à  titre  exceptionnel, 
et  seulement  lorsque  les  deux  conditions  suivantes  se  trouvent  réunies  : 
en  premier  lieu,  lorsque  l'inventeur  a  introduit  une  amélioration  consi- 
dérable dans  un  art  ou  dans  une  industrie;  en  second  lieu,  lorsque  des 
circonstances  de  force  majeure  n'ont  pas  permis  au  breveté  de  tirer 
profit  de  son  invention. 

Mais  s'il  y  a  eu  accord  sur  le  principe,  il  s'est  produit  une  divergence 
sur  l'opportunité  de  l'application. 

Le  comité  consultatif  des  arts  et  manufactures  craignant  l'abus  qu'on 
pourrait  faire  des  prolongations  de  brevets,  et  se  fondant  sur  une  doc- 
trine générale  plutôt  que  sur  les  circonstances  spéciales  à  M.  Sax,  a 
émis  l'avis  qu'il  n'y  avait  pas  lieu  de  lui  accorder  cette  faveur. 

Le  conseil  d'Etat,  convaincu  que  l'intervention  obligée  du  pouvoir 
législatif  donne  toute  garantie  contre  le  retour  de  ces  abus,  écartant, 

(1)  La  première  application  a  été  faite,  parla  loi  du  18  juin  1856,  au  brevet  de 
M.  Boucherse,  relatif  au  procédé  de  conservation  et  de  coloration  des  bois. 


en  conséquence,  les  préoccupations'systématiques,  pour  étudier  l'affaire 
en  elle-même,  a  constaté,  comme  l'a  fait  M.  le  ministre  du  commerce, 
que  toutes  les  conditions  qui  peuvent  attirer  sur  la  réclamation  de 
M.  Sax  la  bienveillance  de  l'autorité  se  trouvent  ici  réunies. 

En  ce  qui  concerne  l'appréciation  des  services  éminents  rendus  par 
M.  Sax  à  l'art  et  à  l'industrie,  il  suffira  de  rappeler  le  jugement  porté  par 
de  hautes  autorités  dans  quatre  circonstances  solennelles. 

En  4845,  au  moment  même  où  M.  Sax  portait  sa  première  invention 
à  la  connaissance  du  public,  une  commission  d'artistes  et  de  savants, 
instituée  par  M.  le  ministre  de  la  guerre,  déclara  que  les  instruments  de 
M.  Sax  étaient  supérieurs  à  ceux  qu'on  avait  employés  jusque-là  ;  sur  sa 
proposition,  ces  instruments  furent  introduits  dans  la  composition  des 
musiques  militaires,  où  l'on  constata,  dès  lors,  un  progrès  considérable. 
En  1849,  le  jury  de  l'exposition  des  produits  de  l'industrie  nationale 
attribua  à  M.  Sax  la  seule  récompense  de  premier  rang  qui  fut  décernée 
pour  la  fabrication  des  instruments  en  cuivre;  en  outre,  sur  sa  proposi- 
tion, le  chef  de  l'Etat  accorda  à  M.  Sax  la  décoration  de  la  Légion  d'hon- 
neur. 

En  1851,  le  jury  international  de  l'exposition  universelle  de  Londres 
réserva  également  pour  M.  Sax  la  seule  récompense  de  premier  rang 
qui  fut  attribuée  a  cette  même  spécialité. 

Enfin,  en  1855,  le  jury  international  de  l'exposition  universelle  de  Pa- 
ris accusa  encore  mieux  la  supériorité  de  M.  Sax  sur  tous  ses  concur- 
rents indigènes  et  étrangers  :  il  lut  donna  la  récompense  de  premier 
rang,  tandis  qu'il  n'attribua  que  la  récompense  de  troisième  rang  à  ceux 
de  ses  concurrents  qu'il  distingua  le  plus. 

M.  Sax,  en  transformant  les  orchestres  d'harmonie,  n'a  pas  seulement 
contribué  au  progrès  de  l'art,  il  a,  en  outre,  donné  une  grande  impul- 
sion aux  industries  qui  ont  pour  objet  la  fabrication  des  nouveaux  ins- 
truments. 

En  1843,  à  l'époque  où  M.  Sax  venait  s'établir  à  Paris,  les  fabriques 
françaises  produisaient  sur  une  petite  échelle  des  instruments  défec- 
tueux qui  n'avaient  guère  de  débouché  au  dehors.  La  France  devait 
même  demander  les  instruments  de  choix  aux  fabriques  de  la  Bavière, 
de  la  Bohême  et  de  l'Autriche.  Grâce  aux  travaux  de  M.  Sax,  la  situa- 
tion relative  de  la  France  et  des  pays  étrangers  est  aujourd'hui  complè- 
tement changée.  Les  fabriques  françaises  emploient  un  nombre  qua- 
druple d'ouvriers;  elles  livrent  les  instruments  de  cuivre  à  tous  les 
peuples  qui  n'ont  pas  de  fabriques  indigènes;  elles  commencent  même  à 
fournir  les  instruments  de  choix  à  l'Angleterre  et  aux  Etats  allemands. 

En  ce  qui  concerne  les  circonstances  de  force  majeure  qui,  jusqu'à 
ces  derniers  temps,  rendaient  ces  inventions  stériles  pour  leur  auteur, 
on  peut  se  borner  à  signaler  les  procès  en  déchéance  et  en  contrefaçon 
que  celui-ci  soutient  depuis  quatorze  ans,  et  qui  sont  en  quelque  sorte 
devenus  classiques  pour  les  personnes  adonnées  à  l'étude  de  ce  genre 
de  contestations.  M.  Sax  n'a  pas  eu  seulement  à  lutter  contre  chacun  de 
ses  contrefacteurs,  il  s'est  trouvé  en  présence  d'une  véritable  coalition, 
qui  n'a  d'abord  que  trop  réussi  à  absorber  son  temps  et  à  épuiser  ses 
ressources  ;  et  c'est  ainsi  que  M.  Sax  a  dû  subir  momentanément  la  plus 
pénible  épreuve  qui  puisse  frapper  un  commerçant. 

Il  est  notoire  que  pendant  cette  longue  lutte,  les  bénéfices  dus  à  la 
production  des  nouveaux  instruments  ont  été  presque  exclusivement 
recueillis  par  les  contrefacteurs.  Depuis  deux  ans  seulement,  grâce  à  la 
justice  tardivement  rendue  par  les  tribunaux,  M.  Sax  commence  à  re- 
couvrer une  partie  de  ces  bénéfices  dans  les  dommages  et  intérêts  payés 
par  les  principaux  contrefacteurs.  C'est  aussi  seulement  depuis  cette 
époque,  que  les  licences  libéralement  accordées  à  tous  ceux  qui  désirent 
exploiter  le  seul  brevet  productif,  donnent  enfin  â  l'inventeur  une  légi- 
time rémunération.  En  résumé,  sur  les  quinze  années  composant  la  durée 
ordinaire  des  brevets,  treize  années  n'ont  produit  pour  M.^ax  que  des 
souffrances  morales  et  des  désastres  financiers. 

Le  Conseil  d'Etat  s'est  assuré  qu'une  prolongation  de  cinq  ans,  accor- 
dée aux  brevets  de  M.  Sax,  ne  léserait  aucun  intérêt.  Le  droit  modéré 
prélevé  par  l'inventeur  sur  les  fabriques  françaises  augmente  peu  le  prix 
des  produits  et  n'en  restreint  pas  l'exportation  dans  les  pays  étrangers. 
Les  principaux  facteurs  d'instruments  ont  même  déclaré,  par  écrit,  qu'ils 
verraient  avec  satisfaction  que  ce  dédommagement  fût  donné  à  leur 
confrère;  ce  témoignage  de  sympathie  honore  également  M.  Sax  et  ses 
anciens  rivaux. 

Par  ces  motifs,  le  Conseil  d'Etat  vous  propose  de  sanctionner  le  projet 
de  loi  dont  la  teneur  suit. 

Signé  à  la  minute  : 

F.  le  Play  , 
Conseiller  d'Etat,  rapporteur; 
Comte  Dubois, 

Conseiller  d'Etat, 
Certifié  conforme  : 

Le  conseiller  d'Etat,  secrétaire  général  du  Conseil  d'Etat , 
Signé  :  F.  BoiLAY. 


SUPPLEMl-:.\r. 


SUPPLÉMENT. 


DE  PARIS. 


333 


PROJET  DE  LOI 

Relatif  à  la  prolongation  de    durée   de  deux   brevets  accordés,  en    1845   et 
1846,  au  sieur  Sax,  fabricant  d'instruments  de  musique. 

Article  unique.  —  La  durée  des  brevets  d'invention  délivrés  au  sieur 
Antoine-Joseph  Sax,  dit  Adolphe  Sax,  les  13  octobre  1845  et  2l  mars 
1846,  le  premier  pour  le  saxotromba,  le  second  pour  le  saxophone,  est 
prolongée  de  cinq  ans,  moyennant  le  paiement  de  la  taxe  annuelle  fixée 
par  l'art,  4  de  la  loi  du  5  juillet  1844. 

Ce  projet  de  loi  a  été  délibéré  et  adopté  par  la  Conseil  d'Etat  dans  sa 
séance  du  21  juin  1860. 

Le  président  du  Conseil  d'Etat, 
Signé  :  J.  Baroche. 
Le  conseiller  d'Etat,  secrétaire  général  du  Conseil  d'Etat, 
Signé  :  F.  Boilay. 
Certifié  conforme  : 

Le  conseiller  d'Etat,  secrétaire  général  du  Conseil  d'Etat, 
Signé  :  F.  Boilay. 


Annexe  au  procès-verbal  de  la  séance  du  13  juillet  1860. 
RAPPORT 

Fait  au  nom  de  la  commission  (1)  chargée  d'examiner  U  'projet  de  loi  re- 
latif à  la  prolongation  de  durée  de  deux  brevets  accordés  en  1845  et 
1846  au  sieur  Sax,  fabricant  d'instruments  de  musique, 

PAR      M.      NOGENT-SAINT-LAURENS, 

Député  au  Corps  législatif. 
Messieurs, 

M.  Adolphe  Sax  a  pris,  le  14  octobre  1845,  un  brevet  relatif  à  une 
famille  d'instruments  en  cuivre  désignés  sous  la  dénomination  générale 
de  saxotromba.  Ce  brevet  expire  le  13  octobre  1860. 

M.  Sax  a  pris,  en  outre,  à  la  date  du  21  mars  1846,  un  brevet  pour  une 
autre  famille  d'instruments  appelés  saxophones.  Ce  brevet  doit  s'éteindre 
en  juin  1861. 

Le  conseil  d'Etat  a  été  saisi  par  M.  Sax  d'une  demande  en  prolonga- 
tion de  ces  deux  brevets. 

Il  invoque  à  l'appui  l'utilité  de  son  invention,  la  privation  du  bénéfice 
de  ses  brevets  par  suite  de  circonstances  graves,  exceptionnelles  et  mal- 
heureuses. 

Le  conseil  d'Etat  a  admis  la  réclamation  de  Sax,  et  il  a,  en  consé- 
quence, formulé  son  adhésion  dans  un  projet  de  loi  qui  vous  propose  de 
prolonger  de  cinq  ans  la  durée  des  brevets  des  13  octobre  1845  et  21 
mars  1846. 

Ce  projet  a  été  soumis  à  l'appréciation  de  votre  commission,  et 
nous  venons  vous  rendre  compte  de  l'examen  auquel  elle  s'est  livrée. 

Tout  d'abord,  et  en  même  temps  que  le  projet  de  loi  nous  arrivait, 
nous  avons  constaté,  comme  chacun  de  vous  a  pu  le  faire,  une  résistance 
très-vive  qui  s'est  formulée  dans  deux  notes  portant  la  signature  de 
M.  Besson,  fabricant  d'instruments  de  musique.  Il  n'y  avait  là  qu'un  in- 
térêt privé,  et  le  Corps  législatif  ne  s'arrête  pas  ordinairement  aux  ques- 
tions de  ce  genre;  mais  comme  la  loi  proposée  est  aussi  une  loi  qui  af- 
fecte principalement  l'intérêt  privé,  il  a  paru  juste  à  votre  commission 
de  ne  pas  omettre  ces  notes. 

Notre  examen  s'est  porté  d'abord  sur  !a  demande  de  M.  Sax  prise  en 
elle-même,  sur  la  question  générale  et  sur  les  questions  spéciales  qu'elle 
pouvait  soulever. 

La  législation  des  brevets  a  suscité  bien  des  systèmes  et  des  théories. 
Le  droit  privatif  résultant  des  brevets  a  été  parfois  contesté  par  cer- 
tains esprits  partisans  exclusifs  du  domaine  public.  Nous  n'avions  pas 
à  remonter  vers  ces  théories  qui  sont  autour  de  la  loi  de  1844,  et  qui  se 
sont  renouvelées  à  propos  du  projet  modificatif  de  la  loi  de  1 844  qui  vous 
a  été  présenté  l'année  dernière. 

Notre  point  de  départ  naturel  et  nécessaire  était  la  loi  de  1844,  celle 
qui  nous  régit   et  qui  est  applicable  à  la  demande  formée  par  M.   Sax. 

La  loi  de  4  844,  en  organisant  le  brevet,  a  voulu  donner  à  l'inventeur 
les  premiers  avantages  résultant  de  son  œuvre;  elle  a  voulu  ajouter  à 
sa  renommée,  aux  récompenses  honorifiques  qu'il  peut  recueillir,  un 
profit  matériel  résultant  de  la  pratique  de  l'invention  elle-même. 

La  loi  de  1844,  en  limitant  la  durée  du  brevet,  a  voulu  réserver  les 
droits  du  domaine  public  et  de  l'intérêt  général.  Une  invention  vraiment 
utile  ne  peut  pas  demeurer  éternellement  sous  les  restrictions  d'un  mo- 

(1)  Celte  commission  est  composée  de  MM.  Creuzet,  président;  Josseau,  secré- 
taire; Aymé,  Du  Mirai,  Nogent-Saint-Laurens,  Gcoffroy-de-Villeneuve,  Véron. 

Les  conseillers  d'État,  commissaires  du  gouvernement,  chargés  de  soutenir  la 
discussion  du  projet  de  loi,  sont  :  MM.  Le  Play  et  le  comte  Dubois. 


nopole,   qui  empêche  qu'elle  soit  répandue  et  qu'elle  produise  dans  le 
monde  tout  le  bien  qu'elle  doit  y  faire. 
Cette  combinaison  semble  équitable. 

Toutefois,  en  proclamant  ce  principe  général  que  le  brevet  prendrait 
fin  par  l'expiration  du  temps  pour  lequel  il  avait  été  accordé,  la  loi  de 
4  844  a  permis  exceptionnellement  la  prolongation  du  brevet. 

L'art.  15  de  cette  loi  est  ainsi  conçu  :  «  La  durée  des  brevets  ne  pourra 
être  prolongée  que  par  une  loi.  » 
Ainsi  la  loi  nous  donne  le  pouvoir  de  prolonger  un  brevet. 
Votre  commission  a  été  unanime  pour  reconnaître  que  les  cas  de  pro- 
longation doivent  être  fort  rares  ;  elle  a  reconnu  que  des  motifs  graves, 
sérieux  et  exceptionnels  pouvaient  seuls  déterminer  la  mesure  excep- 
tionnelle de  la  prolongation. 

Du  reste,  il  serait  impossible  d'accuser  le  pouvoir  législatif  d'avoir 
fait  abus  de  l'art.  15  de  la  loi  de  1844.  Nous  ne  connaissons  en  fait  de 
précédents  que  celui  relatif  à  la  prolongation  des  brevets  du  docteur 
Boucherie,  qui  a  inventé  un  système  de  coloration  et  de  conservation 
des  bois.  Si  les  brevets  Sax  sont  prolongés,  cela  fera  deux  prolonga- 
tions depuis  la  loi  de  1844,  c'est-à-dire  en  seize  années.  Il  paraît  difficile 
que  l'on  puisse  user  avec  une  plus  grande  réserve  de  l'art.  15  de  la  loi 
de  1844. 

Un  membre  de  la  commission  a  fait  observer  qu'il  était  fâcheux  que 
le  Corps  législatif  fût  saisi  d'une  question  qui  n'engageait  que  des  inté- 
rêts privés  et  qui  était  au-dessous  des  questions  ordinairement  soumises 
à  nos  appréciations.  11  a  été  répondu  que  cette  critique  s'adressait  plutôt 
à  l'art.  15  de  la  loi  de  1844  qu'à  la  question  elle-même.  En  effet,  tant 
que  l'art.  15  subsistera,  il  ne  pourra  dégager  autre  chose  que  des 
questions  touchant  principalement  à  l'intérêt  privé.  Il  faut  ou  l'abroger 
ou  le  subir. 

La  loi  n'a  pas  dit  expressément  quels  seraient  les  cas  dans  lesquels  on 
pourrait  prolonger  un  brevet.  Cette  désignation  était  impossible,  car  les 
prolongations  de  brevet  sont  surtout  des  questions  se  rattachant  à  des 
faits  que  nul  ne  peut  prévoir;  elles  dépendent  des  circonstances  person- 
nelles au  breveté.  Il  a  fallu  dès  lors  confier  ces  appréciations  au  pouvoir 
discrétionnaire  des  assemblées  législatives. 

Toutefois,  les  esprits  se  sont  fixés  sur  les  conditions  nécessaires  à  la 
prolongation  d'un  brevet.  La  question  a  été  profondément  discutée  et 
vivement  éclairée  à  l'occasion  des  brevets  du  docteur  Boucherie.  Il 
existe  une  doctrine  à  cet  égard  et  la  voici  : 

Pour  qu'il  y  ait  lieu  de  prolonger  un  brevet,  il  faut  deux  conditions  : 
1»  une  invention  sérieuse,  une  amélioration  véritable  apportée  dans  un 
art  ou  une  industrie;  2°  un  inventeur  malheureux  qui,  par  des  circons- 
tances exceptionnelles  et  de  force  majeure,  n'ait  pas  pu  tirer  profit  de 
son  invention. 

11  reste  maintenant  à  examiner  si  M.  Sax  remplit  les  deux  conditions 
ainsi  posées  : 

L'invention  est-elle  sérieuse,  a-t-elle  apporté  une  amélioration  véritable 
dans  un  art  ou  dans  une  industrie? 

Le  premier  document  communiqué  par  M.  Sax  est  un  rapport  fait 
au  ministre  de  la  guerre  en  1845,  par  une  commission  nommée  pour  la 
réorganisation  des  musiques  militaires. 

Cette  commission  était  composée  de  MM.  Savart,  colonel  du  génie, 
Adam,  Séguier,  Halôvy,  Spontini,  Gudinet  IUban  colonels,  Carafa,  Au- 
bert  et  Onslow;  elle  était  présidée  par  le  général  de  Rumigny,  et  avait 
pour  secrétaire  M.  Georges  Kastner.  De  solennelles  épreuves  eurent  lieu 
au  Champ  de-Mars.  Après  ces  épreuves,  la  commission  déclara  adopter 
à  l'unanimité  l'avis  de  M.  Spontini,  qui  est  ainsi  formulé  :  On  réaliserait 
une  musique  magnifique  et  supérieure  à  toutes  celles  qui  existent  en  Autri- 
che, en  Prusse,  en  Russie  et  dans  les  autres  pays  de  l'Europe,  notam- 
ment par  l'adoption  et  l'introduction  des  instruments  de  M.  Sax,  que  ces 
différentes  nations  ne  possèdent  pas  encore  dans  leurs  armées. 
Plus  bas  on  lit  les  passages  suivants  : 

«  Restent  les  instruments  nouveaux  présentés  par  M.  Adolphe  Sax, 
»  dont  la  belle  sonorité,  la  puissance,  la  portée,  l'étendue,  la  justesse, 
»  l'égalité,  la  simplicité  du  mécanisme  et  la  facilité  d'embouchure  et  de 
»  doigté  ont  déterminé  l'adoption.    . 

»  La  commission  a  reconnu  que  l'instrument  appelé  saxophone  possède 
»  un  charme  et  une  puissance  vraiment  incomparables;  qu'il  se  prête 
»  aux  nuances  les  plus  douces  comme  aux  effets  les  plus  grandioses; 
»  qu'il  offre,  en  un  mot,  d'immenses  ressources,  et  qu'on  peut  l'em- 
»  ployer  avec  un  égal  avantage,  soit  pour  les  solos,  soit  pour  les  en- 
»  semblés. 

n  Quant  à  la  saxotromba,  elle  a  été  jugée  avoir  une  sonorité  aussi 
»  forte  que  belle,  participant  à  la  fois  du  buglo  et  de  la  trompette,  avec 
»  cette  différence  toutefois  que  le  timbre  en  est  moins  voilé  que  celui  du 
»  bugle  et  moins  strident  que  celui  de  la  trompette  ;  elle  a  donc  un  ca- 
»  ractère  spécial  et  doit  à  ce  titre  occuper  une  place  importante  dans 
»  les  musiques  militaires. 

»  Ces  instruments  étant  d'une  invention  toute  récente,  la  Franc;  se- 
u  rait  le  seul  pays  qui  en  compterait  dans  ses  musiques.  » 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Après  la  rédaction  de  cel  document,  émané  d'hommes  compétents  et 
indépendants,  les  instruments  de  M.  Sax  furent  adoptés  dans  les  musi- 
ques militaires. 

Une  décision  ministérielle  du  19  août  1845  détermine,  en  effet,  la 
composition  instrumentale  des  musiques  d'infanterie  et  de  cavalerie.  On 
trouve  dans  la  nomenclature  officielle  des  instruments  les  saxophones  et 
les  saxotrombas.  Les  saxophones,  jugés  dès  cette  époque,  y  étaient  ins- 
crits pour  l'avenir;  car  ces  instruments,  absolument  nouveaux  et  sans 
analogie  dans  le  passé,  n'étaient  encore  joués  par  personne. 

L'effet  de  cette  décision  fut  interrompue  en  1848.  Deux  décisions  mi- 
nistérielles des  21  mars  et  18  mai  1848,  décidèrent  que  plusieurs  instru- 
ments avaient  été  désignés  à  tort  sous  le  nom  du  fabricant  qui  les  avait  con- 
fectionnés, et  qu'il  fallait  leur  rendre  la  dénomination  générique  qu'ils  n'au- 
raient jamais  dû  perdre. 

Ces  décisions  portèrent  un  coup  terrible  à  la  fortune  de  M.  Sax,  mais, 
pour  les  hommes  compétents  elles  n'ébranlèrent  pas  l'importance  et  le 
mérite  de  ses  inventions. 

Un  an  après,  à  l'exposition  nationale  de  1 849,  M.  Sax  obtint  la  médaille 
d'or  et  fut  décoré. 

A  l'exposition  de  Londres  en  1831,  le  jury  lui  décerna  la  seule  mé- 
daille affectée  à  cette  spécialité  entre  tous  les  concurrents  de  toutes  les 
nations. 

Il  est  utile  de  citer  le  passage  suivant  extrait  du  rapport  du  jury  in- 
ternational :  «  Parmi  les  inventeurs  d'instruments  de  musique,  la  plus 
»  haute  distinction;est  due  au  mérite  de  M.  Sax,  qu'on  le  considère  soit 
»  sous  le  rapport  de  la  variété  et  de  l'excellence,  soit  sous  celui  de  l'u- 
»'  tilité  de  ses  inventions. 

»  La  création  de  la  classe  entière  des  saxhorns  et  des  saxotrombas 
»  a  produit  les^résultats  les  plus  satisfaisants  et  une  révolution  complète 
»  dans  la  musique  militaire,  sur  le  théâtre  et  dans  les  concerts.  Cette 
»  vaste  échelle  instrumentale  offre  d'importants  avantages  jusque  dans 
>.  les  extrêmes  limites,  à  l'aigu  comme  au  grave. 

»  M.  Sax  a  aussi  créé  la  classe  des  saxophones,  instruments  de  cuivre 
»  avec  un  bec  à  anche  simple,  dans  le  genre  de  celui  de  la  clarinette. 
»  L'effet  de  ces  nouveaux  instruments  est  d'un  charme  égal  à  l'origina- 
le lité  de  leurs  sons,  et  ils  portent  au  plus  haut  degré  de  perfection  la 
»  voix  expressive,  etc.,  etc.  c 

Voila  ce  que  disaient  en  1851  les  hommes  les  plus  compétents  de 
l'Europe. 

Le  jury  de  l'exposition  universelle  de  1855  n'a  fait  que  confirmer  ces 
hautes  approbations.  Il  a  décerné  à  M.  Sax  la  grande  médaille  d'hon- 
neur, la  récompense  de  premier  rang,  et  n'a  attribué  qu'une  récompense 
de  troisième  rang  à  ses  nombreux  concurrents,  sans  aucun  cloute  pour 
tracer  une  distance  caractéristique  et  proclamer  davantage  la  supériorité 
de  Sax. 

Plusieurs  lettres  ont  été  produites  lors  des  procès  de  M.  Sax.  Ce  sont 
des  opinions  individuelles  qui  ont  leur  importance,  et  qu'il  est  utile  de 
rapprocher  des  avis  collectifs  des  différents  jurys.  En  conséquence,  nous 
allons  transcrire  quelques  passages  de  ces  lettres  : 

o  En  proclamant  le  succès  de  M.  Ad.  Sax,  en  faisant  l'éloge  de  ses  dé- 
t  couvertes  précieuses,  de  ses  ingénieux  perfectionnements  relatifs  aux 
»  instruments  à  souffle,  en  le  remerciant  des  services  de  la  plus  haute 
»  importance  qu'il  a  rendus  à  l'art,  aux  musiciens,  aux  orchestres  de 
»  concerts  des  théâtres,  et  des  régiments  d'infanterie  et  de  cavalerie,  je 
»  n'ai  fait  que  rendre  justice  à  M.  Sax,  etc.,  etc. 

»  Castil-Blazè. 
»  6  juin  1849.  » 

«  Au  chancelier  de  V Ambassade  belge. 

»  M.  Sax  n'est  pas  seulement  facteur  d'instruments,  il  est,  en  outre, 
»  musicien  exécutant  très-d'stingué  ;  ses  connaissances  théoriques,  ré- 
»  sultat  d'une  étude  consciencieuse,  jointe  à  une  longue  pratique  de  son 
»  art  ;  lui  ont  permis  de  réaliser  les  perfectionnements  et  les  inventions 

»  qui  lui  ont  fait  une  si  grande  réputation Je  me  bornerai  à  men- 

»  tionner  sa  clarinette  basse  (M.  Sax  a  fait  d'autres  inventions  que  celles 
»  énumérées  au  projet;  il  a  pris  plusieurs  autres  brevets  qui  sont  tombés 
»  dans  le  domaine  public,  et  dout  la  musique  profite  aujourd'hui),  instru- 
»  ment  défectueux  jadis,  aujourd'hui  d'une  perfection  achevée;  ses  saxo- 
»  phoncs,  comprenant  une  famille  de  six  individus,  de  l'aigu  au  grave, 
»  dont  la  sonorité  magnifique  et  particulière  sera  d'un  précieux  se- 
»  cours,  etc. .  .;ses  saxhorns  et  ses  saxotrombas,  éclatantes  fanfares  de 
•  cuivre,  également  divisées  en  famille,  instruments  d'une  grande  jus- 
»  tesse,  d'un  beau  timbre,  d'une  grande  plénitude  et  puissance  de  son. 

»  Si  quelqu'un  a  su  mériter  l'appui  et  les  encouragements  dus  aux  ar- 
»  tistes  consciencieux,  c'est  assurément  l'auteur  de  tant  de  belles  créa- 
it tions  par  les  services  signalés  que,  dans  sa  spécialité,  il  a  rendus  â 
»  l'art  musical. . .,  etc. 

i  Meyerbeer.  » 

J'aurais  pu  multiplier  mes  citations,  mais  je  m'arrête  au  nom  de  Meyer- 
beer;  je  me  borne  à  ajouter  que  MM.  Adam,  Berlioz,  Niedermeyer,  Ain- 


broise  Thomas  ont  exprimé  une  opinion  semblable  à  celle  de  l'illustre 
maître. 

Ainsi  les  jurys  les  plus  éclairés  de  l'Europe,  les  musiciens  les  plus  re- 
nommés sont  les  partisans  des  inventions  de  M.  Sax.  C'est  un  fait  ac- 
quis et  dont  chacun  peut  déjà  tirer  les  conséquences. 

Vers  la  fin  de  1852,  les  instruments  de  Sax  avaient  été  rétablis  dans 
l'armée.  Il  fut  chargé  de  l'organisation  de  la  musique  des  guides.  On  sait 
les  succès  éclatants  obtenus  par  cette  musique  vraiment  supérieure. 

En  1854,  le  système  Sax  fut  appliqué  aux  régiments  de  la  garde  im- 
périale. 

Kons  avons  vu  la  série  des  appréciations  scientifiques  et  artistiques, 
nous  allons  jeter  un  regard  rapide  sur  les  appréciations  judiciaires. 

Il  eût  été  miraculeux  qu'une  invention  aussi  grande  échappât  aux 
aggressions  de  la  contrefaçon. 

Dès  1846,  Sax  fut  attaqué  avec  une  énergie  et  un  ensemble  excep- 
tionnels. En  1843, -malgré  une  expertise  favorable,  un  jugement  du  tri- 
bunal de  la  Seine,  confirmé  par  arrêt,  prononça  la  déchéance  de  ses 
brevets.  Cet  arrêt  fut  cassé,  et  le  28  juin  1854.  un  arrêt  de  Rouen, 
rendu  en  audience  solennelle,  restitua  aux  brevets  Sax  leur  mérite  et 
leur  valeur. 

Cet  arrêt  est  le  point  de  départ  d'une  jurisprudence  qui  n'a  plus  varié 
depuis.  Il  y  a  plus,  le  saxophone  n'a  plus  été  contrefait  ni  contesté.  La 
contrefaçon  s'est  exclusivement  dirigée  vers  le  saxotromba,  et  celui-ci, 
pendant  six  années  consécutives,  n'a  plus  subi  aucun  échec  judiciaire. 
Les  adversaires  actuels  de  Sax,  à  propos  du  saxotromba,  reconnaissent 
l'importance  et  la  nouveauté  du  saxophone. 

Après  ces  documents  officiels  émanés  des  divers  jurys,  après  ces  opi- 
nions de  nosgrands  musiciens,  après  les  nombreux  documents  judiciaires 
dont  la  permanence  a  doublé  l'autorité,  il  semble  que  l'importance  et  le 
mérite  de  l'invention  du  saxotromba  ne  peuvent  être  sérieusementcon- 
testés. 

Il  n'en  est  pourtant  pas  ainsi  :  un  membre  de  ta  commission  a  fait  ob- 
server que  le  saxotromba  ne  lui  paraissait  pas  une  invention  suffisante 
pour  motiver  une  prolongation  de  brevet.  Cet  instrument  se  fait  remar- 
quer surtout  par  la  situation  du  pavillon  en  l'air  et  par  le  parallélisme 
des  pistons.  Or,  M.  Sax  ne  peut  revendiquer  ces  modifications  principales. 
Il  paraît  résulter  de  divers  documents  qu'il  existe  des  antériorités,  et 
que  toutes  les  dispositions  du  saxotromba  étaient  connues.  Les  termes 
généraux  du  brevet  relatif  â  une  disposition  particulière  de  l'instrument 
laissent  une  étendue  trop  considérable  au  droit  privatif  de  Sax,  qui 
peut  accuser  de  contrefaçon  tous  les  instruments  analogues  au  sien. 

A  ces  observations  il  a  été  répondu  par  les  observations  suivantes  : 
le  saxotromba  est  précisément  l'instrument  qui  a  été  soumis  le  plus 
spécialement  à  l'appréciation  si  importante  des  jurys  et  des  hommes 
compétents,  le  saxophone  ayant  été  peu  pratiqué  jusqu'à  présent.  Le 
saxotromba  ne  peut  pas  servir  à  la  saisie  et  à  la  poursuite  de  tous  les 
instruments  analogues.  S'il  avait  le  tort  de  le  faire,  il  serait  facile  de 
discerner  son  droit,  car  le  saxotromba  se  distingue  par  deux  caractères  : 
il  est  l'invention  d'une  voix  nouvelle,  distincte  de  toutes  les  voix  con- 
nues et  produites  par  les  instruments  de  cuivre.  Cette  voix  résulte  des 
dimensions,  de  la  forme  géométrique  du  tube  dans  lequel  s'accomplis- 
sent les  vibrations  de  l'air  qui  produisent  le  son  ou  la  voix. 

Le  saxotromba  présente  encore  une  disposition  particulière,  qui  per- 
met au  musicien  à  cheval  ou  en  marche  d'appuyer  l'instrument  contre 
lui-même,  de  le  placer  à  la  portée  des  lèvres,  ce  qui  détermine  ainsi 
une  immobilité  de  l'instrument  et  une  sûreté  d'intonation  qui  n'avaient 
jamais  été  obtenues. 

L'instrument  tenu  do  la  main  gauche  reste  ainsi  appliqué  au  corps 
sans  oscillations  ;  il  est  solidaire  en  quelque  sorte  avec  le  musicien,  et 
la  main  droite  entièrement  libre  sert  à  la  pression  et  à  la  manœuvre  des 
pistons.  Les  droits  du  saxotromba  sont  dans  ces  deux  caractères  princi- 
paux ;  sous  ce  double  rapport,  il  est  un  instrument  nouveau,  ainsi  que 
l'ont  proclamé  les  jurys  d'exposition,  les  musiciens  les  plus  éminents, 
les  experts  les  plus  capables,  et  notamment  M.  l'ingénieur  Surville,  en 
4  858,  les  magistrats  les  mieux  autorisés. 

Quant  aux  antériorités  produites,  on  a  fait  remarquer  qu'à  cet  égard  il 
y  avait  chose  jugée,  puisque  M.  Besson  avait  perdu  un  procès  récent  en 
première  instance  et  en  appel,  et  cela  malgré  la  production  de  ces  anté- 
riorités. Il  serait  exceptionnel,  téméraire  peut-être,  et  certainement  dé- 
licat, de  contester  l'œuvre  de  la  justice.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'autorité 
de  la  chose  jugée  a  semblé  à  votre  commission  une  garantie  suffi- 
sante contre  ces  antériorités  produites  fort  tard,  et  qui  ne  sont  venues 
qu'après  de  nombreux  procès  qui  ont  eu  un  retentissement  considérable 
et  duré  plus  de  quatorze  ans. 

M.  Resson  a  fait  observer  que  le  dernier  mot  n'avait  pas  été  dit  par 
la  justice,  et  que  des  procès  existaient  encore  ;  la  majorité  de  la  com- 
mission a  pensé  qu'elle  ne  pouvait  être  arrêtée  par  cette  observation. 
D'abord,  les  procès  qui  existent  sont  faits  par  M.  Sax  ;  c'est  lui  qui  poursuit 
et  demande  la  répression.  Ensuite,  une  prolongation  de  brevet  ne  peut 
avoir  aucune  influence  sur  les  procès- futurs.  La  justice  conserve  entiè- 
rement le  droit  d'annuler  les  brevets,  s'il  venait  à  être  reconnu,  malgré 


DE  PARIS. 


es  documents  existants,  et  contrairement  à  toute  vraisemblance,  que  les 
brevets  sont  sans  valeur. 

Un  membre  de  la  commission  a  proposé  de  faire  une  distinction,  de 
prolonger  le  brevet  relatif  au  saxophone  et  de  refuser  la  prolonga- 
tion au  saxotromba.  La  majorité  a  repoussé  cette  distinction,  par  le 
motif  que  les  deux  brevets  avaient  un  égal  mérite. 

Ainsi  donc  la  majorité  de  la  commission  a  pensé  comme  les  jurys  de 
1851  et  de  1855,  comme  tous  les  illustres  musiciens  de  l'Europe,  comme 
les  experts,  comme  les  magistrats,  qu'il  y  avait  dans  ces  brevets 
une  invention  considérable  et  digne  de  fixer  l'attention  du  Corps  lé- 
gislatif. 

On  s'est  demandé  cependant,  tant  nous  avons  agi  avec  prudence 
et  scrupule,  si  le  mérite  était  assez  grand  pour  déterminer  une  pro- 
longation. 

Quant  au  mérite  musical,  il  n'est  pas  contestable.  Sax  a  fait  une  heu- 
reuse révolution  dans  les  musiques  militaires.  11  serait  injuste  de  dire 
que  cette  amélioration  n'est  pas  d'une  utilité  générale.  Nous  ne  voulons 
faire  aucune  poésie,  mais  linflueuce  de  la  musique  sur  le  moral  des 
armées  ne  saurait  être  niée  sérieusement. 

Toutefois,  le  motif  déterminant  pour  la  commission  n'est  pas  celui-ci. 
11  est  autre  ;  le  voici  :  avant  Sax,  la  fabrication  des  instruments  de 
cuivre  était  très-médiocre  et  très-réduite  en  France.  Nous  allions  chercher 
nos  instruments  à  l'étranger,  à  Berlin,  à  Prague,  en  Bavière,  à  Munich. 
Aujourd'hui  la  fabrication  a  pris  un  développement  considérable,  et 
l'étranger  vient  en  France.  C'est  à  Paris  qu'est  la  véritable  fabrication  ; 
c'est  la  que  s'est  constitué  un  centre  d'exportation  très-considérable. 
11  y  a  là  un  service  industriel  rendu  au  pays,  et  qui  a  vivement  frappé 
la  majorité  de  la  commission.  En  conséquence,  elle  a  décidé  que  M.  Sax 
avait  accompli  la  première  condition  imposée  à  la  prolongation  d'un  brevet, 
c'est  à-diie,  qu'il  avait  introduit  une  amélioration  considérable  dans  un 
art,  et  développé,  presque  créé  une  industrie  spéciale  en  France. 

La  première  condition  étant  accomplie,  nous  arrivons  immédiatement 
à  la  seconde  :  M.  Sax  est-il  un  inventeur  malheureux  qui,  par  des  circons- 
tances exceptionnelles  et  indépendantes  de  sa  volonté,  n'a  pas  pu  tirer  profit 
de  ses  inventions!... 

M.  Sax  est  pauvre  ;  il  a  été  ruiné  par  des  procès  injustes.  C'est  ce  que 
proclame  l'opinion  publique.  Toutefois,  l'opinion  publique  peut  s'égarer 
quelquefois;  voyons  de  près  les  faits. 

Les  brevets  de  M.  Sax  ont  été  attaqués  dès  leur  origine.  En  mars  1846, 
la  contrefaçon,  dans  sa  poursuite  ardente,  s'est  découragée  vis-à-vis  du 
saxophone,  qu'elle  avait  d'abord  contesté  comme  le  saxotromba.  En  face 
d'une  invention  aussi  radicale  que  celle  du  saxophone,  la  contrefaçon  ne  pou- 
vait sérieusement  produire  aucune  de  ces  analogies  plus  ou  moins  exactes 
que  l'on  appelle  des  antériorités,  et  qui  sont  le  moyen  usité  pour  sou- 
tenir les  demandes  en  déchéance  de  brevets.  On  s'inclina  donc  devant  le 
saxophone  ;  mais  les  efforts  concentrés  redoublèrent  contre  le  saxo- 
tromba. 

Le  mal  fait  à  M.  Sax  par  les  procès  est  vraiment  inouï.  Outre  les  brevets 
de  1845  et  1846  qui  vous  sont  soumis,  il  avait  pris  en  18/|3  un  autre  brevet 
toujours  relatif  à  la  fabrication  des  instruments  en  cuivre.  Ce  brevet  a 
été  validé  par  la  Cour  de  Rouen,  le  23  juin  1854  ;  mais  les  ennemis  de 
Sax  avaient  réussi.  Ce  brevet,  qu'il  n'avait  pu  pratiquer  utilement  au 
milieu  des  procès,  avait  expiré  lorsqu'il  fut  validé  par  la  Cour  de  Rouen. 

Il  demande  aujourd'hui  qu'on  lui  évite  un  résultat  aussi  déplorable. 
Ce  fait,  si  regrettable  de  brevets  expirés  sans  profit  et  sous  les  atteintes 
de  la  contrefaçon,  a  excité  les  émotions  les  plus  sérieuses.  A  l'audience 
de  la  Cour  impériale  dé  Paris  du  26  mai  1860,  M.  l'avocat  général  de 
Vallée  disait  dans  des  conclusions  contraires  à  M.  Besson,  et  à  propos  de 
la  contrefaçon  du  saxotromba  : 

«  J'ai  bien  envie  d'ajouter  qu'il  est  vraiment  douloureux  de  voir  à 
»  quelles  épreuves  a  été  soumise  cette  propriété  de  Sax.  Ce  n'est  pas  son 
»  éloge  que  je  veux  faire  ;  cela  ne  conviendrait  pas  dans  ma  bouche.  Je 
»  parle  de  son  droit.  Souverainement  reconnu  par  tant  d'arrêts,  ce  droit 
t  a  été  tellement  contesté  qu'il  s'éteindra  demain  et  qu'il  n'aura  pas 
»  vécu  un  instant  libre  et  fructueux  pour  son  auteur.  Je  suis  dans  l'hy- 
»  pothùse  où  Sax  est  légitimement  breveté,  où  il  n'est  pas  le  charlatan 
»  dont  parle  Kretzchemann,  où  il  est  l'inventeur  si  souvent  récompensé, 
»  dont  l'invention  a  été  consacrée  parles  arrêts  de  la  justice. 

»  Cet  homme  a  vu  son  droit  privatif  livré  à  toutes  les  attaques,  à 
»  tous  les  combats;  son  champ  a  été  envahi  :  d'heure  en  heure,  d'an- 
»  née  en  année,  les  combattants  se  succèdent,  les  assaillants  s'y  rem- 
»  placent  ;  Besson  est  le  dernier,  mais  le  champ  est  épuisé.  La  propriété 
»  s'éteint  à  l'heure  où  je  parle.  Il  y  a  là  un  grand  abus  de.  ce  que  les 
»  facteurs  ont  considéré  jusqu'ici  comme  leur  droit.  Sax  avait  une  pro- 
»  priété  plus  recommandablo  peut-être  encore  que  la  propriété  qui  vient 
»  de  nos  pères,  puisqu'elle  est  le  résultat  de  nos  efforts  personnels  et 
»  des  travaux  de  notre  esprit. 

»  Quelles  que  soient  les  conséquences  de  nos  paroles,  de  ce  qui  s'est  passé, 
•  je  le  dis  et  je  souhaite  que  ces  paroles  soient  entendues  ;  certain  que 
»  le  droit  privatif  existe,  que,  s'il  a  été  fait  du  bruit  autour  de  cette  in- 
»  vcntion,  elle  est  au  fo  id  réelle,  sérieuse,  légitime,  je  verrais  avec 


»  douleur,  moi,  magistrat,  que  ce  droit  fût  anéanti  entre  les  mains  de 
»  celui  qui  l'avait  conquis,  et  en  même  temps  que  je  demande  à  la  Cour 
»  un  arrêt  souverain  et  définitif,  qui  mettrait  hors  de  combat  les  derniers 
d  assaillants,  je  fais  des  vœux  pour  que  le  droit  privatif  ne  soit  pas,  par 
»  l'effet  du  temps,  enlevé  à  celui  qui,  par  son  travail  et  son  mérite,  se 
»  l'est  légitimement  acquis.  » 

A  côté  d'un  vœu  formulé  pour  la  prolongation,  il  y  a  dans  ces  paroles 
la  constatation  des  malheurs  de  Sax.  Ils  sont  trop  vrais.  L'étendue  d'un 
rapport  ne  comporte  pas  le  récit  de  tous  les  procès  suscités  à  Sax  et  in- 
variablement gagnés  par  lui  depuis  l'arrêt  de  Rouen  de  1854;  et  d'ail- 
leurs, ces  procès  sont  connus  et  sont  un  fait  constant. 

La  contrefaçon  s'était  organisée  contre  lui  sous  la  forme  d'une  coali- 
tion. Des  lettres  produites  pendant  le  procès  de  1860  prouvent  qu'elle 
avait  un  président,  un  trésorier. 

Il  est  intéressant  de  voir  cet  homme,  fort  de  sa  conviction  et  de  son 
droit,  rester  debout  contré  tous  et  soutenir  la  lutte  sans  démoralisation, 
sans  découragement.  Beaucoup  auraient  succombé;  mais  s'il  a  été  ruiné, 
il  a  su,  au  milieu  de  la  ruine  et  du  chagrin,  conserver  intacts  son  cou- 
rage et  son  inte'ligence. 

Un  instant  la  coalition  a  obtenu  un  terrible  succès.  Cet  inventeur, 
ainsi  traqué,  ruiné  par  des  expertises,  par  des  procédures,  a  vu' son  cré- 
dit disparaître.  Des  commanditaires,  effrayés  de  l'acharnement  de  ses 
adversaires,  l'ont  abandonné.  Pour  ne,  pas  laisser  périr  son  droit  privatif, 
pour  faire  face  aux  frais  judiciaires,  il  a  dû  recourir  à  des  emprunts 
onéreux;  un  jour,  le  5  juillet  1852,  il  a  dû  déposer  son  bilan  et  se  décla- 
rer en  faillite  ! 

Cette  catastrophe  n'a  pu  l'abattre  ;  il  a  lutté  encore,  et,  dans  ces  der- 
niers temps,  plusieurs  de  ses  adversaires,  les  plus  puissants  et  les  plus 
acharnés,  ont  transigé  avec  lui.  L'argent  provenu  des  transactions  lui  a 
servi  à  se  faire  réhabiliter.  Un  arrêt  du  23  janvier  1860,  rendu  au  rapport 
d'un  des  conseillers  de  la  Cour  de  Paris,  et  sur  les  conclusions  conformes 
du  ministère  public,  a  prononcé  la  réhabilitation  de  Sax.  Il  a  pu,  ce  jour- 
là,  reprendre  sa  croix  d'honneur,  dont  la  prérogative  est  inconciliable 
avec  la  position  de  failli. 

En  présence  d'une  faillite  qui  est  la  preuve  de  la  ruine  et  de  la  misère, 
en  présence  d'une  réhabilitation  récente,  il  parait  superflu  de  démontrer 
que  M.  Sax  est  pauvre,  et  qu'il  n'a  point  profité  de  ses  brevets. 

Cependant  on  affirme,  dans  une  note  qui  nous  a  été  distribuée,  qu'il 
a  fait  des  bénéfices  considérables  par  les  dommages-intérêts  prononcés 
et  par  sa  propre  fabrication.  On  a  répondu  par  une  note  contraire,  que 
les  bénéfices  allégués  n'existaient  pas  ;  et,  en  effet,  Sax,  d'après  les 
informations  les  plus  précises,  les  plus  désintéressées,  les  plus  sérieuses, 
ne  possède  rien.  Il  est  vrai  qu'il  a  reçu  dans  une  transaction,  en  argent 
ou  valeurs,  une  somme  de  505,000  fr.  Mais  cette  somme  ne  constitue 
pas  un  bénéfice  ;  elle  a  servi  à  le  faire  réhabiliter. 

Nous  nous  excusons  d'entrer  daus  ces  détails,  qui  sont  peut-être 
indignes  des  hautes  appréciations  de  la  Chambre  ;  nous  nous  bornons  à 
constater  que  le  brevet  de  Sax  relatif  au  saxotromba  a  été  paralysé 
dans  ses  mains  par  les  innombrables  procès  qui  lui  ont  été  suscités,  et 
qui  ont  déterminé  sa  faillite.  11  est  donc  équitable  et  juste  de  lui  donner, 
par  une  prolongation,  le  profit  qui  lui  était  dû  et  qu'il  aurait  recueilli 
sans  les  circonstances  exceptionnelles  que  nous  avons  énumérées.  C'est 
ce  qu'a  pensé  la  majorité  de  votre  commission. 

La  prolongation  du  brevet  relatif  au  saxophone  est  fondée  sur  un  autre 
motif  non  moins  sérieux.  Attaqué  dans  le  principe,  ce  brevet  n'a  pas 
tardé  à  être  respecté,  mais  il  n'a  pu  être  pratiqué.  L'instrument  est  si 
nouveau  qu'il  n'y  a  pas  d'ouvriers  pour  le  fabriquer  et  d'artistes  pour  le 
jouer.  Il  a  fallu  donner  à  M.  Sax  une  chaire  au  Conservatoire,  et,  grâce 
à  ses  leçons,  quelques  élèves  se  sont  formés  dans  ces  dernières  années. 
Mais  le  personnel  manque  encore,  et  cette  circonstance  exceptionnelle  a 
empêche  M.  Sax  de  profiter  de  son  brevet.  Du  reste,  l'opinion  qui  s'est 
formulée  dans  la  commission  contre  le  saxotromba  a  paru  accepter  la 
prolongation  pour  le  saxophone,  à  cause  de  la  nouveauté  absolue  de 
cet  instrument  et  de  l'emploi  si  restreint  qui  en  a  été  la  conséquence. 

Il  convient  de  dire  un  mot  d'un  document  qui  a  son  importance.  Le 
comité  consultatif  des  arts  et  manufactures  a  donné  un  avis  défavorable 
à  la  demande  de  Sax.  En  lisant  attentivement  ce  document,  on  voit  sans 
peine  que  le  comité  s'est  placé  en  dehors  et  au-dessus  de  la  question. 
1,'avis  est  rédigé  dans  un  esprit  doctrinal  et  systématique  ;  il  exprime 
les  répugnances  et  les  inconvénients  que  suscitent  les  prolongations  de 
brevets  qui  sont  des  dérogations  à  la  loi,  mais  il  ne  discute  pas  le  fond 
de  la  question,  c'est-à-dire,  la  nouveauté  de  l'invention  et  la  stérilité  du 
brevet  par  des  circonstances  exceptionnelles. 

Dans  la  question  du  docteur  Boucherie,  résolue  favorablement  par  la 
Chambre,  le  comité  avait  été  défavorable  à  l'inventeur. 

Contre  ce  document  on  nous  en  a  soumis  un  autre  qui  mérite  l'attention 
spéciale  de  la  Chambre. 

Après  la  demande  en  prolongation  de  Sax,  sept  facteurs,  les  anciens 
adversaires  de  Sax,  lui  ont  écrit.  Ils  donnent  une  adhésion  complète  à 
la  prolongation. 

Certes,  au  premier  abord,  ces  lettres  apparaissent  comme  l'hommage 


3?6 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


le  plus  louable  et  le  plus  éclatant  rendu  au  mérite  et  aux  malheurs  de 
Sax. 

On  a  prétendu  pourtant  que  les  signataires  de  ces  lettres  avaient  ob- 
tenu des  licences  de  M.  Sax,  et  que  par  conséquent  ils  étaient  Intéressés 
au  droit  privatif.  M.  Sax  a  répondu  qu'il  avait  donné  des  licences  aux 
mômes  conditions  à  tous  ceux  qui  en  avaient  demandé,  et  qu'il  en  ac- 
corderait à  tous  ceux  qui  en  demanderaient. 

Les  conditions  faites  aux  porteurs  de  licence  sont  modérées.  Après  une 
étude  approfondie  de  la  question,  après  avoir  écouté  avec  soin  les  argu- 
ments et  les  intérêts  contraires,  il  a  paru  à  la  majorité  de  votre  com- 
mission que  M.  Sax  réunisssait  les  deux  conditions  d'une  prolongation 
de  brevet,  qu'il  était  un  inventeur  important  et  un  inventeur  malheu- 
reux. En  conséquence,  votre  commission,  à  la  majorité  de  cinq  voix  con- 
tre deux,  vous  propose  l'adoption  du  projet  de  loi. 

PROJET   DE    LOI. 

Relatif  à  la  prolongation  de  durée  de  deux  brevets  accordés,  en  1845  et  1846, 
au  sieur  Sax,  fabricant  d'instruments  de  musique. 

Article  unique.  —  La  durée  des  brevets  d'invention  délivrés  au  sieur 
Antoine-Joseph  Sax,  dit  Adolphe  Sax,  les  13  octobre  1845  et  21  mars  1866, 
le  premier  pour  le  saxotromba,  le  second  pour  le  saxophone,  est  pro- 
longée de  cinq  ans,  moyennant  le  paiement  de  la  taxe  annuelle  fixée  par 
l'art.  4  de  la  loi  du  5  juillet  1844 . 

LOI 

Portant  prolongation  de  la  durée  de  deux  brevets  d'invention  délivrés  en 
1845  et  1846  à  M.  Sax,  pour  les  instruments  dits  saxotromba  et  saxo- 
phone. 

Du  1er  août  1860. 
NAPOLÉON,  par  la  grâce  de    Dieu  et  la  volonté  nationale,  Empereur 

des  Français,  à  tous  présents  et  à  venir,  salut. 
Avons  sanctionné  et  sanctionnons,  promulgué  et  promulguons  ce  qui 

suit: 

LOT. 

Extrait  du  procès-verbal  du  Corps  législatif. 
Le  Ccrps  législatif  a  adopté  le  projet  de  loi  dont  la  teneur  suit: 
Art.  1".  —  La  durée  du  brevet  d'invention  délivré  au  sieur  Antoine- 
Joseph  Sax,  dit  Adolphe  Sax,  ie  13  octobre  1845,  pour  l'instrument  dit 
saxutrumba,  est  prolongée  de  cinq  ans,  moyennant  le  paiement  de  la  taxe 
annuelle  fixée  par  l'article  4  de  la  loi  du  5  juillet  1844. 

Art.  2.  —  Est  également  prolongée  de  cinq  ans,  et  sous  la  même  con- 
dition,   la  durée  du  brevet  d'invention  délivré  au  sieur  Sax,  le  21  mars 
1846,  pour  l'instrument  dit  saxophone. 
Délibéré  en  séance  publique,  à  Paris,  le  20  juillet  1860. 

Le  président, 
Signé  :  Comte  de  Mornï. 
Les  secrétaires, 
Signé  :  Comte  Lodis  de  Cambacérès,  comte  Léopold  Le  Hon, 
comte  Joacuim  Mcrat. 

Extrait  du  procès-verbal  du  Sénat. 

Le  Sénat  ne  s'oppose  pas  à  la  promulgation  de  la  loi  ayant  pour  objet 
do  prolonger  la  durée  de  deux  brevets  accordés  en  1845  et  en  1846  à 
M.  Sax,  fabricant  d'instruments  de  musique. 
Délibéré  et  voté  en  séance,  au  palais  du  Sénat,  le  24  juillet  1860. 

Le  président,  Les  secrétaires, 

Signé  :  Troplong.     Signé:  A.  Laity,  comte  de  Grossolles-Flamarens, 
baron  T.  de  Lacrosse. 
Vu  et  scellé  du  sceau  du  Sénat, 

Le  sénateur  secrétaire, 
Signé  :  Baron  T.  de  Lacrosse. 
Mandons  et  ordonnons  que  les  présentes,  revêtues  du  sceau  de  l'État 
et  insérées  au  Bulletin  des  lois,  soient  adressées  aux  Cours,  aux  tribu- 
naux et  aux  autorités  administratives,  pour  qu'ils  les  inscrivent  sur 
leurs  registres,  les  observent  et  les  fassent  observer,  et  notre  ministre 
secrétaire  d'Etat  au  département  de  la  justice  est  chargé  d'en  surveiller 
la  publication. 

Fait  au  palais  de  Saint-Cloud,  le  1°'  août  1860. 

.       Signé  :   NAPOLÉON. 
Vu  et  scellé  du  grand  sceau. 

Le  garde  des  sceaux,   ministre  Par  l'Empereur  : 

secrétaire  d'Etat  au  département  de  la  justice,  Le  ministre  d'État, 

Signé  :  DelanGle.  Signé  :  Acuille  Fould. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Théâtre-Français  :  Débuts  de  Guichard  et  de  Mlle  Ponsin.  — 
Odéon  :  Débuis  de  Mlle  Karoly  et  de  M.  Dubarry.  —  Gymnase  : 
le  Voyage  de  M.  Perrichon,  comédie  en  quatre  actes,  par  MM.  E. 
Labiche  et  E.  Martin.—  Variétés  :  Une  chasse  à  Saint-Germain, 
vaudeville  en  deux  actes,  par  MM.  R.  Deslandes  et  Moreau  ;  Joseph 
Prudhomme,  chef  de  brigands,  vaudeville  en  trois  actes,  par 
H.  Monnier  ;  reprises  de  Madame  et  monsieur  Pinchon  et 
(Y  Une  fille  terrible.—  Palais-Royal:  Un  jeune  homme  en  loca- 
tion, vaudeville  de  MM.  H.  Lefebvre  et  Dubruel.  — Porte-Saint- 
Martin  :  le  Pied  de  mouton,  féerie-ballet-revue  en  vingt  et  un 
tableaux,  par  MM.  H.  Cogniard  et  H.  Crémieux. 

Les  débuts  continuent  à  la  Comédie-Française  et  à  l'Odéon.  Il  y  a 
longtemps  que  la  tragédie  ne  s'est  trouvée  à  pareille  fête  ;  c'est  à 
faire  croire  qu'elle  est  ressucitée.  Cette  illusion  est  due  à  la  manière 
brillante  avec  laquelle  Guichard  a  interprété  certaines  parties  du  rôle 
d'Oreste,  dans  ï'Andromaque  de  Racine,  ainsi  qu'un  grand  bruit  qui 
s'est  fait  à  l'occasion  du  début  d'une  demoiselle  Karoly,  dans  Camille 
d'Horace.  En  réalité,  nous  croyons  que  Guichard,  artiste  soigneux  et 
convaincu,  finira  par  conquérir  une  place  honorable  dans  le  répertoire 
du  Théâtre-Français,  et  que  Mlle  Karoly,  si  elle  ne  se  laisse  pas 
aveugler  par  un  triomphe  factice  et  si  elle  se  corrige  des  exagérations 
qui  déparent  son  jeu,  comptera  bientôt  au  nombre  des  bons  comédiens 
de  l'Odéon.  Dans  Andromaque,  Mlle  Devoyod,  chargée  du  rôle  d'Her- 
mione,  s'est  fait  très -légitimement  applaudir  à  côté  de  Guichard; 
dans  Horace,  un  jeune  homme  du  nom  de  Dubarry  a  fait  preuve  de 
qualités  sérieuses  et  qui  ont  droit  à  des  encouragements.  Pour  clore 
cette  chronique  des  débuts  annuels,  constatons  que  Mlle  Ponsin,  pre- 
mier prix  du  Conservatoire,  qui  s'est  montrée  d'abord  dans  Y  Ecole 
des  vieillards,  a  obtenu  un  succès  bien  marqué  dans  le  Jeu  de  l'amour 
et  du  hasard. 

—  Le  Gymnase  a  joué,  sous  le  titre  du  Voyage  de  M.  Perrichon, 
une  pièce  en  quaLre  actes,  qui,  pour  la  forme,  ressemble  singulièrement 
à  un  vaudeville  sanscouplets,  mais  qui,  pour  le  fond,  renferme  une  idée  de 
bonne  et  joyeuse  comédie.  Les  auteurs,  MM.  Labiche  et  Edouard  Mar- 
tin, ont  mis  en  évidence  cette  vérité  que,  pour  obtenir  les  bonnes 
grâces  d'un  bourgeois  vaniteux,  un  service  rendu  est  bien  moins 
efficace  qu'un  service  reçu.  Témoin  M.  Perrichon  qui,  dans  un  voyage 
en  Suisse,  a  été  retiré  d'un  précipice  par  M.  Armand,  et  qui,  à  son 
tour,  a  sauvé  M.  Daniel  d'un  danger  à  peu  près  identique.  Vous 
croyez  peut-être  que  ce  brave  Perrichon,  guidé  par  un  sentiment  de 
reconnaissance,  que  bien  des  gens  trouveraient  naturel,  va  se  prendre 
d'une  belle  amitié  pour  M.  Armand,  et  lui  octroyer  d'emblée  la  main 
de  sa  fille  Henriette,  que  celui-ci  convoite?  Pas  du  tout;  l'amour-pro- 
pre  froissé  du  bourgeois  ne  se  paie  pas  de  cette  monnaie  ;  l'obligation 
qu'il  a  contractée  envers  M.  Armand  lui  devient  odieuse,  et  il  s'ac- 
commode bien  mieux  du  rôle  d'obligé  que  M.  Daniel  a  pris  vis-à-vis 
de  lui.  Une  fois  ce  caractère  tracé,  les  maladresses  de  M.  Armand 
achèvent  de  le  ruiner  dans  l'esprit  du  père  d'Henriette,  tandis  que 
M.  Daniel,  mieux  avisé,  exploite  son  orgueil,  et  deviendrait  à  coup  sûr 
son  gendre,  sans  une  circonstance  fortuite  qui  dévoile  sa  ruse,  et  fait 
regagner  à  son  rival  tout  le  terrain  perdu.  Ce  thème,  beaucoup  moius 
paradoxal  qu'il  en  a  l'air  de  prime  abord,  est  développé  avec  une 
verve,  une  franchise,  une  rondeur,  qui  font  du  Voyage  de  M.  Perri- 
chon une  odyssée  des  plus  amusantes.  Le  type  principal  convient 
merveilleusement  au  talent  de  Geoffroy,  qui  y  retrouvera  son  succès 
du  Bourgeois  de.  Paris. 

—  Depuis  que  la  Fille  du  Diable  a  disparu  de  l'affiche  des  Va- 
riétés, deux  nouveautés  et  deux  reprises  ont  succédé  à  cette  féerie 
centenaire,  mais  n'ont  pas  hérité  du  secret  de  ses  receltes.  Une 
chasse  à  Saint-Germain,  c'est  l'histoire  drolatique  d'un  peintre  qui, 
à  la  veille  de  se  marier,  se  voit  en  butte  aux  poursuites  de  trois  an- 
ciennes maîtresses,  et  n'échappe  aux  conséquences  de  cet  hallali  com- 


DE  FA IIIS. 


337 


promenant  qu'en  les  faisant  passer,  aux  yeux  de  sa  future,  pour  les 
Dulcinées  de  trois  Don  Quichotte  de  ses  amis.  Joseph  Prudhomme, 
chef  de  brigands,  est  une  pièce  en  trois  actes  dont  les  prétentions, 
bien  autrement  élevées  que  celles  du  vaudeville  précédent,  ne  sont 
cependant  guère  mieux  justifiées.  La  création  de  Joseph  Prudhomme, 
l'illustre  élève  de  Brard  et  Saint-Omer,  l'expert  assermenté  près  les 
cours  et  tribunaux,  appartient  de  vieille  date  à  Henri  Monnier,  qui, 
après  en  avoir  crayonné  l'originale  physionomie,  l'a  promenée  pen- 
dant trente  ans  en  sa  personne,  sur  toutes  nos  scènes  parisiennes. 
Certes,  la  caricature  et  le  théâtre  ont  inventé  peu  de  types  aussi  com- 
plets, aussi  bien  réussis  que  celui-là,  mais  il  a  eu  son  temps,  et,  à 
force  de  se  prodiguer,  il  a  terriblement  blasé  le  public  sur  son  compte. 
C'est  ce  qui  explique  Tassez  triste  accueil  que  l'on  a  fait  à  sa  nou- 
velle et  dernière  incarnation  en  chef  de  brigands,  quoiqu'il  y  ait  de 
bonnes  choses  dans  celle  bouffonnerie,  et  qu'Henri  Monnier  y  soit 
fort  plaisant,  dans  l'acte  surtout  où  il  cherche  à  ramener  ses  affreux 
bandits  italiens  dans  le  sentier  de  la  vertu. 

On  a  revu  avec  plaisir,  au  même  théâtre,  Madame  et  Monsieur 
Pinchon,  ancien  vaudeville  rajeuni  par  Charles  Potier  et  par  Mlle  Lu- 
cile  Durand,  ainsi  qu'  Une  fille  terrible,  autre  joli  vaudeville  qu'on  a 
repris  pour  les  débuts  de  Mlle  Leblanc. 

—  Au  Palais -Royal,  un  quiproquo  résultant  de  l'usage,  vrai  ou 
supposé,  de  louer  des  danseurs  pour  un  bal,  comme  on  loue  des  ban- 
quettes, a  fourni  à  MM.  H.  Lefèvre  et  Dubruel  quelques  scènes  spiri- 
tuelles, rassemblées  sous  le  titre  d' Un  jeune  homme  en  location. 

—  Dans  ce  moment,  on  ne  joue  au  boulevard  que  des  reprises,  et 
c'est  partout  une  véritable  pluie  d'argent.  A  voir  tous  ces  vieux  titres 
qui  s'étalent  pompeusement  au  frontispice  des  théâtres,  depuis  la 
Porte-Saint-Martin  jusqu'à  la  Bastille,  on  se  demande  avec  inquiétude 
ce  que  deviendra  le  métier  d'auteur  dramatique,  si  cela  continue. 
Heureusement  que  cette  manie  d'exhibitions  rétrospectives  est  plus 
apparente  que  réelle  ;  ainsi,  c'est  bien  le  Pied  de  mouton  qu'on 
applaudit  chaque  soir  sur  la  scène  de  la  Porte-Saint-Martin  ;  mais 
c'est  moins  le  Pied  de  mouton  de  Martainville  que  celui  de  MM.  Co- 
gniard  et  H.  Crémieux.  Martainville  aurait  peine,  en  elfet,  à  reconnaître 
son  œuvre,  à  travers  les  douze  tableaux  qui  y  ont  été  ajoutés  et  qui 
n'ont  pour  ainsi  dire  conservé  de  l'ancienne  pièce  que  les  noms  si 
connus  des  personnages,  Guzman,  ISigaudinos,  Lazarille.  Il  y  a  loin 
des  trucs  vieillis,  des  décorations  mesquines,  du  spectacle  indigent, 
qui,  pendant  près  de  quarante  ans,  ont  suffisamment  protégé  cet  essai 
précurseur  de  nos  grandes  féeries  modernes,  aux  magnificences  de 
mise  en  scène  que  M.  Fournier  a  déployées  dans  cette  nouvelle  édition 
considérablement  revue  et  augmentée.  Tout  un  corps  de  ballet  a  été 
amené  à  grands  frais  d'Angleterre  pour  nous  fournir  un  échantillon 
des  grâces  et  des  séductions  de  Covent-Garden.  Des  danseuses  fran- 
çaises ou  italiennes,  parmi  lesquelles  brillent  au  premier  rang 
Mmes  Carlotta  de  Vecehi  et  Magny,  ont  été  adjointes  à  cet  essaim  de 
beautés  britanniques.  Le  Vaudeville  a  prêté  un  de  ses  bons  comiques, 
Parade,  pour  jouer  Nigaudinos  ;  Laurent  s'est  surpassé  dans  le  rôle 
de  Lazarille  ;  Mlles  Nelly,  Céline  Montalant,  Daudoird,  se  sont  partagé 
les  autres  personnages  de  quelque  importance  et  y  ont  fait  assaut 
de  malice  et  de  gentillesse  ;  enfin  le  décorateur  et  le  machiniste  ont 
reculé  les  bornes  du  possible  dans  les  tableaux  de  la  fontaine  mer- 
veilleuse et  de  l'apothéose  finale.  Semblable  à  Guzman,  M.  Marc 
Fournier,  en  accomplissant  tous  ces  prodiges,  a  sans  doute  voulu  prou- 
ver qu'il  ne  connaissait  pas  d'obstacles,  et  le  public  lui  donne  raison 
par  ses  bravos  et  par  son  affiuence. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


„**  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  a  donné  lundi  Sémiramis  avec  les 
sœurs  Marçhisio.  Mercredi,  Pierre  de  Médiats  a  reparu  sur  l'affiche.  — 
La  reprise  daProphêle,  retardée  par  l'indisposition  de  JimeTedesco,  aura 
lieu  prochainement.— On  prépare  une  reprise  deGuitluume  Tell;  Mlle  Car- 
lotta Marçhisio  chantera  le  rôle  de  Mathilde,  dans  lequel  on  rétablira 
l'air  et  la  scène  qu'on  avait  cessé  de  chanter  depuis  la  réduction  en 
trois  actes  du  chef-d'œuvre  de  Rossini. —  Le  ballet  composé  par  Mlle  Ta- 
glioni  pour  Mlle  Emma  Livry  sera  représenté  du  15  au  23  octobre.  La 
jeune  artiste  le  répète  avec  activité  sous  les  yeux  de  la  célèbre  dan- 
seuse ;  on  dit  merveille  des  principaux  pas  que  doit  exécuter  Mlle  Livry 
dans  la  nouvelle  oeuvre  chorégraphique  ;  on  cite  entre  autres  une  ma- 
zurka, au  premier  tableau;  la  valse  des  rayons,  au  deuxième,  un  pas 
noble  avec  Mérante,  et  enfin  un  pas  final  de  la  plus  grande  originalité. 

***  La  reprise  du  Pardon  de  Ploërmel  ne  pouvait  se  faire  longtemps 
attendre  à  l'Opéra-Comique.  Elle  est  donc  annoncée  pour  le  mois  pro- 
chain ;  mais  M.  Beaumont  a  eu  l'heureuse  idée  de  faire  jouer  le  rôle 
d'IIoel  par  Mlle  Wertheimber,  qui  a  su  si  bien  s'assimiler  celui  de  Pig- 
malion,  écrit  pour  une  basse-taille,  et  qui,  par  la  nature  de  son  organe 
et  de  son  talent  dramatique,  est  dans  les  plus  belles  conditions  pour  en 
faire  ressortir  toutes  les  beautés.  La  jeune  artiste  a  donc  été  engagée  à 
cet  effet.  Mlle  Monrose  chantera  le  rôle  de  Dinorah,  qu'elle  sait  parfai- 
tement. Meyerbeer  et  MM.  Carré  et  Barbier  ont  complètement  approuvé 
cette  nouvelle  distribution. 

***  Les  répétitions  de  l'opéra  en  trois  actes  de  Scribe  et  J.  Offenbaeh 
se  poursuivent  activement  La  direction  prépare  pour  la  musique  nou- 
velle de  l'auteur  de  tant  d'oeuvres  devenues  populaires,  des  décorations 
et  une  mise  en  scène  splendides. 

*%  La  prochaine  saison  du  théâtre  Italien  s'annonce  de  la  façon  la 
plus  brillante.  Le  bureau  de  location  est  littéralement  envahi,  et  Uon 
compte  déjà  parmi  les  abonnés  les  plus  grands  noms  de  la  noblesse  et 
de  la  finance. 

,,%  Le  théâtre  Lyrique  annonce  pour  la  semaine  prochaine  la  pre- 
mière représentation  du  Val  d'Andorre.  La  reprise  de  cet  ouvrage,  im- 
portante à  tous  égards,  est  l'objet  des  soins  les  plus  assidus.  De  nouveaux 
engagements  ont  été  contractés;  ainsi,  outre  Battaille,  qui  était  inimita- 
ble dans  le  rôle  du  chevrier,  nous  verrons  reparaître  Mme  Meillet,  spé- 
cialement engagée,  et  M.  Monjauze,  dans  les  rôles  de  Rose-de-Mai  et  du 
chasseur  Stephan.  M.  Meillet  se  présentera  dans  le  personnage  de  Le- 
joyeux  et  M.  Fromant  dans  celui  de  Saturnin.  Mlle  Roziès  continuera 
les  heureux  débuts  qu'elle  vient  de  faire  dans  les  Dragons  de  Yillars, 
de  A.  Maillart,  dans  le  rôle  de  Georgette.  Le  rôle  de  la  fermière  Thé- 
rèse sera  rempli  par  une  débutante,  Mme  Zevaco,  à  laquelle  on  ac- 
corde un  précieux  talent  dans  un  emploi  devenu  très-rare  aujourd'hui, 
celui  des  jeunes  mères.  —  On  vient  de  mettre  à  l'étude  un  opéra  en  un 
acte  de  Théodore  Barrière  et  Carré,  dont  M.  Léo  Delibes  a  écrit  la  mu- 
sique.—  Les  répétitions  de  l'opéra  de  Maillart,  les  Pécheurs  de  Catane,  se 
poursuivent  activement. 

„%  Les  Dragons  de  Villars  ont  été  donnés  quatre  fois  cette  semaine. 
Mmelloziès  continue  à  être  très -applaudie  dans  le  rôle  de  Rose  Friquet. 
Les  exigences  du  répertoire  ont  obligé  la  direction  â  apporter  quelques 
changements  dans  la  distribution.  Delaunay-Riquier  a  pris  possession 
du  rôle  de  Sylvain  et  Lesage  a  remplacé  Grillon  dans  le  personnage  de 
Bellamy. — Les  Valets  de  Gascogne  font  toujours  grand  plaisir.  La  charmante 
partition  de  M.  Alfred  Dufresne  gagne  chaque  soir  dans  la  faveur  du  pu- 
blic. 

„,*„,  Un  différend  regrettable  vient  de  surgir  entre  la  direction  du 
théâtre  Lyrique  et  l'auteur  du  Sclam  et  de  Maître  Wolfram.  M.  E.  Reyer 
a  écrit,  sur  un  poëme  de  MM.  Michel  Carré  et  Jules  Barbier,  une  parti- 
tion en  trois  actes  qui,  aux  termes  d'un  traité  passé  entre  les  auteurs 
et  M.  Carvalho,  alors  directeur  du  théâtre  Lyrique,  devait  être  exécutée 
à  la  réouverture  du  théâtre.  C'était  là  le  délai  de  rigueur.  Lorsque 
M.  Réty  prit  la  succession  de  M.  Carvalho,  il  pria  M.  Reyer  de  vouloir 
bien  ajourner  au  mois  de  décembre  la  représentation  de  son  ouvrage. 
M.  Reyer  et  ses  collaborateurs  y  consentirent.  Aujourd'hui,  par  suite  de 
nouvelles  combinaisons,  de  nouveaux  engagements  qu'il  ne  nous  appar- 
tient pas  de  discuter  ni  d'apprécier,  M.  Réty  se  trouverait  dans  la  néces- 
sité de  renvoyer  l'ouvrage  de  M.  Réyer  à  une  époque  indéterminée.  Les 
auteurs  se  refusent  à  accepter  ce  délai,  dont  la  date  leur  paraît  un  peu 
trop  incertaine.  L'affaire  va  donc  être  portée  devant  un  tribunal  com- 
pétent, à  moins  que  la  commission  des  auteurs  n'intervienne  en  faveur 
de  M.  Reyer  et  de  ses  collaborateurs.  Un  dédit,  si  élevé  qu'en  soit  le 
chiffre,  n'indemnise  jamais  un  compositeur  du  silence  auquel  il  est 
condamné,  surtout  lorsqu'il  a  produit  une  œuvre  soigneusement  et 
longuement  élaborée,  sur  le  succès  de  laquelle  il  a  quelque  raison  de 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


compter.  Espérons,  pour  les  auteurs,  comme  pour  le  théâtre  Lyrique, 
que  cette  affaire  s'arrangera  à  l'amiable,  à  la  satisfaction  des  parties 
intéressées  et  du  public. 

t%  Mme  Marie  Cabel  est  attendue  à  Saint-Etienne,  où  elle  doit  donner 
une  série  de  représentations. 

„*t  Mlle  Masson,  dont  nous  avions  mentionné  le  succès  à  Bade,  au 
grand  concert  du  8  septembre,  vient  d'être  engagée  au  théâtre  de  la 
Pergola  pour  y  créer  spécialement  le  rôle  de  Fidès,  d'il  Profela. 

„%  M.  Auguste  Morel,  directeur  du  Conservatoire  impérial  de  musique 
de  Marseille,  vient  d'être  décoré  par  S.  M.  l'Empereur  ;  M.  Léopold 
A  mat  a  été  honoré  de  la  même  distinction. 

,„%  M.  Iîegli,  rédacteur  en  chef  du  journal  II  Pirata,  a  publié,  par 
ordre  alphabétique,  les  biographies  des  artistes  et  des  poètes  qui  de- 
.puis  le  commencement  du  siècle  ont  figuré  sur  les  théâtres  de  l'Italie. 


t*t  On  lit  dans  la  Gazette  de  Cologne  :  «  Aux  nombreuses  fêtes  germa- 
niques de  cette  année,  la  ville  de  Liège  va  ajouter  un  festival,  auquel 
sont  invitées  les  Sociétés  de  chant  de  la  Belgique,  de  l'Allemagne,  de  la 
France  et  de  la  Hollande.  Cette  solennité  acquiert  d'autant  plus  d'im- 
portance, qu'elle  aura  lieu  à  l'occasion  de  la  présence  du  roi  des  Belges 
dans  cette  ville  et  fournira  aux  quatr*  peuples  l'occasion  de  se  livrer  un 
paisible  combat,  et  de  manifester,  sous  les  yeux  de  ce  souverain  aimé, 
leur  bonne  intelligence.  En  outre,  ce  sera  pour  les  Allemands  l'occasion 
de  soutenir  leur  ancienne  réputation  de  chanteurs.  Nous  souhaitons  que 
les  Sociétés  allemandes  prennent  part  en  grand  nombre  à  ce  festival, 
qui  aura  lieu  les  14  et  15  octobre.  » 

x**  Le  monument  de  Weber,  par  Rietschel,  doit  être  inauguré  a 
Dresde,  dans  les  derniers  jours  de  septembre;  il  a  été  érigé  sur  la  place 
derrière  le  théâtre. 

***  Le  comité  d'administration  de  la  Société  de  Sainte-Cécile  de  Bor- 
deaux vient  de  publier  le  programme  de  son  concours  de  composition 
musicale  (opéra-comique).  En   voici    le    texte:    «  Art.    1er.   La  pièce 
en  un  acte,  couronnée  par  la  Société  de  Sainte-Cécile,  Une  aventure  sous 
la  Ligue,  par  MM.  de  Bruge  et  Montcavrel,  est  proposée  comme  sujet  de 
concours  aux  compositeurs  de  musique.  —  Art.  2.  Cette  pièce,  impri- 
mée par  les  soins  de  la  Société  et  à  ses  frais,  est  tenue  à  la  disposition 
des  compositeurs  qui  en  feront  la  demande,  directement  ou  par  écrit, 
à  M.  le  vice-président  de  la  Société  de  Sainte-Cécile,  place  Puy-Paulin,  \, 
à  Bordeaux,  ou  à  M.  Elwart,   professeur  au   Conservatoire,  rue  Laffitte, 
43,  à  Paris.  Néanmoins,  pour  prévenir  tout  abus,  la  remise  du  livret  ne 
sera  faite  que  moyennant  une  redevance  de  cinq  francs  au  profit  de  la 
caisse  de  secours  de  la  Société. —  Art.  3.  Il  ne  devra  être  fait  au  livret, 
en  vue  du  concours,  aucun  changement  par  le  musicien.  Seulement,  le 
prix  une  fois  décerné,   les  auteurs  des  paroles  et  le  musicien  couronné 
pourront  s'entendre  pour  apporter  à  leur  œuvre  commune  telles  modifi- 
cations qu'ils  jugeront   convenables,    à  la  condition   formelle  qu'elles 
seront  agréées  par  le  comité  d'administration  de  la  Société. —  Art.  4.  Les 
auteurs  du  poème   couronné  restent  propriétaires  de   leur  œuvre.  En 
conséquence,   les  compositeurs  qui  auront   pris  part  au  concours  sans 
obtenir  le  prix,  n'auront  aucun  droit  de  publier  ou  de  faire  représenter 
l'opéra  résultant  de  cette  collaboration  ;  ils  pourront  seulement  disposer 
comme  ils  l'entendront  de  la  musique  par  eux  composée.  —  Art    S.  Le 
délai  accordé  aux  concurrents  est  de  six  mois,  à  partir  du  1"  septembre. 
Le  concours  sera  clos  le  1er  mars  1861.  —  Art.  6.  Le  prix  à  décerner  est 
de  mille  francs,  offerts  à  la  Société  par  la  ville  de  Bordeaux,  en  vue  du 
présent  concours.  —  Art.   7.  La  Société  prend,  en  outre,  l'engagement 
de  faire  représenter,  dans  les  meilleures  conditions  d'exécution  et  de 
mise  en  scène  qui  lui  seront  possibles,  l'opéra  couronné  sur  la  scène  du 
Grand-Théâtre  de  Bordeaux,  et    d'en  obtenir  l'admission  et   la  mise  a 
l'étude  dès  que  le  prix  aura  été  décerné  au  musicien.  —  Art.  S.  Un  prix 
unique  sera  décerné.  Dans  aucun  cas,  il  ne  pourra  être  accordé  par  le 
jury  d'autres  prix,  récompenses  ou   mentions.  —  Art.  9.  Les  partitions 
devront  être  adressées,   sous  un  pli  cacheté  et  franco,  à  M.  le  secrétaire 
général  de  la  Société  de  Sainte-Cécile,  cours  du  Jardin-Public,  64.  Les  plis 
cachetés  devront  porter  en  suscription  une  épigraphe  qui  sera  reproduite 
sur  la  partition.   —  Art.  10.    Les  manuscrits    ne   seront   communiqués 
qu'aux  membres  du  jury,  et  le  comité  de  Sainte-Cécile  se  porte  fort  de 
leur  entière  discrétion.  —  Art.  11.  Toutes  les  partitions  autres    que  celle 
qui  aura  été  couronnée  seront  tenues  à  la  disposition  de  leurs  auteurs. 
Celles  qui  ne  seront  pas  retirées  resteront  secrètes  dans  les  archives  de 
la  Société.  Les  plis  cachetés  seront  restitués  en  même  temps  que  les  par- 
titions.  Les  auteurs  devront  seulement  justifier,  par   la  production  de 
l'épigraphe,  de  leur  droit  de  propriété  sur  l'œuvre. —  Art.  12.  La  Société 
ne  prétend  â  aucune  part  dans  les  droits  d'auteur  ;  elle  se  réserve  seu- 
lement  la  première   représentation  dp  l'opéra  couronné  en  faveur  de 
ses  pauvres.  » 

***  La  clôture  annuelle  des  Concerts-Musard  est  fixée  au  30  septem- 
bre. Le  public  dilettante  profite  des  quelques  belles  soirées  que  uous 
avons  encore  pour  se  rendre  chaque  jour  dans  ce  jardin,  le  mieux  fré- 
quenté de  Paris. 


CHRONIQUE    DEPARTEMENTALE. 

***  Boulogne-sur-Mer,  20  septembre.  —  La  soirée  musicale  donnée  à 
l'établissementdes Bains  par  Bazziniet  MmcSanchioli  avait  attiré  un  public 
nombreux  et  connaisseur.  Mme  Sauehioli  a  enchanté  et  surpris  l'auditoire 
par  sa  voix  sympathique,  autant  que  par  sa  méthode  excellente  ;  aussi, 
les  applaudissements  unanimes  ne  lui  ont  pas  manqué.  Bazzini,  dont  la 
renommée  est  si  bien  établie  dans  cette  ville,  n'a  pas  été  moins  heu- 
reux :  l'expression  de  son  jeu  a  produit  des  effets  irrésistibles.  Les 
deux  célèbres  artistes  s'étaient  adjoint  l'habile  pianiste  et  professeur, 
MlleGuilmant,  ainsi  que  son  frère  Alexandre,  jeune  organiste  composi- 
teur d'un  brillant  avenir.  La  sœur  et  le  frère  se  sont  distingués  dans  un 
duo  pour  harmonium  et  piano  ;  ce  dernier  instrument,  l'un  des  meilleurs 
qui  soient  sortis  des  ateliers  Erard,  a  été  expressément  envoyé  pour  les 
concerts  de  l'établissement  des  Bains. 

„*„,  Nantes.  —  Les  débuts  de  la  troupe  d'opéra  ont  eu  lieu  dans  Ro- 
bert le  Diable.  Mile  Léontine  Desterbecq,  qui  paraissait  pour  la  première 
fois  dans  le  rôle  d'Alice,  a  obtenu  un  véritable  triomphe;  M.  Warnots 
(Kaimbautj  et  M.  Bertrand  (Robert)  ont  très-bien  secondé  la  débu- 
tante. 

t*t  Trouville,  20  septembre.  —  Notre  plage  n'oubliera  pas  le  nom  de 
l'habile  pianiste  D.  Zompi,  qui  vient  d'exécuter  avec  beaucoup  de  succès 
plusieurs  œuvres  de  sa  composition  au  Casino,  ainsi  qu'au  théâtre. 

»* t  Bordeaux.  —  M.  Mirapelli  a  fait  ses  deux  premiers  débuts  dans 
la  Juive  et  les  Huguenots.  Malgré  les  qualités  incontestables  qui  ont  placé 
depuis  plusieurs  années  ce  jeune  artiste  au  rang  de  nos  meilleurs  ténors 
de  la  province,  M.  Mirapelli  a  dû  se  retirer  devant  l'opposition  qui  s'est . 
manifestée  dans  le  courant  delà  représentation.  Mlle  Charry  a  obtenu 
de  véritables  ovations  dans  le  rôle  de  Valentine.  M.  Dulaurens,  s'est 
fait  applaudir  dans  Guillaume  Tell.  Mme  de  Joly  vient  de  faire  une  l'en- 
trée triomphale  dans  la  Sirène,  en  compagnie  de  M.  Puget,  dont  les  re- 
présentations sont  très-suivies. 

***  Nice.  —  Il  y  aura  cet  hiver,  comme  les  années  précédentes,  opéra 
italien  ;  parmi  les  artistes  engagés  on  cite  Mme  Giulia  Sanchioli. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


t*x  Bade.  —  La  nouvelle  comédie  de  Méry,  les  Deux  théâtres,  a  été 
représentée  le  15.  et  le  17  septembre  aux  grands  applaudissements  de 
l'aristocratique  auditoire  invité  à  la  juger.—  Le  18,  a  eu  lieu  une  fête  de 
bienfaisance  au  profit  des  chrétiens  de  Syrie.  Le  programme  avait  été 
composé  de  façon  à  piquer  vivement  la  curiosité  ;  un  proverbe  inédit 
de  M.  le  comte  d'Osmond  :  La  voiture  de  Madame  est  avancée,  in- 
terprété par  Bressant,  Sainte-Foy,  Augustine  Brohan  et  Lemaire,  du 
théâtre  de  Strasbourg,  et  une.  ouverture,  annoncée  sous  le  titre  de  :  Sou- 
venir du  Volksgarten  (jardin  du  Peuple),  devaient  montrer  le  talent  du  noble 
comte  sous  deux  aspects.  La  tentative  lui  a  fort  réussi  et  Ton  a  re- 
connu dans  ces  deux  œuvres  différentes  un  véritable  talent  d'écrivain 
et  de  compositeur.  —  Sivori,  dans  un  morceau  solo  et  dans  un  duo 
pour  violon  e.t  piano  avec  Mme  Bosa  Kastner-Escudier,  a,  suivant  son 
habitude,  soulevé  d'enthousiastes  bravos.  L'orchestre  a  magistralement 
exécuté  les  ouvertures  du  Freischutz,  de  Weber,  et  de  la  Grotte  de  Fin- 
gai,  de  Mendelssohn.  La  recette  s'est  élevée  â  6,000  fr.  —  Nous  attendons 
maintenant  l'opéra- comique  en  un  acte,  la  Comète  de  Cassini,  de 
Méry  et  Cormon,  musique  de  Vivier.  Les  interprètes  sont  à  Bade  ;  le 
célèbre  corniste  lui-même  est  arrivé,  et  les  répétitions  vont  commencer 
dans  quelques  jours. 

„**  Bruxelles.  —  Nous  pouvons  aujourd'hui  nous  prononcer  sur 
Mme  Litschner  ;  après  les  trois  débuts  d'usage  ,  le  public  ,  qui  avait 
écouté  attentivement  la  cantatrice  pendant  ses  deux  premières  épreuves, 
s'est  prononcé  contre  son  admission.  Mlle  Litschner  possède  cependant 
de  bonnes  qualités,  elle  a  de  la  voix,  atteint  facilement  les  registres 
élevés  et  sait  vocaliser  ;  mais  l'art  des  nuances  lui  manque.  —  L'événe- 
ment capital  de  la  saison  est  l'apparition  de  notre  nouveau  ténor,  M.  Jour- 
dan  ,  qui  a  conquis  du  premier  coup  tous  les  suffrages.  Après  avoir 
chanté  le  rôle  de  Lorédan  dans  Haydée,  il  a  fait  son  second  début  dans 
les  Mousquetaires  de  la  Reine,  aux  applaudissements  de  tous.  M.  Bataille, 
basse  chantante,  a  fait  ses  débuts  dans  Haxjdee  et  dans  Saint  Bris,  des  Hu- 
guenots.— On  a  repris  dimanche  le  Domino  noir  avec  Jourdan  et  Mme  Bou- 
lart.  Il  y  avait  longtemps  que  cette  charmante  partition  n'avait  été  aussi 
bien  exécutée. 

„%  Tournai.  —  A  l'occasion  des  fêtes  de  cette  ville,  M.  Wicart,  pre- 
mier ténor  du  théâtre  de  la  Monnaie ,  a  donné  un  grand  concert  dans 
le  salon  delà  reine;  M.  Wicart,  secondé  par  M.  d'Angles  et  Mlle  Bru- 
netti,  a  été  fort  applaudi. 


DE  PARIS. 


339 


,*„,  Londres.  —  RI.  Talexy  vient  de  louer  le  théâtre  bijou  ou  plutôt 
l'a  salle  de  concert  du  théâtre  de  Sa  Majesté,  pour  y  continuer  ses  re- 
présentations de  comédie  française.  L'ouverture  est  fixée  aux  premiers 
jours  de  novembre. 

3,%  Manchester.  —  La  troupe  composée  par  Beale,  le  célèbre  imprésa- 
rio anglais,  dont  nous  avons  annoncé  la  formation,  est  en  ce  moment 
dans  notre  ville,  où  elle  obtient  les  succès  les  plus  brillants.  Mme  Borghi- 
Mamo  a  été  rappelée,  bissée,  acclamée,  et  la  représentation  du  lia  été 
pour  la  prima'  donna  à  la  mode  une  véritable  fête.  M  VI.  Valsovain,  Via- 
letli  et  Giuglini  ont  vaillamment  secondé  la  cantatrice.  —  Giuglini  et 
Mlle  Titjens  sont  engagés  extraordinairement  à  Londres  pour  le  mois  pro- 
chain; mais  auparavant  les  deux  célèbres  artistes  se  feront  entendre  au 
festival  de  Norwich,  qui  aura  lieu  vers  la  fin  de  ce  mois.  Leur  engage- 
ment a  été  conclu  aux  plus  brillantes  conditions. 

„;*„  Vienne.  — ■  La  reprise  de  Y  Etoile  du  Nord  avait,  attiré  une  affluence 
extraordinaire  au  théâtre  de  la  Cour.  M.  Beck  (Peters),  et  Mlle  YVildauer 
(Catherine),  se  sont  partagé  les  honneurs  de  la  soirée.  M.  Eckert,  ex- 
directeur de  cet  établissement,  écrit  en  ce  moment  un  opéra  nouveau, 
le  Prince  d'Orange. 

„(►.  Berlin. —  Rleyerbeer  est  de  retour  en  cette  ville.  —  Mme  Rlio- 
lan-Carvalho  a  fait  ses  débuts  au  théâtre  Royal  dans  le  Barbier  de 
Séville.  Ce  début  a  été  un  véritable  triomphe.  Les  variations  du  Car- 
naval de  Venise,  intercalées  dans  la  leçon  de  chant,  ont  été  bissées. 
Pour  se  conformer  à  l'usage-  qui  veut  qu'en  Allemagne  on  ajoute 
au  Barbier  un  rondo  final,  Rime  Carvalho  a  chanté  les  couplets  de  l'Abeille 
de  la  Reine  Topaze  ;  l'effet  a  été  magique.  La  charmante  cantatrice  est 
attendue  à  Paris  pour  le  commencement  d'octobre  —  Rime  Cash,  qui  a 
été  attachée  pendant  quelque  temps  au  théâtre  royal  de  Hanovre,  a  dé- 
buté avec  succès  dans  les  Huguenots,  où  elle  a  chanté  le  rôle  si  drama- 
tique de  Valentine.  La  salle  Kroll  a  fait  sa  clôture  avec  Zampa.  Les  re- 
présentations de  la  troupe  Merelli  commenceront  le  "27  septembre  par 
Sèmiramis,  de  Rossini. 

t\  Cologne.  —  Le  16  septembre,  la  troupe  italienne  de  Merelli  nous 
a  fait  ses  adieux  par  une  excellente  représentation  de  Aro>-ma.  Le  public, 
qui  était  très  nombreux,  a  donné  aux  acteurs,  à  différentes  reprises, 
d'éclatants  témoignages  de  satisfaction.  A  la  fin  du  spectacle,  Mme  Tre- 
belli  a  chanté  un  air  de  l'Italiana  inAlgieri,  qui  a  eu  le  plus  grand  succès. 

,%  Leipzig.  —  Robert  le  Diable,  qui,  au  grand  regret  du  public,  avait 
disparu  depuis  quelque  temps  du  répertoire,  va  faire  sa  réapparition  avec 
des  décors  et  des  costumes  entièrement,  neufs. 

» 

„%  Rotterdam.  —  La  question  du  théâtre  National  et  de  l'Opéra  alle- 
mand vient  d'être  décidée  :  les  actionnaires  ont  réuni  tSO.OOO  florins  et 
ont  nommé  une  commission  administrative  composée  de  notables  de  la 
ville.  On  s'occupe  de  la  formation  d'une  troupe  d'Opéra  allemand  qui 
ne  puisse  rien  laisser  à  désirer  sous  le  rapport  de  la  valeur  artistique. 
La  célèbre  basse  Cari  Formés  en  ferait  partie. 

4*4  Breslau.  —  Pour  l'anniversaire  séculaire  de  la  mort  de  Cherubini 
le  théâtre  de  la  ville  a  donné  les  Deux  journées,  opéra  qui,  dès  son  appa- 
rition, obtint  un  succès  d'enthousiasme  en  Allemagne,  où  il  s'est  con- 
servé constamment  au  répertoire.  — Rille  Margaritha  Zirndorfer,  qui  a 
obtenu  de  grands  succès  à  Riga,  à  Francfort,  et  tout  dernièrement  à 
Wiesbaden  en  chantant  avec  le  ténor  Niemann,  vient  d'être  engagée  par 
la  direction  du  théâtre  de  la  ville,  qui  fonde  les  plus  légitimes  espéran- 
ces sur  le  talent  de  cette  jeune  et  charmante  cantatrice. 

*%  Upsala.^-  Au  moment  où  Jenny  Liftd,  qui  avait  séjourné  quelque 
temps  parmi  nous,  venait  de  s'embarquer  pour  Stockholm,  un  certain 
nombre  d'étudiants  lui  donnait  une  sérénade  à  bord  d'une  embarca- 
tion. Au  moment  du  départ,  les  trop  enthousiastes  admirateurs  de  la 
célèbre  cantatrice  se  portèrent  brusquement  à  la  partie  antérieure  du 
bateau,  qui  chavira.  Ce  bain  involontaire  ne  refroidit  nullement  l'enthou- 
siasme des  étudiants,  qui  se  cramponnèrent  à  la  coque  de  l'embarcation 
et  continuèrent  à  chanter  :  un  des  chanteurs  qui  n'avait  pu  tr»uver  place 
sur  la  barque  accompagnait  en  nageant.  Sur  l'avertissement  du  capitaine 
du  steamer,  les  jeunes  gens  se  décidèrent  enfin  à  regagner  la  côte,  après 
un  hurrâh  formidable  neuf  fois  répété. 

g%  Florence.  —  RI.  Lanari  vient  d'obtenir  l'entreprise  du  théâtre  de  la 
Pergola. 

„.%  Saint-Pétersbourg.  —  Le  théâtre  Marie  (l'ancien  Cirque)  ouvrira 
le  23  septembre  :■  on  ne  sait  pas  encore  si  c'est  l'opéra  national  ou 
l'opéra  italien  qui  doit  l'occuper.  Quoi  qu'il  en  soit,- c'est  la  plus  élégante 
et  la  plus  riche  salle  de  spectacle  que  nous  ayons  et  la  seule  qui  soit 
éclairée  au  gaz. 


AVIS  à  MSI.  les  membres  de  la  Société  des  auteurs,  compositeurs 
et  éditeurs  de  musique.  Plusieurs  membres  de  cette  association  onl 
pensé  qu'il  élait  opportun  de  demander  d'urgence  à  son  syndicat  la 
convocation  d'une  assemblée  générale  et  spéciale,  en  conformité  du 
§  III  de  l'art.  24  des  statuts  sociaux.  Une  lettre  se  signe  en  ce  mo- 
ment à  cet  effet  dans  les  bureaux  de  la  Gazelle  musicale,  boulevard 
des  Italiens,  n°  1,  où  elle  sera  communiquée  h  MM.  les  sociétaires  qui 
désireraient  en  prendre  connaissance.  Mais  attendu  l'urgence,  elle 
devra  être  close  le  mardi  25  à  cinq  heures  du  soir. 


POUR    PARAITRE    INCESSAMMENT; 

Chez  G.  BRANDVS  et  S.  DUFOVR,  éditeurs,  103,  rue  Richelieu. 


MUSIQUE  DE  CHANT  : 

LOUIS     LACOMBE 

Cairaemto Poésie  de  Th.  Gautier. 

Muits  «le  «fuira —        Victor  Hugo. 

IL»  ville  prise —                 — 

finitare —                  — 

Ballade —       P.  S.  Nibelle. 

Clair  «1 1*  lune —        Victor  Hugo. 


LEO    MARLVET 

17  Abeille,  mélodie,  paroles  de  M.  Victor  de  Laprade. 
Rêverie,  paroles  de  ***. 


MUSIQUE  INSTRUMENTALE  : 

FERDINAND    ALDAY 

Fantaisie  de  salon  sur  les  motifs  de  l'Etoile  «ira  ftioriî,  pour  orgue. 


Op.    32.  —  Ije  Carnaval  «le  Venise, 
Arrangé  d'après  Paganini  et  Ernst,  pour  violoncelle  avec  ace.  de  piano. 


CHEZ    LES    MElvIES    EDITEURS 


LE  RÉPERTOIRE  DU  CHAMTEUR  ÈS5&S 

chant  des  plus  célèbres  compositeurs  anciens  et  modernes,  classés  pour 
les  différentes  voix. 

18   VOLUMES   FORMAT    IN-S". 
PRIX.   DU    VOLUME  :    12   FR.    NET;    RICHEMENT   RELIÉ  :    1G    FR.   NET. 

Chaque  volume  contient  2i'  morceaux,  avec  paroles  françaises  ou  italiennes. 

1  volume  contenant  GO  morceaux  appropriés  aux 
exercices  «le  chaut  dans  les  pensionnats. 


Ul  YRC  ITDANPAKr  (ï:rtî,8on  Populaire),  choix 
Ll  OU  rnHIiyHlijL  d'airs  d'opéras,  duos,  roman- 
ces, etc.,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  auteurs  anciens  et 
modernes. 

200  livraisons.  —  Prix  de  chaque  :25  c.  nf.t. 


340 


HEVL'E  ET  GAZETTE  MUSICALE  UE  PARIS. 


Chez  G.  BRANDU8  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,   103,  rue  Richelieu,  au  1". 

TOUILLE  P>y©LD©^TrD©IRl 

RÉPERTOIRE  DES  ORPHÉONS 


Collection  «les  plus  beaux  checurs  p»nr  voiv  d'iiomnic  sans  accompagnement. 


PREMIERE     SERIE 


CHŒURS  D'OPERAS 


PrU 


1.  Auiiiii 

2.  — 

h-   De  Flotow.   H3artha 


lie  Iiac  des  Fées.    . 
SB  nette  île  Portici. 


Halévy    . 

Maillaut. 
Meïeuueeh 


Alceste 

Armidc 

Mie  Œahab 

Dragons  de  Villars 
lies  Huguenots.  .   . 

I^e  Prophète  .... 
Itolicrt  le-DIaule  . 


Rossini.   .    .  JLe  Comte  Ory  .    . 
—  Guillaume  Tell  . 


lïohcrt  ISrucc 


Chœur  des  Etudiants 

Chœur  de  la  Chapelle 

Amour  sacré  de  la  patrie  .".   .    . 

Mélodie  irlandaise 

Vivez,  aimez 

Les  plaisirs  ont  choisi  pour  asile. 
Couplets  du  tabac,  avec  solo  .  . 
Prière:  Soutien  de  l'innocent  .  . 
Couplets  des  soldats  huguenots  . 

Septuor  du  duel 

Appel  aux  armes 

Chœur  des  Buveurs 

Chœur  des  Moines 

Chœur  et  prière 

Prière 

Chœur  de  la  Conjuration.    .    .    . 

Chœur  des  Chasseurs 

Ciiasse  et  prière  du  soir  .... 

Prière 

Chœur  bachique  avec  solo   .    .    . 


1  >!■'.!  MEME    SERIE 


CHŒURS  DEVERS 


1.  An.  Adam..  lies  Boulangers 1 

2.  —              lies  Fondeurs 1 

3.  —              lies  Garçons  de  restaurant 1 

[\ .         —               lies   Horlogers 1 

5.  —              lies  Canotiers 1 

6.  —              lies  Postillons  . 1 

7.  —              L'Enclume 1 

8.  —              lies  Charpentiers 1 

9.  Beethoven  .  Chant  des  compagnons 1 

10.  —              Chant  élégiaqne l 

11.  —             Hymne  du  sacrifice,  avec  solo 1 

.   lies  Canotiers  de  Paris » 

.   Salut  impérial,  God  save  français » 

Marche  du  Prince  impérial » 

Hymne  national  russe > 

.  lia  Fuite  des  captifs,  chœur  avec  solo  de  ténor 

Vseult  l'impératrice » 

lies  Veilleurs  de  nuit » 

.   La  Chasse    au  tigre » 

lies  Gondoliers  vénitiens » 


Cavallo 
Elwaht 


10.  Labame 


Chaque  partie  séparée  de  Ténor  ou  de  Basse  se  vend  séparément  20  centimes  net. 
(Ces  deux  séries  seront  continuées.) 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT 


Mwsiqwe    Se    JPiuno 


Souvenir  à  ma  CBiiiianiièrc.     —    Douce  ce»  cric. 
RIazurli.it. 


■  .a    Source, 

Caprice  arrangé  pour  le  piano  à  quatre  mains. 


Constance, 

Allegretto.  —  Op.  87 


Vivacité, 

Caprice-galop  de  concert.  Op.  95. 


Mon  paradis, 

Andante  grazioso.  —  Op.  87. 


Un   Rêve, 

Andante.  —  Op.  84. 


BE1E   FAVAROfiR 


lies  Huguenots, 

Fantaisie.  —  Op.  44. 


I/Escarpolelte, 

Morceau  de  salon.  —  Op.  41. 


Iffarllia, 

Fantaisie.  —  Op.  4S 


lie    Comte    Ory 

Fantaisie. — Op.  43. 


C«lil>an,  grande  valse  tic  yalon.  Op.  42, 


Impromptu.  —  Clnlr  «le  lnne.  —  Sanvenanec.  — 
Ballade.    —    Polka   caractéristique.    —   Valse    élégante. 

Souvenir  du  Tjrol.   —  Op.  127. 


i^hèdé  mm&mM.'um 


Une  Chanson  d'autrefois, 

Arabesque.  —  Op.  87. 


Lies  Travestissements, 

Gavotte  variée.  —  Op.  S6. 


Inquiétude, 

Andante.  —  Op.  95. 


Itomance , 

Etude.  —  Op.  84. 


Au  nord  tic  la  mer,  barcarolle  à  quatre  mains.— Op.  88 


EL 

Deuxième  série  des  ÉCHOS  DES  OPÉRAS,    fantaisies  p.  piano 

1.  Kot>eri-ic-Diai>ie Meyerbeer. 

2.  l,e  Pardon  de  Ploërmel Meyerbeer. 

3.  Les  Dragons  de  villars Maillart. 

4.  Martlsa De  Flotow. 

;».  Stradclla ." De  Flotow. 

G.  I.e  Postillon  de  Lonjumoan Adam. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Déportements  et  a.  l'Étranger,  chez 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Posles. 


I\°  40. 


30  Septembre  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse —     30  -»       îd. 


Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  NaySICALE 


WM    WikMIB* 


--^xnn/xfv/WVVvv^ — 


SOMMAIRE.  —  Histoire  de  la  Société  des  concerts  du  Conservatoire  impérial  de 
musique,  de  A.  Elwart,  par  Paul  Smith.  —  Revue  critique,  par  Artolphc 
Botte.  —  Biographie  universelle  des  musiciens,  par  Fitls  père.  —  Séance 
de  l'Académie  royale  de  Bruxelles.  —  Nouvelles  et  annonces. 


HISTOIRE  DE  LA  SOCIÉTÉ  DES  COKCERTS 

CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE, 
Par  A..    ELWART. 

Cette  histoire  a  suivi  de  près  celle  du  Conservatoire  même,  dont 
nous  nous  occupions  dernièrement.  Les  tieux  livres  sont  venus  à  leur 
tour,  suivant  l'ordre  des  temps  :  M.  Lassabathie  a  engendré  littérai- 
rement M.  Elwart,  comme  le  Conservatoire  a  produit  musicalement 
la  Société  des  concerts. 

Il  n'y  a  plus  rien  à  dire  sur  cette  seconde  institution,  si  ce  n'est 
qu'on  ne  pouvait  souhaiter  une  glorification  plus  haute  et  plus  signi- 
ficative des  mérites  de  la  première.  Le  Conservatoire  a  donné  à  la 
France  une  école  admirable,  et  la  Société  des  concerts  en  a  fourni 
une  preuve  européenne.  Qui  ne  sait,  même  par  delà  les  monts  et  les 
mers,  qu'il  existe  chez  nous  une  société  d'artistes,  sortis  de  la  même 
pépinière,  habiles  à  comprendre  et  à  exécuter,  mieux  que  partout 
ailleurs,  les  chefs-d'œuvre  classiques  ?  Quel  est  l'étranger,  ami  de 
l'art  musical,  qui,  en  arrivant  à  Paris,  ne  se  hâte  de  venir  frapper  à 
la  porte  du  sanctuaire,  où  réside  la  célèbre  Société?  Hélas  !  ce  sanc- 
tuaire n'est  guère  moins  étroit  que  la  maison  de  Socrate,  et,  plus 
d'un  étranger  s'est  vu  réduit  à  s'en  retourner,  comme  il  était 
venu  ! 

C'est  pourquoi  le  livre  de  M.  Elwart  s'adresse  à  deux  sortes  de 
lecteurs,  ceux  qui  ont  l'heureux  privilège  d'assister  plus  ou  moins 
souvent  aux  séances  de  la  Société  des  concerts,  et  ceux  qui  n'ont 
jamais  pu  en  franchir  le  seuil.  Les  uns,  en  parcourant  cette  longue 
suite  de  programmes,  pieusement  recueillis  par  l'auteur  depuis  trenle- 
deux  ans,  sentiront  se  réveiller  de  bien  doux  souvenirs  ;  ainsi  le 
fin  gastronome  retrouve  encore  des  jouissances  en  relisant  le  menu  de 
ses  festins  passés!  Les  autres,  mêlant  les  regrets  à  l'extase,  laisseront 
plus  d'une  fois  échapper  l'exclamation  virgilienne  :  O  fortunatos 
niiniùm  .'  Ils  feuilletteront  l'ouvrage  de  M.  Elwart  et  rêveront  le 
reste  I 
Pour  nous,  qui  n'en  sommes  pas  réduits  à  rêver  seulement,  nous 


n'en  regardons  pas  moins  la  collection  des  programmes  comme  la 
partie  essentielle  de  l'œuvre,  dont  ils  remplissent  presque  la  moitié. 
Là  en  effet  sont  les  véritables  annales  de  la  Société  ;  si  l'on  ignorait 
encore  pourquoi  elle  a  été  fondée,   on  le  reconnaîtrait  bien  vite  en 
jetant  un  coup  d'œil  sur  le  résumé  de  ses  travaux,   en    voyant  de 
quelle  manière  s'est  réparti  le  chiffre  des  exécutions  entre  les  maîtres 
souverains  de  la  symphonie:  le  père,  le  fils  et  le  saint-esprit  1  Haydn 
en  a  obtenu  58  ;  Mozart  37,  et  Beethoven  230  !  Donc  la  Société  a  vécu 
par  Beethoven  et  pour  Beethoven.  Habeneck,  son  fondateur,  ne  son- 
geait à  autre  chose  qu'à  bâtir  une  Église  destinée  au  culte  de  Bee- 
thoven et  à  la  publication  de  son  évangile.  Il  lui  aurait  dit  volontiers, 
comme  Jésus  à  Pierre  :  «  Tu  es  Pelrus  et  super  hanc  petram  œdifi- 
»  cabo  Ecclcsium   meam.  »  Habeneck  était  un  homme  qui   couvait 
longtemps  ses  idées  ;  il  en  a  tant  mûri  quelques-unes,    qu'il  lui  est 
arrivé  de  mourir  avant  leur  éclosion.  Par  bonheur,  il  était  encore 
jeune  lorsqu'il  conçut  le  projet   de  la  Société  qui  lui  doit  le  jour. 
Souvent  il  nous  a  raconté  qu'alors,  dans  les  occasions  solennelles,  de 
toutes  les  œuvres  du  maître,  on  n'osait  exécuter  que  l'andante  de  la 
symphonie  en  la,  en  affublant  cette  sublime  inspiration  du  titre  assez 
curieux  de  la  Noce  de  village.  Il  nous  a  dit  aussi  comment,  ayant  in- 
vité plusieurs  bons  musiciens  de  ses  amis  à  venir  déjeuner  chez  lui 
pour  faire  de  la  musique  ensuite,  il  leur  proposa  de  changer  l'ordre 
et,  pour  plus  de  sûreté,  de  commencer  par  où  l'on  devait  finir.  Ce 
déjeuner,  transformé  en  dîner,  lui  coûta  bien  des  flacons  de  son  meil- 
leur vin,  mais  en  échange  combien  lui  valut- il  de  gloire  et  de  bonheur! 
A  compter  de  ce  jour,  Beethoven  élait  vengé  :  son  règne  allait  com- 
mencer en  France.  Désormais  le  nom  d'Habeneck  avait  mérité  de  de- 
venir inséparable  du  sien. 

M.  Elwart  a  bien  fait  de  joindre  la  biographie  du  grand  chef  d'or- 
chestre aux  lettres  qu'il  écrivit  sur  le  grand  compositeur,  lors,  de 
l'érection  de  sa  slatue  à  Bonn,  sa  ville  natale,  en  1845.  Il  a  bien  fait 
aussi  de  donner  comme  préambule  à  l'histoire  de  la  Société  des  con- 
certs une  esquisse  des  concerts  spirituels  et  autres  qui  l'ont  précédée 
ou  suivie.  Mais  qu'il  nous  permette  de  le  lui  dire,  parce  que  la  cri- 
tique ne  perd  jamais  ses  droits,  pourquoi  avant  tout  cela  un  précis 
sur  l'histoire  générale  de  la  musique?  Et  pourquoi  pas  un  précis  de 
l'histoire  de  France?  Le  Conservatoire,  la  Société  des  concerts  appar- 
tiennent également  à  l'art  et  à  la  nation,  que  dis-je  ?  à  l'histoire  uni- 
verselle. M.  Elwart  le  sait,  puisque  son  précis  débute  par  ces  mots  : 
«  Écrire  l'histoire  de  la  musique,  c'est  aussi  écrire  celle  du  genre  hu- 
»  main.  »  Mais  ce  serait  un  peu  long,  il  faut  savoir  se  borner.  Pour 
M.  Elwart  la  suppression  du  précis  eût  été  d'autant  plus  avantageuse 
qu'elle  eût  retranché   du   même  coup  une  liste  de  théoriciens  mo- 


3Z|2 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


dernes  composée  de  la  plus  étrange  sorte,  et  dans  laquelle  sont ac- 
coup  lés  des  noms  dont  le  rapprochement  seul  est  une  hérésie. 

Tandis  que  nous  sommes  en  train,  conseillons  à  l'auteur  de  corri- 
ger, dans  une  seconde  édition,  quelques  erreurs  qui  lui  sont  échap- 
pées, comme,  par  exemple,  lorsqu'il  dit,  dans  une  de  ses  annotations 
au  bas  des  programmes,  qu'en  1793,  année  où  Lesueur  donna  la  Ca- 
verne, Cherubini  était  fort  du  succès  des  Devx  journées,  qui  ne 
furent  jouées  qu'en  1800.  D'un  second  trait  de  plume,  il  biffera,  dans 
une  autre  annotation,  le  madrigal  tombé  de  YAlmanach  des  muses  sur 
Bottesini,  le  prodigieux  contre-bassiste.  Enfin,  à  propos  de  Turbri,  qu; 
a  pu  donner  de  bons  conseils,  mais  qui  a  composé  de  bien  mauvaise 
musique,  mettant  de  côté  l'amitié,  la  reconnaissance,  il  ne  dira 
plus  que  sa  réputation  eût  été  plus  populaire  (elle  ne  l'a  pas  été 
du  tout),  «  si  un  caractère  original  et  un  manque  total  de  savoir-faire 
»  ne  l'avaient,  bien  injustement,  tenu  éloigné  des  dispensateurs  de 
»  la  gloire,  que  certains  personnages  ont  trouvé  le  moyen  de  mono- 
»  poliser  à  leur  profit.  »  Parmi  les  dispensateurs  de  la  gloire,  le 
meilleur  de  tous,  c'est  le  public.  Les  certains  personnages  qui  mo- 
nopolisent la  gloire  ne  seraient-ils  pas  par  hasard  les  hommes  de 
génie  et  de  talent?  Que  l'obscurité  soit  légère  à  ceux  que  leur  bizar- 
rerie et  leur  maladresse  empêchent,  justement  ou  non,  de  prendre 
leur  place  au  soleil  ! 

A  côté  de  la  grande  Société  des  concerts,  une  autre  réunion  se 
constitua  bientôt  sous  le  litre  de  Société  mineure.  M.  Fétis  l'annonça 
comme  il  suit  dans  sa  Revue  musicale,  numéro  40  de  l'année  1828  : 
«  L'émulation  qui  devait  naître  des  applaudissements  prodigués  par 
»  le  public  à  l'exécution  merveilleuse  qui  brillait  dans  ces  concerts 
»  (ceux  de  l'aînée),  n'a  pas  tardé  à  se  manifester.  Une  Société  nou- 
»  velle  s'est  furmée  entre  les  jeunes  élèves  des  classes  de  l'École 
»  royale  de  musique,  ayant  pour  but  de  consolider  le  talent  des  exé- 
»  culants  en  l'exposant  aux  regards  du  public  et  de  faire  entendre  les 
»  productions,  ou  plutôt  les  essais  des  élèves  compositeurs  qui  sont 
»  encore  sur  les  bancs  de  l'école.  M.  Cherubini  a  autorisé  cette  asso- 
»  ciation  et  lui  a  accordé  la  petite  salle  de  l'Ecole  royale  pour  ses 
»  exercices.  »  M.  Elwart,  l'un  des  premiers,  avait  conçu  l'idée  et  le 
plan  de  cette  création  avec  MM.  Nargot  et  Hippolyte  Gasse,  auxquels 
se  joignirent  de  nombreux  adhérents.  La  direction  en  revenait  de 
droit  à  l'auteur  principal.  «  Le  premier  concert,  dit  M.  Elwart,  eut 
»  lieu  le  16  juin  1828.  Il  fut  suivi  de  cinq  autres  qui,  comme  le  pre- 
»  mier,  firent  salle  comble.  D'abord,  ajoute  l'historien,  il  y  avait  eu 
»  des  choristes  femmes;  mais  M.  Cherubini,  par  un  excès  de  pru  ■ 
»  dence  que  rien  ne  justifiait,  défendit  que  les  jeunes  demoiselles  des 
»  classes  de  chant  figurassent  dans  les  concerts  soit  comme  solistes, 
»  soit  comme  simples  choristes  :  de  sorte  que  les  compositeurs  en 
»  herbe  de  la  Société  mineure  se  virent  dans  l'obligation  de  faire 
»  chanter  les  airs  de  soprano  et  de  contralto  par  des  ténors  et  des 
»  basses-tailles.  Les  seuls  morceaux  de  piano  et  de  harpe  purent  être 
»  exécutés  par  des  élèves  femmes.  On  comprendra  le  désespoir  des 
»  élèves  de  Lesueur,  de  Boïeldieu,  de  Berton,  de  Fétis  et  de  Reicha. 
»  Malgré  leurs  respectueuses  réclamations ,  Cherubini  demeura  in- 
»  llexible.  » 

Placés  dans  la  même  situation  que  les  Romains  avant  l'enlèvement 
des  Sabines,  les  héros  de  la  jeune  Société  ne  la  soutinrent  pas  moins 
avec  honneur  pendant  six  années.  Remarquons  qu'il  était  interdit 
d'exécuter  d'autre  musique  que  celle  qu'avaient  composée  les  élèves, 
sauf  toutefois  les  solos  pour  instruments.  En  1834,  M.  Elwart,  couronné 
par  l'Académie  des  beaux-arts,  partit  pour  Rome,  et  son  oeuvre  ne  put 
subsister  sans  lui.  Nous  le  félicitons  de  l'avoir  sauvée  de  l'oubli,  en 
consignant  dans  quelques  pages  le  souvenir  des  services  qu'elle  a 
rendus,  et  du  bien  qu'elle  a  fait  dans  sa  courte  existence. 

L'avenir  de  la  Société  des  concerts  préoccupe  naturellement  son 
historien.  Avoir  popularisé  parmi  nous  les  symphonies  de  Beethoven, 
c'est  beaucoup  sans  doute  ;  mais   est-ce  tout  ce  qu'on  est  en  droit 


d'attendre  d'elle  et  de  lui  demander  ?  Jusqu'à  ce  moment,  constatons 
que  le  public  ne  lui  demande  rien  autre  chose,  et  la  preuve,  c'est 
qu'il  accourt  en  foule  a  chaque  concert  qu'elle  donne,  et  remplit  la 
salle  du  haut  en  bas.  Cette  salle,  toujours  trop  petite,  ne  pourrait-elle 
être  agrandie,  ou  bien  le  nombre  des  concerts  ne  devrait-il  pas  être 
augmenté?  Deux  questions  plus  grosses  et  plus  graves  qu'elles  n'en 
ont  l'apparence.  D'abord,  quant  à  la  salle,  il  serait  fort  dangereux  d'y 
toucher  :  son  excellence,  que  l'on  compare  à  celle  d'un  itradivarias, 
tient  à  ses  dimensions,  non  moins  qu'aux  matériaux  dont  elle  est  faite. 
Quand  on  transporte  le  même  orchestre  et  les  mêmes  symphonies  de 
la  salle  de  la  rue  Bergère  dans  celle  de  la  rue  LePeletier,  on  sait  ce 
qu'il  en  résulte  :  Beethoven  n'est  plus  Beethoven.  Reste  donc  l'aug- 
mentation du  nombre  des  concerts  :  à  cet  égard,  l'historien  propose 
un  système  :  «  Il  y  aurait,  dit-il,  un  moyen  certain  de  contenter  une 
»  foule  d'aspirants  abonnés;  ce  serait  de  donner  une  suite  de  con- 
»  certs,  au  nombre  de  vingt,  divisés  en  deux  séries  :  la  série  A  serait 
»  celle  des  anciens  abonnés  et  la  série  B  celle  des  nouveaux.  Afin  de 
»  ne  pas  dépasser  l'époque  fixée  pour  la  durée  de  chaque  session,  les 
»  concerts  auraient  lieu  tous  les  huit  jours. —  Le  programme  du  pre- 
»  mier  concert  de  la  série  A  serait  exécuté  intégralement  au  premier 
»  concert  de  la  série  B,  qui  aurait  lieu  le  dimanche  suivant,  et  ainsi 
»  de  suite  pour  les  autres  concerts,  jusqu'à  la  fin  de  la  session  en 
»  partie  double.  Ce  système  n'exigerait  aucune  étude  nouvelle  de  la 
»  part  des  exécutants,  et,  par  sa  mise  en  pratique,  les  recettes  an- 
»  nuelles  de  la  Société  seraient  doublées.  Tout  le  monde  ;/  gagnerait. 
»  —  Le  droit  des  pauvres  en  serait  accru,  les  plaisirs  du  public  prolon- 
»  gés,  et  la  répartition  des  bénéfices  entre  les  sociétaires  de  diffé- 
»  rents  degrés  leur  offrirait  un  dividende  très-acceptable. —  11  est  bien 
»  entendu  qu'une  seule  et  même  personne  ne  pourrait  être  abonnée 
»  aux  deux  séries  de  concerts.  » 

Tout  le  monde  y  gagnerait.  —  En  êtes-vous  bien  sûr,  mon  cher 
historien?  Primo,  de  ce  tout  le  monde  il  faut  excepter  nécessairement 
les  abonnés  de  la  série  A  qui  ne  gagneraient  rien,  puisqu'ils  seraient 
exclus  de  la  série  B  !  Secundo,  ces  concerts  devenus  hebdomadaires  de 
bimensuels  qu'ils  ont  toujours  été,  ne  perdraient- ils  pas  quelque  chose 
de  leur  noblesse  ?  ces  programmes,  deux  fois  répétés,  quelque  chose 
de  leur  fraîcheur?  ces  artistes,  obligés  à  une  double  exécution,  quel- 
que chose  de  leur  verve?  La  rareté  est  un  si  beau  privilège!  N'y  a- 
t-il  pas  imprudence  suprême  à  l'amoindrir  au  point  de  s'en  priver? 
Le  possesseur  d'une  montre  admirablement  réglée  qui  sonne  les 
heures,  les  demies  et  les  quarts,  serait-il  sage  de  la  rendre  à  l'ou- 
vrier pour  qu'il  lui  fit  sonner  les  minutes?  Laissons  la  Société  des 
concerts  marcher  de  son  pas  ancien  vers  un  avenir  qu'elle  ne  con- 
naît pas  plus  que  nous  ne  connaissons  le  nôtre.  Et  plaise  au  Ciel 
qu'elle  continue  de  marcher  de  même  in  sœcula  sœculorum  ! 

Paul  SMITH. 


REVUE   CRITIQUE. 

Cî.  Alard  :  fantaisie  de  concert  sur  la  Muette.  —  Ad.  Her- 
inaii  :  fantaisie  de  concert  sur  la  Muette  ;  morceau  de  salon 
sur  le  Pardon  de  Ploermel  ;  divertissement  sur  Marta.  —  An- 
toine Kessems  :  six  mélodies  pour  violon  ou  violoncelle  et 
piano. 

Après  plus  de  trente  ans  de  succès  et  de  popularité,  après  avoir 
inspiré  aux  compositeurs  mille  fantaisies  que  tous  les  instruments  ont 
répétées  à  l'envi,  la  Muette  a  conservé  la  même  jeunesse,  la  même 
fraîcheur  et  la  même  grâce.  Elle  est  de  ces  opéras  auxquels  pianistes 
et  violonistes  puiseront  toujours  avec  la  même  certitude  de  plaire  au 
public. 


DE  PARIS. 


3i3 


Àlard  vient  d'écrire  une  remarquable  fantaisie  de  concert  où  de  ra- 
vissantes mélodies  de  cette  partition  sont  arrangées  avec  un  goût 
vraiment  exquis. 

Malgré  les  traits  brillants,  les  difficultés  étincelantes  dont  il  dispose, 
le  violon  aime  les  beaux  chants,  et  il  a  raison  ;  car  un  simple  canta- 
bile,  une  touchante  cantilène  ou  un  pathétique  adagio  lui  vont  mieux, 
et  le  rendent  plus  entraînant  que  toutes  les  combinaisons  ardues  et 
compliquées  dont  on  le  charge  parfois  avec  excès.  Aussi,  après  quel- 
ques mesures  dans  lesquelles  on  reconnaît  plusieurs  passages  de  l'ou- 
verture, l'auteur  s'empare-t-  il  de  l'air  du  Sommeil  :  il  le  brode  d'une 
façon  délicieuse  ;  il  l'orne  de  points  d'orgue  d'un  goût  très-pur  et  d'une 
délicatesse  extrême. 

Tout  a  été  dit  sur  l'excellence,  sur  la  couleur,  sur  le  charme 
éblouissant  des  airs  de  ballets  de  la  Muette.  Pour  les  uns  c'est  le 
sourire,  la  passion,  l'extase  amoureuse,  la  folle  ivresse  ;  pour  les  au- 
tres c'est  non-seulement  quelque  chose  d'abondant  et  de  ravissant  en 
mélodies,  mais  c'est  encore,  comme  élégance,  comme  nouveauté, 
comme  richesse  d'harmonie  quelque  chose  d'incomparable.  A  l'air  du 
Sommeil  succède  un  de  ces  airs  de  ballet  ;  alors  le  violon,  qui  tout 
à  l'heure  soupirait  si  doucement,  si  mélodieusement,  a  des  coquette- 
ries, des  allures  de  boléro  qui  font  penser  à  ce  que  l'Espagne  et  l'Italie 
ont  de  plus  léger,  de  plus  bondissant  et  de  plus  provoquant.  La  bar- 
carolle  :  Amis.'  la  matinée  est  belle,  suit  cette  délicieuse  et  délicate 
page.  Ici  le  staccato  fait  merveille,  et  l'archet  a  besoin  de  toutes  ses 
grâces  et  de  toutes  ses  souplesses. 

Nous  ne  dirons  rien  de  celte  barcarolle,  le  modèle  et  le  type  de  pres- 
que toutes  celles  qu'on  afaites  depuis;  mais  nous  louerons  à  notre  aise 
la  variation  qu'elle  a  inspirée  à  Alard.  Pleine  de  sons  harmoniques 
et  de  difficultés,  cette  variation  possède,  ce  que  les  difficultés  et  les 
sons  harmoniques  n'ont  pas  toujours,  une  réelle  beauté  musicale,  une 
élégance  de  détails  qui  prend  à  l'instrument  tout  ce  qu'il  a  d'énergie, 
de  sons  pleins,  veloutés,  doucement  aigus.  La  mélodie  du  finale  est 
encore  empruntée  aux  divertissements,  dans  lesquels  Auber  a  jeté 
profusément,  nous  le  répétons,  des  trésors  d'un  prix  inestimable.  Après 
avoir  exposé  simplement  la  mélodie,  jouée  alors  par  le  piano,  qui, 
pour  le  dire  en  passant,  est  habilement  traité  et  concourt  puissamment 
à  l'effet,  le  violon  exécute  une  charmante  variation. 

Tout  le  monde  aimera  ce  finale  :  ceux  qui  l'entendront,  parce  qu'il 
est  extrêmement  brillant  et  vraiment  joli;  ceux  qui  l'exécuteront, 
parce  qu'il  est  rempli  de  traits  gracieux,  hardis,  parce  que  beaucoup 
d'art  s'y  montre  et  qu'il  a  une  grande  puissance  et  une  grande  so- 
norité. Les  doubles  cordes,  les  tierces,  les  sixtes,  les  sauts  pleins  de 
périls  et  aussi  de  brio,  y  sont  employés,  mais,  seulement,  pour  ren- 
forcer la  mélodie  et  lui  prendre,  en  passant,  quelque  chose  de  son 
élan,  de  sa  fougue  et  de  sa  beauté.  En  somme,  cette  fantaisie  est 
bien  une  fantaisie  de  concert,  une  œuvre  de  virtuose.  Mais  Alard 
chante  si  bien  et  avec  tant  d'âme,  il  trouve  toujours  sur  son  violon 
des  accents  si  simples,  si  originaux,  si  pathétiques,  qu'il  était  impos- 
sible que  son  morceau,  quoique  fort  richement  orné,  ne  restât  pas, 
avant  tout,  essentiellement  mélodique. 

—  Herman  est  un  violoniste  sympathique  et  toujours  applaudi.  Le 
sera-t-il,  cette  fois,  comme  compositeur  autant  qu'il  l'est  partout 
comme  interprète  ?  Nous  croyons  pouvoir  l'affirmer.  La  fant  dsie , 
également  sur  la  Muette,  renferme  d'excellentes  parties,  dos  combinai- 
sons harmoniques  qui  méritent  d'être  signalées.  Cest  une  composi- 
tion travaillée  ;  on  sent  que  l'auteur  a  pensé  à  autre  chose  qu'à  met- 
tre en  relief  l'habileté  de  l'exécutant. 

Une  introduction,  où  se  retrouvent  la  marche  et  plusieurs  réminis- 
cences de  l'ouverture  exécutées  largement  en  octaves  par  le  violon, 
précède  l'air  du  Sommeil,  qu'on  ne  se.  lasse  pas  plus  de  choisir,  il 
paraît,  qu'on  ne  se  lasse  de  l'entendre.  Après  des  développements  très- 
bien  conduits  et  modulés,  la  barcarolle  chantée  par  Piétro  au  cinquième 
acte  sert  de  thème  à  une  vive  et  capricieuse  variation  que  suit  un 


maestoso.  Tout  cela  est  habilement  disposé,  relié;  tous  les  motifs  s'en- 
chaînent bien  et  naturellement.  Il  faut  signaler  surtout  la  marche  que 
l'auteur  développe,  module  avec  talent  et  fait  entendre  en  mineur 
avant  de  la  rendre  en  majeur,  telle  qu'elle  est  dans  la  partition. 
Peut-être  Herman  manque-t-il  parfois  de  sobriété,  peut-être  prodigue- 
t-il  les  modulations,  les  recherches  de  style,  et  pourrait-on  désirer 
plus  d'aisance,  de  liberté  et  de  concision  dans  certaines  harmonies  ; 
mais  enfin,  au  point  de  vue  musical,  sa  fantaisie  de  concert  est  d'une 
réelle  distinction  et,  au  point  de  vue  purement  instrumental,  d'une 
élégance  de  traits,  d'un  brio  de  détails  qui  en  font  l'une  des  plus 
charmantes  et  des  plus  sérieuses  qui  aient  été  publiées  depuis  long- 
temps. 

—  Le  Pardon  de  Ploérmel  est  aussi  une  de  ces  partitions  riches  en 
motifs  variés,  clairs,  francs  et  colorés,  qui  alimentent  et  font  naître 
toutes  sortes  d'arrangements  et  de  transcriptions.  Dans  le  dernier 
chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  chaque  auteur  s'empare  de  la  berceuse 
et  de  l'air  de  l'Ombre  parce  que  tout  le  monde  aime  à  les  retrouver. 
Ces  deux  ravissantes  mélodies  sont  au  premier  rang  dans  le  gracieux 
morceau  de  salon  d'Herman  ;  mais  on  y  trouve  encore  un  autre 
thème  qui  les  égale  en  beauté  et  dont  le  fond  harmonique ,  le  dessin 
mélodique,  l'élégance,  la  signification  poétique  et  l'ineffable  tendresse 
sont  incomparables,  assurément,  dans  l'œuvre  entière  du  maître,  on 
trouve  des  pages  plus  grandes ,  mais  on  ne  saurait  en  trouver  de 
plus  complètes,  de  plus  exquises  et  qui  permettent  mieux  à  un  seul 
instrument  d'émouvoir  le  cœur  et  de  captiver  l'esprit.  Herman 
s'est  contenté  de  transcrire  ces  mélodies,  de  faire  chanter  à  son  violon 
les  naïves  et  pures  amours  de  Dinorah.  Il  a  écrit  avec  beaucoup 
d'habileté,  et  sans  presque  y  mettre  du  sien,  une  composition  rayon- 
nante de  fraîcheur,  de  passion  et  de  vie. 

—  Les  opéras  sont  de  véritables  arsenaux  ou  chacun  vient  prendre  les 
armes  nécessaires  pour  conquérir  les  faveurs  et  les  sympathies 
du  public.  Après  la  Muette  et  le  Pardon,  c'est  à  Marta  qu'Herman  est 
allé  emprunter  quelques  chants  ;  après  Auber  et  Meyerbeer,  c'est  M.  de 
Flotow  qu'il  traduit.  Il  a  mis  dans  son  Divertissement  (c'est  le  titre) 
la  romance  de  la  Rose.  Celte  suave  et  touchante  élégie,  que  soupirait 
si  bien  la  Frezzolini  et  qui,  avec  deux  accords  des  plus  simples, 
émeut  toujours  profondément,  est  escortée  de  plusieurs  autres  motifs 
que  l'on  connaît,  qu'on  aime  et  que  semble  trouver  si  facilement  la 
muse  aimable,  gracieuse,  enjouée  et  toute  française  de  l'auteur  de 
Slradella.  Dans  ce  morceau  rien  ne  manque  :  ni  la  mélodie,  ni  le 
rhythme,  ni  l'harmonie,  ni  l'esprit,  ni  la  finesse.  Peu  difficile,  ce  di- 
vertissement est  remarquable  par  le  goût  et  la  connaissance  parfaite 
de  tout  ce  que  l'instrument  sait  dire  avec  le  plus  de  charme,  le  plus 
de  bonheur  et  le  plus  d'éloquence. 

—  M.  Bessems,  violoniste  de  la  grande  école  de  Baillot  et  compo- 
siteur distingué,  a  publié  dernièrement  pour  violon  et  piano  six  mé- 
lodies qui  se  recommandent  par  une  élévation  de  style  peu  commune 
et  dont  voici  les  titres  :  Dolorès,  Consolation,  Sérénade,  Souvenir  de 
J.-J.  Rousseau,  le  Songe  et  Rêve  d'enfant. 

On  voit  dans  ces  pages  courtes  mais  purement  écrites,  que  l'auteur 
a  eu  un  fructueux  commerce  avec  les  maîtres;  qu'il  comprend  avec 
une  grande  intelligence  les  innombrables  et  sévères  beautés  de  la  mu- 
sique classique.  En  effet,  Bessems  est  l'un  des  bons  interprètes  des 
œuvres  d'Haydn,  de  Mozart  et  de  Beethoven.  Nous  serions  assez  em- 
barrassé de  dire  laquelle  de  ces  compositions  nous  préférons  ;  car 
toutes  nous  paraissent  également  bien  faites ,  remarquables  par  la 
limpidité  et  l'originalité  de  la  pensée,  par  l'élégance  et  la  délicatesse 
de  l'harmonie.  Un  sentiment  dramatique  et  profond  règne  dans  quel- 
ques-unes da  ces  petites  pièces,  rêveuses  en  général.  Consolation  et 
Sérénade,  entre  autres,  l'une  dédiée  à  la  comtesse  de  Bagneux ,  l'au- 
tre à  la  marquise  Oudinot,  sont  ravissantes  et  très-distinguées.  Le  vio- 
lon y  chante  tantôt  amoureusement,  tantôt  gaiement,  et  l'accompa- 


344 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


gncment  de  piano  a  partout  de  l'intérêt  et  des  détails  qui  annoncent 
le  vrai  musicien.  C'est  de  la  poésie  intime,  élégiaque,  mais  où  il  y  a 
cependant  une  grande  variété  de  ton. 

Adolphe  BOTTE. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

Par  F.-JT.   Fétis. 

{Deuxième  édition,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié.) 

BARROILHET  (PAUL). 

Barroilhet  (Paul),  chanteur  français,  est  né  à  Bayonne  le  22  sep- 
tembre 1810.  Fils  d'un  négociant  de  cette  ville,  il  était  destiné  au 
commerce  et  fut  envoyé  ù  Paris  pour  y  faire  des  études  spéciales  et 
relatives  à  son  état  futur  ;  mais  un  goût  passionné  pour  la  musique 
le  poussa  à  renoncer  à  la  carrière  qu'on  voulait  lui  faire  suivre  et  à 
entrer  au  Conservatoire  comme  élève  de  chant.  L'époque  de  son  ad- 
mission dans  cette  école  est  1828.  11  était  âgé  de  dix-huit  ans.  L'au- 
t  eur  de  cette  notice  reçut  alors  plusieurs  lettres  du  père  de  Barroilhet, 
lequel  voyait  avec  chagrin  la  résolution  que  celui-ci  avait  prise.  «Je 
»  ne  crois  pas,  disait-il,  qu'il  y  ait  en  mon  fils  l'organisation  d'un 
»  artiste  distingué,  et  je  ne  me  consolerais  pas  de  le  voir  musicien 
»  médiocre.  Si  vous  le  croyez,  au  contraire,  destiné  à  se  faire  un 
»  nom  honorable  dans  votre  art,  je  ne  m'opposerai  pas  à  ce  qu'il 
»  suive  son  penchant.  »  Les  réponses  étaient  rassurantes,  bien  que 
les  progrès  de.  l'élève  ne  répondissent  pas  exactement  à  ce  qu'on  en 
avait  attendu.  Après  deux  années  d'études  sous  la  direction  de  Ban- 
derali,  au  concours  de  chant  de  1830  aucune  distinction  ne  fut  dé- 
cernée à  Barroilhet  qui,  ne  pouvant  espérer  d'admission  à  l'Opéra, 
se  décida  à  aller  tenter  la  fortune  sur  les  théâtres  de  l'Italie. 

Arrivé  à  Milan,  il  y  prit  des  leçons  de  Panizza;  puis  il  lit  ses  dé- 
buts sur  des  théâtres  de  troisième  ordre.  Après  y  avoir  acquis  de 
l'habitude  et  de  l'assurance,  il  chanta  à  Gênes,  Vérone,  Brescia,  Ber- 
game,  Trieste,  Turin,  et  fut  engagé  à  Palerme,  en  1835.  Les  succès 
q  u'il  y  obtint  le  firent  appeler  à  Rome  l'année  suivante.  Ce  fut  alors 
qu'il  prit  position  parmi  les  artistes  les  plus  distingués,  parle  talent 
dont  il  fit  preuve  dans  VAssedio  di  Calais,  que  Donizetti  écrivit  pour 
lui,  et  plus  encore  dans  le  Roberto  Devereux  et  dans  le  Colombo  du 
même  maître.  Une  maladie  de  larynx,  qui  lui  survint  à  la  fin  de  1837, 
l 'éloigna  momentanément  de  la  scène.  Il  se  rendit  alors  à  Naples  et 
y  trouva  Nourrit,  peu  de  temps  avant  sa  fin  tragique.  Après  ce  triste 
événement,  Barroilhet  s'éloigna  de  l'Italie  et  vint  à  Paris,  où  il  fui 
en  gagé  pour  l'Opéra.  Donizetti,  qui  n'avait  pas  perdu  le  souvenir  de 
ses  succès  de  Rome,  écrivit  pour  lui  le  rôle  de  baryton  de  la  Favo- 
rite, par  lequel  Barroilhet  conquit  la  faveur  du  public.  Guillaume 
Tell,  Lusignan,  dans  la  Reine  de  Chypre  et  Charles  VI  mirent  le 
sceau  à  sa  réputation  de  chanteur  dramatique.  Ce  fut  au  milieu  de 
ses  triomphes  qu'il  quitta  l'Opéra  en  1847,  parce  qu'il  ne  put  s'ar- 
ranger avec  l'administration  de  ce  spectacle  pour  le  chiffre  de  ses 
appointements.  Depuis  lors,  Barroilhet  ne  s'est  plus  fait  entendre  que 
dans  des  concerts  et  sur  les  théâtres  des  départements. 


BRUXELLIS. 


La  classe  des  beaux-arts  de  l'Académie  royale  de  Belgique  a  tenu 
sa  séance  publique  annuelle  mardi,  25  septembre,  à  l'occasion  des 
fêtes  nationales.  M.  Fétis  père,  l'un  de  ses  membres,  y  a  lu  le  rap- 
port suivant,  qui  nous  a  paru  devoir  intéresser  nos  lecteurs  : 


o  Messieurs, 

»  Dirigé  par  un  sentiment  généreux  de  la  gloire  nationale,  M.  le  mi- 
nistre de  l'intérieur  a  appelé  l'attention  de  la  classe  des  beaux-arts  de 
l'Académie  royale  de  Belgique  sur  la  rareté,  devenue  excessive,  des 
œuvres  musicales  produites  par  les  compositeurs  qui  illustrèrent  notre 
patrie  dans  les  xve  et  xvie  siècles,  et  lui  a  demandé  son  avis  concernant 
l'opportunité  de  la  reproduction  de  ces  mêmes  œuvres  dans  des  éditions 
nouvelles.  Une  telle  ouverture,  émanée  du  gouvernement,  fut  accueillie 
avec  une  vive  sympathie  par  la  classe  des  beaux-arts  :  elle  prit  la  réso- 
lution de  seconder  de  ses  efforts  les  vues  d'un  ministre  ami  et  protec- 
teur des  objets  de  nos  études. 

»  Cependant  une  reproduction  pure  et  simple  d'anciennes  éditions 
des  messes,  motets,  hymnes,  madrigaux  et  chants  mondains  de  nos  vieux 
maîtres,  n'atteindrait  pas  le  but  que  s'est  proposé  M.  le  ministre  de 
l'intérieur,  lequel  est  de  procurer  aux  artistes,  ainsi  qu'aux  amateurs, 
la  connaissance  de  ces  œuvres  et  d'en  faire  apprécier  les  beautés  ; 
car  les  notations  de  la  musique  en  usage  aux  époques  où  elles  ont  été 
produites,  ont  été  abandonnées  depuis  longtemps  et  sont  inconnues  à 
tous  les  musiciens  de  nos  jours.  Un  très-petit  nombre  d'hommes  dévoués 
à  l'étude  des  antiquités  musicales  en  possèdent  seuls  le  secret.  Il  y  a 
donc  nécessité  de  traduire  en  notation  moderne  les  ouvrages  dont  il  sera 
fait  des  éditions  nouvelles,  et,  par  une  conséquence  évidente,  il  est 
également  nécessaire  d'initier  à  la  connaissance  des  anciennes  notations 
les  personnes  destinées  à  faire  le  travail  de  la  traduction.  Un  membre 
de  la  classe  s'est  chargé  de  ce  soin  et  a  ouvert  un  cours  de  paléogra- 
phie musicale  pour  les  élèves  iustruits  dans  les  sciences  de  l'harmo- 
nie et  du  contre-point. 

»  Parmi  les  jeunes  musiciens  qui  ont  suivi  ce  cours,  deux  particulière- 
ment y  ont  fait  preuve  d'une  aptitude  remarquable  :  ce  sont  MM.  Van 
Hoye  et  Vandervelpen,  de  llalines,  qui  se  sont  distingués  dans  les  der- 
niers concours  de  composition.  Trois  mois  de  leçons  et  d'étude  leur 
ont  suffi  pour  acquérir  la  connaissance  des  combinaisons  difficiles  de 
tous  les  signes  de  notations  des  xve  et  avi?  siècles,  et  pour  être  capables 
de  faire  des  traductious  correctes.  Depuis  le  mois  d'avril  dernier,  ils  se 
sont  spécialement  occupés  de  ce  travail  sur  les  œuvres  d'un  des  pius 
illustres  musiciens  belges. 

»  Quel  qu'ait  été  le  mérite  de  nos  compositeurs  des  xv°  et  xvi"  siècles, 
il  y  a  nécessité  de  limiter  la  reproduction  de  leurs  œuvres,  et  de  se 
borner  aux  noms  les  plus  célèbres,  aux  ouvrages  les  plus  importants. 
Après  avoir  pourvu  à  l'instruction  des  traducteurs,  il  a  donc  fallu  dres- 
ser la  liste  des  artistes  dont  les  œuvres  pourraient  être  admises  dans  la 
collection  projetée.  La  classe  ayant  chargé  de  ce  soin  celui  de  ses  mem- 
bres qui  s'est  spécialement  occupé  de  ce  genre  d'étude,  il  a  divisé  la 
liste  dont  il  s'agit  en  deux  -séries,  dont  la  première  renferme  les  noms 
des  maîtres  du  xvc  siècie,  et  l'autre,  ceux  du  xvic,  toutes  deux  compo- 
sées d'artistes  considérés  comme  chefs  d'école,  et  qui  ont  exercé  une 
puissante  influence  sur  l'art  de  leurs  temps. 

»  La  première  série  renfermerait  les  principaux  ouvrages  : 

»  1°  De  Guillaume  Dufay,  de  Chiraai,  qui  était  ténor  de  la  chapelle 
de  Clément  Vit,  à  Avignon,  en  1380,  puis  resta  au  service  des  papes 
en  qualité  de  premier  chantre  jusqu'au  pontificat  d'Eugène  IV,  et  mou- 
rut à  Itomc  en  1432; 

»  2'D'Lgide  Binchois,  ainsi  nommé  parce  qu'il  était  né  à.  Binche,  dans 
le  llainaut;  homme  de  grand  mérite,  un  peu  moins  ancien  que  Dufay, 
et  qui  fut  premier  chantre  de  la  chapelle  de  Philippe  le  Bon,  duc  de 
Bourgogne; 

»  Ces  deux  artistes  furent  les  véritables  créateurs  de  l'harmonie  régu- 
lière, et  les  premiers  réformateurs  de  la  notation  de  la  musique. 

»  Après  eux  viendraient  les  œuvres  choisies  de  : 

»  3o  Jean  Ockeghem,  de  Termonde,  qui  fut  chantre  de  la  collégiale 
d'Anvers,  antérieurement  à  Hho,  puis  premier  chantre  et  directeur  de 
la  chapelle  de  Charles  VI,  roi  de  France,  et  eut  pour  élèves  les  plus 
habiles  musiciens  de  la  fin  du  xv°  siècle  et  du  commencement  du 
XVIe  siècle  ; 

»  4°  D'Antoine  Dusnois  ou  de  Busne,  le  plus  grand  musicien  d'invention, 
antérieurement  à  1480,  qui  fut  premier  chantre  ou  maître  de  chapelle  de 
Charles  le  Téméraire  ; 

»  5°  De  Jean  Le  Teinturier  ou  Tindoris,  chanoine  de  Nivelles,  le  plus 
savant  musicien  de  la  même  époque,  premier  chantre  ou  maître  de  cha- 
pelle de  Ferdinand  d'Aragon,  et  qui  fonda  à  Naples,  avant  1476,  la  plus 
ancienne  école  de  musique  qui  ait  existé  en  Italie; 

»  6»  De  Jacques  Obrecht,  maître  des  enfants  de  chœur  de  la  collégiale 
d'Anvers,  grand  artiste,  dont  les  ouvrages  figurent  parmi  les  premiers 
monuments  de  la  typographie  musicale  de  l'Italie  et  de  l'Allemagne; 

»  7o  De  Josquin  Dcprés,  le  plus  original,  le  plus  hardi,  le  plus  grand 
des  musiciens  qui  brillèrent  dans  les  quinze  dernières  années  du 
xv°  siècle  et  dans  les  vingt  premières  du  xvic.  Recherché  dans 
toutes  les  cours  de  l'Europe,  il  fut  célébré  parles  poètes  de  l'Italie,  de 
l'Allemagne  et  de  la  France,  comme  l'artiste  sans  rival.  Luther  disait  de 
lui  :  Les  musiciens  font  ce  qu'ils  peuvent  des  notes;  Josquin  seul  en  fait  ce 
qu'il  veut. 


DE  PARIS. 


345 


»  Les  compositeurs  dont  les  ouvrages  formeraient  la  deuxième  série 
seraient  : 

»  8»  Adrien  Willaert,  de  Bruges,  fondateur  de  la  célèbre  école  véni- 
tienne d'où  sont  sortis  une  foule  de  musiciens  de  premier  ordre  aux 
xvi°  et  xvii»  siècles.  11  fut  maître  de  chapelle  de  l'église  de  Saint-Marc 
de  Venise  depuis  1527  jusqu'en  1563,  et -compositeur  aussi  renommé  que 
théoricien  savant  ; 

»  9°  Cyprien  de  Rore,  né  à  Matines,  successeur  de  Willaert  à  l'église 
Saint-Marc,  puis  directeur  de  la  musique  d'Octave  Farnèse,  duc  de  Parme 
et  de  Plaisance  ; 

»  10°  Alexandre  Agricola,  maître  de  chapelle  de  Philippe  le  Beau  et 
grand  musicien,  dont  les  messes  et  les  motets  furent  imprimés  à  Venise 
dans  les  premières  années  du  xvic  siècle  ; 

»  11°  Jacques  Clément,  surnommé  non  pape,  compositeur  de  premier 
ordre,  maître  do  la  chapelle  impériale  à  Vienne,  sous  les  règnes  de  Maxi- 
milien  I'1',  de  Charles-Quint  et  de  Ferdinand  1"; 

»  12°  Nicolas  Gombert,  de  Gourtrai,  artiste  de  génie  et  l'un  des  musi- 
ciens les  plus  remarquables  de  son  époque,  qui  fut  maître  des  enfants 
de  la  chapelle  de  Charles-Quint,  à  Madrid  ; 

»  13°  Corneille  Canis,  dont  le  nom  flamand  était  de  flondt,  maître  de 
la  chapelle  du  même  souverain,  à  la  môme  époque; 

a  W  Thomas  Créquillon,  compositeur  de  la  même  chapelle  et  artiste  de 
grand  talent; 

»  15°  Jacques  de  Kerle,  né  à  Ypres,  maître  de  chapelle  de  l'empereur 
Rodolphe  H  ; 

»  16°  Pierre  de  Manchicourt,  d'abord  maître  des  enfants  de  chœur  de 
la  cathédrale  de  Tournai,  puis  maître  de  chapelle  de  Philippe  II,  roi 
d'Espagne  ; 

»  17°  Gérard  de  Turnhout,  l'un  de  ses  successeurs  dans  la  même  posi- 
tion ; 

18°  Orland  ou  lîoland  de  l.assus,  né  à  Mons,  d'abord  maître  de  Sain t- 
Jean-de-Latran,  à  Rome,  puis  maître  et  directeur  de  la  chapelle  d'Al- 
bert V,  duc  de  Bavière;  le  plus  grand  des  musiciens  belges,  le  plus  fé- 
cond des  compositeurs,  et  celui  dont  le  génie  put  traiter  avec  une  égale 
supériorité  tous  les  genres  de  musique  en  usage  de  son  temps. 

»  Contemporain  de  l'illustre  Palestrina,  maître  de  la  chapelle  du  Vati- 
can, dont  les  ouvrages  offrent  encore  aujourd'hui  des  modèles  de  perfec- 
tion en  leur  genre,  Lassus  eut  un  talent  plus  populaire.  Sa  renommée 
effaça  toutes  les  autres,  et  l'on  ne  peut  citer  aucun  artiste  dont  les  ou- 
vrages aient  été  reproduits  si  souvent,  sous  toutes  les  formes,  et  dont  il 
ait  été  fait  un  si  grand  nombre  d'éditions  en  Italie,  en  Allemagne,  à  Lou- 
vain,  à  Anvers  et  à  Paris. 

»  La  liste  sommaire  des  œuvres  de  ce  grand  homme  suffît  pour  faire 
connaître  sa  prodigieuse  facilité  de  production  :  on  y  trouve  51  messes, 
à  quatre,  cinq,  six  et  huit  voix;  780  motets;  34  hymnes;  180  Magnificat; 
l'œuvre  immortelle  des  Sept  Psaumes  de  la  Pénitence,  une  multitude  d'an- 
tiennes, litanies,  psaumes  et  lamentations;  37 1  chansons  françaises  à 
trois,  quatre  et  cinq  voix  ;  233  madrigaux  italiens  à  quatre,  cinq  et  six 
parties  ;  environ  cent  chansons  allemandes  et  latines,  des  villanelles  et 
d'autres  petites  pièces. 

»  Dans  l'examen  de  l'ordre  qui  pourrait  être  suivi  pour  la  publication 
projetée  des  œuvres  des  anciens  compositeurs  belges  les  plus  célèbres, 
il  a  paru  que  l'attention  publique  se  porterait  avec  un  intérêt  particulier 
sur  les  productions  de  ce  grand  maître,  et  l'on  a  cru  que  le  travail  de  la 
traduction  en  notation  moderne  et  de  la  mise  en  partition  devait  com- 
mencer par  elles. 

»  MM.  Van  Hoye  et  Vander/elpen  ont  reçu,  en  effet,  la  mission  de 
mettre  en  pratique  les  connaissances  qu'ils  venaient  d'acquérir  sur  ces 
mêmes  ouvrages.  Déjà  onze  messes  à  quatre  ou  cinq  voix,  un  livre  de 
leçons  de  Job,  à  quatre  parties,  et  environ  50  madrigaux  italiens  sont 
prêts  pour  la  gravure,  et  ces  jeunes  artistes  poursuivent  leur  labeur 
avec  autant  de  zèle  et  d'activité  que  d'intelligence.  D'autres  élèves  du 
cours  de  paléographie  musicale  viendront  par  la  suite  se  réunir  à  eux 
pour  les  aider  dans  la  belle  entreprise  de  la  restauration  de  nos  gloires 
musicales. 

»  Les  noms  des  compositeurs  belges  mentionnés  précédemment  sont 
ceux  des  plus  grands  maîtres  ;  mais  la  Belgique  a  vu  naître  une  foule 
d'artistes  qui,  sans  s'élever  au  mèmedegré,  eurent  néanmoins  des  talents 
fort  recommandables.  On  a  pensé  que  ce  serait  rendre  un  juste  hom- 
mage à  leur  mémoire,  et  faire  en  même  temps  une  chose  utile  à  l'his- 
toire de  l'art,  que  de  réunir  en  un  ou  doux  volumes  de  la  collection 
projetée  des  spécimens  de  leur  musique,  en  les  rangeant  par  ordre  chro- 
nologique. I  es  compositeurs  compris  dans  cette  catégorie  seraient  au 
nombre  de  trente-quatre. 

»  L'Angleterre,  l'Allemagne  et  la  Hollande  ont  vu  paraî're,  dans  ces 
derniers  temps,  des  collections  d'oeuvres  de  leurs  anciens  compositeurs 
exécutées  avec  un  grand  luxe  typographique  ;  un  accueil  sympathique 
leur  a  été  fait  par  les  compatriotes  de  ces  artistes  :  espérons  que  la 
Belgique,  fièi'e  à  juste  titre  de  l'illustration  dont  elle  est  redevable  aux 


compositenrs  qu'elle  a  vus  naître,  ne  restera  pas  indifférente  à  la  res- 
tauration des  monuments  de  leur  génie.  » 

De  nombreux  applaudissements   accueillent  la  lecture  de  cette   inté- 
ressante notice. 


Ainsi  que  nous  l'avions  annoncé  dans  notre  dernier  numéro,  sur  la 
demande  d'un  nombre  suffisant  de  sociétaires,  l'assemblée  générale 
extraordinaire  de  la  Société  des  auteurs,  compositeurs  et  éditeurs  de 
musique  a  été  fixée  au  dimanche  7  octobre,  à  une  heure  de  relevée, 
dans  les  salons  de  M.  Soufleto,  facteur  de  pianos,  rw,  Montmartre, 
n"  161.  Des  conflits  de  la  nature  la  plus  fâcheuse,  et  qui  pourraient 
avoir  pour  l'avenir  de  la  Société  les  conséquences  les  plus  graves,  ont 
surgi  depuis  quelque  temps  sur  des  questions  vitales  ;  il  est  donc  du 
plus  grand  intérêt  pour  les  sociétaires  qu'elles  soient  produites  au 
grand  jour  d'une  assemblée  générale,  et  ils  jugeront  indispensable  d'y 
assister. 


NOUVELLES. 

***  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  donnera  aujourd'hui  dimanche,  par 
extraordinaire,  la  431e  représentation  de  Robert  le  Diable. 

±*±  Mlle  Emma  Livry  a  fait  une  brillante  rentrée  lundi  dan*  la  Syl- 
phide. Mlle  Genat,  dans  le  rôle  d'Effie,  s'est  distinguée  auprès  d'elle.  — 
Mercredi,  le  Trouvère  a  été  donné  pour  la  continuation  des  débuts  de 
Mlle  Barbara  Marchisio  et  de  Michot.  Tous  les  deux  y  ont  été  chaleureuse- 
ment applaudis.  Mme  Gueymard-Lauters  a  supérieurement  chanté  le 
rôle  de  Léonora.  Dumestre  est  toujours  en  possession  de  celui  du  comte 
de  Luna.  — Vendredi,  Sémiramis  a  été  représentée. —  La  direction  de 
l'Opéra  vient  d'engager  Morelli,  artiste  de  talent,  qu'on  a  déjà  entendu 
sur  notre  première  scène  lyrique. 

„**  La  reprise  du  Prophète  avec  Mme  Tedesco  dans  le  rôle  de  Fidès 
aura  lieu  sans  remise  vendredi  prochain  .—tes  Huguenots,  avec  Mme  Guey- 
mard  dans  le  rôle  de  Valentine,  suivront  immédiatement. 

**«  Sainte-Foy  est  attendu  aujourd'hui  de  Bade  et  les  répétitions  du 
Pardon  de  Ploerrhel  doivent  commencer  demain  avec  la  nouvelle  distri- 
bution que  nous  avons  annoncée.  Afin  de  donner  un  attrait  de  plus 
au  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer,  M.  Beaumont  vient  d'engager  Mlle  Dar- 
der j  la  fille  du  chanteur  de  ce  nom  qui  s'est  fait  à  Paris  une  réputation 
méritée.  La  jeune  artiste  chanterait  l'air  composé  par  l'illustre  maestro 
pourremplacer  au  deuxièmeacte  uuescène  dialoguée;  or  cet  air,  chaque 
fois  que  Mme  Nantier-Didier  le  disait  à  Londres  au  théâtre  de  Covent- 
Garden,  valait  à  la  célèbre  cantatrice  des  applaudissements  enthousiastes 
et  de  nombreux  rappels.  Avant  cette  reprise  du  Pardon,  Mlle  Darcier  se 
ferait  connaître  dans  le  rôle  d'Isabelle,  du  Pré  aux  clercs. 

*%  L'ouverture  du  théâtre  Italien  aura  lieu  mardi  prochain  par  la 
Sonnambula.  Mlle  Battu  fera  sa  rentrée  dans  le  chef-d'œuvre  de  Bellini. 
Dès  l'année  dernière,  la  jeune  cantatrice  a  su  se  placer  au.  premier 
rang  ;  les  études  consciencieuses  qu'elle  n'a  cessé  de  faire  lui  garantis- 
sent de  nouveaux  succès  pour  cette  saison.  Le  rôle  d'Elvino  est  tout  à 
fait  dans  les  moyens  de  Gardoni,  et  Angelini  a  su  se  faire  applaudir 
dans  celui  du  comte.  —  Ainsi  que  nous  l'avons  dit,  l'aristocratie  nobi- 
liaire et  financière  a  loué  à  l'année  les  baignoires,  les  loges  du  premier 
rang  et  les  stalles  de  balcon  et  d'orchestre.  La  saison  s'annonce  sous 
les  plus  brillants  auspices. 

*%  La  première  représentation  du  Val  d'Andorre,  au  théâtre  Lyrique, 
est  irrévocablement  fixée  au  10  octobre.  —  L'opéra-comique  de  M.  Mail- 
lard, sous  le  titre  définitif  de  Nella,  passera  quelques  jours  après. 

*%  Le  différend  survenu  entre  M.  Réty,  directeur  du  théâtre  Lyri- 
que, et  MV1.  Michel  Carré  et  E.  Royer  s'est  arrangé  à  l'amiable.  Il  n'y 
avait  dans  tout  cela  qu'un  malentendu  :  quelques  mots  d'explication 
ont  suffi  pour  mettre  tout  le  monde  d'accord.  Nous  ne  pouvons  qu'ap- 
plaudir à  un  pareil  résultat.  L'ouvrage  de  MM.  Carré  et  Reyer  sera  re- 
présenté dans  les  premiers  jours  de  janvier  et  va  être  mis  prochaine- 
ment à  l'étude.  On  n'en  connaît  pas  encore  le  titre  définitif. 

,*„  Mme  Miolan-Carvalho  poursuit  le.  cours  de  ses  triomphes  à  Berlin. 
Après  avoir  chanté  deux  fois  le  rôle  de  Rosine,  du  Barbier,  devant  un 
public  enthousiaste  de  son  grand  talent,  elle  s'est  fait  entendre  dans 
Lucia.  Son  succès  y  a  été  immense;  elle  a  été  rappelée  plusieurs  fois 
et  elle,  a  dû  répéter  le  grand  air.  Quelques  critiques  trouvent  que  sa 
voix  manque  un  peu  de  volume  et  qu'elle  laisse  à  désirer  dans  les  si- 
tuations qui  exigent  de  la  passion  et  de  l'énergie,  mais  ils  sont  d'accord 


346 


R.LVIE  KT  GAZETTE  MUSICALE 


avec  la  généralité  du  public  qui  avoue  n'avoir  jamais  entendu  à  Berlin 
une  cantatrice  possédant  à  un  si  haut  degré  le  véritable  art  du  chant 
et  qui  vocalise  d'une  manière  aussi  facile  et  aussi  brillante.  Or,  il  ne 
faut  pas  oublier  que  ce  public  a  entendu  Mme  Sontag  et  Jenny  Lind. 

**„...  L'ouverture  et  la  polonaise  de  Strucns^e  viennent  d'être  exécutées 
à  Bruxelles,  dans  la  séance  publique  delà  classe  des  beaux-arts  de  l'aca- 
démie, sous  la  direction  de  M.  Fétis.  Jamais  ces  morceaux  admirables 
n'avaient  été  rendus  avec  une  telle  puissance  de  sonorité  et  une  telle 
perfection  de  détails  Une  multitude  d'artistes  assistaient  a  la  séance,  à 
l'occasion  des  fêtes  nationales  et  de  l'exposition  de  peinture.  Leur  en- 
thousiasme se  traduisait  en  exclamations  sur  la  merveille  d'une  œuvre 
et  d'une  exécution  dont  auparavant  ils  n'avaient  eu  aucune  idée. 

***  Fr.  Liszt  vient  de  terminer  un  arrangement  très-brillant  pour 
piano  de  \a.Schiller-Marsch  de  .Meyerbeer. 

„%  S.  M.  l'Empereur-  vient  de  faire  remettre  à  M.  Alexandre  Artus 
une  médaille  d'argent,  grand  module,  pour  la  cantate  que  ce  composi- 
teur a  fait  exécuter  le  15  août  au  théâtre  de  l'Ambigu- Comique. 

**„,  Le  célèbre  pianiste-compositeur  Thalberg  vient  d'arriver  à  Paris. 

***  Mlle  Emilie  Guérette,  cantatrice  de  l'école  Duprez ,  dont  nous 
avons  parlé  dernièrement  à  l'occasion  des  succès  qu'elle  a  obtenus  à 
Néris,  pendant  la  saison  des  eaux,  vient  d'épouser  M.  César  Alard,  vio- 
loncelliste belge,  élevé  distingué  de  Servais. 

„,*„,  Virginie  Ferni  quitte  la  carrière  artistique  et  rentre  dans  la  vie 
privée  :  la  célèbre  violoniste  épouse  un  négociant  de  Nice,  auquel  elle 
était  fiancée  depuis  sa  dixième  année. 

%*»  S.  M .  le  roi  Victor-Emmanuel  vient  de  décerner  la  grande  médaille 
d'or  du  mérite  à  son  effigie  à  Alexandre  Batta,  et  la  lui  a  fait  remettre 
par  S.  Exe.  le  ministre  de  Sardaigne  à  Paris 

*%  Arban  est  revenu  de  Bade  et  va  reprendre  le  bâton  de  chef  d'or- 
chestre des  concerts  du  Casino.  Le  premier  concert  aura  lieu  mardi,  et  il 
y  fera  entendre  la  grande  fantaisie  qu'il  a  composés  sur  les  Huguenots 
et  déjà  exécutée  à  Bade  avec  le  plus  grand  succès. 

t*s,  Dimanche  dernier,  l'église  de  Viroflay  célébrait  dignement  sa  fête 
en  faisant  entendre  une  messe  à  deux  voix,  composée  par  Edmond 
Hocmelle,  organiste  de  Saint-Thomas-d'Aquin  et  de  la  chapelle  du  Sénat. 
Mlle  Godefroy  Christiani,  de  la  chapelle  impériale,  a  fait  apprécier  dans 
cette  œuvre  sa  voix  de  soprano  franche,  timbrée,  étendue.  En  chantant 
lui-même  et  en  accompagnant  sa  musique,  l'auteur  nous  a  révélé,  outre 
son  talent  de  compositeur,  les  qualités  qui  constituent  l'excellent  pro- 
fesseur de  chant.  Comme  organiste,  par  ses  improvisations  tour  à  tour 
brillantes  et  sévères,  il  a  su  mettre  dans  tout  son  relief  la  valeur  d'un 
magnifique  instrument  de  la  maison  Alexandre. 

t*4  La  Société  philharmonique  de  Valenciennes  a  donné  lundi  dernier, 
à  l'occasion  de  la  fête  de  la  ville,  un  grand  concert  pour  lequel  elle 
avait  engagé  Mlle  Vestvali,  de  l'Opéra;  Tagliafico,  du  théâtre  Italien  de 
Londres,  et  Bazzini,  le  célèbre  violoniste.  On  nous  écrit  que  le  succès 
de  ces  trois  artistes  a  été  complet.  L'air  de  l'Étoile  du  Nord  :  0  jours 
heureux  !  et  la  Tarentelle,  de  Rossini,  ont  été  redemandés  à  Taglialico, 
ainsi  que  le  duo  de  Semiramide  à  Mlle  Vestvali.  N'oublions  pas  l'orches- 
tre qui  a  exécuté  d'une  façon  magistrale  l'ouverture  des  Francs- juges,  de 
Berlioz,  et  M.  Frank,  dont  l'éminent  talent  d'accompagnateur  a  aidé 
puissamment  au  succès  de  cette  matinée. 

„,*„,  L'époque  approche  où  les  Sociétés  chorales  et  les  Orphéons  ont 
l'habitude  de  choisir  leurs  nouveaux  répertoires.  En  conséquence  nous  leur 
recommandons  la  nouvelle  collection  de  chœurs  arrangée  à  quatre 
voix  qui  vient  de  paraître  sous  le  titre  de  :  Répertoire  des  Soeiétés  cho- 
rales et  des  Orphéons,  dont  la  première  série  contient  un  choix  des  plus 
beaux  chœurs  d'opéra  arrangés  spécialement  pour  Orphéons. 

***  La  Cour  impériale  de  Douai,  par  un  arrêt  du  22  août,  fortement 
motivé,  a  donné  gain  de  cause  à  la  Société  des  auteurs,  compositeurs  et 
éditeurs  de  musique  contre  M.  Simon  Lévy,  directeur  du  pré  Catelan  de 
Lille,  qui,  malgré  la  défense  de  l'agent  général,  M.  Henrichs,  y  faisait 
exécuter  des  morceaux  de  musique  appartenant  à  la  Société.  La  Cour  a 
condamné  pour  ce  fait  M.  Lévy  à  une  amende  de  SO  fr.,  aux  frais  du 
procès  et  à  une  indemnité  de  100  fr.au  profit  des  auteurs  dont  la  musi- 
que avait  été  exécutée. —  Par  un  autre  arrêt  de  la  même  date,  la  Cour  a 
confirmé  le  jugement  qui  avait  établi  le  même  principe  d'interdiction 
contre  l'exécution  publique  de  l'ouvrage  d'un  auteur  vivant  par  les 
orchestres  des  régiments  de  l'armée. 

**»  M.  J.  Lotsky,  qui  a  longtemps  habité  l'Australie,  a  rapporté  des 
provinces  confédérées  un  hymne  national  dont  l'origine  est  attribuée  aux 
aborigènes.  C'est  une  belle  mélodie,  d'un  caractère  très-original. 
M.  Lotsky  se  propose  de  publier  prochainement  ce  chant,  avec  quelques 
accessoires  qui  le  rendront  plus  intéressant  encore. 

»**  A  propos  du  concours  d'orphéons  qui  aura  lieu  aujourd'hui  di- 
manche, 30  septembre,  à  Besançon,  la  Société  du  Conservatoire  de 
Paris,  dirigée  par  M.  Batiste,  exécutera  dans  la  cathédrale  une  messe 
chorale  (à  quatre  voix  d'hommes,  sans  accompagnement),  dite  Messe  des 
Orphéons  français.  Cette    nouvelle   œuvre   de  l'Orphéon   religieux  catho- 


lique, de  M.  Laurent  de  Rillé,  a  été  spécialement  composée  par  l'au- 
teur pour  cette  solennité. 

***  Bonne  chance,  tel  est  le  titre  d'une  charmante  polka-mazurka, 
de  Z.-B.  Katto,  qui  aura  le  succès  de  Caravane-Polka,  du  même  auteur. 

t%MM.  Louis  Aléry  et  Auguste  Morel,  auteurs  de  la  cantate  exécutée 
au  grand  théâtre  de  Marseille,  lors  du  passage  de  Leurs  Majestés,  ont 
reçu,  par  l'entremise  du  préfet  des  Bouches -du-Rhône,  une  superbe 
épingle  ornée  d'une  perle  fine,  et  surmontée  d'un  diamant  de  la  plus  belle 
eau. 

„**  La  direction  du  théâtre  Italien  de  la  Nouvelle-Orléans  a  été  prise 
pour  une  période  de  six  ans  par  M.  D.  Ronzani  ;  les  artistes  engagés, 
dont  les  noms  sont  connus  jusqu'ici,  sont  MM.  Stigelli  etSbriglia,  ténors, 
Hippolyte,  baryton,  Coletti  et  Gariboldi,  basses,  et  Mmes  G.  D'Ormy, 
contralto  et  mezzo  soprano.  Cette  Compagnie  chantera  le  répertoire 
italien  du  1er  novembre  jusqu'à  la  fin  de  mai. 

„*„,  Léonard  et  sa  femme  viennent  de  recevoir  de  la  Société  philhar- 
monique du  Calvados  deux  diplômes  d'associés,  avec  une  lettre  très- 
flatteuse,  contenant  des  témoignages  «  de  sa  profonde  sj'mpathie,  en 
»  retour  du'  bonheur  immense  que  leur  talent  lui  a  procuré.  » 

***  Les  artistes  engagés  pour  le  théâtre  Tacon,  de  la  Havane, 
Mmes  Lotti  délia  Santa,  Elisa  Volpini,  MM.  Pancani  et  Volpini,  partiront 
pour  cette  destination  le  2  novembre  prochain. 

**„,  Le  pianiste  et  compositeur  Ilorzalka  vient  de  mourir  à  Penzing 
près  de  Vienne,  dans  sa  soixante-deuxième  année.  On  lui  doit  entre 
autres  la  musique  du  Meunier  et  son  enfant,  par  Raupach,  et  des  Flots 
de  la  mer  et  de  l'amour  (sic),  par  Grillparzer. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


*%  Rouen.  —  Les  débuts  se  poursuivent  au  théâtre  des  Arts.  Notre 
première  basse,  Bonnesseur,  dans  les  rôles  de  Marcel  et  du  capitaine  Ro- 
land; M.  Méric  dans  le  Maître  de  chapelle,  M.  Barbot  dans  le  rôle  de  Léo- 
pold,  de  la  Juive,  et  dans  les  Mousquetaires  de  la  reine;  M.  Gerpré,  notre 
joyeux  trial  ;  Mme  Barbot  dans  Marlha,  dans  le  Pardon ,  dans  Faust  ; 
M.  Harvin,  fort  premier  ténor,  qui  s'est  montré  dans  la  Juive,  se  sont 
concilié  pleinement  les  suffrages  du  public.  La  saison  s'ouvre  donc  pour 
M.  Halanzier  sous  les  plus  heureux  auspices,  et  le  retour  de  Mlle  Geis- 
rnar,  l'interprète  si  dramatique  des  opéras  de  Meyerbeer,  l'admirable 
Valentine  des  Huguenots,  qu'il  s'est  empressé  de  rappeler,  ne  contribuera 
pas  peu  à  remplir  la  salle. 

***  Strasbourg.  —  La  musique  du  3e  régiment  d'artillerie,  sous  la  direc- 
tion de  son  habile  chef  d'orchestre,  M.  Grillet,  a  donné  ces  jours-ci  uu 
brillant  concert  d'harmonie  militaire.  Au  nombre  des  morceaux  exécutés, 
la  Schiller-Harsch,  de  Meyerbeer,  a  été  rendue  avec  un  ensemble  re- 
marquable, et  elle  a  produit  le  plus  grand  effet.—  La  direction  de  notre 
grand  théâtre  annonce  comme  très-prochaine  la  première  représentation 
du  Pardon  de  Ploërmel. 

»*,„  Nantes ,  24  septembre.  —  Après  avoir  été  chaleureusement  ap- 
plaudie dans  les  Mousquetaires,  le  Songe,  Robert  le  Diable,  le  Barbier  de 
Séville,  les  Diamants  de  la  couronne  et  la  Dame  blanche,  où  elle  s'est  dis- 
tinguée â  la  fois  comme  cantatrice  et  comme  comédienne,  Mme  Ray- 
naud  vient  d'être  acceptée  à  Nantes  en  qualité  de  première  chanteuse 
légère  en  chef  et  sans  partage.  A  en  juger  par  ces  premières  représen- 
tations, Mme  Raynand  retrouvera  ici  les  succès  francs  et  décidés  qu'elle 
obtenait  l'an  passé  au  théâtre  de  Lille. 

**„.  Dunkerque,  15  septembre.  — Bazzini  et  Mme  Sanchioli  se  sont 
encore  signalés  dans  les  fêles  musicales  célébrées  en  cette  ville,  et  orga- 
nisées par  l'Orphéon.  Bazzini  a  trouvé  des  accents  irrésistibles  pour  son 
élégie,  V  Absence.  Dans  le  Carillon  d'Ârras  et  la  Ronde  des  lutins,  il  a  trans- 
formé son  archet  en  baguette  magique.  Mme  Sanchioli  a  partagé  ses  una- 
nimes succès. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


„,**  Bruxelles. —  Les  Huguenots,  le  Pardon  de  Ploërmel,  les  Mousquetai- 
res de  la  reine,  le  Domino  et  Guillaume  Tell  ont  défrayé  la  dernière  hui- 
taine du  théâtre  de  la  Monnaie.  Mlle  Litschner,  pour  faciliter  la  marelle 
du  répertoire,  continue  a  se  faire  entendre  dans  les  rôles  qui  lui  ont 
servi  de  débuts.  Maintenant  qu'elle  n'est  plus  sous  l'impression  de  la 
terreur  elle  chante  avec  infiniment  plus  de  facilité  et  de  franchise, 
et  chacun  admire  sa  belle  méthode  et  la  fraîcheur  et  l'étendue 
de  son  organe. —  La  reprise  de  Stradella  a  été  aussi  parfaitement  reçue, 
et  nos  artistes  de  grand  opéra  n'ont  rien  à  envier  à  ceux  de  l'opéra- 
comique.  Mlle  Vandenhaute  et  AI.  YV'icart  ont  chanté  do  manière  à  justi- 
fier les  applaudissements  qu'ils  ont  reçus,  et  JIM.  Aujac  et  Depoitier  ont 
droit  â  nos  éloges  par  la  manière  dont  ils  ont  interprété  leurs  rôles.  Le 
personnel  dansant  a  eu  sa  large  part  de  succès,  dans  le  ballet  de  Stradella. 


DE  PARIS. 


347 


M.  Rubi  a  été  très  divertissant  dans  le  Pas  des  Polichinelles,  et  Mme  Delé- 
chaux,  ainsi  que  Mlle  Navarre,  ont  été  vivement  applaudies  dans  le  di- 
vertissement du  deuxième  acte.  —  Le  théâtre  royal  du  Parc  a  mis  à 
l'étude  la  Vieille,  opéra  de  M.  Fétis,  directeur  de  notre  Conservatoire. 
Cet  ouvrage  sera  monté  d'une  manière  digne  de  l'œuvre  et  de  l'homme 
illustre  qui  en  est  l'auteur.—  MM.  Wicart,  Depoitier  et  Carman  quitte- 
ront l'an  prochain  la  scène  du  théâtre  de  la  Monnaie,  où  ils  ont  obtenu 
tant  de  succès.  Ces  artistes  viennent  de  signer  un  engagement  pour  le 
théâtre  de  Bordeaux. 

,,%  spa.  —  21  septembre.  —  Une  brillante  fête  musicale  a  été  offerte 
au  public  de  Spa  ;  rarement  les  salons  de  la  Redoute  avaient  réuni  un 
pareil  ensemble  d'artistes  remarquables  :  Léonard,  l'un  des  maîtres  de 
notre  excellente  école  de  violon  ;  Mme  Léonard,  charmante  cantatrice 
que  l'on  aime  toujours  à  entendre  :  Brassin,  le  pianiste,  autre  talent  ad- 
mirable ;  Mlle  de  Katow,  jeune  violoncelliste  d'avenir;  enfin  M.  Malé- 
zieux,  le  réjouissant  diseur  de  chansonnettes;  puis  l'orchestre  conduit 
par  M.  Guillaume.  Chacun  des  morceaux  du  programme,  et  ils  étaient 
nombreux,  a  soulevé  de  chaleureux  bravos  ;  les  auditeurs  étaient  dans  le 
ravissement,  et,  à  vrai  dire,  M.  et  Mme  Léonard,  aussi  bien  que  Brassin, 
ont  fait  merveille.  Notre  célèbre  violoniste  a  joué  deux  de  ses  plus 
charmantes  productions  :  son  adagio  et  rondo  et  le  Souvenir  d'Haydn, 
qui  lui  ont  valu,  une  fois  encore,  une  de  ces  ovations  auxquelles  son 
beau  talent  doit  l'avoir  accoutumé.  Mme  Léonard  est  toujours  la  gra- 
cieuse cantatrice  que  vous  savez:  son  chant  pur,  élégant,  correct,  sa 
jolie  voix,  son  excellente  méthode,  ont  été  vivement  applaudis.  Brassin 
est  certainement  l'un  des  plus  forts  dans  cette  phalange  de  pianistes  qui 
ont  poussé  l'étude  de  cet  instrument  à  un  si  haut  degré  de  perfection.  11 
a  exécuté  avec  une  verve,  un  brio  remarquable,  trois  morceaux  de  lui, 
une  Polonaise  et  un  Nocturne  de  Chopin,  et  de  délicieuses  variations  sur 
le  Carnaval  de  Venise.  On  n'est  guère  habitué  à  voir  un  violoncelle  entre 
les  mains  d'une  jeune  fille  ;  cependant  Mlle  de  Katow  possède  d'autres 
mérites  que  celui  d'une  innovation  étrange,  et  ses  trois  morceaux  ont 
été  très- favorablement  accueillis.  M.  Malézieux  interprète  avec  beaucoup 
d'esprit,  de  malice  et  en  même  temps  de  bonhomie,  les  chansons  de  Na- 
daud  et  des  joyeux  représentants  du  Caveau  contemporain.  Il  a  fait  beau- 
coup rire. 

„,*„,  Norvich. —  Le  grand  festival  musical  qu'on  a  l'habitude  de  donner 
ici  tous  les  trois  ans  vient  d'avoir  lieu  sous  la  direction  de  M.  Bônédict; 
il  a  été  encore  plus  brillant  que  les  précédents.  Un  des  principaux  at- 
traits qu'il  offrait  à  la  curiosité  était  l'exécution  pour  la  première  fois  de 
deux  ouvrages  d'une  haute  valeur  :  Undine,  grande  légende  lyrique  de 
Bénédict,  et  l'oratorio  Abraham,  de  Molique.  Un  ouvrage  de  Bennett  Mayy- 
queen,  a  été  également  fort  remarqué  dans  cette  solennité  musicale  qui 
n'a  pas  duré  moins  de  trois  soirées.  L'armée  des  chanteurs  et  des  ins- 
trumentistes a  été  admirablement  conduite  par  Bénédict,  qui,  à  cette 
occasion,  a  obtenu  un  double  triomphe  comme  organisateur,  et  chef 
d'orchestre  du  festival  et  comme  compositeur  ;  car  sa  nouvelle  œuvre  , 
Undine,  a  obtenu  le  succès  le  plus  éclatant  et  a  été  considérée  comme  la 
plus  belle  de  ses  inspirations. 

»**  Creuznach.  —  Mme  Clara  Schumann  et  Stockhausen  ont  donné  ici 
deux  concerts  avec  un  grand  succès.    Mlle  Bochkoltz-Falconi  et  M.  Rey, 


pianiste  français  de  beaucoup  de  talent,  ont  aussi  donné  un  fort  beau  con- 
cert. M.  Pagogeff,  jeune  violoniste  russe,  a  ét'é  vivement  applaudi. 

.%  Munich.  —  A  l'occasion  de  la  fête  de  la  reine,  le  théâtre  de  la 
cour  a  donné  les  Huguenots,  de  Meyerbeer.  Le  rôle  de  Marcel  a  été 
chanté  avec  succès  par  M.  Beeker,  du  théâtre  de  Manheim  ;  notre  prima 
donna,  Mlle  Stoeger,  s'est  fait  également  applaudir  dans  le  rôle  de 
Valentine. 

**„  Berlin.  — Le  théâtre  de  l'Opéra  de  la  Cour  a  donné  les  Huguenots. 
Mme  Cash  a  eu  un  beau  succès  dans  le  rôle  de  Valentine.  —  Dans  le 
courant  d'octobre,  les  représentations  de  l'Opéra  de  la  Cour  alterneront 
avec  -celles  de  la  troupe  italienne,  dont  le  personnel  est  composé  ainsi 
qu'il  suit  :  Mines  Lorini,  Mariani,  Ineli,  Trebelli  ;  MM.  Galvani,  Malagola, 
Tartini,  Mauro,  Tasti,  Ciampi,  Fioravanti  ;  chef  d'orchestre".  M.  Orsini  : 
les  chœurs  seront  chantés  en  allemand.  La  Société  italienne  du  théâtre 
Victoria  ouvrira  le  15  octobre. 

***  Vienne.  —  Comme  nous  l'avons  déjà  annoncé,  l'administration  de 
l'Opéra  de  la  cour  devient  une  entreprise  particulière:  le  bail  est  de 
cinq  ans  ;  la  caution-  à  fournir  se  monte  à  24,000  florins  ;  la  subvention 
accordée  par  le  gouvernement  à  180,r'00  florins.  Dans  le  cas  où  l'on 
construirait  une  nouvelle  salle,  l'administration  en  sera  informée  une 
année  d'avance,  et  le  bail  sera  considéré  comme  résilié.  L'ancien  di- 
recteur de  ce  théâtre,  M.  Eckert,  a  quitté  Vienne.  —  Alfred  Jaell  se 
trouve  en  ce  moment  parmi  nous. 

t%  L'ipzig.  —  Les  concerts  du  Gewandhaus  vont  commencer  sous 
peu;  ils  seront  dirigés,  comme  nous  l'avons  annoncé  précédemment, 
par  le  maître  de  chapelle,  Charles  Reineke.  Parmi  les  talents  nou- 
veaux qui  se  produiront  dans  ces  solennités,  on  cite  Mlle  Scharnke, 
cantatricede  Berlin. —On  annonce  les  prochains  débuts  de  Mlle  Grinzweil, 
de  Pesth,  dans  le  rôle  de  Fidès,  du  Prophète. 

»%  Francfort.  —  Si  nos  informations  sont  exactes,  Vieuxtemps  aurait 
l'intention  de  renoncer  aux  pérégrinations  artistiques  et  de  se  fixer  dé- 
sormais à  Francfort.  Ce  qui  confirme  cette  nouvelle,  c'est  que  le  célèbre 
violoniste  vient  d'acheter  une  maison  dans  cette  dernière  ville. 

***  Naples.  —  Un  ordre  du  dictateur  va  rouvrir  les  théâtres  ;  on  a 
engagé  la  célèbre  cantatrice,  Mme  Bina-Steffenone,  et  pour  deux  mois  le 
premier  baryton  Guicciardi. 

***  New-York.  —  La  magnifique  salle  de  l'Académie  de  musique, 
toujours  plus  belle  et  plus  imposante,  s'est  rouverte  le  3  septembre. 
Divers  embellissements  faits  dans  l'intérieur  ont  rendu  ce  splendide  édi- 
fice le  plus  élégant  théâtre  de  l'Amérique.  On  doit  de  grands  éloges  aux 
efforts,  couronnés  de  succès,  qu'ont  faits  MM.  Ullman  et  Strakosh  pour 
composer  leur  troupe  des  éléments  les  plus  goûtés  en  Amérique.  Adé- 
laïde Cortesi,  Adelina  Patti  remplacent  Mme  Colson  et  Fabbri  ;  Brignoli 
et  Muriani  succèdent  à  Stigelli  et  Errani,  et  enfin  Ferri,  Amodio,  Susini 
et  Mme  Strakosh  (contralto)  complètent  cette  remarquable  réunion  que 
nous  envieraient  plusieurs  des  principaux  théâtres  de  l'Europe.  La  saison 
a  commencé  par  la  Sonnambula. 


S.   DUTOUR. 


ifiM'ill 


<S< 


MAISON    H.    HERZ    pianos,  is,  me  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonneinent  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n"  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  a  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  4U  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  ■ 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 
EtSiiiora  nouvelle 

DE    LA 

GRANDE  PARTITION  D'ORCHESTRE 

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GUILLAUME  TELL 

De  ROSSINI 
EN    PETIT    FORMAT 

Deux  volumes  grand  in-16, 
Prix   «et  :  GO  fr. 

(Edition  italienne  de  Guidi,  à  Florence.) 


ÇÛÏÏFÏ  VTÙ     facteur    do   pianos.    —  Médaille 
OU&JIliIlll/     d'or,  Exposition  1849;  Médaille 


de  \"  classe  Exposition   universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  sou.  —  Magasin, 
rue  Montmartre,  1U1. 


(•BILPSIOH).     —   Neuf 
brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement. 

Instruments  ^îaxomnitfoïBâiaues.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sas,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut  être 
ésolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons'.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
gai  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système,  liue  d'Abbcville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayctte,  à  Paris. 


348 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  E.  GÉRARD  et  Cie  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,  18,  à  Paris. 


vasAvai  ins&i&ft  si  %'mjm&,~mwmï$w.< 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT  : 


LE  DOCTEUR  MIROBOLAN 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  CORMON  et  TRIANON,  musique  de 


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LES  ROSIÈRES 


E  HT    V  E  HT  X  E 

Opéra-comique  eh  trois  actes,  paroles  de  TIIÉAULON, 
Musique  de 


F.  HEROLD 


Partition  3n-8°,  piano  et  «liant,  disposée  pour  la  conduite  de  l'orchestre,  prix  net  t  1S  fr. 
Parties  d'orchestre,  prix  marijué  :  *ifl>0  fr. 

MORCEAUX  DÉTACHÉS  AVEC  ACCOMPAGNEMENT  DE  PIANO,  PAR  LÉO  DELIBES.  —  OUVERTURE  POUR  PIANO,  PRIX:  6  FR.;  POUR  ORCHESTRE,  PRIX  :   15  FR. 
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X&Iusard.        —  Quadrille  pour  piano, 


id. 


id. 


k  50 


Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de 
PAUL  DE  KOCK,  musique  de 


y 


J 


Partition  piano  et  chant*  arrangée  par  jL.  SOUMIS,  prix,  net  x  £  fr. 


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UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1651. 

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Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


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r Académie  impériale  de  l'arls. 

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Exposition  nationale  française  de  1840. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  0  HONNEOR 
Exposition  de  1849. 


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£"  aiiéflallle 

Exposition  nationale  bchje  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE     DE    CHÊNE 

de  Hollande  (1S45). 


1"  médaille-  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  lts/i4. 
-o-3><&«- 


Orumle  iiiédulllc  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1840). 


Faclcur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 

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(«:n*tncil  JSfiltil)  à  l'Imposition  universelle  île    Londres  (1*51). 

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invention  brevetée  en  185».  ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une  ou  plusieurs  Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
clefs;  invention  brevetée  en  insu.  :      Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 

Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  IS5'î.     !      baies,  etc.,  etc. 


•  m  un    CENTO 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


I\°  41 


7  Octobre  1860. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  a  ITJrnnger ,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  oui 
tfureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

24  h.  par  QO 


AZETTE 


mm  pjLmis. 


~^aa/vvpj\a/vw^ — 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  Italien:  réouverture,  la,  Sonnambula.  —  Un 
opéra  de  Vivier.  —  Biographie  universelle  des  musiciens,  par  Fétis  père.  — 
Correspondance  :"  Besançon,  par  Em.  Mathieu  de  Monter.  —  Bévue  des 
théâtres,  par  D.  A.  D.  Saint-Yves.   —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE*  IMPÉRIAL  ITALIEN 

itéouverture.    —  La  JSonnam&tëla. 

Que  le  débat  soit  simple'....  Il  était  difficile  de  mieux  observer 
ce  précepte  que  ne  l'a  fait  cette  année  le  théâtre  Italien  en  choisis- 
sant pour  sa  rentrée  la  touchante  pastorale  sortie  du  cœur  de  Bellini. 
Quelle  partition  pauvre  et  incomplète,  si  on  la  compare  aux  ouvrages 
qui,  en  1831,  lorsqu'elle  apparut,  tenaient  l'Europe  entière  sous  le 
charme!  Quelle  économie  après  tant  de  luxe!  Quelle  frugalité,  après 
une  telle  profusion  de  richesses  mélodiques  et  instrumentales  !  Ce- 
pendant la  modeste  Sonnambula  n'en  fit  pas  moins  une  sensation 
profonde  :  elle  enchanta  le  public  à  peu  près  comme  la  Cendrillon 
du  conte  subjugue  le  fils  du  roi.  Elle  plut  par  sa  beauté  même,  et 
aussi  par  l'effet  du  contraste;  mais  ce  qui  prolongea  son  succès  et  ce 
qui  l'assure  pour  longtemps  encore,  c'est  la  vérité  du  sentimeut  ten- 
dre et  doux,  de  l'émotion  quelquefois  passionnée  qui  respire  dans 
plusieurs  de  ses  pages.  Pour  ces  pages,  on  oublie  tout  le  reste,  et  on 
dispense  l'auteur  de  ce  qui  lui  a  manqué  en  esprit  brillant,  en  verve 
chaleureuse  et  surtout  en  savoir-faire. 

Un  chanteur  et  une  cantatrice  suffisent  a  l'exécution  de  la  Sonnam- 
bula. Bellini  l'avait  composée  pour  Rubini  et  pour  Mme  Pasta. 
Rubini,  nous  l'avons  entendu  pendant  de  longues  années  dans  ce  rôle 
d'Elvino,  dont  il  rendait  l'amour  et  le  désespoir  avec  un  accent  si  pa- 
thétique. Dans  le  finale  du  premier  acte,  et  dans  l'air:  Ah!  perché 
non  posso  odiurti,  sa  voix  et  sa  physionomie  émouvaient  jusqu'aux 
larmes.  C'est  là  un  de  ces  rôles  dont  il  a  emporté  le  secret  avec  lui, 
comme  Talma  celui  de  Manlius,  comme  Mlle  Mars  celui  de  Silvia  et  de 
Valérie,  comme  Garcia  celui  de  don  Juan.  Parmi  les  artistes  qui  se 
sont  partagé  son  héritage,  Mario  et  Gardoni  méritent  d'être  distin- 
gués: l'un  avait  plus  de  voix,  l'autre  a  plus  d'âme;  il  chante  et  joue 
comme  le  compositeur  a  écrit,  avec  une  émotion  sincère  ;  aussi  l'a- 
t-on  souvent  applaudi  et  rappelé  mardi  et  jours  suivants,  en  témoi- 
gnage du  plaisir  de  bon  aloi  qu'il  procurait  à  l'auditoire. 

C'est  dans  le  rôle  d'Amina  que  Mlle  Marie  Battu  s'est  montrée  pour 


la  première  fois  au  théâtre,  et  nous  a  révélé  son  rare  talent  de 
cantatrice.  Elle  vient  de  le  reprendre,  ce  rôle  qu'elle  doit  aimer  à 
plus  d'un  titre,  avec  plus  de  crainte  peut-être  que  le  jour  de  son 
début.  Cela  ne  nous  étonne  pas  :  le  danger  dont  on  a  triomphé  n'en 
reste  pas  moins  le  danger  ;  il  n'en  est  que  plus  effrayant,  lorsqu'on 
le  revoit  face  à  face,  et  qu'il  y  a  nécessité  de  le  braver  encore. 
Cette  appréhension  Loute  naturelle  dominait  Mlle  Battu  pendant  son 
air  du  premier  acte,  et  jetait  une  sorte  de  voile  sur  les  notes  qu 
s'échappaient  de  sa  bouche  en  tremblant  un  peu.  Cette  agitation 
passagère  n'avait  rien  que  de  conforme  à  l'esprit  du  rôle.  Peu  à 
peu  la  jeune  artiste  est  redevenue  maîtresse  d'elle-même:  elle  a  dit 
sa  partie  du  finale  avec  la  force  d'expression  qu'exige  cet  admi- 
rable morceau.  Dans  la  dernière  scène  de  somnambulisme,  elle  a  dé- 
taillé, nuancé  avec  un  art  infini  le  drame  qui  se  joue  dans  sa  pen- 
sée, et  dont  les  péripéties  se  succèdent  jusqu'à  l'instant  du  réveil. 
Une  expérience  de  dix  années  n'enseignerait  pas  à  composer  plus 
savamment  cette  scène  difficile ,  pendant  laquelle  Mlle  Battu  com- 
mande si  bien  l'attention  et  le  silence  qu'on  entendrait  les  battements 
d'ailes  d'un  papillon. 

Nous  voudrions  qu'Angelini,  chargé  du  troisième  rôle  de  l'opéra, 
rôle  si  inférieur  aux  deux  autres,  tâchât  de  l'élever,  comme  faisaient 
•ses  devanciers,  au  lieu  de  l'abaisser  encore.  Ce  n'est  pas  que  le  rôle 
soit  trop  fort  pour  lui  ;  c'est  plutôt  sa  voix  qui  est  trop  forte  pour  le 
rôle.  Au  lieu  d'adoucir  sa  prononciation,  il  l'exagère  et  la  saccade, 
en  sorte  que  les  paroles  dansent  et  se  heurtent  l'une  contre  l'autre, 
comme  des  œufs  dans  un  panier.  Nous  voudrions  aussi  que  sa  tenue 
militaire  fût  celle  d'un  officier  et  non  d'un  simple  soldat.  Enfin,  si  ce 
n'est  trop  d'exigence,  nous  le  prierions  d'avoir  l'air  de  ne  pas  assister 
avec  une  parfaite  indifférence  à  l'événement  dont  le*  hasard  veut 
qu'il  soit  l'un  des  agents  et  des  témoins. 

Une  dame  ou  demoiselle  du  nom  de  Vestri  débutait  dans  le  rôle  de 
la  bella  albergatrice.  La  qualité  de  ia  voix  n'a  que  médiocrement 
flatté  notre  oreille.  Les  chœurs  aussi  n'ont  pas  toujours  fait  preuve 
d'une  entente  sympathique  ;  il  faut  leur  laisser  le  temps  de  se  re- 
mettre et  de  s'accoutumer  au  diapason  normal,  lequel  d'ici  à  quelque 
temps  endossera  la  responsabilité  d'un  bon  nombre  d'infractions  aux 
jois  de  l'harmonie. 

P.  S. 


350 


REVUE  ET  GAZE- 


MUSICALE 


UN  0PÉR4  DE  VIVIER. 

Où  donc  est  le  critique  blond  que  la  plupart  de  nos  confrères  ho- 
norent de  leur  confiance  chaque  fois  qu'ils  ne  peuvent  honorer  de 
leur  présence  une  représentation  ou  un  concert?  A  défaut  du  blond, 
nous  en  avons  consulté  beaucoup  de  noirs,  de  châtains  et  de  {/ris, 
car  nous  tenions  singulièrement  h  nous  former  une  opinion  sur  l'opéra 
qui  vient  d'être  donné  à  Bade  et  dont  la  musique  est  de  Vivier. 
Vivier  ne  fait  rien  comme  un  autre;  aussi  n'avons-nous  pas  éprouvé 
la  moindre  surprise  en  apprenant  sur  quelle  espèce  de  canevas  sa 
muse  avait  travaillé  :  la  Comète  de  Charles-Quint  !  Avez-vous  jamais 
ouï  parler  d'un  jeune  homme ,  d'un  rêveur  éperdument  amou- 
reux d'une  comète,  et  finissant  par  épouser  une  jeune  fille  sans 
savoir  précisément  si  sa  bien-aimée  appartient  au  ciel  ou  à  la 
terre,  si  c'est  une  fille  d'Eve  ou  un  astre  chevelu?  Les  critiques  noirs 
affirmaient  que  la  chose  était  impossible,  les  châtains  répondaient  qu'un 
étudiant  d'Heidelberg  est  capable  de  tout,  et  les  gris  ne  savaient  trop  que 
penser  ni  que  dire.  Sur  la  musique  de  Vivier  les  avis  se  rapprochaient 
beaucoup  plus  ;  on  la  trouvait  généralement  et  presque  unanimement  ori- 
ginale, inattendue,  digne  enfin  de  l'artiste  qui  avait  déjà  révélé  sa  faculté 
créatrice  par  un  grand  nombre  de  fraîches  et  charmantes  productions 
instrumentales  et  vocales.  Nous  vous  dirions  bien  qu'il  y  a  dans 
l'œuvre  nouvelle  un  air  chanté  par  Mlle  Marimon,  un  autre  air  chanté 
par  Crosti,  un  petit  duo  entre  Bussine  et  Sainte-Foy,  et  un  quatuor 
final  qui  a  particulièrement  enlevé  les  suffrages  ;  nous  pourrions 
même  ajouter  que  l'ouverture  sort  évidemment  d'une  main  habile  à 
profiter  des  ressources  que  fournissent  au  compositeur  les  instruments 
de  cuivre  et  de  bois  ;  mais  tout  cela  ne  vous  étonnerait  guère  et  vous 
instruirait  encore  moins.  Donc  bornons-nous  à  la  simple  formule,  plus 
significative  souvent  que  de  longs  articles  et  des  dissertations  de  même 
taille  :  «  Les  auteurs  de  la  Comète  de  Charles-Quint,  sont  pour  les 
»  paroles,  MM.  Méry  et  Cormon.  La  musique  est  le  premier  ouvrage 
»  de  M.  Vivier.  »  Maintenant  quel  est  l'astronome  en  état  de  nous 
tracer  l'itinéraire  que  suivra  cette  mélodieuse  comète  dans  le  firma- 
ment théâtral  ? 

R. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

Par  F.  =  J.   Fétis. 
(Deuxième  édition,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié.) 

BOCQUILLON-WSLHEM    (GU1LLAUW1E-LOUÎS). 

Bocquillon-Wilhem,  fils  de  François  Bocquillon,  commandant  de  la 
citadelle  de  Perpignan,  naquit  à  Paris,  le  18  décembre  1781.  À  l'âge 
de  dix  ans  il  suivit  son  père  à  l'armée  du  Nord,  et  dans  l'invasion 
de  la  Hollande,  en  1793.  Enrégimenté,  quoiqu'il  un  âge  si  tendre,  et 
supportant  avec  courage  la  fatigue  et  les  privations,  il  continua  de 
suivre  la  carrière  militaire  jusqu'au  mois  de  juillet  1795,  époque  où 
il  entra  à  l'école  de  Liancourt,  fondée  par  le  duc  de  la  Rochefoucauld. 
Il  y  étudia  la  grammaire,  les  mathématiques  et  la  musique.  Cet  art 
devint  bientôt  en  lui  l'objet  d'un  goût  passionné  ;  les  progrès  qu'il  y 
fit  lui  ouvrirent  les  portes  du  Conservatoire  de  Paris,  où  il  entra  le 
19  février  1801.  11  en  suivait  les  cours  avec  succès  depuis  près  de 
deux  ans  lorsqu'il  fut  appelé  à  l'école  militaire  de  Saint-Cyr,  près  de 
Versailles,  en  qualité  de  répétiteur  de  mathématiques,  puis  de  pro- 
fesseur de  musique.  Après  cinq  années  passées  dans  cette  situation, 
il  sentit  de  jour  en  jour  un  désir  plus  vif  de  se  livrer  en  liberté,  à 
Paris,    ù  la   culture   de  la  musique  et  de  la  composition;  mais  les 


moyens  d'existence  lui  manquaient  pour  réaliser  ses  projets  ;  enfin, 
M.  Jomard,  qui  plus  tard  fut  membre  de  l'Institut  de  France,  lui  pro- 
cura, en  1800,  un  emploi  dépendant  du  ministère  de  l'intérieur,  dans 
les  bureaux  formés  pour  la  publication  de  la  grande  Description  de 
l'Egypte  aux  frais  de  l'État.  Ce  fut  dans  cette  place  que  Bocquillon- 
Wilhem  eut  occasion  de  se  lier  d'unj  amitié  intime  avec  l'illustre 
poète  Béranger,  dont  il  mit  les  premières  chansons  en  musique.  Quel- 
ques-unes de  ces  pièces,  entre  autres  la  Vivandière  et  la  Bonne 
Vieille,  eurent  alors  un  succès  de  vogue.  C'est  aussi  dans  le  même 
temps  qu'il  commença  à  se  livrer  à  l'enseignement.  En  1810,  il  eut 
le  titre  de  professeur  de  musique  du  lycée  Napoléon,  devenu  plus 
tard  le  collège  Henri  IV,  et  il  conserva  cette  place  jusqu'à  la  fin  de 
ses  jours. 

L'introduction  de  l'enseignement  mutuel  en  France  dans  les  écoles 
populaires  vint  préoccuper,  en  1815,  Bocquillon-Wilhem  de  l'idée  que 
ce  mode  d'enseignement  pouvait  être  appliqué  à  la  musique.  Ses  pre- 
miers essais  furent  faits  dans  des  écoles  particulières  fondées  par  lui 
et  dans  des  pensionnats  de  jeunes  gens  des  deux  sexes.  Ses  succès 
dans  sa  nouvelle  carrière  fixèrent  bientôt  l'attention  du  conseil  d'ins- 
truction primaire  du  département  de  la  Seine  ;  une  proposition  lui 
fut  faite,  le  23  juin  1819,  par  le  baron  de  Gérando,  pour  que  l'étude 
de  la  musique  fût  introduite  dans  l'enseignement  primaire  à  Paris,  et 
Bocquillon-Wilhem  fut  désigné  pour  en  organiser  le  système.  L'école 
de  Saint-Jean  de  Beauvais,  où  plus  de  trois  cents  enfants  étaient  réu- 
nis, devint  alors  le  centre  de  son  enseignement.  Incessamment  occupé 
du  soin  d'en  perfectionner  les  détails,  il  porta  dans  sa  mission  un 
zèle  égal  à  son  intelligence  et  à  sa  patience  dans  la  recherche  des 
procédés  les  plus  utiles,  nonobstant  les  difficultés  qu'il  rencontrait  à 
chaque  pas.  Il  comprit  que  la  division  des  éléments  d'espèces  diffé- 
rentes devait  être  son  point  de  départ  :  de  proche  en  proche  ces  divi- 
sions se  multiplièrent  dans  sa  méthode.  Les  beaux  résultats  qu'il  ob- 
tenait à  l'école  modèle  de  la  ville  le  firent  choisir,  au  commencement 
de  1820,  pour  enseigner  le  chant  aux  élèves  de  l'École  polytech- 
nique. La  confiance  qu'il  inspirait  à  juste  titre  à  l'autorité  le  fit  charger 
à  cette  époque  de  l'organisation  et  de  la  direction  d'une  école  normale 
de  musique  par  le  ministre  de  l'intérieur.  Chaque  année  accrut  le 
nombre  des  écoles  élémentaires  placées  sous  sa  direction  :  en  1830, 
ces  écoles  étaient  déjà  au  nombre  de  dix  à  Paris,  et  des  dispositions 
étaient  faites  pour  en  organiser  douze  autres.  La  Société  pour  l'en- 
seignement élémentaire  récompensa  les  travaux  et  le  zèle  du  profes- 
seur par  une  grande  médaille  d'or  qu'elle  fit  frapper  en  son  honneur. 

Dès  1821  Bocquillon-Wilhem  avait  publié  l'exposé  de  sa  méthode, 
avec  des  tableaux  d'exercices  pour  les  élèves.  Les  éditions  multipliées 
de  ces  ouvrages  prouvent  le  succès  qu'ils  ont  obtenu.  Mais  une  idée 
heureuse  de  cet  homme  distingué  vint  donner  un  nouvel  éclat  à  sa 
renommée  lorsqu'il  imagina  des  réunions  périodiques  des  élèves  de 
toutes  les  écoles  en  un  seul  chœur,  qu'il  désigna  sous  le  nom  d'Orphéon. 
Le  premier  essai  de  cette  institution  fut  fait  au  mois  d'octobre  1833; 
les  prodiges  d'ensemble  et  de  fini  dans  l'exécution  par  un  si  grand 
nombre  de  chanteurs  excitèrent  le  plus  vif  enthousiasme  parmi  les 
artistes  et  les  amateurs.  Des  écoles  d'adulles  furent  également  insti- 
tuées, pour  fournir  à  l'ensemble  la  réunion  de  tous  les  genres  de 
voix,  et  les  progrès  des  ouvriers  rassemblés  dans  des  écoles  furent  si 
rapides  qu'on  les  vit,  en  moins  de  deux  ans,  lire  toute  espèce  de 
musique  à  première  vue  et  l'exécuter  avec  autant  d'intelligence  que 
de  sentiment.  Tant  de  persévérance  dans  la  création  d'une  grande 
amélioration  sociale,  tant  d'idées  ingénieuses  mises  en  pratique  pour 
la  réaliser  et  tant  de  zèle  dans  l'exercice  de  fonctions  pénibles, 
trouvèrent  leur  récompense  dans  la  nomination  de  Bocquillon  à  la 
place  de  directeur  général  de  l'enseignement  dans  toutes  les  écoles 
primaires  de  Paris,  avec  un  traitement  annuel  de  6,000  francs  (le 
6  mars  1835),  et  dans  sa  promotion  à  la  dignité  de  chevalier  de  la 
Légion   d'honneur  (30   avril  suivant).   En  1839,  il  fut  désigné  par  le 


DE  PARiS. 


351 


gouvernement  pour  l'inspection  de  l'enseignement  universitaire  du 
chant,  et  dans  l'année  suivante  on  lui  confia  les  mêmes  fonctions  près 
l'École  normale  de  Versailles.  De  jour  en  jour  l'emploi  de  ses 
procédés  d'enseignement  devenait  plus  général  ;  ils  avaient  été  in- 
troduits dans  les  écoles  de  la  doctrine  chrétienne  en  1840  et  1841  ; 
des  Anglais,  qui  étaient  venus  à  Paris  pour  étudier  sa  méthode,  la 
naturalisèrent  dans  de  grands  établissements  à  Liverpool  et  à  Londres. 
Usé  de  bonne  heure  par  la  fatigue  et  le  travail,  Bocquillon-Wilhem 
sentit  ses  forces  diminuer  vers  la  fin  de  1841.  Au  mois  d'avril  1842 
une  fluxion  de  poitrine  vint  le  surprendre  dans  cet  état  de  dépéris- 
sement, et  le  26  du  même  mois  il  cessa  de  vivre,  à  l'âge  de  soixante 
ans  et  quelques  mois.  Le  nombre  des  élèves  instruits  par  la  méthode 
de  cet  homme  distingué  qui  se  trouvaient  dans  les  écoles  de  Paris  au 
moment  de  sa  mort  était  d'environ  douze  mille,  et  celui  des  adultes, 
presque  tous  ouvriers,  s'élevait  à  quinze  cents.  C'est  parmi  les  plus 
habiles  de  ses  élèves  qu'il  choisissait  les  chanteurs  des  séances  de 
l'Orphéon,  où  il  les  réunissait  quelquefois  jusqu'au  nombre  de  douze 
ou  quinze  cents  ;  l'exécution  atteignait  le  dernier  degré  de  perfection 
dans  ces  concerts  du  peuple.  Honneur  à  l'homme  de  bien  dont  la 
vie  entière  a  été  consacrée  aux  travaux  qui  ont  produit  de  tels  ré- 
sultats ! 

Voici  la  liste  des  ouvrages  de  Bocquillon-Wilhem  et  de  leurs  diver- 
ses éditions.  I.  Compositions:  1° Romances,  paroles  de  Parny  (Dina; 
Balla;  le  Plaisir  des  rois;  AngéVne);  Paris,  Le  Duc.  —  2°  Idem, 
paroles  de  Béranger  {Marie  Stuart  ;  Adieu  de  Charles  VII;  Brennus; 
la  Vivandière  ;  la  Bonne  vieille  ;  Beaucoup  d'amour;  Si  fêlais  petit 
Oiseau;  Parny  n'est  plus);  ibid.  —  3°  Idem,  paroles  de  B.  Antier 
(l'Adieu  de  ma  bien-aimée  ;  Amour;  Silence;  le  Retour  de  Barcelone); 
ibid.  —  4°  Choix  de  mélodies  des  psaumes  rhylhmées  et  disposées  à 
trois  parties  pour  voix  égales  ou  inégales;  Paris,  1836,  in-12  de 
48  pages.  —  5°  Nouveau  choix  de  mélodies  des  psaumes,  rhylhmées 
et  disposées  à  trois  parties,  pour  le  consistoire  de  l'Eglise  réformée  de 
Paris;  Paris,  1836,  in-12  de  168  pages.  Une  quatrième  édition  de 
ces  chants,  contenant  tous  les  psaumes  à  3  voix,  a  paru  à  Paris,  chez 
Rizler,  en  1838,  1  vol.  in-12  de  500  pages. —  6°  les  Psaumes  de  Da- 
vid à  voix  seule,  suivis  de  cantiques  sacrés  ;  Paris,  1839.  —  7°  Or- 
phéon, Répertoire  de  musique  vocale  en  chœur  sans  accompagnement 
d'instruments,  à  l'usage  des  jeunes  élèves  et  des  adultes,  composé  de 
pièces  inédites  et  de  morceaux  choisis  dans  les  meilleurs  auteurs  ; 
Paris,  Perrotin  et  Hachette,  1837-1840,  5  vol.  in-8°.  La  dernière  édi- 
tion de  V 'Orphéon,  publiée  à  Paris  en  1837,  chez  les  mêmes,  forme 
dix  volumes.  —  IL  Ouvrages  élémentaires  :  8"  Guide  de  la  méthode 
élémentaire  et  analytique  de  musique  et  de  chant,  divisé  en  deux 
parties,  etc.;  Paris,  1821-1824,  1  vol.  in-8"  de  284  pages.  Cet  ou- 
vrage est  divisé  en  plusieurs  cours  gradués  ;  la  première  partie  ren- 
ferme le  texte  ;  la  deuxième  les  exercices  de  musique.  On  trouve  des 
exemplaires  de  cette  première  édition  avec  le  titre  suivant  :  Méthode 
élémentaire  analytique  de  musique  et  de  chant  conforme  aux  principes 
et  aux  procédés  de  l'enseignement  mutuel,  adoptée  par  la  Société 
d'instruction  élémentaire.  Les  tableaux  in-folio  qui  accompagnent  cette 
première  édition  sont  au  nombre  d'environ  160.  La  deuxième  édition 
du  guide  parut  en  1827,  à  Paris,  1  vol.  in-8°,  avec  des  tableaux  d'exer- 
cices in-folio.  On  trouve  des  exemplaires  de  la  même  édition  avec  la 
date  de  1832.  Le  frontispice  des  tableaux  a  été  aussi  changé.  La  troi- 
sième édition  a  pour  titre  :  Méthode,  ou  instructions  sur  l'emploi  si- 
multané des  tableaux  de  lecture  musicale  et  de  chant  élémentaire  ; 
Paris,  L.  Hachette,  1835,  in-8°  de  74  pages,  avec  deux  suites  de  ta- 
bleaux in-folio,  la  première,  pour  le  premier  cours,  en  50  feuilles,  et 
la  deuxième,  pour  le  second  cours,  en  25  feuilles.  Enfin,  une  qua- 
trième édition  a  paru  sous  le  titre  de  Guide  complet  de  la  méthode 
B.-Vilhem,  ou  instructions,  etc.  ;  Paris,  L.  Hachette,  1839,  1  vol. 
in-8",  réuni  aux  tableaux  de  l'édition  de  1835.  La  sixième  édition  du 
Guide  complet  aélé  publiée  en  1845,  chez  Perrotin  et  Hachette,  1  vol. 


in-8°  de  156  pages.  —  9°  Tableaux  de  lecture  musicale  et  d'exécution 
vocale,  conformes  aux  principes  et  aux  procédés  de  l'enseignement 
simidtané,  etc.;  Paris,  1827-1832,  in-folio  composé  de  74  tableaux 
en  137  feuilles.  —  10°  Nouveaux  tableaux  de  lecture  musicale  et  de 
chant  élémentaire,  ou  méthode  graduée  en  deux  cours,  etc.;  Paris, 
Hachette,  1835,  in-folio.  On  trouve  des  exemplaires  de  cette  édition 
avec  un  nouveau  frontispice  daté  de  1838,  et  avec  l'indication  de  la 
quatrième  édition.  —  11°  Manuel  musical  à  l'usage  des  collèges,  des 
institutions,  des  écoles  et  des  cours  de  chant,  comprenant,  pour  tous 
les  modes  (L'enseignement,  le  texte  et  la  musique  en  partition  des  ta- 
bleaux de  la  méthode  de  lecture  musicale  et  de  chant  élémentaire,  pre- 
mier et  deuxième  cours;  Paris,  Perrotin  et  Hachette,  1836,  2  vol.  in- 
8°.  Une  deuxième  édition  a  paru  chez  les  mêmes  libraires  en  1839, 
une  troisième  en  1840;  la  cinquième  est  de  1845,  la  sixième  de  1847, 
et  la  septième  de  1849.  A  l'époque  où  parut  cette  dernière  édition, 
quarante-trois  mille  exemplaires  de  l'ouvrage  avaient  été  vendus. 
Bocquillon-Wilhem  a  publié,  dans  le  Dictionnaire  des  découvertes,  une 
notice  sur  les  travaux  de  Perne,  et  une  Notice  nécrologique  sur 
M.  J.-B.  Morel  (voy.  ce  nom);  Paris,  sans  date,  in-8°. 

M.  Jomard,  un  des  présidents  honoraires  de  la  Société  pour  l'ensei- 
gnement élémentaire,  a  publié  un  Discours  sur  la  vie  et  sur  les  tra- 
vaux de  G.-L.  B.-WUhem,  prononcé  à  l'assemblée  générale  de  la 
Société  pour  l'instruction  élémentaire,  le  5  juin  1842,  avec  un  appen- 
dice, un  chant  funèbre  à  deux  chœurs,  musique  de  31.  J.  Hubert, 
un  portrait  de  B.-WUhem,  un  fac-similé  de  son  écriture,  et  une  note 
historique  sur  l' introduction  du  chant  dans  les  écoles  de  France  ; 
Paris,  Perrotin  et  Hachette,  1842,  in-8°  de  126  pages.  On  a  aussi  sur 
l'inventeur  de  la  mélhode  d'enseignement  mutuel  et  simultané  de  la 
musique  :  Notice  historique  sur  la  vie  et  sur  les  ouvrages  de  Guil- 
laume-Louis Bocquillon-Wilhem,  par  Mme  Eugénie  Niboyet  ;  Paris, 
1843,  in-12.  —  Notice  sur  Guillaume-Louis  Bocquillon-Wilhem ,  par 
J.  Adrien  de  la  Fage.  Paris,  1844,  in-8°. 


CORRESPONDANCE. 

Besançon,  1er  octobre  1860. 

Le  concours  d'orphéons,  ouvert  dimanche  dernier  par  la  ville  de 
Besançon,  a  clos  pour  cette  année  la  série  des  manifestations  artistiques 
du  chaut  choral  populaire.  M.  Eugène  Delaporte  dirigeait  cette  solen- 
nité musicale  dont  la  commission  de  l'exposition  industrielle  avait  pris 
l'initiative.  L'institution  orphéonique  en  effet  a  pris  rang  aujourd'hui 
parmi  les  besoins  intellectuels  de  la  société,  et  ses  fêtes  figurent  au 
programme  de  toutes  les  œuvres  véritablement  nationales.  Le  concours 
de  Besançon  a  prouvé  une  fois  de  plus  le  zèle  que  les  Sociétés  chorales 
apportent  à  leurs  études  et  l'empressement  avec  lequel  elles  aiment  à 
en  soumettre  les  résultats  à.  l'appréciation  des  artistes  éminents  qui  di- 
rigent et  encouragent  leurs  travaux.  Il  est  regrettable  que  les  adminis- 
trations de  chemins  de  fer  ne  s'associent  plus,  comme  autrefois,  par 
l'abaissement  du  tarif  de  leurs  transports  à  ces  fêtes,  qui  attirent  tou- 
jours une  grande  affluence  de  population  et  créent  d'utiles  relations 
entre  les  villes  d'une  même  contrée. 

Néanmoins  le  nombre  des  Sociétés  concurrentes  était  assez  considé- 
rable. Montereau,  Nuits,  Ornans,  Genlis,  Fouvent-le-IIaut,  Saint-Jean-de- 
Losne,  Montmorency,  Baume-les-Dames,  Vesoul,  Belfort,  Gray,  Dole,  Di- 
jon, Salins, Chalon-sur-Saône,  Plombières, Pontarlier,  Beaune,  Arbois,  etc., 
avaient  envoyé  leurs  orphéons.  On  comptait  les  bannières  des  fanfares 
de  Berne  (Doubs),  de  Vuillafans,  de  Pierre-en-Bresse,  Longecourt,  Tré- 
court,  Autricourt,  l'Isle-sur-le-Doubs,  Champaguole,  Genlis,  Dole,  Mont- 
béliard,  etc.  Arbois,  Montereau,  Nuits  étaient  représentés  par  leurs  mu- 
siques. A  onze  heures,  par  un  soleil  radieux,  —  le  fait  mérite  d'être 
signalé,  —  toutes  les  Sociétés  défilaient  sur  la  place  Saint-Pierre  devant 
les  autorités  locales  et  les  membres  du  jury,  et  se  rendaient  en  cortège 
aux  lieux  des  concours . 

Les  épreuves  ont  eu  lieu  au  théâtre,  au  Palais  de  justice  et  à  la  pro- 
menade Urauvelle.  MM.  Delsarte,  E!wart  et  Klosé  présidaient  ces  trois 
jurys  composés  de  MM.  Camille  de  Vos,  Deffès,  Laurent  de  ftillé,  Besozzi, 
de  la  Fage,  Jonas  et  Veny  pour  les  orphéons,  et  de  MM.  Dauverné,  Cok- 
ken,  Dufrêne  et  Couder  pour  les  musiques.  H  résulte  de  l'ensemble  des 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


appréciations  du  jury  que  les  Sociétés  chorales  sont  en  voie  de  progrès 
et  s'acheminent  individuellement  vers  l'interprétation  artistique  de  leur 
répertoire. 

A  cinq  heures  la  distribution  des  récompenses  a  eu  lieu  dans  le  jardin 
de  l'Exposition.  Une  estrade  richement  décorée  réunissait  les  notabilités 
bysontines  et  les  juges  des  concours.  La  foule  avait  envahi  les  rues  en- 
vironnantes et  s'étageait  jusque  sur  les  toits  à  pignons  dentelés  de  la 
ville  de  Charlemagne  et  de  Charles-Quint.  Les  Sociétés  de  Saint-Jean- de- 
Losne,  Genlis,  Ornans,  dont  le  peintre  Courbet  est  membre,  Nuits,  Mont- 
morency, Baume-les-Dames,  Gray,  Besançon,  Arbois,  Chalon,  Beaune, 
Salins  ont  remporté  les  prix  des  différentes  sections  de  la  troisième  divi- 
sion. Les  médailles  d'or  offertes  par  l'Empereur  et  par  les  dames  de  la 
ville  ont  été  décernées  à  l'unanimité,  la  première  à  la  Chorale  de  Dijon,  la 
seconde  aux  Enfants  du  Jura  de  Dole.  Les  musiques  de  Pierre-en-Bresse, 
Berne,  Champagnole,  Genlis,  Saint-Jean-de-Losne,  Dole,  Arbois,  Monte- 
reau  et  des  Enfants  du  Doubs  ont  été  également  couronnées.  Dans  un 
discours  judicieusement  pensé,  M.  Clerc  de  Landresse,  maire  de  Be- 
sançon, a  rappelé  aux  lauréats  les  diverses  phases  et  les  principes  mo- 
ralisateurs de  l'institution  dont  ils  venaient  d'être  les  représentants  ac- 
clamés. 

Un  banquet  a  été  offert  le  soir  dans  le  salon  d'honneur  de  l'Hôtel  de 
ville  par  la  commission  de  l'exposition  aux  membres  du  jury  et  aux  jour- 
nalistes invités.  L'aspect  de  la  salle  était  magnifique.  Plusieurs  toasts  ont 
été  portés  à  l'Empereur,  à  M.  Delaporte,  l'infatigable  propagateur  du 
chant  choral  en  France,  à  la  presse  et  aux  orphéons.  Un  toast  de  M.  Ber- 
tillot,  ancien  maire  de  la  ville,  a  été  chaleureusement  applaudi.  — 
«  Aujourd'hui,  a  dit  l'orateur,  nous  rendons  hommage  au  plus  sédui- 
sant, au  plus  civilisateur  des  beaux-arts  dans  la  personne  de  ses  organes 
et  de  ses  représentants  les  plus  autorisés.  Ils  sont  venus  animer  par  leur 
présence  ces  luttes  de  chant  et  d'harmonie  qui  de  nos  jours,  comme  aux 
beaux  temps  de  la  Grèce  antique,  ravissent  les  populations  et  les  enlèvent 
momentanément  aux  préoccupations  ordinaires  de  la  vie  pour  leur  ouvrir 
les  perspectives  enchantées    que  l'imagination    et   le  sentiment  savent 

créer  à  l'aide  des  sons La  ville  de  Besançon  a  droit,  Messieurs,  à 

toutes  vos  sympathies.  Elle  a  donné  naissance  à  l'un  des  plus  savants  et 
des  plus  habiles  musiciens  du  xvc  siècle,  et  c'est  de  la  tête  et  de  l'âme 
d'un  Franc-Comtois  qu'est  sorti  ce  chant  héroïque  et  passionné  que  re- 
disent en  tous  lieux  les  défenseurs  de  l'indépendance  menacée En 

répandant  dans  toutes  les  classes  l'intelligence  et  l'amour  de  l'art,  les 
Sociétés  chorales  feront  surgir  parmi  nous  des  successeurs  aux  Goudimel 
et  aux  Rouget  de  Lisle.  Honneur  donc  aux  artistes  éminents  qui  encou- 
ragent et  qui  soutiennent  le  zèle  de  ces  utiles  réunions  !...  » 

La  fête  chorale  de  Besançon  s'est  terminée  lundi  par  un  festival  donné 
dans  la  salle  du  théâtre,  l'une  des  plus  heureusement  aménagée  de  nos 
provinces  de  l'Est.  Les  députations  des  Sociétés  couronnées  ont.  exécuté 
avec  un  entrain  remarquable  les  chœurs  applaudis,  il  y  a  quatre  mois, 
au  palais  de  Sydenham,  et  l'excellente  musique  du  53e  régiment  de  li- 
gne a  fort  habilement  détaillé  les  beautés  imposantes  de  la  Marche  aux 
flambeaux,  de  Meyerbeer. 

A  l'heure  où  je  vous  écris,  monsieur  le  directeur,  la  vapeur  emporte 
aux  quatre  coins  de  la  France  les  vainqueurs  et  les  vaincus  de  ces  luttes 
courtoises,  fraternellement  unis  dans  une  pensée  commune  de  concorde 
et  d'émulation.  Les  quatre  mille  étrangers  venus  pour  assister  aux  fêtes 
quittent  la  ville  sous  une.pluie  torrentielle.  Besançon  reprend,  à  l'ombre 
de  ses  remparts,  son  calme  habituel.  Mais  ce  concours  aura  pour  la  pro- 
pagation de  l'art  musical  en  Franche-Comté  des  conséquences  non  moins 
précieuses  que  celles  produites  dans  l'ordre  industriel,  par  l'exposition 
bysontine.  Cette  noble  et  antique  province  appliquera,  nous  n'en  doutons 
pas,  à  la  grande  cause  de  l'orphéon  français,  la  vigueur  de  pensée,  la 
solidité  de  jugement,  la  persistance  et  le  sentiment  qui  caractérisent  les 
travaux  de  ses  habitants  dans  toutes  les  branches  de  l'intelligence  hu- 
maine. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  directeur,  l'expression  de  mes  sentiments 
les  plus  disti  igués. 

Em.  Mathieu  de  MONTER. 

P.-S.  Le  colonel  du  53e  régiment  de  ligne,  en  garnison  â  Besançon, 
vient  de  créer  dans  son  régiment  un  orphéon  composé  de  150  hommes. 
Nous  avons  entendu  cette  société  exécuter  sur  la  plate- forme  de  la  Cita- 
delle un  chœur  dont  l'air  et  les  paro'es  sont  arabes.  On  ne  saurait  ima- 
giner l'effet  produit  par  cette  mélodie  dolente  et  ce  rythme  indécis. 
l'Orient  apparaît  avec  sa  majesté  placide  et  ses  mystiques  rêveries.- Cela 
saisit,  berce  et  transporte.  Ravi  par  cet  orchestre  en  épaulettes  de  laine, 
l'on  songe  malgré  soi  aux  profondeurs  du  désert,  aux  mystérieuses  in- 
cantations de  la  mosquée.  Nous  ne  saurions  trop  féliciter  le  brave  colo- 
nel du  53"  de  substituer  ainsi  l'harmonie  et  l'étude  aux  dangereux  loisirs 
de  la  vie  de  caserne.  H  y  a  là  tout  à  la  fois  une  belle  pensée  et  une 
bonne  action. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Théâtre-Français  :  Reprise  des  Jeunes  gens,  comédie  en  trois  actes, 
de  M.  Léon  Laya.  —  Odéon  :  les  Vertueux  de  province ,  comédie 
en  trois  actes  et  en  vers,  par  M.  Galoppe  d'Onquaire.  —  Vaude- 
ville :  une  Tasse  de  thé,  comédie  en  un  acte,  par  MM.  Nuilter 
et  Derley  ;  reprise  de  Dalila ,  de  M.  Octave  Feuillet.  —  Palais- 
Royal  :  la  Famille  de  l'horloger,  vaudeville  de  MM.  Labiche  et 
R.  Deslandes  ;  Un  gros  mot,  vaudeville  de  MM.  Labiche  et  Dumous- 
tier.  —  Ambigu  :  la  Maison  du  pont  Notre-Dame,  drame  en  cinq 
acles  et  six  tableaux,  par  MM.  Th.  Barrière  et  H.  de  Kock. 

Le  Théâtre-Français  avait  contracté  une  dette  de  reconnaissance 
envers  l'auteur  du  Duc  Job,  dont  le  succès  a  eu,  l'hiver  dernier,  des 
proportions  tout  à  fait  exceptionnelles.  Que  M.  Laya  ait  dû  cette 
bonne  fortune  plus  encore  au  talent  de  son  principal  interprète  qu'au 
mérite  réel  de  son  œuvre,  là  n'est  pas  la  question.  Il  a  fait,  pendant 
plusieurs  mois,  des  recettes  fabuleuses,  il  a  contribué,  pour  sa  large 
part,  à  la  prospérité  actuelle  de  la  Comédie  française,  et,  sous  ce 
rapport,  il  avait  droit  à  une  récompense  honnête.  Rien  n'est  donc 
plus  rationnel  que  la  reprise  des  Jeunes  gens,  pièce  en  trois  actes  du 
même  auteur,  qui,  en  son  temps,  a  été  accueillie  avec  assez  de  fa- 
veur pour  que  cet  acte  de  gratitude  ne  tourne,  pas  au  détriment  de 
ceux  qui  l'accomplissent.  On  retrouve,  du  reste,  avec  plaisir  dans  cet 
ouvrage  la  plupart  des  artistes  que  l'on  a  applaudig  dans  le  Duc  Job, 
et,  en  première  ligne,  l'excellent  Got,  non  moins  remarquable  sous 
les  traits  de  Francisque  que  sous  ceux  du  gentilhomme  soldat,  Jean 
de  Rieux.  Tout  fait  supposer  que  le  Théâtre-Français  n'aura  pas  à  se 
repentir  de  cette  reprise,  et  que  les  Jeunes  gens  de  M.  Laya  tiendront 
honorablement  leur  place  au  répertoire. 

—  L'Odéon  en  est  à  peine  à  la  fin  de  son  premier  mois  de  réou- 
verture, et  voici  la  seconde  pièce  importante  qu'il  fait  défiler  devant 
le  public.  C'est  M.  Galoppe  d'Onquaire,  l'auteur  de  la  Femme  de 
guarante  ans,  qui  est  cette  fois  sur  la  sellette.  Sa  comédie  nouvelle  se 
nomme  les  Vertueux  de  province,  et  repose  sur  un  travers  très-vrai 
et  très-bien  observé.  Qui  de  nous  n'a  pas  connu  de  ces  braves  provin- 
ciaux dont  les  cheveux  se  dressent  au  nom  seul  de  Paris,  la  moderne 
Babel,  qu'ils  regardent  comme  le  réceptacle  de  tous  les  vices,  comme 
le  rendez-vous  des  mauvais  instincts  du  monde  entier.  Ils  n'ont 
pas  de  termes  assez  forts  pour  exprimer  l'horreur  et  le  mépris  que 
leur  inspirent  les  habitants  de  cette  cité  perverse.  Eh  bien  !  soulevez 
un  peu  le  voile  qui  abrite  ces  vertueux,  ces  rigoristes  qui  font  fi  des 
Parisiens  et  qui  voudraient  leur  persuader  que  l'honnêteté,  exilée  de 
la  ville,  s'est  réfugiée  dans  leur  province.  Prenez,  par  exemple, 
M.  Duval,  un  ex-notaire  de  je  ne  sais  quel  petit  endroit,  voyez  sa 
femme,  voyez  sa  fille.  Toule  cette  respectable  famille  se  croit  bien 
sincèrement  à  l'abri  du  qu'en,  dira-l-on,  et  considère  les  erreurs  hu- 
maines du  haut  de  sa  pruderie  immaculée.  Pourtant  M.  Duval  spécule 
naïvement  sur  la  mort  d'un  ami  pour  marier  plus  avantageusement 
Mlle  Duval.  Sa  digne  moitié,  par  un  sentiment  jaloux,  décoche  de 
petites  calomnies  anodines  qui  jettent  le  trouble  dans  le  cœur  d'une 
pauvre  fille  ;  enfin,  Mlle  Duval,  élevée  dans  la  crainte  du  monde  et 
dans  le  respect  de  ses  parenls,  donne  un  sournois  démenti  à  cette 
éducation  d'apparence  irréprochable.  Ces  gens  sans  tache  s'aperçoi- 
vent-ils seulement  de  la  contradiction  flagrante  qui  existe  entre  leurs 
actions  et  leurs  paroles  ?  Non  vraiment,  et  c'est  de  bonne  foi  qu'ils  se 
regardent  comme  bien  supérieurs,  en  vertus  de  toutes  sortes,  à 
messieurs  les  Parisiens.  Cette  thèse,  habilement  présentée  par  M.  Ga  • 
loppe  d'Onquaire,  est  éminemment  favorable  à  des  développements 
satiriques  dont  il  a  su  tirer  un  bon  parti.  Son  vers  est  incisif,  concis, 
souvent  spirituel,  et  le  poëte  n'a  pas  obtenu  moins  de  bravos  que  le 
peintre  de  mœurs. 


DE  P^RIS. 


353 


— Une  petite  comédie  intitulée  Une  Tasse  de  thé,  amusant  imbro 
glio,  a  parfaitement  réussi  ces  jours  derniers  au  Vaudeville.  Il  s'agit 
d'un  pauvre  diable  poursuivi  par  des  créanciers  et  se  réfugiant,  par 
aventure,  dans  un  carrosse  qui  stationne  h  la  porte  d'un  hôtel  du  fau- 
bourg Saint-Germarn.  Ce  carrosse  conduit  notre  homme  dans  une 
maison  fort  mal  gardée,  où  se  passe  une  scène  de  ménage  entre  une 
femme  jalouse  et  un  mari  indifférent.  A  l'aspect  d'un  inconnu  qui 
pénètre  tout  à  coup  dans  son  boudoir,  la  femme  s'inquiète  d'abord, 
puis  reconnaissant  sa  méprise,  le  fait  servira  exciter  la  bile  de  son 
seigneur  et  maître.  Un  louable  rapprochement  résulte  de  cette  leçon 
donnée  à  la  faveur  d'Une  tasse  de  thé  que  les  deux  époux  achèveront 
à  huis  clos,  après  après  avoir  éconduit  leur  importun  témoin. 

Cette  pièce  accompagne  très-agréablement  la  reprise 'de  Dalila,  où 
M.  Ribes  a  fait  avec  assez  de  bonheur  ses  débuts  dans  le  rôle  d'André 
Roswein,  l'une  des  brillantes  créations  de  Lafontaine. 

—  Au  Palais -Royal,  deux  vaudevilles  nouveaux  et  tous  deux  de 
M.  Labiche.  L'un  a  pour  titre  la  Famille  de  l'horloger.  C'est  une 
bouffonnerie  entée  sur  le  suicide  d'une  grosse  et  forte  femme  qui  se 
jette  à  l'eau  par  désespoir  d'amour.  Un  jeune  homme  la  repêche  et 
la  conduit  dans  son  propre  domicile,  où  la  présence  de  cette  femme, 
qui  est  justement  sa  future  belle-mère,  amène  une  foule  de  quipro- 
quo drolatiques  dont  le  dénoùment  s'opère  à  la  satisfaction  générale. 
Il  est  bon  de  remarquer,  pour  la  justification  du  titre,  que  l'inflam- 
mable belle-mère  est  la  femme  d'un  horloger,  et  que  celui-ci  ne  se 
rend  aux  motifs  qu'elle  lui  donne  de  son  séjour  nocturne  chez  son 
sauveur,  qu'en  constatant  que  leurs  montres  à  tous  deux  se  sont  ar 
rétées  au  moment  où  ils  ont  fait  le  plongeon  dans  le  canal  Saint- 
Martin.  S'ils  n'avaient  pas  eu  de  montres  pourtant,  comment  auraient- 
ils  prouvé  leur  innocence?  On  frémit,  rien  que  d'y  penser. 

L'autre  pièce  s'appelle  Un  gros  mot.  Quel  gros  mot  ?  Faut-il  le 
dire  ?  Mme  Gaillardin  a  osé  jeter  à  la  face  de  son  mari  l'épithète  peu 
parlementaire  de  :  cornichon  !  Aussitôt  la  guerre  est  déclarée  ;  on 
convient  d'une  séparation  à  l'amiable  ;  madame  habitera  de  ce  côté, 
monsieur  de  l'autre,  et  l'on  s'évitera  le  plus  possible  en  passant  par 
le  salon  commun.  Monsieur  exige  que  madame  retire  son  gros  mot  ; 
mais  madame  refuse  énergiquement,  et,  comme  pour  narguer  son 
mari,  elle  donne  un  bal  pour  lequel  elle  lui  adresse  une  invitation. 
Gaillardin  répond  à  cette  ironie  en  acceptant  et  en  amenant  avec  lui 
un  ami  qui,  sans  savoir  à  qui  il  a  affaire,  tombe  amoureux  de 
Mme  Gaillardin  et  se  met  en  mesure  de  brusquer  sa  conquête.  Les 
dangers  suspendus  sur  la  tête  de  Gaillardin  modifient  singulièrement 
son  obstination  et  finissent  par  opérer  un  rapprochement  conjugal  sans 
que  le  gros  mot  soit  relire.  Ce  rôle  de  mari  têtu  a  été  tracé  en  vue 
de  Ravel  qui  le  joue  à  merveille  et  qui  y  a  fait  une  rentrée  triom- 
phante. 

—  Un  roman  de  M.  Henri  de  Kock,  le  Médecin  des  voleurs,  a 
fourni  le  sujet  du  drame  représenté  à  l'Ambigu  sous  le  titre  de  la 
Maison  du  pont  Notre-Dame.  Il  est  vrai  qu'en  chemin  le  roman  a 
furieusement  changé,  et  qu'il  n'est  guère  question  dans  le  drame  ni 
de  médecin  ni  de  voleurs.  L'intrigue  de  la  pièce  roule  sur  une  subs- 
titution de  personne  opérée  par  un  certain  chevalier  d'industrie  qui 
a  intérêt  à  faire  revivre  un  individu  expédié  par  son  complice.  Mais 
le  crime  a  eu  un  témoin  caché;  la  victime  de  ce  scélérat  a  été  secrète- 
ment sauvée,  et  quand  l'assassin  croit  s'être  débarrassé  pour  la  seconde 
et  dernière  fois  de  l'homme  qui  fait  obstacle  à  ses  desseins  téné- 
breux, cette  première  victime  ressuscite  et  le  force  à  se  faire  lui- 
môme  justice  par  un  suicide.  Malgré  quelques  longueurs,  ce  drame, 
plein  de  surprises  mystérieuses  et  de  coups  de  théâtre  saisissants,  a  été 
fort  goûté  du  public  et  la  foule  s'y  porte.  La  partie  sérieuse  y  est  re- 
présentée par  Lacressonnière,  qui,  dans  les  deux  rôles  de  l'homme  as- 
sassiné et  de  l'homme  substitué,  a  rencontré  le  même  succès  que  des 


moyens  à  peu  près  identiques  lui  avaient  fait  trouver  à  la  Gaîté  dans 
le  Courrier  de  Lyon.  La  partie  comique,  qui  y  tient  une  grande  place, 
a  pour  principal  interprète  Febvre,  un  artiste  de  l'Odéon,  que  le 
Testament  de  César  Girodot  a  mis  en  réputation  de  l'autre  côté  de 
l'eau,  et  q;e  la  Maison  du  pont  Notre-Dame  va  rendre  populaire  sur 
la  rive  droite. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


NOUVELLES. 

t%  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  donne  aujourd'hui  Pierre  de 
Médicis,  et  annonce  pour  demain  Sémiramis. 

„,%  Dimanche  dernier  Robert  le  Diable  a  fait  salle  comble.  Mme  Du- 
prez-Vandenheuvel  et  Mlle  Marie  Sax  obtiennent  dans  le  chef-d'œuvre 
du  maître  un  succès  qui  grandit  à  chaque  soirée.  Gueymard  et  lîclval 
complètent  un  excellent  ensemble. 

„%  Une  indisposition  de  Mlle  Ilamackers  a  forcé  d'ajourner  la  reprise 
du  Prophète. 

„%  Lundi  on  a  représenté  le  Trouvère  avec  Michot  et  Mlle  Barbara 
Marchisio.  —  Mercredi  et  vendredi,  Sémiramis. 

a%  Mlle  Carlotta  Marchisio  continuera  ses  débuts  par  le  rôle  de  Ma- 
thilde  dans  Guillaume  Tell,  et  selon  toute  apparence,  Morelli  débutera 
dans  ie  chef-d'œuvre  de  Rossini  par  celui  de  Guillaume. 

t*t  On  annonce  pour  jeudi  11,  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique,  une 
représentation  au  bénéfice  d'un  artiste  dont  la  .position  excite  toutes 
les  sympathies.  Le  programme  de  cette  représentation  est  d'ailleurs  fait 
pour  attirer  la  foule.  Outre  le  personnel  de  l'Opéra-Comique,  celui  de 
l'Opéra,  du  Théâtre-Français  et  du  Palais-Royal  doivent  concourir  à 
cette  bonne  œuvre.  On  y  entendra  les  sœurs  Marchisio  dans  le  duo  de 
Sémiramis,  Mlle  Vestvali  dans  l'air  de  Romeo,  Michot  dans  la  scène  de 
Faust  et  l'air  de  la  Dame  blanche,  Montaubry  dans  le  Chaperon  rouge, 
Sainte-Foy,  Berthelier,  etc. 

„%  Mlle  Wertheimber  étudie  avec  beaucoup  de  zèle  et  d'activité  le 
rôle  d'Hoël  du  ^ardon  de  Ploërmel;  Mlle  Monrose  sait  le  sien  et  Sainte- 
Foy  est  prêt. 

**„  Le  théâtre  impérial  Italien  donne  aujourd'hui  le  Trouatore  pour  le 
début  de  Pancani.  Mmes  Penco  et  Alboni,  MM.  Graziani  et  Angelini 
feront  leur  rentrée  dans  cet  opéra,  qui  sera  donné  trois  fois  dans  la 
semaine. 

t%  Les  répétitions  de  Nella,  le  nouvel  opéra-comique  d'Aimé  Maillart, 
se  poursuivent  avec  activité.  C'est  Mlle  Baretti,  lauréate  du  Conserva- 
toire, qui  a  été  engagée  pour  remplir  le  rôle  principal.  On  pense  que 
l'ouvrage  passera  le  10  novembre.  Les  autres  rôles  sont  confiés  à 
Mmes  Faivre  et  Vadé,  à  MM.  Girardot,  Delaunay-Riquier  et  Wartel. 

***  La  représentation  donnée  samedi  de  la  semaine  dernière  se 
composait  des  Rosières,  de  la  Partie  de  piquet,  jolie  comédie  jouée 
par  les  acteurs  du  Gymnase,  et  d'un  intermède  de  musique  mili- 
taire sous  la  direction  deMohr,  qui  a  été  fort  applaudi.—  Les  répétitions 
du  Val  d'Andorre  arrivent  â  leur  terme  et  l'ouvrage  passera  probable- 
ment cette  semaine.  On  vient  de  recevoir  au  théâtre  Lyrique  un  opéra- 
comique  en  un  acte  de  M.  Jules  Delahaye,  sous  le  titre:  les  Dragées  de  Su- 
zette.  Il  a  chargé  M.  Hector  Salomon  d'en  écrire  la  musique. 

„\,  L'opéra  Italien  de  Saint-Pétersbourg  a  rouvert  le  23  septembre  par 
le  Prophète,  interprété  par  Tamberlick,  Mme  Nantier-Didiée  et  Mme  Dot- 
tini.  La  salle  était  comble  et  le  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  a  été,  comme 
toujours,  accueilli  par  des  applaudissements  enthousiastes.  — Mme  Lagrua 
a  fait  sa  rentrée  par  Norma,  rôle  dans  lequel  elle  a  retrouvé  ses 
triomphes  de  l'hiver  dernier.  L'ensemble  a  beaucoup  gagné  cette  an- 
née ;  Tamberlick  remplaçait  Mongini  qui,  disait-on,  ne  reviendrait  pas 
à  Saint-Pétersbourg,  et  Mme  Bernardi  chantait  le  rôle  d'Adalgise. 
Debassini  s'était  chargé  de  celui  d'Orovèse,  trop  haut  pour  Marini.  — 
La  Fioretti  n'était  point  encore  arrivée  et  on  ne  s'expliquait  pas  plus  ce 
retard  que  celui  de  Mongini.  —  11  a  été  décidé  que  le  nouveau  théâtre 
du  Cirque,  reconstruit  par  l'architecte  Cavos  et  qui  a  pris  le  nom  de 
théâtre  Marie,  serait  désormais  affecté  aux  représentations  de  l'opéra 
russe.  11  avait  été  d'abord  question  d'y  placer  l'opéra  italien.  —  Le 
théâtre  français  a  déjà  vu  les  débuts  de  Mlle  Douglas  et  do  Mme  La- 
grange;  ceux  de  Dupuis  et  de  Mlle  Stella  Colas  devaient  suivre. 

„**  M.  de  Flotow,  l'auteur  de  Martha,  de  Stradella,  etc.,  écrit  en  ce 
moment  la  partition  d'un  opéra  nouveau;  dont  le  texte  est  dûâ  M.  F.milc 
Pohl. 

„*„  La  troupe  italienne  de  Merelli  a  fait  son  premier  début  au  théâtre 
Royal  de  Berlin  par  la  Norma.  Mme  Vera  Lorini,  chargée  du  rôle  prin- 


354 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


cipal,  a  obtenu  un  certain  saccès,  mais  en  général  le  public  a  accueilli 
froidement  cet  essai. 

„,**  M.  Florenza,  baryton  qui'obtient  depuis  quelques  années  de  grands 
succès  à  la  Havane,  vient  d'arriver  à  Paris. 

4*4  Mlle  Esther  Danhauser  vient  d'être  engagée  en  qualité  de  première 
Dugazon  au  théâtre  de  la  Haye. 

*%  Les  théâtres  de  Brest,  Lille,  Saint-Quentin  et  Verviers  ont  mis  le 
Roman  d'Elvirek  l'étude. 

4**  Mme  Miolan-Carvalho  est  de  retour  à  Paris.  Elle  a  chanté  pour  ses 
deux  dernières  représentations  le  rôle  du  page  des  Nozze  di  Figaro  et  elle 
a  obtenu  un  immense  succès.  Ce  qui  a  surpris  de  la  manière  la  plus 
agréable  et  enthousiasmé  le  public  berlinois,  c'est  qu'elle  ait  pu  ap- 
prendre assez  d'allemand  pour  dire  le  dialogue  dans  cette  langue. 

„,%  Hier  samedi,  l'Académie  des  beaux-arts  a  tenu  sa  séance  an- 
nuelle pour  la  distribution  des  prix  et  l'exécution,  de  la  cantate.  A  di- 
manche prochain  les  détails. 

*%  Demain  lundi  aura  lieu  la  réouverture  des  classes  au  Conserva- 
toire impérial  de  musique  et  de  déclamation. 

***  La  Société  allemande  Haendel  vient  de  livrer  aux  souscripteurs  le 
tome  VU  des  œuvres  du  grand  compositeur;  il  contient  Sérriêlé,  oratorio 
qui  a  été  composé  en  4  743  daas  l'espace  d'un  mois;  la  première  exécu- 
tion eut  lieu  le  10  février  1744;  le  texte  est  tiré  d'une  ancienne  tragé- 
die. A  la  partition  est  joint  un  arrangement  pour  piano  par  Richter. 

***  Mmes  Henri  Potier  et  Emerique-Fichel  inaugurent  leurs  Cours 
de  chant  le  dimanche  14  octobre,  par  une  matinée  musicale  qui  aura 
lieu  dans  les  salons  de  M.  Navarre,  facteur  de  pianos,  2,  rue  Fléchier.— 
Le  lundi  15  octobre,  ouverture  des  Cours.  On  s'inscrit  chez  Aime  Henri 
Potier,  1,  rue  de  la  Grange-Batelière. 

***  Dans  un  concours  des  orphéons  et  Sociétés  chorales, "qui  a  eu  lieu 
dimanche,  23  septembre,  la  Société  allemande  Teutonia  faisant  partie  de 
la  division  supérieure,  et  dirigée  depuis  plusieurs  années  par  M.  Jules 
Offenbacu,  a  remporté  le  premier  prix.  Les  morceaux  qui  ont  été  exé- 
cutés étaient  l'Ode  ou  printemps,  par  L.  Kreutzer,  et  un  chœur  inédit 
de  Meyerbeer,  intitulé  :  A  la  pairie.  L'illustre  maître,  qui  a  bien  voulu 
accepter  récemment  la  présidence  honoraire  de  la  Teutonia,  avait  dédié 
<■(■.  chœur,  qui  a  eu  un  succès  hors  ligne,  à  cette  Société,  et  celle-ci 
l'exécutait  pour  la  première  fois  à  l'occasion,  du  concours  qui  vient 
d'avoir  lieu  à  Livry. 

„*4  M.  Franco-Mendès,  premier  violoncelle  solo  de  S.  M.  le  roi  des 
Pays-Bas,  va  commencer,  rue  de  Lilie,  17,  chez  SI.  Lévy  Alvarès,  un 
cours  d'accompagnement  pour  le  piano.  Nous  nous  empressons  de  faire 
connaître  aux  mères  de  famille  une  occasion  aussi  précieuse  de  faire 
donner  à  leurs  filles  le  complément  des  études  musicales  sous  la  direc- 
tion d'un  aussi  éminent  professeur. 

*,.  On  nous  écrit  de  Saint-Servan  que  M.  A.  Bessems  a  obtenu  dans 
cette  ville  de  Bretagne  un  grand  succès  eu  jouant,  dans  un  concert  au 
bénéfice  des  pauvres,  une  nouvelle  fantaisie  de  sa  composition  sur  des 
motifs  de  Donizetti,  ainsi  qu'une  ravissante  mélodie  intitulée  l'Amélia, 
écrite  par  lui  pour  cette  circonstance,  et  qui  a  enlevé  tous  les  suf- 
rages. 

***  Le  dernier  concert  de  la  saison  d'Ems  a  été  fort  brillant.  Mme  Cam- 
bardi,  dont  le  nom  est  populaire  sur  les  bords  du  Rhin,  s'est  surpassée. 
M.  le  comte  de  Morny,  à  la  veille  de  son  départ,  assistait  à  ce  concert, 
et  Mme  de  Morny  a  vivement  applaudi  la  Polacca,  de  Bergson,  chan- 
tée par  Mme  Cambardi,  Ce  morceau  a  été  bissé. 
^  ,„*.,,  Louis  Lacombe,  dont  les  chœurs  ont  fait  sensation  au  palais  de 
l'Industrie,  lors  de  la  grande  fête  chorale  populaire,  vient  de  publier, 
indépendamment  de  ses  Veilleurs  de  nuit,  deux  beaux  chœurs  religieux, 
un  Agnus  Dei  et  un  Kyrie  à  trois  voix  égales,  avec  accompagnement 
d  orgue  ou  harmonium  et  piano.  C'est  là  de  large  et  sévère  musique  qui 
prendra  sa  belle  place  dans  un  programme  élevé. 

„*„  Douce  rêverie,  nouveau  morceau  de  piano  de  Mme  Badarzewska, 
1  auteur  de  la  Prière  d'une  vierge,  vient  de  paraître. 

***  Nous  rappelons  à  MM.  les  membres  de  la  Société  des  auteurs, 
compositeurs  et  éditeurs  de  musique  que  l'assemblée  générale  extraor- 
dinaire de  cette  Société  a  lieu  aujourd'hui  à  deux  heures  précises  dans 
les  salons  de  M.  Soufieto,  161,  rue  Montmartre.  Ils  sont  instamment 
pries  d'y  assister. 

***  L'éditeur  Tito  Ricordi,  de  Milan,  vient  de  publier  une  grande 
valse  de  concert,  intitulée  Nice.  Celte  œuvre  rematquable  est  due  à  la 
lie  féconde  de  M.  le  professeur  Perny,  qui  a  composé  aussi  un  chant 
patriotique,  la  France  à  Nice,  chaudement  applaudi  au  théâtre. 

*'%,  Aujourd'hui  dimanche,  7  octobre,  un  grand  concert  extraordinaire 
a  lieu  de  trois  â  cinq  heures  du  soir,  aux  Concerts  Musard  des  Champs- 
Elysées.  Les  portes  ouvriront  a  deux  heures. 

***  L'art  dramatique  vient  de  perdre  un  des  hommes  qui  lui  avaient 
consacré  leur  vie  entière.  M.  Solomé  est  mort  à  Belleville,  âgé  de 
quatre-vingts  ans.  11  avait  d'abord  joué  la  comédie,  mais  il  se  ren- 
ferma bientôt  dans  les  fonctions  de  régisseur  et  de  metteur  en  scène,  qu'il 


remplit  avec  une  habileté  rare  tant  à  Paris  qu'en  province.  En  cette 
qualité,  il  fut  attaché  successivement  au  Théâtre-Français,  au  grand 
Opéra,  au  théâtre  de  l'Opéra-Comique;  de  la  Renaissance,  sans  compter 
les  théâtres  secondaires.  11  avait  aussi  composé  quelques  pièces  parmi 
lesquelles  se  trouve  un  mélodrame,  la  Mort  du  chevalier  d'Assas,  repré- 
senté â  Paris  au  théâtre  du  Panorama  dramatique.  En  outre,  il  publia 
trois  mises  en  scène,  celle  des  Trois  quartiers,  de  la  Muette  de  Portici  et 
de  Zampa.  11  était  un  des  pensionnaires  de  l'Association  des  artistes 
dramatiques. 

4*4  C.  Zollner,  connu  par  ses  nombreuses  compositions  et  ses  chœurs 
pour  voix  d'homme,  vient  de  mourir  à  l'âge  de  soixante  ans. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


,*,  Boulogne-sur-Mer.  —  Le  grand  concert  religieux,  historique  et  clas- 
sique, donné  dernièrement  dans  la  cathédrale  non  encore  consacrée,  par 
M.  Charles  Vervoitte,  maître  de  chapelle  de  Saint-Roch,  a  tenu  toutes  les 
promesses  de  son  programme,  et  un  succès  immense  a  couronné  les 
efforts  de  son  organisateur.  La  première  partie,  exclusivement  consacrée 
aux  œuvres  des  maîtres  qui  ont  illustré  l'art  musical,  depuis  le  xie  jus- 
qu'au xvmc  siècle,  a  excité  pendant  toute  sa  durée  le  plus  vif  intérêt, 
en  révélant  tour  à  tour  dans  d'exquises  compositions,  telles  que  l'Ave 
Maria,  d'Hermann ,  la  Bataille  de  Marignan,  de  Clément  Jannequin,  0 
vos  omn^s,  deVittoria,  Gaudeamus,  deCarissimi,  une  onction  toute  céleste, 
une  originalité  de  rhythme,  une  suavité  d'expression,  une  verve  et  une 
sorte  de  joie  chrétienne.  M.  Hayet,  premier  ténor  solo  à  Saint-Roch,  a 
été  fort  applaudi  dans  l'air  d'église,  de  Stradella,  qu'il  a  chanté  avec  un 
sentiment  excellent,  rehaussé  par  le  charme  d'une  voix  fraîche  et  bien 
timbrée.  M.  Bussine  a  fait  admirer  une  fois  de  plus  sa  méthode 
large  et  savante,  dans  un  psaume  de  Marcello  et  un  air  de  Meudelssohn, 
parfaitement  appropriés  aux  qualités  de  sa  voix  et  de  son  talent.  M.  Ca- 
zaut  a  fait  retentir  de  son  timbre  puissant  les  voûtes  de  la  grande  cathé- 
drale, et  recueilli  d'unanimes  bravos  dans  l'air  classique  qu'il  avait  à 
interpréter.  Toute  cette  première  partie,  hérissée  de  difficultés  d'exécu- 
tion, a  été  rendue  avec  une  perfection  admirable  par  les  habiles  solistes 
et  choristes  de  Saint-Roch,  sous  la  direction  de  leur  chef,  M.  Charles  Ver- 
voitte. La  seconde  partie  (instrumentale  et  moderne),  en  donnant  satis- 
faction aux  amateurs  moins  épris  de  l'antiquité,  a  mis  en  relief,  dans 
différents  morceaux  d'ensemble,  la  flûte  élégante  de  M.  Cuardard,  le  déli- 
cieux hautbois  de  M.  Berthélemy,  le  style  savant  et  distingué  de  M.  Roze 
sur  la  clarinette,  et  le  son  moelleux  et  plein  que  M.  Espaignet  sait  tirer 
de  son  basson.  Trois  chœurs  de  M.  Vervoitte  sont  venus  ensuite,  et  ont 
été  couverts  d'applaudissements  :  ce  sont  la  Fêle  des  moissonneurs,  le  Départ 
des  bergers  et  la  Retraite,  morceaux  charmants,  où  les  inspirations  les  plus 
fraîches  s'unissent  aux  modulations  les  plus  habiles  et  aux  nuances  les 
plus  délicates.  Ainsi  s'est  terminé,  au  milieu  de  bravos  retentissants, 
ce  concert  grandiose,  dont  chaque  partie  avait  été  inaugurée  par  deux 
morceaux  d'orgue  brillamment  exécutés,  l'un  par  M.  Batiste,  organiste 
de  Saint-Eustache,  l'autre,  par  M.  Sergent,  organiste  de  la  cathédrale  de 
Faris. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


4*4  Bruxelles.  — ■  Le  Pardon  de'Ploërmel,  donné  dimanche  dernier  (abon- 
nement suspendu),  avait  attiré  au  théâtre  Royal  une  foule  nombreuse 
composée  en  grande  partie  d'étrangers  venus  à  Bruxelles  pour  assister 
aux  fêtes  de  septembre.  Un  double  attrait  guidait  le  public  venu  à  cette 
représentation  :  la  renommée  de  ce  charmant  opéra,  et  la  réputation  des 
artistes  chargés  de  l'interpréter.  Mlle  Boulart  et  MM.  Carmau  et  Aujac 
ont  dignement  soutenu  cette  réputation.  On  les  a  chaleureusement  ap- 
plaudis, et  Mlle  Boulart  a  été  rappelée  après  l'air  de  l'Ombre.  —  La  re- 
prise des  Dragons  de  Vïllars  a  été  samedi ,  pour  notre  troupe  d'opéra- 
comique,  un  véritable  triomphe.  Non-seulement  la  charmante  partition 
de  M.  Maillart  n'avait  jamais  été  exécutée  d'une  manière  aussi  remar- 
quable, mais  i!  y  a  peu  d'exemples  d'une  représentation  où  toutes  choses 
aient  ainsi  marché  à  souhait.  Mlle  Boulart  a  chanté  et  joué  le  rôle  de 
Rose  en  artiste  accomplie  ;  M.  Jourclan  s'est  montré  son  digue  parte- 
naire, et  parle  profond  sentiment  avec  lequel  il  a  servi  d'interprète  aux 
touchantes  inspirations  mélodiques  dont  abonde  un  rôle  difficile  par  sa 
simplicité  même,  il  a  causé  â  son  auditoire  un  plaisir  qui  s'est  traduit 
en  longues  salves  d'applaudissements.  Mlle  Dupuy  a  rempli  très-genti- 
ment le  rôle  de  la  fermière;  M.  Carra  an  était  en  voix  et  en  verve;  enfin 
M.  Feret,  qui  faisait  son  troisième  début,  s'est  concilié  les  suffrages  du 
public  en  jouant  le  rôle  du  fermier  avec  un  comique  exempt  de  toute 
exagération.  Tous  les  artistes  qui  s'étaient  si  vaillamment  comportés  ont 
été  rappelés  après  le  premier  acte  et  i  la  fin  du  troisième.  —  On  an- 
nonce comme  très-prochaine  la  reprise  de  l'Étoile  du  Nord, 


DE  PARIS. 


35b 


***  Londres.  —  C'est  demain  lundi,  8  octobre,  que  doivent  commen- 
cer au  théâtre  de  Sa  Majesté  les  représentations  d'opéras  anglais  pen- 
dant un  certain  temps  de  la  saison.  Les  meilleurs  artistes  nationaux 
ont  été  engagés  tout  exprès.  Mmes  Parepa,  Jenny  Bauer,  Allessandri, 
Lemmens-Sherrington,  Laura  Baxter,  Fanny  Iluddart,  MM.  Sims-Reeves, 
Parkinson,  George  Perren,  Terrot,  Swift,  Rosenthal,  Santley,  George 
Honery,  Patey,  Bartleman,  Herrmann,  sous  la  direction  de  MM.  Charles 
Halle  et  Blagrove.  Deux  opéras  nouveaux  seront  donnés  successivement, 
Robin  Hooi,  de  Macfarren  et  Âmber  Witch,  deW.  Wallace.  Des  représen- 
tations italiennes,  dont  le  nombre  est  fixé  à  trente,  commenceront  le 
mercredi  10  octobre  et  alterneront  avec  celles  des  opéras  anglais.  Mlle 
Titjens  et  M.  Giuglini  sont  placés  à  la  tête  de  cette  troupe,  dont  M.  Gas- 
sier,  Mlle  Yaneri,  MM.  Ciampi,  Mercuriali  feront  aussi  partie,  et  qui 
aura  M.  Arditi  pour  chef  d'orchestre. 

***  Berlin.  —  Pour  l'anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller  (10  no- 
vembre), au  théâtre  de  l'opérade  la  Cour  seront  exécutées  la  cantate  et  la 
marche  que  Meyerbeer  a  écrites  pour  le  grand  festival  de  l'année  passée, 
à  Paris.  Pendant  la  marche,  les  principaux  personnages  qui  figurent 
dans  les  drames  de  Schiller  viendront  se  grouper  sur  la  scène  ;  puis 
sera  récité  un  dialogue  écrit  pour  la  circonstance  par  M.  Pfau;  la  solen- 
nité finira  par  l'exécution  de  la  cantate.  —  Mme  Kœster  a  fait  sa  rentrée 
dans  le  rôle  de  Léonore  de  la  Favorite. —  Mines  Miolan-Carvalho  et  Cash 
ont  terminé  leurs  brillantes  représentations.  —  La  salle  Kroll  a  clos  la 
saison,  pendant  laquelle  on  y  a  donné  en  tout  84  représentations.— A  l'oc- 
casion de  la  100e  représentation  du  nouveau  ballet:  les  Aventures  de 
Flick  et  Floclc,  le  prince  régent  a  fait  remettre  à  l'auteur,  M.  Taglioni,  une 
bague  enrichie  de  diamants. 

„%  Stuttgart. —  Le  théâtre  de  la  cour  a  rouvert  avec  la  Nuit  de  la 
Saint-Jean,  opéra  de  Pressel  :  cette  partition  est  le  premier  essai  d'un 
talent  réel,  mais  inexpérimenté,  et  qui  a  besoin  de  se  fortifier  par  de  nou- 
velles études  :  ensuite  on  a  représenté  Joseph  en  Egypte,  de  Méhul  ;  les 
Diamants  de  la  Couronne,  d'Auber  ;  la  Clémence  de  Titus,  pour  l'anni- 
versaire de  la  naissance  du  roi.  —  Prochainement,  l'Etoile  du  Nord,  de 
Meyerbeer. 

*%  Hambourg.—  Le  théâtre  de  la  ville  vient  de  donner  la  quarantième 


représentation  de  Dinorah.  —  Pour  le  jour  anniversaire  de  la  naissance 
de  Goethe,  le  même  théâtre  a  donné  la  deuxième  partie  de  Faust,  avec 
la  musique  de  Pierson. 

il,**  Brunswick. —  Enfin  nous  avons  entendu  le  Pardon  de  Ploërmel  ;  le 
succès  a  été  des  plus  complets.  Mlle  Eggeling,  qui  a  inteprété  le  rôle 
de  Dinorah  avec  un  remarquable  talent,  a  été  rappelée  après  l'air  de 
l'Ombre. 

%%  Vienne.  —  Le  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  a  repris  la  Juive, 
d'IIalévy  :  M.  Wachtel  a  chanté  le  rôle  d'Eléazar.  —  La  prochaine  nou- 
veauté au  Carl-theater  sera  Tsin-lsi7i,  la  jolie  opérette  d'Offenbach,  avec 
une  mise  en  scène  des  plus  riches. —  Un  architecte  prussien,  M.  Langhaus, 
a  conçu  le  plan  d'une  nouvelle  salle  de  spectacle  pour  notre  capitale  ; 
si  ce  projet  venait  à  se  réa'iser,  Vienne  posséderait  le  plus  grand  et  le 
plus  beau  théâtre  du  monde. 

***  La  Haye.  —  Le  théâtre  royal  a  fait  sa  réouverture  par  la  Juive. 
Mlle  Pradal  a  débuté  dans  cet  opéra,  et  elle  y  a  obtenu  un  grand  et  lé- 
gitime succès  ;  mais  elle  s'est  encore  surpassée  dans  le  rôle  de  Valentine, 
des  Huguenots,  qu'elle  a  chanté  ensuite,  et  qui  lui  a  valu  une  véritable 
ovation.  Une  troisième  épreuve  dans  Robert  le  Diable  a  décidé  son  admis- 
sion prononcée  à  l'unanimité. 

%%  Trieste. —  L'ouverture  du  grand  théâtre  pour  la  saison  d'automne 
s'est  faite  par  les  Puritains.  Mme  Ortolani,  chanteuse  à  la  voix  douce,  et 
argentine  ;  Tiberini,  le  délicieux  ténor  ;  Beneventano,  le  baryton,  célèbre 
à  bon  droit  en  Europe  et  en  Amérique,  ont  admirablement  interprété  le 
chef-d'œuvre  de  Bellini.  Les  applaudissements  et  les  rappels  n'ont  pas 
cessé  durant  toute  la  représentation.  —  On  nous  fait  espérer  Parisina, 
de  Donizetti  ;  le  Siège  de  Corinthe  et  la  Dame  du  lac,  de  Rossini.  Comme 
nouveauté,  on  annonce  Dinorah. 

**„  Leipzig.  —  Le  premier  concert  du  Gewandhaus  aura  lieu  le  30  sep- 
tembre :  on  y  entendra  le  maître  de  concert  David,  et  Mme  Cash,  can- 
tatrice qui  est  en  représentation  à  Berlin.  L'orchestre  exécutera  une 
ouverture  de  Beethoven  et  la  symphonie  en  ut  majeur,  de  Schumann. 

Le  Directeur  :    S.   DUFOUR. 


Claes  ffi.  E5ffi.^5flîaj§  et  g,  ©aJF©UIî,  éûîêeurs,   EOS,  rase  KIciaeMca,  ass  E". 


rs  r."-" 


Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  BARBIER  et  CARP\Ë,  musique  de 


m  U  utiË  tb  " 


L'OuvEsrïuaz 

En  grande  partition 24 

Les  parties  d'orchestre 24 

Arrangée  pour  le  piano 9 

Po'ur  le  piano  â  quatre  mains 1"2 

Pour  2  violons,  2  cornets,  chaque 5 


<*r&nde  JPiirdiiioiis.  —  S?ariies  d'orchestre.  —  Récitatifs. 
LA  PARTITION 

Avec  paroles  françaises,  in-4°,  net 30 

La  même,  in-8°,  net 18 

Avec  paroles  italiennes,  in- 8»,  net 4  8 

Arrangée  pour  piano  seul,  in-8°,  net....  10 
Pour  piano  à  quatre  mains,  net 25 

Arrangements,  B<°.iiiitaisies,    ^Transcriptions 


LES  A!RS  GE  CHANT 

Avecparolesfrançaises.  Avec  paroles  italiennes 

Les  airs  arrangés 
Pour  deux  violons  ou  violon  seul. 
Pour  deux  cornets  ou  cornet  seul. 
Pour  deux  flûtes  ou  flûte  seule. 


.  POUR  LE  P1ÂMO 

ASCHER.  —  Illustration 9     » 

BERNARD  (PAUL).  —  Reviens  à  toi,   traMgerijjsaSoBH 6     » 

BEYER.  —  BfflujgiHet  sEe  tmél®  sSlex 7  50 

Id.  •     Op.  36.  Petite  ffaaataâsSe 5     » 

BDRGMULLER.  —  ffiraBaoB®  valse  eEjs  s«B©aa 6     » 

COBÎETTANT.  —  TaraBaseraBstiOBa-ffaBitaisie 7  50 

CRAMER  (J.).  —  FaBBts&âsie-v&Bse  sur  l'air  de  Y  Ombre. ...  6     » 

CRAMER  (H.).  —  Fïeaars  «B'ffijîcéa-a,  mélange 7  50 

CROISEZ.  —  BIoJMîMiïa  «Be  gaSoaa 6     » 

DOLMETSCH.  —  'jrraBascrâiBtioaa  Eja-iBBasate  de  la  Berceuse  9     » 

GÛRIA.  —  Op.  95.  FaBtta&sie  dramatique 7  50 

HESS  (C).  —  ESêï'ea-ie 6     » 

JAELL  (A.).  —  Ombre  légère,  eajua-Êee-vraïs» . .  '. 7  50 

KALRRENNER  (A.).  —  Si£«saï«8Me  Icâïlante 7  50 

REITERER.  —  Op.  88.  Fasataisle-trangeB-iflatâonB 7  50 

RRUGER  —  TraiiscrlptioBB  brillante  de  la  Berceuse 7  50 

RDNC  (ALOÏS)."  —  Fantaisie 6     » 

LECARPENTÏER.  —  Eleux  nugratelleg,  chaque 5     » 

LEDUC.  —  Faaataisie  élégante  et  facile 5     » 

ROSELLEN.  —  Op.  167.  Faaataisie  brillante 7  50 

TALEXY.  —  PoIk»-naazurka  de  salon 6     » 

VINCENT.  —  l'a'aaascB-SBBtioBBS 7  50 

A  QUATRE  R3AIMS 

BEYER.  —  Op.  112.  Petite  fasitalsie 7  50 

BDRGMULLER.  —  GraBïde  valse  «fie  es»B©aa 9     » 

CROISEZ.  —  SwaavemiB's,  duo  facile 7  50 

WOLFF.  —  KénBBlBBiscciaceg,  grand  duo  dramatique 10     » 


POUR    DIVERS    INSTRUMENTS 

-lîE®a°eeaaa  «le  saîoaa  p.  violon  avec  ace.  de  piano  9     » 

RETTERER  ET  BERMAN.  —  ©raB»«ï  clan©  pour  piano  et  violon  10    » 

GDICHARD.  —  F«a.sataisse  pour  violon,  flûte  ou  cornet  seul..  6    '» 

Id.       Les  mêmes,  avec  ace.  de  piano,  chaque 7  50 

LEE.  —  Moarceasa  aïe  saloia  p.  violoncelle  avec  ace.  de  piano  7  50 

SELIGMANN.  —  Souvenir  pour  violoncelle  et  piano 7  50 

C0N1NX.  —  Fantaisie  pour  flûte  avec  ace.  de  piano 7  50 

TULOU.  —  ttîB'aBBile  fantaisie   pour  flûte  et  piano 9     » 

BRISSON.  —  BléslâtatâoBa  sur  le  Chœur  religieux,  pour  har- 
monium, piano  et  violon  ou  violoncelle 7  50 

Id.       BBib»  8Ba»653iaBB4  pour  harmonium  et  piano 7  50 

ENGEL.  —  Faiataâsâe  éBés'aoate  pour  harmonium  seul.  ...  6     » 

Id.       aFaBBtalsie  I»a*illaBate  pour  harmonium  et  piano  9     » 

JANCOURT,  —  BïïwsaïJiBae  pour  harmonie  militaire 18     » 

Id.       Fantaisie  et  l'edoava  pour  harmonie  militaire.  18     » 

MUSIQUE  DE  DANSE 

«gïaasBE'tEîes,  par  ARBAN,  pour  piano  et  à  quatre  mains h  50 

«gaaasEa-Slfles,  par  MARX Id...  av.  orchestre,  h  50 

Valses,  par  STRAUSS Id. . .  av.  orchestre.  6     « 

Taises,  par  ETTLING 5     » 

Pallia,  par  BOUSQUET h     •> 

USeaioiva,  par  MUSARD h    » 

ScBaottiscla,  par  DESGRANGES 4    » 

Polka-Mazurka,  par  TALEXY 6     » 


356 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  CJ.  BRMltlJS  et  S.  Ul'FOUK,  éditeurs,  103,  rue  «le  Richelieu,  au   1". 


Grande  parution  ,  net. . . .  200  n 

Parties  d'orchestre,  net. . .  200  11 
Partition    pour   piano    et 

chant,  in-4",  net 40  » 

Partition    pour    piano    et 

citant,  in-8°,  net 20  n 

Id.  avec  paroles  italiennes  20  » 


PRQPH 


Opéra  en  cinq  acles, 
Paroles  de  il.  Eccèike  SCRIBE,  musique  de 


Partition  pour  piano  seul, 
net 25 

La  même,  in-8\  net 10*" 

Partition  pour  piano  à  qua- 
tre mains,  net 25 

Ouverture  pour  piano  à  qua- 
tre mains 9 


LES  AIRS  DÉTACHÉS  DE  CHANT  AVEC  ACCOMPAGNEMENT  DE  PIANO 


Adam.  Six  airs  faciles 

tlliaii  (IV.).  F.tude  fuguée 

Itcnedict.  Fantaisie  brillante 

Beyer.  Bouquet  de  mélodies 

—       Six  tableaux,  chaque.    ........ 

Blahrtka.  Quadrille  des  Patineurs  .... 

Burgmuller.  Grande  val.se 

Cramer.  Bagatelle 

Dœhlcr.  Six  tableaux,  a  à  0,  chaque.  .  .  . 
Dolmetsch.  Op.  16.  Marche  du  sacre  .  .  . 
Dreyschock  et  Panof ka.  Duo  pour  piano 

et  violon  

Duvernoy.  Op.  182.  Fantaisie 

Fiimagalli.  Op.  43.  Grande  fantaisie  .  .  . 
Ciaraudé.    Les  quatre  airs   de  ballet  et  la 

Marche  du  sacre,  chaque 

finichard.  Polonaise 

U.  Uei'K.  Op.  185.  Fantaisie  brillante  .    .    . 


ARRANGEMENTS  POUR  PIANO 

•I.  Uerz.  Les  quatre  airs  de  ballet  et  la  Mar- 
che du  sacre,  chaque 7  50 

—  Les  mêmes  à  quatre   mains,  par 

Wolff,  chaque. 9     » 

Délier.  Op.  70.  Caprice  brillant 7  50 

filiinten.  Ôp.  171.  Fantaisie 0     » 

A.   Jaëll.  Chœur  d'enfans.t 7  50 

Kruger.    Op.   20.   Pastorale  et  Marche   du 

sacre. 7  50 

LiTurpi'iiticr.  109q  et  110e  bagatelle,  ch.  .     5    » 
—  Op.  141  à  quatre  mains  .    .     7  50 

ÏB.  Louis.  Op.  184.  Fantaisie  pour  piano  et 

violon 9     » 

Liszt.  Illustrations  : 

N"  1.  Prière,  hymne  triomphale  .   .  12    » 

2.  Patineurs  (scherzo) 12    » 

3.  Pastorale.  Appel  aux  armes.   .  12     » 
Ei.  «le  Meyer.   Op.  71.  Grande  fantaisie  .    .    10     » 

POUR  MUSIQUE  INSTRUMENTALE 


Osborne.  Op.  78.  Fantaisie 

Rosellen.  Op.  114.  Grande  fantaisie  .  .  . 
La  même  à  quatre  mains 

Soninski.  Op.  74-  Fantaisie 

'JTalexy.  Op.  20.  Fantaisie  brillante    .... 

Thalberg.  Op.  57.  N°  9.  Fantaisie  brillante. 

Ch.  Voss.  Op.  101.  Grande  Fantaisie  .  .  . 
—  Op.  105.  Complainte  et  Marche. 

%Volff.  Op.  158.  Grand  duo  à  quatre  mains. 

lYolû"  et  Bériot.Duo  pour  piano  et  violon. 

Deux  quadrilles  par  Musard,  pour  piano  et  à 
qualre  mains,  chaque 

Un  quadrille  par  Lecarpextier  (facile).    .    .    . 

Un  quadrille  par  Strauss,  pour  piano  et  à  qua- 
tre mains 

Valses  par  Ettlixg,  pour  piano  à  4  mains  .   . 

Polka  par  Pasdelocp 

Redowa  par  Pilodo 


l'rnst.  Op.  24.  Fantaisie  brillante  pour  le  violon 9     » 

Vieuxtemps.  Grand  duo  pour  piano  et  violon 9    » 

Lee.  Op.  53.  Fantaisie  dramatique  pour  violoncelle 7  50 

fc£eniirsat.  Duo  pour  flûte  et  piano 9     » 

Walckicrs.  Op.  88.  Grande  fantaisie  pour  flûte  avec  ace.  de  piano.   ...  9    >> 

—  Op.  87.  Quatre  fantaisies  pour  flûte  seule,  chaque 0    » 

liabarrc.  Duo  facile  pour  harpe  et  piano 9    » 

Verrons».  Op.  51.  Fantaisie  pour  hautbois  et  piano 7  50 


tSnichard.  Op.  18.  Duo  pour  cornet  et  piano 

Molir.  Trois  pas  redoublés  et  la  Marche  du  sacre  pour  musique  militaire, 
chaque 


7  50 
7  50 
7  50 


4  50 
4  50 


4  50 
4  50 


9     » 
C     n 


ïlohr.  L'ouverture  et  les  airs  pour  musique  militaire 

6, ou  in.  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  violons  et  violon  seul.  . 
Waïckiers.  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  flûtes  et  flûte  seule 
Qr  u  il' li  art).  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  cornets  et  cornet  seul. 


]@y^ILLE  PiU)!By©^TB®[Kl 


REPERTOIRE  DES  ORPHEONS 

ET     DES 

SOCIÉTÉS  CHORALES 

Collection  «les  plus  bciiux  chœurs  pour  voix  ri'lioninie  Mans  accompagnement. 


i'h;mii:«e    série 


CHŒURS  D'OPERAS 


Pri. 


Le  Car  des  Fées.    . 
Muette  de  Portici. 


4.  De  Flotow.  Martha  . 

5.  Gluck  . 


Alcestc 

Arniitle 

Halévy    .    .  lie  IVabab 

Maillart.   .   Dragons  de  Villan 

Mi  \i  i.i.i ■■!  i.      lies  Huguenots.    . 

—  Le  Prophète  .    .    . 
llobcrt  le  Diable  . 

Rossini.   .    .  IiC  Comte  Ory  .    . 

—  Guillaume  Tell  . 


Robert  Bruce 


Chœur  des  Etudiants 

Chœur  de  la  Chapelle 

Amour  sacré  de  la  patrie  .... 

Mélodie  irlandaise 

Vivez,  aimez 

Les  plaisirs  ont  choisi  pour  asile. 
Couplots  du  tabac,  avec  solo  .  . 
Prière:  Soutien  de  l'innocent  .  . 
Couplots  des  soldats  huguenots  . 

Septuor  du  duel 

Appel   aux  armes 

Chœur  des  Buveurs 

Chœur  des  Moines 

Chœur  et  prière 

Prière 

Chœur  de  la  Conjuration.    .    .    . 

Chœur  des  Chasseurs 

Chasse  et  prière  du  soir  .... 

Prière 

Chœur  bachique  avec  solo  .   .   . 


■  > i : t  mou:  série 


CHŒURS  DIVERS 


Cavallo 
Elwaut 


Les  Boulangers 1 

lies  Fondeurs 1 

lies  («arçons  de  restaurant 1 

Les   Dorlogers 1 

Les  Canotiers 1 

Les  Postillons 1 

L'Enclume 1 

Les  Charpentiers 1 

Chant  des  compagnons    .    . 1 

Chant  élégiaque I 

Dyinnc  du  sacrifice*  avec  solo 1 

Les  Canotiers  de  Paris » 

«a  lut   impérial,  God  sa ve  français 

Marche  du  Prince  impérial » 

Uymuc  national  russe » 

La  Fuite  des  captifs,  chœur  avec  solo  de  ténor.    .    .  » 

Yscult  l'impératrice » 

Les  Veillenrs  de  nuit » 

La  Chasse    au  tigre » 

Les  Gondoliers  vénitiens > 


Chaque  partie  séparée  de  Ténor  ou  de  Basse  se  vend  séparément  20  centimes  net. 

(Ces  deux  séries  seront  continuées.) 


l'Aiïls.  —  lui'imn  nu:  i:k\iihll  pi.  \u-oi.lox  iuvix  Li  cc. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  à  l'Iitranger,  chez  t 
les  Marchands  île  Sïusiquc,  les  Libraires,  et  . 
flureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


N°  42. 


REVUE 


14  Octobre  1860. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

paris 24  fr.  par  on 

Départements,  Uelgiquc  cl  Suisse....     30  »       id. 

Étranger -•    3*  "       id- 

Lti  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICAL 


nm   pjxrîs, 


--aaaa/VWUWw- 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra  :  reprise  du  Prophète.  ;  rentrée  de 
Mme  Tedesco  dans  le  rûle  de  Fides.  —  Académie  des  Beaux-Arts:  séance  an- 
nuelle; distribution  des  prix;  ouverture  et  cantate.  — Fragments  de  l'introduc- 
tion d'une  histoire  générale  de  la  musique  (4e  fragment),  par  S'ctis  père.  — 
Un  opéra  inédit  de  Mozart,  par  Karl  Gollmick.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA. 

Beprisc   €lu    Prophète.  —   Kentrée    de    Mme    Tedcscm 
dans   le    rôle    de    Vidés. 

Si  le  Prophète  laissait  depuis  trop  longtemps  sa  place  vacante  au 
répertoire,  c'est  que  la  direction  n'avait  pas  sous  la  main  de  cantatrice 
en  état  de  remplir  dignement  le  rôle  de  Fides,  autour  duquel  tant  de 
souvenirs  se  réunissent.  Enfin  Mme  Tedesco  nous  est  rendue,  et  avec 
elle  le  dernier  chef-d'œuvre  dont  Meyerbeer  a  doté  notre  grande  scène 
lyrique.  Les  débuts  de  Mme  Tedesco  à  Paris  datent  du  mois  de  no- 
vembre 1851  :  elle  arrivait  d'Italie  ;  elle  avait  visité  l'Amérique,  et 
se  présentait  à  nous  dans  le  rôle  de  Catharina,  de  la  Heine  de  Chypre. 
Le  mois  suivant,  elle  se  montra  dans  le  rôle  de  Fides,  et  voici  ce  que 
nous  disions  alors  de  la  manière  dont  elle  l'avail  compris  :  a  Après 
«  Mme  Viardot,  qui  l'a  créé  si  admirablement,  et  l'Alboni,  qui  en 
»  a  refait  la  physionomie  à  son  usage,  Mme  Tedssco  est  venue,  et, 
»  comme  cela  devait  être,  elle  s'est  placée  beaucoup  plus  près  de  la 
»  seconde  que  de  la  première.  Par  son  chant  et  son  jeu,  elle  offre 
»  beaucoup  d'analogie  avec  l'Alboni.  La  richesse  de  sa  voix  se  déploie 
»  magnifiquement  dans  l'arioso  du  second  acte,  dans  l'invocation  et 
»  la  grande  scène  du  quatrième,  dans  l'air  et  le  duo  du  cinquième. 
»  Mme  Tedesco  s'est  montrée  expressive  et  dramatique  dans  plusieurs 
»  parties  de  ce  beau  rôle  ;  son  succès  a  été  complet.  »  A  neuf  années 
d'intervalle,  notre  jugement  n'a  pas  changé.  Nous  n'avons  qu'à  répé- 
ter ce  que  l'on  vient  de  lire,  en  ajoutant,  toutefois,  qu'il  y  a  sensible 
progrès  dans  la  cantatrice  et  surtout  dans  l'actrice.  Mme  Tedesco  peut 
se  flatter  d'une  bonne  fortune  dont  les  avantages  sont  inappréciables 
au  théâtre.  Depuis  qu'elle  nous  a  quittés,  son  embonpoint  précoce  a 
plutôt  diminué  qu'augmenté  :  sa  taille  est  moins  ronde,  sa  figure  moins 
pleine,  tandis  qu'au  contraire  sa  voix  possède  toujours  la  môme  puis- 
sance, la  même  étendue,  la  môme  égalité.  Rien  ne  satisfait  mieux 
l'oreille  que  ce  chant  large,  facile  et  hardi  qu'aucun  accident  ne  trou- 
ble. Encore  un  peu  d'accent,  de  vigueur,  et  Mme  Tedesco  sera  la  can- 
tatrice par  excellence;  elle  produira  des  impressions  aussi  vives  qu'elle 


en  procure  de  douces  et  de  charmantes.  En  attendant,  le  public  lui 
témoignera  chaleureusement,  toutes  les  fois  qu'elle  se  fera  entendre, 
le  plaisir  avec  lequel  il  retrouve  une  artiste  d'un  si  rare  talent. 

Gueymard  n'en  était  pas  à  faire  ses  preuves  dans  le  rôle  de  Jean 
de  Leyde;.  c'est,  après  Robert,  celui  qui  lui  convient  le  mieux. 
Il  le  chante  avec  toute  sa  voix  et  toute  son  âme  :  il  y  met  de  la  pas- 
sion, de  l'én/îrgie,  et  dans  la  scène  de  l'église,  il  est  parvenu  à  ren- 
dre la  fascination  vraisemblable  par  le  jeu  de  sa  physionomie  et  de 
son  regard. 

Mlle  Hamackers  devait  remplir  le  rôle  de  Berthe;  mais  une  indispo- 
sition l'en  ayant  empêchée,  Mlle  Rey  l'a  remplacée  de  façon  à  nous 
ôter  tout  regret.  La  jeune  artiste  semble  faite  exprès  pour  le  rôle  : 
elle  en  a  l'ingénuité,  la  candeur  ;  elle  le  joue  avec  toute  la  conviction 
possible,  et  elle  le  chante  avec  une  voix  d'un  timbre  frais  et  pénétrant. 
Jamais  le  duo  du  quatrième  acte,  entre  Berthe  et  Fidès,  n'avait  été 
mieux  dit  que  par  elle  et  Mme  Tedesco.  Dans  le  trio  du  cinquième 
acte  seulement,  on  a  pu  s'apercevoir  que  Mlle  Rey  avait  encore  quel- 
que chose  à  apprendre  :  le  temps  avait  manqué  à  ses  études,  mais 
non  le  zèle  et  le  talent. 

Du  reste  la  représentation  a  été  fort  belle  :  Coulon  remplit  bien  le 
rôle  d'Oberthal;  Belval,  Kcenig  et  Mechelaere  se  distinguent  dans  le 
trio  d'anabaptistes.  L'orchestre  et  les  chœurs  sont  excellents.  En 
général,  la  mise  en  scène  a  été  réglée  avec  beaucoup  de  soin.  11  est 
facile  de  le  reconnaître  aux  intentions  qui  se  manifestent  dans  les 
mouvements  et  gestes  de  tous  les  personnages,  dans  leurs  attitudes, 
dans  le  langage  muet  des  groupes  qui  se  mêlent  à  l'action  et  en  com- 
plètent le  sens  plastique.  La  danse  ne  s'est  pas  oubliée  non  plus  :  les 
patineurs  ont  redoublé  d'entrain;  mais  il  faut  que  cette  année  la  glace 
soit  bien  glissante,  car  les  chutes  se  succédaient  fréquemment. 

Et  comment  parler  d'une  reprise  du  Prophète  sans  exprimer  une 
fois  de  plus  l'admiration  qu'inspire  cet  immortel  chef-d'œuvre,  sorti 
de  la  même  main  que  Robert  le  Diable  et  les  Huguenots  ?  Ce  qu'il 
y  a  de  vrai,  c'est  que  la  conception  musicale  ne  s'est  jamais  éle- 
vée plus  haut  et  n'a  jamais  embrassé  avec  plus  de  vigueur,  de  va- 
riété, de  richesse,  un  sujet  poétique  et  dramatique.  Le  Prophète  gran- 
dit avec  le  temps  comme  tous  les  ouvrages  que  le  génie  a  doués  du 
double  privilège  de  la  force  et  de  la  beauté. 

Vendredi,  la  vaste  salle  de  l'Opéra  était  remplie  et  au  delà  :  le  bril- 
lant auditoire  n'a  pas  épargné  les  bravos  et  les  rappels  à  Mme  Te- 
desco, à  Gueymard,  avec  qui  les  autres  artistes  ont  partagé  les  hon- 
neurs do  la  soirée. 

P.  S. 


358 


REVC!-:  ET  GAZETTE  MUSICALE 


ACADÉMIE  DES  BEAUX-ARTS. 

Séance  annuelle.  —   Distribution  <ilcw  prix. —  Ouverture 
et  cantate. 

Rien  de  changé  au  programme  ordinaire,  si  ce  n'est  que  pour  cette 
fois  l'ouverture,  par  laquelle  débute  la  séance,  était  de  M.  Colin,  grand 
prix  de  1857,  et  la  cantate  qui  la  termine,  de  M.  Paladilhe,  l'un  des 
plus  jeunes  lauréats  connus  jusqu'à  présent.  Lorsque  M.  Renaud  de 
Vilbac  fut  couronné  en  1844,  il  n'était  âgé  que  de  quinze  ans. 
M.  Paladilhe  en  a  tout  au  plus  seize  :  comme  son  devancier  en  gloire 
juvénile,  il  est  élève  de  M.  Halévy,  et,  selon  l'usage,  il  va  partir,  s'il 
n'est  déjà  parti,  pour  la  ville  éternelle,  quoique  dans  ce  moment  la 
musique  ne  soit  pas  précisément  l'art  qu'on  y  cultive  le  mieux. 

Parlons  d'abord  de  l'ouverture,  et  disons  qu'elle  est  agréable  et 
bien  faite  :  l'auteur  y  a  jeté,  sans  effort,  plusieurs  motifs  légers 
et  brillants  qu'il  a  fini  par  marier  ensemble  avec  adresse.  Pour- 
quoi M.  Colin  ne  se  tirerait-il  pas  aussi  bien  d'un  opéra  tout 
entier?  Pourquoi  ne  lui  confierait- on  pas  un  libretlo?  Pourquoi  ne 
se  trouverait-il  pas  un  directeur  assez  bienveillant  pour  l'accueillir, 
l'essayer  et  plutôt  deux  fois  qu'une  ?  Cur  non?  quià,  quià...  Tous 
ces  quià,  dont  nous  avons  souvent  épuisé  la  liste,  sont  autant  de 
pavés  que  l'on  jette  à  la  tête  des  jeunes  compositeurs,  et  qui  en  écra- 
sent dix-neuf  au  moins  sur  vingt  ?  Alors  pourquoi  fait-on  de  jeunes 
compositeurs  qui  se  font  vieux  si  vite,  s'ils  n'ont  d'aulr3  avenir 
qtio  d'en  rester  à   ce  fatal  quià  ? 

Heureusement  M.  Paladilhe  est  jeune,  infiniment  jeune  :  il  a  de 
l'avenir  devant  lui  (ce  qui  n'empêche  pas  de  s'ennuyer  quand  on  n'y 
voit  jamais  autre  chose);  il  a  étonné  le  Conservatoire  par  sa  merveil- 
leuse précocité  au  piano,  dans  l'harmonie,  dans  le  contre-point  et  la 
fugue.  S'il  a  moins  surpris  l'auditoire  de  l'Académie  des  beaux-arts, 
ce  n'est  pas  qu'il  n'ait  écrit  une  bonne  cantate  sur  le  texte  drama- 
tique à  lui  fourni  par  notre  cher  et  excellent  confrère,  Théodore  Anne  ; 
mais  cet  auditoire  n'est  jamais  fort  au  courant  des  choses  :  il  aime  et 
sait  très-peu  la  musique;  il  entend  mal  ce  qu'on  lui  chante  du  haut 
d'une  tribune,  où  tout  se  mêle  et  se  confond  par  excès  de  sonorité. 
M.  Rattu  a  beau  conduire  son  orchestre  en  chef  d'une  habileté  par- 
faite, il  ne  peut  triompher  du  local  et  il  en  résulte  que  les  cantates 
font  peu  d'effet.  Dans  celle  de  M.  Paladilhe  nous  avons  remarqué  le 
solo  de  cor  de  l'introduction,  supérieurement  exécuté  par  M.  Raneux, 
et  les  couplets  de  Frédéric,  empreints  d'un  certain  coloris  mosco- 
vite, convenable  à  une  cantate  qui  a  pour  titre:  le  Czar  Ivan IV. 
Tout  le  reste  est  bien  écrit,  mais  nous  a  semblé  peu  saillant  au  point 
de  vue  de  l'idée  ;  après  cela,  c'est  peut-être  la  faute  du  local. 

Dans  le  compte  rendu  des  envois  de  Rome,  M.  Halévy,  le  secré- 
taire perpétuel,  avait  mentionné  avec  éloges  mêlés  de  critique  les 
travaux  de  plusieurs  lauréats,  MM.  David,  Rizet,  Colin  et  Conte. 
Dans  la  notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  M.  le  baron  Boucher- 
Desnoyers,  il  a  su  accomplir  une  tâche  plus  ardue,  en  nous  intéressant 
à  la  biographie  et  aux  œuvres  d'un  graveur.  En  pareille  circonstance, 
on  ne  donne  souvent  au  panégyriste  qu'un  champ  aride,  où  pous- 
sent seulement  quelques  ronces,  à  condition  qu'il  y  fera  venir  des 
fleurs  en  abondance.  M.  Halévy  n'a  jamais  mieux  prouvé  qu'il  possède 
ce  secret-là  autant  et  plus  que  personne. 

P.  S. 


FRAGMENTS 

DE  L  INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

{Ouvrage  inédit.) 

Quatrième  fragment  (1). 

La  nouveauté  la  plus  importante  que  les  siècles  de  décadence  et 
de  barbarie  ont  vu  introduire  dans  la  musique  est  l'harmonie  simul- 
tanée des  sons  :  en  vain  en  cherche-t-on  des  traces  dans  l'antiquité. 
Tous  les  raisonnements  qu'on  a  faits  autrefois  et  les  efforts  récents 
pour  démontrer  que  les  Grecs  et  les  Romains,  ont  connu  l'harmonie 
et  l'ont  pratiquée  sont  des  non-sens.  Les  résultats  auxquels  par- 
viennent les  érudits  imbus  de  ce  préjugé  sont  précisément  la  néga- 
tion de  l'harmonie  (2). 

Il  est  vrai  que  des  monuments  de  l'ancienne  Egypte  et  de  l'Assyrie 
offrent  des  représentations  de  musiciens  qui  jouent  des  harpes  et  des 
cythares  avec  les  deux  mains  ;  des  vases  grecs,  étrusques,  apuliens 
et  campaniens  font  voir  aussi  des  lyres  et  des  cythares  dont  les  cordes 
sont  pincées  de  la  même  manière.  Mais  rien  ne  prouve  que  les  mu- 
siciens représentés  font  de  l'harmonie,  ou  plutôt  il  est  certain  qu'ils 
font  entendre  des  successions  de  sons  isolés  en  les  pinçant  alterna- 
tivement par  une  main,  puis  par  l'autre;  car,  pour  ne  parler  que  de 
ce  qui  est  relatif  à  l'Asie  et  à  l'Egypte,  on  peut  affirmer  que  si  l'har- 
monie y  eût  été  connue  et  populaire,  elle  ne  s'y  serait  pas  perdue. 
L'Orient  conserve  encore  de  nos  jours  ses  traditions  de  l'antiquité. 
Là  où  est  l'harmonie  musicale,  elle  y  est  pour  toujours  et  ne  peut  se 
perdre  ;  enfin  elle  n'y  peut  être  comme  accessoire,  à  moins  qu'elle  ne 
s'y  produise  par  hasard,  comme  un  fait  fugitif  non  remarqué.  Dès 
qu'on  en  a  le  sentiment,  il  se  développe  invinciblement  et  bientôt  do- 
mine l'art  tout  entier. 

A  l'égard  des  Grecs,  on  se  persuade  qu'un  peuple  si  bien  doué  de 
facultés  intellectuelles  et  sentimentales,  et  qui  a  produit  tant  d'oeuvres 
immortelles  de  poésie,  d'éloquence,  d'histoire  et  de  philosophie,  qui 
a  mis  le  cachet  de  son  sentiment  du  beau,  si  fin,  si  délicat  et  s1 
grand  à  la  fois  dans  les  produits  du  ciseau  de  ses  artistes,  dans  les 
monuments  de  son  architecture,  dans  les  merveilles  de  son  Parthénon  ; 
on  se  persuade,  dis-je,  qu'un  tel  peuple  n'a  pu  imaginer  une  musique 
imparfaite  dont  l'harmonie  simultanée  des  sons  aurait  été  bannie  : 
c'est  qu'en  toute  chose  nous  ne  jugeons  que  par  comparaison  ;  c'est 
que  nous  transportons  nos  idées  et  nos  instincts  dans  des  temps  et 
chez  des  peuples  qui  y  étaient  étrangers.  Il  parait  sans  doute  à  peu 
prés  impossible  que  là  où  se  trouvaient  des  instruments  polycordes,  le 
hasard  n'ait  pas  fait  entendre  parfois  la  résonnance  simultanée  de 
deux  ou  d'un  plus  grand  nombre  de  sons,  et,  par  une  conséquence  na- 
turelle, que  leur  harmonie  n'ait  pas  saisi  l'oreille  des  Grecs  ;  mais 
entre  ce  phénomène  et  la  conception  de  l'art  basé  sur  un  élément 
semblable,  il  y  a  loin.  Un  fait  fugitif  tel  que  celui-là  pourrait  se  re- 
produire pendant  des  milliers  d'années  sans  avoir  d'autre  signification 
que  celle  d'un  phénomène  pour  ceux  qui  en  auraient  la  perception. 

Dans  la  plus  grande  partie  du  monde  habité,  les  instruments  n'ont 
point  d'autre  rôle  que  de  suivre  la  voix  à  l'unisson  et  de  jouer  des 
ritournelles.  A  cette  homophonie  s'ajoutent  quelquefois  des  bruits 
rhythmiques.  Les  peuples  indigènes  des  vastes  continents  de  l'Asie, 
de  l'Afrique,  et  les  nations  primitives  de  l'Amérique  et  de  l'Australie 
ne  connaissent  pas  autre  chose,  ou  plutôt  ne  se  plaisent  qu'à  la 
musique  de  cette  espèce,  bien  que  les  Européens  avec  qui  ils  sont 
en  relation  leur  aient  fait  entendre  de  l'harmonie.  La  perception 
complexe  des  sons  simultanés  leur  cause  de  la  fatigue  et  non  du 
plaisir. 

(1)  Voir  le  a"  3S. 

(2)  J'ai  traité  cette  question  avec  les  développements  nécessaires  dans  mon 
Mémoire  sur  l'harmonie  chez  les  Grecs  et  les  Romains. 


DE  PARIS. 


359 


Avant  le  vif  siècle  de  l'ère  chrétienne,  aucune  indication  cer- 
taine de  l'harmonie  simultanée  des  sons  n'apparaît  chez  les  écrivains  : 
Isidore  de  Séville  est  le  plus  ancien  auteur  connu  à  qui  nous  devons 
cette  indication  précise  :  a  La  musique  harmonique,  dit-il,  est  la 
•  modulation  de  la  voix,  la  concordance  de  plusieurs  sons,  et  leur 
h  union  simultanée  (1).  »  Pas  d'équivoque  dans  les  termes  ici  :  il  ne 
s'agit  pas  de  la  relation  harmonieuse  dans  la  succession  de  sons, 
suivant  le  système  tonal  (seule  acception  donnée  au  mot  harmonie 
par  les  théoriciens  grecs  et  par  Boèce,  leur  compilateur)  ;  l'harmcnie 
dont  parle  Isidore  est  bien  celle  des  sons  entendus  simultanément 
(coaptatio  plurimomm  sonorum).  Plus  loin,  Isidore  divise  cette 
harmonie  en  consonnante,  ou  symphonie,  et  dissonante,  ou  dia- 
phonie. 

Ces  passages  du  livre  de  l'évêque  de  Séville  ont  plus  d'importance 
qu'ils  ne  semblent  en  avoir  au  premier  aspect;  car  non-seulement 
ils  prouvent  que  les  notions  d'harmonie  avaient  pénétré  dans  la  culture 
de  la  musique  au  vne  siècle,  mais  ils  fournissent  une  indication 
qui  suffit  pour  déterminer,  d'une  manière  au  moins  vraisemblable, 
l'époque  où  cet  élément  nouveau  s'est  introduit  dans  l'art,  qu'il  était 
destiné  à  transformer.  Et  d'abord,  dans  la  supposition  qu'il  soit  possi- 
ble de  démontrer,  comme  nous  croyons  l'avoir  fait  dans  cette  histoire, 
que  les  peuples  orientaux  de  l'antiquité,  ainsi  que  ceux  des  temps  mo- 
dernes, ainsi  que  les  Grecs  et  les  Romains,  jusqu'à  la  chute  de  l'em- 
pire, n'ont  jamais  considéré  l'harmonie  des  sons  simultanés  comme 
une  partie  intégrante  de  la  musique,  il  faut,  ou  que  cet  élément  de  l'art 
ait  été  mis  en  pratique  chez  les  nations  celtiques  qui  peuplaient  les 
Gaules  et  l'Espagne,  ou  que  les  barbares  qui  surgirent  du  Nord  en 
masses  formidables  et  envahirent  toute  l'Europe,  y  aient  introduit  cette 
nouveauté.  Examinons  la  première  de  ces  hypothèses. 

Il  serait  sans  doute  possible  que  les  nations  celtiques,  pendant  la 
longue  suite  de  siècles  qui  suivit  leur  établissement  dans  les  Gaules 
et  dans  l'ibérie ,  eussent  reconnu  que  plusieurs  sons  réunis,  sous  de 
certaines  conditions,  peuvent  plaire  à  l'oreille  par  leur  cohésion,  bien 
que  ces  peuples  n'eussent  pas  apporté  de  notions  semblables  des 
contrées  asiatiques  dont  elles  étaient  originaires  ;  car,  ainsi  qu'une 
langue  primitive  peut  se  transformer  avec  le  temps  en  plusieurs  dia- 
lectes très-différents,  de  même  il  se  peut  que,  partant  d'observations 
faites  sur  les  relations  successives  des  sons,  on  passe  instinctivement 
à  la  conception  des  rapports  d'harmonie  simultanée.  Cependant  rien 
ne  nous  autorise  à  croire  qu'il  en  ait  été  ainsi  chez  les  peuples  celti- 
ques; car  Jules  César,  qui  les  soumit  à  "la  domination  de  Rome,  et  qui 
en  étudia  les  mœurs,  si  bien  décrites  par  lui ,  ne  dit  pas  un  mot  de 
cette  singularité,  qui  n'eût  pas  échappé  à  l'attention  d'un  homme  si 
bien  initié  aux  arts  et  doué  d'une  si  rare  intelligence.  Les  écrivains 
qui  vinrent  après  lui  et  vécurent  dans  les  Gaules  ne  fournissent  au- 
cun renseignement  dont  on  puisse  conclure  que  l'harmonie  était  en 
usage  chez  les  Gaulois. 

Cependant  le  silence  de  tous  les  auteurs  anciens  sur  l'emploi  de 
l'accord  simultané  des  sons  ,  ce  silence,  continué  jusqu'au  vir'  siècle, 
cesse  dès  lors.  Après  saint  Isidore  de  Séville,  la  plupart  des  auteurs 
de  traités  de  musique ,  à  l'exception  des  simples  commentateurs  de 
Boèce,  parlent  de  la  symphonie  et  de  la  diaphonie;  de  plus,  ils  en 
donnent  des  exemples.  Quelque  imparfaite,  quelque  barbare  même 
que  soit  cette  harmonie,  elle  ne  nous  donne  pas  moins  la  certitude 
que  le  principe  de  la  réunion  des  sons  en  groupes  simultanés  avait 
pénétré  dans  toute  l'Europe  avant  le  vu0  siècle.  Mais  ce  principe , 
quelle  est  son  origine  ?  Quel  pays  l'a  vu  se  produire  ?  Ni  l'Asie,  ni  la 
Grèce,  ni  l'Italie,  ni  les  Gaules,  ni  l'Espagne  n'en  ont  eu  connaissance  : 
quel  peuple  en  a  donc  eu  le  premier  l'intuition  ?  Qu'on  y  songe  ;  on 
verra  qu'on  ne  peut  le  chercher  que  parmi  les  nations  du  Nord,  qui 
changèrent  toutes  choses  dans  l'Occident;  en  un  mot,  l'on  verra  que 

(1)  Harmonica  (musica)  est  modulatio  vocis  et  concordantia  plurimorum  sono- 
rum, et  coaptatio.  (Isid.  HispOl.  Scntcntiœ  de  musica,  cap.  0.) 


c'est  chez  les  descendants  des  Scythes  septentrionaux  qu'il  faut  se  ré- 
signer à  aller  le  trouver.  Là  seulement  existaient  des  races  de  l'ancien 
monde  qui  n'avaient  pas  été  mises  en  contact  avec  la  puissance  ro- 
maine des  beaux  temps  de  la  république  et  de  l'empire,  et  qui,  plus 
tard,  en  consommèrent  la  ruine.  Ici  pourtant  surgissent  de  nouvelles 
difficultés. 

On  a  vu  précédemment  par  quelle  réunion  de  témoignages  antiques 
et  par  quelles  analogies  s'établit  la  filiation  de  tous  les  peuples  de 
race  blanche  indo-caucasienne;  enfin,  comment  une  première  mi- 
gration fournit  à  l'Asie  Mineure,  à  la  Grèce,  à  l'Italie  leurs  habitants 
primitifs.  D'autre  part,  un  rameau  de  cette  race  était  sorti  de  la  Perse, 
et  s'avançaut  avec  lenteur,  sous  le  nom  do  Scythes,  dans  les  im- 
menses plaines  de  la  Tartarie  ou  Tatarie,  ces  descendants  des  pre- 
miers Perses  avaient,  pendant  une  longue  suite  de  siècles,  mené  la  vie 
nomade  et  pastorale  ;  puis,  vraisemblablement  refoulés  par  les  hordes 
mongoles,  ils  avaient  peuplé  les  deux  Scythies,  en  deçà  et  au  delà 
de  l'Imaùs,  et  s'étaient  avancés  au  nord  et  à  l'est  de  la  mer  Caspienne, 
jusqu'au  Caucase.  Dans  la  suite  des  temps,  ces  Scythes  étaient  divisés 
en  plusieurs  tribus,  dont  les  noms,  accompagnés  de  quelques  faits 
historiques,  nous  ont  été  transmis  par  les  écrivains  de  l'antiquité. 
C'étaient  les  Gètes,  qui,  plus  tard,  furent  appelés  Golhs,  et  qui  se  di- 
visèrent en  Visigolhs,  répandus  sur  les  deux  rives  du  Borysthène,  et 
les  Ostrogolhs,  placés  à  l'ouest  du  Tanaïs  (le  Don)  ;  les  iMassagètes, 
c'est-à-dire  les  grands  Gètes,  au  nord  de  la  mer  Caspienne;  et  près 
de  ceux-ci  les  tribus  moins  nombreuses  des  Chalœ  (les  Cattes),  des 
Sassoncs  (les  Saxons),  des  Suébi  (les  Suèves),  des  Jotas  (les  Jutes),  et 
enfin,  vers  le  Ponl-Euxin,  les  Bastarnes,  les  Roxolans,  les  AgatAyrses, 
et  d'autres  encore. 

11  n'est  pas  de  notre  sujet  de  rechercher  les  causes  qui  ont  divisé 
ces  peuples  dont  l'origine,  le  langage,  les  mœurs  et  la  religion  étaient 
identiques,  bien  qu'ils  aient  porté  des  noms  différents.  Encore  moins 
nous  livrerons-nous  à  des  conjectures  pour  pénétrer  les  mystères  de 
leur  histoire,  n'ayant  pour  guide  que  les  notions  confuses  des  écrivains 
de  l'antiquité  sur  ces  peuples.  Tout  ce  qui  peut  être  considéré  comme 
certain,  c'est  que  les  Scythes  formaient  une  population  forte  et  brave, 
défendue  d'ailleurs  par  la  nature  du  pays  qu'elle  habitait.  Cyrus  trouva 
la  mort  et  la  destruction  de  son  armée  chez  ces  barbares,  comme  les 
appelaient  les  Grecs;  Darius  et  Alexandre  essayèrent  en  vain  de  les 
soumettre.  Mais  ces  derniers  faits,  qui  paraissent  hors  de  doute,  sont 
modernes,  comparés  à  la  haute  antiquité  de  l'établissement  des  Scythes 
aux  environs  de  la  mer  Caspienne  et  du  Caucase  :  antiquité  démontrée 
récemment  par  les  constructions  cyclopéennes  qui  ont  été  trouvées 
dans  ces  contrées,  et  qui  sont  le  signe  certain  de  l'occupation  du 
pays  par  une  population  primitive  dont  on  retrouve  partout  les  traces 
dans  le  monde  connu  des  anciens. 

Chez  les  Scythes  le  courage  se  réunissait  aux  autres  qualités  mo- 
rales :  rappelons-nous  le  mythe  du  Scythe  Prométhée  qui,  sous  ses 
allégories,  nous  montre  la  puissance  de  l'intelligence  humaine  en 
lutte  avec  la  nature  et  la  domptant.  Pour  que  les  Grecs  aient  intro- 
duit ce  mythe  dans  leur  théogonie,  il  fallait  qu'ils  eussent  reconnu 
que  la  lumière  leur  était  venue  de  la  Scythie  par  les  descendants  de 
Deucalion,  lils  mythologique  de  ce  même  Prométhée.  N'oublions  pas 
non  plus  Anacharsis,  cet  autre  Scythe,  qui,  dans  le  ivc  siècle  avant 
l'ère  chrétienne,  étonna  la  Grèce  par  le  développement  de  sa  raison 
et  l'étendue  de  ses  connaissances. 

Nonobstant  les  ténèbres  qui  environnent  l'histoire  des  Scythes,  il 
est  un  fait  qui  parait  avoir  toute  la  certitude  désirable,  ;\  savoir,  qu'à 
une  certaine  époque  une  partie  de  celte  population  s'ouvrit  un  pas- 
sage à  travers  le  Caucase  et,  de  proche  en  proche,  alla  s'établir  au 
sud  du  Danube,  poussée  sans  doute  par  les  Sarmates  ou  les  Mongols. 
Non  que  tous  les  Scythes  aient  abandonné  leur  ancienne  patrie,  car 
les  Tchelchennes  et  les  Tcherkesses  de  la  Circassie,  leurs  descendants, 
occupent  encore  les  mômes  contrées,   montrent  le  même  amour  de 


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REVUE  El  GAZETTE  MUSICALE 


l'indépendance,  et  ont  sur  tous  les  peuples  qui  les  environnent  une 
incontestable  supériorité  de  courage,  d'intelligence  et  de  beauté.  Il  est 
certain  que  plus  de  six  cents  ans  avant  l'ère  chrétienne,  une  partie  des 
Scythes  occidentaux  s'était  établie  dans  la  Gétie  et  dans  la  Dace,  d'où 
ils  continuèrent  leurs  progrès  en  passant  le  Danube,  refoulant  à  tra- 
vers la  Germanie,  jusqu'au  delà  du  Rhin,  les  Celtes  du  nord  .qui  en 
étaient  les  premiers  habitants.  Leurs  conquêtes  s'étendirent  jusqu'aux 
pays  septentrionaux  qui  portent  aujourd'hui  les  noms  de  Suède,  Nor- 
wége  et  Danemark,  et  dont  les  habitants,  Scythes  ou  Goths,  furent 
appelés  Scandinaves  dans  les  premiers  siècles  de  l'ère  chrétienne. 

L'abandon  de  la  vie  nomade,  dans  ces  contrées  qui  n'y  sont  pas 
favorables,  dut  avoir  pour  les  Scandinaves  un  résultat  que  nous  voyons 
se  reproduire  avec  le  temps  chez  tous  les  peuples  qui  ont  des  mœurs 
fixes,  c'est-à-dire  le  développement  de  la  civilisation  jusqu'à  un  cer- 
tain degré.  La  guerre,  la  navigation,  la  poésie,  la  musique,  telles  ont 
été  leurs  occupations  favorites,  d'après  des  documents  historiques  dont 
l'autorité  est  hors  de  toute  contestation.  Leurs  scaldes,  poètes  chan- 
teurs et  guerriers,  dont  la  ressemblance  avec  les  bardes  celtes  est  frap- 
pante, ont  laissé  des  témoignages  de  la  richesse  de  leur  imagination 
dans  les  légendes  dont  s'est  formée  l' Edda  (1),  et  dans  les  strophes  de 
\'Havamaal(2),  poëmes  d'une  antiquité  beaucoup  plus  reculée  que  les 
Sagas  (3),  et  dont  on  a  retrouvé  des  fragments  gravés  sur  des  rochers 
en  caractères  runiques  d'une  époque  antérieure  à  ceux  d'Ulphilas. 
Leur  antiquité  remonte,  dit-on,  au  m0  siècle  de  l'ère  chrétienne.  Ces 
poëmes  étaient  chantés,  et  les  scaldes  accompagnaient  leurs  voix  avec 
des  harpes  d'une  forme  particulière,  qui  furent  transportées  plus  tard 
en  Ecosse  et  en  Irlande  par  les  hommes  du  Nord. 

Est-ce  dans  ces  contrées  et  dans  l'accompagnement  du  chant  par 
les  harpes  que  l'harmonie  a  pris  naissance  ?  Puis  s'est-elle  propagée 
chez  les  peuplades  des  bords  de  l'Elbe  et  du  Weser,  qui  en  auraient 
porté  quelque  indication  plus  tard  dans  les  parties  méridionales  de 
l'Europe  ?  Ou  bien  devons-nous  chercher  l'origine  -de  cette  harmonie 
chez  les  Slaves,  race  formée,  comme  nous  l'avons  dit,  d'un  mélange 
de  Sarmates,  de  Thraces  et  d'Illyriens  ?  La  sensibilité  musicale  des 
peuples  de  la  race  slave  est,  comme  on  sait,  très-remarquable  :  leurs 
mélodies  sont  en  général  tendres  et  mélancoliques.  Leur  penchant  pour 
l'harmonie  se  manifeste  d'une  manière  non  équivoque  ;  car  les  paysans 
de  l'intérieur  de  la  Russie  font  entendre  avec  leur  Gvsla,  de  temps 
en  temps,  des  accords  sur  leurs  mélodies.  Il  en  est  de  même  chez  les 
Finlandais,  race  sarmatepure,  dont  les  improvisateurs  de  la  campagne 
accompagnent  de  leur  accord  parfait  les  notes  finales  des  phrases  de 
leurs  chants,  avec  leurs  petites  harpes  appelées  kan'èle.  Cependant, 
l'influence  des  populations  slaves  ne  s'est  fait  sentir  en  Europe  que 
longtemps  après  celle  des  Germains  ;  il  y  a  donc  lieu  de  croire  que 
c'est  à  ceux-ci,  et  surtout  aux  Goths  et  aux  Saxons,  leurs  voisins,  qu'on 
doit  attribuer  les  premiers  essais  de  l'harmonie  et  l'introduction  de 
ce  nouvel  élément  dans  la  musique. 

Grande  est  la  différence  entre  les  Golhs  de  la  Scandinavie,  les 
Saxons  et  les  Lombards,  d'une  part,  et  les  tribus  confédérées  des 
Franks  de  la  Germanie,  d'autre  part,  bien  que  leur  origine  ait  été 
la  même.  Ceux-ci,  quoiqu'ils  eussent  été  souvent  en  contact  avec  les 
armées  romaines,  étaient  restés  barbares,  dans  toute  l'acception  du 
mot.  Cependant  Tacite  nous  apprend  qu'ils  avaient  des  chants  an- 
tiques qui  leur  servaient  d'annales;  mais  les  Goths,  les  Saxons  et  les 
Lombards   unissaient  au  courage   guerrier  une  certaine   aménité  de 

(1)  Recueil  de  poésies  mythologiques  des  Scandinaves  qui  remontent  à  une  haute 
amiquité.  lilles  ont  été  recueillies  en  Islande  dans  le  xic  siècle,  et  le  texte  a  été  tra- 
duit en  danois  par  Fenn  Magnusen,  d'après  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale 
de  Copenhague,  et  sa  traduction  a  été  publiée  dans  cette  ville.  Afzélius  en  a  donné 
une  traduction  suédoise,  d'après  les  manuscrits  d'IIpsal. 

(2)  Havamaal  ou  Oracle  tt'Odin,  composition  morale  qui  se  Irouvedans  l'Edda. 

(3)  Traditions  historiques  recueillies  depuis  le  xn"  siècle  jusqu'au  xv°.  On  en  a 
publié  des  recueils  en  ancien  islandais  et  en  latin,  a  Copenhague,  1825-1S33. 


mœurs,  l'amour  de  la  justice  et  le  goût  des  arts.  Ce  sont  eux  qui 
ont  exercé  une  influence  considérable  sur  la  musique  du  moyen  âge, 
après  qu'ils  eurent  envahi  l'Italie,  les  Gaules  et  l'Espagne,  anté- 
rieurement au  sixième  siècle.  Les  critiques  qui  ont  objecté  la  barbarie 
des  Germains  contre  les  innovations  musicales  que  nous  avons  at- 
tribuées aux  Goths,  aux  Saxons  et  aux  Lombards,  dans  des  écrits 
publiés  il  y  a  longtemps,  ont  donc  confondu  sous  une  seule  dénomina- 
tion des  peuples  dont  l'origine  était  en  effet  commune,  mais  dont  la 
situation  était  très-différente. 

Remarquons  d'ailleurs  qu'on  se  fait  une  opinion  très-fausse  des 
premières  agrégations  de  sons  que  présente  l'histoire  de  l'harmonie, 
si  l'on  se  persuade  qu'elles  avaient  quelques  rapports  avec  ce  qu'on 
entend  dans  la  mélodie  moderne.  Si  le  fait  de  l'association  simultanée 
des  sons  est  digne  de  toute  notre  attention,  à  cause  du  pays  et  de 
l'époque  où  il  s'est  produit,  c'est  par  son  originalité  qu'il  mérite 
notre  intérêt  ;  car  les  agrégations  en  elles-mêmes,  et  surtout  leurs 
successions  étranges,  mettraient  notre  oreille  à  la  torture.  Ce  fait, 
barbare  comme  le  temps  où  il  s'est  manifesté,  ne  constitue  point  un 
art;  mais  on  voit  la  pensée  qui  lui  a  donné  naissance  devenir,  par  la 
suite  des  temps,  la  base  d'un  art  réel  de  l'harmonie  ;  c'est  cette 
pensée  qui  paraît  appartenir  aux  descendants  des  Scythes. 

Ainsi  qu'on  l'a  vu  précédemment,  c'est  au  vue  siècle  qu'on  ap- 
perçoit  les  premières  traces  de  cette  harmonie  qui,  dès  le  ve,  a  dû. 
être  importée  en  Italie,  en  France,  en  Espagne,  en  Angleterre.  Vers 
le  ixe,  nous  la  trouvons  en  progrès;  les  agrégations  grossières  ont 
disparu  ;  il  y  a  accord  dans  celles  que  la  musique  admet  ;  les  suc- 
cessions teules  sont  vicieuses,  en  ce  qu'elles  blessent  le  sentiment  de 
la  tonalité,  c'est-à-dire  du  rapport  d'affinité  de  l'échelle  des  sons. 
Insensiblement  l'usage  de  ces  successions  anormales  devient  plus 
rare  ;  mais  ce  n'est  qu'à  la  fin  du  xive  siècle  qu'elles  disparaissent 
complètement.  Alors  seulement  l'harmonie  régulière  est  constituée, 
mais  elle  est  renfermée  dans  des  limites  très-étroites.  Cependant 
pour  parvenir  à  ce  résultat,  il-n'a-pas-fallu  moins  de  neuf  cents  ans, 
depuis  la  première  introduction  des  groupes  de  sons  simultanés 
dans  la  musique  des  peuples  placés  à  l'est,  au  sud  et  à  l'ouest  de 
l'Europe. 

FÉTIS  père. 


DN  OPÉRA  INÉDIT  DE  MOZART. 

Il  y  a  dix-huit  mois  environ,  la  Société  pour  chant  d'opéra,  fondée 
par  Lichtenstein  et  Ferdinand  Schmidt,  à  Francfort,  exécuta  pour  la 
première  fois  probablement  en  Allemagne  un  opéra  inédit  de  Mozart, 
intitulé  l'Oca  del  Cairo  (l'oie  du  Caire),  qui  charma  les  auditeurs, 
et  mérite  bien  qu'on  y  revienne  avec  quelque  détail. 

Si,  en  général,  on  peut  avec  raison  appeler  la  musique  de  Mozart 
incomparable,  on  a  d'autant  plus  lieu  de  s'étonner  que  cette  partition, 
sous  le  rapport  de  la  hardiesse,  de  la  facilité  d'invention  prime- 
sautière,  se  rapproche  quelque  peu  du  style  bouffe  des  Italiens,  qu'elle 
fait  pressentir  et  qu'elle  prépare  même  l'avènement  de  Rossini,  sans 
perdre  pour  cela  rien  de  sa  profondeur,  et  aussi  sans  préjudice  de  la 
grâce  et  du  sentiment  intime  qui  caractérisent  habituellement  le  faire 
du  maître.  Il  ne  me  serait  guère  possible  de  spécifier  un  cas  particu- 
lier, de  citer  un  exemple  constatant  cette  analogie  ;  elle  résulte  de 
l'effet  total  de  la  partition. 

Voici  maintenant  quelques  données  historiques  au  sujet  de  l'opéra 
en  question.  Après  le  succès  triomphal  de  l'Enlèvement  au  sérail, 
l'Opéra  italien  ayant  rouvert  en  1782,  Mozart  se  mit  en  quête  d'un 
texte  qui  fût  d'un  comique  de  bon  aloi  ;  après  des  recherches  lon- 
gues et  infructueuses,  il  finit  par  mettre  la  main  sur  l'Oca  del  Cairo  : 
le  libretto  est  de  l'abbé  Varesco,  à  Salzbourg,  l'auteur  des  paroles 
à'Idomënée. .Pendant  le  séjour  de  Mozart  dans  cette  ville,  de  juillet  à 


DE  PARIS. 


361 


octobre  1783,  le  poëte  et  le  compositeur  y  travaillèrent  en  commun. 
Dans  les  manuscrits  laissés  par  Mozart,  et  dont  M.  A.  André,  à  Offen- 
barli,  a  fait  l'acquisition,  comme  on  sait,  se  trouve  le  premier  acte,  en 
entier,  écrit  de  la  main  de  Varesco,  ainsi  que  le  scénario  très-détaillé 
des  deux  derniers  actes,  en  prose.  Du  premier  acte,  Mozart  composa 
deux  duos,  deux  airs,  un  récitatif,  un  quatuor  et  un  grand  finale  avec 
chœurs. 

Quant  au  sujet  de  la  pièce,  les  indications  données  par  Otto  Jahn 
dans  l'arrangement  pour  piano  pourront  suffire.  Don  Pippo  (basse- 
taille),  homme  orgueilleux  et  fat,  a  promis  la  main  de  sa  fille,  Célidora 
(soprano),  au  comte  Lionetto  :  en  attendant  Célidora  est  enfermée  dans 
une  tour  avec  sa  suivante,  Lavina  (soprano),  que  Don  Pippo  prétend 
épouser  lui-même.  Célidora  a  un  amant,  Biondello  (primo  amoroso), 
auquel  don  Pippo  s'est  engagé  d'accorder  la  main  de  sa  fille,  si  dans 
l'espace  d'une  année  il  réussit  à  pénétrer  auprès  d'elle.  Biondello  s'est 
associé  avec  l'amant  de  Lavina,  Calendrino  (ténor),  qui  est  un  habile 
mécanicien  ;  ils  ont  mis  dans  leurs  intérêts  Chichibio  (basso-buffo), 
domestique,  et  la  soubrette  Auretta.  L'action  se  passe  au  dernier  jour 
de  l'année  :  les  deux  amants  ont  essayé  de  bâtir  un  pont  pour  escala- 
der la  tour  ;  leur  tentative  a  échoué.  Calendrino  construit  alors  une 
oie  assez  grande  pour  qu'un  homme  puisse  y  entrer  et  en  diriger  les 
ressorts  ;  on  la  fait  porter  chez  Pantéa,  qui,  déguisée  en  bohémienne 
venant  du  Caire,  doit  faire  l'exhibition  de  cette  merveille.  On  espère 
décider  don  Pippo  à  la  faire  voir  aux  deux  jeunes  recluses,  pour  que 
de  cette  façon  Biondello  pénètre  dans  la  tour.  Calendrino  y  met  pour 
condition  que  son  ami  lui  fera  obtenir  la  main  de  Lavina.  Le  strata- 
gème réussit  :  don  Pippo,  pour  donner  plus  d'éclat  à  la  fête  de  son 
mariage,  permet  d'introduire  dans  la  tour  le  merveilleux  volatile. 
Quand  tout  le  monde  est  réuni,  Biondello  sort  de  la  machine,  Pantéa 
se  fait  reconnaître  pour  la  femme  de  Pippo,  qu'on  croyait  morte  depuis 
longtemps,  et  tout  le  monde  est  satisfait. 

Dans  le  scénario,  il  y  aurait  à  louer  et  à  blâmer  :  mais  à  quoi  bon  ? 
Il  suffit  que  Mozart,  alors  âgé  de  vingt-sept  ans,  s'en  soit  occupé 
sérieusement,  pour  que  ce  que  nous  possédons  de  la  pièce  mérite  de 
nous  intéresser.  M.  Jules  André  dit  dans  la  préface:  «  Je  recomman- 
derai en  particulier  le  duo  entre  Auretta  et  Chichibio,  le  quatuor  et  le 
finale.  Ces  morceaux  renferment  des  beautés  du  premier  ordre,  et, 
quoique  inachevés,  ils  peuvent  être  mis  sur  la  même  ligne  que  les  plus 
beaux  passages  de  ses  autres  opéras  »  (et  j'ajoute,  en  particulier  des 
Noces  de  Figaro).  Mozart  dit  lui-même,  dans  une  de  ses  lettres,  qu'il 
est  parfaitement  content  de  l'air  bouffe  de  Chichibio,  du  quatuor  et  du 
finale,  qu'il  se  fait  une  fête  de  l'entendre,  et  que  cela  le  chagrinerait 
si  cette  musique  avait  été  écrite  en  pure  perte.  De  plus,  Mozart  est 
d'avis  qu'il  faut  introduire  des  changements  dans  le  texte  :  il  les  indi- 
que lui-même,  ce  qui  prouve  suffisamment  combien  il  attachait  d'im- 
portance à  l'œuvre,  et  combien  il  désirait  qu'elle  fût  jouée.  Une  chose 
digne  de  remarque,  c'est  que  la  partie  des  deux  basses-tailles  est  fort 
élevée,  ce  qui  doit  surprendre,  après  tout  le  parti  que  Mozart  avait 
su  tirer  des  cordes  graves  de  la  voix  d'Osmin.  Si,  à  cette  époque,  on 
avait  déjà  inventé  le  baryton,  selon  toute  apparence  Mozart  eût 
donné  ce  nom  à  la  basse-taille  élevée.  Le  quatuor  n'est  pas  moins 
remarquable:  deux  soprani,  deux  ténors  ;  on  ne  s'aperçoit  nullement 
de  l'absence  de  la  basse.  Mais  qu'y  avait-il  de  difficile  ou  d'impossible 
pour  le  génie  de  Mozart?  Qu'on  se  rappelle  la  merveilleuse  économie 
du  quatuor  des  trois  génies,  et  de  Pamina  dans  la  Flûte  enchantée. 

Parmi  les  esquisses,  on  trouve  des  feuillets  qu'on  peut  regarder 
comme  des  études  pour  divers  morceaux  de  YOca  del  Cairo  ;  mais 
ces  études  sont  à  peu  près  complétées,  et  il  y  aurait  eu  peu  de  chose 
à  ajouter  en  les  mettant  au  net.  Il  est  à  présumer  que  Mozart  avait 
déjà  arrêté  l'harmonie  et  la  partie  des  divers  instruments.  (Die  zwischen- 
sœlze  der  Instrumente)  :  toutefois,  les  brouillons  ne  contiennent  que 
quelques  indications  à  ce  sujet.  Un  air  de  Biondello,  esquissé  à  la  hâte, 
nous  en  fournit  la  preuve  évidente.  Dans  l'arrangement  pour  piano  de 


J  André,  cette  esquisse  est  annexée  à  titre  de  fac-similé  ;  mais  comme 
les  notes  sont  à  peu  près  illisibles,  l'éditeur  y  a  joint  une  copie  mise 
au  net.  Tout  artiste  en  doit  savoir  gré  à  l'éditeur  ;  cette  esquisse  mé- 
ritait d'être  préservée  de  l'oubli  ;  nous  y  surprenons,  pour  ainsi  dire, 
le  compositeur  au  moment  de  la  création.  De  plus,  elle  nous  fait  voir 
qu'en  écrivant  sa  musique,  Mozart  n'observait  pas  l'ordre  dans  lequel 
les  différents  morceaux  se  suivaient  dans  la  pièce  ;  il  choisissait  ceux 
qui  répondaient  à  la  disposition  momentanée  de  son  esprit. 

Une  analyse  de  l'arrangement  pour  piano  dépasserait  les  limites  qui 
me  sont  imposées.  Je  me  bornerai  donc  à  répéter  que  dans  ces  frag- 
ments l'inspiration  répond  à  la  perfection  du  travail.  Le  finale  sur- 
tout est  riche  en  effets  puissants  ;  si  le  crescendo  formidable  du  der- 
nier presto  —  à  six  voix  avec  chœur  —  produit  une  impression  si 
grandiose  chanté  au  piano,  que  serait-ce  s'il  était  exécuté  sur  la 
scène  et  à  grand  orchestre? 

Ces  observations  sommaires  suffisent  pour  signaler  une  œuvre  d'une 
telle  importance  à  l'attention  publique.  Il  est  à  désirer  qu'à  l'instar 
de  la  Société  de  Francfort,  d'autres  réunions  vocales  cherchent  à  po- 
pulariser une  partition  qui  malheureusement  est  trop  incomplète  pour 
pouvoir  être  représentée  sur  un  théâtre. 

Karl  GOLLMICK. 


NOUVELLES. 

„**  Aujourd'hui  dimanche  ,  par  extraordinaire ,  le  théâtre  impérial 
de  l'Opéra  donnera,  au  bénéfice  de  la  caisse  des  pensions,  et  avec 
le  concours  de  Mme  Ferraris,  le  Prophète,  dont  la  reprise  a  eu  lieu 
vendredi  avec  tant  d'éclat.  —  Mercredi,  ce  grand  et  bel  ouvrage  sera 
représenté  pour  la  troisième  fois. 

.%  Lucie  de  Lanmsrmoor  a  été  donnée  mercredi  |  pour  le  début  de 
Mme  Vandenheuvel-Duprez  dans  le  principal  rôle.  La  célèbre  cantatrice, 
qui  devait  à  ce  rôle  ses  premiers  succès  sur  le  théâtre  Italien,  lorsqu'elle 
y  parut  avec  son  père,  ne  pouvait  le  reprendre  avec  moins  d'avantage 
que  par  le  passé.  Elle  a  donc  été  légitimement  applaudie  et  rappelée 
deux  fois,  après  le  premier  et  le  troisième  acte. 

t%  La  construction  de  la  nouvelle  salle  d'Opéra  sur  le  boulevard  des 
Capucines  sera,  dit-on,  confiée  à  M.  Duban,  architecte  de  l'Ecole  des 
beaux-arts,  membre  de  l'Institut,  et  qui  sera  assisté  dans  cette  œuvre 
importante  par  M.  Rotiault  de  Fleury,  architecte. 

»*,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique,  les  répétitions  du  Pardon 
de  Ploërmel  se  poursuivent  activement.  On  sait  que  Mlle  Wertheimber 
remplira  le  rôle  d'Hoël  ;  Mlle  Monrose,  celui  de  Dinorah,  et  Mlle  Darcier, 
fille  du  chanteur  de  ce  nom,  celui  qui  a  été  ajouté  pour  Mme  Nantier- 
Didiée  à  Londres.  On  espère  que  l'ouvrage  pourra  être  donné  vers  la  fin 
de  la  semaine. 

.,%  Un  ouvrage  en  trois  actes  de  M.  Limnander,  paroles  de  M.  Ro- 
zier,  sous  le  titre  provisoire  du  Mandarin,  vient  d'être  reçu.  Les  princi- 
paux rôles  seraient  confiés  à  MM.  Montaubry,  Couderc,  Sainte-Foy; 
Mines  Monrose  et  Lemercier. 

t*t  Dans  la  représentation  donnée  jeudi  au  bénéfice  d'un  artiste, 
Mme  Vestvali  et  les  sœurs  Marchisio  se  sont  fait  entendre,  ainsi  que  le 
ténor  de  l'Opéra,  Michot. 

**H,  Au  théâtre  Italien,  Pancani,  le  nouveau  ténor,  qui  a  débuté  di- 
manche dernier  dans  le  Tromtore,  est  un  artiste  de  talent  dont  le  seul 
tort  peut-être  est  d'arriver  un  peu  tard  à  Paris.  Sa  voix,  qui  a  perdu 
son  velouté,  ne  retrouve  le  timbre  et  l'éclat  que  dans  la  force,  et  l'on 
sent  alors  qu'elle  a  dû  être  très-belle.  Le  cantabile  convient  donc 
moins  à  Paucani  que  l'élan  et  la  véhémence.  C'est  surtout  dans  le 
morceau  du  troisième  acte:  Di  quella  pira,  qu'il  a  produit  de  l'effet  et 
enlevé  les  bravos,  On  annonce  qu'il  chantera  bientôt  Ernani  ;  puis,  il 
nous  quittera  pour  aller  remplir  à  la  Havane  un  engagement  de  quatre 
à  cinq  mois.  Vers  la  fin  de  la  saison,  il  doit  nous  revenir  et  chanter 
Olelio.  A  côté  de  lui,  dans  le  Trovatore,  Mines  Penco  et  Alboni,  ainsi  que 
le  baryton  Graziani,  ont  fait  leur  rentrée  et  reçu  du  public  l'accueil  le 
plus  flatteur. 

*%  Ronconi  est  engagé.  Nous  reverrons  bientôt  l'excellent  artiste 
dans  les  meilleurs  rôles  de  son  répertoire,  Il  Barbiere,  Cenerentola,  etc. 

t*t  Il  Matrimonio  segrtto  est  annoncé  pour  samedi  prochain.  Mlle  Marie 
Battu  y  chantera  le  rôle  d'Elisetta,  et  plusieurs  morceaux  de  la  parti- 
tion originale  seront  rétablis  pour  elle  ainsi  que  pour  Mme  Alboni. 


362 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»*.  Le  privilège  de  M.  Calzado,  directeur  du  théâtre  impérial  Italien, 
vient  d'être  prorogé  jusqu'au  1"  octobre  1864. 

***  Au  théâtre  Lyrique,  la  reprise  du  Val  d'Andorre  doit  avoir  lieu 
demain  lundi. 

*%  C'est  par  erreur  qu'on  a  annoncé  que  le  titre  de  l'opéra-comique 
de  Maillart,  qu'on  répète  en- ce  moment  au  théâtre  Lyrique,  est  Nella. 
C'est  bien  sous  le  titre  des  Pécheurs  de  Calane,  que  l'ouvrage  sera  joué 
au  commencement  de  novembre. 

***  Mlle  Gilliess,  qui  avait  remporté,  en  1 859,  le  premier  prix  de  grand 
opéra  au  Conservatoire,  a  débuté  la  semaine  dernière  dans  les  Dragons 
de  Villars.  Quoiqu'elle  semblât  surtout  appelée  au  genre  sérieux,  la  dé- 
butante ne  s'est  pas  mal  acquittée  du  rôle  difficile  de  Rose  Eriquet. 
Sans  doute  elle  a  encore  besoin  de  travail  pour  perfectionner  quelques 
notes  de  sa  voix,  d'ailleurs  fort  jolie,  et  achever  de  corriger  sa  pronon- 
ciation anglaise;  mais,  en  somme,  elle  doit  être  une  précieuse  acquisi- 
tion pour  ce  théâtre,  où  deux  élèves  lauréats  du  Conservatoire  vont 
encore  débuter  bientôt  :  Mlle  Baretty,  qui  jouera  le  rôle  principal  des 
Pécheurs  de  Catane,  le  nouvel  opéra  d'Aimé  Maillart,  et  M.  Petit,  ba- 
ryton, qui  se  distingue  à  la  fois  comme  acteur  et  chanteur. 

„%  L'opéra-comique  en  trois  actes  de  MM.  Carré  et  Ernest  Reyer,  qui 
sera  donné  dans  le  courant  de  l'hiver  au  théâtre  Lyrique,  a  pour  titre  : 
les  Ruines  de  Balbec. 

„*„  Le  charmant  opéra  d'Hérold,  les  Rosières,  sera  représenté'sous  peu 
dans  les  villes  suivantes  :  Bordeaux,  Montpellier,  Nîmes,  Versailles,  Bou- 
logne-sur-Mer,  Anvers,  Gand  et  Mons. 

**S:  Aux  Bouffes-Parisiens  le  succès  à'Orphée  aux  enfers  ne  se  ralentit 
pas;  on  en  est  à  la  264e  représentation.  L'Hôtel  de  la  poste,  un  acte  de 
MM.  Philippe  Cil'e  et  Alfred  Dufresne,  les  auteurs  des  Valets  de  Gascogne, 
vient  d'être  mis  en  répétition. 

i,%  Les  recettes  des  théâtres,  concerts,  bals  et  spectacles  de  tout  genre 
pendant  le  mois  de  septembre,  ont  été  de  '1,358,803  fr.  93  c;  celles  du 
mois  d'août  précédent  ne  s'étaient  élevées  qu'à  4,115,130  fr.  21  c.  Diffé- 
rence en  faveur  de  septembre  :  243,673  fr.  72  c. 

„*„  Le  chœur  A  la  patrie,  exécuté  avec  tant  d'effet  par  la  Société  alle- 
mande Teutonia,  et  que  son  illustre  auteur,  Meyerbeer,  avait  bien  voulu 
dédier  à  cette  Société,  dont  il  a  accepté  la  présidence  honoraire,  va  être 
publié  prochainement. 

***  S.  M.  l'Empereur  vient  de  faire  remettre  à  Aimé  Maillart,  à  l'oc- 
casion de  sa  cantate,  exécutée  Je  45  août  à  l'Opéra,  une  magnifique  mé- 
daille en  or  accompagnée  d'une  lettre  des  plus  flatteuse  pour  l'auteur 
de  Gastilbelza  et'  des  Dragons  de   Villars. 

***  Parmi  les  papiers  de  la  succession  de  Spohr,  on  a  trouvé  un 
opéra  en  trois  actes,  que  l'auteur  écrivit  à  Gotha  en  1808,  et  qui  porte 
le  singulier  titre  de  :  Alruna,  la  reine  des  chouettes. 

„%  On  voit  en  ce  moment  à  Vienne  une  curiosité  musicale:  c'est  le 
clavecin  de  Haydn.  Cet  instrument  historique,  dont  quelques  Anglais 
avaient  fait  présent  au  grand  compositeur,  est  exposé  dans  les  salons  de 
M.  Lévy,  éditeur  de  musique. 

*%  Géraldy,  l'excellent  chanteur  professeur,  nous  est  revenu  après 
de  brillantes  excursions,  où  le  succès  lui  a  tenu  fidèle  compagnie. 
Maintenant  il  va  reprendre  ses  leçons  et  ses  cours,  en  amassant  de  nou- 
velles provisions  pour  la  saison  prochaine. 

**„,  Jeudi  dernier  une  foule  nombreuse  d'artistes  et  de  notabilités  de 
tout  genre  assistait  dans  l'église  de  Passy  au  mariage  de  M.  H.  Cheva- 
lier, sculpteur,  avec  Mlle  Amédée  Ileugel,  fille  de  l'éditeur  de  musique. 
Pendant  la  messe,  Mme  Miolan-Carvalho  a  chanté  le  prélude  de  Bach, 
arrangé  en  Ave  Maria  par  Gounod  ;  llerman  jouait  la  partie  de  violon,  et 
Lefébure-Wely  tenait  l'orgue.  A  l'élévation,  Mme  Lefébure-Wely  a 
chanté  un  0  salutaris,  composé  par  son  mari. 

***  La  première  série  du  Répertoire  |  des  Orphéons  et  des  Sociétés  cho- 
rales, collection  des  chœurs  d'opéras  arrangés  pour  quatre  voix  d'homme 
sans  accompagnement,  vient  de  paraître.  Le  sympathique  accueil  dont 
elle  a  été  l'objet  dès  le  premier  moment  ne  permet  pas  de  douter  du 
succès  populaire  qui  l'attend,  comme  toute  publication  dont  l'â-propos 
est  manifeste. 

***  Mme  Caroline  Ronzé,  cantatrice  d'un  très-grand  talent  et  dont 
les  succès  ont  été  notamment  très-marqués  à  la  Canobbiana  de  Milan,  se 
trouve  en  ce  moment  à  Paris. 

*%  Le  caprice-fantaisie   de   Magnus  sur  le  Pardon   de  Plo'érmel,  que 

l'excellent  pianiste  compositeur  a  fait  entendre  avec  tant  de  succès  pen- 
dant la  saison  passée,  paraîtra  incessamment. 

«*;  Un  important  travail  consacré  à  l'art  musical  en  Espagne,  dont 
la  publication  était  commencée  depuis  quatre  ans,  vient  d'être  terminé. 


Il  a  pour  auteur  un  maître  de  ce  pays,  qui  a  passé  plusieurs  années  à 
parcourir  les  différentes  provinces  d'Espagne  pour  y  recueillir  les  docu- 
ments nécessaires,  ù.  Mariano  Soriano  Fuertes,  connu  par  diverses 
compositions  de  musique  pratique.  Nous  consacrerons  prochainement 
un  article  spécial  à  cet  ouvrage,  qui  ne  forme  pas  moins  de  quatre  vo- 
lumes accompagnés  de  planches  de  musique. 

***  Les  nouveaux  morceaux  de  piano  de  R.  Favarger:  Caliban,  grande 
valse  de  salon,  V Escarpolette,  morceau  de  salon  et  une  fantaisie  sur  des 
thèmes  du  Comte  Ory,  ont  été  publiés  cette  semaine.  Le  succès  de  ces 
charmantes  compositions  nous  paraît  assuré  d'avance. 

*%  L'oratorio  :  le  Retour  de  Tobie,  que  Haydn  écrivit  à  l'âge  de 
quarante-quatre  ans  sur  un  texte  italien,  et  que  depuis  l'incendie  du 
château  Esterhazy  à  Eisenstadt  on  croyait  perdu,  a  été  retrouvé,  grâce 
aux  actives  recherches  de  M.'  Franz  Lachner.  On  traduit  en  ce  moment 
l'ouvrage  en  allemand  ;  il  sera  exécuté  pour  la  première  fois  à  Munich. 

*%  Mon  Paradis,  Vivacité  et  Constance,  tels  sont  les  titres  de  trois 
morceaux  de  piano  qui  viennent  de  paraître.  La  composition  en  est  due 
à  M.  A.  Cunio.  dont  les  ouvrages  jouissent  d'une  grandevogue  en  An- 
gleterre, son  pays  natal. 

**,,  Mme  Anna  de  La  Grange,  la  célèbre  cantatrice,  vient  d'arriver  à 
Paris. 

*%  Sivori  a  quitté  Bade  pour  se  rendre  à  Gènes,  où  l'appellent  des  af- 
faires de  famille  ;  mais  dès  les  premiers  jours  de  novembre  le  célèbre 
violoniste  compte  se  remettre  en  route  et  visiter  les  principales  villes 
de  l'Allemagne,  et  peut-être  même  Saint-Pétersbourg. 

„**  Le  défaut  d'espace  nous  a  empêché  de  parler  dans  notre  dernier 
numéro  de  l'inauguration  des  concerts  du  Casino.  Arban  a  repris  pos- 
session de  son  poste  de  chef  d'orchestre  aux  applaudissements  d'un  public 
nombreux.  Le  programme  était  du  reste  composé  de  manière  à  satisfaire 
les  plus  difficiles.  Outre  l'ouverture  du  Roi  d'Yvetol  et  du  finale  de  la  sym- 
phonie en  mi  bémol,  de  F.  David,  la  musique  sérieuse  était  représentée 
par  la  grande  fantaisie  composée  par  Arban  sur  les  motifs  des  Huguenots. 
Les  larges  et  puissantes  inspirations  du  maître  ont  été  admirablement 
traduites  et  .coordonnées  par  l'un  de  nos  meilleurs  chefs  d'orchestre  ac- 
tuels, sa  nouvelle  œuvre  a  été  écoutée  avec  l'attention  la  plus  soutenue  ; 
et  à  la  fin  un  véritable  tonnerre  d'applaudissements  a  éclaté  de  toute 
part.  Le  même  accueil  était  réservé  à  la  grande  marche  aux  flambeaux 
du  maître,  orchestrée  par  Arban  et  exécutée  pour  la  première  fois  mardi 
dernier.  Les  mélodies  admirables  et  le  trésor  d'harmonie  répandus  à 
flots  dans  ces  pages  splendides  ont  mérité  à  l'orchestre  et  à  son  chef 
intelligent  une  ovation  véritable.  —  On  a  beaucoup  applaudi  aussi  un 
air  varié  et  une  andante  à'Armide  exécutés  par  Dcmersmann  avec  un  vé- 
ritable talent.  Dans  la  musique  de  danse  exécutée  jusqu'à  ce  jour,  on  a 
surtout  remarqué  le  quadrille  de  Bibi-Bamban,  sur  des  motifs  de  Lhuillier 
et  Offenbach,  et  une  polka  ayant  pour  titre  :  Polka  des  souhaits,  composée 
par  Arban. 

***  M.  Ely,  premier  prix  de  flûte  au  concours  de  cette  année,  vient  de 
mourir  à  l'âge  de  dix-neuf  ans. 

*%  Le  succès  obtenu,  dimanche  dernier,  par  le  concert  de  jour  qui 
a  eu  lieu  aux  Champs  Elysées,  a  décidé  l'administration  des  Concerts 
Musard  a  en  donner  un  deuxième  le  dimanche  14  octobre  4860,  de  2  à 
5  heures  du  soir. 

a**  M.  Jules  Cornet,  ancien  directeur  de  l'Opéra  à  Vienne,  vient  de 
mourir,  à  Berlin,  dans  sa  soixante-septième  année.  11  avait  été  autrefois 
ténor  cto  beaucoup  de  talent  et  brillait  surtout  clans  le  rôle  de  Ma- 
saniello  de  la  Muette  de  Portici. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE 


à**  Rouen.  —  On  annonce  comme  très-prochaine  la  première  repré- 
sentation de  Piamlla,  opérette-bouffe,  de  Flotow. 

:,,*t  Chartres.  —  Une  solennité  religieuse  des  plus  intéressantes  aura 
lieu  â  Chartres  mercredi  prochain.  On  célébrera  dans  la  cathédrale  le 
600°  anniversaire  de  la  dédicace  de  cette  admirable  basilique ,  faite  le 
17  octobre  1260  devant  saint  Louis,  roi  de  France,  et  la  restauration  et 
la  réouverture  de  l'église  souterraine.  Les  douze  nouveaux  autels  de  la 
crypte,  fermée  au  culte  depuis  89,  seront  consacrés  par  douze  évêques. 

***  Toulouse.  —  Les  Pantins  de  Violette  viennent  d'obtenir  un  très- 
beau  succès.  Mlle  Alexandrine,  qui  débutait  dans  le  rôle  de  Violette, 


DE  PARIS. 


est  encore  un  peu  novice  comme  chanteuse  ;  cependant  elle  dit  le  poème 
avec  beaucoup  de  gentillesse  et  paraît  devoir  être  admise. 

.„**  Nîmes.  —  Le  Pardon  de  Ploërmèl  vient  d'être  mis  à.  l'étude.  —  Gi- 
ralda,  l'une  des  plus  charmantes  partitions  d'Ad.  Adam,  a  été  exécu- 
tée avec  succès.  Mlles  Erambert  et  Dumas,  MM.  Sujol  et  Wilhem  se 
sont  partagé  les  applaudissements. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„.%  Bruxelles.  —  Mlle  Boulart  est  constamment  fêtée  par  le  public  du 
théâtre  de  la  Monnaie,  qui  accourt  en  foule  pour  l'entendre,  soit  comme 
Dinorah,  du  Pardon,  soit  comme  Rose  Friquet,  des  Dragons  de  Villars. 
Elle  partageait  cette  semaine  son  succès  avec  Mlle  Gay,  qui  débutait 
dans  le  rôle  de  la  reine,  du  Pré  aux  clercs.  Le  Farfadet,  le  charmant  opé- 
ra-comique d'Ad.  Adam,  a  été  repris  pour  les  débuts  de  Mlle  Dufresnoy. 
V Etoile  du  Nord  prépare  sa  réapparition  triomphante;  MM.  Jourdan, 
Battaille,  Aujac,  Mlle  Cupuy,  tiendront  les  principaux  rôles  à  côté  de 
Mlle  Boulart,  qui  remplira  le  rôle  de  Catherine. 

t%  Liège.  —  Le  concours  international  de  chant  d'ensemble  doit  avoir 
lieu  aujourd'hui,  dimanche  14  octobre.  Il  y  aura  huit  catégories  de 
prix  :  les  trois  premières  pour  les  sociétés  belges,  la  quatrième  pour 
les  sociétés  allemandes,  la  cinquième  pour  les  sociétés  françaises,  la 
sixième  pour  les  sociétés  hollandaises,  la  septième  pour  les  sociétés 
belges  ayant  obtenu  un  premier  prix  de  villes  de  premier  rang  dans 
des  concours  antérieurs,  et  enfin  la  huitième,  un  grand  concours  d'hon- 
neur entre  les  Sociétés  ayant  obtenu  un  premier  prix  d'excellence  dans 
des  concours  antérieurs  et  les  Sociétés  étrangères  qui  se  feront  inscrire 
dans  cette  catégorie.  Tour  les  Sociétés  belges  de  premier  rang  et  les  So- 
ciétés allemandes,  françaises  et  hollandaises,  les  premiers  prix  consisteront 
en  une  médaille  en  or  et  une  indemnité  do  iOO  fr.  Pour  le  prix  d'excel- 
lence, il  y  aura  une  médaille  en  or,  grand  module,  et  une  indemnité  de 
600  fr.  Enfin,  pour  le  grand  concours  d'honneur  il  y  aura  une  riche  cou- 
ronne et  une  indemnité  de  1 ,000  fr. 

*%  Londres.  —  L'inauguration  de  la  nouvelle  saison  musicale  de  Co- 
vent-Garden,  a  eu  lieu  par  l'opéra  de  Lurline.  La  salle  était  comble  et 
la  partition  de  M.  Wallace  a  produit  beaucoup  d'effet.  Miss  Pyne  et 
M.  Harrison  se  sont  montrés  comme  toujours  bons  comédiens  et  excel- 
lents chanteurs.  —  On  parle  beaucoup  d'un  nouvel  opéra  de  Balfe,  le 
maestro  le  plus  populaire  de  l'Angleterre.  On  annonce  aussi  la  reprise, 
avec  un  libretto  anglais,  du  Pardon  de  Ploërmèl,  qui,  on  se  le  rappelle, 
avait,  la  saison  dernière,  fait  réaliser  de  si  formidables  recettes.  — 
Mme  Clara  Novello  a  fait  au  public  de  splendides  adieux.  L'éminente 
cantatrice  s'est  fait  entendre  une  dernière  fuis   dans  l'oratorio  de  la 


Création,  exécuté  avec  le  concours  de  2,500  choristes.  Malgré  le  temps 
le  plus  épouvantable,  le  palais  de  Cristal  a  reçu  12,010  amateurs.  —  On 
parle  déjà  pour  l'année  1862,  époque  fixée  pour  l'exposition  universelle, 
d'une  seconde  édition  du  festival  de  Haendel,  avec  5,000  exécutants, 
comme  en  1859. 

„**  Berlin.—  La  troupe  italienne  de  Merelli  a  choisi  pour  la  quatrième 
représentation  II  Barbkre.  Mlle  Trebelii  y  a  obtenu  un  succès  d'enthou- 
siasme. Le  public  et  la  presse  la  proclament  la  meilleure  Rosine  qu'on 
ait  entendue  depuis  longtemps.—  Dans  le  rôle  d'Arsace  de  Sémiramide, 
que  Mlle  Trebelli  avait  choisi  pour  son  début,  la  jeune  cantatrice  a  été 
également  beaucoup  applaudie.—  La  même  troupe  continue  ses  repré- 
sentations à  l'Opéra  royal  par  Don  Pasquale.  Mme  Incli  et  le  ténor 
Ualvani  y  ont  obtenu  beaucoup  de  succès.  —  La  troupe  italienne  de 
Lorini  commencera  ses  représentations  au  théâtre  Victoria  le  -20  octo- 
bre. Mmes  Artot,  de  Vries,  Plodowska  et  Trucco,  MM.  Carrion,  Daniele, 
délie  Sedie,  Mastriani,  Frizzi  et  Brémond,  en  composeront  le  personnel. 
Berlin  aura  ainsi  deux  théâtres  italiens  pendant  cette  saison, 

***  Brunswick.—  Le  succès  de  Dinorah  continue,  et  le  dernier  chef- 
d'œuvre  de  Meyerbeer  se  maintiendra  longtemps  au  répertoire. 

***  Vienne. —  Il  vient  de  se  constituer  une  association  entre  les  chefs 
des  corps  de  musique  militaire,  dans  le  but  d'assurer  des  secours  aux 
artistes  invalides  ainsi  qu'aux  veuves  et  aux  orphelins.  L'armée  autri- 
chienne a  un  directeur  général  de  musique  militaire  ;  déplus,  164  chefs 
de  bande,  80  corps  de  musique  pour  l'infanterie  de  ligne,  30  pour 
l'infanterie  légère;  la  division  des  cuirassiers  en  a  12;  oulhans,  14; 
artillerie,  14.  Tous  les  corps  de  musique  réunis  forment  une  petite  ar- 
mée d'environ  10,000  hommes. 

t%  Dresde. —  L'inauguration  de  la  statue  de  Weber  aura  lieu  le  M  oc- 
tobre. Pendant  cette  solennité,  on  entendra  une  cantate  de  Rietz,  texte 
de  Kiihne,  exécutée  par  la  chapelle  royale  et  toutes  les  réunions  vocales 
et  instrumentales  de  Dresde. 

*%  Hambourg.—  Roger  a  obtenu  un  beau  succès  dans  le  Prophète.  A 
son  entrée  en  scène,  le  célèbre  ténor  a  été  accueilli  par  une  salve  d'ap- 
plaudissements et  les  fanfares  de  l'orchestre. 

***  Suttgart. —  Notre  nouvelle  salle  des  concerts,  dont  la  construction 
avait  été  confiée  au  talent  du  célèbre  architecte  Leins,  a  été  inaugurée, 
le  29  septembre,  de  la  manière  la  plus  brillante  par  un  concert  de  la 
cour,  auquel  avait  été  invité  un  certain  nombre  de  notabilités  litté- 
raires, artistiques  et  commerciales.  On  a  exécuté  une  cantate  par  Kûcken, 
la  marche  du  Songe  d'une  nuit  (Pété  ;  le  trio  de  Marguerite  d'Anjou,  par 
Meyerbeer,  très-bien  rendu  par  MM.  Pischeck,  Schùttky  et  Lipp.  La 
JuM-ouverture  de  Weber,  a  c:os  cette  belle  solennité,  à  laquelle  assis- 
tait le  roi  de  Wurtemberg.  L'avant-veille,  à  l'occasion  du  79=  anniver- 
saire de  la  naissance  de  notre  souverain,  le  théâtre  de  la  cour  avait 
donné  la  Clémence  de  Titus,  de  Mozart. 


s.  DTjronn. 


MAISON  H.  HERZ  pi^nlT'  /^  "Vde'ia 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  a  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  a  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  F.nfin,  d'ans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
etûo  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

h  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'Être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


Chez  Bbandls  et  Dcfoue,  rue  Richelieu,  103,  et  chez 

Dezociiy,  Madeleine  et  Ce,  rue  des  Ecoles,  78. 

L'ÉCOLE  PRIMAIRE. 


Contenant  un  exposé  analytique  et  raisonné  des 
véritables  principes  de  l'art,  un  nouveau  mode  d'en- 
seignement et  255  exercices  gradués  sur  l'intonation, 
420  sur  la  mesure,  81  sur  les  tonalités  et  les  modu- 
lations, 50  solfèges  à  1,  2  et  3  voix,  et  7  chœurs  à 
3  voix  égales,  ainsi  qu'un  abrégé 
BUE  SjA  fflBKOHHÎS  MU  S'I.i.&B^-t'II.ftKiT 
à  l'usage  des  écoles  normales,  des  écoles  primaires, 
des  cours  de  musique,  des  Sociétés  chorales,  etc.,  par 
Félix  îîicbert, 

Professeur  à  l'école  de  musique  de  Dijon,  inspecteur  de  l'Orphéon 
départemental  d<:  tn  Côte-d'Or. 

Troisième  édition.  Prix  :  4  fr.,  et  t\  fr.  50  cent.  cart. 


ÇiflBïlFÏ  FTA  f'lctL'"r  de  pianos.  —Médaille 
OUlUiiEilU  d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  lrc  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  a  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  son.  —  !Jl:is;;isiii, 
rue  334>ii(uiartrc,  1G1. 


ALPHONSE  SÂX 


(.BUTCBWR).     —   Neuf 
brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Saxomiiïtoiiùisies.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iuppokt  officiel  [Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  eUe  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est.  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et. contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  a  Paris. 


364 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  E.  GÉRARD  et  C",  éditeurs  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,  18,  à  Paris. 

POUR  PARMTRE  PROCHAINEMENT 

LE  DOCTEUR  MIROBOLAN 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  CORMON  et  TRIANON,  musique  de 


Partition,  parties  d'orchestre,  morceaux  détachés  avec  accompagnement  de  piano,   par  Ei.  MOL'IIIM. 


LES  ROSIERES 


E  X    TESTE 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  Je  TIIEAULOiï, 
Musique,  de 


F.  HÉROLD 


Partition  in-§°,  pian»  et  chant,  disposée  pour  la  conduite  de  l'orchestre,  prix  net  :  1S  ffr. 
Parties  d'orchestre,  prix  inarqué  :  «OO  ffr. 


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H    lYolfart.  Petite  fantaisie  pour  piano  sur  un  motf  favori 

des  Rosières Prix  marqué.     4  50 

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Rosières Prix  marqué.     6     » 

Uolmclsch.  Fantaisie  de  salon  pour  piano,  sur  des  motifs  fa- 
voris des  Rosières Prix  marqué.     6     » 

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Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de 
PAUL  DE  KOCK,  musique  de 
Partition  piano  et  chaut,  arrangée  par  IL.  SOUMIS,  prix  net  s  8  fr 


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UNIVERSELLE   DE   LONDRES  1851. 

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A     L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

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l'Académie  impériale  de  l'nrls. 

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Exposition  de  1849. 


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Exposition  nationale  belge  de  1841. 

IDÉCORATION    DE    LA    COURONNE     0E    CHÊNE 

de  Hollande  (1845). 


Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 


Exposu^nl^ïa'^sTdeiM.  Facteur  de  la  Maison  iiiililaire  de  l'Empereur. 

^&«-  RUE   SAINT -GEORGES,    50  -»®©o- 

Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (1855).  —  Seule  grande   médaille 

(C'otcttet*  ,13  r  il  tel)  à  l'Exposition  universelle  de   Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR   DES    FAMILLES    DES 

SAXO-TROMBAS.  SAX-TUBAS.  CLA1RONS-SAX.  CORNETS-SAX  {compensateurs).  CLARINETTES  CONTRK-RASSES-SAX. 

SAXHORNS.  SAXOPHONES.  TROMBONES-SAX.  CLARINETTES  BASSES-SAX.  BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois). 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ;  I  Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
invention  brevetée  en  i»5S>.  ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-lromba. 

Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une  ou  plusieurs  Clairons,  Trompettes  d'ordonnance,  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
clefs;  invention  brevetée  en  i»5t».  Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 

Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  iuv.  brev.  en  i$5*s.     I      baies,  etc.,  etc. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Départements  et  â  l'Étranger,  cher. 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  s 
pureaux  des  Mi'ss.'igiTk's  ri.  des  ï'osles. 


N°  43. 


REVUE 


21  Octobre  1860. 

FRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris..... 24  (r.  par  an 

Départements,  Bdgiquc  cl  Suisse....    20..       id. 

Étranger 34»        id. 

Lu  Journal  pareil  le  Dimancnc 


GAZETTE  MUSICALE 


mm  paris. 


aaAAAAAAaaa. — 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  Lyrique  :  le  Val  d'Andorre,  opéra-comique  en  trois  actes, 
paroles  de  M.  de  Saint-Georges,  musique  de  M.  F.  Halévy,  par  Léon  Duro- 
cher.  —  Le  passé,  le  présent  et  l'avenir  du  chiffre  appliqué  à  la  notation  mu- 
sicale en  Allemagne,  par  William  Croiithal.  —  Revue  critique ,  par 
Adolphe  Botte.  —  llevue  des  théâtres,  par  D.  A.  O.  Saiut-Yics.  — 
—  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  LYRIQUE. 

IiiE  VAIi  D'MDOBRE, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  M.  de  Saint-Georges, 
musique  de  M.  F.   Halévy. 

(Première  représentation  à  ce  théâtre.) 

Le  Val  d'Andorre,  joué  en  octobre  1848,  obtint  un  grand  succès, 
et  releva  l'Opéra-Comique,  que  les  troubles  de  cette  époque  avaient 
très-gravement  compromis. 

Le  succès  était  légitime.  Le  Val  d'Andorre  a  un  mérite  réel.  La 
pièce  est  très-bien  faite.  Elle  intéresse  d'un  bout  à  l'autre,  soit  qu'elle 
excite  le  rire,  soit  qu'elle  fasse  naître  l'émotion.  La  partition  est  in- 
contestablement une  des  meilleures  que  M.  Halévy  ait  écrites.  Tous 
les  organes  de  la  presse,  qui,  sur  un  autre  terrain,  se  livraient  chaque 
jour  des  batailles  si  acharnées,  n'eurent  qu'un  avis  sur  le  Val  d'An- 
dorre. Cet  ouvrage  n'ayant  jamais  été  contesté,  l'appréciation  qui  en 
fut  faite  alors,  et  que  de  nombreuses  représentations  ont  sanctionnée, 
subsiste,  et  nous  n'avons  rien  à  y  changer.  Une  réputation  si  bien 
établie  défie  toutes  les  attaques,  et  n'a  aucun  besoin  d'être  soutenue. 

L'administration  du  théâtre  Lyrique  a  monté  le  Val  d'Andorre 
avec  beaucoup  de  soin  et  d'intelligence.  Elle  y  a  mis,  comme  il  était 
juste,  les  plus  habiles  artistes  qu'elle  eût  à  sa  disposition.  Elle  n'a 
lésiné  ni  sur  le  temps,  ni  sur  l'argent.  Les  décors  sont  donc  parfaite- 
ment convenables,  et  l'exécution  offre  l'ensemble  le  plus  satisfaisant. 
L'orchestre  et  les  chœurs  doivent  être  loués  sans  restriction.  Ce  serait 
une  injustice  flagrante  que  de  marchander  à  M.  Deloffre  les  compli- 
ments qu'il  a  si  bien  mérités. 

C'est  Mme  Meilletqui  remplit  le  rôle  de  Rose-de-Mai,  que  Mlle  Dar- 
der créa,  dans  l'origine,  d'une  manière  si  originale  et  si  poétique. 
Mme  Meillet,  malgré  tout  son  talent',  n'a  pas  autant  de  grâce  que 
Mlle  Darder.  Il  manque  à  son  costume  nous  ne  saurions  dire  quoi, 
mais  certainement  quelque  chose.  Si  Mme  Meillet  lient  à  s'éclairer  là- 
dessus,  elle  n'a   qu'à  se  rappeler  les  compliments  que  mesdames  et 


mesdemoiselles  ses  rivales  n'ont  pas  manqué,  sans  doute,  de  lui 
adresser.  Ce  qu'elles  ont  le  plus  loué  est  évidemment  ce  qu'il  faut 
changer  au  plus  vite. 

Nous  pouvons  seulement  attester,  pour  notre  part,  que  les  cheveux 
blonds  dont  Mme  Meillet  a  cru  devoir  s'entourer  le  visage  n'ont  été 
du  goût  de  personne.  Pourquoi  ne  pas  rester,  Madame,  telle  que  la 
nature  vous  a  faite?  Vous  n'avez  rien  à  lui  reprocher.  Est-il  nécessaire 
que  Rose-de-Mai  soil  blonde?  Est-elle  de  race  teutoniqueou  slave?  Au 
contraire,  sa  mère  est  Epagnole.  Elle  habite  une  vallée  perdue  au  milieu 
des  Pyrénées.  C'est  le  pays  des  tons  chauds,  des  teints  brunis  par  le 
soleil,  des  lèvres  de  corail,  des  yeux  et  des  cheveux  noirs,  et  votre 
perruque  blonde  n'est  qu'une  invraisemblance  inutile. 

Mme  Meillet,  d'ailleurs,  joue  son  rôle  avecbeaucoup  d'intelligence, 
de  sentiment  et  de  passion.  Il  semble  que  son  talent  de  cantatrice  ait 
grandi  pendant  le  temps  qu'elle  a  passé  loin  de  nous.  Sa  voix,  plus 
pleine,  plus  forte  que  jamais,  est  devenue  plus  égale  et  plus  souple 
qu'elle  n'était  autrefois.  Elle  dit  son  premier  air  :  Marguerite  qui  m'in- 
vite, avec  une  simplicité  qui  n'exclut  pas  la  finesse,  et  avec  une  ex- 
pression poignante  la  romance  du  second  acte  :  Faudrart-il  donc, 
pâle,  éperdue,  etc.  Elle  trouve  là  les  accents  les  plus  pathétiques. 
Nous  l'engageons  seulement  à  ne  point  exagérer  le  crescendo  des  deux 
dernières  mesures,  sur  le  sol  et  le  la  dièses.  Ce  crescendo,  qui  n'est 
point  marqué  sur  la  partition  et  dont  l'auteur  ne  s'était  point  avisé, 
est  assurément  une  heureuse  inspiration  ;  mais  il  ne  faut  abuser 
de  rien.  Mme  Meillet  fera  bien,  selon  nous,  de  prendre  garde  que  sa 
voix  n'arrive,  sur  ce  la  dièse,  à  une  intensité  où  son  timbre  cesserait 
d'être  agréable. 

Mlle  Roziès  joue  le  rôle  de  Georgette  écrit  dans  le  temps  pour 
Mlle  Lavoye.  Elle  y  met  de  la  finesse,  de  la  gaieté.,  de  la  grâce,  de  la 
verve.  Sa  voix  n'est  pas  forte,  il  est  vrai,  mais  son  exécution  est 
facile  et  brillante.  Elle  détaille  avec  esprit  et  vocalise  très-légère- 
ment. Bref,  elle  a  eu  dans  le  Val  d'Andorre  autant  de  succès  pour 
le  moins  que  dans  les  Dragons  de  Villars. 

M.  Monjauze  est  rentré  au  théâtre  Lyrique  par  le  rôle  du  beati 
chasseur  qui  tourne  la  tête  à  toutes  les  femmes  et  qui  pourtant  n'en 
aime  qu'une.  11  a  rapporté  de  Bruxelles  le  timbre  un  peu  trop  clair 
qu'il  avait  en  nartanl,  et  un  embonpoint  qui  fait  honneur  à  la  cuisine 
belge.  Heureusement  il  n'a  perdu  ni  ses  manières  distinguées  ni  sa 
prononciation  nette,  ni  son  exécution  correcte,  ni  ses  notes  suraiguës 
de  poitrine  qui  font  quelquefois  penser  à  Nourrit. 

M.  Fromant  est  très- convenablement  placé  dans  le  rôle  de  Sa- 
turnin . 


3G6 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


Celui  du  chevrier  est  rempli,  comme  il  le  fut  lors  de  la  création,  par 
M.  Battaille.  On  se  souvient  du  succès  qu'y  obtint  cet  artiste,  très-jeune 
encore,  jusque-là  peu  connu  et  qui  d"un  seul  bond  s'éleva  au  premier 
rang'.  11  avait  marqué  ce  personnage  excentrique  d'une  empreinte  pro- 
fonde et  vigoureusement  accentuée.  Il  y  était  original  et  vrai  —  plus 
vrai  peut-être  qu'aujourd'hui.  Nous  sommes-nous  trompés  '?  Il  nous  a 
paru  moins  simple  qu'autrefois.  Il  semble  courir  après  l'effet.  11  appuie 
sur  les  intentions,  les  souligne,  les  exagère.  11  cherche  le  mieux  :  le 
mieux  est  souvent  l'ennemi  du  .bien.  11  chantait,  il  y  a  dix  ans,  de 
sa  voix  naturelle,  qui  était  franche,  sonore,  mordante.  Il  s'est  fait  une 
voix  plus  volumineuse,  mais  moins  éclatante,  dont  l'émission  artifi- 
cielle rend  sa  prononciation  lourde  et  empâtée.  C'est  surtout  dans 
les  passages  syllabiques  que  l'on  s'aperçoit  de  ces  petits  défauts  et 
dans  les  couplets  du  second  acte  :  Le  soupçon,  Thérèse,  etc.  Il  n'y  a 
qu'à  l'applaudir  après  ceux  du  premier  :  Voilà  le  sorcier,  et  l'audi- 
toire ne  s'y  est  point  épargné.  Il  ne  serait  guère  possible  en  effet  de 
donner  à  ce  petit  morceau  plus  de  mouvement,  de  couleur  et  de 
physionomie. 

Le  rôle  du  recruteur  Lejoyeux  était  chanté  à  l'Opéra-Comique  par 
M.  Mocker.  C'est  M.  Meillet  qui  en  est  chargé  au  théâtre  Lyrique. 
Oui,  M.  Meillet,  le  baryton,  fait  une  partie  de  ténor,  et  s'en  acquitte 
à  la  satisfaction  générale.  Il  déploie  dans  ce  difficile  et  périlleux 
exercice  une  adresse  merveilleuse.  Martin,  autrefois,  n'aurait  pas  fait 
mieux.  M.  Meillet  a  une  voix  de  fausset  qui  doit  rendre  jaloux  bien  des 
ténors.  Sauf  deux  ou  trois  phrases  constamment  élevées,  et  qui  ont 
paru  le  fatiguer  un  peu,  il  a  surmonté  victorieusement  toutes  les 
difficultés  de  son  audacieuse  entreprise,  et  récolté  une  riche  moisson 
d'applaudissements.  Seulement,  nous  ne  comprenons  pas  pourquoi  il 
gasconne  au  milieu  de  ces  paysans  à  demi  espagnols.  Tous  les  habi- 
tants du  val  d'Andorre  devraient  gasconner  plus  que  lui.  M.  Meillet 
nous  répondra,  sans  doute,  qu'en  gasconnant  il  est  plus  drôle.  En 
est-il  bien  sûr  ?  Pour  notre  part,  nous  en  doutons.  Mais  cela  n'em- 
pêche pas  qu'en  général  il  ne  soit  très-bon  à  voir  comme  à  entendre, 
et  qu'il  ne  tienne  sa  place  le  plus  honorablement  du  monde  dans  un 
ensemble  qui,  à  tout  prendre,  laisse  peu  de  chose  à  désirer. 

Léon  DUROCHER. 


LE  PASSÉ,  LE  PRÉSENT  ET  L'AVENIR  DD  CHIFFRE 

APPLIQUÉ  A  LA  NOTATION  MUSICALE  EN  ALLEMAGNE. 

A  monsieur  le  comte  de  Sollohub. 

Monsieur  le  comte, 

Vous  avez  publié  deux  brochures  au  sujet  de  l'enseignement  du 
chant  par  les  chiffres  :  dans  la  première  vous  exprimez  votre  admi- 
ration pour  les  résultats  extraordinaires  qui  ont  été  obtenus,  et  dans 
la  seconde  vous  défendez  cet  enseignement  contre  les  attaques  «  de 
»  tout  un  cénacle  olympien,  tout  un  jury  de  demi-dieux,  vingt  et  un 
»  juges  (1)  en  un  mot,  dont  chacun  est  une  autorité,  qui  viennent 
»  de  lancer  avec  un  dédain  suprême  les  foudres  de  l'excommuni- 
»  cation  contre  ce  malheureux  chiffre,  faisant  l'école  buissonnière  en 
»  dehors  des  voies  consacrées  de  la  musique  légale  (2).  » 

Aux  dieux  le  soin  de  défendre  l'Olympe  et  de  tirer  vengeance  des 
blasphèmes  de  l'impiété;  pour  moi,  je  veux  vous  suivre  sur  le  nou- 
veau terrain  où  vous  placez  la  discussion,  celui  de  la  pédagogie. 
Elle  seule  en  effet  sera  un  guide  sûr  dans  l'étude  d'une  question  tant 
controversée  récemment;  elle  seule  nous  révélera  la  vertu  secrète  par 
laquelle  tant  de  miracles  ont  été  opérés. 

(1)  Le  nombre  s'en  est  élevé  à  vingt-trois. 

(2)  Les  musiciens  contre  la  musique,  page  5. 


Mais,  me  direz-vous  :  «  dans  les  questions  pédagogiques  il  n'y  a  de 
»  juges  que  les  pédagogues,  les  maîtres  d'école,  ceux  qui  ont  l'en- 
»  seignement  primaire  entre  les  mains  (1);  «remplissez-vous  ces  con- 
ditions? Parfaitement,  monsieur  le  comte;  déplus,  tout  l'arsenal  des 
méthodes  et  des  livrtis  allemands  où  vous  avez  puisé,  d'autres  docu- 
ments encore,  se  trouvent  là  devant  moi  ;  nous  feuilleterous  à  loisir, 
et  ces  messieurs  de  l'Institut  seront  bien  difficiles  si  le  nombre  de 
nos  citations  ne  les  satisfait  pas.  Il  faut  convenir  néanmoins  que  si 
vous  leur  dites  :  «  Pour  être  un  génie,  on  n'est  pas  un  pédagogue  (2)  », 
ces  messieurs  pourraient  bien  rétorquer  l'argument  et  répondre  que 
pour  être  pédagogue  on  n'est  pas  un  génie  ;  mais  c'est  là  une 
affaire  qui  ne  me  regarde  pas  entre  vous  et  les  demi- dieux  de  l'O- 
lympe ;  je  suis  d'accord  avec  vous  sur  ce  point  que  le  seul  moyen  de 
trancher  ces  discussions  est  fourni  par  la  pédagogie,  et  cela  me 
suffit. 

Cependant,  monsieur  le  comte,  cet  arbitre  nouveau,  invoqué  par  vous, 
est  inconnu  en  France  à  la  plupart  des  personnes  ;  et  de  peur  qu'en 
ouvrant  le  premier  dictionnaire  venu  pour  chercher  la  signification  de 
ce  mot,  elles  ne  trouvent  une  définition  fausse  ou  obscure,  une  toute 
petite  explication  est  nécessaire. 

Païdagôgia,  mot  grec  dont  on  a  fait  pédagogie,  signifie  action  de 
conduire,  et,  par  extension,  d'élever  les  enfants,  et  sous  ce  titre  on 
comprend  l'ensemble  des  principes  et  des  moyens  d'éducation  et 
d'instruction  :  elle  traite  de  la  connaissance  de  l'homme  et  de  ses  fa- 
cultés, elle  étudie  les  lois  qui  président  à  leur  développement,  elle 
discute  la  valeur  et  la  portée  des  méthodes  et  procédés  d'enseigne- 
ment, elle  établit  les  règles  auxquelles  ces  méthodes  doivent  satis- 
faire pour  devenir  fructueuses  et  stables;  c'est  sous  ce  rapport  que 
la  pédagogie  est  souveraine  dans  la  présente  question.  En  France,  je 
le  répète,  elle  n'est  pas  connue  et  ses  décisions  pourront  sembler 
suspectes  ;  n'importe,  elles  seront  si  concluantes,  si  claires,  qu'à 
moins  de  fermer  obstinément  les  yeux,  la  lumière  sera  évidente  pour 
tout  le  monde. 

«  L'enseignement  de  la  musique  en  Allemagne,  dites-vous,  n'est 
»  pas  le  privilège  accordé  au  souvenir  d'un  seul  individu  comme  en 
»  France  ;  c'est  tout  un  élément,  toute  une  question  vitale  à  laquelle 
»  on  travaille  sans  relâche  depuis  cinquante  ans,  question  sur  laquelle 
»  on  a  écrit  des  bibliothèques  et  à  laquelle  des  centaines,  des  milliers 
»  d'hommes  ont  voué  leur  existence.  C'est  donc  là,  si  l'on  veut  cher- 
»  cher  la  vérité,  qu'il  faut  examiner  le  passé  et  le  présent  pour  ar- 
»  river  à  une  conclusion  exacte  (3).  » 

Merci,  monsieur  le  comte;  vous  me  tendez  la  main  pour  passer  le  Rhin, 
je  la  saisis  avec  empressement,  car  c'est  bien  dans  ce  pays  classique  de 
la  pédagogie  et  de  la  musique  que  nous  examinerons  le  mieux  le  passé, 
le  présent  et  l'avenir  du  chiffre.  Prenez  mon  bras,  je  vous  prie,  car 
l'idiome  qui  frappe  nos  oreilles,  c'est  ma  langue  maternelle,  et  faisons 
une  tournée  pédagogique. 

Voyons  d'abord  le  fiasse  du   chiffre  en  Germanie. 

Dans  ce  docte  pays,  les  œuvres  de  Rousseau  ont  été  et  sont  encore 
en  grand  honneur;  il  est  le  devancier,  sinon  le  père,  de  cette  pléiade 
de  pédagogues  qui  ont  illustré  l'école  allemande.  La  dissertation  sur 
la  musique  moderne,  publiée  en  17Z|3,  trouva  de  l'écho  et  le  système  de 
notation  avec  chiffres  fut  appliqué.  En  l'année  1800,  un  nommé  Hors  ■ 
tig  écrit  dans  la  Gazette  musicale  universelle  de  Leipzig  (4)  un  ar- 
ticle dans  lequel  il  propose,  par  mesure  d'économie,  de  chiffrer  le 
choral  d'après  le  système  de  Rousseau.  11  affirme  qu'en  1791  déjà,  le 
maître  de  chapelle  Schulze  a  composé  et  fait  imprimer  en  chiffres  la 
grande  partition  d'un  oratorio  intitulé  Sainte  Marie  et  saint  Jean. 

(1)  Les  musiciens  contre  la  musique,  page  45. 

(2)  Id.,  page  10. 

(3)  Ibid.,  page  33. 

(4)  Allgemeine  MuiikzeUung,  zweiter  Jahrgaiig,  page  337. 


DE  PARIS. 


367 


En  1813,  Wilke  annonce,  dans  la  même  gazette,  que  l'idée  d'intro- 
duire les  chiffres  dans  l'enseignement  du  chant  commence  à  se  ré- 
pandre. 11  combat  cette  nouveauté  par  la  raison  que  les  chiffres  don- 
nent une  notion  d'unité  et  de  pluralité,  et  non  de  gravité  et  d'élé- 
vation . 

Dans  cette  même  année  1813,  Natorp  publie  sa  méthode  de  nota- 
tion en  chiffres,  tout  en  maintenant  qu'avec  les  notes  on  obtient  le 
même  résultat. 

En  1814,  Koch  met  au  jour  une  méthode  en  chiffres;  il  ne  les  em- 
ploie cependant  que  pour  les  sons  d'une  égale  durée,  le  plaiu- chant. 

En  1815,  un  nouvel  article  de  la  Gazette  de  Leigzig  signale  la 
lutte  ardente  que  soulève  la  nouvelle  théorie.  Maas  y  combat  les 
chiffres  pour  différents  motifs;  les  maîtres  dit-il,  ont  tort  d'attri- 
buer au  chiffre  les  résultats  obtenus,  lesquels  ne  proviennent  que  de 
leur  zèle  et  de  leur  travail.  C'est  là  une  appréciation  que  nous  re- 
lèverons plus  tard. 

Rousseau  n'avait  pas  indiqué  le  moyen  d'effectuer  les  modulations; 
ce  défaut  n'arrêta  pas  les  adeptes;  ils  essayèrent  différentes  solutions 
et  il  y  eut  ainsi  différentes  manières  de  chiffrer.  Zerrenner,  dans 
son  livre  sur  les  méthodes,  engage,  en  1821,  les  partisans  du  chiffre 
à  travailler  à  la  fusion  des  différentes  manières  et  à  l'adoption  d'un 
seul  système. 

En  1826,  Klett  publia  sa  Note  du  peuple  {Volksnote),  méthode  de 
chant  en  chiffres  qui  fut  généralement  adoptée  à  cause  de  sa  sim- 
plicité. Cependant  la  polémique  des  partisans  de  la  note  continuait 
toujours  avec  ardeur.  Dans  un  article  du  journal  de  musique  Cœcilia, 
Heinroth  propose,  en  1828,  un  armistice  aux  combattants,  en  leur 
prouvant  que  les  deux  partis  ont  raison,  chacun  à  son  point  de  vue. 
11  promet  de  publier  une  méthode  de  chant  simplifiée  avec  les  notes. 

En  1833,  Léonhard  Wiucklef  publie  une  brochure  pour  porter  à  la 
connaissance  de  ses  collègues  les  résultats  étonnants  obtenus  par  les 
chiffres  :  «  quarante  heures  au  plus  lui  suffisent  pour  rendre  ses  élèves 
»  capables  de  lire  à  première  vue  (1).  » 

En  1839,  Auberlen  réforme  la  méthode  de  Vilett  avec  l'assentiment 
de  l'auteur  et  celui  d'un  grand  nombre  d'instituteurs  (2). 

En  1840  surgit  une  nouvelle  méthode  de  chiffres  pour  les  écoles 
primaires.  Son  auteur,  Waldmann,  ne  prétend  pas  cependant  pros- 
crire l'usage  de  la  note  dans  les  écoles;  le  recueil  de  mélodies  joint  à 
la  théorie  est  même  imprimé  en  notes  (3).  Dans  sa  méthode  d'har- 
monie, publiée  en  1845,  Waldmann  dit  :  «  L'avenir  jugera  ma  méthode 
»  de  chiffres.  Si  elle  porte,  comme  toutes  celles  de  mes  prédécesseurs, 
»  le  germe  de  mort  dans  son  sein,  eh  bien  !  qu'elle  meure,  et  que  de 
»  ses  cendres  s'élève  le  phénix  d'un  nouveau  système  que  j'accepterai 
»  avec  amour  et  reconnaissance  pour  m'avoir  sauvé  de  mes  erreurs 
»  passées.  Mais  je  ne  crois  pas  que  de  mon  vivant  mon  œuvre  trépasse, 
»  car  partout  où  elle  a  pénétré ,  elle  a  montré  une  grande  vi- 
»  gueur,  etc.,  etc.  (4).  »  Hélas  !  le  digne  pasteur  Waldmann  avait  trop 
présumé  de  la  vitalité  de  son  livre,  car,  à  partir  de  cette  époque,  le 
chiffre  disparaît  de  plus  en  plus  des  écoles. 

Hentschel  dit  dans  la  Revue  pédagogique  de  1847,  deuxième  vo- 
lume, page  303  (5)  :  «  Il  fut  un  temps  où  l'on  se  servait  des  chiffres  dans 
»  la  plupart  des  écoles.  Ce  temps  n'est  plus  ;  les  notes  ont  repris 
»  leur  empire  et  peu  de  maîtres  sont  restés  fidèles  au  chiffre.  Des 
»  recueils  nouveaux  de  morceaux  chiffrés  sont  chose  très-rare  ;  tout 
»  s'imprime  en  notes.  » 

(1)  Vierzig  Singstunden und  nicht  mehr.  Nûrnberg,  1830,  bei  Ricdcl. 

(2)  Siiddeutschcr  Sclmlbole.  Februarbeft,  1839. 

(3)  Gesanglchre  far  Volksschulen,  von  Waldmann.  Karlsruhe  bei  Uerder,  1841. 

(4)  Harmanik,  von  Joseph  Waldmann.  Freiburg  ini  Breisgau  boi  Herdcr,  1845. 

(ô)  Pœdagogischer  Jahresbericht,  von  Karl  Kacke.  Leipzig,  Brandslcttcr,  zwei- 
ter  Cand. 


Dans  la  même  revue,  cinquième  volume,  1851,  page  323  (1), 
Hentschel  dit  :  «  Les  chiffres  rétrogradent  de  plus  en  plus  et  dans  les 
»  écoles  et  dans  la  littérature  ;  à  ma  connaissance  il  n'est  point  de 
»  méthode  ni  de  recueil  qui,  sur  le  terrain  pratique,  en  ait  fait 
»  mention  dans  ces  dernières  années.  » 

Dans  le  sixième  volume  de  la  même  revue,  année  1852,  page  346, 
le  même  Hentshel  dit  :  «  La  lutte  entre  la  note  et  le  chiffre,  qui  a 
»  duré  tant  d'années,  peut  être  considérée  comme  terminée,  la  note 
»  est  victorieuse.  » 

Dans  le  dixième  volume,  année  1857,  page  369,  on  lit  enfin  :  «  Le 
»  chant  au  moyen  des  chiffres  est  presque  entièrement  passé  de 
»  mode  ;  par  contre,  la  note  a  repris  de  plus  en  plus.  Certes  c'est 
»  là  un  grand  progrès.  » 

Ainsi,  monsieur  le  comte,  nous  ne  pouvons  pas  ne  pas  reconnaître 
que,  pendant  près  de  soixante  ans,  le  chiffre  a  été  expérimenté  en 
Allemagne  ;  il  arriva  même  un  moment,  comme  le  dit  Hentschel  dans 
l'ouvrage  cité  plus  haut,  où  l'on  se  servit  des  chiffres  dans  la  plupart 
des  écoles. 

Cette  vérité,  incontestable  pour  nous  maintenant,  ne  ressort  pas 
assez,  permettez-moi  de  vous  en  faire  l'observation,  des  citations  de 
votre  brochure.  Ainsi  je  lis  à  la  page  75  (2)  :  «  Le  chiffre  s'enseigne 
»  en  France  depuis  quarante  ans;  en  Allemagne  il  a  été  pendant  vingt 
')  années  l'objet  d'une  polémique  sans  résultats.  >,  On  dirait  d'après 
cela  que  cet  enseignement  n'a  été  l'objet  que  de  discussions  purement 
théoriques,  sans  passer  aux  essais  pratiques.  Nous  venons  de  constater 
le  contraire  :  il  a  été  pratiqué  presque  partout  et  discuté  vivement  par 
les  partisans  de  la  note. 

A  la  page  34,  en  parlant  de  l'introduction  du  chiffre  en  Allemagne, 
vous  vous  exprimez  ainsi  :  «  L'école  nouvelle  fut  accueillie  avec  trans- 
»  port  par  les  uns,  avec  mécontentement  par  les  autres.  Il  s'ensuivit 
»  une  polémique  acharnée,  violente,  remplie  d'aigreur.  Elle  dura 
»  vingt  ans,  dit  Hentschel  (autre  pédagogue  musical  connu  en  Alle- 
»  magne  par  ses  écrits),  et,  sur  le  papier  au  moins,  la  victoire  resta 
»  indécise.  » 

C'est  là  une  erreur  sans  doute,  monsieur  le  comte,  caria  victoire  ne 
resta  pas  indécise;  Hentschel  ne  peut  pas  nier  dans  votre  brochure 
ce  qu'il  affirme  dans  la  revue,  à  savoir,  la  disparition  du  chiffre  et  la 
victoire  de  la  note.  J'ai  cité  cet  auteur  quatre  fois,  dans  les  volumes  2e, 
5e,  6e  et  10e,  les  pages  sont  indiquées  et  je  crois  avoir  traduit  fidèle- 
ment. Voyez  vous-même,  s'il  vous  plaît;  vous  possédez  l'ouvrage. 

Il  reste  à  faire  encore  une  rectification  quant  au  temps  pendant  le- 
quel les  expériences  ont  duré.  Vous  ne  parlez,  d'après  Hentschel,  que 
de  vingt  années,  tandis  que  c'est  bien  pendant  près  de  soixante 
ans  que  le  chiffre  a  été  pratiqué;  la  première  apparition,  signalée 
par  Horstig,  remontant  à  1800,  et  la  disparition  presque  complète, 
annoncée  par  Hentschel,  étant  de  1857. 

A  cette  même  page  34,  à  la  suite  de  la  citation  précédente,  je  lis  : 
«  De  fait,  l'usage  de  la  portée,  comme  étant  plus  complète,  plus  ap- 
»  propriée  aux  habitudes  des  musiciens  de  profession,  finit  par  pren- 
»  dre  le  dessus,  sans  que  toutefois  le  chiffre  tombât  complètement  en 
»  désuétude.  »  D'après  cela  il  me  semble  que  les  musiciens  d?  pro- 
fession seuls,  de  la  nature  des  Olympiens  de  l'Institut  de  Paris,  aient 
dé'.erminé  le  retour  à  la  note.  Autre  erreur,  car  les  instituteurs  mêmes 
qui  ont  pratiqué  le  chiffre  dans  les  écoles  primaires  ont  écrit  la 
plupart  des  méthodes,  et,  après  une  expérience  d'environ  soixante 
ans,  sont  revenus  à  l'ancienne  notation.  Cela  ressort  clairement  des 
recherches  sur  le  passé  du  chiffre  en  Allemagne  auxquels  nous  venons 
de  nous  livrer.  Vous  êtes  d'accord  avec  moi,  monsieur  lecomtej'en  suis 
certain,  car,  la  main  sur  les  livres  et  les  brochures,  vous  avez  pu 
vérifier  toutes  les  citations.  Le  nombre  de  ces  productions  germa- 
niques s'appelle  légion  :  on  n'a  que  l'embarras  du  choix  ;  ceux  que 

(1)  Pœdagogischer  Jahresbericht,  fiinfier  Band. 

(2)  Les  musiciens  contre  la  musique,  page  75. 


308 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


nous  avons  feuilletés  suffisent  pour  jalonner  la  route  suivie  par  l'en- 
seignement du  chiffre  de  1800  à  1857,  c'est-à-dire  pour  établir  son 
passé.  Ce  passé  se  résume  ainsi  :  une  expérience  de  soixante  années, 
qui,  au  lieu  d'établir  solidement  le  chiffre,  l'a  fait  abandonner  par  les 
écoles  primaires  où  il  avait  été  généralement  pratiqué. 

William  CRONTHAL. 
[La  suite  prochainement.) 


REVUE   CRITIQUE. 

Keité  Favarger  :  Fantaisie  sur  le  Comte  Ory;  Caliban,  grande 
valse  de  salon;  l'Escarpolette,  morceau  de  salon.  —  T.  Ba- 
ilarzewska  :  la  Prière  d'une  vierge,  arrangée  à  quatre 
mains;,  Douce  rêverie.  —  Angelo  Cumin  :  Vivacité  ,  galop 
de  concert  ;  Constance  ,  allegretto  ;  Mon  Paradis,  andante. 

A  tout  seigneur  tout  honneur  ;  commençons  donc  cetle  revue  par 
la  fantaisie  sur  le  Comte  Ory,  les  morceaux  originaux  viendront 
après. 

La  partition  de  Rossini  éveille  toujours  ,  dès  qu'on  l'ouvre ,  mille 
charmants  souvenirs.  Que  de  grâce ,  que  d'esprit ,  que  de  feu  !  Dans 
ces  pages  immortelles  où  pétille  à  chaque  note  tout  ce  que  la  co- 
médie musicale  a  de  plus  aimable,  de  plus  franc  et  de  plus  séduisant, 
le  brio  et  l'élégance  le  disputent  à  la  vérité  de  la  pensée  et  à  la 
finesse  de  la  forme  ;  le  travail  est  digne  de  la  matière ,  ce  qui  n'ar- 
rive pas  toujours  au  delà  des  Alpes,  et  ce  qui  amoindrit  souvent  les 
plus  belles  inspirations  du  génie  italien. 

Tout  le  monde  connaît  le  chœur  à  quatre  parties  réelles  et  sans 
accompagnement  que  chante ,  dans  la  coulisse  ,  le  comte  Ory  et  sa 
suite:  Noble  châtelaine,  voyez  notre  peine.  Dans  la  fantaisie  de 
M.  Favarger,  il  se  trouve  presque  au  début.  Fort  bien  arrangé  et 
varié,  ce  ravissant  andanlino  laisse  entières  aux  pianistes  l'une  des 
plus  belles  mélodies  et  quelques-unes  des  plus  sobres  et  des  plus  pures 
harmonies  que  Rossini  ait  écrites.  L'auteur  a  doigté  avec  beaucoup 
de  soin  la  plupart  de  ses  passages  et  il  a  bien  fait  ;  cela  aidera  les 
élèves  et  peut-être  plus  d'un  professeur. 

Parmi  les  motifs  empruntés  encore  au  deuxième  acte,  disposés  et 
brodés  d'une  façon  charmante  par  le  compositeur,  il  faut  citer,  surtout, 
l'air  de  Raimbaud,  dans  lequel  le  charmant  dessin  des  violons  est  fidè- 
lement reproduit.  Bientôt  après,  un  effet  sourd  et  étouffé  emprunte  au 
staccato  une  couleur  sombre  et  dramatique  assez  étrange  et  assez 
neuve. 

Les  autres  mélodies  ont  été  parfaitement  choisies  aussi;  mais  là 
n'était  pas  le  difficile  :  ce  qui  était  moins  aisé,  c'était  d'écrire,  comme 
l'a  fait  M.  Favarger,  une  fantaisie  qui  se  distinguât  de  toutes  celles, 
nous  ne  voulons  pas  dire  que  l'on  compose,  mais  plutôt  qu'on  im- 
provise chaque  jour  et  qui  se  sentent  vraiment  trop  des  libertés  et 
des  prérogatives  de  l'improvisation  ;  c'était,  tout  en  ne  négligeant  pas 
le  côté  brillant  et  purement  instrumental,  d'avoir  souci  de  la  correc- 
tion du  style,  et  de  montrer  que  les  œuvres  des  maîtres  ne  dispen- 
sent nullement  ceux  qui  y  touchent  d'avoir  du  goût,  de  la  science 
et  une  ingénieuse  compréhension. 

—  La  grande  valse  de  salon  intitulée  Caliban  est  distinguée,  bien 
coupée,  souvent  bien  traitée,  malgré  quelques  modulations  un  peu 
cavalières  peut-être.  Extrêmement  brillante  et  pas  trop  difficile,  elle 
est  remarquable  par  de  véritables  qualités  mélodiques.  Le  graz.ioso  en 
si  bémol  a  du  charme  et  de  la  fraîcheur  ;  la  coda,  de  la  chaleur  et  de 
l'entrain  ;  enfin  il  y  a  partout  de  l'imagination,  un  besoin  d'être 
chantant  qu'il  faut  louer  et  auquel  l'auteur  a  dû  déjà  de  beaux 
succès. 


Sans  attacher  à  cette  gracieuse  inspiration  plus  d'importance  qu'elle 
ne  veut  sans  doute  en  avoir,  elle  révèle  néanmoins  assez  de  talent 
pour  que  nous  conseillions  à  M.  Favarger  de  concilier  davantage  les 
exigences  du  public  avec  celles  des  musiciens  instruits  et  sérieux. 

Qu'il  reste  aimable,  facile  et  clair,  rien  de  mieux  ;  mais  qu'il  se 
montre  parfois  plus  difficile  dans  le  choix  de  ses  idées,  qu'il  serre  et 
remplisse  un  peu  plus  son  harmonie.  Une  certaine  sévérité  de  style 
est  de  mise  partout,  et  donne  à  la  pensée  de  la  force  et  de  l'élé- 
vation. 

A  cette  valse  nous  préférons  le  morceau  de  salon  l' Escarpolette. 
Le  rhythme  en  est  délicieux,  plein  de  mollesse  et  de  gracieux  balan- 
cements. C'est  une  délicate  petite  scène  remplie  de  malice,  de  jeunesse 
et  de  poésie.  Toutes  les  mélodies  sont  jolies,  mais  la  plus  originale  et 
la  plus  expressive  est  celle  en  ré;  elle  fait  succéder  la  tendresse  à  la 
légèreté  et  à  l'espièglerie.  Il  ne  faut  pas  beaucoup  d'imagination  pour 
deviner  que  le  compositeur  a  pensé  à  quelque  beau  parc  où  une  bril- 
lante et  élégante  compagnie  se  trouve  réunie,  et  où  tout  à  coup 
l'amour,  ami  de  l'ombre  et  des  bois,  se  glisse  au  milieu  des  innocents 
plaisirs  de  l'escarpolette. 

La  façon  dont  ces  chants  sont  accompagnés  témoigne  que  M.  Fa- 
varger peut  satisfaire  à  la  fois  ceux  qui  aiment  avant  tout  des  motifs 
frais  et  bien  venus,  et  ceux  qui  les  veulent  encore  soutenus  par  tout  ce 
que  l'art  y  ajoute  de  piquant,  de  vigoureux  et  de  coloré. 

—  11  y  a  quelques  années,  M.  Badarzewska  publiait  en  Allemagne 
la  Prière  d'une  vierge.  Tout  de  suite  il  obtenait,  comme  il  obtint  bien- 
tôt après  en  France,  un  très-grand  succès.  Ce  succès  est  tel  parmi 
nous  que  cette  composition  vient  d'être  arrangée  à  quatre  mains, 
et  nous  ne  serions  nullement  surpris  que  d'autres  instruments  ne 
vinssent  s'en  emparer  à  leur  tour  et  disputer  au  piano  les  jouissances 
qu'elle  procure.  Que  renferme-t-elle  donc  de  si  remarquable?  Certes, 
l'Allemagne  doit  se  connaître  en  musique,  en  harmonie,  et  quelque  chose 
d'ordinaire  ne  saurait  surprendre  ses  sympathies.  Pourtant  nous  ne 
voyons  dans  la  Prière  d'une  vierge  qu'un  thème  assez  court,  accom- 
pagné par  trois  accords  seulement,  varié  cinq  ou  six  fois  dans  le  même 
ton  et  dans  le  même  mouvement.  Où  donc  chercher  l'intérêt  qu'elle 
inspire?  Dans  la  mélodie?  En  effet,  c'est  elle  qui  suffit  à  une  vogue 
qu'ambitionnent  en  vain  des  œuvres  mieux  faites.  Qu'on  dise  après 
cela  que  la  mélodie  n'est  pas  une  douce  chose  ! 

—  Un  autre  morceau  du  même  auteur,  intitulé  Douce  rêverie,  offre 
les  mêmes  qualités  et  les  mêmes  défauts  que  la  Prière  d'une  vierge. 
Après  un  motif  dans  le  gracieux  mouvement  de  la  mazurka,  on  est 
quelque  peu  surpris  de  rencontrer  un  passage  en  octaves  joriissimo 
con  energia,  et  de  se  trouver  si  loin  du  titre.  Mais  on  sait  combien 
les  titres  dépaysent  le  lecteur,  et  combien  il  faut  peu  compter  sur  leurs 
promesses.  Néanmoins,  plusieurs  pages  de  cette  rêverie  ont  un  cer- 
tain charme  et  une  certaine  grâce  mélancoliques,  qui  suffisent  sou- 
vent à  la  réussite  de  ces  productions  légères  et  probablement  sans 
aucune  prétention. 

—  Les  ouvrages  de  M.  Angelo  Cunio  jouissent  en  Angleterre  d'une 
assez  grande  réputation.  On  vient  de  publier  de  ce  pianiste-composi- 
teur :  Constance,  1  ivucitê  et  Mon  Paradis.  C'est  du  piano  papillon- 
nant, brillant,  étincelant  comme  on  l'aime  peut  être  plus  qu'il  ne 
faudrait.  Le  galop  surtout  est  vif,  ardent,  bouillant  et  très-convena- 
blement harmonisé  ;  les  mélodies,  assez  nombreuses,  ne  sont  dépour- 
vues ni  de  fraîcheur,  ni  d'originalité. 

Vandante  grazioso  est  un  peu  langoureux,  un  peu  monotone,  mais 
d'un  bon  sentiment.  L'allégretto,  qui  souvent  ressemble  à  une  polka- 
mazurka,  est  rempli  de  délicatesse  et  de  nuances  fines.  Il  exige  beau- 
coup de  souplesse  et  de  légèreté  ;  il  est  meilleur  que  Mon  Paradis  et 
moins  bon  que  le  galop.  C'est  une  de  ces  inspirations  gracieuses  que 
l'analyse  effarouche  :  ici  encore  il  vaut  mieux  sentir  que  raisonner. 

Adolphe  BOTTE. 


DE  PARIS. 


369 


REVUE  DES  THEATRES. 

Théâtre-Français  :  reprise  de  V  Ecole  des  vieillards  ;  Samson  dans 
le  rôle  de  Danville. —  Odéon  :  continuation  des  débuts  de  Mlle  Ka- 
roly  dans  Ândromaque . —  Variétés  :  Ce  qui  plaît  aux  hommes, 
pièce  en  un  acte  de  M.  Henri  Meilhac  ;  Un  troupier  qui  suit  tes 
bonnes,  vaudeville  en  trois  actes,  de  MM.  Clairville,  Paul  Mercier  et 
Morand;  reprise  de  la  Gamine.—  Gaité  :  l'Escamoteur,  drame 
en  cinq  actes,  par  MM.  Dennery  et  Brésil. —  Réouverture  du 
Cirque-Napoléon. 

La  reprise  de  l'Ecole  des  vieillards,  au  Théâtre-Français,  a  été 
l'occasion,  ces  jours  derniers,  d'une  tentative  malencontreuse  de 
l'excellent  comédien  Samson  dans  le  rôle  de  Danville.  On  a  peine  à 
comprendre  les  motifs  qui  ont  pu  déterminer  le  doyen  de  nos  Masca- 
rille  à  cette  excursion  dans  le  domaine  de  Talma.  La  situation  d'un 
vieux  mari  trompé  par  une  jeune  femme,  ou  sur  le  point  de  l'être, 
côtoie  d'assez  près  le  ridicule  pour  qu'il  soit  déraisonnable  d'ajouter  à 
ce  danger  celui  d'un  physique  et  d'un  organe  peu  faits  pour  ennoblir 
un  pareil  personnage.  Talma  n'avait  pas  trop  de  toute  sa  dignité 
tragique  pour  dissimuler  cet  écueil  contre  lequel  devait  venir  se  briser 
l'impuissante  habileté  de  Samson.  Le  silence  du  public  est  la  leçon 
des  acteurs  comme  elle  est  celle  des  rois.  Puisse-t-elle  suffire  en  cette 
occurrence  et  nous  préserver  a  l'avenir  d'une  affligeante  récidive. 
Comme  compensation,  Mme  Plessy-Arnould  est  de  bien  peu  inférieure 
à  Mlle  Mars  dans  le  personnage  d'Hortense,  et  contribue  à  sauver 
l'œuvre  de  Casimir  Delavigne  d'un  trop  complet  naufrage. 

—  Les  débuts  de  Mlle  Karoly  se  poursuivent  à  l'Odéon  avec  des 
chances  diverses,  mais  qui  témoignent  d'un  intérêt  auquel  la  tragédie 
n'était  plus  accoutumée  depuis  la  mort  de  Rachel.  La  première 
fois  que  cette  nouvelle  étoile  s'est  manifestée  dans  le  rôle  d'Hermione, 
il  s'est  produit  un  fait  assez  bizarre.  Les  applaudissements  destinés  à 
la  débutante  se  sont  égarés  vers  une  demoiselle  Méa,  qui  représentait 
Andromaque,  et  qui,  depuis  plusieurs  années  qu'elle  est  à  l'Odéon, 
n'avait  jamais  été  l'objet  de  la  moindre  ovation.  Mlle  Karoly,  peu 
maitresse  d'elle-même  et  trop  prodigue  d'exagérations,  n'avait  réussi 
qu'à  mettre  en  relief  le  jeu  sage  et  réglé  de  sa  camarade.  Mais,  à 
une  seconde  épreuve,  les  destins,  changeants  comme  les  flots,  se  sont 
déclarés  franchement  pour  Hermione.  Cette  jeune  tragédienne  a  certes 
beaucoup  à  acquérir  pour  arriver  à  la  perfection  ;  seulement,  à  travers 
son  inexpérience,  on  voit  poindre  des  lueurs  soudaines  qui  accusent 
une  belle  et  forte  organisation  dramatique.  Les  avis  sont  très-partages 
à  son  égard  ;  mais  n'est  pas  discutée  qui  veut,  et  si  ses  détracteurs 
la  flétrissent  du  nom  de  Rachel  des  carrefours,  ses  partisans  procla- 
ment en  elle  des  qualités  exquises  qui  ne  sauraient  être  mises  en 
balance  avec  des  défauts  que  l'étude  corrigera. 

—  N'est-il  pas  un  peu  tard  pour  s'intéressera  une  contre-partie  de 
la  comédie  fantaisiste  de  M.  Ponsard,  Ce  qui  plaît  aux  femmes  ?  Son 
effet  n'a  été  ni  assez  marqué,  ni  assez  persistant  pour  expliquer  l'obs- 
tination des  Variétés  à  lui  donner  une  suite.  Il  y  a  pourtant  de  jolis 
détails  dans  Ce  qui  plaît  aux  hommes;  mais  ils  ont  le  tort  de  n'exis- 
ter qu'en  vertu  d'une  œuvre  morte  et  de  n'être  en  quelque  sorte  ac- 
cessibles qu'aux  rares  spectateurs  qui  se  souviennent  encore  de  la 
pièce  de  M.  Ponsard.  Pour  ceux-là  nous  dirons  que  cinq  jeunes 
filles,  élevées  à  Golconde,  loin  de  toute  société,  voient  tout  à  coup  ap- 
paraître au  milieu  d'elles  un  prince  beau  comme  le  jour  et  dont  le 
cœur  devient  aussitôt  le  point  de  mire  de  toutes  ces  dames  :  toutes, 
hers  une  seule  qui  feint  de  n'être  pas  touchée  des  grâces  du  charmant 
étranger,  et  qui,  par  cela  même,  l'emporte  sur  ses  compagnes.  D'où 
il  résulte  que  ce  qui  plaît  aux  hommes,  selon  M.  Henri  Meilhac,  c'est 
l'indifférence  affectée  et  le  mépris  apparent  des  conquêtes  amoureuses. 
Il  ne  faut  pas  oublier  que  la  scène  se  passe  à  Golconde,  c'est-à-dire 
dans  un  monde  qui  est  le  contre-pied  du  nôtre.  La  scène  la  mieux 
réussie  de  cette  imitation,  c'est,  comme  chez  M.  Ponsard,  l'intermède 


offert  au  prince  Dorilas,  et  dont  les  personnages  sont  pris  sur  le  vif 
de  nos  mœurs  vulgaires  et  positives.  Comme  de  raison,  cet  intermède 
est  envers,  non  académiques,  mais  faciles  et  spirituels.  C'est  en  cela 
que  M.  Henri  Meilhac  s'est  le  plus  écarté  de  son  modèle. 

Le  même  théâtre  nous  a  rendu  un  de  ses  anciens  acteurs  qui,  après 
une  école  buissonnière  de  plusieurs  années,  s'est  décidé  à  revenir  au 
bercail  pour  essayer  d'y  remplacer  Lassagne.  C'est  en  effet  dans  une 
pièce  faite  pour  ce  dernier  que  Kopp  a  effectué  sa  rentrée  sans  trop 
de  désavantage.  Lécureuil  est  le  nom  du  troupier  qui  suit  les  bonnes, 
et  que  nous  voyons  passer  par  tous  les  petits  malheurs  des  amants 
heureux.  Au  premier  acte,  une  négresse  jalouse  le  précipite  dans  la 
fosse  de  l'ours  Martin  ;  mais  il  s'échappe,  et,  au  lieu  de  profiter  de  la 
leçon,  il  va  rendre  visite  à  la  soubrette  d'une  dame  aux  camélias.  Là, 
il  rencontre  son  capitaine,  se  déguise  en  vieille  femme  pour  n'être 
pas  reconnu,  et  après  vingt  péripéties  comiques,  sort  encore  de  la 
bagarre  sans  accident  fâcheux.  Au  troisième  acte,  nous  retrouvons 
l'incorrigible  Lécureuil  dans  la  cuisine  d'un  cordon  bleu,  qui  est  jus- 
tement au  service  de  la  femme  du  terrible  capitaine.  Pour  le  coup  le 
pauvre  troupier  ne  sait  plus  où  se  cacher,  et  ce  n'est  qu'après  avoir 
perdu  en  détail  une  partie  de  son  uniforme  qu'il  est  enfin  dépisté,  et 
que  son  capitaine  lui  pardonne  en  considération  de  ses  terreurs  et  de 
ses  infortunes.  Cet  imbroglio  est  gai  d'un  bout  à  l'autre  et  n'affiche 
aucune  prétention  Kopp  n'y  est  pas  aussi  extravagant  que  l'eût  sans 
doute  été  Lassagne  ;  mais  il  apporte  dans  le  rôle  de  Lécureuil  cette 
finesse  d'observation  qui  lui  a  valu  jadis  des  succès  très-mérités  sous 
la  livrée  des  valets  du  répertoire  moderne.  ' 

La  reprise  de  la  Gamine,  un  de  ces  vaudevilles  populaires  dont 
M.  Paulin  Deslandes  possède  si  bien  le  secret,  a  été  une  nouvelle 
source  de  bravos  pour  Duchène,  Christian  et  Mlle  Judith  Fereyra,  qui 
remplace  dans  cette  pièce  Mlle  Virginie  Duclay. 

—  La  Gaîté  vient  de  remporter  un  nouveau  triomphe  avec  l'Esca- 
moteur, drame  en  cinq  actes,  de  MM.  Dennery  et  Brésil,  que  nous 
croyons  appelé  à  une  longue  et  fructueuse  carrière.  Ce  n'est  pas  que 
]a  donnée  de  cette  pièce  offre  rien  de  bien  neuf  et  de  bien  saillant, 
mais  le  type  de  saltimbanque  trouvé  par  Paulin  Meynier  domine 
l'action  et  lui  donne  une  certaine  originalité.  Un  enfant  substi- 
tué est  introduit  dans  la  famille  d'un  brave  et  honnête  général 
qui  a  prêté  lui-même  les  mains  à  cette  fraude  pour  sauver  la  rai- 
son de  sa  femme,  ébranlée  par  la  perte  de  sa  petite  fille.  Tel  est  le 
point  de  départ  du  drame,  où  l'on  voit  ensuite  un  parent  du  général, 
frustré  dans  ses  espérances  dé  fortune,  faire  intervenir  l'escamoteur 
comme  père  de  la  fille  substituée.  Or,  le  hasard  veut  que  cet  homme 
ne  ment  pas  en  venant  réclamer  son  enfant;  par  une  révélation  for- 
tuite il  apprend  que  la  jeune  fille  élevée  dans  la  famille  du  général 
est  la  sienne,  et  dès  lors  il  cherche  à  réparer  le  mal  qu'il  a  fait  en 
servant  les  calculs  de  son  complice.  Mais  pour  cela  il  faut  qu'il  se 
sépare  de  son  enfant,  et  il  ne  peut  s'y  résoudre.  Le  combat  qui  se 
livre  dans  son  cœur  entre  le  devoir  et  l'amour  paternel  est  le  pivot 
éminemment  dramatique  sur  lequel  roule  le  dénoûment  de  la  pièce. 
On  ne  saurait  prévoir  combien  de  larmes  vont  faire  couler  les  péripé- 
ties attendrissantes  et  romanesques  de  MM.  Dennery  et  Brésil  ;  mais 
ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  le  succès  de  V Escamoteur  se  dessine 
d'une  manière  tout  à  fait  exceptionnelle  et  que  dès  le  début  il  prend 
déjà  de  si  vastes  proportions,  qu'il  pourrait  bien  créer  une  concurrence 
sérieuse  au  Pied  de  mouton  de  la  Porte-Saint-Martin. 

—  Constatons  en  finissant  que  le  Cirque  a  fait  ses  adieux  à  la  salle 
des  Champs-Elysées  pour  reprendre  possession  de  son  local  du  bou- 
levard des  Filles-du-Calvaire,  et  qu'il  y  a  opéré  sa  réouverture  de  la 
façon  la  plus  brillante  avec  les  exercices  de  l'homme  incombustible 
et  le  trapèze  de  Léotard. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


370 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


NOUVELLES. 


„**  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  la  seconde  représentation  du  Pro- 
phète, donnée  dimanche  dernier  au  profit  delà  Caisse  des  pensions,  a  été 
des  plus  belles.  Mme  Tedesco  s'y  est  montrée  supérieure  encore  à  ce 
qu'elle  avait  été  le  premier  jour.  La  salle  était  complètement  remplie. — 
Mercredi,  Mlle  Hamackers,  remise  de  son  indisposition,  remplissait  le 
rùle  de  Berthe,  et  sa  charmante  voix  s'y  déployait  dans  tout  son  éclat 
et  sa  fraîcheur.  —  Demain  lundi,  237°  représentation  du  Prophète. 

*%  Vendredi,  Sémiramis  a  reparu  ;  les  deux  sœurs  Marchisio  y  ont 
été  plus. que  jamais  applaudies,  et  à  côté  d'elles  Obin  a  continué  d'être 
excellent. 

„*„  Mme  Ferraris  est  engagée  pour  quelques  représentations  à  l'Opéra 
royal  de  Berlin,  et  y  débutera  dans  un  ballet  de  Taglioni. 

*%  Le  Pardon  de  Ploermel  sera  repris  mardi  prochain  à  l'Opéra-Co- 
mique.  L'administration  n'a  rien  épargné  pour  que  le  chef-d'œuvre  re- 
parût avec  un  éclat  digne  de  son  importance.  Mlle  Wertheimber, 
Mlle  Monrose  et  Mlle  Darcier,  formeront  un  trio  qui,  avec  l'air  ajouté 
par  l'illustre  compositeur,  offriront  tout  l'attrait  de  la  nouveauté. 

„,%  Mlle  Mari  mon  est  rentrée  jeudi  dans  le*  Diamants  de  la  couronne. 
La  jeune  cantatrice  a  quitté  Bade  il  y  a  quelques  jours,  et  a  laissé  dans 
cette  ville  d'agréables  souvenirs  pour  la  façon  dont  elle  a  interprété 
la  Comète  de  Charles-Quint,  l'opéra-comique  de  Vivier. 

t*t  Le  théâtre  Italien  a  repris  dimanche  dernier  le  Barbier  de  Séoille 
et  mardi  Cenerentola.—  Aujourd'hui  dimanche,  début  de  Mlle  Edenska 
dans  le  rôle  d'Azucena,  du  Trovatore. 

»*„,  On  vient  de  distribuer  aux  artistes  du  théâtre  Italien  le  Ballo  in 
musehéra,  de  Verdi.  Mmes  Penco,  Alboni,  Mlle  Battu,  MM.  Mario,  Graziani 
et  Angelini  sont  chargés  des  rôles  principaux. 

„%  Ronconi,  le  célèbre  baryton,  fera  sa  rentrée  au  commencement 
de  novembre  dans  le  Barbiere,  dont  il  remplit  si  bien  le  rôle  principal. 

,*i  Les  Dragons  de  Villars,  traduits  en  allemand,  seront  représentés 
très-prochainement  au  théâtre  de  Frédéric-Guillaume  de  Berlin,  sous  le 
titre  de  la  Clochette  de  l'ermite. 

t\  Jeudi  dernier,  on  a  repris,  au  théâtre  des  Bouffes-Parisiens,  le  Sou 
de  Lise,  charmante  opérette  de  Mme  Caroline  Blangy  (lisez  :  comtesse 
deGrandval),  parfaitement  interprétée  par  Mlle  Chahert  et  par  Marchant. 
Cette  petite  paysannerie,  à  deux  personnages,  réussira  partout,  grâce  à 
l'intérêt  de  la  pièce,  à  la  distinction  de  la  musique  et  surtout  à  l'extrême 
facilité  que  présente  sa  distribution. 

„,*„,  Au  théâtre  Déjazet  on  prépare  la  reprise  de  Pianella,  la  charmante 
opérette  de  Flotow. 

,*,  Fanchette,  le  gracieux  opéra-comique  de  Déjazet,  vient  d'être 
représenté  pour  la  première  fois  à  Mulhouse,  et  a  obtenu  un  fraac 
succès. 

**„  Roger  obtient  en  ce  moment  le  succès  le  plus  éclatant  à  Ham- 
bourg. En  quinze  jours  il  a  chanté  sept  fois  dans  le  Prophète,  Lucie,  les 
Huguenots,  le  Trovatore  et  la  Dame  blanche.  On  s'enthousiasme  non-seule- 
ment pour  son  talent  musical  et  dramatique,  mais  on  loue  aussi  beau- 
coup la  manière  dont  il  chante  et  parle  en  allemand. 

„,*„.  Mme  Jenny  Lutzer  Dingolstedt  vient  de  gagner,  dans  une  loterie 
autrichienne,  le  gros  lot,  qui  est  de  73,000  florins.  Cette  somme  lui  a 
éié  payée  par  un  banquier  de  Prague,  où  la  célèbre  cantatrice  se  trouve 
en  ce  moment. 

„%  Mme  Miolan-Carvalho  étudie  en  ce  moment  le  rôle  de  Dinorah  en 
langue  allemande;  elle  créera  probablement  ce  rôle  â  Berlin;  ce  sera 
une  véritable  bonne  fortune  pour  le  théâtre  Royal. 

»%  Notre  savant  collaborateur,  Georges  Kastner,est  de  retour  à  Paris, 
où  il  va  mettre  la  dernière  main  au  grand  ouvrage  que  nous  avons  an- 
noncé il  y  a  déjà  quelque  temps. 

„*»  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat  vient  d'adresser  une  médaille  d'argent 
grand  module  aux  auteurs  de  la  cantate  exécutée  le  15  août  au  camp 
de  Chûlons  en  présence  de  S.  M.  l'Empereur:  MM.  Perrot  de  Renneville 
et  Delteil  pour  les  paroles,  et  M.  Bourdon  pour  la  musique. 

„,*„,  La  Schiller -Marsch  de  Meyerbeer,  arrangée  par  F.  Liszt  en  mor- 
ceau de  concert,  paraîtra  incessamment. 

„%  M.  Alary  vient  de  recevoir  la  décoration  de  l'ordre  d'Espagne  de 
Charles  III. 


,*»  Henri  Litolff  vient  d'épouser  Mlle  Louise-Marie-Joséphine,  fille  de 
M.  le  comte  et  de  Mme  la  comtesse  Wilfrid  de  la  Rochefoucauld.  Le 
célèbre  compositeur  doit  se  fixer  désormais  à  Paris. 

***  La  grande-duchesse  de  Nassau  a  été  tellement  charmée  des  qua- 
lités du  piano  d'Érard ,  sur  lequel  Henri  Litolff  a  joué  devant  elle  à 
Wiesbaden,  qu'elle  a  voulu  l'acquérir,  et  que  ce  bel  instrument  est  au- 
jourd'hui dans  son  palais  et  devenu  sa  propriété. 

i*#  Mme  Lia  Mulder  reprendra,  le  26  du  mois  prochain,  le  cours  de 
chant  qu'elle  a  si  heureusement  fondé  l'année  dernière,  d'après  la  mé- 
thode de  Bordogni. 

**„  De  tous  les  théoriciens  qui  ont  consacré  leur  talent  et  leur  plume 
à  l'enseignement,  Panseron  fut  l'un  des  plus  féconds.  Ses  solfèges  et 
méthodes  de  chant  resteront  au  rang  où  les  plaça  leur  savant  auteur,  et 
les  élèves  continueront  à  y  puiser  ses  excellentes  leçons.  L'Ecole  pri- 
maire, solfège  à  deux  et  trois  voix,  qu'il  publia  peu  de  temps  avant  sa 
mort,  est  appelé  au  succès  de  VA  B  C,  dont  il  a  les  qualités  :  mélodie  et 
facilité. 

„%  Une  séance  de  musique  religieuse  très-intéressante  se  prépare 
dans  la  magnifique  cathédrale  de  Bourges,  sous  la  présidence  de  Mgr  Men- 
jaud,  premier  aumônier  de  S.  M.  l'Empereur.  Le  lundi,  29  courant, 
aura  lieu  la  réception  du  grand  orgue  de  la  cathédrale,  reconstruit 
dans  les  ateliers  de  la  Société  anonyme  pour  la  construction  de 
grandes  orgues,  à  Paris  et  à  Bruxelles.  M.  Félix  Clément,  membre  de 
la  commission  des  arts  et  édifices  religieux,  vient  d'être  chargé  par 
S.  Exe.  M.  le  ministre  de  l'instruction  publique  et  des  cultes,  de  procé- 
der à  cette  réception.  Le  lendemain  se  fera  l'inauguration  solennelle 
de  ce  magnifique  instrument.  M.  Ed.  Batiste,  professeur  au  Conserva- 
toire impérial  de  musique  et  organiste  du  grand  orgue  de  Saint-Eus- 
tache;  M.  Renaud  de  Vilbac,  grand  prix  de  l'Institut  et  organiste  de 
Saint-Eugène,  à  Paris,  et  M.  Durand,  ex-maître  de  chapelle  de  S.  A.  R.  la 
duchesse  de  Parme,  nommé  récemment  organiste  du  grand  orgue  de 
la  cathédrale  de  Bourges,  feront  entendre  le  nouvel  instrument,  qui, 
nous  n'en  doutons  pas,  sera  le  digne  émule  des  orgues  de  Saint-Eus- 
tache,  de  la  cathédrale  de  Rouen  et  de  la  cathédrale  de  Murcie,  sorties 
des  ateliers  de  ces  célèbres  facteurs.  La  maîtrise,  sous  l'habile  direc- 
tion de  son  maître  de  chapelle,  contribuera  à  la  solennité  en  chantant 
quelques  motets  de  grands  maîtres  qui  seront  accompagnés  par  M.  Bru- 
naud  sur  l'orgue  du  chœur. 

***  Mme  Clara  PfeifTer  rouvrira  son  cours  d'ensemble  le  lundi  12  no- 
vembre prochain,  à  la  succursale  de  la  maison  Pleyel,  rue  Richelieu,  93. 
On  sait  que  ce  cours  est  spécialement  consacré  à  l'exécution  des  grands 
maîtres,  et  principalement  du  répertoire  symphonique  de  la  Société  des 
concerts  du  Conservatoire. 

t%  Le  maître  de  chapelle  de  la  cour,  Kùcken,  à  Stuttgart,  a  reçu  du 
roi  de  Danemark  les  insignes  de  chevalier  de  l'ordre  du  Danebrog. 

»%  A  Eschenbach,  petite  ville  de  la  Franconie,  où  naquit  Wolfram 
d'Eschenbach,  on  vient  d'inaugurer  le  monument  que  le  roi  Maximilien 
a  fait  élever  au  célèbre  llinnesaenger. 

***  Les  représentations  de  la  Passion  à  Ober-Ammer-Gau  sont  closes; 
il  y  en  a  eu  vingt  en  tout,  qui  ont  produit  une  recette  de  50,000  florins, 
plus  de  100,000  fr.  ;  elles  ne  seront  reprises  que  dans  dix  ans. 

a.*s  La  bibliothèque  musicale  de  feu  le  professeur  Fischhoff,  contenaut 
près  de  Zi,000  numéros,  vient  d'être  envoyée  à  Leipzig,  où  elle  doit 
être  vendue  par  les  soins  de  la  librairie  Weigel. 

■t%  Trois  artistes  dont  les  noms  suffisent  pour  éveiller  dans  le  monde 
musical  les  souvenirs  les  plus  sympathiques,  M.  et  Mme  Léonard  de 
Alendi  et  M.  Géraldy,  se  sont  associés  pour  faire  une  tournée  en  Belgique 
et  en  France.  Cette  nouvelle  ne  manquera  pas  d'être  accueillie  avec 
plaisir  par  toutes  les  sociétés  philharmoniques,  ainsi  que  par  tous  les 
amateurs  de  belle  et  bonne  musique. 

**„  Le  succès  que  nous  avons  prédit  aux  nouvelles  œuvres  d'Aloys 
Kunc  est  aujourd'hui  un  fait  accompli  ;  sa  fantaisie  sur  le  Pardon  de 
Ploermel,  ainsi  que  Fiamma,  étude  mazurka,  et  l'Hirondelle  de  l'exilé, 
nocturne,  ne  laissent  aucun  doute  sur  son  mérite  comme  compositeur 
pour  le  piano. 

***  Mlle  Marie  Beaumetz  reprendra  ses  cours  de  piano  le  3  novem- 
bre, rue  du  Bac,  37. 

***  Le  plus  célèbre  acteur  comique  américain,  G.  II.  Barrit,  vient  de 
mourir  à  New-York,  où  il  avait  dirigé  les  théâtres  de  Bowery  et  celui  de 
Broadway  réunis.  Barrit  était  né  en  Angleterre,  à  Exeter,  en  1774  ;  il 
avait  été  acteur  pendant  soixante-quatre  ans. 


DE  PARIS. 


371 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„%  Orléans.  —  Les  Valets  de  Gascogne,  l'opéra  comique  en  un  acte  de 
MM.  Gille  et  Dufresne,  viennent  d'être  rais  à  l'étude. 

t%  Epinal,  16  octobre.  —  C'est  au  milieu  des  Vosges  que  la  jeune 
violoniste  qui  celte  année  a  remporté  le  premier  prix  au  Conservatoire 
de  Paris  exerce  le  prestige  de  son  archet.  Mlle  Marie  Boulay  ressemble 
à  une  péri  qui  aurait  pris  des  leçons  d'Alard.  Il  y  a  de  l'Orient  dans 
ses  regards  et  dans  son  jeu.  Après  avoir  plongé  notre  ville  dans  l'extase, 
elle  est  partie  pour  Charmes,  d'où  elle  ira  à  Saverne,  à  Mulhouse,  pour 
reprendre  le  chemin  de  Paris  et  aller  demander  encore  des  conseils 
à  un  maître  qui  l'a  conduite  si  près  de  la  perfection. 

»*„  Nice,  12  octobre.—  Mme  Sanchioli,  l'excellente  Fidès  du  Prophète, 
dont  elle  a  popularisé  le  succès  en  Italie,  vient  d'obtenir  un  vrai  triomphe 
dans  la  Favorite. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 

„%  Bade.  —  La  saison  musicale  vient  de  se  terminer  par  deux  con- 
certs dans  le  salon  Louis  XIV,  et  par  une  fête  charmante  à  l'orangerie 
de  la  villa  Benazet.  Mlles  Marimon,  Bussine,  Sighicelli,  Batta,  Mme  Rosa 
Escudier-Kastner  et  Mlle  Octavie  Caussemille  en  faisaient  les  honneurs. 
En  répétant  avec  un  grand  talent  de  style  et  de  méthode  l'air  de  Crosti 
dans  la  Comète  de  Charles-Quint,  Bussine  a  procuré  un  nouveau  regain 
d'applaudissements  à  Vivier,  l'heureux  compositeur;  et  Mlle  Marimon,  en 
chantant  au  piano  sa  cavatine  d'Edith,  du  même  opéra,  a  également  re- 
trouvé pour  elle  et  pour  le  maestro  une  éclatante  réussite.  A  la  villa 
Benazet,  la  comédie  de  Léon  Gozlan  :  Un  petit  bout  d'oreille,  a  été  jouée 
par  des  amateurs  qui  valent  bien  des  acteurs.  La  seconde  partie  de  cette 
fête  se  composait  d'un  concert.  L'air  des  Noces  de  Jeannette  a  été  d'abord 
chanté  par  Mlle  Marimon,  avec  accompagnement  d'un  des  premiers  flû- 
tistes connus  (M.  Rucquoy)  et  le  secours  de  l'orchestre,  dirigé  par 
M.  Kœnnemann;  puis  Mlle  Octavie  Caussemille  a  joué  au  piano  une 
fantaisie  de  sa  composition.  Interrompue  plusieurs  fois  par  les  mur- 
mures approbateurs,  la  jeune  et  déjà  célèbre  virtuose  a  été  longue- 
ment applaudie  à  la  tin  de  ce  grand  morceau. 

**„,  Gand.  —  L'ouverture  de  la  campagne  théâtrale  a  eu  lieu  le  26  sep- 
tembre par  les  Diamants  de  la  couronne,  parfaitement  interprétés  par 
MM.  Audran,  Desveauxet  Mlle  Lavoye.  M.  Mermanta  débuté  avec  succès 
dans  Robert  le.  Diable. 

t%  Bruxelles.  —  Le  conseil  communal  vient  de  concéder  à  M.  Letel- 
licr  la  direction  du  théâtre  Royal  pour  la  saison  prochaine.  —  Le  gou- 
vernement a  résolu  d'affecter  la  grande  salle  du  palais  de  la  rue  Ducale 
aux  concerts  du  Conservatoire  royal  de  musique  ainsi  qu'à  d'autres  so- 
lennités musicales  officielles.  On  y  placera  le  grand  orgue  pour  la  cons- 
truction duquel  des  subsides  ont  été  votés  par  l'Etat,  le  conseil  provin- 
cial et  le  conseil  communal.  —  Giralia,  avec  Mlle  Boulart,  MA!.  Jourdan 
et  Carman,  u  terminé  les  représentations  de  la  semaine  passée  au  théâtre 
de  la  Monnaie  pour  le  début  de  Mlle  Gay,  qui  a  parfaitement  réussi. 
Mardi  et  jeudi  de  cette  semaine  ont  eu  lieu  deux  belles  représentations 
du  Pardon  de  Pto'ermel  et  du  Prophète.  —  Mlle  de  Katovv,  excellente  vio 
loncelle,  vient  de  donner  un  concert  qui  a  été  très-brillant.  —Au  théâ- 
tre du  Parc,  Tromb-Al-Cazar  attire  la  foule. 

^^Liège.  —  La  Commission  des  travaux  publics  du  Conseil  communal 
a  accueilli  la  proposition  de  tranférer  la  statue  de  Grétry|sur  la  place  du 
théâtre.  Elle  a  voté  la  dépense  nécessaire  pour  le  piédestal  de  la  statue 
à  élever. 

***  Londres.  —  L'ouverture  du  théâtre  de  Sa  Majesté,  opéra  anglais  et 
italien,  à  prix  réduits,  annoncée  pour  le  lundi  8  octobre,  n'a  pu  avoir 
lieu  que  le  mercredi.  La  nouvelle  saison  a  été  brillamment  inaugurée 
par  le  Trovatore.  L'intérieur  du  théâtre  a  subi  quelques  modifications 
très-heureuses.  Mlle  Titjens  (Leonora)  et  Giuglini  (Manrique)  ont  obtenu 
beaucoup  de  succès.  Le  rôle  de  la  bohémienne  était  tenu  par  Mme  Le- 
maire  ;  mais  l'événement  important  était  le  début  de  Francesco  ISriam 
dans  le  personnage  du  comte  de  Luna.  Le  débutant,  qui  arrivait  précédé 
d'une  grande  réputation,  possède  une  excellente  voix  de  baryton,  mais 
il  laisse  beaucoup  à  désirer  comme  comédien.  Le  début  de  M.  Briani  peut 
être  cependant  considéré  comme  un  succès.  —  La  belle  partition  de 
Macfarren,  Robin  Hood,  a  été  représentée  jeudi  soir  devant  un  auditoire 
brillant  et  nombreux.  Dn  fait  remarquable  c'est  que  jamais  peut-être 
on  n'a  représenté  un  ouvrage  aussi  essentiellement  anglais  :  poëme  , 
musique,  sujet,  artistes,  tout  appartient  à  la  Grande-Bretagne.  Mme  Lem- 
mens  a  obtenu  un  triomphe  véritable.  Sims  Reeves  est  aussi  un  artiste 
parfait  ;  du  reste,  la  troupe  est  généralement  bonne.  A  la  fin  de  l'opéra, 
le  directeur  a  été  appelé,  et  alors  un  hourra  général  s'est  élevé  pour 
Macfarren,  et  les  applaudissements  ont  éclaté  de  toute  part.  —  A  l'Opéra 
royal  italien  de  Covent-Garden,  la  Dinorah,  de  Meyerbeer  a  été  reprise  de 
la  manière  la  plus  saillante  :  les  bis,  les  rappels  se  sont  multipliés  de- 


puis l'ouverture  jusqu'à  la  chute  du  rideau.  Miss  Louisa  Pyne  s'est  sur- 
passée comme  cantatrice  et  actrice.  M.  Harrison  donne  au  rôle  de  Co- 
rentin  le  caractère  le  plus  original.  Un  débutant,  M.  Chaple,  s'est  ac- 
quitté de  celui  d'IIoël  avec  grand  succès;  il  monte  facilement  jusqu'au 
sol  dièse.  M.  Mellon,  l'habile  chef  d'orchestre  ,  s'est  distingué  par  sa 
verve  et  sa  précision. 

„.**  Liverpool.  —  Le  théâtre  royal  d'opéra  italien  a  donné  mercredi 
10  octobre  une  splendide  représentation  de  Maria.  Le  rôle  principal 
était  chanté  par  Mme  Grisi ,  et  celui  de  Nancy  par  Mme  Viardot;  Mario 
retrouvait  dans  Lyonel  ses  beaux  succès  du  théâtre  Italien  de  Paris  ; 
Ciampi  jouait  sir  Tristan,  et  Dragoni,  Plunkett.  La  charmante  partition 
de  Flotow  a  été  accueillie  très-chaleureusement  par  le  public  d'élite  qui 
assistait  à  cette  représentation. 

„.*%  Berlin. —  Le  théâtre  Victoria  a  dû  ouvrir  le  1S  octobre  par  U  Bar- 
biere,  de  Rossini,  avec  Mlle  Artot;  ensuite  viendra  Normd;  le  rôle  prin- 
cipal sera  chanté  par  Mme  de  Vries. — On  annonce  la  prochaine  mise  à 
l'étude  du  Pardon  de  Ploërmel  ainsi  que  les  reprises  de  Calharina 
Cornaro,  de  F.  Lachner,  et  de  Nurmahal,  de  Spontini. —  Le  30e  anni- 
versaire de  la  fondation  de  l'Université  a  été  célébré  les  14,  15  et  16 
par  de  brillantes  solennités:  la  partie  musicale  des  fêtes  a  été  dirigée 
par  MM.  Dorn,  Taubert  et  Marx.  —  Il  Matrimonio  segreto  vient  d'être 
l'occasion  d'un  nouveau  triomphe  pour  Mme  Trebelli. 

„.%  Francfort. — M.  Tugenholt,  pensionnaire  de  l'empereur  de  Russie, 
vient  de  fonder  ici  une  société  de  musiciens  qui,  sous  sa  direction,  se 
propose  de  donner  quelques  séries  de  concerts  de  musique  de  chambre, 
en  France,  en  Allemangne  et  en  Angleterre.  M.  Tugenholt,  dont  la 
réputation  de  chef  d'orchestre  est  aujourd'hui  bien  établie,  fera  exécu- 
ter les  œuvres  des  grands  maîtres  et  particulièrement  celles  de  ces 
œuvres  qui  n'ont  point  été  encore  entendues  en  public.  On  peut  compter 
sur  une  exécution  magistrale  si  l'on  s'en  rapporte  aux  noms  des  sommités 
artistiques  qui  ont  patronné  cette  nouvelle  association  musicale. 

***  Leipzig.  —  Dans  le  courant  de  ce  mois  le  théâtre  de  la  ville  a 
donné  :  le  Postillon  de  Longjumeau,  par  Adam  ;  .Dinorah,  par  Meyerbeer 
(deux  fois);  les  Gaies  Commères  de  Windsor,  par  Nicolaï  (deux  fois);  Robert 
le  Diable  (deux  fois). 

j,*s,  Vienne. —  Parmi  les  morceaux  portés  au  programme  des  concerts 
philharmoniques  qui  auront  lieu  cette  année,  on  remarque  une  cantate 
que  Mozart,  qui  étant  franc  maçon,  l'écrivit  dans  le  temps  pour  la  loge 
dite  «  de  l'Espérance  couronnée  »  ;  elle  y  fut  chantée  par  Adam  Berger, 
et  publiée  par  Artaria,  qui  étaient  membres  de  cette  loge  ainsi  que  le 
compositeur.  L'association  des  étudiants  doit  exécuter  dans  son  premier 
concert  l'Antigone,  de  Mendelssohn,  à  grand  orchestre.  Pour  la  prochaine 
saison  1860-1861,  le  prince  George  Czartorisky  a  été  nommé  président 
de  l'académie  de  chant. 

i%  Munich.  —  L'Étoile  du  Nord,  qui  vient  de  reparaître  au  répertoire, 
a  été  saluée  par  des  applaudissements  unanimes.  La  reprise  des  Deux 
journées,  de  Cherubini,  et  de  Fidelio,  avait  précédé  de  quelques  jours 
l'ouvrage  de  Meyerbeer. 

*%  Florence.  —  Le  Prophète,  doit  être  représenté  dans  le  courant  de 
la  semaine  prochaine  à  la  Pergola.  Mlle  Masson  chantera  le  rôle  de 
Fidès. 

,*,  Naples,  1 1  octobre.  —  Le  théâtre  San  Carlo  a  ouvert  par  semi- 
ramide.  Prochainement  seront  représentés  la  Muette  de  Portici  et  le  Pro- 
Iphète,  deux  ouvrages  qu'on  entendra  ici  pour  la  première  fois. 

»%  Madrid,  10  octobre.  —  Le  début  de  Mme  Charton-Demeur  dans  la 
Sonnambula  a  été  des  plus  brillants.  Dès  les  premières  mesures  l'audi- 
toire était  sous  le  charme  et  la  salle  entière  ne  tardait  pas  à  éclater  en 
applaudissements.  Toute  la  représentation  n'a  été  qu'un  triomphe.  Après 
chaque  acte  la  cantatrice  a  été  rappelée  plusieurs  fois  avec  enthou- 
siasme. 

,.%  Saint-Pétersbourg,  28  septembre.  —  Mlle  Lagrua  a  chanté  trois 
fois  depuis  son  brillant  début  dans  Norma.  Le  succès  de  la  canta- 
trice a  été  prodigieux  et  dépasse  encore  de  beaucoup  celui  qu'elle  a  ob- 
tenu l'an  dernier.  Reçue  avec  enthousiasme  à  chacune  de  ses  entrées, 
elle  est  aujourd'hui  l'artiste  favorite;  sa  voix  est  plus  belle  et  plus  fraî- 
che que  jamais.  Mlle  Lagrua  a  été  rappelée  trois  fois  après  la  cavatine 
et  après  le  premier  acte;  elle  a  dû  recommencer  le  grand  duo  avec 
Adalgise,  et  reparaître  douze  fois  à  la  fin  de  l'ouvrage.  Tamberlick  a 
chanté  Pollion  d'une  manière  très-remarquable,  et  Mlle  Bernardi  a  su 
se  faire  applaudir  dans  le  rôle  d'Adalgise.—  Très-prochainement  Mlle  La- 
grua se  fera  entendre  dans  le  Freischiitz ,  ensuite  viendront  il  Trovatore 
et  Otello. 

„*»  New-York.  —  Mme  Czillag,  et  Formés  viennent  d'arriver  ici.  En 
attendant  leurs  débuts  on  a  représenté  à  l'Académie  de  musique  Lu- 
cia,  Sonnambula,  Trovatore  et  Don  Giovanni  devant  des  salles  combles. 
Mme  Colson  a  été  très-applaudie  dans  le  rôle  de  Zerline. 


372 


KEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  U.  B2ItA*r»US  et  S.   DIIFOBJR,  éditeurs,  103,  rue  de  Richelieu,  au  V 


Grande  partition  ,  net. . . . 

200 

Parties  d'orchestre,  net. . . 

200 

Partition    pour   piano    et 

40 

Partition    pour    piano    et 

20 

Id.  avec  paroles  italiennes 

20 

LE  PRQPH 


Opéra  en  cinq  actes, 
Paroles  de  ai.  Eickke  SCRIBE,  musique  de 


Partition  pour  piano  seul, 
net 25 

La  même,  in-8",  net 10 

Partition  pour  piano  à  qua- 
tre mains,  net 25 

Ouverture  pour  piano  à  qua- 
tre mains 9 


LES  AIRS  DÉTACHÉS  DE  CHANT  AVEC  ACCOMPAGNEMENT  DE  PIANO 


Adam.  Six  airs  faciles 

Alkan  (W.).  Etude  fuguée 

Benedict.  Fantaisie  brillante 

Beyer.  Bouquet,  de  mélodies 

—  Six  tableaux,  chaque 

Blahetka.  Quadrille  des  Patineurs.    .    .    . 

Burgmiiller.  Grande  valse 

Cramer.  Bagatelle 

Dœhlcr.  Six  tableaux,  là  6,  chaque.  .  .  . 
Dolmetsch.  Op.  16.  Marche  du  sacre  .  .  . 
Dreyschock  et  Panofka.  Duo  pour  piano 

et  violon  

Duvemoy.  Op.  182.  Fantaisie 

Fumagalli.  Op.  43.  Grande  fantaisie  .  .  . 
Garaudé.     Les  quatre   airs    de  ballet  et  la 

—  Marche  du  sacre,  chaque 

Guichard.  Polonaise 

■I.  llerz.  Op.  185.  Fantaisie  brillante  .    .    . 


ARRANGEMENTS  POUR  PIANO 

•I.  Ilcrz.  Les  quatre  airs  de  ballet  et  la  Mar- 
che du  sacre,  chaque 7  50 

—  Les  mêmes  à  quatre   mains,  par 

Wolff,  chaque. 0     » 

Heller.  Op.  70.  Caprice  brillant 7  50 

Hiinteii.  Op.  171.  Fantaisie 6     » 

A.  Jaé'H.  Chœur  d'enfants 7  50 

Krugcr.    Op.  20.   Pastorale  et  Marche   du 

sacre 7  50 

Lecarpentier.  109e  et  110°  bagatelle,  en.  .     5     » 
—  Op.  141  à  quatre  mains  .    .     7  50 

M.  Louis.  Op.  184.  Fantaisie  pour  piano  et 

violon 9    » 

Liszt.  Illustrations  : 

N°  1.  Prière,  hymne  triomphale  .    .  12     » 

2.  Patineurs  (scherzo) 12    n 

3.  Pastorale.  Appel  aux  armes.   .  12     » 
li.  de  Meyer.  Op.  71.  Grande  fantaisie  .   .   10     » 

POUR  MUSIQUE  INSTRUMENTALE 


Osborne.  Op.  78.  Fantaisie 

Rosellen.  Op.  114.  Grande  fantaisie  .    .    . 

La  même  à  quatre  mains 

Sovfinski.  Op.  74.  Fantaisie 

l'alexy.  Op.  20.  Fantaisie  brillante  .... 
Thalberg.  Op.  57.  N°  9.  Fantaisie  brillante. 
Ch.  Voss.  Op.  101.  Grande  Fantaisie  .  .  . 
—  Op.  105.  Complainte  et  Marche. 

Wolff.  Op.  158.  Grand  duo  à  quatre  mains. 
Wolff  et  Béi-iot  .Duo  pour  piano  et  violon. 
Deux  quadrilles  par  Mcsard,  pour  piano  et  à 

quatre  mains,  chaque 

Quadrille  par  Lecarpentier  (facile) 

Quadrille  par  Strauss,  pour  piano  et  à  quatre 

mains 

Valses  par  Ettlinc,  pour  piano  à  4  mains  .    . 

Polka  par  Pasdeloif 

Redowa  par  Pilodo 


SJriiHl.  Op.  24.  Fantaisie  brillante  pour  le  violon 9  » 

Vienxtemps.  Grand  duo  pour  piano  et  violon 9  » 

G  ee.  Op.  53.  Fantaisie  dramatique  pour  violoncelle 7  50 

BtenniKal.  Duo  pour  flûte  et  piano 9  » 

lValtliiers.  Op.  88.  Grande  fantaisie  pour  flûte  avec  ace.  de  piano.   ...  9  » 

—           Op.  87.  Quatre  fantaisies  pour  flûte  seule,  chaque 6  » 

Labarre.  Duo  facile  pour  harpe  et  piano 9  » 

Verroust.  Op.  51.  Fantaisie  pour  hautbois  et  piano 7  50 


Guichard.  Op.  18.  Duo  pour  cornet  et  piano 

Molir.  Trois  pas  redoublés  et  la  Marche  du  sacre  pour  musique  militaire, 
chaque 


4  50 
4  50 


4  50 
4  50 


9    n 

6    » 


Uolir.  L'ouverture  et  les  airs  pour  musique  militaire 

Inouïs.  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  violons  et  violon  seul.  . 
Walckiers.  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  flûtes  et  flûte  seule 
Guichard.  L'ouverture  et  les  airs  pour  deux  cornets  et  cornet  seul. 


WELLI  Pty©U©^T 


REPERTOIRE  DES  ORPHEONS 

ET     DES 

SOCIÉTÉS  CHORALES 

Collée «ïom  «a<'«  plus  ltcmiiv  cîiorîurs  pour  voix  «l'itoiiiiuc  mmum  nceonipagnciuciit. 


4.  De  Floïow 

5.  Gluck  .   . 
e.       — 

7.  Halévï    . 

8.  Maileart. 

9.  Meyerreer 


14. 
15. 


fltEMlLIlE     SÉRli: 


CHŒURS  D'OPERAS 


Le  Lac  des  Cées.    . 
■luette  de  Portici, 

Martha 

Aleestc 

Armide 

Le  \abab 

Dragons  de  Villars 
lies  Huguenots.   .    . 

Le  Prophète  .... 
ilohei-t  le  Diable  . 

I.c  Comte  Ory  .    .    . 

Guillaume  Tell  .    . 


Robert  Bruce  .    .    . 

Chaque 


Chœur  des  Etudiants 

Chœur  de  la  Chapelle 

Amour  sacré  de  la  patrie  .... 

Mélodie  irlandaise 

Vivez,  aimez 

Los  plaisirs  ont  choisi  pour  asile. 
Couplets  du  tabac,  avec  solo  .  . 
Prière:  Soutien  de  l'innocent.  .  . 
Couplets  des  soldats  huguenots  . 

Septuor  du  duel 

Appel   aux  armes 

Chœur  des  Buveurs 

Chœur  des  Moines 

Chœur  et  prière 

Prière 

Chœur  de  la  Conjuration.    .    .    . 

Chœur  des  Chasseurs 

Chasse  et  prière  du  soir  .... 

Prière 

Chœur  bachique  avec  solo  .   .   . 


BttMKMi:  SLiui: 


CHŒURS  DIVERS 


En  vnrttlioi 
Prix  net 


1.  An.  Adam..   Les  Boulangers 1 

2.  —              Les  Fondeurs ~. 1 

3.  —              I.es  Garçons  de  restaurant 1 

4.  —              Les   Horlogers 1 

5.  —              lies  Canotiers 1 

6.  —              Les  Postillons 1 

7.  —              L'Enclume 1 

8.  —              Les  Cbarpcntiers 1 

9.  BEETiiovEri  .   Chant  «les  compagnons 1 

10.  —              Chant  elégiaque t 

11.  Hymne  du  sacrifice,  avec  solo 1 

Les  Canotiers  fie  Paris » 

Kulut  impérial,  God  save  français « 

Marche  du  Prince  impérial » 

Hymne  national  russe > 

B. a   Fuite  des  captifs,  chœur  avec  solo  de  ténor.    .    .  » 

"Vseult  l'impératrice » 

I.es  Veilleurs  de  nuit a 

l.n  Chasse   au  tigre » 

Les  Gondoliers  vénitiens » 


Cavali.o 
Elwaht 


19.  Ladarre 


partie  séparée  de  Ténor  ou  de  Basse  se  vend  séparément  20  centimes  ne 

(Ces  deux  séries  seront  continuées.) 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   I. 


27e  Année. 


N°  44. 


28  Octobre  1860. 


OH  S'ABONNE  I 

Dans  les  Départements  et  a  l'Étranger,  clic 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires, 
Sureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEUENT*. 

Paris 24  (r  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse —     30  "        id- 
Élranger ~ 34  n       id. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETTE  liiUSI 


MM    WékWLIS, 


— -w\rjv\pj\/\jvw--- 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique:  reprise  du  Pardon  de 
Ploërmel.  —  Le  passé,  le  présent  et  l'avenir  du  chiffre  appliqué  à  la  notation 
musicale  en  Allemagne  (2e  et  dernière  partie),  par  William  Cronthal. — 
Revue  critique,  par  Adolphe  Botte.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA-COMQUE. 

Reprise  «Bu  S'ai-tïïott  tle  S*loët'»nel. 

Quand  une  œuvre  de  haute  portée  commence  sa  carrière  théâtrale, 
qui  pourrait  prévoir  le  nombre  de  changements  qu'elle  est  destinée  à 
subir  dans  la  distribution  de  ses  rôles  principaux?  Combien  d"arlistes 
doivent-ifs  s'y  remplacer  l'un  l'autre?  Que  d'incarnations  différentes 
suivant  l'époque  et  l'ordre  des  temps!  Jusqu'à  présent  le  Pardon  de 
Ploërmel,  qui  ne  compte  encore  qu'une  année  et  demie  d'existence, 
était  demeuré  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes  qu'à  sa  création  : 
hormis  Faure,  que  Troy  avait  quelquefois  suppléé,  il  avait  conservé 
tous  ses  interprètes,  mais  le  départ  de  Mme  Cabel  dérangea  soudaine- 
ment le  statu  quo;  il  fallait  songer  à  se  procurer  une  autre  Dinorah, 
et,  pendant  qu'on  était  en  train,  l'idée  vint  qu'il  serait  possible  d'in- 
venter un  lloël  tout  nouveau  de  figure,  de  voix,  même  de  sexe  ;  et 
c'est  ainsi  que  MlleMonrose  et  Mlle  Wertheimber  furent  appelées  à  re- 
cueillir l'héritage  des  deux  artistes  qui,  avec  Sainte-Foy,  l'excellent 
bouffe,  avaient  eu  l'honneur  d'inaugurer  la  dernière  production  du 
grand  maître. 

Nous  croyons  superflu  de  rappeler  ce  que  Faure  et  Mme  Cabel 
avaient  fait  des  rôles  d'Hoël  et  de  Dinorah  :  ce  n'est  pas  à  eux  que 
s'appliquera  jamais  le  dicton  banal  :  les  absents  ont  tort.  Mais,  sans 
oublier  ce  qu'on  leur  doit,  il  est  juste  de  reconnaître  le  mérite  ëmi- 
nent  de  lsurs  successeurs.  Mlle  Monrose,  par  exemple,  avait  une  tâche 
effrayante  à  remplir,  et  pourtant  elle  s'en  est  acquittée  avec  un  talent, 
avec  un  charme  qui  n'ont  pas  laissé  le  succès  douteux.  Elle  avait  à  lutter 
contre  le  souvenir  d'une  voix  exceptionnelle,  dont  l'élévation  et  l'agi- 
lité merveilleuses  ont  quelque  chose  de  fantastique  :  on  conçoit  que  la 
crainte  ait  d'abord  retenu  quelque  peu  l'essor  de  la  jeune  arlisle  ;  on 
a  pu  s'en  apercevoir  dans  quelques  passages  de  la  Berceuse  :  Dors, 
petite,  par  laquelle  débute  le.  rôle  ;  mais  bientôt  la  confiance  est  reve- 
nue, et  Mlle  Monrose  a  dit  admirablement  le  duo  avec  Corentin  :  Sonne, 
sonne,  gai  sonneur;  elle  en  a  enlevé  les  vocalises  avec  une  facilité, 
une  sûreté  complètes.  Au  second  acte,  dans  l'air:  Ombre  légère,  son 
triomphe  a  encore  été  plus  éclatant  ;  elle  a  chanté  et  joué  à  ravir, 


sans  avoir  à  redouter  aucun  parallèle.  C'est  un  progrès  immense  ac- 
compli par  elle  dans  l'art  et  dans  l'opinion  :  le  rôle  de  Dinorah  mar- 
quera son  avènement  dans  la  pléiade  de  nos  plus  brillantes  can- 
tatrices. 

Mlle  Wertheimber  avait  par  devers  elle  un  précédent  bien  propre 
à  l'encourager  dans  la  prise  de  possession  du  rôle  d'Hoël.  Celui  de 
Pygmalion  dans  Galathée  avait  été  conçu  et  écrit  pour  une  basse- 
taille,  répété  par  une  basse-taille,  et  néanmoins  c'est  elle  qui  l'avait 
créé,  qui  l'a  repris  dernièrement  de  manière  à  défier  toute  concur- 
rence. Ici,  bien  qu'il  s'agit  du  contraire  et  quelle  eût  à  continuer  ce 
qu'avait  créé  une  basse-taille,  nous  ne  doutions  pas  qu'elle  ne  réus- 
sît parfaitement.  Et  d'abord  nous  pensions  avec  bien  des  gens  que 
sa  taille  élancée,  sa  gracilité  féminine,  conviendraient  mieux  au  rôle 
d'Hoël  que  la  solidité  musculaire  d'un  homme  vigoureux.  L'intérêt 
dramatique  devait  s'en  augmenter,  car,  il  faut  le  dire,  on  ne  peut  se 
garder  d'un  certain  mépris  pour  un  gaillard  à  l'organe  robuste,  aux 
épaules  carrées,  qui,  dans  sa  passion  pour  l'or,  redoute  le  péril  au 
point  de  se  chercher  un  substitut  et  de  l'envoyer  comme  avant- 
garde  à  un  trépas  qu'il  croit  certain.  Si,  au  rebours,  l'amateur  de 
trésors  a  l'air  plus  faible  que  l'associé  qu'il  se  donne,  on  le  com- 
prend et  on  l'excuse  presque,  en  supposant  qu'il  se  flatte  que  son 
compagnon  offrira  quelque  résistance  et  sortira  du  mauvais  pas  où 
lui-même  périrait. 


A  ce  point  de  vue  et  comme 
d'Hoël  un  personnage  entièreme 
détaillé  les  moindres  nuances 
rien  d'étonnant  de  sa  part.  C 


içtrice,  Mlle  Wertheimber  a  fait 

neuf;   elle  en  a  mis  en  relief  et 

une  finesse'  de  sentiment  qui  n'a 

i  cantatrice  elle  n'a  pas  été  moins 


habile  ni  moins  heureuse,  si  .on  tient  compte  de  ce  que  la  voix  de 
contralto  offre  de  moins  que  celle  de  baryton-basse  en  sonorité, 
en  puissance.  D'ailleurs  cette  différence  n'est  sensible  que  dans  les 
morceaux  d'ensemble.  Dans  les  solos,  airs  et  romances,  le  contralto 
n'a  rien  à  envier  :  il  chante  inèrue  avec  une  expression  plus  déli- 
cate et  plus  tendre;  il  émeut  et  attendrit  plus  qu'aucune  autre  voix 
ne  saurait  le  faire.  Ce  succès  n'a  pas  manqué  à  Mlle  Wertheimber 
dans  la  délicieuse  romance  du  troisième  acte:  Ah!  mon  remords  te 
venge,  applaudie  avec  transports  et  redemandée  à  l'unanimité. 

Donc  le  Pardon  de  Ploërmel  nous  a  été  rendu  de  façon  à  ce  que 
les  regrets  ne  pussent  trouver  place.  Au  commencement  du  second  acte 
une  amélioration  demande  à  être  signalée.  On  se  souvient  qu'après 
le  chœur  :  Qu'il  est  bon,  le  vin  du  bonhomme  Ivon,  il  y  avait  un  pe- 
tit dialogue  entre  deux  buveurs  attardés.  Au  lieu  de  ces  lignes  de 
prose  naïve,  nous  avons  maintenant  la  scène  et  cansonella  compo- 


sées  à  Londres  par  Meyerbeer  pour  Mme  Nantier-Didiée.  C'est  un 
morceau  plein  d'esprit  et  de  grâce  qui  a  toujours  produit  beaucoup 
d'effet.  La  mélodie  en  est  de  race  italienne  et  se  termine  par  un 
trait  des  plus  élégants.  Voici  les  paroles  du  premier  couplet  : 

Gentille  fillette, 
Pauvre  âme  simplette, 
Trencls  garde  :  le  diable  te  guette  ; 
Promesse  frivole, 
Ivresse  d'un  jour! 
La  raison  s'envole 
Quand  nous  vient  l'amour. 

Le  chœur  se  mêle  au  refrain  de  celte  chansonnette  que  Mlle  Bélia 
dit  fort  bien,  et  quia  été  vivement  applaudie.  Cette  addition  musicale 
nous  prive,  il  est  vrai,  des  comiques  physionomies  de  Lemaire  et  de 
Palianti,  qui  ont  disparu  avec  le  dialogue;  mais  ils  ne  nous  en  vou- 
dront pas  de  noire  préférence  déclarée  pour  une  page  inédile  échap- 
pée à  la  plume  de  Meyerbeer. 

Quant  à  l'exécution  générale  du  Pardon  de  Ploërmel,  nous  n'aurions 
qu'à  répéter  les  éloges  que  nous  avons  eu  si  souvent  l'occasion  de  consi- 
gner clans  ces  colonnes.  Sainte-Foy,  le  dernier  des  Romains,  toujours 
ferme  à  son  posle,  toujours  de  plus  en  plus  original  et  vrai  dans  sa 
gaielé  de  bon  goût,  donne  au  rôle  de  Corentin  un  caractère  inimita- 
ble. Il  est  Breton  et  poltron  de  la  tête  aux  pieds  :  il  n'aura  jamais  de 
rival  sur  la  cornemuse.  Nul  non  plus  ne  chante  et  ne  chantera  mieux 
que  Barielle  l'air  du  Chasseur,  qui  nous  fait  respirer  la  senteur  des 
bois  à  pleine,  poitrine  ;  aussi  le  bis  est-il  traditionnel.  Warot  dit  le 
chant  du  Faucheur  d'une  voix  ravissante.  Mlles  Belia  et  l'rost  sont 
de  charmantes  chevnères  ;  et,  grâce  à  ces  quatre  artistes,  le 
Pater  noster  se  déploie  dans  toute  sa  richesse  mélodique  el  harmo- 
nique. L'orchestre  et  les  chœurs  comprennent  leur  importance  et  le 
prouvent  par  leur  ensemble  excellent.  Nous  ne  compterons  pas  les 
rappels  el  ovations  du  premier  jour,  nous  dirons  seulement  qu'on  ne 
les  a  pas  multipliés  au  delà  de  ce  que  réclamait  la  justice. 

P.  S. 


LE  PASSÉ,  LE  PRÉSENT  ET  L'AVENIR  DU  CHIFFRE 

.ii^'e-a^uai  a  i„a  \ot,iti»\  saa;s*ie.4i,aî  en  ALi.iin.iGXB. 

A  monsieur  le  comte  de  Sot/o/nib. 

(2e  et  dernière  partie)  (1). 

Voyons  maintenant  le  présent  du  chiffre  en  Allemagne. 

Hentschel  dit  on  1857,  comme  nous  l'avons  vu  plus  haut  :  «  Le  chif- 
fre est  presque  entièrement  passé  de  mode,  par  conlre  la  noie  a  repris 
de  plus  en  plus;  certes,  c'est  là  un  grand  progrès:  la  lice  est  donc 
abandonnée,  le  chiffre  a  disparu  presque  complètement  ;  enquérons- 
nous  cependant  de  ce  qui  reste.  <■ 

Dans  la  Hevue  pédagogique  précitée,  nous  trouvons  la  trace  de 
deux  champions  qui  tiennent  bon  sur  la  brèche  :  c'est  premièrement 
Thomascik  (2). 

Ce  pédagogue,  parlant  de  l'idée  que  les  chiffres  sont  exclusive- 
ment aussi  peu  capables  que  les  notes  de  faciliter  l'enseignement  du 
chant,  a  inventé  le  chiffre-note  [zalilnole).  11  emploie  les  notes  écrites 
sur  une  portée  de  cinq  lignes,  mais  au  lieu  de  les  appeler  c,  d,  e,  /, 

(1)  Voir  le  n"  (c3. 

(2)  Pruktisch  methodische  Gcsaugschule  fiir  den  Volksmiterricht  nach  den 
Principien  mid  fur  die  TonbezeMmung  J.  ('■  ÏÏiomasciiïs,  von  Fr.  Sclimidt. 
Berlin,  Yci'lag  vou  Hnber,  1856. 


</,  o,  h,  il  dill,  2,  3,  4,  5,  6;  7.  Pour  les  exercices  il  se  sert  d'un 
télégraphe  où  cinq  bâtons  horizontaux  figurent  les  cinq  doigts  de  la 
main,  procédé  emprunté  pour  le  fond  à  la  méthode  Wilhem  ;  l'auteur 
n'admet  qu'une  gamme.  Comme  vous  le  voyez,  ce  n'est  plus  le 
chiffre,  mais  non  plus  tout  à  fait  la  note  ;  les  deux  écoles  peuvent 
à  litre  égal  revendiquer  ce  système. 

En  second  lieu,  dans  la  revue  de  l'année  dernière,  M.  Slahl  fait 
connaître  à  l'Allemagne  la  notation  dont  vous  avez  pris  la  défense. 
Après  avoir  lu  les  éloquentes  paroles  de  ce  pédagogue  à  convictions 
si  ardentes,  l'on  se  demande  :  réussira-l-il  à  la  faire  accepter? 

Celte  question  nous  amène  au  troisième  point  en  discussion,  à 
l'avenir  dit  chiffre  en  Allemagne. 

C'est  ici  le  moment  d'interroger  la  pédagogie,  de  nous  aider  de  ses 
lumières,  de  nous  armer  de  son  code;  elle  a  des  principes  définis  et 
sûrs  pour  juger  les  contestations  didactiques. 

Voici  son  arrêt,  écrit  chez  cent  auteurs  divers  :  la  condition  sine 
qud  non  pour  qu'une  théorie  vive  dans  l'avenir,  c'est  qu'elle  soit 
consacrée  par  l'expérience;  sa  naissance  eût- elle  été  accompagnée 
des  plus  grandes  merveilles  opérées  par  son  créateur,  il  faut  qu'une 
méthode  reçoive  sa  sanction  de  la  pratique. 

Vous  admettez  avec  moi,  monsieur  le  comte,  ce  premier  principe, 
car  à  la  page  CO  vous  convenez  «  qu'on  ne  peut  juger  d'un  procédé 
»  que  dans  son  application;  »  et  à  la  page  76  de  votre  brochure 
vous  répondez  dans  les  ternies  suivants  à  une  auecdole  citée  par 
Halévy  :  «  Un  savant  très-savant  avait  employé  trente  années  à  écrire 
»  un  livre.  Mon  ouvrage  est  fini,  disail-il  avec  salisfaction,  il  ne  me 
»  reste  plus  qu'à  faire  les  expériences.  » 

Appliquant  le  principe  au  cas  en  discussion,  il  faut  conclure  que  le 
chiffre  n'a  pas  d'avenir,  puisque,  abandonné  par  les  maîtres  d'école 
d'Allemagne  après  soixante  années  d'expériences,  il  n'a  pas  reçu  la 
sanction  de  la  pratique. 

Je  vais  au-devant  d'une  objection  émise  en  ma  présence  par  un 
fervent  disciple  de  Rousseau,  à  savoir  que  l'application  des  chiffres 
en  Germanie  ne  s'est  pas  faite  d'après  le  système  perfectionné  en 
France,  qu'une  multitude  de  manières  ont  eu  cours  et  que  ce  man- 
que d'unité  a  nui  à  la  propagation  des  recueils  de  chant  et  au  main- 
tien de  la  méthode.  Cette  objection  paraît  sérieuse  et  je  l'aborde  sans 
détour. 

Examinons  quel  est  le  caractère  fondamental  qui  distingue  la  note 
et  sa  porlée  des  chiffres.  Vous  établissez  cette  distinction,  monsieur  le 
comte,  à  la  page  52  de  votre  brochure  :  «  La  méthode  usuelle  effraie 
»  les  élèves  en  leur  parlant  de  douze  ou  de  quinze  tonalités  différentes, 
»  qui,  en  se  modifiant,  ne  fùl-ce  que  par  deux  clefs,  forment  vingt- 
»  quatre  ou  treille  chemins  différents  sur  lesquels  la  voix  doit  se 
»  rendre  compte  des  intervalles.  On  n'a  pour  s'en  assurer  qu'à 
»  ouvrir  le  premier  livre  venu  d'enseignement  musical.  L'élève  du 
«  chiffre  ne  connaît,  qu'une  gamme,  et  quand  il  change  son  point  de 
»  départ,  il  ne  se  doute  pas  que  la  gamme  peut  changer  de  ton.  Il 
»  ne  fait  pas  ainsi  de  travail  d'esprit  inutile.  » 

Ainsi  le  caractère  fondamental  qui  sépare  les  deux  camps,  c'est  que 
les  notes  se  meuvent  dans  plusieurs  tonalités,  tandis  que  le  chiffre 
n'en  a  qu'une.  Si  donc  les  différenles  manières  de  chiffrer  oui  con- 
servé ce  caractère  dislinclif,  l'unité  de  gamme,  la  variété  dans  les 
détails  n'a  pas  pu  entraver  sensiblement  l'efficacité  de  la  méthode. 

En  effet  tous  les  ouvrages,  tous  les  recueils  de  mélodies  chiffrés  ont 
cela  de  commun  qu'ils  ne  reconnaissent  qu'une  seule  gamme,  et  ré- 
pondent par  conséquent  au  caractère  fondamental  de  simplification 
que  les  réformateurs  ont  eu  en  vue.  Le  défaut  d'unilé  et  de  perfec- 
tion des  systèmes  ne  saurait  donc  être  invoqué  pour  infirmer  l'expé- 


DE  BASIS. 


375 


périence  faite  aux  écoles  au  delà  du  Rhin,  et  la  conclusion  ci-dessus 
reste  en  son  entier  :  le  chiffre  n'a  pas  d'avenir,  puisque,  abandonné 
par  les  maîtres  d'école  d'Allemagne  après  soixante  années  d'expé- 
riences, il  n'a  pas  reçu  la  sanction  de  la  pratique. 

Celte  conclusion,  tirée  du  domaine  des  faits  et  de  la  pédagogie, 
notre  arbitre  suprême,  vous  semblera  un  peu  dure,  monsieur  le 
comte  :  vous  avez  vu  les  miracles  opérés  par  les  chiffres,  vous  êtes 
convaincu  et  (1)  «  vous  n'admettrez  jamais  que  la  notation  en  chiffres 
»  ne  soit  bonne  à  rien  ;  elle  est  admirable  pour  l'enseignement  pri- 
»  maire.  » 

Patience,  monsieur  le  comte;  nous  cherchons  tous  deux  la  vérité 
sur  un  terrain-neutre,  la  pédagogie  ;  tout  espoir  de  la  rencontrer  se- 
rait vain,  si  nous  avions  un  parti  pris  d'avance. 

Les  adeptes  du  chiffre  ont  passé  dans  le  camp  ennemi  ;  suivons-les, 
s'il  vous  plaît,  pour  étudier  les  manœuvres  adroites  qui  ont  causé  une 
défection  si  complète.  Nous  trouvons  dans  ce  camp  les  Olympiens  de 
l'Institut,  affirmant  carrément  qu'avec  les  notes  on  lit  aussi  facilement 
qu'avec  les  chiffres.  Vous  objectez  avec  raison,  monsieur  le  comte, 
et  je  suis  parfaitement  de  votre  avis,  que  les  élèves  du  Conservatoire 
avec  leurs  dispositions  heureuses  pour  la  musique  ne  prouvent  rien 
en  faveur  du  système,  et  que  les  résultats  obtenus  dans  les  écoles  pri- 
maires seuls  sont  concluants. 

Eh  bien,  laissons-là  les  membres  de  l'Institut  et  entrons  dans  les 
écoles  primaires.  C'est  inutile,  me  direz-vous,  car  Henlschel  eut  le 
courage  de  publier  «  que  la  majorité  du  peuple  ne  l'apprendrait  ja- 
»  mais  (le  chant)  par  aucune  méthode  du  monde  (2).  »  Cette  assertion 
de  notre  pédagogue  et  mnître  de  musique  me  ramène  à  la  Reçue  pë- 
darjoqique  déjà  citée. 

Jusqu'à  prêtent  nous  n'avons  suivi  que  les  traces  du  chiffre  dans 
cette  revue,  portons  aussi  notre  attention  vers  les  résultats  obtenus 
par  les  notes.  Ouvrons  le  volume  VIII,  à  la  page  293,  nous  y  lisons  : 
«  Abderhalten  prouve  par  les  témoignages  de  pasteurs  et  d'institu- 
»  teurs  que  dans  son  école  le  but  a  été  atteint  :  les  élèves  de  douze 
»  ans  sont  en  état  de  lire  à  première  vue,  sans  aide  ou  direction,  des 
»  morceaux  de  musique  figurée  après  les  avoir  solfiés  une  ou  deux 
»  fois,  et  en  solfiant  il  n'est  guère  de  difficulté  qui  les  arrêle.  h  Voilà 
donc  un  instituteur  qui  arrive  à  la  lecture  au  moyen  de  notes.  Nous 
objecterons  avec  raison  que  les  élèves  d'Abderhalten  n'apprennent  à 
lire  que  dans  la  douzième  année,  après  six  ans  d'exercices,  mais  nous 
conviendrons  aussi  que  Hentschel  a  eu  tort  d'avancer  que  le  peuple 
ne  saura  jamais  le  chaut  par  aucune  méthode. 

Passons  à  un  autre  instituteur  dont  le  témoignage,  prête  moins  à 
la  critique.  L.  Winckler  a  pratiqué  le  chiffre  avec  éclat;  les  brillants 
résultats  obtenus  ont  engagé  les  autorités  supérieures  à  le  prier  de 
publier  ses  procédés;  ce  sont  ceux  que  nous  avons  vus  plus  haut.  Il 
arrivait  à  la  lecture  parles  chiffres  dans  vingt-sept  heures  au  moins 
et  quarante  heures  au  plus,  c'est-à-dire  en  six  mois.  Après  dix  ans  de 
succès,  Winckler  a  voulu  savoir  combien  il  lui  faudrait  de  temps  pour 
arriver  au  mémo  résultat  avec  les  notes.  Il  s'est  mis  à-  l'œuvre  et  a 
atteint  le  même  but  en  quarante  heures  aussi  exactement  comme  avec 
les  chiffres.  Voici  comment  cet  instituteur  s'exprime  dans  la  préface 
d'une  nouvelle  brochure  écrite  à  cetlc  occasion:  «  J'ai  été  un  apôtre 
»  zélé  et  ardent  du  chiffre  pendant  de  longues  années.  Dans  une  brochure 
»  imprimée  à  Nuremberg  en  1833  (3),  j'ai  esquissé  mes  procédés  et 
»  les  principes  sur  lesquels  ils  sont  fondés,  etc.,  etc.  J'ai  conservé  les 
»  chiffres  jusqu'en  1840,  alors  je  résolus  d'expérimenter  les  avan- 
»  tages  de  l'enseignement  par  les  noies  et  de  préciser  le  temps  qu'il 

(1)  Les  musiciens  contre  lu  musique.,  page,  00. 

(2)  lbid.,  page  37. 

(3)  Vierzlg  Singlehrstimdcrt  und  nicht  melir. 


»  faut  pour  parvenir  à  la  lecture.  Je  n'ai  point  reculé  devant  le  travail 
»  d'écrire  mes  nouveaux  exercices  sur  quarante  tableaux  de  quatre 
»  pieds  carrés  chacun,  et  voyez,  il  ne  m'a  fallu  ni  plus  de  temps  n1 
»  plus  de  peines  qu'avec  les  chiffres.  Dès  lors  je  n'ai  pu  m'enipêcher 
»  d'accorder  la  préférence  aux  notes  et  de  regretter  de  n'avoir  pas 
«  commencé  mes  essais  plus  tôt.  Mes  amis,  auxquels  j'ai  fait  part  de 
»  mes  expériences ,  ont  insisté  pour  me  déterminer  à  les  pu- 
blier (1),  etc.,  etc.  »  Cet  opuscule  renferme  le  texte  explicatif  das 
exercices,  imprimés  à  part  dans  un  in-18  de  48  pages.  Ces  exercices, 
très-bien  gradués,  ne  s'étendent  pas  au  delà  des  gammes  ave-j  deux 
signes  à  la  clef.  S'élever  davantage,  prendre  du  plus  difficile,  semble 
déplacé  à  l'auteur  dans  les  écoles  primaires,  où,  pour  les  autres  bran- 
ches d'étude,  on  se  borne  à  ce  qui  est  élémentaire  et  d'un  usage 
quolidien . 

Cette  expérience,  l'aile  par  un  instituteur  longtemps  propagateur  in- 
fatigable des  chiffres,  employant  ensuite  les  notes  et  obtenant  leà 
mêmes  résultais  et  dans  le  même  laps  de  temps,  cette  expérience,  dis- 
je,  me  paraît  assez  concluante;  qu'en  pensez-vous,  monsieur  le  comte? 
Ce  témoignage  ne  vous  est  pas  suspect,  puisqu'il  sort  d'une  école 
primaire,  et  la  contradiction  apparente  de  ces  deux  chemins  très-dif- 
férents aboutissant  au  même  point,  n'a  rien  de  surprenant  pour  nous 
autres  disciples  de  la  pédagogie.  Que  dit-elle  en  effet  à  ce  sujet?  Elle 
nous  apprend  qu'en  réalité  les  méthodes  et  les  procédés  n'ont  point 
de  valeur  absolue,  mais  une  valeur  relative  au  maître  qui  les  manie; 
ce  ne  sont  que  des  instruments  incapables  de  produire  le  bien  par 
eux-mêmes  et  nu  valant  que  par  l'adresse  de  celui  qui  les  emploie. 
Des  exemples  frappants  viennent  à  l'appui  de  cette  règle.  Huit  cents 
enfants  étant  réunis  avec  un  seul  maître  pour  les  instruire,  Bell  et 
Lancaster  inventèrent  le  mode  mutuel  et  obtinrent  des  résultats  sur- 
prenants. D'autres  instituteurs  ont  cru  qu'il  suffisait  d'introduire  dans 
les  classes  le  même  mécanisme  et  de  se  croiser  les  bras  pour  voir 
éclore  des  merveilles.  Leur  déception  a  été  amère.  L'expérience  de 
Winckler,  m'écrit  un  de  mes  collègues  du  fond  de  l'Allemagne, 
prouve  que  le  succès  est  moins  dans  la  méthode  que  dans  la  main  de 
celui  qui  s'en  sert.  C'était  aussi  en  1815  déjà  l'avis  du  critique  Maas, 
cité  plus  haut  :  «  Les  maîtres  ont  tort  d'attribuer  au  chiffre  leurs  bril- 
»  lants  succès;  ils  ne  sont  dus  qu'à  leur  zèle  et  à  leur  travail.  » 

Les  métfiodes-  n'ayant  point  de  valeur  absolue,  mais  une  valeur 
relative  au  maître,  nous  en  conclurons  qu'il  importe  de  laisser  à  cha- 
cun la  liberté  d'adopter  celle  dont  il  se  promet  le  plus  de  succès, 
celle  qui  va  le  mieux  à  son  esprit,  à  sa  main;  plus  il  aura  confiance  en 
ses  promesses,  plus  rapides  seront  les  progrès.  Winckler  arrivant  à 
la  lecture  avec  les  notes  aussi  rapidement  qu'avec  le  chiffre,  s'en  tint 
aux  premières,  parce  que  la  littérature  en  usage  est  accessible  à  ses 
élèves,  et  il  estprobable  que  toute  l'Allemagne  infidèle  au  chiffre  a  fait 
le  même  raisonnement  et  n'est  pas  tentée  de  recommencer  l'expé- 
rience. 

Résumonsledébat.  Selon  votre  désir,  monsieur  le  comte,  j'ai  parcouru 
avec  vous  le  terrain  classique  des  méthodes  et  des  procédés  chez  le 
peuple  allemand,  le  plus  patient  et  le  plus  laborieux  de  la  terre,  pour 
examiner  le  passé,  le  présent  et  l'avenir  du  chiffre  comme  moyeu 
d'enseignement  musical.  Mous  avons  trouvé  que  son  passé  se  com- 
posait de  près  de  soixante  ans  d'existence,  durant  lesquels  il  a  péné- 
tré dans  la  plupart  des  écoles  primaires  sous  différentes  formes,  il 
est  vrai,  mais  conservant  toujours  le  caractère  fondamental  qui  le  sé- 
pare delà  note,  l'unité  de  tonalité;  que  vers  1857  il  a  disparu  pres- 
que  complètement  de   la   surface   de   l'Allemagne,  et  que  dans    les 


(1)  Ausfiihrliche  Anweisuntj  zum  Gebrauche  meines  Single/irganges  fdr  Voiles- 
schulen,  von  J.  L.  Wiiikler,  Scliullehrer.  PappenUeim.gedruckt  bei  Joseph  Kirsch 
baum,  1843. 


376 


REVUE  ET  GÂZEITE  MUSICALE 


chiffres  on  se  sert  même  do  la  portée  et  des  notes.  Avec  ces 
prémisses  nous  nous  sommes  adressés  à  la  pédagogie  pour  augurer 
do  l'avenir  de  ce  système,  et  cette  dernière  nous  a  répondu  dans  les 
termes  suivants  :  Une  méthode  rejetée  par  l'expérience  est  une  mé- 
thode sans  avenir. 

Respectant  votre  foi  et  vos  convictions ,  monsieur  le  comte,  j'ai 
recherché  les  causes  qui  ont  amené  la  désertion  du  système  qui  vous 
tient  au  cœur,  et  nous  avons  trouvé  dans  les  écoles  primaires  deux 
hommes  qui  ont  affirmé  que  la  note  tient  tout  ce  que  promet  le  chiffre. 
L'un  d'eux,  Winckler,  ayant  pratiqué  l'une  et  l'autre  méthode,  a  été 
pour  nous  un  témoignage  non  suspect  et  convaincant. 

Et  interrogeant  la  pédagogie  pour  avoir  l'explication  de  cette  appa- 
rente contradiction  de  la  pratique,  qui  accorde  autant  de  succès  à  la 
notation  réputée  compliquée,  qu'au  chiffre  si  simple  dans  son  essence, 
elle  a  répondu  par  cette  vérité  :  les  méthodes  et  procédés  n'ont  point 
de  valeur  absolue;  elles  ne  deviennent  efficaces  que  par  l'adresse  de 
celui  qui  les  met  en  usage. 

Notre  conclusion  a  été  que  la  liberté  et  la  foi  de  chacun  devaient 
être  respectées,  eL  que  la  libre  concurrence  ferait  justice  des  préten- 
tions réciproques. 

La  question  me  paraît  ainsi  suffisamment  éclaircië.  J'ai  voulu  dé- 
montrer que  l'application  du  chiffre  à  l'enseignement  du  chant  a  été 
'argement  faite  en  Allemagne  ,  et  qu'il  n'a  pas  pu  se  soutenir,  afin 
que  la  France_  évitât  l'ennui  de  recommencer  à  ses  dépens  la  même 
expérience.  Toutes  mes  conclusions  reposent  sur  des  faits  ;  le  calme 
avec  lequel  je  les  ai  tirées,  vous  le  reconnaîtrez  dans  votre  justice, 
monsieur  le  comte,  témoigne  de  ma  seule  préoccupation,  qui  consiste 
à  chercher  la  vériié.  Ai-je  réussi  à  vous  convaincre?  Je  n'ose  m'en 
flatter,  car,  comme  vous  le  dites  fort  bien  à  la  page  13  de  votre 
brochure  :  «  La  vérité  est  presque  toujours  maladroite,  et  de  toutes 
»  les  sciences  la  plus  difficile  est  celle  du  succès.  » 

Sur  ce,  monsieur  le  comte,  je  repasse  le  Rhin  en  vous  remerciant 
de  m'avoir  fourni  l'occasion  de  faire  en  si  docte  compagnie  une  si  in- 
téressante tournée  pédagogique. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  comte,  l'expression  de  mes  sentiments 
les  plus  distingués. 

William  CRO.NTHAL. 


REVUE   CRITIQUE. 

TiOiiis  Ij n comité  :  Dcii.c  chœurs  religievx;  deux  morceaux  de 
/'Amour.  —  Répertoire  des  Orphéons  et  des  Sociétés  chorales.  — 
C'Iutrles  Dancla  :  Souvenirs  de  la  Société  des  concerts  du 
Conservatoire,  six  duos  pour  piano  et  violon. 

Quel  esL  le  caractère  et  le  style  qui  conviennent  le  mieux  à  la  mu- 
sique sacrée  ;  entre  tous  les  systèmes,  toutes  les  théories  et  même 
toutes  les  témérités  qui  ont  été  tentés  depuis  l'avènement  de  l'har- 
monie moderne,  quel  choix  doit  faire  aujourd'hui  le  compositeur? 

Ce  sont  là  de  grandes  questions  qu'on  pourra  se  poser  encore  une 
fois,  en  lisant  les  deux  chœurs  religieux  composés  par  Louis  La- 
combe.  Evidemment,  l'auteur  s'est  plutôt  inspiré  de  Mozart  et  de 
Cherubini  que  de  Palestrina  et  d'Orlando  di  Lasso;  il  a  été  franche- 
ment dramatique  et  passionné;  il  a  laissé  à  d'autres  le  calme,  la  sé- 
rénité, enfin  cette  espèce  d'uniformité  gracieuse,  louchante  et  grave 
qui  n'exclut  ni  la  profondeur  ni  l'élan  ;  mais  qui  s'interdit  tout  ce  qui 
s'éloigne  trop  de  la  simplicité,  de  l'onction  et  de  la  pensée  chrétienne, 


telle  qu'on  la  concevait  autrefois.  Le  genre  expressif  admis,  et  il  faat 
bien  l'admettre,  car  mille  chefs-d'œuvre  plaident  en  sa  faveur,  disons 
que  les  deux  morceaux  de  Lacombe  ne  ressemblent  nullement  à  une 
foule  de  productions  qui  n'ont  de  religieux  que  le  titre. 

L'Agnùs  Dei  se  distingue,  tout  d'abord,  par  le  charme  et  par  la 
suavité  delà  mélodie;  le  compositeur  a  bien  atteint  à  la  grâce  et  à 
la  douceur  que  le  texte  sacré  réclame;  mais  un  certain  vague  dans 
la  tonalité,  un  travail  harmonique  compliqué,  laborieux  même,  se  fait 
bientôt  sentir.  Le  Miserere  nobi--,  qui  revient  deux  fois  dans  des  tons 
différents  et  sur  des  pédales  inférieures,  peint  énergiquement  toutes 
les  supplications  de  l'âme,  mais  toujours  de  l'âme  très-troublée  et' 
très- tourmentée.  Certes,  dans  d'autrjs  œuvres  cette  supplication  a 
moins  de  force,  de  passion  et  est  peut-être  plus  touchante  ;  mais  il 
faut  bien  reconnaître  à  chaque  auteur  le  droit  d'interpréter,  comme 
il  les  sent,  les  paroles  de  la  liturgie. 

Egalement  d'une  exécution  assez  difficile  et  écrit  pour  deux  so- 
prani  et  un  contralto,  le  Kyrie  est  plein  de  mélodies  puissantes  et  de 
larges  harmonies.  Après  des  solî  d'une  rare  distinction,  d'une  élo- 
quence pénétrante,  le  chœur  intervient  et  le  chant  s'élève  alors  à  des 
accents  irrésistibles.  Ce  Kyrie,  comme  \'Ag?ius  Dei,  est  très-remar- 
quable; toutefois,  nous  le  voudrions  moins  surchargé  et  surtout  plus 
tonal.  Nous  estimons  et,  ce  qui  vaut  mieux,  nous  aimons  le  talent  de 
L.  Lacombe;  mais  nous  regrettons  que  la  crainte  de  la  banalité  le 
fasse  tomber  quelquefois  dans  l'excès  contraire.  En  harmonie,  par 
exemple,  après  plus  ou  moins  de  détours  et  de  résolutions  inatten- 
dues, il  faut  toujours  en  revenir,  ce  nous  semble,  à  ce  qui  a  été  fait 
par  les  maîtres. 

Contrairement  au  précepte  d'Horace,  nous  sommes  obligé  de  mê- 
ler le  profane  au  sacré  et  de  parler  de  quelques  pages  de  V Amour, 
charmante  partition  écrite  par  Lacombe  pour  le  drame  de  Niboyet. 

L'auteur  a  prouvé,  dans  cet  ouvrage,  qu'il  avait  un  heureux  instinct 
dramatique,  la  mélodie  nette,  franche  et  colorée  qui  sied  au  théâtre  ; 
il  a  prouvé,  chose  rare  parmi  les  pianistes,  que  la  voix  humaine  lui 
était  presque  aussi  familière  que  les  instruments,  pour  lesquels,  on 
le  sait,  il  a  écrit  plusieurs  symphonies  d'une  valeur  incontestable.  Les 
deux  morceaux  que  nous  avons  sous  les  yeux,  les  Veilleurs  de  nuit, 
joli  chœur  où  les  parties  se  meuvent  avec  autant  de  liberté  que  d'élé- 
gance, et  un  solo  de  violoncelle,  habilement  transcrit  pouf  le  piano, 
sont  pleins  d'art  et  d'imagination. 

—  Partout  on  s'occupe  des  orphéonistes,  partout  ils  font  merveille 
et  sont  entourés  des  plus  vives  sympathies.  On  est  interprété  et  goûté, 
par  eux  sans  partialité,  sans  acception  d'école  et  avec  une  naïveté, 
une  fraîcheur  et  une  force  d'impression  que  les  blasés  de  l'art  ne 
connaissent  plus  ;  aussi  les  compositeurs,  et  même  les  plus  grands, 
ont-ils  écrit  de  belles  œuvres  spécialement  pour  ces  Sociétés.  Mais 
cela  ne  pouvait  suffire,  et,  sous  le  titre  Répertoire  des  orphéons  et 
des  sociétés  chorales,  on  vient  de  réunir  de  belles  pages  des  écoles 
allemande,  italienne  et  française.  C'est  une  heureuse  idée  d'avoir 
rendu  accessibles  à  lous  des  œuvres  admirées  depuis  longtemps, 
comme  les  chœurs  d'Alcestc,  d'Armidc,  des  Huguenots,  de  Robert 
le  Diable,  de  Guillaume  Tell,  du  Comte  Onj,  de  la  Muette,  etc.,  et 
d'y  avoir  ajouté  des  inspirations  charmantes  et  plus  jeunes,  telles  que 
les  Dragons  de  lillars  et  Martha.  Plus  d'un  orphéoniste,  en  retrou- 
vant dans  celte  collection  les  couplets  des  soldats  huguenots,  le 
septuor  du  duel,  en  passant  du  chœur  des  buveurs  de  Robert  à  celui 
de  la  Muette:  Amour  sacré  de  la  patrie,  se  rappellera  quelque  déli- 
cieuse soirée  passée  au  théâtre,  et  aura  dans  la  mémoire,  pour  aug- 
menter et  compléter  ses  jouissances,  quelque  souvenir  de  l'orchestre 
de  Meyerbeer  et  d'Auber. 

Dans  la  seconde  série,  déjà  importante  et  belle,  Adolphe  Adam, 
Cavallo,  Elwart,    Labarre,  Kucken,  coudoient  Beethoven  et  tiennent 


DE  PALUS. 


377 


honorablement  leur  place  à  côté  de  cet.  immortel  génie,  pour  lequel, 
il  est  vrai,  la  voix  humaine  a  été  plus  d'une  fois  rebelle. 

—  Charles  Dancla,  l'un  des  membres  les  plus  distingués  de  la  So- 
ciété des  concerts  du  Conservatoire,  vient  d'écrire  six  duos,  pour 
piano  et  violon,  dont  le  grand  succès  ne  saurait  être  douteux.  Chacun 
de  ces  morceaux  est  un  souvenir  des  œuvres  impérissables  que  cette 
célèbre  Société  exécute,  en  excitant  l'admiration  et  peut-être  quel- 
quefois, comme  tout  ce  qui  est  vraiment  beau,  des  sentiments  moins 
purs  et  moins  élevés.  C'est  d'abord  Beethoven  avec  des  fragments  de 
ses  plus  magnifiques  symphonies,  puis  deux  thèmes  de  Haendel,  ensuite 
des  mélodies  de  Weber  et  de  Mendelssuhn,  enfin  plusieurs  adorables 
pages  de  Haydn  et  de  Mozart. 

Pour  donner  l'a  vie  à  un  arrangement,  il  ne  suffit  pas,  quoi  qu'on 
en  dise,  de  choisir  dans  les  chefs-d'œuvre  quelques  perles  mélodi- 
ques; il  faut  encore,  comme  l'a  fait  M.  Dancla,  y  mettre  beaucoup 
d'art.  Accoutumé  à  traduire  ces  ouvrages,  il  lésa  brodés,  ajustés  avec 
un  goût  exquis.  La  partie  de  piano  fourmille  de  passages  élégants  et 
expressifs.  Ceux  qui  ne  savent  pas  faire  un  morceau,  qui  ne  savent 
pas  découvrir  la  parenté  des  idées  et  des  styles  devraient  lire  ces 
duos;  ils  y  verraient  comment  on  peut,  comment  on  doit  varier  les 
thèmes,  faire  dialoguer  les  instruments  entre  eux,  sonder  les  motifs, 
entrer  dans  l'esprit  de  l'original  et  glisser  du  sien,  tout  en  paraissant 
se  mettre  discrètement  et  modestement  à  l'ombre  de  ces  monuments 
du  génie. 

Nous  voyons  tous  les  jours  tant  de  transcriptions  et  d'arrangements, 
où  les  plus  belles  mélodies  sont  gaspillées  et  profanées  comme  à  plai- 
sir, où  les  harmonies  qu'on  ajoute  jurent  singulièrement  avec  celles 
des  maîtres,  où,  sans  consulter  le  caractère  des  idées  dont  ils  s'empa- 
rent, les  compositeurs,  ne  gardant  nulle  convenance  de  style,  em- 
ploient toujours  les  mêmes  traits  et  les  mêmes  ornements,  que  nous 
sommes  heureux  de  pouvoir  louer  toutes  les  rares  qualités  du  travail 
de  Charles  Dancla.  Dans  ces  duos,  pas  de  lourds  placages,  pas  d'insi- 
gnifiants babillages,  mais  des  parties  intéressantes,  brillantes  et  bien 
conduites. 

Aucun  de  ces  morceaux  ne  saurait  être  préféré  pour  la  pureté  a  l'é- 
légance du  style,  pour  la  beauté  des  mélodies;  cependant  nous  ne  se- 
rions nullement  surpris  si  le  n°  3,  sur  deux  thèmes  de  Haendel,  et  le 
n°  5,  sur  don  Juan,  et  la  symphonie  en  mi  bémol  de  Mozart,  faisaient 
naître  une  certaine  prédilection.  On  ne  peut  assurément  rien  jouer  de 
plus  chantant. 

Nous  parlions  tout  à  l'heure  de  la  sobriété  d'harmonie;  nous  la  re- 
trouvons justement  dans  cette  musique  de  Mozart,  dans  le  ravissant 
cantabile  de  sa  symphonie.  Comme  la  tonique  et  la  dominante  suffi- 
sent bien  ici,  et  quels  chants  délicieux  planent  sur  elles  !  Certes, 
nous  ne  voulons  pas  préconiser  outre  mesure  la  simplicité,  mais  nous 
voudrions  au  moins  que  l'on  reconnût  qu'elle  avait  du  bon  et  qu'elle 
contrastait  très- heureusement  avec  les  harmonies  dissonantes,  serrées 
et  fortes  dont  alors  on  n'abusait  pas. 

En  somme,  ces  Souvenirs  de  la  Sociale  des  concerts  sont  l'une  des 
plus  utiles,  des  meilleures  et  des  plus  saines  publications  qui  aient  été 
faites  dans  ces  derniers  temps.  La  popularité  qui  les  attend  aura  cer- 
tainement de  la  durée  et  attestera  encore  une  fois  que  la  route  la  plus 
sûre,  à  défaut  du  génie,  est  toujours  celle  qu'ouvrent  l'étude  et  la 
science. 

Adolhir  BOTTE. 


NOUVELLES. 


**»  Au  Jhéàtre  impérial  de  l'Opéra,  le  Prophète,  le  Trouvère,  Lucie  de 
Lammermoor  et  Orfa  ont  rempli  les  trois  soirées,  de  la  semaine.  —  Au- 
jourd'hui, Sèmiramis.  —  Demain  lundi,  Mme  Tedesco  reprendra  le  rôle 
de  Léouor  dans  la  Favorite. 

.f*t  Mme  Gueymard-f.auters  chantera  prochainement  dans  les  Hugue- 
nots le  rôle  de  Valentine. 

***  Le  ballet  nouveau  composé  par  Mme  Taglioni,  avec  musique 
d'Offenbach,  doit  être  représenté  vers  le  15  novembre  prochain. 

„%  Mlle  Vestvali  va  faire  une  tournée  avec  une  troupe  d'opéra.  Elle 
jouera  Roméo  et  Juliette,  Orphée,  de  Gluck,  la  Favorite  etle  Trouvère.  Elle 
commencera  par  Besançon,  oiî  elle  sera  au  mois  de  novembre  ;  de  là  elle 
se  rendra  à  la  Haye  et  à  Rotterdam,  pour  revenir  ensuite  en  France. 

»*„  La  seconde  représentation  de  la  reprise  du  rardon  de  Ploermel  a 
été  donnée  vendredi,  et  demain  lundi  aura  lieu  la  troisième. 

**„.  M.  Beaumont  vient  de  recevoir  un  ouvrage  de  M.  de  Saint- 
Georges,  dont  la  musique  est  confiée  au  prince  Joseph  Poniatowski. 

%%  Le  théâtre  Italien  donnait  dimanche  dernier  une  représentation 
extraordinaire  du  Trovalore,  dans  lequel  Mlle  Edenska  débutait  par  le 
rôle  d'Azucena.  La  nouvelle  cantatrice  possède  une  voix  de  contralto 
remarquablement  belle  surtout  dans  le  médium.  Elle  a  obtenu  beaucoup 
de  succès. 

„**  La  reprise  d'Ernani  a  offert  au  ténor  Pancani  l'occasion  de  se 
montrer  dans  un  second  rôle,  où  il  a  déployé  les  mêmes  qualités  et  le 
même  talent  que  dans  Manrique  du  Trovatore.  Mme  Penco  a  fort  bien 
chanté;  Graziaui  a  eu  les  honneurs  de  la  soirée  par  la  beauté  de  sa  voix 
et  les  progrès  de  son  style. 

nfï  Le  théâtre  Lyrique  vient  de  recevoir  l'avis  qu'une  personne  in- 
connue tenait  à  sa  disposition  80,000  fr.  pour  aider  la  direction  à  monter 
dignement  les  troyens,  d'Hector  Berlioz,  qui  doivent  inaugurer  la  nou- 
velle salle. 

„*'„  Mme  Viardot,  dont  nous  avons  inscrit  les  succès  récents  en  An- 
gleterre, est  de  retour  à  Paris  depuis  quelques  jours.  Orphée  sera  repris 
le  2  novembre  au  théâtre  Lyrique  Mlle  Oprawil,  élève  de  Mme  Viardot, 
débutera  à  côté  d'elle  dans  le  rôle- d'Eurydice,  qu'elle  a  rempli  avec  un 
succès  brillant  devant  le  public  anglais. 

a.%  Les  théâtres  des  villes  de  province  qui  n'avaient  pas  encore 
monté  le  Pardon  de  Ploermel  pendant  la  dernière  saison,  s'empressent 
de  le  faire.  Ainsi,  après  Strasbourg,  Montpellier,  Nîmes  et  Rayonne, 
c'est  au  Grand-Théâtre  de  Lyon  que  le  dernier  chef-d'œuvre  de  Meyer- 
beer  vient  d'être  mis  à  l'étude. 

„**  L'Académie  des  beaux-arts  a  procédé  hier  au  remplacement  de 
M.  de  Mercey,  académicien  libre.  Au  premier  tour  de  scrutin,  M.  Pelle- 
tier, secrétaire  général  du  ministère  d'Etat,  a  réuni  23  voix,  la  majo- 
rité était  de  22  :  en  conséquence  M.  Pelletier  a  été  nommé. 

„%  Le  mercredi  21  novembre,  à  onze  heures  et  demie,  sera  célébrée 
à  l'église  Saint-Eustache,  la  fête  annuelle  de  sainte  Cécile  par  l'Asso- 
ciation des  artistes  musiciens.  Cette  année  ce  sera  une  messe 'de  la 
composition  du  maestro  Bonetti,  chef  d'orchestre  du  théâtre  impérial 
Italien,  qui  dirigera  lui-même  son  nombreux  personnel. 

t%  M.  Caumont,  chef  du  bureau  des  monuments  historiques,  est 
nommé  directeur  des  beaux-arts  eu  remplacement  de  M.  de  Mercey, 
décédé. 

„**  Le  maestro  Vivier  est  de  retour  de  son  voyage  à  Eade,  où  sa 
Comète  de  Çharles-Quint  a  obtenu  un  si  grand  succès. 

,%  Le  Roi  des  aulnes,  de  Schubert,  orchestré  par  H.  Berlioz,  vient  de 
paraître  en  grande  partition  et  en  parties  séparées  chez  Legouix,  bou- 
levard Poissonnière,  27.  On  sait  le  grand  effet  que  ce  morceau,  chanté 
par  Roger,  et  ainsi  colorié  par  une  instrumentation  à  la  fois  réservée  et 
puissante,  a  produit  au  dernier  festival  de  Bade.  Tous  les  chanteurs  dant 
la  voix  convient  à  cette  mélodie  de  Schubert  voudront  l'exécuter  avec 
son  nouvel  accompagnement,  et  beaucoup  de  musiciens  seront  désireux 
d'acquérir  la  partition  de  M.  Berlioz  comme  objet  d'étude. 

t*t  Notre  confrère  de  Strasbourg,  M'.  Er.  Schwab,  vient  d'être  décoré 
de  l'ordre  royal  de  Charles  III  par  S.  M.  la  reine  d'Espagne,  qui  avait 
daigné  accepter  la  dédicace  de  plusieurs  de  ses  compositions. 

»*„  Le  journal  de  musique  italien,  Il  Pirata,  donne,  dans  son  numéro 
du  21  octobre,  la  nouvelle  que  la  censure  de  Naples  a  défendu  la 
représentation  de  la  Muette  de  Portici,  qui  devait  avoir  lieu  pro- 
chainement. 


378 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»%  Le  violoncelliste  Braga  vient  de  signer  avec  la  direction  du  Grand- 
Tliéâtre  de  Milan  un  traité  par  lequel  il  s'engage  à  donner  un  opéra 
pour  la  saison  du  carnaval  1861-1862. 

**»Un  musicien  qui  joint  à  son  talent  les  qualités  d'homme  du  monde 
et  qui  de  plus  est  employé  dans  l'un  de  nos  principaux  ministères,  vient 
de  publier  une  comédie  eu  cinq  actes,  intitulée:  l'Honnête  homme.  Nous 
la  recommandons  comme  un  spécimen  curieux  de  la  façon  dont  un 
artiste  peut  comprendre  et  pratiquer  la  littérature. 

„*„,  La  statue  de  Weber,  qui  vient  d'être  inaugurée  à  Dresde,  a  8  pieds 
de  haut;  le  piédestal,  de  même  élévation,  est  en  granit,  et  porte,  sur  la 
paroi  antérieure,  une  table  de  bronze  sur  laquelle  est  inscrit  le  nom 
du  compositeur;  la  statue  est  également  en  bronze.  Le  roi,  les  princes  et 
les  princesses  assistaient  à  la  solennité. 

»*„  Ernest  Nathan,  l'excellent  violoncelliste,  revient  à  Paris  après  une 
tournée  brillante  dans  les  Pyrénées. 

„*„  Joseph  Franck,  de  Liège,  reprendra  le  15  novembre  ses  cours  de 
perfectionnement  de  piano,  douzième  année,  et  ses  leçons  particulières 
de  piano,  violon,  orgue,  accompagnement  de  plain -chant,-  harmonie, 
contre-point  et  fugue. 

»%  Sighicelli,  l'excellent  violoniste,  vient  de  recevoir  de  S.  M.  la 
reine  d'Espagne  la  décoration  de  l'ordre  de  Charles  III. 

„%  Jos.  Wieniawski  s'est  fait  entendre  lundi  dernier  dans  une  des 
réunions  du  Liederkranz  de  Paris;  l'éminent  artiste  a  obtenu  un  succès 
très-grand  dans  le  trio  de  Mendelssohn  en  ré  mineur  et  dans  plusieurs 
morceaux  de  salon  de  sa  composition. 

***  Le  Te  Deum  imp'rial  et  militaire  de  M.  Sain  d'Arod,  exécuté  l'an- 
née dernière  à  Notre-Dame  de  Paris  et  plus  récemment  à  Chambéry  en 
présence  de  LL.  MM.  Impériales,  a  été  signalé  à  l'attention  du  conseil 
d'administration  par  M.  le  maréchal  ministre  de  la  guerre.  Cette  parti- 
tion, conçue  de  manière  à  ce  que  toute  la  deuxième  partie  forme  un 
grand  morceau  d'harmonie,  vient  de  paraître  à  Lyon  chez  l'auteur. 

»%  M.  Vogel  est  appelé  à  Stuttgart  par  S.  M.  le  roi  de  Wurtemberg 
pour  assister  aux  dernières  répétitions  de  son  opéra,  le  Nid  de  cigognes, 
traduit  en  allemand. 

4*,.  Souvenir  du  Tyrol,  romance  sentimentale  pour  le  piano,  par  D. 
Krug,  vient  à  peine  d'être  publiée,  et  déjà  le  succès  semble  vouloir  s'at- 
tacher à  cette  charmante  composition  d'un  des  pianistes-compositeurs 
les  plus  en  vogue  de  l'Allemagne. 

„*„.  Le  Gymnase  dramatique  a  donné  hier  samedi,  au  bénéfice  d'un 
artiste,  une  représentation  dans  laquelle  M.  Magnus  a  exécuté  sa  grande 
fantaisie  sur  le  Pardon  dePloërmel  et  sou  galop  de  bravoure  :  Steeple-chose. 
L'excellent  pianiste-compositeur  a  eu  un  grand  et  légitime  succès. 

,%  M.  Théodore  Ymbert,  qui  se  propose  de  mettre  en  musique  un 
certain  nombre  de  fables  de  Lafoutaine,  vient  d'ajouter  à  celles  qui  ont 
déjà  été  éditées  deux  nouvelles  compositions,  le  Pot  de  terre  et  le  pot  de 
fer,  pour  voix  de  basse,  et  les  Médecins,  duo  pour  ténor  et  basse.  Nous 
reviendrons  à  loisir  sur  ces  piquantes  fantaisies  et  sur  celles  qui  les  ont 
précédées. 

t**  Sous  le  titre  de*/a  Hutte  de  Metz,  Mlle  Joséphine  Caye  vient  de 
publier  une  mélodie  très-originale  sur  les  paroles  gravées  sur  la  plus 
grosse  cloche  de  la  ville.  Nous  recommandons  ce  petit  morceau  aux 
amateurs  de  musique  imitative. 

„,*„,  L'éditeur  Pacini  vient  de  mettreen  vente  deux  nouvelles  mélodies  de 
Niedermeyer:  la  Mer  et  Puisqu' ici-bas  toute  âme...,  poésies  de  Victor 
[Jugo.  Nous  croyons  pouvoir  prédire  à  la  première  de  ces  mélodies  une 
large  part  du  succès  du  Lac,  dont  elle  a  toutes  lus  brillantes  qualités. 

»*„  On  annonce  l'apparition  prochaine  d'un  nouveau  journal  de 
musique  allemand  qui  sera  publié  par  numéros  non  périodiques.  Le  di- 
recteur de  ce  journal,  qui  doit  être  consacré  spécialement  au  chant  et  à 
l'opéra,  est  M.  Schmidt,  ancien  premier  ténor  du  théâtre  de  la  ville,  ù, 
Leipzig,  actuellement  professeur  de  chant  à  Lubeck. 

„.*„  La  réouverture  des  cours  de  chant  de  M.  Kœnig  aura  lieu  le 
mardi  6  novembre,  rue  de  Provence,  7. 

%*%  Mlle  0.  Hersant,  professeur  au  Conservatoire,  vient  de  rouvrir  ses 
cours  de  piano,  d'harmonie  et  de  lecture  musicale. 

,*„..  L'Opéra  annonce  pour  le  8  décembre  son  grand  bal  annuel  au 
profit  de  la  caisse  des  pensions  .des  artistes  et  employés  de  ce  théâtre. 

i*,l,  On  parle  de  l'installation  des  concerts  Musard  au  premier  étage 
do  la  maison  Delislc,  boulevard  des  Capucines,  vis-à-vis  de  la  rue  de  la 
Paix. 

**»  Les  concerts  d'Arban  attirent  toujours  la  foule  aux  concerts  du 
Casino.  Cette  semaine,  la  grande  fantaisie  pour  orchestre  sur  Robert  le 


Diable,  de  l'excellent  chef  d'orchestre-compositeur,  y  a  été  exécutée  aux 
applaudissements  d'un  nombreux  public.  La  Marche  aux  fllambeaux,  de 
Meyerbeer,  orchestrée  par  Arban,  et  sa  fantaisie  sur  le  Pardon  de  Ploermel, 
n'ont  pas  obtenu  cette  semaine  un  succès  moins  éclatant. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


*%  Rouen.—  La  reprise  des  Dragons  de  Vitlars  a  été  pour  nos  artistes 
l'occasion  d'un  véritable  triomphe  ;  la  charmante  partition  d'Aimé  Mail- 
lart  a  paru  aussi  jeune  que  le  premier  jour.  Mlles  Geismar,  Latouche, 
MM.  Cœuilte,  Gerpré  et  Méric  ont  contribué  à  un  excellent  ensemble. — 
M.  Uarvin,  ténor,  a  fait  son  second  début  dans  Robert  le  DiMe  et 
son  troisième  dans  Guillaume  Tell.  Il  possède  une  voix  magnifique,  dirigée 
par  une  très-bonne  méthode,  et  son  admission  paraît  certaine.  — 
Le  Pardon  de  Ploermel  va  reprendre  très-prochainement  sa  place  au 
répertoire. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


j*t  Bruxelles.  —  L'événement  de  la  semaine  théâtrale  a  été  la  reprise 
de  l'Étoile  du  Nord,  qui  a  eu  lieu  jeudi  au  théâtre  de  la  Monnaie  avec 
un  succès  immense.  Les  détails  nous  manquent  encore  sur  les  artistes 
qui  ont  concouru  à  l'excellent  ensemble  que  nous  signale  une  corres- 
pondance particulière  ;  mais  dès  aujourd'ûui  nous  sommes  en  mesure 
de  constater  le  triomphe  de  Mlle  Boulard  dans  le  rôle  de  Catherine,  et 
celui  de  Jourdan  dans  le  rôle  de  Danilowitz.  VArioso  et  la  polonaise  , 
composés  pour  Tichatscheck,  afin  de  donner  plus  d'importance  au  rôle 
du  ténor,  ont  été  pour  Jourdan  l'occasion  de  véritables  ovations  ;  après 
la  polonaise  du  troisième  acte,  inconnue  à  Bruxelles  jusqu'alors,  l'excel- 
lent artiste  a  dû  revenir  en  scène,  rappelé  de  la  façon  la  plus  unanime. 

„*„  Anvers.  —  Nous  avons  eu,  la  semaine  dernière,  deux  représenta- 
tions de  la  Maria,  de  Flotovv.  Nous  ne  parlerons  de  la  première  que  pour 
signaler  le  début  de  Mlle  Michel,  qui  a  fait  preuve  de  très-bonnes  dispo- 
sitions dans  le  rôle  de  Nancy.  La  seconde  représentation  a  été  une  des 
plus  brillantes  de  l'année.  MM.  Scott,  Bryon  d'Orgeval,  et  Mlles  de  Aynssa 
ont  interprété  la  charmante  partition  de  la  façon  la  plus  brillante.  Après 
la  chute  du  rideau,  les  quatre  artistes  ont  été  rappelés  à  l'unanimité. 

,%  Berlin.  —  Pour  l'anniversaire  de  la  naissance  du  roi ,  le  théâtre 
de  la  Cour  a  donné  Armide,  de  Gluck.  —  A  l'occasion  du  ï>0*  anniver- 
saire de  la  fondation  de  l'université  de  Berlin,  le  ministre  des  cultes, 
M.  de  Bethmann-flolhveg,  a  donné  une  soirée  où  le  Domchor  a  chanté 
une  suite  de  compositions  vocales  depuis  Palestrina  jusqu'à  Meyerbeer. 
—  La  Société  Bach  a  fait  entendre  dans  trois  soirées  plusieurs  cantates 
du  grand  compositeur,  la  Passion,  par  II.  Schiitz  (17e  siècle),  et  un 
psaume  de  llrendel.  —  A  l'Opéra  royal  le  succès  de  Mlle  Trebelli  grandit 
toujours;  c'est  surtout  dans  le  rôle d'Arsace  que  la  jeune  artiste  excite 
l'enthousiasme.  —  Au  théâtre  Victoria,  Mlle  Artot  a  reparu  dans  le 
rôle  de  Rosine  du  Barbier,  et  a  été  beaucoup  applaudie. 

„**  Leipzig.  —  La  première  représentation  de  Diane  de  Solange,  par  le 
duc  de  Saxe-Cobourg-Gotha,  a  obtenu  du  succès.  Sa  partition  offre  uue 
originalité  bien  prononcée,  et  on  ne  saurait  contestera  l'auteur  le  ta- 
lent de  tracer  musicalement  un  caractère  ;  de  plus,  il  connaît  toutes  les 
ressources  de  l'orchestre  et  les  emploie  avec  une  habileté  dont  pourrait 
s'enorgueillir  un  maestro  de  profession.  —  Au  troisième  concert  du 
Gewandhaus  s'est  fait  entendre  avec  succès  le  ténor  Cari  Gloggner,  de 
Paris. 

Hr*t  Dresde. —  C'est  au  mois  de  décembre  prochain  que  Mme  Bûrde-Ney 
partira  pour  New-York,  où  elle  doit  créer  le  rôle  de  Dinorah  Comme  son 
congé  au  théâtre  royal  ne  commence  qu'au  mois  de  mars  prochain, 
elle  se  fera  remplacer  jusque-là  par  une  autre  cantatrice,  à  ses  frais. 
Le  Faust  de  Spohr,  qu'on  n'avait  pas  vu  depuis  trente  ans,  va  faire  sa 
réapparition  dans  le  courant  de  l'hiver. 

,,%  U'iesbade.  —  La  saison  a  été  brillamment  inaugurée  par  la  repré- 
sentation du  Duc  de  Tyrol,  opéra  nouveau  en  trois  actes  par  Nargiller. 
La  salle  était  comble,  et  le  public  s'est  montré  sympathique  au  compo- 
siteur, qui  a  eu  deux  fois  les  honneurs  du  rappel. 

s*,s  Manheim. —  Mme  Johanna  Wagner  a  donné   ici   plusieurs  repré- 


DE  PARIS. 


379 


sentations  ;  elle  nous  a  fait  ses  adieux  dans  le  rôle  de  Eidès  du  Pro- 
phète, qui  a  été  pour  la  célèbre  cantatrice  l'occasion  d'un  véritable 
triomphe. —  On  monte  Fernand  Cortez,  de  Spnntini. 

,*^  Vienne.  —  Franz  Liszt  a  quitté  Vienne.  On  disait  que  le  célèbre 
compositeur  avait  fait  des  démarches  pour  obtenir  la  direction  du 
théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  ;  ce  bruit  est  dénué  de  fondement.—  In- 
cessamment l'ouverture  du  théâtre  Treumann  ;  la  salle  est  fort  belle  et 
peut  contenir  jusqu'à  deux  mille  quatre  cents  personnes.— Le  10  novem- 
bre, jour  anniversaire  de  la  naissance  de  Schiller,  on  exécutera  la 
Schiller-marscli  et  la  cantate  de  Jleyerbecr,  avec  prologue,  etc. 

*%  Florence.  —  Le  Prophète  vient  d'obtenir  un  succès  immense  au 
théâtre  de  la  Pergola  avec  le  ténor  Sarti,  Mines  Masson,  Schubert, 
MM.  Boccolini  et  Paoli  Lenzi. 

:S%  Gênes.  —  Les  débuts  n'ont  pas  été  heureux  au  théâtre  l'aganini. 
On  a  donné  la  Sonnambula,  dont  Mlle  Pozzi  a  chanté  à  peu  près  convena- 
blement le  principal  rôle.  Quant  au  ténor  Mongiardini  (Iilvino),  il  a 
encore  tout  à  apprendre  comme  chanteur  et  comme  comédien.  Le  basso 
Rosa  n'a  pas  été  plus  heureux,  et  le  rideau  est  tombé  au  bruit  des  sif- 
flets. —  Le  grand  théâtre  de  Carlo-Fclice  doit  rouvrir  avec  les  Huguenots. 

:t*„  Saint- Pë.lersbmrg.  —  L'inauguration  du  nouveau  théâtre,  sorti  de 
ses  cendres,  le  théâtre  Marie,  a  eu  lieu  le  2  (14)  octobre.  L'architecte, 
M.  Cavos,  a  réussi  à  en  faire  le  plus  beau  théâtre  du  monde.  L'ouvrage 
choisi  pour  la  réouverture  était  celui  de  Glinka  :  La  vie  pour  le  tzar.  — 
Au  théâtre  Italien,  la  Fioretti  va  débuter  dans  les  Puritains;  c'est  elle 
aussi  qui  doit  chanter  le  rôle  de  Dinorah  dans  le  Pardon  de  Plpërmèl , 
que  l'on  reprendra  bientôt. 


En  teute  chez  G.  BRAIHUS  et  S.   IH  1(11  il,  éditeurs, 

103,  rue  de  Richelieu,  au  1er 


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les  différentes  voix. 

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1  volume  contenant  AO  morceaux   appropriés  aux: 
everciees  île  cuant  <Bitns  les  pensionnats. 

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ces, etc.,  etc.,  sans  accompagnement,  des  meilleurs  auteurs  anciens  et 
modernes. 

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Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement,  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  môme  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  a  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n*  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du.  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  4u  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconmUque  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le.  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


L'ÉCOLE  PRIMAIRE  torEÏ 


rois 

usage  des 

petites  classes,  des  orphéons  et  des  pensions,  par  A. 
PANSERON,  vient  de  paraître.  Ce  petit  solfège  ne 
dépasse  pas  le  mi  de  la  première'  portée.  On  y 
trouve  six  cantiques,  dont  un  Kyrie  à  deux  voix  et 
un  O  saluturis  a  trois  voix. 

Prix  :  25  fr.  la  grande  édition  ;  2  fr.  50  net,  la 
petite  édition.  —  A  Paris,  chez  G.  Brandus  et  S.  Du- 
four,  103,  rue  de  Richelieu. 


l'OXCERTO 

pour  violoncelle  avec  accompagnement  d'or- 
chestre  ou  de  piano,  par 

P.  Selîgiuaiiit. 

Op.  70.  —  Avec  piano,  prix  :  18  fr. 


OA^in  |7TA  'acteur  de  pianos.  — Médaille 
OUtUf  IjÎiIU  d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  tre  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
répulation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  pia 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  sou.  —  Magasin 
rue  Moulina  r(  re,  ltîl  . 


ÂLrMOrJbL    àAX      brevets  d'invention  et  de 
perfectionnement . 

Instruments  Saxomiiîtoniques.  Invention  à  la- 
quelle le  .luiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel  (Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e' le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme- est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
:gal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

lireveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Bue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  a  Paris. 


IX    ACCORDE   A    1.  UNANIMITE   A    L'EXPOSITION 
UNIVERSELLE    DE    LONDRES   1851. 


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adressées  ;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


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Exposition  de  1849.  M  10(OlTj«  JPJ&JKh  SSJE1..]zL  de  Hollande  (ms). 


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Exposition  nationale  française  de  ma.  FîlCtClir   UC   1.1   MiUSOll    IlllIllail'C    UC    I  Llll|tCl'CUr.  du  Mérite  de  Prusse  {ma). 

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Seule  grande  médaille  d'honneur  à  l'Exposition  universelle  de   Pari»  (BS55).   —  Seule  grande   médaille 

i  <  ouncil    rSi-4l/et,  à   l'Exposition   universelle  de   Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR   DES     FAMILLES    DES 

SAXO-TROMBAS.  SAX-TUBAS.  CLAIRÔNS-SAX.  CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

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Tous  les  instruments  a  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs  Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.   Flûtes,  Clarinettes,   Bassons, 

clefs;  invention  brevetée  en  1(*5».  Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 

Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  iuv.  brév.  en  «*>."»•;.  baies,  etc.,  etc. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N°  48. 


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Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et 

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4  NoYembre  1860. 

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Départements,  Belgique  et  Suisse....     30  •>       id. 

Étranger 3*  "       id- 

Le  Journal  puraît  le  Dimanche. 


GAZETTE 


./\An/\JW\J\r\n/\/Vi 


SOMMAIRE.  —  Fragments  do  l'introduction  d'une  histoire  générale  de  la  musique 
(5e  fragment),  par  Fétis  père.  —  Théâtre  impérial  Italien  :  reprise  du 
Matrimonio  segreto,  de  Cimarosa.  —  Correspondances  :  Rouen  et  Liège.  — 
—  Revue  des  théâtre?,  par  D.  A.  D.  Saint-Yves.  —  Nouvelles  et  an- 
nonces. 


FRAGMENTS 

DE  L'INTRODUCTION  D'UNE  HISTOIRE  GÉNÉRALE  DE  LA  MUSIQUE 

(Ouvrage   inédit.) 

Cinquième  fragment  (1). 

La  musique  européenne  du  moyen  âge  et  des  temps  modernes  a 
reçu  des  peuples  du  Nord  les  premiers  éléments  de  sa  notation.  Nous 
n'avons  pas  dû  nous  étonner  de  voir  accueillir  par  l'incrédulité  cette 
assertion,  en  apparence  paradoxale,  lorsque  nous  l'avons  émise  pour 
la  première  fois  (2).  Pouvait-on  croire,  en  effet,  que  des  peuples  à 
qui  l'on  a  refusé  l'usage  d'une  écriture  "particulière  (3) ,  et  dont  les 
caractères  graphiques  n'ont  été  considérés  par  les  uns  que  comme 
des  variétés  de  l'alphabet  grec  (Zi),  et  par  d'autres  comme  des  modi- 
fications bizarres  des  lettres  romaines  (5) ,  eussent  une  .notation  de 
la  musique?  Cependant  nous  espérons  démontrer  qu'il  n'y  a  pas  eu 
moins  de  préjugés  et  d'opinions  mal  fondées  à  l'égard  des  notations 
en  usage  dans  la  musique  du  moyen  âge,  qu'en  ce  qui  concerne  l'é- 
criture chez  les  peuples  septentrionaux. 

Les  notations  antiques  de  la  musique  chez  les  habitants  de  l'Inde , 
chez  les  Grecs,  les  Romains,  vraisemblablement  aussi  chez  les  Égyp- 
tiens (comme  nos  recherches  le  feront  voir),  étaient  puisées  dans  les 
alphabets  de  ces  peuples,  soit  en  conservant  aux  lettres  leurs  formes 
habituelles,  comme  chez  les  Hindous  et  les  Romains,  soit  en  leur  fai- 
sant subir  certaines  modifications ,  suivant  l'usage  des  Grecs.  On  a 
nié  le  fait,  pour  ce  qui  concerne  la  notation  latine,  et  l'on  a  soutenu 

(1)  Voir  le  a"  1,2. 

(2)  Résume  philosophique  de  l'histoire  de  la  musique ,  1"  vol.  de  la  Bio- 
graphie universelle  des  musiciens,  1™  édition,  page  clx. 

(3)  Maffei,  Verona  illusl.,  col.  324,  et  Gibbons,  Histoire  de  la  décadence  et 
de  la  chute  de  l'empire  romain,  t.  II,  p.  107,  édit.  de  Guizot. 

(4)  Cf.  Benzelius,  Momim.  Surio.  Goth.  lib.  I,  et  Fr.  Wise,  Recherches  con- 
cernant les  premiers  habitants,  les  connaissances  et  ta  littérature  de  l'Europe. 
Oxford,  1731,  Dissert.  I. 

(5)  Cf.  Lcibnitz,  Collect.  élijmol.  illicsl.  ling.  Vet.  Cellicœ,Ger>nan.,etc.,parsïl, 
8,  et  Mabillon,  de  Ite  diplom.  lib.  I,  c.  xi,  p.  49-50. 


que  la  notation  romaine  était  précisément  celle  que  nous  attribuons 
aux  peuples  du  Nord  qui  envahirent  l'empire.  Nous  ferons  voir,  dans 
la  partie  de  notre  histoire  consacrée  à  ce  sujet,  tant  par  des  monu- 
ments que  par  des  discussions  approfondies,  que  ces  deux  opinions 
sont  également  erronées.  Nous  suivrons  dans  toutes  ses  transforma- 
tions et  modifications  cette  même  notation  d'origine  septentrionale,  et 
nous  la  verrons  se  formuler  dès  le  xi°  siècle  et  même  auparavant  en 
un  système  aussi  compliqué  que  peu  rationnel  ;  puis,  se  dégageant  par 
degrés  de  ses  combinaisons  inutiles,  arriver  enfin  à  l'admirable  simpli- 
cité de  la  notation  actuelle. 

La  Providence  a  fait  de  l'Orient  le  berceau  des  choses  et  des  idées 
durables.  L'ancien  monde  païen  lui  emprunta  tous  ses  mythes.  Révé- 
lateurs d'un  Dieu  suprême,  créateur  de  l'univers,  Moïse  et  les  pro- 
phètes ont  écrit  pour  la  postérité  des  livres  qui  verront  la  fin  des 
siècles.  La  philosophie  de  l'Inde  a  répandu  par  toute  la  terre  ses  vé- 
rités et  ses  erreurs.  L'Orient,  seul,  a  conçu  son  architecture  dans  des 
conditions  de  grandeur  et  de  solidité  qui  pouvaient  défier  la  main 
du  temps-,  car  après  plus  de  trois  mille  ans  de  guerres  et  de  dévas- 
tations, il  ne  faut  pas  moins  que  le  génie  destructeur  de  l'homme 
pour  en  disperser  les  débris.  C'est  dans  ces  mêmes  régions  que  la 
Grèce  a  trouvé  ses  premières  notions  des  mathématiques  et  de  l'astro- 
nomie, sa  langue,  son  écriture,  ses  arts,  ses  instruments  de  musique. 
C'est  aussi  dans  l'Orient  que  la  science  moderne  est  allée  chercher 
le  puissant  instrument  de  la  langue  de  l'analyse.  Enfin,  après  que  le 
Rédempteur  eut  révélé  aux  hommes  les  adorables  principes  de 
morale,  d'égalité  devant  Dieu  et  de  liberté,  qui  devaient  régénérer 
l'espèce  humaine;  après  que  ses  disciples  eurent  répandu  partout  sa 
sainte  doctrine,  et  lorsque  son  Église  fut  constituée,  ce  fut  encore  de 
l'Orient  que  vinrent  les  premiers  chants  destinés  à  invoquer  et  à  glo- 
rifier le  Sauveur.  Les  psaumes  de  David  devinrent  la  base  de  la  li- 
turgie de  toute  la  chrétienté,  et  les  premiers  types  des  mélodies  sur 
lesquels  on  les  chanta  furent  vraisemblablement  empruntés  au  temple 
de  Jérusalem.  Le  doute  n'est  pas  possible  sur  l'origine  du  culte  ca- 
tholique, lorsqu'on  considère  les  livres  des  offices  dans  les  plus  an- 
ciens manuscrits  parvenus  jusqu'à  nous  ;  car  la  multitude  d'ornements 
de  toutes  formes,  et  les  longs  traits  de  notes  parasites  qu'on  y  voit 
sur  une  seule  syllabe,  sont  précisément  ce  qui  caractérise  le  goût 
oriental;  tandis  que  les  hymnes,  antiennes  et  répons  composés  plus 
tard  dans  l'Occident,  ont  une  simplicité  qui  contraste  avec  ce  luxe  de 
trilles  et  de  groupes  de  toute  espèce. 

Avec  la  mythologie  et  le  culte  du  paganisme,  tout  ce  qui  caracté- 
rise les  idées  et  le  goût  de  l'antiquité  grecque  et  latine  avait  disparu 
sans  retour,  dès  la  fin  du  ivc  siècle,  en  dépit  des  efforts  faits  par 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


l'empereur  Julien  pour  leur  rendre  une  existence  apparente.  Au 
ve  siècle  on  ne  trouve  guère  que  le  poëte  Rutilius  qui  ait  essayé  de 
ranimer  cette  cendre  éteinte.  Vainqueur,  au  prix  du  sang  de  ses  mar- 
tyrs, le  christianisme,  en  imprimant  une  direction  nouvelle  aux  esprits 
par  ses  austérités  autant  que  par  la  foi,  qui  plaçait  le  but  da  la  vie  dans 
le  ciel,  le  christianisme  n'avait  pas  porté  de  moins  rudes  coups  à  la 
forme  qu'au  fond  des  choses  de  l'ancien  monde.  De  là  l'indifférence 
que  montrèrent  les  populations  chrétiennes  pour  ce  qui  constitue  le 
beau  idéal,  et  la  rapide  décadence  des  œuvres  de  l'art.  D'ailleurs, 
les  circonstances  désastreuses  dans  lesquelles  se  trouva  bientôt  la  ci- 
vilisation, les  dévastations  inouïes  exercées  par  les  barbares  qui  en- 
vahirent, et  la  succession  presque  non  interrompue  de  ces  malheurs 
pendant  plusieurs  siècles,  achevèrent  ce  que  le  christianisme  avait 
commencé,  et  rendirent  plus  absolu  le  détachement  des  âmes  pieuses 
pour  les  choses  de  la  terre,  plus  ardente  la  ferveur  de  la  foi.  A  l'avé- 
nement  de  Charlemagne  tout  avait  péri  :  plus  d'architecture,  plus 
d'arts  plastiques,  plus  de  musique,  plus  d'instruction,  plus  d'écoles. 
Quelques  prêtres  seulement,  quelques  évêques,  moins  ignorants  que  le 
vulgaire,  écrivaient  encore  des  légendes  de  saints  qui  composaient 
toute  la  littérature,  toute  l'histoire,  dans  ces  temps  malheureux,  et  des 
moines  retraçaient,  dans  des  annales  dénuées  d'intérêt,  les  minimes 
événements  de  leurs  cloitres. 

A  la  fin  du  vme  siècle,  le  génie  de  Charlemagne  oppose  une  bar- 
rière aux  progrès  de  la  barbarie,  ranime  le  goût  des  études,  établit 
des  écoles  dans  toute  l'étendue  de  son  colossal  empire,  fait  recueillir 
les  chants  nationaux  pour  en  former  une  histoire  populaire,  essaie 
de  modifier  le  rude  chant  ecclésiastique  des  Gaules  par  les  traditions 
orientales  conservées  à  Rome,  et  fonde  un  enseignement  spécial  pour 
cet  objet.  L'impulsion  qu'il  a  donnée  porte  ses  fruits  dans  le  ixe  siècle: 
un  retour  à  la  civilisation  semble  s'opérer.  La  biographie  de  Charle- 
magne par  Eginhard,  la  chronique  du  moine  de  Sainl-Gall,  les  mé- 
moires de  Nithard  et  de  Thégan,  sont  un  commencement  d'histoire  ; 
la  poésie  latine  jette  quelques  lueurs  de  sentiment  énergique,  particu- 
lièrement dans  une  ccmplainte  sur  la  bataille  de  Fontanet ,  où 
80,000  hommes  périrent  pour  soutenir  les  prétentions  ambitieuses  des 
fils  de  Louis  le  Débonnaire,  armés  les  uns  contre  les  autres.  La  mé- 
lodie de  cette  complainte  est  un  des  plus  remarquables  monuments 
du  chant  populaire  de  cette  époque.  Les  arts  renaissent  et  prennent 
une  direction  nouvelle,  l'architecture  byzantine  pénètre  en  Allemagne, 
en  Italie,  en  France,  et  se  combine  avec  le  style  romain  ;  la  musique 
éprouve  les  effets  de  l'introduction  des  orgues  en  France  sous  le  règne 
de  Pépin,  père  de  Charlemagne,  et  l'harmonie  devient  une  partie 
essentielle  de  cette  musique  sous  le  nom  d'organum.  Vers  le  milieu 
du  ixc  siècle,  cet  organum  n'est  pas  seulement  composé  d'affreuses 
successions  de  quartes  et  de  quintes,  appelées  diaphonies,  dont  un  écri- 
vain du  même  temps  a  laissé  des  exemples:  il  y  avait  dans  ce  com- 
mencement d'un  art  nouveau  quelque  chose  de  plus  avancé,  car  le 
théologien-philosophe,  Jean  Scot  Erigène,  qui  vécut  à  la  cour  de 
Charles  le  Chauve  et  dirigea  l'école  du  palais,  vers  850,  parle  de 
Yorganum  dans  son  livre  célèbre  De  la  division  de  la  nature  (1), 
en  des  termes  qui  indiquent  clairement  le  mélange  des  sons  en  har- 
monie à  des  intervalles  divers  sous  certaines  conditions  d'art  (2). 

Rien  ne  fut  moins  favorable  aux  progrès  de  la  civilisation  et  des 
arts  que  l'époque  comprise  entre  la  déposition  de  Charles  le  Gros  (837) 
et  l'avènement  de  Hugues  Capet,  chef  de  la  troisième,  race  des  rois 
de  France  (987),  époque  désignée  sous  le  nom  de  dixième  siècle. 
Partout  la  dévastation  ut  la  guerre  :  les  invasions  des  Normands,  Sar- 
rasins, Bulgares  et  Madgyares  ;  la  dissolution  de  l'empire  carlovingien  ; 
la  violence  et  la  dépravation  chez  les  papes,  qui  se  succèdent  avec 
rapidité  par  l'influence  des  courtisanes;  l'ignorance  et  la  lubricité  des 

(1)  De  divisione  iialurœ;  Oxonii,  JOS1 ,  in-fol.,  page  lOft. 

(2)  Ce  passage  sera  traduit  et  expliqué  en  son  lieu  dans  notre  histoire. 


prêtres  et  des  moines,  le  découragement  et  la  misère  des  peuples. 
Pour  se  défendre  contre  les  invasions  des  barbares,  les  seigneurs 
bâtissent  des  châteaux  sur  des  rochers  inaccessibles.  Plus  tard  ces 
forteresses  servent  à  consommer  l'asservissement  des  peuples  :  c'est  le 
commencement  de  l'organisation  féodale.  Dans  ce  siècle  déplorable, 
où  l'intelligence  et  les  -bons  sentiments  semblent  à  jamais  éteints  chez 
les  nations  occidentales,  tandis  que  le  contraire  se  faisait  remarquer 
dans  l'Orient,  il  y  eut  cependant  trois  hommes  dont  les  travaux  sem- 
blent être  une  lumière  projetée  dans  ces  ténèbres,  à  savoir:  Rémi 
d'Auxerre,  Hucbald  et  Gerbert,  qui  fut  pape  sous  le  nom  de  Syl- 
vestre H.  La  carrière  des  deux  premiers  commença  dans  le  siècle 
précédent;  Gerbert  ne  mourut  qu'au  mois  de  mai  de  l'an  1003.  La 
musique  fut  l'objet  des  études  de  tous  trois,  et  tous  trois  écrivirent 
sur  cette  partie  des  connaissances  humaines  qui  ne  méritait  point 
encore  le  nom  d'art.  Rémi  ne  fut  que  le  commentateur  de  Marcien 
Capella,  qui  n'avait  été  lui-même  que  l'abréviateur  des  théoriciens 
grecs;  mais  les  traités  de  Hucbald  sont  pour  nous  un  trésor  de  ren- 
seignements sur  les  constitutions  tonales,  les  notations  et  l'harmonie 
à  la  fin  du  ixe  siècle  et  au  commencement  du  xe.  Gerbert  écrivit 
aussi  sur  la  musique,  mais  son  livre  n'es1,  pas  parvenu  jusqu'à  nous. 

Le  mouvement  intellectuel  interrompu,  et  le  sentiment  moral  en- 
gourdi pendant  le  xe  siècle,  se  raniment  au  xi«.  L'enfantement  labo- 
rieux et  lent  des  langues  populaires  arrive  enfin  à  terme  :  elles  sor- 
tent de  l'état  de  patois  barbares  où  elles  avaient  été  retenues  pendant 
trois  siècles,  et  deviennent  littéraires  en  Italie  et  dans  les  Gaules.  Le 
latin  n'est  pas  encore  entièrement  abandonné  dans  les  écrits  des  pro- 
sateurs et  des  poètes  ;  mais  le  peuple  ne  l'entend  plus  :  toutefois  il  se 
mêle  encore  çà  et  là  dans  le  langage  appelé  communément  roman, 
bien  que  la  place  qu'il  occupe  dans  cette  langue  nouvelle  diminue 
chaque -jour.  La  philosophie,  les  sciences,  les  arts,  sont  en  progrès,  et 
le  goût  de  l'étude  se  communique  de  proche  en  proche.  C'est  dans 
ce  même  siècle  qu'un  moine  italien,  connu  sous  le  nom  de  Guido 
d'Arezzo,  conçoit  l'idée  d'une  méthode  pour  l'enseignement  de  la 
musique,  méthode  toute  pratique,  inconnue  avant  lui,  de  laquelle  dis- 
paraissent les  notions  empruntées  aux  théoriciens,  désormais  sans  uti- 
lité, et  d'où  sont  bannis  les  tâtonnements  précédemment  mis  en  usage. 
Pour  apprécier  à  sa  juste  valeur  la  méthode  inventée  par  Guido,  et 
justifier  l'enthousiasme  avec  lequel  elle  fut  accueillie,  il  faudrait  savoir 
en  quoi  consistaient  les  moyens  mis  antérieurement  en  usage  pour 
instruire  les  élèves  dans  la  lecture  de  la  musique  et  dans  le  chant, 
moyens  où  l'intelligence  avait  sans  doute  peu  de  part,  puisqu'il  ne 
fallait  pas  moins  de  plusieurs  années  d'études  pour  parcourir  le  cercle 
infiniment  "borné  des  connaissances  musicales  de  cette  époque  ;  mais 
on  ne  possède  aucun  renseignement  positif  sur  ce  sujet,  bien  que 
plusieurs  écrits  du  même  temps,  parvenus  jusqu'à  nous,  renferment 
l'exposition  des  éléments  ;  car  ou  n'y  trouve  ni  enchaînement  logique 
dans  les  notions,  ni  exercices  par  lesquels  les  commençants  auraient 
pu  se  rendre  familières  la  notation,  les  intonations  des  sons  et  celles 
de  leurs  divers  intervalles.  Guido,  parlant  lui-même  de  sa  méthode, 
affirme  que  par  elle  on  pouvait  apprendre  à  lire  le  chant  et  à  l'exécuter 
avec  correction  dans  l'espace  d'un  mois,  tandis  que  l'ancienne  mé- 
thode conduisait  à  peine  au  même  résultat  après  plusieurs  années 
d'un  travail  rebutant.  L'immense  renommée  acquise  par  l'auteur  de 
cette  découverte,  et  la  popularité  que  conserve  encore  son  nom, 
sont  une  garantie  suffisante  des  bons  effets  qu'elle  produisait. 

C'est  aussi  dans  le  xi°  siècle  qu'on  voit  apparaître  un  nouveau 
système  régulier  de  notation  pour  la  musique  mesurée  ;  non  qu'une 
musique  de  cette  espèce  n'ait  existé  de  tout  temps ,  car  les  chants 
populaires  de  toutes  les  nations  furent  toujours  mesurés  et  rhythmés  ; 
mais  l'introduction  de  l'harmonie  dans  la  musique  avait  rendu  néces- 
saire un  système  de  proportion  exacte  entre  tomes  les  valeurs  de 
temps  déterminées  par  les  diverses  voix  qui  concourent  à  cette  har- 
monie. La  plus  ancienne  exposition  connue  de  ce  système  se  trouve 


383 


dans  le  livre  d'un  prêtre  de  Cologne  nommé  Francon.  Le  même  ou- 
vrage offre  aussi  des  exemples  d'une  harmonie  meilleure  que  la  gros- 
sière diaphonie  des  temps  antérieurs.  De  toute  évidence  enfin,  l'art 
est  dès  lors  en  voie  de  formation,  et  le  mouvement  de  progrès  qui 
lui  est  imprimé  ne  pourra  plus  être  arrêté  jusqu'à  ce  qu'il  soit  en 
possession  de  ses  éléments  nécessaires. 

La  première  croisade,  cet  événement  de  prodigieuse  folie  qui  s'accom- 
plit dans  les  dernières  années  du  xi«  siècle  (1096),  et  qui,  par  ses  suites, 
mit  en  continuel  contact  l'Asie  et  l'Europe  pendant  trois  cents  ans, 
eut  des  résultats  inattendus  pour  la  musique  et  pour  la  poésie.  Ruinés 
par  les  dépenses  auxquelles  ils  furent  entraînés  par  ces  expéditions 
lointaines,  les  seigneurs  y  perdirent  une  partie  de  leur  puissance  et 
de  leur  férocité.  Les  mœurs  s'adoucirent  et  offrirent  bientôt  un  con- 
traste frappant  avec  la  rudesse  et  la  grossièreté  des  siècles  précédents. 
C'est  à  cause  de  cette  différence  si  remarquable  qu'on  a  donné  le  nom 
de  moyen  âge  a  l'époque  comprise  entre  les  années  1100  environ  et 
1500,  parce  qu'elle  forme  un  intermédiaire  entre  les  temps  de  barbarie 
et  la  renaissance,  au  commencement  de  l'âge  moderne.  Les  femmes, 
longtemps  réduites  à  une  sorte  d'esclavage,  s'en  affranchirent  pendant 
l'absence  de  leurs  époux,  et  acquirent  une  prépondérance  sociale 
qu'elles  n'avaient  eue  dans  aucun  temps  ;  car  c'est  de  cette  époque 
que  date  cette  galanterie  sur  laquelle  est  fondée  leur  empire,  et  qui 
devint  un  culte  véritable  dans  les  siècles  suivants.  Par  suite  de  cette 
transformation  sociale,  les  châteaux  devinrent  des  lieux  de  plaisir,  où  la 
poésie  et  la  musique  trouvèrent  un  fréquent  emploi. 

Déjà,  avant  que  la  croisade  eût  été  prêchée,  les  rapports  fréquents 
de  la  France  méridionale  avec  les  Maures  d'Espagne  avaient  com- 
mencé la  transformation  des  mœurs  et  du  langage  poétique  dans  ces 
provinces.  Ce  langage  s'élait  poli  de  manière  h  n'être  plus  reconnais- 
sable,  depuis  les  premières  années  du  xie  siècle  jusque  vers  1060,  et 
la  poésie,  cultivée  avec  succès,  était  devenue  l'occupation  des  cheva- 
liers aussi  bien  que  des  poètes  musiciens  de  profession.  Le  nom  de 
troubadour,  c'est-à-dire  trouveurs  d'idées  et  d'élégant  langage  fut 
donné  aux  uns  comme  aux  autres.  Le  plus  ancien  de  ces  toubadours, 
dont  les  ouvrages  sont  connus,  est  Guillaume  de  Poitiers,  duc  d'A- 
quitaine, dont  les  premières  poésies  remontent  à  l'année  1071.  Les 
chansons  d'amour,  les  vers  satiriques,  les  poèmes  historiques  ou  chro- 
niques rimées,  et  les  romans  naissent  bientôt  en  foule.  Le  (aient  s'as- 
socie à  la  bravoure,  et  grand  nombre  de  preux  chevaliers  se  font 
gloire  de  leurs  inspirations  amoureuses  et  poétiques,  aussi  bien  que 
de  leurs  grands  coups  d'épée.  Le  mouvement  général  qui  pendant 
plusieurs  siècles  entraîna  tout  l'Occident  vers  l'Orient  répandit  par- 
tout ce  goût  de  poésie  amoureuse  et  de  chant  dont  les  Arabes  four- 
nissaient le  modèle.  Le  xn"  et  le  xur3  siècles  voient  naître  et  se  mul- 
tiplier les  trouvères,  imitateurs  des  troubadours  dans  les  provinces 
septentrionales  de  la  France,  ainsi  que  dans  la  Flandre.  En  Allema- 
gne, les  minnesinrjers,  ou  chanteurs  d'amour,  suivent  leurs  traces.  Les 
grands,  les  princes,  les  rois  même,  ne  dédaignent  pas  de  se  distin- 
guer par  le  talent  de  poésie  et  de  musique.  Des  défis  de  trouvère  à 
trouvère,  des  concours  qui  deviennent  de  véritables  combats,  sont 
les  spectacles  dont  on  se  préoccupe  à  la  cour  des  souverains  comme 
dans  les  châteaux,  comme  sur  les  places  publiques.  Les  poètes  chan- 
teurs s'en  vont  de  province  en  province,  et  charment  les  ennuis  des 
châtelaines  par  leurs  récits  et  leurs  chansons.  La  plupart  sont  accom- 
pagnés par  un  musicien,  ménestrel  ou  jongleur,  qui  joue  d'un  ins- 
trument, et  quelquefois  fait  des  tours  d'escamotage  pour  l'amusement 
du  peuple.  Depuis  que  l'affranchissement  des  communes  a  fait  orga- 
niser les  corporations,  ces  ménestrels  ont  formé  une  association  du 
même  genre,  et  se  sont  donné  un  chef,  sous  le  nom  de  rui,  qu'ils 
élisaient  d'abord  librement,  et  qui,  plus  tard,  ne  tint  sou  tilre  que 
des  faveurs  de  cour  et  de  lettres  patentes. 

On  voit  quelques  trouvères  se  distinguer  par  une  habileté  plus 
grande  que  d'autres  dans  la  musique  :  ils  harmonisent  leurs  chants 


pour  deux  ou  trois  voix  et  contribuent  au  perfectionnement  de  cet 
art.  Le  simple  fabliau  ou  conte,  qui  se  récitait  sur  un  chant  mono- 
tone, se  transforme  entre  leurs  mains  en  action  dramatique  entre- 
mêlée d'airs  rhythmés.  Ce  qu'ils  ont  produit  en  ce  genre  est  de  toute 
évidence  l'origine  du  vaudeville  et  de  l'opéra-comique.  Leurs  mélodies 
deviennent  plus  gracieuses,  plus  élégantes  que  chez  leurs  prédéces- 
seurs. Le  goût  des  ornements  du  chant,  renouvelé  par  les  communi- 
cations fréquentes  avec  l'Orient,  devient  général  et  reprend  son  em- 
pire dans  l'Eglise  même.  Il  y  a  dès  lors  deux  sortes  de  chant  mondain 
en  vogue:  le  premier,  simple,  naïf,  et  dont  toute  la  force  est  dans  le 
rhythme,  est  le  chant  populaire  ;  l'autre,  plus  orné,  plus  vague  dans 
sa  forme,  moins  accusé  dans  son  rhythme,  mais  dans  lequel  on  re- 
marque une  certaine  délicatesse  qui  manque  au  premier,  est  celui  des 
chansons  de  troubadours  et  de  trouvères  à  l'usage  du  monde  que  dis- 
tinguent la  naissance  et  l'éducation.  Vers  la  fin  du  xuic  siècle,  cette 
dernière  espèce  de  chant  avait  atteint  son  entier  développement. 

Le  xivc  siècle  paraît  presque  entièrement  absorbé  par  le  goût  de 
l'harmonie  et  par  les  efforts  des  artistes  pour  compléter  le  système 
absurde  de  notation  qui  s'est  introduit  dans  la  musique.  Au  commen- 
cement de  ce  siècle  on  aperçoit  encore,  dans  ce  qui  nous  reste  des 
productions  musicales  de  ce  temps,  des  associations  grossières  de 
sons  ainsi  que  des  successions  d'accords  qui  blessent  le  sentiment  to- 
nal et  que  le  goût  réprouve  ;  mais  vers  l'an  1370,  trois  hommes  d'un 
mérite  supérieur  à  leur  époque  apparaissent  en  même  temps  :  ils  in- 
troduisent simultanément  dans  l'art  des  perfectionnements  inattendus 
qui  lui  donnent  une  suavité  inconnue  auparavant.  Ces  artistes  prédes- 
tinés sont  Dunstaple,  Anglais  de  naissance,  Binchois  et  Dufay,  Belges 
tous  deux.  Tous  trois  ont  donné  des  preuves  de  leur  habileté  dans 
leurs  ouvrages,  lesquels  nous  font  voir  l'harmonie  parvenue  enfin  à 
toute  la  puielé  désirable,  mais  réduite  à  un  petit  nombre  de  combi- 
naisons. L'art  est  constitué,  mais  il  est  renfermé  dans  d'étroites  limites, 
d'où  il  ne  sortira  pour  toujours  qu'après  plus  de  deux  siècles  de  ti- 
mides essais  et  de  tâtonnements  d'une  lente  progression,  nonobstant 
la  puissance  du  génie  de  quelques  artistes. 

Ici  commence  l'histoire  véritable  de  la  musique  ;  car  il  ne  peut  y 
avoir  d'histoire  d'un  art  que  lorsqu'il  existe  dans  les  conditions  qui  le 
rendent  digne  de  ce  nom,  lorsqu'il  est  appréciable  par.  ses  monu- 
ments, de  telle  sorte  que  la  filiation  de  ses  développements  et  de  ses 
transformations  puisse  être  suivie  sans  lacune;  enfin,  lorsque  les 
causes  de  ces  transformations  peuvent  être  déterminées  avec  justesse 
et  mises  en  évidence.  Ce  qui  précède  l'époque  où  l'art  est  entré  dans 
cette  phase  peut  être  l'objet  de  recherches  archéologiques  qui  ne 
manquent  ni  d'attrait  ni  d'utilité;  mais  le  caractère  de  certitude,  in- 
dispensable à  l'histoire,  y  manque  toujours.  L'intérêt  qu'inspire  l'his- 
toire de  la  musique  se  manifeste  dans  les  quatre  applications  que  la 
société  a  faites  de  cet  art,  lesquelles  sont  :  1°  le  chant  religieux  ;  2°  le 
concert  intime  ou  public  ;  3°  le  rhythme  de  la  danse  ou  de  la  mar- 
che ;  4"  l'expression  des  passions  dans  le  drame.  Dès  la  fin  du  xinc 
siècle,  nous  pouvons  suivre  le  progrès  périodique  de  l'art  dans  les 
deux  premières  de  ces  applications  ;  au  xvc  siècle,  la  musique  de  la 
danse  nous  apparaît  dans  quelques  fragments  échappés  aux  ravages 
du  temps  ;  mais  le  drame  musical ,  à  part  quelques  essais  informes 
tentés  dans  les  Mystères,  et  postérieurement  à  plusieurs  reprises,  n'a 
d'existence  réelle  qu'aux  premières  années  du  xvii«  siècle. 

Les  organes  de  ces  divers  genres  de  musique  sont  les  voix  et  les 
instruments  :  de  là  les  divisions  naturelles  en  musique  vocale  et  ins- 
trumentale; de  là  aussi  1  histoire  particulière  de  chacune  de  ces  par- 
ties de  l'art;  de  là,  enfin,  celle  des  progrès  du  chant,  de  l'origine  des 
instruments,  de  leurs  perfectionnements,  de  leurs  transformations  et 
de  l'art  d'en  jouer. 

FÉTIS  père. 
{La  suite  prochainement.) 


384 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


THEATRE  IMPÉRIAL  ITALIEN 

Reprise   du  jflulritnotiio  segvelo,  «le  Cimarosa. 

«  Il  y  a  bien  de  l'avenir  dans  ce  passé,  »  disions-nous  à  propos  du 
vieux  chef-d'œuvre  de  Cimarosa.  lorsque  nous  le  vîmes  reparaître  au 
commencement  de  cette  année,  et  le  voilà  qui  nous  revient  encore, 
avec  un  simple  changement  dans  la  distribution  des  rôles.  Mlle  Marie 
Battu  a  pris  la  place  de  Mme  Dottini  dans  celui  d'Elisetta  ;  Mraes  Ai- 
boni,  Penco,  ainsi  que  Gardoni.  Zucchini  et  Badiali  sont  demeurés 
tous  en  possession  de  leur  emploi. 

Une  modification  de  genre  différent  a  été  de  plus  essayée  :  on  a  ré- 
tabli deux  airs  qui  ne  se  chantaient  plus  depuis  longtemps,  et  que 
même  nous  ne  nous  souvenons  pas  d'avoir  jamais  entendus  à  Paris. 
Le  premier  appartient  au  rôle  d'Elisetta,  et  vient  au  second  acte,  après 
le  grand  quintetto,  dans  lequel  la  pauvre  Caroline,  menacée  du  cou- 
vent, exhale  en  termes  peu  mesurés,  son  indignation  contre  toute  sa 
famille. 

Ma  voi  sieto  tanti  cani, 
Senza  amor,  ne  carità. 

L'air,  il  faut  en  convenir,  a  beaucoup  vieilli,  et  l'inspiration  n'en  est 
pas  fort  heureuse.  Mlle  Marie  Battu  le  chante  avec  un  goût  exquis 
et  de  manière  à  être  justement  applaudie.  La  jeune  artiste  a  du  reste 
parfaitement  saisi  le  caractère  de  son  personnage.  C'est  bien  la  sœur 
aînée,  l'Arabella  de  cette  nouvelle  Clarisse,  furieuse  de  se  voir  dédai- 
gnée par  un  honnête  Lovelace,  et  se  raccrochant  à  tous  les  moyens  de 
vengeance  féminine. 

L'autre  air,  chanté  par  la  tante  Fidalma,  faisait  partie  du  premier 
acte,  et  on  l'a  transporté  dans  le  second.  C'est  une  vieillerie  pleine  de 
naïveté,  de  malice  :  la  tante  énumère  les  avantages  de  la  liberté, 
mais  elle  conclut  toujours  en  faveur  du  mariage. 

Ma  con  un  marito 

Via  meglio  si  stà. 

Impossible  de  rendre  ce  morceau  avec  une  bonhomie  plus  franche  et 
plus  iine  que  ne  le  fait  Mme  Alboni,  pour  qui  le  rôle  de  Fidalma  est 
à  peu  près  devenu  ce  qu'était  celui  de  Geronimo  pour  Labla:he. 

Mme  Penco  est  une  excellente  Caroline.  Le  délicieux  trio  :  Le 
Faccio  un  inchino,  admirablement  chanté  par  elle,  Mlle  Marie  Battu 
et  Mme  Alboni,  est  toujours  redemandé  ainsi  que  l'air  de  cette  der- 
nière. 

Zucchini  est,  après  Lablache,  le  meilleur  Geronimo  que  nous 
ayons  connu,  sans  excepter  même  Barilli.  Sa  surdité  atteint  l'idéal 
de  l'effet  bouffe. 

Le  Matrimonio  scç/relo  doit  beaucoup  aux  Nosze  di  Figaro  qui  ve- 
naient d'être  jouées  quand  Cimarosa  l'écrivit,  et  il  a  prêté  beaucoup 
au  Barbier  de  Sëville.  Qu'est  de\enu  le  temps  où  les  grands  compo- 
siteurs faisaient  leurs  chefs-d'œuvre  sur  des  textes  de  comédie? 
Quelle  antithèse  avec  les  systèmes  qui  prétendent  que  le  mythe  seul 
est  musical  ! 

P.  S. 


CORRESPONDANCE. 

Rouen,  28  octobre. 

Reprisa"  «Bit  fnB'tiaa*  île  IPIoëranel. 

La  reprise  du  Pardon  de  Plo'ermel  avait  attiré  hier  une  belle  chambrée 
au  théâtre  des  Arts.  Ce  chef-d'œuvre,  dans  lequel  Meyerbeer,  après  tant 
d'immortels  travaux,  est  plus  jeune,  plus  inspiré,  plus  poète  que  jamais, 
a  été  entendu  avec  d'autant  plus  de  plaisir  qu'on  en  était  depuis  long- 
temps privé.  Toutes  les  sensations  tour  à  tour  si  suaves,  si  vives,  si  tou- 
chantes, si  terribles  même,  que  la  puissante  et  pittoresque  musique  de 


Meyerbeer  avait,  dès  sa  première  audition,  fait  éprouver  au  public 
rouennais,  ont  été  reproduites  sur  le  même  public  avec  tout  le  charme 
et  le  prestige  de  la  nouveauté.  On  n'avait  oublié  aucune  des  beautés  de 
l'œuvre;  on  les  a  retrouvées  toutes  et  dans  tout  leur  éclat. 

Cette  belle  partition  qui,  lors  de  sa  mise  en  scène,  avait  été  si  remar- 
quablement exécutée,  grâce  aux  talents  réunis  de  Mme  Barbot,  de 
MM.  Méric,  Oerpré,  Bonnesseur  et  Barbot.  avait  cette  année  les  mêmes 
interprètes,  et  elle  a  été  rendue  avec  le  même  ensemble,  avec  la  même 
intelligence  du  style  si  élevé,  si  finement  varié  et  si  profondément  scé- 
nique  de  Meyerbeer. 

Mme  Barbot  est  une  gracieuse  et  attachante  Dinorah  ;  sa  voix  fine  et 
légère  convient  parfaitement  aux  délicates  et  élégantes  formules  dont  ce 
rôle  est  parsemé  ;  son  sentiment  musical  et  sa  diction  sympathique  lui 
en  font  comprendre  et  très-vivement  exprimer  la  partie  dramatique. 
Chaleureusement  applaudie  dans  tous  les  détails  de  son  rôle,  elle  a  eu, 
à  la  chute  du  rideau,  l'ovation  d'un  rappel  très-justement  partagé  par 
MM.  Méric  et  Gerpré. 

La  création  du  rôle  d'Hoël  fait  le  plus  grand  honneur  à  M.  Méric,  qui 
le  sent  et  le  chante  en  parfait  musicien  et  en  très-habile  chanteur. 
C'est,  sans  contredit,  un  des  rôles  les  plus  développés  et  les  plus  diffi- 
ciles de  l'emploi,  et  il  le  détaille  avec  une  irréprochable  égalité  de  ta- 
lent; aussi  son  succès  a-t-il  été  complet,  comme  il  l'avait  été  d'ail- 
leurs l'année  dernière.  Après  le  grand  air  du  premier  acte,  morceau 
d'une  facture  étudiée  et  d'une  variété  de  style  qui  en  rend  l'interpréta- 
tion si  périlleuse,  mais  que  M.  Méric  chante  avec  une  rare  sûreté  de 
méthode  et  une  verve  entraînante;  après  la  belle  romance  du  troisième 
acte,  qu'il  dit  avec  une  saisissante  expression,  il  a  enlevé  les  bravos  de 
toute  la  salle.  Jamais  rappel  n'a  été  plus  dignement  décerné  que  celui 
qui,  à  la  fin  de  la  soirée,  l'a  ramené  sur  la  scène  pour  recevoir  une  juste 
et  brillante  ovation. 

M.  Gerpré,  qui,  dans  le  personnage  comique  et  très-musical  de  Co- 
rentin,  avait  laissé  les  souvenirs  d'un  jeu  très-divertissant  et  d'un  chant 
plein  d'intelligence,  a  été  ù  la  hauteur  de  son  premier  succès,  si  même 
il  ne  s'est  surpassé.  Toujours  en  scène,  toujours  dans  la  réalité  de 
son  personnage,  aussi  soigneux  dans  ses  solos  que  consciencieux  parte- 
naire dans  les  ensembles,  M.  Gerpré  est  pour  une  bonne  part  dans  l'ex- 
cellente exécution  du  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer.  Il  avait  donc  tous  les 
droits  possibles  au  partage  du  rappel  qui  a  terminé  la  représentation. 

L'intermède,  cette  ravissante  paysannerie  qui  ouvre  le  troisième  acte, 
a  eu  son  effet  tout  particulier  qui  ne  manque  jamais  avec  les  deux  ar- 
tistes qui  se  chargent  de  faire  valoir  les  deux  petits  rôles  du  chasseur 
et  du  faucheur. 

M.  Bonnesseur  fait  de  la  chanson  du  chasseur  une  véritable  scène 
par  le  relief  que  sa  voix  puissante  donne  à  cette  mélodie  si  bien  carac- 
térisée et  si  finement  orchestrée.  M.  Barbot  chante  avec  beaucoup  d'en- 
train la  jolie  mélodie  du  faucheur.  Ces  deux  morceaux  ont  été  cou- 
verts d'applaudissements. 

L'ensemble  de  l'exécution  ne  mérite  que  des  éloges  :  les  chœurs  ont 
bien  fonctionné  et  l'orchestre  a  parfaitement  exécuté  l'ouverture,  ou 
plutôt  la  magnifique  symphonie  qui  sert  de  préface,  a  cette  admirable 
partition. 

La  mise  en  scène,  qui  est  une  de  celles  que  M.  Halanzier  avait  réglées 
Tannée  dernière  avec  le  plus  de  goût  et  d'habileté,  est  toujours  d'un 
délicieux  effet;  les  décors  et  le  cortège  du  Pardon  ont  été  fort  applaudis; 
à  la  fin  du  deuxième  acte,  le  torrent  a  eu  les  honneurs  du  rappel,  et  le 
rideau  s'est  relevé  au  bruit  des  bravos  pour  le  montrer  une  fois  de  plus 
au  public  émerveillé.  Il  ne  faut  pas  omettre  le  succès  de  la  chèvre 
Bella,  qui  faisait  sa  rentrée  et  qui  a  eu  aussi  son  succès  et  ses  bravos. 
Le  Pardon  de.  Ploërmel  va  recommencer  sur  la  scène  rouennaise,  comme 
à  Paris,  une  nouvelle  série  de  brillantes  représentations. 

Amédiïe  MÉRAUX. 


Liège,  30  octobre  1800. 

Le  grand  concours  international  de  chant  d'ensemble  qui  a  eu  lieu  à 
Liège  le  28  octobre  fera  époque  dans  les  annales  de  l'orphéon  belge. 

Plus  de  deux  mille  chauteurs  venus  de  France,  d'Allemagne,  de  Hol- 
lande et  de  tous  les  points  de  Belgique  sont  entrés  en  lice  pour  se  dis- 
puter les  nombreuses  palmes  qui  devaient  être  le  prix  des  vainqueurs. 
Environ  cinquante  sociétés  chorales,  dont  quelques-unes  dépassaient  cent 
exécutants,  ont  pris  part  à  cette  lutte  qui  a  été  ardente,  surtout  pour 
remporter  le  prix  unique  d'honneur,  auquel  étaient  attachées  une  riche 
couronne  et  une  prime  de  1 ,000  fr. 

Le  concours  général  se  divisait  en  huit  catégories:  nous  ne  parlerons 
que  des  deux  dernières. 

Dans  le  concours  d'excellence  entre  les  sociétés  belges  ayant  déjà 
obtenu  un  premier  prix,  c'est  la  Société  des  amateurs  de  Iluy,  dirigée 


DE  PABIS. 


385 


par  M.  Camauer,  qui  a  remporté  le  prix  unique,  consistant  en  une  mé- 
daille en  or,  grand  module,  et  une  prime  de  600  fr. 

Pour  le  grand  concours  d'honneur  entre  les  sociétés  belges  ayant  déjà 
obtenu  un  prix  d'excellence  et  les  sociétés  étrangères,  nous  venons  de 
dire  que  la  récompense  était  une  riche  couronne  et  une  prime  de  1,000  fr.: 
c'est  la  Société  Concordia,  d'Aix-la-Chapelle,  dirigée  par  M.  Ackens,  qui 
l'a  obtenue. 

Huit  sociétés  justement  renommées  étaient  inscrites  pour  participer 
à  ce  dernier  concours,  et  c'est  encore  un  cercle  d'Allemagne  qui  a  su 
conquérir  le  premier  rang  ;  mais  les  cercles  concurrents  se  consoleront 
aisément  quand  on  saura  que  l'unique  prix  à  obtenir  a  été  si  chaude- 
ment disputé,  que  le  jury  a  dû  procéder  à  un  deuxième  tour  de  scrutin 
avant  de  se  mettre  d'accord  pour  décerner  la  palme  à  la  Concordia, 
d'Aix-la-Chapelle.  On  voit  qu'il  y  avait  encore  de  l'honneur  à  se  trouver 
au  nombre  des  vaincus. 

Ceux  qui  ont  assisté  à  ces  luttes  diverses  ont  constaté  avec  satisfaction 
combien  les  sociétés  chorales  sont  en  progrès  ;  il  faut  qu'elles  le  soient 
véritablement  pour  oser  aborder  les  chœurs  qu'elles  chantent  aujour- 
d'hui et  qui  sont  pour  la  plupart  de  véritables  symphonies.  Les  gammes 
rapides,  les  intonations  difficiles,  les  enharmonies  risquées  et  les  rhyth- 
mes  heurtés  sont  les  difficultés  que  quelques  compositeurs  s'ingénient  à 
réunir  dans  un  même  chœur,  et  cela  sans  le  moindre  respect  pour  les 
voix  qui  doivent  presque  toujours  sortir  de  leurs  limites  naturelles. 
C'est  du  reste  une  tendance  malheureuse  que  je  vous  ai  déjà  signalée,  de 
prétendre  faire  exécuter  à  la  voix  humaine  des  parties  qu'on  dirait  écrites 
pour  des  instruments  d'orchestre,  ce  qui  n'est  pas  sans  danger  même  poul- 
ies sociétés  des  grands  centres  de  population,  où  l'éducation  musicale  est 
répandue.  Quant  aux  orphéons  des  petites  villes  et  des  communes  rura- 
les, c'est  une  véritable  calamité  de  les  voir  s'aventurer  dans  un  dédale 
presque  toujours  inextricable.  Qu'on  y  réfléchisse  bien  ,  la  cause  de 
l'insuccès  et  du  découragement  d'un  grand  nombre  de  sociétés  orphéo- 
niques  est  dans  le  choix  des  chœurs,  qui  ne  sont  ni  en  rapport  avec  leur 
force  musicale  ni  avec  le  nombre  de  leurs  chanteurs. 

En  somme,  le  concours  a  tenu  toutes  ses  promesses,  et  sans  entrer 
dans  des  considérations  sur  l'utilité  de  ces  luttes  pacifiques,  offrons 
nos  félicitations  à  MM.  les  membres  de  la  Légia,  l'une  des  meilleures 
sociétés  belges,  ainsi  qu'à  son  habile  chef,  M.  Vercken,  pour  les  soins 
qu'ils  ont  prêtés  à  l'organisation  de  cette  fête  musicale.  La  France  avait 
envoyé  pour  la  représenter  au  jury,  Mil.  de  Bille  et  de  Vos;  l'Allemagne, 
Mil.  Weber  et  Wulner;  la  Hollande,',  M.  Verhulst;  enfin  la  Belgique, 
MM.  Daussoigne-Méhul  et  Ferry,  présidents;  Carman  ,  Cornélis,  Higa, 
Snel,  Soubre  et  le  signataire  de  cette  lettre. 

Trois  morceaux  ont  été  composés  expressément  pour  la  fête  musicale 
offerte  par  la  ville  de  Liège  au  roi  Léopold.  Un  chœur  de  M.  Soubre  et 
deux  chœurs-cantates,  de  MU.  Daussoigne-Méhul  fils  et  Vercken;  le 
premier  a  été  imposé  aux  sociétés  qui  ont  pris  part  aux  concours  d'ex- 
cellence et  d'honneur  ;  les  deux  derniers  ont  été  chantés  par  plus  de 
trois  cents  voix  sous  les  fenêtres  du  palais,  et  ont  provoqué  les  applau- 
dissements de  la  foule. 

J.-B.  RONGÉ. 


Une  séance  musicale  a  été  donnée  jeudi  dernier  au  Cirque  Napo- 
léon, par  la  Société  chorale  d'une  école  que  nous  nous  abstiendrons 
de  nommer,  de  même  que  nous  nous  sommes  abstenus  d'assister  à 
la  séance.  Les  chefs  de  cette  école  ayant  l'habitude  de  s'armer 
d'une  loi  mal  comprise  pour  assaillir  de  leurs  prétendues  réponses 
les  journaux  qui  se  permettent  d'examiner  soit  leurs  théories, 
soit  leurs  actes,  nous  avons  pris  le  parti  de  ne  plus  nous  en  occuper 
d'aucune  manière.  Désormais  leurs  noms  même  n'apparaîtront  plus 
dans  ces  colonnes,  par  simple  mesure  de  précaution. 


BEVUE  DES  THÉÂTRES. 


Vaudeville  :    'Rédemption ,   pièce  en  cinq    actes    et  six    tableaux, 
par  M.  Octave  Feuillet. 

Avantd'aborder  la  scène,  M.  Octave  Feuillet,  marchant  sur  les 
traces  d'Alfred  de  Musset,  a  publié  deux  volumes  de  comédies  et  de 
proverbes  qui  ne  semblaient  pas  destinés  à  la  représentation;  mais, 
depuis,  et  toujours  à  l'imitation  de  son  modèle,  il  s'est  ravisé  ;  le 


théâtre  a  vu  défiler  plusieurs  de  ses  productions  imprimées,  et  le 
public  les  a  saluées  de  ses  bravos  les  plus  enthousiastes.  Est-il  besoin 
de  rappeler  que  le  Vaudeville  a  particulièrement  bénéficié  de  cette 
heureuse  appropriation  et  qu'il  a  vécu  fort  longtemps  sur  les  recettes 
brillantes  de  Dalila  et  du  Roman  d'un  jeune  homme  pauvre  ?  A  la 
lecture  des  œuvres  de  M.  Octave  Feuillet,  on  s'étonnait  cependant  de 
ce  qu'une  de  ses  plus  charmantes  fantaisies,  celle  à  laquelle  il  a  donné 
le  titre  mystique  de  Rédemption,  n'eût  pas  encore  les  honneurs  de  la 
scène.  A  cela,  il  y  avait  une  difficulté  qui  provenait  sans  doute  du 
rappro:hement  de  deux  personnages  peu  habitués  à  marcher  de 
compagnie,  une  comédienne  et  un  prêtre.  Mais  s'il  y  a  des  accommode- 
ments avec  le  ciel,  il  y  en  a  aussi  avec  la  censure  ;  M.  Octave  Feuillet 
l'a  prouvé  en  métamorphosant  son  curé  de  manière  à  lui  permetlre 
d'affronter  le  feu  profane  de  la  rampe.  Grâce  à  cette  concession  légère, 
Rédemption  a  donc  vu  tous  les  obstacles  s'aplanir,  et  le  Vaudeville 
doit  aujourd'hui  un  succès  de  plus  au  talent  ingénieux  et  distingué  de 
l'auteur  de  Dalila. 

Parmi  les  changements  que  M.  Octave  Feuillet  a  fait  subir  à  sa  ver- 
sion première,  le  plus  important  sans  contredit  est  en  même  temps  le 
plus  inutile.  Nous  voulons  parler  d'une  espèce  de  prologue  où  le 
comte  Jean  et  son  cousin  Maurice  Fœder,  les  deux  héros  de  la  pièce, 
procèdent  à  l'ouverture  d'un  testament  qui  enrichit  l'un  aux  dépens 
de  l'autre.  Si  cette  clause  devait  exercer  quelque  influence  sur  la 
destinée  des  deux  cousins,  tout  serait  pour  le  mieux  ;  mais  c'est  tout 
uniment  un  point  de  départ  qui  pourrait  s'expliquer  en  quelques  mots 
à  l'acte  suivant.  C'est  là  seulement  que  nous  rentrons  dans  le  livre 
et  que  l'action  s'engage.  Nous  la  rappellerons  d'une  façon  succinte. 

Madeleine,  l'actrice  à  la  mode  du  théâtre  Impérial  de  Vienne,  pour 
tromper  l'ennui  qui  la  consume,  veut  essayer  de  la  charité  chrétienne. 
Le  hasard  la  met  en  présence  de  Maurice  qui  est  amené  dans  le 
cloître  de  l'église  des  franciscains  par  une  cause  à  peu  prés  semblable, 
et  la  première  étincelle  de  l'amour  vrai  tombe  sur  ce  cœur  dévasté 
et  sceptique.  La  seconde  rencontre  de  ces  deux  êtres  si  disparates 
a  lieu  chez  un  vieil  alchimiste,  à  qui  Madeleine  vient  demander  par 
précaution  un  poison  subtil  qu'elle  met  en  réserve  pour  un  cas  de 
désespérance  sans  ressource.  Ces  préliminaires  posés,  nous  retrouvons 
Maurice  dans  la  loge  de  la  comédienne  qui  est  cachée  derrière  un  pa- 
ravent et  qui  écoute,  frémissante  et  pâle,  la  semonce  vigoureuse  que 
Maurice  fait  à  son  cousin,  le  comte  Jean,  pour  l'arracher  aux  perfides 
séductions  de  Madeleine.  Dès  ce  moment  l'actrice,  transfigurée  par  la 
honte  et  l'amour,  veut  expier  sa  vie  de  courtisane,  et,  reconnaissant 
qu'elle  est  indigne  de  l'attachement  d'un  honnête  homme,  elle  a  re- 
cours à  la  fiole  de  l'alchimiste.  Par  bonheur,  Maurice  a  prévu  cette 
résolution  extrême,  il  a  substitué  au  poison  une  liqueur  innocente,  et 
il  consacre  l'expiation  de  Madeleine  en  lui  donnant  son  nom  et  sa 
main. 

Les  lecteurb  fidèles  de  M.  Octave  Feuillet  découvriront  aisément 
les  différences  qui  existent  entre  les  deux  versions  de  son  œuvre 
sans  que  nous  ayons  besoin  de  les  leur  indiquer.  Notre  tâche  se 
bornera  à  faire  ressortir  le  grand  effet  de  la  scène  du  paravent,  où 
le  jeu  muet  de  Mlle  Fargueil  est  vraiment  admirable  et  place  bien  dé- 
cidément cette  actrice  hors  ligne.  Si  Rédemption  attire  autant  de 
spectateurs  qu'elle  a  eu  de  lecteurs,  Mlle  Fargueil  y  aura  contribué 
pour  sa  bonne  part. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

**,  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Mme  Tedesco  a  reparu  lundi 
dernier  dans  la  Favorite,  où  son  succès  ne  pouvait  être  douteux.  On  se 
souvenait  de  la  manière  dont  elle  chante  le  rô'e  de  Léonor,  et  on  l'y  a 
retrouvée  supérieure  encore  à  ce  qu'elle  était  il  y  a  quelques  années. 
Les  bravos  redoublés  l'ont  accueillie  dans   l'air  du  troisième  acte.    Le 


386 


UliVL'E  ET  GAZETTE  MUSICALE 


duo  final  a  été  bissé.  C'est  Michot    qui  remplissait  le  rôle  de  Fernand. 

t*t  Mercredi,  Mme  Vandenheuvel-Duprez  et  Mme  Ferraris  se  parta- 
geaient la  soirée  l'une  dans  Lucie  de  Lammermoor  et  l'autre  dans  les 
Elfes. 

„*„,  Décidément  le  ballet  de  M.  de  St-Ceorges  et  de  Mlle  Taglioni 
aura  pour  titre  Farfalla,  mot  italien,  qui  en  résume  parfaitement  le  su- 
jet, puisqu'il  s'agit  des  amours  d'un  papillon  dont  Mlle  Emma  Livry 
représentera  l'aérienne  légèreté. 

4*4  Une  indisposition  assez  sérieuse  de  SI.  Gueymard  a  interrompu  les 
représentations  du  Prophète.  —  Mercredi,  le  théâtre  impérial  de  l'Opéra 
donnera  la  Juive  pour  la  continuation  des  débuts  de  Mme  Vandenheuvel- 
Duprez  et  de  Mlle  Sax.  Kenard,  qui  est  en  ce  moment  libre  d'engage- 
ment, a  eu  l'obligeance  de  consentir  à  donner  quelques  représentations 
pour  ne  pas  entraver  la  marche  du  répertoire. 

„%  On  annonce  comme  très-prochaine  la  reprise  de  Guillaume  Tell  avec 
les  sœurs  Marchisio  dans  les  rôles  de  Mathilde  et  de  Jemmy. 

4*4  Le  théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  a  repris  la  Clef  des 
champs  et  les  Deux  gentilshommes.  Ambroise  a  paru  dans  ces  deux  ouvra- 
ges et  obtenu  beaucoup  de  succès.  Dans  les  Deux  gentilshommes  surtout 
il  a  déployé  un  entrain  et  une  verve  très-remarquable.  C'est  Mlle  Pan- 
netrat  qui  remplit  fort  bien  le  rôle  créé  par  Mme  Casimir:  Mlle  Tuai 
lui  tient  compagnie. 

,k*„  Le  Pardon  de  Ploermel  a  été  joué  lundi,  mercredi  et  vendredi: 
Mlles  Werthtimber  et  Monrose  y  sont  de  plus  en  plus  applaudies.  — 
Demain  lundi,  la  81e  représentation  du  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer. 

4*4  Un  nouvel  opéra-comique  en  un  acte  de  M.  Sauvage,  musique 
d' Ambroise  Thomas,  a  été  distribué  cette  semaine  aux  artistes.  Les  rôles 
seront  chantés  par  MM.  Mocker,  Prilleux,  Crosti  ;  Mines  Revilly,  Lemer- 
cier  et  Prost. 

4*4  Aujourd'hui  dimanche,  au  théâtre  Italien,  rentrée  de  Mario  et  de 
Ronconi  dans  il  Burbiere. 

„*„,  C'est  Mme  Alboni  qui  remplira  cette  année  le  rôle  de  Nancy, 
dans  Marta.  Les  autres  rôles  seront  tenus  par  Mario,  Mlle  Battu  et 
Graziani. 

„.*„.  Demain  lundi,  au  théâtre  Lyrique,  reprise  d'Orpfte'epour  la  rentrée 
de  Mme  Viardot  et  les  débuts  de  Mlle  Oprawil. 

„*,„  Au  même  théâtre  aura  lieu  mercredi  prochain  la  représentation 
de  retraite  au  bénéfice  de  M.  Emile  Taigny.  Parmi  les  célébrités  artis- 
tiques qui  prêteront  leur  concours  au  bénéficiaire,  on  cite  Mmes  Guey- 
mard-Lauters,  Ferraris,  Faure-Lefebvre,  Lemercier,  Pauline  Viardot; 
MM.  Levasseur,  Ponchard,  Berthelier,  Crosti,  etc. 

„*.,  Un  opéra,  qui  a  été  représenté  autrefois  avec  succès  à  Paris  et 
sur  les  principales  scènes  de  l'Allemagne,  le  Macbeth  du  maître  de  cha- 
pelle Chelard,  compositeur  français  et  correspondant  de  l'Institut,  vient 
d'être  repris  sur  le  théâtre  de  Weimar,  après  une  interruption  de  plus 
de  vingt  années.  L'ouvrage,  monté  avec  une  grande  intelligence  de  la 
scène  par  l'intendant  Dingelstedt,  a  été  accueilli  par  le  public  avec  une 
faveur  dont  M.  Chelard  a  plusieurs  fois  recueilli  les  témoignages. 

„.*„,  Faure  est  en  ce  moment  a  Berlin,  où  l'appelait  un  brillant  enga- 
gement. Il  débutera  incessamment  à  l'Opéra  royal,  dans  les  représenta- 
tions do  la  troupe  italienne. 

./„,  Mme  de  Méric-Lablache ,  que  nous  avons  entendue  a  Paris, 
vient  de  débuter  au  théâtre  de  l'Oriente,  a  Madrid,  avec  le  plus  grand 
succès. 

,**  Le  conseil  municipal  de  Paris  à  terminé  vendredi  l'affaire  de  la 
nouvelle  salle  de  l'Opéra.  —  Un  journal  annonce  qu'il,  a  été  décidé 
qu'on  passerait  outre  â  la  construction,  malgré  les  réclamations  de 
quelques  propriétaires  intéressés  dans  la  question. 

„,*,,,  Le  succès  de  Mme  Barbot,  à  Bologne,  a  été  tel  que  la  cantatrice 
a  été  immédiatement  engagée  au  théâtre  royal  de  Turin.  Les  débuts  de 
Mme  Barbot  dans  le  Prophète  sont  impatiemment  attendus. 

4*4  Périé,  qui,  en  sortant  du  Conservatoire,  avait  été  engagea  l'Opéra, 
chante  en  ce  moment  avec  le  plus  grand  succès  au  théâtre  d'Alger. 
Baynal,  du  théâtre  Lyrique,  fait  aussi  partie  de  la  troupe  et  y  réussit 
également. 

»*»  Henri  Litolff  est  de  retour  à  Paris  où  il  compte  (se  fixer  défini- 
tivement. 

4*,,,  Aujourd'hui  dimanche,  à  St-Eustache,  exécution  d'une  messe  à 
grand  orchestre  composéo  par  M.  Castegnier.  Les  chœurs  seront  conduits 
par  M.  Delal'ontaine. 

4*4  Eugène  Ketterer  s'est  décidé  à  faire  paraître  sa  Marche  orientale, 
qu'on  a  tant  applaudie  dans  son  concert  de  la  dernière  saison.  Un  char- 
mant morceau  de  piano,  andanle  et  polonaise  de  concert,  du  même  com- 
positeur est  également  sous  presse, 

**»  Nous  avons  annoncé  déjà  la  réouverture  du  cours  de  chant  de 
Mme  LiaMulder.  Aujourd'hui  encore  nous  appellerons  l'attention  de  nos 
lecteurs  sur  l'excellence  des  leçons  que  donne  l'habile  professora,  con- 
tinuatrice de  l'école  de  chant  la  plus  féconde  en  élèves  distinguées. 


4*4  Le  Pardon  de  Ploermel  a  inspiré  à  M.  Charles  Neustedt  une  trans- 
cription variée  pour  le  piano  dont  la  vogue  paraît  certaine. 

4*4  Mme  Fumagalli,  l'élève  et  la  veuve  du  célèbre  pianiste  de  ce  nom, 
a  repris  ses  leçons  en  ville  et  chez  elle.  Nous  recommandons  cette  in- 
téressante artiste  aux  mères  de  famille. 

4*4.  M.  Charles  Jeltsch  vient  de  publier,  sous  le  titre  du  Bouquet  de  la 
fiancée,  une  charmante  transcription  pour  le  piano  d'un  chant  namurois 
très-original.  La  délicieuse  coupe  de  ce  petit  morceau  de  salon  en  fera 
bien  certainement  l'un  des  plus  brillants  succès  de  la  saison  musicale. 

4*4  La  Société  chorale  la  Teulonia  célébrera  le  10  novembre  l'anniver- 
saire de  la  naissance  de  Schiller.  On  y  entendra  entre  autres  la  magnifi- 
que cantate  composée  par  Meyerbeer  à  l'occasion  de  la  solennité  de 
l'année  dernière. 

4*4  Mme  Szarvadi  (VVilhelmine  Clauss),  la  charmante  et  célèbre  pia- 
niste, est  engagée  pour  Cologne  où  elle  doit  jouer  dans  les  séances  de  la 
Société  des  concerts.  Après  une  absence  de  six  années,  il  est  facile  de 
prévoir  de  quelle  façon  brillante  Mme  Szarvadi  sera  reçue  dans  sa  patrie. 

4*4  Les  deux  transcriptions  nouvelles  de  René  Favarger  sur  les  Hugue- 
nots, de  G.  Meyerbeer,  et  sur  Maria,  de  F.  Flotovv,  paraîtront  dans  le 
courant  de  la  semaine  prochaine. 

„%  La  maîtrise  de  Saint-Roch,  sous  la  direction  de  M.  Vervoitte,  a 
exécuté,  le  jour  de  la  Toussaint,  avec  un  ensemble  digne  d'éloges,  la 
messe  impériale,  d'Haydn.  Les  soli  ont  été  dits  par  le  ténor  Hayet,  ac- 
tuellement attaché  à  cette  maîtrise,  et  par  Cazot,  baryton.  L'orchestre, 
conduit  par  Tilmant,  s'est  élevé  à  la  hauteur  de  la  mission  qui  lui  était 
confiée. 

„.*»  Si  tu  Pavais  voulu,  tel  est  le  titre  d'une  nouvelle  mélodie  de 
M.  Audran,  parfaitement  réussie  et  en  tout  point  digne  des  charmantes 
paroles  de  M.  Adolphe  Catelin. 

t%  M.  Stiel,  organiste  à  Saint-Pétersbourg,  a  obtenu  le  prix  mis  au 
concours  par  la  Tonhalle,  de  Manheim,  pour  la  meilleure  sonate  pour 
piano  et  violoncelle  :  les  juges  du  concours  étaient  Lachner,  Messer  et 
Moschelès. 

„%  Nous  annonçons  le  retour  de  W.  K.riiger,  le  pianiste-compositeur. 
Entre  autres  succès  obtenus  pendant  son  voyage,  il  faut  citer  la  marque 
de  distinction  toute  particulière  dont  il  a  été  l'objet  pendant  son  séjour 
au  château  de  Beauchamp,  en  Belgique,  chez  M.  le  prince  de  Chimay. 
La  musique  d'harmonie  de  Chimay,  sous  la  direction  de  son  habile  chef, 
M.  Fauconnier,  instruit  de  son  arrivée,  donna  en  son  honneur  une  séré- 
nade aux  (lambeaux.  M.  Fauconnier  avait  instrumenté,  pour  cette  occa- 
sion, la  Marche  nocturne,  une  des  dernières  œuvres  de  M.  Kriiger. 

4*4  F.  Bonoldi,  indépendamment  de  ses  leçons  de  chaut,  a  repris  ses 
intéressantes  séances  de  musique  vocale  d'ensemble.  Elles  ont  lieu  chez 
lui  tous  les  vendredis,  de  3  à  6  heures. 

4*4  Le  succès  prédit  au  Répertoire  des  orphéons  se  réalise  pleinement. 
Presque  toutes  les  Sociétés  chorales  adoptent  cet  utile  et  intéressant  re- 
cueil de  chœurs  d'opéras  arrangés  à  quatre  voix  d'homme. 

4*4  VAlmanach  illustré  des  deux  mondes, que  nous  offre  M.  Oscar  Comet- 
tant,  et  VAlmanach  musical  dont  il  est  aussi  l'auteur,  en  société  avec 
M.  Moléri,  sont  déjà  parvenus  l'un  à  sa  troisième,  l'autre  à  sa  huitième 
année.  Nous  ne  saurions  trop  recommander  ces  deux  élégantes  et  utiles 
publications,  qui  fournissent  a  un  prix  si  minime  tant  de  renseignements 
précieux,  tant  dénotions  indispensables.  Les  gens  du  monde,  les  artis- 
tes, les  consulteront  avecautantdeprofitque  déplaisir;  les  enfants  même 
y  prendront  leurs  premières  leçons  d'etnographie  et  de  slatistique,  dans 
une  série  à' Illustrations  qui  s'adressent  également  i  tous  les  âges. 

4*4  On  annonce  que  le  célèbre  pianiste  Léopold  de  Meyer  a  été  frappé 
d'une  attaque  de  paralysie.  11  est  douteux,  ajoute-t-on,  que  cet  artiste 
puisse  reparaître  dans  les  concerts. 

4*.f  Une  cantatrice,  qui  fut  pendant  quelque  temps  attachée  à  notre 
grand  opéra,  et  obtint  de  brillants  succès  tant  en  province  qu'à  l'étran- 
ger, M""'  Kaby,   vient  de  mourir  à  Paris,  à  l'âge  de  trente-sept  ans. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


4%  Lyon.  —  Mme  lîey  Balla,  qui  devait  faire  sa  rentrée  dans  les  ffu- 
guenots,  a  été  obligée,  par  suite  d'une  indisposition  de  M.  Ismaël,  de 
choisir  Robert  le  Diable.  Les  acclamations  et  les  rappels  se  sont  renou- 
velés plusieurs  fois  dans  la  soirée.  On  répète  activement  le  Pardon  de 
Ploermel. 

4*t.  Sainl-Étienne.  —  L'événement  le  plus  important  de  la  saison  mu- 
sicale a  été  la  visite  de  Mme  Marie  Cabel  au  théâtre  de  notre  ville.  La 
charmante  cantatrice  a  prodigué  tous  les  trésors  de  son  brillant  réper- 
toire :  la  Part  du  Diable  et  le  grand  air  du  Pardon  de  Ploermel,  lui  ont 
valu  un  accueil  exceptionnel.  Bravos,  rappels,  fleurs  et  couronues,  rien 


DE  PARIS. 


387 


n'a  manqué  au  triomphe  de   Mme  Cabel;  l'enthousiasme  a  été  général. 
—  On  a  repris  il  y  a  quelques  jours  les  Dragons  de  Villars. 

,„%  Angers,  28  octobre.  —  Mlle  Louise  Reine,  qui  avait  débuté  avec 
succès  dans  l'emploi  des  Dugazon,  n'a  pourtant  pas  été  reçue.  Le  public 
l'avait  on  ne  peut  mieux  accueillie,  mais  elle  a  échoué  devant  le  scru- 
tin. C'est  une  bizarrerie  qui  ne  fait  aucun  tort  au  talent  de  l'artiste;  le 
scrutin  seul  en  souffrira. 

»%  Strasbourg.  —  Mlle  Marie  Trautmann  vient  de  donner  un  concert 
à  grand  orchestre  avec  un  très-grand  succès.  Le  Courrier  du  Bas-Rhin 
signale  les  progrès  réalisés  par  elle,  depuis  qu'elle  s'était  fait  entendre 
en  Alsace  pour  !a  dernière  fois. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


»*,  Bruxelles.  —  La  reprise  de  VÉtoile  du  Nord  a  été  pour  notre  ville 
une  véritable  solennité.  La  salle  était  comble,  le  succès  a  été  grand  et 
il  n'est  pas  douteux  qu'il  n'augmente  encore  aux  représentations  qui 
vont  suivre.  —  Mme  Boulard  a  fait  du  rôle  de  Catherine  une  création 
ravissante  :  ses  vocalises  lui  ont  valu  de  nombreux  applaudissements; 
M.  Jourdan  a  chanté  et  joué  le  rôle  de  Danilowitz  avec  une  grande  dis- 
tinction et  une  merveilleuse  entente  des  nuances  diverses  de  ce  rôle 
auquel  il  a  ajouté  les  deux  airs  composés  par  Meyerbeer,  pour  les  repré- 
sentations de  VEtoile  du  Nord  à  Dresde,  et  qui  lui  ont  valu  à  chaque 
exécution  les  honneurs  d'un  bis  et  d'un  rappel  unanime.  —  M.  Eattaille 
a  été  admirable  dans  le  rôle  de  Peters ,  et  Prascovia  a  trouvé  dans  Mlle 
Dupuy  une  interprète  gracieuse  et  spirituelle.  —  Avec  Tayau,  le  trans- 
fuge du  théâtre  des  Bouffes-Parisiens ,  l'opérette  a  conquis  définitive- 
ment son  droit  de  cité  au  théâtre  du  Parc.  Tromb-al-ca-zar,  Vent  du  soir 
et  les  deux   Aveugles  obtiennent  de  véritables  succès  de  fou  rire. 

„%  Londres.  —  Au  théâtre  de  Sa  Majesté,  l'opéra  anglais  attire  tou- 
jours la  foule  avec  le  Robin-Hood  de  Macfarren.  L'opéra  italien  du 
même  théâtre  adonné  Lucrezia  Borgia  avec  Mme  Titjens  et  Giuglini,  et 
une  Irès-belle  représentation  des  Huguenots.  —  A  Covent-Garden  ,  miss 
Pyne  a  chanté  de  la  façon  la  plus  remarquable  le  principal  rôle  des 
Diamants  de  la  couronne.  La  célèbre  partition  d'Auber  alterne  mainte- 
nant avec  Dinorah,  de  G.  Meyerbeer,  qui  continue  cet  hiver  ses  succès 
de  la  saison  dernière.  —  La  souscription  en  faveur  de  la  veuve  de  Jullien 
est  close,  et  a  rapporté  756  liv.  st.  —  Clara  Kovello  annonce  définitive- 
ment son  concert  d'adieux  à  Saint-.Iames-HalI  ;  outre  la  célèbre  canta- 
trice, on  y  entendra  la  cantate  deBenedict  :  Ondine,  qui  a  obtenu  un  si 
immense  succès  au  festival  de  Norwich. 

t*t  Berlin,  26  octobre,  —  Nous  sommes  en  pleine  saison  d'hiver,  et 
la  musique,  cet  art  de  prédilection  de  l'Allemagne,  ne  règne  pas  seule- 
ment dans  la  salle  de  l'Opéra  national,  mais  encore  sur  deux  scènes 
italiennes.  En  outre,  les  affiches  nous  annoncent  déjà  les  soirées  sym- 
phoniques  et  les  concerts  du  Domchor.  Nos  dilettanti  classiques  et  nos 
musiciens  patriotes  commencent  à  prendre  ombrage  de  cette  concur- 
rence étrangère.  Le  public,  un  peu  cosmopolite,  applaudit  avec  trans- 
porte l'y] rmide,  de  Gluck,  interprétée  d'une  façon  incomparable  par  Mme 
Kœster.  Demain,  il  Barbiere,  Yltaliana  in  Algieri,  Semiramide,  seront  cha- 
leureusement applaudis.  C'est  surtout  Mlle  Trebelli  qui  obtient  et  mérite 
les'  ovations  de  nos  dilettanti  et  de  nos  critiques.  Une  méthode  excellente 
—  Mlle  Trebelli  est  élève  de  M.  Wartel,  —  une  voix  fraîche  et  sympa- 
thique, une  intonation  d'une  justesse  rare,  une  vocalisation  parfaite, 
telles  sont  les  qualités  qui  placent  dès  aujourd'hui  cette  jeune  cantatrice 
au  premier  rang.  A  côté  d'elle,  sur  la  scène  du  théâtre  Victoria,  Mlle  Ar- 
tot  continue  les  succès  de  la  saison  dernière,  et  Mme  de  Vries  se  fait 
aussi  applaudir.  —  Le  même  théâtre  vient  d'engager  Mme  Lagrange 
pour  un  mois.  —  Le  traité  avec  Merelli  vient  d'être  prolongé.  Les  repré- 
sentations de  sa  troupe  continueront  jusqu'au  mois  de  janvier. 

„%  Stuttgart.  —  M.  W.  Kriiger,  pianiste  du  roi,  a  donné  ici,  le  20  oc- 
tobre, un  des  concerts  les  plus  brillants.  11  nous  a  fait  entendre  pour  la 
première  fois  une  sonate  inédite  qui  a  produit  le  plus  grand  effet,  ainsi 
qu'un  trio  de  sa  composition,  pour  piano,  harpe  et  flûte,  sur  l'hymne 
russe,  exécuté  avec  ses  deux  frères,  de  manière  à  mériter  une  ovation. 
La  partie  vocale  avait  pour  représentants  Mme  Marlovv,  MM.  Scntheim 
et  Pischecli,  premiers  sujets  du  Théâtre-Royal.  Une  nouvelle  mélodie 
de  Kiicken,  admirablement  chantée  par  Mme  Marlow,  a  obtenu  éga- 
lement un  grand  succès. 

„%,  Brème.  —  On  n'a  que  peu  d'exemples  dans  nos  annales  théâtrales 
qu'un  ouvrage  ait  obtenu  autant  de  succès  à  sa  première  représentation 
que  le  Pardon  de  Ploërmel.  Tous  les  morceaux  ont  été  applaudis,  plu- 
sieurs ont  dû  être  répétés,  et  après  chaque  acte,  les  artistes  chargés 
d'interpréter  le  chef-d'œuvre  ont  dû  reparaître  devant  le  public. 

„%  Leipzig.  —  Il  s'est  formé  ici  un  comité  de  secours  en  faveur  de  la 
famille  de   Cari  Zoellner,  récemment  décédé.  Les  soirées  pour  musique 


de  chambre  reprendront  cette  année  sous  la  direction  de  David. 
M.  Schachner,  compositeur  allemand  établi  à  Londres,  se  trouve  en  notre 
ville ,  où  il  espère  faire  exécuter  son  oratorio,  le  Belour  d'Israël,  ce 
qui  paraît  offrir  quelque  difficulté.  A  Leipzig,  on  n'a  l'habitude  de  jouer 
qu'un  oratorio  tous  les  ans,  la  Passion  de  Bach. 

a**  Linz. —  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  représenté  pour  la  pre- 
mière fois  devant  un  nombreux  public,  qui  n'a  pas  cessé  d'applaudir  la 
dernière  œuvre  de  Meyerbeer.  L'exécution  a  été  en  tous  points  remar- 
quable. Les  honneurs  de  la  soirée  ont  été  pour  Mlle  Borzaga,  qui  a 
chanté  le  rôle  de  Dinorah. 

*%.  Slettin.  —  Notre  saison  théâtrale  a  été  inaugurée  par  les  Hugue- 
nots, dans  lesquels  Mlle  Millier,  élève  de  Duprez,  s'est  fait  constamment 
applaudir  dans  le  rôle  de  Valentine.  La  jeune  cantatrice  n'a  pas  eu  moins 
de  succès  dans  le  Freischiitz  et  dans  Don  Juan.  On  annonce  la  prochaine 
représentation  du  Pardon  de  Ploërmel. 

*%  Prague.  —  Le  Prophète  vient  d'être  repris  avec  un  très-grand  suc- 
cès. M.  Bachmann,  dans  le  rôle  de  Jean,  ainsi  que  Mlles  Lucca  et  Mick, 
dans  ceux  de  Fidès  et  de  Berthe,  ont  eu  tous  les  suffrages  du  public.  — 
Dans  le  courant  de  l'hiver,  on  donnera  des  opéras  en  langue  bohème. 

.j.%.  Hambourg.  —  Roger  a  passé  près  d'un  mois  parmi  nous;  pendant 
ce  temps  il  a  donné  douze  représentations,  qui  toutes  ont  valu  au  célèbre 
ténor  parisien,  de  la  part  du  public,  des  marques  delà  sympathie  la  plus 
vive.  Roger  nous  fera  ses  adieux  par  Fra  Diavolo. 

*%  Dresde.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  vient  d'être  représenté  aux 
applaudissements  unanimes  du  public.  Mlle  Krall  est  une  excellente 
Dinorah. 

„.*£  Vienne.  —  Au  Carllheater,  la  nouvelle  prima  donna,  Mlle  Stadt,  fera 
ses  débuts  dans  la  Chanteuse  voilée,  charmante  opérette  de  Victor  Massé. 
Médée,  opéra  de  Cherubini,  qui  avait  disparu  du  répertoire,  vient  d'être 
mis  à  l'étude. 

„,**  Florence.  —  Mlle  Élisa  Masson  a  chanté  le  rôle  de  Fidès  du  Prophète, 
le  17  et  le  18  octobre.  Le  succès  de  la  prima  donna  n'a  pas  été  moins 
grand  comme  tragédienne  que  comme  cantatrice.  Elle  a  été  rappelée 
cinq  fois,  au  milieu  d'applaudissements  frénétiques.  La  bénédiction  du 
second  acte,  la  complainte  de  la  mendiante  et  tout  le  cinquième  acte 
ont  produit  un  effet  immense.  Mme  Masson  a  été  très-bien  secondée,  du 
reste,  par  M.  Sarti,  qui  a  chanté  le  rôle  de  Jean  de  Leyde  avec  autant  de 
sentiment  que  d'intelligence,  et  par  Mme  Schubert,  jeune  et  gentille 
personne  qui  débutait  dans  le  rôle  deBertha. 

»%  Bologne.  —  Mme  Borghi-Mamo  a  obtenu  un  véritable  triomphe 
au  théâtre  communal,  dans  la  Favorite.  Il  y  a  eu  applaudissements  fré- 
nétiques et  rappels  fréquents  que  la  célèbre  cantatrice  a  partagés  avec 
le  ténor  Graziani  et  le  baryton  Butti.  A  l'une  des  dernières  représenta- 
tions, le  public  a  redemandé  à  grands  cris  le  duo  final  et  lui  a  prodigué 
les  marques  d'admiration  et  de  sympathie.—  Les  études  du  Profeta  sont 
poussées  avec  la  plus  grande  activité. 

s.*.i  Naples.  —  La  musique  de  la  cantate  que  l'on  prépare  pour  célé- 
brer l'arrivée  de  Victor-Emmanuel  est  due  au  maestro  Achille  Pistilli,  et 
sera  exécutée  au  théâtre  San  Carlo  par  l'élite  des  dilettanti  napolitains. 
Le  nouveau  ballet,  Un  épisodio  délia  guerra  d'Italia  del  \ 859,  a  obtenu  un 
succès  immense  ;  la  musique,  dont  on  dit  le  plus  grand  bien,  est  du  maes- 
tro Giaquinto. 

„*i  Madrid.  —  Morini,  le  jeune  ténor,  qui,  l'année  dernière,  chantait 
au  théâtre  Italien  de  Paris,  se  distingue  maintenant  parmi  les  artistes  de 
l'Oriente.  Il  a  chanté  quatre  fois  de  suite  le  rôle  d'Elvino  dans  la  Son- 
nambula,  avec  un  succès  toujours  croissant.  Le  rôle  de  Pollione,  dans 
Norma,  que  l'on  va  donner  bientôt,  sera  rempli  par  lui.  —  Mme  Charton- 
Demeur  continue  d'obtenir  un  succès  unanime.  —  Nous  avons  eu  en 
dernier  lieu  une  très-belle  représentation  de  Lucrèce  Borrjia ,  avec 
Mme  Julienne  Dejean,  qui  y  a  fait  littéralement  fureur.  Le  25,  la  reine 
a  honoré  de  sa  présence  la  représentation  des  Vêpres  siciliennes.  Le  boléro 
chanté  par  Mme  J.  Dejean  a  été  bissé. 

***  Saint-Pétersbourg,  24  octobre.  —  Au  grand  théâtre  a  reparu  le 
Freischiitz,  avec  Tamberlick,  dans  le  rôle  de  Max,  Mlle  La  Grua  et  Ber- 
nardi  dans  ceux  d'Agathe  et  d'Annette.  Le  succès  de  Mlle  La  Grua  y  a  été 
surtout  très-grand  et  très-mérité.  — On  a  repris  les  Puritains  pour  le  pre- 
mier début  de  .Mme  Fioretti,  qui  a  remplacé  Mme  Charron,  laquelle  avait 
succédé  à  Mme  Bosio.  Mme  Fioretti  est  une  petite  femme  d'une  physio- 
nomie originale,  d'une  voix  singulièrement  agile.  Elle  chantait  l'an  der- 
nier a,  Madrid,  où  Mme  Charton  vient  de  réussir  avec  tant  d'éclat.  La 
débutante  a  plu  tout  de  suite.  Il  est  incontestable  qu'elle  sait  chanter  et 
qu'elle  peut  soutenir  avantageusement  le  parallèle  avec  une  foule  de 
virtuoses  que  le  succès  accompagne  :  celui  qu'elle  a  obtenu  est  des  plus 
brillants.  L'enthousiasme  général  ne  s'est  calmé  qu'après  la  chute  du 
rideau. 


S     DITOl'R. 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  G.  tlRANIlUS  et  S.  DUFOUR,  éditeurs,   103,  rue  Ricnelien,  au  1". 


ROON  DE  PLOERMEL 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  BARBIER  et  CARRÉ,  musique  de 


Grande  Partition.  —  Parties  d'orchestre.  —  Récitatifs. 


Avec  Paroles  françaises,  in-4u,  net:  30  fr.  — &a  inêsne,  in-8°,  net:  18  fr.  —  Avec  Paroles  italieaaues,  il 
Arrangée  pour  Fiauo  seul,  in-8°,  net:  10  fr.  —  Pour  Piano  à  quatre  mains,  in-4°,  net  :  25  fr. 

lies  Air®  détachés 

PAROLES  FRANÇAISES  ET  ITALIENNES,  AVEC  ACCOMPAGNEMENT  DE  PIANO,  PAR  CHARLOT. 


-S»,  net:  18  fr. 


ACTE  Ier. 

I/Ouvertnre,  arrangée  pour  le  piano  9    » 

4 .  Chœur  villageois:  Le jourradieux  6    » 

2.  Récitatif  et   uerceuse  :  Dors , 

petite,  dors  tranquille 7  5J 

2  bis.  Berceuse  seule î>     » 

2  ter.  La  même,  transposée  un  ton  au- 
dessous  5    >' 

2  qualer.  La  même  transposée  un   ton 

et  demi  au-dessous 5     » 

3.  t'cujitets  :  Dieu  nous  donne 4     » 

3  bis.  Les  mêmes,  ti  ansposés  p.  baryton  4     » 

4.  Duo  :  ùonne,  sonne 9     » 

ii.  Grand  air:  0  puissante  magiel..  7  50 

5  bis.  Le  même,  transposé  pour  ténor.  7  50 

S  1er.  I  e  même,  transposé  pour  basse..  7  50 

6.  Scène   et  conjuration  :   Si   tu 

crois  revoir  ton  père  expirant. ...  6     » 

7.  Bbio  houflTe:   Un  trésor,  un  trésor, 

bois  encor 7  50 

5.  TTcrKeitisio   «le  la  eJoeiselte  : 

Ce  tintement  que  Von  entend 9     » 


ACTE  IL 
9.  Choeur.    Le  retour  du    cabaret  : 

Qu'il  est  bon,  qu'il  est  bon 4     » 

10.  Récitatif    et    romance   :     Le 

vieux  sorcier 4     » 

10  bis.    Les   mêmes,    transposés    deux 

tons  au-dessous 4     » 

1 1 .  Grand  aïa"  :  Ombre  légère 7  50 

11  bis.  Le  même,  transposé  un  demi-ton 

au-dessous 7  50 

11  ter.  Le  même,  transposé   un  ton   et 

demi  au-dessous 7  50 

12.  Chanson:  Ah  !  que  f 'ai i  froid 5     » 

12  bis.  La  même,  transposée  p.  baryton.     5     » 

1 3.  Légende  :  Sombre  destinée 3     » 

14.  ISuo  :  Quand  l'heure  sonnera 9     » 

15.  Grand    trio  final:  Holàl  hold\ 

ma  belle . , 12     » 

15  A.  Chanson  extraite  du  grand  trio: 

De  l'oiseau  dans  le  bocage 3     » 

15  a  bis.  La  même,  transposée   un   ton 

et  demi  au-dessous 3    » 

15    B.    Chanson    extraite   du     grand 

trio  :  Gai  passereau,  voici  le  jour.  3  » 
15  b  bis.  La  même,  transposée  un  ton 

etdemi  au-des_ous 3    » 


16. 


ACTE  III. 
Chant  du    chasseur  :   Le  jour 


4  50 
4  50 


est  levé,  la  pluie  a  lavé 

16  bis.  Le  même,  transposé  pour  ténor. 

17.  Chant  du  faucheur:  Les  blés 

sont  bons  à  faucher 

17  bis.  Le  même,  transposé  p.  baryton. 

1 8.  Vïllanelle  des  deux  pâtres  :  Sous 

les  genévriers 4     i 

19.  Quator    et    Paler     nosler  : 

Bonjour,  faucheur 6 

19  bis.  Pater  noster  :  Mon  Dieu,  no- 

tre père 4 

20.  Romance:   Ah\    mon  remords  te 

venge 4 

20  bis.  La  même,  transposée  p.  ténor. .     4 
20  ter.  La  même,  transposée  p.  basse. .     4 

21.  Grand  duo  :  Un  songe,   6  Dieu'.     9 

22.  Chœur  du  pardon  :  Sainte  Marie  !     5 

SCÈNE  ET  CANZONETTA 

Ajoutées  pour  les  représentations  à  Londres 
Prix  :  7  fr.  50. 


Arrangements^  Fantaisies,   Transcriptions 


POUR  LE  PIANO 

I/Ouverture  , 

ASCHER.  —  Illustration 

BERNARD  (PAUL).  —  Reviens  à  loi,   transcription 

BEYER.  —  îïoaujuet  «Be  «néBotiies 

kl.       Op.  36.  l'etâte  fantaisie 

BURGMULLER.  —  GraaasSe  valse  de  galon 

COMETTANT.  —  Transcription-fantaisie 

CRÀIER  (J.).  ~  fantaisie-valse  sur  l'air  de  \' Ombre. . . . 

CRAMER  (H.).  —  Fleurs  d'onéra,  mélange 

CROISEZ.  —  Morceau  «Se  salon 

DOLMETSCH.  —  Transcription  brillante  de  la  Berceuse 

GORIA.  —  Op.  95.  Fantaisie  dramatique 

HESS  (C).  —  Kèverie 

KALKRENNER  (A.).  —  Mosaïque  hrillante 

KETTERER    —  Op.  88.  Fantaisie-transcription 

KRUGER  —  TransscrBSîtSoBft  brillante  de  la  Berceuse 

MNC  'ALOYS).  —  Fantaisie 

LECARPENTIER.  —  »<"«ï  nassatelles,  chaque 

LEDUC.  •—  Fantaisie  élégante  et  facile 

ROSELLEN.  —  Op.  167.  Fantaisie  brillante 

TALEXY.  —  HPolfea-iBiaKUPaitt  de  salon 

VINCENT.  —  Transcriptions 

A  QUATRE  MAINS 

li'«uverturc 

BEYER.  —  Op.  112.  Petite  fantaisie 

BURGMULLER.  —  Grande  valse  de  aaloaa 

CROISEZ.  —  Souvenirs,  duo  facile 

WOLTF.  —  B*éBB»i»Biscenccs,  grand  duo  dramatique 


9     » 
9     » 

6  » 

7  50 


;.ii 


7  50 

6  » 

7  50 

12  » 
7  50 
9  » 
7  50 

10     " 


POUR    DIVERS    INSTRUMENTS 

L'Ouverture  en  grande  partition 

ld.       en  parlies  séparées 

HERMAN.  — ■  Morceau  de  salwBB  p.  violon  avec  ace.  de  piano 
KETTERER  ET  BERMAN.  —  Graaad  duo  pour  piano  et  violon 
GUICHaRD.  —  FttBBtaisie  pour  violon,  flûte  ou  cornet  seul.. 

Id.       Les  mêmes,  avec  ace.  de  piano,  chaque 

tjjj; — Moa'ceaiB  de  saloaa  p.  violoncelle  avec  ace.  de  piano 

SELIGMANN.  —  Souvenir  pour  violoncelle  et  piano 

CONINX.  —  Fantaisie  pour  flûte  avec  ace.  de  piano 

TULOU." —  Grande  fl'uaataisie   pour   flûte  et  piano 

BRISSON.  —  MédBtatioaa  sur  le  Chœur  religieux,  pour  har- 
monium, piano  et  violon  ou  violoncelle 

Id.       Objo  lia-illHBBt  pour  harmonium  et  piano 

ENGEL.  —  Fantaisie  élésaBite  pour  harmonium  seul. . . . 

Id.  £y;oiotaisâe  BjB'cSSacati'  pour  harmonium  et  piano 
JANCOURT.  —  Mosaïque  pour  harmonie  militaire 

ld.       Fantaisie  et  redowa  pour  harmonie  militaire. 

iVOuvca-tuB-e  arrangée  pour  2  violons  et  2  cornets 

tes  Airs  arrangés  pour  violon  seul  et  pour  2  violons 

Id.       arrangés  pour  cornet  seul  et,  pour  2  cornets 

ld.       arrangés  pour  flûte  seule  et  pour  2  flûtes 

MUSIQUE  DE  DANSE 

Quadrilles,  par  ARBAN,  pour  piano  et  à  quatre  mains 

Quadrilles,  par  MARX ld. ..  av.  orchestre. 

«aises,  par  STRAUSS Id. . .  av.  orchestre. 

Taises,  par  ETTLING 

FulUa,  par  BOUSQUET 

KrcSona,  par  MUSARD 

Schottisch,  par  DESGRANGES 

1'olh.a-Maziai-u.n,  par  TALEXY 


24     » 

24     » 

9     » 

10     » 

6  » 

7  50 
7  50 
7  50 
7  50 
9     » 


4  50 


50 


MAGNUS.  Faiataisic-caprice.     9 


NOUVELLES  PULICATIONS  : 
A.  JAELL.  Ombre  légère,  caprice-valse.   7  50  |  NEUSTEDT.  Transcriptions  variées.   6  » 


l'Aiiis.—  m 


IILIUL  CENTRALE   UL  NAPOLÉON  fcn.UX   LT  C,  RCIL  UE1K.ÊHE,  20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


I\°  46. 


ON  S'ABONNE  1 

Dans  les  Départements  et  a  l'Étranger,  chez  tou3 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  am 
Sureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


11  Novembre  1860. 


PRIS  DE  L'ABONNEMENT: 

par;s 24  fr.  par  an 

Départements,  Iklgique  cl  Suisse....     'âti  <>        id. 

Étranger M  "       '*■ 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICAL 


./\/\nrj\f\AA/\/V\A- 


Nos  abonnés  reçoivent,   avec  le   numéro  de  ce  jour, 
I/ABEIIXE,  nouvelle  mélodie,  paroles  de  II.  Victor  de 

Lifeide,  mnsiqae  de  IiÉo  Hauiit. 


SOMMAIRE.  —  Paris  en  1860;  les  théâtres  de  Paris  depuis  1806  jusqu'en  1860, 
de  M.  L.  Véron,  par  Paul  Smith.  —  Fête  patronale  de  Saint-Eustache  : 
messe  en  musique  de  M.  Castégnicr,  par  Arthur  Pougin.  —  Biographie 
universelle  des  musiciens  (Beaulieu,  Marie -Désiré-Martin),  par  Fétis  père.  — 
Revue  des  théâtres,  par  O.  A.  O.  Sain  t-Yncs . —  Nouvelles  et  annonces. 


PARIS  EN  1860. 

LES  THÉÂTRES  DE  PARIS  DEPUIS  1806  JUSQU'EN   I8GO, 
Par  M.  Ii.  ïïkos, 

Député  et  membre  du  conseil  général  de  la  Seine. 

C'est  tout  simplement  un  sixième  volume  ajouté  aux  Mémoires  d'un 
bourgeois  de  Paris,  lesquels  n'en  avaient  que  cinq.  Dans  la  première 
partie,  dont  par  goût  et  par  élat  nous  nous  occuperons  moins  que  de 
la  seconde,  l'auteur  paraphrase,  en  les  appliquant  à  notre  époque, 
ces  vers  du  Menteur,  où  le  grand  Corneille  fait  dire  à  son  Géronte 
et  à  son  Dorante,  en  l'honneur  du  cardinal  de  Richelieu  : 

—  Que  l'ordre  est  rare  et  beau  de  ces  grands  bâtiments  I 

—  Paris  semble  à  mes  yeux  un  pays  de  romans. 

Quelque  Amphion  nouveau,  sans  l'aide  des  maçons, 
En  superbes  palais  a  changé  ces  buissons. 

—  Paris  voit  tous  les  jours  de  ces  métamorphoses. 
Dans  tout  le  Pré-aux-Clercs  tu  verras  mêmes  choses, 
Et  l'univers  entier  ne  peut  rien  voir  d'égal 

Aux  superbes  dehors  du  palais  Cardinal. 
Toute  une  ville  entière  avec  pompe  bâtie 
Semble  d'un  vieux  fossé  par  miracle  sortie, 
Et  nous  fait  présumer  à  ses  superbes  toits 
Que  tous  ses  habitants  sont  des  dieux  ou  d£s  rois. 

Au  palais  Cardinal  substituez  le  Louvre,  le  Palais  de  justice,  les 
halles,  les  casernes,  les  églises  nouvelles,  et  une  foule  d'établissements 
auxquels  le  fondateur  de  l'Académie  française  était  loin  de  penser,  et 
vous  n'aurez  presque  rien  à  changer  au  ton  de  l'admiration,  au  style 


de  l'éloge.  M.  Véron  sait  sur  le  bout  du  doigt  son  Paris  de  1860  :  i) 
vous  dira  au  juste  combien  il  y  a  de  maisons,  combien  de  logements, 
combien  il  y  circule  de  voitures  ;  il  vous  décrira  dans  leurs  moindres 
détails  l'asile  impérial  de  Vincennes,  la  maison  Eugène-Napoléon.  Et 
puis,  cette  tâche  accomplie  avec  toute  la  sagacité  nécessaire  pour  ap- 
précier, comparer  et  juger,  M.  Véron  tourne  bride  et  en  revient  aux 
théâtres  de  Paris,  auxquels  il  donne  le  dernier  mol  de  son  livre, 
comme  à  l'objet  d'une  prédilection  trop  bien  justifiée,  et  que  nous 
partageons  trop  avec  lui  pour  qu'elle  ne  nous  semble  pas  parfaitement 
naturelle  :  k  J'ai  fait  des  projets  toute  ma  vie,  dit  M.  Véron,  et  c'est 
»  peut-être  à  ce  point  de  vue  qu'elle  offre  une  certaine  unité  :  j'ai 
»  fait  le  projet  de  devenir  médecin  ;  j'ai  fait  le  projet  de  fonder  une 
»  revue  littéraire  ;  j'ai  fait  le  projet  de  diriger  l'Opéra  :  j'ai  fait  le 
»  projet  de  ressusciter  le  Constitutionnel  ;  j'ai  fait  le  projet  d'écrire 
ii  sur  la  politique  ;  j'ai  fait  le  projet  de  publier  six  à  sept  volumes  ; 
»  je  ne  sais  plus  trop  combien  !  et  le  public  le  sait  encore  moins  que 

»  moi Enfin,  j'ai  fait,  en  vieillissant,  le  projet  de  n'en  plus  faire, 

»  de  projets,  et  me  voilà  cependant  rédigeant  pour  les  théâtres  un 
»  projet  que  je  crois  nécessaire,  utile,  juste  et  rationnel.  »  S'il  fallait 
conclure  du  passé  à  l'avenir,  ce  dernier  projet  ne  pourrait  manquer 
de  s'accomplir,  ainsi  que  tous  ceux  dont  l'énumération  précède  et  dont 
pas  un,  comme  on  sait,  ne  s'est  évanoui  en  fumée.  Sachons  donc  en 
quoi  il  consiste,  et  préparons-nous  à  le  voir  se  réaliser. 

Nous  avons  quatre  théâtres  lyriques  (c'est  exclusivement  à  ceux-là 
que  s'adresse  le  projet)  et  il  ne  faut  pas  avoir  bien  profondément 
étudié  leur  histoire  pour  savoir  qu'ils  ne  sont  pas  à  l'abri  des  vicissi- 
tudes humaines.  Notre  grand  Opéra  seul  a  touché  le  port,  en  passant 
sous  la  tutelle  impériale  ;  mais  l'Opéra-Comique,  le  théâtre  Italien,  le 
théâtre  Lyrique,  continuent  d'être  battus  par  les  Ilots,  tantôt  bien, 
tantôt  mal  dirigés,  livrés  au  caprice  des  vents  favorables  ou  contraires. 
Les  deux  premiers  sont  situés  dans  un  excellent  quartier  et  jouissent 
de  subventions  plus  ou  moins  fortes  qui  leur  permettent  de  bien 
marcher,  quand  le  temps  n'est  pas  trop  mauvais  ou  le  pilote  trop 
inhabile.  Le  troisième  ne  reçoit  pas  une  obole,  et,  de  plus,  il  est  re- 
légué sous  une  zone  détestable.  Pourquoi  la-t-on  mis  là?  Ce  n'est 
certes  pas  la  faute  de  ceux  qui  s'y  connaissent  un  peu  et  qui  répondraient 
aux  partisans  passionnés  du  boulevard  du  Temple  pour  la  culture 
musicale  :  «  Si  l'on  vous  donnait  un  privilège  de  mélodrame,  choisi- 
»  riez-vous  pour  l'emplacement  de  votre  théâtre  le  boulevard  Ita- 
»  lieu  ?  »  Enfin  le  théâtre  Lyrique  existe  :  il  est  mal  situé,  n'importe  ; 
il  le  sera  peut-être  plus  mal  encore,  quand  il  habitera  dans  le  voisi- 
nage de  l'ancien  Chàtelet  :  raison  de  plus  pour  le  soutenir  et  pour 
sauver  tout  un  peuple  d'artistes,  musiciens,  compositeurs,  chanteurs, 


390 


KEVUK  KT  GAZETTE  MUSICAL- 


choristes,  ins.triimentisl.es,  dont  l'existence  est  désormais  étroitement 
unie  à  la  sienne. 

Eh  bien,  ce  moyen  de  salut,  indispensable  au  théâtre  Lyrique,  et 
dont  l'Opéra-Comique,  le  théâtre  Italien,  ne  se  trouveraient  pas  mal 
non  plus ,  selon  M.  Véron,  c'est  une  association,  une  alliance,  avec 
garantie  du  gouvernement.  On  pourrait  trouver  plus  simple  de  de- 
mander une  subvention  pour  le  seul  théâtre  musical  qui  n'en  ait  pas 
encore  ;  mais  en  la  demandant  on  ne  serait  nullement  sûr  de  l'obte- 
nir ;  M.  Véron  en  sait  quelque  chose,  et  il  pense  qu'au  contraire,  avec 
la  combinaison  qu'il  propose,  la  subvention  ne  saurait  plus  être  refusée. 
Donc,  les  quatre  théâtres  lyriques,  ayant  chacun  un  directeur  spécial, 
vivraient  sous  les  communes  lois  du  ministre  de  la  maison  de  l'Empe- 
reur. «  Surtout  pas  de  nouvelles  surintendances  !  ajoute  notre  auteur: 
»  l'unité  de  pouvoir  est  aussi  nécessaire  pour  l'administration  des 
»  théâtres  que  pour  le  commandement  d'un  régiment,  d'une  armée... 
»  Une  réunion  des  quatre  directeurs  des  théâtres  lyriques  aurait  lieu 
»  chaque  semaine  :  ils  auraient  à  se  concerter,  à  se  prêter  de  mutuels 
»  secours  pour  la  plus  grande  splendeur  et  la  plus  grande  prospérité 
»  de  ces  quatre  théâtres.  Je  suis  convaincu  que  dans  ces  conditions 
»  les  recettes  de  nos  théâtres  lyriques,  ainsi  annexés  et  convenable- 
»  ment  subventionnés,  s'élèveraient  â  des  chiffres  tels  qu'ils  n'impo- 
»  seraient  aucun  sacrifice  à  la  liste  civile.  »  Nous  voulons  bien  le 
croire  ;  pourtant  ce  qui  nous  étonne,  c'est  que  M.  Véron  l'espère,  lui 
qui  mieux  que  personne  sait  à  quoi  s'en  tenir  sur  les  brèches  que 
font  aux  listes  civiles  les  théâtres  administrés  de  la  manière  dont  il 
l'entend  dans  son  projet. 

Une  autre  objection  nous  inquiète.  M.  Véron  ne  veut  plus  de  surin- 
tendances, et  il  a  raison  :  le  mot  a  vieilli  comme  la  chose:  il  est  allé 
rejoindre  les  menus  plaisirs.  Mais  que  serait-ce  qu'un  ministre,  sei- 
gneur suzerain  de  quatre  directeurs  qui  rempliraient  l'office  de  véri- 
tables intendants?  Que  deviendrait  l'unité  de  pouvoir,  si  nécessaire  et 
si  désirable,  avec  ce  congrès  hebdomadaire,  où  sans  doute  les  ques- 
tions se  décideraient  à  la  majorité  des  voix,  où  les  mutuels  secours 
imposeraient  de  mutuelles  concessions,  de  mutuels  sacrifices?  «  Les 
»  quatre  théâtres  ainsi  annexés,  nous  assure-t-on,  ne  seraient  plus 
»  que  des  émules  et  non  plus  des  rivaux  subventionnés  pour  s'en- 
»  traver  et  se  nuire.  »  Alors  ce  plan  d'union  théâtrale  n'est  autre 
chose  au  fond  que  le  projet  de  paix  perpétuelle  du  bon  abbé  de  Saint- 
Pierre.  Hélas  !  nous  le  regrettons,  car  nous  avons  le  malheur  de  ne 
croire  à*la  paix  perpétuelle,  ni  dans  les  théâtres  ni  ailleurs. 

Tout  au  rebours,  nous  pensons  que  les  théâtres  ont  essentielle- 
ment besoin  d'être  séparés,  divisés  même,  pour  réussir.  Chaque  fois 
que  nous  en  avons  vu  seulement  deux  réunis  sous  la  même  direction, 
invariablement  l'un  des  deux  n'a  pas  tardé  à  ruiner  l'autre.  C'est  qu'à 
chaque  théâtre  il  faut  avant  tout  un  système,  une  physionomie,  une 
originalité  bien  nette  et  bien  tranchée.  Nous  sommes  d'accord  avec 
M.  Véron  sur  ce  point,  que  le  premier  empire  avait  sagement  fait  de 
limiter  les  genres  et  de  défendre  expressément  qu'on  en  sortît.  Ce 
que  la  tolérance  moderne  ne  sait  plus  ou  ne  veut  plus  toujours  em- 
pêcher, un  directeur  intelligent  doit  se  l'interdire  de  lui-même,  et  ces 
mutuels  secours,  qu'on  nous  cite  comme  avantageux,  n'auraient  pour 
résultat  que  de  transformer  l'abus  en  droit  régulier,  en  habitude  lé- 
gale. Le  grand  Opéra  doit  rester  ce  qu'il  est  et  ne  pas  se  donner  des 
petits  airs  d'Opéra-Comique  ;  encore  moins  l'Opéra-Comique  doit-il  se 
grossir  et  s'enfler  à  l'instar  du  grand  Opéra.  Le  théâtre  Italien  doit 
garder  ses  chanteurs  et  ses  cantatrices  avec  lesquels  on  ne  parvien- 
dra jamais  à  faire  un  opéra  français.  Le  cosmopolitisme  des  artistes 
n'est  pas  un  des  moindres  fléaux  qui  travaillent  aujourd'hui  nos  théâ- 
tres, d'abord  parce  qu'il  y  amène  des  sujets  dont  la  naturalisation  est 
manifestement  impossible,  et  ensuite  parce  qu'il  aide  l'univers  entier 
à  nous  faire  concurrence.  Nos  quatre  théâtres  lyriques  auraient  beau 
s'entendre  pour  fixer  un   maximum  de  traitement  sur  le  marché  de 


Paris;  les  directeurs  d'Angleterre,  d'Allemagne,  d'Italie,  d'Espagne, 
de  Belgique  et  de  tous  les  coins  de  l'Amérique,  par  leurs  folles  suren- 
chères, l'emporteraient  sur  nous.  Du  temps  qu'un  artiste  français, 
comme  Adolphe  Nourrit  par  exemple,  ne  pouvait  chanter  qu'en 
France,  la  ligue  intérieure  aurait  eu  sa  raison  d'être  :  aujourd'hui  que 
ses  successeurs  ont  le  choix  entre  les  deux  mondes,  l'entente  cor- 
diale serait  nulle  et  de  nul  effet,  d'autant  que  cette  quadruple  al- 
liance ,  au  lieu  d'augmenter  nos  moyens  de  lutte  en  accroissant  nos 
capitaux,  les  diminuerait  infailliblement  et  en  rendrait  l'action  moins 
libre. 

Que  M.  Véron  nous  pardonne  :  nous  causons  franchement  avec  lui, 
parce  que  nous  savons  qu'il  aime  la  discussion  et  même  la  critique. 
Mais  si  son  projet  est  vraiment  bon,  pourquoi  ne  pas  l'étendre  à  tous 
les  théâtres  de  Paris,  de  la  France?  Il  y  a  tant  de  gens  qui  le  demandent 
avec  une  naïveté  charmante  !  Pourquoi  ne  pas  créer  une  caisse  des 
théâtres,  comme  un  de  nos  financiers  créa  une  caisse  d'actionnaires, 
où,  pendant  quelque  temps,  pullulèrent  les  millions  fécondés  les  uns 
par  les  autres?  M.  Véron  ne  va  pas  si  loin,  et  nous  concevons 
que  sa  sollicitude  s'attache  particulièrement  aux  théâtres  lyriques.  En 
docteur  habile,  il  a  découvert  la  plaie  qui  les  ronge,  de  préférence  à 
tous  les  autres,  et  cette  plaie,  il  faut  le  dire  tout  haut,  quoiqu'elle  soit 
peu  glorieuse  et  ridicule  au  premier  chef,  c'est  la  profonde  et  inepte 
ladrerie  du  public  parisien  à  l'égard  des  théâtres  dont  la  musique  est 
le  principal  élément.  Ce  public  avide  déplaisirs,  et  qui  en  général  ne 
marchande  pas  quand  il  s'agit  de  s'en  procurer,  ce  public  amateur  de 
musique  au  point  de  ne  pouvoir  s'en  passer,  ne  voudra-t-il  jamais  com- 
prendre qu'il  faut  y  mettre  le  prix?  II  paye  à  peu  près  ce  qu'il  faut 
pour  les  théâtres  de  drame ,  mélodrame ,  vaudeville ,  féeries  ;  et  la 
preuve,  c'est  que  les  directeurs  se  tirent  d'affaire,  s'enrichissent  même 
quelquefois,  sans  que  l'État  leur  vienne  en  aide.  Dès  que  la  musique 
entre  enjeu,  plus  moyen  de  s'entendre!  Vainement  on  démontre  que 
le  budget  des  dépenses  d'un  théâtre  musical  s'élève  continuellement: 
qu'importe?  le  public  ne  souffre  pas  qu'on  se  permette  de  hausser  celui 
des  recettes.  Il  adore  la  musique;  mais  au  lieu  delà  traiter  comme 
une  maîtresse  qu'on  entretient  richement,  sans  regarder  au  chiffre, 
il  ne  l'accepte  que  comme  une  épouse ,  moyennant  la  grosse  dot  que 
lui  constitue  un  tiers  et  qui  doit  diminuer  les  charges  du  ménage.  Ce 
tiers ,  c'est  l'État  :  la  subvention  que  l'État  accorde  représente  la 
somme  que  le  public  refuse  de  solder.  Le  public  a  sa  manie  :  il  re- 
fuse de  payer  en  détail  le  prix  des  choses  qu'il  consomme,  sauf  à  les 
faire  payer  en  masse  par  des  gens  qui  n'y  touchent  pas.  Croiriez-vous 
qu'à  cette  heure,  en  l'an  1860,  le  prix  des  places  de  notre  grand 
Opéra  est  encore  à  peu  près  le  même  que  du  temps  de  Lully,  et  alors 
le  budget  total  des  dépenses  n'atteignait  pas  cent  mille  livres,  tandis 
que  de  nos  jours  il  dépasse  deux  millions  !  Essayez  de  faire  comme  à 
Londres  :  doublez ,  triplez ,  quadruplez,  même  accidentellement,  le 
taux  du  billet  d'entrée,  personne  ne  viendra ,  la  salle  restera  déserte. 
Le  public  français  aime  pourtant  la  musique  autant  que  le  public  an- 
glais; mais  il  est  mesquin,  il  compte  mal  ou  il  ne  compte  pas  du  tout, 
et  pourtant  les  bons  comptes  font  les  théâtres,  comme  les  bons  amis. 

Ah!  si  M.  Véron,  dans  son  projet,  eût  visé  à  résoudre  le  problème, 
que  nous  appellerons  national,  à  rectifier  les  idées  de  notre  public, 
complètement  étranger  aux  doctrines  d'économie  théâtrale,  si  sur- 
tout il  y  fût  parvenu ,  quel  service  rendu  à  la  cause  musicale  ! 
Tous  nos  théâtres  chantants  étaient  sauvés  du  même  coup.  Par  mal- 
heur, il  n'en  est  rien;  mais,  comme  après  tout,  notre  grand  Opéra  ne 
court  plus  de  risques,  comme  l'Opéra-Comique  et  le  théâtre  Italien 
ont  une  dot  convenable,  il  ne  reste  plus  qu'un  théâtre  à  pourvoir, 
celui  qu'on  loge  le  plus  mal,  celui  à  qui,  par  un  privilège  exorbi- 
tant, on  enlève  les  artistes  qu'il  a  inventés,  formés  et  sur  lesquels  il 
s'appuie.  Une  subvention  au  théâtre  Lyrique  !  voilà,  le  résumé  le  plus 
clair  du  livre  de  M.  Véron  en  ce  qui  touche  les  théâtres  de  Paris, 


391 


et,  si  grâce  à  lui,  cette  faveur  venait  à  être  octroyée,  il  s'en  félici- 
terait, nous  n'en  doutons  pas,  comme  du  plus  beau  succès  que  pût 
obtenir  le  sixième  tome  des  Mémoires  d'un  bourgeois  de  la  grande 
ville. 

Paul  SMITH. 


FÊTE  PATRONALE  DE  SAINT-EUSTACHE. 

liesse  en   musique    «Se   AH.    CasSéguicr. 

L'église  Saint- Euslache  a  célébré;  le  dimanche  k  novembre,  sa 
fête  patronale,  à  l'occasion  de  laquelle  elle  a  fait  exécuter  une  messe 
à  grand  orchestre  de  la  composition  de  M.  Castégnier,  un  des  artistes 
les  plus  recommandables  de  l'Opéra-Comique.  M.  Castégnier  ne  se 
contente  pas  en  effet  d'être  un  hautboïste  distingué,  il  aspire  encore  aux 
succès  du  compositeur,  et  nous  devons  tout  d'abord  déclarer  qu'il  n'a 
pas  tort,  car  l'œuvre  qu'il  a  fait  entendre  dimanche  passé  sous  les 
voûtes  grandioses  et  superbes  de  Saint-Eustache  est  remarquable  à 
plus  d'un  titre. 

Le  Kyrie  débute  avec  douceur;  les  altos  et  les  violons  entrent 
d'abord  les  uns  après  les  autres,  puis  successivement  les  hautbois, 
les  clarinettes  et  les  flûtes  viennent  se  joindre  à  eux.  Après  un  court 
exorde  le  chœur  fait  son  entrée,  et  bientôt  toutes  les  masses  cho- 
rales et  instrumentales  se  confondent  dans  une  explosion  formidable, 
dans  un  forte  puissant  et  vigoureux  ;  la  seconde  partie  du  morceau 
contient  un  solo  de  ténor  écrit  sur  une  phrase  dont  la  mélodie  est 
suave  et  pénétrante;  le  chœur  reprend  bientôt,  et  termine  avec  l'or- 
chestre ce  morceau ,  l'un  des  plus  heureux  au  point  de  vue  de 
la  conception  et  de  l'elfet.  Le  Gloria  in  excelsis,  qui  s'ouvre  par  un 
trait  de  vicions  commençant  'pianissimo  et  arrivant  peu  à  peu  avec 
l'aide  de  l'orchestre  et  des  chœurs  à  une  immense  sonorité,  nous 
paraît  bien  posséder  le  caractère  de  splendeur  et  de  majesté  que 
comportent  les  paroles.  La  fugue  qui  commence  le  Credo  nous  a 
semblé  un  peu  écourtée  ;  l'auteur  a  peut-être  craint  d'encourir  le 
reproche  contraire  et  de  paraître  trop  attaché  aux  formules  scolas- 
tiques,  mais,  selon  nous,  son  idée  première  s'arrête  trop  brusque- 
ment. Nous  préférons  de  beaucoup  à  ce  morceau  Ylncarnalus  est  qui 
le  suit,  et  dont  la  phrase  principale,  attaquée  d'abord  en  solo  et  re  • 
prise  ensuite  par  le  chœur,  est  d'un  excellent  effet  ;  mais  nous  don- 
nons des  louanges  complètes  et  sans  restriction  à  YO  salutaris,  écrit 
pour  quatre  voix  d'homme  sans  accompagnement;  la  conception  le 
style  et  la  mélodie  de  ce  morceau  sont  irréprochables,  et,  à  notre 
avis,  c'est  le  meilleur  de  l'œuvre;  nous  ajouterons  qu'il  a  été  par- 
faitement chanté.  Le  Sanclus  ne  nous  a  point  paru  à  la  hauteur  de 
ce  qui  le  précède  ;  le  rhythme  adopté  pour  l'accompagnement,  aux  ins- 
truments à  cordes,  est  trop  prolongé,  surtout  en  raison  de  son  carac- 
tère un  peu  vulgaire  et  monotone.  VAgnus  Dei  renferme  des  idées 
mélodiques  très-neuves  et  possède  d'excellentes  qualités;  c'est  un 
morceau  distingué  qui  se  termine  d'une  façon  très-heureuse  et  clôt 
dignement  cette  œuvre  dans  laquelle  l'auteur  a  déployé  des  qualités 
nombreuses  et  rares.  Ses  modulations  sont  généralement  très-heu- 
reuses ;  naturelles,  quoique  souvent  fort  éloignées,  et  ne  déchirant 
jamais  l'oreille  par  des  accouplements  d'accords  qui  hurlent  de  se 
trouver  ensemble;  son  instrumentation  est  riche  (peut-être  parfois 
un  peu  trop),  sonore,  vigoureuse  et  puissante  ;  on  voit  que  par  la 
nature  même  de  sa  profession,  qui  le  force  à  hanter  les  orchestres, 
l'auteur  a  appris  à  manier  les  cent  voix  de  cet  instrument  formida- 
ble; il  en  sait  parfaitement  marier  les  timbres  et  obtient  tous  les  effets 
qu'il  désire,  ce  qui  n'est  point  une  mince  qualité. 

La  mélodie  de, M.  Castégnier  est  ample,  élégante  ,  neuve  surtout  ; 
son  instrumentation  nourrie  et  colorée ,  son  style  net  et  pur.  De  telles 
et  si  nombreuses  qualités  sont  rares,  et,  lorsqu'on  les  possède,  l'ex- 


périence complète  facilement  le  talent  acquis  et  promet  à  l'artiste  une 
place  honorable  dans  l'avenir. 

L'orchestre,  parfaitement  conduit  par  l'auteur,  et  composé  presque 
exclusivement  de  ses  camarades  de  l'Opéra-Comique,  a  exécuté  ma- 
gistralement l'œuvre  qu'il  avait  à  interpréter.  Nous  voudrions  pouvoir 
en  dire  autant  des  chœurs  du  théâtre  Italien;  mais  quoique  fort  habi- 
lement conduits  par  M.  Hurand,  chef  de  chant  à  Saint-Eustache,  nous 
devons  constater  qu'ils  ont  laissé  beaucoup  à  désirer,  et  sous  le  rap- 
port de  l'ensemble  et  sous  le  rapport  de  la  justesse.  Quant  à  MM.  Périé 
et  Guyot,  chargés  de  chanter  les  soli  et  que  nous  avons,  avec  inten- 
tion, réservés  pour  la  fin,  nous  ne  pouvons  que  leur  adresser  des  élo- 
ges pour  la  façon  remarquable  dont  ils  se  sont  acquittés  de  leur  tâ- 
che, et  nous  ferons  aussi  nos  sincères  compliments  à  M.  Monlauriol, 
qui  est  venu  se  joindre  à  eux  dans  YO  salutaris. 

Arthur  POUGIN. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MSICïEIS 

Par  F.-*.   Fétis. 
{Deuxième  édition,  entièrement  refendue  et  augmentée  de  plus  de  moitié.') 

BEAULIEU  (MAR1E-DÉSIRÉ  MARTIN). 

Beaulieu,  compositeur,  écrivain  sur  la  musique,  est  né  à  Paris  le 
11  avril  1791.  Bien  que  le  nom  de  sa  famille  soit  Martin,  il  est  plus 
généralement  connu  sous  celui  de  Beaulieu.  Son  père,  officier  d'artil- 
lerie, était  de  Niort  (Deux-Sèvres),  où  sa  famille  avait  figuré  dans  les 
fonctions  municipales  pendant  plus  d'un  siècle.  Retiré  depuis  long- 
temps dans  celte  vilje,  M.  Martin-Beanlieu  lui-même  y  occupe  une 
position  analogue.  A  l'âge  de  sept  ans  et  demi  il  reçut  les  premières 
leçons  de  musique  d'un  musicien  nommé  Damé  :  quelques  mois  après 
il  commença  l'étude  du  violon  sous  la  direction  d'Alliaume,  élève  de 
Berthaume  et  bon  artiste,  que  j'ai  connu  dans  la  position  de  premier 
alto  au  théâtre  Italien.  Plus  tard,  M.  Beaulieu  reçut  pendant  plusieurs 
années  des  leçons  de  Rodolphe  Kreutzer.  A  l'âge  de  quatorze  ans  le 
désir  de  composer  s'étant  emparé  de  lui,  son  père  le  confia  aux  soins 
de  Benincori,  qui  lui  enseigna  pendant  trois  ans  les  éléments  de  l'art 
d'écrire.  Ayant  appris  que  son  élève  était  destiné  à  prendre  part  au 
concours  de  l'Institut  pour  le  grand  prix  de  composition,  Benincori 
conseilla  de  le  rapprocher  d'un  compositeur  dont  la  réputation  fût 
mieux  établie  en  France  que  la  sienne.  Le  père  du  jeune  Beaulieu  re- 
poussa d'abord  cette  proposition;  mais  Benincori  insista,  et  l'abbé 
Roze  fut  le  maître  qu'on  choisit.  Le  pauvre  abbé,  excellent  homme 
d'ailleurs,  et  qui  n'était  pas  dépourvu  de  mérite,  ne  convenait  guère 
pour  le  but  qu'on  se  proposait  :  lui-même  le  sentit  bientôt  et  con- 
seilla de  demander  à  Méhul  l'admission  du  jeune  artiste  dans  son 
cours  de  composition  :  il  y  remplaça  Blondeau,  qui  venait  de  se  rendre 
à  Rome  comme  pensionnaire  du  gouvernement.  M.  Beaulieu  suivit  les 
leçons  du  maître  célèbre  pendant  trois  années  :  C'est  là,  dit-il  lui- 
même,  que  j'acquis  non-seulement  la  plus  grande  partie  de  ce  que 
je  sais  dans  la  science  du  contre-point  et  de  la  fugue,  mais  encore 
ce  que  j'ai  pu  apprendre  et  mettre  en  pratique  relativement  à  la  phi- 
losophie de  l'art  musical.  Au  mois  de  septembre  1809  il  obtint  au 
concours  de  l'Institut  le  premier  second  grand  prix  de  composition, 
et  le  premier  grand  prix  lui  fut  décerné  dans  l'année  suivante.  Mé- 
hul, par  affection  pour  son  élève,  ne  voulut  pas  le  laisser  partir  im- 
médiatement pour  l'Italie,  afin  de  lui  faire  redoubler  son  cours  de 
contre-point  pour  compléter  son  éducation  d'artiste.  Cette  circons- 
tance décida  du  reste  de  la  vie  de  M.  Beaulieu.  A  la  fin  de  l'année 
1810,  après  l'exécution  de  sa  cantate  couronnée,  son  père  l'avait 
conduit  à  Niort,  dans  sa  famille.  Quoique  bien  jeune  encore,  il  y 
forma  des  projets  de  mariage  qui  se  sont  réalisés  plusieurs  années 


392 


!!EVUE  El'  GAZETTE  MUSICALE 


après  et  l'ont  fixé  dans  ceite  ville.  M.  Beaulieu  n'alla  donc  point  en 
Italie  ;  mais,  bien  qu'il  ne  profitât  pas  des  avantages  de  la  pension  du 
gouvernement,  il  ne  se  conforma  pas  moins  aux  prescriptions  du  rè- 
glement imposé  aux  élèves  pensionnaires  :  en  1812,  il  envoya  à  l'A- 
cadémie des  beaux-arts  de  l'Institut  un  Miserere  à  quatre  voix  ;  en 
1813,  un  Laudate  à  deux  chœurs,  et  une  cantate  de  Sapho  avec 
chœurs;  enfin,  en  1814,  un  Domine  salvum  à  cinq  voix.  De  plus, 
après  la  mort  de  Méhul,  M.  Beaulieu  composa  une  messe  de  Requiem 
en  son  honneur,  qui  fut  aussi  envoyée  à  l'Institut,  et  sur  laquelle  un 
rapport  a  été  fait  à  l'Académie  des  beaux-arts. 

Fixé  à  Niort,  il  forma  chez  lui  des  séances  de  quatuors  et  parvint, 
en  1829,  à  organiser  une  Société  philharmonique.  Rien  de  semblable 
n'avait  jamais  existé  dans  cette  ville  ;  car,  il  faut  bien  le  reconnaître, 
si  Paris  fut  longtemps  le  centre  des  arts,  par  la  réunion  des  hommes 
distingués  de  toute  l'Europe,  la  France,  à  l'exception  de  quelques 
provinces  et  d'un  très-petit  nombre  de  grandes  villes,  a  été  longtemps 
le  pays  le  plus  arriéré  pour  la  musique.  Les  départements  du  centre 
et  de  l'Ouest  particulièrement  étaient  en  quelque  sorte  à  l'état  sauvage, 
sous  le  rapport  de  cet  art,  il  y  a  moins  d'un  demi-siècle.  Ce  fut  cet 
état  de  choses  qui  inspira  à  M.  Beaulieu  le  dessein  de  former  une 
grande  association  musicale  dans  ces  provinces:  il  lui  fallut  du  courage 
et  de  la  persévérance  pour  triompher  de  tous  les  obstacles  que  ren- 
contra ce  projet  ;  mais,  enfin,  en  1835,  V Association  musicale  de 
l'Ouest  fut  fondée.  Composée  des  départements  des  Deux-Sèvres,  de 
la  Vienne,  de  la  Charente-Inférieure,  de  la  Charente,  de  la  Haute- 
Vienne  et  de  la  Vendée,  elle  n'a  cessé  d'exister  et  de  fonctionner 
chaque  année,  sauf  en  1848  et  1849,  et  tour  à  tour  Niort,  Poitiers,  la 
Rochelle,  Angoulëme,  Limoges  et  Rochefort  ont  été  le  siège  de  grandes 
fêtes  musicales,  dans  lesquelles  les  compositions  classiques  les  plus 
importantes  ont  été  rendues  avec  des  progrès  remarquables.  Cette  ins- 
titution est  la  seule  en  France  qui  ait  une  existence  permanente  :  elle 
est  aussi  la  seule  qui  ne  recule  pas  devant  l'exécution  complète  des 
plus  grands  ouvrages.  C'est  ainsi  que  le  Paulus  et  l'Elie,  de  Mendels- 
sohn,  ont  été  entendus  en  entier  à  la  Rochelle  longtemps  avant  qu'on 
ne  songeât  à  en  faire  des  essais  partiels  à  Paris.  M.  Beaulieu  est  resté 
l'âme  de  l'association,  après  en  avoir  été  le  créateur  :  son  nom  y  est  in- 
timement attaché,  et  son  souvenir  sera  impérissable  dans  l'avenir  chez 
les  artistes  et  les  amateurs  de  musique  de  cette  vaste  contrée. 

Comme  compositeur,  comme  écrivain  sur  l'art,  M.  Beaulieu  n'est 
pas  moins  estimé  que  comme  organisateur  et  directeur  de  fêtes  musi- 
cales. Sa  messe  de  Requiem,  composée  pour  honorer  la  mémoire  de 
Méhul,  a  été  exécutée  en  1840  à  l'église  de  la  Sorbonne,  avec  la  co- 
opération de  l'orchestre  de  la  Société  des  concerts,  du  Conservatoire  et 
des  artistes  les  plus  distingués  ;  elle  a  laissé  parmi  eux  les  meilleurs 
souvenirs.  Dans  les  années  1842,  1844  et  1856,  M.  Beaulieu  a  donné 
dans  la  salle  Herz,  et  dans  la  salle  Bonne-Nouvelle,  à  Paris,  des  mati- 
nées et  des  soirées  de  musique,  dans  lesquelles  il  a  fait  entendre  ses 
oratorios,  l'Hymne  du  malin  et  l'Hymne  de  la  Nuit,  paroles  de  M.  de 
Lamartine,  ainsi  que  divers  fragments  de  ses  autres  ouvrages.  Les 
journaux,  notamment  la  Gazette  musicale,  ont  accordé  beaucoup 
d'éloges  à  ces  compositions.  En  1846, une  messe  solennelle  du  même 
artiste  a  été  exécutée  à  l'église  Saint-Eustache,  et  en  1851,  une 
deuxième  exécution  de  sa  messe  de  Requiem  a  été  faite  dans  l'église 
de  Saint-Roch,  en  mémoire  de  R.  Kreutzer,  et  au  profit  de  l'Associa- 
tion des  musiciens.  Parmi  les  compositions  les  plus  importantes  de 
M.  Beaulieu,  on  remarque  :  1° Miserere,  à  quatre  voix,  solos  et  chœur 
(1812).—  2°  Sapho,  scène  lyrique,  solo  et  chœur  (1813).—  3°  Lau- 
date Dominum,  à  deux  chœurs  (1813). —  If  Domine  salvum,  à  cinq 
voix,  solos  et  chœurs  (1814).  —  5°  Jeanne  d'Arc,  cantate,  voix  seule 
(1817).—  6»  Messe  de  Requiem,  à  quatre  voix,  solos  et  chœurs  (1819). 
—  7°  Anacréon,  opéra  de  Gentil  Bernard.—  8°  Sixième  Ode  sacrée,  de 
J.-B.  Rousseau,  solos  et  chœur  (1828).  —  9°Quinzième  Ode  sacrée, 
de  J.-B.  Rousseau,  voix  seule.  —  10°   Fantaisie  pour  violon,  solo  et 


chœurs,  sur  des  airs  des  Pyrénées.  —  11°  Fantaisie  pour  violon  solo 
sur  des  airs  espagnols.  —  12»  Plusieurs  morceaux  (8  numéros)  de 
l'opéra  Ninette  à  la  cour,  de  Favart  (1829).  —  13°  La  Prière  des 
matelots,  morceaux  d'ensemble,  solos  et  chœurs  (1831). —  14° Psyché 
et  l'Amour,  scènes,  solos  et  chœur,  paroles  de  P.  Corneille  (1833). — 
15°  Fête  bachique,  scène,  ténor  solo  et  chœur  (1835). —  16°  Hymne 
pour  la  première  communion,  morceau  d'ensemble,  solos  et  chœur 
(1840). — 17°  L'Océan,  morceau  d'ensemble,  solos  et  chœur  (1841). 
—  18°  l'Hymne  du  malin,  oratorio  (1843).  —  19°  Messe  solennelle,  à 
quatre  voix,  solos  et  chœurs  (1845).  —  20°  L'Immortalité  de  l'âme, 
oratorio  (1851).  —  21»  L'Hymne  de  la  nuit,  oratorio  (1851).  — 
22°  Jeanne  d'Arc,  grande  scène  lyrique  en  deux  parties  (1853).  — 
23°  Messe  à  trois  voix,  avec  accompagnement  d'orgue  (1853).  — 
24°  Philadelphie,  opéra  en  un  acte  (1855).  —  25"  Un  assez  grand 
nombre  d'airs  détachés,  chœurs  avec  ou  sans  accompagnement,  mor- 
ceaux à  deux  et  un  plus  grand  nombre  de  voix  ,  nocturnes,  mélodies, 
romances. 

Écrits  de  M.  Beaulieu  :  1°  Du  Rhythme,  des  effets  qu'il  produit  et 
de  leurs  causes.  Paris,  Dentu  ;  Niort,  Robin,  1852,  gr.  in-8°  de  105 
pages. —  2°  Mémoire  sur  ce  qui  reste  de  la  musique  de  l'ancienne 
Grèce  dans  les  premiers  chants  de  l'église.  (Lu  à  l'Académie  des  beaux- 
arts,  dans  sa  séance  du  31  mai  1852.)  Niort,  imprimerie  de  L.  Favre, 
gr.  in-8°,  avec  10  pages  de  musique. —  3°  Mémoire  sur  le  caractère 
que  doit  avoir  la  musique  d'église,  et  sur  les  éléments  de  l'art  mu- 
sical ciui  constituent  ce  caractère.  (Lu  à  l'Académie  des  beaux-arts, 
dans  sa  séance  du  17  avril  1858.)  Paris,  imprimerie  de  N.  Chaix,  gr. 
in-8°.  M.  Beaulieu  est  correspondant  de  l'Académie  des  beaux-arts 
de  l'Institut. 


REVUE  DES  THEATRES. 

Odéon  :  la  Vengeance  du  mari,  drame  en  trois  actes,  par  M.  Adolpne 
Bélot,  —  Gymnase  :  le  Capitaine  Bilterlin,  comédie  en  un  acte, 
par  MM.  Edmond  About  et  de  Najac;  un  Tyran  en  sabots,  comédie 
en  un  acte,  par  MM.  Dumanoir  et  Lafargue.  —  Variétés  :  Le 
Guide  de  l'étranger  dans  Paris ,  vaudeville  en  trois  actes,  de 
MM.  E.  Grange  et  L.  Thiboust.  —  Palais-Royal  :  Réduction  de 
Rédemption,  parodie  en  quatre  portions,  par  les  mêmes  auteurs. 

L'un  des  auteurs  du  Testament  de  César  Girodol,  cette  joyeuse  co- 
médie qui  a  obtenu  un  succès  si  retentissant  l'hiver  dernier,  vient  de 
remporter  une  seconde  victoire  à  l'Odéon,  dans  un  genre  bien  op- 
posé. Tout  en  avouant  nos  préférences  pour  le  premier  de  ces  deux 
ouvrages,  nous  devons  constater  que  le  drame  de  M.  Adolphe  Bélot,  la 
Vengeance  du  mari,  est  digne  à  tous  égard  de  l'accueil  favorable  qu'il 
a  reçu.  Ce  qui  nous  en  plaît  surtout,  c'est  qu'il  ne  se  traîne  pas  dans 
l'ornière  des  effets  convenus,  des  situations  forcées,  dont  le  privilège 
appartient  au  boulevard  et  ne  devrait  jamais  en  franchir  les  limites. 
L'intérêt,  pour  n'être  point  produit  par  des  moyens  exagérés,  n'en 
est  pas  moins  puissant  et  se  soutient  jusqu'à  la  fin,  à  la  faveur  de 
procédés  aussi  simples  que  littéraires.  Un  diplomate,  M.  de  Froissy, 
forcé  de  faire  une  longue  absence,  n'a  pu  emmener  sa  femme  avec  lui, 
et,  au  retour,  sa  confiance  est  telle,  qu'il  ne  s'aperçoit  pas  qu'Emma 
a  commis  une  faute  et  qu'elle  est  devenue  mère.  La  jalousie  ne  s'éveille 
que  plus  tard,  à  l'occasion  de  certaines  démarches  mystérieuses,  dans 
lesquelles  se  trouve  mêlé  un  M.  de  Rives,  jeune  attaché  d'ambassade. 
Mais  ce  n'est  pas  à  Emma,  c'est  à  sa  fille  Alice,  élevée  secrètement 
par  une  dame  Aubry,  que  s'adressent  les  vœux  de  M.  de  Rives.  Le 
mari  finit  par  pénétrer  le  secret  de  sa  femme,  mais  il  est  trop  tard 
pour  qu'une  rencontre  puisse  être  évitée  avec  l'attaché  d'ambassade. 
M.  de  Froissy,  blessé  dangereusement,  ne  veut  pourtant  pas  mourir 
sans  pardonner,  et  devant  toute  sa  famille  réunie,  il  reconnaît  Alice 
pour  sa  fille,  et  la  donne  à  celui  qu'elle  aime.  Nous  le  répétons,  ce 


DE  PARIS. 


393 


petit  drame  intime,  sage  et  bien  conduit,  a  parfaitement  réussi,  et 
il  est  juste  d'attribuer  ce  résultat,  non  moins  au  talent  de  l'auteur 
qu'à  celui  de  ses  principaux  interprètes,  Tisseraut  et  Mlle  Thuilier, 
qui  se  sont  fait  vivement  applaudir  dans  les  deux  rôles  du  comLe  et  de 
sa  femme. 

—  Qui  ne  connaît  les  agréables  nouvelles  publiées  de  loin  en  loin 
dans  le  Moniteur,  par  M.  Edmond  About?  Le  Capitaine  Bitterlin  qui 
figure  depuis  quelques  jours  sur  l'affiche  du  Gymnase  n'est  donc  pour 
personne  un  type  nouveau,  puisque  cet  original  a  déjà  égayé  les 
amateurs  de  Trente  et  quarante.  Cependant,  pour  ceux  qui  l'ont  un 
peu  perdu  de  vue,  nous  raconterons  l'histoire  de  ce  coup  mémorable 
qui  enrichit  Henri  de  Luce,  et  qui  force  le  capitaine  à  le  prendre  pour 
gendre.  Henri,  en  apercevant  le  terrible  Bitterlin  dans  le  salon  de  jeu 
de  Bade,  s'enfuit  éperdu  en  abandonnant  la  mise  modeste  qu'il  a  jetée 
sur  le  tapis.  Le  capitaine  est  contraint,  malgré  lui,  de  prendre  la 
place  d'Henri  et  se  retire  au  bout  de  quelques  minutes  avec  un  gain 
de  140,000  fr.  que  le  jeune  homme  ne  veut  prendre  que  l'épée  sur 
la  gorge,  et  lorsque  l'on  y  ajoute  la  main  d'Emma  Bitterlin. 

La  même  soirée  a  vu  naître,  avec  cette  comédie,  un  petit  tableau 
de  moeurs  intitulé  :  un  Tyran  en  sabots.  C'est  le  paysan  madré  pris 
sur  le  fait  de  chantage  à  l'endroit  d'un  brave  bourgeois  qui  désire 
ajouter  à  sa  propriété  quelques  mètres  de  terrain  appartenant  à  cet 
homme  des  champs.  Toutes  les  roueries,  si  bien  esquissées  par  Balzac, 
sont  mises  en  œuvre  par  ce  Talleyrand  de  village  qui  finit  par  triom- 
pher, et  le  bourgeois  se  console  dans  l'espoir  de  faire  payer  fort  cher 
à  un  autre  voisin,  plus  grand  propriétaire  que  lui,  quelques  acres 
dont  il  a  besoin.  Ainsi  va  le  monde,  et  cette  leçon  ne  le  corrigera  pas. 

—  Les  théâtres  de  genre  courent  volontiers  après  les  titres  popu- 
laires ;  c'est  ce  qui  fait  qu'on  lit  sur  l'affiche  des  Variétés  :  le  Guide 
de  l'étranger  dans  Paris.  D'ordinaire  ces  sortes  de  pièces,  faites  sur 
un  titre,  tiennent  peu  ce  qu'elles  promettent,  parce  qu'il  est  plus  fa- 
cile et  surtout  plus  rationnel  de  faire  un  cadre  pour  un  tableau  que  de 
faire  un  tableau  pour  un  cadre.  Il  ne  faut  donc  pas  s'attendre  à  trou- 

,  ver  des  merveilles  dans  les  trois  actes  des  Variétés  ;  mais  Leclère 
y  est  fort  plaisant  sous  les  traits  d'un  brave  provincial  qui  n'a  pas 
vu  Paris  depuis  trente  ans  et  qui  croit  le  reconnaître  ;  Mlle  Alpbon- 
sine  y  représente  avec  assez  de  finesse  et  d'originalité  un  type  de 
grisette  vertueuse,  et  Mlle  Judith  Ferreyra  y  porte  avec  beaucoup 
d'aisance  et  de  crânerie  le  costume  d'un  faux  gandin  qui  n'aspire 
pas  au  prix  Monthyon. 

N'est-ce  pas  plus  qu'il  n'en  faut  pour  faire  vivre  le  Guide  de  l 'étran- 
ger jusqu'à  la  Revue  annuelle  que  l'on  prépare  en  ce  moment? 

—  Le  succès  de  Rédemption  a  fourni  au  Palais -Royal  le  prétexte 
d'une  parodie  en  quatre  portions,  dont  un  prologue  inutile  à  l'ac- 
tion. Cela  s'appelle  Réduction  de  Rédemption,  et  les  principales 
scènes  de  l'ouvrage  de  M.  Octave  Feuillet  y  sont  assez  drôlement 
travesties  ;  c'est  cependant  poussé  un  peu  loin  la  réduction  que  de 
donner  à  Mme  Thierret  le  rôle  d'une  petite  fille  de  quatre  ans.  Ce  qui 
vaut  mieux  pour  la  recette,  c'est  que  tous  les  comiques  de  ce  joyeux 
théâtre,  Arnal  et  Ravel  en  tête,  ont  fait  leur  rentrée,  et  concourent, 
chaque  soir,  à  l'ensemble  du  spectacle. 

—  Au  Théâtre-Français,  la  Considération,  comédie  en  quatre  actes 
et  en  vers  de  M.  Camille  Doucet,  demande  par  son  mérite  et  par  son 
succès  un  examen  sérieux  que  nous  lui  consacrerons  bientôt. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


**»  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra ,  la  Juive  a  été  jouée  mercredi. 
Renard  remplissait  le  rôle  d'Ëléazar  ;  Mme  Vandenheuvel-Duprez  chan- 
tait le  rôle  d'Eudoxie,  et  Mlle  Marie  Sax  celui  de  Kachel.  Cette  dernière 
s'est  acquittée  de  sa  tache  aussi  bien  que  la  nature  de  sa  voix  le  lui  per- 
mettait :  la  gêne  du  mezzo-soprano  se  faisait  sentir  dans  les  notes  éle- 


vées. Quant  à  Mme  Vandenheuvel-Duprez,  elle  n'a  mérité  que  des  éloges 
sans  réserve.  Après  le  trio  du  second  acte,  les  trois  artistes  ont  été 
rappelés,  et  Renard  l'a  été  encore  après  le  grand  air  du  quatrième. 

*%,  La  santé  de  Gueymard  est  entièrement  rétablie,  et  il  doit  rentrer 
mercredi  prochain  dans  le  Prophète 

„,*,.  Les  répétitions  du  nouveau  ballet,  Farfaila,  maintenant  nommé 
Papillon,  sont  très-avancées  :  la  première  représentation  en  aura  lieu 
vers  le  25  de  ce  mois. 

*%  S.  Exe.  M  le  ministre  d'État  et  de  la  maison  de  l'Empereur,  voulant 
encourager  le  jeune  talent  de  M.  Emile  Paladilhe,  qui,  à  peine  âgé  de 
seize  ans,  a  remporté  cette  année  le  grand  prix  de  composition  musicale 
décerné  par  l'Académie  des  beaux-arts,  a  décidé  dans  sa  haute  bienveil- 
lance, que  la  cantate  de  ce  jeune  homme,  dont  le  sujet  est  le  Czar  Ivan  IV, 
serait  exécutée  sur  le  théâtre  de  l'Opéra. 

„.%  Mme  Castellan,  qui  la  première  à  l'Opéra  chanta  le  rôle  de 
Iîertho  dans  le  Prophète,  rentre  dans  la  carrière  lyrique,  d'où  l'avaient 
éloignée  des  devoirs  de  famille.  L'excellente  artiste  se  fera  d'abord  en- 
tendre à  l'Opéra  royal  de  Hanovre,  où  elle  chantera  le  répertoire  italien. 

s*:f  Mlle  Saint-Urbain,  dont  on  se  rappelle  les  brillants  débuts  au 
théâtre  Italien,  était  sur  le  point  de  signer  un  engagement  avec  le  grand 
théâtre  de  Lisbonne,  mais  elle  reste  décidément  à  Paris.  Mme  Ugalde 
élant  indisposée,  M.  Beaumont,  directeur  de  l'Opéra-Comique,  a  confié 
son  rôle  à  Mlle  Saint-Urbain  dans  le  Roi  Barkouf,  l'opéra  d'Offenbach. 
Les  répétitions  ont  repris  aussitôt  et  l'ouvrage  passera  vers  la  fin  du 
mois. 

**,,  Les  répétitions  du  nouvel  opéra-comique  en  trois  actes  de 
MM.  Scribe  et  Auber  ont  commencé.  Les  artistes  auxquels  est  confiée 
l'exécution  de  l'œuvre  des  deux  illustres  maîtres  sont  :  Mlles  Monrose 
et  Prost  ;  MM.  Montaubry,  Couderc,  Barrielle  et  Ambroise. 

t%  Comme  l'autre  semaine,  le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  représenté 
trois  l'ois  dans  celle-ci.  Mlle  Wertheimber  s'y  montre  de  plus  en  plus 
remarquable.  Aujourd'hui  la ,84e  représentation  de  ce  bel  ouvrage. 

***  On  vient  de  remettre  à  l'étude  une  des  premières  et  des  plus  char- 
mantes productions  dramatiques  de  M.  Clapisson  :  La  Perruche.  L'ouvrage 
aura  pour  interprètes  MM.  Ambroise,  Laget,  Mlles  Pannetrat  et  Tuai. 

,,%  Les  répétitions  de  l'opéra-comique  en  un  acte,  l'Eventail,  de  Bou- 
langer, qui  avaient  cessé,  viennent  également  d'être  reprises. 

*%  Le  théâtre  Italien  était  en  liesse  dimanche  dernier  :  Mario  et  Ron- 
coni  faisaient  à  la  fois  leur  rentrée  dans  le  Barbier.  Mais  il  arrive  sou- 
vent que  des  ombres  se  répandent  sur  les  plus  beaux  jours  :  Mario  était 
toujours  le  plus  séduisant  des  don  Almaviva,  et  Ronconi  le  plus  amusant 
des  Figaro,  mais  l'état  de  leur  larynx  laissait  quelque  chose  à  désirer, 
et  par  esprit  de  bonne  camaraderie,  il  semblait  que  le  diapason  vocal 
eût  baissé  pour  tout  le  monde;  mais,  à  la  représentation  suivante,  les 
voix  ont  repris  leur  niveau,  et  la  fête  a  été  complète.  Le  Barbier  a  été 
joué  encore  hier  samedi;  mais  jeudi  on  adonné  Rigoletto,  dans  lequel 
Mario  s'est  montré  charmant,  et  Mlle  Marie  Battu  excellente  canta- 
trice. 

**„  Au  théâtre  Lyrique,  la  reprise  d'Orphée  a  eu  lieu  lundi  dernier; 
Mme  Viardot  a  reparu  dans  le  rôle  principal  de  cet  opéra  ,  qui ,  à  pro- 
prement parier,  n'a  qu'un  rôle.  La  cantatrice  était,  dit-on,  souffrante, 
et  c'est  à  cette  cause  qu'il  faut  attribuer  certaines  exagérations  de  son 
jeu  et  de  son  chant.  Une  jeune  Allemande,  Mlle  Oprawil  ou  Orwil,  débu- 
tait dans  le  rôle  d'Eurydice,  et  a  chanté  l'air  du  second  acte  un 
peu  timidement,  mais  très-purement.  Sa  voix  n'est  pas  très-forte  en- 
core, mais  elle  est  fraîche,  délicate,  bien  timbrée.  Mlle  Girard,  chargée 
du  rôle  de  l'Amour  à  la  place  de  Mlle  Marimon ,  s'en  est  acquittée  avec 
son  esprit  et  son  goût  habituels.  Elle  a  su  rester  simple,  et  n'a  chargé 
d'aucun  ornement  de  son  invention  la  musique  de  Gluck  ,  qui,  en  effet, 
n'a  pas  besoin  qu'on  lui  rende  de  pareils  services. 

„,*,,,  On  nous  communique  la  note  suivante,  au  sujet  de  Mlle  Orwil, 
annoncée  comme  élève  de  Mme  Visrdot  : 

«  Mme  Viardot,  dit  cette  note,  peut  lui  avoir  appris  quelques  opéras; 
»  mais  pendant  trois  ans,  jusqu'à  la  fin  d'octobre  1859,  et  sous  les  yeux 
»  de  Rossini  et  Carafa,  Mlle  Orwil  a  étudié  le  chant  sous  la  direction 
»  de  Piermarini.  Une  autre  élève  de  Piermarini  va  débuter  au  théâtre 
»  Italien,  dans  le  rôle  de  dona  Elvira,  de  Don  Giovanni;  elle  s'appelle 
»  Mlle  Dalmondi,  et,  après  avoir  travaillé  sept  mois  avec  M.  Duprez,  de- 
»  puis  le  47  janvier  1839,  elle  a  étudié  le  chant  avec  Piermarini.  » 

,%  Les  représentations  d'Orphée  ,  alternant  avec  celles  du  Val  d'An- 
dorre, la  première  représentation  de  l'opéra  nouveau  d'Aimé  Maillard, 
les  Pêcheurs  de  Catane,  sera  nécessairement  retardée.  Outre  le  début  de 
Mlle  Baretty,  qui  jouera  le  rôle  de  Nella,  on  aura  celui  de  Pesehard, 
autre  lauréat  du  Conservatoire,  qui,  l'autre  année,  a  remporté  le  pre- 
mier prix  de  chant,  et,  cette  année,  le  premier  prix  d'opéra. 

**„  A  la  représentation  au  bénéfice  d'Emile  Taigny,  le  charmant  co- 
médien dont  la  réputation  s'est  faite  au  Vaudeville,  nous  avons  été 
bien  heureux  de  retrouver  Levasseur,  chantant  l'invocation  de  Robert  le 
Diable  avec  le  même  succès  que  dans  les  premiers  temps  ;  bravos,  rap- 
pels, rien  n'a  manqué  à  son  triomphe.  Le  Chien  du  jardinier,  d'Albert 
Grisar,  a  été  fort  bien  interprété  par  Mmes  Lefebvre-Faure  et  Lemercier; 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


MM.  Ponchard  et  Crosti.  Berlkelier  a  dit,  avec  non  moins  d'esprit  que  de 
tact,  une  plaisante  chansonnette,  Pile  ou  face.  Mme  Viardot,  dans  le 
quatrième  acte  d'Orphée,  a  vivement  impressionné  le  public.  Enfin  les 
Valets  de  Gascogne  ont,  comme  toujours,  fait  grand  plaisir. 

***  Faure  a  obtenu  à  Berlin  le  succès  le  plus  éclatant.  Son  début 
y  a  eu  lieu  mercredi  dernier  dans  Lucrezia  Borgia.  On  l'a  constamment 
applaudi,  et  il  a  été  rappelé  trois  fois. 

t*t  lime  Cabel  continue  ses  représentations  en  province  avec  le  plus 
grand  succès.  C'est  au  théâtre  de  Besançon  que  la  célèbre  cantatrice  se 
fait  en  ce  moment  applaudir. 

%%  Mme  Miolan-Carvalho  est  engagée  pour  le  premier  concert  du 
cercle  du  Nord,  à  Lille. 

***  Une  jeune  cantrice  italienne  de  grand  mérite,  la  signora  Ma- 
ria Talvo,  élève  de  la  célèbre  Carolina  Ungher,  est  à  Paris.  Possédant 
une  voix  de  mezzo-soprano  très-étendue,  d'une  grande  pureté  et  d'une 
rare  flexibilité,  Mlle  Talvo  arrive  d'Italie,  où  elle  a  obtenu  d'im- 
menses succès,  principalement  au  Tcâtro-Nuovo  de  Florence,  et  au 
théâtre  Carolino  de  Païenne.  La  Violella,  la  Cenerenlola,  il  Barbiere,  et 
surtout  la  Saffo  de  Pacini,  ont  valu  à  la  jeune  artiste  d'éclatants  triom- 
phes, dont  tous  les  journaux  de  musique  italiens  nous  apportent  le  récit. 
Elle  se  destine,  dit-on,  maintenant  à  la  scène  française,  où  tout  porte  à 
croire  qu'elle  retrouvera  les  applaudissements  qui  lui  ont  été  prodigués 
par  les  dilettânti  de  la  Péninsule. 

***  Les  recettes  dans  les  théâtres  de  Paris,  pendant  le  mois  d'octobre, 
se  sont  élevées  à  1,573,365  fr.  32.  Dans  cette  somme,  les  théâtres  impé- 
riaux figurent  pour  453,344  fr.  89,  et  les  théâtres  secondaires  pour 
970,475  fr,  33.  —  Le  mois  correspondant  de  l'année  1859  n'avait  pro- 
duit que  1,265,278  fr.  90. 

.,,%  L'Empereur  vient  d'accorder  une  pension  de  2,400  fr.  à  M.  Féli- 
cien David. 

»%  On  connaît  jusqu'à  présent  dix  traductions  du  Freischiilz.  Le  chef- 
d'œuvre  de  Weber  a  été  traduit  en  français  par  Castil-Blaze  et  Emilien 
Pacini;  en  italien,  par  Rossi;  en  anglais,  par  Cornwal-Carry;  en  hol- 
landais ,  par  un  anonyme  ;  en  danois,  par  Oehlenschlaeger  ;  en  suédois, 
par  Tégner  ;  en  russe,  par  Satow;  en  bohème,  par  Stiepaneeh,  et  en  po- 
lonais, par  Bogulawsky. 

„**  Nous  rappelons  que  l'Association  des  artistes  musiciens  de  France 
célébrera  cette  année  la  fête  de  sainte  Cécile  en  faisant  exécuter  par 
quatre  cents  artistes,  le  mercredi  21  novembre  courant,  à  onze  heures, 
dans  l'église  de  Saint-Eustache,  une  messe  solennelle  de  la  composition 
de  M.  Bonetti,  chef  d'orchestre  du  théâtre  impérial  Italien. 

**„,  Ole-Bull,  le  célèbre  violoniste  norwégien,  s'est  décidé  à  entre- 
prendre un  nouveau  voyage  artistique  :  il  doit  faire  incessamment  sou 
apparition  à  Leipzig. 

„%  Une  grande  solennité  musicale  et  religieuse  aura  lieu  le  19  no- 
vembre, à  l'église  de  la  Madeleine  :  la  belle  messe  de  Cherubini,  com- 
posée pour  le  sacre  de  Charles  X,  sera  exécutée  par  les  artistes  de 
l'Académie  impériale  de  musique. 

,,%  M.  R.  Hammer  vient  d'être  nommé  chevalier  de  l'ordre  du  Lion  et 
du  Soleil,  par  S.  II.  I.  le  shah  de  Perse. 

***  Le  doyen  des  violonistes,  Alexandre  Boucher,  vient  d'arriver  à 
Paris,  et  se  met  à  la  disposition  des  artistes  pour  la  saison  des  con- 
certs. 

„/%.  Nous  appelons  l'attention  de  nos  lecteurs  sur  le  cours  d'harmonie 
et  de  composition  musicale  que  dirige  M.  Damcke,  dont  le  talent  comme 
écrivain  musical  garantit  l'intelligence  et  la  capacité  comme  professeur, 

»**  Dans  l'église  catholique  du  Caire  a  été  inaugurée,  le  8  et  9  sep- 
tembre, une  chapelle  nouvelle;  à  cette  occasion,  on  a  exécuté  une  messe 
écrite  par  Alexandre  Dorn,  fils  du  maître  de  chapelle  Dorn,  à  Berlin. 

***  M.  Jules  Massenet,  premier  prix  du  concours  de  piano  de  1859  au 
Conservatoire,  vient  de  terminer  une  fantaisie  sur  les  motifs  du  Pardon 
de  Ploennel.  Le  jeune  artiste  compte  faire  entendre  cette  œuvre  bril- 
lante dans  une  série  de  concerts  qu'il  doit  donner  successivement  à 
Mâcon,  Lyon  et  Nice. 

»%  Le  jeune  Sarasate,  l'un  des  violonistes-lauréats  du  Conservatoire, 
fait  en  ce  moment  une  tournée  artistique  en  Espagne.  Son  succès  à  Bar- 
celone a  été  tel  que  les  professeurs  du  Conservatoire  de  cette  ville  l'ont 
prié  d'accepter  le  titre  de  membre  honoraire.  M.  Sarasate  est  attendu  à 
Madrid. 

s,*,t  F.  Alday  vient  de  publier  une  fantaisie  de  salon  pour  orgue  sur 
les  motifs  de  l'Etoile  du  Nord,  de  Meyerbeer.  C'est  un  morceau  très- 
réussi  qui  se  recommande  de  lui-même. 

**%  Le  Carnaval  de  Venise,  si  brillamment  arrangé  pour  le  piano  par 
Ernst,  vient  do  subir  une  transformation  nouvelle  et  non  moins  heu- 
reuse. M.  Maurice  Ganz  vient  de  transcrire  pour  le  violoncelle  ces  dé- 
licieuses variations.  Cette  transcription,  d'une  difficulté  moyenne,  aura 
cet  hiver  un  véritable  succès  de  vogue  dans  les  concerts. 

*%  Dans  sa  trente  et  unième  séance  annuelle,  la  Société  néerlandaise 
pour  l'encouragement  de  l'art,  musical  vient  do  nommer  membres  de  mé- 
rite MM.  Georges  Kastner  à  Paris,  Volkmann  à  Pesth,  Van  Eyken  à  Elber- 


feld,  et  F.  Coenen  à  Amsterdam  ;  et  membres  correspondants  MM.  Gou- 
nod  à  Paris  et  0.  Jahn  h  Bonn.  Elle  a  couronné  une  composition  dra- 
matique de  M.  Coenen,  d'Amsterdam.  Sa  bibliothèque  s'est  enrichie  cette 
année  par  plusieurs  achats  importants  et  par  la  munificence  de  plusieurs 
de  ses  membres  honoraires.  Par  suite  du  concours  qu'elle  avait  ouvert 
sur  cette  question  :  Esquisses  historiques  sur  l'art  musical  en  Hollande  au 
xvie  siècle,  elle  a  déet-rné  un  prix  de  150  florins  à  M.  Otto  Kade,  à  Dresde, 
comme  auteur  de  Matlhœus  le  Maistre;  un  prix  de  SO  florins  à  M.  Arnold, 
à  Elberfeld,  comme  auteur  de  Ilet  daghet  in  dtn  Oosten,  et  un  prix  de 
23  florins  à  M.  Pasqué,  à  Darmstadt,  comme  auteur  de  Adriaan  Petit. 
La  Société  continue  le  concours,  auquel  les  étrangers  aussi  sont  invités, 
sur  la  question  suivante  :  Esquisses  historiques  sur  l'art  musical  en  Hol- 
lande au  xvie  siècle,  pour  servir  de  matériaux  à  une  histoire  de  l'art. 

***  La  deuxième  série  des  transcriptions  de  J.  Rummel  sera  mise  en 
vente  dans  quelques  jours.  Nous  appelons  l'attention  de  nos  lecteurs  sur 
cette  charmante  collection  des  airs  populaires  des  opéras  les  plus  célè- 
bres ;  cette  série  comprendra,  comme  la  première,  six  morceaux  sur  les 
thèmes  de  Robert  le  Diable,  le  Pardon  de  Ploërmel,  le  Postillon  de  Long- 
jumeau,  les  Dragons  de  Villars,  Stradella  et  Marta. 

***  Le  succès  qui  a  salué  l'apparition  de  la  Prière  d'une  vierge ,  de 
Badarzewska,  a  décidé  l'éditeur  à  publier  trois  autres  productions  du 
même  auteur:  Douce  rêverie,  Souvenir  à  ma  chaumière,  et  Mazurka,  qui  se- 
ront bientôt  sur  tous  les  pianos. 

***  A  l'un  des  grands  concerts  du  Chalet  des  îles  au  bois  de  Boulogne, 
nous  avons  apprécié  les  services  que  peut  rendre  l'harmoniflûte 
dans  un  orchestre.  Dans  l'ouverture  du  Pardon  de  Ploennel,  très-bien 
exécutée  sous  la  direction  de  M.  Mercurier,  le  nouvel  instrument  a 
remplacé  l'orgue  avec  beaucoup  de  succès. 

***  Une  erreur  s'est  glissée  dans  le  compte  rendu  de  l'exécution  de 
la  messe  d'Haydn,  chantée  le  jour  de  la  Toussaint  à  Saint-ltoch.  C'est 
M.  Ch.  Vervoitte  qui  a  dirigé  l'orchestre,  ainsi  qu'il  le  fait  à  chaque 
grande  fête  de  Tannée. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


**„  Bordeaux.  —  M.  Chenest,  premier  ténor,  a  été  admis  à  l'unani- 
mité, après  un  troisième  début  dans  le  Prophète.  —  Mme  Borghèse,  qui 
vient  d'obtenir  un  succès  éclatant  dans  ses  deux  premiers  débuts,  subira 
sa  troisième  épreuve  dans  le  rôle  de  Rose  Friquet  des  Dragons  de  Vil- 
lars, qu'elle  a  créé  à  Paris  d'une  façon  si  remarquable. 

„.**  Bourges,  4  novembre.  —  L'inauguration  des  grandes  orgues  de  la 
cathédrale  a  eu  lieu  le  30  octobre.  La  cérémonie  religieuse  accomplie, 
M.  Boissier  Duran,  organiste  du  grand  orgue;  SI.  Batiste,  professeur  au 
Conservatoire  impérial  de  musique  et  organiste  à  Saint-Eustache,  et 
M.  Renaud  de  Vilbac ,  premier  grand-prix  de  l'Institut  et  organiste  de 
Saint  Eugène,  à  Paris,  ont  fait  entendre  successivement  tous  les  effets  de 
l'orgue.  Le  talent  de  MM.  Batiste  et  de  Vilbac  est  trop  connu  pour  que 
nous  ayons  besoin  de  l'analyser.  Nous  ne  pouvons  que  constater  le  charme 
sous  lequel  ils  ont  tenu  l'auditoire  pendant  plus  d'une  heure.  Le  seul 
regret  que  nous  ayons  à  exprimer,  c'est  qu'ils  se  soient  réservé  une 
part  trop  petite  dans  le  programme.  M.  Boissier-Duran,  de  l'aveu  même 
de  ses  confrères  de  Paris,  est  un  artiste  fort  distingué,  et  qui  remplit 
d'une  manière  remarquable  les  fonctions  dont  il  a  été  chargé.  La 
partie  vocale  a  été  exécutée  par  la  maîtrise  avec  un  ensemble  qui  de- 
puis longtemps  déjà  a  fait  la  réputation  de  son  directeur,  M.  l'abbé  Protat. 
Nous  ne  saurions  oublier,  dans  les  éloges  que  nous  devons  adresser  aux 
artistes  qui  ont  concouru  à  l'éclat  de  la  solennité,  M.  Bruneau ,  l'ha- 
bile organiste  du  chœur,  dont  le  talent  est  si  bien  apprécié  parmi  nous. 
Au  nombre  des  morceaux  qui  ont  produit  le  plus  d'effet ,  nous  citerons 
particulièrement  la  Communion,  exécutée  par  M.  Batiste.  M.  Renaud 
de  Vilbac,  dans  le  morceau  de  sortie,  qu'il  a  joué  avec  un  brio  remar- 
quable, a  fait  ressortir,  par  une  opposition  d'effets  savamment  trouvés 
et  habilement  ménagés,  tout  ce  que  l'orgue  a  de  puissance  et  de  sonorité. 

„%  Tours,  8  novembre.  —  Dans  le  Maître  de  chapelle  et  surtout  dans 
les  A'oces  de  Jeannette,  Mlle  Louise  Heine  s'est  distinguée  par  un  jeu  plein 
de  verve  et  de  gentillesse.  Dans  la  seconde  pièce,  elle  a  surtout  bien 
chanté  la  romance  de  l'aiguille;  aussi  les  applaudissements  et  les  bou- 
quets ne  lui  ont  pas  manqué. 

£**  Havre.  —  Parmi  les  reprises  les  mieux  accueillies  ,  nous  devons 
mentionner  Giralla,  parfaitement  interprétée  par  .Mlle  Poussèze.  —  On 
annonce  comme  très-prochaine  la  reprise  des  Dragons  de  Villars  et  celle 
de  Martha,  l'un  des  plus  beaux  succès  de  la  saison  de  IS59-1S60. 

„%  Mulhouse.  —  L'inauguration  de  l'orgue  il  l'église  catholique  de  cette 
ville  a  eu  lieu  en  présence  de  la  commission  nommée  par  l'administra- 
tion et  d'une  société  nombreuse  et  brillante  qu'avait  attirée  cette  so- 
lennité et  qui  remplissait  entièrement  la  nef  et  les  galeries.  C'était 
réellement  la  première  fois  que  le  public  avait  accès  dans  cette  nouvelle 
église,  dont  l'architecture  intérieure,  aujourd'hui  terminée,  fait  beau- 
coup d'honneur  à  l'architecte  M.  Shane.  M.  Thurner,  organiste  de  l'église 
Saint  Charles  de  Marseille,  a  fait,   dans  plusieurs  morceaux  de  genres 


DE  PARIS. 


"395 


différents,  ressortir  les  beautés  et  les  ressources  de  ce  magnifique  ins- 
trument, sorti  des  ateliers  de  M.  Cavaillé-Coll,  et  qui  ajoute  encore  à  la 
réputation  si  justement  acquise  par  cet  habile  organiste. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


„%  Londres.-—  La  Iiose  de  CaUille,  le  charmant  opéra  de  Balfe,  vient 
d'être  repris  au  théâtre  de  Covent-C.arden  et  a  été  applaudi  à  l'unanimité. 
Miss  Pyne  y  est  admirable  et  partage  son  succès  avec  M.  flarrison,  qui 
chante  le  rôle  du  muletier  avec  beaucoup  de  talent. 

*.*,  Vienne.  —  Le  théâtre  Treumann  doit  ouvrir  dans  les  premiers 
jours  de  novembre  avec  Ma  Tante  dort,  opérette  de  Henry  Caspers ,  et 
Tchin-Tchiri,  d'Offenbach.  Il  résulte  du  rapport  de  M.  de  Billing,  secré- 
taire du  Maenner-Gesang-Vereinde  Vienne,  que  cette  Société  vocale  compte 
aujourd'hui  54  premiers  ténors,  60  deuxièmes  ténors,  68  premières  et 
65  deuxièmes  basses- tailles.  Parmi  les  morceaux  que  la  Société  a  exécutés 
dans  le  courant  de  l'année  on  remarque  :  Schiller,  cantate,  de  Meyer- 
beer;  messe,  par  F.  Liszt;  compositions  de  Mendelssohn  ,  Reissiger, 
Gade,  Schumann,  Kûcken,   Rubinstein,  etc. 

***  Berlin.  —  Par  suite  du  décès  de  l'impératrice  douairière  de  Russie, 
sœur  du  roi  de  Prusse,  les  théâtres  royaux  sont  restés  fermés  du  1er  au 
3  novembre  inclusivement.  —  La  signora  Trebelli  est  engagée  pour 
cinq  ans  au  théâtre  royal  de  l'Opéra.  —  Mme  Lagrange  a  remplacé 
Mme  Devries  dans  la  troupe  de  M.  Lorini.  —  A  l'occasion  de  l'anniver- 
saire de  la  mort  de  Mendelssohn,  la  Société  de  chant  Stern  a  exécuté 
entre  autres  le  Requiem  de  Mozart  et  deux  chœurs  de  Mendelssohn.  — 
Mme  Clara  Schumann  doit  donner,  dans  le  courant  du  mois  de  novem- 
bre, trois  soirées  pour  musique  de  chambre.  —  M.  Julius  Rietz  a  été  élu 
membre  honoraire  de  l'Académie  des  beaux -arts. 

„.**  Hanovre. —  A  l'exemple  des  théâtres  de'  Berlin  et  de  Cologne, 
notre  Opéra  royal  aura  également  des  représentations  d'une  troupe 
d'opéra  italien.  Mmes  Castellan  et  Chaunier,  MM.  Baragli,  Orsini  et  Ruiz 
en  seront  les  principaux  artistes. 

„%  Hambourg.  —  Roger,  rappelé  à  la  fin  de  sa  dernière  représenta- 
tion, a  remercié  en  très-bon  allemand  ;  il  a  dit  :  «  Dans  un  autre  opéra 
»  ((a  Dame  blanche),  j'ai  à  dire  :  Je  voudrais  bien  être  de  la  famille.  Ici, 
»  en  face  d'un  public  qui  m'a  accueilli  avec  tant  de  faveur,  je  n'ai  qu'à 
»  répéter  ces  paroles  :  Je  voudrais  bien  être  de  la  famille.  » 

„.**  Leipzig. —  Le  théâtre  de  la  ville  a  donné  successivement  Ro- 
bert le  Diable,  Frcisehiitz,  Diane  de  Solange  et  Dinorah.  —  Au  quatrième' 
concert  du  Gewandhaus,  a  été  exécutée  la  musique  de  R.  Schumann 
pour  Manfied,  drame  de  Byron,  avec  texte  explicatif  de  F.  Roeber.  C'est 
une  des  meilleures  compositions  de  Schumann.  En  outre,  on  a  entendu  : 
symphonies  de  Mendelssohn  et  de  Gade  ;  fragment  des  cantiques  hébreux 
de  L.  Byron,  par  F.  Miller.  —  La  première  soirée  pour  musique  de 
chambre  a  eu  lieu  au  Gewandhaus  ;  exécutants  :  le  maître  de  con- 
certs David,  le  maître  de  chapelle  Reinicke,  MM.  Ilermann,  Roentgen  et 
Daridoff. 


t*t  Bologne,  4  novembre.  —  Dans  une  soirée  musicale  au  bénéfice  de 
l'institution  Rossini,  donnée  au  théâtre  Comunitativo ,  la  grande  ouver- 
ture avec  chœur  du  Pardon  de  Ploërmel  a  été  exécutée  et  accueillie  par 
des  transports  d'enthousiasme.  Nous  chercherions  vainement  à  exprimer 
l'immense  effet  qu'a  produit  ce  chef-d'œuvre,  que  nous  n'hésitons  pas  à 
nommer  gigantesque,  tant  est  merveilleuse  l'abondance  des  inspirations 
et  des  combinaisons  savantes  qui  s'y  mêlent  à  chaque  instant.  Notre  vail- 
lant orchestre  l'a  rendue  avec  autant  d'énergie  que  de  verve.  Son  excel- 
lent chef,  Angelo  Mariani,  a  dû  se  lever  de  son  siège  pour  remercier  le 
public,  qui  criait  :  vive  Meyerbeerl  vive  Mariani  !  et  insistait  pour  un 
bis.  La  partie  vocale  n'a  pas  été  moins  bien  bonne  que  l'instrumentale  et 
l'ouverture  a  fait  naître  le  désir  d'entendre  tout  l'opéra.  En  attendant, 
on  se  dispose  à  représenter  le  Prophète,  avec  Mme  Borghi-Mamo,  Barbot 
et  sa  femme. 

„.*„.  Madrid. —  Le  29  octobre,  Lucia  di  Lammermoor  a  été  chantée  par 
MM.  Marra,  Fraschini  et  Mme  Charton-Demeur.  On  a  beaucoup  applaudi 
ces  trois  artistes,  et  notamment  la  prima  donna,  qui  a  été  très-remar- 
quable. 

%*#  Philadelphie. —  On  a  représenté  Maria  à  l'Académie  de  musique,  à 
l'occasion  de  la  visite  du  prince  de  Galles.  L'ouverture,  l'air  populaire 
de  la  rose  et  la  romance  de  Lyonel,  M'ap-pari  tutt'amor,  ont  été  pour 
M.Brignoli,  pour  Mme  Patti  et  pour  l'orchestre, l'occasion  do  nombreux 
applaudissements  dont  le  prince  a  donné  le  signal  à  différentes  reprises. 

„.•%  New-York.  —  A  l'opéra  italien  (Academy  of  Music),  incessamment 
Dinorah,  de  Meyerbeer,  et  Loreley,  de  "Wallace.  La  troupe  italienne  don- 
nera constamment  des  représentations  dans  deux  villes  à  la  fois  :  à 
Boston,  Brooklyn,  Baltimore,  Philadelphie,  etc. 

t*„  Rio-de- Janeiro. —  Linda  di  Chamounix  a  été  donnée  au  bénéfice  de 
Mme  Tosi.  La  bénéficiaire  a  partagé  avec  Mme  Medori  les  applaudisse- 
ments du  public. —  Mme  Medori  a  fait  ses  adieux  à  Rio-de-Janeiro  dans 
la  première  quinzaine  d'octobre,  avec  la  deuxième  représentation  du 
chef-d'œuvre  de  Donizetti. 


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Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  dos  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  a 
l'audition  des  pianos  a  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  II  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  1  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'Être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  " 

{Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 
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facteur  de  pianos.  —Médaille 
d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  V  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  d( 
quautité  et  de  la  qualité  du  son.  —  Magasin, 
rue  illoiitmnrtre,  lffil. 


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perfectionnement . 

Instruments  S$axomBnifo5ii«iBics.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iuppoiit  officiel  {Ins~ 
truments  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  a  cou- 
server  la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  a  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  taufaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  » 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayctte,  à  Paris. 


396 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  E.  GÉRARD  et  Cic,  éditeurs  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,  18,  à  Paris. 

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CONTENANT  : 

1,e  partie  :  les  Principes  élémentaires  ; 

2e  partie  :  les  Principes  supérieurs  et  des  Articles  spéciaux  sur  l'Analyse 
musicale  et  la  manière  d'apprendre  à  écrire  une  basse 
correcte  sous  un  chant, 
Suivie  d'un  Abrégé  méthodique  de  la   Mélodie,  du   Contre-point, 
du  Canon  et  de  la  Fugue. 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT 


LE  DOCTEUR  MIR0R0LAN 


Opéra-comique  en  un  acte, 

de 

Mil.  Cormon  et  Trîsmioii, 

musique  de 


E.  GAUTIER 


Partition    parties  d'orcliestre,  morceaux  détaciaés  avec  accompagnement  de  piano,   par  E,.  SOUMIS. 


PRIX    ACCOUDÉ   A   L'UNANIMITÉ   A    L'EXPOSITION 
UNIVERSELLE   DE   LONDRES   1851. 

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Guerre  et  de  lo  Marine  de  France. 

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ANTOINE  COURTOÏ 

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Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


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A    l'exposition    UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur   du    Conservatoire   et   de 
1'A.cadéniic  impériale  de  Purls. 

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Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


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adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


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Exposition  nalionalejrançaise  de  1819.  FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAU 

DÉCORATION  DE  IA  LEGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


ftrc  médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

.DÉCORATION    DE    U    COURONNE    0E    CHÊNE 
de  Hollande  (1845). 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

-t^S>«£-»- 


t  "■  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844. 

-o-SK&o- 

Seulc  grande  médaille  d'Honneur   à  l'Exnosition  universelle  de  Paris  (S 855).   —  Seule  grande   médaille 

(Couttetf  M  fit  ut)  à  l'Exposition  universelle  «le  Londres  (1851). 

Organisateur  et  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

INVENTEUR    DES    FAMILLES    DES 

SAXO-TROMBAS.  SAX-TUBAS.  CLAIRONS-SAX.  CORNETS-SAX  (compensateurs).  CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 

SAXHORNS. 


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invention  brevetée  en  I85U. 
Tous  les  instruments  à  pistous  avec  addition  d'une  ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  B85». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  185«. 


Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mômes  à  pistons 
ou  cylindres,  les  mêmes  forme  Saxo-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


paris. —  iMrRim-.Rii;  cimryi.l  de  napoiéo:*  cnAix  lt  c°,  rue  bergère, 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


IV0  47. 


18  Novembre  1860. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Depnrtemcnts  et  à  l'Étranger,  chez  tous 
Us  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aur 
Fureau*  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT'. 

Paris -. 24  fr.  parai 

Départements,  Belgique  et  Suisse....     30  n        id. 

Étranger 3-1  n       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


AZETTE 


<  jv\z\A/\i\rjw^-- 


Dans  notre  prochain  numéro  nous  ferons  con- 
naître quelles  seront,  cette  année,  les  Piimis. 
Etresiis  que  nous  nous  proposons  «l'offrir  à  nos 
abonnés  anciens  et  nouveaux.  Nous  n'avons  rien 
épargné  pour  qu'elles  fussent  «l'une  valeur  réelle 
et  aussi  variées  que  possible.  La  musique  classique 
et  moderne  «le  piano  et  «le  chant,  ainsi  que  la  pho- 
tographie nous  en  ont  fourni  les  éléments  ;  notas 
croyons  pouvoir  espérer  qu'elles  seront  accueillies 
avec   une  faveur  générale. 


SOMMAIRE.—  De  la  musique  en  Espagne  (1er  article),  par  Adrien  de  lia  Fage. 
—  Théâtre  des  Bouffes-Parisiens  :  l'Hôtel  de  la  poste,  opérette  en  un  acte,  de 
M.  Ph.  Gilles,  musique  de  M.  A.  Dufresne.  —  Le  premier  éditeur  de  musique 
en  France.  —  Revue  critique,  par  Adolphe  Botte.  —  llevue  des  théâtres, 
par  O.  A.  D.  Saint- Ytcs.  —   Nouvelles  et  annonces. 


DE  LA  MUSIQUE  EN  ESPAGNE. 

(Premier  article.) 

De  tous  les  pays  où  la  musique  est  arrivée  à  un  point  de  progrès 
suffisant  pour  que  plusieurs  établissements  importants  lui  soient  spé- 
cialement consacrés,  il  n'en  est  pas  qui  sous  ce  rapport  nous  soit 
moins  connu  que  la  péninsule  ibérienne.  La  musique  compte  en  Es- 
pagne et  en  Portugal  un  nombre  considérable  de  professeurs  qui  la 
cultivent  comme  moyen  d'existence;  je  ne  parle  pas  de  la  gloire:  en 
ce  qui  concerne  les  beaux-arls ,  on  doit  toujours  la  regarder  comme 
le  premier  mobile,  cela  va  sans  dire,  quoique  souvent  il  n'en  soit  rien. 

Les  amateurs  qui  ne  la  regardent  que  comme  un  exercice  el,  un 
amusement  sont  également  fort  nombreux  ,  ce  qui  suppose  une  autre 
classe  d'auditeurs  bien  autrement  considérable  et  composée  do  toutes 
les  personnes  de  n'importe  quelle  position  sociale  qui  se  plaisent  à 
entendre  de  la  musique  sans   la  pratiquer  elles-mêmes.  Elles  veulent 


des  jouissances,  et  dans  la  plupart  des  cas,  c'est  réellement  pour  elles 
que  les  artistes  travaillent.  Il  y  a  donc  dans  le  pays  un  mouvement 
musical  contimel. 

Si  l'on  ajoute  à  ces  considérations  que  l'Espagne,  pendant  longues 
années,  a  pesé  d'un  immense  poids  dans  les  destinées  de  l'Europe  et 
du  monde,  qu'elle  a  vu  entrer  dans  ses  ports  d'incalculables  richesses 
qui  allaient  chaque  jour  s'augmentant  et  n'ont  pas  toujours  été  mal 
employées,  puisqu'une  partie  de  ces  trésors  a  été  affectée  aux  œuvres 
d'art  de  plusieurs  genres,  on  s'étonnera  davantage  encore  de  voir  que 
l'Espagne  soit  si  peu  connue  sous  ce  rapport.  En  peinture,  toute  l'école 
espagnole,  digne  d'un  si  vif  intérêt,  et  dont  la  production  a  été  si 
considérable,  était  encore  presque  ignorée  en  ces  derniers  temps;  on 
citait  bien  quelques  noms  de  peintres  espagnols,  mais  presque  per- 
sonne n'avait  vu  leurs  ouvrages,  et  c'est  seulement  depuis  qu'une  ac- 
quisition, favorisée  par  les  circonstances,  fut  faite  pour  le  compte  du 
roi  Louis-Philippe  et  apportée  en  France  ,  qu'en  ce  dernier  pays  on 
eut  quelque  idée  de  l'école  espagnole. 

A  l'égard  de  la  musique,  il  pourrait  bien  en  être  de  même, 
malheureusement  il  ne  suffit  pas  ici  d'acquérir  et  de  transporter:  on 
aurait  beau  posséder  de  la  sorte  une  foule  de  chefs-d'œuvre,  ils  se- 
raient en  réalité  comme  s'ils  n'étaient  pas,  tant  que  l'exécution  ne  les 
aurait  pas  fait  connaître.  La  simple  lecture  d'une  œuvre  musicale 
faite  isolément  par  quelques  artistes  ne  saurait  en  étendre  sensible- 
ment la  renommée.  Aussi  les  musiciens  espagnols  sont-ils  hors  du 
pays  moins  connus  encore  que  ne  l'ont  été  les  peintres.  Ceux-ci  le 
seront  de  plus  en  plus  ,  à  mesure  que  la  facilité  des  communications 
amènera  en  Espagne  un  plus  grand  nombre  de  voyageurs. 

En  sera-t-il  de  même  pour  les  musiciens?  Hélas!  il  est  bien  à  crain- 
dre que  non.  Ce  que  les  touristes  entendront  de  musique  dans  les 
grandes  églises  pourra  cependant  leur  donner  une  idée  de  l'impor- 
tance donnée  en  Espagne  aux  compositions  religieuses  depuis  l'époque 
de  la  Renaissance,  importance  telle,  que  c'est  vraiment  dans  cette 
branche  que  semble  s'être  fixée  toute  la  gloire  musicale  des  Espa- 
gnols ,  manifestée  en  ces  derniers  temps  par  la  belle  collection  de 
musique  d'église  que  vient  d'achever  mon  illustre  ami  1).  Hilarion 
Eslava,  maître  de  chapelle  de  la  reine  et  professeur  de  contre-point  au 
conservatoire  de  Madrid.  J'ai  déjà  parlé  de  cette  collection  dans  la 
Revue  el  Gazette  musicale  de  Paris  et  je  ne  tarderai  pas  à  y  re- 
venir. Elle  nous  donne  assurément  une  très -haute  idée  du  mérite  de 
beaucoup  de  compositeurs  espagnols  absolument  inconnus  hors  du  pays 
qui  leur  a  donné  le  jour.  Ici  point  de  matière  à  discussion,  si  ce 
n'est  sur  l'œuvre  même  de  ces  compositeurs.  M.  Eslava  nous  met 
leurs  œuvres  sous  les  yeux  en  nous  disant  :  Jugez.    Nous  jugerions 


ï9S 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


bien  mieux  encore  si  nous  enlendions  de  tels  ouvrages  exécutés  comme 
ils  doivent  l'être  ;  mais  en  s'en  tenant  même  à  la  simple  lecture  et  à 
l'imparfaite  réduction  que  peut  fournir  le  piano,  nous  nous  faisons  une 
idée  assez  juste  de  tous  ces  savants  conlrapontistes,  dont  un  si  grand 
nombre  de  productions  sont  comme  ensevelies  dans  les  archives  des 
églises  et  des  couvents.  En  nous  en  révélant  quelques  uns,  M.  Eslava 
aura  bien  mérité  de  sa  patrie  et  de  la  musique  en  général. 

C'est  aussi  dans  un  esprit  tout  patriotique  que  M.  Mariano  Soriano 
FuerLes  a  entrepris  son  Histoire  de  la  musique  espagnole,  dont  l'im- 
pression, commencée  à  Barcelone  en  1855,  vient  d'être  terminée  (1). 
11  avait  bien  indiqué  dès  le  moment  où  il  annonçait  son  ouvrage  et 
avec  une  fierté  toute  castillane,   le  but  qu'il  se  proposait  : 

«  Revendiquer  pour  notre  nation  ,  disait-il ,  la  suprématie  de  la 
musique,  comme  elle  la  possède  dans  tout  le  reste  :  application  de 
la  vapeur  à  la  navigation,  de  l'électricité  à  la  télégraphie,  enseigne- 
ment des  sourds-muets,  etc.  ;  prouver  que  la  patrie  des  Velasquez 
et  des  Murillos,  des  Lope  de  Vega  et  des  Calderon,  des  Gonzalve  de 
Cordoue  et  des  Cortz,  a  produit  dans  tous  les  temps,  h  toutes  les 
époques  tant  anciennes  que  modernes,  des  musiciens  professeurs  et 
compositeurs  qui  ont  inventé,  qui  ont  découvert  les  secrets  de  l'art 
admirable  qui  civilise  les  hommes  et  apprivoise  les  bêtes  sauvages, 
tel  est  l'objet  du  présent  ouvrage.  » 

Peut-être  plus  d'un  lecteur  se  récriera  sur  tout  ceci  et  deman- 
dera si  tout  ce  que  M.  FuerLes  donne  en  cette  circonstance  pour  des 
faits  acquis  ne  serait  pas  sujet  à  discussion  :  c'est  un  soin  que  je  laisse 
à  d'autres,  en  observant  cependant  que  ce  début  semble  annoncer 
plutôt  un  plaidoyer  en  faveur  de  la  musique  espagnole  qu'une  simple 
histoire  de  cet  art  dans  la  péninsule.  Il  faut  bien  avouer  qu'en  quel- 
ques-uns de  ses  chapitres  l'ouvrage  de  M.  Fuerlcs  n'est  pas  autre 
chose. 

Dans  une  courte  introduction,  l'auteur  expose  comment  il  s'est  dé- 
cidé à  entreprendre  une  tâche  dont  il  ne  se  dissimulait  pas  la  difficulté. 
Fils  du  directeur  de  musique  de  la  chambre  du  roi,  il  pouvait  hardi- 
ment se  présenter  dans  tous  les  établissements  en  invoquant  au  besoin 
le  nom  de  son  père;  il  se  mit  donc  en  route  et  visita  les  principales 
archives  et  bibliothèques  de  l'Espagne  ;  il  s'adressa  aussi  aux  maîtres 
de  chapelle  les  plus  distingués,  leur  demandant  tous  les  renseignements 
possibles  sur  leurs  prédécesseurs  et  sur  les  ouvrages  que  pouvaient 
renfermer  les  collections  dont  ils  avaient  connaissance.  Cette  circu- 
laire ne  reçut  pas  autant  de  réponses  qu'en  attendait  M.  Fuerles. 

Il  chercha  ensuite  quelque  appui  pour  la  publication  de  son  travail 
et  n'eut  presque  partout  d'autre  réponse  que  le  Dios  le  ampare!  (Dieu 
'  vous  assiste!),  parole  fort  usitée  en  Espagne  et  que  l'on  n'adresse  pas 
toujours  aux-  seuls  mendiants,  mais  qu'a  dû  entendre  plus  d'une  fois 
l'Espagnol  étranger  à  l'intrigue  et  à  la  flatterie,  qui  s'en  tient  à  tâcher 
de  contribuer  par  ses  études  et  ses  travaux  à  l'honneur  de  son  pays. 
Sentant  bien  qu'il  ne  devait  compter  sur  aucun  Mécène,  car  il  n'en 
est  plus  de  nos  jours,  M.  Fuertes  a  marché  seul,  et  il  a  eu  le  bon- 
heur d'achever  son  travail  et  d'en  voir  l'édition  terminée. 

Il  s'excuse  d'abord  d'avoir  souvent  mêlé  la  poésie  à  la  musique,  qui 
l'une  et  l'autre  ont  la  même  origine  et  sont  basées  sur  les  mêmes 
éléments.  Celte  union  est  incontestable  ;  mais  peut-être  l'auteur  n'a-t- 
il  pas  toujours  assez  songé  qu'ici  la  musique  était  le  véritable  objet 
du  livre  et  qu'il  ne  devait  régulièrement  y  être  question  de  poésie  que 
d'une  manière  accidentelle,  et  qu'à  plus  forte  raison  d'autres  connais- 
sances qui  ne  se  rattachent  à  la  musique  que  d'une  manière  acces- 
soire, ne  devaient  pas  obtenir  tant  de  place,  surtout  lorsque  l'on  peut 
remarquer  plus  d'une  lacune  dans  ce  qui  concerne  la  musique  propre- 
ment dite,  et  ce  que  les  vicissitudes  auxquelles  on  l'a  vue  soumise  en 
Espagne  peuvent  offrir  de  particulier. 

(1)  Wstoiïa  de  la  musica  espanala  desde  la  vcmda  de  los  Fenieios  /ias/a  cl 
ano  de  1850,  par  Mariano  Somano  Fuektes,  clc.  (Cet  ele  remplace  sept  longues 
lignes  de  titres.) 


M.  Fuertes  croit  avec  quelque  raison  que  si  les  musiciens  espagnols 
ne  sont  point  appréciés  dans  leur  pays  comme  ceux  des  autres  na- 
tions le  sont  dans  le  leur,  c'est  que  l'on  y  a  complètement  oublié 
leurs  œuvres  et  jusqu'à  leurs  noms,  tandis  que  l'on  applaudit  quan- 
tité de  mauvaises  productions  étrangères. 

L'ouvrage  débute  par  un  prologue  dans  lequel  sont  reproduites  quel- 
ques-unes des  opinions  de  l'antiquité  sur  l'origine  de  la  musique. 
Entrant  ensuite  dans  son  sujet,  l'auteur  expose  sur  l'origine  des 
sciences  et  des  arts  en  Espagne  et  sur  l'importance  qu'aurait  eue 
dans  l'antiquité  la  musique  des  Espagnols,  des  idées  dont  plusieurs 
semblent  un  peu  légèrement  émises.  Fidèle  à  l'espèce  d'engagement 
pris  par  lui  de  relever  dans  l'opinion  publique  la  musique  de  son  pays, 
M.  Fuertes,  dès  son  premier  chapitre,  nous  montre  les  Romains,  qui, 
selon  lui,  préféraient  la  musique  des  Espagnols  à  celle  des  Grecs;  ce 
serait  même,  si  l'on  s'en  rapporte  à  lui,  les  premiers  qui  l'auraient 
enseignée  aux  Ioniens. 

En  parlant  de  temps  moins  éloignés  de  nous,  M.  Fuertes  prétend 
que  la  notation  dont  on  fit  usage  dans  les  livres  liturgiques  à  partir 
du  xif  siècle,  a  pris  naissance  en  Espagne  et  qu'elle  est  formée  de 
deux  anciens  alphabets  qui  à  celte  époque  avaient  cessé  d'être  en 
usage;  elle  aurait  ensuite  passé  d'Espagne  en  Irlande,  et  se  serait 
communiquée  à  la  France  et  à  l'Allemagne. 

Dans  le  chapitre  suivant,  l'auteur  s'occupe  des  Arabes,  qui  furent 
longtemps  maîtres  d'une  partie  de  l'Espagne,  et  nous  montre  les  sou- 
verains de  cette  nation,  de  même  que  les  rois  espagnols  qui  leur 
succèdent  jusqu'au  règne  d'Alphonse  le  Sage,  tous  fort  appliqués  à 
l'étude  de  la  musique. 

C'est  au  règne  de  ce  prince  que  M.  Fuertes  attribue  l'introduction 
de  la  musique  vulgaire  dans  les  églises,  où  elle  se  présente  d'abord 
sous  formes  de  cantiques  et  chansons  exécutés  autant  par  le  peuple 
que  par  le  clergé,  souvent  sous  une  forme  dialoguée,  et  auxquels 
même  se  joignait  en  certaines  occasions  une  danse  costumée,  où  ceux 
qui  l'exécutaient  revêtissaient  des  habits  de  bergers  ou  se  montraient 
sous  d'autres  déguisements.  Ce  fut  aussi  l'époque  des  jongleurs,  qui 
furent  alors  par  ordre  du  roi  divisés  en  plusieurs  classes  ;  enfin  c'est  à 
ce  même  règne  que  se  rapportent  plusieurs  beaux  manuscrits  de 
poésies  nationales,  presque  toujours  accompagnées  de  la  notation,  et 
parmi  lesquelles  il  s'en  trouve  certainement  qui  ont  le  roi  lui- 
même  pour  auteur.  Ce  chapitre  se  termine  par  des  documents  assez 
précieux-sur  les  instruments  de  celte  époque. 

Le  Portugal,  d'une  part,  et  la  Provence  ou  pour  mieux  dire  le 
Languedoc,  de  l'autre,  touchent  à  l'Espagne,  et  l'on  ne  peut  blâmer 
M.  Fuertes  de  s'être  occupé  accidentellement  de  la  musique  de  ces 
deux  pays. 

On  ne  peut  point  excuser  de  même  ce  qu'il  dit  du  célèbre  Guido 
d'Arezzo,  qu'il  suppose  avoir  voyagé  en  Espagne  et  avoir  emprunté 
aux  musiciens  de  la  péninsule  la  plupart  des  inventions  vraies  ou 
prétendues  qu'on  lui  attribue,  le  tout  en  donnant  pour  preuve  unique 
que  d'autres  écrivains  du  moyen  âge  ont  aussi  voyagé  en  Espagne, 
ce  qui  n'est  pas  mieux  prouvé  à  leur  égard  que  pour  le  moine  de 
Pompose. 

Un  autre  chapitre  est  ensuite  consacré  à  la  danse.  Dans  le  suivant, 
l'auteur  parle  de  l'estime  que  les  Allemands  ont  toujours  eue,  selon 
lui,  pour  la  musique  espagnole.  Plus  loin,  en  s'occupant  des  compo- 
siteurs flamands,  que  l'on  regarde  partout  comme  les  pères  de  l'har- 
monie moderne,  il  en  fait  des  élèves  de  maîtres  espagnols,  et  croit 
même  que  Philippe  du  Mont  ou  de  Mons,  l'un  d'eux,  était  Espagnol  ; 
puis  il  parle  de  la  fête  des  fous,  de  celle  de  l'âne,  de  celle  des  inno- 
cents. On  ne  comprend  pas  bien  le  rapport  de  ces  fêtes  avec  la  mu- 
sique espagnole,  quoiqu'il  y  ait  eu  en  Espagne  des  fêtes  du  même 
genre  dont  il  eût  élé  à  désirer  que  M.  Fuertes  nous  parlât  de  préfé- 
rence avec  plus  d'étendue,  et  c'est  à  peine  s'il  en  fait  mention. 
Notre  auteur   s'éloigne  encore  davantage  de  son   pays  et  de  son 


DE  PARIS. 


300 


sujet  quand  il  nous  parle  de  la  musique  des  Anglais  et  de  celle  des 
Turcs  :  comme  de  raison,  c'est  encore  les  Espagnols  qui  l'ont  en- 
seignée aux  premiers,  ainsi  que  l'art  dramatique.  Et  sur  quoi  cette 
opinion  est-elle  fondée?  Sur  ce  que,  en  1613,  lors  du  mariage  de 
Frédéric  V,  comte  palatin,  avec  Isabelle,  princesse  d'Angleterre,  fille 
de  Jacques  Ier,  on  exécuta  un  ballet  au  palais  de  Saint-James,  où  pa- 
rurent de  magnifiques  décorations  et  des  danseurs  masqués,  à  l'imita- 
tion de  ce  qui  s'était  pratiqué  a  Valladolid,  en  1605,  à  la  naissance  de 
Philippe  IV. 

A  l'égard  des  Turcs,  en  adoptant  les  idées  de  M.  Fuertes,  ce  ne 
seraient  point  les  Espagnols  qui  leur  auraient  appris  la  musique,  mais 
tout  au  contraire  ils  auraient  enseigné  à  l'Espagne  l'art  du  chant 
jusqu'alors  mal  connu,  et  qui  n'avait  consisté  qu'à  chanter  à  plein 
gosier. 

Cette  opinion  a  du  moins  l'attrait  de  la  nouveauté,  et  il  est  bon  de 
savoir  sur  quelle  base  se  fonde  le  nouvel  historien.  Kherif-Edin,  auteur 
arabe  d'une  histoire  véridique  de  Timour  ou  Tamerlan,  parle  avec  un 
certain  détail  de  la  musique  qui  se  faisait  chez  ce  prince.  Elle  se  ren- 
fermait dans  quatre  modes  musicaux  :  le  premier  avait  pour  objet  la 
musique  militaire  :  il  animait  la  valeur  des  soldats  et  inspirait  la 
terreur  aux  ennemis  ;  le  second  était  celui  des  chants  de  triomphe  ; 
le  troisième  était  consacré  à  la  sensibilité,  à  la  tendresse  à  l'amour  ; 
le  quatrième,  doux  et  voluptueux,  appartenait  aux  chansons  qui  expri- 
ment les  transports  passionnés  qui  accompagnent  l'amour.  Le  mode 
militaire  et  le  mode  triomphal  appartenant  aux  voix  d'homme,  le 
mode  amoureux  était  chanté  par  des  castrats,  tandis  que  de  jeunes 
filles  exécutaient  des  danses  brillantes  ou  gracieuses  ;  enfin  le  qua- 
trième se  chantait  par  un  chœur  de  belles  femmes. 

Voici  maintenant  comment  raisonne  M.  Fuertes.  Les  modes  em- 
ployés par  les  Turcs  au  temps  de  Tamerlan  étant  fort  simples,  ils 
ne  pouvaient  donner  à  leur  musique  des  caractères  si  différents  que 
par  la  manière  de  les  exécuter,  et  ce  sont  eux  qui  ont  apporté  aux 
Européens  l'expression  et  la  méthode  de  chant,  ou  tout  au  moins  ces 
mouvements  de  la  voix  et  les  ornements,  qui  fil  longtemps  accuser 
les  Italiens  de  ne  posséder  qu'un  chant  efféminé.  Comment  cette 
manière  serait-elle  entrée  en  Espagne?  M.  Fuertes  l'explique  par  une 
historiette  qui  peut  se  raconter  en  peu  de  mots. 

Au  temps  de  la  guerre  de  Tamerlan,  plusieurs  Espagnols  passèrent 
en  Turquie,  entre  autres  deux  seigneurs  appelés  Clavijos,  que  le  sul- 
tan distingua  autant  pour  leurs  talents  militaires  que  pour  leur  habi- 
leté en  musique  ;•  les  ayant  pris  en  affection,  Tamerlan  leur  fit  épouser 
deux  femmes  grecques  de  la  plus  grande  beauté  et  des  plus  habiles 
dans  l'art  du  chant.  C'est  l'historien  Khérif-Édin  qui  rapporte  le  fait, 
et  M.  Fuertes  en  conclut  que  les  deux  belles  Grecques  apprirent  aux 
musiciens  espagnols  à  chanter  à  la  manière  des  Turcs,  manière  qui 
fut  depuis  transportée  en.  Italie. 

Ceci  se  serait  passé  au  temps  de  Jean  II,  qui,  monté  fort  jeune  sur 
le  trône  de  Castille,  mourut  en  lh5h,  et,  pendant  les  quarante-huit 
années  de  son  règne,  ne  cessa  de  favoriser  les  lettres,  et  plus  spécia- 
lement la  poésie  et  la  musique.  M.  Fuertes  croit  que  cela  suffit  pour 
que  son  assertion  reste  démontrée,  et  l'appuie  toutefois  d'une  preuve 
qui,  sans  doute ,  n'est  pas  sans  valeur,  mais  n'en  a  pas  une  aussi 
considérable  qu'il  paraît  le  croire.  «  Lorsque  les  chanteurs  es- 
pagnols, nous  dit-il,  cessèrent  d'émettre  grossièrement  le  son  pour 
chanter  à  demi-voix  et  en  employant  le  fausset,  on  dit  qu'ils 
chantaient  à  la  turque;  et  cette  expression  était  encore  en  usage  au 
commencement  du  siècle  pour  désigner  toute  manière  de  chanter 
empreinte  d'affectation.  » 

Adrien  de  LA  FAGE. 
{La  suite  prochainement.) 


THEATRE  DES  BOUFFES -PARISIENS. 

li'HO'ffEii  DE  ILA  POSTE, 

Opérette  en  un  acte,  de  M.  Pu.  Gilles,  musique  de  M.  A.  Dufresne. 

(PremiiTO  représentation  le  15  novembre  1860.) 

Il  y  a  peu  d'exemples  d'un  succès  aussi  persistant  que  celui  d'Or- 
phée aux  enfers.  La  réouverture  des  Bouffes  s'est  faite ,  il  y  a  deux 
mois,  avec  cette  pièce,  qui  touche  aujourd'hui  à  sa  300"  représentation. 
Pendant  cette  dernière  période,  les  nouveautés,  dont  le  tour  est 
venu,  ont  eu  tout  le  temps  d'achever  leurs  études  préparatoires,  et, 
selon  toute  apparence,  Orphée  cédera  la  place  à  quelques-unes  d'entre 
elles  avant  la  fin  de  la  semaine.  Provisoirement ,  voici  un  joli  petit 
lever  de  rideau  qui  n'a  pas  attendu  le  délai  fixé  pour  ouvrir  la  marche 
et  qui  se  contente  modestement  d'accompagner  le  déclin  de  l'opéra  en 
vogue. 

Depuis  l'accroissement  des  chemins  de  fer,  l'hôtel  de  la  poste  est 
devenu  un  mythe.  Mais,  en  conscience,  si  toutes  ces  étapes  antédilu- 
viennes ressemblaient  à  celle  que  dirige  Mme  Gaspard,  les  voyageurs 
auraient  tort  de  les  regretter.  Celte  brave  femme,  quoique  mûre,  a 
bien  d'autres  billevesées  en  tête  que  ses  relais.  Une  aventure  de  jeu- 
nesse, dans  laquelle  figure  un  beau  joueur  de  guitare,  flanqué  d'une 
ballade  en  vers  rococos  du  temps  de  la  Restauration,  a  fait  sur  elle 
une  telle  impression,  que  sa  raison  ne  s'en  est  jamais  complètement  , 
remise.  La  folle  hôtesse  est  pourtant  chargée  de  la  difficile  tutelle 
d'une  jeune  ingénue  qui  a  eu  aussi  son  petit  roman  mystérieux  dans 
la  pension  d'où  sa  tante  l'a  tirée  depuis  peu.  Tel  est  l'état  des  choses  à 
l'hôtel  de  la  poste,  lorsqu'un  confrère  avise  Mme  Gaspard  de  l'arrivée 
d'une  certaine  baronne  qui  s'est  échappée  du  domicile  conjugal,  pour 
courir  les  champs  en  habit  d'homme. 

Or,  un  jeune  commis  du  nom  d'Athanase  Birotteau,  celui-là  même' 
qui  entretenait  une  correspondance  amoureuse  avec  la  nièce  de 
Mme  Gaspard,  est  arrivé  par  la  malle  à  l'hôtel  de  la  poste,  ettout  natu- 
rellement on  le  prend  pour  la  baronne.  Athanase  profite  du  quiproquo 
pour  avancer  ses  affaires  auprès  de  Mlle  Euphémie  ;  mais  un  accident 
survenu  à  sesbagag.  s  révèle  son  identité,  et  la  tante  furieuse  le  con- 
gédie tout  net.  Par  bonheur  il  s'est  aperçu  des  velléités  romanesques 
de  Mme  Gaspard  ,  et  pour  l'attendrir  ,  il  saisit  une  guitare  et  chante 
sous  ses  fenêtres  une  vieille  ballade  qui  lui  a  été  apprise  par  son 
oncle.  Est-il  besoin  d'ajouter  que  cette  ballade  et  cette  guitare  sont 
celles  qui  ont  jadis  enflammé  le  cœur  de  la  tendre  hôtesse ,  et  qu'à  la 
suite  d'une  explication  ,  elle  consent  au  mariage  de  sa  nièce,  à  condi- 
tion que  l'oncle  d'Athanase  lui  sera  rendu. 

Sur  ce  sujet  bouffon,  spirituellement  traité  par  M.  Ph.  Gilles,  un 
jeune  compositeur  dont  les  preuves  ont  été  faites,  M.  Alfred  Dufresne, 
a  brodé  cinq  ou  six  morceaux  sans  prétention  ,  qui  ont  plu  générale- 
ment par  leur  allure  facile  et  franche.  C'est  d'abord  une  gracieuse 
romance  chantée  par  Euphémie  ;  puis  une  joyeuse  chanson  sur  ces 
paroles  :  Je  suis  postillon  de  la  malle  ;  un  petit  trio,  un  quarletto, 
un  dueltino,  tous  trois  remplis  d'ingénieux  détails,  et  enfin  la  ballade 
comique:  Page  Isolim,  qui  a  décidé  du  succès. 

Le  rôle  d'Athanase  Birotteau  est  joué  par  Potel,  un  débutant 
qui  s'est  fait  connaître  avec  avantage  au  théâtre  Lyrique,  et  qui 
a  été  parfaitement  reçu  par  le  public  des  Bouffes-Parisiens.  Mlle  Beau- 
doin,  qui  représente  Mme  Gaspard,  a  révélé  clans  ce  personnage  des 
qualités  que  nous  ne  lui  soupçonnions  pas.  Jean-Paul  est  amusant  dans 
un  petit  rôle  de  postillon  amoureux  de  sa  maîtresse,  et  Mlle  Taffanel 
s'acquitte  très-convenablement  de  celui  d'Euphémie 

Toute  proportion  gardée,  l'Hôtel  de  la  Poste  n'est  pas  indigne  des 
Valets  de  Gascogne,  que  MM.  Gilles  et  Dufresne  ont  fait  récemment 
applaudir  au  théâtre  Lyrique. 


400 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


LE  PREMIER  ÉDITEUR  DE  MUSIQUE  EN  FRANCE. 

En  tête  d'une  partition  gravée  de  Lully,  on  trouve  le  curieux  do- 
cument qu'on  va  lire. 

Extrait  du  privilège  du  Roy  (1699). 

«  Par  lettres  patentes  du  Roy  données  à  Arras,  l'onzième  jour  du 
»  mois  de  may,  l'an  de  grâce  mil  six  cent  soixante  et  treize,  signées 
»  Louis,  et  plus  bas  :  par  le  Roy,  Colbert  ;  scellées  du  grand  sceau  de 
»  cire  jaune;  vérifiées  et  registrées  en  parlement,  le  15  avril  1678  : 
»  confirmées  par  arrests  contradictoires  du  conseil  privé  du  Roy  du 
»  30  septembre  1694,  et  8  aoust  1696,  il  est  permis  à  Christophe 
»  Rallard,  seul  imprimeur  du  Roy  pour  la  musique,  d'imprimer,  faire 
»  imprimer,  vendre  et  distribuer  toute  sorte  de  musique,  tant  vocale 
»  qu'instrumentale,  de  tous  auteurs  :  faisant  defences  à  toutes  autres 
»  personnes  de  quelque  condition  et  qualité  qu'elles  soient,  d'euire- 
»  prendre  ou  faire  entreprendre  ladite  impression  de  musique,  ny 
»  autre  chose  concernant  icelle,  en  aucun  lieu  de  ce  royaume,  terres 
»  et  seigneuries  de  son  obéissance,  nonobstant  toutes  lettres  à  ce  con- 
»  traires  ;  ny  mesme  de  tailler,  ny  fondre  aucuns  caractères  de  mu- 
«  sique  sans  le  congé  et  permission  dudit  Ballard,  à  peine  de  confis- 
»  cation  desdits  caractères  et  impressions  et  de  six  mille  livres 
»  d'amende,  ainsi  qu'il  est  plus  amplement  déclaré  esdites  lettres  : 
»  sa  dite  Majesté  voulant  qn'à  l'extrait  d'icelles  mis  au  commence- 
»  ment  ou  fin  desdits  livres  imprimés,  foy  soit  ajoutée  comme  à  l'ori- 
»  ginal.  » 


REVUE   CRITIQUE. 

LE  ROI  »ES  AULNES, 

Ballade  de  François   Schubert,  orchestrée  par 
Hector  Berlioz. 

L'Allemagne  musicale  et  littéraire  a  toujours  irrésistiblement  attiré 
Hector  Berlioz.  Comme  critique,  il  a  mis  dans  ses  belles  études  sur 
Beethoven,  Gluck  et  Weber  autant  d'âme  que  de  talent  et  de  sagacité; 
comme  compositeur,  il  a  écrit  entre  autres  la  Damnation  de  Faust. 

On  se  souvient  qu'à  son  dernier  concert  spirituel,  donné  à  l'Opéra- 
Comique,  quelques  pages  de  cette  magnifique  légende  ont  excité  l'en- 
thousiasme du  public  parisien.  Ce  soir-là,  aux  applaudissements  qui 
l'accueillaient,  il  eût  pu  se  croire  dans  le  pays  de  Goethe  et  de  Bee- 
thoven, où,  jusqu'à  présent,  il  a  été  le  mieux  compris  et  le  plus  uni- 
versellement fêté. 

L'influence  de  l'Allemagne,  pour  être  la  plus  marquée,  n'a  pas  été 
la  seule  sur  l'esprit  élevé  et  original  de  Berlioz,  l'Angleterre  l'a  aussi 
bien  inspiré  :  les  ouvertures  de  Waverley,  du  Corsaire,  du  Roi  Lear, 
et  plus  d'une  symphonie  qu'il  est  superflu  de  rappeler  ici ,  témoi- 
gnent que,  tour  à  tour,  il  s'est  passionné  pour  Walter  Scott,  pour 
Byron  et  pour  Shakspeare.  Berlioz  trouvait  dans  le  grand  mouve- 
ment littéraire  et  philosophique  qui,  en  Allemagne  et  en  Angleterre, 
a  précédé  la  renaissance  poétique  de  la  restauration,  ce  que  cher- 
chaient alors  toutes  les  imaginations  ardentes,  lasses  du  faux  et  du 
convenu. 

En  attendant  les  Troyens,  dont  on  se  préoccupe  déjà  beaucoup,  et 
où  un  vaillant  aussi  chantera  la  gloire  et  les  malheurs  de  l'époux 
d'Andromaquo;  en  attendant  cette  importante  partition  qui,  comme 
V Enfance  du  Christ,  sera  peut-êlre  une  nouvelle  transformation,  Ber- 
lioz vient  de  faire  pour  le  lïoi  des  Aulnes  ce  qu'il  avait  déjà  fait  pour 
Y  Invitation  à  la  valse. 

Il  a  instrumenté  avec  le  même  tact,  le  même  goût,  la  même  discré- 


tion et   la  même  habileté  consommée,   l'adorable  mélodie  de  Schu- 
bert, et  une  des  plus  populaires  parmi  nous. 

Tout  le  monde  sait  que  Schubert,  s'inspirant  de  la  ballade  de 
Goethe,  a  fait  de  cette  pièce  Lout  un  poëme  musical  plein  de  mélodies 
ravissantes  et,  si  nous  l'osons  dire,  d'harmonies  anxieuses,  haletantes, 
qui  montent,  qui  montent  toujours,  comme  les  fantastiques  épouvan- 
tement  du  pauvre  enfant  perdu  et  fasciné  par  la  voix  merveilleuse  du 
roi.  Malgré  la  richesse,  la  hardiesse  même  de  l'harmonie,  malgré  de 
fréquentes  modulations  et  de  nombreuses  dissonances,  Schubert  a 
prouvé  encore  une  fois  que  la  véritable  science  n'était  ni  obscure,  ni 
laborieuse,  ni  entortillée  :  il  est  resté  clair,  franc  et  tonal. 

Berlioz  est  évidemment  de  la  famille  de  Weber,  il  en  est  le  con- 
tinuateur; comme  lui — ■  Roméo  et  Juliette,  Uarold  en  Italie  et  plu- 
sieurs autres  symphonies  l'attestent  —  il  aime  passionnément  la 
nature,  le  pittoresque,  et  sait  entendre  dans  les  grands  bois  les  mille 
harmonies  mystérieuses  et  pénétrantes  que  l'auteur  du  Freischùtz  en- 
tendait si  bien.  Avec  V Invitation  à  la  valse,  il  était  donc  à  l'aise  ; 
avec  le  Roi  des  aulnes,  il  avait  de  plus  la  voix  à  ménager,  à  soute- 
nir et  à  compléter  sans  l'étouffer. 

Berlioz,  qui,  dans  son  Traité  d'instrumentation  et  d' 'orchestration 
modernes  a  si  admirablement  joint  le  précepte  à  l'exemple,  a  montré 
en  orchestrant  celte  ballade  une  exquise  sobriété.  Tantôt  le  quatuor 
seul  accompagne  doucement  les  cantabile;  tantôt,  au  moyen  d'un  des- 
sin continuel  en  triolels  qui  s'apaise  et  s'élève  comme  le  vent,  qui 
domine  toute  la  composition  et  passe  constamment  plein  de  trou- 
ble, d'agitation  et  de  rafales,  l'orchestre  éclate  et  fait  entendre  à  son 
tour,  en  les  renforçant,  toutes  les  fureurs  de  l'orage. 

Celte  orchestration  donne  à  la  mélodie  une  couleur  et  une  physio- 
nomie nouvelles  que  Schubert  rêva  sans  doute,  mais  qu'il  ne  donna 
pas  à  son  œuvre.  Pour  satisfaire  à  ce  point  les  intelligences  délicates, 
il  faut  dépouiller  toute  personnalité  et  deviner  ce  qu'eût  fait  l'auteur. 
Les  difiïcullés  de  ce  travail  sont  plus  grandes  qu'on  ne  pense  généra- 
lement; et  c'est  pour  cela  sans  doute  qu'au  théâtre  on  goûte  si  peu 
les  trombones,  les  trompettes  et  tout  le  bruit  ajoutés  à  l'orchestre 
des  vieux  maîtres. 


Gustave  Péronnet:  sonate;    six  grandes  études. 

Autrefois  les  rhétoriciens,  en  sortant  du  collège,  écrivaient  tous 
leur  tragédie  ;  les  jeunes  harmonistes,  en  quittant  leur  maîtrise  ou 
leur  conservatoire,  composaient  leur  sonate.  Nous  avons  changé  tout 
cela  :  aujourd'hui  on  fait  des  œuvres  écourtées  où  l'on  se  dispense 
de  toute  science  et  de  toute  méditation,  des  arrangements  hâtifs  re- 
produisant toujours,  à  travers  mille  variations,  le  thème  à  la  mode. 
On  dit  que  la  tragédie  et  la  sonate  sont  mortes.  Nous  croyons  qu'on 
a  eu  de  bonnes  raisons  pour  les  enterrer  avant  l'heure  :  il  ne  fallait 
pas  montrer  qu'on  ne  savait  plus  leur  conserver  la  vie  qu'avaient 
donnée  à  l'une,  Corneille,  Racine,  Voltaire  ;  a  l'autre,  Haydn,  Mozart, 
Beethoven  et  Weber. 

Nous  commencerons  donc  par  féliciter  M.  Gustave  Péronnet,  lau- 
réat du  Conservatoire,  premier  prix  de  piano,  si  nous  ne  nous  trom- 
pons, d'être  entré  dans  la  carrière  par  une  composition  qui  témoigne 
de  son  respect  pour  l'art  et  annonce  le  désir  d'étudier  et  d'imiter 
les  maîtres.  On  sent,  en  lisant  cette  sonate,  que  l'auteur  s'est  épris, 
comme  tant  d'autres,  des  difficultés  dont  il  a  triomphé  naguère, 
et  qu'il  a  cru  trouver  en  elles  de  véritables  beautés.  Cette  sonate  ren- 
ferme d'excellentes  parties,  des  mélodies  tantôt  heureuses  et  fraîches; 
des  pensées  naturelles  et  jeunes,  mais  qui  n'offrent  pas  toujours 
l'unité,  les  développements  logiques  et  ingénieux  que  la  forme  com- 
porte. La  liberté,  la  franchise,  la  hardiesse  et  l'originalité  n'appartiennent 


DE  PARIS. 


401 


qu'au  génie  ou  à  la  maturité  du  talent  :  aussi  aperçoit-on  le  travail 
et  l'effort,  et  en  l'harmonie  est  la  partie  la  plus  faible. 

Il  y  a  maintenant  des  études  de  mécanisme,  des  études  de  style 
et  beaucoup  d'autres  études  encore  qu'on  a  récemment  inventées. 
Pour  notre  part,  nous  avouerons  ne  pas  très-bien  comprendre  ces 
divisions;  nous  ne  verrions  pas  d'inconvénient  à  ce  qu'on  formât  en 
même  temps  le  mécanisme  et  le  style,  comme  l'ont  fait  démenti  et 
Cramer,  l'un  avec  son  Gradus  ad  Parnassum,  l'autre  avec  ses  Etudes 
où  l'on  remarque  de  fort  belles  choses  et  de  très-savantes  aussi,  ce 
qui  ne  gâte  jamais  rien,  quoi  qu'on  en  dise. 

Evidemment  les  six  grandes  études  de  M.  Gustave  Péromiet  sont 
plutôt  écrites  pour  certains  virtuoses  que  pour  les  musiciens  sérieux 
—  distinction  qu'on  est  obligé  défaire  aujourd'hui,  puisque  foute  cette 
habileté  matérielle  dispense  souvent  de  sensibilité,  de  finesse  et  de 
poésie.  Au  seul  point  de  vue  instrumental,  ces  études,  difficiles  et 
pleines  parfois  de  jolis  effets,  sont  très-bonnes  à  jouer;  elles  deman- 
dent un  excellent  mécanisme,  des  doigts  agiles,  vigoureux  et  habiles, 
surtout  à  exécuter  sans  broncher  les  plus  périlleuses  octaves. 

On  dit  d'un  orchestre  où  nul  dialogue  ne  s'établit,  où  nul  jour  ne 
se  fait,  où  le  même  placage,  la  même  sonorité  durent  trop  longtemps,- 
qu'il  est  lourd  et  monotone  ;  on  doit  en  dire  autant  des  pièces  de 
piano  dans  lesquelles  le  même  effet  persiste  obstinément  sans  les 
oppositions,  sans  les  trêves  qui  réveillent  l'attention  et  amènent  de  si 
beaux  contrastes.  Ainsi,  un  fortissimo  de  trois  ou  quatre  pages,  quand 
il  est  sans  relâche,  finit  toujours  par  allanguir  l'intérêt  et  fait  désirer 
ardemment  un  de  ces  bons  passages  plus  calmes  qui  reposent  les 
poignets  de  l'artiste  et  les  oreilles  des  auditeurs.  M.  Gustave  Péron- 
net  ne  nous  semble  pas  avoir  suffisamment  évité  ce  délaut.  Le  piano 
est  un  petit  orchestre  ,  et  c'est  peut-être  quand  il  est  traité  comme  tel 
qu'on  en  obtient  les  effets  les  plus  irrésistibles. 

Sauf  la  pureté  et  l'élégance  de  la  forme,  ces  études,  dédiées  à 
Emile  Prudent,  rappellent  plus  d'un  morceau  de  Thalberg,  de  ce 
maître  qui  n'a  pu  donner  à  ses  nombreux  imitateurs  ni  l'art  ni  le  goût 
qui  distinguent  sa  manière  large  et  noble.  En  somme,  avec  les  qua- 
lités répandues  daDS  ses  études  et  plus  encore  dans  sa  sonate,  si 
M.  Péronnet  abandonne  les  tours  de  force,  puérils  souvent,  fatigants 
toujours,  s'il  épure  son  harmonie,  s'il  évite  les  duretés  qu'on  se  croit 
trop  autorisé  à  permettre  dans  la  musique  de  piano,  il  arrivera  à 
satisfaire  entièrement  ceux  qui  n'aiment  les  traits  et  les  difficultés  que 
comme  vêlement  de  la  phrase  mélodique. 

Adolphe  BOTTE. 


REVUE  DES  THEATRES. 


Tiiéatke-Fiuivçais  :    la  Considération,    comédie    en  quatre  actes  et 
en  vers,    par  M.  Camille  Doucet. 

Quand  le  culte  de  l'or  menace  de  dominer  tous  les  intérêts  de  la 
vie,  il  est  bon  que  d'éloquentes  protestations  s'élèvent  pour  rappeler 
à  ceux  qui  sont  trop  disposés  à  l'oublier,  que  si  certains  actes  échap- 
pent à  la  loi,  ils  n'en  sont  pas  moins  justiciables  de  l'opinion.  Bien 
des  gens  peuvent  être  aveuglés  par  de  coupables  capitulations  de  cons- 
cience, lorsque  le  silence  règne  autour  d'eux  ;  mais  il  en  est  peu  qui 
soient  assez  détachés  du  respect  d'eux-mêmes  pour  résister  à  la  ma- 
nifestation du  blâme   et  du  mépris  publics. 

C'est  là  ce  que  s'est  proposé  M.  Camille  Doucet  en  écrivant  la  comé- 
die en  quatre  actes  qu'il  vient  de  faire  représenter  au  Théâtre-Fran- 
çais sous  le  titre  de  la  Considération.  Le  but  élevé  de  cette  œuvre, 
honorable  à  tous  égards,  nous  oblige  à  entrer  dans  quelques  détails 
que  notre  cadre  restreint  ne  nous  permet  pas  souvent  d'aborder. 


Un  mariage  d'amour  et  de  convenance  tout  à  la  fois  est  sur  le 
point  de  s'accomplir  entre  Lucien  Dubreuil,  fils  d'un  opulent  finan- 
cier, et  Laure  Bernard,  fille  d'un  honorable  magistrat.  Rien  ne  semble 
devoir  entraver  le  bonheur  des  deux  fiancés,  lorsque  tout  à  coup  se 
présente  chez  M.  Bernard  un  jeune  homme  dont  le  père  a  été  ruiné 
par  les  fausses  spéculations  d'un  faiseur  d'affaires,  qui,  moyennant 
une  liquidation  de  20  0/0,  s'est  acquitté  envers  ses  créanciers  et  a 
recommencé  sa  fortune  sur  nouveaux  frais.  Or,  cet  homme,  inatta- 
quable aux  yeux  de  la  loi,  mais  non  à  ceux  de  la  société,  n'est  autre 
que  le  financier  Dubreuil,  qui  est  reconnu  par  Armand  Verdier  le  jour 
même  où  se  signe  le  contrat  de  mariage  de  Lucien  et  de  Laure. 

La  révélalion  de  ce  fait  qui  parvient  aux  oreilles  de  Lucien,  le  cou- 
vre de  confusion  et  le  décide  à  renoncer  à  l'alliance  de  M.  Bernard. 
11  se  taira,  il  n'adressera  pas  un  reproche  à  son  père,  mais,  secrète- 
ment encouragé  par  sa  mère,  il  essaiera  de  désintéresser  les  anciens 
créanciers  de  Dubreuil.  Pour  commencer,  il  offre  à  Armand  Verdier  les 
500,000  francs  consacrés  à  son  établissement,  et,  par  un  noble  senti- 
ment d'émulation,  la  famille  Bernard  tout  entière  prétend  concourir  à 
la  réhabilitation  paternelle  tentée  par  Lucien. 

Dubreuil  apprend  enfin  ce  qui  se  passe,  ses  yeux  s'ouvrent  à  la  lu- 
mière; il  reconnaît  que  la  considération,  dont  il  a  cru  jusque-là  pou- 
voir se  passer,  n'est  pas  un  vain  mot,  et,  faisant  amende  honorable, 
il  promet  d'effacer  le  passé  en  méritant  l'estime  que  son  fils  a  si 
généreusement  conquise  pour  lui. 

Telle  est  la  donnée  profondément  morale,  que  M.  Camille  Doucet 
a  traitée  avec  un  talent,  et  l'on  peut  dire  avec,  une  conviction  qui 
font  le  plus  grand  honneur,  non  moins  à  son  cœur  qu'à  son  esprit. 
L'action  de  sa  comédie  est  pleine  d'un  intérêt  habilement  gradué  et 
allant  parfois  jusqu'au  pathétique.  Les  caractères  sont  en  général  fort 
bien  tracés,  et  cette  qualité  est  d'autant  plus  méritoire  qu'ils  sont  nom- 
breux. La  brièveté  de  notre  analyse  ne  nous  a  pas  permis  de  signaler 
tous  les  personnages.  Ceux  dont  nous  avons  parlé,  et  qui  sont  les  plus 
importants,  n'ont  pas  besoin  d'être  expliqués  ;  l'action  les  fait  suffi- 
samment connaître  ;  mais  nous  constatons  qu'ils  sont  merveilleusement 
rendus  par  l'élite  de  la  Comédie  française.  Régnier  est  excellent  dans 
le  rôle  difficile  du  financier  Dubreuil;  Geffroy  représente  le  magistrat 
Bernard  avec  une  rare  pe"fection  ;  Delaunay  et  Bressant  ne  laissent 
absolument  rien  à  désirer  dans  les  rôles  de  Lucien  et  d'Armand. 
Mme  Guyon  est  très-touchante  sous  les  traits  de  Mme  Dubreuil,  et 
Mlle  Favart,  qui  joue  Laure,  est  digne  de  son  fiancé  Lucien.  Parmi  les 
autres  per;onnages  ,  nous  citerons  celui  d'un  fruit  sec  de  collège, 
vieilli  dans  les  bureaux,  jaloux  de  toute  supériorité  intellectuelle  ou 
sociale,  physionomie  remarquablement  esquissée,  et  très-bien  réussie 
par  Monrose,  ainsi  que  celle  d'un  agioteur  du  grand  monde  auquel 
Leroux  imprime  un  louable  cachet  d'élégant  persifïlage. 

De  pareils  interprètes  auraient  assuré  le  succès  de  la  Considération, 
q.:and  bien  même  cette  comédie  n'eût  pas  eu  par  elle-même  les  élé- 
ments nécessaires  pour  enlever  les  applaudissements  du  public.  Sa 
haute  portée  morale,  sa  forme  essentiellement  littéraire,  suffisent  pour 
justifier  l'accueil  qu'elle  a  reçu.  L'auteur  du  Fruit  défendu  et  des 
Ennemis  de  la  maison  a  fait  un  grand  pas  de  plus  dans  la  carrière. 
D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 

„**  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  le  Prophète  a  repris  mercredi 
le  cours  do  ses  représentations.  Gueymard,  parfaitement  remis  des 
douleurs  qu'un  refroidissement  lui  avait  causées,  a  été  salué  à  son 
entrée  de  bravos  sympathiques.  Sa  voix,  plus  belle  que  jamais,  avait 
profité  d'un  repos  forcé.  Mme  Tedesco,  toujours  admirable  dans  le  rôle 
de  Fidès,  et  Mlle  Amélie  Iiey,  qui  remplissait  celui  de  Bertha,  ont  aussi 
été  fort  applaudies. 


402 


HKVLE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


»%  Le  d-but  d'un  nouveau  ténor,  M.  Labat,  qui  a  quitté  le  professo- 
rat pour  le  théâtre,  aura  lieu  dans  la  Juire. 

#**  M.  Mocker  vient  de  renoncer  aux  fonctions  de  régisseur  qu'il  oc- 
cupait depuis  si  longtemps.  Tout  en  continuant  du  reste  â  faire  partie 
de  la  troupe  de  l'Opéra-Comique ,  l'excellent  comédien  a  du  reprendre 
une  liberté  devenue  indispensable  à  sa  position  de  professeur  du  Con- 
servatoire. Il  est  remplacé  par  .M.  Leroy. 

*%  Les  répétitions  générales  du  Roi  Barkouf  ont  commencé  cette  se- 
maine. La  nouvelle  partition  d'Offenbach  sera  probablement  exécutée 
vers  la  fin  de  ce  .mois;  Mlles  Saint-Urbain  et  Bélia;  Mme  Casimir,  et 
MM.  Warot,  Saint-Foy,  Lemaire,  Berthelier  et  Nathan  rempliront  les 
principaux  rôles  de  l'ouvrage. 

t**  Engagée  pour  quelques  représentations,  Mme  Marie  Cabel  a  fait  sa 
réapparition,  à  l'Opéra-Comique,  dans  la  Part  du  Diable,  et  l'on  s'est 
repris  de  plus  belle  à  applaudir  aux  hardiesses  éblouissantes  et  aux  char- 
mantes mutineries  de  son  chant.  Elle  a  continué  la  série  de  ses  succès 
de  passage  par  YEtoile  du  Nnrd,  qui  a  été  représentée  vendredi  aux  ap- 
plaudissements d'nne  salle  comble.  —  Aujourd'hui  dimanche,  VEtoik  du 
A'urd  pour  la  251e  représentation. 

„**  Mlle  Wertheimber  a  terminé  hier  la  série  des  représentations 
extraordinaires  du  Pardon  de  Ploërmel.  On  n'oubliera  pas  l'essai  hardi 
que  la  jeune  cantatrice  a  fait  de  son  talent  et  la  nouvelle  preuve 
qu'elle  a  donnée  de  son  intelligence  dans  le  bel  ouvrage  de  Meyerbeer, 
qui  sera  désormais  un  des  plus  beaux  fleurons  de  son  répertoire  en 
France  et  à  l'étranger. 

„.%  Une  représentation  doit  être  incessamment  donnée  au  bénéfice  de 
Mme  Cabel;  un  acte  du  Pardon  de  Ploërmel,  un  acte  de  Jaijuarita  et 
un  acte  du  Toréador,  en  composeront  le  programme. 

„%  On  a  lu  aux  artistes  de  l'Opéra-Comique  un  opéra  en  deux  actes  de 
M.  de  Leuven,  intitulé  André.  La  musique  de  cet  ouvrage  est  confiée  à 
M.  F.  Poise,  auteur  de  Bonsoir  voisin  et  des  Charmeurs.  L'ouvrage  sera 
joué  par  MM.  Crosti,  Ponchard,  Prilleux,  Ambroise,  Mmes  Lemercier, 
Tuai  et  Casimir. 

%*%  Au  théâtre  Italien,  la  Traviita  a  été  reprise  jeudi:  Mme  Penco, 
Gardoni  et  Graziani  y  ont  obtenu  leurs  succès  habituels.  Hier  II  Matri- 
monio  s  greto  avait  attiré  un  brillant  public,  et  dans  quelques  jours  Ron- 
coni  jouera  le  rôle  de  Riyoletlo,  dans  lequel  il  est,  dit  on,  admirable. 

**„,  Les  études  d'un  opéra-comique,  les  Deux  Cadis,  paroles  de  M.  Fur- 
pille,  musique  de  M.  Th.  Imbert,  viennent  de  commencer  au  théâtre 
Lyrique.  MM.  Grillon,  Wartei,  Gabriel  et  Mlle  Faivre  en  rempliront  les 
différents  rôles. 

*%  On  termine  les  combles  du  théâtre  Lyrique,  place  du  Chàtelet.  Ce 
théâtre  a  trois  étages  sur  le  rez-de-chaussée  par  derrière  et  sur  les  côtés. 
Sur  le  devant,  le  premier  étage,  où  sera  le  foyer,  prend  à  lui  seul  deux 
de  ces  étages.  Il  a  onze  croisées  de  façade  sur  l'avenue  Victoria  et  au- 
tant sur  le  quai  de  Gèvres,  et  neuf  du  côté  du  levant. 

„%  Le  théâtre  Déjazet  a  donné,  il  y  a  quelques  jours,  la  première 
représentation  d'une  opérette  dont  la  musique  est  de  M.  Debillemont. 
As-tu  déjeuné,  Jacquot?  est  un  petit  acte  qui  n'a  rien  de  bien  saillant 
comme  libretto,  mais  dont  les  mélodies  sont  fraîches  et  originales;  l'ou- 
verture renferme  une  mazurka  très-réussie,  et  il  y  a  dans  le  courant 
de  la  pièce  une  polka  charmante.  La  pièce  est  bien  jouée  par  JIM.  Guf- 
froy,  Halbleib  et  Mlle  Key. 

***  Roger  a  commencé  la  série  de  ses  représentations  â  Marseille;  par 
le  Prophète  et  la  Dame  blanche  il  y  a  obtenu  le  succès  le  plus  éclatant. 

„*„  Le  succès  do  Mlle  Masson  à  la  Pergola  de  Florence,  dans  le 
Prophète,  a  été  des  plus  brillants.  Les  bravos  et  les  fleurs  l'ont  accueillie 
après  chaque  morceau  et  surtout  le  grand  air  du  cinquième  acte.  Elle 
doit  chanter  prochainement  dans  Norma,  où  déjà  elle  a  fait  ses  preuves 
tant  en  Italie  qu'en  Espagne. 

**„  Mlle  Marie  Brunet,  la  brillante  élève  de  Duprez,  vient  de  se 
rendre  à  Berlin,  où  elle  est  engagée  à  l'Opéra  royal. 

„,**  Voici  une  note  que  nous  trouvons  dans  le  journal  li  Patrie,  et 
que  nous  croyons  devoir  reproduire:  «  Il  vient  de  se  passer  à  Berlin  un 
»  fait  assez  étrange,  qui  intéresse  un  de  nos  compatriotes.  M.  Taure  avait 
o  été  engagé  pour  donner  une  série  de  représentations  sur  les  théâtres 
»  royaux.  Le  célèbre  baryton,  qui  a  débuté  dans  Lucrezia  Borgia,  a  été 
»  rappelé  trois  fois  clans  un  seul  acte,  et  tous  les  journaux  allemands 
»ont  été  unanimes  à  constater  lo  gYarid  succès  qu'il  a  obtenu  dans  cette 
»  première  audition.  En  dépit  de  cet  accueil  chaleureux,  le  lendemain, 
»  l'artiste  reçoit  la  visite  d'un  envoyé  de  l'intendant  des  théâtres, 
»  M.  de  Ilûlsen,  chargé  de  lui  signifier  qu'à  l'avenir  il  ne  devait  plus 
»  paraître  dans  la  troupe  italienne,  mais  bien  dans  la  troupe  allemande 
«du  Théâlre- Royal.  Eu  présence  d'un  pareil  procédé,  AI.  Faure  crut 
»  devoir  refuser,  et  l'engagement  a  été  résilié  d'un  commun  accord.  » 
La  note  que  l'on  vient  de  lire  rectifie  jusqu'à  un  certain  point  une  autre 
note  publiée  par  plusieurs  journaux  et  dans  laquelle,  entre  autres  erreurs 
étranges,  on  disait  que  M.  Fauro  avait  été  engagé  â  Berlin  pour  chanter 
le  Pardon  de  Ploërmel,  tandis  que  cet  ouvrage  ne  figurait  en  aucune  façon 
dans  l'engagement  de  l'artiste  français. 


„%  Le  concours  d'harmonie  et  de  composition  pour  les  classes  d'élèves 
militaires  au  Conservatoire  de  musique  a  eu  lieu  vendredi,  9  novembre, 
sous  la  présidence  de  M.  Auber.  En  voici  le  résultat  :  1"  prix,  M.  Fleid, 
élève  de  M.  Bazin;  2e  prix.  M.  Elfrique,  élève  de  M.  Bazin.  rr  accessit, 
M.  SchOn,  élève  de  M.  Bazin  ;  2°  accessit,  M.  Massât,  élève  de  M.  Jonas; 
3e  accessit,  M.  Berteu,  élève  de  M.  Bazin;  4°  accessit,  M.  Cerani,  élève 
de  M  Bazin. 

**„  Le  même  jour,  a  eu  lieu  le  concours  de  solfège  pour  les  élèves 
militaires  également:  1er  prix,  M.  Berteu,  élève  de  M.  Emile  Durand; 
2e  prix,  M.  Uévérand,  élève  de  M.  Napoléon  Alkan.  1"  accessit,  M.  Delar- 
roqua,  élève  de  M.  Napoléon  Alkan;  2e  accessit,  M.  lleid,  élève  de 
M.    Durand;  3e  accessit,  M.  Apte,  élève  de  M.  Alkan. 

t*„,  M.  Eugène  Provost,  auteur  de  Cosimo ,  et  ancien  pensionnaire  de 
France  à  Rome,  vient  d'être  nommé  par  S.  M.  la  reine  d'Espagne,  Isa- 
belle II,  chevalier  de  l'ordre  royal  de  Charles  III. 

,,**  A  la  mention  que  contenait  notre  dernier  numéro  sur  la  tournée 
artistique  du  jeune  violoniste  Sarasate  en  Espagne,  nous  ajouterons 
quelques  détails.  A  Barcelone,  où  l'élève  d'Alard  a  fanatisé  tout  le 
monde,  on  l'a  nommé  membre  honoraire  du  Conservatoire.  A  peine  ar- 
rivé à  Madrid,  la  reine,  qui  l'avait  connu  tout  enfant,  et  le  roi,  l'ont 
admis  auprès  d'eux.  Dans  leur  ravissement  tout  naturel,  IX.  MM.  l'ont 
surnommé  le  Puganini  espagnol.  A  son  premier  concert  on  l'a  rap- 
pelé huit  l'ois  :  le  public  était  sous  le  charme,  et  toute  la  presse  madri- 
lène s'est  accordée  à  chanter  ses  louanges.  Le  jeune  Sarasate  reviendra 
cet  hiver  à  Paris  pour  y  donner  un  grand  concert,  avant  de  commencer 
ses  voyages  à  travers  l'Europe. 

**,,  Le  Moniteur  de  Bruxelles  contenait  récemaient  dans  sa  partie 
officielle  un  rapport  du  ministre  de  l'intérieur,  M.  Charles  Rogier,  que 
suivait  un  arrêté  royal,  en  date  du  12  novembre,  disposant  qu'il  sera 
publié  «  par  les  soins  du  gouvernement,  une  collection  des  œuvres  les 
plus  remarquables  des  anciens  compositeurs  belges,  traduites  en  Dota- 
tion moderne.  » 

„*„  Mlle  Bochkoltz-Falconi,  l'excellente  cantatrice  que  de  nombreux 
engagements  appelaient  loin  de  Paris  pendant  les  vacances,  nous  est 
revenue  d'une  brillante  tournée  qu'elle  a  faite  en  Suisse  et  en  Allemagne 
ayee  le  pianiste  Auguste  Mey,  dont  la  réputation  s'est  augmentée  des 
succès  obtenus  pendant  ce  voyage.  Parmi  les  morceaux  de  musique  mo- 
derne que  la  cantatrice  a  fait  entendre  dans  tous  les  concerts  (on  sait  que 
la  musique  classique  ancienne  n'y  manque  jamais),  il  faut  citer  l'air  de 
l'Ombre  du  Pardon  et  les  brillantes  variations  composées  pour  elle  par 
Gutave  Iléquet,  qui  ont  enlevé  le  public  et  fait  littéralement  fureur. 

„,*„,  C'est  mercredi  21  novembre,  à  onze  heures  et  demie,  que  l'asso- 
ciation des  artistes  musiciens  fera  exécuter  dans  l'église  Saint-Eustache,  à 
l'occasion  de  la  fête  de  sainte  Cécile,  la  messe  solennelle  du  maestro  Bo- 
netti,  chef  d'orchestre  du  théâtre  impérial  italien.  Les  soli  seront  chantés 
par  les  premiers  artistes  de  Paris;  les  chœurs  seront  dirigés  par 
.Mil.  Charamonte  et  Uurand,  et  quatre  cents  artistes,  dirigés  par  M.  Bo- 
netti  concourront  h  cette  solennité  religieuse  et  musicale.  Le  grand 
orgue  sera  tenu  par  M.  Batiste,  organiste  de  l'église  de  Saint-Eustache. 

t*H.  La  collection  du  Répertoire  des  orphéons  obtient  un  véritable  suc- 
cès de  vogue;  les  sociétés  chorales  adressent  chaque  jour  de  nouvelles 
demandes  aux  éditeurs,  afin  de  se  procurer  les  plus  beaux  chœurs  des 
partitions  les  plus  justement  célèbres;  l'Orphéon  de  la  ville  de  Paris  a 
choisi  également  dans  cette  collection  brillante  les  chœurs  de  la  cha- 
pelle, de  la  Muette,  et  celui  des  Buveurs,  du  Comte  Ory. 

„.%  Mme  Marie  Lawroff,  qu'on  a  applaudie  l'hiver  dernier  à  la  salle 
Herz,  est  de  retour  à  Paris.  Cantatrice  de  l'ordre  le  plus  distingué, 
Mme  Lawroff  est  appelée  à  briller  dans  nos  concerts  et  dans  nos  réu- 
nions musicales  de  la  saison  prochaine. 

*%  Nous  appelons  l'attention  de  nos  lecteurs  sur  les  annonces  pu- 
bliées dans  notre  numéro  de  ce  jour.  Au  moment  où  artistes  et  ama- 
teurs préparent  leur  répertoire  de  la  saison  d'hiver,  nous  ne  saurions 
trop  Lur  recommander  les  œuvres  nouvelles  des  pianistes-compositeurs 
les  plus  estimés,  tels  que  Franz  Liszt,  Stéphen  Heller,  Henri  Litolff, 
Goria,  René  Favarger,  J.  Rummel,  Magnus,   Neustedt,  Méreaux,  etc.  etc. 

„,%  La  Société  chorale  la  Teutonia  a  donné  le  10  novembre,  dans  la 
salle  du  Grand-Orient  de  France,  un  grand  concert  en  l'honneur  de  l'an- 
niversaire de  la  naissance  de  Schiller.  On  a  surtout  applaudi  le  beau 
chœur  inédit  de  G.  Meyerbeer,  A  la  Patrie,  admirablement  rendu  parla 
Société,  et  plusieurs  morceaux  exécutés  par  M.  G.  Jacobi.  Le  jeune 
violoniste  a  fait  beaucoup  d'effet  avec  sa  grande  fantaisie  sur  l'Etoile  du 
Nord  et  sa  grande  valse  de  concert. 

„%  Le  premier  concert  de  la  saison  sera  donné  dans  les  premiers 
jours  du  mois  prochain  par  Joseph  Wieniawski  dans  les  salons  Pleyel. 
Nous  en  donnerons  le  programme  prochainement. 

a,**  Le  jury  de  l'exposition  universelle  de  Besançon  vient  de  confirmer 
l'immense  succès  des  pianos  Herz  à  l'exposition  universelle  de  Paris  (mé- 
daille d'honneur),  en  les  plaçant  hors  concours  et  en  accordant  â  la  mai- 
son Henri  Herz  le  diplôme  d'honneur. 

„*,.  Jeudi,  entre  les  belles  fantaisies  sur  les  Huguenots  et  sur  Martha, 


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fort  bien  arrangées  et  fort  bien  interprétées,  l'orchestre  d'Arban  a  exé- 
cuté avec  sa  verve  habituelle  le  scherzo  d'une  symphonie  en  soi  due  à 
la  plume  de  M.  Savari,  chef  de  musique  au  34e  de  ligne.  Une  facture 
excellente  et  de  la  bonne  école,  un  style  où  quelques-unes  des  ressources 
de  la  fugue  sont  employées  avec  autant  d'aisance  et  de  liberté  que  d'élé- 
gance et  de  finesse,  une  orchestration  pleine  de  vigueur  et  aussi 
de  délicatesse,  telles  sont  les  qualités  qu'on  a  surtout  appréciées.  Le 
succès  a  été  assez  grand  pour  que  les  amateurs  de  bonne  et  sérieuse  mu- 
sique désirassent  entendre  l'œuvre  entière.  En  attendant,  nous  pouvons 
dire  que  ce  scherzo,  de  modulations  colorées  et  piquantes,  d'harmonies 
serrées  et  riches,  est  constamment  d'une  franchise  et  d'une  netteté 
rares.  La  sobriété,  l'absence  de  tout  bruit  exagéré,  ont  dérouté  ceux 
qui  croient  à  l'influence  de  l'habitude  et  de  l'uniforme,  comme  s'ils  ne 
retrouvaient  pas  tous  les  jours,  au  théâtre  et  même  à  l'église,  ce  qu'ils 
ont  coutume  de  reprocher  à  la  musique  militaire. 

*%  Parmi  les  publications  intéressantes,  nous  signalons  en  première 
ligne  la  Collection  des  chefs-d'œuvre  des  grands  maîtres,  arrangés  pour  les 
petites  mains  par  Croisez,  Cramer,  Alphonse  Leduc,  P.  Norewsky,  etc  ,  etc. 
Cette  édition,  publiée  par  Adolphe  Catelin,  renferme  plusieurs  séries.  La 
première,  qui  est  en  vente,  contient  les  ouvrages  suivants  :  Barbier  de 
Séeille.  de  llossini;  Cenerentola,  de  lîossini  ;  Elisire  d'Âmore;  dePonizetti; 
Nuzze  di  Figaro,  de  Mozart  ;  Richard  Cœur  de  Lion,  de  Grétry  ;  ii'ojmam- 
bula,  de  Bellini. 

***  Depuis  1 664  jusqu'à  nos  jours,  la  Comédie-Française  possède 
dans  ses  cartons  les  documents  les  plus  curieux  sur  les  origines  du 
Théâtre-Français,  sur  l'hôtel  de  Bourgogne,  sur  la  première  association 
que  dirigeait  Molière.  De  temps  en  temps  on  a  fait  à  ce  précieux  dépôt 
des  emprunts  qui  ont  vivement  excité  la  curiosité  publique.  Pour  la  sa- 
tisfaire, la  Comédie-Française  va  publier  d'une  manière  régulière  ses 
Archives.  La  première  partie  contiendra,  assure-t-on,  le  Registre  de  La- 
grange,  écrit,  jour  par  jour,  par  les  comédiens,  et  qui  renferme  les  ren- 
seignements les  plus  intéressants,  les  anecdotes  les  plus  curieuses.  On 
y  ajoutera  même  des  fac-similé  de  lettres,  de  signatures,  de  pièces  de 
la  plus  grande  rareté.  MM.  Régnier,  Provost,  Guillard  doivent  accom- 
pagner ces  révélations  d'annotations  et  d'explications  nécessaires.  Enfin 
M.  Thierry,  le  directeur,  si  expert  dans  toutes  les  choses  qui  intéressent 
la  littérature,  l'histoire  et  la  bibliographie,  se  chargera  de  l'ensemble  de 
la  publication.  Voilà  certes  un  ouvrage  qui  ne  peut  manquer  d'être  ac- 
cueilli par  d'universels  applaudissements. 

„,%  M.  Joseph  Mayer,  artiste  de  mérite,  ancien  rival  de  Levassor, 
fondateur  des  Folies-Mayer,  aujourd'hui  Théâtre  Déjazet,  vient  de  mou- 
rir à  Paris. 

i*^  M.  Galiotti  (Gustave),  ancien  directeur  du  grand  théâtre  de  Napies 
et  agent  du  théâtre  Italien  à  Paris,  est  mort  vendredi  9  novembre ,  à 
l'âge  de  cinquante-sept  ans. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


„*„  Rouen.  —  La  reprise  du  Pardon  de  Ploërmel,  si  délicieusement  in- 
terprété par  MM.  Méric,  Gerpré  et  Mme  Barbot,  attire  constamment  la 
foule. 

#%  Marseille.  —  M.  Bussine  et  Mme  Biquier-Delaunay  ont  fait  leur 
premier  début  dans  le  Caïd  ;  cette  épreuve  leur  a  été  favorable.  —  Nous 
avons  eu,  pour  les  débuts  de  Mme  Lafranque,  une  bonne  représen- 
tation de  Robert  le  Diable.  M.  Depassio  a  été  magnifique  dans  le  rôle  de 
Bertram,  et  M.  Louault  a  eu  plusieurs  bons  moments  dans  le  rôle  de 
Robert.  —  Le  célèbre,  violoniste  Sivori  se  fera  entendre  prochainement 
dans  plusieurs  concerts.  On  espère  que  M.  Montelli  traitera  avec  ce 
brillant  virtuose. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


„%  Bruxelles.—  Le  succès  de  la  reprise  de  l'Etoile  du  Nord  dépasse 
toute  prévision.  Chaque  fois  que  l'opéra  de  Meyerbeer  figure  sur  l'affiche, 
la  salle  est  comble,  et  dimanche  dernier  une  grande  quantité  de  places 
ont  dû  être  refusées.—  Nous  avons  eu  pour  les  représentations  de  la 
semaine  les  Dragons  de  Villars  et  Guillaume  Tell.  Une  débutante, 
Mme  Hiller-Mitchell,  a  subi  sa  première  éprouve  daus  le  rôle  de  Mathildo. 
Ce  début  a  été  heureux. 

***  Bruges.—  On  a  repris  dimanche  dernier  li  Muette  de  Poriici  devant 
une  salle  comble.—  A  bientôt  la  première  représentation  du  Pardon  de 
Ploërmel. 

**t  Gand.  —  On  a  repris  dimanche  les  Dragons  de  Villars.  Audran  a 
parfaitement  chanté  le  rôle  de  Sylvain,  et  la  romance  du  premier  acte 
lui  a  valu  les  suffrages  de  la  salle  tout  entière.  Mlle  Kperche  est  char- 
mante sous  les  traits  de  Rose  Friquet.  —  Les  Pantins  de  Violette  ont  ob- 
tenu beaucoup  de  succès. 


„*„  Anvers.  —  A  la  représentation  de  gala  qui  a  eu  lieu  en  présence 
du  roi  et  de  la  famille  royale,  on  a  donné  Martha.  L'opéra  de  Flotow  a 
été  interprété  de  la  façon  la  plus  distinguée. 

**„  Londres. —  Les  Huguenots,  l'œuvre  de  prédilection  des  Anglais,  fait 
chaque  soir  salle  comble  au  théâtre  de  Sa  Majesté.  Mlle  Titjens  est  une 
magnifique  Valentme.,  et  Giuglini  l'un  des  meilleurs  Raoul.  Le  succès 
qu'obtiennent  ces  artistes  après  le  fameux  duo  du  quatrième  acte  est 
prodigieux.  Robin  Hood  continue  sa  carrière  brillante  et  alterne  avec 
les  Huguenots  et  Don  Giovanni. —  Dinorah,  Lurline,  la  Rose  de  Castille  et 
les  Diamants  de  la  couronne  ont  été  représentés  cette  semaine  à  Covent- 
Garden.  —  La  grande  manufacture  de  pianos  de  la  maison  Chappel  vient 
d'être  détruite  par  un  incendie. 

**„  Stuttgart,  44  novembre.  —  Hier  a  eu  lieu  ici  la  première  repré- 
sentation du  Nid  de  Cigogne,  opéra  de  Vogel,  composé  pour  Bade  et  joué 
l'année  dernière.  C'est  sans  contredit  la  meilleure  œuvre  musicale  que 
l'on  ait  écrite  pour  cette  ville.  La  partition,  fraîche  et  animée,  rappelle 
souvent  ce  que  nous  appelons  en  Allemagne  la  vieille  école  française 
dont  l'auteur  a  su  rajeunir  les  formes  en  la  relevant  par  des  accom- 
pagnements d'une  élégance  remarquable.  C'est  sur  la  demande,  du  roi 
que  l'ouvrage  a  été  donné  ;  l'auteur  était  venu  pour  en  diriger  les  répé- 
titions. Le  succès  a  été  complut;  plusieurs  morceaux  ont  du  être  répé- 
tés, et  après  la  représentation,  M.  Vogel  a  été  obligé  de  se  montrer  sur 
le  théâtre  où  les  applaudissements  l'ont  accueilli.  L'exécution  n'avait 
rien  laissé  à  désirer  pour  l'orchestre  ni  pour  les  chanteurs.  Mme  Mar- 
low  a  obtenu  un  succès  d'enthousiasme,  surtout  dans  la  romance  où 
elle  exprime  le  désir  de  voir  revenir  la  cigogne,  ainsi  qne  M.  Schûtky 
dans  la  grande  scène  mélodramatique.  Pourquoi  donc  l'Opéra-Comique  ou 
le  théâtre  Lyrique  dédaigneraient-ils  de  faire  connaître  cet  ouvrage  au 
public  parisien  ? —  On  prépare  plusieurs  grands  concerts  dans  la  nou- 
velle salle  du  Kœnigsbau  (palais  royal),  ce  magnifique  monumenteonstruit 
par  notre  célèbre  architecte  Leins,  à  qui  le  roi  a  hautement  témoigné 
sa  satisfaction. 

„,*„  Berlin. —  Au  théâtre  Victoria,  on  a  donné  pour  la  première  fois 
la  Traviata,  de  Verdi.  Mme  de  Lagrange,  qui  débutait  dans  le  rôle  de 
Violette,  y  a  fait  preuve  d'une  habileté  prodigieuse,  qui,  jointe  à  un 
jeu  plein  d'énergie,  a  produit  un  effet  immense.  Après  la  célèbre  can- 
tatrice, qui  a  reçu  de  nombreux  témoignages  de  sympathie  enthousiaste, 
on  a  remarqué  Délie  Sedie,  chargé  du  rôle  de  Georges  Germonti.  Un 
nouveau  ténor,  Danielli,  a  interprété  sans  grand  succès  le  rôle  si  im- 
portant d'Alfred.  —  Mlle  Trebelli  n'a  pas  accepté  l'engagement  que 
lui  avait  offert  l'Opéra  de  la  cour.  —  La  Schiller-Marsch  a  été  exécutée 
avec  le  plus  grand  succès,  à  l'occasion  de  la  fête  du  10  novembre, 
organisée    par   la  Société  le  Schiller-bund. 

***  Hambourg. —  Une  jeune  cantatrice  pleine  de  talent  et  d'avenir, 
Mlle  Spannagel,  vient  de  succomber  à  un  empoisonnement  par  impru- 
dence. Des  allumettes  chimiques  étaient  tombées  dans  son  café,  qu'elle 
prit  immédiatement  après  les  avoir  enlevées  :  trois  jours  après, 
Mlle  Spannagel  avait  cessé  de  vivre.  Elle  avait  paru  pour  la  dernière  fois 
au  Thalia-Theater,  à  Hambourg. 

*%  Munich. —  L'association  des  membres  de  la  chapelle  royale,  connue 
sous  le  nom  d'Académie  de  musique,  a  célébré,  le  <U''  novembre,  le  cin- 
quantième anniversaire  de  son  existence  par  un  concert  extraordinaire. 
VAlleluia  de  Haendel,  exécuté  par  trois  cents  artistes,  produisit  un  effet 
immense  ;  ensuite  Mme  Strassmann-Damboek  récita  une  pièce  de  vers 
analogue  à  la  circonstance  La  solennité  s'est  terminée  par  l'exécution 
d'Esther,  oratorio  que  Haendel  écrivit  en  i720.  —  Le  célèbre  poète  Gei- 
bel  vient  de  publier  le  texte  de  Loreley,  opéra  dont  Mendelssohn  avait 
commencé  à  écrire  la  musique. 

£%  Vienne. —  La  Société  académique  de  chant  a  célébré  l'anniver- 
saire de  la  naissance  de  Schiller  par  une  solennité  dont  la  recette  est 
destinée  au  monument  Schiller.  A  l'occasion  du  même  anniversaire,  il  y 
a  eu  au  théâtre  de  l'Opéra  de  la  cour  une  matinée  musicale,  où  l'on  a 
exécuté  entre  autres  :  Hero  et  Léandre,  ballade  de  Schiller,  musique  de 
Lindpaintner,  et  la  Cloche,  avec  tableaux  vivants. 

**„,  Genève.  —  Le  Roinan  d'Elvire  vient  d'être  mis  à  l'étude  ,  sous 
l'habile  direction  de  M.  Pépin,  chef  d'orchestre. 

**t  Turin. —  M.  Caliste  Borelli  vient  défaire  exécuter  une  symphonie 
en  quatre  parties,  dans  le  genre  classique,  et  qui  a  obtenu  un  éclatant 
succès.  M.  Borelli  est  élève  du  Conservatoire  impérial  de  musique,  et  il 
a  obtenu  un  premier  prix  d'harmonie  en  1S53. 

„,**  Rome. — Le  nouvel  opéra  de  Pacini,  Gianni  di  Nisildu,  a  obtenu  un 
très-beau  succès  au  théâtre  Apollo.  Le  maestro  n'a  pas  été  rappelé 
moins  de  vingt  fois.  Le  trio  du  second  acte  a  été  répété  à  la  demande 
générale.  Bettini  a  été  fort  remarquable.  La  l'onti  a  obtenu  un  véritable 
succès. 

„,*„,  Port-Louis  (île  Maurice). —  Les  artistes  français  composant  la  com- 
pagnie d'opéra-comique  ont  débuté  le  29  septembre  dernier  par  Robert 
le  Diable,  et  le  1"  octobre  ils  ont  chanté  le  Barbier. 


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Jlne 


ff. 


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Op.  28.  Transcription  variée.  Prix:  6  fr. 


Mo  Magiiiis 

Le  Pardon  «le  Ploermel,  de  MEYERBEER, 
Op .  72 .  Fantaisie-caprice.  Prix  :  9  fr . 


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Convenir  d'Amérique  (îankee  DoodleJ, 

Air  varié  de  Vieuxtemps,  transcrit  pour  le  piano.  —  Prix:  6  fr. 


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Petite  fantaisie  militaire  sur  des  motifs  d'A.  Maillart.  —  Prix  :  6  fr. 


Op.  45.  — Villanelle. —  Prix:  5  fr. 


JD.    MM  Mj  G 

Op.  127.  —  Souvenir  du  Tyrol.   —  Prix  :  6  fr. 


Mon  paradis, 

Andante  grazioso.  —  Op.  87. 
Prix  :  6  fr. 


i 


Constance, 

Allegretto.  —  Op.  86.  —  6  fr. 


Vivacité, 

Caprice-galop  de  concert.  Op.  95. 
Prix  :  7  fr.  50. 

Un   Rêve, 

Andante.  —  Op.  84.  —  6  fr. 


SOUVENIR  A  MA  CHAUMIERE 

Prix  :  S  fr. 


LA  PRIERE  D'UNE  VIERGE 

Arrangée  à  i  mains.  Prix  :  6  fr. 


©ou ce  rêverie. 

Prix  :  U  fr. 


Mazurka. 

Prix  :  b  francs. 


MUSIQUE  DE  DANSE: 


Quadrille  sur  des  chansonnettes  comiques  de  Lhuiller,  Offenbach  et 

Marc  Chautagne, 

Pour  le  piano.  Par    A  16  BAX.  Prix  :  h  fr.  50 


Quadrille  sur  les  motifs  de  l'opéra-comique  de 

Alfred  Dufresne, 

Pour  le  piano.  Par  STRAUSS.  Prix:  û  fr.  50. 


POUR  PARAITRE  PROCHAINEMENT 


Iinipronifilu.  —  (Miiïr  de  lune.  —  Souvenance.  — 
Ballade.    —    Polka   caractéristique.   —   Valse    élégante. 


(OEuvre  posthume) 
Fantaisie  biillunlr  sur  DOS  Jl  U,  de  Mozart 


FRANZ     LISZT 

Arrangement  en  MORCEAU  Ris  t'OA'CERT  pour  le  piano,  de  la 


COMPOSÉE    PAU 


G.     MEYERBEER 


km    ci  vn:\i  i.   m    ;\  UOl.ECKV  i 


CB,  BUE  lïERCÈnE.   20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  1. 


27e  Année. 


IV?  48. 


2Î>  Novembre  1860. 


ON  S'ABONNE  1 

Dana  les  Dépnrtements  et  à  l'Wr.'inger ,  chez  tou» 
les  Morchnnds  de  Musique,  les  Libraires,  et  aux 
Sureaux  dus  Messageries  et  dee  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT  : 

Paris 24  (r.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse. ..      30»       id. 

Élran3er 34  »       id. 

Le  Journal  paraît  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICAL 


-  ~rW\T JW\i\AA/V^ 


LA    REVUE    ET    GAZETTE    MUSICALE    OFFRE,    A    L'OCCASION    DU    NOUVEL    AN, 

Quatre  Prime®  -  Etreintes  (iseo-iseï) 


MUSIQUE  DE  PIANO  : 

LES 

ROMANCES  SANS  PAROLES 

Pour  le  Piano, 

MENDELSSOHN 

Réunies  en  un  volume  im-&° 
(36  morceaux) 


PREMIER    VOLUME    DE     LA    NOUVELLE    PUItl.ICATION    DU 

RÉPERTOIRE   DE  MUSIQUE  CLASSIQUE  DE  PIANO 


DEUX   BEAUX   PORTRAITS 


Photographiés    d'après    des  gravures    du 
temps ,  par  Petit  et  Xrinquart. 

FORMAT    DIT 

Cartes  tle  visite. 


MUSIQUE  DE  CHANT 


NOUVELLES  MÉLODIES 

Avec  accompagnement  de  Piano, 
Paroles  de 

VICTOR  HUGO,  TH.  GAUTIER  ET  S.  NIBELLE 

Musique  de 

(2e  série  de  ses  mélodies) 
Formant  un    llbuiu  de  chant,  format  in-4". 


A  partir  du  15  décembre,  ces  Primes  seront  remises  aux  anciens  abonnés  qui  renouvelleront  leur  abonnement 
et  aux  personnes  qui  en  prendront  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —  Association  des  artistes  musiciens  et  Association  philanthropique 
des  artistes  de  l'Académie  impériale  de  musique,  par  Adolphe  Botte.  — 
Premier  voyage  artistique  de  Spohr,  traduction  de  J.  Duesberg.  —  Bio- 
graphie universelle  des  musiciens:  Alard,  par  Fttis  père.  —  Paganini  et  Paér. 
—  Nouvelles  et  annonces. 


ASSOCIATION  DES  ARTISTES  MUSICIENS. 

Messe   de    Sainte- Cécile    à    Saint -Eustaclie. 

Les  musiciens  n'ont  point  encore  cessé  de  fêter  sainte  Cécile  ;  il 
faut  même  espérer  que,  malgré  les  progrès  de  la  philosophie  et  bien 
d'autres  progrès  encore,  ils  resteront  fidèles  à  cet  antique  usage  et 
qu'ils  reviendront  toujours  h  l'église,  ne  fût-ce  que  par  reconnais- 
sance ;  caries  beaux-arts,  en  général,  et  la  musique  en  particulier, 
lui  doivent  d'immortels  chefs-d'œuvre.  Donc,  mercredi,  à  Saint-Eus- 
tache,  une  messe  de  M.  Bonetti  était  exécutée  au  profit  de  l'Associa- 


tion des  artistes  musiciens  qui,  ou  ne  saurait  trop  le  dire,  doit  tant  à 
la  haute  intelligence,  au  caractère  élevé  et  au  noble  dévouement 
de  M.  le  baron  Taylor. 

Pour  rendre  compte  de  cette  messe,  nous  n'évoquerons  pas  les 
ombres  de  Palestrina,  de  Roland  de  Lassus,  de  Marcello,  etc.,  d'abord 
parce  qu'en  parlant  de  ce  glorieux  passé  de  l'art,  on  s'attache  seu- 
lement aux  œuvres  impérissables,  parce  qu'on  oublie  volontiers  tout 
ce  qui,  dans  le  même  système,  avec  les  mêmes  moyens  et  la  même 
harmonie,  a  été  écrit  de  médiocre  par  les  musiciens  sans  génie;  en- 
suite parce  que  tous  ceux  qui  ont  essayé  de  retourner  aux  anciens  ont 
fait  de  l'archaïsme,  et  n'ont  retrouvé  ni  la  naïveté,  ni  la  croyance, 
ni  la  simplicité,  ni  l'esprit  d'autrefois. 

Dans  le  tableau  de  Raphaël,  sainte  Cécile  semble  fouler  aux  pieds, 
comme  indignes,  les  flûtes,  les  violons,  etc.,  toutes  les  voix  mau- 
dites de  l'art  profane ,  et  paraît  donner  raison  à  ceux  qui  disent 
qu'à  l'église  tout  est  sensuel  excepté  l'orgue.  Malgré  cela,  et  en  dé- 
pit des  plus  pures  théories,  il  y  a  bien  longtemps  que  l'orchestre  re- 
tentit dans  le  sanctuaire,  et  nous  serions  fâché  qu'il  en  fût  autrement. 
D'ailleurs,  la  tonalité  moderne,  transportée  à  l'église,  n'est  pas  seule, 


406 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE; 


n'est  pas  même  coupable  du   tout  des  excès  et  des  inconvenances 
qu'on  lui  altribue. 

Le  Kyrie  de  la  messe  de  M.  Bonetti,  écrite  pour  deux  soprani, 
deux  ténors  et  une  basse,  est  un  andantino  à  6/8  où  abondent, 
comme  dans  presque  toute  la  partition,  et  nous  parlons  d'abord  des 
choeurs,  le  chant  syllabique  et  l'harmonie  plaquée. 

Dans  le  Gloria,  plus  franc  que  distingué,  nous  avons  retrouvé 
l'éternel  grupello  qu'on  emploie  dans  tous  les  opéras,  dans  toutes  les 
situations  tristes  ou  gaies. 

La  pauvreté  de  certaines  marches  d'harmonie,  l'abus  de  certaines 
rosalies  qui,  sur  ces  mots,  par  exemple  :  Lavdamus,  adoramus,  des- 
cendent toute  une  octave  avec  une  grande  uniformité,  donnent  de  la 
lourdeur  et  de  la  monotonie  à  ce  morceau  le  plus  développé  de  tous, 
et  celui  aussi  qui  manque  le  plus  d'unité. 

11  y  a  encore  beaucoup  d'unissons;  il  y  en  a  même  trop  :  on  en  trouve 
au  Filins  Patris,  on  en  trouve  encore  au  Domine  Detts  qui,  par  pa- 
renthèse, rappelle  singulièrement  la  marche  du  sacre  du  Prophète. 

Le  style  fugué  n'est  pas  plus  employé  dans  le  Credo  que  dans  le 
Gloria. 

Le  Sanclus  est  d'un  assez  beau  caractère  ;  seulement,  on  y  retrouve 
encore  des  unissons  et  des  rosalies  qui  sentent  l'opéra  bouffe,  de  fa- 
çon à  ne  pouvoir  s'y  tromper. 

Les  chœurs  AtYAjgnus  Dei  ont  des  velléités  de  style  sévère.  Les  voix 
n'entrent  point  lourdement  ensemble  ;  elles  se  succèdent,  elles  s'ap- 
pellent, et  leur  réunion  n'en  a  que  plus  de  charme  et  de  puissance  : 
malheureusement,  les  soli  ne  sont  autre  chose  qu'un  charmant  duo, 
un  charmant  nocturne,  où  Mines  Alboni  et  Penco  ont  prodigué  les 
accents  séduisants,  les  roulades  italiennes  qu'elles  ont  coutume  de  faire 
applaudir  au  théâtre.  Les  arpèges  harmonieux  des  harpes  qui  accom- 
pagnent ces  cantilènes,  ne  sont  ni  assez  riches  ni  assez  variés. 

Certes,  les  deux  cantatrices  ont  fait  merveille,  et  pourtant  leurs 
points  d'orgue  si  bien  exécutés  sont,  comme  composition,  sans  pré- 
cédent dans  nos  églises. 

M.  Bonetti,  pensant  probablement  aux  beaux  talents  de  Mmes  Alboni 
et  Penco,  de  MM.  Badiali  et  Gardoni,  aux  mérites  divers  des  artistes 
qui  devaient  interpréter  son  œuvre,  n'a  pas  ménagé  les  soli.  Il  y  en 
a  que  peut-être  nous  aimerions  ailleurs,  mais  qui,  là,  ne  nous  paraissent 
point  à  leur  place.  Quant  à  l'ensemble  harmonique  de  celte  composi- 
tion, il  est  peu  remarquable.  Les  parties  n'ont  souvent  aucun  intérêt 
mélodique  ;  elles  sont  massées  sans  beaucoup  d'art,  et  manquent,  en 
général,  de  ces  élégants  dessins,  de  ces  figures  de  contre-point,  de  ces 
ombres  que  los  maîtres  distribuent  avec  autant  de  science  que  de 
goût,  et  qui  jouent  un  rôle  si  important  dans  leur  style.  Comme  mé- 
lodiste, l'auteur  est  loin  d'être  original.  On  sent  que  ses  souve- 
nirs dramatiques  le  pressent  de  toutes  parts.  Il  n'est  pas,  du  reste,  le 
premier  chef  d'orchestre  avec  lequel  on  soit  obligé  de  faire  la  part 
d'assez  nombreuses  réminiscences. 

En  somme,  l'œuvre  de  M.  Bonetti  est  chantante,  mais  elle  manque 
des  développements  savants  que  le  style  sacré  permet,  à  ce  que  disent 
les  uns,  exige,  à  ce  que  disent  les  autres;  elle  est  remplie  de  soli 
gracieux  et  expressifs,  mais  elle  est  pauvre  d'harmonies  distinguées , 
et  ne  révèle  aucune  connaissance  des  artifices  du  contre-point. 

Le  maestro  conduisait  lui-même  son  orchestre.  Les  chœurs,  dirigés 
par  MM.  Chiaramonle  et  Hurand,  ont  marché  avec  beaucoup  d'ensem- 
ble. Indépendamment  des  célèbres  solistes  que  nous  avons  cités,  tout 
le  monde  a  apporté  à  cette  remarquable  exécution  autant  de  zèle  que 
de  talent.  M.  Edouard  Batiste,  qui  touchait  le  grand  orgue,  s'est  par- 
ticulièrement distingué. 

La  journée  a  dû  être  bonne  pour  la  caisse  de  secours  de  l'associa- 
tion, car  une  foule  nombreuse  s'était  rendue  à  cette  fête  musicale,  où 
l'art  embellissait  encore  la  charité. 


ASSOCIATION  PHILANTHROPIQUE  DES  ARTISTES  DE  L'ACADÉMIE  IMPÉRIALE 
DE  MUSIQUE. 

Messe  de  Chernbinl    à   la  Madeleine. 

Mardi,  trois  cents  artistes,  conduits  par  MM.  Dielsch  et  Vauthrot, 
ont  exécuté  à  la  Madeleine  la  messe  que  Cherubini  composa  pour  le 
sacre  de  Charles  X,  ce  qui  prouve  que  les  musiciens  ont  aussi  leur 
manière  d'écrire  l'histoire.  C'était  une  véritable  solennité  musicale. 
En  choisissant  l'œuvre  de  l'illustre  compositeur,  les  membres  de  l'as- 
sociation philanthropique  des  artistes  de  l'Opéra  ont  montré  que  pour 
faire  la  quête  bonne,  ils  ne  comptaient  pas  seulement  sur  une  belle 
exécution  et  sur  la  distinction,  la  jeunesse  et  la  grâce  de  leurs  quê- 
teuses. 

Sans  rechercher  aujourd'hui  si  l'âme  chrétienne  trouve  dans  la  mu- 
sique de  Cherubini  tout  ce  dont  elle  a  besoin,  on  peut  affirmer  que 
celle  musique  est  non-seulement  pleine  de  science,  exquise  de  forme; 
mais  encore  qu'elle  est  noble  et  grande.  Cette  messe  se  distingue , 
comme  toutes  celles  du  maître,  par  une  facture  large,  par  un  style 
d'une  pureté  achevée,  par  un  art  profond  qui  sait  tirer  des  voix  et  de 
l'orchestre  tout  ce  qu'ils  ont  d'harmonieux  et  de  puissant. 

Nous  ne  voulons  certes  pas  établir  un  parallèle  entre  la  messe  de 
Cherubini  et  celle  de  M.  Bonetti.  Pourtant  il  serait  intéressant  de  voir 
combien  en  Italie  aussi  le  grand  style,  les  grandes  formes  harmoni- 
ques sont  délaissés  ou  ignorés.  De  ces  deux  Italiens,  l'un  représente 
l'imagination  guidée,  épurée  et  élargie  par  un  immense  savoir  ; 
l'autre,  l'imagination  facile,  livrée  aux  caprices  et  dégagée  de  ce  qu'on 
appelle  les  lisières  de  la  science.  Tous  les  gens  de  goût  qui,  la  veille, 
s'étaient  rendus  à  la  Madeleine,  ont  pu  se  demander  à  Saint-Eustache 
où  était  la  vérité,  le  beau  que  nous  cherchons  tous,  où  était  la  justice 
des  reproches  qu'on  ne  cesse  d'adresser  à  cette  pauvre  fugue  qui 
n'est  pas  cause  assurément  de  la  stérilité  de  certaines  inspirations. 

Le  Lauda  Sion  de  Cherubini  a  été  chanté  par  les  sœurs  Marchisio 
avec  un  goût,  une  simplicité  de  méthode,  une  intelligence,  une  pureté 
rares.  On  reconnaît  chez  ces  jeunes  filles  presque  aulant  de  qualités 
innées  que  détalent.  A  ces  accents  naturels  et  justes,  à  cessons  ve- 
loutés, doux  et  moelleux,  à  ce  fini  de  nuances,  enfin  à  ce  charme 
irrésistible,  on  devinait  sans  peine  des  voix  italiennes. 

A  présent,  peu  de  chanteurs  savent  remonter  aux  inspirations  d'un 
autre  âge.  Michot,  dont  la  jolie  voix  a  laissé  souvent  désirer  plus  de 
justesse  et  de  sûreté,  ne  nous  semble  pas  avoir  saisi  le  style  que 
demande  la  musique  de  Slradella.  Il  s'y  est  montré  inégal  et  mal  à 
l'aise. 

Mû  par  la  pensée  fraternelle  qui  le  réunissait,  l'orchestre  a  été 
excellent. 

L'organiste  de  la  paroisse,  M.  Saint-Saens,  a  fait  apprécier  plusieurs 
fois  le  goût  sobre,  fin,  châtié,  la  manière  correcte  et  sévère  qui  ca- 
ractérisent son  talent. 

Adolphe  BOTTE. 


PREMIER  VOYAGE  ARTISTIQUE  DE  SPOHR  (l . 

Louis  Spohr  naquit  le  5  avril  1784  à  Brunswick.  Deux  ans  après 
sa  naissance,  son  père  alla  s'établir  comme  médecin  à  Séesen ,  petite 
ville  des  environs.  C'est  là  que  le  jeune  Louis  passa  son  enfance  ; 
puis  il  séjourna  quelque  temps  dans  la  maison  de  son  grand-père,  mi- 
nistre protestant  à  Woltershausen,  et  puis  enfin  il  partit  pour  Bruns- 
wick. Dans  cette  résidence  il  prit  des  leçons  de  violon  d'abord  chez 

(1)  Extraits  de  V Autobiographie  de  Spohr. 


DE  PARIS. 


407 


le  musicien  de  la  chambre  Kunisch ,  puis  chez  le  maître  de  concert 
Maucourt;  il  fut  initié  aux  éléments  de  l'harmonie  et  du  contre-point 
par  l'organiste  Hartung. 

«  Grâce  à  l'enseignement  de  M.  Maucourt  —  dit  Spohr  dans  son  au- 
tobiographie —  j'étais  pour  mon  âge  d'une  certaine  force  sur  le  vio- 
lon. Cependant  mes  frères  et  sœurs  grandissaient,  et  il  devenait  impos- 
sible à  mon  père  de  subvenir  plus  longtemps  aux  dépenses  qu'occa- 
sionnait mon  séjour  à  Brunswick.  Au  bout  d'un  an  il  lui  sembla  que 
je  devais  avoir  fait  assez  de  progrès  pour  être  à  même  de  chercher 
fortune  comme  artiste  voyageur.  Il  se  décida,  par  conséquent,  à  m'en- 
voyer  d'abord  à  Hambourg,  où  il  avait  des  connaissances  pour  les- 
quelles il  pouvait  me  donner  des  lettres  de  recommandation. 

»  Habitué  à  obéir  à  mon  père  en  toutes  choses,  tout  disposé  d'ailleurs 
à  me  regarder  comme  un  prodige,  je  ne  fis  point  d'objection.  Envoyer 
au  hasard  dans  le  monde  un  enfant  de  quatorze  ans,  abandonné  k  lui- 
même,  c'était  sans  doute  une  idée  très-aventureuse  ;  ce  projet  trouve 
son  explication  dans  le  caractère  entreprenant  de  mon  père ,  qui  dès 
l'enfance,  réduit  à  ses  seules  ressources,  avait  fait  ses  études  sans 
recevoir  le  moindre  secours  de  la  maison  paternelle. 

»  Me  voilà  donc,  le  gousset  assez  faiblement  garni,  en  route  pour 
Hambourg,  dont  le  mouvement  et  les  grands  navires  avaient  fait 
une  vive  impression  sur  moi  lors  d'un  premier  voyage.  Plein  de  con- 
fiance et  d'espoir,  je  me  rendis  chez  le  professeur  Bûsching,  auquel 
mon  père  m'avait  adressé.  Hélas!  mes  espérances  ne  tardèrent  pas  à 
s'évanouir.  Après  avoir  lu  la  lettre  avec  un  étonnement  toujours  crois- 
sant, il  s'écria  :  «  Votre  père  est  toujours  le  même!  Quelle  folie! 
laisser  courir  ainsi  un  enfant  à  travers  le  monde  !  »  Puis  il  m'expli- 
qua comment,  pour  donner  un  concert  à  Hambourg,  il  fallait  avoir 
un  nom  déjà  célèbre  ou  tout  au  moins  avoir  de  quoi  payer  les  frais 
d'avance,  ajoutant  qu'au  surplus,  dans  la  belle  saison  où  les  familles 
aisées  habitent  la  campagne,  un  tel  projet  était  de  tout  point  inexécu- 
table. Je  restai  anéanti  devant  ces  explications;  il  me  fut  impossible 
de  proférer  une  syllabe,  et  j'avais  de  la  peine  à  retenir  mes  larmes. 
Je  pris  congé  sans  mot  dire,  et  désespéré,  sans  songer  à  remettre  mes 
autres  lettres  de  recommandation:  je  courus  à  mon  hôtel.  La  certi- 
tude que  mes  moyens  pécuniaires  suffiraient  à  peine  pour  quelques 
jours  me  frappa  d'un  tel  effroi,  que  je  me  croyais  déjà  entre  les  griffes 
des  vendeurs  d'âmes  (racoleurs),  contre  lesquels  les  récits  de  mon 
père  m'avaient  mis  en  garde.  Je  pris  résolument  mon  parti  :  j'embal- 
lai mon  violon  et  mes  effets  dans  ma  malle,  les  fis  porter  aux  mes- 
sageries après  y  avoir  mis  mon  adresse  à  Brunswick,  et  me  mis  en 
route  à  pied  pour  cette  ville.  Ce  qui  me  restait,  après  avoir  réglé 
mes  compLes,  suffisait  pour  me  défrayer  en  roule. 

»  Après  avoir  fait  quelques  lieues,  je  commençai  à  regretter  ma  pré- 
cipitation —  mais  il  était  trop  tard.  J'étais  profondément  affligé,  sur- 
tout en  pensant  à  la  réception  que  me  ferait  sans  doute  mon  père  ; 
lui,  homme  d'énergie  et  de  résolution,  il  ne  manquerait  pas  de  me 
traiter  de  poltron,  d'enfant  irréfléchi.  A  force  de  chercher  un  moyen 
de  m'épargner  cette  humiliation,  il  me  vint  l'idée  de  m'adresser  au 
duc  de  Brunswick,  et  de  lui  demander  soit  un  emploi  dans  sa  chapelle, 
soit  une  subvention  qui  me  mît  à  même  de  continuer  mes  études.  Je 
savais  qu'il  avait  appris  à  jouer  du  violon,  et  j'espérais,  par  consé- 
quent, qu'il  apprécierait  mon  talent.  «  Quand  il  t'aura  entendu  exécuter 
»  un  de  tes  concertos,  me  dis-je  à  moi-même,  ta  fortune  sera  faite.  » 

»  Dès  mon  arrivée  à  Brunswick,  je  rédigeai  une  pétition.  Je  savais 
que-  le  duc  se  promenait  tous  les  matins  dans  les  jardins  du  château. 
J'allai  l'y  chercher,  ma  pétition  dans  ma  poche;  il  voulut  bien  pren- 
dre le  papier  que  je  lui  présentais.  Après  y  avoir  jeté  un  coup 
d'oeil,  il  m'adressa  des  questions  au  sujet  de  mes  parents,  et  de  mes 
maîtres;  j'y  répondis  sans  me  déconcerter.  11  me  demanda  également 
qui  avait  rédigé  ma  supplique.  «  Eh  !  quel  autre  que  moi?  Je  n'ai  pas 
»  besoin  qu'on  m'aide  pour  ces  choses-là,  »  lui  répondis-je,  blessé  des 
doutes  qu'il  manifestait  à  l'égard  de  mon  instruction.  Le  duc  me  dit 


en  souriant  :  «  Viens  me  trouver  demain  à  onze  heures  au  château; 
»  nous  causerons  de  ta  pétition.  » 

»  Le  lendemain,  à  onze  heures  précises,  je  me  trouvai  en  présence  du 
valet  de  chambre,  que  je  priai  de  m'annoncer.  «Quiest-il?  »  me  demanda 
celui-ci  d'un  ton  assez  bourru.  En  allemand,  quand  on  adresse  la  parole 
à  des  gens  de  condition  inférieure,  on  emploie  la  troisième  personne  du 
singulier  au  lieu  de  la  troisième  personne  du  pluriel.  «  Je  ne  suis  point 
un  II,  le  duc  m'attend,  et  il  (en  m'udressant  au  valet  de  chambre) 
doit  m'annoncer  !  »  lui  répondis-je  tout  indigné.  Le  valet  de  chambre 
alla  m'annoncer,  et  je  fus  introduit  avant  d'avoir  eu  le  temps  de  me 
remettre  de  mon  émotion.  «  Altesse,  votre  valet  de  chambre  me  traite 
«  de  II;  que  cela  n'arrive  plus  ,  je  vous  prie.  »  Telles  furent  les  pre- 
mières paroles  que  j'adressai  au  prince  en  entrant.  11  partit  d'un  éclat 
de  rire  et  me  dit  :  «  Allons,  calme-toi,  ça  ne  lui  arrivera  plus.  » 
Après  m'avoir  adressé  plusieurs  questions  :  «  Je  me  suis  informé  de 
«  tes  dispositions  musicales  auprès  de  ton  maître  Maucourt,  »  continua 
le  duc;  «  je  suis  curieux  maintenant  de  t'entendre  jouer  une  de  tes 
compositions ,  cela  pourra  se  faire  au  prochain  concert  chez  la  du- 
chesse. J'en  ferai  prévenir  le  maître  de  chapelle  Schwanenberger.  » 
Ivre  de  joie ,  je  quittai  le  chàleau,  et  courus  chez  moi  ;  dès  lors  je 
me  préparai  assidûment  pour  la  solennité. 

»  Ces  concerts  à  la  cour  avaient  lieu  une  fois  par  semaine.  Ils  répu- 
gnaient beaucoup  aux  artistes  de  la  chapelle  ducale,  parce  que,  pen- 
dant l'exécution  de  la  musique  ,  selon  la  mode  du  temps,  on  jouait 
aux  cartes.  Or,  pour  n'être  pas  dérangée  au  jeu,  la  duchesse  avait, 
donné  ordre  à  l'orcheïtre  de  toujours  jouer  piano.  Le  maître  de  cha- 
pelle avait  par  conséquent  banni  les  timbales  et  les  cuivres  ,  et  veil- 
lait sévèrement  à  ce  que  l'on  n'entendît  jamais  éclater  -le  moindre 
forte.  Comme  cela  était  difficile  clans  les  symphonies,  par  surcroît  de 
précaution  la  duchesse  avait  fait  étaler  sous  l'orchestre  un  épais  tapis, 
pour  amortir  le  son,  si  bien  qu'on  entendait  ces  mots  :  «  Je  joue,  je 
passe,  »  beaucoup  plus  distinctement  que  la  musique. 

»  Mais  le  spir  où  je  débutai,  les  tables  de  jeu  et  le  tapis  avaient  dis- 
paru. La  chapelle,  ayant  appris  que  le  dur.  y  serait,  s'était  préparée 
convenablement  et  tout  alla  au  mieux.  Quant  à  moi,  sachant  que  mon 
avenir  dépendait  du  succès  que  j'obtiendrais,  je  jouai  avec  un  véri- 
table enthousiasme,  et  j'eus  tout  lieu  de  croire  que  j'avais  surpassé 
l'attente  du  duc,  car  il  me  cria  :  bravo J  à  plusieurs  reprises,  et  quand 
j'eus  fini,  il  vint  à  moi  et  me  frappa  sur  l'épaule  en  me  disant  :  «  11 
»  y  a  là  du  talent  ;  j'aurai  soin  de  toi.  Viens  me  voir  demain.  »  Je 
courus  au  logis  informer  sur-le  champ  mes  parents  de  mon  bonheur  : 
la  joie  et  l'agitation  m'empêchèrent  longtemps  de  m'endormir. 

»  Le  lendemain,  le  duc  me  dit  :  «  Il  y  a  une  place  vacante  à  la  cha- 
»  pelle,  je  te  la  donnerai.  Travaille  et  conduis-toi  bien.  Si  au  bout 
»  de  quelques  années  tu  as  fait  des  progrès,  je  t'enverrai  auprès  de 
»  quelque  grand  maître,  car  ici  il  le  manque  un  grand  modèle.  » 
Ces  dernières  paroles  me  frappèrent  d'étonnement  ;  jusqu'alors  le  jeu 
de  mon  maître  Maucourt  m'avait  paru  le  comble  de  la  perfection. 

»  C'est  ainsi  qu'en  entrant  dans  ma  quinzième  année  je  fus  nommé 
musicien  de  la  chambre.  Le  rescrit,  qui  fut  expédié  plus  tard,  était 
daté  du  2  août  1799.  Le  traitement  (100  thalers  par  an)  était  mo- 
dique, mais  avec  de  l'économie  et  avec  l'argent  que  je  gagnai  de  côté 
et  d'autre,  il  pouvait  suffire,  et  dorénavant  je  n'eus  plus  besoin  de 
recourir  à  l'assistance  paternelle;  —  j'eus  même  le  bonheur  de  pou- 
voir aider  mes  parents  à  élever  les  autres  enfants  en  prenant  avec 
moi  mon  frère  Ferdinand,  plus  jeune  de  huit  ans,  qui  avait  du  goût 
et  du  talent  pour  la  musique,  et  en  lui  donnant  des  leçons. 

Désormais  la  vie  du  jeune  musicien  de  la  chambre  fut  îles  plus 
actives.  Je  jouai  aux  concerts,  à  la  cour  et  à  l'orchestre  du  théâtre, 
où  depuis  peu  de  temps  on  avait  engagé  une  Société  de  chanteurs 
et  d'acteurs  français,  de  sorte  que  je  connus  la  musique  dramatique 
française  avant  celle  de  l'Allemagne,  ce  qui  ne  fut  pas  sans  influence 
sur  les  compositions  que  j'écrivis  à  cette  époque.  Enfin,  comme  pour 


408 


REVUE  ET  GAZKITE  MUSICALE 


le  temps  de  la  foire,  on  avait  également  appelé  de  Magdebourg  une 
troupe  chantante  allemande,  je  fus  initié  aux  magnificences  des  opé- 
ras de  Mozart,  qui  resta  mon  idole  et  mon  modèle  pour  le  reste  de 
ma  vie.  « 

Au  bout  d'un  certain  temps,  il  fut  question  de  trouver  un  maître 
potr  Spobr.  Viotti,  qui  faisait  le  commerce  des  vins  à  Londres,  re- 
fusa. Ferdinand  Eck,  à  Paris,  avait  épousé  une  riche  comtesse  de 
Munich  et  ne  se  souciait  guère  de  donner  des  leçons.  Il  proposa  son 
frère,  Franz  Eck,  et  Spohr  fut  envoyé  auprès  de  lui  pour  six  mois  à 
Saint-Pétersbourg. 

J.  DUESBERC. 


BIOGRAPHIE  UNIVERSELLE  DES  MUSICIENS 

P»r  I\-J,  Fétis. 

{Deuxième  édition,  entièrement  refondue  et  augmentée  de  plus  de  moitié.) 

ALARD  (DELPHIN). 

Alard,  professeur  de  violon  au  Conservatoire  de  Paris,  et  compo- 
siteur pour  son  instrument,  est  né  à  Bayonne,  le  8  mars  1815.  Un 
penchant  irrésistible  pour  la  musique  se  manifesta  en  lui  dès  ses 
premières  années.  A  l'âge  de  trois  ans  il  suivait  avec  bonheur  les 
corps  de  musique  militaire  qui  se  rendaient  sur  les  places.  Son  père, 
amateur  passionné,  encouragea  son  penchant,  et  lui  fit  étudier  la 
musique  vocale.  Dès  qu'il  fut  en  état  de  lire  à  première  vue  les  sol- 
fèges de  tout  genre,  on  lui  mit  entre  les  mains  un  violon  véritable, 
au  lieu  de  ceux  qu'il  improvisait  auparavant  avec  tout  ce  qui  lui  tom- 
bait sous  la  main.  Un  professeur  de  quelque  mérite  lui  fît  étudier  de 
bonne  musique;  et  ses  progrès  furent  si  rapides,  qu'à  l'âge  de  dix 
ans  il  joua  un  concerto  de  Viotti  dans  une  représentation  extraor- 
dinaire, au  théâtre  de  Bayonne.  L'effet  qu'il  y  produisit  fut  tel,  que 
des  amis  de  sa  famille  engagèrent  son  père  à  lui  faire  continuer  ses 
études  musicales  à  Paris.  Il  y  arriva  environ  dix-huit  mois  après,  et 
fut  admis,  en  1827,  à  suivre  le  cours  de  violon  de  Habeneck,  comme 
auditeur. 

Une  de  ces  circonstances  inattendues  qui  exercent  souvent  une 
grande  influence  sur  le  sort  des  artistes  le  fît  admettre  à  concourir 
pour  le  prix  en  1829;  car,  au  moment  de  l'épreuve,  le  courage  fail- 
lit à  un  élève  de  Habeneck.  désigné  pour  le  concours;  il  se  retira, 
et  Alard,  qui  avait  étudié  en  secret  le  concerto  d'après  les  indica- 
tion du  maître,  mais  sans  avoir  eu  de  leçons  personnelles,  se  pré- 
senta, étonna  le  professeur,  et  remplaça  son  condisciple  au  concours. 
Sa  témérité  fut  heureuse  ;  car  le  deuxième  prix  lui  fut  décerné  â 
l'unanimité  ;  et  dans  le  cours  de  l'année  suivante,  il  emporta  la  palme 
sur  tous  ses  concurrents,  également  par  une  décision  unanime  du 
jury. 

Admis  en  1831  dans  le  cours  de  composition  de  l'auteur  de  cette 
notice,  il  le  suivit  pendant  deux  ans,  jusqu'à  l'époque  où  le  profes- 
seur donna  sa  démission  pour  prendre  la  position  de  maître  de  cha- 
pelle du  roi  des  Belges  et  de  directeur  du  Conservatoire  de  Bruxelles. 
C'est  dans  ces  deux  années  d'études  que  Alard  a  acquis  la  manière 
d'écrire  élégante  et  pure  qui  distingue  ses  compositions. 

Entré  à  l'orchestre  de  l'Opéra  en  1831,  il  n'y  resta  que  deux 
années,  parce  qu'il  voulut  se  préparer  une  meilleure  position  en  se 
faisant  entendre  dans  les  concerts.  Jouant,  en  1831,  à  la  Société  des 
Concerts,  dans  la  salle  du  Conservatoire,  la  polonaise  d'Habeneck,  en 
présence  de  Paganini ,  qui  venait  d'arriver  à  Paris,  ce  grand  artiste 
loua  beaucoup  son  talent,  et  ajouta  ces  paroles  remarquables  :  Si  les 
élèves  jouent  comme  cela  ici,  comment  donc  doivent  jouer  les  maî- 
tres? Dans  un  autre  concert  où  Alard  venait  de   se  faire  entendre, 


Paganini,  qui  déjà  éprouvait  pour  lui  un  vif  sentiment  de  bienveil- 
lance, lui  fit  don  du  bouquet  qui  lui  avait  été  offert  par  une  dame  à 
son  entrée  dans  la  salle. 

En  1840,  Alard  entra  dans  la  musique  du  roi,  dont  il  devint  pre- 
mier violon,  après  la  mort  de  Baillot.  Il  remplaça  aussi  cet  artiste 
illustre,  en  1843,  comme  professeur  de  violon  dans  ce  même  Con- 
servatoire où  il  avait  commencé  ses  sérieuses  et  fructueuses  études 
seize  ans  auparavant. 

En  1850  il  a  reçu  le  diplôme  de  chevalier  de  la  Légion  d'hon- 
neur. Il  est  aujourd'hui  violon  solo  de  la  chapelle  impériale.  Le  ta- 
lent de  cet  artiste,  parvenu  à  sa  maturité,  a  pour  caractère  distinctif 
l'alliance  entre  les  qualités  classiques  de  l'ancienne  et  grande  école 
avec  les  innovations  du  mécanisme  de  Paganini  et  d'autres  virtuoses 
de  l'époque  actuelle,  particulièrement  en  ce  qui  concerne  la  main 
gauche.  Grand  musicien,  nourri  des  beautés  de  la  grande  musique,  il 
est  un  digne  interprète  des  œuvres  de  Haydn,  de  Mozart  et  de  Bee- 
thoven, et,  dans  le  solo  brillant,  il  a  des  hardiesses  et  des  délicates- 
ses qui  semblent  devoir  le  classer  parmi  les  violonistes  d'exception 
destinés  spécialement  à  jouer  dans  les  concerts. 

Quoique  jeune  encore,  il  a  beaucoup  écrit  pour  son  instrument  avec 
accompagnement  d'orchestre,  de  quatuor  ou  de  piano.  Ses  œuvres 
publiées  jusqu'à  ce  jour  sont  celles-ci  :  1°  lr%  2e  et  3e  fantaisie  sur 
des  thèmes  originaux,  op.  1,  4,  5.  —  2°  Fantaisie  sur  les  thèmes  de 
Norma,  op.  9.  —  3°  Id.  sur  Anna  Bplena,  op.  11. —  4°  Id.  sur  Linda 
di  Chamounij,  op.  12. —  5°  Id.  sur  Maria  Padilla,  op.  17. —  6°  ld.  sur 
la  Favorite,  op.  20. —  7°  Id.  (Souvenirs  de  Mozart),  op.  21. —  8°  Id.  sur 
la  Fille  du  régiment,  op.  28 .  —  Id.  sur  la  Muette  de  Portici,  op.  31. 

—  9°  Fantaisie  caractéristique,  op.  24.  —  10°  Premier  grand  con- 
certo pour  violon  et  orchestre,  op.  15.  —  11°  Symphonie  concertante 
pour  deux  violons  principaux  et  orchestre,  op.  31.  —  12°  Six  études 
pour  violon  seul,  dédiées  à  Paganini,  op.  2.  —  13°  Dix  études  avec 
accompagnement  d'un  second  violon,  op.  10.  —  14°  Idem,  op.  16. 

—  15°  Dix  études  caractéristiques  avec  accompagnement  de  piano, 
op.  18.  —  16°  Dix  études  dédiées  aux  artistes,  op.  19.  —  17°  Pre- 
mier quatuor  pour  deux  violons,  alto  et  basse,  op.  8.  —  18°  Trois 
duos  élémentaires  pour  deux  violons,  op.  22.  —  19°  Trois  duos  faci- 
les pour  deux  violons,  op.  23.  —  20°  Trois  duos  brillants  pour  deux 
violons,  op.  27.  —  21°  Grand  duo  pour  piano  et  violon,  op.  25. 

—  22°  Tarentelle  pour  piano  et  violon  ,  op.  14-  —  23°  Premier 
nocturne1  pour  violon  avec  accompagnement  de  piano,  op.  6.  — 
24°    Souvenus     des     Ptjrénées  ,    deuxième     nocturne,     op.     13. 

—  25°  Barcarolle  et  tarentelle,  pour  piano  et  violon,  op.  26.  — 
26"  Élégie,  mouvement  perpétuel,  caprice,  op.  7.  —  27°  Villanelle, 
0p.  09.  —  28°  Le  Désir,  fantaisie  sur  un  thème  de  Schubert,  op.  30. 

—  29°  Variations  brillantes,  op.  3.  —  30°  Ecole  du  violon,  méthode 
complète  et  progressive  adoptée  pour  l'enseignement  dans  le  Conser- 
vatoire de  Paris.  Cet  ouvrage,  dont  le  mérite  est  incontestable,  a  ob- 
tenu le  succès  brillant  et  solide  auquel  il  pouvait  prétendre.  11  en  a 
été  publié  des  traductions  en  espagnol,  en  italien  et  en  allemand. 


PAGANINI  ET  PAER. 


Notre  confrère  musical  du  Moniteur  universel,  dans  son  dernier 
feuilleton  biographique  sur  le  grand  violoniste  génois,  sait  poser  la 
question  suivante  : 

«  Paganini  a-t-il  demandé  des  conseils  à  Paër?  L'a-t-il  seulement 
»  rencontré  à  cette  époque?  M.  Fétis  dit  :  non.  M.  Conestabile  dit  : 
»  oui.  Le  premier  affirme  que  Paër,  à  cette  date,  était  en  Allemagne. 
»  Le  second  soutient  que  ce  compositeur,  entre  deux  ouvrages  joués 
»  à  l'étranger,  revenait  souvent  dans  sa  patrie,  et  que  rien  ne  prouve 
»  que  Paganiui  n'ait  pu  le  voir  et  le  consulter.  Il  me  semble  que  cette 


DE  PARIS. 


409 


»  polémique  est  oiseuse  en  présence  du  témoignage  si  précis  du  grand 
»  violoniste,  qui  (lit  positivement  que  Paër  l'accueillit  courtoisement 
»  et  le  renvoya  à  Ghiretti,  son  propre  maître,  violoncelliste  et  contre- 
»  puntiste  savant,  l'un  de  ces  musiciens  consommés  tels  qu'il  en  sor- 
»   tait  du  fameux  Conservatoire  de  la  Pieta  de  Turclùni.  » 

Pour  notre  part,  voici  ce  que  nous  tenons  de  Paër  lui-même,  qui 
racontait  fort  comiquement  la  chose  dans  le  salon  de  M.  Bertnn,  i'au- 
teur  dJ Aline  et  de  Montana. 

«  Un  jour,  disait-il,  dans  les  premiers  temps  de  l'arrivée  de  Paga- 
»  nini  à  Paris,  je  vis  entrer  chez  moi  un  homme  grand,  sec  et  pâle, 
»  qui  tout  à  coup  se  laissa  tomber  sur  un  fauteuil,  en  s'écriant  d'une 
»  voix  brisée  :  —  Ah!  mon  maître!...  ah!...  ah!....  J'avais  beau  le 
»  regarder,  je  ne  reconnaissais  nullement  le  personnage ,  qui  sem- 
»  blait  prêt  à  s'évanouir.  Quand  il  fut  revenu  à  lui ,  il  nie  dit  son 
»  nom,  en  ajoutant  que  j'avais  été  son  maître,  et  que  le  souvenir  de 
»  mes  leçons  lui  avait  laissé  une  impression  des  plus  vives.  Ma  mé- 
»  moire  ne  me  retraçait  rien...  D'ailleurs  le  nom  de  Paganini  est  si 
»  commun  en  Italie  qu'il  avait  pu  s'en  trouver  un  et  même  plusieurs 
»  parmi  mes  élèves.  Puis,  me  ravisant,  je  ne  pus  m'empêcher  de  lui 
»  dire,  sans  malice  aucune  :  —  Mais,  puisque'je  suis  votre  maître  et  que 
»  vous  vous  le  rappelez  avec  tant  d'émotion,  comment  se  fait-il  que 
»  depuis  tant  d'années  je  n'aie  jamais  reçu  le  moindre  petit  mot  de 
»  votre  part  ?  » 

Paganini  balbutia  n'importe  quelles  excuses,  et  Paër  n'en  resta  pas 
moins  dans  le  doute  sur  la  question  de  savoir  s'il  avait  été  ou  non  le 
maître  du  virtuose  le  plus  extraordinaire  de  notre  siècle.  Et  ad/iuc 
sub  judice  lis  est. 


Une  belle  et  rare  collection  de  musique  religieuse,  dramatique 
et  instrumentale,  de  livres  sur  la  musique  et  d'instruments  à  cordes 
des  plus  célèbres  luthiers,  provenant  de  feu  Joseph  Terby,  maître  de 
chapelle  de  l'église  primaire  do  Saint-Pierre,  à  Louvain,  était  annoncée 
dans  cette  ville  pour  les  24  et  25  octobre  dernier.  Faute  d'acheteurs, 
cette  vente  n'a  pu  avoir  lieu.  Le  catalogue,  qui  a  été  publié  (Louvain, 
G.  Cuelens,  brochure  in-8°  de  50  pages),  comprend  57  i  morceaux  de 
musique  religieuse,  332  morceaux  de  musique  théâtrale,  112  morceaux 
de  musique  instrumentale  à  grand  orchestre  (ouvertures,  symphonies, 
concertos,  etc.),  183  morceaux  de  musique  de  chambre,  (trios,  quatuors, 
quintettes,  etc.),  26  violons  dont  un  stradivarius  et  deux  amatis,  deux 
violoncelles,  une  contre-basse ,  une  harpe,  etc.  Cette  collection  forme 
dans  sa  spécialité  un  de  ces  assemblages  rares  et  inappréciables  aux 
yeux  des  vrais  amateurs.  M.  Terby  y  avait  consacré  plus  d'un  demi-siècle; 
il  fallait  sa  persévérance,  son  zèle  infatigable,  son  amour  du  beau  pour 
arriver  à  un  résultat  si  complet  dans  le  but  de  ses  recherches  :  une 
histoire  de  l'art  par  ses  monuments.  Partant  de  l'époque  où  brillait  Or- 
lando  di  Lasso,  on  y  voit  la  musique  instrumentale  acquérir  insensible- 
ment plus  d'importance.  Depuis  le  milieu  du  xvie  siècle  ,  les  auteurs 
célèbres  s'y  succèdent  par  une  chaîne  chronologique  qui  ne  finit  qu'à 
nous.  Les  écoles  italienne,  flamande,  française  et  allemande  s'y  trou- 
vent au  grand  complet.  Dans  l'école  italienne,  les  compositeurs  napoli- 
tains surtout  sont  en  grand  nombre.  Ajoutons  que  beaucoup  de  mor- 
ceaux de  cette  collection  n'ont  jamais  été  édités,  et  que  plusieurs  sont 
introuvables.  La  copie  en  est  généralement  très-correcte.  M.  Joseph 
Terby  (né  à  Louvain  le  23  décembre  1780),  avait  été  un  des  meilleurs 
élèves  de  Jean-Englebert  Pauwels,  compositeur  et  violoniste  d'un  grand 
mérite.  En  1809,  il  fonda  dans  sa  ville  natale  l'Académie  de  musique 
où  il  n'enseigna  d'abord  que  le  violon.  Plus  tard  il  y  joignit  une  section 
de  chant.  Les  résultats  en  furent  des  meilleurs,  car  la  musique,  qui 
jusque-là  avait  été  négligée  à  Louvain,  devint  un  art  à  la  mode,  on  y 
prit  goût,  et  les  amateurs  augmentant  chaque  jour,  le  professeur  fut 
bientôt  à  même  d'organiser  des  fêtes  musicales  à  l'instar  des  grandes 
villes  voiswes.  Terby  était  maître  de  chapelle  de  l'église  primaire  de 
Saint- Pierre  depuis  1833,  et  il  est  mort  le  23  février  1860.  Au  nombre 
des  élèves  qu'il  a  formés,  nous  citerons  ses  deux  fils,  Joseph  et  Fran- 
çois, tous  deux  violonistes  distingués  et  ayant  chacun  composé  des 
morceaux  pour  leur  instrument.  L'aîné,  ancien  violon  honoraire  du  roi 
Guillaume  L"  des  Pays  Bas,  a  été  longtemps  premier  violon  solo  au  théâ- 
tre Italien  de  Paris.  L'Annuaire  dramatique  de  1843  contient  la  biogra- 
phie des  Terby  père  et  fils. 


NOUVELLES. 


*%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  Robert  le  Diable  a  été  joué  mer- 
credi avec  son  succès  ordinaire.  Semiramis  et  les  sœurs  Marchisio  ont 
défrayé  les  deux  autres  jours.  —  Aujourd'hui  dimanche,  par  extraordi- 
naire, le  Prophète. 

»■%  Le  nouveau  ballet,  le  Papillon,  est  annoncé  pour  demain  lundi. 

„,*»  Mardi  dernier,  pendant  la  répétition  de  ce  liallet,  Mlle  Ba- 
ratte, l'une  des  coryphées  de  la  danse,  s'étant  trop  approchée  de  la 
rampe,  le  feu  a  pris  à  sa  robe  de  gaze.  M.  de  Saint-Georges,  l'un  des 
auteurs  du  ballet,  s'est  élancé  au  secours  de  la  jeune  fille,  que  la 
flamme  entourait  déjà.  Mlle  Baratte  en  a  été  quitte  pour  une  grave  brû- 
lure au  bras  droit;  M.  de  Saint  Georges  a  reçu  plusieurs  atteintes  au 
visage  et  aux  mains.  Deux  pompiers,  qui  lui  ont  prêté  assistance,  ont 
également  des  brûlures  aux  mains.  L'administration  a  décidé  immédia- 
tement qu'à  l'avenir  les  danseuses  seraient  dans  l'obligation  de  revêtir 
aux  répétitions  les  jupes  carleronisées  qui  servent  aux  représentations, 
et  qu'aucun  autre  costume  ne  serait  admis  devant  la  rampe  allumée. 

t*t  Le  Prophète  a  été  donné  tout  récemment  à  Bologne,  avec  un  im- 
mense succès.  Mme  Borghi-Mamo,  qui  chantait  le  rôle  de  Fidès,  a  été 
applaud  e  à  outrance  et  rappelée  plusieurs  fois.  La  célèbre  cantatrice  est 
attendue  le  mois  prochain  à  Milaa  ;  elle  y  restera  jusqu'au  printemps  et 
se  rendra  à  Londres,  où  elle  est  engagée  pour  la  prochaine  saison. 

***  La  nouvelle  de  la  rentrée  de  M.  Leroy  comme  régisseur  àl'Opéra- 
Comique  n'est  pas  exacte,  au  moins  jusqu'à  présent. 

***  L'Etoile  du  Nord  a  été  représentée  dimanche  et  jeudi,  et  les  deux 
fois  elle  a  rempli  la  salle  de  l'Opéra-Comique.  Mme  Cabel  est  plus  que 
jamais  sans  rivale  par  la  manière  dont  elle  chante  le  troisième  acte  du 
chef-d'œuvre. 

„%  On  annonce  pour  jeudi  prochain  la  première  représentation  du 
Roi  llarkouf,  le  nouvel  ouvrage  en  trois  actes  de  MM.  Scribe  et  Bois- 
seaux, musique  d'Offenbach. 

*%  Ensuite  viendra  l'opéra  de  MM.  Scribe  et  Auber,  dont  les  deux 
premiers  actes  sont  déjà  entièrement  sus. 

„%  L'inauguration  du  diapason  normal  au  théâtre  de  l'Opéra  Comique, 
ayant  été  retardée  par  diverses  causes,  aura  lieu  pour  la  représentation 
de  ce  dernier  ouvrage. 

„,*„,  Le  théâtre  Italien  a  donné  la  Traviata  mardi  et  samedi  ;  jeudi,  le 
Bar  bière  avec  Ronconi. 

„,**  On  répète  activement  Marta,  qui  sera  chantée  par  Mario,  Graziani  ; 
Mmes  Marie  Battu  et  Alboni. 

„%  Le  théâtre  impérial  Italien  prépare  une  grande  solennité  musi- 
cale pour  le  mercredi  19  décembre,  à  huit  heures  du  soir.  On  y  exécu- 
tera pour  la  première  fois  les  Poèmes  de  la  mer,  ode  symphonie  avec  soli, 
chœurs  et  orchestre,  poésie  de  M.  J.  Autran,  musique  de  J.  B.  Wekerlin. 
Cette  exécution,  sous  la  direction  de  l'auteur,  aura  pour  interprètes  cent 
cinquante  artistes. 

„,*„  Par  décret  impérial,  M.  le  comte  Walewski  est  nommé  ministre 
d'Etat  en  remplacement  de  M.  Achille  Fould,  démissionnaire. 

***  Il  y  aura  jeudi  prochain  un  exercice  des  élèves  du  chant  au  Con- 
servatoire. On  y  exécutera  trois  actes  du  Barbier  de  Scville. 

#%  Mlle  Wertheimber  a  accepté  des  offres  très-brillantes  qui  lui  ont 
été  faites  de  la  part  de  plusieurs  grands  théâtres  de  province,  pour  y 
donner  des  représentations.  La  jeune  artiste  se  rendra  d'abord  à  Bou- 
logne et  à  Lille,  où  elle  a  obtenu  l'année  passée  de  si  éclatants  succès. 

,%  Kotre  illustre  collaborateur,  M.  Fétis  père,  se  trouve  depuis 
quelques  jours  à  Paris. 

„%  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat  vient  de  charger  M.  Auvray  de  faire  un 
second  buste  de  Lesueur,  pareil  à  celui  qui  est  dans  le  foyer  do  l'Opéra, 
pour  être  placé  dans  les  galeries  historiques  de  Versailles. 

„*„  La  fête  de  sainte  Cécile  a  été  célébrée  à  l'église  de  Saint-Germain 
des  Prés  par  la  réception  d'un  excellent  orgue  de  chœur,  sorti  de  la 
maison  Stoltz  de  Paris.  Cet  instrument,  qui  a  deux  claviers  et  quinze 
jeux,  produit  le  même  effet  qu'un  grand  orgue,  grâces  aux  habiles  com- 
binaisons du  facteur.  Le  crescendo  surtout  est  remarquable.  Tout  l'orgue 
étant  expressif,  cette  nuance  peut  se  produire  sans  secousses  et  l'effet 
en  est  des  plus  heureux.  La  voix  humaine,  le  cor  anglais,  la  voix  céleste 
et  le  hautbois  sont  imités  on  ne  peut  mieux.  M.  Moncouteau,  l'organiste 
titulaire  du  grand  orgue,  connu  par  ses  nombreux  ouvrages  sur  l'har- 
monie, a  vivement  félicité  M.  Stoltz.  M.  Adrien  Gros,  l'habile  maître  de 
chapelle  et  organiste-compositeur,  s'est  distingué  dans  une  improvisa- 
tion très-brillante.  M.  J.  Ch.  Hess,  invité  par  le  facteur,  a  prouvé  qu'il 
était  cligne  de  sa  réputation.  La  cérémonie  s'est  terminée  par  la  béné- 
diction solennelle,  dont  les  œuvres  pleines  de  charme  de  M.  Adrien  Gros 
ont  fait  tous  les  frais. 

**„,  Le  jury  de  l'exposition  universelle  de  Besançon  vient  de  donner 


410 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


un  diplôme  d'honneur  â  la  maison  Alexandre  pour  ses   orgues,  et  une 
médaille  de  première  classe  à  MM.  Aucher,  fabricants  de  pianos. 

»**  Aujourd'hui  dimanche,  25  novembre,  l'Association  des  Sociétés 
chorales  de  la  Seine,  à  l'occasion  de  la  fête  de  sainte  Cécile  et  avec 
l'autorisation  de  M.  le  curé  de  Saint-Roeh,  fera  exécuter  clans  cette  église, 
à  dix  heures  et  demie  très-précises,  sous  la  direction  de  M.  Delafontaine, 
son  président,  une  grand'messe  solennelle  de  la  composition  de  Ch.  Gou- 
nod  et  de  M.  Ch.  Vervoitte.  Les  soli  seront  chantés  par  MM.  Battaille, 
Dufrene  et  Ricquier-Delaunay.  A  l'Offertoire,  la  méditation  religieuse  de 
S.  Bach,  arrangée  par  Ch.  Gounod  pour  violon,  harpe  et  orgue,  sera 
exécutée  par  MM.  Adolphe  Lebrun,  Prumier  et  Leprévost,  organiste- 
accompagnateur  de  Saint-Roch.  Le  grand  orgue  sera  tenu  par  M.  Du- 
rand. Une  quête  sera  faite  au  profit  de  la  caisse  de  secours  de  l'Associa- 
tion des  Sociétés  chorales. 

**„  Les  journaux  anglais  annoncent  pour  l'année  1861 ,  un  grand  festi- 
val international  dans  le  genre  de  celui  qui  a  eu  lieu  cette  année. 
Le  comité  qui  a  pris  l'initiative  de  cette  manifestation,  a  profité  du 
séjour  à  Londres  de  M.  Delaporte  pour  en  arrêter  les  bases.  Cette 
grande  solennité  réunirait  les  députations  des  orphéons  de  France  aux 
sociétés  chorales  anglaises. 

„,*„,  Mlle  Léonie  Tonel  s'est  fait  entendre  cette  sem-aine  dans  une  ma- 
tinée intime,  où  elle  a  déployé  son  double  talent  de  pianiste  et  de  com- 
positeur. On  a  notamment  applaudi  deux  charmantes  valses  et  rêveries, 
qu'on  a  voulu  entendre  deux  fois. 

„,*„.  Le  congrès  pour  la  restauration  du  plain-chant  et  de  la  musique 
d'église  tiendra  sa  session  du  27  novembre  prochain  au  1"  décembre, 
dans  le  local  delà  Société  d'encouragement,  rue  Bonaparte ,  u°  44. 
Les  travaux  du  congrès  seront  inaugurés  par  une  meSse  du  Saint-Esprit, 
qui  sera  célébrée  dans  l'église  de  Saint-Eustache,  le  mardi  27,  à  onze 
heures  très-précises.  Les  chœurs  de  plusieurs  paroisses  de  Paris  ont  bien 
voulu  s'adjoindre  au  chœur  de  cette  église,  pour  exécuter,  sous  la  di- 
rection do  M.  Huraud  ,  maître  de  chapelle  de  Saint  Eustache,  des  mor- 
ceaux de  plain-chant,  des  fragments  de  Palestrina  et  du  xv"  siècle.  Le 
grand  orgue  sera  tenu  par  M.  Ed.  Batiste;  une  allocution  de  circonstance 
sera  prononcée  par  M.  l'abbé  Victor  Pelletier,  chanoine  de  l'église  d'Or- 
léans, président  du  congrès.  Le  discours  sera  précédé  du  chant  d'un 
cantique  du  P.  Brydaine. 

„*„,  V,.  Théodore  Ymbert  vient  de  publier  deux  nouvelles  fables  de 
la  Fontaine,  le  Sahjie  fi  le  Passant,  pour  voix  de  basse,  et  la  Mort  et 
le  Bûcheron,  aussi  pour  voix  de  basse.  Comme  leurs  devancières,  elles 
se  recommandent  à  l'attention  des  amateurs  de  bonne  musique. 

„*„,  Au  concert  donné  le  20  novembre  à  l'hôtel  de  ville,  au  bénéfice 
des  Crèches,  on  a  beaucoup  remarqué  et  applaudi  un  trio  d'Emile  Al- 
bert, interprété  par  MM.  Lebrun,  Lee  et  l'auteur,  et  le  duo  des  Dragons 
de  Villars  ;  Mira  la  biavea  luna,  duo  pour  violon  et  violoncelle,  de  Si- 
vori  etSeligmann,  a  été  très-bien  exécuté  par  MM.  Lebrun  et  Lee. 

i%  Le  clavier  Brouvver,  nouvel  instrument  gymnastique,  destiné  à 
exercer  et  fortifier  les  doigts  isolément  ou  par  groupes  en  conservant  à 
la  main  sa  position  normale  sur  le  clavier,  a  reçu  l'approbation  de 
M.  llarmontel,  professeur  au  Conservatoire. 

„*»  J.  Schulhoff  est  attendu  à  Paris  pour  le  15  décembre.  Il  donnera 
un  concert  dans  le  colirant  de  janvier. 

„.%.  La  jeune  et  brillante  pianiste,  Mlle  Octavie  Caussemille,  après  une 
longue  absence  marquée  par  les  plus  beaux  succès,  est  de  retour  à 
Paris,  où  elle  passera  l'hiver. 

*x  La  circulaire  que  nous  reproduisons  ci-après  vient  d'être  adres- 
sée à  MM.  les  commissaires  de  police  de  Paris  et  du  département  de  la 
Seine  par  M.  le  préfet  de  police  : 
«  Messieurs, 
»  L'arrêté  du  16  février  1859,  qui  a  institué  un  diapason  normal, 
porte,  article  i  :  «  Tous  les  établissements  autorisés  par  l'Etat  devront 
être  pourvus  d'un  diapason  vérifié  et  poinçonné  au  diapason  prototype,  » 
et  article  5:  «  Le  diapason  normal  sera  mis  en  vigueur  le  1er  juillet,  à 
Paris;  le  1er  décembre  dans  les  départements.  A  partir  de  cette  époque 
ne  seront  admis  dans  les  établissements  musicaux  ci-dessus  mentionnés 
que  les  instruments  au  diapason  normal,  vérifiés  et  poinçonnés.  »  En 
vertu  de  ces  dispositions,  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat  demande  que  l'ar- 
rêté soit  mis  à  exécution  sans  retard  dans  les  concerts,  cafés-concerts 
et  bals  autorisés  par  mon  administration.  Je  vous  prie,  en  conséquence, 
Messieurs,  d'inviter  chacun  des  directeurs  de  ces  établissements  qui  se 
trouvent  sur  votre  quartier,  à  régler  la  tonalité  de  son  orchestre  sur  le 
diapason  normal  institué  par  arrêté  ministériel  et  déposé  au  Conserva- 
toire impérial  de  musique  et  de  déclamation.  Vous  voudrez  bien  me 
rendre  compte  du  résultat  de  vos  soins  à  ce.  sujet.  Agréez,  etc.  » 

„*„  Le  procès  de  M.  Jules  Barbier  contre  la  commission  des  auteurs 
vient  de  se  terminer  par  un  arrêt  confirmant  le  jugement  de  pre- 
mière instance,  et  motivé  comme  il  suit  :  «  Considérant  que  la  Société 
des  auteurs  et  compositeurs  dramatiques  a  été  constituée  notamment 
pour  la  défense  des  droits  des  associés  vis-à-vis  des  administrateurs  des 
théâtres,  et  pour  la  création  d'une  caisse  de  secours  et  d'un  fonds 
commun  de  bénéfices  partageables;  qu'aux  termes  des  statuts,  la  com- 


mission nommée  par  l'assemblée  générale  est  autorisée  à  faire  avec 
toutes  entreprises  théâtrales  des  traités  qui  fixent  les  droits  des  auteurs 
sociétaires,  et  chargée  d'en  assurer  l'exécution  de  la  part  des  contrac- 
tants ;  considérant  qu'en  vertu  de  ses  pouvoirs,  la  commission,  par  acte 
du  2  mars  1856,  enregistré,  a  fait  avec  le  directeur  du  théâtre  Lyrique 
un  traité  qui  fixe  à  12  0/0  de  la  recette  la  rétribution  à  partager  par 
moitié  entre  l'auteur  des  paroles  et  l'auteur  de  la  musique  ;  que,  le  29 
janvier  1858,  à  l'occasion  du  Médecin  malgré  lai,  opéra  représenté  au 
théâtre  Lyrique,  la  commission,  eu  égard  à  la  nature  de  l'ouvrage,  a 
restreint  les  droits  de  Barbier  et  de  Carré  aux  trois  quarts  des  6  0/0 
revenant  aux  auteurs  des  paroles;  restriction  qui  a  été  expressément 
acceptée  par  lesdits  Barbier  et  Carré  ;  que,  plus  tard,  la  même  propor- 
tion a  été  appliquée,  par  décision  de  la  commission  et  par  l'assemblée 
générale,  à  l'opéra  des  Noces  de  Figaro,  représenté  sur  le  même  théâtre 
le  8  mai  1858;  considérant  que  cette  détermination,  comme  la  précé- 
dente, rentre  dans  l'objet  de  ia  Société  et  dans  les  stipulations  que  les 
statuts  autorisent,  etc.,  etc.   » 

t*j.  En  réponse  au  passage  de  son  article  biographique  sur  M.  Beaulieu, 
de  Niort,  dans  lequel  M.  Fétis  accuse  les  départements  du  centre  et  de  l'ouest 
delà  France  d'être  restés  musicalement  presque  à  l'état  sauvage  jusqu'au 
commencement  de  ce  siècle,  M.  Meneau,  de  la  Rochelle,  nous  écrit 
pour  rappeler  que  dès  l'année  1790  une  Société  de  concerts  existait  dans 
cette  ville,  et  que  la  Société  philharmonique,  à  laquelle  il  se  félicite  d'ap- 
partenir, n'a  pas  cessé  de  donner  chaque  année  des  soirées  musicales  d'a- 
bonnement depuis  1815.  Tous  ces  faits  sont  à  coup  sûr  authentiques,  et 
pourtant  le  savant  M.  Fétis  n'en  a  pas  moins  raison. 

t*t  L'éditeur  Challiot  publie  l'album  posthume  d'Abadie  contenant  : 
le  Baptême  d'un  enfant,  Rose  des  bois,  le  Vieux  Castillan,  les  Clochettes,  An- 
dré Vésale,  Bachehtte,  Esclave  et  Créole,  le  Lutin  des  amoureux,  le  Fiancé  de 
Jeannette,  Ils  suivent  la  file  comme  les  moulons,  Diogène  clierchant  une 
femme,  Tout  couleur  de  rose. 

„..*„..  Le  père  de  notre  collaborateur  et  ami,  Georges  Kastner,  vient  de 
mourir  à  Strasbourg  dans  sa  quatre-vingt-unième  année. 

**„.  Mlle  Maurice  P.euchsel,  excellente  musicienne,  professeur  de  piano 
et  compositeur,  est  morte  il  y  a  quelques  jours,  au  moment  où  elle  com- 
mençait à  recueillir  le  fruit  de  ses  longs  travaux. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

t%  Nantes,  23  novembre.  —  Le  Pardon  de  Ploé'rmel  a  été  exécuté  avec 
un  ensemble  parfait  et  a  obtenu  un  succès  immense  Mme  Raynaud  a 
merveilleusement  joué  et  chanté  le  rôle  de  Dinorah  :  c'était  un  vrai 
triomphe  après  l'air  de  l'Ombre.  Comte-Borchard  a  dit  son  grand  air  et 
ses  couplets  avec  une  âme  et  un  brio  qui  lui  ont  valu  deux  ovations 
justement  méritées.  Enfin,  M.  Charles  est  un  Corentin  comme  il  s'en 
rencontre  peu,  à  la  fois  bon  chanteur,  et  comédien  intelligent  et  dis- 
tingué. 

„%  Le  Havre.  —  On  vient  de  reprendre  les  Dragons  de  Villars  avec 
Mlle  Poussèze  et  M.  Vincent.  La  partition  de  Maillart  a  été  parfaitement 
accueillie.  Le  Postillon  de  Lonjumeau  a  été  reçu  avec  beaucoup  de  plaisir, 
ainsi  que  Giralda,  parfaitement  interprétés,  du  reste,  par  M.  Vincent  et 
Mlle  Barrault.  On  annonce  comme  très -prochaines  les  reprises  de  la 
Part  du  Diable,  de  Martha  et  de  Haydée. 

»%  Marseille.  —  Roger  a  chanté  deux  fois  le  rôle  de  Jean  de  Leyde 
dans  le  Prophète;  le  célèbre  artiste  a  été  accueilli  avec  les  témoignages 
de  la  plus  vive  sympathie.  Il  a  dit  la  romance  du  second  acte  :  Pour 
Berlha  moi  je  soupire,  avec  ce  charme  et  cette  poésie  dont  il  semble  avoir 
seul  le  secret.  A  la  chute  du  rideau,  Roger  a  été  rappelé  et  a  reçu 
l'ovation  la  plus  brillante.  —  Le  concert  de  Sivori  avait  attiré  un 
nombreux  public.  Les  divers  morceaux  exécutés  par  le  célèbre  violoniste 
ont  soulevé  l'enthousiasme  le  plus  vif  et  le  plus  sincère. 

t*é  Marmnnde,  10  novembre.  -  Avant-hier,  le  cardinal-archevêque 
de  Bordeaux  s'est  rendu  dans  notre  ville  pour  bénir  notre  nouvel  orgue. 
Son  Eminence  a  été  reçue,  à  l'entrée  de  la  ville,  par  Mgr  l'évèque  d'A- 
gen,  le  clergé  de  la  ville  et  des  environs  ;  on  s'est  rendu  procession- 
nellement  à  l'église,  qui  était  splendidement  illuminée  et  décorée.  Après 
.  la  bénédiction  du  l'orgue  par  Mgr  Donnet,  et  un  sermon  prononcé  par 
un  religieux,  l'organiste  de  Notre-Dame  de  Bordeaux  et  celui  de  la  ca- 
thédrale d'Agen  ont  fait  entendre  le  magnifique  instrument  construit 
par  Cavaillé-Coll,  de  Paris.  La  cérémonie  s'est  terminée  ptr  la  béné 
diction  du  Saint-Sacrement. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 

„,*„  Londres.  —  L'événement  de  la  semaine  musicale  a  été  la  reprise, 
à  i'Opéra  anglais  de  Covent-Garden,  des  Night  dancers  (  danseurs  noc- 
turnes), imité  de  Giselle,  dont  la  musique  est  de  Edw.  Loder,  et  qui  ob- 


DE  PARIS. 


411 


tint  un  très-grand  succès  lors  de  son  apparition  au  Princess  théâtre  en 
1846.  Cet  ouvrage  fort  remarquable  n'a  pas  été  moins  bien  accueilli 
cette  année,  bien  que  l'exécution  ait  laissé  a  désirer  en  plusieurs  points. 
Mme  Palmieri  (Giselle),  ainsi  que  MM.  Uigh  et  Corri,  chargés  des  prin- 
cipaux rôles,  ont  été  fort  applaudis.  —  Les  concerts  populaires  du  lundi 
viennent  d'inaugurer,  sous  l'habile  direction  de  l'excellent  chef  d'or- 
chestre Benedict,  leur  troisième  saison  par  une  soirée  très-brillante  et 
uniquement  consacrée  à  l'exécution  d'ouvrages  de  Weber,  Spohr  et 
Dusseck. 

%*x  Bruxelles.  —  L'Etoile  du  Nord  a  été  représentée  deux  fois  dans  le 
cours  de  la  semaine  qui  vient  de  s'écouler.  Le  grand  opéra  a  eu  une 
belle  soirée  avec  le  Prophète.  —  M.  Ch.  Ilanssens  vient  de  terminer  la 
partition  du  Siège  de  Calais,  opéra  en  quatre  actes,  qui  sera  représenté 
cet  hiver  au  théâtre  de  la  Monnaie.  —  Dans  la  séance  du  8  novembre  de 
l'Académie  royale  de  Belgique  (classe  des  beaux-arts),  M.  Fétis  a  lu  un 
rapport  sur  la  question  de  savoir  s'il  convient  que  la  Belgique  imite  la 
France  en  adoptant  les  mesures  prises  à  l'égard  du  nouveau  diapason. 
Le  savant  directeur  du  Conservatoire  est  d'avis  que  le  diapason 
doit  être  fixé,  mais  non  abaissé.  —  A  l'occasion  de  la  Sainte-Cécile, 
on  a  exécuté,  le  22  novembre,  à  l'église  de  Saint-Michel  et  Gudule,  l? 
messe  solennelle  de  Charles  Counod.  Les  soli  de  ténor  ont  été  interprétés 
par  M.  Cornélis,  et  les  chœurs  ont  été.  chantés  par  cent  cinquante  exé- 
cutants. 

**;  Berlin.  —  La  vogue  est  décidément  à  l'Opéra  italien.  Aous  possé- 
dons deux  troupes  italiennes  à  la  fois,  et  Paris  n'en  a  qu'une  seule.  Vous 
savez  que  l'Opéra  de  la  cour  a  renouvelé  son  traité  avec  Mérelli  jusqu'au 
15  janvier  prochain.  Cette  société  se  trouvait  dans  la  position  la  plus 
critique,  lorsque  Mlle' Trebelli  est  venue  la  sauver.  C'est  la  plus  éton- 
nante apparition  que  nous  ayons  vue  surgir  depuis  longtemps  à  l'ho- 
rizon dramatique,  que  cette  jeune  française,  dont  le  véritable  nom 
est  Gilbert.  Mademoiselle  Trebelli  sera  probablement  la  première 
cantatrice  d'un  avenir  très-prochain  ;  sa  belle  voix  de  contralto  embrasse 
deux  octaves  et  demie;  et  dans  cette  étendue  peu  ordinaire,  toutes  les 
notes  de  son  organe  sont  également  pures,  vibrantes  et  du  timbre  le  plus 
sympathique.  Ce  qui  distingue  particulièrement  Mlle  Trebelli  sur  la  scène, 
c'est  la  manière  large  et  puissante  de  traiter  le  récitatif,  c'est  l'habileté 
consommée  avec  laquelle  elle  sait  concilier  les  exigences  de  la  dé- 
clamation avec  celles  de  la  musique.  Ce  qui  jusqu'ici  manque  sans 
doute  encore  à  la  jeune  cantatrice,  c'est  la  passion.—  Du  12  au  18  no- 
vembre le  théâtre  de  la  Cour  a  joué  :  Sèmiramis,  de  Itossini  ;  Ca- 
tarina  Cornaro,  de  Lachner;  Rigoletlo,  de  Verdi;  Orphée,  de  Gluck; 
le  Templier  et  la  juive ,  de  Marschner.  —  La  Société  italienne  du 
théâtre  Victoria  a  donné  :  la  Traviata,  de  Verdi  ;  Lucia,  de  Donizetti  ; 
Rigoletlo,  de  Verdi.  —  Le  19,  à  l'occasion  de  la  fête  de  la  reine,  l'aca- 
démie de  chant  exécutera,  dans  l'église  de  la  garnison,  le  Messie,  de 
Uaendel.  Les  soli  seront  chantés  par  Mmes  Artot,  Lagrange  et  Tre- 
belli. —  Au  service  funèbre  pour  la  feue  impératrice  douairière  de 
Bussie  —  elle  était  la  sœur  du  roi  de  Prusse  régnant  —  le  Domchor  a 
chanté  les  cantiques  et  hymnes  funèbres  dans  la  chapelle  de  l'ambassade 
russe.  —  Les  deux  soirées  de  Mme  Clara  Schnmann  ont  été  des  plus  bril- 
lantes :  on  n'y  a  entendu  que  des  œuvres  classiques,  exécutées  avec  une 


pureté,  une  intelligence  et  une  grâce  incomparables.  —  Mlle  Brunetti, 
élève  de  Duprez,  doit  débuter  incessamment  au  théâtre  italien  de  la 
Cour. 

j*„  Weimar.  —  L'opéra  de  Chelard,  Macbeth,  que  nous  n'avions  pas 
entendu  depuis  vingt  ans,  a  été  repris  ;  le  public  lui  a  fait  l'accueil  le 
plus  sympathique.  Le  compositeur  a  été  rappelé  plusieurs  fois.  —  Le 
grand-duc  vient  de  conférer  à  l'intendant  général  Dingelstedt  la  croix 
de  commandeur  de  l'ordre  du  Faucon. 

**„  Leipzig. —  Les  honneurs  du  sixième  concert  du  Gewandhaus  ont 
été  pour  Mme  Clauss-Szarvady,  qui  a  exécuté  un  concerto  d'Hiller  avec 
cette  netteté,  cette  vigueur  et  cette  expression  qui  ont  fait  la  renommée 
de  l'éminente  pianiste.  La  deuxième  partie  du  concert  était  consacrée 
tout  entière  à  Cherubini  ;  on  a  exécuté  le  Sanctus  de  son  Requiem,  l'ou- 
verture et  des  fragments  de  l'opéra  les  Abencerrages,  ainsi  que  l'ouverture 
cVAnacrèon. 

„,%  Hanovre.  —  La  compagnie  italienne  dirigée  par  M.  L.  Larina 
a  débuté  au  théâtre  royal  par  Lucia.  Le  succès  n'a  pas  été  douteux  un 
seul  instant.  Mme  Castellan  s'est  surpassée  et  a  été  très-bien  accueillie  ; 
M.  Baragli  s'est  montré  le  digne  partenaire  de  la  cantatrice. 

***  Cologne. —  Ce  qui  donnait  un  puissant  attrait  au  deuxième  concert 
d'abonnement,  c'est  l'exécution  magistrale  d'un  excellent  concerto  de 
P.  Hiller  pour  piano,  par  Mme  Clauss-Sarvady,  qui,  en  outre,  nous 
a  fait  entendre,  avec  non  moins  de  succès,  divers  morceaux  de  Chopin. 

***  Bologne.  —  Le  Prophète  a  été  représenté  lundi  et  mardi  avec  un 
succès  immense.  L'ouvrage,  monté  par  Angelo  Mariani  avec  un  soin  tout 
particulier,  a  été  accueilli  con  frenezia.  Barbot  a  très-bien  chanté  Jean  de 
Leyde,  et  Mme  Borghi-Mamo  a  déployé,  dans  le  rôle  de  Fidès,  toutes  les 
ressources  de  son  beau  talent.  La  célèbre  cantatrice  a  eu  de  nombreux 
rappels. 

„,**  Florence,  18  novembre.  —  La  Schiller -Marsch  a  été  exécutée  hier 
à  la  Filarmonica  avec  un  immense  succès.  C'était  pour  la  première  fois 
que  l'on  entendait  cette  belle  œuvre  de  Meyerbeer  en  Italie. 

*%  Turin.  —  Le  théâtre  Gerbino  vient  de  représenter  la  Bianca 
lo  de  M.  dell'Ongara.  Cet  ouvrage,  dont  le  succès  a  été  très- 
grand,  a  été  suivi  de  VEsmeralda,  ballet  de  Perrot,  mis  en  scène  par 
Frédéric  Massini. 

»%  Saint-Fètersbourg.  —  Nos  théâtres,  fermés  p?r  suite  du  décès  de 
l'impératrice-mère,  rouvrit  ont  le  2/14  décembre.  Le  théâtre  italien  inau- 
gurera ses  nouvelles  représentations  par  la  reprise  du  Pellegrinaggio  di 
l'ioërmel.  C'est  Mlle  Fioretti  qui  y  chantera  pour  la  première  fois  le  rôle 
de  Dinorah. 


le  Directeur  :    S     DUl'OI  11  . 


MAISON    H.    HERZ    pianos,  AS,  rue  de  la 

Victoire,  à  Paris. 

..  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  desconcertsdu  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n"  9. 

u  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  celte  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
le  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  a  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant,  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  Au  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

n  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, A  l'unanimité,  a  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  ■ 

[Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  (te  Paris.) 


Chez  G.  Brandus  et  S.  Dufour,  103,  rue  de  Richelieu. 
B"«3bS5«h  nouvelle 

DE  LA 

GRANDE  PARTITION  D'ORCHESTRE 


De  ROSS1NI 
EN    PETIT    FORMAT 

Deux  volumes  grand  in-16, 
Prix   net  :  SO  fr. 

(Edition  italienne  de  Guidi,  à  Florence. 


facteur  de  pianos.  —  Médaille 
d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  lro  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  son.  —  Magasin, 
rue  Montmartre,  161. 


ALriîuHàii    ù&A      brevets  d'invention  cl   de 

perfectionnement. 

Instruments  F$uxomiiitoiti<incs.  Invention  à  la- 
quelle le  Jury  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a  con- 
sacré la  plus  belle  page  dans  son  iuppout  officiel  {Ins- 
truments de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  troos  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse  et  d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  e'.le  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  delà 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  a  toutes  les  voix  de  chaque  famille  ;  soprauos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  do  ce  système,  a 
(Page  1330.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Hue  d'Abbcville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


412 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  E.  GÉRARD  et  Cic,  éditeurs  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,   18,  à  Paris. 

LE  DOCTEUR  MIROBOLAN 


PARTITION   PIANO    ET   CHANT 

DISPOSÉE 

Pour  la  conduite  de  l'orchestre 
Par  li.  Soumis 

PRIX   NET    :    8   FR. 


Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  CORMON  et  TRIANON, 
Musique  de 

E.  GAUTIER 


PARTIES 

D'ORCHESTRE 


Prix  marqué 
ISO    francs 


TABLE    THEMATIQUE 


Ouverture 6     » 

1.  Morceau  d'ensemble  :  Ma  femme,  ma  femme 9    » 

2.  Duo  chanté  par  Mlles  Lemercier  et  Bousquet  :  Géralde  est 

son  nom 6     » 

3.  Duo  chanté  par  M.  Couderc  et  Mlle  Lemercier  :   Ah!  ma 

Dorine,  Ah!  cher  Crispin 7  50 

4.  Couplets  chantés    par  M.   Berthelier  :  J 'aimons  un'  file 

d'  la  campagne 2  50 


k  bis .  Orchestre 3     » 

5.  Quintette:  Pour  écouter  mes  clients,  d'ordinaire 9    » 

Romance  extraite  du  quintette,  chantée  par  M.  Warot  : 

La  joie  et  la  mélancolie 2  50 

6.  Air  de  Crispin,   chanté  par  M.  Couderc:  L'argent  gagné, 

fade  chimère 5     » 

7.  Finale  :  Ah!  c'est  trop  fort,  c'est  incroyable 9     >> 

Quadrille  par   Irltan. 


CHANSONNETTES   NOUVELLES   AVEC    DESSINS   DE  STOP 


CHANTÉES  PAR  BERTHELIER 

V Humour  britannique ,    boutade   anglaise    de  E.  Bourget  et 

V.  Parizot 2  50 

Pile  ou  Face,  de  E.  Bourget  et  G.  Baneux 2  50 

L:  Dîner  d".  ma  Tante,  de  E.  Bourget  et  Lhuillier 2  50 

Les  Français  en  Chine,  de  E.  Bourget  et  Plantade 2  50 


CHANTÉES  PAR  JOSEPH    KELM 

Lon,  Ion,  la,  noce  normande,  de  Richemont,  Joseph   Kelm  et 

Léon  Marie 2  50 

Petit  Minet,  de  Jules  Bertrand  et  Marc  Chautagne 2  50 

Le  Dernier  des  Boursiers,  prophétie,  de  Roger  d'Endoume  et 

Olivier  Metra 2  50 

Je  resterai  garçon,  de  Victor  Mabille  et  Olivier  Metra 2  50 


POLKA     DES     RIFLEMEN,    !»'«•   IiUCIBST  BUIMONTET.  —  Prix:  4  franc». 


PRIX    ACCORDÉ   A    L'UNANIMITE   A    l'EXrOSITION 
UNIVERSELLE    DE    LONDRES    1851. 

Toul-uisgcur  <!<■«  Ministères  de  lu 
«uerre  et  de  In  Marine  de  France. 

Seuls   agents    à    Londres 

CHAPPELL  &  HAMM0HD,  S"  DE  JULLIEN  &  Ce 

214  ,   Régent   Street. 


MAISON  FONDÉE  EN  1803. 

INSTRUMENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVRE 

ANTOINE  COURTOIS 

88,   rue  fies  Marais  -  Saint  -  Martin,   88 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


médaille  d'argent  de  1"  classe 
a   l'extosition   dxiversblle  de   paris  1855. 

Facteur   du    Conservatoire   et   de 
rAcadéinlc  Impériale  de  Paris. 

Agent  à  Saint-Pétersbourg  : 

A.  BDTTNER, 

Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  tes  demandes  gui  pourront  lui  être 
adressées;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


I">  médaille  d'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DECORATION  DE  LA  LÉGION  0  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


MANUFACTURE  D'INSTRUMENTS  DE  MUSIQUE  EN  CUIVRE  ET  EN  BOIS 

FONDÉE  A  PARIS  EN  1843  PAR 


1      médaille 

Exposition  nationale  belge  de  1841. 

[DÉCORATION    OE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1S45). 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE   SAINT -GEORGES,    50 


Grande  médaille  d*or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

-o-S>«S-o- 


I"'  médaille  d'argent 
Exposition  nationale  française  de  1844. 

Seule  grande  médaille  d'hoiiiienr  à  1  Exposition  universelle  de  Paris  (1855).  —  Seule  grnnde   médaille 

(t'owneil  Metlal)  à  l'Exposition  universelle  de  Eondres  (I8»i). 

Organisateur  cl  fournisseur  de  la  musique  des  Guides  et  des  autres  musiques  des  régiments  de  la  Garde  impériale. 

inventeur  des  familles  des 


SAXO-TROMBAS.  SAX-TUBAS.  CLAIRONS-SAX. 

SAXHORNS.  SAXOPHONES.  TROMBONES-SAX. 

Forme  et  dispositions  nouvelles  de  Trombones  à  3,  4  et  5  cylindres  ; 

invention  brevetée  en  t  «."»;>. 
Tous  les  instruments  à  pistou»  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1800. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.'brev.  en  185«. 


CORNETS  SIX  (compensateurs). 
CLARINETTES  li.VSSES-SAX. 


CLARINETTES  CONTRE-BASSES-SAX. 
BASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 


Cors,  Cornets,  Trompettes,  Trombones  simples,  les  mêmes  à  pistons 
ou  cyliudres,  les  mêmes  forme  Saso-Tromba. 

Clairons,  Trompettes  d'ordonnance.  Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


Ri  L  l;Llu  Lin..   2> 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


IV0  49. 


2  Décembre  1860. 


ON  S'ABONNE  : 

Dans  les  Dt-pnrtt'mcnts  et  a  l'Étranger,  chez  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  et  aui 
Sureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr   par  OU 

Départements,  Belgique  et  Suisse...      30  »        id. 
Étranger 34  •>       id. 

Le  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETTE  MUSICAL 


— ^vnnA/UVYA/Yan/^ — 


LA    REVUE    ET   GAZETTE    MUSICALE    OFFRE,    A    L'OCCASION    DU    NOUVEL    AN,    COMME 

Primes-Étretines 


MUSIQUE  DE  PIANO  : 

LES 

ROMANCES  SANS  PAROLES 

I»oiir  3e  ^ïano, 

HENDELSSOHN 

Réunies  en  un  voiuiue  ln-8° 

(36  morceaux) 


PREMIER  VOLUME  DE  LA  NOUVELLE  PUBLICATION  DU 

RÉPERTOIRE   DE  MUSIQUE  CLASSIQUE  DE  PIANO 


DEUX   BEAUX   PORTRAITS 


BEETHOVEN 


Photographiés    d'après   des  gravures   du 
temps  ,  par  Petit  et  Triuquart, 

FORMAT    DIT 

Cartes  de  ïisile. 


MUSIQUE  DE  CHANT 


NOUVELLES  MÉLODIES 

Avec  accompagnement  de  Piano, 
Paroles  de 

VICTOR  HUGO,  TH.  GAUTIER  ET  S.  NIBELLE 

Musique  de 

^353  'ff  '  ^^;  ^i  ^!^'      ^5j  ^f^  ^ç*y  \£  *çS£i  ^sb  'wÊà 

(2°  série  de  ses  mélodies) 

Formant  un  Album  de  chant,  format  in-a°. 


A  partir  du  15  décembre,  ces  Primes  seront  remises  aux  anciens  abonnés  qui  renouvelleront  leur  abonnement 
et  aux  personnes  qui  en  prendront  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —  Théâlrc  impérial  de  l'Opéra  :  le  Papillon,  ballet-pantomime 
en  deux  actes  et  quatre  tableaux,  par  Marie  Taglioni  et  H.  de  Saint-Georges, 
musique  de  J.  Offenbacli,  par  E*anl  Siuith.  —  Conservatoire  impérial  de 
musique  et  de  déclamation:  exercice  des  élevés;  le  Barbier  de  Séoille.  —  De 
la  musique  en  Espagne  (2e  article),  par  Adrien  de  lia  Fage.  —  Monument 
à  Cherubini.  —  Ilevue  des  théâtres,  par  I>.  A.  D.  Saint-Yves.  —  Nou- 
velles et  annonces . 


THEATRE  IMPÉRIAL  DE  L'OPÉRA, 

IiE  PAPIIXOW, 

Ballet-pantomime  en  deux  actes  et  quatre  tableaur,  par  Marie 

Taglioni  et  H.  de  Saint-Georges,  musique  de  J.  Offenbach. 

(Première  représentation  le  2C  novembre  18G0.) 

Marie  Taglioni!  quel  nom,  quelle  réclame  pour  un  programme  de 
ballet,  et  quel  honneur  pour  l'artiste  qu'un  tel  auteur  charge  d'édi- 
ter son  œuvre I  Tout  d'abord  Emma  Livry  s'était  élevée  au  rang  de 


sylphide,  et  la  voilà  qui  passe  à  l'état  de  papillon!  11  est  vrai  que 
papillon  et  sylphide,  c'est  à  peu  près  une  seule  et  même  chose.  Les 
bons  sujets  de  ballet  sont  si  rares,  plus  rares  cent  fois  que  les  bons 
sujets  d'opéra,  de  tragédie  et  de  comédie!  En  fait  de  conception  pu- 
rement chorégraphique,  rien  de  borné  comme  l'infini  :  vous  en  at- 
teignez le  fond  tout  de  suite.  Si  vous  voulez  retrouver  un  peu  d'es- 
pace et  surtout  de  variété,  revenez-en  à  notre  pauvre  terre,  et  deman- 
dez-lut  quelques-uns  de  ces  drames  que  jadis  on  aimait  tant  chez 
nous,  que  l'on  aime  encore  sur  la  terre  étrangère  et  que  l'on  nom- 
mait ballets  d'action.  Mais  pour  les  ballets  d'action  il  faut  des  acteurs, 
et  nous  n'en  avons  plus  :  depuis  trente  ans  on  s'est  si  bien  appliqué  à 
en  détruire  la  race!  Nous  n'avons  que  des  danseuses  et  point  de 
danseurs,  point  de  mimes  ;  restons  donc  dans  les  airs  et  dans  les 
flots  de  gaze;  voltigeons,  mourons  axechSylphidcelwecGiselle,  sa 
sœur  cadette;  ressuscitons  et  montons  au  ciel  avec  son  tout  jeune 
frère,  le  Papillon. 

Avant  de   prendre  son   vol,  le  charmant    lépidoptère  avait  pour 
chrysalide  la  forme  aérienne   d'une  noble  fille  enlevée  à  son  père,  un 


h\k 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICAL"!' 


émir  circassien,  par  une  méchante  fée,  qui  en  a  fait  sa  servante.  Cette 
fée  est  elle-même  sous  le  coup  d'une  métamorphose  .  venant  de 
n'importe  quelle  baguette.  De  jeune  et  belle  qu'elle  était,  la  baguette 
l'a  changée  en  vieille  décrépite  et  la  maintiendra  telle  jusqu'à  ce 
qu'un  jeune  homme  lui  fasse  l'aumône  d'un  baiser. 

L'histoire  nous  apprend  qu'en  de  tels  accidents 
On  fait  de  pareils  dévouements. 

Ce  que  l'histoire  ne  nous  dit  pas,  c'est  que  pour  punir  une  ser- 
vante dont  les  espiègleries  l'impatientent,  la  fée  Hamza  ait  pu  vouloir 
la  changer  en  papillon.  «Papillon,  vole!  vole!  vole!»  lui  dit  la  fée,  et, 
tout  en  volant,  le  folâtre  insecte  vient  se  jeter  tête  baissée  dans  le 
filet  d'une  bohémienne.  La  bohémienne  le  vend  au  prince  Djalma, 
qui  s'est  déjà  épris  de  la  servante  et  qui  la  revoit  bientôt  dans  son 
papillon.  De  là  une  suite  d'événements  et  de  péripéties  que  la  magie 
seule  explique.  Farfalla  est  reconnue  pour  fille  de  l'émir,  et  puis 
elle  redevient  encore  papillon.  La  fée  Hamza  redevient  jeune  et  belle, 
parce  que  le  prince  a  le  malheur  de  se  tromper  de  joue  et  de  dépo- 
ser sur  l'une  le  baiser  qu'il  destinait  à  l'autre.  La  fée  entre  en  guerre 
ouverte  avec  sa  servante  affranchie,  et  la  remet  sous  le  joug;  elle 
veut  absolument  lui  ravir  le  cœur  et  la  main  du  prince  Djalma. 
Vains  efforts  !  vains  prestiges  !  Au  moment  où  l'union  de  la  fée  et  du 
prince  va  se  célébrer  devant  la  cour  plénière  des  fées,  un  petit  bon- 
homme paraît,  tenant  à  la  main  une  torche  enflammée  (le  livret  dit 
que  c'est  la  torche  de  l'hymen).  Farfalla,  toujours  papillonnante  , 
aperçoit  la  flamme,  et  n'a  rien  de  plus  pressé  que  d'y  venir  brûler  ses 
deux  ailes.  Vous  la  croyez  perdue,  et  pas  du  tout,  c'est  ce  qui  la  sauve  ! 
Le  livret  nous  l'apprend  ainsi  :  «  Le  charme  est  détruit  avec  les  ailes 
»  de  la  princesje  ;  la  baguette  magique  de  la  fée  se  brise  dans  sa 
»  main  ;  Farfalla  redevient  la  belle  jeune  fille  qu'adore  le  neveu  de 
»  l'émir.  »  Vit-on  jamais  pareil  miracle  accompli  par  la  torche  de 
l'hymen  ? 

De  la  Sylphide  et  de  Giselle  au  Papillon  il  n'y  a  que  la  dis- 
lance d'un  thème  à  une  variation.  Dos  partitions  de  Schneitzhoeffer 
et  d'Adolphe  Adam,  deux  vrais  chefs-d'œuvre,  à  celle  d'Offenbach 
quel  est  l'intervalle?  La  dernière  venue  est-elle  aussi  ce  que  son 
auteur  a  écrit  de  mieux  dans  ce  genre?  On  ne  saurait  le  dire,  puis- 
que c'est  son  début,  à  lui,  passé  maître  en  tant  d'autres  exercices. 
Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  qu'il  ne  pouvait  écrire  rien  de  vul- 
gaire ni  de  mesquin  ;  mais  on  a  beau  posséder  une  habileté  consom- 
mée au  service  d'uue  invention  originale  et  hardie,  on  court  le  risque 
de  n'être  pas  tout  à  fait  soi-même,  lorsque  pour  la  première  fois  on  écrit 
quelque  chose  qui  doit  être  exécuté  sur  la  grande  >scène  lyrique.  On 
fait  sans  se  l'avouer  un  effort  pour  grandir,  s'élever;  on  tend  le  jar- 
ret pour  montrer  du  nerf.  Celte  idée  nous  venait  en  écoutant  l'ouver- 
ture écrite  par  Offenbach,  ouverture  un  peu  longue  quoique  déjà 
raccourcie,  un  peu  obscure,  un  peu  travaillée  pour  un  musicien  d'or- 
dinaire si  spontané,  si  clair.  Hâtons-nous  de  déclarer  que  ces  dé- 
fauts, s'ils  sont  réels,  n'apparaissent  plus  dans  tout  le  reste  de  la 
musique.  Offenbach  n'a  eu  que  le  tort  de  faire  en  entrant  une  révé- 
rence trop  étudiée,  trop  savante,  et  puis  il  s'est  remis  bien  vite,  il  a 
repris  sa  franche  allure.  Toutefois,  sauf  à  revenir  sur  nos  impres- 
sions premières,  la  musique  du  nouveau  ballet  se  distingue  parj'in- 
génieuse  finesse  d'une  facture  inspirée  de  la  reine  Mab  plutôt  que  par 
l'abondance  de  ces  motifs  au  dessin  net  et  populaire  dont  Offenbach 
se  montre  si  prodigue  quand  il  est  chez  lui,  ut  home.  Puisqu'il  s'est 
décidé  à  en  sortir  (el  nous  ne  croyons  pas  que  ce  'soit  pour  faire  des 
ballets),  nous  aurions  mieux  aimé  avoir  à  le  juger  d'abord  dans  une 
œuvre  dramatique  et  chantante.  La  musique  dansante  a  toujours  cet 
inconvénient  grave,  que  les  yeux  donnent  aux  oreilles  d'involontaires 
distractions  :  on  écoute  le  ballet,  on  regarde  la  musique. 

Si  Mlle  Emma  Livry  n'eût  existé,  le  Papillon  n'était  pas  pos- 
sible. A  ce  rôle  tout  aérien,  tout  diaphane,  il  fallait  une  artiste  im- 
palpable, dont  le  ballon  fût  l'apanage  naturel,  et  Mlle  Emma  Livry 


bnllonne  comme  on  n'a  jamais  ballonné.  Marie  Taglioni  elle-même 
doit  s'étonner  en  se  voyant  surpassée,  mais  elle  se  console  sans  doute 
en  songeant  qu'elle  avait  la  grâce,  plus  belle  que  la  beauté.  Sa  légi- 
time héritière  n'a  pas  encore  recueilli  tout  ce  qu'il  y  a  de  bon  dans 
son  héritage.  En  attendant,  elle  bondit  et  voltige  comme  nulle  autre 
ne  pourrait  le  faire.  Elle  rase  le  sol,  l'eau,  les  fleurs  sans  avoir  seu- 
lement l'air  d'y  toucher.  Elle  s'enlève  comme  la  plume  et  retombe 
comme  la  neige.  Son  danseur  l'emporte  si  aisément  qu'il  l'emporte 
trop.  Quel  dommage  que  ce  danseur,  ce  jeune  prince,  ce  bel  amou- 
reux, plein  de  talent  du  reste,  ait  une  physionomie  qui  le  rendrait  si 
propre  à  l'un  des  principaux  emolois  de  l'ancien  mélodrame,  et  ce  ne 
serait  pas  celui  du  traître!  mais  en  revanche,  quelle  apparition  ra- 
vissante que  celle  de  Mlle  Louise  Marcpiet,  lorsqu'elle  recouvre  la  jeu- 
nesse et  la  beauté  ! 

Le  Papillon  n'a  qu'à  se  louer  de  la  manière  dont  la  direction  et  le 
public  ont  fait  les  choses  à  son  égard.  Les  décorations  sont  fort  jo- 
lies :  on  y  reconnaît  le  pinceau  des  habiles  qui  se  nomment  (Jambon, 
Thierry,  Desplechin,  Nolau,  Piubé,  Martin,  radieuse  pléiade  !  La  fête 
n'eût  pas  été  complète,  si,  après  avoir  demandé  le  nom  des  auteurs, 
l'assistance  n'eût  demandé  à  voir  l'un  d'entre  eux,  Marie  Taglioni,  qui 
s'est  rendue  à  l'appel,  heureuse  et  fière  de  reparaître  encore  une  fois 
sur  le  théâtre  de  sa  gloire. 

Paul  SMITH. 


CONSERVATOIRE  IMPÉRIAL  DE  MUSIQUE  ET  DE  DÉCLAMATION 

Exercice  Sjrïqne.  —  ïï,e  BSarbier  tle  Sévilte. 

Pour  cette  fois,  le  Conservatoire  est  en  avance.  L'année  scolaire 
commence  à  peine,  et  voilà  déjà  un  exercice.  Le  Barbier  de  Séville 
avait  été  choisi  non  sans  raison  :  la  prose  de  Beaumarchais  et  la  mu- 
sique de  Rossini offrent  une  alliance  de  valeur  assez  rare  pour  n'être 
pas  des  plus  profitables.  Parmi  les  élèves  chargés  des  rôles  princi- 
paux, il  y  avait  d'abord  Mlle  Balbi,  MM.  Capoul  et  Gourdin  :  Rosine, 
Almaviva  et  Figaro.  La  Rosine  est  plutôt  encore  une  Rosinette  en  trai  • 
de  s'épanouir,  une  Galathéequi  va  s'animer,  jouant  peu  mais  biei 
chantant  plus  et  beaucoup  mieux  avec  une  voix  pure,  timbrée,  légèrr 
un  style  excellent  de  sagesse  et  de  sobriété.  L'Almaviva  chante  aust, 
fort  bien,  mais  un  peu  trop  vile;  il  serre  trop  la  note  au  lieu  de  m 
souLenir  et  de  l'arrondir.  Figaro  est  acteur  et  chanteur  par  nature 
musicien  par  étude  :  on  le  verra  bientôt  sur  un  de  nos  théâtres 
Mlle  Rolin,  grimée  en  Marceline,  M.  Geraizer  en  Bartolo  et  M.  Péroni 
en  Basile,  méritent  aussi  d'être  mentionnés. 

La  représentation  des  trois  premiers  actes  du  chef-d'œuvre  a  donc 
marché  on  ne  peut  mieux.  Par  exemple,  les  gens  experts,  et  il  faut 
convenir  que  le  nombre  en  est  infiniment  petit,  se  sont  fort  étonnés 
de  ce  que  l'ancien  diapason,  banni  de  l'enseignement  et  des  classes, 
eût  encore  été  conservé  pour  cet  exercice.  Est-ce  que,  par  hasard,  le 
Conservatoire,  en  vertu  de  son  titre,  se  serait  cru  obligé  à  cette  mis- 
sion conservatrice,  lorsqu'au  contraire  il  devait  ouvrir  la  marche  et 
donner  l'exemple  ?  Le  grand  Opéra,  le  théâtre  Italien,  le  théâtre 
Lyrique,  ont  pris  le  pas;  pourquoi  donc  se  mettre  à  la  remorque  de 
l'Opéra-Comique,  qui  a  son  excuse  pour  être  resté  dans  les  traînards? 
Le  Conservatoire  n'en  a  pas,  et  le  chef  du  petit  orchestre  aurait  dû  le 
comprendre.  Celui  qui  a  le  plus  besoin  d'être  obéi,  no  doit-il  pas  faire 
preuve  d'obéissance  ?  En  tous  cas,  ce  qu'on  aura  gagné,  c'est  d'en- 
terrer solennellement  l'ancien  diapason,  dont  il  ne  sera  plus  question 
en  pareille  circonstance. 

P.  S. 


DE  PAïliS 


415 


DE  Là  MUSIQUE  EN  ESPAGNE. 

(2e  article.)  (1) 

Le  second  volume  de  l'Histoire  de  la  musique  espagnole  de  M.  Fuei- 
tes  commence  par  une  introduction  où  l'auteur  parle  du  chant  ecclé- 
siastique en  général  et  finit  par  se  restreindre  à  ce  qui  en  ce  genre 
concerne  l'Espagne.  Dans  le  chapitre  qui  suit  cetLe  introduction,  il  se 
transporte  en  France,  parle  des  hardes  gaulois  et  de  l'état  de  la  musique 
sous  les  rois  mérovingiens  et  carlovingiens  ;  il  ne  quitte  la  France  qu'au 
moment  où  celle-ci  adopte  l'opéra,  et  dans  tout  ce  qui  concerne  la  mu- 
sique pendant  cet  espace  de  temps,  il  soutient  qu'elle  a  fait  de  très- 
fréquents  emprunts  aux  Espagnols.  Passant  ensuite  en  Italie,  il  sem- 
ble n'y  arriver  que  pour  donner  de  larges  extraits  de  l'ouvrage  de 
Lampillas,  dans  lequel  cet  écrivain  prend  la  défense  de  la  littérature 
et  des  arts  chez  les  Espagnols,  principalement  contre  Tiraboschi,  qui 
en  avait  parlé  en  effet  avec  un  peu  de  légèreté.  Que  certains  musi- 
ciens espagnols  aient  aidé  aux  progrès  de  la  musique  en  Italie,  la 
chose,  pour  moi,  ne  fait  aucun  doute.  J'ai  même  cité  à  cet  égard 
un  document  fort  peu  connu  (2)  dans  lequel  un  compositeur  italien 
parle  du  haut  mérite  des  maîtres  espagnols  des  xvr  et  xvir3  siècles,  et 
les  met  au-dessus  de  ceux  de  tous  les  pays  en  disant  qu'il  est,  selon 
lui,  plus  facile  de  les  admirer  que  de  les  imiter.  Mais  encore,  et  en 
négligeant  toutes  les  objections  susceptibles  d'être  faites  à  ce  sujet,  cela 
ne  veut  pas  dire  que  tout  ce  qu'ont  fait  les  Italiens  en  musique  leur 
soit  venu  de  l'Espagne.  Le  patriotisme  gagne  à  se  renfermer  dans 
de  justes  limites  et  surtout  dans  celles  de  la  vérité. 

Quelle  opinion,  par  exemple,  paraît  mieux  fondée  en  fait  et  en  rai- 
son que  d'attribuer  l'invention  du  draine  lyrique  aux  Italiens,  en  ne 
tenant  pas  compte  de  quelques  essais  informes  et  de  certaines  tenta- 
tives sans  suite  qui  avaient  eu  lieu  antérieurement?  Ne  pouvant  s'ins- 
crire en  faux  à  l'égard  de  points  si  bien  établis,  M.  Fuertes  n'en  pré- 
tend pas  moins  disputer  les  premiers  lauriers  de  la  musique  drama- 
tique aux  Italiens  de  la  fin  du  xvr3  siècle,  notamment  à  Jacques  Péri, 
à  Jules  Caccini,  à  Jacques  Corsi,  etc.  Voici  comment  raisonne  le  nouvel 
historien  de  la  musique  espagnole:  «  Vincent  Galilei,  dit-il,  et  Jean- 
Baptiste  Doni,  en  leur  temps  les  deux  principaux  réformateurs  de  la 
musique  italienne,  conseillent  aux  compositeurs  de  leur  nation  d'imiter 
en  tout  les  chansons  espagnoles.  Telle  fut,  ajoute-t-il,  la  cause  qui 
détermina  Caccini  et  Péri  à  reproduire  dans  leurs  airs  la  douceur,  la 
naïveté  et  l'expression  des  chansons  de  l'Espagne,  ce  qui  fut  approuvé 
avec  enthousiasme  par  les  littérateurs  réunis  à  Florence.  » 

On  pourrait  répondre  que  les  premiers  auteurs  de  drames  en  mu- 
sique ont  assez  peu  imité  le  genre  espagnol  ;  et  s'il  ne  s'agit  ici  que 
de  chansonnettes,  les  Italiens  en  possédaient  un  grand  nombre  du 
même  genre  que  les  musiciens  d'alors  tenaient  au-dessous  d'eux,  ne 
les  croyant  pas  dignes  d'être  associées  au  drame  lyrique.  Les  compo- 
siteurs proprement  dits  pensaient  que  ces  petites  pièces  étaient  d'un 
ordre  inférieur;  mais  comme  elles  offraient  de  l'agrément,  on  avait  fin. 
par  les  imiter  quant  à  la  simplicité  de  la  mélodie  ;  seulement  on  ajou. 
tait  à  celle-ci  une  harmonie  à  deux  ou  trois  parties  dans  le  style  du 
temps,  mais  également  fort  simple,  comme  on  peut  le  voir  dans 
quantité  de  recueils  publiés  en  ce  même  temps  en  Italie  sous  les  noms 
de  canzonelte,  villanclle,  zampille,  arie  napoletane,  etc. 

M.  Fuertes  ne  s'en  tient  pas  là,  et  ce  n'est  pas  seulement  la  partie 
mélodique  des  opéras  dont  il  veut  faire  honneur  aux  Espagnols.  Tout 
le  monde  avait  été  jusqu'à  présent  à  peu  près  d'accord  pour  attri- 
buer l'invention  du  récitatif  à  Jacques  Péri,  ou,  plus  exactement,  aux 
seigneurs  florentins  et  au  poëte  Octave  Rinuccini,  sous  la  direction  des- 
quels il  avait  travaillé;  M.  Fuertes  ne  partage  point  cette  manière  de 

(1)  Voir  le  n"  ^9. 

(2)  Extraits  du  catalogue  critique  et  raisonné  d'une  petite  bibliothèque  mu- 
sicale, p.  39. 


voir,  et  prétend  que  le  véritable  inventeur  du  récitatif  est  un  certain 
maître  nommé  Yillalobos  qui  fïorissàit  au  commencement  du  xvic  siècle. 
Son  affirmation  n'est  du  reste  corroborée  d'aucune  preuve. 

M.  Fuertes  ne  dissimule  aucunement  ce  que  l'on  a  pensé  com- 
munément à  cet  égard.  Il  avoue  qu'Ange  Grillo,  noble  Florentin,  se 
trouvant  en  Espagne  dans  les  premières  années  du  xvnc  siècle,  adres- 
sait alors  à  Jules  Caccini  une  lettre  dans  laquelle  il  lui  annonçait  que 
le  récitatif  invenlé'par  Péri  s'était  déjà  introduit  chez  les  Espagnols. 

L'auteur  de  la  nouvelle  histoire  avoue  aussi  que  Lope  de  Vega,  dans 
l'épître  dédicatoire  de  sa  Selua  de  amor  sin  amor,  représentée  à  Ma- 
drid en  1619,  à  l'occasion,  de  la  guôrison  du  roi  Philippe  III,  déclare 
que  ce  genre  de  représentation  musicale  est  tout  à  fait  neuf  en  Es- 
pagne en  ce  que  l'on  y  trouve  exprimés  par  la  musique  les  points  d'in- 
terrogation et  d' admiration,  ce  qui  ne  peut  s'entendre  que  du  ré- 
citatif. 

A  ces  preuves  M.  Fuertes  oppose  une  pièce  qui,  si  elle  avait  réel- 
lement la  valeur  qu'il  lui  attribue,  changerait  toute  la  face  de  la  ques- 
tion; mais,  comme  on  va  le  voir,  en  l'examinant  avec  attention,  on 
reconnaît  bientôt  qu'elle  n'a  véritablement  aucune  importance  et  que 
sa  valeur  est  toute  imaginaire.  Il  est  étonnant  que  M.  Fuertes  y  ait 
été  trompé.  Ce  qui  prouve  du  reste  sa  bonne  foi,  c'est  qu'il  a  publié 
cette  pièce  dans  les  planches  de  son  livre. 

Ce  n'est  autre  chose  que  la  romance  Dulce  esperanza  mia,  placée 
par  Cervantes  dans  la  bouche  d'un  garçon  muletier  au  quarante- troi- 
sième chapitre  de  la  première,  partie  de  son  immortel  Don  Quixote. 
Cette  romance  fut  mise  en  musique  en  1591  par  D.  Salvador  Luis, 
chanteur  de  la  chapelle  et  de  la  chambre  de  Philippe  II  ;  M.  Fuertes 
en  possède  le  manuscrit  original.  C'est  là  que,  selon  lui,  se  retrouve 
le  plus  ancien  récitatif,  placé  sur  les  deux  derniers  vers  de  la  dernière 
strophe  : 

No  te  desmaye  el  verte 

A  cada  paso  junto  al  de  la  muerte. 

Je  regrette  bien  de  ne  pouvoir  reproduire  ici  l'air  adapté  à  ces  pa- 
roles par  Luis.  En  le  lisant,  j'avoue  qu'il  m'est  impossible  d'y  voir 
quelque  chose  de  semblable  à  un  récitatif:  c'est  au  contraire,  pour  le 
premier  vers,  une  petite  phrase  progressive  et  chantante  reproduite 
immédiatement  à  la  seconde,  et  pour  le  deuxième  vers  une  manière  de 
terminer  à  laquelle  le  compositeur  a  cherché  à  donner  une  expression 
en  rapport  avec  le  sens  des  paroles,  mais  où  je  n'aperçois  ni  la  tour- 
nure ni  la  forme  du  récitatif  proprement  dit,  qui  du  reste  en  pareil 
endroit  eût  été  singulièrement  placé. 

M.  Fuertes  trouve  encore  un  autre  motif  de  supposer  le  récitatif 
originaire  d'Espagne:  c'est  sa  forme  d'accompagnement  au  moyen  d'ac- 
cords frappés  et  détachés,  manière  très-usitée  sur  la  guitare.  Il  sup- 
pose de  plus  que  la  première  pièce  où  l'on  ait  chanté  d'un  bout  à 
l'autre  est  un  drame  espagnol  intitulé  El  Parnaso;  il  aurait  été  tra- 
duit en  français  et  représenté  à  Paris  ;  or.  Rinuccini  n'a  écrit  son 
Eurydice  qu'après  son  voyage  de  France.  Il  y  aurait  lieu  de  discuter 
longuement  sur  toutes  ces  propositions,  mais  la  chose  mènerait  trop 
loin. 

Saint  Philippe  Neri,  qui  passe  pour  inventeur  de  l'oratorio,  l'aurait 
aussi  emprunté  aux  Espagnols.  Je  pense  qu'il  ne  l'a  pas  plus  em- 
prunté à  ces  peuples  qu'à  tout  autre;  car  au  moyen  âge  on  a  joué  des 
Mystères  dans  quantité  de  villes  de  tous  les  États  de  l'Europe,  et 
saint  Philippe  n'a  aucunement  eu  besoin  de  sortir  d'Italie  pour  avoir 
eu  l'idée  de  faire  exécuter  les  pièces  musicales  que  l'on  a  depuis  nom- 
mées oratorio. 

Quant  à  ce  que  l'Espagne  aurait  pu  fournir  à  l'Italie  relativement  à 
la  musique,  il  est  mieux  prouvé  que  des  musiciens  espagnols  furent 
appelés  par  Léon  X  pour  représenter  les  comédies  chantées  qui  s'exé- 
cutèrent à  Bologne  au  temps  où  Charles-Quint  fut  couronné  roi  de  Lom- 
bardie  et  empereur  de  Rome.  Une  de  ces  comédies,  intitulée  les  Deux 
vwnarques  d'Europe,  composée  par  Barthélémy  de  Salazar  y  Lima, 


m 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


tHait  encore  une  sorte  de  Mystère;  on  y  voyait  le  couronnement  mis 
en  scène,  avec  une  procession  de  moii  es  et  de  prêtres  qui  entrait  sur 
le  théâtre  en  chantant  des  paroles  espagnoles,  et  toute  la  pièce  était 
en  cet  idiome  (1). 

11  paraîtrait  aussi  que  les  plus  anciennes  pastorales  italiennes  repré- 
sentées à  Naples,  et  que  l'on  a  souvent  regardées  comme  les  premiers 
essais  du  lyrodrame,  furent  mis  en  musique  aux  frais  de  D.  Garcia  de 
Toledo,  vice-roi  de  ce  pays.  Ce  serait  sur  son  ordre  que  le  jésuite 
espagnol  Mosata,  qui  était  aussi  compositeur,  aurait  mis  en  musique 
le  Pas/or  fidode  Guarini  et  VAminta  du  Tasse. 


Adrien  de  LA  FAGE. 


(La  suite  prochainement.) 


MONUMENT  A  CHERDBINI. 

La  ville  de  Florence  a  résolu  de  rendre  à  Cheruhini  l'honneur 
qu'elle  a  rendu  à  ses  hommes  les  plus  illustres.  Cherubini  est  né 
dans  cetle  ville  le  14  septembre  1760,  et,  à  l'occasion  de  l'anniver- 
saire séculaire  de  sa  naissance,  on  a  posé  dans  l'église  de  Santa-Croce 
la  première  pierre  d'un  monument  qui  lui  sera  érigé  à  côté  de  ceux 
de  Michel-Ange  et  de  Galilée.  Une  commission  composée  d'hom- 
mes éminenls  s'est  formée  à  Florence  pour  recueillir  les  souscrip- 
tions nécessaires  et  en  diriger  l'emploi.  Le  roi  Victor-Emmanuel,  le 
prince  de  Savoie-Carignan,  ont  ouvert  la  liste  des  souscripteurs,  et  la 
ville  même  y  a  contribué  pour  une  somme  importante. 

La  commission  de  Florence  a  fait  un  appel  à  la  France,  mais  l'ini- 
tiative prise  en  celte  circonstance  par  l'Italie  aurait  pu  l'être  égale- 
ment par  nous,  car  on  ne  saurait  dire  à  laquelle  des  deux  nations 
Cherubini  appartient  le  plus.  S'il  est  né  en  Italie,  s'il  y  a  fait  ses 
premiers  pas  d'artiste,  c'est  en  France  qu'il  a  composé  ses  chefs- 
d'œuvre,  fondé  une  école  et  laissé  d'immortels  souvenirs.  Notre  part 
dans  la  dette  commune  est  sans  contredit  la  plus  forte,  et  nous  se- 
rons heureux  de  l'acquitter.  Un  comité  s'est  donc  constitué  à  Paris  ; 
il  a  lieu  d'espérer  que  l'hommage  de  l'admiration  et  de  la  recon- 
naissance sera  digne  des  services  rendus  par  ie  grand  artiste  dont  la 
gloire  demande  une  dernière  consécration. 

La  souscription  est  ouverte  au  Conservatoire  impérial  de  musique 
et  de  déclamation,  au  bureau  de  M.  Réty. 

Les  membres  du  comité  : 


MM.  Auber,  membre  de  l'Institut, 

Prince  Joseph  Poniatowski,  sénateur, 

Halévy,  membre  de  l'Institut, 

Berlioz, 

Carafa, 

Clapisson, 

Georges  Kastner, 

Meyerbeer, 

Reber, 

Rossini, 

Ambroise  Thomas, 

Edouard  Monnais, 


Président. 
Vice-Présidents 


Membres  de  l'Institut. 


Secrétaire. 


(1)  Cette  comédie  en  musique  a  été  conservée  et  se  trouve  dans  les  Comcdias  esco- 
gitas,  imprimées  à  Madrid  en  1CC5. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

Odéon  :  l'Epreuve  après  la  lettre,  comédie  en  un  acte,  par  M.  A.  De- 
launay  etE.  Rosetti.  —  Gymnase  :  Reprise  de  la  Dame  aux  Camé- 
lias. —  Vaudeville  :  les  Mitaines  de  l'ami  Poulet,  comédie  en 
deux  actes,  par  MM.  Cormon  et  Michel  Carré.  —  Palais  Royal  : 
J'ai  perdu  mon  Eurydice,  vaudeville  de  MM.  Marc-Michel  et  A.  Cho- 
Ier;  le  Passage  Radziivill,  vaudeville  en  trois  actes,  de  MM.  E. 
Grange,  Siraudin  et  Lambert  Thiboust  ;  le  Serment  d'Horace,  co- 
médie de  M.  H.  Murger  ;  le  Passé  de  Nichetle,  vaudeville  de  M-  L. 
Thiboust.  —  Porte-Saint-Martin  :  La  70e  représentation  du  Pied 
de  mouton.  — Ambigu  :  la  Dame  de  Monsoreau,  drame  en  cinq  actes 
et  dix  tableaux,  par  MM.  Alexandre  Dumas  et  A.  Maquet.  —  Théa- 
tre-Déjazet  :  —  Reprise  des  Premières  armes  de  Richelieu. 

La  comédie-proverbe  a  fait  son  temps,  et  les  imitateurs  d'Alfred  de 
Musset  ou  de  M.  Oclave  Feuillet  n'ont  plus  guère  de  crédit  sur  la 
place.  On  s'est  lassé  à  la  fin  de  ce  froid  marivaudage,  de  ces  scènes 
sans  action,  qui  n'étaient,  a  tout  prendre,  que  les  variations  d'un 
même  thème.  M.  le  comte  de***cédera-t-il  au  caprice  qui  l'entraîne  vers 
Mme  de  X...,  ou  sa  femme,  par  adresse  ou  par  persuasion,  réussira- 
t-elleà  conjurer  la  crise  conjugale?  Telle  était  l'éternelle  question  qui 
s'agitait  dans  ces  sortes  d'esquisses  plus  ou  moins  littéraires,  dont  l'a- 
bus a  révélé  l'uniforme  faiblesse.  Voici  pourtant  encore  un  petit  pro- 
verbe attardé  qui  s'est  glissé  l'autre  soir  timidement  à  l'Odéon,  et 
qui  s'est  fait  accepter  à  la  condition  qu'il  sera  le  dernier.  Le  sujet, 
nous  l'avons  dit  plus  haut  ;  le  titre,  c'est  l'Épreuve  après  la  lettre,  et 
cela  s'appelle  ainsi,  parce  que  le  comte  est  mis  à  l'épreuve  après  la 
trouvaille  que  sa  femme  a  faite  d'une  lettre  compromettante  pour  la 
paix  du  ménage.  Cette  équivoque  constitue,  comme  on  voit,  une  va- 
riété de  la  comédie-proverbe,  c'est  la  comédie  -  calembour  ;  nous 
ajouterons,  en  guise  de  circonstance  atténuante,  qu'il  règne  une  cer- 
taine dose  d'esprit  et  de  gaieté  dans  ce  début  de  deux  auteurs  qui, 
avant  d'aborder  le  théâtre,  avaient  déjà  essayé  leurs  forces  dans  le 
journalisme. 

—  Il  ne  manquait  au  Gymnase  qu'une  seule  pièce  pour  compléter  le 
répertoire  de  M.  Alexandre  Dumas  fils,  qui  lui  appartient  désormais 
tout  entier.  C'était  la  Dame  aux  Camélias,  que  le  Vaudeville  vient  de 
lui  céder,  et  qui  rencontrera  bien  certainement  au  boulevard  Bonne- 
Nouvelle  un  regain  de  succès,  dans  la  comparaison  qu'on  voudra  éta- 
blir entre  ses  interprètes  d'aujourd'hui  et  ceux  de  la  création.  Fechter 
et  Mme  Doche  y  ont  laissé  des  souvenirs,  contre  lesquels  Lafontaine 
et  Mme  Rose-Chéri  auront  besoin  de  réunir  tous  leurs  efforts  pour 
faire  pencher  la  balance  de  leur  côté. 

—  Qu'est-ce  que  les  Mitaines  de  l'ami  Poulet,  qu'on  a  jouées  ces 
jours-ci  au  Vaudeville  ?  Un  étranger,  peu  familiarisé  avec  les  syno- 
nimes  populaires  de  notre  langue,  aurait  de  la  peine  à  résoudre  la 
question,  et  l'inconvénient  de  cette  enseigne  bizarre  nous  semble  d'au- 
tant plus  gratuit,  qu'on  aurait  pu  lui  substituer  aisément  celle  de 
l'Homme  aux  ménagements.  L'ami  Poulet  est,  en  effet,  un  brave  gar- 
çon qui  craint  sans  cesse  de  froisser  son  prochain,  depuis  le  concierge 
de  la  maison  qu'il  habite,  jusqu'à  la  vieille  tante  qui  s'érige  en  tyran 
de  son  intérieur,  sous  prétexte  que  son  héritage  lui  reviendra  un  jour. 
Notre  homme,  par  calcul  ou  par  timidité,  prend  donc  des  mitaines  avec 
tout  le  monde,  jusqu'à  ce  que,  s'apercevant  que  chacun  exploite  sa 
manie  de  conciliation,  il  soit  forcé  de  sortir  de  son  caractère  et  de 
prouver  qu'au  besoin  il  n'est  pas  plus  endurant  qu'un  autre.  Cette 
comédie  est  amusante  parce  qu'elle  est  vraei,  et  qu'elle  fronde  un 
travers  dont  on  rencontre  à  chaque  pas  des  échantillons  dans  la  so- 
ciété. Aussi,  a-t-elle  franchement  réussi,  et  ne  prendrons-nous  pas 
de  mitaines  pour  en  souhaiter  souvent  de  pareilles  au  théâtre  de  la 
Bourse. 

—  Tous  les  comiques  du  Palais-Royal    sont   à  leur  poste,  et  les 


DE  PARIS. 


417 


nouveautés  se  succèdent  à  l'envi  pour  utiliser  leurs  services.  Voici 
d'abord  Brasseur,  qui,  en  digne  fils  d'Albion,  chante  h  tous  les  échos  : 
J'ai  perdu  mon  Eurydice,  et  pousse  l'excentricité  jusqu'au  point 
d'offrir  de  l'argent  à  un  mari  pour  avoir  le  droit  de  contempler,  dans 
la  personne  de  sa  femme,  le  portrait  vivant  de  son  infidèle.  Le  marché 
une  fois  conclu,  il  en  résulterait  de  singulières  choses,  si  l'Anglais 
n'apercevait  par  la  fenêtre  son  Eurydice  au  bras  du  géant  du  boule- 
vard du  Temple,  et  n'était  à  l'instant  guéri  de  son  amour.  Qui  se 
serait  jamais  douté  que  la  délicieuse  mélodie  de  Gluck  servirait  de 
prétexte  à  une  facétie  de  ce  calibre  ?  Ces  vaudevillistes  ne  respectent 
rien. 

Deux  rôles  nouveaux  composent  la  part  de  Ravel.  Dans  le  Passage 
Radziwill,  c'est  un  monsieur  qui  court  après  les  femmes  en  leur 
offrant  des  parapluies.  Les  maris  de  ces  dames,  armés  de  son  signa- 
lement, le  poursuivent  à  tous  les  étages  de  cet  obscur  passage,  et 
font  retomber  leur  vengeance  sur  un  marchand  de  parapluies,  victime 
du  quiproquo.  Drôlerie  fiévreuse,  un  peu  longuette,  et  qui  se  refuse 
à  l'analyse.  Nous  préférons  de  beaucoup  le  Serment  d'Horace, 
d'H.  Murger.  Là,  du  moins,  les  scènes  sont  plus  posées,  et  Ravel 
attrape  les  mots  sans  courir.  Horace  est  un  original  qui  a  trouvé 
un  carnet  sur  lequel  un  inconnu  a  inscrit  l'emploi  de  sa  journée.  Il 
fait  serment  d'accomplir  à  la  lettre  tous  les  projets  de  l'inconnu,  et 
il  s'y  prend  si  bien  qu'il  finit  par  supplanter  le  propriétaire  du  carnet 
auprès  de  la  dame  de  ses  pensées.  Avis  aux  gens  qui  laissent  traîner 
leurs  secrets  sur  la  voie  publique. 

Enfin,  le  Passé  de  Nichette  est  un  joyeux  vaudeville,  parfaitement 
interprété  par  Gil-Pérès  et  par  Luguet.  Un  monsieur  se  marie,  mais  au 
moment  d'entrer  en  possession  de  ses  droits  conjugaux,  il  reçoit  la 
visite  d'un  jeune  homme  qui  vient  lui  redemander  les  lettres  de 
Mlle  Nichette,  son  ancienne  maîtresse.  La  mariée  s'indigne,  le  mari  se 
justifie,  et  il  obtient  le  pardon  du  passé,  grâce  aux  promesses  de 
l'avenir. 

—  On  ne  signale  encore  aucune  défaillance  dans  le  succès  du  Pied 
de  mouton,  à  la  Porte-Saint-Martin.  L'habile  direction  de  ce  théâtre 
n'épargne,  il  est  vrai,  ni  soins  ni  dépenses  pour  maintenir  des  recettes 
à  leur  apogée.  Le  jour  de  la  70'  représentation  de  cette  féerie, 
tous  les  costumes  ont  été  renouvelés  ;  un  décor  représentant  la 
salle  de  l'Opéra  pour  une  nuit  de  bal  masqué  a  fait  sa  première  ap- 
parition, et  un  corps  de  ballet  tout  entier,  venu  à  grands  frais  d'Italie, 
a  remplacé  le  bataillon  chorégraphique  anglais,  qui  a  repassé  le  dé- 
troit. C'est  une  seconde  période  qui  commence;  il  n'y  a  pas  de  raison 
pour  qu'elle  finisse. 

—  Mais  c'est  assez  nous  amuser  aux  bagatelles  de  la  porte  ;  entrons  à 
l'Ambigu,  où  s'est  accompli  le  grand  événement  de  la  quinzaine,  la 
première  représentation  de  la  Dame  de  Monsoreau.  Le  roman,  publié 
sons  ce  titre,  a  partagé  la  vogue  des  Mousquetaires,  de  Monte- 
Cristo  et  de  quelques  autres  productions  dues  à  l'heureuse  associa- 
tion de  MM.  Alexandre  Dumas  et  Maquet,  qui  depuis...  mais  alors 
la  discorde  ne  s'était  pas  mise  entre  eux.  Quoi  qu'il  en  soit, 
leurs  dissidences  n'ont  pas  empêché  la  transformation  du  livre  en 
drame.  Le  procédé  est  si  simple  et  si  commode  !  il  n'est  presque  be- 
soin pour  cela  que  d'une  paire  de  ciseaux.  Et  c'est  précisément  la 
popularité  du  roman  qui  fait  l'attrait  de  la  pièce;  le  moindre  déran- 
gement gâterait  le  plaisir  du  public.  Nous  n'en  voulons  pour  preuve 
que  les  modifications  introduites  après  coup  dans  le  rôle  de  Chicot  et 
qui  ont  failli  compromettre  le  dénotaient  de  l'Ambigu.  On  connaît 
les  amours  de  Diane  de  Méridor,  dame  de  Monsoreau,  avec  le  baron 
Bussy  d'Ainboise;  on  se  rappelle  les  merveilleux  coups  d'épée  échan- 
gés entre  ce  brave  des  braves  et  les  mignons  de  Henri  III;  on  n'a  pas 
oublié  la  sympathique  physionomie  de  Chicot,  le  fou  du  Roi ,  ni  les 
allures  rabelaisiennes  du  moine  Gorenfiot  qui  conspire,  inter  pocula, 
contre  la  monarchie  des  Valois.   Mais  ce  qu'on  ignore,  c'est  que  le 


personnage  de  Chicot  est  joué  à  l'Ambigu  par  Mélingue,  et  que,  selon 
les  us  et  coutumes  dramatiques,  tout  doit  s'effacer  devant  ce  comé- 
dien exceptionnel,  dont  le  nom  est  un  aimant  irrésistible  pour  les  ha- 
bitués du  boulevard.  Sans  rien  changer  aux  principales  situations  du 
roman,  il  a  donc  fallu  les  faire  tout  doucement  converger  vers  cette 
étoile  qui,  du  second  rang,  s'est  ainsi  élancée  au  premier.  Puis,  pour 
clore  dignement  l'épopée  de  Chicot,  il  est  devenu  nécessaire  de  sa- 
crifier un  peu  Bussy,  et  de  faire  un  accroc  à  l'histoire ,  en  mettant 
Chicot  aux  prises  avec  les  assassins  soudoyés  par  le  sire  de  Monsoreau. 
Nous  n'avons  pas  à  nous  prononcer  sur  le  mérite  de  cette  substitution; 
il  le  fallait,  comme  on  dit  dans  les  Saltimbanques,  et  elle  est  au- 
jourd'hui acceptée.  Le  tableau  du  guet-apens,  modifié  de  la  sorte, 
est  même  un  de  ceux  qui  produisent  le  plus  d'effet.  Du  reste ,  dans 
tout  l'ensemble  de  l'ouvrage,  la  direction  de  l'Ambigu  a  fait  preuve 
d'une  excessive  prodigalité.  On  ira  voir  la  Dame  de  Monsoreau.,  non- 
seulement  pour  les  souvenirs  qu'elle  évoque,  mais  aussi  pour  la  ma- 
nière dont  elle  est  interprétée  et  pour  les  magnificences  de  sa  mise 
en  scène . 

—  La  reprise  des  Premières  armes  de  Richelieu  fait  émeute  au 
boulevard  du  Temple,  et  le  petit  théâtre  Déjazet  est  assiégé  chaque 
soir  par  une  foule  avide  d'applaudir  l'inimitable  actrice  qui  a  créé 
cette  pièce  il  y  a  plus  de  vingt  ans,  et  qui  y  est  encore  aussi  jeune, 
aussi  vive,  aussi  spirituelle  qu'au  premier  jour. 

D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


„*,„  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  le  Papillon  a  rempli  les  trois  re- 
présentations de  la  semaine,  accompagné  soit  des  deux  premiers  actes  de 
Lucie,  soit  du  premier  acte  du  Comte  Ory. —  Aujourd'hui  dimanche,  la 
433°  représentation  de  Robert  le  Diable. 

t%  Dans  la  représentation  du  Prophète  donnée  dimanche  dernier, 
Mme  Tedesco  a  chanté  et  joué  admirablement  le  rôle  de  Fidès.  La  cé- 
lèbre cantatrice  a  partagé  les  bravos  avec  Gueymard,  qui  n'a  pas  été 
moins  admirable  dans  le  rôle  de  Jean  de  Leyde. 

»**  Cinq  représentations  consécutives  du  Prophète  à  Bologne  ont  con- 
solidé le  succès  du  chef-d'œuvre  de  Meyerbeer  et  ont  fourni  à  Mme  Borghi- 
Mamo,  l'excellente  interprète  de  Fidès,  l'occasion  de  se  faire  applaudir 
beaucoup  plus  encore  qu'elle  ne  l'avait  été  jusqu'ici. 

„.*,  Al'Opéra-Comique,  après  une  répétition  générale  de  Barlcouf,  dans 
laquelle  Mlle  Saint-Urbain  avait  fort  bien  joué  et  chanté,  cette  artiste  a 
été  prise  d'une  indisposition  assez  grave  pour  que  la  première  repré- 
sentation de  l'ouvrage  ait  dû  être  remise,  sans  qu'on  puisse  prévoir 
encore  le  jour  où  elle  aura  lieu. 

***  L'ouvrage,  en  trois  actes,  de  MM.  Scribe  et  Auber,  Faublas,  se 
répète  au  théâtre,  et  pourrait  passer  avant  Barkouf. 

„%  On  annonce  pour  après-demain  la  représentation  de  l'opéra-comi- 
que,  en  un  acte,  l'Eventail,  paroles  de  Carré  et  Barbier,  musique  d'Ernest 
Boulanger.  —  Le  même  soir  aura  lieu  la  reprise  de  la  Perruche,  de  Cla- 
pisson. 

t*t  La  représentation  qui  devait  avoir  lieu  au  bénéfice  de  Mme  Marie 
Cabel,  a  été  ajournée  au  mois  de  mars  4  8(31. 

4*„  Au  théâtre  Italien,  dimanche  dernier,  Ronconi  a  joué  Rigoletto. 
Le  célèbre  artiste  a  justifié  la  réputation  qu'il  s'est  faite  dans  ce  rôle, 
l'un  des  meilleurs  de  son  riche  répertoire.  Mlle  Marie  Battu  remplit  tou- 
jours avec  distinction  le  rôle  de  Gilda. 

t*x  Lucia  di  Lammermoor  a  été  jouée  mardi,  Rigoletto  jeudi,  et  hier  sa- 
medi on  a  donné  le  Barbier  de  Séville. 

***  Maria  sera  reprise  mardi  prochain. 

***  Au  théâtre  Lyrique  on  a  répété  avec  orchestre  les  Pécheurs  de  Catane, 
de  Maillart.  L'affiche  annonce  la  première  représentation  comme  très- 
prochaine.  —  On  répète  activement  au  foyer  l'ouvrage  de  MM.  Boisseaux 
et  Clapisson;  le  titre  provisoire  est  Mardi-gras. 


41S 


UhVIE  KT  GAZETTE  MUSICALE 


„.%  On  s'occupe  aussi  des  Ruines  de  Baïbec  de  M.  Reyer,  et  les  études 
dt'Astaroth  de  M.  Debillemont  touchent  à  leur  fin.  —  On  vient  égale- 
ment de  mettre  à  l'étude  les  Deux  Cadis,  opéra  comique  de  MM.  Furpille 
et  Ch.  Inibert. 

**,  On  vient  de  recevoir  un  opéra  intitulé  le  Chevalier  de  Noël, 
dont  la  musique  est  de  M.  Maillot,  auteur  de  la  Vendéenne,  opéra  joué 
a  Rouen  avec  succès. 

„%  Par  suite  de  la  suppression  du  ministère  de  la  maison  de  l'Empe- 
reur, le  théâtre  impérial  de  l'Opéra  est  replacé  dans  les  attributions  du 
ministre  d'Etat.  Tous  les  théâtres,  sans  exception,  relèvent  dès  aujour- 
d'hui du  nouveau  ministre,  M.  le  comte  Waleski,  L'Opéra  n'en  reste  pas 
moins  une  dépendance  de  la  liste  civile.  Confié  spécialement  â  l'admi- 
nistration de  M.  le  comte  Waleski,  il  ne  saurait  en  aucune  façon  être 
assimilé  aux  entreprises  particulières,  ni  rentrer  dans  le  service  ordi- 
naire des  bureaux. 

,,%  Par  décret  impérial,  en  date  du  25  novembre,  M.  Eugène  Mar- 
chand, sous-directeur  au  département  des  affaires  étrangères,  a  été 
nommé  secrétaire  général  du  ministre  d'État,  en  remplacement  de 
M.  Pelletier,  appelé  à  d'autres  fonctions. 

*%  Mlle  Rcy,  du  théâtre  de  1  Opéra,  et  M.  Tagliafico,  du  théâtre  italien 
de  Londres,  ont  été  engagés  cette  semaine  pour  le  concert  donné  par 
la  Société  philharmonique  d'Arras  au  bénéfice  des  pauvres.  Ces  deux 
artistes,  nous  écrit-on  d'Arras,  ont  été  dignement  appréciés  par  notre 
public.  M.  Tagliafico  a  littéralement  fait  furnre  avec  la  romance  de 
l' Etoile  du,  Nord  et  la  tarentella  de  Hossini. 

„%  Mous  lisons  dans  un  journal  que  la  Traviata  vient  d'être  défendue 
à  Berlin,  à  cause  du  libretto  qui  ne  convient  pas  à  une  ville  protestante. 
Ce  qu'il  y  a  de  certain,  c'est  que  la  Dame  aux  camélias  dans  sa  forme 
primitive  y  a  été  représentée  très-souvent  sur  des  théâtres  de  drame. 

**„  On  connaît  et  on  apprécie  très-fort  le  beau  talent  de  pianiste  de 
Mme  Clara  Pfeiffer.  Comme  compositeur,  elle  a  droit  à  de  non  moins  vives 
sympathies.  Sa  sonate  inédite,  qu'on  a  entendue  dimanche,  chez  elle, 
pour  la  première  fois,  est  une  œuvre  de  haute  portée,  une  œuvre 
sérieuse,  nous  allions  dire  une  œuvre  de  maître.  Ecrite  dans  le  genre 
classique,  elle,  révèle  une-netteté  de  pensée,  une  pureté  de  style  et  des 
inspirations  peu  communes.  Validante  et  le  rondo  ont  peut-être  plus  par- 
ticulièrement excité  l'enthousiasme.  11  y  a  là  autant  d'imagination  que 
de  savoir.  Les  mélodies  ont  de  l'originalité,  de  la  couleur,  de  la  fran- 
chise, et,  dans  les  développements,  de  soudaines  réapparitions  du  thème 
principal  produisent  le  plus  bel  effet,  et  attestent  une  étude  approfon- 
die des  grands  modèles  de  l'école  allemande.  Les  quatre  morceaux  dont 
se  compose  cette  sonate  ont  été  exécutés  par  l'auteur  avec  une  verve,  un 
style  soutenus,  qui  deviennent  rares.  Le  talent  est  héréditaire  dans  cette 
famille.  Georges  Pfeiffer  a  eu  sa  bonne  part  de  bravos  pendant  cette 
charmante  matinée.  11  a  joué  deux  morceaux  de  sa  composition,  la  Hou- 
lette et  un  Boléro  de  concert  qui  ont  ravi  l'auditoire.  Dans  ces  pages  lé- 
gères, gracieuses  et  de  caractères  si  différents,  on  reconnaît  pourtant 
une  grande  habileté,  une  harmonie  toujours  distinguée  qui  relève  les 
mélodies  et  leur  donne  beaucoup  d'intérêt. 

*„.  Le  violon  stradivarius  dont  Spohr  s'est  servi  pendant  un  demi- 
siècle  va  être  mis  en  vente  par  ses  héritiers.  On  dit  que  c'est  un  des 
meilleurs  instruments  à  cordes  connus. 

t\  La  célèbre  cantatrice,  Ida  Bertrand,  a  quitté  sa  villa  pour  ren- 
trer à  Paris  et  reprendre  le  cours  de  ses  leçons,  ce  qui  ne  l'empêchera 
pas  de  se  faire  entendre  cet  hiver  sur  l'un  de  nos  théâtres.  De  bril- 
lantes propositions  lui  ont  été  faites  après  la  solennité  musicale  donnée 
par  elle  vers  la  fin  de  la  saison,  avec  le  concours  de  Oraziani  et  autres 
artistes  de  prima  sfera. 

**„  Dans  quelques  jours  paraîtra  la  partition  pour  piano  et  chant, 
format  in-8°,  i'Olympie,  de  Spontini.  Cette  édition  de  bibliothèque,  soi- 
gneusement corrigée  et  revue  par  J.  Rosenhain,  va  enfin  permettre  aux 
artistes  et  aux  amateurs  de  se  procurer  une  œuvre,  qui  se  recommande 
à  tant  de  titres  à  l'admiration,  et  qui  formera  le  complément  indispen- 
sable de  toute  bonne  collection  des  classiques  modernes. 

„*„,  Le  pianiste-compositeur  Melchior  Mocker,  après  une  brillante 
tournée  en  Italie  et  en  Allemagne,  et  de  très-beaux  succès  obtenus  à 
Milan,  à  Vienne  et  à  Munich,  vient  de  rentrer  à  Paris,  où  il  ce  fixe 
désormais . 

„*„..  Le  célèbre  pianiste.  A.  Jaell  parcourt  en  ce  moment  la  Suisse, 
après  avoir  passé  deux  mois  dans  la  retraite  et  le  travail.  Il  a  déjà  donné 
des  concerts  à  Bâle,  Saint-Gall  et  Zurich.  Dans  cette  dernière  ville,  la  So- 
ciété chorale,  que  dirige  le  célèbre  compositeur  suisse,  W.  Baumgart- 
ner,  a  salué  son  arrivée  par  une  sérénade.  Il  se  rendra  aussi  à  Lau- 
sanne et  Genève. 

,,%  Parmi  les  nouveautés  pour  le  piano  qui  vont  paraître  dans  la  pre- 
mière quinzaine  de  décembre,  nous  recommandons  spécialement  deux 
morceaux  d'Emile  Albert,  ayant  pour  titres  Menuet  et  Tarentelle.  Emile 
Albert  est  l'auteur  du  remarquable  trio  de  salon,  interprété  avec  tant  de 


succès  au  concert  donné  au  bénéfice  des  crèches  dans  la  salle  de 
l'Hôtel  de  ville,  et  qu'on  a  déjà  beaucoup  applaudi  dans  plusieurs  villes 
de  la  province. 

***  Le  célèbre  violoniste  Ernst  se  trouve  en  ce  moment  à  Vienne. 
L'état  de  sa  santé  s'est  sensiblement  amélioré,  et  l'on  est  fondé  à  espérer 
que  le  compositeur-virtuose  pourra  bientôt  faire  exécuter  un  opéra  qu'il 
vient  de  terminer. 

t%  M.  J.  Massenet,  appelé  à  Troyes  par  la  Société  philharmonique,  a 
obtenu  un  succès  des  plus  brillants  en  exécutant  au  concert  de  cette 
Société,  le  28  novembre  dernier,  une  valse  de  Chopin  et  une  grande  fan- 
taisie de  sa  composition  sur  le  l'ardon  de  Ploërmel.  Mlle  Monrose  a  aussi 
été  très-applaudie;  elle  a  chanté  la  romance  de  la  Part  du  Diable,  les 
couplets  du  Roman  d'Elvire,  et  enfin  le  délicieux  air  de  l'Ombre,  du 
Pardon  de  Ploërmel,  qui  lui  a  valu  un  véritable  triomphe. 

*%  Rosenhain  est  de  retour  à  Paris  et  va  reprendre  ses  cours  artis- 
tiques. Il  nous  rapporte  de  Bade  (où  il  a  fait  bâtir  une  charmante  villa) 
plusieurs  nouvelles  compositions  pour  piano,  qui  vont  paraître  prochai- 
nement. 

*%  M.  Reichardt  passera  à  Paris  une  partie  de  l'hiver  ;  le  charmant 
ténor  a  fait  tout  récemment  une  tournée  très-brillante  en  Angleterre 
avec  M.  Beale.  Il  est  non-seulement  excellent  chanteur,  mais  aussi  com- 
positeur d'une  réelle  distinction.  Parmi  les  œuvres  qu'il  compte  faire 
entendre  cette  saison,  on  cite  la  délicieuse  mélodie  ayant  pour  titre  : 
Oh!  belle  étoile'-  oh!  doux  reyard!  destinée  à  un  succès  de  vogue. 

**„  Le  célèbre  violoniste  Jean  Becker  vient  d'obtenir  de  nouveaux 
succès  à  Brème.  Il  s'y  est  fait  entendre  dans  le  concerto  de  Mendelssohn, 
qu'il  exécute  avec  une  supériorité  rare,  et  il  a  déployé  aussi  une  habi- 
leté prodigieuse  dans  le  Nel  cor   piu  mi  non  sento  de  Paganini. 

**„,  A  l'occasion  de  la  dernière  séance  annuelle  de  la  Société  des 
sciences  industrielles  de  Paris,  un  concert  a  été  donné,  le  25  novembre, 
dans  la  salle  Saint-Jean  de  l'Hôtel  de  ville.  La  Société  chorale,  l'Harmonie, 
y  a  chanté  plusieurs  chœurs,  parmi  lesquels  le  Noël,  d'Adam,  arrangé 
avec  accompagnement  de  voix  seules,  par  M.  A.  Elwart,  a  produit  un 
excellent  effet.  Le  solo  était  chanté  par  Mme  Adeone  Chevillard,  jeune  et 
déjà  habile  contralto  de  l'école  de  Mme  Ugalde. 

**,.,  MM.  Alexandre  père  et  fils,  ces  infatigables  chercheurs,  viennent 
de  mettre  en  vente  un  nouvel  instrument  d'une  utilité  incontestable 
pour  les  familles,  les  salons  et  les  artistes  en  général.  Cette  nouvelle  créa- 
tion se  nomme  V Annexe  piano,  et  permet  à  toute  personne  ayant  un  piano 
d'exécuter  un  duo  d'instruments.  Le  clavier.de  trois  octaves  de  l'annexe 
comprend  trois  registres,  flûte,  hautbois  et  voix  céleste.  La  main  gauche 
fait  les  accompagnements  sur  le  piano,  tandis  que  la  main  droite  exécute 
à  volonté  le  chant  sur  l'annexe,  et  traduit  alternativement  sur  le  piano 
les  passages  brillants  —  V Annexe-piano  se  fixe  sans  travail  et  se  déplace 
sans  avarie,  sous  le  clavier  de  quelque  piano  que  ce  soit. 

***  Péltinette,  tel  est  le  titre  d'une  petite  polka  chinoise  composée  poul- 
ie piano  par  J.  J.  Rebsamen.  Cette  publication,  qui  est  en  ce  moment 
de  circonstance,  obtient  un  véritable  succès. 

.,,*„.  Au  Cirque-Napoléon,  on  offre  depuis  quelque  temps  un  intermède 
musical,  dans  lequel  un  Hongrois,  M.  Krathy-Baschik,  exécute  sur 
l'harmonicor  de  véritables  tours  de  force.  L'harmonicor  est  un  petit 
instrument  dont  les  dimensions,  en  long  et  en  large,  n'excèdent  pas  celles 
d'uu  doigt,  et  qui  est  percé  de  trous  munis  de  petites  lames  de  métal 
assez  semblables  à  celles  de  l'accordéon  ordinaire.  A  l'aide  de  cet  ins- 
trument ,  d'une  naïveté  toute  primitive,  M.  Krathy  -  Baschik  exécute 
des  chants  de  plusieurs  parties,  avec  des  accords  et  leurs  renverse- 
ments. Sur  un  accompagnement  à  trois  parties,  le  chant  se  dessine  avec 
toutes  les  difficultés  de  grupetti,  d'appogiatures,  etc.  Le  virtuose  hon- 
grois obtient  chaque  soir  un  très-brillant  succès. 

***  Le  gouvernement  actuel  de  la  Chine  se  divise  en  quatre  branches 
principales,  confiées  à  des  mandarins  qui  exercent  leur  pouvoir  sans 
contrôle.  Nous  ne  remarquons  pas  sans  intérêt  que  la  quatrième,  le  dé- 
parlement de  la  musique,  a  pour  président  le  seul  frère  survivant  du  pré- 
cédent empereur. 

„%  Un  amateur  de  musique  français,  M.  Bordas,  vient  d'imaginer  un 
singulier  instrument,  le  lithophom.  C'est  un  clavier  composé  de  simples 
cailloux  de  silex  de  forme  allongée  et  qui  rendent  des  sons  harmo- 
nieux. Ces  pierres  mélophones  ont  été  trouvées  dans  une  carrière  du 
Périgord  :  quelques-unes  sont  des  pétrifications  antédiluviennes. 
M.  Bordas  se  place  devant  son  clavier,  et,  avec  deux  cailloux  non  so- 
nores, il  frappe  les  touches  et  exécute  les  valses,  des  airs  rustiques,  des 
accompagnements  pleins  d'originalité.  Le  lithophone  conserve  le  ton  un 
peu  cassant  des  castagnettes,  mais  ce  n'en  est  pas  moins  une  récréation 
musicale  très-ingénieuse  et  qui  aura  uu  grand  succès  de  curiosité  cet 
hiver. 

»**  Le  directeur  du  théâtre  du  Vaudeville,  .M.  Louis  Lurine,  est  mort 
vendredi  dernier.  11  était  malade  depuis  quelque  temps.   La  littérature 


DE  PARIS. 


419 


perd  en  lui  un  de  ses  écrivains  les  plus  brillants  et  les  plus  féconds  : 
c'était  aussi  un  orateur  qui  improvisait  avec  beaucoup  d'éclat  et  d'a- 
bondance. 

,.%  Charles  Binder,  compositeur  et  chef  d'orchestre  du  théâtre  Charles, 
à  Vienne,  né  en  cette  ville  le  29  novembre  1816,  vient  d'y  mourir  ces 
jours  derniers. 

***  F. -G.  Tinney,  pianiste  et  compositeur  de  musique  de  danse,  est 
mort  à  Londres  le  13  novembre. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 


***  Strasbourg.  —  l'Étoile  du  Nord  a  été  reprise  dimanche.  Les  ar- 
tistes ont  été  généralement  à  la  hauteur  de  leurs  rôles;  Mme  Rau'is  et 
M.  Bonnefoy  ont  été  très-applaudis. 

„.%  Caen.  —  Après  avoir  payé  un  juste  tribut  d'éloges  au  violoniste 
Bazzini,  le  Moniteur  du  Calvados  consacre  quelques  lignes  à  une  jeune 
cantatrice  nommée  Maria  Talvo,  qui  s'est  fait  entendre  au  concert  donné 
par  réminent  virtuose.  Mlle  Maria  Talvo  a  chanté  de  la  façon  la  plus 
pathétique  le  bel  andante  du  Prophète,  et  le  grand  air  qui  le  suit. 

,.*„.  Lyon.  —  Les  répétitions  du  Pardon  de  Ploërmel  se  poursuivent  ac- 
tivement au  Grand-Théâtre,  et  on  y  espère  pouvoir  donner  très-prochai- 
nement l'œuvre  de  Meyerbeer. 

***  Toulon.  —  On  vient  de  monter  H  Fée  aux  Roses.  Décors,  trucs, 
machines,  tout  a  été  parfait.  Les  artistes  ont  fait  merveille,  et  cette 
reprise  a  eu  beaucoup  de  succès. 

*'■%,  Bordeaux.  —  Aime  Juliette  Borghèse  s'est  fait  entendre  dans  les 
Dragons  de  Villars,  dans  l'intervalle  de  ses  deux  derniers  débuts.  Il  est 
impossible  de  rendre  avec  plus  d'art  et  plus  d'esprit  les  nuances  du  rôle 
de  Rose  Friquet  :  aussi,  après  le  triomphe  remporté  par  Mme  Borghèse, 
un  troisième  début  n'était  plus  qu'une  formalité,  et  son  admission  a 
été  annoncée  au  bruit  des  applaudissements  les  plus  unanimes. 

***  Beauvais.  —  Les  élèves  du  grand  séminaire  de  cette  ville  ont  exé  - 
cuté.  le  21  novembre,  sous  la  direction  de  leur  professeur,  une  messe 
à  quatre  voix  du  célèbre  Sigismond  Neukomm.  Cette  belle  composition 
est  écrite  pour  quatre  voix  d'hommes  avec  soli  et  accompagnement  d'or- 
gue. Le  soir  de  ce  jour,  qui  était  celui  de  l'anniversaire  du  grand  sémi- 
naire, les  soixante  chanteurs  ont  chanté  au  salut  plusieurs  motets  de 
l'élève  d'Haydn.  M.  A.  Neukomm  avait  été  gracieusement  invité  à  assister 
à  cette  petite  fête  de  famille,  et  c'est  avec  la  plus  vive  émotion  qu'il  a 
été  le  témoin  des  marques  d'estime  et  de  respect  données  à  la  mémoire 
d'un  maître,  d'un  ami  et  d'un  frère  bien-aimé. 

a**  Boulogne-sur-Mer,  2S  novembre.  —  Le  premier  concert  d'hiver  de 
la  Société  philharmonique  vient  d'avoir  lieu.  M.  et  Mme  Patriossi  se 
sont  fait  vivement  applaudir,  particulièrement  dans  trois  duos  pris  du 
Barbier,  ù'Ernani  et  de  VElisir  d'amure,  qu'ils  ont  dit  avec  l'ensemble, 
la  méthode  et  l'esprit  que  possèdent  les  excellents  chanteurs  de  l'école 
italienne.  —  1111e  IL  Filliette,  jeune  et  gracieuse  pianiste  boulonnaise,  a 
justifié  ce  que  promettaient  son  début  de  l'année  dernière  et  ses  ré- 
cents succès  obtenus  à  Dieppe  ;  elle  a  parfaitement  interprété  un  Ca- 
priccio  de  Mendelssohn  ,  la  Romance  russe  de  Ketterer,  et  la  Danse  in- 
dienne de  Félix  Godefroid,  qui  lui  ont  valu  un  nouveau  triomphe.  — 
M.  Delpeuch  a  aussi  obtenu  sa  grande  part  d'applaudissements  dans  une 
fantaisie  pour  le  hautbois  de  Verroust,  et  l'orchestre,  sous  la  bonne 
direction  de  M.  Chardard,  a  joué  avec  beaucoup  de  verve  13s  ouvertures 
du   Farfadet  et  d'IIaydée 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


**„  Londres.  —  La  Maria  de  Flotow  vient  d'être  donnée  au  théâtre  de 
la  Beine  avec  un  très-grand  succès.  L'interprétation  n'a,  du  reste,  rien 
laissôâdésirer.  MmesTitjens,  Lemaire.MM.  Giuglini  et  Violetti,  se  sont  par- 
tagé les  applaudissements  enthousiastes.  Dans  quelques  jours  on  donnera 
Lucia.  Le  baryton  Briani  chantera  le  rôle  d'Arthur.  La  Lucrezia  Viendra 
ensuite.—  Le  20  novembre,  l'excellente  compagnie  italienne  de  M.  Smith 
s'est  transportée  de  Buth,  où  elle  a  donné  un  grand  concert.  Giuglini  a 
chanté  la  romance  de  Marta  :  M'appari  luit'  amore,  puis  avec  Mme  Pa- 


repo  le  duo  de  la  Traviata,  puis  enfin  une  ballade  de  Balle  ;  Briani  et 
Vialetti  ont  eu  leur  bonne  part  d'applaudissements.  —  Les  AWs  de 
Jeannette,  de  V.  Massé,  sous  le  titre  the  Marriage  of  Georgette,  ont  été 
représentées  à  l'opéra  anglais  de  Covent-Garden.  Miss  L.  Pyne  y  a  ob- 
tenu beaucoup  de  succès  dans  le  rôle  principal.  —  Le  théâtre  anglais 
de  lier   Majestys  annonce  la  Reine  Topaze  avec  Mlle  Parepa. 

***  Bruxelles.  —  Lundi  dernier  a  eu  lieu  avec  succès  la  première  repré- 
sentation d'flenu'anum.  MM.  Wicart,  Depaitier,  Mmes  Elmire  et  Vanden- 
haute,  ont  chanté  les  principaux  rôles.— Les  dernières  répétitions  avaient 
été  dirigées  par  M.  Félicien  David. 

2*1,  Hanovre.  —  MmeCastellan  a  chanté  au  premier  concert  delà  saison 
avec  un  grand  succès.  Au  même  concert,  M.  Joseph  Joachim  a  joué  le 
concerto  de  Mendelssohn,  et  l'orchestre  a  exécuté  sous  la  direction  de 
l'habile  violoniste  une  des  symphonies  de  Beethoven.  Après  la  sympho- 
nie, le  roi  et  la  reine  ont  reçu  M.  Joachim,  et  lui  ont  exprimé  leur 
satisfaction  dans  les  termes  les  plus  flatteurs.  —  Au  prochain  concert, 
qui  doit  avoir  lieu  le  1er  décembre,  Mme  Szarvady  se  fera  entendre. 

t*t  Vienne.—  Les  répétitions  de  l'opéra  de  Rubinstein,  les  Enfunts  des 
lindes,  ont  commencé  ;  la  pièce  sera  jouée  probablement  dans  les  der- 
niers jours  de  décembre.—  La  baronne  Pasqualati  a  obtenu  le  .privilège 
d'un  nouveau  théâtre  qui  portera  son  nom.—  Il  est  décidé  qu'au  théâtre 
de  la  Cour  il  n'y  aura  pas  d'opéra  italien  cette  année.  —  Après  bien 
des  hésitations  et  des  revirements,  il  a  été  définitivement  arrêté  qu'au 
printemps  prochain  le  théâtre  de  l'opéra  de  la  cour  deviendrait  une  en- 
treprise particulière.  Le  bail,  selon  la  Gazette  de  Vienne,  durerait  de- 
puisle  Ier  avril  1800,  jusque  fin  mars  18GG. —  M.  Herbeck  a  fait  traduire  et 
chanter  par  la  Société  chorale  qu'il  dirige,  trois  chœurs  sans  accompa- 
gnement de  Louis  Lacombe.  Le  Corbeau  et  le  Renard  et  la  Chanson  des 
pirates,  ont  obtenu  un  succès  d'enthousiasme. 

**„  Dresde.—  On  annonce  la  mort  de  M.  Frédéric  Braun,  célèbre  di- 
lettante de  cette  ville.  Parmi  les  papiers  du  défunt  on  a  trouvé  le  ma- 
nuscrit d'un  opéra  inédit  de  Winter,  auteur  du  Sacrifice  interrompu. 

t%  Leipzig.  —  Mme  Clauss  Szarvady  nous  a  quittés  pour  se  rendre  à 
Hambourg,  après  s'être  fait  entendre  à  la  deuxième  soirée  pour  musique 
de  chambre  et  au  septième  concert  du  Geivandhaus .  Dans  ce  dernier 
concert,  M .  Jadassohn  a  fait  exécuter  sous  sa  direction  une  symphonie 
inédite  qui  a  reçu  un  bon  accueil.  La  deuxième  partie  de  la  solennité  a 
été  consacrée  à  l'exécution  de  la  musique  du  Songe  d'une  nuit  d'été,  par 
Mendelssohn. 

<**  Prague.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel  a  été  repris  avec  beaucoup  d'é- 
clat. Mme  Brenner,  dans  le  rôle  de  Dinorah,  s'y  est  montrée  aussi  bonne 
cantatrice  que  comédienne. 

„.%  Rotterdam.  —  L'existence  de  l'opéra  allemand  a  été  garantie  par 
la  souscription  d'actions  du  capital  de  750,000  florins.  L'établissement 
est  eh  voie  de  prospérité  et  les  représentations  sont  très-suivies.  Fideiio 
a  attiré  le  premier  soir  beaucoup  de  monde.  Deux  fois  par  mois  nous 
avons  l'opéra  français,  qui  vient  de  la  Haye. 

„*%  Copenhague.  —  Ole-Bull  s'est  fait  entendre  plusieurs  fois  au  théâtre 
du  Peuple,  et  chaque  soir  il  a  fait  chambrée  complète.  Le  célèbre  violo- 
niste se  rend  d'ici  à  tlelsingford,  d'où  il  se  dirigera  vers  la  Russie.  — 
Un  opéra  nouveau  de  Nicolaï  Berendt,  l'Épreuve  du  cœur,  a  du  succès  au 
théâtre  Royal.  —  One  compagnie  française  d'opéra  donne  des  représen- 
tations au  Casino  sous  la  direction  de  M.  Morris. 

„*„.  Madrid. —  Lucia  a.  été  un  véritable  triomphe  pour  Mme  Charton- 
Demeur  et  le  ténor  Fraschini.  Les  deux  artistes  ont  été  rappelés  trois 
fois  après  le  duo  du  premier  acte.  Mme  Charton  a  ravi  la  salle  entière 
dans  l'air  final.  Dans  le  Barbier,  nouveau  succès  pour  la  cantatrice  ; 
elle  a  introduit  dans  la  scène  de  la  leçon  de  chant  l'air  de  l'Ombre  du 
Pardon  de  Ploërmel,  qui  a  été  bissé. 

*%  Neio-Yorli.  —  La  troupe  italienne  nous  a  quittés.  Les  quelques  re- 
présentations données  en  ce  moment  sont  dues  à  l'initiative  de  M.  Iti- 
chard  Mulder.  Mme  Fabri  a  été  très-remarquable  dans  Robert  le  Diable, 
Marta,  Freischulz  et  les  Huguenots.  MM.  Stigelli  et  Cari  Formés  ont  été 
aussi  très-justement  applaudis.  —  On  se  préoccupe  vivement  de  la  créa- 
tion d'un  Conservatoire  de  musique  ;  malheureusement  les  fonds  man- 
quent encore.  Pour  la  direction  supérieure  de  l'établissement,  il  serait 
question  de  Liszt,  Marschner  et  d'autres  compositeurs  célèbres. 


420 


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et  aux  personnes  qui  en  prendront  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique:  V Eventail,  opéra-comi- 
que en  un  acte,  paroles  de  MM.  Jules  Barbier  et  Michel  Carré,  musique  de  M.  E. 
Boulanger;  reprise  de  la  Perruche,  opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  H. 
Dupin  et  Dumanoir,  musique  de  M.  Clapisson,  par  D.  A.  B>.  Saint-YTes. 
—  Théâtre  impérial  Italien  :  reprise  de  Maria.  —  De  la  musique  en  Espagne 
(3e  article),   par  Adrien  de   lia  Page.  —   P<evue  critique,  par  Adolphe 

F  Ilotte    —  Correspondance,  Saint-Pétershourg. —  Nouvelles   et  annonces. 


THÉÂTRE  IMPÉRIAL  DE  1/  OPÉRA-  COMIQUE. 

I/EVEJVTAIX, 

Opéra-comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  Jules  Barbier 

et  Michel  Carré,  musique  de  M.  Ernest  Boulanger. 

(Première  représentation.) 

Reprise  de  la  JRerrueAe, 

Opéra- comique  en  un  acte,  paroles  de  MM.  H.  Dupin  et  Dumanoir, 

musique  de  M.  Clapisson. 

(Mardi  4  décembre  18C0.) 

[Sous  n'oserions  affirmer  que  le  sujet  de  Y  Eventail  soit  emprunté 


au  théâtre  espagnol  ;  mais  peut-être  existe-t-il  quelque  part  en  germe 
dans  les  œuvres  de  quelque  émule  de  Caldéron  ou  de  Lope  de  Véga, 
sous  le  titre  de  II  ne  faut  pas  jouer  avec  l'amour-, 

La  senora  Rosalinde  est  veuve  et  s'ennuie  du  veuvage.  Penchée  la 
nuit  sur  son  balcon,  elle  dit  aux  étoiles  le  secret  de  ses  insomnies,  et 
leur  confie  ses  plaintes.  Survient  un  pauvre  diable  de  poëte  qui  a 
remarqué  la  belle  affligée  et  qui  forme  l'audacieux  projet  de  la  con- 
soler. Mais  ses  prétentions  sont  fort  mal  accueillies  par  Rosalinde,  et 
quatre  valets,  armés  de  lourds  gourdins,  sont  chargés  de  lui  solder  lu 
prix  de  ses  sérénades  amoureuses.  Fort  heureusement,  le  capitaine 
Annibal,  un  assez  méchant  drôle  qui  a  dressé  sa  tente  au  cabaret 
voisin,  'lance  à  l'aide  du  poëte  Fabrice,  et  met  en  fuite  ses  agres- 
seurs. En  sa  qualité  de  mauvais  sujet,  Annibal  ne  se  pique  pas  d'une 
très-grande  estime  pour  les  femmes,  et  il  offre  au  poëte  de  l'aider 
à  se  venger  de  l'ingrate  qui  prétend  reconnaître  son  amour  par  des 
coups  de  bâton. 

Un  complot  est  aussitôt  formé  :  Annibal,  qui  ne  doute  de  rien, 
obtiendra  un  rendez-vous  de  Rosalinde,  et  Fabrice  prendra  sa  place 


Z|22 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


pour  humilier  la  veuve,  et  pour  lui  jeter  au  visage  cette  brutale  décla- 
ration :  Vous  aimez  un  autre  homme,  mais  cet  homme  ne  vous  aime 
pas  ;  et,  moi,  je  ne  vous  aime  plus. 

Il  n'y  a  qu'un  petit  obstacle  à  ce  bel  arrangement,  c'est  qu'il  a  eu 
lieu  sous  les  fenêtres  de  Rosalinde,  et  que  la  senora  n'en  a  pas  perdu 
un  mot.  De  telle  sorte  que  sa  contre  mine  est  toute  prête  quand  le 
capitaine  se  présente  à  l'attaque. 

Rosalinde  joue  la  coquette  avec  lui,  et  après  l'avoir  bel  et  bien 
ensorcelé,  elle  s'enfuit  en  laissant  tomber  son  éventail,  ce  qui  veut 
dire  en  espagnol  :  rapportez-le,  et  vous  serez  reçu. 

La  première  partie  du  programme  est  donc  accomplie,  et  il  ne  s'agit 
plus  que  de  passer  à  la  seconde,  qui  consiste  à  remettre  au  poëte 
Fabrice  le  soin  de  rendre  l'éventail.  Mais  alors  le  capitaine  s'aperçoit 
que  son  cœur  a  été  pris  au  piège,  dans  l'instant  même  où  Fabrice 
reconnaît  qu'il  n'a  jamais  eu  une  passion  bien  forte  pour  la  veuve,  et 
que  les  attraits  de  sa  jeune  sœur  Phébé  ont  plus  d'empire  sur  lui  que 
ceux  de  Rosalinde. 

Une  dernière  épreuve  contraint  Annibal  à  avouer  sa  défaite.  En 
entendant  Fabrice  parler  d'amour  sur  le  balcon  à  une  femme  invisi- 
ble, il  s'imagine  que  c'est  la  veuve,  et  déjà  il  menace  son  rival  ; 
mais  une  main  se  pose  sur  son  épaule::  il  se  retourne  ;  c'est  celle  de 
Rosalinde  qui  a  tout  entendu,  et  qui,  sûre  désormais  d'avoir  appri- 
voisé le  farouche  capitaine,  consent  à  l'épouser  et  accorde  la  main  de 
sa  sœur  au  poëte  infidèle. 

MM.  Jules  Barbier  et  Michel  Carré  ont  souvent  montré  plus  d'inven- 
tion et  d'esprit  que  dans  l'Eventail.  Le  succès  de  ce  petit  ouvrage 
revient  surtout  au  compositeur,  dont  la  part  est  même  un  peu  large 
pour  un  seul  acte. 

La  pièce  débute  d'une  manière  agréable.  Après  une  ouverture  fort 
bien  faite,  le  rideau  se  lève  sur  une  gracieuse  plainte,  soupirée  sur 
son  balcon  par  la  senora  Rosalinde  ;  à  peine  est-elle  terminée  que 
le  capitaine  Annibal  entonne  au  cabaret  une  chanson  bachique,  vive 
de  couleur  et  de  rhythme  ;  puis,  le  poëte  Fabrice  vient  à  son  tour 
chanter  son  martyre  amoureux  sous  les  fenêtres  de  son  inhumaine, 
avec  accompagnement  de  mandoline.  Cette  entrée  en  matière,  pleine 
d'heureux  contrastes,  est  parfaitement  réussie,  et  l'ensemble  qui  s'y 
adapte  ne  laisse  rien  à  désirer. 

Le  morceau  suivant  :  Bel  astre  aux  doux  yeux,  est  une  séguedille 
moqueuse  chantée  par  Annibal,  que  l'on  a  voulu  entendre  deux  fois  et 
qui  mérite  tous  les  bravos  qu'elle  a  reçus.  On  citerait  bien  peu  d'airs 
bouffes  plus  pétillants  d'esprit  et  de  gaieté. 

Nous  mentionnerons  encore  avec  éloges  l'air  de  Rosalinde  :  Fi, 
monsieur!  c'est  une  honte,  et  les  délicieux  couplets  en  duo,  chantés 
par  Phébé  et  Fabrice,  l'une  au  balcon  et  l'autre  sur  la  place. 

Mais  après  l'air  de  Rosalinde  :  J'ai  vingt  ans,  je  suis  veuve,  dont  le 
cantabile  et  la  péroraison,  ornée  de  quelques  vocalises ,  ont  été  fort 
goûtés,  nous  ne  trouvons  guère  plus  rien  à  signaler  dans  les  trois 
duos  qui  se  succèdent ,  sans  que  le  compositeur  ait  songé  à  tirer  un 
meilleur  parti  des  quatre  voix  qu'il  avait  à  son  service,  pour  varier 
ses  effets. 

En  somme,  la  partition  de  M.  Ernest  Boulanger  est  digne  de  l'au- 
teur du  Diable  à  l'école  et  des  Sabots  de  la  marquise. 

Mme  Faure-Lefebvre  interprète  à  merveille  le  rôle  de  Rosalinde, 
qui  exige  un  adroit  mélange  de  coquetterie  et  de  finesse.  Elle  chante 
avec  infiniment  de  goût  sa  romance  de  l'introduction  et  ses  deux  airs, 
dont  les  nuances  sont  si  distinctes. 

Crosti  est  doué  d'un  bon  physique  et  d'une  bonne  voix ,  mais  il  a 
plus  de  zèle  que  d'expérience.  Avec  de  la  persévérance  et  du  travail, 
il  se  défera  bien  certainement  de  cette  teinte  uniforme  qui  détruit  en 
partie  l'effet  de  ses  qualités  naturelles. 

Ponchard  est  bien  placé  dans  le  personnage  moitié  comique  et  moitié 
sérieux  du  poëte  Fabrice,  et  Mlle  Angcle  Cordier  est  très-convenable 
dans  le  petit  rôle  de  Phébé. 


Avant  V Eventail,  on  a  revu  avec  plaisir  la  Perruche,  encore  un 
opéra-comique  à  quatre  personnages,  qui  date  de  vingt  ans  et  qui  n'a 
pas  vieilli.  La  musique  de  Clapisson  est  toujours  vive  et  pimpante;  le 
libretto  de  MM.  H.  Dupin  et  Dumanoir  vaut  beaucoup  mieux  que  la 
plupart  des  productions  du  répertoire  soi-disant  jeune.  Au  fond,  c'est 
l'anecdote  si  connue  du  porteur  d'eau  qui  rapporte  à  une  marquise  sa 
perruche  envolée  et  qui  se  fait  donner  un  baiser  pour  récompense. 
Elle  a  embrassé  le  porteur  d'eau,  dit  à  tout  venant  l'oiseau  favori,  à 
qui  l'enfant  de  l'Auvergne  a  appris  cette  phrase  perfide,  et  notre 
homme  met  à  profit  la  confusion  et  l'embarras  de  la  marquise  pour 
se  faire  octroyer  une  femme  et  une  dot.  Le  rôle  de  Bagnolet ,  le  por- 
teur d'eau,  a  été  fait  pour  Cholet  ,  et  est  devenu  depuis  l'un  des 
triomphes  de  Mocker.  11  est  tenu  aujourd'hui  par  Laget  qui  s'y  fait 
applaudir ,  sinon  comme  comédien ,  du  moins  comme  chanteur. 
Mlle  Pannetrat  joue  avec  grâce  et  distinction  le  rôle  de  la  marquise, 
créé  jadis  par  Mlle  Prévost.  Les  deux  autres  personnages  ont  pour  in- 
terprètes Ambroise  et  Mlle  Tuai,  fort  gentille  sous  les  traits  de  la  sou- 
brette Coraline. 

D.  A.  D.  SAINT- YVES. 


THEATRE  IMPÉRIAL  ITALIEN 

Reprise  de  MABTA,  de  I'iotoiv. 

Cette  reprise  d'un  ouvrage  dont  la  popularité  va  toujours  grandis- 
sant partout  où  on  le  joue,  offrait  deux  nouveautés  dans  la  distribu- 
tion des  rôles  de  femme.  Mlle  Marie  Battu  succédait  à  Mlle  Saint- 
Urbain  et  à  Mme  Frezzolini  dans  le  rôle  de  lady  Enrichetta  ; 
Mme  Alboni  à  Mme  Nantier-Didiée  dans  celui  de  Nancy.  Toutes  les 
deux  n'ont  qu'à  se  féliciter  de  l'événement,  et  le  public  ne  s'en  trouve 
pas  moins  bien  qu'elles. 

Mlle  Marie  Battu  ne  pouvait  rencontrer  de  personnage  plus  en  rap- 
port avec  sa  nature  délicate  et  distinguée  que  celui  de  la  noble  dame 
que  l'ennui  chasse  du  logis  et  détermine  à  faire  une  folie  dont  le  dé- 
noûment  est  si  heureux.  La  jeune  artiste  chante  et  joue  avec  le  même 
talent,  la  même  élégance  de  tenue  et  de  style.  C'est  surtout  dans  la 
romance  de  la  rose  qu'elle  met  l'expression  la  plus  touchante  et  se 
montre  cantatrice  accomplie  ;  Mme  Frezzolini  elle-même  ne  la  disait 
pas  avec  plus  d'art  et  ne  méritait  pas  plus  de  bravos. 

Quant  à  Mme  Alboni,  le  rôle  de  Nancy  nous  la  présente  sous  un 
aspect  tout  nouveau  :  c'est  la  malice  et  la  gaieté  dans  tout  leur  épa- 
nouissement, dans  toute  leur  verve.  Avec  cela,  quelle  voix!  quelle 
sonorité  puissante  et  variée!  Aussi  l'air  chanté  par  elle  au  quatrième 
acte  produit-il  un  effet  extraordinaire  et  qu'il  était  impossible  de 
deviner. 

Quant  à  Mario,  c'est  toujours  l'idéal  du  gentilhomme  plein  d'amour 
et  de  mélancolie,  dont  la  séduction  n'a  pas  besoin  de  commentaire. 
Graziani  a  toujours  aussi  le  même  éclat,  le  même  entrain  dans  la 
chanson  du  porter. 

Les  trois  représentations  consécutives  de  Marta  n'ont  pas  cessé 
d'attirer  la  foule.  Il  a  fallu  répéter  le  quatuor  du  rouet,  la  romance 
de  la  rose,  l'air  de  Mme  Alboni  elles  couplets  de  Graziani.  C'est  donc 
une  reprise  dont  le  répertoire  fera  grandement  son  profit. 

R. 


DE  PARIS. 


423 


DE  U  MUSIQUE  EN  ESPAGNE. 

(2e  article.)  (1) 

Les  ballets  intercalés  dans  les  pièces  en  musique  auraient  aussi, 
dans  le  système  de  M.  Fuertes,  été  transportés  d'Espagne  en  Italie  ; 
les  pantomimes  seraient  également  parties  fin  même  pays,  pour  s'éta- 
blir sur  les  théâtres  de  l'Europe.  Toutes  les  preuves  qu'en  donne 
M.  Fuertes  se  bornent  à  dire  que  ce  genre  de  spectacles  remonte  en 
Espagne  à  une  antiquité  immémoriale,  et  que  sous  le  règne  do  Pierre  Ier 
on  répétait  une  pièce  intitulée  Dansa  gênerai,  en,  que  entran  lodos  los 
estados  de  gentes,  et  que  ledit  ouvrage,  où  se  trouvent  réunies  la  danse, 
la  musique  vocale  et  instrumentale,  et  enfin  la  déclamation,  se  con- 
serve dans  la  bibliothèque  de  l'Escurial.  Or,  à  en  juger  par  le  titre, 
ce  ne  doit  être  autre  chose  qu'une  de  ces  Danses  des  morts  qui  furent 
quelque  temps  en  grande  vogue  chez  nos  pères,  et  telles  qu'en  possé- 
daient la  plupart  des  pays,  même  à  cette  époque  où  les  lettres  étaient 
cultivées  d'une  manière  encore  très-imparfaite.  On  retrouve  aussi  la 
danse  mêlée  aux  représentations  espagnoles,  en  1475,  aux  noces 
d'Isabelle  de  Castille  et  de  Ferdinand  d'Aragon,  et  plus  tard,  dans  les 
cours  d'Espagne  en  d'autres  occasions  ;  mais  il  ne  suit  pas  de  là  que 
ces  mêmes  danses  ou  d'autres  de  même  genre  n'aient  pas  été  dès  la 
même  époque  en  usage  dans  d'autres  pays. 

La  poésie  et  la  musique  avaient  brillé  du  plus  vif  éclat  sous  le 
règne  de  Jean  II  ;  elles  durent  s'obscurcir  lorsque  son  incapable  suc- 
cesseur Henri  IV  monta  sur  le  trône  en  1454-  Sous  Alphonse  d'Aragon, 
une  chaire  de  musique  fut  'fondée  à  l'université  de  Salamanque.  A 
partir  des  règnes  de  Ferdinand  et  d'Isabelle,  la  gloire  musicale  des 
Espagnols  se  fixe  entièrement  dans  l'église,  sous  la  dépendance  de 
laquelle  tout  dans  le  royaume  se  trouve  peu  à  peu  engagé. 

Heureusement,  du  moins,  les  beaux-arts  eurent  à  profiter  de  cet 
état  de  choses  :  les  peintres,  les  sculpteurs  et  les  musiciens  trouvèrent 
de  quoi  exercer  leur  talent  dans  les  travaux  que  leur  confiaient  non- 
seulement  les  cathédrales,  les  églises,  les  couvents,  mais  encore  dans 
ceux  que  commandaient  les  riches  prélats  qui  se  faisaient  construire 
de  magnifiques  demeures. 

Le  goût  que  l'on  prit  généralement  pour  la  musique  ecclésiastique 
procura  aux  compositeurs  de  riches  prébendes  et  d'opulents  emplois 
dans  les  églises.  Ces  places  ne  s'obtenaient  que  par  suite  de  concours 
fort  sérieux  et  fort  disputés.  Comme  il  suffisait  pour  devenir  prêtre 
d'avoir  quelque  teinture  de  latin,  tous  les  musiciens  des  églises  pre- 
naientles  ordres,  afin  de  pouvoir  ensuite  obtenir  des  bénéfices  qui  les 
mettaient  à  l'aise  pour  le  reste  de  leur  vie. 

Mais  bientôt  cette  situation,  avantageuse  pour  les  musiciens  paresseux 
plus  encore  que  pour  tous  les  autres,  eut  l'inconvénient  de  les  séparer 
des  poètes  dont  ils  n'avaient  plus  besoin,  puisqu'ils  n'écrivaient  plus 
que  sur  les  paroles  latines  de  l'Ecriture  sainte  susceptibles  d'être 
chantées  à  l'église.  Jouissant  de  bons  revenus,  les  musiciens  espagnols 
de  quelque  valeur  cherchèrent  tous  à  se  caser  dans  les  églises,  conti- 
nuant de  se  livrer  aux  combinaisons  harmoniques,  qui  pour  eux 
semblaient  être  le  caractère  unique  de  la  musique  d'église.  Ils  parais- 
sent avoir  été  si  nombreux,  qu'on  a  fini  par  n'y  plus  prendre  garde, 
et  que  le  public  cessait  de  goûter  ce  genre  de  musique  grave  et  im- 
posant, mais  un  peu  monotone;  les  compositeurs,  pour  le  satisfaire, 
tombèrent  finalement  dans  un  excès  contraire,  en  écrivant  de  la  mu- 
sique trop  légère,  trop  libre,  en  un  mot, 'plus  susceptible  d'être  enten- 
due dans  les  théâtres,  concerts  et  réunions  de  société  mondaine,  que 
dans  les  lieux  destinés  au  culte. 

Toutefois  celte  déviation  ne  fut  complète  que  très-postérieurement 
à  l'époque  dont  il  est  ici  question.   Plusieurs  institutions  musicales , 

(1)  Voir  le  n"  69. 


telles  que  les  chaires  de  musique  des  universités  et  ensuite  la  fameuse 
école  de  Montferrat,  sur  le  modèle  de  laquelle  se  fondèrent  plusieurs 
établissements  de  même  genre,  et  d'une  autre  part  les  leçons  parti- 
culières des  professeurs  habiles,  qui  s'efforçaient  de  conserver  et  de 
perpétuer  les  bonnes  traditions,  maintinrent  la  musique  sérieuse  dans 
un  état  assez  florissant. 

Le  cardinal  Ximenez  avait  donné  un  soin  particulier  au  chant  litur- 
gique de  l'église  de  Tolède,  qui,  comme  l'on  sait,  possède  un  office 
et  un  rit  particuliers  connu  sous  le  nom  de  rit  mosarabique.  Le  bien 
opéré  en  ce  sens  par  le  cardinal  offre  une  triste  compensation  dans 
l'ordre  donné  par  lui  de  livrer  aux  flammes  cinq  mille  manuscrits 
arabes ,  trésors  inappréciables  des  sciences  et  des  arts ,  tels  qu'ils 
avaient  existé  pendant  plusieurs  siècles,  et  dont  In  stupide  fureur  de 
Ximenez  vint  irréparablement  priver  la  postérité.  Hélas!  l'on  y  fit 
alors  assez  peu  d'attention  ;  l'épouvantable  lueur  des  bûchers  allumés 
par  l'infâme  Torquemada,  où  vingt  mille  créatures  humaines  étaient 
brûlées  après  avoir  subi  des  tortures  cruelles,  empêchait  d'apercevoir 
ceux  où  l'on  ne  brûlait  que  des  papiers  et  des  parchemins. 

Ce  fut,  selon  M.  Fuertes,  Philippe  le  Beau,  comte  de  Flandres, 
qui,  en  devenant  allié  de  l'ancienne  famille  royale  d'Espagne  par 
son  mariage  avec  Jeanne  la  Folle,  amena  dans  la  Péninsule  des 
musiciens  flamands,  qui,  au  dire  de  notre  historien,  seraient  venus, 
non  pour  enseigner  ou  exercer  leur  art,  mais  pour  l'apprendre.  Alors 
auraient  commencé  des  dissensions  ;  les  inimitiés  auraient  suivi ,  et 
enfin  les  Espagnols  auraient  abandonné  leurs  propres  composi- 
teurs ,  dont  quelques-uns  seraient  passés  dans  les  pays  étrangers. 
Enfin  M.  Fuertes  en  arrive  à  dire  que  l'Espagne  n'a  dû  à  la  venue 
des  Flamands  dans  le  pays  que  la  ruine  de  ses  anciennes  écoles. 
C'est  trop  s'avancer  ;  car  évidemment  si  ces  Flamands  eussent  été  de 
simples  écoliers,  ils  n'eussent  été  aucunement  en  position  de  détruire 
les  écoles. 

Ces  plaintes  que  l'on  a  faites  en  tout  temps  et  dans  plusieurs  pays 
sur  l'invasion  des  artistes  étrangers  n'ont  pas  toujours  été  suffisamment 
fondées,  parce  que  souvent  Yinvasion  s'est  bornée  à  quelques  places 
de  musiciens  de  cour  données  souvent  pour  des  causes  particulières, 
dans  lesquelles  le  mérite  véritable  n'entrait  que  pour  fort  peu  de 
chose. 

Des  notes  manuscrites  d'un  musicien  nommé  D.  Vincent  Perez, 
ténor  do  la  chapelle  royale  de  Madrid  dans  la  dernière  moitié  du 
siècle  passé,  et  qui  sont  actuellement  entre  les  mains  d3  M.  Fuertes, 
marquent  qu'il  en  fut  presque  toujours  ainsi  chez  les  souverains 
espagnols,  et  ceci  est  écrit  à  propos  d'un  compositeur  qui  n'est 
pas  autrement  connu  :  «  L'importance  donnée  dans  la  cour  de 
Madrid,  dit  Perez,  à  Corselli,  maître  delà  chapelle  royale  en  1751,  n'a 
rien  d'étrange  pour  les  professeurs  espagnols.  Depuis  l'invasion  des 
musiciens  étrangers,  nous  avons  été  des  fils  bâtards  de  notre  pays  ; 
on  nous  a  préféré  les  Flamands,  sous  les  règnes  de  Philippe  II  et 
de  Charles-Quint  ;  les  Français,  sous  Philippe  V,  et  les  Italiens,  sous 
Ferdinand  VI.  Les  œuvres  de  nos  maîtres,  convoitées  et  admirées  chez 
les  étrangers,  étaient  en  Espagne  ignorées  et  dépréciées  ;  leurs  mé- 
thodes, qui  ont  porté  la  clarté  dans  les  principes  de  l'art,  ont  disparu; 
l'homogénéité,  la  progression  et  les  finesses  de  l'enseignement  se  sont 
changées  en  une  véritable  tour  de  Babel.  Peut-on  trouver  étrange  que 
Corselli,  pour  enrichir  les  archives  de  la  chapelle  royale,  propose  au 
cardinal  Mendoza  des  ouvrages  italiens,  sans  se  souvenir  de  ceux  de 
nos  sublimes  maîtres  ?  » 

Ces  plaintes  pouvaient  n'être  pas  sans  fondement  ;  mais  il  faut  dire 
que  si  la  cour  d'Espagne  prenait  des  étrangers  à  son  service,  les  cours 
étrangères  prenaient  des  Espagnols  au  leur,  et  l'on  n'avait  ainsi  rien  à 
se  reprocher.  Je  rappellerai  même  à  cet  égard  une  circonstance  oubliée, 
je  crois,  par  M.  Fuertes,  c'est  que  pendant  longues  années  l'Espagne 
fournit  à  toutes  les  chapelles  étrangères  des  castrats,  d'abord  fort  peu 
communs  en  Italie,  et  qui  ne  devinrent  moins  rares  qu'au  xvn0  siècle 


m 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


et  même  seulement  depuis  1650,  lorsque  les  progrès  de  l'art  du  chant 
firent  sentir  tout  le  mérite  de  ces  admirables  voix,  et  que  l'opération 
au  moyen  de  laquelle  on  les  obtenait  se  pratiqua  chaque  jour  ouver- 
tement dans  presque  toutes  les  provinces  de  la  péninsule  italienne, 
et  principalement  dans  les  Etats  de  Rome  et  de  Naples. 

Ce  serait,  en  effet,  une  grande  erreur  d'admettre  que  ces  chanteurs 
espagnols  qui  se  trouvaient  dans  tant  de  chapelles  pour  la  partie  de 
oprano,  et  notamment  ceux  qui  étaient  à  la  chapelle  pontificale  avant 
que  la  castration  devînt  commune  en  Italie,  fussent  des  ténors  chan- 
tant le  dessus  en  voix  de  fausset,  tel  qu'il  en  existait  en  France  en 
assez  grand  nombre  dans  le  siècle  passé.  C'est,  du  reste,  là  un  sujet 
sur  lequel  j'aurai  occasion  de  revenir. 

Adrien  de  LA  FAGE. 
(  La  fin  prochainement.) 


REVUE  CRITIQUE. 

BS.  .Witgiiiis  :  fantaisie-caprice  sur  le  Pardon  de  Ploermel.  — 
CIb.  IVeustedt  :  transcription  variée  du  Pardon  de  Ploermel. 
— René  Favarger  :  fantaisies  sur  les  Huguenots  et  sur  Maria. 

Du  temps  de  Montesquieu ,  on  disait  aux  littérateurs  :  faite-nou 
des  Lettres  persanes;  aujourd'hui,  à  voir  les  transcriptions  et  les  ar- 
rangements qui  paraissent  chaque  jour,  il  semble  qu'on  dise  aux  pia- 
nistes :  faites-nous  des  caprices  et  des  fantaisies  sur  les  opéras  qui 
nous  charment  au  théâtre.  Ce  n'est  pas  que  nous  nous  plaignions  du 
trop  grand  nombre  de  ces  publications,  car  pour  former  l'intelligence 
musicale  des  élèves  il  vaut  mieux  leur  faire  jouer  de  beaux  airs  d'o- 
péra que  les  thèmes  originaux  de  MM.  tel  ou  tel  ;  cependant,  pour  que 
l'influence  soit  bonne,  il  faut  encore  que  les  mélodies  soient  ornées 
avec  habileté;  il  faut  que  le  piano,  comme  un  traducteur  intelligent, 
sache,  au  besoin,  ajouter  quelque  chose  de  convenable  à  l'original. 

Parmi  les  opéras,  le  Pardon  de  Ploermel  est  un  de  ceux  qui  ont 
inspiré  le  plus  de  morceaux;  c'est  à  qui  brodera,  à  sa  façon,  les 
dernières  et  si  poétiques  inspirations  de  Meyerbeer.  Dans  sa  fantaisie- 
caprice,  M.  Magnus,  pour  varier  sans  doute,  fait  entendre  en  note 
répétées  le  délicieux  motif  de  valse  :  Ombre  légère.  C'est  d'un  effet 
très-brillant  et  très-expressif;  cependant  nous  lui  préférons  de 
beaucoup  le  dessin  primitif,  que  d'ailleurs  la  plupart  des  pianistes  ont 
conservé.  Au  commencement  de  la  cinquième  page,  il  fait  entendre 
aussi  le  passage  en  si  bémol  mineur  qui  succède  immédiatement  au 
motif  principal.  Dans  cette  phrase,  l'octave  diminuée  allant  à  la 
basse  par  un  mouvement  contraire,  nous  semble  peu  satisfaisante  ; 
elle  manque  de  douceur  et  donne  du  vague  à  la  tonalité.  A  part 
cette  critique,  des  fragments  de  la  berceuse  et  du  chœur  du  Pardon 
fort  joliment  disposés,  un  travail  souvent  intéressant,  des  traits  qui 
voltigent  autour  des  chants  de  l'illustre  maître,  assurent  à  la  fantaisie- 
caprice  de  M.  Magnus  un  très-honorable  succès. 

—  On  retrouve  dans  la  transcription  variée  de  Charles  Neustedt, 
la  berceuse ,  plusieurs  réminiscences  de  la  marche  et  du  chœur  du 
Pardon,  arrangées  avec  beaucoup  d'ampleur  et  de  sonorité.  Assez 
court,  sans  prétention  et  néanmoins  bien  fait,  ce  morceau,  essentiel- 
lement mélodique,  n'a  d'autre  ambition  que  celle  de  rappeler,  en  cinq 
ou  six  pages,  d'une  exécution  plutôt  brillante  que  difficile,  quelques 
inspirations  du  dernier  chef-d'œuvre  de  l'auteur  du  Prophète  et  de 
l'Etoile  du  Nord.  ' 


—  Nous  parlions  dernièrement  des  charmantes  compositions  de 
René  Favarger;  cet  aimable  auteur  vient  de  publier  deux  nouvelles 
fantaisies,  l'une  sur  les  Huguenots,  l'autre  sur  Marta.  Toutes  deux 
sont  jolies.  La  première  débute  pompeusement  par  cette  grandiose 
inspiration  qu'on  appelle  la  Bénédiction  des  poignards  ;  puis,  après 
un  expressif  cantabile,  vient  le  chœur  des  baigneuses,  avec  le  charme 
mélodique  et  la  grâce  enchanteresse  que  chacun  lui  connaît.  L'ar- 
rangement de  ce  chœur  ne  diffère  guère  de  celui  de  Thalberg,  mais 
il  est  un  peu  plus  facile  ;  il  fait  le  fond  de  la  composition,  qui  est  va- 
riée avec  assez  d'élégance  et  de  brio.  On  remarque  dans  le  finale 
quelques-unes  des  larges  et  puissantes  harmonies  de  Meyerbeer. 

Abondante  aussi  en  motifs,  mais  d'un  tout  autre  style  et  d'un  tout 
autre  caractère,  la  seconde  fantaisie  est  claire,  chantante  et  agréa- 
blement travaillée,  comme  tout  ce  que  fait  René  Favarger.  Le  chant 
arpégé  de  la  jolie  romance  de  ténor  rend  aussi  fidèlement  que 
peut  le  faire  le  piano  les  amoureuses  langueurs,  les  plaintes  élégia- 
ques  de  cette  fraîche  cantilène,  l'une  des  plus  touchantes  assurément 
qu'ait  écrites  M.  de  Flotow.  Comme  on  sait,  l'accompagnement  de 
cette  romance  est  ravissant,  et  l'enharmonie  même  y  est  employée 
avec  infiniment  de  goût. 

Toute  la  première  partie  de  ce  morceau  est  bien  traitée:  les  orne- 
ments ne  sont  dépourvus  ni  de  grâce  ni  de  finesse.  La  seconde  par- 
tie, le  rondo,  est  vive  et  spirituelle.  Ainsi  que  dans  la  partition,  tout 
cela  pétille  et  marche  si  lestement,  avec  une  si  franche  gaieté,  qu'on 
croirait  entendre  une  des  plus  délicates  pages  d'Auber. 

Adolphe  BOTTE. 


Un  journal  russe,  le  Fils  de  la  patrie,  publait  dernièrement  les 
considérations  suivantes,  qui  ne  nous  semblent  pas  sans  intérêt,  sur 
l'utilité  de  la  création  d'un  institut  spécialement  destiné  à  l'enseigne- 
ment de  la  musique  : 

«  Les  principales  capitales  de  l'Europe  possèdent  des  conservatoires  ; 
chez  nous,  c'est  seulement  cette  année  qu'un  institut  musical  doit  être 
ouvert  à  Varsovie.  Cet  événement  est  très-heureux;  mais  on  ne  peut 
s'empêcher  de  désirer  qu'un  institut  semblable  soit  créé  à  Pétersbourg, 
et  avec  le  temps  aussi  à  Moscou.  Beaucoup  de  projets  ont  été  faits,  mais 
pas  un  ne  s'est  réalisé 

»  Sans  parler  de  l'influence  morale  de  la  musique  en  fait  de  civili- 
sation, nous  voulons  prouver  le  bien  matériel  que  peut  faire,  la  propa- 
gation des  connaissances  musicales.  Outre  sa  portée  morale,  la  musique 
peut  devenir  pour  un  grand  nombre  de  personnes  un  vaste  champ  d'ac- 
tivité, et,  comme  travail  honnête  et  bien  rémunéré,  contribuer  au  bien- 
être  de  personnes  qui.  dominées  par  des  idées  de  naissance,  ne  peuvent 
se  décider  à  se  vouer  à  quelque  métier,  et  cherchent  une  occupation 
qui  puisse  leur  donner  le  droit  d'occuper  une  position  honorable  dans 
la  société 

h  Jusqu'à  présent  l'enseignement  de  la  musique  chez  nous  est  presque 
exclusivement  entre  les  mains  d'étrangers;  la  plupart  des  professeurs 
de  musique,  dans  les  maisons  particulières  aussi  bieu  que  dans  les  ins- 
tituts, sont  allemands;  un  maître  de  musique  russe  est  une  chose  rare, 
et  la  prévention  contre  les  talents  nationaux  est  encore  si  forte  parmi 
nous,  qu'on  a  honte  pour  ainsi  dire  d'avouer  que  son  fils  ou  sa  fille  reçoit 
des  leçons  d'un  Russe.  —  Une  pitoyable  mode  exige  absolument  que  le 
professeur  soit  étranger!  Ce  sont  les  étrangers  qui  recueillent  notre  ar- 
gent ;  souvent  le  même  individu  occupe  plusieurs  places,  se  fait  une 
fortune,  tandis  qu'un  Russe  de  talent  végète  inconnu  dans  la  pauvreté. 

»  Il  est  hors  de  doute  que  les  Russes  sont  richement  doués  de  capaci- 
tés musicales,  il  suffit  de  se  rappeler  les  orchestres  particuliers  ;  il  y  a 
aussi  beaucoup  de  belles  voix  parmi  nos  chantres.  Et  cependant  combien 
de  talents  avortent  en  Russie  uniquement  par  défaut  de  moyens  de  se 
développer  I  Un  conservatoire  aurait  abrité  tous  les  sujets  capables,  et, 
en  donnant  un  plein  développement  à  leurs  talents,  leur  aurait  en 
même  temps  fourni  les  moyens  d'existence  ;  alors  l'influence  de  l'élément 
étranger  s'effacerait  graduellement  d'elle-même.  Le  conservatoire  aurait 
pu  fournir  chaque  année  de  bons  professeurs  de  musique  qui  auraient 
enseigné  dans  les  maisons  particulières  et  dans  les  instituts  dans  leur 
langue  maternelle  et  auraient  ainsi  rendu  l'intelligence  de  l'art  plus  fa- 
cile; car  tout  le  monde  ne  sait  pas  le  français  ou  l'allemand,  et,  faute 


DE  PARIS. 


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de  savoir  ces  langues,  plus  d'un  est  obligé  de  renoncer  â  apprendre  la 
musique. 

»  Beaucoup  de  jeunes  gens  se  seraient  volontiers  voués  à  l'enseigne- 
ment de  la  musique  qui  leur  aurait  donné  des  droits  et  des  moyens 
d'existence.  L'augmenta'ion  du  nombre  des  maîtres  russes  aurait  eu 
pour  conséquence  le  développement  de  la  musique  nationale,  et  par 
suite  l'opéra  russe  aurait  acquis  de  l'indépendance,  de  l'originalité,  une 
réelle  et  solide  existence.  Aucun  étranger  ne  peut  former  un  chanteur 
véritablement  russe;  quelque  habile  qu'il  soit,  il  ne  peut  lui  inculquer  le 
caractère  national  que  toute  musique  nationale  possède,  et  particulière- 
ment la  musique  russe. 

»  Le  maestro  le  plus  savant  ne  pourra  comprendre  toutes  les  beautés, 
tout  le  style  de  la  V,e  pour  le  tzar,  du  Tombeau, a" Askold  ou  de  la  Naïade; 
comment  pourrait-il  les  faire  comprendre  au  chanteur?  Cependant  on 
rencontre  chez  nous  très-souvent  de  belles  voix,  qui,  après  avoir  reçu 
une  bonne  direction,  auraient  pu  concourir  à  l'ensemble  d'un  bel  opéra 
russe.  Souvent  on  entend  parler  de  l'apparition  d'un  remarquable  so- 
prano, ténor  ou  basse;  le  public  attend  avec  impatience  un  chanteur 
ou  une  cantatrice  russe,  mais  la  réalité  le  détrompe  bien  vite 

»  Passons  maintenant  à  nos  nombreux  orchestres.  Au  milieu  d'une 
centaine  d'étrangeis,  comme  une  rare  exception,  on  rencontre  dans 
quelque  coin  modeste  un  musicien  russe;  Ips  pupitres  sont  occupés  plu- 
tôt par  des  Allemands  et  des  Français  qui  reçoivent  de  bons  appointe- 
ments et  des  pensions;  ils  participent  à  tous  les  concerts,  donnent  des 
leçons,  et,  après  avoir  servi  le  nombre  d'années  voulu  pour  obtenir  une 
pension  ou  amassé  beaucoup  de  nos  roubles,  ils  s'en  vont  dans  leurs  pays 
passer  tranquillement  le  reste  de  leur  vie. 

»  Il  est  hors  de  doute,  réj  étons-le,  que  les  Russes  sont  doués  par 
la  nature  d'aptitudes  musicales  et  pourraient  composer  d'excellents 
orchestres.  En  général,  le  conservatoire  aurait  pu  fournir  chaque  année 
des  centaines  d'individus  utiles  qui  auraient  pu  assurer  leur  avenir; 
les  talents  nationaux  ne  périraient  plus  dans  l'obscurité  et  l'indigence, 
la  prévention  contre  les  nationaux  disparaîtrait,  et  avec  elle  passerait 
la  mode  des  étrangers.  » 


CORRESPONDANCE. 


Saint-Pétersbourg,  19  novembre  (1"  décembre)  1800. 

En  attendant  l'époque  fixée  pour  la  réouverture  des  théâtres  impé- 
riaux, la  direction  a  eu  l'heureuse  idée  de  donner,  dans  le  magnifique 
théâtre  Marie,  nouvellement  ouvert,  une  série  de  concerts  qui  attire  une 
foule  énorme.  Les  dames  y  sont  généralement  en  toilette  de  deuil.  Le  suc- 
cès a  été  général  et  éclatant.  Le  programme  du  concert  d'avant-hier  était 
surtout  remarquable,  et  il  a  été  splendidement  exécuté.  La  première  partie 
débutait  parl'ouvertureder.K(oï7e(iu  Aror<i,quiaproduitson  effet  ordinaire 
et  provoqué  un  tonnerre  d'applaudissements  ;  le  chœur  des  Vestales  ,  de 
Mercadante;  une  romance  russe  chantée  par  Tamherlick  ;  le  trio  de 
Béatrice  di  Tenda  ;  l'air  de  Mohtecchi  e  Capuleti  ;  une  fantaisie  sur  les 
motifs  de  Lestocq.  par  un  élève  de  Servais,  complétaient  cette  première 
partie.  La  deuxième  se  composait  de  l'ouverture  de  Martha,  parfaite- 
ment rendue  et  chaleureusement  applaudie  ;  de  l'urioso  de  Fidès,  du  Pro- 
phète; du  trio  des  Lombardi;  de  l'air  de  soprano  du  Freischulz;  du  boléro 
des  Vêpres  siciliennes,  chanté  avec  beaucoup  de  charme  et  de  talent  par 
la  Fioretti,  qui  a  été  rappelée  sept  ou  huit  fois;  du  finale  d'israam'etd'un 
solo  de  clarinette,  par  Cavallini.  Chacune  de  nos  cantatrices  aimées  et 
de  nos  chanteurs  favoris  a  retrouvé  dans  la  salle  du  théâtre  Marie  son 
succès  accoutumé,  et,  comme  toujours  aussi,  notre  célèbre  prima  donna 
Mme  Lagrua  a  été  l'objet  des  applaudissements  et  des  rappels  les  plus 
enthousiastes.  L'aWojo  du  Prophète  a  été  dit  par  Mme  Nantier  avec 
un  sentiment  exquis  chaleureusement  apprécié;  elle  a  dû  le  bisser. 
On  a  admiré  un  solo  de  violon,  par  Wieniawski.  —  La  semaine  prochaine 
aura  lieu  un  troisième  concert,  dont  la  composition  ne  sera  pas  moins 
brillante.  —  On  a  entendu  pour  la  première  fois  dans  une  de  ces  soirées 
l'un  des  trois  artistes  belges  engagés  récemment  pour  l'orchestre  par 
S.  Exe.  M.  Sabouroff.  —  11.  Golle,  élève  de  Blaes,.qui  a  laissé  de  brillants 
souvenirs  en  Russie,  et  qui  égale  aujourd'hui  son  maître,  s'est  de  suite 
fait  reconnaître  pour  un  clarinettiste  de  premier  ordre,  et  dans  une 
fantaisie  de  Bouder,  il  a  révélé  les  plus  remarquables  qualités.  —  Nous 
entendrons  incessamment  MM.  Charlet  et  Heymann,  la  flûte  et  le  cornet 
à  pistons,  dont  on  dit  également  le  plus  grand  bien.  —  La  réouverture 
du  théâtre  Italien  reste  fixée  au  H-ltx  décembre.  On  annonce  Poliutu,  la 
Aestale,  de  Mercadante  et  le  Pardon. 


POl.  ELLES. 

***  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  le  Papillon  a  été  représenté  lundi, 
mercredi  et  vendredi.  Ce  dernier  jour,  le  ballet  nouveau  était  précédé 
d'Iwan  IV,  cantate  récemment  couronnée  par  l'Académie  des  beaux- 
arts,  et  dont  les  paroles  sont  de  M.  Théodore  Anne  et  la  musique  de 
M.  Paladilhe  Certainement  le  jeune  compositeur  ne  méritait  pas  moins 
qu'un  autre  cet  honneur  obtenu  si  rarement,  qu'il  faut  remonter  jusqu'à 
vingt  années  pour  en  retrouver  un  exemple.  Du  reste,  nous  n'avons  ja- 
mais pensé  que  notre  grande  scène  lyrique  fût  favorable  à  l'exécution 
des  cantates,  même  en  costume,  et  notre  opinion  n'a  pas  changé,  malgré 
le  talent  des  trois  artistes,  Mlle  Amélie  Rey,  MM.  Michot  et  Cazaux. 

t**  Aujourd'hui  dimanche,  Sémiramis.  —  Demain  lundi,  le  Prophète. 

,%  Mercredi  prochain  aura  lieu  la  reprise  de  Guillaume  Tell.  Morelli, 
l'excellent  baryton,  qui  nous  avait  quittés  pour  les  théâtres  d'Amérique, 
rentrera  par  le  rôle  de  Guillaume,  le  meilleur  de  son  répertoire,  et 
Mlle  Carlotta  Marchisio  fera  son  second  début  dans  le  rôle  de  Mathilde. 
On  rétablit  pour  elle  une  scène  et  un  air  ordinairement  supprimés. 

+%  Très-prochainement  les  Huguenots,  avec  .Mme  Gueymard-Lauters 
dans  le  rôle  de  Valentine. 

*  Lundi  dernier,  S.  M.  l'Empereur  a  honoré  pour  la  seconde  fois  de 
sa*présence  la  représentation  du  Papillon.  Sa  Majesté  assistait  également 
mardi  au  spectacle  donné  par  l'Opéra-Comique. 

„*,  A  l'Opéra-Comique,  on  a  repris  les  répétitions  de  Barkouf,  inter- 
rompues par  l'indisposition  de  Aille  Saint-Urbain. 

*  Aujourd'hui  dimanche,  au  théâtre  Italien,  il  Matrimonio  segreto, 
chanté  par  Mmes  Penco,  Alboni,  Marie  Battu,  Gardoni,  Badiali  et  Zuc- 
chini.  En  outre,  on  entendra  la  grande  scène  avec  chœurs  du  Giura- 
mento,  chantée  par  Graziani . 

*  Le  théâtre  Lyrique  donnera  vendredi  prochain  la  première  repré- 
sentation des  Pécheurs  de  Catane,  drame  lyrique  en  trois  actes,  de 
M.  M.  Cormon  et  M.  Carré,  musique  de  M.  Aimé  Maillart.  L'administration 
n'a  rien  négligé  pour  augmenter  l'intérêt  qui  s'attache  à  l'apparition  d'une 
œuvre  nouvelle  de  l'auteur  des  Dragons  de  Villars.  On  parle  de  décors 
et  de  costumes  splendides.  Mais  outre  ce  luxe,  auquel  on  est  habitué  au 
théâtre  Lyrique,  la  première  représentation  des  Pécheurs  de  Catane  servira 
aux  débuts  de  5111e  Baretti  et  de  M.  Peschard,  deux  élèves  lauréats  du 
Conservatoire.  Les  représentations  des  Pêcheurs  de  Catane  alterneront 
avec  celles  du  Val  d'Andorre,  dont  les  recettes  se  maintiennent  au  chiffre 
le  plus  élevé. 

t%  Les  Dragons  de  Villars,  avec  paroles  allemandes  et  sous  le  titre  de 
la  Clochette  de  VErmite,  ont  obtenu  le  plus  brillant  succès  à  Berlin,  au 
théâtre  Frédéric-Guillaume.  La  musique  de  Maillart,  à  la  fois  si  gra- 
cieuse et  si  gaie,  a  charmé  le  nombreux  auditoire,  et  l'ouvrage  ne  tar- 
dera pas  à  être  joué  sur  les  principaux  théâtres  de  l'Allemagne. 

***  La  Schiller-Marsch  de  Meyerbeer,  arrangée  par  Liszt  en  morceau 
de  concert,  vient  de  paraître.  Ce  morceau,  grâce  au  nom  de  ses  au- 
teurs, ne  pourra  manquer  de  faire  son  chemin   dans  le  monde. 

„•„  Voici  le  programme  exact  du  concert  que  Joseph  Wieniawski 
donnera  le  mercredi,  13  décembre,  à  huit  heures  du  >oir,  dans  les  salons 
de  Pleyel-Wolff.— i)  Trio  (en  ré  mineur),  de  Mendelssohn, exécuté  par 
J.  Wieniawski,  Armingaud  et  Lée;  2)  a.  Valse  de  salon  ;  b.  Souvenir  de 
Lublin  (romance  variée],  par  Wieniawski  ;  c.  Étude  en  la  mineur,  par 
Chopin,  exécutée  par  Wieniawski;  3)  Air  d'Orphée,  de  Gluck,  chanté  par 
Mlle  de  la  Pommeraye;  4)  Grande  sonate  en  si  mineur  (inédite),  exécutée 
par  Joseph  Wieniawski  ;  5)  Hommage  à  Haendel,  duo  à  deux  pianos  par 
J.  Moschelès,  exécuté  par  Mme  Massart  et  J.  Wieniawski  ;  6)  a.  Lied  de 
B.  Schumann,  b.  C  Adieu  de  F.  Schubert,  chantés  par  M.  Richard 
Lindau;  7)  a.  Impromptu  (inédit),  6.  Pensée  fugitive,  c.  Grande  valse  de 
concert,  composés  et  exécutés  par  J.  Wieniawski  ;  8)  Air  de  la  coupe  de 
l'opéra  Uerculanum,  chanié  par  Mlle  de  la  Pommeraye  ;  9)  Barcarolle- 
caprice  (grand  morceau  de  concert),  composée  et  exécutée  par  J.  Wie- 
niawski. 

***  MmeT.Wartel  vient  de  donner  à  Londres  un  grand  concert  avec  le 
concours  de  MM.  Sainton,  Piatti  et  de  Mme  Sainton-Dolby.  Le  succès  de 
l'habile  pianiste  a  dépassé  ce  que,  sa  renommée  si  bien  établie  en  avait 
fait  concevoir.  Son  jeu,  doux  et  brillant,  unissant  l'expression  et  la  ten- 
dresse, l'énergie  et  le  goût,  a  enlevé  tous  les  suffrages. 

»%  M.  Ferdinand  Schœn,  dont  le  talent  de  pianiste  est  connu  et 
apprécié,  est  de  retour  de  son  voyage  artistique  dans  l'Ouest.  M.  Schœn 
se  fera  entendre  cet  hiver  en  public. 

„%  M.  le  major  général  de  Candia,  père  du  marquis  Mario  de  Candia, 
premier  ténor  du  théâtre  Italien  de  Paris,  vient  d'être  élevé  i  la  dignité 
de  commandant  général  de  la  division  militaire  de  Sardaigne. 

„*»  A.  Bessems  est  de  retour  de  ses  voyages  artistiques.  Plusieurs 
séances  de  musique  classique  ont  été  données  par  lui  à  Anvers,  et  cet 
artiste  a  obtenu  de  grands  succès.  On  a  exécuté  aussi  le  jour  de  la  Tous- 


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REVl'E  ET  GAZETTE  MUSICALE 


saint  a  la  cathédrale  une  belle  messe  de  sa  composition,  et  qui  a  impres- 
sionné vivement  les  amateurs  de  musique  religieuse. 

**,  Le  concert  du  Cercle  des  Beaux-Arts  de  Nantes  a  eu  lieu  vendredi 
dernier.  Hermann  et  Mme  Miolan-Carvalho  se  sont  partagé  les  applau- 
dissements d'un  public  d'élite.  Hermann  a  tiré  de  son  violon  les  accents 
les  plus  suaves,  et  son  brillant  répertoire  lui  a  valu  de  véritables  ovations. 
Le  succès  de  Mme  Miolan  a  été  des  plus  grands.  M.  Warnots  a  eu  aussi 
sa  part  de  bravos. 

***  Bibi-Bamban,  le  nouveau  quadrille  d'Arban,  ainsi  que  le  quadrille 
de  Strauss,  les  Valets  de  Gascoijne,  obtiennent  un  succès  de  vogue  dans  les 
salons  et  dans  les  bals. 

***  L'Art  musical,  nouveau  journal  de  musique,  sous  la  direction  de 
M.  Léon  Escudier,  a  paru  pour  la  première  l'ois  jeudi  dernier. 

**„  Dès  sa  séance  d'ouverture,  le  congrès  pour  la  restauration  du  plain- 
chant  et  do  la  musique  d'église  s'est  empressé  d'approuver  la  prorogation 
de  trois  mois  accordée  aux  maîtres  de  chapelle  et  organistes  français  et 
étrangers  pour  l'envoi  des  manuscrits  destinés  au  concours  de  composi- 
tion de  musique  religieuse  fondé  par  les  éditeurs  de  la  Maîtrise.  On  a 
également  adopté  la  modification  sollicitée  au  sujet  des  messes  et  motets, 
qui  pourront  être  écrits  indifféremment  à  trois  voix  égales  ou  non.  Voici' 
du  reste,  les  conditions  du  concours  qu'il  importe  de  faire  connaître 
dans  tous  ses  détails:  Messes  brèves  :  lCr  prix.  Une  médaille  en  or,  de  la 
valeur  de  300  fr.,  sera  attribuée  à  la  meilleure  messe  brève  comprenant 
un  Kyrie,  un  Gloria,  un  Credo,  un  Sanclus,  un  morceau  pour  l'élévation 
et  un  Agnus  Dei,  avec  orgue.  2e  prix.  Une  médaille  d'argent,  de  la  valeur 
de  150  fr.,  est  instituée  pour  le  même  objet.  Motets  et  chants  sur  des  textes 
approuvés  par  l'ordinaire:  l"  prix.  Une  médaille  en  or,  de  la  valeur  de 
200  fr.,sera  attribuée  au  meilleur  recueil  de  trois  morceaux,  soit  motets 
ou  pièces  chantantes  d'église,  applicables  aux  offices,  d'une  exécution 
facile,  d'une  bonne  accentuation  et  dans  un  diapason  restreint^  une,  deux 
ou  trois  voix).  2°  prix.  Une  médaille  en  argent,  de  la  valeur  de  luO  fr., 
pour  le  même  objet.  Pièces  d'orgue  :  i«  prix.  Une  médaille  en  or,  de  la 
valeur  de  200  fr.,  sera  attribuée  au  meilleur  recueil  de  trois  pièces 
d'orgue  applicables  aux  offices,  avec  ou  sans  pédale,  mais  d'une  exécu- 
tion facile,  et  pédale  ad  libitum.  2"  prix.  Une  médaille  en  argent,  de  la 
valeur  de  100  fr.,  pour  le  même  objet.  De  plus,  douze  médailles  en 
bronze,  d'une  valeur  totale  de  200  fr.,  seront  décernées,  ainsi  que  des 
mentions  honorables,  aux  morceaux  qui,  dans  leur  ordre  de  mérite,  vien- 
dront après  les  œuvres  couronnées.  Les  manuscrits  destinés  au  concours, 
tous  inédits,  devront  être  adressés,  du  1"  au  10  novembre  prochain,  à 
MM.  Heugel  et  C",  éditeurs  de  la  Maîtrise,  2  bis,  rue  Vivienne.  Les  mor- 
ceaux couronnés  et  ceux  mentionnés  seront  publiés  par  les  éditeurs  de 
la  Maîtrise,  qui  en  auront  de  droit  la  toute  propriété,  â  titre  gratuit,  pour 
la  France  et  l'étranger. 

»*„  Un  nouveau  journal  musical  vient  de  paraître  à  Florence  sous 
le  titre  de  VItalia  arlistica;  cette  feuille,  qui  en  est  à  son  huitième  nu- 
méro, s'annonce  sous  les  meilleurs  auspices. 

»%  Le  jeune  et  célèbre  violoniste  J.  Becker,  dont  nous  constations 
dimanche  dernier  les  succès  en  Angleterre,  vient  d'être  victime  d'un 
accident  bien  cruel.  Une  des  cordes  de  son  violon  s'est  brisée  au  mo- 
ment où  il  la  regardait  et  l'a  atteint  à  l'œil  droit,  qui  se  trouve  désor- 
mais presque  perdu.  Ce  malheur  est  d'autant  plus  déplorable,  qu'il  ar- 
rête l'artiste  au  début  d'une  tournée  artistique  des  plus  brillante.  C'est 
à  Leamington  que  J.  Becker  a  été  si  douloureusement  frappé. 

„*„.  Le  plus  célèbre  des  journalistes  de  Berlin,  Louis  Rellstab,  a  suc- 
combé dans  la  nuit  du  27  au  28  novembre.  La  veille,  il  avait  assisté  à 
une  représentation  de  l'Opéra,  et  le  lendemain,  il  fut  trouvé  mort  dans 
son  lit.  Rellstab  était  né,  le  13  avril  1799,  à  Berlin,  où  son  père  était 
éditeur  de  musique  et  plus  tard  libraire.  Après  avoir  terminé  ses  études 
classiques,  Rellstab  entra,  en  1815,  au  service,  qu'il  quitta  en  1821  avec 
le  grade  de  lieutenant.  En  1827,  il  fut  attaché  à  la  rédaction  de  la  Gazelli 
de  Voss,  où  il  écrivait  les  articles  concernant  la  musique.  11  fut  aussi  l'un 
des  collaborateurs  de  la  Revue  et  Gazelle  musicale  de  Paris.  Nos  lecteurs 
n'ont  sans  doute  pas  oublié  ses  dernières  correspondances,  qui  se  distin- 
guaient par  l'élégance  poétique  d'un  style  rempli  d'images.  Dans  le 
nombre  de  ses  œuvres  étrangères  à  la  critique,  il  faut  citer  le  libretto 
du  Camp  de  Silésie,  dont  Meyerbeer  a  écrit  la  partition.  Un  nombreux  cor- 
tège accompagnait  ses  restes  mortels  ;  on  y  remarquait  Meyerbeer, 
M.  de  Ilulsen,  intendant  général  des  théâtres;  le  conseiller  aulique 
Schneider,  et  une  foule  d'artistes  des  divers  théâtres,  des  journa- 
listes, etc.  Des  chanteurs  de. l'Opéra  exécutèrent  divers  morceaux  devant 
le  cercueil,  avant  la  levée  du  corps.  Après  l'oraison  funèbre,  qui  fut 
prononcée  par  le  prédicateur  Stahn,  le  cortège  se  mit  en  marche,  pré- 
cédé de  la  sonnerie  des  cuirassiers  et  des  dragons  de  la  garde. 


CHRONIQUE   DÉPARTEMENTALE. 


*%  Dunkerque,  3  décembre.  —  La  première  représentation  du  ?ardon 
de  l' loermela.ua  lieu  hier  avec  un  plein  succès.  Les  trois  rôles  principaux 


étaient  remplis  par  Mlle  Clara  Voizel  (Diuorah),  MM.  Duchaumont  (Co- 
rentin),  Jorris  (Hoel).  M.  Vert  chantait  celui  du  chasseur,  M.Genincelui 
du  faucheur  et  Mme  Duchaumont  celui  d'un  des  pâtres.  Les  chœurs  de 
l'ouverture  étaient  dits  par  soixante-dix  chanteurs ,  parmi  lesquels  les 
élèves  des  cours  de  musique  vocale,  fondés  par  l'Orphéon,  étaient  en 
majorité.  L'orchestre,  sous  la  direction  de  M.  Ulrich  Paris,  a  parfaite- 
ment interprété  l'œuvre  magistrale.  —  Dans  le  neuvième  concert  donné 
par  l'Orphéon  et  dirigé  par  M.  Manotte,  on  a  exécuté  1°  la  Saint-Hubert 
de  Laurent  de  Rillé;  2°  V Aurore  de  Camille  Devos;  3°  Sérénade  de  Saintis 
et  4°  Valse  des  Etudiants.  —  Pour  la  Sainte-Cécile  ,  l'Orphéon  a  chanté 
une  messe  solennelle  de  Laurent  de  Rillé,  laquelle  a  obtenu  les  suffrages 
de  tous  les  amateurs  de  belle  et  bonne  musique  religieuse. 

*%  Nantes.  —  Plusieurs  représentations  du  Pardon  de  Ploermel  ont 
consolidé  le  succès  de  sa  reprise  au  théâtre  Graslin.  A  côté  de  la  mise 
en  scène  splendide  qui  a  valu  l'an  dernier  à  M.  Solié  une  lettre  de  fé- 
licitation  de  l'illustre  maestro,  on  a  pu  constater  une  interprétation  ex- 
cellente. Le  rôle  de  Diuorah  est  parfaitement  approprié  aux  moyens  de 
Mme  Raynaud,  dont  le  talent  gracieux  a  soulevé  d'enthousiastes  applau- 
dissements. 

»%  Bordeaux.  —  Mme  Borghèse  a  continué  avec  beaucoup  de  succès 
ses  débuts  dans  le  Prophète,  en  compagnie  de  M.  Chenest,  qui  a  été 
admis  malgré  une  assez  forte  opposition.  —  M.  Colomyès  est  toujours 
très-applaudi  dans  Martha. 

**„  Nîmes.  —  Le  Pardon  de  Ploermel,  monté  avec  beaucoup  de  soin, 
vient  d'être  joué  pour  la  première  fois.  L'interprétation,  comme  en- 
semble, a  peu  laissé  à  désirer.  Mme  Erambert  et  M.  Martin  se  sont  sur- 
passés dans  les  rôles  de  Dinorah  et  de  Hoël.  Les  couplets  du  chasseur 
ont  valu  une  véritable  ovation  à  M.  Dussargues.  L'œuvre  de  Meyerbeer  a 
été  accueillie  avec  une  extrême  faveur. 

***  Strasbourg.  —  La  seconde  séance  de  la  Société  de  musique  de 
chambre,  qui  a  eu  lieu  dimanche  dernier,  a  été,  sous  tous  les  rapports, 
remarquable,  et  même  brillante.  MM.  SchwaDderlê,  Mayerhofer,  Weber 
et  Oudshoorn,  ont  commencé  la  séance  par  le  quatuor  en  ut  majeur  de 
Mozart.  Les  trois  parties  de  ce  beau  morceau,  l'allégro,  Vandante  et  le  finale, 
ont  été  également  goûtées  par  tous  les  amateurs  de  musique  classique,  qui 
s'étaient  donné  rendez-vous  dans  la  salle  de  la  mairie.  La  Volière,  quin- 
tette imitatif  deBoccherini,  a  été  exécutée  par  les  mêmes  artistes  d'élite, 
auxquels  était  venu  se  joindre  un  autre  artiste  de  mérite,  M.  Schunké. 
Ce  morceau,  d'une  composition  naïve  et  originale,  a  généralement  plu; 
on  a  surtout  admiré,  dans  la  partie  :  les  Pâtres  et  les  Chasseurs,  un  très- 
bel  effet  de  cors  de  chasse.  Il  faut  des  violoncellistes  de  la  force  de 
MM.  Oudshoorn  et  Schunké  pour  imiter  ainsi  le  cor.  Le  troisième  mor- 
ceau a  surpassé  l'attente  générale.  C'était  le  cinquième  concerto  en  mi 
bémol  majeur,  de  Beethoven,  pour  le  piano,  exécuté  par  Aille  Wacken- 
thaler  avec  accompagnement  d'orchestre,;  nous  devons  dire  que  cette 
pianiste  excellente  s'est  fait  admirer  autant  par  le  talent  avec  lequel 
elle  a  su  triompher  des  difficultés  les  plus  grandes  que  par  l'expression 
qu'elle  a  mise  dans  son  jeu.  Ajoutons  qu'elle  a  été  parfaitement  secon- 
dée par  les  artistes  de  l'orchestre  du  théâtre,  sous  l'habile  direction  de 
M.  llasselmans.  Cette  intéressante  séance  musicale  s'est  terminée  par  le 
quatuor  eii  la  mineur,  de  II.  Schumann,  exécuté  par  les  quatre  artistes, 
si  sympathiques  au  public,  qui  jouent  ordinairement  les  quatuors. 

**„,  Nice.  —  Une  riche  société  française,  anglaise  et  russe  s'est  donné 
rendez-vous  ici  pour  l'hiver.  Les  bals  et  les  concerts  promettent  d'être 
brillants,  et  notre  théâtre  impérial  italien  jouit  déjà  d'une  vogue  féconde 
en  recettes,  grâce  à  l'intelligente  activité  du  nouveau  directeur,  M.  Avette. 
Dans  la  Favorite  et  le  Trovatore,  Mmes  Sauchioli,  Berini,  ainsi  que  Pozzo, 
Rossi  et  Binzeghi  ont  été  souvent  rappelés.  Viceutini,  le  ténor  applaudi 
à,  la  Scala,  a  été  engagé  pour  chanter  dans  la  Traviata  et  Rigoletlo.  Il  y 
a  obtenu  un  succès  d'enthousiasme,  ainsi  que  Mme  Berini. 


CHRONIQUE    ETRANGERE. 


**„  Berlin.  —  Dans  son  répertoire  de  la  semaine  ,  l'Opéra  de  la  cour 
nous  a  offert  deux  des  plus  belles  productions  de  l'école  allemande  :  la 
Flûte  enchantée  et  les  Huguenots;  ces  immortels  chefs-d'œuvre  ont  alterné 
avec  le  Barbier  de  kèville  ,  Sèmiramis  et  Mathilde  de  Shabran ,  dont  la 
première  représentation  a  eu  lieu  le  1"'  décembre.  Le  théâtre  Victoria 
a  donné  :  Norma,  Lucia  et  Rigoletlo.  Parmi  les  innombrables  concerts, 
nous  remarquons  la  première  soirée  de  M.  de  Bulow  qui  y  a  joué  :  ber- 
ceuse, de  Chopin;  étude  de  Schumann;  Meyerbeer,  schiller-Marsch, 
arrangée  pour  piano,  par  Liszt. 

**„  La  Haye.  —  La  reprise  du  Prophète  a  eu  lieu  le  2û  novembre. 
Mlle  Anaïs  Pradal  a  chanté  par  complaisance  le  rôle  de  Fidès,  et  malgré 
toutes  les  difficultés  d'un  rôle  tout  à  fait  en  dehors  de  son  emploi  et  de 
ses  moyens,  la  jeuue  cantatrice  a  été  très  applaudie.  En  général,  le  Pro- 
phète a  été  bien  chanté  et  a  obtenu  un  très-grand  succès. 


DE  PARIS. 


427 


***  Dresde.  —  Faust,  opéra  de  Spohr,  a  reçu  un  brillant  accueil.  Les 
honneurs  de  la  soirée  ont  été  partagés  entre  Mme  Burde-Ney  (Ciené- 
gonde),  et  M.  Tichatscheck  (comte  Hugo). 

***  Leipsig.  —  Au  concert  qui  a  eu  lieu  dans  la  salle  du  Geivandhaus 
au  profit  du  fonds  de  pension  pour  les  artistes  de  l'orchestre,  on  a  en- 
tendu deux  compositions  inédites  :  sérénade  de  Brahms  et  un  concerto 
de  Joaehim ,  où  il  y  a  de  la  verve,  de  l'invention  ,  mais  qu'on  a  trouvé 
trop  long  et  un  peu  trop  hongrois. 

t%  Vienne.  —  L'association  des  écrivains  et  journalistes,  Concordia, 
doit  donner  au  Carthealer  un  concert,  où  avec  l'autorisation  de  Meyer- 
beer,  membre  honoraire,  seront  exécutés  des  fragments  du  Pardon  de 
Ploermel,  dont  la  première  représentation  se  fait  attendre  trop  longtemps 
au  gré  des  admirateurs  du  maestro.  On  y  entendra ,  entre  autres,  l'ou- 
verture et  l'air  célèbre  de  l'Ombre,  chanté  par  Mlle  Brenner,  la  prima 
donna  du  théâtre  de  Prague.  —  Hellmesberger  et  ses  collègues  ont  re- 
pris leurs  soirées  de  quatuors,  qui  sont  toujours  en  grande  faveur. 

t*t  Stockholm.  —  Herrmann  Bérens  vient  d'être  nommé  chef  d'orches- 
tre du  second  théâtre,  à  la  suite  du  succès  que  ses  opéras  avaient  ob- 
tenu dans  notre  capitale.  Ces  opéras  sont  :  violeita,  le  Sunge  d'une  nuit 
a"élé,  opérette  en  deux  actes,  qui  a  été  jouée  vingt  fois  de  suite,  et  Lully 
et  Quinault. 

t*i  Rome.  —  Malgré  le  succès  croissant  de  Gianni  di  Nisida,  du  maes- 
tro Pacini,  on  a  donné  au  théâtre  Appollo  un  autre  nouvel  opéra  inti- 
tulé Stefanias,  qui  a  révélé  le  talent  musical  du  ieune  maestro  Raffaele 
Gentili.  Le  Pirate  résume  ainsi  les  qualités  de  l'œuvre  nouvelle:  «Mélodies 


faciles  et  belles,  conception  neuve,  instrumentation  cl?ire,  harmonieuse 
et  brillante.»—  Un  nouveau  ballet  de  Rota  a  été  donné  au  théâtre  A  polio. 
Le  sujet  d'il  Genio  Anarack,  est  assez  bizarre  pour  mériter  une  men- 
tion. La  scène  se  passe  au  pays  des  esprits,  et  l'un  des  actes  représente 
le  cabinet  d'un  correspondant  dramatique.  Anarack  ,  chef  des  esprits 
follets,  veut  introduire  dos  innovations  dans  les  spectacles  et  surtout 
dans  les  ballets  ;  à  cet  effet,  il  envoie  sur  terre  deux  de  ses  agents  pour 
engager  un  maître  de  ballets.  Les  deux  follets  amènent  bientôt  Bo- 
rioso,  qui  se  hâte  de  mettre  en  scène  un  ballet  déclaré  à  l'avance  des 
plus  originaux.  Or  le  ballet  de  Borioso  n'est  autre  qu'un  ballet  de  Rota, 
et  le  plagiaire  est  condamné  à  passer  sa  vie  dans  un  antre,  où  un  mi- 
roir lui  représentera  sans  cesse  les  ballets  de  Rota  qu'il  a  voulu  faire 
passer  pour  les  siens. 

Florence.  —  Le  bénéfice  de  Vincenzo  Sarti,  le  ténor  toujours  applaudi, 
a  eu  lieu  avec  la  seizième  représentation  du  Prophète;  le  chef-d'œuvre 
de  G.  Meyerbeer  a  été  reçu  comme  d'ordinaire  par  des  acclamations  et 
des  applaudissements  unanimes. 


MAISON    H.    HERZ    planos^S)  -rue-. de  la 

Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
e  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta 
ble.  Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  pian 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 


>.  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

«  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivit  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  te  premier 
rang  du  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


%(MV1  FTA  facteur  de  Pianos.  —  Médaille 
UUIUI  JUillU  d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  V  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à  toutes  les 
Impositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
'aisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  son.  —  SSagasi», 
rue  Moiititias-trc,  161. 


paix  ACCOUDÉ  a  l'unanimité  a  l'exposition 

UNIVERSELLE    DE    LONDHES   1851. 

Fournisseur  des  Ministères  de  la 
Guerre  et  de  la   IVDariue  «le  France. 

Seuls    agents    a    Londres 

CHAPPELL  &  HAMOND,  S"  DE  JDLLIEN  ACe 

214  ,   Régent    Street. 


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iNSTRUSVIENTS    DE    MUSIQUE    EN    CUIVRE 

ANTOINE  COURTOIS 

88,   rue  tlea  Marais-  Saint  -  Martin,   88 

Ci-devant  rue  du  Caire,  21. 


MEDAILLE    D'AKCENT    DE   V    CLASSE 
A     L'EXPOSITION     UNIVERSELLE    DE    PARIS    1855. 

Facteur   du    Conservatoire   et  «le 
i'.&eadémic  impériale  de  Paris. 

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Perspect.  Newsky,  maison  de  l'église  St-Pierre. 


La  maison  ANTOINE  COURTOIS  ayant  agrandi  ses  ateliers,  est  en  mesure  de  satisfaire  à  toutes  les  demandes  qui  pourront  lui  être 
adressées  ;  elle  garantit  réellement  à  sa  clientèle  des  instruments  irréprochables  sous  tous  les  rapports. 


lrL'  médaille  cr'or 

Exposition  nationale  française  de  1849. 

DÉCORATION  DE  LA  LÉGION  D  HONNEUR 
Exposition  de  1849. 


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S rt  médaille 
Exposition  nationale  belge  de  1841. 

DÉCORATION    DE    LA    COURONNE    DE    CHÊNE 
de  Hollande  (1S45). 


lrc  médaille  d'argent 

Exposition  nationale  française  de  1844 


Grande  médaille  d'or 

du  Mérite  de  Prusse  (1846). 

-°-§><5<- 


Facteur  de  la  Maison  militaire  de  l'Empereur. 

RUE    SAINT -GEORGES,     50 

Seule  grande  médaille  d'honneur   à  l'Exposition  universelle  de  Paris  (8  855).   —  Seule  grande   médaille 

(Council  ItBeiiisl)  à  l'Exposition  universelle  de  Eondres  (.1851)'. 

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Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  IW5W. 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  IS5%. 


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B  ASSON-SAX  (en  cuivre  et  en  bois) . 
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ou  cylindres,  les  mômes  forme  Saxo-Tromba. 
Clairons,  Trompettes  d'ordonnance,   Flûtes,  Clarinettes,  Bassons, 
Caisses  roulantes,  Grosses  Caisses,  Tambours,  Timbales ,  Cym- 
bales, etc.,  etc. 


428 


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Jé«as  portait  sa  croix Romance. 

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Ou  courez-vous? Rêverie. 

Jean  qui  pleure  et  S e:oc»  qui  rît Historiette. 

Le  Nid  dans  les  Mes Romance. 

Dieu  et  Patrie Romance. 

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Dessins -titres  par  Barbizet.  —  Richement  relié. —  Pria:  nit  :  15  fr. 

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2.  lie  Fifre  du  régiment,  fantaisie-polka 5  » 

3 .  Blondette,  mélodie-valse 6  ■> 

4 .  Dans  la  prairie,  scherzo . .  • 5  a 

5 .  fc.es  Hirondelles  au  retour,  nocturne 5  « 

G .  En  avant,  marc  lie  !  grand  galop 6  » 

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3.  I.es  Rosières,  quadrille Musard. 

4.  Le  Docteur  Hlirobolan,  quadrille Arban. 

5 .  Polka  des  Riflemen ■ Lucien  Dumontet. 

C .  Coquelicot,  quadrille Olivier  Métra. 


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RÉPERTOIRE    DE  MUSIQUE  CLASSIQUE  DE  PIANO 


DEUX   BEAUX   POBTRAITS 


IEETHOVEN 


Photographiés    d'après   des  gravures   du 
temps ,  par  Petit  et  Trinquart. 


FORMAT   DIT 

Captes  de  vïsïSc. 


MUSIQUE  DE  CHANT  : 
SIX 

NOUVELLES  MELODIES 

Avec  accompagnement  de  Pianc^ 
Paroles  de 

VICTOR  BDGO,  TE.  GAUTIER  ET  S.  NOËLLE 

Musique  de 


LÛ'J  as 


(2e  série  de  ses  mélodies) 
Formant  un  Album  «le  chant,  format  in-&" 


Lès  à  présent,  ces  Primes  sont  remises  aux  anciens  abonnés  qui  renouvellent  leur  abonnement 
et  aux  personnes  qui  en  prennent  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —Voyage  de  Spohr  à  Milan,  par  ef.  Dnesber^.  —  Revue  criti- 
que, par  Adolphe  Kotte.  —  Correspondances:  Saint-Pétersbourg.  — 
Revue  des  théâtres,  par  I».  A.  !ï.  Saiiit-T&'ïes.  —  Nouvelles  et  annonces. 


VOYAGE  DE  SPOHR  A  MILAN  (". 

Un  mercredi,  5  septembre,  fut  le  jour  fortuné  où  s'accomplit  un 
de  mes  vœux  les  plus  chers  et  que  je  nourrissais  dès  mon  enfance, 
je  vis  enfin  le  pays  où  «  fleurit  le  citronnier  ;  »  nous  avions  à  peine 
dépassé  les  frontières  de  la  Lombardie,  que  déjà  nous  nous  trouvions 
en  plein  sud  ;  c'étaient  des  forêts  de  châtaigniers,  puis  des  ligues  et 
des  amandes  dans  les  jardins  ;  de  gracieux  festons  de  vigne  s'élan- 
çant  d'arbre  en  arbre,  et  auxquels  étaient  suspendus  des  raisins  ma- 
gnifiques. La  chaleur  allait  en  augmentant  à  chaque  pas  et  finit  par 
devenir  incommode  ;  à  midi  nous  atteignîmes  Domo  d'Ossola,  jolie 

(1)  Autobiographie  de  Spohr.  (Voir  le  n°  h&.) 


petite  ville.  A  l'hôtel  du  Cupeïlo  Yerde  nous  eûmes  ira  premier  dé- 
bat avec  l'hospitalité  italienne;  ce  nous  fut  un  avertissement  de 
discuter  à  l'avenir  les  prix  avec  les  aubergistes.  Après  dîner  nous 
poursuivîmes  notre  route  jusqu'à  Lareno,  situé  tout  au  bord  du  lac 
Majeur,  en  face  de  ces  îles  célèbres  Isola  Madré  et  Isola  Bella,  que 
nous  visitâmes  le  lendemain.  A  Isola  Bella  l'on  nous  fit  voir,  entre 
autres  curiosités,  le  chiffre  de  Napoléon,  que  le  premier  consul  avait 
tracé  sur  l'écorce  d'un  laurier  peu  de  temps  avant  la  bataille  de  Ma- 
rengo.  L'embarcation  qui  nous  avait  transportés  à  Isola  Bella  nous 
conduisit  à  Sesto  Calende,  à  l'extrémité  du  lac.  Le  lendemain,  7  sep- 
tembre, nous  partîmes  avec  un  vetlurino  pour  Milan,  où  nous  descen- 
dîmes à  la  pension  suisse,  dont  on  nous  avait  vanté  la  propreté  tout 
allemande. 

Milan,  9  septembre.  —  Le  soir  nous  fûmes  à  la  Scala  ;  on  donnait 
la  Statue  de  bronze,  opéra  seun-seria  de  Solliva,  jeune  compositeur, 
ancien  élève  du  Conservatoire  de  cette  ville.  A.  notre  entrée,  la  gran- 
deur et  la  beauté  de  la  salle  nous  frappèrent  :  avec  ses  six  rangs  de  loges 
et  un  parterre  très-vaste,  elle  ne  peut  contenir  que  trois  mille  spec- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


lateurs  ;  cela  tient  aux  dimensions  des  places,  qui  sont  très-spacieu- 
ses. Le  prix  d'entrée  est  le  môme  pour  toutes  les  parties  de  la  salle  : 
on  paie  2  lire  de  Milan.  L'orchestre,  quoique  très-nombreux,  vingt- 
quatre  violons,  huit  contre-basses,  autant  de  violoncelles,  les  cuivres 
ordinaires,  etc.,  ne  suffit  pas  à  remplir  la  salle.  L'exécution  surpassa 
mon  attente  :  elle  était  précise ,  correcte  et  calme  avec  beaucoup 
d'énergie.  M.  Rolla,  dont  les  compositions  sont  connues  même  à  l'é- 
tranger, tenait  le  premier  \iolon  et  dirigeait.  On  ne  dirige  ni  au  piano, 
ni  avec  la  battuta  ;  le  souffleur,  qui  a  la  partition  sous  les  yeux,  souille 
les  paroles  aux  chanteurs,  et  au  besoin  donne  la  mesure  aux  choristes. 
La  musique  de  la  Statue  de  bronze  se  rapproche  du  style  allemand  ; 
le  jeune  auteur  a  évidemment  choisi  ses  modèles  plutôt  parmi  nos 
maîtres  que  parmi  ses  compatriotes,  et  a  de  préférence  étudié  Mozart. 
Dans  sa  partition,  l'orchestre  ne  joue  point  un  rôle  subordonné,  comme 
d'ordinaire  dans  les  opéras  italiens;  au  contraire,  l'instrumentation  en 
est  travaillée  avec  soin,  souvent  même  elle  couvre  le  chant  :  aussi  a-t- 
on lieu  de  s'étonner  que  l'ouvrage  de  M.  Sol'va  ait  reçu  un  accueil  si 
favorable,  ce  genre  d'opéra  n'étant  pas  en  général  fort  goûté  dans  ce 
pays-ci.  A  la  vérité,  ce  ne  sont  ni  les  morceaux  d'ensemble,  ni  les 
finales  qui  ont  décidé  le  succès  de  la  pièce,  mais  bien  quelques  canta- 
bile  assez  insignifiants,  que  les  chanteurs  firent  valoir  par  une  fort 
bonne  exécution.  C'est  à  ces  cantabile  seuls  qu'on  prêtait  quelque 
attention.  Pendant  l'énergique  ouverture  et  plusieurs  récitatifs  accom- 
pagnés avec  beaucoup  d'expression,  il  y  avait  un  tel  vacarme  dans  la 
salle,  qu'on  entendait  à  peine  la  musique.  Dans  la  plupart  des  loges 
on  jouait  aux  cartes ,  et  dans  toute  la  salle  on  conversait  à  voix 
haute.  Je  ne  peux  me  figurer  de  tâche  plus  ingrate  que  d'écrire  pour 
un  tel  public,  et  l'on  a  lieu  de  s'étonner  qu'il  y  ail  de  bons  composi- 
teurs qui  consentent  à  s'en  charger.  Après  le  premier  acte,  on  donna 
un  ballet  qui  dura  près  d'une  heure,  de  sorte  que,  quand  il  fut  fini,  on 
avait  totalement  oublié  le  commencement  de  l'opéra.  Après  le  second 
acte,  il  y  eut  un  ballet  comique,  dont  la  durée  fut  à  peu  près  la  même; 
ce  spectacle,  qui  avait  commencé  à  8  heures,  ne  se  termina  qu'à  mi- 
nuit. Quelle  rude  besogne  pour  les  pauvres  musiciens! 

14  septembre. —  Hier  au  soir,  nous  assistâmes  à  un  concert  que 
donnait  un  professore  di  oboe,  Ferlendis,  de  Venise.  Il  nous  fit  en- 
tendre une  œuvre  de  sa  façon  :  le  jeu  de  l'artiste  et  son  œuvre 
étaient  également  mauvais.  En  Allemagne,  on  l'aurait  immanquable- 
ment sifflé  ;  ici,  quelques  billets  donnés  applaudirent  timidement. 
Dans  la  deuxième  partie,  Luigi  Belotti  joua  un  concerto  sur  le  cor  ; 
la  composition  ne  s'élevait  guère  au-dessus  du  médiocre  ;  l'exécution, 
par  contre,  était  des  plus  remarquables.  Belotti  a  un  son  d'une  beauté 
merveilleuse,  beaucoup  d'agilité  et  un  goût  très -pur.  De  peur  que 
l'horrible  hautbois  n'effaçât  cette  bonne  impression,  nous  renonçâmes 
au  reste  du  concert. 

10  septembre. —  Une  preuve  de  plus  que  les  Italiens  sont  une 
nation  essentiellement  musicale,  c'est  que  les  mendiants  ne  deman- 
dent jamais  l'aumône  autrement  qu'en  chantant  et  en  jouant  d'un 
instrument.  On  les  voit  par  troupes,  de  quatre  à  cinq  qui  font  une 
musique  passable  le  soir,  devant  les  cafés  ;  d'ordinaire,  ils  sont  ac- 
compagnés d'une  femme  magnifiquement  accoutrée,  qui  fait  la  quête. 
Ou  bien,  ce  sont  trois  chanteurs,  qui,  avec  accompagnement  de  gui- 
tares, exécutent  d'une  manière  très-satisfaisante  des  morceaux  à  trois 
voix  ou  des  canons  très-courts  ;  d'autres  s'aventurent  tout  seuls,  des 
violonistes,  joueurs  de  flûte  ou  chanteurs  aveugles  ;  même  des  mar- 
chands ambulants  offrent  leurs  marchandises  en  chantant. 

A  midi,  nous  avons  assisté  à  un  concert  donné  par  la  Sociela  del 
rjiardino.  Les  daines  Marcolini  et  Fabri  chantèrent  un  duo  de  Rossini. 
La  Marcolini  jouit  d'une  grande  réputation  eu  Italie  ;  elle  a  un  bel 
organe  et  beaucoup  de  prestesse  :  par  malheur  elle  chante  trop  bas. 
La  signora  Fabri  est  la  prima  donna  du  grand  théâtre  ;  ses  notes  éle- 
vées sont  magnifiques.  Quant  à  la  voix  et  au  talent,  les  deux  canta- 
trices sont  sur  la  même  ligne  ;  toutefois,  ici  encore,  le  soprano  l'emporte 


sur  le  contralto.  Dans  la  seconde  partie,  on  chanta  un  duo  de  Pacini, 
une  cavatine  de  Bonfichi  et  un  rondo  de  Paër  :  même  ton,  avec  des 
fioritures  qu'on  a  entendues  mille  fois  Presque  toutes  ces  composi- 
tions étaient  également  fades  et  sans  liaison  intime  ;  le  chant  était 
souvent  troublé  ou  couvert  par  les  dessins  insignifiants  des  instru- 
ments. 

22  septembre.  —  J'ai  passé  aujourd'hui  quelques  instants  à  une 
espèce  de  concert  d'étude  ;  des  amateurs  y  exécutent,  sous  la  direc- 
tion de  Rolla,  des  symphonies,  particulièrement  celles  des  com- 
positeurs allemands.  Les  instruments  à  cordes  sont  tenus  par  des 
dileltanti  ;  les  cuivres  sont  ceux  de  la  Scala.  On  venait  de  jouer  la 
symphonie  en  ré  majeur  de  Mozart,  et  plusieurs  ouvertures  de  maîtres 
italiens,  et  l'on  répétait  en  ce  moment  une  des  grandes  symphonies 
de  Haydn.  L'exécution  était  assez  exacte,  à  la  vérité,  mais  sans  forte 
ni  piano,  et  en  général  assez  grossière.  Cela  n'empêche  pas  que  cet 
établissement,  le  seul  de  cette  espèce  en  Italie,  ne  mérite  les  plus 
grands  éloges  ;  il  offre  aux  amateurs  milanais  l'occasion  de  connaître 
nos  admirables  compositions  instrumentales.  Si  je  ne  me  trompe,  ces 
réunions  ont  lieu  dans  les  salons  d'un  M.  Motto,  qui  possède,  dit-on, 
une  belle  collection  de  fort  bons  violons.  En  général,  il  y  a  ici 
d'excellents  instruments.  Un  M.  Caroli  possède  deux  stradivarius;  Rolla 
en  a  un  d'une  grande  beauté.  Dans  la  nombreuse  colleclion  du 
comte  Gozio  de  Solence  se  trouvent,  entre  autres  violons  (de  Amati, 
Guarneri  et  Guardagnini),  quatre  stradivarius,  dont  on  n'a  jamais  joué, 
et  qui,  quoique  très-anciens,  ont  l'air  de  sortir  de  l'atelier  du  cons- 
tructeur :  deux  de  ces  violons  sont  de  1773;  l'artiste  avait  quatre- 
vingt-treize  ans.  A  la  simple  inspection  de  ces  violons,  on  voit  qu'ils 
ont  été  construits  par  des  mains  tremblantes  ;  les  deux  autres  sont  du 
meilleur  temps  de  Stradivarius,  de  1743  à  1744  ;  le  son  en  est  fort 
et  plein,  mais  avec  cela  neuf  et  sonnant  le  bois  :  pour  devenir 
excellents,  il  faut  qu'ils  aient  été  pratiqués  pendant  dix  ans  au 
moins. 

28  septembre.  —  Hier  soir,  notre  concert  a  eu  lieu  à  la  Scala.  Les 
artistes  de  l'orchestre  restèrent  à  leur  place  habituelle;  la  cantatrice, 
Dorette  (la  femme  de  Spohr)  et  moi,  nous  nous  établîmes  entre 
l'orchestre  et  la  toile,  qui  resta  baissée.  Quoique  d'une  sonorité  avanta- 
geuse, la  salle,  à  cause  de  ses  vastes  proportions ,  exige  une  grande 
force  de  son  et  un  jeu  large  et  simple.  En  outre,  il  n'est  pas  facile  de 
faire  agréer  un  violon,  là  où  l'on  n'est  habitué  qu'à  entendre  des 
voix.  Cette  considération  et  l'incertitude  au  sujet  de  l'effet  que  mes 
compositions  et  mon  jeu  feraient  sur  les  Italiens,  me  rendirent  quelque 
peu  timide  à  mon  début,  dans  un  pays  où  l'on  ne  me  connaissait  pas 
encore;  mais  comme  dès  les  premières  mesures  je  m'aperçus  que  mon 
jeu  était  goûté,  cette  timidité  ne  tarda  pas  à  se  dissiper,  et  je  jouai 
dès  lors  sans  la  moindre  préoccupation.  Aussi  eus-je  la  joie  de  me 
convaincre  que  dans  mon  dernier  concerto  que  j'avais  écrit  en  Suisse, 
en  forme  d'une  scène  de  chant,  j'étais  tout  à  fait  entré  dans  le  goût 
italien,  et  qu'en  particulier  les  morceaux  de  chant  étaient  accueillis 
avec  enthousiasme.  Si  agréables  et  encourageantes  que  puissent  être 
ces  acclamations  bruyantes  pour  le  virtuose,  elles  n'en  sont  pas  moins 
un  sujet  de  déplaisir  pour  le  compositeur.  Toute  l'économie  du  mor- 
ceau est  dérangée,  les  tutti  travailles  avec  tant  de  soin  sont  perdus 
complètement,  et  puis  on  entend  le  compositeur  recommencer  dans 
un  ton  tout  différent,  sans  savoir  comment  l'orchestre,  par  ses  modu- 
lations, est  arrivé  à  ce  ton  nouveau.  Outre  le  concerto,  je  jouai  avec 
Dorette  un  nouveau  pot-pourri  pour  violon  et  piano,  et  un  deuxième, 
avec  accompagnement  d'orchestre.  Ce  dernier,  je  dus  le  répéter  sur 
la  demande  générale.  L'orchestre,  le  même  que  celui  de  l'Opéra,  m'ac- 
compagnait avec  beaucoup  de  sympathie  et  d'attention;  Rolla  surtout 
se  donnait  beaucoup  de  mal.  Dans  la  seconde  partie,  mon  ouverture 
d'Alruna  fut  exécutée  avec  vigueur  à  la  vérité,  mais  non  sans  encom- 
bre. L'orchestre  est  trop  habitué  à  des  répétitions  nombreuses,  pour 
pouvoir  jouer  un  morceau  à  première  vue.  Mme  Castiglioni,  contralto, 


DE  PAÏUS. 


431 


chanta  un  air  dans  cette  seconde  partie  avec  talent  et  succès.  Après 
le  concert,  l'on  m'engagea  fortement  à  donner  une  seconde  séance. 
Mais  le  vendredi  suivant  le  gouverneur  doit  donner  une  soirée,  à 
l'occasion  de  la  fêle  de  l'empereur  ;  or,  comme  le  vendredi  est  le  seul 
jour  libre  de  la  semaine,  et  que  nous  n'avons  nulle  envie  de  prolonger 
notre  séjour  pendant  quinze  jours,  je  préfère  donner  ce  second  concert 
à  mon  retour,  et  partir  immédiatement  pour  Venise.  Cette  première 
soirée,  je  fis  tout  au  plus  mes  frais,  qui  se  montaient  à  peu  près  à 
50  ducats. 

J.  DUESBERG. 


REVUE   CRITIQUE. 

AaiicMlée  Méresius  :  Romance-Étude,  Inquiétude,  les  Travestis- 
sements ,  une  Chanson  d'autrefois,  Au  bord  de  la  mer.  — 
A.  Vineent  :  Transcription  du  Souvenir  d'Amérique  ,  de  Henri 
Vieuxtemps.  —  CîEiai-Bes  «SeSlssEa  :  le  Bouquet  de  la  fiancée. 

La  province  comprend  les  arts  ;  elle  les  cultive  et  les  aime  beau- 
coup plus  qu'on  ne  le  croit  généralement.  D'ailleurs,  si,  comme  on 
le  dit  peut-être  trop,  elle  n'apprécie  guère  les  choses  de  l'esprit  et 
de  l'imagination,  il  faut  reconnaître  du  moins  qu'elle  nous  envoie 
souvent  de  vigoureux  talents,  pleins  de  sève,  de  jeunesse,  d'illusions 
et  d'enthousiasme. 

Rouen,  par  exemple,  la  patrie  de  Corneille  et  de  Boïeldieu,  nous 
donnait  dernièrement  Gustave  Flaubert,  à  qui  nous  devons  M.idame 
Bovary,  et  Louis  Bouilhet,  l'auteur  de  MelœnU,  de  Madame  de  Mun- 
tarcy  et  d'Hélène  Peyron,  qui,  l'autre  soir,  à  l'Odéon,  prouvait  une 
fois  de  plus  que  Paris  n'avait  le  monopole  ni  des  belles  conceptions 
ni  des  beaux  vers.  Cette  ville  possède  bien  encore  quelques  char- 
mants poètes,  que  nous  connaissons,  mais  elle  les  garde,  comme  elle 
garde  depuis  un  grand  nombre  d'années  déjà  M.  Amédée  Méreaux, 
pianiste  compositeur  connu  partout  et  dont  certes  notre  Athènes  mu- 
sicale, si  difficile  qu'elle  soit,  s'honorerait  à  plus  d'un  titre. 

Mais  arrivons  à  notre  critique ,  car  nos  souvenirs  nous  entraîne- 
raient trop  loin. 

Après  avoir  écrit  des  œuvres  sérieuses  et  de  longue  haleine,  de 
belles  et  bonnes  éludes,  M.  Amédée  Méreaux  vient  de  composer, 
pour  le  piano,  cinq  morceaux  tout  à  fait  remarquables  et  d'une  rare 
distinction.  Cette  fois,  délaissant  les  grandes  formes  et  les  amples  dé- 
veloppements, auxquels  il  s'entend  si  bien,  il  a  voulu  être  aimable 
avant  tout,  presque  concis,  facile  à  comprendre  et  à  exécuter.  On 
retrouve  dans  ces  nouvelles  pages  toutes  les  qualités  qui  ont  fondé 
sa  réputation  :  la  clarté,  la  pureté,  l'élévation  de  pensée. 

Nous  n'analyserons  pas  ces  ravissantes  petites  pièces,  nous  nous 
contenterons  de  dire  que  l'une  fait  valoir  l'autre,  et  que  toutes  attes- 
tent une  grande  diversité  d'inspiration  et  une  souplesse  de  style  non 
moins  grande. 

La  Gavotte  est  délicieuse.  D'où  vient-elle?  Appartient-elle  en  pro- 
pre à  M.  Amédée  Méreaux,  ainsi  que  nous  le  pensons,  ou  bien  est-ce 
un  écho  du  temps  passé,  un  écho  de  ce  que  la  cour,  comme  la  ville, 
aima  tant  depuis  Bach  jusqu'à  Rameau? 

Quoi  qu'il  en  soit,  elle  est  charmante;  elle-sent  pour  ainsi  dire  les 
mouches  et  la  poudre  ;  elle  fait  penser  aux  petits  vers  malins  dont 
le  xviii"  siècle  ne  se  montra  pas  avare. 

Sans  médire  de  rien,  nous  voudrions  retrouver  plus  souvent  dans 
la  musique  de  piano  l'unité,  la  franchise  mélodique,  l'imagination 
vive  et  jeune,  la  finesse  d'harmonie,  enfin  la  fermeté  de  style  que 
nous  avons  remarquée  dans  Une  chanson  d'autrefois,  chanson  plus 
douce  et  plus  spirituelle  que  bien  des  chansons  d'à  présent. 

Souvent  a  quatre  parties,  ces  morceaux  sont  écrits   à  la  manière 


classique,  à  la  manière  des  maîtres;  on  y  reconnaît  jusque  dans  les 
licences  qu'autorisent  le  genre  et  les  traits  de  ces  petites  compositions, 
le  pianiste  habile  de  même  que  le  musicien  instruit  et  sévère. 

La  gaieté,  l'esprit,  la  grâce,  la  légèreté,  brillent  partout,  sauf  toute- 
fois dans  la  Romance-étude  et  dans  Inquiétude,  dont  la  teinte  élé- 
giaque,  la  mélancolie  profonde,  révèlent  autant  de  sensibilité  que  les 
modulations  et  les  imitations  de  mouvement  prouvent  d'habileté  et 
de  science. 

En  metlant  en  petit  toute  l'expérience,  tout  l'art  exigés  par  de  plus 
grands  ouvrages,  en  restant  élégant,  sobre  de  notes  parasites  dans 
ces  formas  grêles  de  la  rêverie  et  de  la  fantaisie  où  chaque  jour 
on  jette  tant  de  banalités,  pour  ne  pas  dire  d'inepties,  en  satisfaisant 
à  la  fois  tous  ceux  que  divise  l'éternelle  querelle  du  moule  et  de  la 
pensée,  M.  Amédée  Méreaux  s'est  montré  artiste  sérieux  et  convaincu. 
Il  n'a  voulu  faire  aucune  concession  à  la  frivolité,  au  mauvais  goût; 
il  a  ainsi,  quoiqu'on  ne  cesse  de  répéter  le  contraire,  assuré  le  suc- 
cès de  son  œuvre  et  gagné  les  seules  sympathies  que  doivent  ambi- 
tionner les  artistes  de  sa  valeur  :  les  sympathies  des  intelligences 
délicates  et  justement  exigeantes. 

—  M.  Auguste  Vincent,  à  qui  l'on  doit  déjà  entre  autres  transcrip- 
tions celles  d'Orphée  et  du  Pardon  de  Ploërmel,  vient  de  faire  avec 
la  même  habileté  le  même  travail  pour  le  Souvenir  d'Amérique,  un 
des  plus  beaux  airs  variés  de  Henri  Vieuxtemps. 

Si  le  piano  n'a  pas  toutes  les  richesses  du  violon,  il  en  possède 
d'autres  qui  les  égalent,  pour  ne  pas  dire  plus,  et  qui  certes  ne  sont 
pointa  dédaigner.  Il  reproduit,  cette  fois,  aussi  fidèlement  qu'il  peut 
le  faire,  les  élincelantes  variations  prodiguées  par  le  célèbre  violo- 
niste. M.  A.  Vincent  ne  s'était  du  reste  imposé  que  cette  lâche,  et  il 
l'a  remplie  non  sans  prouver  qu'il  connaissait  toutes  les  ressources  de 
son  instrument  et  qu'il  avait  une  parfaite  intelligence  des  capricieu- 
ses, mais  élégantes  beautés  de  son  modèle. 

—  Le  Bouquet  de  la  fiancée1,  voilà  un  joli  titre  assurément;  mais 
ce  qui  vaut  mieux,  c'est  qu'il  n'a  rien  de  décevant,  et  que  le  caprice 
de  l'excellent  pianiste  Charles  Jeltsch  est  fort  joli  aussi.  Ecrit  sur  le 
chant  national  namurois  de  Nicolas  Bosret,  traité  et  orné  avec,  art,  il 
se  termine  brillamment  par  une  marche  puissante  et  sonore,  variant 
encore  une  fois  très-ingénieusement  le  thème  principal.  Enfin,  Char- 
les Jeltsch  a  su  faire  —  chose  plus  rare  qu'on  ne  pense  —  un  bon 
morceau  avec  une  bonne  mélodie. 

Adolphe  BOTTE. 


Nous  avions  bien  compris  le  droit  de  réponse  et  nous  repoussions 
justement  l'abus  qu'on  voulait  en  faire  à  notre  égard.  C'est  ce  qui 
résulte  d'un  jugement  rendu  le  5  de  ce  mois  par  la  sixième  chambre 
du  tribunal  de  première  instance,  conformément  aux  conclusions  du 
ministère  public,  dans  l'instance  engagée  par  MM.  Emile  Chevé  et 
Aimé  Paris  contre  MM.  de  Calonne,  directeur-gérant  de  la  Revue 
contemporaine,  et  Dufour,  directeur-gérant  de  la  Revue  et  Gazelle 
musicale.  MM.  Treitt  et  Chaix  d'Est-Ange,  avaient  présenté  la  défense 
des  deux  journaux,  accueillie  par  le  tribunal,  dans  les  termes  sui- 
vants : 

»  Attendu  que  l'article,  en  forme  de  lettre,  signifié  à  de  Calonne  à 
la  requête  de  Paris  et  de  Clievé,  par  exploit  du  20  juin  1860,  avec  som- 
mation d'en  faire  l'insertion  dans  le  plus  prochain  numéro  du  journal 
la  llvvue  contemporaine,  n'est  point  une  réponse  ù  l'article  publié  dans 
le  numéro  de  ce 'journal  du  30  avril  précédent,  qui  renferme  une  ap- 
préciation de  la  méthode  Paris  et  Chevé:  que  cette  prétendue  réponse 
ne  contient  qu'une  suite  de  récriminations  et  d'attaques  personnelles 
contre  l'auteur  réel  ou  supposé  de  l'article  qui  y  sert  de  prétexte;  qu'elle 
ne  peut  être  considérée,  dès  lors,  comme  un  exercice  du  droit  de  ré- 
ponse consacré  par  les  articles  'Il  de  la  loi  du  27  mars  1822  et  13  de 
la  loi  du  1-7  juillet  1819;  que  c'est  avec  raison  que  de  Calonne  en  a  re- 


REVUE  El'  GAZETTE  MUSICALE 


fusé  l'insertion,  et  que  c'est  sans  droit  que  Paris  et  Chevé  demandent 
qu'il  soit  condamné  à  le  faire  ; 

»  Par  ces  motifs  : 

«  Déclare  Paris  et  Chevé  non  fondés  dans  leur  demande ,  les  en  dé- 
boute et  les  condamne  aux  dépens.  » 

l.e  tribunal  a  rendu  un  jugement  exactement  semblable  en  ce  qui 
touche  M.  Dufour. 

Dans  notre  numéro  du  k  novembre  dernier,  n~us  avions  pris 
l'engagement  de  ne  plus  nous  occuper  ni  des  théories,  ni  des  actes 
de  nos  adversaires,  et  de  ne  plus  même  prononcer  leurs  noms.  Ce 
n'est  sans  doute  pas  manquer  à  notre  promesse  que  d'enregistrer  la 
décision  judiciaire  qui  prouve  que  le  silence  est  la  conséquence  forcée 
de  leur  système,  et  qu'il  n'y  a  pas  avec  eux  d'autre  refuge  contre  les 
mauvaises  difficultés. 


Le  Moniteur  du  Calvados  contenait  récemment  la  note  suivante  : 

«  Notre  excellente  musique  municipale  va  pouvoir,  grâce  à  l'acquisi- 
tion des  instruments  en  cuivre  perfectionnés  par  M.  Alphonse  Sax  ju- 
nior, donner  à  l'exécution  des  morceaux  dont  se  compose  son  riche 
répertoire,  un  degré  de  supériorité  qui  fera  ressortir  encore  les  qualités 
incontestables  qu'elle  possède. 

»  On  sait  que  M.  Sax  a  opéré  dans  les  instruments  de  cuivre  une  mé- 
tamorphose complète.  Ses  procédés  les  ont  portés  à  la  hauteur  des  ri- 
ches tonalités  musicales  dont  les  instruments  à  archets  avaient  eu  le 
privilège  exclusif.  D'après  son  système,  l'exécutant  peut  allonger  ou 
raccourcir  la  colonne  d'air  de  son  instrument  par  la  mise  en  fonctions 
des  pistons,  et  mettre,  par  conséquent,  la  même  précision  dans  la  pro- 
duction du  son  que  le  fait  le  violoniste,  qui  modifie  à  son  gré  les  inter- 
valles, en  posant  le  doigt  sur  une  corde.  Trente-six  instruments  perfection- 
nés par  M.  Sax,  cornets  à  trois  et  cinq  pistons,  bugles  altos  et  contraltos, 
basses  et  contre-basses,  trombones,  cors,  trompettes,  figuraient  à  la 
dernière  exposition  universelle  de  Besançon,  où  ils  ont  été  admirés  par 
tous  les  connaisseurs.  On  a  remarqué  surtout  quatre  trompettes  saxom- 
nitoniques  chromatiques,  de  formes  différentes,  à  quatre  et  à  cinq  pistons,  et 
dont  la  sonorité  est  admirable.  La  justesse,  la  sûreté  d'attaque  pour 
toutes  les  intonations,  la  facilité  de  l'aire  des  trilles  ou  des  arpèges  sur 
tous  les  degrés  de  l'échelle  chromatique,  soit  par  tons,  soit  par  demi- 
tons,  font  maintenant  de  la  trompette  l'instrument  le  plus  parfait  que 
puisse  désirer  le  compositeur  où  l'exécutant  le  plus  exigeant.  Le  trom- 
bone a  été  modifié  d'une  manière  aussi  avantageuse.  En  effet,  tandis 
que  les  trombones  ordinaires  à  coulissa  ou  à  piston  n'ont  que,  sept 
positions,  dont  deux  sont  plus  ou  moins  vicieuses,  le  trombone  saxom- 
nitonique  chromatique  en  a  douze  et  toutes  parfaites.  Aussi,  quoique 
l'instrument  soit  en  si  bémol  ténor,  il  peut  jouer  la  partie  de  trombonne 
basse  ou  contre-basse. 

»  Avec  de  pareils  instruments,  nous  nous  attendons  à  voir  notre  mu- 
sique municipale  marcher  de  progrès  en  progrès.  En  suivant  l'impulsion 
qui  lui  est  donnée  par  son  habile  chef  M.  Le  Tanneur,  et  en  continuant 
à  répéter  avec  ardeur,  comme  elle  le  fait  (sans  répétitions,  il  n'y  a  pas 
de  succès  possible) ,  elle  soutiendra  la  haute  réputation  qu'elle  s'est 
faite,  et  se  préparera  à  obtenir  encore,  dans  les  concours,  la  palme 
qui  lui  a  été  déjà  décernée,  nous  ne  l'oublions  pas,  au  grand  concours 
de  Lisieux.  » 


CORRESPONDANCE. 

Saint-PiStersbourg,  29  novembre/6  décembre. 

Le  concert  donné  le  mercredi  22/4  au  théâtre  Marie,  avec  le  personnel 
du  théâtre  Italien,  n'avait  pas  attiré  moins  de  monde  que  le  précédent, 
quoique  les  morceaux  indiqués  au  programme  fussent  en  partie  assez 
faibles;  mais  on  y  voyait  figurer  la  ichiller Marssh  de  Meyerbeer,  exé- 
cutée pour  la  première  fois  a  Saint-l'étersbourg,  et  tous  les  amateurs 
étaient  empressés  d'entendre  et  d'apprécier  l'œuvre  si  renommée  de 
l'illustre  maestro.  —  Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  que  leur  attente 
a  été  complètement  réalisée;  notre  public,  si  connaisseur,  a  admiré  et 
chaleureusement  applaudi  cette  page  grandiose  et  colorée,  devenue  par- 
tout un  superbe  morceau  de  concert.  On  l'eût  fait  répéter  certaine- 
ment si  la  soirée  n'avait  été,  relativement  aux  habitudes  du  pays,  trop 
avancée. 

Calzolari  et  la  Fioretti,  indisposés,  ont  fait  défaut  ;\  cette  soirée,  dans 
laquelle  on  a  applaudi  et  fait  répéter  le  Roi  des  Aulnes,  chanté  en  alle- 


mand par  Mlle  Lagrua,  avec  l'orchestration  de  Baveri.  Sept  ou  huit  rappels 
ont  témoigné  à  la  célèbre  cantatrice  toute  la  satisfaction  produite  par 
l'admirable  talent  et  la  touchante  expression  avec  lesquels  elle  arendu 
cette  belle  mélodie  de  Schubert. 

Dne  valse,  chantée  avec  beaucoup  d'entrain  par  Mme  Pvantier-Didiée, 
artiste  très-aimée  du  public,  et  qu'elle  a  dû  répéter,  lui  a  valu  égale- 
ment de  nombreux  rappels. 

Le  triomphe  de  la  soirée  a  échu  à  Wieniawski.  Le  premier  violon  de 
Sa  Majesté  impériale'a  joué  deux  airs  russes  arrangés  par  lui,  avec  une 
supériorité  qui  rappelle  l'exécution  de  Paganini  ;  il  a  dû  les  redire  aux 
acclamations  et  aux  trépignements  de  la  salle  entière,  lesquels  n'ont  plus 
connu  de  bornes,  lorsqu'au  dixième  on  douzième  rappel  il  a  reparu 
avec  son  violon  pour  exécuter  le  Carnaval  de  Venise,  fantaisie  hérissée  des 
plus  inextricables  difficultés,  et  que  Wieniawski  enlève  avec  une  aisance 
qui  tient  du  merveilleux.  —  L'administration  des  théâtres  impériaux 
n'a  qu'à  se  féliciter  d'avoir  organisé  ces  concerts  qui,  tout  en  produi- 
sant des  recettes  considérables,  font  attendre  avec  plus  de  patience  la 
réouverture  de  l'Opéra  italien,  toujours  fixée  au  2/ii  décembre. 

On  annonce  aussi  pour  la  fin  de  ce  mois  l'arrivée  de  la  P.istori,  qui 
va  donner  vingt-quatre  représentations  consécutives,  pour  lesquelles 
la  direction  a  ouvert  un  abonnement  qui  se  remplit  rapidement. 

Le  26/8  décembre  a  eu  lieu  le  dernier  concert  donné  par  la  direc- 
tion des  théâtres  impériaux  ;  l'ouverture  de  VEloile  du  Nord  et  la 
deuxième  audition  de  la  Schiller-Marsch  en  formaient  la  partie  instru- 
mentale. Au  nombre  des  morceaux  de  chant,  nous  avons  à  citer  l'hymne 
du  Prophète:  Roi  des  Anges  avec  chœurs,  chanté  par  Tamberlick;  la 
romance  de  ['Etoile  du  Nord,  chantée  par  Calzolari  et  la  cavatine  de 
Robert,  chantée  par  Mlle  Lagrua.  La  salle  était  comble,  et  les  artistes 
que  nous  venons  do  citer  ont  été,  comme  aux  précédentes  soirées,  cou- 
verts d'applaudissements  et  maintes  fois  rappelés.  L'ouverture  de  V  Etoile 
du  Nord  et  la  Schiller-Marsch,  brillamment  exécutées,  ont  eu  un  immense 
succès. 

La  valse  chantée  par  Mme  Nantier  Didiée  au  concert  précédent  a  été 
composée  par  Ciardi,  jeune  artiste  de  talent,  première  flûte  soliste  des 
théâtres  impériaux 

Demain  dimanche,  la  Société  philharmonique  donne  à  son  tour  un 
grand  concert,  dont  le  programme  est  fort  riche  ;  l'ouverture  et  le  qua- 
tuor du  Pardon  de  Ploërmd,  l'introduction  et  chœur  de  l'Etoile  du  Nord, 
deux  opéras  du  célèbre  maestro,  très-goûtés  de  notre  public,  y  figurent 
au  premier  rang.  Tous  les  artistes  du  théâtre  italien  ,  Wieniawski  et 
Kontski,  se  feront  entendre  dans  cette  matinée,  donnée  au  bénéfice  des 
veuves  et  des  orphelins,  et  qui  attirera  beaucoup  de  monde. 


BEVUE  DES  THÉÂTRES. 

Odkon  :  l'Oncle    Million,  comédie  en  cinq   actes  et  en  vers, 
par  M.  Louis  Bouilhet. 

On  a  tant  abusé,  au  théâtre,  de  la  suprématie  de  l'argent  ^ur  tous 
les  autres  intérêts  de  la  vie,  que  la  lutte  du  poëte  contre  le  prosaïsme 
de  son  entourage  n'offre  plus  aujourd'hui  qu'un  intérêt  médiocre.  Cette 
famille  de  province,  qui  ne  comprend  pas  les  vagues  aspirations  d'un 
rinieur  en  herbe  et  qui  le  rejette  de  son  sein,  qui  trouve  plus  rassu- 
rant pour  l'avenir  de  sa  fille  que  son  mari  lui  apporte  en  dot  une 
étude  de  notaire  plutôt  qu'un  volume  d'élégies  plus  ou  moins  lyri- 
ques, toute  cette  société  positive  et  ennemie  des  rêves  creux,  c'est 
ce  que  nous  avons  déjà  vu  un  peu  partout.  Si  encore  le  personnage 
de  Y  Oncle  Million  venait  corriger  cette  donnée  banale;  mais  nous  le 
connaissons  aussi  ce  brave  homme  devant  qui  tout  le  monde  courbe 
l'échiné,  parce  qu'il  est  cousu  d'or,  et  qu'il  est  pour  sa  nièce  à  l'état 
d'espérance.  Lui  seul  ne  partage  pas  le  dédain  affiché  par  tous  les 
naturels  de  l'endroit  pour  les  poètes  et  pour  la  poésie  ;  c'est  une 
affaire  de  goùl,  dont  nous  sommes  loin  de  le  blâmer  ;  mais  qti'en  ré- 
sulte-t-il  ?  Quelle  leçon  neuve  et  piquante  va  sortir  de  cette  diver- 
gence d'idées  ? 

Ici,  nous  avouons  ne  pas  trop  nous  rendre  compte  des  motifs  qui 
font  agir  l'Oncle  Million.  Au  lieu  de  proclamer  hautement  que  son 
héritage  est  au  prix  de  l'union  du  jeune  Léon  Rousset  avec  sa  nièce 
Clara  Dufernay,  il  prend  un  détour,  et  pour  mettre  en  fuite  l'aspirant 
notaire,  il  donne  à  entendre  qu'il  va  lui-même  se  marier,  et  par  con- 
séquent déshériter  sa  nièce;  puis  il  finit  par  où  il  aurait  dû  commen- 


DE  PAIUS. 


433 


cer,  en  la  dotant  à  condition  qu'elle  épousera  Léon,  ce  qui  fait  à 
l'instant  tomber  tous  les  scrupules,  toutes  les  hésitations  des  deux 
familles. 

Qu'est-ce  que  cela  prouve  en  résumé  ?  Qu'il  est  permis  d'être  poëte 
et  d'avoir  du  génie,  pourvu  qu'on  trouve  un  petit  million  dans  la 
corbeille  de  sa  femme,  Si  telle  est  la  pensée  de  M.  Bouilhet,  il  faut 
convenir  que  le  précepte  n'est  guère  d'une  application  usuelle  et 
facile.  S'il  a  eu  l'intention  d'attester  que  l'appât  de  l"or  est  tout-puissant 
et  qu'il  fait  table  rase  des  préjugés  les  mieux  enracinés,  était-ce  la 
peine  de  prendre  la  plume  ? 

Sous  ce  point  de  vue  néanmoins  la  chose  eût  été  regrettable,  car 
nous  y  aurions  perdu  de  très-beaux  vers  qui  n'ont  qu'un  tort,  c'est 
de  faire  parfois  un  singulier  contraste  avec  le  caractère  ou  la  physio- 
nomie des  bons  bourgeois  et  des  parfaits  notaires,  dans  la  bouche 
desquels  l'auteur  a  mis  ses  tirades  les  plus  rutilantes.  On  ne  peut  se 
défendre  d'une  sorte  de  gêne  et  de  surprise  en  écoutant  des  gens  qui, 
pour  battre  en  brèche  la  poésie,  emploient  justement  le  langage 
poétique. 

Cette  anomalie  n'ôte  rien  au  mérite  de  M.  Louis  Bouilhet,  qui,  s'il 
a  beaucoup  à  apprendre  encore  pour  devenir  un  auteur  dramatique, 
est  dès  à  présent  un  brillant  et  habile  versificateur.  C'est  ce  qui 
explique  pourquoi  sa  pièce  a  reçu  un  accueil  honorable. 

L'interprétation  n'est  d'ailleurs  pas  étrangère  à  cet  heureux  résultat. 
Tisserant,  Kime,  Febvre,  et,  en  première  ligne,  Mlle  Tbuillier  et 
Mme  Ramelli,  complètent  un  remarquable  ensemble. 

D.  A.   D.   SAINT-YVES. 


NOUVELLES. 


„*„  Aujourd'hui,  par  extraordinaire,  la  240e  représentation  du  Prophète, 
avec  Mme  Tedesco  et  fiueymard. 

„*,.  Le  Papillon  a  été  joué  mercredi  et  vendredi. 

„%  On  s'occupe  de  la  reprise  du  Philir/.  Les  répétitions  ont  com- 
mencé. 

»%  Les  débuts  de  Morelli  et  de  Mlle  Marehisio  dans  Guillaume  TM, 
annorcés  pour  mercredi  dernier,  sont  retardés  de  quelques  jours. 

„%  Les  journaux  italiens  annoncent  l'arrivée  à  Paris  de  M.  P.  Borri, 
chargé  de  composer  et  de  régler  le  ballet  dont  Mme  Ferraris  doit  créer 
le  principal  rôle  l'automne  prochain,  au  théâtre  impérial  de  l'Opéra. 
Suivant  un  journal  de  Bo'ogne,  les  frais  de  mise  en  scène  de  cet  ouvrage 
atteindraient  le  chiffre  de  200,000  fr. 

%*t  Un  décret  impérial,  en  date  du  10  de  ce  mois,  rendu  sur  la  propo- 
sition de  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat,  vient  d'augmenter  les  droits  des  au- 
teurs et  compositeurs  des  ouvrages  représentés  au  théâtre  impérial  de 
l'Opéra.  A  partir  du  1e'  janvier  prochain,  les  droits  des  auteurs  et  com- 
positeur?, qui  décroissaient  après  les  quarante  premières  représenta- 
tions de  leurs  ouvrages,  ont  été  fixés  à  500  fr.  d'une  manière  permanente. 

„*,  Déjà  les  artistes  du  chant  avaient  joué  le  Prophète  au  bénéfice  de  la 
Caisse  des  pensions  de  retraite  des  artistes  et  des  employés  de  l'Opéra.  Le 
ballet  à  son  tour  vient  de  payer  son  tribut.  Samedi  a  eu  lieu  le  deuxième 
bal  annuel  au  profit  de  cette  utile  institution,  qui  a  été  ouvert  par  un 
divertissement  chorégraphique  composé  de  fragments  des  meilleurs  bal- 
lets. L'orchestre  a  exécuté  pour  la  première  fois  l'album  de  Strauss. 
La  recette  a  été  considérable. 

,%  A  l'Opéra-Comique,  c'est  Mlle  Marimon  qui  remplacera  Mlle  Saint- 
Urbain  dans  Barkouf,  donton  annonce  la  première  représentation  comme 
prochaine. 

„.*„,  Mlle  Numa,  qui  a  obtenu  de  brillants  succès  dans  les  principales 
villes  de  France  et  de  l'étranger,  a  débuté  hier  par  le  rôle  do  Virginie, 
du  Caïd. 

„**  Le  théâtre  Italien  a  repris  mardi  dernier  Sémiramide ,  qu'il  n'a 
pas  craint  de  jouer  dans  sa  primitive  simplicité  de  décors  et  de  costu- 


mes, en  face  des  magnificences  déployées  pour  elle  par  notre  grand 
Opéra.  C'est  que  l'habit  ne  fait  pis  le  moine,  ni  la  musique  non  plus,  et 
que  des  voix  comme  celles  de  Mmes  Penco  et  Alboni  peuvent  braver 
toutes  les  concurrences.  Badiali,  chargé  du  rôle  d'Assur,  y  montre  tout 
son  talent.  Un  jeune  artiste  espagnol,  Lorenzo  Pagans,  débutait  dans 
celui  d'Idreno  :  sa  voix  est  légère,  mais  un  peu  grêle  :  il  vocalise  faci- 
lement et  se  fera  une  place  dans  le  répertoire. 

*,*»  S.  M.  l'Empereur  assistait  à  la  reprise  de  Sémiramide. 

t%  L'affiche  annonce  depuis  quelques  jours  II  ballo  in  maschera;  ce- 
pendant il  est  probable  que  l'ouvrage  ne  sera  donné  qu'au  mois  de 
janvier. 

**t  Le  théâtre  Lyrique  a  fait  relâche  mercredi  et  vendredi  pour  les 
répétitions  générales  des  Pécheurs  de  Catane,  dont  la  première  repré- 
sentation aura  lieu  demain,  lundi. 

,,*,,  Aux  Bouffes-Parisiens,  on  annonce  les  dernières  représentations 
d'Orphée  aux  enfers,  malgré  les  salles  combles  qu'il  n'a  pas  cessé  de 
faire,  et  qui  nécessiteront  une  prochaine  reprise  de  cet  ouvrage. 

**„,  Cette  semaine,  la  première  représentation  d'une  opérette,  le  Mari 
sans  le  savoir,  dont  la  musique  est,  dit-on,  d'un  haut  personnage. 

**.,.  Par  décret  impérial  du  8  décembre  1860,  M.  le  comte  Bacchiochi, 
premier  chambellan  de  Sa  Majesté,  surintendant  des  spectacles  de  la 
cour,  a  été  nommé  surintendant  des  théâtres  impériaux.  Le  surinten- 
dant des  théâtres  impériaux  exerce,  sous  l'autorité  du  ministre  d'Etat, 
la  haute  surveillance  du  service  des  théâtres  impériaux;  à  cet  effet  les 
commissaires  impériaux  près  le  théâtre  des  Italiens  et  les  théâtres  de 
l'Opéra-Comique  et  de  l'Odéon  sont  placés  sous  ses  ordres. 

„%  La  Commission  supérieure  permanente  instituée  en  -1854  pour 
l'examen  des  affaires  relatives  â  la  gestion  du  théâtre  impérial  de  l'O- 
péra, a  cessé  ses  fonctions. 

,„*,,  La  Commission  de  la  Société  des  auteurs  et  compositeurs  drama- 
tiques a  été  reçue  lundi  par  S.  Exe.  le  ministre  d'Etat. 

s%  Mme  Cabel  obtient  en  ce  moment  de  très-grands  succès  à  Anvers, 
d'où  elle  a  l'intention  de  se  rendre  à  Cologne  et  à  Berlin. 

„*,,,  II.  Berlioz  vient  de  composer  un  opéra  en  un  acte/ dont  le  sujet 
est  tiré  d'une  pièce  de  Shakspeare. 

***  Une  dépêche  télégraphique  qui  nous  est  communiquée  annonce 
comme  il  suit  le  résultat  du  début  de  Mlle  Maria  Brunetti,  l'élève  de 
Duprez,  dans  la  Traviata,  au  théâtre  royal  italien  de  Berlin  :  «  Grand 
succès,  sept  rappels,  félicitations  unanimes.  » 

„*,,  M.  Dormeuil  père  est  nommé  directeur  du  Vaudeville,  en  rempla- 
cement de  M.  Louis  Lurine,  décédé. 

***  Cologne  est  la  première  ville  de  l'Allemagne  qui  ait  adopté  le 
nouveau  diapason  normal.  Le  résultat  de  cette  mesure  est  très-satisfai- 
sant :  le  son  des  instruments  à  cordes  n'en  a  nullement  souffert,  et 
pour  les  chanteurs  c'est  un  véritable  bienfait. 

t\  Richard  Wagner  vient  de  publier  un  volume  divisé  en  deux  par- 
ties, dont  l'une  comprend  une  Lettre  sur  la  musique,  l'autre  Quatre 
poèmes  d'opéras  traduits  en  prose  française.  Dans  la  Lettre  sur  la  musique 
nous  avons  retrouvé  des  théories  sur  lesquelles  ce  journal  a  souvent  eu 
l'occasion  de  s'expliquer.  Quant  aux  poèmes  d'opéras,  parmi  lesquels 
figure  celui  du  Tannliœuser,  dont  la  représentation  est  prochaine,  nous 
croyons  devoir  attendre  qu'elle  ait  eu  lieu  pour  le  juger  en  pleine  con- 
naissance de  cause.  C'est,  ce  nous  semble,  le  meilleur  parti  à  prendre 
pour  l'auteur  et  pour  nous. 

„,*„,  Le  concert  de  M.  Wekerlin  sera  donné  mercredi  prochain  au 
théâtre  Italien.  Voici  le  programme  :  Première  partie,  Hézia,  ouverture 
â  grand  orchestre  ;  ballade  orientale  pour  ténor  solo,  chantée  par 
M.  Lévy  (chœur  et  orchestre)  ;  ode  de  Gilbert,  pour  basse  solo,  chan- 
tée par  Belval,  de  l'Opéra;  V Adieu  des  Bohémiens,  scène  avec  chœurs, 
chantée  par  Mlle  Balbi.  (Ces  quatre  compositions  sont  de  M.  Wekerlin.) 
Deuxième  partie  :  les  Poèmes  de  la  mer,  ode-symphonie,  paroles  d'après 
le  livre  de  M.  J.  Autran,  musique  de  J.  B.  Wekerlin  (150  exécutants)  : 
1°  la  Naissance  des  vayues  (chœur);  2"  Béuerie  au  bord  de  la  mer,  pour 
mezzo-soprano  (sur  une  note);  3°  le  Départ,  scène  pour  chœur  de  voix 
d'homme;  ti°  le  Calme,  la  Nuit,  peur  soprano  solo;  5°  Chanson  d'un 
triton,  solo  pour  voix  de  basse;  5°  les  Océanides,  chœur  de  voix  de 
femme  ;  7°  Tempête  (orchestre  seul)  ;  8°  le  Cabin-boij  (le  mousse),  pour 
soprano  solo;   9°  le  Soleil  sur  la  mer,  chœur;  10°   Promenade,   solo  de 

ténor;  11°  Epilogue,  chœur  final.  On  finira  par  le  quatrième  acte  des 
Uoraces,  de  P.  Corneille,  joué  par  Mlle  Karoly,  de  l'Odéon. 

„*„  C'est  aussi  mercredi  soir  que  le  concert  de  Joseph  Wieniawski 
aura  lieu.  iNous  en  avons  donné  le  programme  dans  notre  dernier 
numéro. 


Ù36 


m; vie  et  gazette  musicale 


,*„.  Au  nombre  des  pièces  qui  sont  en  répétition  au  théâtre  du  Palais- 
Royal,  est  une  opérette  de  MM.  de  Leuven  et  Prilleux,  dont  la  musique, 
que  l'on  dit  fort  jolie,  est  de  six  compositeurs  différents  :  MM.Clapisson, 
Gewaërt,  Gautier.  Poize,  Bazile  et  Sylvain  Mangeant.  Cette  nouveauté 
a  pour  interprètes  :  Pradeau,  René  Luguet,  Lassouohe  et  Mlle  Schnei- 
der, qui  trouvera  une  nouvelle  occasion  de  faire  briller  sa  charmante 
voix. 

,*t  Jeudi  dernier,  a  eu  lieu  chez  Mlle  Zaccone,  professeur  de  chant, 
la  première  séance  musicale  de  son  cours  de  musique  d'ensemble. 
L'exécution  des  principaux  morceaux  chantés  par  ses  élèves  a  été  de 
tout  point  satisfaisante,  et  témoigne  d'une  méthode  aussi  sûre  qu'habi- 
lement enseignée.  Entre  autres  artistes  que  nous  y  avons  entendus,  nous 
citerons  Mlle  Ceronetti,  jeune  personne  que  nous  applaudirons  bientôt 
au  théâtre,  et  dont  la  voix  pure  et  bien  timbrée  a  produit  le  meilleur 
effet;  M.  Lucien  Lambert,  qui  a  exécuté  sur  le  piano,  et  avec  un  talent 
vraiment  remarquable,  des  variations  composées  par  lui  sur  un  air  po- 
pulaire de  Louis  Abadie.  Enfin,  la  séance  a  été  égayée  par  quelques 
chansonnettes  dites  avec  infiniment  d'esprit  par  M.   Lincelle. 

s*t  M.  Edouard  l'étis  a  rendu  compte,  à  la  dernière  séance  de  l'Aca- 
démie des  B  •aux-Arts  de  Bruxelles,  de  la  situation  de  la  caisse  centrale 
d^s  artistes.  Le  capital  appartenant  à  la  caisse  atteindra  Dientôt  pres- 
que la  somme  ae  80,000  fr.  Mgr  le  duc  de  Brabant  vient  encore, 
tout  récemment,  de  faire  à  l'institution  un  don  de  300  fr. 

„**  Un  nouveau  quatuor  bouffe,  dû  à  l'heureuse  collaboration  de 
MM.  Edouard  et  Gilbert  Duprez,  va  paraître  cette  semaine.  Trois  étoiles 
chez  un  directeur,  c'est  le  pendant  du  fameux  trio  des  Trois  ténors,  d'une 
gaieté  si  folle  et  si  vraie.  Le  beau  sexe  chantant  ne  portera  plus  envie 
au  nôtre.  Les  Trois  étoiles,  exécutées  au  douzième  concert  annuel  donné 
par  Duprez,  en  sa  qualité  de  maire  de  Valmoudpis,  ont  obtenu  un  succès 
d'hilarité  irrésistible.  Le  quatuor  avait  pour  interprètes  Mmes  Vanden- 
heuvel-Uuprez,  Marie  Brunet,  Godfrend  et  son  illustre  auteur.  Lancé  par 
de  tels  parrains,  il  fera  son  chemin  dans  le  monde 

„,*„,  Dreyschock,  le  célèbre  pianiste-compositeur,  doit  prochainement 
venir  i  Paris. 

t%  Parmi  les  ouvrages  nouveaux  dont  nous  devons  bientôt  rendre 
compte,  nous  citerons  un  Aperçu  philosophique  sur  la  musique,  par  Paul 
Charreire,  et  l' Histoire  de  la  musique  en  France,  par  Charles  Poisot. 

a!*i  Sous  le  titre  de  Solfège  artistique,  M.  Henri  Duvernoy  publie  un 
recueil  expressément  composé  pour  préparer  a  l'étude  des  Vingt-cinq 
leçons  à  changements  de  clefs  dont  il  est  aussi  Fauteur.  On  y  trouve  une 
suite  de  mélodies  faciles,  élégantes,  toutes  sur  la  clef  de  sol,  ce  qui  en 
augmente  encore  l'attrait  pour  les  jeunes  amateurs. 

„*„.  Le  congrès  pour  la  restauration  du  plain-chant  et  de  la  musique 
religieuse,  qui  avait  ouvert  ses  travaux  par  une  belle  messe  en  plain- 
chant  et  en  style  alla  Palestrina,  a  voulu  finir  par  une  bonne  action.  A 
la  fin  de  la  dernière  séance,  et  sur  la  proposition  de  M.  Batiste,  une 
collecte  a  été  faite  au  profit  de  la  caisse  do  l'Association  des  artistes 
musiciens,  et  le  produit  en  a  été  versé  entre  les  mains  de  M.  le  baron 
Taylor. 

t%  Un  jeune  et  habile  violoniste  qu'on  n'a  point  oublié  à  Paris, 
M,  Gleichauff  est  de  retour  pjrmi  nous  et  se  propose  de  nous  consacrer 
une  bonne  partie  de  l'hiver.  11  se  fera  entendre  dans  nos  concerts  et 
nos  soirées  musicales.  M.  Gleichauff  est,  comme  on  sait,  un  des  meilleurs 
élèves  de  Vieuxtcmps.  Il  vient  de  Strasbourg  on  il  a  donné  un  fort 
beau  concert. 

./'a,  M.  W.  Erackmann,  l'éminent  pianiste  compositeur,  inspecteur  des 
études  musicales  de  l'institut  de  Sainte-Catherine  de  Saint-Péters- 
bourg, a  composé,  à  l'occasion  des  funérailles  de  l'impératrice-douairière 
de  Russie,  une  très-belle  marche  admirablement  réussie.  Dans  un  de  nos 
prochains  numéros  nous  rendrons  compte  de  cette  excellente  publication. 

t*t  Deux  virtuoses,  l'un  sur  l'accordéon,  l'autre  sur  le  piano,  Hip- 
polyte  Chartain  et  Louis  Lapret,  l'élève  de  Prudent,  vont  quitter  Paris 
pour  se  rendre  à,  Nice,  en  s'arrêtant  dans  quelques  villes  où  leur  dou- 
ble talent  leur  assure  des  succès. 

,..**  Sous  le  titre  :  les  Six  Prières,  MM.  Armingaud  et  Edouard  Moche 
viennent  de  faire  paraître  six  morceaux  de  chant  pour  voix  seule,  avec 
accompagnement  de  piano.  La  Prière  de  l'enfant,  la  Prière  de  la  jeune 
fille,  la  Prière  de  la  mère,  la  Prière  du  travailleur,  la  Prière  de  Varliste,  et 
la  Prière  du  vieillard,  sont  de  véritables  petits  poèmes  qui  peuvent  être 
chantés  par  toutes  les  voix. 

t%  M.  Robert  Nourrit,  docteur  en  droit,  fils  du  célèbre  ténor  Adol- 
phe Nourrit,  dont  le  souvenir  est  resté  si  profondément  gravé  dans  la 
mémoire  de  tous  ceux  qui  l'ont  connu,  épouse  Mlle  Marie  Pion,  fille  de 
M.  Henri  Pion,  imprimeur  de  l'Empereur. 

„%  M.    Reichardt,  l'excellent    ténor-compositeur,    vient   d'arriver    à 


Paris,  où  il  se  propose  de  passer  toute  la  saison  :  c'est  une  bonne  for- 
tune pour  les  salons  parisiens.  Déjà  jeudi  il  s'est  fait  entendre  dans  une 
réunion  des  plus  distinguées,  et  il  a  obtenu  un  véritable  succès  d'enthou- 
siasme. Accompagné  par  Mme  la  princesse  M***,  la  Mécène  féminine  de 
toutes  les  célébrités  artistiques,  M.  Reichardt  a  chanté  de  la  façon  la  plus 
exquise  ses  deux  nouvelles  compositions,  O  belle  étoile'.  6  doue  regard i 
et  la  Berceuse.  Les  applaudissements  n'ont  fait  défaut  ni  à  l'artiste,  ni  à 
son  noble  accompagnateur. 

,,*»  L'accueil  favorable  qu'a  reçu  l'annonce  des  portraits-cartes  de 
visite  de  Mozart  et  de  Beethoven,  a  engagé  les  éditeurs  à  publier 
une  collection  des  célébrités  musicales  ;  les  portraits  deG.  Meyerbeer.de 
G.  Rossini,  Ad.  Adam,  Cherubini,  Spontini,  Haydn,  F.  Schubert,  Doni- 
zetti,  Weber  et  Mendelssohn,  viennent  de  paraître,  et  déjà  le  plus 
brillant  succès  s'attache  à  cette  publication,  l'un  des  plus  charmants  ca- 
deaux d'étrenues  de  l'année. 

„*,,,  Afin  de  satisfaire  aux  nombreuses  demandes  qui  leur  ont  été  adres- 
sées, les  éditeurs  du  Répertoire  d-s  orphéons,  recueil  d'opéras  et  de  chœurs 
divers  arrangés  pour  voix  d'homme  sans  accompagnement ,  viennent 
do  faire  paraître  une  édition  de  ces  choeurs  réunis  en  volume.  Le  pre- 
mier volume  de  cette  publication,  indispensable  à  toute  Société  chorale, 
contient  vingt  chœurs  d'opéras,  et  se  vend  G  francs  net.  Le  second  volume, 
contenant  vingt  chœurs  originaux  d'A.  Adam,  Beethoven,  Kucken,  etc., 
est  coteau  même  prix. 

„.*„.  La  maison  Gamboggi  frères  vient  de  mettre  en  vente  un  album  de 
piano  dédié  à  la  mémoire  de  Coria  par  quelques-uns  de  nos  pianistes- 
compositeurs  les  plus  en  vogue.  Cette  publication,  ornée  d'un  portrait 
photographié  du  regrettable  artiste,  se  vend  au  profit  de  Mme  Goria.  C'est 
donc  a  la  fois  un  splendide  cadeau  d'étrennes  et  une  bonne  œuvre  que 
nous  signalons  à  nos  lecteurs. 

t\  Le  monument  funèbre  élevé  au  célèbre  violoniste  Robberechts, 
sur  une  généreuse  initiative,  est  terminé.  L'exécution  en  est  complè- 
tement digne  d'éloges.  On  y  lit  "cette  simple  inscription  :  A  André  Robbe- 
rechts,  ses  élèves,  ses  amis. 

.,*„..  Le  produit  de  la  souscription  ouverte  en  faveur  de  Mme  veuve 
Goria,  s'est  élevé  à  7,000  fr.  environ.  Goria  a  laissé  en  mourant  trois 
manuscrits  qui  seront  publiés  prochainement.  Ce  sont  des  fantaisies  sur 
Don  Juan,  Philémon  et  Daucis  et  la  Traviata. 

„*4  Un  comité  s'est  formé  à  Berlin  pour  l'érection  d'un  monument  à 
Louis  Rellstab  ;  il  se  compose  de  Meyerbeer,  de  Hulsen,  Boekh,  Gus- 
tave Bock,  Krausnick,  Lessing,  Magnus  et  Taubert.  Un  concert  doit  être 
donné  aujourd'hui  même  au  profit  de  la  souscription.  Les  littérateurs  et 
artistes  français  qui  voudraient  y  contribuer  sont  invités  à  envoyer 
leur  offrande. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE 


***  Dijon.  —  Deux  représentations  de  jl/ar(a  ont  été  données  cette  se- 
maine devant  un  public  nombreux.  L'ouvrage  de  M.  de  Elotow  a  obtenu 
ici,  comme  ailleurs,  un  franc  et  légitime  succès.  Parmi  tous  les  mor- 
ceaux tour  à  tour  vifs,  légers  ou  mélancoliques  que  ce  charmant  opéra 
renferme,  le  public  a  surtout  fêté  la  délicieuse  mélodie  irlandaise  dont 
nous  avions  déjà  eu  un  avant-goût,  et  que  l'ranchomme  nous  avait  chan- 
tée sur  son  violoncelle  avec  autant  de  mélancolie  que  de  tendresse. 
Encore  quelques  représentations,  et  Marta  sera  ici  tout  à  fait  populaire 
et  tiendra  une  place  distinguée  dans  le  répertoire  de  notre  théâtre. 

#*#  Bordeaux.  —  Le  cercle  philharmonique  annonce  son  premier 
concert  de  la  saison.  Le  programme  porte  les  noms  de  Mme  Viardot, 
de  Sivori  et  du  pianiste  Magnus,  qui  doit  exécuter  son  grand  caprice 
sur  les  Huguenots  et  divers  autres  morceaux  de  sa  composition. 

n%  La  Rochelle,  10  décembre.  —  Ces  jours  derniers,  un  de  nos  spi- 
rituels compatriotes,  M.Gustave  Mareschal,  nous  donnait  un  proverbe: 
Qui  compte  sans  son  hôte,  pour  lequel  M.  Léon  Meneau  a  écrit  une  ou- 
verture et  huit  morceaux  de  musique.  La  pièce  a  reçu  l'accueil  le  plus 
favorable  ;  on  y  a  remarqué  une  abondance  de  mélodies  tantôt  légères 
et  faciles,  tantôt  sentimentales,  le  tout  rehaussé  par  une  orchestration 
brillante.  Nos  acteurs,  plutôt  comédiens  que  chanteurs,  ont  fait  leur 
devoir  en  conscience.  L'orchestre  a  été  admirable  de  zèle  et  d'entrain 
dans  l'exécution  de  l'œuvre  d'un  de  ses  membres. 

t*4  Nîmes.  —  Interprété  avec  un  ensemble  des  plus  remarquables,  le 
Pardon   de  Ploërmcl  est  aujourd'hui  à  sa  quatrième  représentation  ,  et 


DE  PARIS. 


435 


le  succès  a  toujours  été  en  grandissant.  M.  Sujol  a  été  parfait  dans  !e 
rôle  de  Oorentin,  et  l'air  de  YOmbre  est  un  véritable  triomphe  pour 
Mme  Erambert.  —  Les  l'antins  de  Violette  ont  été  joués  pour  la  première 
fois  ici  d'une  façon  très-satisfaisante. 


CHRONIQUE    ETRANGERE 


»*„  Londres.  —  A  l'Opéra  royal  anglais,  le  nouvel  opéra  de  Balfe  , 
Bianca,  la  fiancée  du  Bravo,  vient  d'obtenir  un  des  plus  beaux  et  des 
plus  légitimes  succès.  L'enthousiasme,  qui  a  commencé  dès  l'ouverture, 
est  allé  grandissant  jusqu'à  la  fin  du  premier  acte,  après  lequel  le  com- 
positeur a  dû  paraître  devant  le  public.  Quatre  actes,  ne  durant  pas 
moins  de  quatre  heures  et  demie,  n'ont  pu  lasser  l'admiration  générale. 
M.  Ilarrison  représente  le  mystérieux  et  redoutable  Bravo;  rni?s  Lonisa 
Pyne  a  été  comme  toujours  un  modèle  de  grâce  et  d'exécution  brillante. 
Les  deux  artistes  ont  été  très-bien  secondés  par  M.  J.  Albiga  et  miss 
Thirlwall.  —  L'oratorio  Salomon,  qui  a  inauguré  la  saison  d'hiver 
à  la  Sacred  Harmonie  Society,  a  été  écouté  avec  le  plus  grand  respect. 
Les  admirateurs  de  Ilaendel,  qui  assistaient  en  grand  nombre  à  cette 
séance,  ont  témoigné  hautement  de  leur  satisfactien. —  La  clôture  de  la 
saison  italienne  doit  avoir  lieu  le  Vt  décembre  à  [1er  Majesty's  Théâtre  par 
une  grande  représentation  au  bénéfice  de  Mme  Titjens.  Cette  solennité 
se  composera  du  premier  acte  de  Norma  par  Giuglini,  Vialetti  et  la  béné- 
ficiaire; d'un  fragment  du  Trovatore,  du  deuxième  acte  de  Marlha  et 
du  quatrième  acte  des  Huguenots,  dans  lequel  Mme  Titjens  et  Giuglini 
feront  leurs  adieux  au  public. 

**«  Bruxelles.  —  L'association  des  artistes  musiciens  de  cette  ville  a 
donné  samedi  son  premier  concert  de  la  saison.  La  symphonie  en  la  de 
Beethoven  et  une  ravissante  ouverture  de  Glinka  ont  fourni  à  l'excel- 
lent orchestre,  dirigé  par  M.  Ch.  Hanssens,  l'occasion  de  prouver  qu'il  se 
maintient  toujours  à  la  même  hauteur.  Mlle  Dupuy  et  M.  Jourdan,  du 
théâtre  de  la  Monnaie,  avaient  prêté  le  concours  de  leur  talent—  Le  Con- 
servatoire inaugurerala  salle  de  Concerta  l'ancien  palais  du  prince  d'Orange, 
le  5  janvier  prochain,  par  la  distribution  des  prix  aux  lauréats  du  dernier 
concours.  Peu  après  aura  lieu  dans  la  même  salle  le  premier  concert  de  la 
saison,  dans  lequel  M.  Fétis  fera  entendre  la  première  symphonie  deSchu- 
mann,  encore  inconnue  à  Bruxelles.  •  Au  théâtre  de  la  Monnaie,  après  une 
belle  représentation  de  VElode  du  Nord,  qui  a  eu  lieu  lundi,  les  Dragons 
de  Viltars  ont  été  donnés  mercredi  au  bénéfice  du  baryton  Carman,  qui  y 
remplit  un  de  ses  rôles  favoris.  Hercu'anum  et  le  Domino  noir  ont  complété 
le  répertoire  de  la  semaine. 

./"z  La  Haye.  —  Les  débuts  sont  enfin  à  peu  près  terminés  ;  parmi 
les  plus  heureux  on  cite  ceux  de  Mlle  Esther,  Danhauser  :  c'est  l'une  dos 
meilleures  dugazons  que  nous  ayons  possédées.  Voix  suffisamment  éten- 
due et  d'une  justesse  irréprochable  dans  les  duos,  témoin  celui  cTHaydée 
avec  Mme  Ida  Massy,  qui  a  valu  aux  deux  artistes  un  très-brillant  succès. 

***  Hambourg.  —  On  vient  de  mettre  à  l'étude  l'Exilé,  opéra  de  Munch- 
heimer;  le  sujet  est  tiré  d'une  légende  des  bords  du  Rhin. 

„%  Vienne.  —  S.  M.  l'empereur  d'Autriche  a  ordonné  que  l'exploita- 
tion du  théâtre  impérial  de  l'Opéra  serait  concédée  à  une  entreprise 
particulière.  Les  représentations  seront  limitées  aux  opéras  et  aux  bal- 
lets; l'obligation  do  donner  des  opéras  italiens  est  désirable,  mais  il  n'en 
est  pas  fait  de  conditions  expresses. 

**.,,  Pesth.  —  Au  théâtre  national  on  vient  de  représenter  pour  la 
première  fois  le  Pardon  de  Ploërmel.  Le  succès  a  été  éclatant  et  l'inter- 
prétation de  l'ouvrage  n'a  rien  laissé  a  désirer.  Mlle  Ilollassy  représen- 
tait Dinorah. 

„.*„  Berlin.  —  Les  Dragons  de  Villars  (la  Cloche  de  Vermitè)  attirent  cons- 
tamment la  foule  au  théâtre  Frédéric-Guillaume.  Au  théâtre  royal  on  a 
joué  du  3  au  9  décembre  :  Lucrèce  Borgia,  Malhilde  de  Sabran  et  Senvra- 
mide.  Dans  ces  trois  opéras,  c'est  Aille  Trebelli  qui  a  chanté  le  rôle 
principal.  Quant  à  la  troupe  du  théâtre  Victoria,  elle  n'a  point  représenté 
de  pièces  complètes;  on  prétend  que  Mme  Vries,  â  la  suite  du  procès 
intenté  par  elle  à  l'imprésario  Lorini,  avait  fait  mettre  les  parti- 
tions sous  séquestre  par  voie  judiciaire.  —  La  recette  de  la  cen- 
tième représentation  d'Orphée  aux  enfers,  d'Offenbach,  qui  vient  d'avoir 
lieu,  a  été  destinée  à  procurer  des  étrennes  de  Noël  à  des  familles  pau- 
vres. —  Le  second  concert  d'abonnement  de  Radecke  a  eu  lieu  â  la  salle 
de  l'Académie  du  chant  :  on  y  a  entendu  deux  compositions  inédites  : 
187"  psaume,  mis  en  musiqnepar  Vierling  :  c'est  une  œuvre  remarquable, 
empreinte  d'une  rare  énergie  et  qui  a  fait  une  impression  profonde 
sur  l'auditoire;  l'ouverture  de  Richard  Wuerst,  intitulée  un  Conte,  où  il 
y  a  de  la  verve  et  de  la  fraîcheur,  mais  dont  l'ensemble  n'offre  point 
un  caractère  déterminé. 


,,*,  Leipzig.  —  La  saison  est  en  pleine  activité.  Le  Ier  décembre,  re- 
prise de  Faust,  de  Spohr;  concert  du  Gesangverem  Muller;  le  2  décem- 
bre, troisième  soirée  pour  musique  de  chambre  (Clara  Schumann);  con- 
cert à  l'Académie  de  chant,  où  a  été  exécuté  le  Requiem,  de  Cherubini  ; 
le  3  décembre,  Freischutz,  concert  au  profit  de  la  famille  Zœllner,  avec 
Û25  thalers  de  recette;  le  5  décembre,  la  Flûte  enchantée;  le  6  décem- 
bre, neuvième  concert  du  Gewandhaus,  où  l'on  a  entendu  Marie  Cruvelli. 

„..*„,  Copenhague.  —  /.es  Deux  Journées,  de  Cherubini,  viennent  d'être 
reprises  avec  beaucoup  de  succès.  L'exécution  en  est  fort  remarquable. 
On  répèle  au  théâtre  royal  le  Pardon  de  Ploërmel. 

t%  Milan.  —  Luca  Fumagalti  donnera  son  premier  concert  dans  la 
grande  salle  du  Conservatoire  royal.  Le  programme  est  des  plus  inté- 
ressant :  le  jeune  pianiste  exécutera  un  trio  de  Mendelssohn,  le  Car- 
naval de  Venise,  d'Adolphe  Fumagalli  ,  la  fantaisie  sur  le  Prophète  et 
plusieurs  morceaux  originaux. 


ALPHONSE  SAX  ££ 


(.!U\'!0!l).   —  Neuf  brevets  d'invention  et  de 
ctionnement . 

Instruments  Saxomnitoniqucu.  Invention  a  laquelle  le  Juty  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris  a  consacré  la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel 
[Instruments  de  cuivre),  dont  voici  do  courts  extraits  : 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des  pistons  et  par  une  com- 
binaison nouvelle  des  trous  d'entrée  et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu 
à.  conserver  la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a  d'ailleurs  supprimé 
ou  diminué  considérablement  l'emploi  par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion 
de  ces  deux  perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construction  des  ins- 
truments à  pistons  aux  conditions  normales  de  justesse  et  d'égale  sonorité.  » 
(Page  1333.) 

«  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  principe  de  M.  Alphonse  Sax 
est  en  quelque  sorte  une  création  nouvelle.  C'est  par  e  le  seulement  que  peut 
être  résolu  te  problème  d'une  justesse  paufaite  pour  les  instruments  à 
pistons.  Le  mécanisme  est  partout  de  la  plus  grande  simplicité.  Nous  appelons 
sur  cette  réforme  l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle  est 
radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un  égal  succès  à  toutes  les  voix 
de  chaque  famille;  sopranos,  contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses, 
tous  se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système.  »  (Page  1330.) 
Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en  bois.  Ancien  et  nouveau 
système.  Bue  d'Abbeville,  5  bis,  près  la  place  Lafayette,  à  Paris. 


311  vente  chez  G.  BBASDIJS  et  S.  BUFOBJB,  éili(curs 
103,  rue  de  Richelieu,  au  1er      ,. 


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L'Ambassadrice,  la  Barcarolle,  la  Bergère  châ- 
telaine, les  Chaperons  blancs,  le  Cheval  de 
bronze,  les  Diamants  de  la  couronne,  le  Dieu  et 
la  Bayadore,  le  Domino  noir,  le  Duc  d'Olonne, 
la  fiancée,  Fra  Diavolo,  Haydée,  Lestocq,  la 
Part  du  Diable,  la  Neige,  le  Philtre,  la  Sirène,  le 
Serment,  Zanetta,  Zerline.  —  Chaque,  net  :  15  fr. 

Opéras  : 

La  Muette  de  Portici,  Gustave  III,  le  Lac  des  Fées, 
l'Enfant  prodigue.  —  Chaque,  net  :  20  fr. 


ROSSINI 


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Avec  paroles  françaises  ou  italiennes  et 

allemandes.  Prix  net  :  20  fr. 

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Adam.    Giralda 

—  Le  Postillon  de  Longjumcau  . 

—  Le  Houzard  de  Bcrchipi  ... 

Bach.    La  Passion 

SeetEiovcEt.  Fidelio 

Bellini.   La  Sonnambula  ..... 

-    Norma in-4' 

—  LaStruniora in-4" 

Chcrubini.    Les  Deux  Journées  . 

■ —    Lodoîska 

Devienne.    Les    Visitandines  .    .    . 

Donizetti.  Adelia 

Ernest  M  (duc  de  Saxe-Cobounj)  ■ 

de  Solange 

FIolow.  Marta 

—  Stradclla 

4.1  ii  cS, .   Iphigénie  en  Tauride  .   .   . 

—  Iphigénie  en  Aulide 

—  Orphée •  ■  in-4' 

—  Alceste in-4' 

—  Armide in-4' 


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Diane 
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Wrélrj .    Richard  Cœur-de-Lion   .    . 
BBaléT}1.  La  Fée  aux  roses 

—  La  Dame  de  pique 

—  Guido  et  Ginevra ,. 

—  Le  Guitarrei'o 

—  Le  Nabab 

—  La  Tempesta 

Sa  h  H  L.  ri.  Les  Dragons  de  Villars  . 
MciiiIclssoSiii.   Paulus 


Elie 


Mci-cailniile.   La  Vestale. 

—  Elisa  i  Claudio    .    .    . 
]8fieyer!Be«r.    11  Crociato    . 

—  Margbcrita  d'Anjou   . 
Sïozart.  Clemenza  di  Tito 

—  Cosi  fan  tutte  .... 

—  Don  Giovanni   .... 

—  Il  Flauto  magico.   .   . 

—  Idomeneo 

—  Nozze  di  Figaro   .    .    . 


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Bïozart.  Requiem  et  l'Imprésario,  4",  i 

—  Il  Serraglio in-4°,  i 

Nicolas.    Il   Templario ] 

ÎVicolo.    Cendrillon 

—  Jeannot  et  Colin 

—  Joconde 

IBossiiii.  Le  Siège  de  Corintbe  .   .   .  i 

—  Il  Barbiere in-4",  : 

—  Semiramide in-4°, 

—  Tancredi ia-4°, 

—  Zerlina in-4", 

S*acc!>ini.    OEdipe  ;\  Colone 

—  Dardanus in-4°, 

&polir.  Faust 

Spoutini.  Olimpie  (sous  presse).... 
Thomas  (Ambr.).  Le  Roman  d'Elvire, 
Weber.  Freyscbùtz 

—  Euryante 

—  Oberon 

—  Il  Franco  Arciero in-4°, 

Weisrl.  Emmeline  ......  in-4", 

^'iuter.   Le  Sacrifice  interrompu,  4°, 


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RECUEIL  DE  MORCEAUX  DE  CHANT  DES  PLUS  CÉLÈBRES  COMPOSITEURS  ANCIENS  ET  MODERNES, 
<L  Bassfe  p«5urr   les  iliflVirciipai  voix. 

tS   6<?«»ea?  wesSmaates  brochés  gynati!  j'm-S",  c/iayue  .•   12  fa'.  naeS  ;  —  a*ivSt,esat<paif  reliés  :   SO  fr.  net. 

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CHAQUE  VOLUME  CONTIENT  25  MORCEAUX,  AVEC  PAROLES  FRANÇAISES  OU  ITALIENNES. 

I  VOL.  CONTENANT  60  MORCEAUX  APPROPRIÉS  AUX  EXERCICES  DE  CHANT  DANS  LES  PENSIONNATS 

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BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,   1. 


27e  Année. 


N°  ?>2. 


ON  S'ABONNE  i 

Dans  les  Départements  et  à  l'Étranger,  cher  tous 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  St  aux 
Bureaux  des  Messageries  et  des  Postes. 


REVUE 


23  Décembre  1800. 


PRIX  DE  L'ABONNEMENT: 

Paris 24  fr.  par  an 

Départements,  Belgique  et  Suisse...,     30  •>       id. 


Le  Journal  paraît  le  L>mi;iuclj<;. 


GAZETTE  MUSICALE 


LA   REVUE    ET   GAZETTE    MUSICALE    OFFRE,    A    L'OCCASION    DU    NOUVEL   AN,    COMME 

PfianeS'Éifeunes 


MUSIQUE  DE  PIANO  : 

LES 

ROMANCES  SANS  PAROLES 

Pour  le  Piano, 

DE 

MENDELSSOHN 

Réunies  en  un  volume  in-8° 

(36  morceaux) 


PREMIER  VOLUME  DE  LA  NOUVELLE  PUBLICATION  DU 

RÉPERTOIRE   DE  MUSIQUE  CLASSIQUE  DE  PIANO 


DEUX   BEAUX   PORTRAITS 


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Photographiés    d'après   des  gravures   du 
temps ,  par  Petit  et  Trinquart. 

FORMAT   DIT 

Cartes  de  visite. 


MUSIQUE  DE  CHANT  : 
six 

NOUVELLES  MÉLODIES 

Avec  accompagnement  de  Piano, 
Paroles  de 

VICTOR  HUGO,  TH.  GAUTIER  ET  S.  NIBELLE 

Musique  de 

(2e  série  de  ses  mélodies) 
Formant  un  Album  de  chant,  format  in-â°. 


Des  à  présent,  ces  Primes  sont  remises  aux  anciens  abonnés  qui  renouvellent  leur  abonnement 
et  aux  personnes  qui  en  prennent  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  Lyrique  :  les  Pécheurs  de  Calane,  opéra-comique  en  trois 
actes,  paroles  de  MM.  Cormon  et  Michel  Carré,  musique  de  M.  Aimé  Maillart; 
débuts  de  Mlle  Baretti  et  de  M.  Peschard,  par  Léon  Diirocher.  —  Théâtre 
impérial  Italien:  concert  de  M .  Wekerlin ;  les  Poèmes  de  la  mer,  ode-sym- 
phonie, par  Paul  Smith.  —  Concert  de  Joseph  Wicniawski,  par  Adolphe 
Botte.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THEATRE  LYRIQUE. 

LES    PÊCHEURS    DE   CATANE, 

Opéra-comique  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Cormon  et  Michel 
Carré,  musique  de  M.  Aimé  Maillart. 

(Première  représentation  le  17  décembre  1860.) 
Débuts  de  Mlle  Baretti  et  de  M.   Peschard. 

Quelques  gens  bien  informés,  —  les  gens  bien  informés  savent  tou- 
jours tout  jusqu'à  l'heure  précise  où  l'événement  accompli  vient  dé- 


montrer qu'ils  ne  savaient  rien,  —  avaient  'donné  à  MM.  Cormon  et 
Michel  Carré  un  illustre  collaborateur,  l'auteur  des  Méditations  poé- 
tiques et  de  Jocdyn,  l'historien  des  Girondins  et  des  Constituants, 
M.  de  Lamartine,  rien  que  cela!  Il  est  vrai  que  M.  de  Lamartine  a 
jeté  aussi  sur  le  papier,  à  ses  moments  perdus,  ^quelques  nouvelles 
merveilleuses  de  style,  et  qu'on  ne  lit  qu'avec  une  émotion  délicieuse. 
Grasiella  en  est  une,  et  c'est  justement  Graziella  qu'on  prétendait 
avoir  été  mise  à  contribution  par  les  auteurs  du  livret  de  M.  Aimé 
Maillart.  Il  n'en  est  rien,  Dieu  merci  !  La  robe  virginale  de  Graziella 
n'a  pas  été  chiffonnée  par  la  brutale  main  du  moderne  opéra-comique,' 
Nella,  l'héroïne  du  théâtre  Lyrique,  ne  lui  ressemble  guère,  et  don  Fer- 
nand,  le  séducteur  de  Nella,  n'a  rien  de  commun  avec  le  jeune 
Français  qui,  sans  le  vouloir,  inspire  à  Graziella  l'amour  sans  espoir 
et  sans  remède  dont  elle  meurt.  Le  libretlo  n'a  pris  à  la  nouvelle 
que  le  nom  du  cousin  et  du  prétendu  de  Graziella,  de  ce  bon  Cecco 
qui  est  laid,  malingre,  un  peu  bossu,  mais  qui  a  tant  de  dévouement 
et  dont  l'amour  est  si  désintéressé.  L'amant  méconnu  de  Nella  s'ap- 
pelle aussi  Cecco,  mais  c'est  un  vigoureux  gaillard  dont  le  bras  est 


438 


HEVUE  KT  GAZETTE  MUSiCALE 


aussi  vaillant  que  le  cœur.  ]1  adore  Nella  qui  a  grandi  à  côté  de  lui 
sous  l'humble  toit  de  sa  vieille  mère.  Pourquoi  Nella,  au  lieu  de  l'épou- 
ser, —  et  c'est  assurément  ce  qu'elle  aurait  pu  faire  de  mieux,  — 
s'esl-elle  retirée  tout  à  coup  au  couvent  de  l'Annonciade  sans  rien  dire 
à  personne  des  motifs  d'une  si  étrange  résolution  ? 

C'est  que  sa  mauvaise  étoile  lui  ^  fait  rencontrer  le  seigneur  don 
Fernand,  officier  dans  l'armée  espagnole  qui  occupe  la  Sicile.  Don 
Fernand  lui  a  dit  :  «  je  t'aime!  »  avec  cette  ardeur  fiévreuse  et  cette 
éloquence  entraînante  qu'a  toujours  un  jeune  seigneur  quand  il  s'a- 
dresse à  une  jolie  villageoise.  Mais  quand  la  villageoise  lui  a  dit 
naïvement  :  «  puisque  vous  m'aimez,  allons  trouver  ensemble  M.  le 
curé  qui  nous  mariera,  »  Fernand  a  éludé  la  proposition,  s'est  éloigné 
et  n'a  point  reparu. 

Fernand  est  fiancé  à  une  comtesse  espagnole  dont  je  ne  sais  pas  le 
nom  par  la  raison  toute  simple  que  Fernand,  éLant  son  cousin,  ne  lui 
dit  jamais  que  :  ma  cousine.  Mais  rien  ne  s'oppose  à  ce  que  nous 
l'appellions  Inès.  Inès  est  riche,  elle  est,  je  crois,  nièce  du  gouver- 
neur; c'est  un  grand  parti,  et  Fernand,  qui  est  militaire,  a  de  l'am- 
bition. Pour  satisfaire  à  la  fois  son  amour  et  son  ambition,  il  fau- 
drait qu'Inès  fût  sa  femme  et  Nella  sa  maîtresse.  Déçu  dans  son 
projet  machiavélique,  il  a  mis  provisoirement  une  sourdine  à  son 
amour  et  le  jour  de  son  mariage  est  fixé. 

Nella  est  sur  le  point  d'achever  son  noviciat.  On  lui  donne  trois 
jours  de  congé  avant  qu'elle  prononce  ses  vœux  définitifs.  Elle  descend 
dans  le  village,  elle  revoit  Cecco  plus  épris  que  jamais,  Inès  qui  l'a 
connue,  et  qui  s'intéresse  vivement  à  elle.  Mais  dans  le  tumulte  de  la 
fête  villageoise  et  pendant  qu'elle  anime  les  danseurs  de  sa  voix  et 
de  son  tambour  de  basque,  Fernand  se  glisse  dans  la  foule  et  se  pré- 
sente tout  à  coup  à  ses  yeux.  Elle  pâlit,  elle  chancelle,  la  voix  lui 
manque,  et  l'amour  lui  revient  au  cœur  avec  l'espérance.  Le  soir  Fer- 
nand la  suit  de  loin  à  la  pêche  aux  flambeaux,  lui  tient  le  langage  le 
plus  passionné,  lui  arrache  une  demi-promesse  de  le  suivre,  sans 
qu'elle  songe  même  dans  son  égarement  à  demander  où.  Mais  Cecco 
surprend  ce  dangereux  secret,  et  quand  Fernand  revient  «  aux  grands 
rochers  »  pour  enlever  Nella,  il  est  entouré  par  la  troupe  menaçante 
des  pêcheurs  de  Catane  qui  ont  d'excellentes  raisons  de  haïr  les  offi- 
ciers espagnols.  On  s'empare  de  lui.  Il  servira  d'otage  pour  d'autres 
pêcheurs,  prisonniers  de  la  police  et  des  agents  du  fisc.  Nella,  qui  a 
plaidé  sa  cause  le  mieux  qu'elle  a  pu,  espère  obtenir,  par  l'intercession 
d'Inès,  la  liberté  des  pêcheurs.  En  ce  cas,  Fernand  aussi  sera  libre. 
Dans  le  cas  contraire,  il  périra. 

Les  écrivains  dramatiques  ont  toujours  à  leur  disposition  des  moyens 
expéditifs  d'arranger  les  affaires.  Inès,  qui  attend  son  fiancé  et  s'é- 
tonne fort  de  ne  pas  le  voir,  —  c'est  le  jour  fixé  pour  la  cérémonie, 
—  a  dans  sa  corbeille  de  noces  la  grâce  de  tous  les  prisonniers. 
Fernand  est  donc  bientôt  relâché.  Il  arrive,  et  se  trouve  entre  Inès 
et  Nella.  La  situation  est  connue,  et  l'on  en  peut  d'avance  tracer  le 
programme  :  surprise,  exclamations  qui  révèlent  tout,  vive  indigna- 
tion, reproches  amers...  Un  petit  évanouissement  ne  fait  pas  trop  mal, 
vers  la  fin.  On  répète,  avec  des  variantes  plus  ou  moins  ingénieuses, 
le  célèbre  dialogue  de  la  Muette  de  Portici  •■ 

La  ■princesse  :  Voila  donc  ce  mystère  ! 
Le  prince  :  Oui,  tel  est  ce  mystère  ! 
La  princesse  :  Il  a  trahi  sa  foi  ! 
Le  prince  :  Oui,  j'ai  trahi  ma  foi  ! 
"  Cette  fois-ci,  fort   heureusement,  le  mariage  n'est  pas  encore  ac- 
compli, et  Inès  ne  tient  pas  assez  h  Fernand  pour  ne  pas  être  parfai- 
tement consolée.  Elle    lui   rend   sa  parole  ;  elle  le  décide  à  épouser 
Nella,  sans  se  soucier  du  qu'en  dira-t-on.  Mais,  hélas  !  quand  il  vient 
direà  la  pauvre  fille  :  «Nella,  voici  ma  main»,  Nella,  qui  n'a  pu  résister 
à  tant  de  secousses,  est  en  train  de  rendre  l'âme,  et  lui  répond,  d'une 
voix  éteinte,  par  ce  mot  fameux  qui  a  déjà  accompagné  et  expliqué 
tant  de  catastrophes  :  «  11  est  trop  tard  !  » 


Je  connais  plus  d'un  spectateur  qui  aurait  préféré  im  dénoùment 
joyeux  à  ce  dénoùment  funèbre.  11  était  si  facile  de  sauver  la  vie  à 
Nella  !  Il  n'en  aurait  coûté  à  M.  Cormon  qu'un  trait  de  plume.  La 
chapelle  était  toute  prête,  les  cierges  allumés,  le  prêtre  à  l'autel. 
M.  Maillart  aurait  couronné  sa  partition  d'un  petit  morceau  d'orgue 
approprié  à  la  circonstance,  et  l'on  serait  rentré  chez  soi  l'esprit 
tranquille  et  le  cœur  soulagé,  comme  après  une  foule  d'ouvrages  que 
nous  nous  dispensons  de  citer.  La  conclusion  qu'a  préférée  M.  Michel 
Carré  est  moins  commune,  mais  elle  est  plus  triste. 

Avant  d'expirer,  la  jeune  Sicilienne  a  quelques  accès  de  folie,  — 
folie  intermittente,  passagère,  et  qui  n'amène  aucun  effet  dramatique. 
C'est  dommage  !  La  scène  est  longue,  et  aurait  eu  besoin  d'être  un  peu 
relevée.  Il  nous  semble  que  le  succès  de  l'ouvrage,  qui  d'ailleurs  n'a 
pas  été  contesté  un  seul  instant,  serait  plus  complet  et  plus  durable 
si  L'on  abrégeait  cette  agonie. 

La  pièce  n'est  point  parfaite.  Un  homme  qui  poursuit  à  la  fois  deux 
femmes,  et  qui,  par  conséquent,  ment  à  chaque  mot  qu'il  dit,  n'est 
jamais  bien  intéressant.  C'est  un  rôle  fâcheux.  Ce  défaut  est  heureuse- 
ment racheté  par  le  rôle  de  Cecco,  ce  brave  garçon  dont  la  position 
est  toujours  franche,  la  conduite  toujours  nette,  et  dont  le  dévoue- 
ment survit  à  ses  illusions  et  à  ses  espérances.  Celui-là  est  toujours 
sympathique  au  spectateur. 

Il  y  a,  en  outre,  quelques  rôles  secondaires,  qui  jettent  de  temps  à 
autre  des  lueurs  de  gaieté  sur  le  fond  un  peu  sombre  de  l'action 
principale  :  c'est  Mme  Andréa,  la  cabaretière,  qui  serait  si  aise  d'avoir 
Cecco  pour  mari,  mais  dont  la  passion  n'altère  pas  la  bonté  naturelle, 
et  qui  sauve  sa  rivale  quand  elle  pourrait  la  perdre  ;  c'est  le  niais 
Nasoni,  soupirant  maltraité,  mais  opiniâtre  de  cette  brave  femme  ; 
c'est  le  capitaine  Parpagallo,  qui  a  si  bon  appétit,  qui  est  si  roide,  si 
galant,  et  si  fier  d'avoir  gagné  la  bataille  de  Lépante.  Le.  rôle  d'Inès, — 
j'ai  retrouvé  son  véritable  nom,  qui  est  Carmen,  —  le  rôle  de  Carmen, 
donc,  a  beaucoup  de  grâce.  Carmen  et  Cecco  soutiendront  la  pièce, 
et  la  musique  de  M.  Aimé  Maillart  la  fera  vivre. 

On  retrouve  en  effet  dans  la  partition  des  Pêcheurs  de  Catane 
foutes  les  qualités  qui  ont  fait  le  succès  des  Dragons  de  Villars,  la 
mélodie  naturelle,  abondante  et  distinguée,  l'harmonie  élégante,  l'ins- 
trumentation riche  et  vivement  colorée.  Il  semble  même  qu'à  ce  der- 
nier point  de  vue  l'auteur  soit  en  progrès.  Son  orchestre  a  plus  de 
fermeté,  plus  d'éclat,  plus  de  légèreté  surtout.  Ses  accompagnements, 
très-habilement  travaillés,  aident  le  chanteur  et  jamais  ne  le  couvrent. 
Il  ne  se  laisse  plus  aller  à  ces  détails  parasites  qui  surchargent  le 
tissu  harmonique  et  fatiguent  l'attention.  Il  ne  s'abandonne  jamais  au 
plaisir  décevant  de  développer  mal  à  propos  et  outre  mesure.  Il  est 
sobre,  concis  et  toujours  scénique.  Son  ouvrage  est  très-riche, 
et  si  l'on  voulait  en  apprécier  tous  les  morceaux  l'un  après  l'autre,  il 
faudrait  écrire  un  volume.  Je  me  bornerai  donc  à  indiquer  ceux  qui 
m'ont  paru  faire  sur  l'auditoire  l'impression  la  plus  vive. 

C'est  d'abord  le  chœur  d'introduction  :  Enfants  de  l'Etna.  Il  est 
brillant,  franchement  rhythmé,  et  d'une  harmonie  très-vigoureuse. 
Les  couplets  du  pêcheur  Cecco,  qui  lui  succèdent  et  qui  le  ra- 
mènent, ont  beaucoup  de  couleur  et  posent  bien  le  personnage. 

Le  quintette  qui  suit  est  plein  de  franchise,  de  naturel,  d'élégance 
et  de  légèreté,  de  plus,  très-court,  ce  qui,  tout  bien  considéré,  ne  gâte 
rien.  Un  compositeur  ne  doit-il  pas  s'estimer  très-heureux  quand  il  a 
fait  dire  à  ses  auditeurs:  «  Comment!  c'est  déjà  fini?  quel  dom- 
mage !  »  —  Consolez-vous,  Messieurs,  on  se  fera  un  vrai  plaisir  de 
vous  le  redire  après-demain. 

L'air  où  Nella  expose  qu'elle  n'est  sortie  de  son  couvent  que  pour 
trois  jours  est  remarquable  surtout  par  la  couleur  de  l'accompagne- 
ment, l'habile  emploi  des  instruments  à  vent  et  un  trait  de  violon 
d'un  beau  caractère.  Les  pêcheurs  remplissent  bientôt  la  scène  et  se 
mettent  à  danser.  Le  premier  air  de  danse  a  une  vivacité  de  rhythme, 


DE  PABiS. 


439 


une  légèreté,  un  entrain,  une  élégance  qui  seraient  difficilement  sur- 
passés. 

Le  bal  est  interrompu  par  l'approche  d'un  collecteur  de  taxes, 
escorté  de  soldats  espagnols.  Quand  des  soldats  marchent  sur  le 
théâtre,  l'orchestre  ne  peut  se  dispenser  de  leur  marquer  le  pas.  La 
marche  de  M.  Maillart,  écrite  à  deux  parties,  —  une  basse  qui  ma- 
nœuvre sournoisement  sous  une  dominante  obstinée,  qui  gémit  et  qui 
grince,  —  est  une  véritable  création.  Je  ne  sais  rien  de  mieux  ap- 
proprié à    la  circonstance,  rien    de   plus  expressif. 

La  ballade  chantée  par  Nella,  —  dernier  morceau  du  premier 
acte, —  débute  avec  beaucoup  d'élégance,  mais  elle  finit  par  une  ta- 
rentelle. Cette  tarentelle-là  n'est-elle  pas  un  peu  longue?  Je  m'en 
rapporte  au  goût  de  M.  Maillart  lui-même,  quand,  l'agitation  des  pre- 
mières représentations  étant  calmée,  il  pourra  écouter  son  œuvre  de 
sang-froid. 

Rien  de  plus  gracieux  ni  de  plus  tendre  que  la  romance:  du  serment 
qui  m'engage,  laquelle  ouvre  le  second  acte.  C'est  Fernand  qui  la 
chante.  Malheureusement,  Cecco  vient  à  son  tour  chanter  la  sienne, 
et  fait  oublier  Fernand.  Cecco  commence  à  comprendre  que  les  refus 
de  Nella  doivent  avoir  une  cause,  et  que  cette  cause  ne  peut  être 
qu'un  autre  amour,  un  amour  secret.  «  Je  suis  jaloux,  »  lui  dit-il  en 
homme  surpris  et  épouvanté  de  la  violence  du  sentiment  qu'il  éprouve. 
Ce  sentiment  est  exprimé  par  le  musicien  avec  une  merveilleuse 
énergie,  dans  une  mélodie  large  et  profondément  passionnée.  C'est  un 
des  morceaux  les  plus  remarquables  de  cette  belle  partition. 

Le  finale  du  second  acte,  où  les  pêcheurs  indignés  veulent  tuer  Fer- 
nand, dont  Nella  défend  les  jours  avec  un  indomptable  courage,  a 
fourni  au  musicien  une  belle  occasion  de  montrer  tout  son  talent  pour 
disposer  les  masses  vocales,  et  en  tirer  des  effets  vigoureux  et  saisissants. 
Il  n'y  a  pas  manqué  et,  peu  après,  quand  Nella  s'embarque  avec  Cecco 
sur  la  mer  agitée  par  la  tempête,  il  l'accompagne  par  un  petit  bout 
de  symphonie  descriptive  où  la  flûte,  la  harpe  et  les  cors  marient 
leurs  sonorités  diverses  de  la  façon  la  plus  pittoresque. 

Le  premier  chœur  du  troisième  acte  est  charmant,  et  il  y  a  de  très- 
piquants  détails  d'orchestre  dans  le  quintette,  où  la  duplicité  de  Fer- 
nand étant  enfin  dévoilée,  il  se  décide  à  déclarer  que  son  cœur  ap- 
partient à  Nella.  Il  me  semble  pourtant  que  cette  scène,  qui  est  la 
plus  importante  de  la  pièce,  aurait  pu  être  traitée  par  le  compositeur 
avec  plus  d'ampleur,  de  mouvement  et  de  passion.  11  n'a  pas  ren- 
contré non  plus  d'inspirations  bien  saillantes  dans  la  dernière  scène, 
où  Nella  bat  la  campagne  et  se  débat  contre  la  mort.  Mais  il  a  tant 
donné  jusque-là,  qu'on  aurait  fort  mauvaise  grâce  à  exiger  davan- 
tage et  à  ne  pas  se  déclarer  satisfait.  En  somme,  la  partition  des  Pé- 
cheurs de  Catane  ne  peut  qu'ajouter  encore  à  la  belle  réputation  que 
M.  Maillart  s'est  acquise  par  ses  œuvres  précédentes. 

Les  décors  des  Pécheurs  sont  fort  beaux,  surtout  le  second,  où  l'on 
voit  la  mer  bleue  de  Sicile  bordée,  jusqu'au  bout  de  l'horizon,  par 
une  magnifique  falaise.  Il  faut  louer  l'administration  de  tout  le  soin 
qu'elle  a  pris  et  de  toutes  les  dépenses  qu'elle  a  faites  pour  assurer 
le  succès  de  cet  ouvrage.  Si  les  accessoires  ne  remplacent  pas  le 
principal,  ils  augmentent  certainement  sa  valeur. 

Mlle  Baretti,  qui  a  débuté  dans  le  rôle  de  Nella,  sort  du  Conser- 
vatoire, et  de  la  classe  de  M.  Laget.  —  Très-jolie  figure,  encadrée 
par  une  chevelure  magnifique ,  taille  bien  prise  ,  démarche  pleine  de 
distinction,  voix  fraîche,  limpide,  et  d'une  charmante  sonorité  dans 
l'octave  supérieure.  Le  reste  est  un  peu  faible,  et  se  développera  sans 
doute  avec  le  temps.  Une  cantatrice  ne  peut  avoir  à  dix-huit  ans  ,  et 
le  jour  d'un  début,  ce  qu'elle  aura  plus  tard,  quand  elle  connaîtra 
mieux  sa  salle,  son  public,  et  qu'elle  sera  plus  sûre  d'elle-même.  Elle 
vocalise  avec  autant  de  correction  que  de  facilité,  et  son  style  estfort 
élégant.  Son  succès  n'a  pas  été  un  moment  douteux. 

Il  faut  en  dire  autant  de  M.  Peschard,  élève  de  M.  Révial,  qui  a  une 


voix  de  ténor  d'une  grande  justesse,  d'une  étendue  très-suffisante,  et 
d'un  timbre  délicieux.  Il  a  si  bien  chanté  sa  romance  qu'on  la  lui 
a,  je  crois,  fait  répéter. 

On  a  fait  redire  aussi  à  M.  Balanqué  (Cecco)  sa  jalousie.  M.  Ba- 
lanqué  chante  en  effet  ce  beau  morceau  avec  une  vérité  d'expression, 
une  énergie  d'accent  vraiment  admirables,  et  tout  le  reste  de  son  rôle 
à  l'avenant.  Il  le  joue  en  acteur  intelligent  et  passionné.  On  n'a  plus 
à  lui  reprocher  que  quelques  gestes  mélodramatiques  dont  il  se  défera 
sans  doute,  à  mesure  qu'il  se  convaincra  par  expérience  que  le  na- 
turel et  la  vérité  frappent  plus  juste  que  l'exagération.  Il  a  obtenu 
un  très-beau  succès  dans  ce  rôle  de  Cecco,  dont  la  création  comptera 
certainement  parmi  les  plus  importantes  de  sa  carrière  d'artiste. 

Les  autres  rôles  sont  très-convenablement  remplis  par  Mlle  Faivre, 
Mme  Vadé  et  M.  Girardot.  —  L'orchestre  et  les  chœurs  ne  laissent 
rien  à  désirer,  et  l'on  n'en  finirait  pas  si  on  leur  faisait  tous  les  com- 
pliments qu'ils  méritent. 

Léon   DUROCHER. 


THEATRE  IMPERIAL  ITALIEN 

Concert  «le  M.  Welkerlim.  —  JLes   B'oè'estes  «Se  la  mer, 

o«!e-s>Mï]>li«>nïe. 

Il  y  a  déjà  longtemps  que  M.  Wekerlin  aurait  dû  pouvoir  s'essayer 
dans  le  genre  dramatique  :  il  a  travaillé,  il  est  prêt,  mais  il  n'a  pas 
encore  trouvé  le  mot  cabalistique,  le  sésame  ouvre  toi,  qui  fait  tomber 
tous  les  obstacles.  En  attendant,  il  s'est  réfugié  dans  l'ode-symphonie, 
qui  ne  ferme  ses  portes  à  personne,  et  il  a  écrit  les  Poèmes  de  la  mer, 
la  mer,  cet  autre  Désert  que  sillonnent  des  pèlerins  à  voiles  et  à  va- 
peur. C'est  à  M.  Autran,  le  poëte  marseillais,  qui ,  dès  l'année  1835, 
publiait  un  beau  volume  intitulé  la  Mer,  qu'il  a  emprunté  son  texte, 
ou  plutôt  son  prétexte  musical.  Le  poëte  s'est  défendu  d'avoir  écrit 
un  canevas  lyrique  :  «  M.  Wekerlin,  a-til  dit,  m'ayant  demandé  dans 
»  le  temps  l'autorisation  de  détacher  divers  fragments  des  Poèmes  de 
»  la  mer  et  de  les  disposer  à  sa  convenance  en  forme  de  scénario  , 
»  je  lui  donnai  cette  permission  ,  laissant  son  inspiration  s'exercer 
»  sur  mon  œuvre  en  toute  liberté.  Je  suis  donc  étranger  à  l'arrange- 
»  ment  du  Ubretlo,  et  ne  voudrais  amoindrir  en  rien  le  double  titre 
»  de  M.  Wekerlin,  auteur  de  la  musique  et  ordonnateur  du  poëme.  » 

L'œuvre  du  musicien  se  divise  en  plusieurs  morceaux  ,  tels  que  la 
Naissance  des  vagues,  Rêverie  au  bord  de  la  mer,  le  Départ,  Mer 
calme,  Chanson  d'un  triton,  etc. ,  etc.  :  ce  sont  autant  de  petits 
poëmes  reliés  entre  eux  par  des  vers  déclamés.  Ainsi,  le  premier, 
la  Naissance  des  vagues,  est  annoncé  comme  il  suit  : 

Autour  des  archipels  que  Jehova  découpe. 
Autour  des  continents  qui  se  creusent  en  lit, 
La  mer  monte;  elle  écume,  on  dirait  une  coupe 
Qui  sous  la  main  de  Dieu  s'emplit. 

Et  puis  le  chœur  commence  sur  ces  paroles  : 

Nous  sommes  les  vagues  profondes 
Où  les  yeux  plongent  vainement. 
Nous  sommes  les  flots  et  les  ondes 
Qui  déroulent  autour  des  mondes 
Leur  manteau  d'azur  écumant. 

Toute  réserve  faite  à  l'égard  de  ce  système,  qui  prête  des  senti- 
ments, des  voix  aux  choses  inanimées,  et  dont  M.  Wekerlin  n'est  pas 
responsable,  nous  dirons  que  sa  musique  est  constamment  belle  et 
d'un  caractère  élevé,  plutôt  calme  que  fougueux,  plutôt  gracieux  que 
terrible.  11  a  vu  la  mer  avec  amour  et  non  avec  effroi  :  il  en  a  cou- 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


temple  le  côté  joyeux  de  préférence  au  côté  menaçant,  et  c'est  bien 
de  lui  qu'on  peut  dire  : 

.  1   .  Tibi  rident  œquora  ponti. 

Cependant,  il  y  a  une  tempête  parmi  ses  poëmes  :  comment  s'aven- 
turer sur  la  mer  sans  y  rencontrer  de  tempête  ?  Mais,  à  tout  prendre, 
la  sienne  tient  peu  de  place,  et  n'altère  pas  trop  la  pureté  habituelle 
des  lignes  de  son  tableau.  Pour  nous,  les  plus  heureuses  et  les 
meilleures  cantilènes,  c'est  la  Rêverie  au  bord  de  la  mer,  note  uni- 
que, sous  laquelle  se  balancent  des  dessins  d'accompagnement  déli- 
cieux; ce  sont  la  Mer  calme,  le  Soleil  sur  la  mer,  et  surtout  le 
Cabin-boy,  ou  le  mousse,  et  encore  plus  la  Promenade,  solo  de 
ténor  avec  chœur,  a  bocca  cldusa.  Nous  connaissons  peu  de  mélo- 
dies où  le  bonheur  de  vivre,  de  voir  et  de  sentir  s'exhale  avec  plus 
d'effusion  et  de  charme.  Aussi  l'auditoire  a-t-il  voulu  l'entendre  une 
seconde  fois,  comme  il  avait  déjà  redemandé  un  morceau  ravissant  dit 
par  le  soprano.  Le  soprano,  c'était  une  élève  du  Conservatoire, 
Mlle  Balbi,  jeune  fleur  qui  commence  à  s'épanouir.  Le  ténor,  M.  Félix 
Lévy,  possède  une  voix  tout  à  fait  sympathique,  et  dont  il  se  sert  avec 
beaucoup  d'art;  ce  n'est  qu'un  amateur  encore  :  on  s'en  apercevait 
à  son  émotion  extrême,  et  Mlle  Balbi  ne  s'en  privait  pas  non  plus. 
Belval,  du  grand  Opéra,  chantait  un  air  de  triton,  qui  rappelle  trop 
lepifl  pafl  des  EuguenoU;  Mlle  Karoly,  de  l'Odéon,  récitait  noble- 
ment les  poétiques  intermèdes. 

Avant  les  Poëmes  de  la  mer,  on  avait  exécuté  quatre  autres  pro- 
ductions du  même  compositeur,  une  ouverture,  nne  ballade  orientale, 
une  mélodie  sur  les  stances  de  Gilbert,  Au  banquet  de  la  vie,  une 
scène  avec  chœurs,  Y  Adieu  des  Bohémiens  dans  lequel  il  y  a  certai- 
nement des  choses  originales,  mais  qui  auraient  besoin  d'être  plus 
fortement  rattachées  par  un  fil  commun. 

En  résumé,  la  soirée  a  été  bonne  pour  M.  Wekerlin  ;  sa  vocation 
d'artiste  s'y  est  manifestée  avec  éclat.  On  a  reconnu  en  lui  le  compo- 
siteur formé  à  l'école  d'Haydn,  père  de  toutes  les  odes-symphonies, 
sobre  et  pur  comme  son  maître,  souvent  aussi  mélodieux,  jamais  plus 
hardi  que  lui.  M.  Wekerlin  s'est  de  plus  signalé  comme  chef  d'or- 
chestre, conduisant  avec  netteté,  facilité,  sans  prétention,  laissant 
tous  les  effets  à  l'œuvre,  n'en  réclamant  aucun  pour  sa  personne. 

—  Nous  devons  une  mention  au  concert  annuel  de  la  Société  phi- 
lanthropique savoisienne,  donné  dimanche  dernier  à  l'Hôtel  de  ville. 
Permis  à  un  étranger  de  croire  qu'il  n'y  avait  là  que  des  artistes  de 
premier  ordre.  Nous  qui  savons  que  pour  la  plupart  c'étaient  des 
élèves  du  Conservatoire,  nous  n'y  voyons  qu'une  raison  de  plus  de 
leur  adresser  nos  compliments.  Parmi  les  instrumentistes  se  distin- 
guait M.  Diémer,  l'un  des  derniers  lauréats  du  piano,  élève  de  Mar- 
monlel.  Ensuite  venaient  le  jeune  Fourcade,  enfant  de  douze  ans, 
élève  de  Verroust  et  qui  joue  du  hautbois  comme  un  maître; 
Mlle  Castellan,  autre  virtuose,  élève  d'Alard,  et  qui  a  déjà  remporté 
un  second  prix  de  violon  ;  Verroust  jouait  lui-même  un  solo  de  cor 
anglais,  comme  pour  prouver  qu'entre  les  professeurs  et  les  élèves 
la  distance  était  peu  de  chose.  Pour  la  partie  vocale,  brillamment 
inaugurée  par  la  Société  que  dirige  M.  Batiste,  trois  élèves  de  Revial 
suffisaient  à  la  tâche  :  Mlle  Cico  et  M.  Capoul,  qui  appartiennent  en- 
core au  Conservatoire,  et  M.  Lutz,  qui  serait  digne  d'en  être  si  ses 
études  complètes  lui  permettaient  une  autre  destination  que  celle  du 
théâtre.  Les  accompagnateurs,  M.  Edmond  Duvernoy  et  Mlle  Leclercq, 
ont  aussi  droit  à  leur  part  d'éloges  dans  une  matinée  où  tout  a  fait 
plaisir,  et  la  nombreuse  assemblée  a  su  le  prouver  par  ses  bravos 
et  ses  rappels  toujours  distribués  avec  une  parfaite  justice. 

Paul  SMITH. 


CONCERT  DE  JOSEPH  WIENIAWSKI. 

A  son  concert  donné  mercredi  dans  les  salons  Pleyel-Wolff,  Joseph 
Wieniawski,  le  jeune  et  brillant  pianiste  qui,  comme  son  frère  Henri, 
est  l'un  des  meilleurs  élèves  que  le  Conservatoire  ait  formés,  n'a  pas 
joué  moins  de  huit  soli,  parmi  lesquels  se  trouvait  une  sonate  de  sa 
composition  divisée  en  quatre  parties. 

Malgré  le  concours  aimable  de  M.  Richard  Lindau,  de  Mlle  de  la 
Pommeraie,  qui  a  été  fort  applaudie  dans  les  airs  d'Orphée  et  à'Her- 
culanum,  le  piano  régnait  peut-être  trop  despotiquement.  Après  avoir 
dit  sa  partie  dans  le  beau  trio  en  ré  mineur  de  Mendeîssohn  et  s'être 
particulièrement  distingué  dans  le  scherzo,  merveille  de  mélodie  et 
d'harmonie  où  se  sont  fait  applaudir  aussi  le  violoniste  Armingaud  et 
le  violoncelliste  Lee,  Joseph  Wieniawski  a  fait  entendre  sa  valse  de 
salon,  une  romance  variée,  Souvenir  de  Lublin,  puis  sa  grande  so- 
nate inédite,  œuvre  sérieuse  que  le  jeune  compositeur  soumettait 
pour  la  première  fois  au  jugement  du  public. 

L'auteur  en  a  fait  ressortir  avec  beaucoup  de  talent  toutes  les 
nuances  et  tous  les  aspects.  Dans-  le  scherzo,  notamment,  il  a  mis 
autant  de  feu  ,  de  brio  que  de  netteté  et  de  Dni  ;  mais  quelques  lon- 
gueurs, quelques  répétitions,  surtout  dans  Yadagio,  ont  jeté  un  peu 
d'ombre  sur  les  parties  excellentes,  dont  à  une  seule  audition  plus 
d'un  dilettante  n'a  peut-être  pas  apprécié  toute  la  valeur.  Le  com- 
positeur ne  s'est  montré  ni  absolument  classique,  ni  tout  à  fait  mo- 
derne ;  il  a  tenu  le  milieu  entre  les  formes  des  maîtres,  celles  de 
Weber  surtout,  et  les  formes  de  quelques  musiciens  d'aujourd'hui. 
Pourquoi  Joseph  Wieniawski  abuse-t-il  quelquefois  du  joli  effet  des- 
deux pédales  :  una  corda  ?  Toujours  placé  à  l'aigu,  cet  effet  rappelle, 
il  est  vrai,  les  sons  de  la  harpe;  mais  prolongé  trop  longtemps,  il 
amène  la  monotonie  et  fait  perdre  au  piano  sa  puissance,  sa  diver- 
sité et  son  véritable  caractère. 

Un  Impromptu ,  une  Pensée  fugitive,  qui  nous  a  paru  être  l'une 
des  plus  expressives,  des  plus  exquises  inspirations  de  l'auteur,  et  la 
jolie  valse  de  concert,  bien  connue,  depuis  l'année  dernière,  de 
ceux  qui  aiment  la  musique  brillante  et  colorée  ,  ont  fait  retrouver 
au  jeune  pianiste  toutes  les  vives  sympathies  que  mérite  son  double 
talent. 

Comme  exécutant,  il  a  eu  sa  bonne  part  de  succès.  11  joue  sim- 
plement, sans  manière.  Sous  prétexte  de  sensibilité,  il  n'exagère  rien, 
et  ses  mouvements  lents  ou  vifs,  toujours  bien  suivis,  ne  cahotent  pas 
les  rhythmes  et  les  pensées  par  ce  style  faux  et  prétentieux  qui  fleurit 
dans  plus  d'une  école. 

Moschelès,  dans  son  Hommage  à  Haendel,  a  répandu  à  profusion 
les  plus  heureuses  combinaisons,  les  traits  les  plus  ravissants  ;  il  a 
ménagé  avec  un  grand  art  des  sonorités  si  diverses  qu'elles  rappel- 
lent souvent  une  ingénieuse  instrumentation.  Ça  été  une  fête  pour 
tout  le  monde  d'entendre  ee  duo  à  deux  pianos  :  fête  pour  les  audi- 
teurs, fête  pour  Mme  Massart  qui,  à  côté  de  Wieniawski,  a  déployé 
avec  tant  d'aisance  et  de  grâce  un  si  excellent  sentiment  musical 
qu'on  ne  songeait  plus  au  beau  mécanisme  qui  donne  tant  de  sûreté 
et  de  clarté  à  l'exécution  de  la  charmante  virtuose. 

Adolphe  BOTTE. 


CORRESPONDANCE. 

Bruxelles,  le  15  décembre. 

A  la  séance  du  6  décembre  dernier  de  l'Académie  royale  de  Bel- 
gique (classe  des  beaux  -  arts),  M.  Van  Hasselt  a  lu  le  rapport  sur  le 
projet  de  publication  d'une  traduction  des  œuvres  du  célèbre  musicien 
nivellois,  Jean  Teinturier,  connu  sous  le  nom  de  Tinctoris.  On  se  rap- 
pelle   que  dans  la   séance    précédente    avait   été   déposé  le   manus- 


w 


crit  du  xvc  siècle  contenant  les  onze  traités  de  cet  auteur,  ainsi  que 
la  traduction,  fruit  des  loisirs  du  savant  directeur  de  notre  Conserva- 
toire. M.  Van  Hasselt  et  M.  Snel  avaient  été  désignés  comme  commis- 
saires. Le  premier  s'est  particulièrement  chargé  de  contrôler  la  traduc- 
tion, de  s'assurer  de  la  correction  du  texte;  il  a  apporté  à  l'accomplis- 
sement de  sa  tâche  une  conscience  et  une  érudition  peu  communes, 
même  dans  les  académies.  La  publication  des  écrits  de  Jean  Tinctoris 
intéresse  au  plus  haut  point  l'honneur  national  ;  il  ne  s'agit  de  rien 
moins  que  de  restituer  à  la  Belgique  une  gloire  qu'on  lui  avait  enlevée 
pour  en  parer  l'Italie.  Un  seul  des  onze  traités  de  l'illustre  musicien  a 
été  publié;  mais  il  est  devenu  une  rareté  bibliographique.  Les  autres,  de- 
meurés inédits,  ont  été  copiés  par  les  écrivains  italiens,  auxquels  on  en 
a  fait  honneur.  Il  importe  d'en  donner  une  édition  complète,  d'y  joindre 
une  bonne  traduction,  et  de  mettre  en  notation  musicale  moderne  les 
exemples  intercalés  dans  les  traités;  c'est  ce  qu'a  préparé  M.  Fétis. 
L'importance  des  écrits  de  Tinctoris  avait  déjà  été  reconnue  par  des 
juges  très-compétents.  En  -1812,  la  classe  des  beaux-arts  de  l'Institut  de 
France  avait  déclaré  que  la  publication  de  ces  écrits  intéressait  au  plus 
haut  degré  la  gloire  de  l'école  française,  lisez  belge;  —  mais  à  cette 
époque  nous  faisions  partie  de  l'empire.  —  Cette  déclaration  avait  eu 
lieu  sur  le  rapport  d'une  commission  composée  de  Choron,  Méhul  et 
Gossec.  Les  bouleversements  politiques  qui  suivirent  de  très-près  cette 
résolution  de  l'Institut,  mirent  obstacle  à  la  réalisation  de  la  proposition 
de  ses  commissaires.  Il  appartient  à  la  Belgique  de  reprendre  le  projet. 
Si  la  France  de  18 1 3  pouvait,  en  quelque  sorte,  s'approprier  les  hommes 
nés  sur  le  sol  annexé  à  son  territoire,  à  plus  forte  raison  pouvons-nous 
aujourd'hui  revendiquer  ces  gloires  et  les  honorer  comme  elles  le  mé- 
ritent. La  classe  des  beaux-arts  a  accueilli  par  des  applaudissements  les 
conclusions  de  ses  commissaires.  Elle  demandera  au  gouvernement  d'or- 
donner la  publication  des  œuvres  de  Tinctoris,  avec  la  traduction  de 
M.  Fétis,  laissant  à  l'administration  supérieure  le  soin  de  décider  si  elle 
sera  faite  par  l'Académie,  au  moyen  d'une  subvention  spéciale,  ou  si  elle 
sera  comprise  dans  la  publication  déjà  décrétée  des  œuvres  des  musi- 
ciens belges  du  xv  et  du  xvi°  siècles.  Il  nous  semble  que  ce  dernier  parti 
est  le  plus  rationnel.  Il  serait  convenable  de  rapprocher  la  théorie  de 
l'art  de  ce  qui  en  est  l'application  pratique.  On  prouverait  ainsi  que 
nos  pères  n'étaient  pas  seulement  les  premiers  dans  la  composition  et 
l'exécution  musicales,  mais  qu'ils  ont  devancé  toute  l'Europe  dans  la 
science  de  la  musique. 


NOUVELLES. 

*%  Au  théâtre  impérial  de  l'Opéra,  le  Prophète  avait  attiré,  dimanche 
dernier,  un  nombreux  public  qui  a  chaleureusement  applaudi  Mme  Te- 
desco  et  Gueymard. 

£%  Le  Papillon  et  Sémiramis  ont  été  donnés  lundi,  mercredi  et 
vendredi. 

,„*„,  Vendredi,  la  cantate  de  M.  Théodore  Anne  et  du  jeune  Paladilhe 
accompagnait,  pour  la  troisième  fois,  le  Papillon. 

„**  Aujourd'hui,  la  Favorite,  avec  Mme  Tedesco,  et  demain  Guillaume 
Tell,  avec  Morelli  et  Carlotta  Marchisio. 

***  Les  bruits  qui  avaient  couru  dans  le  monde  et  dans  la  presse  sur 
un  changement  de  direction  à  l'Opéra-Comique  sont  complètement  dé- 
mentis. La  position  du  directeur,  M.  Beaumont,  est  plus  que  jamais  con- 
solidée. 

„*4  Aujourd'hui  dimanche,  pour  la  première  fois,  le  diapason  normal 
sera  mis  en  pratique. 

„*„.  La  première  représentation  de  Barkouf  est  annoncée  pour  demain 
lundi. 

s*„  L'ouvrage  de  Mil.  Scribe  et  Auber  sera  joué  vers  le  15  janvier. 

*%  On  répète  un  opéra-comique  en  trois  actes,  Salvator  Rosa,  dont 
la  musique  est  de  M.  Duprato.  Mlle  Saint  -  Urbain  jouera  dans  cet  ou- 
vrage. 

„,**  Mme  Numa  qui  a  débuté,  il  y  a  huit  jours,  dans  le  Caïd,  est  une 
artiste  habituée  aux  succès.  Elle  a  tenu  le  premier  emploi  dans  plusieurs 
villes  importantes.  C'est  une  élève  de  M.  Piermarini,  et  elle  a  épousé 
M.  Numa  Blanc,  le  célèbre  photographe. 

s*+  Mlle  llcnrion  quitte  l'Opéra-Comique  et  va,  dit-on,  chanter  sur  le 
théâtre  de  Marseille. 

.*.,,.  Au  théâtre  Italien,  le  Barbier,  Sémiramis,  Ernani  et  Rigoletto  ont 
composé  le  répertoire  de  la  semaine.  —  On  répète  activement  un  Ballo 
in  Maschera,  de  Verdi,  dont  le  sujet,  ainsi  qu'on  l'a  déjà  dit,  est  le 
même,  quant  au  fond,  que  celui  de  Gustave  III.  Mais  on  a  transporté 
le  lieu  de  la  scène  en  Amérique  et  substitué  un  gouverneur  au  souve- 
rain suédois,  pour  faire  disparaître  toute  idée  de  régicide.  Mario  joue  le 
rôle  qui  correspond  à  celui  de  Gustave,   représenté  par  Nourrit  dans 


l'opéra  français  ;  Graziani,  celui  qui  tient  la  place  du  personnage  d'An- 
karstroëm,  créé  par  Levasseur.  Mme  Penco  succède  à  Mme  Falcon  dans 
le  rôle  de  la  femme  du  conspirateur  ;  Mme  Alboni  chantera  la  devine- 
resse, créée  rue  le  Peletier,  par  Mme  Dabadie,  et  Mlle  Battu,  le  page 
qui  empruntait  les  trails  de  Mme  Dorus-Gras,  dans  l'ouvrage  de 
MM.  Seribe  et  Auber. 

*%  Au  théâtre  Lyrique,  le  succès  des  Pécheurs  de  Calane  n'a  fait 
qu'augmenter  aux  deuxième  et  troisième  représentations. 

,.**  On  vient  de  mettre  à  l'étude  le  nouvel  ouvrage  de  MM.  Michel 
Carré,  Jules  Barbier  et  Reyer  :  les  Ruines  de  Balbek.  Les  décors  seront 
exécutés  par  MM.  Nolau  et  Rubé,  Cauibon  et  Thierry,  d'après  les  belles 
photographies  de  M.  Maxime  Du  Camp. 

„.**  Le  Rêve  de  Fortunio,  un  acte,  avec  musique  d'Offenbach,  et  les  Mu- 
siciens de  l'orchestre,  opérette  de  Delibes,  Erlanger  et  Hignard,  seront 
joués  aux  Bouffes-Parisiens,  immédiatement  après  Marié  sans  le  savoir, 
dont  on  annonce  la  représentation  pour  cette  semaine. 

***  Le  premier  concert  de  la  Société  du  Conservatoire  aura  lieu  le 
13  janvier.  Parmi  les  œuvres  non  encore  entendues  à  Paris,  qui  doivent 
être  exécutées,  on  cite  la  Symphonie  cantate,  de  Mendelssohn 

„.**  La  Société  des  jeunes  artistes  du  Conservatoire,  sous  la  direction 
de  Pasdeloup  ,  commencera  ses  concerts  le  20  janvier.  Parmi  les  œu- 
vres, nouvelles  pour  son  public,  qu'elle  répète,  nous  remarquons  l'ode- 
symphonie  Faust,  de  Schumann,  et  des  œuvres  symphoniques  de  Gade. 
Struensée,  de  Meyerbeer,  figure  parmi  les  œuvres  déjà  entendues  qui 
seront  répétées. 

.^*t  Mardi,  jour  de  Noël ,  à  10  heures  très-précises  ,  on  exécutera  à 
l'église  Saint-Eustache  la  quatrième  messe  à  grand  orchestre  de  M.  Charles 
Manry.  L'orchestre  et  les  chœurs,  au  nombre  de  deux  cents  artistes,  se- 
ront dirigés  par  M.  Hurand,  maître  de  chapelle  de  la  paroisse.  Le  grand 
orgue  sera  tenu  par  M.  Edouard  Batiste,  professeur  au  Conservatoire 
impérial  de  musique,  organiste  de  la  paroisse. 

„.*,.  Le  jeune  violoniste  Sarasate  vient  d'être  l'objet  d'une  distinction 
toute  particulière.  S.  M.  la  reine  d'Espagne  n'a  pas  trouvé  qu'un  cadeau 
fût  la  digne  récompense  de  cet  enfant  dont  le  talent  honore  son  pays, 
et  elle  lui  a  accordé  la  croix  de  Charles  III,  bien  qu'il  n'ait  que  seize  ans 
d'âge,  et  que  les  statuts  de  l'ordre  en  exigent  vingt  et  un.  Sa  Majesté  a 
cru  pouvoir  faire  une  exception  en  sa  faveur,  parce  qu'il  est  lui-même 
une  exception. 

**.„  Mme  Sanchioli  est  attendue  à  Naples,  et  doit  débuter  dans  le  rôle 
de  Fidès,  du  Prophète. 

,,**  A  la  seconde  matinée  de  Mme  Clara  Pfeiffer,  la  partie  vocale 
était  consacrée  à  l'audition  des  fragments  d'un  opéra  inédit  de  M. 
O'Kelly;  Mlle  Moreau,  M.  Legrand,  du  théâtre  Lyrique,  et  M.  Archain- 
baud,  ont  interprété  ces  morceaux  de  manière  à  prouver  qu'un  grand 
succès  de  salon  n'était  pas  le  seul  qui  leur  fût  dû  ;  des  mélodies  fraî- 
ches et  parfaitement  vocales,  une  inspiration  gracieuse  et  facile 
sont  rares  et  partout  bien  accueillies.  La  partie  instrumentale  compre- 
nait le  trio  en  ré  de  Mendelssohn,  joué  avec  beaucoup  de  verve  et 
de  largeur  par  Georges  Pfeiffer,  MM.  Hammer  et  Rignault  ;  une  sonate 
piano  et  violon,  l'adagio  et  le  finale  d'un  concerto  de  Beethoven  ont 
été  rendus  par  l'éminent  professeur,  Mme  Clara  Pfeiffer,  avec  le  fini 
d'expression  et  de  grâce  que  son  auditoire  privilégié  connaît  ni 
bien.  Un  des  principaux  attraits  de  cette  matinée  était  l'audition 
de  deux  nouveaux  morceaux  inédits  de  Rossini  :  l'un ,  le  Mémento 
quia  pulvis  es,  grande  page  religieuse  digne  du  Stabat  de  l'illustre  maî- 
tre ;  l'autre,  intitulé  :  Assez  de  mémento,  dansons,  charmante  inspiration 
pleine  de  gaieté  et  de  verve  ;  Georges  Pfeiffer  les  a  exécutés  avec  une 
perfection  rare,  et  le  public  les  a  remandés. 

„,*„,  Six  nouvelles  productions  pour  le  piano,  d'Henri  Litolff,  ont  été 
publiées  cette  semaine,  et  déjà  leur  succès  paraît  décidé.  Ces  publi- 
cations auront,  sans  doute,  la  vogue  qui  s'est  attachée  à  la  Chanson  du 
rouet  et  aux  Octaves,  publiés  l'année  dernière,  et  dont  le  succès  est  loin 
d'être  épuisé.  Voici  les  titres  de  ces  nouveaux  morceaux,  dont  nous 
rendrons  prochainement  un  compte  détaillé  :  Ballade,  Valse  élégante, 
Polka  caractéristique,  Souvenance,  Clair  de  lune  et  Impromptu. 

***  Le  1 5  de  ce  mois  le  Cercle  philharmonique  de  Bordeaux  a  donné 
dans  la  salle  Francklin  un  magnilique  concert  dans  lequel  se  sont  fait 
entendre  MM.  Sivori,  Magnus  et  Mme  Viardot.  M.  Magnus  a  parfaitement 
joué  sur  le  piano  sa  grande  fantaisie  sur  les  Huguenots,  morceau  qui  lui 
avait  été  spécialement  demandé,  et  plusieurs  autres  de  ses  composi- 
tions; il  a  obtenu  un  très-brillant  succès  à  côté  de  Mme  Viardot  et  Si- 
vori qui  a  excité  l'enthousiasme  du  public. 

„..*„,  Dans  quelques  jours  paraîtra  une  délicieuse  romauce  de  Mlle  Cé- 
lina  de  Lapommeraye.  Mam'selle  Madeleine,  interprétée  par  son  auteur, 
obtiendra  cet  hiver  un  véritable  succès  de  vogue. 

t\  Bazzini,  le  célèbre  violoniste,  vient  de  donner  à  Rouen  deux 
concerts  qui  ont  été  pour  lui  deux  triomphes,  du  genre  de  ceux  que 
depuis  quelques  années,  il  ne  cesse  d'obtenir  en  France,  en  Italie  et  en 
Allemagne.  Cet  éminent  artiste  avait  eu  déjà,  il  y  a  huit  ans  environ,  de 
magnifiques  succès  à  Rouen,  où  son  nom  et  son  beau  talent  étaient  res- 


hhi 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


tés  en  grande  estime.  Cette  fois,  il  a  été  plus  inspiré  et  plus  fêté  que  ja- 
mais; ce  qui  n'étonnera  personne. 

„*„,  Rémusat,  l'excellent  flûtiste,  est  venu  passer  en  France  quelques 
semaines,  que  ses  fonctions  à  l'orchestre  de  l'Opéra  de  Sa  Majesté  à 
Londres  lui  laissent  libres.  Il  se  rend  à  Bordeaux  où  il  donnera  un  con- 
cert, et  se  fera  ensuite  entendre  a  Paris. 

***  Schulhoff,  l'excellent  pianiste-compositeur,  est  à  Paris  en  ce 
moment. 

***  M.  Léo  Marnet,  auteur  du  Christ  au  roseau,  et  de  Feuilles,  tombez, 
vient  de  publier  deux  nouvelles  mélodies  et  un  duo,  que  nous  retrouve- 
rons bien  certainement  dans  tous  les  concerts  de  la  saison  :  V Abeille  et 
Première  /leur  se  font  distinguer  par  une  mélodie  charmante,  soutenue 
par  un  accompagnement  très-habilement  écrit  ;  l'Enfant,  duo,  se  distingue 
par  les  mêmes  qualités;  nous  les  recommandons  vivement. 

**„  M.  Brisson  est  de  retour  de  ses  excursions  à  l'étranger,  et  se  pro- 
pose de  donner  prochainement  un  concert.  L'excellent  artiste  vient 
d'ajouter  à  la  belle  mélodie  de  Meyerbeer,  le  Moine,  une  partie  d'orgue 
qui  produit  beaucoup  d'effet. 

**.,,  On  annonce  que  M.  le  conseiller  Lueder  aurait  acheté  le  violon 
de  Spohr  au  prix  de  1 ,000  thalers,  pour  en  faire  cadeau  à  l'élève  favori 
du  maître,   le  virtuose  de  la  chambre  du  roi  de  Hanovre,  M.  Koempel. 

.„**  Emile  Forgues  doit  arriver  bientôt  à  Paris,  où  il  fera  entendre  un 
concerto  symphonique  pour  piano  et  orchestre,  ainsi  qu'une  grande  fan- 
taisie de  concert,  sur  des  motifs  du  Stabat  Mater  de  Rossini,  et  plusieurs 
autres  de  ses  compositions  nouvelles. 

„,%  La  charmante  transcription  du  chant  national  namurois  de  Bosset, 
par  Charles  Jeltsch,  vient  d'être  arrangée  pour  musique  militaire,  par 
M.  Bonnet,  chef  de  musique  au  1er  voltigeur  de  la  garde,  et  pour  musi- 
que de  cavalerie,  par  M.  Cressonnois,  chef  de  musique, .au  2e  cuirassiers 
de  la  garde  Le  Bouquet  de  la  fiancée  ainsi  transcrit,  est  une  bonne  fortune 
pour  tous  les  corps  de  musique  de  l'armée. 

t*t  Astre  des  nuits  et  Echos  du  bal,  tels  (.ont  les  titres  de  deux 
charmants  morceaux  de  piano  de  Mlle  Léonie  Tonel  qui  viennent  de 
paraître. 

„**  M.  A.  Vialon,  professeur  de  chant,  'auteur  du  Docteur  Mirobolan- 
pouff,  des  Trompettes  de  Jéricho,  et  de  nombreuses  scènes  bouffes  dont 
nous  avons  constaté  le  succès,  vient  de  composer,  pour  son  album  de 
la  Romance  pour  rire,  huit  nouvelles  œuvres  dans  le  genre  comique.  Les 
paroles  de  ce  joyeux  recueil  sont  dues  à  la  plume  de  MM.  Ch.  Delange, 
Alex.  Flan,  Hipp.  Guérin,  de  Richemont,  Tailliar  et  Francis  Tourte.  Les 
illustrations  portent,  comme  toujours,  la  signature  de  Stop.  Les  Romances 
bouffes  de  M.  Vialon,  interprétées  par  nos  célébrités,  feront  partie  cet 
hiver  de  leur  répertoire  aux  théâtres  et  dans  les  concerts. 

„%  La  musique  facile  et  bien  faite  est  chose  trop  rare  pour  que  nous 
ne  signalions  pas,  dès  son  apparition,  une  très-gentille  fantaisie  militaire 
sur  les  motifs  des  Dragons  de  Villars,  et  due  à  la  plume  habile  de  Vali- 
quet,  l'auteur  ordinaire  et  extraordinaire  de  tous  les  commençants. 

**„,  L'album  posthume  de  L.  Abadie  est  mis  en  vente  chez  l'éditeur 
Challiot. 

2*2  Clavier  déliateur,  tel  est  le  nom  d'un  instrument  aussi  ingé- 
nieux qu'utile,  inventé  par  M.  Joseph  Gregoir,  le  pianiste-compositeur 
belge.  Si  le  mot  déliateur  n'est  pas  français,  on  ne  le  comprendra  pas 
moins,  car  l'étymologie  en  est  suffisamment  claire  et  en  fait  deviner  la 
portée.  Il  s'agit,  en  effet,  d'un  clavier  qui  sert  à  délier  les  doigts.  Quelques 
explications  le  prouveront  jusqu'il  l'évidence.  L'instrument  consiste  en  un 
clavier  de  piano  de  huit  touches,  —  cinq  touches  blanches  et  trois  tou- 
ches noires.  A  chacune  de  ces  touches  est  adapté  un  ressort,  auquel  on 
peut,  au  moyen  d'un  mécanisme  des  plus  faciles,  donner  divers  degrés 
de  force.  11  en  résulte  que  plus  la  résistance  du  ressort  est  forte,  plus 
aussi  les  doigts  éprouvent  de  peine  à  faire  mouvoir  les  touches  ;  un 
travail  de  dix  minutes  des  cinq  doigs  sur  ce  clavier  leur  donne  une 
souplesse,  un  délié,  que  n'obtiendraient  pas  deux  heures  de  travail  sur  un 
piano  ordinaire.  Le  toucher  de  chacune  des  touches  du  Clavier  déliateur 
pouvant  être  rendu  plus  ou  moins  léger,  on  pourra  travailler  séparé- 
ment les  doigts   les  plus  faibles. 

.,.%  Un  chanteur  célèbre  en  son  temps,  le  ténor  Herrmann  Breiting,  vient 
de  mourir  à  l'âge  de  cinquante-sept  ans.  Pendant  vingt  ans  il  a  fait  partie 
du  personnel  de  l'Opéra  de  Darmstadt;  mais  les  cinq  dernières  années,  le 
pauvre  artiste  les  a  passées  à  l'hospice  des  aliénés,  à  Hofheim,  où  il  est 
décédé  le  5  décembre  dernier. 


CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 


j*-„  Berlin.  ■ — Les  principales  représentations  du  9  au  10  décembre  ont 
été:  au  théâtre  royal  de  l'Opéra,  celles  d'Armide,  de  Gluck,  avec  Mme 
Kœster;  du  Trovalore,  de  Verdi,  avec  Mlle  Trebelli  ;  de  laFlûte  enchantée, 
de  Mozart,  et  delà  Traviata,  pour  le  début  de  Mlle  Brunetti,  qui  y  a  ob- 


tenu un  immense  succès.  Mlle  Trebelli  chantait  le  rôle  de  Gaston  en  y  in- 
tercalant l'air  du  page  des  Huguenots. — Au  théâtre  Victoria,  Norma,  Ma  thilde 
de  Shabran  ;  dans  les  deux  pièces  les  principaux  rôles  ont  été  chantés  par 
Mme  Lagrange  et  Mlle  Artot;  Rigoletto,  de  Verdi,  par  Mme  Lagrango.  A 
l'Académie  royale,  tableaux  transparents  avec  accompagnement  de  chant 
par  le  Domchor  :  Adoration  des  bergers,  adoramus  par  Corsi;  le  Christ 
et  le  tentateur  au  désert,  miserere  de  Pisari;  les  deux  Marie  au  saint  sé- 
pulcre, alla  trinila  (1540)  ;  Victoire  de  l'Ange,  Sanctus  Dominus,  du  comte 
de  Rœdern.  —  Parmi  les  nombreux  concerts  de  la  saison  nous  signalons 
avant  tout  la  fête  commémorative  en  l'honneur  de  feu  Rellstab,  dont 
voici  le  programme  :  Ouverture  de  Didon,  par  Klein;  le  texte  de  l'opéra 
est  de  Rellstab;  prologue,  par  Kœster;  marche  funèbre,  de  Beethoven; 
Requiem  de  Mozart. — Le  concert  de  la  société  Bach  offrait  par  la  compo- 
sition de  son  programme  un  haut  intérêt  pour  les  amateurs  de  musique 
religieuse.  La  Passion,  de  Schutz.  le  plus  remarquable  parmi  iescompositeurs 
allemands  de  musique  d'église  au  xvnc  siècle,  composition  dont  la  forme 
se  rapproche  de  celle  de  V Oratorio,  mérite  d'être  mise  en  parallèle  avec 
les  œuvres  de  son  maître  Gabrieli  ;  la  cantate  de  Bach  :  Re-te  auprès  de 
nous,  car  le  soir  approche,  n'avait  pas  encore  été  exécutée  à  Berlin.  La 
composition  du  même  maître  ,  Mon  âme  était  triste,  est  une  espèce  d'o- 
ratorio, dont  les  chœurs,  de  formes  très-diverses,  ont  produit  une  im- 
pression profonde. 

.  ***  Carlsruhe.  —  A  l'occasion  de  l'anniversaire  de  la  naissance  du 
grand-duc,  le  théâtre  de  la  cour  a  donné  une  belle  représentation 
d'Orphée,  de  Gluck.  On  avait,  par  quelques  coupures,  réduit  la  pièce  en 
un  acte,  innovation  qui  n'est  pas  heureuse. 

*%  Leipzig.  —  Clara  Schumann  a  donné  dans  la  salle  du  Gewandhaus 
une  soirée  où,  comme  toujours,  la  célèbre  pianiste  a  été  admirable,  soit 
en  exécutant  un  trio  de  Beethoven  avec  MM.  David  et  Davidoff,  une  so- 
nate de  Mendelssohn  avec  M.  Davidoff,  ou  en  jouant  solo  une  sarabande 
et  gavotte  de  Bach,  et  une  ballade  de  Chopin. 

2*2  Vienne.  —  On  pense  généralement  qu'il  sera  difficile  de  trouver 
un  imprésario  pour  l'exploitation  du  théâtre  de  l'opéra  de  la  cour;  non- 
seulement  il  devra  fournir  un  cautionnement  de  60,000  florins,  mais,  de 
plus,  il  sera  tenu  de  conserver  tous  les  artistes  attachés  à  cet  établisse- 
ment, qui  ont  été  engagés  la  plupart  à  des  conditions  très-onéreuses. 
Le  ténor  Wachtel  nous  quitte;  le  jeune  artiste  s'est  décidé  à  partir  pour 
Londres.  Au  Karl-Theater ,  la  Poupée  de  Nuremberg,  d'Ad.  Adam,  a  eu 
beaucoup  de  succès. 

***  Bruges.  —  M.  Pages,  baryton,  a  été  admis  après  son  second  début, 
sur  la  demande  de  la  direction,  afin  de  faciliter  et  d'activer  les  études 
du  Pardon  dePloërmel.  Tout  fait  espérer  maintenant  que  le  nouvel  opéra 
de  Meyerbeer  pourra  être  représenté  très-prochainement.  —  Dans  un 
intermède  musical  on  a  beaucoup  applaudi  Mme  Mathilde  d'Orban,  qui 
a  exécuté  sur  le  piano  une  très-belle  fantaisie  sur  le  quadrille  des  pati- 
neurs, du  Prophète. 

t\  Saint  Pétersbourg,  3/15  décembre.  —  C'est  Mme  Ristori  qui  a  inau- 
guré la  réouverture  des  théâtres.  Pour  la  première  des  vingt- quatre  re- 
présentations qu'elle  doit  donner,  elle  a  joué  Médée  avec  un  succès 
étourdissant.  La  reprise  du  Pardon  de  Ploërmel  aura  lieu  le  10/22,  avec 
Mlle  Fioretti,  qui,  à  la  répétition  d'hier,  a  chanté  dans  la  perfection  le 
rôle  de  Dinorah.  Ceux  d'Hoël  et  de  Corentin  sont  restés  à  Debassini  et 
à  Calzolari,  et  comme  ils  les  possèdent  beaucoup  mieux  que  l'année 
dernière,  où  les  répétitions  avaient  été  insuffisantes,  cette  reprise  paraît 
destinée  â  un  brillant  succès. 

„*„  Naples,  1 6  décembre.  —  Hier  soir  San-Carlo  a  été  le  théâtre  des 
plus  déplorables  scènes,  Après  avoir  supporté  un  mauvais  ballet,  accueilli 
par  des  huées  et  des  sifflets,  on  a  donné  un  faible  opéra,  il  Folletto, 
dont  le  premier  acte,  exécuté  par  les  plus  mauvais  artistes,  a  été 
sifflé  unanimement.  La  surintendance  a  empêché  de  continuer  le  spec- 
tacle. La  foule  est  montée  sur  les  bancs,  a  envahi  l'orchestre  et  la  scène 
aux  cris  de:  A  bas  la  surintendance l  Pendant  deux  heures,  San-Carlo  a 
offert  les  scènes  les  plus  scandaleuses.  Ce  n'est  qu'à  onze  heures  et  demie 
que  la  foule  a  consenti  à  évacuer  la  salle  en  demandant  éuergiquement 
le  changement  du  surintendant.  San-Carlo  va  rester  fermé,  assure-t-on, 
jusqu'à  ce  qu'on  ait  pu  réorganiser  ce  théâtre. 

2*j,  Madrid.  ■—  Pour  procurer  à  Fraschini  un  peu  de  repos,  Morini 
s'est  chargé  du  rôle  de  Gennaro  dans  Lucrezia,  et  sa  charmante  voix,  son 
expression  sympathique  lui  ont  valu  d'unanimes  bravos.  Mme  Charton- 
Demeur  est  de  plus  en  plus  en  faveur  auprès  du  public  madrilègne. 

„%  New-York.  —  La  déconfiture  de  l'opéra  italien  se  coufirme; 
la  grande  ville  n'aura  pas  d'opéra  cette  année  !  Les  concerts  de 
virtuoses  sont  chose  rare;  la  Société  philharmonique  et  les  deux 
Sociétés  de.quatuor  subsistent  seules.  Le  Liederkranz,  sous  la  direction 
de  Paur,  est  une  société  vocale  peut-être  unique  dans  le  monde  :  elle 
se  compose  de  cinq  cents  membres  et  possède  un  chœur  mixte  qui  fait 
merveille.  Ou  vient  d'y  mettre  â  l'étude  le  Paradis  perdu,  oratorio  de 
Rubinstein. 


DE  PARIS. 


443 


EN    VENTE    CHEZ  G.    BRANDUS   ET   S.   DUFOUR,    ÉDITEURS,    103,    RUE   DE   RICHELIEU    AU    I". 

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RÉPERTOIRE    DES 

CHEFS-D'ŒUVRE  LYRIQUES 

PARTITIONS  POUR  CHJLNT  ET  PIAISO,    FORMAT  IN  -  8°. 


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ROBERT  SiE    DIAÏBX1. 

Avec  paroles  françaises  ou  italiennes  et 
allemandes.  Prix  net  :  20  fr. 

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LE  PROPHETE 

Prix  net  :  20  fr. 

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LE  PARDON   DE   PLOERMEL 

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Adam.    Giralda net. 

—  Le  Postillon  de  Longjumeau  .   .  net. 

—  Le  Houzard  de  Berchini  ....  net. 

Bach.    La  Passion net. 

Beethoven.   Fidelio net. 

Bellini.   La  Sonnambula net. 

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Clierubiiiî.    Les  Deux  Journées  .    .  net. 

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Devienne.    Les   Visitandines  ....  net. 

Donizetlï.  Adelia net. 

Ernest  II  (duc  de  Saxe-Cobourg) .    Diane 

de  Solange net. 

Flotow.  Marta net. 

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Gluck.    Ipbigénie  en  Tauride   ....  net. 

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Opéras-Comiqaes  : 

L'Ambassadrice ,  la  Barcarolle ,  la  Bergère  châ- 
telaine ,  les  Chaperons  blancs,  le  Cheval  de 
bronze,  les  Diamants  de  la  couronne,  le  Dieu  et 
la  Bayadère,  le  Domino  noir,  le  Duc  d'Olonne, 
la  Fiancée,  Fra  Diavolo,  Haydée,  Lestocq,  la 
Part  du  Diable,  la  Neige,  le  Philtre,  la  Sirène,  le 
Serment,  Zanetta,  Zerline.  —  Chaque,  net  :  1 5  fr. 

Opéras  : 

La  Muette  de  Portici,  le  Lac  des  Fées,  l'Enfant 
prodigue.  —  Chaque,  net  :  20  fr. 


Sirétry.   Richard  Cœur  de  Lion   .    .    .   net. 

SBalévy.  La  Fée  aux  roses net. 

■ —    La  Dame  de  pique net. 

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Slcndelssohn.   Paulus net. 

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Mcrcailante.  La  Vestale.   .   .  iu-4°,  net. 

—  Elisa  i  Claudio in-4°,  net. 

Meyerbeer.   Il  Crociato   .    .    .  P  .    .  net. 

—  Margherita  d'Anjou net. 

Mozart.  Clemenza  di  Tito  .   .  in-4°,  net. 

—  Cosi  fan  tntte in-4°,  net. 

—  Don  Giovanni in-4°,  net. 

—  Il  Flauto  magico in-4°,  net. 

—  Idomeneo in-4°,  net. 

—  Nozze  di  Figaro iu-4°,  nat. 


EOSSÏNI 

GUILLAUflE  TELL 

Avec  paroles  françaises  ou  italiennes  et 
allemandes.  Prix  net  :  20  fr. 

ROBERT    BRUCE 

Paroles  françaises.  Prix  net  :  20  fr. 

MOÏSE 

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LE    COMTE    ORT 

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iVicolaï.    Il   Templario 

.^ïicolo.    Cendrillon ne 

—  Jeannot  et  Colin ne 

—  Joconde ne 

ESossini.  Le  Siège  de  Corinthe  .    .    .  nei 

—  Il  Barbiere in-4°,  ne' 

—  Semiramide in-4°, 

—  Tancredi ia-4% 

—  Zerlina in-4%  ne 

Siacchiui.   OEdipe  à  Colone ne' 

—  Dardanus in-4°,  ne 

Spohr'.  Faust nei 

ttpoiitini.  Olimpie  (sous  presse)..., 
Thomas  (Amb\).  Le  Roman  d'Elvire,    ne 
Y^"eb«r.  Freyschùtz 

—  Euryaute ne 

—  Oberon ne 

—  Il  Franco  Arciero in-4° 

Weigï.  Emmeline in-4",  ne 

Winter.  Le  Sacrifice  interrompu,  4°,  ne 


RÉPERTOIRE  DU  CHANTEUR 

RECUEIL  DE  MORCEAUX  DE  CHANT  DES  PLUS  CÉLÈBRES  COMPOSITEURS  ANCIENS  ET  MODERNES, 
Classés  pour   les  différentes  voix. 

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CHAQUE  VOLUME  CONTIENT  25  MORCEAUX,  AVEC  PAROLES  FRANÇAISES  OU  ITALIENNES. 


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EDITION  DE  LUXE. 


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16  volumes  brochés,  prix  net  :  120  fr. 

Collection  de  ses  trios,  quatuors  et  quintettes  p.  instruments  àcordes,  net  :  '60  fr. 


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Trios,  quatuors  et  quintettes  pour  instruments  à  cordes,  net  :  40  fr. 


1/édHion  originale  des  œuvres 
pour  le  piano,  de 


UlOil 


sans  changements  ni  additions. 

Publiée  d'après  les  épreuves  corrigées  par  l'auteur. 


Portraits-caries  de  visite  de  douze  compositeurs  célèbres 


Ad.  Adam.  ICherubinî. 

Beethoven.  |  Donizetti. 

Chaque,  net  :  1  fr.  50. 


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I  Mendelssohn .       |  Mozart .  |  Schubert .  |  Weber , 

(Photographies  de  Pierre  Petit  et  Trinquart.)  —  Les  12  portraits  réunis,  net  :  16  fr. 


hkh 


HEVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE  DE  PARIS. 


Chez  E.  GÉRARD  et  Cic,  éditeurs  (ancienne  maison  MEISSONNIER),  rue  Dauphine,  18,  à  Paris. 

EST    VEKIE 

Œuvres  pour  Piano  de 


1ÎLH 


NOUVELLEMENT  PARUES  : 
Souvenirs  «le  Saint-Pétei'sbotu'g,  op.   50   ...    .      7  50     |    Allegro,  op.  51. 


7  50 


Op.  10.  Caprice  sur  des  airs  bohémiens 
Op.  11.  Nocturne  (déd.  à  Mme  Mercier) 

Op.  12.  Le  Tournoi,  étude 

Op.  26.  Cantabile 

Op.  27.  Trois  Idylles  :  1.  Près  de  la 
fontaine.  2.  Dans  les  bois.  3.  Diman- 
che matin 

Op.  28.  Souvenirs  de  Vienne,  nocturne 
Op.  30.        ld.     de  Varsovie,  mazurka 

(chantée  par  Mlle  de  Lagrange) 

Op.  31.  Caprices  sur  des  thèmes  hongrois 

Op.  3i.  Tarentella 

Op.  35.  L'Ondine,  idylle 

Op.  36.  Trois  idylles:   1.  Doux  repro- 
che. 2.  Etoile  du  soir.  3.  Le  Ruisseau. 
Chaque. .. 


Op.  37.  Sonate  en  fa  mineur 12    » 

Op.  33.  Grande  marche 9     » 

Op.  39.  Souvenirs  de  Kieff,  mazurka. .     S     » 

Op.  40.   Quatrième  nocturne 5     » 

Op.  41.  Ballade 6     » 

Op.  42.  Aubade 6    » 

Op.  Zi3.  Auprès  du  berceau,  1  et  2...     7  50 

Menuet  de  Mozart,  transcrit 4  50 

Prière h  50 

Six  transcriptions  en  trois  livres  : 
1"  livre,  Haydn. 

1 .  Largo  de  la  symphonie  en  ré. 
.     2.  Menuet  du  quatuor  en  fa. 
2°  livre,  Mozart. 

3.  Adagio  du  quatuor  en  si  bémol. 

h.  Menuet  du  quatuor  en  ré. 


3e  livre,  Beethoven  . 
5.  Scherzo  de  la  8e  symphonie. 
(3.  Scherzo  de  la  S*  symphonie. 

Chaque  livre.. .     7  50 

44 .  Polonaise 7  50 

45.  Chants    d'amitié  :•  1.    Elégie.  ■ 
.  Toast.  3.  Promesse......  Chaque    4  50 

Les  trois  réunis. ...    9    » 

46.  Morceau   caractéristique    sur 
des  motifs  bohémiens 7  50 

Op .  47 .  Caprice 9     » 

Op.  48.  Troisième  valse  brillante 7  50 

Op.  49.  Trois  poèmes  lyriques  : 

1 .  Souvenir  de  Venise 5     » 

2.  Andantino  grazioso 6    » 

3 .  Impromptu  lyrique 4    » 


Op. 


Étrennes  Musicales  pour  1861. 


ALBUM  DE  CHANT 

10  Romances,  Mélodies,  Chansonnettes,  etc., 

PAROLES  DE  CE.  DELANGE,  J.  BERTRAND  ET  DE  RICHEBOURG 

Musique  de 

'KJieiuie  Arnaud 

Avec  frontispice  de  Barbizet,  dessins  de  C.  Nanteuil,  Telory  et  V.  Coindre 
Richement  relié.  —  Prix  net  :  12  fr. 


ALBUM  DE  PIANO 

6  morceaux  de  divers  genres ,  par 

LEFÉBURE-WÉLY 

Dessins-titres  par  Barbizet.  —  Richement  relié.  —  Prix  net  :  15  fr. 


,&,  £a  2 17  HS    W>M    5AIS1 

Dessins  par  Slop,  Victor  Coindre,  Rambert  et  J.  Marre. 
Richement  relié.  —  Prix  net  :  1 2  fr. 


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Georges  Mathias,  chaque  symphonie  séparée,  p.  m.  10 

Les  six  en  un  volume  broché  .       net.  15 

ld.     en  album  riche. net.   18 

Bugnrtl.  Ondine,  rêverie  pour  piano 6     i  ] 

Fcrlus.  Regrets,  rêverie  pour  piano 5    »   | 

ld.       Une  Pensée û  50   ' 


AI.  Artns.   La  Dame  de  Monsoreau,  quadrille k  50 

ld.  id.  polka-mazurka 3     » 

Falarbnani.  //  pleut  Bergère,  quadrille  très- facile U  50 

E.e  Corlieïllcr.  La  Monaco,  quadrille 4  50 

F.  aiaslni.  Discrétion,  romance 2  50 

ld.       Lève-toi,  romance 2  50 

ld.      Prière  d'une  Hirondelle,  romance 2  50 


Nouveau  Répertoire  des  célébrités  chantantes,  Paris,  chez  A.    VIALON,  compositeur,  rue  Vivienne,   rotonde  Colbert ,  escalier  E. 

LA  ROMANCE  POUR  RIRE 


ALBUM    DE 


8  Romances  bouffes,  musique  de 


A.  VIALON 


avec  accompagnement  de  Piano, 


Paroles  de  MM.  Ch.  Delangc,  Alex.  Flan,  Hippolyte  Gucrin,  Eug.  de  Richemont,  Emile  Tailliar  et  Francis  Tourte, 


DESSINS  DE 


STOP 


ET  A.  VIALON. 


L'Heureux  particulier,  aspirations  ...     2  50 

Un  Cœur  de  Maire,  souvenirs 2  50 

A  la  Correctionnelle,  scène 2  50 


Le  Revers  des  maximes,  morale  en  action. 

Le   Biberon  musical,  prime  offerte  aux 

abonnés  du  Journal  de  la  Musique  eu  chiffres .  . 


2  50 


Requête  au  Loup-Garou  (soprano),  naïveté .     2  50 

Un  Dinar  à  la  Folbiche,  étude 2  50 

Une  Volonté  de  fer,  chansonnette 2  50 

L'Album  broché,  net:  6  fr.  —  Cartonné,  net:  7  fr. 

DERNIÈRES  CHANSONNETTES  DE  A.  VIALON: 

L'Histoire  d'un  nez.  —  Amour  et  mal  de  dents.  —  Au  chatl  au  chatl  —Le  Diable  en  jupons.  —  Les  Trompettes  de  Jéricho.  —J'ai  si  bien  dîné!  ■ 
Sur  un  arbre  perché.  —  Le  petit  ànon  gris.  —  Chemise  d'un  homme  heureux.  —  L'Art  d'élever  ses  enfants.  —  Le  Roi  de  la  rampe.  — 
Plus  d'accidents  I  —  Les  Dîners  pour  tous.  —  Un  mari  Ci  la  tartare.  —  Le  Docteur  Mirobolanpouff.  —  Le  parfait  Jardinier. 

ES5  MOTIFS  DE  A.  VIALON, 

(Exécutés  et  bissés  au  concert  de  l'Association  dos  Sociétés  chorales  de  Paris.) 


50 


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(Exécutés  à  gd  orchestre  et  bissés  aux  bals  de  l'Opéra,  Hôtel  de  ville,  Valentino,  etc. 
STRAUSS.  Le  Docteur  Mirobolanpouff,  quadrille  pour  piano.   .     4  50 

—         Le  Roi  de  la  rampe,  id 4  50 

MAKX.  .  .  Les  Trompettes  de  Jéricho,  id h  50 

Les  mûmes  pour  orchestre   prix  net  :  75  c.  chacun. 


A.  viAliOX.  Quadrille  pour  rire,  à  4  voix  d'homme,  sans  accomp. 

—  La  Danse  pour  tous,  id.  ici. 

ob  wii.i.i:  (Laurent).  L'Orphéon  au  bal,        id.  id. 

Chaque  quadrille  en  partition,  net  :  75  c.  —  Chaque  partie  séparée,  net  :  15  c. 


l'ARIS.—  IMPRIMERIE  < 


U4IX  ET  C,  RUE  DERGÉRE,  20. 


BUREAUX  A  PARIS  :  BOULEVARD  DES  ITALIENS,  î. 


27e  Aimée. 


ON  S'ABONNE  : 

T)an9  les  Départements  et  à  l'Étranger,  chez  ( 
les  Marchands  de  Musique,  les  Libraires,  2t 
Fuream  des  messageries  et  des  Postes. 


N°  53. 


REVUE 


30  Décembre  1800. 


PRIX  DS  L'ABONNEMENT  : 

pnr;s  24  fr  par  f 

Déportemenls,  Belgique  et  Suisse...      30.        id. 

Étranger 3'  "       id- 

Lu-  Journal  parait  le  Dimanche. 


GAZETT 


SICALE 


mm   jparïi 


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LA    REVUE    ET    GAZETTE    MUSICALE    OFFRE,    A    L'OCCASION    DU    NOUVEL    AN,    COMME 

Primes-ÉËtrennes 

MUSIQUE  DE  CHANT  : 


MUSIQUE  DE  PIANO  : 

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(36  morceaux) 


PREMIER    VOLUME    DE    LA    NOUVELLE    PUBLICATION    DU 

RÉPERTOIRE   DE  MUSIQUE  CLASSIQUE  0E  PIANO 


DEUX   BEAUX   PORTRAITS 


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Photographiés    d'après    des   gravures    du 
temps  ,  par  Petit  et  Trinquart. 

FORMAT    DIT 

Cartes  de  visite. 


NOUVELLES  MELODIES 

Avec  accompagnement  de  Piano, 
Paroles  de 

VICTOR  HUGO,  TH.  GAUTIER  ET  S.  NIBELLE 

Musique  de 

(2e  série  de  ses  mélodies) 
Formant  un    41  bu  m  de  chant,  format  in-4°. 


Dés  à  présent,  ces  Primes  sont  remises  aux  anciens  abonnés  qui  renouvellent  leur  abonnement 
et  aux  personnes  qui  en  prennent  un  nouveau. 


SOMMAIRE.  —  Théâtre  impérial  de  l'Opéra-Comique  :  Barkouf,  opéra  bouffe 
en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Scribe  et  H.  Boisseaux,  musique  de  M.  J.  Of- 
fenbach,  par  B.  A.  B.  Saint-YTes.  —  Messe  de  M.  Charles  Manry,  par 
Adolphe  Botte.  —  Ilevue  critique,  par  le  même.  —  Revue  des  théâtres,  par 
B.  A.  B.  Saint-Yves.  —  Nouvelles  et  annonces. 


THÉÂTRE  fflPÉRIAL  DE  LOPÉRÂ-COMQUE. 

BARKOUF, 

Opéra  bouffe  en  trois  actes,  paroles  de  MM.  Scribe  et  H.  Boisseaux, 
musique  de  M.  J.  Offenbach. 

(Première  représentation  le  24:  décembre  1860.) 

Le  voilà  donc  enfin  ce  fameux  Barkouf  dont  on  a  tant  parlé  avant 
sa  représentation,  et  que  les  difiicultés  produites  par  les  indisposi- 
tions soudaines  de  Mme  Ugalde  et  de  Mlle  Saint-Urbain  ont  si  long- 


temps retardé  !  De  tels  préliminaires  étaient  bien  dignes  d'un  victo- 
rieux dédommagement.  Que  ne  nous  est-il  permis  de  constater  ce 
résultat  sans  faire  aucune  réserve!  Malheureusement  nous  devons  la 
vérité  aux  auteurs  de  Barkouf,  qui,  du  reste,  ont  assez  souvent  sa- 
vouré les  douceurs  de  la  louange  pour  pouvoir  aisément  se  résigner 
aux  inconvénients  de  la  critique. 

Et  tout  d'abord  nous  éprouvons  un  étrange  embarras  pour  raconter 
les  péripéties  de  cette  pièce  que  l'affiche  qualifie  de  bouffonne.  Si  le 
lecteur  ne  rit  pas,  tout  naturellement  il  nous  accusera  d'en  dénaturer 
le  sujet;  mais  à  cela  nous  répondrons  que  le  public  n'a  pas  beau- 
coup ri  non  plus,  ce  qui  allège  tant  soit  peu  le  poids  de  notre  res- 
ponsabilité. 

Nous  sommes  dans  l'empire  du  Grand  Mogol,  la  patrie  féerique  des 
aimées,  des  diamants  et  des  cachemires.  Le  peuple  de  Lahore,  pres- 
que aussi  turbulent  que  certaines  populations  de  l'autre  hémisphère, 
se  donne  de  temps  en  temps  la  petite  distraction  de  casser  les  vitres 
de  ses  gouverneurs  et  de  les  jeter  par  les  fenêtres  de  leur  palais.  Le 
Grand  Mogol,  tout  féroce  qu'on  nous  le  peint,  ramasse  tranquillement 


A41 


REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


les  carreaux  brisés  et  installe  un  nouveau  kaïmacan  à  la  place  du 
gouverneur  contusionné.  Au  dixième  pourtant,  l'excellent  monarque 
commence  à  trouver  la  plaisanterie  monotone,  et,  pour  punir  ses 
sujets  récalcitrants,  il  se  fait  représenter  auprès  d'eux  par  un  chien 
qui  répond  au  nom  de  Barkouf. 

Pour  le  coup,  les  habitants  de  Lahore  sont  complètement  matés  ; 
le  gouverneur  a  de  bonnes  dents  et  n'est  pas  d'humeur  à  se  laisser 
jeter  parla  fenêtre  sans  se  défendre  et  sans  mordre  les  faiseurs  d'é- 
meutes. Ce  n'est  même  qu'avec  des  précautions  infinies  et  des 
terreurs  non  moins  formidables  que  ses  courtisans  et  ses  con- 
seillers intimes  osent  l'aborder  dans  ses  instants  d'apparente  man- 
suétude, car  il  lui  arrive  souvent  de  se  fâcher  et  d'emporter  le 
morceau.  L'ancien  échanson  Bababeck,  élevé  au  poste  de  grand  vizir, 
est  celui  de  tous  qui  est  le  plus  exposé  aux  caprices  du  quioteux 
kaïmacan.  11  voudrait  bien  donner  sa  démission,  mais  le  Grand  Mo- 
gol  ne  l'accepterait  qu'en  l'admettant  en  échange  aux  honneurs  du 
pal. 

Au  milieu  de  ses  perplexités  le  hasard  lui  adresse  une  jolie  petite 
bouquetière  du  marché,  qui,  en  voyant  Barkouf,  offre  an  vizir  d'ap- 
privoiser son  tyran  et  de  le  rendre  aussi  doux  qu'un  mouton,  Or,  il 
est  bon  de  savoir,  en  nous  reportant  à  une  confidence  de  la  bouque- 
tière Maïma  à  son  amie  Balkis,  la  marchande  d'oranges,  que  Maïma, 
de  même  que  Calypso,  ne  peut  se  consoler  de  la  perte  de  deux  êtres 
bien  chers  à  son  cœur,  un  amant  et  un  chien.  L'amant,  on  ignore 
ce  qu'il  est  devenu  ;  quaDt  au  chien,  c'est  ce  même  Barkouf  que  le 
Grand  Mogol  a  créé  gouverneur  de  Lahore. 

Le  visir  Bababeck  s'empresse  d'accéder  à  la  proposition  de  Maïma 
et  la  nomme  secrétaire  particulier  du  kaïmacan,  dont  elle  seule  peut 
comprendre  et  traduire  le  langage.  Grâce  au  crédit  que  sa  place  lui 
donne,  Maïma  empêche  le  supplice  de  Xaïloum,  l'amoureux  de  Balkis  et 
le  chef  des  émeutiers;  puis,  reconnaissant  dans  la  personne  de  Saëb, 
jeune  officier  que  le  vizir  veut  faire  épouser  à  sa  fille  Irès-majeure, 
l'amant  qu'elle  a  perdu  ,  elle  suspend  la  cérémonie  par  ordre  de 
Barkouf  et  casse  le  mariage  sur  le  point  de  s'accomplir. 

Sur  ces  entrefaites  le  parti  des  mécontents  s'agite,  et,  après  avoir 
vainement  tenté  d'empoisonner  le  gouverneur,  il  ouvre  les  portes  de 
la  ville  aux  Tartares,  ennemis  du  Grand  Mogol.  Saëb,  à  la  tête  des 
sujets  restés  fidèles,  s'élance  à  la  défense  de  Lahore,  et  Barkouf,  bri- 
sant sa  chaîne,  le  suit  au  plus  fort  de  la  mêlée,  où  il  trouve  une  mort 
glorieuse.  Le  Grand  Mogol  qui  arrive  tout  à  point  pour  recueillir  les 
fruits  de  la  victoire  de  Saëb,  lui  accorde  la  succession  de  Barkouf  et 
avec  elle  la  main  de  Maïma. 

Nous  n'insistons  pas  sur  la  faiblesse  et  la  puérilité  d'une  pareille 
donnée,  qui  n'est  ni  assez  comique  pour  un  opéra  bouffon  ,  ni  assez 
intéressante  pour  un  opéra  sérieux.  MM  Scribe  et  Boisseaux  ont  be- 
soin d'une  prompte  revanche,  et  ils  sont  gens  à  ne  pas  la  faire  at- 
tendre. 

Le  plus  à  plaindre,  dans  celle  occurrence,  c'est  à  coup  sûr  le 
compositeur.  Cependant,  s'il  est  vrai,  comme  on  l'affirme,  que 
M.  Offenbach  ait  eu  le  choix  entre  ce  livret  malencontreux,  et  un  li- 
vret moins  bovffe ,  il  faut  convenir  qu'il  n'est  pas  à  l'abri  de  tout 
reproche. 

Nous  croyons  que  ses  preuves  étaient  assez  brillamment  faites  en 
ce  genre  un  peu  subalterne,  pour  qu'il  dût  y  renoncer  en  mettant  le 
pied  sur  la  scène  de  l'Opéra-Coniiqueet  saisir  l'occasion  qui  lui  était 
offerte  de  donner  un  essor  plus  large  à  son  talent  populaire.  Il  n'avait 
qu'à  vouloir;  quelques  morceaux  de  sa  partition  l'attestent  surabon- 
damment. Son  style  a  de  l'éclat,  de  la  finesse  et  de  la  légèreté;  il 
entend  l'ordonnance  scénique,  et  il  sait  fort  bien  tirer  parti  de  toutes 
les  ressources  de  l'orchestre.  Mais  nous  savions  déjà  tout  cela,  et  nous 
attendions  quelque  chose  de  plus,  pour  ne  pas  dire  de  mieux. 

L'ouverture  de  Barkouf  esi  habilement  traitée;  elle  débute  par  un 
gracieux  motif  confié  eux  instruments   à  vent  et  principalement  au 


hautbois;  la  marche  indienne  qui  lui  fait  suite  plairait  davantage  si 
certaine  dissonance  qui  d'abord  semble  originale,  n'était  répétée  jus- 
qu'à l'abus.  Elle  a  pour  complément  un  trait  de  violons  dont  les  dif- 
ficultés sont  bravement  vaincues  par  l'orchestre  de  M.  Tilmant.  La 
reprise  de  ce  passage,  sur  lequel  se  dessine  un  chant  large  et  pathé- 
tique, est  d'un  très-bon  effet. 

Il  y  a  de  charmantes  choses  dans  l'introduction;  le  chœur  du 
marché  a  bien  l'animation  qui  convient  et  est  suffisamment  original  ; 
l'air  de  Bababeck  :  Je  suis  dans  mon  printemps,  est  moins  heureux; 
mais  les  couplets  de  Balkis  et  de  Maïma,  dont  le  refrain  est  à  deux 
voix,  sont  ravissants,  quoique  ou  peut-être  parce  qu'ils  se  composent 
à  peine  de  quelques  mesures.  Le  second  :  Que  j'aime  cette  rose,  a  été 
redemandé  à  Mlle  Marimon. 

Nous  passerons  sous  silence  l'air  de  Xaïloum  :  Vive  le  tapage,  pour 
arriver  plus  vite  aux  couplets  du  Grand  Mogol,  qui  méritent  d'être  si- 
gnalés pour  leur  franchise  et  pour  leur  gaieté.  Le  mouvement  de  valse 
de  la  deuxième  partie  contraste  de  la  manière  la  plus  piquante  avec 
les  rires  sarcastiques  des  gardes  qui  en  forment  l'accompagnement. 

La  romance  à  deux  voix  de  Maïma  et  de  Balkis  :  L'espérance  m'est 
ravie,  est  assez  agréable. 

La  fin  de  l'acte  se  compose  d'une  proclamation  débitée  à  grand 
renfort  de  trompettes,  et  du  retour  de  la  marche  indienne  de  l'ouver- 
ture, pour  l'installation  de  Barkouf,  le  nouveau  kaïmacan. 

Le  deuxième  acte  débute  par  des  couplets  bouffes  de  Bababeck, 
dont  la  spécialité  consiste  dans  l'imitation  des  aboiements  du  chien- 
gouverneur.  La  romance  de  Saëb,  qui  lui  succède,  atteste ,  par  sa 
ritournelle  et  par  son  accompagnement,  qu'Offenbach  n'a  pas  oublié 
qu'avant  d'être  compositeur  il  a  été  un  habile  violoncelliste.  Vient 
ensuite  un  quatuor  bouffe  dont  l'effet  est  un  peu  atténué  par  le  sou- 
venir importun  de  Ba-ta-clan.  De  jolis  couplets  sont  intercalés  dans 
le  duo  de  Bababeck  et  de  Maïma,  qui  a  pour  principal  motif  une  vive 
et  joyeuse  polka. 

Si  nous  en  croyons  notre  première  impression,  l'air  de  Maïma  : 
Ici,  Barkouf,  est,  de  tous  les  morceaux  de  la  partition  d'Offenbach, 
celui  qui  est  destiné  au  plus  franc  succès.  Il  est  seulement  à  regretter 
que  le  milieu  de  l'air  n'ait  pas  la  franchise  du  début,  ni  la  suavité  de 
la  fin.  On  a  voulu  l'entendre  deux  fois  et  il  a  été  couvert  de  bravos 
trôs-mérités. 

Le  finale  de  cet  acte  se  distingue  par  un  grand  septuor  à  l'italienne, 
avec  le  crescendo  obligé  et  le  formidable  tutti  qui  couronne  ces  sortes 
de  morceaux.  Cependant  le  rideau  ne  tombe  qu'après  un  nouveau 
changement  de  motifs.  Vive,  vive  Barkouf  !  crie  le  chœur,  et  c'est 
encore  sur  un  air  de  polka  que  les  habitants  de  Lahore  chantent  les 
vertus  de  leur  gouverneur. 

Avons-nous  dit  que  le  troisième  acte  de  MM.  Scribe  et  Boisseaux 
était  le  plus  faible,  le  plus  triste,  le  plus  tourmenté  de  leur  pièce? 
C'est  ce  qui  explique,  sans  aucun  doute,  pourquoi  le  compositeur  n'a 
pas  été  aussi  heureusement  inspiré  dans  ce  dernier  acte  que  dans  les 
deux  autres.  Néanmoins,  il  serait  injuste  d'envelopper  toute  celte 
partie  de  l'ouvrage  dans  une  même  réprobation.  En  proposant  le  sa- 
crifice du  chœur  bouffe  des  conjurés,  dont  les  intentions  comiques 
n'ont  pas  été  comprises,  nous  nous  ferons  un  plaisir  de  signaler  à 
l'attention  la  charmante  valse  que  l'orchestre  exécute  dans  l'entr'acie, 
et  sur  laquelle  se  dessine  plus  tard  le  pas  des  bayadères,  accompagné 
par  les  voix  du  chœur,  ainsi  que  l'air  à  boire  où  Maïma  égrène  les 
perles  de  ses  plus  séduisantes  vocalises;  ajoutons  que  l'air  :  7c/,  Bar- 
kouf !  est  adroitement  ramené  dans  le  morceau  final. 

Maïma,  c'est  Mlle  Marimon,  qui  a  été  fort  applaudie,  et  toujours  à 
très-juste  titre.  Dans  son  passage  du  théâtre  Lyrique  à  l'Opéra-Comi- 
que,  les  progrès  de  celte  jeune  et  gracieuse  artiste  ne  se  sont  point 
ralentis.  Comme  actrice,  elle  dit  convenablement,  d'une  manière 
agréable,  quoique  un  peu  maniérée.  Comme  cantatrice,  on  voit  qu'elle 
a  mis  à  profit  les  bons  conseils  et  ks  bons  exemples  qu'elle  a  puisés 


DE  PARIS. 


ViV 


à  l'école  de  Duprez,  le  professeur  par  excellence.  Sa  voix,  assez  faible 
dans  le  médium,  a  du  mordant  et  de  l'éclat  dans  l'octave  supérieure. 
Elle  phrase  avec  infiniment  de  goût,  et  elle  vocalise  avec  une  netteté, 
une  limpidité  sans  pareilles.  Si  Barkouf  n'est  pas  assommé  net  par 
son  fâcheux  livret,  on  peut  prédire  que  Mlle  Marimon  n'aura  pas  peu 
contribué  à  sauver  du  désastre  commun  la  partition  d'Offenbach,  digne, 
après  tout,  d'un  meilleur  sort. 

Lorsqu'un  ouvrage,  dont  le  sujet  vise  à  l'excentricité,  n'est  pas 
bien  pris  du  public,  les  rôles  les  plus  bouffons  deviennent  d'une  mono- 
tonie, d'une  tristesse  désolantes,  et  leurs  interprètes  s'épuisent  en 
vains  efforts  pour  paraître  comiques.  Ce  n'est  donc  pas  Sainle-Foy, 
Berlheher,  Lemaire,  Mme  Casimir,  qu'il  faut  accuser  du  peu  d'effet 
qu'ils  ont  produit  ;  la  faute  n'en  est  pas  eux,  et  nous  la  renvoyons  à 
qui  de  droit. 

Les  autres  personnages  sont  bien  effacés  ;  cependant  Warot  fait  va- 
loir, autant  que  possible,  celui  de  Saëb,  et  Mlle  Zoé  Bélia  est  fort 
gentille  sous  les  traits  de  Balkis. 

Nous  ne  finirons  pas  sans  rendre  à  M.Alfred  Beaumont  la  justice 
qui  lui  est  due.  Pour  sa  part,  il  n'a  rien  négligé,  rien  épargné  à  cette 
On  d'assurer  le  salut  de  Barkouf.  Sa  mise  en  scène  est  splendide, 
ses  costumes  indiens  sont  d'une  richesse  et  d'un  goût  irréprochables. 
Tous  les  décors,  et  spécialement  celui  du  troisième  acte,  sont  d'une 
perfection  idéale,  et  reproduisent  fidèlement  les  rêves  poéLiques  que 
notre  imagination  se  plaît  à  concevoir  des  merveilles  de  l'Orient.  Rien 
de  plus  suave  et  de  plus  attrayant  que  le  ballet  des  aimées  ;  le  pas  des 
écharpes  est  délicieusement  dansé  par  le  charmant  bataillon  choré- 
graphique attaché  au  théâtre.  Enfin,  tout  le  monde,  sans  oublier  les 
chœurs  et  l'orchestre,  concourt  au  plus  satisfaisant  ensemble. 

D.  A.   D.   SAINT-YVES. 


MESSE  DE  M.  CHARLES  IAHRY. 

Au  commencement  du  mois  de  Marie,  nous  avons  rendu  compte, 
ici-même,  d'une  nouvelle  messe  à  grand  orchestre  de  M.  Charles 
Manry,  exécutée  à  Saint-Roch,  au  profit  de  l'Association  des  artistes 
musiciens.  Le  jour  de  la  fête  de  Noël,  cette  œuvre  a  été  chantée  à 
Saint-Euslache,  et  la  seconde  audition  a  pleinement  confirmé  tout  le 
bien  que  nous  avions  dit  de  cet  ouvrage. 

Cette  messe,  la  quatrième  de  l'auteur,  est  bien  écrite;  mais  cepen- 
dant avec  plus  de  fermeté,  de  vigueur  et  d'originalité  que  celles  qui 
l'ont  précédée.  Les  mélodies  sont  toujours  abondantes,  douces,  plei- 
nes d'onction  et  de  mélancolie  ;  mais  elles  ont  en  même  temps  plus 
de  variété,  de  relief,  de  puissance  et  de  vie. 

On  a  pu  voir,  au  Gloria,  que  M.  Charles  Manry  savait  faire  et  bien 
conduire  une  fugue.  Toutefois,  dans  toute  sa  partition,  il  s'est  éloigné 
autant  de  la  sécheresse  et  de  la  lourdeur  scolastiques  que  de  l'incon- 
venance de  ces  mélodies  brillantes,  sautillantes  et  communes,  qu'à 
bon  droit  on  se  plaint  de  retrouver  dans  plus  d'une  messe  que  nous 
ne  voulons  pas  citer. 

Le  Credo  est  une  belle  et  grande  page,  très-joliment  instrumentée. 
Puisque  nous  parlons  de  l'instrumentation,  nous  devons  ajouter  que 
depuis  le  Kyrie  jusqu'à  YO  salularis  on  remarque  le  même  tact  et 
la  même  sobriété  discrète  et  savante.  Malgré  les  différences  de  carac- 
tère exigées  par  le  texte  sacré,  l'auteur,  dans  ses  plus  grands  élans, 
s'arrête  toujours  où  commencerait  le  bruit  exagéré,  l'abus  de  la  so- 
norité, et  cela  avec  un  goût  qu'il  faut  d'autant  plus  louer  qu'il  est 
plus  rare  de  nos  jours. 

Ce  qui  aurait  pu  étonner  les  admirateurs  exclusifs  du  chant  ecclé- 
siastique, c'est  le  sentiment  profondément  religieux  qui  règne  dans 
la  dernière  composition  de  M.  Charles  Manry.  Certes  elle  n'a  ni  l'aus- 
tériLé  ni  la  majesté  du  plain-chant,  mais,  si  elle  est  franchement  de 


son  temps,  elle  prouve  néanmoins  que  la  tonalité  et  l'harmonie  mo- 
dernes, renfermées  dans  de  justes  limites,  ne  sont  pas  incompatibles 
avec  les  graves,  naïves  et  pieuses  paroles  de  la  liturgie. 

A  cette  solennité,  on  a  chanté  avec  solo,  <  hœur  et  orchestre  le 
Noël  d'Adolphe  Adam.  Avant  cette  belle  mélodie  et  sa  messe  de 
Sainte-Cécile,  qui  eût  dit  que  l'auteur  du  Postillon  de  Longjumeau 
aurait  une  de  ces  heures  de  noble  inspiration  et  de  hautes  pensées, 
qu'il  comprendrait  à  ce  point  ce  qui  convient  au  culte  catholique,  et 
qu'il  s'élèverait  tout  à  coup  à  la  largeur  et  à  la  sévérité  du  style  re- 
ligieux ? 

Adolphe  BOTTE. 


REVUE   CRITIQUE. 

Iïemasic«'S     sans     paroles    «le    Slcnslclssohn  ,      premier 

volume     (Su     Képertoâre     eîe    Enassïogsic     cîaasïajue    «Jca 
piano.  —  Sis  nouvelles   mcloiïlea    aie    SLoimîs  lUteoracSie. 

Un  musicien  charmant  et  ingénieux,  homme  d'esprit,  de  goût  et 
de  style,  qui  n'était  pas  un  génie,  mais  qui,  un  jour,  se  montra  digne, 
tant  'I  fut  bien  inspiré,  d'être  le  collaborateur  de  Goethe,  son  ami. 
Zeller,  alors  directeur  du  Conservatoire  de  Berlin  ,  présenta  ,  vers 
1821  ,  à  l'auteur  de  Werther  un  jeune  maestro  de  onze  ans ,  dont 
l'érudition  musicale  était  vraiment  effrayante  pour  son  âge  ,  car  il 
connaissait  et  comprenait  déjà  tous  les  chefs-d'œuvre  des  maîtres. 
Celui  qui  dans  Faust  traça  avec  tant  d'ironie  la  scène  du  bachelier 
sentit  qu'il  a\ait  devant  les  yeux  un  être  prédestiné  à  continuer  la 
gloire  musicale  de  l'Allemagne.  Il  lui  dit  en  vers  magnifiques  :  u  Si 
ta  passion  te  fait  aimer  les  sévères  partitions,  suis  ta  carrière  avec 
courage,  parcours  le  vaste  champ  de  l'harmonie,  et  tu  nous  procureras 
le  plaisir  et  le  bonheur  que  nous  te  souhaitons  tous.  »  Ce  frêle  enfant, 
que  l'étude  et  les  inspirations  de  la  muse  avaient  prématurément  pâli, 
c'était  Mendelssohn-Bartholdy,  l'héritier  de  J.-J.  Bach,  d'Haydn,  de 
Mozart  et  de  Beethoven  :  c'était  le  futur  auteur  d'Elie,  de  Paulus, 
des  beaux  morceaux  composés  pour  le  Songe  d'une  nuit  d'été  et  des 
Romances  sans  paroles  que  la  Gazette  musicale  vient  de  réunir  en 
un  volume  qui  contient  plus  de  musique  et  de  plus  hautes  inspira- 
tions que  bien  des  opéras.  Elle  ne  pouvait  mieux  commencer  sa  nou- 
velle publication  :  le  Répertoire  de  musique  classique  de  piano,  qu'en 
rassemblant  ainsi  tant  d'œuvres  délicieuses.  Nous  nous  dispenserons 
d'analyser  ici  ces  fougueux  caprices,  ces  courts  mais  vigoureux  allé- 
gros, ces  douces  élégies,  ces  ravissantes  chansons,  ces  touchantes  rê- 
veries, qui,  dans  leur  cadre,  sont  aussi  achevés,  aussi  pleins,  aussi 
riches  et  aussi  neufs  que  tout  ce  que  Mendelssohn  a  tracé  depuis. 
D'ailleurs,  quel  est  le  pianiste  qui  n'ait  fait  et  qui  ne  fasse  ses  délices 
de  ta  Chasse,  des  Barcarolles ,  de  la  Chanson  de  printemps ,  de  la 
Pileuse,  et,  entre  toutes  ces  pièces  adorables,  de  ce  joli  duello  en  la 
bémol  du  troisième  recueil?  Que  de  sentiments  divers,  que  de  pas- 
sions différentes  chantent  à  la  fois  dans  ces  compositions  où  l'on  re- 
connaît la  main  d'un  grand  maître  et  le  sceau  du  génie  !  Tantôt  c'est 
un  andante  mélancolique,  tantôt  un  moderato  plein  de  quiétude,  do 
douceur  et  de  tendresse;  ici  un  agitalo  fougueux  et  presque  désor- 
donné; là  une  simple  cantilène  suave  et  mystérieuse,  apaisée  et  re- 
cueillie ,  qui  fait  dire  aux  arpèges  mille  choses  délicates  qu'ils  n'ont 
pas  toujours  coutume  de  dire. 

Mendelssohn,  on  le  sait,  était  un  grand  pianiste;  mais  c'était  aussi 
un  grand  conlrapuntiste.  Après  avoir  demandé  à  l'étude  tout  ce  qu'elle 
peut  donner,  il  était  parvenu  à  s'assimiler  toutes  les  beautés,  tous 
les  styles  de  ses  devanciers,  et  à  faire  rayonner  dans  ses  œuvres  cet 
éclectisme  qui  est  une  véritable  transformation  de  l'art.  Aussi,  pour 
ne  parler  que  d'elles,  ses  Roma?iccs  sans  paroles  ressemblent-elles  bien 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


peu  à  certains  grands  morceaux  que,  nous  l'espérons,  on  finira  par 
délaisser.  Génie  fécond,  —  les  moins  clairvoyants  le  reconnaissent  à 
cette  heure,  —  il  traita  tous  les  genres  avec  une  égale  supériorité. 

Le  trouvant  inattaquable  du  côté  du  style,  on  a  dit  qu'il  manquait 
d'originalité,  qu'il  imitait,  ses  prédécesseurs  et  qu'il  profitait  de  tout  ce 
qu'ils  avaient  créé.  Voilà  certes  une  accusation  bien  accablante.  Mais 
qui  donc  n'a  rien  imité  et  s'est  fait  du  premier  coup  une  langue  à 
soi  ?  Pour  ne  citer  qu'un  exemple,  quoiqu'ils  abondent,  Beethoven, 
qui,  on  le  reconnaîtra,  ne  manque  ni  d'originalité  ni  de  puissance, 
n'a-t-il  pas  imité  Mozart,  et  Mozart  ne  dut-il  rien  à  Phiiippe-Emma- 
nuel  Bach  et  à  bien  d'autres  ?  Singulière  prétention  de  notre  temps  de 
vouloir  à  toute  force  renouveler  la  mélodie,  l'harmonie  et  le  rhythme  ; 
ce  qui  conduit  quelquefois,  nous  le  voyons  aujourd'hui,  à  bouleverser 
et  à  méconnaître  les  lois  de  la  mesure  et  de  la  tonalité.  Il  vaudrait 
mieux,  ce  nous  semble,  continuer,  comme  l'ont  fait  tous  les  maîtres, 
et  se  résigner  à  avoir  un  fonds  commun,  à  moduler  et  à  chanter  non 
avec  la  naïveté  et  la  simplicité  d'autrefois,  qu'il  sérail  impossible  de 
retrouver,  mais  avec  les  nouvelles  combinaisons  que  le  temps  et  un 
art  plus  raffiné  ont  amenées.  Nous  faisons  donc  des  vœux  (c'est  le 
moment)  pour  que  les  jeunes  pianistes  imitent  à  leur  tour  Mendelssohn, 
et  pour  que  artistes  et  amateurs  élèvent  leur  intelligence  et  leur 
goût,  en  étudiant  plus  souvent  des  œuvres  pareilles  à  ce  beau  volume 
de  Romances  sans  paroles  qui  est  pour  eux  ce  que  sont  pour  les 
chanteurs  les  mélodies  de  François  Schubert. 

—  Louis  Lacombe  est  un  artiste  sérieux,  chercheur,  et,  avec  lui, 
il  ne  faut  pas  s'attendre  à  de  pâles,  langoureuses  et  chétives  produc- 
tions. Les  poètes  où  il  a  surtout  puisé  s'appellent  Victor  Hugo  et 
Théophile  Gautier. 

On  connaît  la  chanson  du  pêcheur,  Lamenta,  de  ce  dernier  ;  c'est 
par  elle  que  s'ouvre  l'album  de  Louis  Lacombe.  Ecrite  pour  ténor  ou 
baryton,  accompagnée  avec  beaucoup  d'art  par  un  trémolo  continu  et 
des  harmonies  larges,  piquantes  et  claires,  elle  est  l'œuvre  d'un  musi- 
cien évidemment  très-préoccupé  de  la  vérité  de  l'expression  et  de  la 
couleur  poétique  du  texte  qu'il  développe.  Comme  cette  première  mé- 
lodie, les  deux  suivantes  amènent  la  tonalité  du  mi  bémol  mineur  que 
l'auteur  paraît  affectionner;  mais,  en  la  prenant  plusieurs  fois  pour 
point  de  départ,  il  la  conduit  si  différemment  et  lui  fait  parcourir  tant 
de  chemin,  qu'il  est  impossible  à  l'oreille  la  moins  exercée  de  ne 
pas  reconnaître  là  une  plume  habile  à  toutes  les  finesses  de  l'har- 
monie. 

Nuits  de  juin  est  d'une  suavité  extrême.  Le  chant  doux  et  distin- 
gué murmure  délicieusement  ;  il  est  soutenu  par  un  accompagnement 
avec  sourdines  où  l'on  remarque  les  jolis  traits,  nous  allions  dire  les 
amoureux  soupirs  des  basses. 

La  ville  frise  est  toute  une  scène  orientale  écrite  par  Victor  Hugo, 
qui,  on  le  sait,  se  fait  Grec,  Indien,  Romain  quand  il  lui  plaît,  et  qui 
chante  aussi  magnifiquement  Jehovah  que  Brahma,  le  christianisme 
que  le  paganisme  ou  le  mahoraétisme.  Le  compositeur,  entraîné  par 
cette  sombre  et  vigoureuse  poésie,  s'est  montré  aussi  très-original. 
Un  travail  harmonique  assez  compliqué,  des  développements  assez 
longs  n'enlèvent  rien  à  la  netteté  de  la  phrase  mélodique.  11  faut  si- 
gnaler la  terminaison  en  majeur,  dont  l'ampleur  et  la  majesté,  re- 
haussées par  les  harmonieux  et  puissants  arpèges  du  piano,  attestent 
une  inspiration  élevée  et  attirée  plutôt  vers  les  grands  effets  que  vers 
les  combinaisons  fraîches,  naturelles,  calmes  et  agréables. 

Après  la  pompe  de  cette  scène  (il  y  en  a  aussi  bien  dans  la  mu- 
sique que  dans  les  vers)  viennent  la  grâce  et  l'esprit  de  cette  chanson 
bien  connue:  Rames,  dormez,  aimes!  C'est  une  basse  qui  chante 
ces  paroles  délicieuses,  et  cependant  nous  pouvons  assurer  que  Louis 
Lacombe  n'a  jamais  confié  au  ténor  ou  au  soprano  rien  de  plus  frais, 
de  plus  doux  et  de  plus  gracieux. 

Une  ballade  pour  mezzo  soprano  cl  un  clair  de  lune  pour  contralto 
terminent  ce  recueil.  Nous  préférons  de  beaucoup  la  ballade,  non  pas 


parce  qu'elle  est  plus  longue,  mais  parce  que,  indépendamment  d'ac- 
compagnements variés  d'une  façon  neuve  et  imprévue,  nous  y  trou- 
vons plus  d'unité,  plus  de  souffle  et  moins  de  ces  effets  cherchés,  la- 
borieux, qui  gâtent  quelquefois  par  une  harmonie  contournée,  par  un 
tour  mélodique  manquant  d'aisance  et  de  facilité,  les  meilleures  inspi- 
rations des  compositeurs  épris,  comme  Louis  Lacombe,  de  nouveauté. 
Ces  six  Lieder  offrent  des  qualités  éminemment  dramatiques,  fortes  et 
sérieuses.  L'excellent  pianiste  n'a  pas  surchargé  ses  accompagnements, 
et  tout  en  leur  donnant  un  vif  intérêt,  il  ne  leur  a  pas  assigné  une 
importance  exagérée,  ennemie,  quoi  qu'on  en  dise,  du  tout-puissant 
charme  vocal. 

Adolphe  BOTTE. 


REVUE  DES  THÉÂTRES. 

La  semaine  des  revues.  —  Vakiétés  :  Oh  !  la,  la,  que  c'est  bête  tout 
çà!  revue  de  1860,  en  vingt-deux  tableaux,  par  MM.  Th.  Cogniard 
et  Clairville.  —  Folies-Dramatiques  :  Il  pleut,  il  pleut,  bergère! 
revue  en  vingt  tableaux,  par  M.  H.  Thiéry.  —  Théatre-Déjazet  : 
Le  Doigt  dans  l'œil,  revus  en  vingt  tableaux,  par  MM.  Cn.  Potier 
et  Dunan-Mousseux.  —  Réouverture  et  revue  des  Délassements- 
Comiques. 

Autrefois,  c'étail  le  Palais-Royal  qui  avait  le  monopole  des  grandes 
revues  de  fin  d'année,  et  Dieu  sait  ce  qu'il  a  mis  d'argent  dans  sa 
caisse  avec  les  Pommes  de  terre  malades  et  le  Banc  d'huîtres,  de 
joyeuse  mémoire.  Peu  à  peu  le  public  s'est  lassé  de  ce  billet  tiré  sur 
lui  à  échéance  fixe  par  les  excellents  parodistes  de  l'ancien  ihéàtre 
de  la  Montansier,  et  l'on  a  cru  que  c'en  était  fait  d'un  genre  usé 
et  passé  de  mode.  Mais  il  paraît  que  ce  n'était  qu'une  fausse  peur,  et 
que  cette  spécialité  toute  parisienne  ne  cherchait  qu'un  prétexte  d'é- 
migration. A  l'heure  qu'il  est,  les  revues  ont  reconquis  une  si  énorme 
faveur,  que  la  semaine  dernière,  à  elle  seule,  n'a  pas  mis  au  jour 
moins  de  soixante  à  quatre-vingts  tableaux  satiriques,  reproduisant 
sous  un  jour  assez  peu  flatteur  les  faits  et  gestes  de  l'année  que 
nous  enterrons  en  ce  moment.  El  que  l'on  ose  encore  médire  de  Tin- 
constance  des  Parisiens  ! 

—  C'est  aujourd'hui  le  théâtre  des  Variétés  qui  marche  en  tête  de 
cette  croisade.  Oh!  là  là,  que  c'est  bêle  tout  ça .'  semble  un  titre  des- 
tiné à  prévenir  le  jugement  habituel  des  spectateurs.  En  effet,  ce  re- 
frain est,  à  quelques  variantes  près,  celui  qu'ils  répètent  tous  les 
ans,  ce  qui  ne  les  empêche  pas  de  s'exposer  l'année  suivante  à  le 
redire.  Il  est  donc  reconnu,  de  l'aveu-  même  des  auteurs,  qu'ils  ne 
nous  donnent  en  pâture  que  des  bêtises.  Tout  serait  pour  le  mieux 
s'ils  avaient  au  moins  l'esprit  de  se  rappeler  qu'en  fait  de  bêtises,  les 
plus  courtes  sont  les  meilleures.  En  retranchant  une  bonne  heure  de 
spectacle  de  la  revue  des  Variétés,  il  resterait  assez  de  drôleries  pour 
défrayer  convenablement  toute  la  soirée,  et  les  scènes  conservées  n'en 
produiraient  que  plus  d'effet.  Mais  à  quoi  bon  donner  un  conseil  qui 
ne  sera  pas  suivi  ?  Telle  qu'elle  est,  la  pièce  a  réussi  et  elle  fera  d'a- 
bondantes recettes  en  dépit  de  ses  longueurs.  On  pardonnera  quel- 
ques instants  d'ennui  en  faveur  des  jolis  yeux  de  Mlle  Judith  Ferreyra, 
des  piquantes  minauderies  de  Mlle  Alphonsine,  du  gazouillement 
britannique  de  Mlle  Hinry  et  des  imitations  burlesques  d'Alexandre 
Michel,  de  Christian  et  de  Raynard.  La  mise  en  scène  sera  d'ailleurs 
du  goût  de  tout  le  monde,  et  l'on  s'en  ira  satisfait  des  splendeurs  dé- 
ployées dans  l'apothéose. 

Nous  adresserons  le  même  reproche  à  la  revue  des  Folies-Drama- 
tiques qu'à  celle  des  Variétés.  Elle  est  trop  longue  d'un  bon  tiers; 
mais  elle  est  aussi  splendidement  montée  que  l'autre.  On  y  trouve 
aussi  des  imitations  fort  amusantes,  de  très-jolies  femmes  et  des  trucs 
ingénieux.  Nous  citerons  entre  autres  choses  le  jardin  d'acclimata- 
tion, le  tir  de  Vincennes,  le  pas  des  patineurs  figuré  par  des  enfants, 


DE  PARIS. 


kW 


et  la  grande  symphonie  de  Tanne-tout-le-monde  en  scie  majeure . 
C'est  une  bonne  plaisanterie  musicale.  Le  dernier  tableau  qui  repré- 
sente la  Fête  de  la  pluie,  donne  lieu  à  l'exhibition  d'un  magnifique 
décor  de  MM.  Zara  et  Laloue. 

—  Au  thâétre  Déjazet,  les  choses  se  passent  à  peu  près  comme 
aux  Variétés  et  comme  aux  Folies,  c'est-à-dire  que  le  Doigt  dans 
l'œil  aurait  besoin  aussi  de  quelques  coupures.  La  plupart  des  tableaux 
sont  du  reste  heureusement  présentés  ;  presque  tous  les  couplets  sont 
spirituels,  et  les  rôles  sont  en  général  très-bien  rendus.  Quelques 
intermèdes  comiques,  tels  que  le  notaire  sur  la  glace  et  les  exercices 
des  chiens  savants,  provoquent  une  franche  hilarité.  Quant  à  la  can- 
tate de  M.  Eugène  Déjazet,  à  propos  de  l'annexion ,  c'est  une  inspi- 
ration patriotique  qui  fait  honneur  non  moins  aux  bons  sentiments 
qu'au  talent  musical  du  directeur-compositeur.  La  pièce  se  termine 
par  la  Fontaine  des  jouvencelles,  brillant  Lableau  imité  de  la  fameuse 
fontaine  vivante  du  Pied  de  mouton  de  la  Porte-Saint-Martin. 

Reste  la  grande  revue  des  Délassements-Comiques,  A  vos  souhaits, 
que  l'on  a  dû  jouer  hier  pour  la  réouverture  de  ce  théâtre,  remis  à  neuf 
et  doré  sur  toutes  les  coutures.  On  sait  que  la  revue  annuelle  est  la 
grande  ou  plutôt  la  seule  affaire  des  Délassements,  qui  ferment  ensuite 
leurs  portes,  et  se  promènent  pendant  l'été,  en  attendant  que  la  bise 
soit  venue.  Cette  année,  Rigolboche  manque  à  l'appel,  mais  elle  est 
avantageusement  remplacée  par'  une  foule  de  jolis  minois  et  notam- 
ment par  Mlle  Pannelle,  que  les  habitués  des  Bouffes- Parisiens  ont 
acclamée  depuis  deux  mois  dans  l'Amour,  i'Orphée  aux  enfers. 
D.  A.  D.  SAINT-YVES. 


IODVELLES. 


*%  Au  théâtre  impérial  de.  l'Opéra,  la  reprise  de  Guillaume  Tell,  qui 
a  eu  lieu  lundi,  a  produit  tout  l'effet  qu'on  pouvait  en  attendre.  Morelli 
est  rentré  en  possession  du  rôle  de  Guillaume,  qui  était  le  meilleur  de 
son  répertoire,  et  l'on  a  trouvé  que  l'absence  ne  lui  avait  rien  fait  perdre 
de  sa  voix  ni  de  son  talent.  Mlle  Carlotta  Slarchisio  s'est  acquittée  du 
rOle  de  Mathilde  aussi  bien  que  de  celui  de  Sémiramis  :  elle  chante 
avec  une  excellente  méthode  et  possède  à  fond  les  secrets  de  la  belle 
musique  dont  elle  est  l'interprète.  Gueymard  est  toujours  fort  applaudi 
et  fort  digne  de  l'être  dans  le  rôle  d'Arnold.  Qbin  a  eu  sa  part  de  bravos 
dans  cette  représentation  remarquable.  Tous  ces  artistes  n'ont  pas  ob- 
tenu moins  de  succès  vendredi,  où  Guillaume  Tell  a  été  joué  pour  la  se- 
conde fois. 

„*.,.  C'est  vers  le  milieu  du  mois  de  janvier  que  Mme  Gueymard-Lauters 
doit  se  faire  entendre  dans  les  Huguenots. 

***  Herculanum  sera  repris,  avec  Mme  Tedesco  dans  le  rôle  créé  par 
Mme  Borghi-Mamo. 

**„  Les  sœurs  Marchisio  sont  engagées  pour  les  prochains  concerts 
de  Nantes  et  d'Angers.  On  a  demandé  aux  célèbres  cantatrices  les  duos 
de  la  Sémiramiie,  de  Mathilde  de  Sabran  et  de  Norma. 

„**  Hier  samedi,  le  théâtre  de  l'Opéra-Comique  donnait  une  repré- 
sentation au  bénéfice  de  l'Association  des  artistes  dramatiques.  Le  pro- 
gramme en  était  fort  attrayant,  et  la  recette  a  été  bonne. 

„**  Mercredi,  à  la  deuxième  représentation  de  Barlcouf,  Laget  a  rem- 
placé Warot,  subitement  indisposé,  dans  le  rôle  de  Saëb.  Il  a  lu  le  rôle 
qu'il  n'avait  pas  eu  le  temps  d'apprendre  entièrement. 

,,*„,  Jeudi,  Mme  Ugalde  a  fait  sa  rentrée  dans  Galalhée,  avec  tout  le 
succès  auquel  elle  est  habituée. 

„**  Mlle  Henrion  a  chanté  mardi  dans  Ilaydée  avec  beaucoup  de  succès. 
L'excellente  artiste  ne  quitte  point  ce  théâtre. 

„*„  On  répète  activement  l'opéra-comique  de  MM.  Scribe  et  Auber, 
sous  le  titre  provisoire  à? Alexis. 

„%  Le  théâtre  Italien  a  repris  dimanche  dernier  les  Puritains. 
Mme  Penco,  Gardoni,  Graziani  et  Angelini  remplissaient  les  rôles  prin- 
cipaux de  cet  opéra,  si  longtemps  populaire,  et  qui,  bien  exécuté,  re- 
trouve toujours  un  peu  de  son  ancienne  vogue.  Mme  Penco  a  été  plu- 
sieurs fois  rappelée  dans  le  cours  de  la  représentation. 

„,\  Mme  Borghi-Mamo  a  fait  ses  adieux  au  public  de  Bologne  dans  une 
représentation  composée  de  fragments  du  Prophète,  du  Barbier  et  d'O- 
tdlo.  La  célèbre  cantatrice  s'est  rendue  â  Milan,  oô  elle  doit  se  faire 
entendre  pendant  le  carnaval. 


***  L'engagement  de  Ronconi  vient  d'être  prolongé  jusqu'à  la  fin  de 
la  saison. 

,%  Un  ballo  in  Maschera,  opéra  de  Verdi,  dont  la  première  représen- 
tation sera  donnée  prochainement  au  théâtre  Italien,  paraissait,  aux  yeux 
des  éditeurs  de  Gustave  III  ou  le  Bal  masqué,  avoir  quelque  analogie, 
quant  au  poëme,  avec  cette  pièce  de  M.VJ.  Scribe  et  Auber.  Pour  préve- 
nir toute  difficulté,  M.  Léon  Escudier  a  offert  à  MM.  Brandus  et  Dufour 
de  leur  acheter  cette  dernière  partition.  L'offre  de  M.  Léon  Escudier 
ayant  été  acceptée,  l'opéra  de  Gustave  III,  avec  tous  les  arrangements 
qui  s'y  rattachent,  est  devenu  l'entière  propriété  de  IL  Léon  Escudier. 
%**  Roger  reviendra  prochainement  à  Paris.  On  annonce  que  les  re- 
présentations qu'il  a  données  depuis  un  an  en  province  et  à  ^étranger 
lui  ont  rapporté  plus  de  125,000  fr. 

**„,  La  saison  dite  italienne  de  l'opéra  royal  de  Berlin,  déjà  prolongée 
d'un  mois,  expire  à  lafin  de  décembre.  Mlle  Brunetti,  qui  se  trouvait  libre 
à  ce  moment,  a  signé  un  nouveau  traité  avec  la  compagnie  allemande 
du  théâtre  royal  ;  son  répertoire  se  composera  de  Lucie,  la  Sonmambula 
et  Roméo. 

***  Les  recettes  dans  les  théâtres,  pendant  le  mois  de  novembre,  se 
sont  élevées  à  1,530,358  fr.  65  c.  Les  théâtres  impériaux  |;gurent  dans  ce 
chiffre  pour  434,082  fr.  54  c,  et  les  théâtres  secondaires,  pour 
950,154  fr.  83  c. 

*%  M.  Willert  Bea'e,  le  célèbre  imprésario  anglais,  a  passé  par  Paris 
se  rendant  à  Vienne,  où  il  se  propose  d'engagerpour  sa  tournée  prochaine 
dans  les  provinces  d'Angleterre  la  charmante  cantatrice  Jetty  Trefftz. 
Mlles  Marchisio,  Mme  Albon:  et  Mme  Goddard  feront  également  partie 
de  cette  troupe  d'élite. 

*%  Albert  Sowinski  a  donné  à  Lyon  un  concert  qui  a  inauguré  la 
saison  musicale.  Secondé  par  l'orchestre  de  la  société  philharmonique  et 
le  Cercle  choral,  il  a  l'ait  entendre  l'ouverture  de  Mazeppa,  qui  a  produit 
une  sensation  vive  ;  un  trio  pour  piano,  violon  et  violoncelle,  avec 
MM.  Poutet  et  Bauman  fils,  exécuté  avec  beaucoup  d'ensemble;  un 
chœur,  pour  voix  d'homme  sur  les  paroles  de  J.-B.  Rousseau,  Dieu, 
dans  ta  gloire  adorable,  qu'a  chanté  le  Cercle  choral,  dirigé  par  M.  Chain  - 
bon.  L'artiste  a  encore  joué  sur  le  piano  :  Sicilienne  et  Tarentelle,  le  Sou- 
venir du  Nivernais  et  V  Elude  du  petit  doigt.  Tous  ces  morceaux  ont  été 
très-applaudis.  Mlle  Jeansenne,  fille  de  l'ancien  ténor  de  l'Opéra-Comi- 
que, chantait  dans  ce  concert  :  elle  possède  une  très-jolie  voix. 

„**  Le  grand  air  du  Crociato,  de  Meyerbeer,  vient  de  paraître  avec 
l'accompagnement  d'orchestre  en  grande  partition. 

,.**  Joseph  "VVieniawski  a  pris  part  au  concert  donné  jeudi  au  lycée 
Louis-le-Grand.  L'éminent  pianiste  y  a  exécuté  un  concerto  de  Men- 
delssohn,  Souvenir  de  Lublin,  et  une  valse  de  concert  qui  lui  ont  valu  un 
très- grand  succès. 

,.**  Ernest  Nathan  vient  de  faire  une  tournée  avec  tMme  Gaveaux- 
Sabatier.  Les  deux  artistes  se  sont  arrêtés  à  Cherbourg,  Caen,  Falaise, 
Mulhouse,  Vesoul  et  Baie,  et  partout  ils  ont  reçu  le  meilleur  accueil,  en 
exécutant  la  Colombe  pour  voix  et  violoncelle,  la  sérénade  de  Gounod  et 
la  Prière  de  Moïse,  trio  pour  violoncelle,  piano  et  orgue,  qu'on  a  rede- 
mandé, ainsi  que  la  Berceuse  et  les  chansons  napolitaines,  dont  Ernest 
Nathan  est  aussi  l'auteur. 

„%  A.  de  Casella,  le  violoniste  du  roi  de  Sardaigne,  est  à  Paris  depuis 
quelques  jours. 

a,**  Une  intéressante  séance  musicale  a  eu  lieu  dimanche  dernier, 
23  décembre, dans  l'amphithéâtre  de  l'Ecole  de  Médecine,  au  profit  de  la 
Société  de  secours  mutuels  du  quartier  de  la  Monnaie.  La  Société  cho- 
rale de  l'Odéon,  sous  la  direction  de  M.  Delafontaine,  y  a  fait  entendre 
des  chœurs  de  Kueken  et  de  M.  Laurent  de  Rillé,  exécutés  avec  un  en- 
semble et  une  verve  remarquables.  Mme  Meillet,  l'habile  cantatrice  du 
théâtre  Lyrique,  y  a  dit  l'air  du  Trouvère,  la  chanson  de  Marco  Spada  et 
une  romance  de  Paul  Henrion,  de  cette  voix  sonore,  brillante,  sympa 
thique,  et  avec  cette  élégance  expressive  qui  ont  élevé  si  haut  sa  répu- 
tation. Elle  était  secondée,  pour  la  partie  vocale,  par  M.  et  Mme  Morin- 
iNilo  et  M.  Lhomet,  jeunes  artistes  de  la  plus  grande  espérance,  et,  pour 
la  partie  instrumentale,  par  M.  Eugène  Mathieu,  brillant  pianiste,  et  le 
charmant  violoncelliste  M.  Loys.  De  chaleureux  applaudissements  ont 
prouvé  à  ces  virtuoses  la  satisfaction  et  la  reconnaissance  de  l'audi- 
toire. 

.„*„,  MM.  Alard  et  Franchomme  commenceront,  cette  année,  leurs 
séances  de  musique  de  chambre  le  20  janvier. 

t%  Le  concert  de  Henri  Ketten  aura  lieu  mercredi,  le  16  janvier  pro- 
chain, dans  les  salons  de  MM.  Pleyel,  Wolff  et  C%  avec  le  concours  de 
Mme  Meillet ,  MM.  Meillet,  Battaille  et  Fromant,  du  théâtre  Lyrique.  Ce 
jeune  et  déjà  célèbre  artiste  exécutera  le  septuor  de  Hummel  en  ré 
mineur;  et  fera  entendre  une  cantate  de  sa  composition,  intitulée  Jephté. 
Nous  publierons  prochainement  le  programme  complet  de  cet  intéres- 
sant concert. 

„*„  Marschner,  l'auteur  du  Templier  et  la  Juive,  du  Vampire  et  autres 
opéras  célèbres,  est  à  Paris  et  a  l'intention  d'y  passer  l'hiver. 

t%  Une     charmante    Yillanelln    d'Emile   Albert,  récemment   publiée, 


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REVUE  ET  GAZETTE  MUSICALE 


obtient  un  sucoès  de  vogue  en  ce  moment,  à  côté  du  Souvenir  du  Tyrol, 
de  Krug,  dont  un  nouveau  morceau,  Champagne,  galop  de  concert,  se 
trouve  sous  presse. 

„,*t  Samedi  dernier,  a  eu  lieu  dans  les  salons  de  Pleyel  le  concert  de 
31.  Hugo  Jacoby.  Le  bénéficiaire,  jeune  chanteur  de  Berlin,  a  fait  entendre 
des  morceaux  classiques  et  des  airs  d'opéras  modernes,  et  a  été  fort 
applaudi.  M.  Hugo  Jacoby  a  été  secondé  par  Mlle  Mancei,  MM.  Franco- 
Mendès,  Lebrun  et  Goldner,  dont  les  talents  ont  profité  de  l'occasion. 

**„,  Les  albums  de  la  Romance,  pour  rire  d'A.  Vialon,  que  nous  avons 
annoncés  dimanche,  contiennent,  est-il  besoin  de  le  dire?  des  choses 
légères  et  dégagées.  Mais,  sous  leur  spirituelle  insouciance,  sous  leur 
belle  humeur,  elles  cachent  un  goût,  une  habileté  et  un  talent  des 
plus  charmants.  Quoique  l'harmonie  en  soit  franche  et  jamais  triviale, 
c'est  par  une  mélodie  abondante  et  vive  qu'elles  seront  surtout  remar- 
quées. Dans  plus  d'une  de  ces  petites  scènes  comiques  il  y  a  pour 
ainsi  dire  des  bouffées  de  gaieté  a  l'influence  desquelles  les  dilettantes 
les  plus  graves  ne  sauraient  résister.  A.  Vialon  a  déjà  écrit  beaucoup 
de  musique  :  pour  le  piano,  des  morceaux  délicieux  qui  ont  obtenu  un 
légitime  succès;  pour  les  voix,  des  chœurs  sérieux  et  développés  qui 
ont  été  accueillis  tout  aussi  favorablement;  mais  il  s'est  rarement  mon- 
tré mieux  inspiré,  plus  original  que  dans  ses  nouveaux  albums.  Il  a 
trouvé  là  un  petit  domaine,  plus  à  lui,  où  il  a  fait  une  excellente  ré- 
colle de  chants  aimables,  bien  rhythmés  et  bien  harmonisés,  faciles  à 
retenir  et  à  interpréter. 

„**  Dans  une  soirée  donnée  le  3  novembre,  la  Société  chorale  pour 
voix  d'homme  de  Vienne  avait  chanté  uns  hymne  du  duc  de  Saxe- 
Cobourg-Gotha.  Or,  d'après  les  statuts  de  cette  association,  à  l'auteur  de 
toute  pièce  de  chant  à  plusieurs  voix  qu'elle  exécute  pour  la  première 
fois,  elle  fuit  remettre  un  ducat  à  titre  d'honoraires.  Ce  ducat  fut  en- 
voyé par  conséquent  au  duc,  qui  l'accepta  et  adressa  à  la  Société  une 
lettre  de  remercîment  qui  se  terminait  ainsi  :  «  Par  cette  simple  pièce 
d'or  vous  m'avez  honoré  plus  que  n'aurait  pu  le  faire  l'hommage  le  plus 
fastueux,  et  parmi  les  décorations  que  je  possède,  elle  n'occupera  pas  la 
dernière  place.  Et  vous-mêmes,  Messieurs,  vous  n'occupez  pas  une  place 
moins  élevée  dans  mon  estime  par  la  conliance  toute  allemande  avec  la- 
quelle vous  m'avez  considéré  comme  étant  égal  parmi  des  égaux.  Et  comme 
tel  je  vous  offre  mon  amicale  salutation  de  chanteur.  Votre  tout  dévoué, 
{signé)  Ebnest.  » 

***  On  lit  dans  la  Revue  parisienne  et  départementale  :  «  Parmi  les 
hommes  dont  les  travaux  ont  contribué  au  progrès  de  l'enseignement  du 
chant,  M.  Dorval-Valentino  mérite  une  mention  particulière.  —  Ancien 
élève  pensionnaire  du  Conservatoire,  M.  Dorval-Valentino  a  su  tirer  de 
l'audition  et  de  la  fréquentation  des  grands  maîtres,  Ponchard,  Bordogni, 
Duprez,  etc.,  tous  les  éléments  constitutifs  d'une  étude  sérieuse  de  ce 
grand  art,  trop  souvent  exploité  par  l'ignorance  et  la  routine;  son  en- 
seignement repose  sur  des  principes  clairs,  précis,  rationnels,  d'une  ap- 
plication aussi  prompte  que  facile.  Depuis  la  connaissance  des  notes 
jusqu'à  la  phraséologie  de  la  mélodie  et  1' 'expression,  qui  sont  le  complé- 
ment des  études,  il  possède  un  système  de  démonstration  qui  forme  un 
ensemble  homogène,  un  tout  parfaitement  saisissable  et  à  la  portée  des 
organisations  les  moins  heureuses.  Le  développement  de  la  voix  est  un 
résultat  presque  immédiat  de  sa  méthode.  M.  Dorval-Valentino  a  publié 
sur  l'art  de  la  prononciation  un  ouvrage  remarquable,  qui  a  été  approuvé 
par  le  Conservatoire,  et  dont  un  grand  nombre  d'exemplaires  s'est  rapi- 
dement écoulé.  » 

j,**  Au  Casino,  Arban  et  son  orchestre  attirent  constamment  la  foule. 
La  Marche  aux  /lambeaux,  de  Meyerbeer,  et  les  fantaisies  d' Arban  sur 
Robert,  le  Trovature,  le  Pardon  de  Ploërmel,  etc.,  captivent  surtout  l'atten- 
tion du  public. 

**„,  Le  dernier  bal  de  l'Opéra  a  été  des  plus  brillants  ;  on  a  beaucoup 
applaudi  le  nouveau  répertoire  de  Strauss,  et  notamment  le  quadrille  des 
Valets  de  Gascogne  sur  les  motifs  de  l'opéra-comique  d'Alfred  Dufresne, 
et  le  quadrille  liibi-bamhan,  l'un  des  grands  succès  d'Arban. 


CHRONIQUE    DÉPARTEMENTALE. 

***  Bordeaux.  —  Mme  Borghèse   obtient  de  véritables  succès;   elle 
vient  de  créer  le  rôle  de  Fidès  du  Prophète  d'une  façon  admirable. 
_  ***  Toulon.  —  Le  Pardon  de  Ploërmel,  dont  les  répétitions  ont  été  di- 
rigées avec  beaucoup  de  zèle,  est  annoncé  pour  la  fin  de  ce  mois. 

***  Perpignan.  —  Les  Dragons  de  Villars  atteignent  toujours  le  maxi- 
mum de  la  recette,  grâce  à  l'excellent  ensemble  formé  par  MM.  Bru-, 
neau,  Montmaut,  Achard;  Mmes  Bruneau  et  Grassau.  —  On  annonce 
comme  très-prochaine  la  reprise  du  Comte  Ory  et  de  Maria,  et,  pour  le 
bénéfice  de  Mme  Grassau,  la  première  représentation  du  Pardon  de 
Ploërmel. 

CHRONIQUE    ÉTRANGÈRE. 

*  *  Londres.  —  Sur  nos  théâtres  lyriques  c'est  la  pantomime  qui 
règne  comme  dans  toutes  les  autres  salles  de  spectacle.  Au   théâtre  de 


Sa  Majesté,  les  représentations  d'opéras  anglais  ont  recommencé  par  la 
Reine  Topaze,  qui  accompagne  la  pantomime  obligée.  L'ouvrage  de  Victor 
Massé  a  obtenu  un  franc  succès.  Mlle  Perepa  s'est  fait  surtout  beaucoup 
applaudir  dans  le  rôle  principal. 

t*z  Bruxelles.—  Masaniello,  de  Carafa,  a  été  repris,  et  le  public  lui  a 
fait  bon  accueil.  MM.  Jourdan  et  Anjac  s'y  sont  fait  remarquer,  mais 
l'exécution  en  général  a  laissé  beaucoup  à  désirer.  —  Le  bénéfice  de 
Mme  Vandenhaute  a  eu  lieu  vendredi  avec  les  Huguenots,  par  Wicart, 
Camion,  Depoitier,  Battaille,  Mmes  Vandenhaute,  Boulard  et  Dupuy.  La 
foule  y  a  été  grande.  —  Au  théâtre  du  Parc  on  a  repris  la  Vieille,  de 
Fétis,  avec  beaucoup  de  succès.  —  Mme  Cabel  s'est  fait  entendre  au 
Cercle  artistique  et  au  concert  de  la  Grande  Harmonie.  La  célèbre  ar- 
tiste a  dû  répéter  l'air  de  Vombre,  du  Pardon  de  Ploërmel,  et  a  obtenu 
un  véritable  triomphe. 

***  Bruges.  —  La  première  représentation  du  Pardon  de  Ploërmel  a 
obtenu  un  très-grand  succès.  Mme  Massot,  MM.  Pages  et  Scribot  se 
sont  montrés  à  la  hauteur  de  leur  tâche;  l'air  de  Vombre  surtout  a  ex- 
cité l'enthousiasme.  Les  plus  grands  éloges  reviennent  aussi  à  M.  Steiner, 
chef  d'orchestre,  qui  a  admirablement  dirigé  les  répétitions  et  assuré 
au  nouvel  opéra  de  Meyerbeer  une  vogue  certaine. 

s=*s.  Wiesbade.  —  Dans  la  grande  salle  du  Kurhaus  a  eu  lieu,  le  20  dé- 
cembre, un  concert  de  bienfaisance,  où  s'est  fait  entendre  le  violoniste 
Wilhelmy,  qui  a  joué  avec  le  plus  brillant  succès  la  première  partie  du 
concerto  de  Spohr,  et  le  Carnaval  de  Venise.  M.  Wilhelmy  est  fils  du 
procureur  général  de  la  cour  d'appel  do  notre  ville.  Ce  qui  a  donné 
un  puissant  attrait  à  cette  solennité,  c'est  que  Mme  Schott,  d  ;  Mayence, 
s'y  est  fait  entendre  sur  le  piano  :  elle  a  exécuté  des  variations  de  Haen- 
del,  un  rondo  capricc'oso  de  Mendelssohn,  une  fantaisie  sur  des  motifs 
d'Oberon,  par  Goria,  avec  une  élégance,  une  vigueur  et  un  entrain  qui 
lui  assureraient  une  place  éminente  parmi  les  plus  forts  virtuoses  de 
profession.  La  solennité  avait  attiré  une  nombreuse  société  :  Mme  la 
duchesse  de  Nassau  l'avait  honorée  de  sa  présence. 

„.*.(.  Berlin.  —  Au  théâtre  de  la  cour,  deux  chefs-d'œuvre  de  Gluck  , 
Armideet  Orphée,  ont  réuni  les  amateurs  restés  fidèles  au  culte  de  l'art 
classique.  Le  rôle  d'Armide  est,  comme  on  sait,  une  des  meilleures  créa- 
tions de  Mme  Koester.  Le_  public  continue  à  se  partager  entre  les 
troupes  Merelli  et  Lorini,  car  celles-ci  continuent  à  jouer  toutes  les  deux 
le  même  soir.  Il  est  juste  de  dire  que  les  sympathies  les  plus  nom- 
breuses se  prononcent  pour  la  société  Merelli;  cette  préférence  est  due, 
en  grande  partie,  au  merveilleux  talent  de  Mlles  Trebelli  et  Brunetti. 

***  Vienne.  —  Dix-huit  compétiteurs  se  disputent  l'administration  de 
l'opéra  de  la  cour,  qui  en  attendant  fait  de  fort  bonnes  affaires.  Tous 
les  soirs  il  y  a  salle  comble;  il  est  vrai  que  le  personnel  chantant  est  au 
complet  et  qu'il  forme  un  ensemble  des  plus  satisfaisants.  Dans  la  der- 
nière représentation  de  Don  Juan,  Anders,  dans  le  rôle  principal,  et  Beck 
(Ottavio)  ont  électrisé  l'auditoire. 

„.%.  Leipsig.  —  Au  dixième  concert  d'abonnement  du  Gewandhaus  a 
débuté  un  jeune  pianiste,  ayant  nom  Wallenstein;  Mlle  Marie  Cruvelli  y 
a  chanté  l'air  de  Titus,  des  Lieder,  et  avec  Mlle  Scharuke,  le  duo  do 
Sé?niramis,  dont  l'exécution,  fort  bonne  sous  le  rapport  de  l'habileté 
[jurement  technique,  a  laissé  à  désirer  quant  à  la  verve  et  à  la  passion. 
Le  morceau  le  plus  applaudi  a  été  la  Jubel-Ouverture,  de  Weber.  Au  cin- 
quième concert  de  la  Société  Euterpe,  la  Fête  chez  Capulet,  de  la  sym- 
phonie de/iomeo  et  de  Juliette,  qu'on  n'avait  pas  entendue  depuis  plusieurs 
années,  a  fait  le  plus  grand  plaisir.  Dans  la  deuxième  partie  du  concert 
a  été  exécutée  la  symphonie  en  ut  mineur,  de  Beethoven. 

„%  Saint-Pétersbourg.  —  Hier  a  été  représenté  au  théâtre  Italieu  pour 
la  première  fois  depuis  la  réouverture,  le  Prophète,  chanté  par  Tamber- 
lick  et  Mme  Nantier-Uidiée.  Cette  représentation  a  été  très-belle.  Tam- 
berlick  a  chanté  comme  il  chante  le  grand  morceau  du  songe,  l'hymne  : 
/loi  du  ciel  et  des  anges,  qui  a  provoqué  les  bravos  enthousiastes  de  la 
salle  entière,  et  le  magnifique  duo  du  cinquième  acte.  Mme  Nantier- 
Didiée  mérite  une  mention  particulière  pour  l'art  avec  lequel  elle  a 
conçu  le  rôle  de  Fidès.  Depuis  Mme  Viardot,  on  ne  l'avait  pas  vu  inter- 
prété ainsi.  Gracieuse  dans  le  morceau  du  premier  acte  avec  Bertha 
(Mme  Dottini),  pleine  de  sentiment  dans  l'arioso,  Mon  /ils,  sois  béni,  elle 
s'est  élevée  aux  plus  grandes  hauteurs  de  l'énergie  et  de  la  passion  dans 
tout  le  quatrième  acte  et  dans  l'air  et  le  duo  du  cinquième.  Les  deux 
artistes  ont  été  rappelés  cinq  ou  six  fois  après  chaque  morceau,  et  à  la 
chute  du  rideau,  les  rappels  se  sont  succédé  sans  interruption  pendant 
une  de  mi-heure.  Dans  la  Favorita,  donnée  la  veille,  Mlle  Lagramanti, 
qui  débutait  dans  le  rôle  de  Leonore,  a  été  très-froidement  accueillie. 
Elle  est  évidemment  insuffisante.  —  La  reprise  du  Pardon  de  Ploërmel 
aura  toujours  lieu  samedi,  quoi  qu'une  indisposition  de  la  Fioretti  ait 
fait  craindre  un  ajournement.  Cette  cantatrice  vient  d'être  engagée  pour 
trois  ans,  aux  appointements  de  bO.OOU  fr:  et  un  bénéfice  garanti 
11,000  fr. 


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brevets   d'invention   cl.  de 
perfectionnement 

Instruments  !§nxoiiiïiHoni«.iieï.  Invention  à,  la- 
quelle le  Juiy  de  l'Exposition  universelle  de  Paris  a 
consacré  la  plus  belle  page  dans  son  rapport  officiel 
(Instruments  de  cuivre),  dont  voici  de  courts  extraits: 

«  M.  Alphonse  Sax,  par  une  ingénieuse  disposition  des 
pistons  et  par  une  combinaison  nouvelle  des  trous  d'en- 
trée et  de  sortie  de  la  colonne  d'air,  est  parvenu  à  con- 
server la  forme  conique  aux  tubes  additionnels,  dont  il  a 
d'ailleurs  supprimé  ou  diminué  considérablement  l'em- 
ploi par  son  piston  ascendant.  Par  la  réunion  de  ces  deux 
perfectionnements  importants,  il  a  ramené  la  construc- 
tion des  instruments  à  pistons  aux  conditions  norma- 
les de  justesse    et   d'égale  sonorité.  »  (Page  1333.) 

i(  La  combinaison  résultant  de  l'application  du  prin- 
cipe de  M.  Alphonse  Sax  est  en  quelque  sorte  une  créa- 
tion nouvelle.  C'est  par  elle  seulement  que  peut  être 
résolu  le  problème  d'une  justesse  parfaite  pour  les 
instruments  à  pistons.  Le  mécanisme  est  partout  de  la 
plus  grande  simplicité.  Nous  appelons  sur  cette  réforme 
l'attention  des  facteurs  d'instruments  de  cuivre,  car  elle 
est  radicale  et  fondamentale.  Elle  s'applique  avec  un 
égal  succès  à  toutes  les  voix  de  chaque  famille;  sopranos, 
contraltos,  ténors,  barytons,  basses  et  contre-basses,  tous 
se  perfectionneront  par  l'application  de  ce  système 
(Page  133G.) 

Breveté  s.  g.  d.  g. 

Manufacture  d'instruments  de  musique  en  cuivre  et  en 
bois.  Ancien  et  nouveau  système.  Rue  d'Abbeville,  5  bis, 
près  la  place  Lafayette,  à  Paris 


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uUUIllIl  I  U  d'or,  Exposition  1849;  Médaille 
de  V  classe  Exposition  universelle  1855.  Spé- 
cialité de  pianos  pour  l'exportation. 

Cette  maison  a  obtenu,  depuis  1834,  à,  toutes  les 
Expositions,  des  récompenses  méritées  par  l'excel- 
lence de  ses  pianos  droits,  cordes  obliques,  dont  la 
réputation  est  justement  établie.  Elle  vient  de 
mettre  en  vente  un  nouveau  modèle  de  piano 
droit,  cordes  obliques,  grand  format,  extra,  qui  ne 
laisse  rien  à  désirer  sous  le  double  rapport  de  la 
quantité  et  de  la  qualité  du  son.  —  Magasin, 
rue  SlonlmarÉre,  161. 


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t.     n£lJU£l     pianos,  /,8,  rue  de  la 
Victoire,  à  Paris. 

«  A  l'audition  des  grands  pianos  exposés,  faite  dans  la 
salle  des  concerts  du  Conservatoire,  un  de  ces  instruments 
frappa  le  Jury  d'étonnement  et  fixa  particulièrement  son 
attention.  Plusieurs  épreuves  de  comparaison  furent 
faites,  et  toujours  le  même  instrument  emporta  les  suf- 
frages unanimes  du  Jury.  Il  portait  le  n*  9. 

»  Dans  la  séance  suivante,  consacrée  à  l'examen  et  à 
l'audition  des  pianos  à  queue  de  petit  format,  un  instru- 
ment de  cette  espèce  se  distingua  aussi  des  autres,  sous 
e  rapport  de  la  sonorité,  par  une  supériorité  incontesta- 
ble. Le  résultat  des  diverses  épreuves  auxquelles  ce  piano 
fut  soumis  lui  conserva  toujours  le  premier  rang,  à  l'u- 
nanimité des  votes  du  Jury.  Il  portait  le  n°  28. 

»  Enfin,  dans  la  séance  du  17  août,  pendant  laquelle 
les  pianos  demi-obliques  de  diverses  dimensions  furent 
entendus  et  examinés,  les  deux  instruments  numérotés  30 
et  40  obtinrent,  à  l'unanimité  des  suffrages,  la  première 
et  la  cinquième  place  dans  la  première  série,  sur  73  pia- 
nos de  cette  espèce. 

»  A  l'ouverture  des  listes  qui  suivît  le  concours,  on 
reconnut  que  les  quatre  pianos  dont  il  vient  d'être  parlé 
sortaient  des  ateliers  de  M.  H.  Herz.  En  présence  d'un  si 
beau  succès,  le  Jury,  dans  sa  séance  du  31  août,  a  ac- 
cordé, a  l'unanimité,  à  cet  artiste  industriel,  le  premier 
rang  du.  concours,  sous  le  rapport  du  volume  et  de  la 
qualité  du  son.  » 

(Extrait  du  rapport  officiel  du  Jury  de  l'Exposition 
universelle  de  Paris.) 


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Tous  les  instruments  à  pistons  avec  addition  d'une   ou  plusieurs 

clefs;  invention  brevetée  en  1N5». 
Système  d'instruments  à  pistons  ascendants;  inv.  brev.  en  «85». 


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telaine, les  Chaperons  blancs,  le  Cheval  de 
bronze,  les  Diamants  de  la  couronne,  le  Dieu  et 
la  Bayadère,  le  Domino  noir,  le  Duc  d'Olonne, 
la  Fiancée,  Fra  Diavolo,  Haydée,  Lestocq,  la 
Part  du  Diable,  la  Neige,  le  Philtre,  la  Sirène,  le 
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